‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 4)Chapitre 21 sur 55 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

CrRClLAlRE DES ÉVKQl ES DE MONTPELLIER ET DE BOI LOGNE 4UX EVÈOIES Al'PELANS EN K\ VOYANT LA LFTTRK PRECEDENTE.

20 yfars I7*i0. — MM. Voiisétes sans doute iiilormes de In situ.ition présente des affaires de rK}^lise. Le projet d'aeee|)lation même de la C.onslilntion fait depuis l()njitem|)S un si f^rand bruit dans le fiiondt' (]uil n'est pas possililr (pi'il ne soit |)as venu iiLS'|u*a vous. Quoique ers briuls snn^mientent de jour en jour, nous étions demeurés lran(|uilles ne

5A? MKMOIUKS |)F MATHIKL MAKVIS

potiuim nous jKTMKHior (|iril M» piU filin* .miunr pn»po>iU»ui MM'ifUSO sani qtir nous lussions apprlj'S et foiisullcs.

Mais i-n lin, MonstMf;nrur, nriis .i|»jMiiu»s a\tr rlonnonhiil (juc l.i clwse se tle\oiï rom-lun' «l.ujs une assemblée qui étoit indiquée pour le 13 de cr mois au Palais- Uoyal. Klle s'y eoneiiit en effet par Tapprobltion «pi en\iron :U) evt*(pies (ionnerenl à un ('or/)s de (/orfrine propose jKir M. Il* rardiiKil de Noailles, qu'ils signèrent en presenee de M.leRrgeul, et par un»' aeeeplation de S. K. qui fut pn'senlée par M. de Bayonne

Oueiqiies é\è(pi»'> r»'tti>«'i.iii dr rien signer par tlitïcrenfs principes, les uns par un altaelienu'iit in(le\d)le a une aeecptation piu-e et simple, el les autres par une juste défiance d'un ( orps de docfrine qu'ils n'avoient pas eu la liberté d'examiner, (^inq d'entre les nouveiiux ..s, qui n'ont ni accepté ni appelé, souscrivirent au\ ( urps de :>it >an> \ouloir prendre part a racceplation de la Constitution.

Nous ne pouvons. Monseigneur, vous rien dire de précis de ce Corp.s de doctrine, fi est demeuré jusqu'à présent très-secret. H n'a été connu des evêqucs mêmes qui l'ont signé (]ue par une simple le( ture que Ion a Taili- che/ M. le (',. de Kohan, ou ils ont ele pries de se rendre i|ualre a quatre. Kt quelques prélats des plus déclarés pour la (!onstitution se vantèrent d'y avoir fait des changements considérables en favetir de leurs sentiments.

l'our l'aici-ptation de M. le (.. de Noailles. on a répandu dans le public des copies qui peut-être ne sont pas exactes; mais si elle est véritablement telle qu'on le preti'ud , elle est des plus f.-^cbeuses et ne répoud nullement a ce (ju'on attendoit de lui.

Dans la jiisli* surprise, .Monseigneur, que nous cause cttle nouvelle, le parti que nous primes fut d'écrire la > cille de l'assemblée une lettre commune a M. le <^ de Noailles, pour nous plamdre du mépris qu'on avoii lait de nous et, en nos personnes, de Messcigjieurs nos confrères, jusqu'au |HH(it de ne nousa\oir rien coinmuiU({ue de celte négociation et pour lui repres4'nt(>r les suites fimestes d'un accommodement prétendu qui n'rtoit capable que d'allumer le feu de la di\ ision au lieu de réteiixlre.

\nit% a^ons riioiuieiir. Monseit:neur. de \ous euvovi-r une copie de crile b-tifr, a laqiit ll«-, M h-C de .Noailles n'a poi.il encore répondu. IVous Mmune^ (MTsuad(*s que si vous aviez été présent ici, \ous vous wrrw7. joint a noun, el nous espérons qu'ayant les m<*mes sentiments (pie DOU», \'nt\ ne di*s;ip()roii\ere/. pas ce (pie nous av(»ns fait et cpie vous voudrr/ bu'u l'appuver t-n \oiis unissani a nous. (iOt déjà une grande eomobtiofi fNturniH» de \oir ipie notre conduite est ici approuvée par lofit rc qu'il V .1 f\f plus di<»lini:ue en toutes sortes d'états. Nous n'avons po«irtjnl \M% rendu nitt- Irttre piibli(pie et nous nous sommes coiilmlr« 4*' |.i eoiiiiiiiiiiiqiirr a «'•'•i\ qui eloient plus capables (feu bien

juger. Au conlriiiiv, nous ue saurions vous exprimer le soulèvement qu'a e\c\lé\A fausse démarche de M. le Cardinal. Quel est le triomphe de ses ennemis et Taffliction générale des gens de bien ! La plus saine partie de son clergé a fait sur-le-champ un acte conçu en termes mesurés , mais précis, où ils' déclarent qu'ils veulent persister dans leur appel et en rappelant ce que M. le Cardinal a dit lui-même de ses effets, protestant de nullité contre toute acceptation delà Constitution avec quelques explications que ce puisse être.

Nous savons qu'on a dépéché des courriers dans les provinces pour solliciter lesévéques a signer le Corps de doctrine Ql à entrer dans un accommodement. Nous ne pouvons douter, iNIonseigneur, qu'ayantautant de zèle que vous en avez pour l'Église, et pour l'honneur de notre commun caractère, vous ne vous trouviez encore plus offensé que nous d'un acconmiodement si irrégulier par la manière dont il a été négocié, et si pernicieux par ses suites. L'applaudissement général qu'on donne :i la résistance que nous avons commencé d'y apporter nous donne lieu de croire que si nous demeurons tous unis, la bonne cause ne souffrira point de la perte (jue nous paroissons faire de y\. le cardinal de Noailles. Nous sommes avec beaucoup de respect, Monseigneur, votre très-humbles et très-obéissants serviteurs.

MAiNDKMEM l)K W L'ÉVÈgi K 1) AGEN.

François, évéque d'Agen , ayant appris avec douleur que quelques esprits, inquiets qui paroissent fâchés de la paix de l'Église, avoient répandu de tous côtés une lettre d'iui particulier écrite très-indiscrètement depuis et adressée a une personne très-imprudente de cette ville; celle-ci, au lieu de venir nous la communiquer, et recevoir«os ordres sur ce qu'elle avoit à faire, s'est avisée de la rendre publique par le grand nombre de copies qu'elle en a donné. Afin, mes chers frères, que vous connoissiez mieux la vérité de toutes choses , nous avons cru devoir vous adresser. la lettre que M. le cardinal de Noailles a écrite à tous les curés de son diocèse, par laquelle vous verrez si on peut ajouter foi à l'impertinente lettre dont nous vous parlons, et que des esprits brouillons et remuants ne cessent point de faire valoir dans notre diocèse, comme si elle étoit une pièce authentique. Au reste, nous défendons, sous les -peines de droit , de répandre ou de comnnuiiquer a (juelque personne que ce soit des écrits sur la religion , à moins quils nayent ete a|)prouvés de nous ou de nos grands vicaires. Donné a Agen dans notre palais épiscopal , le 13 avril 1720.

•2."> avril. — l'arU. — Un sollicilt- fort M. le cardinal lie Noailh's <!♦* n'Ir.utiM' s;i U'tlre circulain' A ses curés, à

JU4 Mh^IOIHhS Uh MAlllItl MARAIS

cauM' «ju'il y a insriv le tcTint» do relative qui nVst pa> dan;» le projt't il'acroiiunodeiiu'iil. L'évtViue de iVism^w a publié un luandeincut où il prie ses diocésains de ne point croire les mauvais bruits tju'on fait courir de lui. Qu'il a toujours ëté porté i\ la paix et qu'il l'est encore. Qu'il sigTicrA raceonnnodement, aussitôt que le Pape l'aura approuvé par un arte autbenti(pie.

Lundi au soir. M. d»' la Nrilliére alla sii;nilier à H. IVxéque de Houloijne que l'intention de S. A. H. étoit qu il s'en retonrn;\l dans trois jours à son diocèse. Il en a demandé huit. On dit (|ue le même ordre sera signifié à M. de Montpellier y \ ^on retour de Maubuisson, où il est allé voir madame sa sœur, abbesse de ce monastère. Il y avoit un pareil ordre aux évèques de Nismes et de Saintes, (pii par des raisons opposées, n'ont pas voulu mirer dans l'accommodement ; mais on dit que les cardinaux de Hoban et de Bissi Tout fait révoquer.

On voit une brocbure intitulée : Décision Ikéologique sur les actions de la ( ontiiaijnie des Indes.

lETYWE

M. Ih (AhhlNKI. 1»K IlollAN A M. i/kvÉQIE DK Li>CRKS.

1^ lelln* qur vous m'avez tait rhoimeur de iirecrire m'a fail un |il;ti*ir MiiiiibU'. Notre amitié m*est in(iiiiinent précieuse, et je n'en puis r»T«'voir<le \otre p.irl des assuranres, que je n'éprouve en moi un retour bien \i( et bien tendre. Vous me denjaiidcz p;ir (picl heureux r\|Hn!ipnt nous nou.s sommes eoneiliés sur r.dïaire de la (".onslitution M de I. y on TOUS en aura sans doute instruit; cependant j'aurai I'5 r de vous exposer ee fail en peu de mots. On est enfin eon-

^ • explications . elle nous ont parulrapper nettement le jan.se-

niMiir, le Ii\re des Héflexions morales et les 101 propositions. On iKMi» en a donne une areeptation relative a la vérité, mais de cette rsfirce de rrlation «pji confirme le juijenjent que l'on accepte loin de Ir rrfomier, et l'on a adnns sur cela des expressions (|ui ne lai.s.sent aiinme rc}ui\oque. Ainsi, nous avons repr<lé ce qu'on nous proposa' rimimc un graml bien, et c'en est un en effet que de voir M. le cardi-

nal de Noailles, suivi d'un nombre de prélats et d'une foule d'ecclésiastiques du second ordre, s'unir à nous dans la sounaission que nous rendons au jugement apostolique.

Cette division avoit été la source de tous nos maux. Il faut espérer que sa un sera celle de ces maux dont l'Église de France gémit depuis plus de cinq ans. S. A. R. nous fait espérer de plus qu'elle fera tout ce qui dépendra d'elle pour guérir les plaies de l'épiscopat et de la religion. Et nous voyons en effet un projet de lettres patentes confirmatif de celles de 1714, dans lequel nous envisageons le repos de nos églises. Voilà à peu près l'état des choses, dont je souhaite beaucoup que vous soyez content. Je partirai pour Saverne après Texécutioii de tout ceci. JNe puis-je pas espérer de vous y posséder encore, vous y trouverez les ouvrages assez avancés, et quel plaisir n'aurois-je pas de vous y entretenir, etc. Ce 6 avril 1720.

29 avril. — De Paris. — xMM. les évèques de Montpellier et de Boulogne se préparent à partir pour leurs diocèses. Le premier a reçu une lettre de M. de Verdun qui lui marque qu'il persiste dans son appel. M. de Tarhes a porté le Corps de doctrine à M. de Metz, son parent, qui, après l'avoir lu, lui a répondu qu'il n'étoit point dans le cas des acceptants et des appelants, parce qu'il avoit donné dans son mandement son Corps de doctrine, et qu'il s'en tenoit à celui qu'il avoit donné, qui lui paroissoit plus clair et plus conforme à la vérité au.\ expressions de l'Écriture, des Conciles et des saints Pères. Et que les autres évèques, hors d'un concile, n'étoient point en droit de lui prescrire un Corps de doctrine. 11 a ajouté (piil étoit prêt de signer raccommodement, mais à condition 1" que son acceptation sera relative à son propre Corps de doctrine et ijon à celui qu'on lui présente et où il trouvoit des diflicultés; 2" (ju'on ùteroit à Kome son mandement de Tindev par un jugement juridique; 3". qu'on feroit révoquer l'arrêt du conseil qui avoit été rendu contre ce mandement du vivant de Louis XIV.

56e MIMOIHK-S 1)1 MVIMIKl M\hAlS

I" ifidi __ IjUe. — lx»s partisans de la Constitution sf servent tle toutes sortes de moNcns pour dt^lourner les |Miroissiens des pasteurs «ju'on sait iMre opposés à cette txinstitutioii. î/un d'eux, (pie Ton croit être un V. capucin, a écrit une lettre au hailli. niayeur etéchevins d'Ana|)(^s, jKiroisse de c«tte ville et Ta signée par ordre de M}I. les vicaires gènérauT. Pean^ serrétaire. Le curé de ce village \ e.sl traité de scliisuiatiipu', d'hérétique, de déchu e't « privé de toute juridiction, de sorte (ju'on ne peut as- « sisler aux offices qu'il céléhre , ni de recevoir de lui H les sacreujents, puisqu'il nCsl plus pasteur, mais un •• loup en eflet. » Les Notables du village ayant reçu cette h-ttre allèrent trouver M. Pean, secrétaire, pour savoir si elle étoit de lui. Il déclara franchement qu'il n'y avoit aucune part et parut fort surpris (pi'on osât sous son nom animer ainsi les peuples contre leurs pasteurs par «les erreurs aussi grossières que celles contenues dans tette lettre. Il promit dVn parlera M. l'évéque en les assurant tju'ils «levoient continuer d'assister aux officias de leur paroisse, et lerrvoir les sacrements d(' leur pasteur.

LXIH.MT in NK LKTTIU: HK PAIUS, 20 MAI.

M. le cardinal de Noailles ayant fait sonder .MM. ducha pitre Notre-Dame, au sujel <|e l'accommodement, ils ont louH r<''[»ondu, à l'exception de 3 ou V, cpv'ils, étpient tr«;s- «'•loit:n«'*s fl'y entrer après qu'il les avoit engagés à appeler. M. le eardinal continue toujours A dire (pi'il ne couMMumeia pr)iMl rarcornmorleiiient, à moins rpi'on ne lui accorde les ronditions rju d dt-mande par rapport aux letlres patentes.

ÏA.'n clianoineK ii dignités du chapilrc d Kvreu\ <|iii Hvoienl imi ordre de la roui «le ne pas se Ihhimt avee

Févêque le jour qu'il officioit, à cause qu'ils sont appelants, ont reçu la permission de se trouver à l'église, suivant l'usage aux fêles de la Pentecôte.

Le mémoire que M. l'évèque d'Acqs a envoyé au cardinal de Noailles au sujet de l'accommodement contient dix doutes proposés avec précision. Ces doutes sont imprimés.

Le premier est fondé sur ces paroles d'une lettre du cardinal au Pape : a On a soutenu qu'on ne devoit avoir aucun égard à toutes explications qui ne seroient données que par des évéques. »

Le 2"' est pris de ce que S. E. dans son instruction pastorale, a déclaré que les précautions prises contre la bulle par les prélats assemblés en 1714 ne sont pas suffisantes pour mettre en sûreté plusieurs vérités très-importantes, et qu'il ne paroit point qu'une approbation donnée par quelques évèques puisse parer à ces inconvénients.

Les 3^, i-^ et b^ doutes sont fondés sur la môme approbation et fontsentir les suites fàcbeuses que pourroit avoir cet accommodement.

Le 6^ doute est que par l'appel au futur concile le Pape môme ne peut plus juger cette affaire. Comment donc des évoques d'une Église particulière pourroient-ils la décider?

Le 7^ doute est fondé sur ce qu'on jdonne des sens forcés aux propositions pour les concilier, ce qui fait tort à la bonne foi et à la candeur des évoques.

Le S'', qu'un des motifs de l'appel des évoques est qu'on a condamné Fauteur sans l'entendre. Que par l'acceptation de la bulle on tombe dans la môme faute.

Le 9% qu'on n'a aucune assurance que le Pape sera content de cet accommodement.

Le 10*" et dernier doute est sur ce qu'on ne marque pas assez clairement (ju'on a jugé ces explications nécessaires pour expliquer l'obscurité de la bulle.

M. l'évoque d'Accjs ajoute A la fin de son Mémoire :

2M Ml Mi^IRKS DR MATIUKU MARAIS.

« Voilà, MonstMiint'ur, IrsnMlexionsqiiej'ai pu faire sur lo nrtijrt lits aftescjuiin'oiît été ionimuni(iués. J'en suis saisi ; elU's ino lourlunt tt jusqu'à présent elles nie convainquent. Mais o«Mnnie je suis convaincu tpie ces nu'^mes ciiflieullés , el d'autres encore i\\\\ échappent à mes f<>ihle< lumières, se sont présentées à V. E. et que cependant .M. Postel m'assure (pi'elles ne vous ont point arrêté, el que vous êtes déterminé, je vous supplie de me donner l'idée de^ motifs qui vous ont mis au-dessus de vos tloutes. Je les recevrai avec docilité o\ vous savez que je sais faire la différence qu'il faut entre la fermeté à défendre lesdnùts île TÉiilise si es.sentielle à un évéque, ft l'opiniàlnté à défendre un sentiment dont on s'est entêté. »

IILTTKK DE M*^" l)K RLOIS, 1)1' IV MARS 1720,

A M. Li: hOlUEN,

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