T. 11. IG
M. de La Vrillière sur cela. Le compère ou voisin ^e Policbinelle, qui y étoit appelé, dit qu'il n'avoit poiut l'éloquence nécessaire pour répondre à ce discours ; qu'il ne diroit que deux mots : que, depuis plus de cinq cents ans, Polichinelle étoit en possession de péter et de parler, et qu'il demandoit d'y être conservé. Cela lui fut accordé sur-le-champ, et les comédiens s'en retournèrent avec leur courte honte. Ridiculum acri, etc.
ROMULUS ; SA VIE PAR PlUTARQUE. — TARRÂTIjPfi^. — Plu -
tarque a fait une Vie de Romulus qui est excellente , et qui contient plusieurs faits historiques très-curieux. Quand on a lu cela, on trouve la tragédie bien fade ; il y parle d'un Tarratius, fameux mathématicien et astrologue, qui trouva la naissance de Romulus et Tannée de Ja fondation de Rome, par son art « pour ce qu'ils disent , que, par un même artifice, se peut prédire ce qui doit advenir à un homme en sa vie, quand on a su l'heure de sa nativité, et connoltre aussi l'heure de sa nativité quandon a su ce qui lui est advenu en sa vie ». Voilà toute la science de M.' de Boulainvilliers, et cela marque qu'elle est bien ancienne. Ce Tarratius étoit ami de Varronetde Cicéron. Plutarque dit sur cela que ces choses et autres semblables plairont d'aventure plus aux lecteurs pour la nouveauté et curiosité, qu'elles ne les offenseront par leur fausseté. Il n'y a pasun jugement plus sage. Cicéron convenoit de la vérité de cette science sur les hommes, mais non siv les villes et autres choses inanimées. J'ai su que M. de Boulainvilliers laisse plusieurs manuscrits sur cet art divinatoire, et d'autres ouvrages secrets, tels que l'Histoire de sa vie , ajustée jusqu'à cinquante-neuf ans au thème de sa nativité, V Histoire de la Régence jusqu'à ces derniers temps , où il y a plusieurs portraits vifs et satiriques, et autres pièces trè&-curieuses , qui seront bien recherchées (1).
(1) La trace de ces manuscrits est malheureusement perdue.
FÉVRIER t7M. 34S
Rfxigion chrétienne prouvée par les faits recherchés, in-fh*, chez Dupuis, par Tabbé Houteville (1). — (Je pense de ce livre qu'il ne parvient qu'à nous donner une foi humaine de la religion, à peu près comme nous Taurions de Thistoire romaine.) Il parolt un livre de La Religion chrétienne prouvée par les faits , avec un Discours historique et critique des auteurs qui ont traité de la vérité de la religion. Ce livre est écrit dans le style affecté de nos auteurs modernes, qui est vicieux en beau, plein d'ornements où il n'en faut point, et de tours véritablement précieux, qui énervent et amollissent la langue, au lieu de Tembellir. 11 appelle TÉvangile : le Système de Jésus-Christ, et il demande permission pour faire passer ce mot, mais on ne la lui accordera pas. On voit une recherche forcée de pensées nouvelles et fleuries , qui ne convient guère à un pareil sujet. C'est tout ce que Ton poi;irrait faire dans un roman, et peut-être Fauteur, avec toute cette préparation, a-t-il voulu faire un roman de la religion qu'il parolt défendre. Il loue M. de La Motte et M. de Fontenelle , que l'on connolt pour auteurs de cette nouvelle éloquence, et pour n'être pas des plus religieux.
(1) Alexandre-Claiide-François-Honte?ille, litlérateiir français, né en 1686 à Paris, où il mourut, le 8 novembre 1742. Il entra dans la congrégation de l'Oratoire, qu'il qniltapour être atlaclié comme secrétaire au cardinal Dubois. Voir sur son livre, au point de vue de Téloge, le Journal de Trévoux {i, V), et au point de vue de la critique, les 20 Lettres de Vabbé des Fontaines à Vabbé BoutevUle. L'abbé Houteville entra à l'Académie française le 23 récrier 1723 et fut secrétaire perpétuel le 27 février 1742. Voir son Élo^ee par Marivaux, tome V du Recueil de Harangues prononcées par les membres de l* Académie française. En 1749 et 1765, on a publié des éditions améliorées de son livre de la Religion chrétienne prouvée par les faits, — On remarquera la verdeur critique etTénergique tK)n sens de cet article de Marais, jugeant Técole des précieuses de la Régence avec une sorte d^indignation du goût et de colère de la raison. Marais, ami de la Fontaine et disciple de Boileau, a, dans ce passage, quelque chose de la sardonique finesse de Tun, de l'incisive âpreté de l'autre. Il parle en classique autorisé contre les romantiques de 1722, les Fontenelle, les La Motte, les Marivaux, contre lesquels ce ne fut point trop d'un Desfonlaines et d'un Fréron .
Le Discours préliminaire est tout composé de portraits vifs et de bouquets de fleurs. En parlant des lettres de saint Augustin, il dit : « On sent qu'il n'affecte point d'aimer, il aime. » Il met le livre de Grotius : De la vérité de la Religion, après la 3Iélhode de Descartes, et ce livre est fait en 1620, temp^ où Descaries n'avoit pas encore écrit. 11 parle de la possibilité des miracles , comme s'ils étoient dans l'ordre de la nature, et est bien loin et du style et des pensées de M. Pellisson, dans son Traité de F Eucharistie. Il ne parle pas de M. Pellisson, qui a fait des livres sur la religion, et il a cru éviter par là la comparaison des styles. 11 ne parle pas de Denis le^Chartreux qui a aussi écrit sur cette matière. Une matière si grave et si sublime ne devoit pas être traitée dans ces phrases frivoles et puériles, et on lui reprochera toujours d'avoir ramassé, à la fin de son livre, douze objections très-fortes contre la religion, auxquelles il n'oppose pas des réponses si fortes, en sorte qu'on peut dire de lui ce qui est dit de Pantagruel, qu'il aimoit fort les syllogismes ; qu'il les savoit très-bien faire in modo et /îgfiird , mais qu'il ne pouvoit les résoudre. 11 est même très- périlleux de donner au public ces objections ramassées en un même lieu, quand on y répondroit bien, parce que les libertins se chargent de l'objection et laissent là la réponse. A-t-il cru mieux faire qu'Abbadie, de qui M. Pellisson dit, en s'adressant à Dieu dans une tendre prière : « Père des lumières et des miséricordes, ce n'est point sans vous qu'on écrit pour vous avec tant de clarté et tant de force; ne laissez pas vos dons imparfaits; achevez en lui ce qui reste à faire pour son salut, pendant qu'il travaille au salut des autres , et qu'en adorant sur son sujet les abîmes de votre sainte Providence, nous n'adorions pas moins ceux de voire infinie bonté. » Voilà ce qu'on appelle des grâces et non pas ce style persévéramment étudié (c'est un terme de notre nouvel auteur), cette déclamation perpétuelle employée dans une matière de discussion et de critique, et cette
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obscurité métaphysique qui se rend seulement claire aux personnes et aux génies qui se flattent, mal à propos, de bel esprit. C'est à eux qu'il appartient d'entendre que le cœur est tin souverain fier et ombrageux dont les lois nous trahissent et nous perdent ; que monsieur de Cambray est un moniteur qui ménage notre délicatesse et ne nous fait obéir quà nous-même^ qui n'étale point ses connoissances , il en fait part ; — 5a capacité se convertit en présent — la métaphysique neuve ; — une légèreté de style qui n'est gu'à Ini ne cesse de prêter des ornements à la raison — humaniser une science. — Il me permet de passer sous silence. — Ceux qui sont faits à V usage du raisonnement — laisser ses principes en chemin , etc. 11 dit quelque part qu'Isaïe n'a point dans son style ces ornements ambitieux et façonnés qui décèlent l'art et Vétud^^ et c'est le vrai caractère de l'auteur. Il se vante qu'il ne rapporte point, dans le troisième livre, des difficultés faibles et usées, mais presque toujours celles qu'on ne savoit point, qu'on ne lit en aucun ouvrage; et les plus fortes qu'il a pu se faire en méditant sur la religion (p. 197 Préf. ). Voilà un beau fruit de ses méditations; il prétend être par là : inventeur (c'est comme son ami La Motte a inventé des fables) ; il dit que si ces objections ne sont pas assez ingénieuses pour l'honorer comme inventeur, elles marquent au moins une sincérité qui ne déguise pas. Mais on se seroit bien passé de celte invention et de cette sincérité, qui peuvent jeter dans de grands abus. Il a fini son livre par une longue prière, où il dit : «Seigneur, nous voilàparvenusàces temps déplorables... où l'esprit de système a corrompu la droiture primitive, etc. » Étourderie qui ne lui fait pas penser au Système dernier du gouvernement, où tout a été corrompu, dont l'application est si facile à faire dès qu'il se sert du terme de SystémCy qui est le mot du temps. M. Tabbé de Houteville, à ce que j'ai appris, a été père de TOratoire à Tours, et est sorti de cette congrégation, pour des raisons qui n'honorent pas ses mœurs. Dans les ruelles, on s'arrache
son livre des mains^ et l'on ne se souvient pas de ce qu'a dit Despréaux :
Son trop d*es[)rit s'épand en trop de belles choses, Tous métaux y sont or, toutes fleurs y sont roses.
J'ai découvert que dans le chapitre VI de la deuxième partie, il a pillé une très-grande partie d'un sermon de monsieurde Cambray ( Fénelon ), prêché le jour des Rois, qui est imprimé, et l'a copié presque mot pour mot. Pur plagiat. Il allonge aussi le Discours de M. de Meaux sur l'histoire universelle.
15, 16, 17. — Carnaval. — Cardinal de Rohan. — Séangb au conseil au-dessus des ducs. — Le dimanche 15, il n'y a point eu de Conseil de Régence, à cause de la dispute sur la séance du cardinal de Rohan. Les'ducs se sont assemblés chez le Chancelier et chez le Hégent. L'affaire n'a pu s'accommoder'; il y a eu de gros mots entre le Chancelier et le^^irdinal Dubois. Le Régent a dit au Chancelier qu'il crdyoit qu'il avoit plus de lectures. On a appris que le cardinal Dubois devoit entrer au Coiîseil de Régence, et cela a rendu encore la matière plus difficile.
Dimanche '22. — Ce jour, le cardinal Dubois est entré avec le cardinal de Robah au Conseil dé, Régence, con!) me on l'a voit bien prévu ; mais ni le Chancelier, ni les ducs et pairs, ni les maréchaux de France ne s'y sont point trouvés. C'étoit un parti pris entre eux qui a été courageusement soutenu et exécuté. Ainsi, la préséance n'a pas été grande. Ce Conseil étoit composé du Roi, du Régent, de M. le Duc, de M. le comte de Charollois, du comte de Toulouse, du cardinal de Rohan, du cardinal Dubois, de l'ancien évoque de Troyes (1), de M. de Torcy, de M. de la Vrillière, de M. de Canillac, de M. Des Fors et du marquis de Biron. Les cardinaux n'ont donc précédé qu'un évèque, un secrétaire d'État et quelques gentilshommes. Le. ma*
(1) Harault de Cheverny.
réchal de Villeroy, quoique gouverneur du Roi, n'a point' voulu entrer à ce conseil, ni les maréchaux de Villars, de Berwick, Tallard, d'Estrées, d'Uxelles , de Bezons et de Môntesquiou; ni les ducs de la Force, de Gramont, de Saint-Aignan et de Noailles, qui en sont membres ordinaires. Le Régent a dit qu'il ne s'en soucioit guère et qu'il se passeroit bien d'eux. Attendons la suite. Le chaussepied reste toujours au cardinal de Rohan (1).
Albéroni. — On voit dans les Gazettes de Hollande depuis peu une Lettre apologétique pour le cardinal Albéroni, qui est pleine de faits curieux- et anecdotes. Il y traite la question de savoir si un cardinal, ministre d'un Roi , est obligé de découvrir au Pape les secrets de son maître, et cette question vient bien à ce temps-ci, où on met les cardinaux dans les conseils. Si Rome leur fail un ctîtoe de ne pfas avertir le Pape de ce qu'ils savent qui peut regarder* l'état ecclésiastique, il est d^un grand danger de les faire ministres. Tout bien considéré, les eardiUKiix, faisant serment au Pape, ne doivent passer ici que 'i^ôur étrangers, "et tous les exemples contraires, quoiqu'il* J^ en ait beaucoup, sont des défauts dans le gouvernement.
Infante. — On ne parle, à Paris, que des préparatifs (2) pour l'Infante qui arrive incessamment. Le carême est un vrai carnavaL On ne songe qu'à danser, à baller, à faire des feux et des réjouissances; il y aura bal au Louvre, à la Ville, au Palais-Royal, et illuminations partout. Le jubilé est renvoyé à Pâques. Tous les seigneurs font des dépenses prodigieuses en habits. Je sais d'un maître d'hôtel du roi, qu'ayant demandé au Régent un ordre pour les fruits et collation du grand bal du Roi, il a dit : « H n'en faut point donner, car cela romproit le jeûne, » et a seulement ordonné des liqueurs qui ne le
(1) Voir Barbier, 1. 1, 192.
{9.) Voir sur ces préparatifs, Barbier, t. I, p. 192, 193, 194.
rompent pas. Depuis quelques jours, on s'est plaint des robes abattues des femmes, qu'elles portent partout et jusque dans les églises. Le Régenta répondu qu'il ne feroit aucun changement sur cela; qu'il avoit toujours troussé les femmes, et qu'il ne vouloit pas que, sous sa Régence, on dit qu'il les avoit fait trousser elles-mêmes. Il tourne tout en raillerie, et vient à bout de tout.
Livres curieux. — Dans les pays étrangers, on parle de deux livres nouveaux. L'un parolt à Vienne, en latin, sous le nom du comte Ereodi , évéque d'Eylau , qui soutient, dans ce livre,. qu'il faut tuer et massacrer tous les hérétiques, parce qu'ils sont pires que tous les plus grands criminels. L'Empereur en a été surpris, et fera désavouer ce livre. En Angleterre, on a fait : V Apologie ou défense de la maison de Hanovre, qui est une cruelle satire contre le roi Georges. Le tonnerre gronde contre lui dans son royaume, et on peut craindre ou espéror qu'il lui arrivera malheur. Le mémoire du cardinal Albéroni parle aussi d'un livre fait contre le défunt Pape et sa famille^ par l'ordre du duc à Naples, et que le cardinal fit supprimer. Cela doit être curieux; il met cette suppression parmi les services rendus au Pape , et apprend que la disgrâce du cardinal de Giudice étoit venue par un certain Macœnas, Espagnol, qui s'étoit fait créer procureur général de la monarchie espagnole, et qui avoit fait faire des écrits contre le Pape, la Cour de Rome et les cafdinaux. On croit que la cour de Rome ne trouvera pas bon que les cardinaux aient pris séance au conseil après le comte de Toulouse, qui est légitimé.
Samedi, 28 février, — M. le Chancelier renvoie les SCEAUX. — Otés et donnés a m. d' Armenonville. — Sur les trois heures après midi , on a su que les sceaux avoient été ôtés à M. d'Aguesseau et donnés à H. d' Armenonville, secrétaire d'État de la marine, llslui avoient été déjà ôtés le 28 janvier 1718, et rendus le 8 juin 1720. Il ne les a gardés cette fois -ci qu'environ 21 mois. C'est l'affaire des car-
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dinaux qui lui attire celte disgrâce. Il a ordre de se retirer demain à Fresnes ( I ) .
Avant-hier, M. le cardinal de Rohan m'envoya prier, par une personne de confiance, de lui faire un mémoire pour soutenir sa préséance au conseil. Je l'ai refusé, par les liaisons d'amitié et de respect que j'ai pour Monseigneur le Chancelier.
Du même jour, — Infante. — On a publié une ordonnance du Roi qui porte que S. M. ayant donné différents ordres pour que l'entrée de VInfante d'Espagne soit accompagnée de toute la magnificence convenable, le Roi a ordonné que, le jour de son arrivée, ioutes les rues et places qui se trouveront sur son passage seront ornées et illuminées, et que ledit jour, toutes les fenêtres des maisons de la ville et faubourgs de Paris soient illuminées, et les feux allumés devant toutes les portes à la manière accoutumée dans les occasions de réjouissance. Porte Saint-Jacques, rue Saint-Jacques, le petit Chàtelet, les rues de la Lanterne, pont Notre-Dame, rues Planche- Mibray, des Arcis, des Lombards, retournant par la rue Saint-Denis à celle de la Ferronnerie, La Chaussetterie , Saiht-Honoré, jusques et y compris la rue du Chantre jusqu'au vieux Louvre (2).
Noms donnés a l'infante. — Il a été affiché d'autres ordonnances du prévôt des marcha\ids, où la princesse est appelée : VInfante d'Espagne, future épouse et compagne du roi. Dans des lettres écrites aux chefs des compagnies, il y a : madame l'Infante. L'ordonnance du roi dit tout court : VInfante d'Espagne, et le Roi doit savoir son nom mieux que personne.
Princesse de Léon (3). — Ces jours passés, il y a eu une
(t) Barbier, 1, 194.
(2) Voir Barbier, t. I, p. 194.
(3) Voir, sur ceUe princesse de Léon, les Mémoires du président Hénaalt et Saint-Simon IV, 77, 78, 147 148. C'était M"' de Roquelaiire, laide et bossue.
débauche chez le Régent, où la princesse de Léon (fille aînée du duc de Roquelaure) s'est trouvée dans la chaleur du vin ; on l'a visitée partout^ et on a dit qu'elle avoit une perruque carrée : sur cela, il y a eu mille mauvaises plaisanteries. On a dit que cette perruque lui étoit restée du président Hénault, qui a été son amant ; d'autres ont dit que c'étoitune perruque de cérémonie, à cause qu'elle est présentement aimée. par Des Granges, fils du maître des cérémonies. La princesse n'en étoit pas plus honteuse le. lendemain. Elle a beaucoup d'esprit, mais elle s'est livrée aux maîtresses. C'est d'elle qu'on a dit qu'elle est bossuée ef non pas bossue, parce qu'elle a des bosses partout. Elle épousa le prince de Léon (Rohan-Chabot) malgré père et mère ; il l'enleva, et on fut trop heureux de la lui donner. Elle est une des deux filles que la duchesse de Roquelaure eut en une ihêrne* fcôuché et à qui le due de Roquelaure dit : Mesdemoiselles, je né vous àïtmdoiÉ pas sitôt (1) . C'est qu'elle en accoucha sept mois après son mariage, et on prétend qu'elles étoient du feu Roi. L'autre' est mariée au prince de Pons, de la maison de Lorraine.
Dimanche^ 1" mar^. — 11 y a eu Conseil de Régence le matin. Les lettres du nouveau Garde des sceaux ont été scellées. Les cardinaux y étoient; il a fait son serment et pris place après eux. Les ducs et pairs et maréchaux tle France n'y sont point venus, hors le maréchal de Villeroy, qui s'est mis derrière le Roi, comme gouverneur de S. M. Le marquis de Biron dit , en entrant, au Régent : t« Au moins V. A. R. n'a pas oublié de dire au Garde des sceaux
enlevée par le prince de Léon, (ils du duc de Rohan, premier amant de la danseuse Florence, dont le Régentent M. de Saint- Alloin.
(I) Voir M"»ede Cayiiis.
de prendre séance après les cardinaux : « Oh ! répondit-il, il sait de quoi est la triomphe » (1).
Chancelier parti. — Le Chancelier est parti, dès sept heures du matin, avec sa famille et son nouveau gendre, pour aller àFresnes. On a su que le Régent, en lui demandant les sceaux, lui a écrit une lettre' fort obligeante, et pleine de reconnoissance des services qu'il a rendus à rÉtat. M. de la Vrillière , qui alla reprendre les sceaux, ne l'ayant point trouvé , dit à son secrétaire : qu'il n'avoit qu'un petit mol à lui dire. Tout cela a paru ironique. Le comte de Chatellus soutient cette disgrâce héroïquement, et ne croyoit pas voir sitôt son beau-père déplacé. Madame la Chancelière laissa échapper ce mot : Toujours^ ma fille est mariée. Ils ont laissé à Paris M. l'avocat général, leur fils aîné, pour exercer sa charge. Il y a un petite fils de sept ans fort joli, qui plèuroit; on lui dit que cela étôit vilain et qu'il falloit avoir du courage et reraerciei* Dieu de tout. Il répondit naturellement : « Je suis fâché, et on ne veut pas que je pleure. Encore si cela étoit arrivé après l'entrée de la Reine. »
Lundi 2. — Entrée de l'Infante d'Espagne, qui s'est faite avec beaucoup de magnificence (2). J'y étois et Tai vue fort à mon aise. D'abord, le Roi a paru, avec les princes du sang, et une petite partie de sa maison qui l'accompagnoit. Il avoit été au-devant d'elle à Berny (3). Ensuite on a vu l'ambassadeur d'Espagne (4) avec de beaux équipages, puis tous les Mousquetaires, Gendarmes, Chevaulégers et Gardes du corps. Le gouverneur de Paris, le duc de Gesvres, avec ses gardes, pages et valets de pied richement habillés, et beaucoup de chevaux de main. Sa dépense étoit superbe. Le prévôt des marchands, les éche-
(1) Terme de jeu.
(2) Voir surceUe entrée Barbier, I, 196, 197.
(3) Près de Sceaux, dans le département de \à Seine, château de Mansard .
(4) Le duc d'Ossuna.
vins, la Ville, le guet, les archers de ville, les grenadiers à cheval que^^oubliois. Enfin, Tlnfantc a paru, dans un carrosse où étoit Madame, et madame la duchesse de Ventadour qui la tenoit sur ses genoux. Tout cela en très-bon ordre. On a été étonné de voir, aU" milieu de cette marche, M. le maréchal de Villars à cheval, avec son fils et un gros d'officiers derrière eux. Il y avoit avec lui M. Le Blanc, secrétaire d'État de la guerre ; M. le duc de Saint-Aignan et l'ambassadeur de Hollande à cheval. Il ne s'est trouvé aucun autre maréchal de France, ni autre seigneur que lui, hors ceux qui étoient à leur poste. Il avoit un grand air de général, comme s'il avoit été à la tète d'une armée, et effectivement, il étoit à la tète de toute la maison du Roi, qui n'alloit qu'après lui. Il y avoit des arcsde triomphe dans plusieurs endroits de la ville, et entre autres , un dans la rue de la Ferronnerie, avec plusieurs inscriptions et devises latines, comme d'une petite grenade avec ces mots : Gestat nondum malura coronam. Le soir, toute la ville a été illuminée avec des feux partout.
L^Infante étoit à Chartres la veille : M. le cardinal de Rohan y alla et madame de Soubise. On avoit prévenu la princesse qu'il étoit fort laid, et plus laid que l'évèque de Bazas, qui lui avoit fait peur, mais qu'il ne falloit pas en rien témoigner. Quand elle le vit au contraire si beau (car c'est La Belle Èminence), elle ne dit rien, mais en dînant, une demi-heure après, elle dit : // faut donner le fouet à madame de Soubise parce qu'elle a menti. On a connu par là qu'elle avoit de l'esprit et de la réflexion, et qu'elle se connoissoit déjà en hommes. Elle est très-vive et assez jolie, blonde, blanche et incarnat.
Le Parlement n'a point vaqué le jour de l'entrée. Il ne veut point prendre part à cette affaire publique, jusqu'à ce qu'il en soit informé par une voie convenable. Le Parlement de Bordeaux lui a fait les honneurs qu'on fait à la Reine.
Mardi 3. — Toute la Cour a été baiser la main de
rinfante, hors les personnes titrées qu'elle a embrassées. Elle veut embrasser tout le monde. Ses petites mains sont toujours en Pair^ et elle a beaucoup de grâce dans toute sa personne. Elle aime fort le Roi ; elle jette des baisers à son portrait, à la manière d^Espagne ; elle se met sur le petit bord de son lit en se couchant , et dit quMl faut laisser la place au Roi qui viendra peut-être; qu'elle a vu son père et sa mère dormir ensemble et qu'elle veut faire de même. On a remarqué qu'elle a dit, en parlant du prince des Asturies : c^est le fils de la Savoyarde , et on dit à la cour qu'elle est mal embouchée. Elle a été gâtée en Espagne. Quand le Roi l'a reçue, le jour de son entrée, il étoit sur les degrés du perron du Louvre; elle voulut se jeter à ses genoux; il la releva et lembrassa, et il rougit beaucoup. Elle le voulut reconduire quand il sortit pour aller aux Tuileries. On dit au Roi qu'elle le reconduisoit; il se retourna pour l'empêcher, et le maréchal de Villeroy lui dit : « Madame, le Roi vous prie de n'en pas faire davantage et il vous V ordonne comme votre seigneur et mallrCy » ce qui n'a pas été trouvé bien, parce qu'étant Infante d'Espagne, et n'étant encore qu'accordée, le Roi n'est pas son seigneur ei maître; on nest pas content des hauteurs que le maréchal donne au Roi, qui ne veut saluer que les personnes titrées, et qui n'ôle point son chapeau aux gens de condition. Cela est arrivé au chevalier de Conflans, homme de grande naissance, et premier gentilhomme de la Chambre du Régent. Le maréchal a dit à la nourrice du Roi : «Ayez Phonneur de baiser la main du Roi. » Enfin, on dit qu'il ne fait plus que radoter, et un grand seigneur m'a dit que le Roi et la Reine seroient élevés par le plus grand bourgeois et la plus grande bourgeoise qu'il y eût en France; en parlant du mar.échal et de la duchesse de Ventadour.
Le Chancelier est à Fresnes, et y sera. Les ducs, et principalement le duc de Noailles, l'ont mené là parleurs mauvais conseils. Il pou voit s'asseoir après les cardinaux
avec une protestation qu^il auroit faite secrètement, et il eût toujours eu après lui les ducs et les maréchaux de France dans le conseil de Régence^ au lieu que pour avoir voulu s'obstiner, on lui a ôté les sceaux. Il n'est plus rien, et les ducSy quoiqu'ils n'aillent plus au conseil, sont toujours ducs et ont toujours leur dignité. Le Régent a fait une plaisanterie sur l'écrit qu'il demandoit avec les ducs, conforme à celui que Louis XIII avoit accordé au connétable de Lesdiguières en 1624', et il a dit : <c Je veux faire comme Louis XIII, je vous donnerai l'acte , et je le déchirerai le lendemain comme il fit, et comme il est rapporté dans les Mémoires de Brienne. » Et il a effectivement déchiré un modèle qui étoit déjà dressé.
Voici une satire faite contre les cardinaux, à qui on a donné un brevet de la calotte.
Des calotins la troupe entière,
Offroit à Momus sa prière
Quand ce Dieu toujours bienfaisant
Apparut à son régiment
Et lui dit : Troupe calottine
Vous négligez vos plus beaux droits ;
Vous sortez de même origine
Que celte calotte divine
Qui rend un cuistre égal aux rois.
Des couleurs vous avez le choix,
Or aujourd'hui je détermine
Que ma calotte on enlumine
D'un bel et beau couleur de feu :
Après quoi vous verrçz beau jeu.
Du rang ne soyez point en peine,
Car il faut vous dire en passant
Que lors de rétablissement
De cette dignité romaine
On obtint mon consentement,
Et que cette cour si hautaine
?9'auroit jamais sans mon secours
Assujetti l'Europe entière
A renverser une chimère.
0 vous, mes plus chères amours
Calottins dont je suis le père , Nous vous ^joignons pour toujours, A oies Romains que Ton révère, Nous vous donnons les dignités Privilèges, immunités ^ Même rang et même séance Dont on voit que jouit en France Dubois et Rohan , son valet :
Nous agrégeons le pistolet A notre troupe frénétique :
Quant à Rohan, prélat lubrique, La buile jointe avec ses moeurs, Sa principauté chimérique Qu'iF tient d'une mère impudique , Ont bien mérité nos honneurs ; Qu'il soit mis dans notre chronique.
Nous confirmons aux cardinaux , : Les honneurs de notre calotte , Porter comme eux camail et cotte.
Désormais, soyons tous égaux ; Nous entrerons dans leur intrigue ; Nous aurons le duc d'Orléans Et ferons ensemble une ligue Contre tous les gens de bon sens.
Il n'y a encore rien de réglé sur les honneurs de Tlnfante. En attendant, on la traite comme fille de France.
Jeudi 5. — Le Parlement et les autres cours souveraines ont été faire leur compliment à Tlnfante, sur les lettres qui leur ont été envoyées de la part du Roi. Voyez le discours de M. le premier Président ci-après.
Il y a eu une Relation imprimée dal'entrée, où elle est appelée plusieurs fois V Infante Reine : ainsi on ne peut plus douter de son nom; cette relation étant faite au iSureau d'Adresse (1) et sous les ordres des ministres.
L'abbé de Ravanne (2). — Le cardinal de Rohan a un page qui s'appelle Le Prince, qui a un petit grain de folie.
(I) Fondalion de Renaudot. Espèce de succursale industrielle de la Q<uette de France.
, (2) Voir, sur cette anecdote, les Mémoires de Maurepas»
Ce page a été voir le duc de Mazarin, qui dit quelquefois des choses. plaisantes. Il dit au page : « Pourquoi lecardinal ne t'a-t-il pas fait conseiller d'État au lieu de ce vied.... d'abbé de Ravanne, qui est un ignorant el que personne n'aime?» Le Prince revient chez lecardinal quiétoit àtable avec vingt-deux personnes entre lesquelles étoit Tabbé. S. E. lui demanda d'où il venoit; il dit qu'il venoit de chez le dncMazarin^ qui étoit un honnête homme, qui ne cherchoit qu'à lui faire du bien, au lieu que S. E. ne lui en faisoit guère, et qu'il lui avoit demandé pourquoi elle ne l'avoit pas fait conseiller d'État, au lieu de ce faquin d'abbé de Ravanne qui éloit à sa table, que personne n'aimoit. L'abbé fut très-embarrassé. La compagnie jouit de son embarras et en rit ; et quand on en a parlé au duc Mazarin, il a dit que cela étoit vrai, mais qu'il n'a voit pas dit au page de le dire. Ainsi, Dieu nous envoie des fous qui nous disent la vérité, parce que nous méprisons les avis des sages.
On dit que M. le Duc a pris le parti des cardinaux, et qu'il s'y est déterminé par l'avis de M™* de Prie. C'est une mauvaise plaisanterie sur ce qu'elle a des pertes de sang continuelles. La chanson le dit :
Elle a Fesprit par trop aigre Et trop de pertes de sang.
On a su que la veille que les sceaux ont été ôtés au Chancelier, il demanda au Régent s'il n'avoit rien à lui ordonner, à l'occasion de l'arrivée de l'Infante. Le Régent lui dit : t( Vous avez raison , je vais vous tailler de la besogne; vous ferez cela le dimanche, et puis cela le lundi, et ensuite jusqu'au jeudi. » Le Chancelier revint content chez lui et crut l'affaire apaisée; mais on lui 6ta les sceaux le lendemain, qui étoit le samedi.
Samedi, 7 mars. — Le Garde des sceaux a tenu le conseil du Roi, qui s'appelle le conseil des parties (1) et y a
(1) On y prononçait sur les évocations qui enlevaient les procès aux jii^es
fait les fonctions de Chancelier. M. de la Vrillière, qui est son parent^ y a pris la place de conseiller d^État, qu'il a depuis longtemps, et dont il n'usoit pas.
Dimanche 8. — Ce jour, on a affiché dans Paris une ordonnance du prévôt des marchands, pour faire des feux et des illuminations pendant trois jours de suite, dimanche, lundi et mardi, à cause deTlnfante-Reine.
Le soir, il y a eu un grand bal de cérémonie au Louvre, où les dames n*ont paru qu'habillées avec la robe de Cour. 11 n'y a point eu de masques. Le Roi a ouvert le bal ; les seigneurs étoient habillés en étoffe à fleurs d'or et de toutes couleurs. On a servi des liqueurs et de Thypocras, mais pas une seule orange, ni autre chose à manger, quoique ce fût un dimanche et non jeûne (1).
Lundi, 9 mars. — Il y a eu, dans le jardin des Tuileries, une illumination des plus surprenantes et des plus gracieuses en môme temps. Tout le grand parterre étoit éclairé de lampions, et il y avoit, d'espace en espace, des candélabres de bois taillés en ifs , aussi tout éclairés et qui faisoient un effet merveilleux. On a ensuite tiré un feu d^artifice fort vif, mais qui a paru trpp court pour cette grande préparation. J'ai vu tout cela du Louvre, chez M. le prince Charles.
Mardi 10. — Bal a l'Hôtel de ville. — Dispute des DUCHESSES. — Au bdl de THôlel de ville , où le Roi s'est trouvé et l'Infante- Reine aussi, il y a eu de grands débats entre les duchesses et les femmes de condition; les duchesses ayant voulu avoir les premières places, et les autres n'ayant pas voulu les céder. La duchesse de Brissac et la duchesse d'Olonne sont venues, qui ont voulu se
ordinaires, pour les aUribuer à un tribunal spécial. l\ jugeait les conflits, interprétait les ordonnances et arrêts sur lesquels il était consulté par les tribunaux. Enfin, il prononçait sur les remontrances des Parlements et autres Cours souveraines, pour les affaires concernant la justice et les fonctions de ces tribunaux.
(1) Voir sur toutes ces fêles et réjouissances, Barbier, 1. 1, 198 et suiv. T. 11. . 17
placer sur des sièges qui étoient. restés vides pour les princesses du sang qui dansoient. M"*® de Polignac et M'^^deSabran, qui étoient au-dessous^ leur ont dit que c'é^ toient les places dès princesses. Elles ont répondu qu'elles les leur rendroient, et que ces dames descendroient plus bas. Les daines^ qui n'ont pas trouvé cela bon, ont raillé la duchesse de Brissac sur un bel habit qu'elle avoit^ et ont dit qu'une de ses parentes de Lyon le lui avoit fait faire. C'est qu elle est fille de Pecoil, maître des requêtes, qui est fils d'un marchand de Lyon, et sa mère s'appelle Legendre, fille d'un, fameux négociant de Rouen. H*"* d^Olonne est meilleure, mais elle n'est pas à comparer à j)|me ^g Polignac, qui est Mailly par elle et Polignac par son mari, ni à M'"® de Sabran, qui est Foix et Sabran, et toutes deux des plu^ grandes maisons du royaume. €es duchesses s'étoient mal adressées (1). Le jour de ce bal, il y a eu un très-beau feu à la Grève, qui a mieux réussi que celui des Tuileries.
Smars. — On a su qu'au bal du Louvre, le roi balança à danser avec M"** de Gontaut qui le vint prendre. Le Régent dit : c< 11 n'y a point de difficulté sur cela. » Sur quoi, le Roi dansa avec elle; et M. le Uuc lui dit : «r V. M. a bien fait, mais il faut qu'elle la reprenne encore lorsque V. M. dansera. » C'est qu'on s'étoit imaginé que le Roi ne pou voit danser qu'avec des femmes titrées. Tout cela vient de la fausse prétention des ducs contre la noblesse. 11 n'y a qu'un motsur ces querelles : toute femme qui a été présentée au Roi est femme de la Cour, et dès qu'elle est femme de la Cour, elle y a son rang et ses honneurs, et la duchesse ne lui est préférée que pour le tabouret et pour l'entrée de son carrosse dans la cour du Louvre. Du règne de Louis XIV., qui étoit toujours à Versaillei?, il y avoit peu de femmes de la Cour, parce qu'un homme
(1) Voir, sur celte singulière dispute, où les plus grandes dames se traitèrent comme des poissardes, Madame (II, 36S).
de condition n'aaroitpas tenu sa femme à Versailles dans un cabaret ou une chambre garnie^ au lieu que les ducs^ y ayant dès hôtels^ pouvoient plus aisément y avoir leurs fen!mies; mais àParis^ où tout le monde est logé, les femnâes de là Cour reprennent leur place^ et la noblesse ne le cède pas aux duos ai aux duchesses , sinon dans les points qui ont mérité des distinctions^ comme le tabouriet et le carrosse.
14' jnars. — Grand feu tiré dans la place du Palais- Royal, qui étoit illuminée de tous les côtés, et ornée d'arn cades et d'architectures singulières, qui ont attiré tout Paris, Le Roi et l'Infante étoient au Palais-Royal. 11 y avoil une peinture au fond de la place , représentant le foudroyement des Titans, sur quoi on a fait cette satire :
La foudre, qui oonfoDd les orgueilleux Titans Dont Philippe aujourd'hui nojus retrace l'histoire, Doit nous graver dans la mémoire Qur*on ne peut assez tôt écraser I^ tyrans.
Aventure pu Languedoc. -^ 11 est venu nouvelle du Languçdoc qu'une M*"* Du.Chéron ayant deux filles et deux garçons, Talnée des filles a été déshonorée par un gentilhomme de la province qui lui a fait un enfant. Le frère aîné s'est battu contre le galant, et le galant l'a tué. Le cadet s'est battu aussi, et le galant Ta désarmé et marqué; puis le vainqueur est allé se cacher à Montpellier. Un matin, est arrivée la sœur cadette qui a dit an galant qu'il falloit épouser sa sœur ; il a répondu qu'il n'en feroit rien. Sur cela, elle lui a cassé la tète d'un coup de pistolet, dont il est mort sur-le-champ. On demande sa grâce; elle lui est promise. La question est de savoir si c'est un assassinat. Voilà les quatre enfants bien malheureux (1).
Jeudi 12. — Duc d'Êlbkuf. — Du Thëil. — Mariage. — La cause du duc d'Elbœuf contre Françoise-Henriette-
(1) Voir srti- cette affaire, Madame, II, 364, 3«6, el Barbier, t. 1, p. ?.13.
Louise du Theil, qui se prétendoit être fille de l'abbé de Lorraine, frère du duc, a été jugée, et elle a été déclarée bâtarde par l'arrêt qui a ordonné : En tant que besoin serait , qu'il y a abus, et qu'il avoit été mal, nullement et non valablement contracté. La cour a jugé : En tant que besoin seroity à cause qu'il y avoit un rapport d'experts qui déclaroient la signature de l'abbé de Lorraine, dans Tacte de célébration, fausse, et qu'il n'y avôit point de mariage. Si on avoit dit simplement : Il y a abus y il auroit semblé que la preuve par comparaison d'écritures éloit inutile en justice, et on en a grand besoin dans l'ordre judiciaire, principalement en^ matière criminelle. Si on avoit déclaré qu'il n'y avoit point de mariage, on se seroit écrié contre la décision d'un état fait par une preuve incertaine. M. de Lamoignon, avocat général, a établi pour maxime qu'il faut la présence de deux curés, ou, au moins, leur consentement, pour faire un mariage valable : « Coram proprioparocho, » et a dit que cela seul rendoit le mariage nul. La maxime a passé pour vraie. Il a dit aussi qu'il n'est pas nécessaire de quatre témoins, mais de deux seulement, de quoi je sais que Ton n'est pas convenu dans les opinions. Voilà la prétendue princesse bien éloignée de sa principauté.
15 mars, — Le Régent est tombé malade, pour s'être trop échauffé à son feu du Palais-Royal, et, d'autres disent avec sa maltresse, qu'il a vue, le jour même d'une purgation, et après s'être enivré ce même jour-là.
M™^ de Saint-Sulpice, qui va dans le monde depuis sa guérison, ayant trouvé M""' de Chabannes chez M™"" de la Houssaye, qui lui dit qu'on lui avoit fait là une mauvaise plaisanterie de la brûler, elle répondit : a 11 n'y a ni bonne ni mauvaise plaisanterie, c'est mon étourderie qui en est cause. » L'autre dame répliqua que personne n'en croyoit rien, et qu'elle étoit malheureuse de ne pouvoir parler, sur quoi M™® de Saint-Sulpice dit : c< Je serais encore plus malheureuse si je ne pou-
MARS i7M. 261
vois justifier des innocents. » Tout le monde Tapplaudit.
Intendants des finances. — L'on fait cinq intendants des finances en titre d'office, MM. de Gaumont, d'Ormesson, Dodun, Pelletier de Signy, et M. Baudry, lieutenant de police, dont la charge retourne au fils de M. d'Argpnson, qui Ta exercée pendant quelque temps, du vivant de son père, et qui quitte sa place d'intendant de Touraine, où on' envoie en son lieu M. Hérault, maître des requêtes, ci- devant procureur-général au grand conseil.
M.deMorville, secrétaired^Étatdbla marine. — Le comte de Morville, ambassadeur pour le Roi en Hollande, et qui étoit au congrès de Cambray, fils du nouveau Garde des sceaux, est arrivé pour prendre possession dé la charge de secrétaire d'État de la marine, dont il a la survivance, son père ne pouvant tenir ces deux places à la fois.
Le jubilé ayant été publié le ..... mars, pour commencer le dimanche de la Passion, et durer jusqu'au jour de Pâques , on a ouï crier par tout Paris la Bulle et ses instructions, avec le mandement du cardinal, qui a glissé dans ce mandement quelque chose sur l'accommodement des évêques, qui lui fait si peu d'honneur. Il fait le difficile sur l'absolution, pendant quil accepte la Bulle, qui est relâchée sur ce point.
21 mars. — Ce jour, j'ai été saluer monsieur le Garde des sceaux, qui se plaignoit que je ne l'a vois pas vu. Il m'a accablé de bonnes grâces, et m'a dit très-honnôlement qu'il avoit tous les jours des difficultés, ou sur des points de droit, ou sur la police des Parlements, et qu'il me consulteroit et suivroit mes avis. En même temps, il m'a promis toute sorte de protection et de services pour moi et mes amis ; il avoit l'air très-riant et très-content, et il m'a paru être dans des dispositions très-bonnes pour rendre la justice la plus exacte. D'un autre côté, M. le Chancelier est à Fresnes, qui n'est point du tout
mécontent 9 qui s amuse aux belles^btires, aux mathéma^^ Uques^à Tag^riculture^ et qui attend en paix le retour de la fortune. Dans sa prettiière disgrÀcè, on avoit fait une chanson.
Le chancelier d'Aguesseau
S*étant mis en tête Qu'on lui doit tendre les sceaux
Nuit et jour et répète :
Vat-en voir s'ils viennent, Jean, Vat-en voir s'ils viennent.
Grand-Duc. — L'Empeteur a fait faire ime très-bonne réponse au Mémoire du Grand-Duc , sur l'indépendance de Florence. Elle est insérée dans les ^az«(^« de Hollande de février et mars^ et est bien plus savante que le mémoire du Grand-Dué, fait par le feu abbé Renaudot.
La lettre du Roi au cardinal de Noailles, pour faire cbanter le TeDeum pour l'arrivée de l'Infante, fait grand bruit, parce qu'on y parle de la réunion des deux branches de France et d'Espagne^ qui cependant a fait tout le sujet de la dernière guerre, et à. laquelle le traité d'Utrechl parolt très-opposé. Voici cette lettre :
Mon Cousin,
c< L'Infante d'Espagne eSt arrivée dans ma cour, et j'en ai la joie la plus vive que mon cœur ait encore ressentie. Mon mariage avec cette princesse réunira le& deux branches descendues du roi mon biscneulf et, par là, je remplirai les plus doux souhaits f\\xei ce monarque eût pu former. Ce qu'il y a de plus heureux et qui me touche le plus sensiblement, c'est que cette union^ qui affermit là puissance de mon Èlal et celle d'Espagne, ne cause point de ces alarmes politiques et de ces jalousies cruelles qui font répandre tant de sang, et qu'au contraire, toute l'Europe y applaudit sincèrement, et ratifie, en quelque sorte, le traité de mon mariage. Tout ce qui s'est fait sous mon règne n'a eu pour objet que de lier tellement les
M4RS 1799 m
Puissances entre elles^ qu'il en résultât la tranquillité générale et qu^ le bonheur des différents peuples fût un bonheur commun dont les uns ne puissent jouir sans les autres. Comme le ^o*iïveraîn maître des rois n'est pas moins appelé le Dieu de la paix que le Seigneur des armées, j'ai cru qu'il étoit nécessaire de lui rendre grâces d'un événement si propre à assurer la tranquillité publique. Et je vous fais cette lettre, de Tavis de mon oncle le duc d'Ortéans, pour vous dire de faire chanter le Te Deum dans l'église métropolitaine de ma ville de Paris, où mon intention est d'assister en personne, le 12 de ce mois, à l'heure que le grand-maltre, ou le maître des cérémonies vous dira* de ma part. Je lui ordonne d'y convier mes Cours et ce^xcjui ont. coutume d'y assister. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte et digne garde. Écrit à Paris, le 6 mars 1722. Signé : Louis. »
Cette lettre a été imprimëet dans la Gazette de Hollande du 20 mars, et ce qui est souligné a été imprimé en caractères différents du fcorpsde la lettre. C'est une critique fine et tacite. On en a fait une parodie très-satirique dans la chanson suivante : '
Or, écoute^, petiplles françois, La belle épttre de Dubois, De Dubois ce grand politique.
OrdoDuaDt prière publique Révérez son babilété Sa droiture et sa piété ;
Admirez Je noble jargon Que prête à son Roi oe fripon, Cette scandaleuse Éminence, Ce champigoon de la Régence, Ce champignon empoisonné, Le plus funeste qui soit né.
Ce faquin fait parler son Roi, Et vous allez voir comme quoi ; Car en ordonnant des prières Ce beau discours il lui fait faire Par l'avis du duc d'Orléans :
« Je vais épouser un enfant. »
Cela me fait bien du plaisir,
Du feu Roi c'étoit le désir.
Quoiqu'il fût mort quand elle est née
Pour femme il me Ta destinée,
Ce mariage remplira
Les plus doux souhaits qu'il forma.
Ce que je vois de plus charmant Et me touche sensiblement, C'est que cette union charmante Avec la mirmidonne Infante L'Espagne à la France unira Kt leur puissance affermira.
De mon hymen tel est le fruit ; Il se fera sans aucun bruit.
Sans ces alarmes politiques, Ces jalousies frénétiques, En mil sept cent trente prochain Si mon oncle n'y met la main.
Toute l'Europe m'applaudit, L'Empereur lui-même y souscrit.
Peut-être il s'attend à la niche Que l'on Ht à Margot d'Autriche ; Mais Fa-t-on fait venir ici Pour la renvoyer sans mari ?
Urgel et Roses sont témoins Des grands, des pacifiques soins Que l'on a pris dans la Régence Pour unir l'Espagne à la France, Mon oncle, le duc d'Orléans, Régit toujours avec grand sens.
Il n'a foit la guerre et la paix Que pour de sages intérêts. Le beau-père a su le connaître Depuis qu'à Madrid il est maître Après Dieu, le Régent, ma foi.
Ne sert personne comme moi.
Cousin, priez à haute voix Le souverain mattre des rois.
L'arbitre de nos destinées.
Enfin le grand Dieu des armées, Qui n'est pas moins le Dieu de paix.
De favoriser ses projets. -
Pour un si bel événement Faites haut un remercîment.
Mais priez Dieu bas qu'il me garde.
Vous, François, que ma mère regarde Vous me voyez prêt à périr, N'oserez-vous me secourir?
La lettre au cardinal a été faite par Fontenelle, de FAcadémie françoise, sur les mémoires du cardinal Dubois ; et c'est le même académicien qui avoit fait le manifeste contre l'Espagne en 1718. On fait de lui et de son esprit tout ce que l'on veut.
Le Régent continue d'être malade. On s'en prend aux médecins qui l'ont trop saigné. Bien des gens sont en
266 MÉMOIRES m MiVTUIEU MARAIS.
campagne^ et parlent de la Régence future. Le Parlement fait des assemblées secrètes pour savoir si on fera le Roi majeur avant treize ans et- un jonr^ le cas arrivant de la mort du Régent. Le due de Chartres n*a pas Tàge pour l'être. On craint la dureté de M. le Duc. On parle de rétablir le testament de Loui$ XIV, et de donner la Régence à M. le Duc^ avec un Conseil que le Parlement nommera. Cette maladie empêche la fête et le feu du duc d'Ossonne, ambassadeur d'Espagne.
Lundiy 23 mars, — Le feu d« duc d'Ossonne (1) a été tiré sur la rivière entre le Pont-Neuf et le Pont-Royal. L'illumination sur des bateaux rangés en ordre octogone a été d'un goût singulier. Le dessin étoit deBerain, dessinateur du Roi; il y a eu plusieurs descriptions. Le Régent, malade, n'a pu le voir : le Roi et Tlnfante Pont vu du Louvre. L'Infaqte tira plusieurs fois le Roi par sa manche^ parce qu'il ne lui.p^rloit points et lui demanda : « Monsieur, ne trouvez-vous pas cela beau? » Il répondit que oui ; sur cela, elle fit cent signes avec ses mains à ceux qui étoient autour d'elle, et dit : « // m'a parlé! il rrCa parlé! » Tous les jours on admire ses vivacités et ses grâces.
Discours du premier Président sur l'Infante, a remarquer. — Le discours que le premier Président a fait à l'Infante ne plait point à la cour (2), parce qu'il contient des reproches indirects de ce que l'on n'a fait nulle part au Parlement de ce mariage. Voici le discours :
c< LeRoi nous ayant fait connaîtra le sujet de Votre entrée dans le royaume et dans cette ville, son exemple et ses ordres nous ont appris à avancer de noire pari les marques de respecl qui Vous y sonl^ destinés^ et nous nousestimons heureux de trouver en Votre personne des mo^ tifs pour nous en acquitter avec joie. Nous y trouvons le
(1) Voir Barbier, 1, 203.
(2) Voir Barbier,!, 199.
pursaûgtie nos rois^ ei nous ne pouvons regarder que comme un heureux présage de Vous voir être déjà le lien de-la concorde entre deux grands États et le sceau de leur tranquillité. Puissent tous Vos jours être marqués de ce précieux caractère 1 puisse l'innocence de votre âge attirer sur Vous et sur nou^ les bénédictions du ciel ! Et lorsque ses desseins seront entièrement accomplis, puissent-ils perpétuer à nos neteucCy par une longue suite de postérité^ la justice et la paix que les inclinations du Roi nous font si constamment espérer de son règne. »
Albami. — Gordon bleu renvoyé. On a appris avec grande surprise que le cardinal Albanie neveu du défont Pape, avait renvoyé le cordon bleu, qui lui avait été envoyé, après une négociation faite par le cardinal de Rohan. Depuis Tinstitution de TOrdre, cela n'est point encore arrivé, et il est triste pour la France que cet exemple commence par un cardinal de basse extraction et de peu de mérites, et que le cardinal de Rohan nous ait engagés dans ce mauvais pas. L'Albani dit qu'il est attaché à . l'Empereur, et qu'il ne veut point de dignités de la part de la France. L'abbé de Pomponne , Chancelier de l'ordre, qui a été employé à envoyer ce cordon bleu, est au désespoir que ce fait soit arrivé de son temps.
23 mars. — Mademoiselle de Vermandois. — Un ecclésiastique, précepteur de M"* de Vermandois, sœur de M. le Duc (qui est dans l'abbaye de Beaumont-les- Tours), en est devenu amoureux. Il lui a écrit une lettre galante ; la princesse Ta remise entre les mains de labbesse, qui en a averti l'ecclésiastique, à qui la tête a tourné, et il est allé tuer le chapelain de l'abbaye , qu'il a dit être cause que son affaire a été découverte. Il est arrêté (1).
Maladie du régent. — La maladie du Régent fait hruit parmi les maîtresses; on dit que les actions de
(1) Voir Madanits t. II.
M"* d'Averne baissent, et que celles de M™^ de Prie haussent.
26, 27. — Le Régent s'est beaucoup mieux porté; il a dormi. Il a mangé un morceau en public, et on a été bien aise de le voir, de crainte de pis. On dit qu'il est menacé d'un asthme; d'autres disent qu'il a de Feau dans la poitrine et qu'on craint Thydropisie. Chirac, qui est un bon médecin, le traite très-bien, et fait espérer que l'on le verra bientôt en santé.
. Mémoire des ducs. — Il a paru ces jours-ci un Mémoire manuscrit, au nom des ducs et de la noblesse, contre les cardinaux. Je l'ai trouvé assez faible ; il ne répond pas à l'article 9 du règlement du Conseil du 3 janvier 1673, qui porte en termes exprès : « Les conseillers d'État, soit qu'ils soient prélats, gens d'épée ou de judicature, doyens des maîtres des requêtes ou des quartiers, n'auront rang et séance que du jour qu'ils y seront appelés, et serviront actuellement, nonobstant l'ancienneté de leurs brevets et qu'ils eussent même prêté le serment, à la réserve néanmoins des princes du sang, descardinaux et des officiers de la couronne, qui précéderont les autres conseillers d'État. » Voyez le règlement d'Henri III, de 1582, pour le Conseil, où les cardinaux sont mis après les princes et avant les ducs. Il est dans un Recueil de plaidoyers et harangues , imprimé en 1618, in-8°. Voilà un règlement fait par Louis XIV, qui dans son énonciation, nomme les cardinaux après les princes du sang, et avant les officiers de la couronne. Ainsi , il semble que le rang des cardinaux soit réglé, et que la question soit jugée. Notez qu'en cette même année 1673, le roi prononça contre les cardinaux de Bouillon et de Bonzi ; mais il s'agissait d'un lit de justice, où les pairs ont leur séance de droit après les princes, et il s'agit aujourd'hui du Conseil, pour lequel le règlement est fait,
Chastelus. — J'ai vu M. le comte de Chastelus
(gendre de M. le Chancelier) qui revenoit de Fresnes, où le chancelier se porte très-bien. Nous avons parlé des cardinaux, et il m^a dit : « Si cette affaire-là n'étoit pas arrivée, on lui en auroit suscité une autre, » en parlant de son beau-père.
27 mars. — Nouveaux droits rétablis. On a publié aujourd'hui quatre arrêts : l'un pour établir une caisse de reniboiyreement, pour servir de dépôt des différentes natures de deniers qui seront affectés au payement des dettes dç l'État; le deuxième, qui rétablit les droits supprimés par différents édits de 1716, 1717, 1719 et 1720, portant imposition sur beaucoup d'affaires concernant la justice, pour six ans seulement; le troisième, qui rétablit les droits des courtiers jaugeurs, inspecteurs des boucheries et aux boissons ; le quatrième, qui rétablit les trois quarts des droits des charges sur les portes, hors ce qui regarde le bois, le charbon, les fagots et cotrets. Tous ces droits seront portés à la caisse des remboursements et serviront à payer les dettes de l'État. Ainsi, les peuples, foulés par ces nouveaux droits, se payeront à eux-mêmes ce que le roi leur doit; et toutes ces grandes suppressions si vantées étant rétablies, on rentre dans une misère plus grande que jamais, puisque tout est ruiné, et que nous sommes encore surchargés.
Visa. — Les maîtres des requêtes travaillent toujours au visa et aux déclarations qui montent jusqu'à 50,000 fr. On leur veut donner des adjoints, qui ne sont pas de leur corps et ils y résistent. Le sieur d'Aube, conseiller du commerce, a voulu entrer dans l'assemblée tenue à ce sujet ; ils l'ont exclu, mais on veut finir.
28 mars. — Arrêt qui nomme quarante-huit conseillers du Grand-Conseil ; vingt-quatre du semestre d'hiver et vingt-quatre de celui d'été, pour travailler au visa avec les maîtres des requêtes. Il a fallu les recevoir.
Visa Fleuriau. — C'est le nouveau Garde des sceaux. L'édit qui crée cinq intendants des finances a été registre
en la Chambre des comptes le 27. La modification esta la chnrge de rapporter, dans trois mois, lettres patentes qui règlent et fixent leurs appointements.
Pestk. — La peste n'est plus en Provence. On rouvre le commerce. Arrêt du 14 mars, qui permet aux négociants de Marseille de faire sortir leurs vaisseaux destinés pour les ports d'Italie. Autre, du 28 mars, qui donne pareille permission aux négociants des villes- maritimes et ports de Provence. Autre, du 30, qui permet l'introduction, dans l'intérieur du royaume, des marchandises de Provence non susceptibles de contagion, huiles, vins, eaux-de-vie, liqueurs, savon, riz, cire non ouvrée, café, métaux, galles, raisins secs, figues, amandes, prunes, câpres, olives, anchois, thon et soles marinées, soufre^ drogues de médicaments ou teintures, soudes, barilles, bois de buis, olivier et autres bois, à la charge d'une quarantaine de trente jours à Agde ou à Cette, etc. Ordonnance du roi du 31 mars adressant à M. l'amiral, pour l'exécution, des arrêts des 28 et 30 mars. Dieu veuille que l'air soit bien pur, et que le commerce ne nous nuise pas!
Librairie. — Bureau changé. Le Garde des sceaux a changé le bureau de la Chancellerie et de la Librairie. Il a été donné par arrêt du 7 mars, à MM. d'Argouges et de Harlay, conseillers d'État, et à MM. Morangis, Angrand, de Signy, Legros, du Luart, Bignon, de Blangy, Caumartin de Boissy et Maboul, malires des requêtes. C'est ce qu'on appelle le Bureau contentieux. 11 y a un autre Bureau gracieux pour l'examen des livres, où est à la tête M. l'abbé de Vienne, conseiller en la cour, parent du garde des sceaux. C'étoit auparavant l'abbé d'Aguesseau, frère du Chancelier.
Clercs, Règlement. — Le 21 mars, le parlementa donné un arrêt qui porte règlement contre les clercs de procureurs, portant épée, cannes ou bâtons ou habits indécents ; et de la manière de recevoir les clercs, dont il
y aura un registre. C'est un règlement nouveau et très-
Le â6 mars^ arrêt qui augmente les droits de la douane de Valence et de celle de Lyon, sur les damas, velours et satins étrangers, pour favoriser les manufactures d'étoffes d'or et d'argent de Lyon.
Il y a eu encore, dans ce mois, plusieurs voleurs de la suite de Cartouche suppliciés.
Avril. — L'abbé de Flechy, confesseur du roi. — L'abbé de Fleury, confesseur du Roi, étant tombé en apoplexie, on a songé à lui donner un autre confesseur; il y a eu bien de la brigue ; enfin le P. de Linières, jésuite, a été nommé et présenté ; maïs le cardinal de Noailles ne lui a point voulu donner de pouvoirs, parce qu'il n'en donne point aux jésuites. Ainsi, le confesseur est demeuré sans fonctions, el le Roi ayant été obligé de se confesser pour ses Pâques et son Jubilé, il a été à confesse
le jour de la Quasimodo à M qui est un de ses
clercs de chapelle, et qui n plusieurs fois confessé M"** de Maintenon. Le cardinal a déclaré qu'il ne donneroit point de pouvoirs à aucunes personnes de communauté pour confesser le roi.
Le Roi et l'Infante. — J'ai oublié de marquer, sur la fin du mois de mars, que j'ai vu souper l'Infante elle Roi séparément. L'Infante m'a paru très-jolie, très-vive et pleine de petites grâces ; elle a demandé à boire ; on a dit : A boire à l' Infante-Reine, M""" de Ventadour lui a parlé de l'Espagne, et a demandé si elle ne voudroit pas y être; elle a répondu : a J'en serois bien contente, » el comme on a voulu lui faire entendre que cela vouloitdire qu'elle étoit bien contente, elle a dit : a Vous n'entendez pas cela, vous n'entendez pas cela. »
M"* la maréchale de Villars et M"* la duchesse de Noailles y étoienl en grand habit sur des tabourets. J'ai vu ensuite souper le Koi, qui n'a pas dit un seul mot, qui m'a paru triste et sérieux et mangeant bien. Le maréchal de Villeroy a dit au maréchal de Villars que le Roi avoit bien de l'obligation à M""^ de Villars d'avoir été au souper de l'Infante; cela a paru une radoterie dont le maréchal de Villars s'est joué et a dit que l'étendue de cette obligation-là n'étoit pas bien grande, et enfin, le Roi n'a point parlé du tout, et s'est levé de table sans rien dire.
Versailles. — Voyage du roi. — Vers Pâques, le bruit s'est répandu que» le Roi alloit quitter Paris et s'en alloit à Versailles. Le Grand-Prieur, fils du Régent, lui ayant demandé sur quel fondement cela se disoit, le Régent, en colère, lui a. répondu : Sur le vôtre»
Ce voyage est certain : c'est un secret d'État que l'on cherche à deviner. On en dit deux motifs : l'un pour accoutumer le Roi à Vinfante, qu'il n'aime guère, l'autre pour mettre le Régent plus près du Roi et s'en faire connoltre davantage. Le cardinal Dubois lui a fait entendre que cela étoit nécessaire, et le voyage a été déterminé subitement, au grand étonnement de Paris et delà Cour, pour le 15 au 20 mai. Le Régent sera aussi moins entouré de ses favoris ou roués, que le cardinal Dubois n'aime point, et qui le méprisent parce qu'ils le connoissent et l'ont vu bien bas. Tout le monde demande des logements à Versailles, les femmes comme les hommes. M*"' de Saissac{l) a fait dire au Régent qu'elle lui sacrifieroit ses plaisirs et sa tranquillité et qu'elle ne pou voit se passer de le voir.
NocÉ EXILÉ. — Noce, favori du Régent, lui a parlé très-haut sur le cardinal Dubois et lui a dit : qu'il pou voit
^ (I) Voir sur ceUe daine et son mari, Saint-Simon» t. I, p. 342, 343 et les Mémoires de d\\rgenson et du président Hénault.
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bien faire d'un cuistre un cardinal, mais non pas du cardinal Dubois un honnête homme. Il lui a aussi fait entendre que ce cardinal le trahissoit, et qu'il avoit des intelligences en Espagne, pour faire déclarer le second Infant héritier de la couronne de France, en cas de mort du Roi. Pure folie. Une autre fois, trouvant le cardinal qui travailloit avec le Régent, Noce a dit : « Fait-il là quelque maquerellage ? « sur quoi le Régent, sans se fâcher, lui a dit : «Tu n'en parles que par envie, parce que je ne me sers plus de toi. » Le cardinal a mis de son parti Madame et M"*® la duchesse d'Orléans, qui n'aiment point le Noce ; il a fait entendre au Régent qu'il étoit de conséquence, pour la nation et pour le bien de l'État, que le ministre des affaires étrangères ne fût pas traité ainsi, que tous les ambassadeurs ne voudroient plus travailler avec lui et le reconnoltre. Cela a paru sérieux, et le Régent a résolu d'exiler Noce, qui, l'ayant appris, est venu trouver le Régent et lui a dit qu'il venoit pour Tempècher de faire une mauvaise action en exilant un homme qui lui étoit attaché depuis si longtemps. « Peuxtu croire cela, lui dit le Régent, toi qui me connois si bien?» — « C'est parce que je vous connois, a-t-il répondu, que je n'en doute point. » Aussi, le même jour (12 avril), il a reçu ordre d'aller en Normandie dans ses terres, et on a aussi exilé M"* du Tort, sa sœur, qui est un bel-esprit du temps, fort amie de Fontenelle , grande approbatrice du nouveau langage et des sentiments métaphysiques dans le discours ; et il n'y a pas grand mal que ce bel-esprit soit hors Paris, car cela ne fait que gâter le goût. Pour Noce, il disoit trop hardiment la vérité ( l'exil est changé et est à Tours ), et le Régent en a bien souffert. Il avoit autrefois épousé M"* de la Mésangère, fille de M"* de la Sablière que la Fontaine a tant louée. Il s'en dégoûta bientôt , prit pour maltresse M"*^ de Strafford, fille du
(1) Voir, sur Noce, Lfis Maitresses du Régent.
comte de Gramont, qu'il emmena à Avignon, où il étoit encore lors de la mçrt de M"' de Noce, s^ ffimme^ et il n'est revenu que pour la Régence, où il a tant fait qu'il y a gagné un exiL Ce qu'il y eut de singulier dans sod mariage, c'est qu'il épousa M™* 4e la Mésangôre, veuye et mère de la Mésangère, Maitre-d'b6te) du Roi, qui ea; fut au désespoir, parce que après lui a^oir pris sa mère, il lui prit encore M"** de Strafford, qui étpit sa maltresse. Sur quoi on fit de fort jolies ch?mson&* j
Prince Charles. — M. Iq Prince; Charles , a été visiter la grande écurie à Versailles,* .et m'a dit aùî^etour quUl m'y avoit destiné un logefnent dans la chaoxbre même où il a été élevé > que jUrois occuper quand il me plairoit. •
Il est arrivé pendant les fêtes, un cas singulier. Une dame (M"'' de Sapdricourt), amie (jlu chevalier.de Marie, ayant affaire avec lui, lui dit qu'il manquoit quelque chose à son plaisir ; qu'il n'étoit pas jtout à. fait comme un autre, qu'il sèroit très^aisé de le xéformer, avec un petit coup de ciseau qu'elle lui donneroil elle-même, qu'il n'en auroit pas plus de mal que de couper le ûlet ^à un enfant. Le chevalier, amoureux, la crut, se mit dans ses mains, et elle lui fit une circoncision qui le mit tout en sang , qui le fit évanouir et dont il a été longtemps malade. • ;
Amour, amour, quaud tu nous tiens On peut bien dire adieu prudence !
L'abbé, de Grécourt, auteur du PhiloUmuSj étant à Ussé à la chasse avec madame d'Ussé, qui étoit en habit d'homme, elle le pria de lui faire une chanson,, et comme il a l'esprit plein de tours luxurieux, il lui chanta (1) :
(1) Le couplet, qulnefaii pas plus d'honneur à Grécourt comme poète que comme prêtre, est impoMiële à citeF. Les grivois le chercheront au manuscrit. Nous ne reculons dey^mt aucune des libertés de langage qu'autorise
AVRIL t7M. VS
M^ dUssé est la deuxième fei^me de M. d'Dssé, qui avoit épousé en premières aoces la elle du maréchal de Vauban , aussi libertine que celle^i est sage. On dit qu'elle avoit un À.nô à son service. Elle a bien été chantée par Aousseau^ qui a fait pour'elle^la Fo/fére.'
ik avril. — Sandrier. — Les ûrtalhèurs'dù temps tournent la tète à tout le monde. Sandrier de Hitry^ receveur général des finances de Flandre^ a disparu tout d'un coup, dès le. 25 de mars , et on ne sait ce qu'il est devenu (1). La Mazé, autrefois fille de l'Opéra, très-jolie, qui avoit 3,000 livres de rentes sur la ville, et qui est ruinée par le Système , s'est noyée en plein jour, à la Grenouillère. Elle étoit en rouge, en mouches, en bas de soie couleur de chair, et a été là comme à la noce.
15 avril. — M. Roujault, conseiller au Parlement, a été reçu président de la quatrième des enquêtes, parla vacance de M. Dodun, qui lui a vendu. Le président Feydeau s'est démis en même temps, en faveur de son parent, M, Feydeau, ayant perdudeuxde ses fils, conseillers, et on croyait que M. Feydeau seroit reçu le premier et passeroit avant M. Roujault, à cause de l'ancienneté du président et de ses enfants morts. Mais M. le premier Président n'a pas voulu accorder l'assemblée des Chambres
le temps dont Afarais écrit Thistoire avec la crudité qu*elie comporte forcément, mais nous n'admettous que les crudités savoureuses, et rejetons les dégoûtantes fadeurs. Le moraliste profite de tout, et les. tableaux qui peignent les mœurs do sont pas tenus à une stricte décence. La nudité est plus instructive et parfois plus chaste que le vêtement. Mais quand la lampe indiscrète d*un cliroiiiqueur sans scrupules éclaire d'une lumière trop brutale ce qui doit rester cachée nous la souftlons net. Il est des pudeurs inviolables, et toute bé^ueulerie à pari, nous supprimerons iiii|>itoyablement tout ce qui est indigne de IMiistoire. Duclos pensait qu'on pouvait tout dire devant d'honnêtes femmes. Mais un jour qu'il était allé trop loin, la maréchale de Rocheloit le rappela spirituellement à Tordre en hii disant : « Pour le coup, Duclos, vous nous prenez pour trop honnêtes. » N^us eu diro|u autant parfois au bon Marais, au nom du lecteur honnête , mais qui veut être respecté. (1) VoirBarbier, 1,212.
r.C, MÉMOIRES DK MATHIEU MARAIS
pour registrer la dispense de M. Feydeau; et M. Roujault, beau-frère de M. Lamoignon et neveu de l'abbé Pucelle, Ta emporté, au regret de tout le Palais, qui reproche même au premier Président que sa femme portoit le nom de Feydeau. Ces Feydeau ne sont pas anciens dans la robe ; il n'y a pas cent ans qu'ils étoient dans les finances.
18 avril. — Le samedi 18, on a trouvé le corps de Sandrier dans la rivière, entre Croissy et Marly, avec deux grands coups d'épée dans le ventre (c'est le vendredi qu'il a été trouvé ). Il avoit un justaucorps noir et point de culotte. Toute la famille l'a reconnu. On n'entend rien à cet assassinat. Le Régent dit qu'on l'a enlevé , et qu'il a été gardé, puis tué. On soupçonne qu'ayant une commission principale chez la Jonchère , trésorier de l'extraordinaire des guerres, d'où on a dit, depuis peu, qu'il a été détourné des fonds considérables par le aiinistre de la guerre, Sandrier, qui avoit le secret, a été tué, afin qu'il ne le dise pas.
ÉvÉQUES PAR LA GRACE DU Saint-Siége. — Un capucin ayant avancé que c'étoit une nouveauté suspecte à des évêques de ne pas employer le titre à^Évêques par la grâce du Saint-Siège , on lui a répondu que cette formule est nouvelle ; que les premiers qui l'ont prise étoient des évêques latins de l'Ile de Chypre : l'archevêque de Nicosie dans ses constitutions publiés en 1251 ; les archevêques de Ravennes et Narbonne, 1365; l'archevêque de Cauterbury en 1417. Cela est devenu plus commun, depuis que la promotion des évêques se fait dans le consistoire. Mais, en supposant la nécessité de cet usage, celane prouve point que le Pape eût une juridiction immédiate sur toutes les églises. Le concile d'Éphèse, assemblé par la grâce de Dieuei l'ordre des Empereurs , n'empêche pas qu'il ne soit assemblé par une autorité toute divine et indépendante du Pape. Les huit premiers conciles généraux, qui sont des conciles grecs, ont été assemblés par
Tautorité des Empereurs. Les évèques qui omellent la formule sont plus conformes aux évêques des premiers siècles, puisqu'elle n'a commencé que 1300 ans après l'établissement de l'Église.
Mardi, 21 avril. — M. de la Houssaye, contrôleur GÉNÉRAL, QUiTTESA PLACE. — M. de la Houssaye, Contrôleur général des finances, s'est démis de sa place. On l'a offerte à M. Fagon, qui l'a refusée. M, Dodun n'a pas été si difficile; il est à présent Contrôleur général, et voilà le quatrième depuis la Régence. Sa charge d'intendant des finances a passé à M. Fagon, qui a le département des fermes générales , et qui n'est point chargé de la haine publique ni des volontés de la Régence.
Bourgeois de Paris. — Le premier fruit du nouveau ministère est un arrêt du 25 avril (où M. Dodun est nommé) qui rétablit les privilèges des bourgeois de Paris pour les foins et avoines qu'ils font venir de leur cru pour leurs provisions, et qui les décharge des nouveaux droits rétablis par Tarrèt du 22 mars dernier; et un autre arrêt du môme jour (où M. Dodun est aussi nommé Contrôleur général) qui décharge les blés, orges et farines seulement de la perception des nouveaux droits.
Lettre des sept évêques au Pape supprimée. — On a publié, dans le même temps, un arrêt du Conseil, du 19 avril, qui déclare « la lettre des sept évêques au Pape (datéedu 9 juin 1721) téméraire, calomnieuse, injurieuse à la mémoire du feu Pape, au Saint-Siège , aux évêques et à l'Église de France ; contraire à l'affermissement de la paix de l'Église et aux déclarations de 1714 et 1720, registrées dans toutes les cours supérieures du royaume ; attentatoire à l'autorité royale, séditieuse et tendante à révolte. Les 'exemplaires supprimés ; défenses de la garder et distribuer, à peine d'être punis comme séditieux et perturbateurs du repos public. Ordonne en oulre, S. M., qu'il sera procédé extraordinairement, suivant les constitutions canoniques et les lois du royaume, tant contre
ceux qui ont composé , souscrit et signé , que contre ceux qui ont imprimé^ débité et distribué ladite lettre ou qui pourroientrimprimer et distribuer à Tavenir. » Les motifs de cet arrêt sont bien expliqués; il y est dit que le Roi a été infornriè cjue^dltev lettre a été rendue au Pape par le moyen d'une intipgue pratiquée dans une ^our étran* gère, ce qui e^t directement contraire aux maximes inviolablement observées dans le royaume, 11 est singulier que cet arrêt soit vei^du au Conseil et non au Parlement; mais on a déjà vu un arrêt du Coiîseil, en t714., qui a supprimé le mandement de Tévêque de Metz et ceux de 1719 contre les mandements de Boulogne, de Senez, d'Arles. Il sera difficile de procéder contre les évêques, car il faudroit un concile de la province, suivant les lois du royaume, et ce seroit s^pt conciles pour sept évéques, et eux, ils ne demandent qye des cpnciles.
M"*' la priTiçps^ de Çonti. n'ayant pu s'accommoder avec son mari,, elle a donné sa requête au Parlement en séparation de corps et d^ biens; elle a été reçue et répondue le 25 avril. Un des faits est que son mari lui a donné du mal, mais il y .a des enfants depuis et réconciliation. La cause sera plaidée à huis-clos. La princesse, qui n'est p^s net^ de tpute galanterie, ^qtreprend là un grand procès. Nous en verrons les suites.
Voyage du Roi a Vebsau.les. — Sa^re. — Le voyage de Versailles est toujours pour le temps de la Pentecôte. Enmême tetnps, on a aqnQncé |le sacre du Roi à Reims pour le mois de septembre ; mais la Champagne a député pour le faire remettre , à cause de la vendange et des vignes, qui seroient perdues par les troupes et la quantité de monde qui doit se rçndre à Reims. Cette raison a paru bonne, et le sacre est remis au 20 octobre. Chacun a recherché les livres et les figures et les cérémonies. Le Roi a lui-mêpie demandé une gravure de la caval* cadedela Sainte-An) poule à De Launay, directeur de la Monnaie des médailles, mais il ne Ta pu trouver. Il y
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a eu une taiUe^douce en"1655 de ia -cérémonie entière. Le P. Leiongen parle et de plusieurs antres sur cette matière ( p. 550 et 557 ). Tous les ouvriers sont en campagne pour les broderies et tes habits. Le prince Charles, Grand- Ecuyer, a fait rendre à la Chambre des comptes l'ordre qui le regarde, l'a porté au Régent tel qu'il s'est exécuté enl65<ii, ^et il s'y^** ti-ouyé un carrosse du Roi qu'il doit fdu^tiir. Le marquis de La Vrillière , se trouvant avec le prince chez > le Régent lors de la lecture de ce Mémoire sans y être appelé, il dit « que le carrosse devort être fourni par la Petite Ecuï^ie.» Le princeCharlesluidit: «Monsieur le marquis, je suis bien aise que vous sachiez si bien ma charge et que vous l'ayez si bien étudiée. » Le petit marquis continua de parler indiscrèt^iient pour le Premier écuyei^'son parent et son ami; mais le prince Charles lui dit de se taire quand on ne l'interrogeoit pas, et en sortant, il lui dit que ce n'étoit^ pas le lieu d^avoir des éclaircissements avec un homme comme lui. C'est toujours la querelle du Grand écuyer, qui est le maître et directeur de la Grande et Petite écurie ; et le prince ne souffrira pas aucune atteinte à sa charge. 11 a découvert que le Premier Ecuyer avoit commandé un carrosse pour le sacre du Roi dès le mois d'avril 1721 à Mallet, sellier; mais il n'en aura pas l'honneur. Tordre de la Chambre des compiles étant contraire.
On a créé une Chambre ou commission à l'Arsenal, pour juger eu dernier ressort les graveurs et imprimeurs qui ont gravé, imprimé et débité des estampes ou libelles contre le gouvernement et la Régence, et contre le Pape défunt et la Constitution. C'est une inquisition nouvelle; le président est H« . Fronvont d'Auneuil, maUre des requêtes; le procureur-général H. dr. Vattan; les commissaires : MM. d'Argenson, Rouillé, de la Vigerie , Orry, Pajot^LeGros,Sechelles, Talouet, Aubert, Mandar, Pinot, Caumartin. M. d'Argenson jugera-t-il ceux qui ont fait l'estampe contre son père?
27 avril, — Inquisition. — Autre inquisition : Des procureurs du Parlement s^ étant trouvés dans un café, le dimanche 26, et ayant parlé de la Régence avec liberté, un d'eux, nommé Desnoux, ancien procureur, a été arrêté et mis à la Bastille ce matin. Il en est sorti et a été en prison pour trois mois (1).
Parlement assemblé sur les nouveaux droits. — Ce même jour, il y a eu une assemblée des Chambres, sur les lettres patentes données pour le rétablissement des nouveaux droits portés par l'arrêt du 22 mars. 11 n'y a pas eu une seule voix pour les enregistrer. 67 ont été pour faire des remontrances et 78 pour nommer des commissaires. Ces droits supprimés et depuis rétablis sont insupportables au peuple, qui gémit sous le Visa dont l'opération ruine la France. On y travaille toujours à force.
MoiLàNT, notaire. — Un notaire nommé Morant, lilsd'une fameuse marchande d'étoffes, a représenté au visa, comme dépositaire, six contrats de la ville, et cherchait à en faire faire la liquidation, qui se délivre au porteur : mais il s'est trouvé que ces six contrats avoient été donnés en paiement d'une taxe de la Chambre de justice par la veuve du S'" Chambellain, receveur géi^éral des finances de Poitou; et que ce Morant, quiétoitnotaire du receveur de la Chambre de justice, les vouloit faire valoir après avoir -été éteints au profit du Roi , supprimant la quittance d'extinction. Morant a été arrêté, mis à la Bastille, scellé apposé sur seseffets, puis l'affaire s'est accommodée et il a reparu, mais il n'en est pas moins fripon. L'affaire s'est découverte par un très-grand hasard , entre M. Guigou, conseiller au Grand-Conseil, qui est un des commissaires du Visa et gendre de la dame Chambellain ; et M. Hennin, son confrère, travaillant à côté de lui, dans le même bureau, à qui cette déclaration étant tombée, il l'avertit
(I) Voir Barbier, tome l*'.
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tjue sa belle-mère y avoit intérêt. M. Guigou en ayant parlé à sa belle-mère, elle se souvint des contrats donnés à la Chambre de justice, et ainsi, Dieu qui veille pour la vérité, a permis que la fraude ait été découverte, dans le temps qu'on y pensoit le moins; et cela apprend à ne rien faire contre l'honneur et son devoir, car à la fin on sait tout.
Manuscrit, vie de d'Adbigné. — Cazzâria. — lettres SUR LA religion. — 11 m'a été prêté un livre manuscrit contenant plusieurs traités écrits de la main de M. de la Monnoye, dans un caractère très-menu, qui lui est particulier et qui ressemble fort à l'impression. Le premier Iraitéest la Vie de Théodore Agrippa d*Aubigné (1 ) , faite par lui-même, où il y a plusieurs faits curieux, et qui ne sont pas fort honorables pour Henri IV, qu'il dépeint comme un prince jaloux, envieux, et qui vouloit faire de tous ses courtisans ses Mercures. D'Aubigné parle de sa noblesse, et dit ques'étant voulu marier il fut obligé d'aller en Anjou, lui qui étoit en Saintonge,. pour chercher sa famille, et qu'il trouva à Chinon une chapelle où étoient ses armes et plusieurs gens de son nom établis dans cette province : c'est d'où sont venus les d'Aubigné , parents de M"* de Main tenon, dont il y a eu un archevêque de Rouen, et celui qui est à présent gouverneur deSaumur. Le deuxième traité est un Dialogue italien intitulé : La Cazzâria del signor Àrsiccioy où il y a toutes les ordures imaginables, et des obscénités, de toutes les natures, qui ne peuvent jamais tomber que dans l'esprit d'un infâme Italien. Il y a 36 chapitres plus impudents l'un que l'autre. L'Arétin est- modeste en comparaison, et TArsiccio, qui est un academico inlronalOy parle d'un livre qu'il a fait, intitulé : Délia genealogia e batlisimo del Cazzo. — Délia nativita e opéra délia poeta et délia vita e passione del culo
(1) Histoire secrète de Théodore Agrippa d'Aubigné, écrite par luimém€f plusieurs fois imprimi^e à la suile du Baron de Fœneste,
3ë3 MÉMOIRES .fifi MAfrUlKU MARAIS.
of)erû Iwnm pudendorutn. Il ne parait pets que ce Dialogue ait jamaift été imprimé. U y a^ dans ce même volume^ une Lettre'contreda religion chrétienne^ où l'auteur a ramassé tout ce qu'il a pu centre la religion ; et à quoi on a répondu, plusieurs foisi, quoiqu'il dise qu'on n'y peut pas répondrei Le styleen est fortelairetfortooncis. On peut soupçonner M. de la M. . . (2) d'en être l'auteur, et ce Recueil impie ati^seène^estitoui à fait de son goût. 11 y a encore un poôtne obscène en vers bourguignons, qui a pour titre : LeUre^ de Godan, où. on n'entend rien ; la Proies- /(monde M.deGourtenay, faite en 1662, et les Ftesde quel» quesauiei^s italiens assez obscurs. .
28 aoril. -^ Bretagne. — Le Parlement de Bretagne a refusé de recevoir les nouveaux droits rétablis; où leur envoie des troupes, et ce matiti^^S avrils il est parti un huissier de la Chaîne, nommé Denis^ pour leur signifier les ordres du Roi.. On leur a envoyé des lettres patentes depuis^ et ilS'Ont enregistré tout ce qu'on vouloit.
Le notaire Morant s'est tiré d'affaire parce qu'il avoit prêté la main À plusieurs personnes en place, pour s'ap-* proprier les contrais des partisans taxés à la Chambre de justice. Ufaisoitsigi^ierdes transports ou des procurations, aa lieu de quittances: de rachat, et on recevoit les arrérages à la Ville. On dit que le duc de Noailles ne s'y est pas épargné, pendant qu'il étoit à la tëte des affaires, et c'est ce qui a sauvé ce notaire fripon, qui en auroit découvert bien d'autres, plus haut huppés que lui. Voyez comme le pauvre peuple est traité. Le lieutenant civil, qui fait le courtisan, n'a pas nui à la liberté de ce no^ taire,, qu'il devoit faire punir comme son juge. Il est ami des Noailles.
\2) M. de la Monnoye.
MAI t7M. 288
Mai 1722. — On a donné au nouveau Contrôleur général le nom de CoWoredo, parce qu'il a le cou roide eft qu'il fait le glorieux. Il n'est pas fort habile en finances.
Lundi, h mai, — Duc de Gbstres. — Le marquis de Gesvres a été reçu duc et pair au Parlement, sur la démission du duc de Tresmes, son père. Honores mutant mores^ mais ils ne changent pas la nature, et cela n'empêche pas ce marquis d'être impuissant. C'est lui qui a eu ce grand procès d'impuissance contre -sa femdie, qui, après beaucoup d'écrits très-savants de part et d'autre sur une matière fort délicate; s'est terminé par un accommodement, puis par la mort de la femme, qui a emporté sa virginité en l'autre monde. Nous avons un Recneil fort curieux, en deux volumes in-12, de tous les factumsde ce procès, où il y a bien des ordures dites éloqueniment et que toutes les dames de Paris ont bien lues et entendues. Voyez l'article Quellenec, dans le Dictionnaire deBayle.
Saint-Simon. — J'ai vu le contrat de mariage du duc de Saint-Simon avec M"* de Lorge, où tous les princes du sang sont nommés l'un après l'autre, ses cousins naturels, ce qui m'a surpris. Le duc de Saint-Simon s'est aussi démis de sa pairie en faveur du vidame de Chartres, son fils aîné, qui s'appellera le duc de Ruffec. Cette famille, qui n'est ^as bien ancienne, et qui se pique d'une noblesse fausse, a bien besoin d'honneurs.
Carrosse dcpsacrb. — ^ La querelle du carrosse du sacre est toujours vive entre le P. Charles et le Premier écuyer. J'ai vu l'^ta^ de tous les carrosses de cérémonie ordonnés pour le Roi depuis l'invention des carrosses; il a été tiré de la Chambre des comptes, et ils sont tous ordonnés par le Grand écuyer. Le prince a dit au Régent : « Vous pouvez donner des dégoûts à qui il vous plaît, il suffit de ne pas les mériter. »
DoDUN. — 11 y a une petite M"* Dodun, assez jolie,
284 M]E:MOmES DE MATHIEU MARAIS
femme du receveur général des finances de Tours, qui est amie de M"* d'Averne. Cette dernière ayant demandé au Régent s'il ne vouloit pas venir à l'Opéra dans sa petite loge avec M*"*" Dodun^ il dit : ci Je n'ai garde de manquer de me montrer avec la parente du Contrôleur général, cela me donnera de la distinction et on va bien me faire la cour davantage. » Ainsi, il rit de tout. Il a dit au Roi que M. de Lauzun, allant faire compliment à H. Dodun sur sa place^ il lui avoit dit qu'il se réjouissoit de ce qu'il étoit d'année (1).
Monsieur de la Houssaye, ex-contrôleur-général, est allé aux eaux.. Il avoit eu en effet une petite attaque d'apoplexie^ et sa tète, qui n'avoit jamais été trop bonne, n'étoit plus bonne. Il étoit fort adonné aux femmes, leur disoit beaucoup de sottises, et leur en avoit fait beaucoup autrefois. Pendant qu'il étoit intendant à Strasbourg, les officiers lui avoient fait une devise d'une flèche en Tair pour corps, et ces mots pour âme : Vile et roide. Il demanda, il y a quelques jours, à M"™^ de Saint-Sulpice qui
l'alloit solliciter, si elle n'avoit point eu le brûlé :
Elle lui dit : « Je ne sais pas ce que c'est, je crois pourtant avoir lu ce mot-là dans un livre. » Il lui répliqua : « Je veux vous l'apprendre, c'estcequi fait... » et elle fut bien surprise d'avoir cette audience du Contrôleur général , qui voulait encore pousser plus loin l'aventure, si on l'eût laissé faire. 11 est de ceux que Martial appelle fellaiores, M"* de L. en sauroit bien que dire.
Jeudiy 7 mat. — Parlement. — Le Parlement s'étant assemblé au sujet des arrêts portant rétablissement des nouveaux droits, il a été arrêté qu'il sera adressé au Roi des remontrances très- vives, très-instantes, et avec le plus grand nombre de députés qu'il se pourra. On ne s'attendoit pas à cette vigueur du Parlement, qui est si abattu, et apparemment, cela ne lui apportera pas grand crédit, ni
(1) Allusion à la fragilité du titre.