‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 4)Chapitre 18 sur 55 · EXTRAIT DE LA GAZETTE DE HOLLANDE · texte numérisé non relu

EXTRAIT DE LA GAZETTE DE HOLLANDE

(( Les avis que je reçois de toutes parts qu'on prépare depuis quelque temps de gros magasins sur les frontières de la Fiance et qu'on a déjà nommé les chefs qui doivent y commander une armée, plusieurs autres dispositions militaires, et enfin Tattentat que l'on vient de commettre contre le droit des gens à l'égard de mon ambassadeur (1) me font croire que contre toute raison on pense à faire une irruption dans mes États.

« Un procédé si barbare et si irrégulier me surprend d'autant plus qu'il est évident que le roi T. G., mon cher neveu, n"y a aucune part, étant incapable par son âge et encore plus par la bonté de son naturel d'une action si noire. On ne doit pas non plus Tattribuerà une nation que j'aime tendrement et avec laquelle je sais lié par des nœuds si étroits. Personne n'ignore qu'outre que je suis né et que j'ai été élevé dans son sein, elle a uni ses forces avec celles de mes sujets, et que de concert avec eu.\ elle m'a maintenu sur le trône d'Espagne au prix même de son sang, et malgré les derniers efforts de presque toute l'Europe conjurée contre moi.

a Ce détestable projet ne pouvant donc être attribué ni au Roi, mon très-cher neveu, avic qui je compte d'entretenir toute ma vie une tendre et sincère correspondance, ni à la nation qui m'est si chère, et ijui a sacrifié tout pour moi, ne peut être que l'ouvrage d'un [)arti-

1) Le prince de CcUamare, nrrM»' !•• M «liTi'inhiT 1"1».

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culier, iloiil les tlesseins pivnu'ililts depuis loDgteiiips ^ ne sont «|ue trop connus dans le inontle. La postérité aura peine à eroire (lu'il se soit tellement dépouillé de tout SiMiliuuMit de reliirion et d'humanité que pour arriver à ses propres lins, il .lit foulé aux pieds les droits les plussiicrés, ceu\ d»' si [) itrie , d'un Uoi pupilli' du siinu' de Franee, et (|u'il ail roni[)U unt; union (|ni a colite la vie à un million d'hommes, et pour laquelle. le Kt>i mon aïeul a tout hasardé, jusiiu'à son propre Étal, |>ersuadé tpie la conservation et la félicité des deux couronnes yétoient attichéeset que, par 1;\ , il metloit lin à des iTuerres éternelles entre deux rois voisins , dont lu concorde est également importante au repos (h* l'Europe et des deux nations.

« On ne doute pas que les jidèles sujets du Uoi , mon tn*s-cher neveu, ne soient effrayés et scandalisés d'une nou\eauté si monstrueuse, sachant surtout que, pendant la miniirité du Koi, on ne peut, sans le consentement des Klats, ni déclarer la guerre, ni entreprendre quoi ijue ce soit dont les suites peuvent être très-funestes à toute la nation, parce que les États sont seuls dépositaires de l'autorité d'un Hoi pupille pour engager toute la nation Hans 8on aveu dans une gueire (pii ne |teiil (jue lui être tr^s-fatale, puisipi'il est fort vraiscndilahie (|ue la guerre étant une fois vivnnent allumée, on allii-era juscpu* dans II* centre de la France ses plus inq)lacahles ennriiiis ipii la ravageront sous prétexh; i\r. la secourir.

« JesuisjM'rsuadé que tous les bons François, touchés de c#»s raisons si juste«j, auront horreur de prendre les armes et, au cas qu'ils les prennent, je me pn)mets de leur hon c«Mir que ce ne sera <jue pour défendre une couronne, que wriMidant le z^le et le courage (]*' mes lidélcs sujets, ils ont fti longtemps soutenue avec cet amour (pTils ont naturellement pour leurs princes, et donl ils on! dminé cle<» preuves ««i éclatantes dans tous les sièchs.

•• S'ils M* présentent dans eet esprit sur mes frontières

SEPTKMBRK 1717. 24t

(comme je n'en doute point), je proleste que je les recevrai à bras ouverts comme mes bons amis et alliés. Je donnerai aux ofticiers des emplois proportionnés à leur rang, j'incorporerai les soldats dans mes troupes, et je me ferai un plaisir d'épuiser, s'il est nécessaire, mes finances en leur faveur, afin que tous ensemble, Espagnols et François, nous combattions unanimement les ennemis communs des deux nations.

« Que s'il arrive (ce que je ne puis croire] que quelque particulier oublie son devoir en exerçant des actes d'hostilité dans mes rovaumes , il doit bien s'attendre à être généralement regardé comme un sujet rebelle au roi T. C, mon très-cher neveu, et traître à sa patrie. Donné au château du Pardo, le 25 décembre 1718. »

Signé. Yo Elrey, et plus bas, Don Miguel Fernandez.

GAZKH'K \)V MOIS 1) AVRIL 1720.

Paris, k avril. — Soissons. Corps de Doctiunk — On a vu ici la copir li'uiie lettre de M. Tévi^^que de Soissons, où il annomoitraccidt nten ces termes : La citaitelle est prise par ru$e, par mine et par assaut. La nouvelle de cet acconiniudenuMit a r.uisé beaucoup de surprise dans les pro- N inces ^1 .

On a lu a M. de Montpellier ['2] y le Corps de doctrine : ïï trouve, dil-on, que cetie pièce est hien éloignée d'être telle qu'on la pouvoit désirer, et Ton assure qu'il y a plu- Meurs endroits où le dogme n'est pîis traité exactement.

Il est certain que lauditeur de la nonciature qui est chargé des affaires de Konie , vn attendant le nouveau nonce, a reçu ordre du l*ape de traverser raccommodement. En conséquence il a rendu des visites à plusieurs évéipies pour les détourner.de signer le Corps de doctrine; n,iais on soupçonne ou piutiM on ne doute pas que la cour de Home ne soit, au fond, contente de raccommodement (ju'elle veuille paroltre le désapprouver.

On assure que MM. d'Arles, de Marseille, de Toulon et plusieurs autres p^élatsdes plus zélés pour la Constitution ont .signé le Corps de doctrine. Cela (îst sur par rapport à MM. du Mans, deNevers, deSaint-Omer, d'Orléans, donton a déjà le!* signatures. Dans cette dernière ville, les Jésuites marqueroient, comme dans tout le royaume, une grande joie de rac<'oriiinndeirient , disant (pie M. le cardinal de

(I) Le cardiMl de .Nu«ill(» , a|tre» avoir luiiKlcmpH lutt<', venait d'uca'pter î^ ' >ir \ts hAsfh i\'uuCorp.% (le (loctiine >ni'i v.ouc.'iWi'il,

> •ciiliiiM'iitB <I«'H deux |(ur(i^. Marais nuiisiluniie ici

lliiUoirr tnUutr dr rHI** «ro'plation et (oiiiiii»' 1»* MTr«'t di% couli»4eH ecdé-

.Noailies avoit reçu la bulle purement et siuipleinenl ; mais de puis ils affectent de paroltre être mécontents.

On vient de publier un petit écrit de 15 pages intitulé : Lettre d^un chanoine à un homme relire du monde sur l'accommodement au sujet de la Constitution. L'auteur s'applique particulièrement à faire sentir qu'on ne doit pas être surpris que M. le cardinal de Noailies ait enfin reçu la Bulle relativement à un Corps de doctrine; que S. E. avoit toujours été dans le même sentiment; que la bulle pou voit être reçue et qu'elle n'a fait maintenant que développer les principes de la conduite qu'elle a tenue depuis le commencement de cette affaire. Cet écrit fait beaucoup de bruit.

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