DEUXIÈME CLASSE
Grandes entrées.
Grand chambellan. La nourrice.
Premier ! gentilhomme de la Mouret.
chambre. M. le duc de Lauzun.
Grand- maître de la garde-robe. M. de Chamarante. Cravatier, garçon de la garde-robe. Le maréchal de Villars.
Horlogeur de quartier. M. de la Salle.
Apothicaire de quartier. M. de Charost.
Maréchal fils. M. d'Antin.
Bontemps cadet.
Petites entrées,
fieringhem père . Helvétius , médecins.
Lecteurs. Lafosse, chirurgien ordinaire.
Secrétaires du cabinet. Léfèvre et Saint-Disant, inten- Premier valet de garde-robe hors dant des Menus.
de quartier. M. d'Ancenis.
Félix. M. de Prie.
Fontanieux. MM. de Sommery père et fils.
Apothicaires. Le duc de Villeroy.
Porte-chaise d'affaires. Le duc de Retz.
Un oflicier de fours. Le marquis d'Alincourt.
Boudin, Téret, Falconet, M. D'O.
Entrées du cabinet. — Ceux qui ont les entrées familières et ceux qu'il plaira au Roi d'appeler personnellement, n'y ayant droit ni par naissance ni par charge.
Depuis cet état arrêté, le Roi a donné les grandes entrées au marquis de Belle^Isle, favori du ministre, et les courtisans appellent cela rentrée Fouquet, par un petitfils de M. Fouquet.
La duchesse de Ventadour ajoutée aux entrées familières.
Le maréchal de Berwick ajouté aux 9 entrées.
Le MARQUIS deNesle. — Le Roi a demandé au marquis de Nesle s'il étoit au service ; il a dit qu'il n'y étoit plus, mais qu'il avoit g§rvi dans la gendarmerie. Le Roi lui a
dit : a Pourquoi n'avez- vous pas acheté un régiment quand vous l'avez quitté? » — ce II n'y en avoit pointalors à vendre, répond-il. » — «Bon, a dit le Roi, on en a vendu plus décent depuis;» puis il a ajouté en langage suisse : Ly estre poltron; ce qui a bien étonné et le marquis et toute la Cour, qui voit que le Roi, qui parle si peu, ne parle que pour dire une chose très-piquante à un homme de qualité. Louis XIV, pendant soixante-dix ans de règne, n'en a jamais tant dit à personne. Voilà un homme mal marqué. Cocu de plus.
Les Paris, au désespoir de passer pour calomniateurs contre M. Le Blanc, reviennentà la charge indirectement. Ils ont présenté une nouvelle requête, signée d'eux quatre, contre les trésoriers de l'extraordinaire des guerres, qu'ils accusent d'un divertissement de plusieurs millions. Us se portent pour dénonciateurs et font ce personnage à la face de toute la France; ils se soumettent au talion si l'accusation est fausse. Cette affaire fait grand bruit et partage tout le monde. On n'a point entendu parler d'une pareille depuis M. Fouquet. Si les délations sont ouvertes^ que va-ton devenir et que deviendront les Paris eux-mêmes ?
Jetidi, 5 mars. — Le Roi a nommé des commissaires pour juger la requête des Paris. Le maréchal de Villars, le marquis d'Asfeld, le marquis de Ravignan, le comte d'Aubigjié-d'Épée, M. Des Forts, M. de Machault, conseillers d'État. MM. De Vattan, Rouillé, d'Aube et d'Ombreval, maîtres des requêtes.
On a publié aujourd'hui le lit de justice, avec tous les discours. Celui du garde des sceaux est du nouveau style, et tout le monde a reconnu, d'abord, l'éloquence de Fontenelle, qui n'a pu se cacher, et quia répété lui-même ce qu'il a dit dans la harangue du cardinal à l'Académie. En parlant de Louis XIV, il dit que $a vie nous cachoit ou nous adoucissoit nos malheurs^ mais que sa mort nous les découvrit et nous les fit sentir dans toute leur étendue. En
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louant Tadmiaistration de la Régence, il a osé dire : Que lapretniire année de la majorité du Roi peut être comparée à la plus heureuse du mémorable régne de Louis XIV. Le public a frémi de cette comparaison, et a plaint le garde des sceaux d'avoir chargé sa mémoire d'une harangue subtile, sèche et précieuse. Celle de M. le premier président est un chef-d'œuvre de dignité et de sentiment, et représente magnifiquement l'autorité du Parlement en France. Il a parlé là comme un roi^ et c'est lui proprement qui a tenu le lit de justice. Caltivo vicinOy disent les Italiens, pour le discours du garde des sceaux. La harangue de M. de Lamoignon , avocat général , est aussi très-belle, pleine d'instructions royales et vertueuses. (Succès terme fort usité dans le nouveau style ; il est dix fois dans la harangue du garde des sceaux).
Le Roi a dit au duc d'Orléans : a Je ne me proposerai jamais que le bonheur de mes sujets, qui a été l'objet de votre Régence. Et c'est pour y travailler avec succès que je désire que vous présidiez après moi à tous mes conseils, et que je confirme le choix que j'ai déjà fait, par votre avis, de M. le cardinal Dubois, pour premier ministre de mon État. Que de choses dans un discours si court! (Fleurs du nouveau slyle.)
Trésoriers. Commissaires. — La nomination des commissaires, dans l'affaire des trésoriers , fait beaucoup de difficultés. Les conseillers d'État veulent avoir séance avant les lieutenants généraux. Us disent qu'ils ont l'honneur d'être assis au conseil en présence du Roi, que les lieutenants généraux ne jugent qu'à la guerre et ne peuvent même être conseillers d'État d'épée. On a proposé de placer les militaires d'un côté et ceux de robe de l'autre. Cela ne les accommode point, ni d'être à une table ronde, ni d'opiner selon que l'on se trouvera. M. DesForls et M. de Machault ont été ôtés. M. de Ravignan aussi, M. d'Aube voudroit n'en point être. L'arrêt a déjà été refait cinq ou six fois.
J'ai vu le Mémoire des Paris , et je le joins ici par curiosité (1) . II est mal écrit et obscur, et on ne doute pas qu'il ne soit passé par M. le Duc et qu'il n'y ait quelque malversation dans les billets. Le mémoire est ci-après à la fin delà pièce eii vers sur ce sujet.
Mais il faudra remonter plus haut, et encore plus haut, et ilira de la vie de quelqu'un. II en coûta la vie à M. de Semblançay, du temps de François P*" pour avoir donné à Madame, mère du Roi, l'argent qui devoit être envoyé à l'armée d'Italie. Elle en vouloit au connétable, qui l'avoit aimée et qui l'avoit quittée. Elle fit périr son armée, faute d'argent, et eut l'adresse de faire retirer ses quittances par une fille d'honneur à elle, qui étoit maltresse de Gentil, premier commis de Semblançay. Deux femmes causèrent la perte du surintendant, et ce sont encore aujourd'hui deux femmes qui sont dans l'intrigue des Trésoriers : la mère et la fille. (2) .
Raguenet. — On m'a confirmé aujourd'hui ce que l'on avoitdit sur la mort de l'abbé Raguenet, il y a environ ua mois. Il s'est coupé lui-même la gorge, avec un rasoir, le 1*^ février. Il étoit en son plein sens, jouissant de 10 ou 12,000 livres de rente, fort à son aise, logé trèshonorablement à l'hôtel d'Auvergne, chez le prince Frédéric, qu'il a instruit dès sa jeunesse. Bien de l'argent et bien des livres, seulement un peu philosophe, et retiré dans son cabinet. Il renvoie ses deux laquais après avoir dîné, laisse sa clef à sa porte, se met en robe de chambre et bonnet de nuit, puis se délivre de la vie, dont apparemment il étoit las. Voilà une vilaine fin pour un honnête homme. Nous avons de lui la Vie de Cromwell, qui est d'un style ampoulé, et dont les faits ne sont pas
(1) Ce Mémoire n'est pas joint au manuscrit.
(2) Voir sur M. de Sennblançay et les causes mystérieuses de sa disgrâce et de sa mort, l'ouvrage de M. Pierre Clément. Trois Drames historié ques , etc.
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vrais. Le roi Jacques jeta le livre de dépit et dit : Voilà un grand menteur. Il a fait Vhistoire de M. de Turenne, qui est manuscrite, et que Ton a trouvée chez lui. Ilétoit de Rouen, On Ta enterré au plus vite, et Ton a livré sa succession aux héritiers, à la réserve d^un diamant de 15,000 livres, qu'il avoit destiné au prince Frédéric. Il n'y avoit pas quatre jours qu'il lui avoit dit : Vous l'aurez bientôt. On a remarqué qu'il s'est tué le l*'^ février, afin qu'un gros prieuré qu'il avoit ne tombât pas dans un mois de gradué. Ce prieuré e§t retourné à M. Tabbé d'Auvergne (archevêque de Vienne) qui en est coUatèur, et qui l'a remis au prince Frédéric, son frère. Il a le diamant et le prieuré.
BoNTEMPs. Trésoriers. — Il court une dénonciation en vers contre Bon temps, Trésorier de la Calotte pour ses malversations. C'est une fine satire des Paris et de la poursuite des Trésoriers. Il la faut voir.
D'AvERNE. — M°*d'Averne, ex-maltresse du Régent, est aimée par d'Autray, gendre du garde des sceaux; il lui a écrit que si elle ne répondoit pas à sa passion , il seroit mort dans trois jours. Pour toute réponse, elle lui a envoyé un capucin, afin qu'il ne meure pas sans confession, et c'est ainsi qu'elle s'en est défait.
J'ai vu l'abbé de Vertot, qui travaille à V Histoire de Malte. Il m'a dit qu'il la iiniroit dans cette année, et qu'il faisoit graver les portraits des 65 grands maîtres. Nous avons parlé des Mémoires de madame de Motteville, favorite de la reine Anne d'Autriche, mère de Louis XIV, où il y a bien des secrets, et qui parotesent depuis peu en cinq volumes. J'ai trouvé, dans le premier volume, les amours de Louis XIII pour M"'' de La Fayette, et des traités anecdotes tirés des Mémoires du P. Caussin, alors confesseur du Roi, qui fut exilé, et écrivit trois longues lettres, l'une à M"* de La Fayette, en françois, une autre en latin au général des jésuites, Mutio Vittelleschi, et une
troisième au Pape sur la fin de son exil. Ce sont trois pièces très-curieuses et dont j'ai le manuscrit. Bayle les cite dans l'article du P. Caussin, dans son Dictionnaire , et marque qu'il en est parlé dans \e Dialogue satirique d'Eudoxe et d^Euchariste, fait contre Tarianisme du P. Mainbourg, lequel dialogue fut brûlé par la main du bourreau en 1674, à cause de certains extraits tirés de ces lettres. Le P. Caussin avoit été fait confesseur du Roi le 25 mars 1637; il fut renvoyé le 12 décembre de la même année. Il avoit parlé fortement au Roi le jour de la Conception, 8 décembre, pour se réunir avec la Reine avec qui il étoit brouillé, et Louis XIV étant né le 5 décembre 1638, ce qui fait le temps des neuf mois, Louis XIII n'auroit point perdu de temps pour mettre à profit les instructions de son confesseur. Voilà une époque bien sûre de la naissance de Louis XIV, ou plutôt de sa conception, qui est due au P. Caussin. Le cardinal de Richelieu fît mettre dans la Gazette, le 26 décembre 1637, un article contre le révérend père, à qui le P. Sirmond succéda; dans cet article, on n'oublia pas qu'il étoit désapprouvé de tout son ordre, et qu'il avoit été éloigné de la Cour parce quil ne s*y gouvernoit pas avec laretenue qu'il devait. (C'est à peu près ce qu'on a mis dans les gazettes à la main contre le maréchal de Villeroy il y a six mois.) Le bon père fut exilé six ans à Quimper, et, pour se raccommoder avec les jésuites, il fit à son retour, en 1644., 1*^4pologie pour les P. Jésuites; mais il trouva un rude adversaire en M. Hermant , qui fit la réponse pour l'Université, qui ne lui passa pas un seul mot, et qui lui fit bien sentir sa faiblesse et sa complaisance basse pour sa compagnie, à qui il vendoit cette réconciliation. Tout cela est du vieux temps, mais les Mémoires de M"'' de Motteville, qui paroissent nouvellement, en sont cause. L'abbé de Vertot m'a dit qu'il les avoit vus, il y a trente ans, entre les mains de M. de Franqueville, frère de cette
dame^ à qui il en avoit voulu donner 1,200 livres. Ils paroissent écrits très-sensément et pleins de choses qu'on ne sait pas. Quam muUa latent !
J'ai appris, dans cette conversation deTabbé de Vertot, qu'il étoit venu le matin un auteur qui lui avoit apporté à examiner un livre : Sur les Étals de VEmpire; qu'en jetant les yeux sur ce livre, il avoit reconnu que c'étoit un extrait du fameux Hypolitus a Lapide , qu'il avoit dit à l'auteur qu'il ne vouloit pas aller à la Bastille, que nous étions en paix avec l'Empereur, qu'il ne falloit point faire de querelle mal à propos, et qu'autrefois Amelot de la Houssaye, ayant fait une Histoire fort curieuse du gouvernement de Venise, approuvée par M. de Launois, à qui elle étoit dédiée, Amelot fut pourtant mis à la Bastille pour six mois, à la sollicitation de l'ambassadeur de Venise. Il ne faut point se mêler des affaires des princes. Le même abbé m'a dit qu'il avoit pensé être arrêté, pour avoir approuvé un livre où Ragolzi étoit nommé prince de Transylvanie. Bentenrieder, ministre pour l'Empereur, en demanda justice, mais Louis XIV mit fin à cette dispute, et dit que cette qualité lui avoit été quelquefois donnée.
Mardi 16. — Pecquet. — Le S' Pecquet, très-instruit des affaires étrangères , et ancien commis de ce bureau , est tombé en apoplexie. Le cardinal l'a pleuré; il perd un bon second.
Comte de Toulouse n'est plus rien. — Le conseil do marine a été supprimé. On a ôté au comte de Toulouse tout le détail qu'il avoit depuis la Régence, et les choses ont été remises à M. de Morville, fils de M. le garde des sceaux, secrétaire d'État delà marine, qui gouvernera le tout, comme M. de Pontchartrain du temps de Louis XIV, si ce n'est qu'il travaillera avec le ministre, qui voudroit être surintendant de la navigation et des mers. C'est le singe du cardinal de Richelieu. On supprima la charge d'amiral en 1627, on en fit une autre de surintendant
des mers pour le cardinal. La Reine, mère du Roi, Peut après sa mort, pour M. le duc de Beaufort. En 1669, elle fut supprimée, Tamiralat rétabli donné à M. de Vermandois et, en 1683, à M. le comte de Toulouse, qui est aimé, chéri, adoré de tous les officiers et que Ton regrette inutilement. Je viens de dire que le comte de Toulouse est aimé et chéri des officiers. Je n'ai pas dit la vérité et il la faut toujours dire. Il n'a fait ni bien ni mal à personne, il n'a parlé pour aucun officier marin, il n'a point faii faire de promotion. La marine a été bien payée, et puis c'est tout. Mais elle n'a point été renouvelée, et tout est vieux ou à demi-cassé. Ainsi parlent les marins. . '
La Motte. Inès de Castro. — La Motte n'est pas content de son iRomu/ws; son génie pour le théâtre le pousse. 11 a fait Inès de Castro^ pièce espagnole, qu'il, fera jouer après Pâques. Il Fa lue au Régent, en présence de deux femmes , et on dit qu'ils y ont bien pleuré, et le lecteur même pleuroit. Pour moi, je dis qu'il n'y a, dans cet homme-là, ni le mot pour rire ni pour pleurer. L'esprit ne verse pas des larmes, c'est le cœur. (M. de Cambray dit, dans Télémaqucy qu'il n'est pas permis à tout le monde de pleurer ainsi.)
Chancelier. ViLLEROY. Lettres de cachet renouvelées. — On a appris que lorsque la lettre de cachet renouvelée a été portée au chancelier, il a dit : // n^en étoit pas besoin^ fétois ici par ordre du Roi; je vUen pouvois sortir sans aucun autre ordre. Pour le maréchal de Villeroy, la lettre a été adressée à l'intendant, qui voulut bien faire des mystères pour la lui communiquer, et dit qu'illui vouloit parler en particulier. Le maréchal, qui se doutoit de l'affaire, dit qu'il n'avoit rien de particulier avec lui. On lui annonça tout haut la lettre de cachet, et il dit qu'il obéiroit au Roi. Le maréchal écrit à Paris à cent personnes et jusqu'aux comédiens. Il cherche à s'étourdir.
Bayle. Supplément de Genève. — J'ai vu le Supplément du Dictionnaire de Bayle, imprimé à Genève ; ils n'y ont
mis que les articles nouveaux et les augmentations aux anciens, et ils Font fait pour dégager la parole de M. Bayle, qui avoit promis de la donnera part afin qu'on n'achetât pas deux fois le Dictionnaire. Cette parole est dans sa Préface de la ^* édition et dans une lettre qu'il m'a écrite le 6 mars 1702 (p. 7>6). On a fait mention de cette lettre dans l'Avertissement du nouveau livre , mais ils devroient bien mettre l'article Nully dans le corps de l'ouvrage. C'est la tracasserie de Hollande qui est cause qu'on l'a mis parmi les articles communiqués, quoiqu'on voie, par les lettres de M. Bayle à moi, qu'il avoit vu cet article plusieurs fois et que je ne l'avois fait que pour lui. Les imprimeurs de Genève m'ont envoyé ce Supplément en présent avec V Histoire de Dauphiné.
Le COMTE d'Évreux. — Depuis le renvoi du comte de Toulouse, on parle de renvoyer le comte d'Évreux^ colonel-général de la cavalerie, et M. de Coigny, général des dragons, et peut-être même le duc de Chartres, colonel-général de l'infanterie , s'il fait le méchant. L'État est plus monarchique que jamais, il ne veut point que tant de gens se mêlent des affaires.
Madame la Princesse. — M™® la Princesse avoit fait entendre qu'elle avoit fait un testament dans sa famille. On n'en a point trouvé. Huit jours avant sa mort, elle avoit dit au comte de Charolois , qui avoit fait travailler à Anet : « Vous avez bien fait, Anet est à vous; » mais ni lui ni les princesses de Charolois, ni la belle princesse de Clermont, qui a passé sa jeunesse et sa beauté avec cette vieille grand' mère, n'en ont rien eu. Il s'est trouvé un testament, fait il y a dix ans, où elle dispose entre ses domestiques> et rien au delà. Fiez-vous aux princes! Louis XIV dit au duc d'Orléans en mourant bien des choses qui n'étoient pas dans le testament. Le comte de Charolois a demandé l'appartement delà Princesse à Versailles. On lui a refusé. 11 a dit qu'il n'yreviendroit plus, et a rendu au
concierge la clef de son appartement. Il s'en va. On le laisse aller^ et on ne court pas après lui.
Le duc de Ma^arin. — Le duc de Mazarin avoit pour maltresse Emilie , autrefois fille de TOpéra , qui a été au Régent, à Fimarcon et à d'autres. Elle a retourné à Fimarcon; le duc Ta quittée par jalousie au bout de huit jours. Il a dit : « J'ai quitté Emilie ; ils disent tous que j'ai bien fait, qu'elle me trompoit, qu'elle me ruinoit, mais depuis ce temps-là je ne dors point; je la veux reprendre. » Il la reprise et est allé à Ghilly faire ses Pâques avec elle.
Nécrologe de Port-Royal. — On débite en secret le Nécrologe de Port-Royal des Champs. C'est un in-4** de 500 pages. 11 est divisé par Mois comme les nécrologes anciens. On y voit des Éloges de tous ceux qui sont morts à Port-Royal, fondateurs^ religieuses, abbesses, et de tous ces illustres solitaires qui ont tant écrit. Les épitaphes qu'on a enterrées lors de la destruction y sont toutes. Les hommes n'ont rien pu faire contre l'œuvre de Dieu, et on trouve dans ce livre ce que l'on a voulu ôter au monde. Il y a à la tète une Histoire abrégée de Port-Royal^ où les jésuites elle cardinal de Noailles ont leur fait. Je trouve ces Éloges plus chrétiens qu'historiques, et on n'y a pas parlé des ouvrages de chacun de ces messieurs, ce que l'on auroit dû faire. Le docteur Arnauld n*y est pas oublié, ni toutes ses épitaphes ôtées, remises, détruites, et sur qui on a tant fait de vers. Cet ouvragé étoit dû à la mémoire de ce saint édifice et de ceux qui y sont entrés et ont été exhumés inhumainement.
25 mars, — Compagnie des Indes. — J'ai appris aujourd'hui l'ordre mis dans la Compagnie des Indes; on a fait une chambre des Indes comme en Espagne. Le cardinal est le protecteur, le contrôleur général, président, deux conseillers d'État , MM. Fagon et Fortia ; quatre maîtres des requêtes : MM. Fontanieu, Roullié, Moras et Angrand, dix directeurs n-égociants, un procureur gêné-
rai, M. Lefev... (procureur du Roi du bureau des finances), un secrétaire (Caligny de Rouen) et un greffier, Favouart. Tout ce bel arrangement ne fait pas hausser les actions ; les Mnlouins n'y ont point de part, ils sont bonnes gens de mer, mais ils tirent tout le profit à eux.
Pendant la semaine sainte les dévots se sont amusés à faire des chansons sur la Constitution. J'ai vu ces chansons imprimées. J'en ai vu une en vingt couplets sur l'air du Branle de Metz y où toute la doctrine de la grâce est très-bien expliquée, ainsi que tous les autres dogmes dont la Constitution parle. C'est un bon janséniste qui a fait cela et qui dit :
Voilà les leçons sublimes De Prosper, de Célestin, De Fulgence, d^Augustiu, En ce point tous unaoîmes.
Dans la bouche des Quesnel Deviennent-elles des crimes ? Daus la bouche de Quesnel Sera-ce un poison mortel ?.
C'est pourquoi du très*Saiat-Père Laissant sa décision Et sa Constitution, J'endure en paix sa colère.
Le concile est plus que lui, Qu'il décide, qu'il décide.
Le concile est plus que lui Mon inébranlable appui.
Trésoriers. Commissaires. — Les commissaires s'assemblent chez le maréchal de Villars, pour examiner Taffaire des Trésoriers. La Jonchère tremble et a dit que c'est la Chambre des comptes qui est le juge de ses comptes. Mais on ne Fa point écouté et on va toujours en avant. Attendons la fin. On reparle de la mort de Sandrier, commis caissier de la Jonchère, qui fut trouvé assassiné dans la rivière près Marly, le 18 avril de l'année passée. Voyez cet article. Il y a arrêt du 25 mars qui ordonne que la re*
quête soit communiquée aux Trésoriers, pour y répondre dans quinzaine.
Comte d'Évreux renvoyé. — Le comte d'Évreux, voyant qu'on ne s'adressoit plus à lui pour la cavalerie, et qu'on y venoit de faire sept brigadiers sans lui en parler, a pris son parti de quitter le détail de ce corps, qui lui avoit été donpé depuis la Régence, et de le remettre à M. le duc d'Orléans.
Le comte de Coigny en a fait autant pour les dragons. Tout retourne au ministère de la guerre et axf. premier, ministre. Le comte d'Èvrçux dit qu'il alloit hijen chasser maintenant. Le duc d'Orléans répondit ; <ic Envoyçf -jnaoi de vos lapins de Monceaux, ils sont bons. » Un brigadier de cavalerie, me parlant du comte d'Évreux, me dit: a Enfin, il a capitulé, l'eau lui manquoit, il n'en avoit plus pour ses lavements. »
Mars, — Compagnie des Iqtpes. — On a publié aujourd'hui le célèbre arrêt qui forme le conseil de la Compagnie des Indes, et fixe le dividende des actions. On ne doûnerien pour l'année 1721, comme si c'étoit une année rare dans la vie des François. Pour 1722, on aura 100 livres par action en deux payements, et à l'avenir l'arrêt dit que le dividendepoufra être porté à 150 livres, indépendamment des bénéfices du commerce. Cette possibilité contingente n'est rien moins que sûre ; on a été bien étonné à Paris de cet arrangement, et on a dit : Voilà de vilains œufs de Pâques. Dix bulletin de 150 livres ne verbum quidem.
Le conseil a pour chef le cardinal Dubois, principal minisire. Le reste est connu. Je l'ai marqué ci-dessus au 25 mars, hors qu'il y a quatre officiers de marine, les sieurs Duguay-Trouin, chef d'escadre, Camilly, capitaine de vaisseau, Rochepierre et Fayet, capitaines de frégate. Le même jour on a publié deux autres arrêts sur le même sujet, l'un du 22 mars, qui donne à la Compagnie le privilège de la vente exclusive 4w tebac^ évalué à
2^500,000 livres par an, Fautredu 20 mars, qui lui accorde le domaine d'Occident, évalué à 500,000 livres par an. Cela fait trois millions de rente, et on dit que c'est pour acquitter le Roi de cent millions qu'il doit à la Compagnie. On ne parle plus de rendre la Compagnie débitrice ; au contraire, on dit qu'elle est prête de rendre son compte, et qu'elle a des décharges suffisantes pour le solde dudit compte. Ainsi, la Compagnie est déchargéesur la prorogation de son compte etsans qu'il soit rendu. Voilà une belle manière de compter. La décharge ne vaut pas mieux que la charge et il n'y a nulle forme gardée. Portes pour rentrer. Autre arrêt du22 mars, qui fixe les actions à 156,000 livres. A 100 livres seulement, ce seroit 5,600,000 fr., et on ne donne que trois millions. Mais il y a les retours venus et à venir et la bonne foi de ce conseil nouveau. 27 marSy samedi-saint. — Jorry assassine. — Ce jour, Jorry, procureur de la cour, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie. A sa servante, ont été assassinés dans leur maison. La femme de Jorry, qui a toujours été coquette (fille de Pralard, libraire de Port-Royal), étoit allée à la campagne avec un M. Maclot, grand-maltre des eaux et forêts de Champagne, son ami, et qui demeuroit avec eux. Maclot, avant de partir, avoit donné 2,000 écus à garder à Jorry, à qui son valet de chambre les avoit portés, et on ne doute pas que ce ne soit ce valet de chambre qui ait fait le coup, car il avoit demandé permission à son maître d'aller voir sa mère. Mais on ne Ta pas vu depuis, et les 2,000 écus ont été volés. On a trouvé une corde au col de la cuisinière, et un bout de cette même corde s'est trouvé dans la chambre de ce valet. La servante ayant été visitée, on a trouvé qu'un homme l' avoit connue, et avoit eu affaire avec elle depuis peu. Voilà un crime avec tous ses degrés. Cette maison appartient à M. Blanchebarbe, ancien avocat, et à présent notre bâtonnier, qui y loge aussi, et qui ne s'est aperçu de rien, non plus que le portier. La Jorry est veuve. Maclot est délivré *d'un jaloux.
Ils ne sont point tous si fâchés si l'argent n'étoit pas pris. Le jour de Pâques, on s'est aperçu de ce bon œuvre. Le public croit que ce valet de chambre étoit un Cartouchien accoutumé au meurtre. Il se nomme Ricœur ; il n'y avoit que quatre mois qu'il étoit chez M. Maclot et avoit servi le comte d'Évry, lieutenant au régiment du Roi, neveu dudit Maclot,
Les fêtes de Pâques ont été belles, et il a fait aussi chaud qu'en été. Le meurtre de Jorry a fait grand bruit. On recherche le meurtrier partout. On dit qu'il est à Paris habillé en femme.
Brevet de la calotte. Trésoriers. — J'ai vu le brevet de la Calotte, qui fait les Paris trésoriers du régiment, à la place de Bontemps, qui est cassé, parce qu'il ne paye point.
De plus ses livres,.saDS paraphe, Sans méthode, sans orthographe, Griffonnés de patte de chat, Sentent de loin le péculat ; Car la probité des comptables Se fait voir par les belles tables^ Par grille, vignette et fleurons.
Par lignes au cordeau tiréesi Lettres majeures colorées^ Lacs d'amour à triples cordons.
Cette finance enluminée, Appas d'une tête bornée, De nos jours a pris Tascendant Sur Tesprit d'un surintendant.
{Le duc de NoaUles.)
Tout le reste est de la même finesse; c'est une pièce trèsironique; je la joindrai ici. Les registres du visa sont là bien représentés §t leurs inventions aussi.
G avril. — Le mardi après la Quasimodo^ on a joué à la Comédie-Françoise Inès de Castro^ de la façon de la Motte. Les avis sont partagés. Les uns y ont pleuré et les autres ri de voir pleurer, et la poésie n'a pas plu. Arouet y étoit auprès du comte de Verdun (vieux seigneur de la maison des Tallard, homme d'esprit qui se connolt à tout, qui saitson Sainl'Auguslin par cœur, qui sait les procès et la procédure , qui juge des pièces de théâtre , qui ne manque pas une première représentation, et qui n'est point un ami, comme de raison, des auteurs du temps). Le comte s'avisa de dire qu'il n'y avoit de bonne pièce espagnole que Le Cid. Arouet lui dit: «Il mesemble'pourtantavoir ouï dire qu'à la première représentation du Cidy où vous étiez, vous ne trouvâtes pointlesdeuxpremières scènes bonnes.» C'étoit lui faire entendre qu'il avoit cent ans, car il y a plus de quatre-vingts ans que le Cid a été joué pour la première fois, et le faire passer pour un vieux radoteur. Le comte, piqué, n'eut rien à répondre à ce jeune fou. Mais gare la répétition de la scène des coups de bâton !
Barox, comédien. — Baron, qui a joué excellemment cette pièce, est tombé malade quelques jours après, au grand regret de tout Paris, qui regrette l'acteur et non la tragédie. Il a soixante-douze ans, et il étoit rentré au théâtre après vingt ans d'absence. La Motte va se vanter d'avoir tué cet acteur.
8 avril. — Mort du duc d'Aumont. — Le duc d'Aumont est tombé en apoplexie chez la Dangeville, comédienne, qui est sa maltresse. Elle l'a renvoyé dans un liacreavec un chirurgien à Thôtel d'Aumont. La duchesse (qu'on appelle V archiduchesse pour sa fierté) ne l'a pas voulu voir, parce qu'il avoit auprès de lui son fils le ducde Villequier, qu'elle n'aime point, et qui est son fils unique. Il est mort deux jours après, sans voir sa femme, et il s'est passé d'elle et elle de lui, comme elle faisoit depuis longtemps. Il y avoit deux ans qu'il étoit déjà tombé en apoplexie. Cette dernière touche lui est venue par une dé-
bauche de poisson, il a été ambassadeur en Angleterre où il a prodigieusement dépensé ; sa maison y fut brûlée avec tousses meubles, et il n'en fut pas ému un instant. Ce ne lui fut qu'une occasion de magnificence. Il étoit assez bon seigneur, mstis d*esprit borné, et comme premier gentilhomme de la Chambre, il prenoit soin de la comédie et des comédiennes. Après la mort du Roi , je travaillai au Mémoire des premiers gentilshommes de la chambre pour les droits de leurs charges. Il me donna à manger plusieurs fois, et chacun à son tour, le duc de Tresmes et le duc de Mortemart me faisoient cet honneur. Leduc d'Aumont m'accorda un jour de faire jouer une tragédie du président Hénault que les comédiens ne vouloient point jouer. Ils la jouèrent bien, mais elle ne réussit pas, et le duc remercia Ponleuil qui faisoit le principal rôle. Il me3emble que le titre étoit : les Tyndarides. La dpchesse en son nom est de Pienne, sœur de la comtesse de Châtillon, qu'elle aime plus que son propre fils. . M™® DE Maillebois. — On a fait une parodie sur une scène de Persée, à l'occasion d'une galanterie de M"* de Maillebois.
Que le ciel pour Rasset (1) est prodigue en miracles !
Qui n'eût pas cru qu'on Radia (2) furieux I^ous eût débarrassé d'un Rasset pdieux ?
Cependant, malgré mille obstacles,
Le Rasset est victorieux ;
Il s*est fait des routes secrètes, • Il a trotté pour hâter son bonheur ;
Et Manon et La Fleur (3) Ont pris soin à Tenvi de lui livrer Roussette (4).
Roussette en lui croit tout avoir ;
(1) Basset, le duc de Ruffec, (ils ataé du duc de Saint-Simon, qui est malfait.
(2) Le duc d'Olonne.
(3) Femme de chambre et laquais de la dame (4^ M"* de Maillebois, qui est rousse.
AVRIL i7«5. 443
De son nom retentit et la Cour et la ville. INlanon, à ses désirs voulant être facile, Jusque sur l'escalier l'est venu recevoir, Que Roussette a paru contente de le voir ! Quel triomphe pour lui ! quel stérile avantage ! Pour Bâcha quelle rage , Et quel horrible désespoir !
Ordre du carinet. — Le Roi a voulu faire un ordre de la Moustache et du Cabinet, pour donner des entrées chez lui. Ontravailloit déjà aux statuts. Mais on s'est avisé que cette plaisanterie pourroit bien avilir le cordon bleu et faire un vrai ordre, c'est pourquoi oal'a arrêtée. L'ordre de la Jarretière et celui de la Toison n*ont pas eu de plus beaux commeucemeiits.
Meudon. — Le Roi a dit qu'il iroit à Meudon le 4 de juin. Il cherche à éviter le monde quMl n*aime point. Il craint et veut être prés«|\ie seul. M? dô Ntfngis est fort de ses amis. On dit qu'il Tàvoitété def la mère.
Femmes de la Cour maiàdes. — Les femmes de la Cour sont fort gâtées. Les maris ont gâté les femmes et elles leurs maris. On nomme le duc et la duchesse de Tallard, le duc et la duchesse deMontbazon^ le duc et la duchesse de la Meilleraye , qui ont besoin de la Peyronie , outre leurs adhérents, et tout cela est venu par une M"' de Lunati. Italienne, qui en à donné de la plus fine (1).
Poème DES ENLUMINURES de la Constitution. — On débite un poème qui a pour titre : Essai du nouveau conte de ma Mère VOiCy ou Les Enluminures de jeu de la Constitution, Ce poëme a 5 ou 6,000 vers d'une vivacité surprenante ; toute l'histoire de la Constitution s'y trouve, avec les preuves dans les marges. On a imaginé que le jeu de l'Oie avoit des rapports avec cette affaire ; on a fait une carte où tout le jeu vous mène au concile, qui est le n' 63. Le cardinal, qui est le cardinal de Noailles, y
(1) V. Madame (Correspondfinçej sur celte M^e Lunali.
est gravé au n° 62, d'où on recule en arrière comme à roie, parce que le cardinal recule toujours et a toujours reculé. Il tourne le dos au concile. La prison est la Bastille. La mort estcelle de Clément XI, et ainsi de suite. L'imagination est plaisante. Les vers sont forts et satiriques, n'épargnant personne. On ne^ait d'où cela peut sortir. Le Pape défunt et le vivant y sont ea très-mauvaise fortune. Le Régent, le cardinal Dubois, le cardinal deBissy, le cardinal de Rohan, M. de Soissons, l'abbé Couet y ont tous leur fait. 11 est dit du cardinal de Noailles, qu'on appelle la reculante Éminence :
Que dans son équivoque espèce,.
S'il est pape, il sera papesse.
En 4654, les jansénistes firent un pareil poëme, intitulé : Les Enluminures du fameux Almanach des pères jésuites, et la Déroute et Confusion des jansénistes ou Triomphe deMolina, jésuite j sur saint Augustin. Mais celui-ci est beaucoup plus long et plus fort, etaulienqueTAlmanach étoit réel, le jeu de TOie est imaginaire. On a trouvé dans le Grégoire de Nanzianze, carm. 10 : Non ego cum
gruibus simul anseribusque sedebo In synodisj etc.
Ainsi on trouve tout dans les Pères et dans l'Évangile.
NoËLS Bourguignons. La Monnoye. — J'ai vu, entre les mains de M. de Sardière, les No'éls Bourguignons de M. de la Monnoye, qui sont très-impies et qu'il a fait imprimer en 1720, avec un glossaire très-savant de la langue bourguignonne, pour faire entendre facilement ces impiétés aux ignorants. C'est un in-12 asse;i gros,*qui marque que c'est la 4« édition. Ce vieil athée, chassé de son pays pour ces Noôls, ne peut se détacher de ce mauvais ouvrage, qui pourroient bien un jour le faire brûler. L' Académie françoise a choisi là un mauvais membre, et son Menagiana y plein d'impiétéset d'obscénités, a annoncé de quoi il étoit capable. Il travaille à quelques remarques sur les Jugements des Savants de Baillet.
Mais Dieu sait quelles remarques, d'une date, d'un point, d'une virgule et autres minuties dont il est grand sectateur; ce qu'on lui pardonneroit bien volontiers, s'il ne se piquoit pas de ne pa^s croire en Dieu, de savoir toutes les ordures anciennes et nouvelles, et d'en farcir tous ses livres. J'ai vu depuis ce livre à mon aise, j'en ai •traduit quelques Noëls pour être plus au fait, et je ne change point d'avis. Le Glossaire a beaucoup d'érudition , et encore plus de sottises et d'impiétés.
Premier ministre. Contes. — Il n'y a bons contes qu'on ne fasse des brutalités du premier ministre. Il trouve un officier dans une antichambre où il ne devoit entrer personne. Il crie, il jure contre ses gens; il vient à l'homme et lui demande qui il est. c< Hélas! Monseigneur, dit-il, je suis un capitaine de grenadiers, mais je viens vous remettre ma commission, car je vois que vous êtes plus propre à l'être que moi. » Le cardinal lui arrache un papier qu'il avoit à sa main, rentre dans son cabinet, l'expédie et, tout en écrivant, disoit : «Cet homme-là qui vient encore se moquer de moi! » et le renvoie en jurant Dieu. Autre conte. Les gardes du corps lui avoient donné des plaçets pour leur paye. 11 n'y songeoit pas. Un jour, ils l'entourèrent dans Tantichambre du Roi, si bien qu'il se crut arrêté. Puis, s'étant séparés, il leur promit de les faire payer incessamment, et dit qu'il falloit respecter leur corps.
Réappelant. — Il a fait avoir un bénéfice à un réappelant qui lui étoit recommandé par son frère, chanoine de Saint-Honoré. Le réappelant s'étant présenté à l'évoque de Poitiers pour son visa, l'évêque Ta refusé , et l'a regardé comme un hérétique. Le bénéficier s'en est plaint au cardinal, qui a écrit à l'évêque une lettre à cheval, et le pauvre évêque a été trop heureux de bien recevoir le prêtre, de l'embrasser et lui donner à dîner, comme il auroit fait au plus grand moliniste de France. Et voilà comme l'autorité gagne sur la foi desévèques.
tenu à la lettre des déclarations de 1610 et de 1694, qui ne donnent le rang qu^aux princes légitimés et à leurs enfants en légitime mariage, sans parler des petits-enfants, qui n'ont point été censés compris dans cette disposition, parce que c'est un privilège qui est de droit écrit et qui ne s'étend point. Après tout, c'est une mauvaise condition en France d'être Mtard.Gabrielled'Estrées, d'où viennent MM. de Vçndôme, demanda un jour à M. de Sancy si, le Roi l'épousant, ses enfants deviendroientlégitimes. «Non, Madame, dit-il, car en France les bâtards des Rois sont
toujours fils de p (1). » Il en coûta bonne à M. de
Sancy pour ce bon mot, car on lui ôta sa charge de colonel des Suisses. Mais aussi, la belle dame ne vécut pas longtemps depuis. Toute la famille du duc du Maine est allée à Sceaux se consoler. Ils espéroient une exception, à cause des alliances redoublées avec la maison royale, l'une ayant épousé fe duc d'Orléans, l'autre feu M. leDuc, le duc du Maine ayant épousé une Bourbon. Mais tout cela n'a rien fait. M. le Duc s'est bien souvenu de toutes les railleries amères qu'on a faites contre lui, pendant le procès des princes, et M. le duc d'Orléans, quoique mari d'une légitimée, n'a pas oublié la conjuration de la duchesse du Maine et les manifestes. satiriques que l'on faisoitve^ nir d'Espagne contre lui.
La princesse d'Auvergne. — La princesse d'Auvergne (M""* de Trente) a eu une querelle avec le cardinal. Ils se sont dit leurs vérités et leurs vies l'un à l'autre. A la fin le
cardinal l'a envoyée faire Elle est allée se plaindre
au duc d'Orléans , qui lui a dit : a 11 est vrai quHl est un peu vif, mais il est quelquefois de bon conseil y>. Voilà tout ce qu'elle a pu tirer du prince et du ministre, et elle ne le mérite pas mal, car c'est une aventurière angloise, que le chevalier de Bouillon a épousée pour son papier, qui est disparu à Tépreuve du visa.
(l) Mémoires de Castehiau, t. H, p. 893. ,
M. DE Beringhëm^ premier écuyer^ mort. — M. de Beringhem, premier écuyer, est mort à huit heures du soir. Il se portoit beaucoup mieux. Il avoit vu, ce môme jour, trois plans de maisons de campagne où il vouloit aller prendre l'air et en acheter une ; Helvétius, médecin, causant avec lui, lui avoit promis d'y aller passer le mois de mai. Dans le moment, il lui prend envie d'aller à la garde-robe, il y va; il lui prend une seconde envie, et il meurt sur la chaise.
Prince Charles. — Le lendemain, le prince Charles a été mis en possession de tous les droits de la charge de grand écuyer, dans la petite écurie, suivant un arrêt du 6 mai 1721, et il a donné les ordres aux écuyers et au gouverneur des pages de la petite écurie, au grand étonnement du survivancier, fils du défunt. Le marquis de Pezay, gendre, veut tracasser, mais il trouvera à qui parler.
3 mai. — Beringhem. Prixce Charles. — La famille du premier écuyer fait grand bruit, et prétend que le prince Charles n'a pas le droit à la petite écurie. Le prince m'a dit aujourd'hui qu'il avoit pris ce matin Tordre du Roi pour les deux écuries, mais que M. d'Huxelles, M. d'Humières et le nouveau duc d' Au mont se plaignoient, et demandoient des commissaires. Le prince n'en veut point, et dit que son droit est clair par les provisions de sa charge. La famille oppose l'arrêt de 1715 après la mort du Roi. Le prince oppose celui de 1718 et un autre de 1 721 (j'en ai parlé au mois de mai de cette année 1721). Cette grande contestation vient de ce que Louis XUI et Louis XIV ont eu pour favoris leurs premiers écuyers, et leur ont accordé bien des passe-droits, qu'il est difficile de rétablir, quand on veut rentrer dans la règle. MM. de Beringhem, au reste, sont de basse origine; ils viennent d'un village ' de Hollande dont ils portent le nom. Le grand-père étoit
tailleur et habile à faire des canons et des aiguillettes; il vint à la cour et fut valet-de chambre d'Henri IV ; son fils fut valet de chambre de Louis XIII. Disgracié par le cardinal de Richelieu, il retourna en Hollande, et servit sous le prince d'Orange. Après la mort de Louis XIII, il revint à la cour, et la reine mère, dont ilétoit valet de chambre, le fit premier écuyer, parce qu'il étoit bien avec le cardinal Mazarin. On fut bien surpris de cette faveur. Son fils, qui vient de mourir, lui a succédé dans cette charge et dans la faveur auprès de Louis XIV. Il avoit épousé la sœur du duc d'Aumorit : par son crédit auprès du feu Roi, il a fort relevé sa famille. Ce sont ces gens-là qui tiennent aujourd'hui tète aux princes. Le fils survivancier n'a pas le mérite nécessaire pour soutenir cette place ; le marquis de Pezé, qui a épousé depuis peu la sœur, est bien auprès du Roi : cependant il n'a pu conserver la direction des ponts et chaussées, qui a été donnée à M. Dubois, secrétaire du cabinet privé du premier ministre.
Mardi 4. — Grand écuyer. — La querelle du grand écuyer recommence tous les jours. La petite écurie ne veut point obéir. Le prince Charles a parlé haut à M. de Lépinay, qui est le premier écuyer de la petite écurie en commission. On reproche à M. le duc d'Orléans l'arrêt de 1721, mais on ne sait pas qu'il n'a été donné que pour empêcher le prince Charles d'agir en ce t^mps-là; ainsi on blâme sans savoir.
Le cardinal malade. — Le cardinal est tombé malade et a été saigné deux fois; il n'a point donné audience aux ambassadeurs aujourd'hui, qui est leur jour. Son mal est une rétention d'urine qui le tourmente beaucoup. On est attentif sur sa santé.. S'il venoità manquer, la Courprendroit toute une autre face.
Princes léoitimés. Déclaration enregistrée. — Aujourd'hui, a été enregistrée la déclaration du Roi sur les
(t) Mém. de Mme de MoUeville.
rangs et honneurs des princes légitimés dans les cours de Parlement. Elle ordonne que le duc du Maine et le comte de Toulouse^ et après le décès du duc du Maine et après la démission de ses pairies^ le prince de Dombes et le comte d^Eu^ ses enfants^ jouiront, UurvieduranI seulement y au Parlement, de leur séance et voix délibérative , après les princes du sang et avant tous les ducs et pairs, de quelque dignité et qualité qu'ils puissent èire, et ce, en vertu- de leurs pairies, quand elles seroient moins anciennes que les autres ; que les enfants du duc du Maine en ce cas seront reçus au Parlement après le sefment accoutumé, qu'ils prendront entre eux leur rang du jour de leur réception : ils ne pourront les uns ni les autres traverser le parquet, ils ne seront précédés que d'un greffier, le président prendra leurs voix en les nommant par leurs pairies et leur ôtera le bonnet. Le Roi révoque tous autres édits, déclarations, ainsi que le brevet (il est parlé dans cette déclaration des brevets que le Roi leur a donnés le même jour pour les honneurs de la Cour ).
Termes de la déclaration. — Pour consoler le comte de Toulouse, on dit, danscette déclaration, que le Roi voudroit bien lui conserver ses honneurs, mais qu'il ne peut voir qu'avec peine la différence de l'état du duc du Maine etqu^l ne peut plus longtemps lui refuser de régler^définitivement pour lui et ses enfants, un état convenable à l'honneur qu'ils ont d'être alUés aussi près à tous les princes du sang : ce tte raison est très-sensée, mais ne console pas. J'ai remarqué qu'en parlant de la déclaration du 5 mars 1714, il est dit dans celle-ci qu'elle avoit été accordée au duc du Haine et comte de Toulouse et leurs descendants en légitime mariage, ce qui est une erreur; car il n'y est parlé que des enfants et non des descendants, et celle-ci ne passe pas les enfants non plus.
Addition a l'édit des duels. — Le même jour, le Parlement a enregistré une autre déclaration sur les peines et réparations d'honneur à l'occasion des injures et me-
naces entre les gentilshommes et gens de guerre. C'est une confirmation des k articles réglés par les maréchaux de France. Pour les injures : « sot, lâchcy etc., six mois de prison et demander pardon avant d'y entrer ; si on y a répondu, trois mois de prison à l'offensé et toujours les six mois à Fagresseur. Pour démenti et menaces^ de main ou de b&ton, deux ans de prison. S'ils ont été repoussés par des coups, l'agresseur sera puni suivant Tédit de février.
Grains. — Déclaration qui fait défense à toutes personnes de vendre, acheter et mesurer des grains ailleurs que dans les halles et marchés. Rég. le même jour.
JoRRY. — Le valet de chambre, meurtrier deJorry, procureur, a été arrêté près Beaugé en Anjou. Il a écrit une lettre à Paris à un ami : la lettre s'est trouvée marquée à la poste du nom de Beaugé^ parce que c'est l'usage (bon ou mauvais ) de marquer sur les lettres le lieu d'où elles partent. On a suivi la piste, il a été trouvé dans une forge, où il a été pris très-facilement, et amené à Paris, où il avoue son crime et qu'il l'a fait tout seul. Sur le chemin, il ne vouloit pas manger, mais on l'a fait manger par force, et il passera bientôt par les mains de M^ Jean Roseau, Il a été roué vif, le 7 mai 1723, par sentence du Chàtelet.
Belle-Humeur cartouchien. — 11 a été pris un soldat aux Gardes, dans Paris, nommé Belle-Humeur, qui avoit sept chambres meublées en quartiers différents, et qui étoit de la compagnie de Cartouche.
Pillage et vol des actions. Talhouét, maItre des requêtes. Commis. — A la Compagnie des Indes, on a découvert une friponnerie qui s'est faite sur les actions pendant le visa. Les gens qui se plaignoient d'être retranchés donnoient des Mémoires pour obtenir des suppléments ; ils les obtenoient, mais les commis disoient qu'on avoit été refusé, et ils s'appliquoient à eux-mêmes ces actions suppléées, qu'ils vendoient sur la place. Ils faisoient aussi de fausses feuilles pour gens qui n'a voient rien de-
mandé. Cela a été découvert, parce qu'un officier se plaignant au duc d'Orléansjqu'on ne lui faisoit point justice, le prince trouva dans un rôle le nom de cet officier comme augmenté, et lui fit reproche de ce qu'il se plaignoit encore. L'officier ayant protesté qu'il n'avoit jamais rien vu, l'affaire a été approfondie, les commis arrêtés, qui sontGally,Fourier et Samson,et eux se défendent en disant que ce sont les maîtres des requêtes qui leur ont donné des ordres. On nomme, entre les maîtres des requêtes soupçonnés, M. de Talbouët, Fontanieu, Pinon. d'Avaur et Regnault. Le premier est un Breton fort riche, marié depuis peu à M"^ Bosc, fille du procureur général de la cour des aides (il n'est pas des bons Talhouôt); le deuxième, Fontanieu, est neveu du. contrôleur-général ; le troisième, fils du premier médecin du Roi, etc. S'ils sont coupables, c'est une grande prévarication; et quand il n'y auroit de peine que le déshonneur d'être nommé dans Paris comme complices de celle friponnerie, c'est une punition bien forte pour un magistrat et pour sa famille.
Comte de Toulouse. — Mémoire du comte de Toulouse. « Sire, c'est avec un profond respect que j'ose représenter à V. M. la juste inquiétude que me donne un bruit fort répandu d'une déclaration qu'on dit qui vaparollre, et par laquelle on dit que je dois être privé d'une partie des honneurs que je tiens de V. M. Il ne s'agit point ni de titres ni de prétentions, il ne s'agit uniquement que de la volontéde V. M., si solennellement expliquée dans son édit de 1717, et dans sa déclaration du mois d^aoùt 1718. Permettez-moi, Sire, d'en rapporter les termes àV. M. quoique je ne puisse le faire qu'en rougissant, parce qu'ils me font plus d'honneur que je ne mérite. « Cependant, connoissant, etc. (1) » Voilà, Sire, des titres trop glorieux pour moi à la vérité, mais auxquels j'ai lieu d'espérer que V. M.
(1) Voyez la déclaration du 26 août 1718.
voudra bien ne point déroger, tant que je n'y donnerai point lieu par ma conduite. Ces titres, Sire, sont répandus depuis cinq ans dans toute l'Europe, ils ont persuadé à tout le monde que V. M. avoit quelques bontés pour moi, et qu^en 1718, elle ne me jugeoit pas indigne de la grâce qu'elle vouloit bien m'accorder alors. Que dira-t-on si Ton m'en voit privé un instant par V. M., qui n'a jamais fait que des actions de bonté et de justice, et pourrois-je persuader aux bommes que je ne m'en suis pas rendu indigne? »
7 mai. — Prikgr db Pons* Matignon. — Arrêt du Parlement qui a ordonné que le prince de Pons, fils du comte de Marsan, rentreroit dans l'bôtel de Matignon, que le comte de Matignon, Tun de ses tuteurs, avoit acheté. pendant sa tutelle. C'étoit autrefois l'hôtel da Marsan. Il a été jugé par cet arrêt que l'avis des parents et l!estimatioa iie suffisoient pas pour Taliénation du bien des mineurs et que, suivant un règlement de 1630, il faut encore des^publications, affiches et autorisation en justice. Le prince de Pons auroit d'ailleurs de grandes obligations au comte de Matignon, qui luiacoaservé tout son bien, mais la justice.n'entre point dans cette reconnoissa^ce et elle ajugé le procès, et* non le procédé.
8 mai. — Lb Grand-Duc. Madame d'Épinoy. — Autre arrêt célèbre, dans la cause du Grand-duc et du grand prince de Toscane contre M"*** d'Épinoy, rendu en la Grand'Cbambre , tout d'une voix, au rapport de l'abbé Mainguy. Cet arrêt casse Iç testament de VP*^ la grandeduchesse par lequel elle aui^oit disposé de ses. biens de France au profit de M*"*^ d'Épinoy et d'autres personnes : au préjudice de la clause de son contrat de mariage, fait suivant le droit romain et le statut de Florence, par lequel elle se constitue en dot jtous le^ biens et les successions qui lui pourroient arriver qui demeureroient .à ses enfants, comme biens propres maternels. Il y auroit eu aussi un traitédeséparation, epti^e M. je grand-dpc et laj^r^nde-
MAI i7!l5. 455
duchesse, fait à Castello auprès de Florence, le 25 décembre 1674, contenant un article précis, par lequel elle s'obllgeoit de laisser à ses enfants tout ce gu^elle aura, ce qui lui pourra appartenir dans les temps de sa mort ; et depuis les successions de M""® la duchesse d'Orléans sa mère, de M*'® de Montpensier sa sœur et de M™* de Guise lui étant avenues, le grand-duc leur avoit envoyé une procuration pour administrer ces successions, « dont la propriété doit appartenir à nos enfants, » procuration acceptée par la grande-duchesse. On a imprimé les actes et pièces de ce procès, avec des observations courtes et précises de M. Leroy le jeune, avocat. Le statut de Florence porte : « Si filiusvelfiliaveldescendentes exstarent ex eis, • tune succédant ipsi filius vel filia titulo universali raatri suse velaliidescendentessuisascendentibus in dotem. » Et Paul de Castres, grand jurisconsulte a ajouté, de Tordre et autorité de la République, en expliquant ce mot succédant ; «EtnuUa mulier in dote vel de dote vel ejus parte possit condere aliquam ultimam voluntatem nec aliquid etiam in ter vivos quo quomodo disponeant, de dicta dote vel ejus parte in prsBJudicium viri vel filiorum, etc. » Le traité de séparation, fait par l'entremise du Roi, qui y avoit envoyé M"*' du Deffand, étoit encore un acte public d'une grande autorité, la grande-duchesse ayant toujours resté en France depuis ce temps-là. Cette cause ayant été plaidée en l'audience, M. de Lamoignon, avocat général, avoit conclu pour le testament; elle fut appointée, et a depuis été jugée, tout d'une voix, pour le grand-duc qui doit être bien content de la justice du Parlement de Paris. L'arrêt a été supprimé.
Dmanche9mai, — Talhouet juge le 28 août. — M. de Talhouët, maître des requêtes, a été arrêté, mené à la Bastille, et scellés apposés chez lui par M. d'Argenson, pour l'affaire du visa et pour les actions qu'il est accusé d'avoir prises sur le public. Cet homme faisoit une dépense prodigieuse et grande chère, étoit beau joueur, beau
parleur et imposant à tout le monde. Il s appelle Lapierre et est fils du sénéchal de Ponlivy en Bretagne. Talhouët est un nom de terre. M. Bosc a mal placé là sa fille, et a été ébloui par ce Breton, qui ne devoit pas prétendre à une telle alliance ; on ne parle plus des autres maîtres des requêtes qui ont été soupçonnés, etc. Le secrétaire de M. Dodart s'en est enfui. Cette affaire aura de grandes suites; tous les commis principaux de la Banque y ont part, eton en arrête tous les jours. Une dame de la maison de Talhouët a dit au duc d'Orléans : « Si vous le faites pendre, que ce soit sous le nom de Lapierre. » Il y a une commission particulière pour juger en dernier ressort.
Commission pour les abus du visa — M. de Chàteauneuf, président ; MM. de Harlay, de Fortia et d'Herbigny, conseillersd'État; etdouze maîtres des requêtes, M. de Vattan, procureur général. M. d'Argenson fait les instructions, commission pour les abus de visa. La fortune de la France étoit en de bonnes mains à ce visa, et voilà ce que le papier et le maudit Système dévoient produire. On a trouvé chez Firmié, commis, trente-deux douzaines d'assiettes d'argent et cent plats, et ainsi du reste, pendant que toutes les honnêtes familles périssent.
Talhouët. — M. de Talhouët n'a pas voulu répondre à M. d'Argenson qui l'a interrogé, et adit qu'il devoit être jugé au Parlement, les Chambres assemblées ; mais on passera outre, et le Parlement même, qui n'a jamais approuvé les actions, n'en voudroit pas connoltre. J'en ai l'exemple dans une affaire de la comtesse de Moras, où la Tournelle n'a pas voulu juger un vol d'actions, parce qife ce n'étoit pas matière à larcin.
Mercredi, 12 mai. — La fièvre tierce. — La fièvre m'a pris que je n'avois jamais eue : elle a tourné en tierce. J'en ai eu trois grands accès et elle a été arrêtée au quatrième par le quinquina, que je ne connoissois point. J'ai dit qu'il m'affoiblissoitla poitrine, et les médecins m'ont répondu qu'un accès de fièvre étoit plus
« dangereux pour la poitrine qu'un mois de quinquina;
il faut croire les médecins. Les songes, les chimères, Tappétit de parler sont terribles dans la fièvre. J'avois dans la tète un placet pour le prince Charles, qui ne me quittoit point; je l'ai dicté, il en est sorti. La même chose est arrivée à Boileau, qui fit, dans une fièvre, des chansons sur un air du Savoyard; on lésa mises dans ses Œuvres. J'ai relu le poëme du Quinquina de La Fontaine, et il m'a paru excellent. C'est là où il dit :
D'autres temps sont venus, Louis régne, et la Parque Sera lente à trancher nos jours sous ce monarque ; Son mérite a gagné les arbitres du sort.
Compagnie des Indes. — On a publié un arrêt du 3 mai qui nomme des commissaires pour juger les affaires conlentieuses de la Compagnie des Indes; elle épargnera bien des frais de la juridiction ordinaire. Ce sont MM. Fagon, Fortia, Daussan, Angran, Rouillé, d'Argenson, Fonlanié, Moras, Méliand.
* Bureaux des finances. — Autre arrêt, du 27 avril, qui aexcepté les officiers des bureaux de finance du prêt pour leurs charges, mais avec beaucoup de peine. Il y a un plaidoyer dans l'arrêt contre eux.
Eaux et forêts. — Autre arrêt, du 4 avril, qui exempte les officiers des eaux et forêts du logement des gens de guerre. Cet arrêt parolt avoir été donné avec colère, contre les commandants de guerre et autres, qui demandent ces logements, en haine de la chasse que ces officiers ne leur souffrent pas.
17 mai. — Rentes viagères. Prévarication. — De ce jour il ya un arrêt qui ordonne que ceux qui ont fait des soumissions pour les rentes viagères, les rempliront dans la huitaine, sinon qu'elles seront délivrées à bureau ouvert à ceux qui se présenteront. Cet arrêt prouve le brigandage affreux qui s*est fait sur ces rentes. On a tout à coup dit qu^elles éloient reînplies, et les porteurs de bil-
4â8 MÉMOIRES DE MATHIEU MARAIS.
lets de liquidation ont fondu leurs billets à partir des quatre cinquièmes. Mais cette opération s'est trouvée fausse. Des gens apostés les avoient pris, et les revendirent dansle public, encédantlapremièreannée d'arrérages. La poursuite faite sur les commis de la Banque a fait peur à ces fripons. La revente a cessé, les soumissions n'ont point été remplies, et il a fallu donner cet arrêt, qui ne remédie pas à toutes ces pauvres familles qui ont fondu leurs billets , faute d'avoir pu obtenir de ces rentes viagères. On soupçonne jusqu'au contrôleur-général d'avoir eu part à cette manœuvre et d'en avoir profité. Ainsi tout pille : le ministre, lès juges, les commis, et tous par la digne vertu du papier anglais.
24 mai. — La Jonghère arrêté. — On ne parloit plus de l'affaire des Trésoriers ; mais tout d'un coup, elle s'est réveillée. LaJonchère, trésorier de l'extraordinaire delà guerre, a été arrêté en revenant de Versailles, à onze heures du soir. Il a été mis à la Bastille, et scellé chez lui à la requête du procureur général de la comn^ission. Il paroissoit tranquille, et ce coup a bien étonné sa famille. On a dit aussitôt que plusieurs personnes avoient part à cette affaire : le chevalier de Rohan, le maréchal de Berwick, le prince de Tingry, M. de Belle-Isle, le marquis de laFare. Le trésorier prenoit leurs billets de banque, et leur donnoit ou promettoitde l'argent à la place, quand ses fonds rentreroient, ce sur quoi il demandoit 43 millions au Roi, comme on voit dans le Mémoire des Paris. Cependant, il donnoit ce billet à l'officier, comme sic'étoitle fonds de la guerre, ce qui n'étoit pourtant pas. Ces Messieurs, qui dévoient savoir les règles de la guerre, ont bien manqué, et le trésorier aussi. Le public s'exerce sur ces noms illustres j leur réputation n'en sera pas meilleure, et la Jonchère n'en sera pas plus justifier On doit le transférer, au premier jour, dans son bureau pour vérifier ses registres, et c'est une triste comparution dans sa maison;
31 mat. — Là Chapelle mobt. — Le S' de la Chapelle^ de rAcadémie françoise, est mort. Il y avoitété reçu le 12 juillet 1688^ ety fit une belle harangue. Il étoit secrétaire des commandements du prince deConti^ et ne lui donnoit pas de bons conseils. On a de lui les Amours de Tibulle et de CatulUy en prose et en vers françols; mais son principal ouvrage sont les Lettres de Suiise y qu'il faisoit pendant la dernière guerre par les ordres du marquis de Torcy, où il y a bien des haines contre la maison d'Autriche. Le style en est un peu trop déclamatoire pour des «lettres, et la matière bien exécutée. Du reste, cet homme ne valoit pas grand'chose du côté des mœurs. Il dogmatisoit l'athéisme et le professoit aux femmes- Il a été receveurgénéral des finances, et y a mal fait ses affaires. Il devint amoureux d'une veuve de Bourges qui ne vouloit point de lui; il fit semblant de se pendre; on le détacha d'une solive, et il épousa la veuve»
Baron revenant sur le tuéatrb. —Tout Paris retourne à Inès de Castro. Baron, que l'on croyoit mort, ou qu'on croyoit avoir renoncé à la comédie, est remonté sur le théâtre tout de plus belle. Il n'a jamais si bien joué. C'est un prodige que cet homme en qui l'action ne finit point. Les uns sont scandalisés de son retour; d'autres charmés. Il dit qu'il n'a d'autre métier pour vivre, et qu'il ne fait point de mal en jouant la comédie qui le nourrit. Lamotte est bien content de cette résurrection, qui remet sa pièce en honneur.
23 mot. — Grand et premier écuyers. — Voici l'arrêt qui a été rendu dans l'affaire du grand écuyer et du premier :
(( Le Roi étant informé que les arrêtés rendus en son conseil les 22 octobre 1715, 17 février 1718 et fin mai 1721 , donnent lieu à des contestations entre le grand écuyer de France et le premier écuyer de S. M., auxquelles le bon ordre de son service demande qu'il soit pourvu, S. M. étant en son conseil, a ordonné et ordonne qu'en tout ce
qui sera de son service dans les grandes et petites écuries, le grand écuyer de France et le premier éçuyer de S. M. suivront et observeront les mêmes usages dans leurs fonctionset administrations qu'ils suivoientetobservoient au jour du décès du feu Roi et avant lesdits arrêts, sans aucun changement ni invocation de part et d'autre Jusqu'à ce que S. M., en connoissance de cause, en ait autrement ordonné. Fait au conseil d'État duRoi, S. M. y étant. Tenu à Versailles, le^S mai i723. — Signé : Phélipeaux.
Par cet arrêt, on n'a point d'égard aux arrêts rendus pendant la Régence, non pas même à l'arrêt du 26 octobre 1715, qui a jugé la dépouille de la grande écurie : le Roi se réserve à juger le fonds en connoissance de cause ; ainsi on est en état de l'instruire et de donner le mémoire qui a été fait.
Le cardinal a dit au prince Charles qu'il en auroit eu pour six ans à faire casser ces arrêts et qu'il y avoit donné ordre en un moment. M"® de Beringhem avoit demandé qu'il lui fût permis de porter la livrée du Roi et les armes du Roi à son carrosse, comme veuve du premier écuyer, ce qui lui a été refusé. Le prince Charles a dit en riant : « Je lui donnerai, quand elle voudra, la perce mission de la livrée; cela se donne bien aux comédience nés, de peur qu'on ne les insulte. »
Campistron. — Campistron , de l'Académie françoise, est mort. Il étoit attaché à MM. de Vendôme. Il a fait plusieurs pièces de théâtre assez bonnes. C'est celui qui a le plus approché de Racine. Voilà deux places vacantes, celle de la Chapelle et la sienne.
28 mai. — Layer, anglais. — L'avocat Layer, enfin, après bien des répits, a été pendu à Londres, puisécartelé, ses entrailles brûlées et sa tête mise sur le temple de Bar; le tout pour une conjuration que la moitié de la nation désavoue. Il a dit en mourant qu'il n'y auroit jamais de paix en Angleterre, tant qu'ils n'auroient pas leur véritable roi.
JUIN 1725. 46i
On a appris que le 23 octobre, Ispahan s'éloit rendu, avec tous ses habitants et le sophi, au rebelle Nirevex. C'est uûe étrange révolution.