IVI. De la Bourdonnaye
MM. Dodun,
Fagon.
Beaussan.
D'Ormesson.
La Gftinville.
De Gaumont.
Sigoy.
Il y a un procureur général de cette commission nommé M. d'Aube, conseiller au conseil du commerce. C'est un homme de Rouen, neveu de M. de Fontenelle.
Arrêt et lettres-patentes, du 30 novembre 1721, qui ordonnent l'ouverture de plusieurs routes dans les bois de la capitainerie d'Hallate. C'est M. le Duc, capitaine de ces chasses, qui a obtenu cet arrêt pour chagriner un M. Lombard d'Ermenonville, qui a cette terre d'Ermenonville, proche Chantilly, dont il n'a pas voulu accommoder M. le Duc. Le voisinage des princes n'est jamais bon :
Heureux qui De les connoît guère ; Pluç heureux qui n'en a que faire.
(1) N» 41,460 de rédition de la Bibliothèque historique donnée par Fevrel de Fontelte.
Éditde décembre 1721 (publié le 18 janvier 1722), qui porte rétablissement de six offices d'affineurs; deux à Paris et quatre à Lyon, qui ayoient été supprimés et les fonctions réunies à la Compagnie des Indes/C^t édit 6te à la Compagnie la. régie dçs affinages, qui dép^doit du bénéfice de la Monnoie, qui lui a déjà été ôté. Ainsi, on la dépouillée de tput. Il y a vingt-huit articles dans l'édit qui règle la fonction des affineurs. Cela est bon à lire et à savoir. Il est registre en la Coui^ des monnoies, le 29 décembre 1721.
Arrêt du 2 décembre 1721 pour les rentes viagères sur le Roi dont on jouira duquartier comme lors de Tacquisition .
20 janvier. M, Fagon, conse^ler d'État, a été nommé conseiller au conseil royal des finances (1). Il a la place de feu M. d'Aguesseau, qui tfavoit point été remplie. C'est une dignité consijdéraWe qui donne entrée dans toutes les grandes affaires de TÉtat. Il n'entre pas dans le conseil dès dépêches, qui n'est composé que du Régent, du Chancelier, et dè^ quatre secrétait^is d'État et du maréchal de Villerpy, phef du conseil. J'en ai fait compliment à M. Fagon, qui m'a répondu par une lettre très^rgracieuse. Je le lui avois mandé ; a Quand on sait tout^ on peut tout avoir y), et aussi est-ce un des hommes du conseil les plus instruits. Il n'a que quarante et un an^.
Le mariage du prince des Asturies avec M"' d'Orléans a été célébré en face d'Église en Espagne, par le cardinal de Borgia. On a mis le prince et la princesse ensemble dans un lit pendant quelque (emps , en présence de toute la Cour, puis on les a séparés.
Bibliothèque satirique 1722.
VArl de mener les maris par le nez, par le marquis Scotti, dédié à la reine d'Espagne.
(i) Fagon, fils du premier médecin de Louis Xiy, mort en PM) 1744. (Voir Barbier, III, 515.)
VArt de diviser les hommes à Vinfini et le secret de pro- 'fiter de leur divisiony par le duc d'Orléans.
Les Agréments du mariage, par le prince de Modène au prince des Asturies.
Traité de la patience chrétienne et politique/ pa,r le duc du Maine, dédié aux François.
Du Choix des justes dans la distribution des biens ecclésiastiqueSf par le pape Innocent XIII, dédié au cardinal Dubois.
Traité de la véritable grandeur , auquel on a ajouté une Dissertation excellente sur le commercCy dédié au maréchal d'Estrées, par le duc de la Force.
Triomphe de P esprit sur la raison^ par le duc de Richelieu, dédié au duc de la Feuillade.
Nouveau traité des infiniment pelitSj dédié aux grands de la cour de France, par un auteur anonyme.
Traité des jubilés et des indulgences plénièr es, par la présidente Fillon, dédié au cardinal Dubois.
Nouveau guidon des finances, par le sieur Law , revu et corrigé par le duc de Bourbon.
Le ridiouté de fa jalousie et les moyens de Vévitery par M?*^ jd'Avèrne, dédié au prince deCônti.
Les avantages que le roi d Espagne doit trouver dans son alliance avec M. le duc d'Orléans, par le docteur Filtz-Moritz.
L'accord de la moraie de VÈvangile avec celle des princes, par le cardinal de Rohan.
Delafattëselé des vertus humaines, par M. de la Hoûssaye, dédié à M* le chancelier d'Aguesseau.
De la religion du cardinal de Nouilles et de celle du chancelier d'Aguesseau, par un hypocrite de leurs amis.
FfiVRiBR, lundi 2. — Lettre a M. le Chancelier. L^affaire des négociants de Saint-Malo, contre la Compagnie
des Indes, étant sur le point d'être jugée, j'ai envoyé mon Mémoire à M. le Chancelier avec la lettre suivante :
MONSBIGNEUB,
Quoique je ne sois point avocat au Conseil, j'ai pris la liberté d'écrire un mémoire pour les négociants ëe Saint-Malo, contre la Compagnie des Indes, et je prends encore, Monseigneur, celle de l'envoyer à y. G. Accoutumé que je suis à vos anciennes bontés, je me flatte qu'en le lisant vous trouverez quelques traits qui ne vous déplairont pas, et ce style de force et de précision que vous aimez, que vous nous avez appris, et qui donne en même temps de la lumière et des grâces. Comme j'ai su que cela devoit passer devant vous, monseigneur, je n'ai eu que vous pour objet en le composant; et j'ai dit : Dans l'éloignement où je suis de M. le Chancelier, ne pouvant plus le voir, l'entendre, l'admirer comme je faisois autrefois, du moins je m'en approcherai par cet écrit et il le verra. Et il en sera peutêtre touché et il se souviendra de celui qui^ depuis si longtemps, est avec le plus profond, et il ose dire le plus tendre respect. Monseigneur,
i)e Voire Grandeur,
Le très-humble et très-obéissant serviteur,
Màbais.
2 février 1722.
Mardi 3. ^- Saint-Malo. — Ce jour, l'affaire de Saint- Malo a été rapportée au Louvre par M. Fagon. M. le Chancelier, qui s'étoit très-bien instruit, a opiné pour les négociants contre la Compagnie. Il a été suivi de M. le prince de Conti, du maréchal de Villeroy et de M. d'Ormesson. Le Régent a pris parti pour la Compagnie, ets'est presque fâché. On a dit beaucoup de bien des Malouins, et enfin, il a été ordonné qu'ils seront remboursés de leurs marchandises et vaisseau saisis aux Indes, fret et assurances en espèces fortes, ce qui est favorable pour eux ; mais on ne leur rend pas justice entière, car ils auroient bien plus gagné, s'ils avoient eux-mêmes vendu leurs marchandises.
Dauphiné. — J'ai dîné avec M. d'Armenonville , secrétaire d'État, qui m'a appris ce jugement, et qui m'a dit qu'il sortoit d'un conseil de santé sur la peste, où on ve-
noit de nommer un ofBcier-général, pour commander en Daupbiné^ quoique le commandement appartienne au Parlement de Grenoble ; mais on a jugé la matière si importante, qu'on ne peut la confier à gens trop expérimentés^ et puis on n'est pas fâché de mortifier les Parlements.
Vendredi 6. — Princesse deConti. — M"*'' la princesse deConti, que Ton ne croyoit pas si avancée dans sa grossesse, est accouchée d'un prince, qui a été nommé le comte d'Alais. On Va porté à l'hôtel de Conti , chez le prince de Conti, son père, qui l'a bien reçu. La mère reste toujours chez M""* la Princesse , jusqu'à ce que la paix se fasse. M. le Chancelier a assisté aux couches.
Law est très-bien à la cour d'Angleterre ; il a baisé la main, du Roi; on lui doit donner un sauf-conduit, pour revenir en France accommoder ses créanciers, et peutêtre pour donner du mouvement à la Compagnie qui est morte.
Saint-Simon. — Le roi d'Espagne a donné la Toison au fils aîné du duc de Saint-Simon, et a fait le cadet grand d'Espagne de la première classe. Ce sont de beaux présents de noces, qui relèveront bien cette maison, et elle en avoit besoin.
Samedi 7. — M. le Chancelier a fait part du mariage de sa fille aînée avec M. le comte de Chéttellux (1), au-Roi et aux princes du sang. Les articles ont été signés aujourd'hui. Le comte de Chàtellux a trente-huit ans et la demoiselle vingt et un. 11 est d'une grande maison de Bourgogne, capitaine de gendarmerie, et en possession de la terre de Chàtellux de plus de 25,000 liv. de rente. Il avoit été autrefois dans l'état ecclésiastique ; mais ses frères ayant été tués à la guerre, il est devenu l'alné de la mai-
(1) Guillaume- Antoine de Beauvoir, marquis de Ciiastellux. Cette famille portait le nom de Beau? oir et non de Luxe, comme le prétend Barbier ( 1, 189.)
234 MÉMOIRES DE MAtHIlOT MARAIS.
son, et, en cette qualité, il est premier chanoine d'AUxerre, portant habit de guerre avec Taumusse. (Bayle, dans sa dernière édition, a fait un article de Chaslellux pour marquer cette singularité). II rencontre une fille trèsbien élevée, et il est de son côté très-vertueux et d'un grand mérite à la guerre. Il est brigadier de la dernière promotion. Voilà un mariage fort bien assorti. Il est oncle de M"® de Saint-Chattians, que Samuel Bernard a épousée, et ainsi, Samuel Bernard se trouve neveu delà fille du Chancelier, lui qui a plus de soixante-dix ans. J'ai parlé aillent de ce mariage de Bernard et de la famille de Chastellux et deis jeux de la forthne.
Dimanche 8. -^ Prince Charles. Elboedf. — J'ai diné au Louvre avec M. le prince Charles, M. leducd'Elbœuf et M. de Blaru, avocat, mon ooïifl?ère, qîii avoit plaidé, depuis quelques jours, une cause pour le duc d'Elbœuf contre la demoiselle du Theil, qui se prétend fille légitime du défunt abbé de Lorraine, frère du duc, et d*une demoiselle de la Mésangère , qu'elle dit que Fabbé avoit épousée. Elle rapporte un contrat de mariage sous seingprivé et lin acte de célébration. Quand il a fallu vérifier les pièces, les experts écrivains ont rapporté qu'elles étoient fausses ; qu'à la signature de Lorraine il y avoit deux n [Lorrainne); qu'elle étoit même mal imitée, aussi bien que la signature du frère de la demoiselle. Les trois experts ont été unanimes. La fausse princesse a soutenu que l'art des écrivains étant incertain, ils ne pouvoient décider de son état; elle a demandé un nouveau rapport. M. de Lamoignon, avocat général, a dit que ce n'en étoit pas le (^s, et la requête a été jointe à l'appel comme d^abus. Ainsi, Voilà une princesse mal pourvue, et qui a entrepris une sotte affaire. L'abbé de Lorraine ( qu'on appeloit l'abbéd'Orcamp) a dit, dans son testament, que Dieu luiavoit donné une fille d'une demoiselle, qu'il auroit épousée, si sa santé le lui avoit permis. Mais il n'en faut pas toujours croireles mourants, qui mentent commed'autres.
FÉVRIER ITM. 235
Ici^ quand les pièces serotènt vraies > le mariage seroit nul, parce qu'il n'a pas été fait par le propre curé.
M. deBIaru nous a dit, en dînant, que le lendemain on devoit juger, àl'Officialité, la dispense obtenue par l'abbé de Coetlogon , de son diadonat^ pour épouser M"* Du Revest, qu'il aime depuis longtemps. Autre ecclésiastique concubinaire. qui étoit ami de Law, et qui a gagné des millions dans le règne du papier. On soupçonne qu'il a fait former opposition à sa dispense, pour manquer à la parole qu'il a donnée d'épouser, et qu'il veut rester mauvais prêtre plutôt que d'avoir une femme. L'affaire a été jugée le 9 à l'Officialité. {Première note ajoutée par Mardis. ) La dispense a été rejètée, et Tabbé gagne sa cause en la perdant. ( Deuxième noté ajoutée par Marais. ) Depuis , l'affaire a été jugée àLyon> la dispense admise^ et il a fait le mariage. . .
On dit aussi à ce dîner que le duc de Chartres étoit mieux; quesa maîtresse étoit congédiée, etqu'on lui avoît envoyé mille pi&toles et un brevet de mille écus de pension. Le due d'Ëlbœuf dit tout haut : <( Cela vaut mieux qu'un prince du sang et que tous nos princes du sang ensemble. »
Ce jour, il est arrivé au conseil de Régence un fait singulier (1). Le Régent a présenté, avant d'y entrer, le cardinal de Roban ^arrivé depuis peu de Rome] au Roi ; et lui a dit que quand des perspnnes de dignité avoient été dans les pays étrangers pour les affaires de l'État, l'usage étoii de leur donner des honneurs à leur retour, comme l'entrée dans le Conseil. Le Rôi lui a dit qu'il le vouloit bien. Le maréchal de Villeroy étoit là, qui fut bien surpris, n'ayant rien ouï dire de ce dessein. Sur-le-champ,
(I) Voir, $ar cette grande querelle de préséance» ménagée par Dobois, et qiri causa la seconde retraite du Chancelier, Barbier 1, 188, et Lemontey, T. II, p. 61 et suiv. Voir aussi Sain^Simon^ toujours intéressant et passionné sur ces sujets d^étiqoette.
on entra dans le Conseil, et le Régent dit au cardinal de Roban de prendre la place du comte de Cbarolois qui ne viendroit pas; il la prit; les ducs présents, entre autres le maréchal de Villars, le duc d'An tin, le duc de Noailles, protestèrent, et dirent que cette séance étoit contre leur dignité et contre l'usage. Le Régent dit qu'ils étoient mal instruits et qu'il y avoit beaucoup d'exemples des cardinaux qui avoient eu séance au Conseil après les princes du sang. M. le Chancelier, qui n'étoit pas encore arrivé, entra, et fut bien surpris devoir le cardinal de Roban en place et au-dessus de lui. Il parla au Régenta demi-bas, qui lui répondit comme aux ducs et que le Roi le vouloit. Le Chancelier fut donc obligé de céder et de voir le cardinal au-dessus de lui. Dans ce moment, survint M. le comte de Cbarolois, qui trouva sa place prise; mais le Régent dit au cardinal de la quitter et de prendre celle du Chancelier, et au Chancelier de prendre celle d'après ; ainsi, il fut obligé de changer encore une fois de place, et cela ne lui plut point. (Une dame de la cour dit làrdessus, qu'on appeloit cela prendre sa médecine en deux verres. ) Cette séance a fait rechercher les exemples. Le cardinal de Richelieu , qui entra au Conseil en 1624, et prit séance avant le connétable (Je Lesdiguières, fit un mémoire où tous les exemples sont rapportés; il y en a beaucoup, tirés de du Tillet, qui prouvent que, dans les Conseils, les cardinaux ont toujours été placés avant les Connétable et Chancelier et avant . les Ducs. Tome II du Recueil des pièces de l'histoire de Louis XIII, imprimé à Paris, 1716, in-12, p. 553. Ce qui est remarquable, c'est qu'à la suite, on a -imprimé un acte du 9 mai 1624, donné par le. Roi au maréchal de Lesdiguières , Connétable , et signé par MM. de Loménie et Potier, secrétaires d'État, qui porte que le Connétable n'a cédé sa place que par commandement du Roi, sur la très-instante prière qui lui en a été faite par la Reine, sa mère^ à condition que cela (l'acte est
FÉVRtER ilM. \ 237
daté de Compiègne) ne serait point tiré à conséquence contre lui ni contre ses successeurs Connétables; et ce, à un seul des cardinaux (c'est-à-dire au cardinal de Richelieu). Cet acte parolt fait en présence de M. de la Vieuville, surintendant des finances et de M. Du Hallier, capitaine aux Gardes; tous deux chevaliers de l'ordre, et on croiroit que cet acte est vrai; cependant M. de Brienne (Loménie) dans les Mémoires que nous avons de lui imprimés depuis peu (tome 1", p. 179, in-12, Amsterdam, 1719), parlant de cet acte, dit : « On nous ordonna, à d'Ocquevre et à moi, d'expédier cet acte, et de n'en point délivrer de copie au Connétable, mais le secret fut mal gardé, quoiqu'il eût été bien recommandé, car le Cardinal ayant été averti de la chose , obtint du roi que cet acte seroit lacéré , quoique nous l'eussions déjà signé. (C'est moi qui ai le premier fait cette découverte dans les Mémoires de Brienne.) Ce ne fut pas moi, mais d'Ocquevre que l'on soupçonna d'avoir découvert ceci au premier ministre. » Il faut qu'il en soit restéquelque copie, puisqu'il a été imprimé dans ce Recueil de pièces, et ainsi, tous les grands secrets se découvrent. . Le Chancelier et les Ducs font de grands mouvements. Le Cardinal de Rohan en fait de sa part, mais il est en place ; le Régent a bien mené son affaire , en lui faisant prendre séance avant d'en parler à personne, et en France, en matière de rang, on ne descend jamais. Voilà le Cardinal de Rohan bien récompensé d'avoir négocié le chapeau du cardinal Dubois. On prétend que cette place n'a été donnée que pour en faire autant au Cardinal Dubois, au premier jour. Aussi appelle-t-on le cardinal de Rohan tout haut, depuis ce temps-là, le Chausse- pied du cardinal Dubois. On dit qu'il lui est venu faire son lit, et on l'appelle aussi le cardinal de la Planche.
Le fils du duc de Villeroy, qui s'appelle le Duc de Retz, a pris séance au Parlement, comme duc de Villeroy.
Abbé de Ravannes, — L'abbé Petit de Ra vannes, homme
entièrement dévoué au cardinal de Rohan, a été fait conseiller d'État^ sur ladémissiondu cardinal Dubois^ qui Tétait depuis deux ou trois ans. On a été surpris de voir cet abbé^ qui ne sait ni droit civil ni peut-être le canonique, entrer dans le conseil d^Ëiat. Mais le Régent fait tout passer, et depuis qu'on a vu sa fille donnée au Prince des Âsturies et mariée à Théritier de la couronne d'Espagne , et l'infante d'Espagne mariée en France, il ne faut plus douter de rien.
Mariage de l'Infante. Ce mariage, qui n'a point été concerté avec les Puissances alliées, fait que l'on doute du succès du congrès de Cambrai, et il y a même quelque bruit de guerre et d'une ligue de l'Angleterre, de la Hollande et de l'Empire, contre nous. Le Hémoire du Grand-Duc n'est pas publié pour rien.
La Maréchale d'Estrées. — On rit beaucoup du jeu qui s'est fait de la maréchale d'Estrées, qui a fait semblant d'aimer le Chancelier. Avec sa sagesse , il a donné dans le panneau; il se laissait appeler : mon folichon^ par cette femme, qui a causé la mort du jeune et bel avocat* général Chauvelin ; et lui , qui sait toutes ces choses , devroit savoir que les femmes de la cour, encore plus que les autres, sont capables de faire tourner la tête aur plus prudents et de faire apostasier les sages.
Toute la cour va chez le Chancelier, lui faire compUment sur le mariage de sa fille, dont il est très-content. 11 se doit faire le lundi gras à Saint-Roch, à midi. Le curé de Saint-Paul n'a pas voulu publier les bans du mari, jusqu'à ce qu'il ait su la mort de ses père et mère. Le Chancelier lui a donné son certificat sur ce fait , le curé l'a rejeté et a dit qu'il ne pouvoit pas certifier pour le mari de sa fille, et il a fallu que MM. Barillon et de Morangis, maîtres des requêtes, parents des Chàtelux (la mère s'appelôit Judith Barillon), aient donné ce certificat; sans quoi, le curé n'eût pas publié les bans, et il est dans la règle. Entre les compliments , M. l'évêque de
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Fréjus, précepteur du Roi , a dit qu'il se seroit présenté pour épouser M"* d'Aguesseau, s'il avoit cru qu'on la donnât à un chanoine^ et que TévéqueTauroit emporté : mauvaise plaisanterie sur le canonicat militaire d'Auxerre, mais les évéques de cour sont de vrais soldats. La Fontaine disoit :
Dieu De créa que pour les sots
Les méchants diseurs de bous mots. '
Lundi 16. — Chatellux. — Le mariage de M"' d'Aguesseau avec M. de Chatellux a été célébré à Saint-Roch en grande cérémonie, à midi. On a trouvé mauvais que le Chancelier eût un siège de distinction, car il y a des gens qui contrôlent tout. Lorsqu'il a fallu signersur le registre, le Chancelier s'étant aperçu que la qualité de premier chanoine militaire d' Auxerre n'y étoit pas, il l'a fait ajouter. Le dîner s'est fait en particulier chez la maréchale de Chamilly, et le soir, il y a eu un grand souper en famille de 38 à 40 personnes, précédé d'un beau concert qui a duré 4 heures. Lors de la signature du contrat de mariage, le Chancelier a signé le premier, à cause de sa dignité ; entre les signatures dçs parents et celle de Samuel Bernard, qui a épousé la nièce de M. de Chatellux. Les présents ont été de 400 louis en or, qui valent à présent 18,000 livres, et de plusieurs bijoux d'or et des nippes galantes. Le lendemain de la noce, les mariés étoient trèscontents. Le cardinal Dubois a dit, dans sa visite au Chancelier :* a Monsieur, je vous tiens grand-père .d'aujourd'hui. »
CARDIN4L DE RoHAN. — La séaucc du cardinal de Rohan fait grand bruit. Il a su que c'étoit moi qui avois fait la découveçte du fait des Mémoires de Brienne, qu'il a eu par un de ses amis et des miens. U a promis de s'en souvenir, dans l'occasion, et en a été faire part au cardinal Dubois, à qui il m'a nommé. Le cardinal Dubois en a aussitôt informé le Régent, à qui le Chancelier avoit en-
voyé l'acte du connétable de Lesdiguières ; et le Régent
a dit, à ce qu'on m*a rapporté, Le Chancelier est un f.
car il sçavoit la réponse à V objection qu'il me fait. J'ai dit, sur cela, que le Chancelier ne pouvoit pas tout savoir; qu'il n'avoit peut être paslu les Mémoires de Brienne, qu'on venoit d'imprimer; ou n'avoir pas fait attention à ce fait, et que l'acte étant dans les historiens entier et en forme, 41 faut bien qxi'on Tait eu de quelque endroit. Il s'agit de savoir où l'a pris l'auteur du Recueil de Louis XIII et s'il n'est point ailleurs. On parle d'un beau Mémoire qui fut fait en 1673, par l'archevêque de Reiras, au sujet de la séance que les cardinaux vouloient avoir au lit de justice et qu'ils n'eurent point. Il est imprimé en 1685 in-4% chez Maguet, à la suite d'un Recueil de pièces qui concernent le différend des jésuites avec les curés d'Amiens, sur la communion pascale. Locus peregrinus.
Le mariage du chevalier de Chabannes, capitaine aux gardes, avec M™* d'Ormesson-Ducheré, veuve, qui étoit fait dès le 19 décembre dernier, a été déclaré; Les Chabannes sont d'une des meilleures maisons de France. Madame d'Ormessonestparente, par son premier mari, de la Chancelière, et elle est propre sœur de la présidente Chauvelin, qui sont des Beauvais d'Orléans, riches à millions par le commerce de mer. Ce mariage d'une femme qui a trois enfants n'est pas approuvé; mais le chevalier trouve de l'argent et grande chère , et c'est ce qu'il aime.
Italiens. — Timon. — Les Italiens jouent une pièce intitulée Timon , ou le Misanthrope, qui fait grand bruit. Elle est très-bien écrite, tout enfrançois, d'un goût nouveau et à la manière des Dialogues de Lucien. L'auteur (qui est un M. del'Isle, autrefois commis de M. de Torcy, j y a semé une morale très-forte, prise dans la pure raison, et ce seroit une merveille, si les Italiens n'écorchoient pas lefrançois, et si l'ouïe, qui est le sens le plus délicat, n'éloit pas blessé de cette mauvaise prononciation.
RoMCLus AUX François. — La Motte. — Les François jouent de leur côté : RomuluSj qui a aussi été très -bien reçu. Elle est de M. de la Motte, qui s'est avisé sur le tard d'être poète tragique. Depuis trente ans, iltàte son génie, et s'est amusé à faire des opéras, des odes, des fables, des critiques d'Homère qui n'ont eu de succès que parmi les estimateurs du mérite médiocre. Enfin , il s est fait poète de cothurne, et ses amis l'ont encore beaucoup élevé. J'ai voulu voir cette pièce, les vers m'ont paru assez faciles, mais point du style dramatique. Il y a des situations très-intéressantes ; tout cela roule sur l'amour de Romulus pour une Sabine, fille de Tatius, et on ne s'attend point à tant d'amour dans le fondateur du peuple romain. Despréaux, dans son Dialogue des romanSy a bien frondé tous ces héros amoureux. La conduite n'est point bonne : il y a un siège, une bataille, une conjuration et une autre bataille dans les vingt-quatre heures. Baron y déclame dans la sublime perfection, et j'ai admiré cet acteur de soixante-huit ans, qui rend tous les autres acteurs très-imparfaits. La pièce parolt finie au quatrième acte, mais la déclamation de Baron fait valoir le cinquième, et on en passeroit encore un sixième pour l'entendre.
Pierrot Romulus. — Polichinelle. — Les Marionnettes ont critiqué cette pièce etontjouéPtcrro(iîomw/as. La critique est plaisante, et est de Lesage et Fuselier, qui travaillèrent autrefois pour les danseurs de corde, quand ils parloient, ce qui a donné lieu à cette chanson .:
Lesage et Fuselier évitant du haut style
La beauté, Pour le Polichinelle ont abandonné Gille La rareté !
Il ne leur reste plus qu*à montrer par la ville La curiosité.
Les comédiens ont voulu se plaindre de cette critique et faire taire Polichinelle. Baron fit un beau discours à