‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 4)Chapitre 25 sur 55 · JUI · texte numérisé non relu

JUI

mer les billets, et le pauvre bourgeois, réduit à n'avoir aucun argent pour vivre, met son espérance dans ces petites rentes, dont Je paiement est tort incertain.

•20 juin. — Arrêt qui ordonne qu'il sera fait pour cent millions de billets à 100 fr., et de 10 fr., pour couper ceux de 1,000 et 10^000 fr. C'est toute la ressource du défaut d'argent.

22 juin. — Clergé. — Rentes. — Deux arrêts rendus sur la requête des agents généraux du clergé qui ordonnent, l'un : que les officiers desdécimesqui n'ont pasété remboursés auront le choix ou de recevoir le remboursement ou de le placer à deux pour cent sur le clergé; l'autre, que tous les remboursements qui se feront aux communautés ecclésiastiques ^ gens de main morte et hôpitaux pourront être employés en mêmes rentes sur le clergé à 2 pour cent, nonobstant l'arrêt du 16 avril 1720, qui défend à toutes communautés de faire de nouvelles constitutions de rentes et aux notaires d'en passer.

Bestiaux. — Arrêt du même jour qui continue et proroge jusqu'au dernier septembre la remise des deux tiers des droits sur les bestiaux, qui entreront dans Paris et dans les autres villes du royaume.

Jeudi, 27 juin. — Cailly. — Le procès du commissaire Cailly, qui étoit décrété et arrêté, par arrêt du Parlement, dés le 0 juillet 1717, et qui étoit accusé de plusieurs concussions et oppressions faites sous les ordres de M. d'Argenson à ce qu'il disoit, a été jugé. Plus amplement informé et cependant mis hors des prisons. Arrêt le plus doux qui pouvoil être rendu en cette matière et qu'il a obtenu par les circonstances du temps et de la destitution de M. d'Argenson, sur lequel le Parlement n'a pas voulu tomber pour ne le pas accabler dans sa dis,ij;rtVce, car on eut dit que c'étoit arracher la barbe an lion mort.

27 Juin 1720 — Mort do r.iblM' dr Cli.inlicii , célrlnc

304 MKMOIUK-S Dl MMIIIKl MvKAIS.

dans la maison de Vcnl^l^lno. — Il a lail i>lusii'urs poésies Irès-iiêlicalts el épicuriennes ^1).

Ijtmti. r' juillet. — M. Trudaine, prévùt des marchands, s'est demis de sa place, qui a été donnée à M. de Cliàleauneuf, conseiller d'État, ci-devant ambassadeur à la Porte et depuis en Hollande, et (jui .» été le président de la commission de Bretag^ne, où quatre gentilshommes ont perdu la tète. On ne sait point encore le motif de la démission de M. Trudaine, tjui étoit un très-honnôte homme. Sa démission n'a pas été tout à t'ait volontaire; il enqièihoit, dit-on, les marchands de bois de prendre des billets de banque f2 . M. de ChAteauneui' (3) est homme de beaucoup d'espril, (jui écrit et parle bien, capable de grandes al'iaires, mais Irés-Agé. 11 s'appelle Castagnieres et est du pays de Savoye. Il a eu besoin de dispense, car il faut être Parisien pour être prévôt des marchands de l*aris.

Le même jour, on a ôté la charge de lieutenant gé-

(I) Saint Simon le traite forl wu\ : <• ("cloil, dil-il, nn a;>M'alil(' «Ifltaiirlir <!(>

■ Urtl Imiiiic roin|)a;:nJc (|iii (^liMiil aiM-iiM'iil do jolis vers, Itcaiicotii) du ^laiid - iiKJiiile, et OUI ntr ^c |)i({ii<)it pas de rrli^iuii. Il iitonlra iiia^r<> lui qii d nV-

■ toit iu^O' (>Ui« att-icliô à riioiineiir. w Kt il l'acciiM* d'avoir, par ses rrifioii- B«ir*, piéfipili', de ronrerl avoc le k'"''"'*' P'ieiir, l;i tiiiiic du duc de N'j'fidùmt' qui le (lu*M de »a iiiai.Min. (T. XI, .Ml.)

(1) Saiiit-.SjiiKtii vl ISarliicr expliquent très-lntii |mi son .tveision |ioiii le S\»|rnH' fl *♦•<. propofk iinpriideiils, la disjjrâce de (v. iiia^islial d'une Apri' iii- Ir^ile illttbin, I, 44. - .S.iinl Siiiion, XI, .'{l'i et siiiv. )

iS) Pirrri'-AnliHm* de Ca^ta^iiereH de ( liûlrauneiif, im* ;» Cliantlx-rN . Il lut trois fot* nr I Titranufr : de IGHli à lOiHia Coiist.iiiliiioplc; en l*oi(ii;v'i

âe l'. .. ^ . ...,, I nlin aupre» des Klatn y,i'uér^w\ des I*a>h Kas, de iTl.'l a l'Mî, Cet! t\wt lui (|ue Voîtaire fut pa^e ou Keerétaire, .>ur la nMoininandalion de l'alibr dr ( l^l«-4iiniMi(, grand afid dt* la vieille ?tiiion, et i:')'«t de (;lie/. lui qu'il •«•riil tonsi'dir, a la »im|c di* ^s nmoiirru*eH •'•«piipiTo, il vnr le»; liaiil\rris de M^^dii >«»v^t «pu »oid.iil girder |>onr le inaiia^-' , iiiu- lill** Irnp laite pour i'aiiiour. ViHi, «ur m .iniiia«Mdeur, Saint-Simon, IX, X, XI.

néral de police au fils de M. d'Argenson (1), et elle a été donnée à M. Baudry (2), conseiller au conseil des finances. Il étoit à la Bastille, dans lesfonctionsde sa charee, lorsque M. de La Vrillière alla lui porter Tordre de sa destitution.

Paris. — Les quatre frères Paris ont ordre de se retirer dans leurs maisons et terres en campagne (3) ; ce sont ces habiles financiers qui conduisaient les Fermes générales, avant qu'on les eût données à la Compagnie des Indes, et qui auroient bonne volonté d'y rentrer et de couler la Compagnie à fond. Cela vérifie l'anecdote d'Ltat dont il est parlé sur le 20 juin. Ils ont autrefois beaucoup gagné dans les vivres; ils vouloient gagner encore, mais ils se sont mêlés de trop hautes matières. Leur chute en entraînera d'autres. Nous verrons. Nous les avons vus depuis revenir et puis encore chassés. Ces Pùris ne descendent pas du beau Paris, ils viennent du Dauphiné, où leur père tient encore une hôtellerie dans un village, près Vienne, à l'enseigne de La Montagne y dont un d'eux porte le nom : Paris de la Montagne.

M. de Harlay de Celi, révoqué de son intendance de xMetz, est nommé plénipotentiaire à lapai\ d'Espagne. Il sort par une belle porte, mais c'est toujours sortir. On y a mis une condition, (pie le jour qu'il faudra partir pour le Congrès, il remerciera. C'est une plaisante dignité et on peut appeler cela une vilaine ambassade.

DoDLN. — L'intendance de Bordeaux, de laquelleM.de Lamoignon de Courson est révoqué, est donnée à M. le

(1) Mar(-l*iorre «le Vojcr d»' l'aiiliny, comte d'Aigenson, n»' en l()*.l('>. Il lut numiné, quelque temps apri's, intendant de Tours. Il remplaça i son tour, de 1722 h 1723, M. Baudry comme lieutenant de police, devint m I7i2 ministre de la guerre, fut disgracié en 17..7 et mourut en 17ri'i.

(2) Gabriel Tadiereau de l^udry, maître des requêtes, lieutenant de police, 1720-1722. V, IN'Ucliet, Mémoires tins des nrcfines de la police

(3.. Voir sur ces frères Paris, Saint-Simon, t. XL2j7 et suiv. el Harliiwr 1. i. 219 I.

jn« Ml MolliKs \)\ MV'I'IIIKI MMUIS

|)résidtMît Doduii (jui ii osl plus conseiller au (lonseil des linauoes. Ce président de la V*^ des enquêtes a quitté le Palais pour le> finances et la Cour. Il y a beaucoup ga- ^'ué et perdu en même temps Testiniedes honnêtes ij;ens. Il sera fait ?n;ilfrc «les rerpiètc*; pour avoir cette intendance ; 1 .

L\Ci!i>K. Jkshtks. — Gaz. de Hollande du -IH juin 17-20, Supplèm. — On a appris de la Chine que les jésuites, qui ont toujours quelque bonne affaire, ayant su que le pape vouloil envoyer un légat à la place du cardinal de Tournon qu'ils y ont fait mourir (2), se sont emparés des pa-

(I) Voir sur ce Dodiin , qui fut <lepais conlrôleiir K«'n«'ral des (inanccs, sur M raparitf , sa proliitr relative, sa mordue Je parvenu, ses ridicules et ceux de sa femme, Saint-Simon (XII, ;JSO. Barbier, t. I, ?.'i5, 379, 380, 499; M, 14). Enfin, les Mmunres de Maiirepas, l. H, p. 31.

2" On eut «n (C même temps à Home et ici l'étrange nouvelh' de la mort

• du cardinal de Tournon , légat à latere a la Chine et aux Indes. Kllc fit un

• prodigieux bruit par tonte l'Kurope. Sa mission, son succès, sa sainte mais

■ pxi^rable catastrophe sont tellement connus et imprimés partout (jue je

• m'at>«^tiendrai d'entrer dans ( ette énorme affaire qui, aussi bien , est tout

• à fait «'Irangere aux matières de ces Mémoires , si ce n'est l'admirable ca-

■ deiire de ce martyr avec la naissance de l'affaire de la bulle Vuigcnittia. ". Saint-Simon, t VI, p. 167.) Charles Thomas Maillard de Tournon na(juit à

Turin le 21 novembre 1G88. Aprèsqu'il eut achevé ses études à Home au Collège (k U rro|>agande, le pape Clément M le revélit de la dignité de patriarche et h- nonuna, le j -septembre 1*01, son vicaire a|io'^toli(|ue aux Indes et à la Chine. Suivant le« uns, le patriarche était chargé seulement de prendre con- Mtftunce t\ts rites dont les jésuites avaient cru pouvoir permettre la pratique aux nouveaux «onvertis, mais d'autres assurent <|u'il avait reçu le [touloif d'interdire aut nouveaux chrétiens tous les u<iagcs qu'il jugerait contrairr« a U pureté de la foi catholique. I«e f. novembre ITO.'J, il dcbartpia a Pondulicrif, et pro«trri\it, |>ar un d«< rel publi( , le 1 1 jiidlel l70i,les rites deschrélica% maUhare)». Il arriva en Chine au commencement de I70.'i. Le mandat d*- €»• r>Miimi««aire réformateur, épurateur, rharj:*' de serrer les liens rcîIAches mirr Ir Mint-%iige et les Missions, n'était ni sans dilliculte ni sans danger. Il •cmMe avritr «téplu exalement à l'Kmpereur de Chine et aux Jésuites. Il data de ^(«nkin, 1* 2h janvier l7i)7, le fameux mandement par lequel il inteidi- Mit aux rviiiteaux i hnlienH la pratique den anncnne'. < eremonies et enjoignait aux mi«*K)nnaireii de cesner de lex tolérer, soua les peines canoniques. Cet •de d'«-n- * ité fut le «tignal de na perl»-. Arrêté et conduit à Macao,

fȐf (Kdr> ir, il iiioiiriit en prinun, par suite de mauvais traite*

JUILLhyr 1720. 307

piers de ce cardinal qui étoient en dépôt dans sa maison, parce qu'ils savoient bien que ces papiers leschargeoient, qu'ils ont aussi pris son corps et ses meubles, les é(2rits de la légation, et le tout enlevé, dans une belle nuit, avec deux anciens missionnaires qui étoient dans cette maison, qu'ils ont fait embarquer à l'beure même et les ont fait partir pour la côte de Coromandel. Ce sont les jésuites de Macao qui ont fait cette belle équipée, dont le Pape est très- fâché et demande satisfaction, mais les papiers et les informations faites contre les jésuites ne reviendront pas, et voilà- tout le fruit de cette belle légation perdu . Les jésuites de tous les pays se ressemblent. Les deux missionnaires avoient été l'un auditeur, l'autre chancelier du cardinal Tournon. Le premier nommé Sabino Mariani, l'autre André Candela. C'est une violation du droit des gens, des dépôts pul)lics , des sépulcres des morts. Il entre toutes sortes de crimes dans ce crime. Mais il n'en falloit pas moins pour se tirer du pas où les jésuites se trouvoient.

Chancfxier. — Le chancelier a dit, sur ce que le Régent lui vouloit faire passer quelque édit contre son gré, qu'il n'avoit apporté de Fresne dans son porte-manteau qu'une

nients, le 8 juin 1710, à l'âge de 42 ans. Le Saint-Siéfje avait eu le temps <le ratifier sa ( onduile et de lui accorder le chapeau, en lénjoignaj^e éclatant de son approbation. Son corps fut rapporté à Rome et enterré dans l'É-ilise du collège de la Propagande (27 septembre 1723. )

Cette curieuse et dramatique affaire a ins[>iré une foule d'écrits eu divers sens ; ou peut citer entre autres :

«t Esame. e di/fesa del decreto da M. de Tournon sopra le coxe delt empèrio délia China, Rome I7/Î8, in-4o.

Mémoires du Père Thomas, lice-provtnctal des jésuites en Llum ( Recueils des lettres édifiantes du P. Querhœufy XXVI, 296, 364 ).

Il a paru, eu 176?, des Mémoires du cardinal de roM»7JOW, donnés par les soins du cardinal Passionei, Rome, 8 vol. in 8".

Anecdotes sur l'état delà religion en Chine^ Paris 173:{, 7 vol. in-i'. Il exi>te aussi une vie par Pabbé Farinelli.

Voltaire, sans égard pour le caractère et les malheurs du pr.I»!, «l av«r -^nu iut|»ertinente é'tourdrrie, le traite »;an>* façon i\'nrenfurif'r.

308 MKMOlKr.s 1>1 M V 1 IIIIIM UIAIS.

certaiiu* ciuaiililé do clicimscs, qu'il éU)it à sa il» ruirre, v{ i|u'ili'-loil loiil |»r«'-l (le simï rcloiiriicr. ('epeiulnil h; public, qui est Mialiii, a t'ci'it siu* la poric : Ht hoino furlua eti (l).

LiKi TENANT i>K TOLICK. — Lc lioutonant de police destilué a dit !rès-sageinent, pour un jeune lioniu.e : « Je ne sais pounjuoi ils m'avaienl donné cette charge, je ne sais pourquoi ils nieront ùlée. a

Mcnreiii, .*J juillcl. — On a enregistré au Parlement un édit de création de l'i payeurs des rentes et 12 contrùleui*s à 3,750 de gages au denier VO pour les payeurs et 3,750 pour les taxations. El aux contrôleurs l,*i50 de Images et 750 pour droit d'exercice. Ce petit nondjre de payeui's payera lentement les naites. Le comte deCliarollois est nonimé pour la première l'ois dans cet édit. Il est entré au Conseil depuis peu.

Bavi.k. — Le Chancelier a commis quatre examinateurs pour examiner les quatre volumes du nouveau D/ctionnaire (\(t Bayle, (jue Ton veut faire débiter en France. En Hiin. la première édition fut examinée par Tahhé Kenaudot, par Tordre du Chancelier Boucherat etelle fut «léfemlue 2 . Jurieu Ht imprimer hî jugement de Tahhé B»*naudot avec d'autres chez Achcl, in-V", 11)97, à Bolerdam, brochure M p. Bayle y répondit [)ardes Hvflexious sur un imprimé. Lettres de Uaijle^ 002 et 023, où il y en a plusieurs (jui me sont écrites). Jurieu répli(pia. Le Consistoire des Églis<'s wallonnes Ir fil examiner, sur «pioi Bayle écrivit une lettre du 7 juillet l(i!>8, et il fut permis en Hr»llande, sur la prome.sse de corriger certains en-

(1) Saiot-Siiiton, i XI, p. 3C9, cite c« mol <lii |iiili|ic, (|iii «si malin, (>l ne rMc pM l«> iii»( «lu Chanct-iicr. I)*Akuc<>mmii ni* iii.in)|iia |ii«'ris«iii«'iit pas de tmum^f |i«rn(i4iil U Ki'Ki-'nu* Il iiian()ua il'a |)ii>|m»> Il ml !,• \ritii iii.ila<li*>it<>. Voir aii»%i BarliirrM, lu, r>2, 81, 189, 1U4).

\oir tiir ii'AKiie%M'<<u I«*h ilnix «iinraj;»"» i)»r .M. i . Moriiiirr i lyAtjurssean et tftn temps , l'in», Iiulier^ t-l «le .M. i). «Ir V.illrr d' \nuis\i(ui vi Ir liii/cnf).

IJ) Voir lk-% Maliraui, l'ir df Hnylr.

JLILLLI 17!iO. 30;»

droits (1). En 1702, il veut une 2^ édition augmentée de près de moitié. Le seul article de David fut refondu et quelque peu d'endroits corrigés ; mais Bayle ajouta à la fin quatre grands Éclaircissements sur les alhéeSy les pyrrhoniens, les manichéens et les obscénités, qui sont quatre efforts d'un esprit grand et merveilleux, et qu'il fit sur les représentations que je lui avois faites par plusieurs de mes lettres. Mais ces quatre apologies ne guérissent pas le mal qui est fait parla lecture précédente. Après sa mort, il s'est trouvé de quoi faire un volume de Suppléments, que l'on a placés dans l'ordre de l'alphabet; ce qui fait les quatre volumes dont il s'agit. L'édition est dédiée au Régent; on la voudroit faire entrer et débiter en France (2 . Il n'y a pas apparence qu'une critique si hardie, où la religion et la raison combattent perpétuelle-

(1) Le Consistoire reprocliait a l'auleui . l^de s'èhe permis des pensée^ et des expressions obscènes; 2»^ d avoir (ait de l'article David une fspece de diatribe contre ce Roi ; ^o non-seulement d'avoir rapporté tons les arguments des nianicliéens, mai<; «le leur on avoir prêté de nouveaux , et <le n'avoir réfuté ni les uns ni les autres; ^o d'avoir eu le même tort, lelativement a la docliiiic du [tvrrlionisme , dans Tarticle consacré au chef de cette secte; 5'^ d'avoir donnr des louanges outrées aux alliées et aux épicuriens. Outie us cinq chefs principaux, on le blâmait encore d'avoir pris la «kfense de (juelqups papes attaqués par les théologiens de la réforme. — H promit de faire disparaître de sorf Dtcdounaire i e qui avait blessé le Consistoire. Mais, encourage par reuipressement du public à persister dans la voie qu'il s'clail tracée, il ne réalisa point cette promesse, et son livre resta, à très-peu de chose près, dan.s le même état.

(2) Marais parle de la 3f édition du Diclionnanc de liajle corrigée «t augmentée (par Pro.sper Marchand), Rotterdam, Michel Bohm, 4 v. in-ful. Celte édition contit^nt un portrait du Rcgenl, avec 11> vers au-dessous, de H. P. de Limiers, a la louange du prince et du .Système, ti'éloge tomba as.sc/, mal a propos, au moment de la décadence et «le la chute de Lavv , pour les&embler à une épigrauiUM'. Il fallut rogner les planches, et modilier .«ians doute aussi, |»oiir 1» mieux contoimer aux circonstaiM.es, Ckpitre dcdtcotoii e. Celle lipitre dedicntoire, rédigée par La .Motte, est fort ridicule : elle s'exprime ain^i - " Les |tlus grands hommes regartleiit les louanges riunnu' la r«*comjM'iise de " la Vfitu, mais il semble que |K)ur vous ellesn'en soient <|iie l'iiii onvenu-nl. » Tout le reste e-st de cette force. Voir sur cette plaisante affaire «h* l'cdiliiin de |7»0 l't «le >a de<li«'a«e, M. d«' La llonlf l'nl<tis-Maz'inn, p. .l'.Mi. )

On fronvi- «Il loinr* M <l.'ux articles Pm'id, c*e<t-a-diie l'ancien et !«• n<ti:-

3IU MKMOIKKS l»K MAIHIKI) MAKAIS.

luenl. et OÙ le pyrrhonisine \v plus fort est étahli, puisse être mis*» entre les niains de tout le monde. Voyez ce (jue j'ai écrit au coininencenient de la ^'^ édition.

— I jvres, brochures et curiosités feuilletés et visités par un cardinal 1 «laiis le cabinet d'un chanoine, le jeudi 2G avril 1720 (-2;.

1* l'n tniilêdelapaix impraticable (3). Édition de Paria, contrefaite à Strasbourg.

2* L'n Corps de doctrine (V) qui na que la peau et les os, déchiqueté et recousu à plusieurs endroits.

3° La manière de frapper 17 coups tous inégaux sur 101 points donnés, en sorte quils portent également et au désir de quiconque les voudra frapper. Qualilications respectives.

V" Une déclaration de guerre faite en forme d'une publication de paix.

5" Un nouveau calcul pour compter dans .'ion parti ceux qui n'y sont pas.

tt* l'n alphabet servant éi écrire toutes sortes de décisions à double sens.

7" Une écritoire de table, garnie de papier fin, d'encre double, et surtout d'un canif à rature.

H' Uart de placer les calottes, de façon que la télé tourne

Il lllllt Vflit.

%e4U, le texte {trimilif <t le (.ai Ion. ita)le était incapable de contrition |>aifatte, et a%er cette iHuiliomie qui rarlie tant de malict*, il met c^te à côte, •no» ]ie% yeux ilii l^j fpur, !»• péclié et la |Wnitenre.

(I) Le lanliiial (!«• Nuiillct.

(1) CVlMt U une di^* furiiies favorites de ta inaiai^nite du temps. On suppo«att un (4l4lo({ue «le livr<"i au tilti' Ironi'iiio, iiiie liste d'itreniieN fa( élieiisrs, «•m |of(«m^nt4 on l'on (irolilait lial>il«*fiient <lii nom «Iph mes pour en faire une ♦•frtitfâmme «t»

(3,' \I|ii«M>n a h paiv a>n rKopa^ti»- et an (■on;;res.

/♦) Mlii«ion au Corps dv dncfrinr, rpii avait servi rir protocole d'accommodrnimt rnir»* \r% r«A)ueicon«tilntionnalref( et appelant», «ur l'Initiative du <4rdinal Ar >oaill^, ei aux nombreux arcroc« qu** Hu|»in*aii «•♦•Ite paix Ira^ile «^1 pr« iiMiur'-r.

JLILLKT 1720. ill

9" Une des calottes, au-dessous de laquelle est une girouette sur laquelle elle a déjà produit cet effet.

10° Un essai de date dont i usage donna autrefois de la réputation. [ Cela a rapport au procès des archevêques de Rouen et de Lyon sur la primatie qui a été jugé en faveur de celui de Rouen, sur les écrits de l'abbé Couet, qui employa de fausses dates dans ce procès. )

11° Une pierre à dégraisser les taches que les prélats se font eux-mêmes, en sorte quelles paroissent toujours sans qu'eux les voient.

12" Plusieurs douzaines de signatures dévêques en pile lune sur l'autre, au travers desquelles on ne laisse pas de voir à clair celle d' un particulier {V a.hhé Couet, La Retractation du cas de conscience), biffée il y a ib ou 16 ans, édition de Rouen.

13° L Alcoran tout prêt à faire accepter, s'il plaisoit au Pape. Édition de Rome, par les soins des jésuites.

li^ Parallèle de la conduite du P. Quesnel et du siège de Troyes. Dissertation , où on examine pour quoi cette ville a résisté dix ans aux efforts de toute la Grèce, et na succombé qu'aux artifices d Ulysse. Ensemble dans le même recueil, Vanatomie du cheval de Troye.

15'' L'art d'ouvrir son cœur sans y laisser rien voir. (Arch. de Rouen) Édition de Rouen, revue et augmentée par l'auteur.

16" Lart d'aimer tout et de îi aimer rien, par le même.

\T Lart de persuader pour un moment, nouv. édit.

18° Le schisme imaginaire, proscrit et détruit par un schisme réel. 1" Édit à Soissons. ^'^au Louvre.

\^y Observations sur le cœur, sesmouvemonts et ses usages (M"*^Cliausseraye (1) ), avec une manière de le mettre à toute sauce. A Madrid, au bois de Boulogne.

(i) Femme habile et ^piritnell*', mi^Ua aux iiitriciie.'; i:.ili»ntes et (î<^vots du temps. ( V. S. Simon et Duclos. )

31? MKMOIHh:S 1)K MATHIKi; MAKAIS.

•20 l.cs j>laintes umères de la reritv roHlrc rcu.r qui uni fait fortniif sons son nom, à (lennont. Massillon.

21* Lf guide des courriers ecclésiastiques , par les villes èpiscopales de France.

'l'I' Fxplications relatives à une huile qui ne peu! avoir de rapport à ces mêmes explications.

i.*r In projet de lettres patentes tout différent de la manière dont <•//<•>• doivent être crpédiées quoi quon fasse compter sur ce papier les parties intéressées.

•il' l*lusieurs lettres d' une personne (Lettres du T. Lh?l.itour. M.itlaine de Cliamilly ) ci-devant disciple de S. Àu~ (fustin, envoyéespar une dame à différents évèques.

ly Les entreliens du même et de la même sur les matières du temps. Plusieurs tomes.

•2G" Les passeparlouls des cabinets des qrandSj pour les ouvrir de nuit ou de htm matin.

27" Le (jrison qui va mieux de nuit que de jour y frayment des Mémoires (iu C. de lielz.

Il V avoil encore dans le cabinet un prand homme Je pape (jui a le ventre ouvert) dont les entrailles sontou- \erles et étendues comme le manteau de Sainte-Ursule, et (jui ne laisse pas de vivre.

S ensuivent les tahhaux.

V Vn Moïse qui demande au Seiyneur d^être plutôt luimême effacé du livre de vie que de voir périr le peuple.

2* Un Saint l'uni qui veut être anathéme pour ses frères.

3* Un Jonas qui se déclare auteur de la tempête et .se fait jeter dans la mer.

V" lu prêtre dr la hn tunivelb, qui semble imilrr 1rs thspositions de Moise, de .Jouas et de .Saint- Paul.

Parmi les yrotesqiies.

\* Il y aroit un siuye fort adroit qui tirait les marrons brûlant» arer la patte du chat.

f Le cardinal examina lonytemps rt essaya certains

JUH.LKT I720. 3i:i

verres qui font voir les hommes comme des fourmis et ejui font paroîlre l'esprit hleu.

3" // sortit fort content en aclmiraut un Alexandre profondément endormi (l'abbé Couet) au milieu des mouvements et des inquiétudes de son armée prête à livrer bataille. « Cest mon portrait, lui dit Fabbé, le peintre m'a voulu peindre de cette façon comme m' étant la plus naturelle. »

3 juillet. — Ce joiir-là, le Régenta écrit une lettre à la Gourdes mounoyes, pour faire exécuter à la rigueur les ordonnances contre ceux qui survendent les espèces d'or et d'argent, ce qu'on appelle Billonnaije. Des particuliers faisoient ce négoce à la place de Vendôme , vendant les louis qu'on appelle Noailles(l) jusqu'à 120 fr. et les autres 100 fr. et disoient àl'oreille : «Voulez vous du jaune, dugrandjaune, du petitjaune, du blanc.» Sur cette lettre, il y a eu arrêt, qui a commis un conseiller et deux substituts, pour aller à la place avec soixante archers, et se saisir de ces billonneurs, et quia ordonné l'exécution des ordres qui portent peine de galères en certains cas et de carcan.

Les billets perdent 3Ô et VO pour cent sur la [)lace. La Banque n'est ouverte que pour couper les gros billets. On s'y étouffe. J'en ai fait couper un de 1,000 fr. ; on a été depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir pour y parvenir. Des personnes ont été étouffées chez les commissaires (|ui payent les billets de 10 fr.

Capel, joaillier, a été assassiné, le premier de ce mois, à dix heures du soir, sur le quai des Morfondus, par trois hommes qui l'ont volé et laissé mort sur la place.

Constitution, Accommodement. Corps de doctrine. — lia paru une brochure in-V de 33 pages, sans nom d'imprimeur, intitulée : Explications. sur labullr i'niqrnitus. C vst un examen de deux aiticlcs du Corps de doctrine du cardi-

(1) Louis fabriquéfi ««ous le minislère du iliu il«' Noaillcs.

311 \n..MOlKh^ 1)1. MAlllll l MAKMS

nal,ruii>nrla ilirft^renco des (Unix alliances, rautrosur la volonté lie Dieu, la iirAce et le libre arbitre. Cet écrit vient d'une main très-habile, et d'un excellent théologien, (jui démêle merveilleusement les matières, et montre Tambiguilë artificieuse et subtile du Corps de doctrine. On donne avis à la fin que le Corpa de doctrine s'imprime ;ui Ix)uvreet se tire i\ 10 ou 12,000 par les soins de Tabbé de Targni ^qui est riiomme du cardinal de Rohan ), et qu'il s'imprime encore chez l'imprimeur de l'archevêque. Ainsi nous voyons la censure devant l'ouvrage.

Corps de doctrine. — Les docteurs de Sorbonneont été dans le mois dernier chez le cardinal pour le détourner de ce (orps de doctrine ; il leur dit : « // faut que chacun se mêle de son métier, » et ajouta : <( que chacun fasse son devoir. » LecurédeS.-Séverin dit : k Nousy sommes bien résolus, monseigneur, défaire notre devoir. » L'abbé d'Asfeld (1) parla et ne gagna rien. Il représenta au cardinal l'honneur (pie lui avoient fait les instructions pastorales; il répondit : « \e Corps de doctrine ne me fera point déshonneur. » Le curé de Ste-Marguerite (que l'on prétend auteur de l'écrit ou notes ci-dessus) le pria de lire ces noies : « Quoi ! dit-il, ces notes séditieuses et pitoyables. » On se retira très-mécontent.

11 court un mémoire qui a pour titre : Mémoires sur la paix del' Kcjlise, quia été communiqué de la part du Cardinal : On V trouve les termes de son acceptation (2).

(OOlèbre djr« I<mii .!♦• ron«»ripnr<Mlii Icmps et janséniste perbi-ciit»'. (V. Swol-Sin>oD. ) (1 Trrmn de l'acrcfitattondu ( . de. V ; — « Nou-^ aa»'ptons flr , h- tout

• ftuiTant le* explication», (jui ont éU* approuvées par tr^s-^ran'l nombre de

- pvéUto da royaume, et que nous vou-i donnons comme renfermant le véri*

• teMe %nu de la Constitution. Kxplications «pie non-, avons ]\\^v. nrcessairc » 4* uMndrr a la Uulle, uniquement pour em|M"-clierque par drs inlerpri^tationn

ifienl raii*»e^ et contraire» au %Y'rital)le M-ns de la Huile et aux dites ■ explM-ation», la foi ne wiit atlaqure, la morale rf)rronipiie et la liberté des

- ittÀt% \>\e\uii. . Ce m^-moire jKirte rpi'il n'e4 jMiinl «pu-stion de se de«.i»ter 4rrappH,deleri%oqurr, nid') diro^er et qu'on »'en servira toujours, »l la Cour

JUILLET 17'iO. :iir,

'20 juin. — Fonds étrangers. — J'ai omis, dans le mois de juin, une ordonnance du roi très-importante, qui ordonne à tous ceux qui ont des fonds dans les compagnies de com merce, dans les pays étrangers , de les retirer dans deux mois, et les sommes en dépôts, à peine d'amende du double, moitié au denier. Elle défend aussi de prendre intérêt ni de placer aucuns fonds dans les compagnies et ailleurs en pays étranger, sans expresse permission du Roi. La question est de savoir comment on pourra faire exécuter cette ordonnance et comment on pourra retirer ces fonds des compagnies. Si les étrangers faisoient une pareille ordonnance pour ceux qui ont leurs fonds dans la Compagnie des Indes en France, on seroit bien embarrassé de les retirer.

ï juillet. Diamants. — Arrêt qui renouvelle les défenses à toutes personnes, de quelque état et sexe qu'elles soient, de porter des diamants, perles et pierres précieijses , qui révoque toutes les permissions et brevets particuliers accordés pour en porter, qui détend même d'en garder chez soi, sous quelque prétexte que ce soit, sauf à ceux qui en ont aies faire vendre hors du royaume dans un mois, à peine de confiscation et de 10,000 fr. d'amende ; quart au roi, les trois quarts au dénonciateur. Ordonne aux orfèvres et joailliers de donner dans 3 jours un état des pierreries et diamants qu'ils auront, leur permet de les faire sortir du royaume sans passeport ni permission, dans le mois, sous les mêmes peines. "Et enjoint de faire rentrer dans le royaume le prix des diamants vendus, sous les peines de l'ordonnance du 20 juin. Les bagues et pierreries épiscopales et des églises sont exceptées. Les diamants qui se trouveront sous les scellés après le mois,

«le Rome ne veut pas a|H)roiiver l'accl. ( Il n'y a pas d'apparence (ju'elle l'approuve, car la nouvelle est venue, qu'a Rome on a con<iainné la lettre circulaire «lu cardinal aux cures de son diocèse, ou il leur annonce ces acconi- »no<lernen(» et le Corps (fr rfncfrinr ' Mofr dr Mnrdh

316 MhMOlKKS l)K M MUNI M Uv Ms.

oonlis(jut'*s. Il y avoil une (léolanilii^ii du V r«*Mioi* (iiii tlêfeiuloil (l'on porter, mais non (Vcu i;arder. On couit après l'arîzent (jur l'on a laissé einporler au\ étrangers ; mais ils le ganlerontbien, et si cet arrêt s'exécute, ils auront encort^ les tli;nnants.

HiiiONNACK. — (hia pul)lié ctatliilié partout Tarréi de 1:4 cour lies nionnoyesilu 3 juillet qui dél'eiul la survente des es^>^ces d'or et d'aruent, à peine de carcan pour la première fois, et desgaU'res pour la récidive. Il date une déclaration du 8 février 1716, permet d'informer et de faire toutes perquisitions. Le réquisitoire du Procureur général porte (ju'il a été vendu des louis d'or de '10 au marc l>eaucou[) nu-dessus de 100 fr. et que ceux qui les achetoientsi cher ne les remettoient pas dans le public, ce (jui auirmente la rareté des espèces. Le Parlement s'est plaint de ce règlement, et a prétendu (|ue la punition de ce crime, où il entre du péculat et de fusure, lui appartenoit. I>es gens du roi sont venus au Uégent, qui leur a dit que si Parlement prétendoit avoir ce droit , il n'avoii fpi'à rendre aussi un arrêt, et que deux valoient mieux qu'un.

I \w RKBAT. — Law veut recommencer son Système ; il dit qu'on l'a brouillé. C'est comme un joueur (jui dit que les cartes sont fausses et (pi'il a mal donné. Il veut re- Iwttre.

\^y Koi. — U'Koi a dit au maréchal de Vilh-roy : « Mou i»nrle me f.iit aller au Cours, à Sainl-(Moud, à Vincennes. b'oii vient (ju'il ne me mène pas à Versailh^s, ;\ Trianon? j'aime tantTrianon. » Le maréchal lui a dit : « .Mon mnltre, dites-moi la vérité, cela vient-il de vous, quehpi'un vous le fait dire ? n Le Hoi l'a assuré plusieurs fois (jue cela venoit de lui-mAme ; sur quoi le maréchal lui ayant fait entendre cpi'on remuoit beaucoup de terre à Versailhîs, qu'on travailloit aux canaux et aux eaux et (pie cela pourroit nuire A sa vinté, le Koi lui a seuleuxiit lépondu ces deux mots : Hnffnlellr, fxiffatrilr.

JUILLtT 17'iO. 317

BiLLON. CiiAXCKLiKH. — Oiî a pai'lé du billoii que Ton veut répandre dans Paris au lieu de boune moiuioye. Le Chancelier s'y est opposé et a rapporté des faits historiques, pour justifier que le billon avoit été la perte de beaucoup d'Étals et iju'en France on l'a toujours empêché. Le soir, lesamisdu Régent, à un souper, raillèrent le Chancelier, et dirent qu'il avoit rapporté cette tradilionlà de Fresnes.

k juillet. — Élection de M. de Chàteauneuf, prévôt des marchands, et de deux nouveaux échevins, Denise et Chauvin.

6 juillet. — Banque. — Le Parlement a envoyé des députés au Régent, pour se plaindre de ce que la Banque est fermée et qu'on ne voit point d'argent dans le public, il les a renvoyés, et a dit qu'il ne pouvoit pas mieux faire. Ils sont revenus l'après-dinée : le Régent ne leur vouloit point parler; mais ils ont insisté, et ont dit qu'ils ne s'en retourneroient pas. Sur quoi le régent les ayant fait entrer, il leur a promis qu'il feroit donner de l'argent. Ils ont demandé quand. Il a répondu : u Ah 1 quand^ quand quand, je n'en sais rien ; c'est quand je le pourrai. »

Mardi, 9 juillet. — On a ouvert la Banque pour donner de l'argent. Il s'est présenté une foule infinie de gens; mais on n'a donné que dix francs à chacun sur les billets de 10 fr. , et on n'en a pas voulu payer deux à la même personne. Les commissaires ne donnent plus rien. Ainsi, voilà la Banque royale ouverte, à une pistole par tête et à pique-nique.

Mercredi , 1 0 juillet. — IIommi: tlk. — La Banque ayant été ouverte pour payer les billets de 10 fr., on a refermé la porte, quand il y a eu un certain nombre de gens assemblés dans la cour. Ceux de dehors, impatients, ont voulu forcer la porte, et ont jeté quantité de pierres par dessus le mur à ceux de dedans, (jui, de leur côté, ont rejeté les pierres au dehors, et se sont ainsi bh-ssés les tinv !«'*; .•nitiwv;^ (]ii(>i({ii<> ton*^ dn même

.•Jl.«î MKMOIPxKS DK MATIIIKI' MAKVIS.

IMili, et [uii une lureur populairtî qui na jamais aufune raison. Ce coinl>al s'est terminé par vouloir enfoncer la porte de la Banque, où il y a un petit guichet jMir letpiel les mutins rei:arcloient, et comme la garde du dedans a vu qu'il y avoit tout à craindre, elle a tiré un coup de fusil par leguicliet, qui, d'une l)alle,ajeté par terre un cocher, et de l'autre balle a cassé l'épaule d'un homme. I^|K-uple assemblé a pris le corps du cocher qu'ils ontcru mort et ils ont dit : u Portons-le au Palais-Uoyal! » et en effet ils le portoient, suivis de quatre mille ùmes, quand cet homme a donné signe de vie et a demandé un confesseur. Aussitôt, on l'a mis contre une borne ; on lui a été cliercher un confesseur, et le peuple, ;\ qui il ne faut pas plus pour s'apaiser que pour s'émouvoir, l'a laissé là et s'est dissipé de lui-même. Cette émotion si heureusement cessée, et qui pouvoit aller, loin si le peuple étoit entré au Palais-Royal, doit être mise au nombre des bonnes forlanes du Régent et des bonheurs de son étoile. Le cardinal de Retz, dans ses Mémoires^ dit que : « Qui assemble le peuple, l'émeut. » 11 n'y a rien de plus vrai. Voilà un l>eau [)rétexte pour ne plus payer, et on commence à sentir VvïU-i des billets mis dans les mains d'une populace. .\u i»'sl<,' le signe de vie du cocher est un grand bien pour les Parisiens. Cette résurrection nous a peut-être tous sauvés, et on peut bien l'appeler des Pâques historiques ou le» Pâques parisiennes.

Lk Rov. — Le Roi a créé un régim(;nt de tous les jeunes seigneurs qui soiit auprès de lui. U est distribué en quatre compagnies, qui montent et descendent la garde tous les soirs, après l'étude de S. M., sur la terrasse des Tuileries. Ix» Roi lui a donné le nom de Hoi/al-Terrasse. Chaque compa;.'nie a son capitaim*, un lieutenant, un «•UM^igne, un M^rgent, un caporal. Llles font régulièreni«'nl l'exercice et observent une discipline tnVexacle. MoiiKNi". — On a appris de Modène (pie laduches.se, tilh- du Régent, y est arrivée le 21 juin au soir, qu'elle y

a été reçue magnifiquement, que le duc de iModène père^ le prince héréditaire et son frère ont été la recevoir jusque sur les confins de Reggio, et que le même soir la bénédiction nuptiale fut faite par Vévèque de. la ville. Le lendemain, grand'messe, Te (/ej/m, grand repas et bal le soir. Il y a trois princesses, belles-sœurs de la duchesse; cela servira à la désennuyer. La cour de France et celle de Modène se ressemblent peu.

Mercure. Système. — Le terme de Système est devenu comme crime d'État, et on se garde de le prononcer. Voyez dans le Mercure de juin, p. 110. 11 y a un abrégé d'une comédie du P. Du Cerceau, jésuite, qui a été jouée au collège, intitulée : Le Philosophe, dont le caractère est d'un homme qui s'aime.

Redevable à lui seul et borné dans lui-même

Il n'a qu'un seul devoir qu'il remplit bien : Il s'aime.

Puis le poëte ajoute :

Malheureux (je le dis dans l'ardeur qui m'emporte) Les rois dont les sujets penseraient de la sorte! Malheureux les pays qui dans les fâcheux temps N'auroient pour défenseurs que de tels habitants ! Qui d'entre eux oseroit, prodigue de sa vie, L'immoler pour son prince ou bien pour sa patrie?

Au contraire ils voudroient dans leur affreux

Que lorsqu'ils (iniront, tout finisse avec eux.

Les points se remplissent par Système, qui est devenu une obscénité. Je ne sais si c'est le jésuite ou l'auteur du Mercure qui n'a pas voulu prononcer le mot et l'imprimer, mais l'un ou l'autre ont lait une grande sottise dt* penser qu'il n'est plus permis d'écrire le mot de Système et de s'imaginer qu'on ne peut pas dire Système affreux sans penser à celui de Law. C'est avoir bien mauvaise opinion des tiommes , et on n'a pas songé que de laisser cette place vide, c'est justement la faire remarquer et faire chercher le mot de l'énigme. Lr plus court

8J0 Ml MOIKKS I)K M V IIUKI MARAIS.

t-loil ili' ne point metlrc ct'S liuil n fis, (iiie rien n'oljUi^eoit lit' rapporler dans lo }teirure, (ImiI l'aiileur se lait criniiiu'l irklat i'u ne le voulant pas être.

On a aliichi" : IV/k// //<///<• Unes à tjiujnvr. Il a^lê perdu iiii (jros chien noir, dver un collier rowjCf dans h fanbourij S. Antoine, (eux ijui l'auront trouvé n'ont (/n'a s'adresser à Madame l'abbessedu Trainel, qui leur donnera les ^0, ()()() francs. M. irAriienson a lo cordon i'oulic coniniiî chanrt'lierdo l'ordre de Saint-Louis) ^1 .

{'1 juillet. — Actions. — Les actions sont àV.510. J'en ai acheté V pour 18,040. J'ai très-mal fait. Le lendemain 13 elles ont été à V/200 et '*,iOO.

CoNSTiTiTioN. Blois. — L'é\ ècjuc de Bloîs (1) a écrit une lettre à M. le Hobien, irrand vicaire de Vannes, où il lui apprend Tacceptation de la Constitution. Il dit en parlant du < orps de doctrine : u 11 est tombé un écrit du ciel entre les mains de M. le Kégent et de Tabbé Dubois. «Toute la théologie de la Constitution y est traitée î\ fond, le doy-nie de rtjLrlise mis hors d'atteinte ; les sentiments approuvés dans les écoles en sûreté pareillement ; le point de la condamnation fixé et déterminé sur quelques excès véritablement condamnables ; Mulle imputation de ces e.xcès au livre et à l'auteur ; attribution constante et pei'pétuelle d'un b(jn .sens et d'une bonne entente dans le Pape qui condamne et 'dans l'Église (|ui acquiesce. Kcrit in-l*2, 77 pages. On a fait une réponse très-vive î\ cette lettre, où Ton fait lanalyse de tous ses termes, et où l'on s'atlache principalement A montrer (pie s'il n'y a nulle impulation de ees excès au livre et à l'auteur, le 1». Quesnel est déclaré innocent et (pi'il ne falloit i)oint de bulle. On insiste l>eaucoup sur ce que ce ('orps de doctrine est tond)é du ciel; mais cela ne veut dire autre chose siimn (jue l'on ne sait d'où il e^l venu, et il y a quebpies charmes

(I; Jour liai de liarbirr, \, 43.

if> ratinMrlin , I>f4ti (rH-p «!»• »\' ^rf^cn»^u , W ganle «lo» srpaii% di>»{irarii'

dans la réponse. On nebalanceàpasdireque l'abbé Couet est l'auteur du Corps de doctrine.

On a vu un autre écrit suite de Texplication de la bulle L'nifjeniluSf in-V 13 pages. C'est la suite de la réponse au Corps dedoctrine sur l'article de l'excommunication. On y reconnoit toujours une main forte et excellente. Lesévéquesy sont repris de dire qu'ils sont i Église enseignante, ce qui exclueroit le second ordre, dont les droits sont ici très-bien soutenus, et on y montre le taux et le danger de cette proposition vague du Corps de doctrine. Dans le doute, la présomption est toujours pour le supérieur, d'où il arriveroit que tous ceux qui doutent seroient dans lo parti de Home dès qu'elle auroit donné une bulle.

AsNiKiiES. — Le Régent passant le soir le bac d'Asnières, pour aller voir madame de Parabère (1) qui y a une maison, s'amusoit à l'aire pencher le bateau des deux cotés. Le batelier, qui ne le connoissoit pas, dit : « Voilà un b... de baleau qui va comme la régence, sens dessus, dessous. »

Samedi, ili juillet. — Fkancs salks. — Li déclaration du Hoi pour le rétablissement des francs salés a été enregistrée au Parlement. Ils avoient été révoqués par Tédit du mois d'août 1717 dont l'exécution ayant [);iru [wu utile, ils ont été rétablis, d'abord en faveur des cours supérieures par édit d'avril 1709 , que le Parlement n'a pas voulu registrer, puis par un arrêt du conseil du liT avril 17-20, portant rétablissement général. Le P.irlemcnt avoit longtemps fait la difliculté de passer le rétablissement partiel ; quand il a vu qu'il étoit général pour le public, il a registre la déclaration. Ce même jour, il y a eu une grande assemblée avec les députés du Parlement en l'hôtel du Chancelier, qui a pro[)osé l'enregistrement de tous les arrêts rendus sur le fait de la Banque et de la

(1) Voir sui inaiidine de Parabere notrp livre «les M<iitrcsse< du Jitijcnt (Paris, Uenln, 1801. ?' édition l.

153 MrMOIRFS DF. MArillEU MARAIS.

coinpamue ilcs liults, lùllels et actions, elc. (les dépult^s sonl le P. dWliuiv, le P. Portail, l'ahlx'. l»uoelle, rahbé Mainu-uv. le W de Hlamoiit, M. de h\ (iiiillauinie, M. de la Maliuais(Mi. Le Parh'inent a refusé cette proposition, à cause de laliéiiation des monnoies de celle de la ferme générale, et a demandé compte de l'argent. Le chancelier a dit i|ue le Kégenl se plaignoit de ce qu'ils s'opposoient toujours à tout ce qu'il vouloit faire. Us ont dit qu'ils ne pouvoient faire mieux et que l'État étoit chargé de dettes immenses et de papier qu'il falloit accpiitter. Pour cela le Chancelier a proposé trois débouchements : 1" les rentes de la ville qui se remplissoient; -2" rétablissement d'un enm|)tc ouvi'rt en Hanque dans Paris et dans toutes les villes où il y a monnoye, dont le fonds seroit de six cent millions en billets qui ne circuleroient plus ; 3" il a dit que l'on avoit pensé de taxer les Mississipiens, qui ont beaucoup gagné aux actions, mais que l'exemple de la Chambre de justice, qui avoit peu rapporté, avoit engagé à tourner la chose autrement, et que ces riches offraient entre eux d'être cautions du papier jusqu'à (iOO millions. A quoi le Parlement a dit que les renies se remplissoient p«'u, que le compte counint avoit beaucoup d'inconvénients et que c'éloit un expédient pour [irendre les billets après avoir pris l'argent sans jamais l'endre ni l'un ni l'autre; et (ju'à l'égard du cautionncm(;nt, il n'y en avoit point de meilleur que l'argent : PhiscaHlioniii in re (fuam in persona ; (ju il falloil savoir ce qu'il étoitdevenu; que f»i ces cautions vouloient déjà mettre dans le public 200 millions en argent, on ])ouvoit s'accommoder, et que la prennére caution devoit être Law, à (pii on connoissoit de» fonds en terres pour- plus de 000. OOU IV. de rentes. Otte réponse n'ayant point [)lu auChancelier, les (lé[)ut«''s du Parlement ont dit (pi'il lalloit donc ùter à Law absolument la direction d'aucune affaire, et (ju'il n'y avoit d'autre remède dans létat présent (ju(; de le chasser. Sur quoi le Chancelier a répliqué qu'ils n'éloient point as-

semblés pour les personnes, mais pour les choses, et a excité les députés à faciliter les affaires. Les députés ont dit qu'ils avoient sacrifié leur bien, leur patrimoine et la fortune de leur famille ; qu'il ne leur restoil plus que leur honneur, qu'ils ne sacrifieroient point. Le Chancelier a dit plusieurs fois: « 11 faut se prêter, prêtez-vous, M. Pucelle. c(Surcemotdeprêter,M.Pucelleadit: a Je vaux bien M. Law; prètez-nous-le pour cinq ou six jours. » Cetteconférence a fini ainsi. Les députés ont promis de la rapporter au Parlement avec ses lettres patentes portant l'établissement du compte ouvert et du virement de parties pour y être examinées.

Dimanche, H juillet. — On négocie les actions sur la place le dimanche comme les autres jours, sans respect aucun pour la solennité de ce jour. Elles sont à i,600 et i^,700, et le billet ne perd plus que 18 ou 20.

Lundi, lô juillet. — Compte ouvert en danqle. — Les députés du Parlement ont rapporté en chacune des chambres la conférence du samedi 1)L On a examiné toutes les propositions, qui n'ont point été trouvées bonnes, non plus que l'étabhssement du compte ouvert dont tous les articles ont paru périlleux. Ce compte ouvert doit être fait en billets qui seront brûlés et qu'on ne reverra jamais. 11 n'y a aucune sûreté pour le fonds qui n'est qu'un crédit sans argent, au lieu qu'en Hollande et en Angleterre, il y a toujours un fonds prêt pour payer, et des souscriptions de gens riches qui en sont cautions et qui l'îissurenl. 11 est ordonné (jue l'on ne pourra saisir les fonds en banque, ce (jui peut donner lieu à beaucoup de banqueroutes et de fraudes de la part des négociants iniidèles. Les lettres de change ne doivent être [)ayées qu'en écritures, à peine de nullité du payement et de 500 francs d'amende pour le créancier ou le débiteur. C'est un nouveau papier dans le public, tout propre à ruiner le commerce. Los écritures seront stipulées en livres tournois sans être «iiijettes à la diminution (PespiM^rs. .\ rpioj il m» faut point

324 Mf.MOIUls hl MVrniIt' MVUAIS

se lior après reiju\>n a mimit lt'> luIUts. Kiilin on a parlé lie iaoaulion des (>00 iiiillioiis, qu'on a trouvée mauvaise, puis(|ue ees eautioiis n'ont (jue du papier : et les chambres en parlieulieroni persistéànc» point vonloirenregislrereel «^tablisMMntnt et ees lettres ])atentes, et à demander Law pour une des cautions, ou qu'il soit chassé. A demain l'assemblée des chand)res.

Pendant ipie cela se passoit, on a pul)lié l'arrêt du conseil d'arrêt est du 13 juillet), cpii contient l'établissement de ce compte ouvert, en dix-huit articles, où l'on ne voit point de sûreté pour le fonds et pour le payement des 000 millions (jui entrent dans cette nouvelle banque, et tout Paris a été étonné de ce dessein, qui semble engloutir le papier et le renfermer dans un même abîme avec largent. Cet arrêt est rendu sur la représentation des principaux nétrociants, qui ne sont point nommés. Il attribue la connoissance des différends qu'il produira, d'al)ord au conseil, et par aj)pel, au conseil où il doit y avoir quatre directeurs de cette caisse et un contrôleur général que le Hoi nommera et qui feront leur serment entre les mains du prévôt des marchands. 11 parolt que l'on veut suivre l'exemple des pays étrangers, où ces comptes, transports et virements sontd'un<; grande commodité. Mais il y a des sûretés (|ue Ton n'a point en France, où le Hoiest maître d'aboliret desupprimei* (jujind il veut tous ces établissements.

La .MKSANCiKRK. — Aucieu maître (riiôtel (hi Uoi, homme de condition et d'esprit, dont Noce, favori du Hégent, avoit épousé la nièce; ayant trouvé un pauvre qui lui deniandr)it l'aimiôneetqui lui<lit : «Jesuisuii ])auvre gentillioimne ruiné par un moulin à poudn; (]ui a été brillé,» il lui répondit: «Hélas! monsieur,jesuisun[)auvre ^'^entdhoiuuK.' qui ai été ruiné par un moulin 2\ papier. » ()<:Iaa été rappf)itéau Hégent, rpii n'en a fait (pie rin*.

.M '' iiK CiiARoi.Lois. — On rn'a dit aujourd'hui «pie mademoiwîh' de(;|jarollois Louise^Anne de Bnurbon-Condé\

JUIl>LF;r 1720. 3:î5

princesse du sang, a épousé le duc de Richelieu, fjuelhj aime depuis longtemps ; que le mariage s'est fait ces jours passés dans la chapelle de Vincennes ; que la princesse a attendu qu'elle ait 25 ans. étant née le 23 juin 1695 et se trouvant majeure au 23 juin 1720 : qu'elle a fait des sommations respectueuses f\ madame la Duchesse sa mère , qui avoit toujours résisté à ce mariage aussi bien que la famille royale, et qu'elle est plus contente d'avoir épousé un duc et pair fort galant, qui a 50,000 écus de rente, qu'elle aime, et qui la fait rester dans la cour de • France, que d'être souveraine ailleurs.

Le duc de Richelieu est né le 5 avril 1696. 11 est fils d'Armand-Jean de Vignerod, duc de Richelieu, qui étoit lilsde René Vignerod et de Françoise Duplessis, sœur du cardinal de Richelieu. Ce duc est petit-neveu du cardinal de Richelieu, qui a proprement régné dans son ministère et porté la France à un si haut point d'élévation , qu'il peut bien y avoir des exceptions pour sa famille. Voyez sur les mariages des princes du sang. In Bibliothèque du P. le Long, p. 132-133. Je trouve plusieurs lilles de Bourbon qui ont épousé des gentilshommes :

Catherine de Bourbon, mariée àGilbertde Chabannes, /

seigneur de Curson ; f ûjp^^

Charlotte de Bourbon, à Volfand de Corselle, seigneur ^"TT m '^^^ de Vire, maréchal de France ;

Gabrielle de Bourbon, à Louis, seigneur de la Trémouille ;

Jeanne de Bourbon, à Hugues de CluUillon ;

Jeanne de Bouri)on, à Jean de la Tour, comte d'Auvergne ;

Jeannede Bourbon, à Louis de Joyeuse, comte de draiul- I>ré;

Isabelle de Bourl)on, à François d'E^cars de la Vauguyon;

Louise de Bourbon, à André do Chauvigny. seigneur de ChAteauroux ;

:i7^ MKMOinrS DF MATlIlKi; M\RA1S.

Marguerite de Bourbon i\ Jean II, sire do Sully, en pnv init^res noces; et en deuxièmes à Hutin de Verneuille ; Mariruerite de B<Hirl»(^n à Armand Aman jeu, sire d'Aï-

bret :

Marie de Hoiiiboii-la-Marche, à Jacques, seigneur Des-

croix :

Marie de Bourbon, dame de Dançu, à (iannain de Ver-

riArt*s ;

Suzanne de Bourbon de la Koelie-Guyon, à Claude, sire

de Bien \ :

B»''atrix de Bourbon, à Kudes, seigneur de Grancey en Bourgoirne.

Le due de Uieiielieu est ne le .') avril l(iî)0, et est (h'jà veuf dedMtlierine deNoailles, qu'il avjut épousée le 12 février 1711. lia été à la Bastille trois fois : Tune du vivant duBoi, [)aree qu'il ainioit Madame la duehesse de Bourgogne. 11 Ta été une deuxième fois pour duel avec M. de Gacé. Kt la troisième depuis la Bégence, étant entré, à ee que l'on prétend, dans la conjuration d'Kspagne (i),et devenu par son goût pour le sang royal, amoureux de M"'' de Valois, mariée à présent au duc de Modène. A peine a-t-il vingt-quatre ans.

Vovez la (iénéalouie des Vignerod dans du Fouruy, t. Il, p. 1t)tH et 1(M)-i , aux (/ruh'du.r (Irsf/nlores et (b's Duplesst^ r.K liclicu, p. λH(). La iinhlessc des Vignerod est équiNocpic. Dans les [»remières projmsitions de ee mariage, laites il y a deux ou trois ans, Monsieur le Due dit à M"- de Lliaiollois sa soMir : Kncore si vous é[)ousiez uu ge!ilillH)iiniie''r« mariage s'est trouvé faux).

Le comte d-- Cliarollois a envoyé cett»' nuit à Modène tiii geidilliomnic pour négocier son mariaire avec une dcjt priiicesMîsile Modène

Mmili . i\ juilh'i. — F/assembb*e ginérale des cliambres

I H u\ M |.lii« •••• 'I iiilf •lit '« f ••! 1 'Miionlpv, I. I, p. '.r»

ne s'est point tenue. Les députés ont été mandés chez le Chancelier. On avoit su à la Cour que la résolution étoit ferme dans le Parlement, et que même on eût pu décréter Law puisqu'onnele veut pas livrer. «C'est pourquoi on a arrêté cette assemblée. La réponse du Parlement à toutes les propositions a été qu'on leur livrât Law. Il y a eu un grand conseil de Régence Taprès-dinée, et nous verrons ce qui en arrivera. On se défie de M. de Majouinville, conseiller en la quatrième des enquêtes, qui rapporte ce qui se passe dans le ParlemenL

Mercredi 17. — Émotion populaire contre Law [i). — Le peuple s'est assemblé dès le grand matin à la Banque, parce que c'est jour du marché et qu'on ne donne plus d'argent aux commissionnaires. La foule a été si grande qu'il y a eu plusieurs personnes d'étouffées, que l'on a portées sur la porte du Palais- Pioy al, quia été fermée sur-lechamp (16 personnes étouffées;. M. le gouverneur de Paris le duc de Tresmes) y est arrivé. Ensuite Law avec son impudence angloise y est venu. Tout le monde est en larmes dans les rues, l'un réclame sa femme, l'autre son mari. On ne veut point ni billets parce qu'ilssont décrédités, ni argent parce ({u'il diminue tous les jours. Il ne sest jamais vu une pareille misère, et on est surpris comment Paris subsiste.

Le duc de ïresmes n'a pu dire autre chose au peuple sinon : « Hé , messieurs, messieurs! qu'est-ce que cela? messieui'S, messieurs! » Voilà toute sa harangue.

Quand Law a passé dans le petit marché des Umnze- Vingts, il a eu grand'peur. Tne femme s'est jetée à la portière de son carrosse et s'est fait traîner. Elle lui a demandé son mari, qui venoit d'être tué. Il lui a demandé si elle vouloit de l'argent, elle lui a dit : Non, je veux mon mari. Le cocher a en même temps fouetté sesche-

(I) Voir siircptto •Mneute, Barbier, t. I. '•«, 49, 50. — Lettres de Madavie, ïl, 2i3, 254.

3î* MrMoiMfs nr MMinir makms

vaux lie toute sa toivt». Le [>c'Ui>lo ne s'est aperçu que cVMoit lui «jue quaiui il a été passé, et il est ainsi abordé au l*alais-i;nyal plus \y\\e cpie la mort. Le peuple a jeté des pierres à son rarrosse et à cassé les glaces et enfoncé le cuir tle derrière (juand il a repassé, mais il n'étoit plus dedans. On est allé i\ sa maison en grande foule lui porter des corps étimlïés : les Suisses, qui le gardent depuis longtemps, sont sortis et se sont opposés à la violence. On a disposé des gardes dans son (juaitier avec le pistolet à la main. Tout est dans une émotion extraordinaire, et voilà l'état où est Paris à midi. Le cocher de Law est fort blessé. S«'s la(|uais se sont enfuis ; leur maître est resté dans le l*alais-Koyal et craint d'en sortir. Ses autres \alets et commis sont insolemment aux fenêtres de sa maison qui regardent ce qui se passe , mais ils n'y sont |)as restés longtemps, car le peuple, malgré les gardes, a cassé les vitres des appartements (]ui sont sur la rue, et les gardes eu.x-mèmes ont favorisé le peuple à qui ils disent (|u'ils seroient tout les premiers ii tuer ce b -là.

M. Leblanc, secrétaire d'État de la guerre, a fait emporter les corps ([ue Ton avoit portés au Palais-Uoyal, et a jeté quebpie argent au peuple i)our l'apaiser. On dit que cette émotion a jïénétn'? dans tous les faubourgs, et quec'étoit une partie faittî dès trois heures du matin. J'apprends que le cairosse de Law n'est sorti (hi Palais-Uoyal (jue parce que le peuple, que l'on a laissé entrer dans les cours, avoit résolu de le brûler, et on a mieux aimé le laisser sortir que de risquer les événements. Lncî femme étoil auprès qti'un garde a voulu faire ranger, elle a dit : « On approche bien du carros.se du Uoi. »

Pendant cpie cela Sf; passoit dans Paris, les chambres éloient assemblées au Parlement où l'on a présenté un édit rpir l'on n'avoit point encore vu, pai- lecpiel le Hoi acrrpte lesoffres de la (!ompaL'-r)ie des Indes d(; payer j)our 600 millions i\r. billets de banque pendant (i mois, moyiMinant (pioi laConqiagnie .sera perpétuelle au lieu dVlre à

JUILLET I7îiO. 329

temps, et on lui aecorde encore d'antres commerces exclusifs. Cetédit, e^aminé, a été rejeté par trois raisons. La première, que Ton ne sait point la quantité de billets qui ont été faits et le soulagement que cela apporteroit au public. Sur quoi les députés ont dit que dans les conférences, leChancelier et M. Defforsavoient déclaré qu'il yen avoit pour deu.\ milliards -200 millions, mais qu'ils n'avoient point voulu garantir qu'il n'y en eût que pour cette quantité. La deuxième, que les directeurs n'obligent ni leurs personnes ni leurs biens au payement de ces 600 millions, ce qui rend ces offres nulles. On parle bien de la compagnie qui est un corps, mais on ne veut point obliger les membres. La troisième raison est que ce sera une occasion de faire toutes sortes d'usures et d'injustices pour faire diminuer les billets et les retirer à bon marcbé ; en sorte que ces 600 millions ne coûteront peut-être pas 100 millions. Sur lesquels motifs il a été délibéré que S. M. seroit très-humblement suppliée de retirer son édit. Pendant cette assemblée, le premier Président est sorti pour une nécessité. En rentrant, il a dit : Messieurs, je viens d'apprendre une nouvelle, c'est que le carrosse de Law a été mis en pièces (1). M. Fraguyer s'est levé et a dit : Et lui? — Oh 1 il n'étoit pas dedans, a répondu le premier Président. — Tant pis ! a-t-on dit.

On a affiché l'après-dlnée à lii lî.mque qu'attendu le tumulte arrivé, on ne payeroit point et on ne couperoit pointde billets jusqu'à nouvel ordre. Il y a toujours du peuple i\ la porte de Law, mais les gardes empêchent d'approcher. On a su qu'il est au Palais-Uoyal chez madame de Nancré, où il mange, et couche chez Coche, valet

(I) « De Mesme, (|iii a\ail mi dans la cour l'avinlure <ln cocher de Law , rentra en dt-liilanl ces vers d'un ton traj;i(jiie dij;nL' du Ciispin de Stcaiix.

• Messieurs, Messieurs, jjrande noiixelle !

m Le carrosse de Law e>t rt'duil on cannrili'. •

( Leinontey, I. I, p Kîs.

3J0 MIMOIKKS Di: M A lHIKi: MAUAIS.

lie rhainliiv du Krueiit et concicrgo du Palais-Uoyal (1).

1^ soir, on a puMié une ordonnance du Uoi en ces termes : »S. M. «'tant informée du ilésordre (jui est arrivé à la Baniiue à Toccasion du payement des billets, et voulant prendre les mesures convenables pour y remédier, a iu"é à pix>pos de suspendre, à la Banque seulementet jusqu'à nouvel oixlre, le payement des billets. Fait très-expresses défenses à toutes personnes, de quelque état, qualité elcondition qu'elles soient, de s'attrouper ni s'assembler, sous cpielque prétexte que ce soit, à peine de désoiKMSsance et d'être punis comme perturbateurs du repos public, suivant la riirueur des ordonnances. Enjoint S. M. au sirede Baudry, lieutenant général de police;, do tenir la main à Texécution de la présente ordonnance, qui sera affichée, et défaire arrêter en vertu d'icelle tous ceux qui seront trouvés en contraventions. Fait à Paris, le 17 juillet 17-20; signé Louis et plus bas Phcli peaux.

ijjuilh't. — (Iaïktte i>e Hollande. — Constitition. — Dans rassemblée des curés du doyenné de Chàteaufort qui vient d'être faite à Versailles, on a voulu parler du Corps de doctiitie. Le doyen a dit que M. le (Cardinal souhaitait (pi'on n en pailàt point. Les curés ont attendu la venue de l'archidiacre (^t .i;rand vicaire, qui, après la messe, a fait un discours moral sur le devoir des pasteurs sans parler d autre chose. Le plus ancien curé en rang de |>arler a <lit qu'il y avoit une affaire plus inqmrtante dont on ne parloit point. Le grand vicaire qui a vu où on en vouloit venir. Ta voulu taire taire. H a continué, a fait ses remontrances et ses protestations, et h)us les curés se Mjni levés en disant : « Nous protestons contre le Corps de doctrine et contre tout ce qui se fera dans raccommodement. L'fcglise est saisie par les appels, et il ne peut point y avoir d'autre juge. « l>e grand vicaire a ronq)u laconlé-

I fUfhirr. I I r. JO.

JLlLLtT 1720 33!

rence et a emporté les mémoires qui regardoient les paroisses. On l'a chargé de renouveler la protestation et d'en faire mention dans sa visite, à la charge qu'il n'en fera rien. Quelqu'un a dit que le Cardinal leur auroit obligation un jour de leur fermeté, et de lui avoir évité le piège où on veut le faire tomber, et ils ont tous dit qu'ils persistoient dans leurs appels. Depuis, ils ont écrit une lettre au Cardinal pour lui notifier ce qui s'est fait dans l'assemblée. On lui envoyoit leurs remontrances. Cette lettre est dans la Gazette du 19 juillet.

On a chanté sur le Pont-Xeuf et dans les rues une chanson à la louange de M. d'Aguesseau, Chancelier.

Dans tout le royaume Chacun (lit tout haut Nous avons mi brave homme Dans M. Daguesseau

MississiPi. — On a publié une petite feuilleconlenant une relation du Mississipi, où on en parle comme du I^aradis terrestre. Il semljle qu'on veuille faire sortir tous les François de leur pays pour aller là. On ne s'y prend pas mal pour faire de la France un pavs sauvage et en dégoûter les François. Quel dessein de dépeupler un royaume tlorissant et de vouloir faire fleurir un désert! voilà les fi'uits du nouveau Système.

CoNSTiTi Tio>. — Le prieur de Saint-(iermain en Lave étant venu rendre compte au cardinal de Noailles de la calende tenue à Versailles, ilparut contentde lui ethii donna commission de convertir le curé de Saint- Leu, son ami, ([ui devenait 'dit le Caidinal)un homme vif. Lec!iré dr Saint-Leu en ayant an avis, répondit (pi'il en étoit surpris, parce (|ue S. K. lui avoit donné ordre, il y a deuv ans, de convertir le prieur de Saint-iiermain en f^aye (pii iaisoit difticulté d'a[)peler de la Constitution.

Il reste eiicoreciuelquesdinicult^'S sur les /.rffrf.s-/>«/^»/r.<.

>ur laccommodemenl. <hi dit ijue monsieur !«• 1*. général ayant r\r interrogé si effectivement Tapprl sul»>'i^t<>il ^i

333 MÉMOIUFS PF MXTmKl MAKVIS.

hien, que si un homiiif «jui soroit ivfusô par son f\(*'(|ne, l>gnraM>ir appelé, se pourvoiroit au Parlement, le prélat y peixlroil son proeès, l'appel élaiit conservé pour le droit, mais (léelaré inutile pour le lait.

l-es ennemis du Parlement ont fait courir le bruit qu'il a voit eu part î\ l'émotion populaire, quoique ce soit un pur liasiu-d. On a dit que les gens qui ont transporté les cor[)s étoient gens de l)onne mine, apostés, et qui se sont Irouxésexpn^s mit 1«^ lieu. Cela se disoit tout haut dans le Louvre, chez M. le Duc.

IH et 19. — Arb.\N(iKMENTS proposés au P. — Ces deux jours, les payements de la Banque ont cessé, et le peuple a été fort en peine où trouver de Targent pour vivre. Ce- (>endant le miracle perpétuel de la subsistance de Paris u ct)nservé tout le monde.

Samedi, 10 juillet. — Dimanche il . — Translation

nr PARLKMKNT A POXTOISK. — LETTRES UE CACHET.

— Oii a appris sur le soir que les Mousquetaires, les (iardes du corps, et le régiment des Gardes étoient commandés pour la nuit. Cela a fait beaucoup parler et on ne savoit à (jui on en vouloit. Le matin du 21, on a été bien surpris d'ap|)rendre (pie le Parlement étoit transféré à Pontoise 1 , (pie les officiers des Mous(pielaires avoient été employés à porter toute la nuit et le matihdes lettres de cach(îtàchacundes présid(;ntset conseillers pour leur ordonner de .sortir de Paris dans deux fois vingt-quatre heures; (jue le Palais étoit investi dedans il dehors par les (iardes du corps. Mousquetaires et aulnes troupes qui empèchoient (ju'on n'y entrM et (pi'on n'y fit aucunes assemblées, qu'ils s'étoient même saisis des clefs des greffes, et (pi'il y avoit une grande consternation dans Paris, (pii raisonne sur cet événement selon M*s différents intérêts. Le brnits'est répandu «pie P. do

I) \trir %ur rrlf^ Irantl^lioii Sain! Simon, XI, :ni et ««niv. L«'ii)onlc>. l. I,

€onti étoit arrêté (1), mais on n'a pas songe à lui. Le Kégent en a fait part au Roi le matin du dimanche, en lui disant que cela avoit été nécessaire pour son intérêt et celui de l'État, parce que le Parlement étoit rebelle à son autorité ('2 . Le Koi n'a rien dit. Voici la lettre de cachet.

« Monsieur, ayant pour de bonnes considérations résolu de transférer ma cour de Parlement de Parisen la ville de Pontoise, je vous fais cette lettre de Lavis de mon oncle le duc d'Orléans, Régent, pour vous enjoindre et ordonner de vous y transporter, toutes affaires cessantes, dans deux fois vingt-quatre heures, pour y rendre \a justice à voire ordinaire, en vertu de la déclaration qui y sera envoyée. Vous faisant cependant défenses de vous assembler nulle part ailleurs^ sous quelque prétexte que ce soit, sous peine de désobéissance et de privation de votre charge. Et la présente n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait. Monsieur..., en sa sainte garde. Écrit à Paris, le 20 juillet l'-iO; signé Louis; » et plus bas Plielipeaux. Et sur la suscription : « A Monsieur..., conseiller en ma cour de parlement de Paris. » La lettre est gravée.

Le Parlement s'est disposé aussitôt à obéir à cet ordre. Chacun a reçu sa lettre avec respect et en a donné un reçu à l'officier porteur. Il y en a eu de données à des maîtres des requêtes que l'on a crus encore conseillers, parce qu'on a suivi la liste de iAlmanacli roi/al, depuis laquelle il est arrivé des changements. Ceux cjui n'étoicnt point sur la liste ont eu un ordre verbal.

(1) " Il parle forlrmenl pour le peuple <lan.s le conseil. >• Voir sur la popularité passaf^ère «le ce i)rince, uioins un polilitpie qu'un hruuilNui, liai hier, I, ô3.

('2) Voir sur les motifs de la trar»slation, Saiul Simon et IJarliier. •< La ilis- ■ pulc qui est a pusenl, dit Barbier, est que le Récent veut supprimer un«

• seconde fois les rente> sur la ville, criées depuis deux jours, el eu faire la " conveiNion en actions, et «pie le Parlement enregistre rt'lal)li>stui»iil de la

• Banque et de la conq»a^;nie des !nd»k. I.e I*arlen)ent ne veut point i-nlendie « a cela, etc. > I, bo.i

S34 MÉMOIRES DKMATlllF.r M\RAIS

lxs|>oliti(jiH's disont tiiie cviic tiaiislalioii n'a pas pour raiist' les iit'riii»M*s refus tlu Parleuienl, mais qu'il la l'aul plaeer plus haut. e'est-A-ilin^ aux ilesseins dWyer le Roi el lie ilêposer leHé^'eiit, qui, se voyant obligé ou de l'aire sortir le Koi de Paris, de peurqu'on irabusAt de sa présence, ou de faire sortir le Parlement, aliii qu'on n'eût pas recours à lui pour exécuter ce dessein, a mieux aimé sacrilier le Parlement et Tenvoyer hors Paris. Cela peut être vrai, ciircequele Parlement vient de faire, dans ses eonférences et assemblées, ne méritoit pas la peine de la translation, n'ayant opposé que des raisons très-plausil>les aux propositions et débouchements des billets. Il V a donc quelque autre crime caché.

Law , qui est au l*alais-Koyal, a paru à l'Opéra dans la loire du Kégeiit. Impudence angloise.

Lumlill. — M. le premier Président est parti avec sa familh*,M. et M""' de Lautrecet M'" de Mesme, son gendre el st:s lilles, pour Pontoisc, dès huit heures du matin. Tous les autres présidents et conseillers sont partis de leur coté. Bien des femmes suivent leurs maris. Madame dcLamoiirnon, madame d«* (Uiauvelin, présidentes à n)orlier et autres. I>îi moitié de Paris pleure ce départ et reproche au Chancelier d'avoir approuvé cette translation, lui qui a «lé si lon^tenq)sdans la compagnie avocat général, procureur général, ri qui a toujours j)assé pour vertueux. Homo fdctus est.

ÏJis Iroupi's des Gardes du corps et Mousquetaires sont toujours dans le Palais et en empêchent Tenlrée. Ils ont couché dans les chambres des <»n(juèhis et des retjuéles, ^ur les sièges, faute de lits. Los b()Mlif[ues n'ont point été ouvertes. Il va des labiés au mili<Mi de la grande «ialle, où on man^e et où on se réjouit.

U-b requêtes de l'hùtel ont voulu tenir leur audience; il ne »'y c«l trouvé aucun avoc^il ni procureur, non plus quf dans les autres juridictions <ln P. liais, el Tandienc** ne %es\ |K>int tfnue.

On a fait venir des troupes auprès de Paris. 11 va un camp au bout du pont de Charenton.

Arrêt DU 2*2 jiillet. — Banque. — Ce jour, on a publié plusieurs arrètsduGonseil; un daté du 19juillet, qui permet aux tuteurs, curateui's, maris et autres dépositaires d'employer en rentes sur la ville au denier VO les fonds qu'ils peuvent etpourrontavoiren leurs mains, appartenant aux mineurs, interdits, femmes et absents, moyennant quoi ils seront bien déchargés, et permet aussi aux maris de faire les conversions en l'absence de leurs femmes, etc. Cet arrêt engage les femmes à prendre un emploi qu'elles n'auront pas consenti, ce qui est contraire à la coutume. Arrêt. Compagnie des Indes, 18 millions de rentes. Arrêt du 21 juillet par lequel le Hoi remet dans les mains delà Compagnie des Indes les 18 millions de rente qu'elle lui avoit rétrocédés par l'arrêt du 20 juin, à la charge de retirer GOO millions de billets de banque en la forme portée par l'édit de ce mois. On n'a point encore vu cet édit; c'est celui que le Parlement a refusé. Le motif de l'arrêt est que les 25 millions de rentes sur la ville et les autres déî)ouchements sont plus cjue suffisants pour les billets et les récépissés , qui sont dans le public , et qu'il est juste que les 600 millions que la Compagnie doit retirer produisent un bénéfice qui puisse contribuer à former les répartitions et dividendes. Voilà l'arrangement projeté qui commence à se faire.

Ahrkt. — Espèces. — Autre arrêt du Ki juillet, qui lève les défenses portées en Tarticle 7 de l'arrêt du 22 avril 171!), et permet ;\tous voituriers, messagers et autres de se charger de toutes sort<'S d'espèces pour faire entrer dans le royaume ou pour transporter d'une ville à l'autre.

On a aussi publié une instruction pour la manière de tenir les comptes ouverts et j)Our les virements, auv termes de l'arrêt du 13 juillet.

Billets perdis. — La Compagnie fait la conversion des actionsde trois en deux, suivant r.irrêtdn20 juin. T'Hit !♦'

tM Mf.MOlKtS UF MUim.r MAHMS.

monde y court «mi loulo. L'iu lion r>l à V,:)(;0; le ImIIcI

perd Vôel ôO 100.

On doit ouvrir les séances A Pon toise le 2V et y enre- L'istrer la dcclaralioii (jui transfère.

AmiKT POiR i.A <:oMi»A(i.Mi:. — TAHAC. — AiTct daté du 22juillet.renduen laveur de laConi[)ai;niedes Indes, (jui laconiirnie dans la ferme du tabac etdroil d'entrée, dans le prolil de la fabrication des monnaies, dans la ferme générale et la recette i;énéralc des linances, et (jui permet d'acheter, vendre et converser les actions cotnme marrliaitlii^eSy sans quil puisse tire [ail aucune reclierche ni taxe pour raison des prolits faits et à faire à Toceasion des dites actions, suivant l'art. M de ledit d'août 1717. Cetarrtila été rendu à cause des bruits répandus qu'on alloit faire de grosses taxes sur les agioteurs et les mississipiens, ipii dorment présentement en repos sur leurs millions. Il a été publié le 23 sur les deux heures après midi.

1^ cardinal de Ketz dit dans ses MénKnrvs (t. 1. 337 j une chose que l'on peut ap[)li(]uer à ce temps-ci : « si le Parlement travaille à la ruine de TÉtat, ce n'est pas qu'il ait inlenlinn de le ruiner ; nul n'a plus d'intérêt au mainlien de l'autorité royale que les ofliciers, et il faut reconnoltre de bonne foi que lors<|ue les compaf;nies souveraines font du mal, ce n'est que parce quelles ne savent pas bien faire le bien même qu'elles veulent. >• Il dit ailleurs que c'est un corps de plus de 200 tètes (]ui n'est capable ni de f,'ouverner, ni d'être gouverné 1 .

l*o.\T(»i»K. — De|)uis le dé'part du PailenuMit, les actions s4Mil montées juscpi'à 5,000 et 5,700 fr.

Iviî premier l*résident est arrivé à Pontoise à (juatre heures du soir; il a couché en chemin chez .M. de liavi- ^naii son parent. Il est logé {\ l'abbaye de Saint Martin.

J'ai appris aujourd'hui (]ue le Chancelier n'a point

(I) Voir tiif k pjirlrnx'nl cl mmi iMipiii<>viiirr |>Mlili(|ii«' le-* ri'flpxi'ini <l« BvWfff I, 7 1 .

scellé la déclaration de translation du Parlenient à Pontoise, et que, sur son refus, le RégeutTa scellée lui-même et lui a ensuite rendu les sceaux (1). Pas un des présidents ni des conseillers n'a vu le Chancelier avant de partir.

GiiANCELiKR. — Exil du P. — Les lettres de cachet ont été gravées dans la Bastille (burinées par Colombat), par un graveur que M. Leblanc y a Tait enfermer avec ses outils, pour garder un très-grand secret, qui étoit nécessaire dans cette occasion. Le burin a été fait à sec afin (jue Ton pût écrire plus aisément sur le papier, où il falioit remplir les noms et mettre la signature du Roi, celle de M. Phelipeaux (De la Vrillière) et la su])scription.

Les Mousquetaires sont toujours dans le Palais, où ils gardent les portes des chambres et des greffes. Lo régiment des Gardes n'y est plus. On craint poui* les registres, d'où on pourra tirer tout ce que l'on voudra, et supprimer ce qui sera contraire à la Régence.

On dit du Chancelier: Et habilavil innohis, et du Garde des sceaux : Pflssjrs et sepultus est.

DoDUN. — xM. Dodun a trouvé des oppositions aux [)rovisions de sa charge de maître des requêtes, parce qu'il a été nommé intendant avant d'être maître des requêtes ; ce que cette compagnie prétend empêcher. Il rentre dans sa charge de président, et veut aller à Pontoise, où il ne sera regardé que comme un espion.

Un directeur de la Banque (Gelli de iMontault) a dit tout haut, aux Tuileries, sur ce que Ton disoit (pie Pontoise nepouvoitpas contenir tout le Parlement, (pi'il yen avoit plus de quarante qui n'y resteroient pas, et (pi'on envoyeroit ailleurs. C'est une grande indiscrétion, s'il en a le secret, et une grande sottise s'il ne l'a pas.

Madame de Torcy passant le bac à Brie, les paysans, qui crurent que c'étoit madame Law, à cause de ses

(I) BarlniT, I. F, p. i.».

3S8 MIMi^llU.S DK MAllilKL: MAllAIS

livivts roun N. Nuuliirent la jrlor à reaii. iM. deTorcy leur tlit : u Mt's cillants, c\'>t ma lomino, ce n'est pas injulaino l^iw . » Ils dirent: vt Jelaeonnoissons hienlaLaw, la l'enune de l^aw, aile a une tache i\ la joue et je la voulons voir de près. » Madame de Torcy s'est montrée î\ ces gens, qui l'ont laissée passer, quand ils ont vu qu'elle n'étoit point tachée ; sans cela ils Tauroient noyée.

MM. du l'arlementsont très-mal à leur aise à Pontoise ; ils sont l'un sur l'autre dans de petites maisons d'artisans et delxjurg^eois, où ils mancjuent de tout. Je connois deux conseillers qui auroient couché sans souper, s'ils n'avoic!it porté avec eux des cervelats de l*aris.

.Morscu KTAiRES AU PALAIS. — Lcs Mousquetaircs se sont réjouis très-indécenmient à iaire le procès au chien du liuvetier [ Pincvmaille) qw^'ûs ont pendu, avec sa grâce au cou. Ils ont fait les présidents, les conseillers, les avocats, les greffiers, et enfin tenu un Parlement ridicule dans le sanctuaire même de la justice, qu'ils ont profané (1). •

Edit. Compagnie PKRPÉrrKLLK. 600 millions. — Jeudis 2.> juillel. — [Fête de Saint-Jacques). Ce jour, on a publié redit qui accorde à la Compagnie des Indes la jouissance à perpétuité de tous les droits et privilèges concernant son commerce, à la charge de retirer, de mois en mois, à commencer du l"" août prochain, à raison de 50 millions par mois, etce, par les voies qui seront trouvées les plus convenables , jusqu';\ concurrence de iiOO millions de billets, en cas qu'il s'en trouve autant appelles débouchements ci-devant indicpiès; en sorte qu'au l"aoiU 1721, il ne reste aucun de ces billets dans le commerce. Kt avec cetédit, a été publié Tarrèt du 21 juillel, fjui ordonne qu'il sera réputé et tenu pour enregistré en public, confoirnément à l'article 3 du titre

(I) Bérbitrr.l I. |. j:, — Vollairp, Uiitoire du Parlement, XXXVl, 28C.

premier de Tordonnance 1667 et aux lettres patentes du 26 août 1718.

Cet arrêt porte que le Parlement de Paris ayant délibéré^ le 17 du présent mois^ a que S. M. ser oit très-humblement suppliée de retirer son édit, sans même arrêter qu'il lui sevoit fait de très-humbles remontrances ; et ce refus étant directement contraires. Tordonnancede 1667 et Lettres patentes du 26 août i718; à quoi étant nécessaire de pourvoir pour l'exécution d'un édit qui ne tend qu'au soulagement des sujets de S. M. le Roi, etc. » On a mis l'article 3 du titre 1"^' de l'ordonnance de 1667, et cet article n'est pas le point. C'est donc là la cause ou le prétexte de la translation du Parlement, d'avoir refusé cet édit sans faire aucune remontrance. L'édit contient 14- articles très-simples qui expliquent l'étendue du commerce de la compagnie à la Louisiane, au Sénégal, aux Indes Orientales, Chine et Japon, mers du Sud, côtes d'Afrique, et qui la maintiennent dans le privilège exclusif et perpétuel, sans parler des autres choses à elles attribuées qui n'ont qu'un temps et dont il est parlé dans l'arrêt du 23 juillet. Dans cet édit, les billets ne sont point nommés billets de banque, mais simplement billets, et tout y paroit bien ménagé; mais le Parlement a craint ces voies quiseronl trouvées les plus convenables, que l'on n'a pas voulu expliquer, et que l'enregistrement ne fût une approbation des autres choses accordées à la compagnie pour un temps; comme la monnoie, les fermes générales, etc., qu'il n'a jamais voulu reconnoitre.

Translation de 1652. — L'histoire marque que le Parlement fut transféré à Pon toise par déclaration du 6 août 16r)2; mais le Koi étoit alors majeur. Il étoit à Pontoise, il appela son Parlement auprès de lui, et cependant il n'y alla que quatorze officiers, tant présidents que conseillers; MM. Mole, de Novion, de Mesme et le Coigneux y allèrent, et ils eurent des pensions du Roi, qui sont restées dans leur famille, qu'on appelle pensions de Pantoise.

310 MI-MOIHKS 1)1 MMIIIir MVll.MS.

(les iHMisionsout «'Ir rrliivfs sous II' iiiiiiislt''ir du cai'iliiial FliMirv, «ini l'st avaic. l/i causcMlo celle Iraiislalioii Oloit iin[Mrtanli'. Par un arrôt du -JO jiiillel luvcédent, !•' FarltMiH'iil avoit déclaré (|uo le lioi éloit piisonnier onlre lesmainsilud.Ma/Airiii, el avoit nommé Monsieur (liaslon) pour lioulenant général du Koi, lanl que le cardinal seroil en France. C'étoit comme un second Koi que le Parlement avoit fait. Hors ces IV, tout le Parlement resta à l*aris, et cassoil tout ce que i'aisoit celui de Pontoise. 11 parut deux ouvrages pour le Parlement de Paris, en ce temps là. C'étoit : \" Les l'aisons ou motifs pour la uuilltc (lu prétendu Parlement de Po}itoise y ensemble l'arrêt de la mur flu /Parlement contre les officiers du nouveau Parlement , du *) août , \n-\°, à Paris, chez Clio- 4pieu\.

r De la nature et qualité du parlement de Paris ; et quil ne pcutétre interdit ni transféré hors la capitale duroyaumc pour quelque cause ni prétexte que ce soit, à Paris, 1652. Breverav, in-4".

On fit encore d'autres pièces qu'on peut voir dans la Hihliothèque du P. Lelong ; et cela se termina par une Déclaration du Koi (pii rétai)lit le Parlement à Paris, le 22 octobre l(i52 , registrée et publiée dans un lit de justice tenu à ce sujet au Louvre, avec un édit d'amnistie ijt de justice au Louvre, le 22 octobre l(i.")2, — card. «le lîetz 17S, 210). Voyez les Mémoires du cardinal de Itetz nii dernier litre, où il e.rpiiquc Irés-Nivemnit ce (pii s(i passa alors -X Poutoise etj\ l*aris.

iliiAMiKi-iKH . — Le Lhuncclier a dit (ju'il falloil sacrifier, en certaines occasions, sa réputation au public , mais qu'il s(;roit bicnt(*)t justifié. Cependant, on regarde comme anc comédie d'avoir rendu les sceaux d'une main, i)our ne point sceller la translation, et de les avoir re[)ris de l'autre, après (pi'elle a été scellée. On cite un Chancelier de France qui, en pareil cas, dit : Us sont pollués^ et n'en voulut plus. El un chancelier en Angleterre (pii eut la tète

tranchée pour les avoir abandonnés au Roi, qui en fit ce qu'il voulut^ et pour les avoir repris ensuite (1).

Congrès. — Les puissances qui ont conclu la Quadruple Alliance sont enfin convenues de la ville de Cambrai pour y tenir le congrès.

Constitution. — L'accommodement de la Constitution traine. Le C. de Bissi, zélé pour la cour de Rome, veut qu'on retranche, dans les lettres patentes, ce qui est favorable aux appels. On dit que le Pape demande qu'on lui envoie le Corps de doctrine et les autres actes avant que de rien publier. Le Parlement de Pontoise n'entendra pas sitôt parler de cette affaire-là.

Avocats COLVERTS en lisant descitations. — Avant la translation, ilétoit arrivé une dispute entre lesjugesetles avocats. Goguet, avocat, lisoit à la première des requêtes (le P. Kollant président; une citation d'auteur, et il étoit couvert.

Le P. lui dit : « Goguet, vous lisez et vous êtes couvert. » Blaru, avocat, le plus ancien de ceux qui étoient au l)arreau, dit que cétoit l'usage. Le Président continua la cause au premier jour. Le lendemain, Aubr\ , neveu de Blaru, fit la même chose à la même Chambre. Le l*. lui dit : « Vous lisez couvert. » Il répondit : ((Monsieur, je ne fais que ce que je fais tous les jours quand j'ai la paroîe à laOand-Chambre. » Le P. continua la cause au premier jour, et, à l'instant, tous les avocats qui étoient au barreau s'en allèrent, et l'audience resta seule. Le P. en ayant porté ses plaintes au Parquet, les avocats ont été maintenus dans le droit de lire les citations couverts, à la différence des pièces qu'ils lisent découverts, parce qu'en ce point ils représententles procureurs, qui seuls, autrefois, lisoientlcs pièces dont ils ne se dcssaisissoient point; mais cela ayant été trouvé incommode, ils les ont conliées aux avocats

I I llMIII >|(tMI<^.

342 Mb^IOIRKS DR M Vrmtll MARAIS.

qui se ilécouviviit quaml ils les lisent, ainsi quancl ils lis«Mit les ordonniinces des rois. Du reste, ils demeurent toujours couverts, et c'est l'honneur de leur profession.

Translation DU P. de 16V9 et 1052. — Ouvrage sur cela. Vtniiredi 'Ht. — J'ai vu à la l)il)li()thè(jue de l'oratoire de Saint-Honorr un recueil fait en IG'yl de plusieurs pitres où se trouve le traité : De la nature et quaUté du ParlemeiU, etc., en sept sections, 7*2 p. in-V". Je le crois de l;i main de M. Jolly. Il y a de trcs-helles recherches.

Son principe est cpie le l^arlementest aussi ancien (pie la couronne et la monarchie; que son établissement est une des lois fondamentales de l'État, pour être plutAt né avec la royauté que non pas institué d'elle ni par elle; que les rois ne peuvent toucher aux lois fondamentales et qu'ainsi I0 Parlement ne peut être interdit ni transféré davantage ; que le Parlement étant sédentaire et perpétuel, il ne peut être interdit ni transféré sans quittcT son nom, et renoncer à la cpialité et stal)ilité de< son institution; que cela est bon au (onseil privé ci au Grand Conseily qui n'ont point de territoire ni de sièges arrêtés. Leurs chaises pliantes et mobiles sont toujours en état de marcher avec leurs personnes et leurs charges ambulatoires; oîi les bancs continuels et cramponnés des parlements ne quittent plus les murailles qui les soutiennent et ne sortent jamais des lieux où nos majeurs les ont une fois placés. Autrement, quelle confusion et quel chaos si un million de plaideurs étoient obligés de suivre leurs juges et leurs magistrats tantôt dans une ville <'t tantôt dans une autre, rrun bout du rovaume à Tautre et traîner mille chaiiots de registres et de papiers importants cpii seroit rompre la société civile, exposer tous leurs biens et leurs forlunesaux dangers des chemins et faire des vagabonds de tant de bons citoyens qui sont unis et alUichés h leurs femmes ni à Ifurs enfants , sans *roul)l«* el Kfins incpiiétude?

Chopin (1) (Du Domaine j liv. 2, titre 15, n° 6), parlant de la nature de Paris dit que : Philippe le Bel donna et assigna le Palais-Royal pour y exercer /}erpf7Me//emenn a souveraine justice, et rendre son parlement de France, fixe, arrêté, sédentaire, qui avoit été auparavant ambulatoire. Dans les remontrances de 1615, il y a: a II ne se trouve aucune institution particulière de votre Parlement ainsi que de vos autrescours souveraines qui on tété depuis érigées, comme tenant votre Parlement. Il tient la place du conseil des princes et barons qui, de toute ancienneté, étoient près les personnes des-rois ?iés avec V Èiat. Un Parlement (Chopin, ibid., n° 11 ) ne peut pas être mis dans une ville d'apanage, ceque Chopin confirme par l'exemple deLouisXÏ, qui bailloit, à titre d'apanage, à Charles, son frère, le duché de Guyenne en 14-69. Le parlement de Bordeaux fut soudain transféré à Poitiers, et y demeura trois ans, tant que vécut l'apanage, et en 15*1.0, François P'" ayant délaissé à Henri, son fils, la jouissance de la Bretagne avec le Parlement et la chancellerie, le Parlement de Paris, en vérifiant les lettres , ajouta cette clause : sam approbation des qualités du Parlement et chanceUerie de Bretagne qui n'appartient quau Roi et à ses officiers, {nw arrêt du 19 avril 15V0. Dumoulin dit : Sicuti rexnon potest dividere nec corrumpere reynum ita nec aliquem de regno a sua jurisdictione eximere nec abdicare totamadministrationemjuridicis seu potestalisregia, etiam quoad aliquem locum, vel aliquam personam regni. (m-V V §, 2% glose V, n" 17, anc. coût). M. Claude Seyssel, évèque de Marseille, ambassadeur à Home pour les rois Louis XII et François I", dit dans son traité Sur la grande monarchie de France que les Parlements de France (chap. 10) ont été principalement

(0 René Choppin, c«*lèhre jurisconsulte français nv au BailU'iil , près la Flèche, vn Ih.'JT, iiiorlaPari<, le 9. iï'viier IGOG. L'ouvrage auqu»! Marais l.»it des emprunts eslintitulé : De Domanio Prancix librilll; Paris, 1574, in-4* ; Iraduclion française; Paris, 1603, in-lol.

S4I MF.MOIKKS 1>K .MAlliU.L .MAKAIS.

insliluos ;\ cetU» lin de réprimer la paissanee absolue dont voiiiln>ie!ït user les Hois... Mataril, dans sa réponse à la Frauro'tjdllia Hlaouod , ApoL pour ha Rois, eh. :J5\ <rilotinaii,dit : Scnatus iiuem parlamiiUumvocant est (juict trrliumetarbiirium iiUer priucipcm et populum. I^asquicr, (\i\nssc<Hfrherrlies, liv. :i,eh. 10, dit : Que nos rois doivent :l et '» fois plus au Parlement de Paris qu'à tous les ordrcspolili(pies;el toutes et quantes fois que parles opinions courtisanes ils se désuniront des saines conseils et remontrancesdcce£;Tand corps, autant de fois perdront-ils beaucoup du fonds et être ancien de leurs ma jestés , étant leur fortuiieliée aveccette compagnie. Cujua fulei atqucvirtuti, fnrtuua civiitm, tutela impcrii, sains urbinm, Jh'ipubliccV (jloriay débet in\ d'\i\ éij:èce y en parlant du sénat de Home. 11 Rc Imuve dans les registres de la cour une remontrance faite au Roi François 1", par M. Charles Guillart, président, (]ui, lui parlant de la grandeur et majesté de son Parlement de Paris, dit : Que du temps de Philippe le Bel, par délibération des Ktals, fut ordonné et statué par Praf/mntique-sanction que la cour de Parlement de France seroit à Paris et y résideroit. Or, (pii dit une Prafjmatiquesanction pose une ordonnance, solennellement faite ])ar avis et consentement général des états i)Our en faire une loi fondamentale, inviolable et irrévocable, ce que étant ainsi, comme on n'en peut pas douter, il est certain cl assuré que le Koi ne peut les changer, altérerou violer, et ainsi le Parlement ne peut être interdit ni transféré |K)ur être immuable de soi-même, comme le temple de la justice. Marculphe, dans ses Formules, pose comme maximcrecuecpie : (Jncm divina pirtns sublima ad reqnum cmulere et factaservare pareutnm. Le Pailrnieiit comjiai'i' .V Panh*' d'alliance, .lidifiraus^ d-difiravi doiiium et habilaralam tunm ; firmissimuui soliuni tuum in srmi>iternum. ifimittiamim Dei Israël et revertatur in locum suum et non iiiler/inat non cum populo nostro. dieg. 3, ch. 8, vers 13.) Arca fœderis in locum suum in oraruluut trmpli in saur-

tumsanclorumj super alas cheruhim (vers 6, ibid.) La perte de Troie commença par la perte de ses magistrats. Perilura Troia perdidil primum Deos. S'il y avoil soustraction d'obéissance, comme autrefois sous Charles VII et Henri IV, un roi légitime pouvoit appeler le Parlement auprès de soi pour l'arracher d'entre les mains de l'usurpateur. Pendant que les Anglois furent maîtres de Paris, depuis le 29 mai lil7 jusqu'au 13 avril H36, le Dauphin (qui fut depuis Charles VII) s'étant déclaré Régent parla maladie de Charles VI, son père, établit pendant ce temps-là un Parlement à Poitiers, qui fut rétabli à Paris, le 1'' décembre l'i-SG, et réuni à ceux qui étoient restés, qui prêtèrent un nouveau serment. Les Anelois avoient aussi un Parlement. La Ligue avoit aussi son Parlement et il yavoit une Chambre à Chàlons. Le Parlement de Paris se retira à Tours pendant la Ligue en 1509, parce qu'il étoit attaché à laloisalique,etquela Ligue vouloitla détruire. En IVOO, la régente voulut établir un Parlementa Amiens, elle duc de Bourgogne, chassé de Paris, s'étant emparé de plusieurs villes et uni avec la Heine Isabelle, envoya Philippe de .Morvilliers à Amiens, avec quelques personnages notables, poury faire, sous le nom delà Heine, une cour souveraine de justice au lieu du Parlement de Paris, ce qui marque que ceux qui ont aspiré à la royauté ont toujours voulu avoir des parlements, etque quand ils n'en ont pas eu ])our eux, ils en ont voulu faire. (Du règne de Charles VII, 1 V5G. Quand il lit faire le procès à Jean, duc d'Alençon, le Parlement fut transféré à Montargis et puis à Vendôme où l'arrêt fut donné contre le duc, le 10 octobre 1V.j8). Le () janvier 1GV9, le Parlement fut transféré à Montargis, et n'ol)éit point. Le '23 janvier lGi9, édit (jui cassa tout ce qui s'étoit fait depuis et qui abolit et su[)prime tous les oflices dont se trouvent à présent pourvus tous les officiers de la Cour, leur faisant défenses d'en faire aucunes fonctions, et à tous sujets de les reconnaître. Le 17 février 1GV9, les gens du Hol M.M. T.don ,

34b MF.MOIUKS m. MATIIIKU MARAIS.

Bignon et Meliaiul ) ne voulurent point du passe-[)ort où ils ctoicnt traités de : «ci-devant nosavocatsetpro( ureursi;;:^- Déraux ». Le passe-port fut réformé. Le présidial d'Oiléans avoil reçu le pouvoir déjuger souverainement et s'en servoit. Arrêt du 8 février iiWJ, qui leur fait défenses de juger d'autres matières que de celles à eux attribuées par les édits du Roi véritiés en la Cour. Dans la conférence de Rueldu 11 mars Iti'iO, .1/o/j.s/eur ditque le Parlement étoit supprimé et (juil falloit le rétablir i\ Tours. Le premier Président réponditque cette suppression n'avoit point été vérifiée et que la puissance des rois étoit bornée aux ordonnances qui désiroient cette vérification. Ce même jour, il y eut des articles dressés pour la paix, où on obligeoit le Parlement de se rendre au lit de justice àSainl- Germain-en-Laye. L'article ne passa point, et le Président yenvoyaseulementsesdéputés le mardi 6 avril IGVO, pour assurer le Roi de leur obéissance et iidélité.

DiKFKRKNCKS DES TRANSLATIONS DE 1()V0 ET 10)52. — La

différence qu'il y eut entre 1GV9 et l()52est que par le rétablissement de IGVî), il est dit : « Demeureront en leur entier les arrêts rendus, tant en matière civile que criminelle, entre les particuliers i)résents ou avec notre procureur général pour affaires particulières. Demeureront aussi nuls et comme non avenus tous les arrêts donnés en notre Conseil et les déclarations et lettres de cachet ex|)édiées sur le sujet des présents mouvements, depuis le 6 janvier juscpi'au jour de la déclaration.

.Vu lieu qu'en H'i't'l, il y eut : 1" l'édit d\amnisti(î re- ^Mstré le 22 octobre ; 2«> une déclaration qui transière le Parlement séant à Pontnise a en notre bonne ville de Pai'is, en bupielle nous entendons qu'il <îxerc(; ses fonctions onlinaires. Voulons néanmoins (jue tout ce cpie notre cour cle Parlement de Paris transféré î\ Pontoise a arrêté et ordonné, tant |>our les affaires publicpies (pie celles des particuliers, ail son plein et entier effet, sans toutefois y comprendre ce rpii a été fait et ordonné i\ l'occasion des

présents mouvements, que nous avons cassé et révoqué par notre dernière déclaration et amnistie. En conséquence de quoi, nous avons aussi cassé et révoqué, cassons, révoquons et annulons tout ce qui a été /a/7, résolu et décrété ^ et exécuté par les présidents et conseillers de notre dite cour demeurés à Paris, tant pour les affaires publiques que celles des particuliers, à la réserve des jugements par eux donnés contradictoirement et sur production des parties, lesquelles n'auront point proposé déclinatoires, lors des dits jugements, et ne s'en seroient pas plaints jusqu'à présent. Cette déclaration est adressée : « aux gens tenant notre cour de Parlement de Paris, étant près de notre personne. Elle est datée du21 octobre à Paris, registréele 22 au lit de justice. 3' Et il y a une troisième déclaration, registrée le dit jour, qui ordonne que lessieurs ducs de Beaufort et Larochefoucault, Viole, Broussel, Portail, de Thou, Birault, Fouquet, Coulon, Macbault, Fleury, Martineau etGenon, MM. Koban, Laboulaye, Fontrailles et Pénis, les domestiques des prince et princesse de Condé, deConty, duchesse deLongueville, le P. Perrault, etc., sortiront de Paris incessamment, sans qu'ils y puissent revenir sans permission par écrit. Et la déclaration ajoute, sur ce que le Parlement s'étoit mêlé d'affaires publiques : a Voulant éviter que les maux que notre royaume en a soufferts n'arrivent plus à /'are/i/r; nous avons fait très-expresses inhibitions et défenses aux gens tenant notre cour de Parlement de Paris de prendre ci-a/)rè.s aucune connoissance des affaires générales de notre État et de la direction de nos finances, ni de rien entreprendre et ordonner, pour raison de ce, contre ceux à qui nous en avons confié radministration, à peine de désobéissance, et voulons qu'en ce cas nos autres sujets n'y aient aucun égard. (Défenses de reconnoitre des affaires d'État, renouvelée dans le lit de justice du IG août 1718). Le surplus de la déclaration contient défenses aux officiers du Parlement de prendre* soin et direction des affaires des princes et grands du

U$ MK.MOIUKS 1)K MMIIIKI MAKAIS

myauine vi rtreviur doux ilrs pensions, ^^raliliciitions ou autitfs hiiMifails, leur faire la cour par des fré(|uenles visites, assisler à leurs conseils, etc.

Ces trois êdits et déclarations sont dans le Recueil cidessus cité. On V trouve encore la belle harangue du cardinal de Ketz au Roi du 1*2 septembre 1652 à Conipic gne, à la tète du clergé de Paris pour obliger le Koi à revenir à Paris; la ré[)onse du Hoi à cette harangue, une autre réponse du lioi, ilu 12 septembre, au sieur Pielre, procureur du Hoi de la ville ; la lettre de Monsieur au Koi, du 7 seplend)re, et la réponse du Roi à Monsieur, du 12 du mois, où, en parlant de la translation à Pontoise, il dit : tt Mon intention n'a jamais été de les établir là pour toujoui-s, mais seulementd'attendre que les choses ne se passent plus dans ma bonne ville de Paris au gré des séditieux, et que les gens de bien y soient délivrés des continuelles frayeursqu'on leur donne, quand ils veulent faire leur devoir. Divers accidents de guerre ou de peste ont fait souvent faire de send)lables translations, sans que personiK; se soit jamais imaginé que les lois fondamentales de TElal soient violées, pour faire rendre la justice plutôt en un Jieu (ju'en un autre. » 11 y a dans le même Recueil un discours sur la conduite et l'emprisonnement de M. le cardinal de Retz, (jui est un trés-bel ouvrage, et où il y a beaucoup de recherches et d'exemples anciens d'évôques et cardinaux, toujours renvoyés aux juges ecclésiasti(iues, même pour crime de lèze-majeslé.

I^'s termes de la translation de l()r)2sont : <( Nous avons transféré (;t Iransfénius par ces présentes notre dite cour de Parlenjent de Paris en notre ville de l'ontoise, où nous voulons el i;nl«Mjdons que; tous les présidents, conseillers, nos avocats et procureurs généraux, grefliers, notaires et secrétaires, huissiers, avocats, procureurs et autres oflicierset suppôts d'icelle aient à s'y rendre incessamment, |M^ury faire la fonction ch* leurs charges, etc. (Notez fpi«d«'puis la tr.in«*latioii. lis provisions (h* |*orl<>I(il, piocn-

JUILT.KT 1720. 34»

reui';, lurent adressées au président de l^aris, scellées le 23 septembre 1652, qui fut vers le 28 à Paris). Et cependant, jusqu'à ce qu'Usaient satisfait à notre commandement, nous leur avons interdit et interdisons toutes les fonctions de leur dite charge à peine de faux, et d'être procédé, contre ceux qui auront refusé d'obéir, comme contre des rebelles et désobéissants, selon la risueur des ordonnances. Avons fait défenses à tous nos sujets, de quelque qualité qu'ils soient, de se pourvoir à l'avenir par autres ni ailleurs que pardevant les gens de ladite Cour, qui se trouveront assemblés en ladite ville de Pontoise, le tout à peine de nullité des jugements, et d'être les contrevenans, déclarés criminels de lèze-majesté, etc. Donnons en mandement à nos amés et féaux les président et cour de notre Parlement étant de présence à Paris, qu'ils aient à cesser toutes délibérations, après la leolure des présentes et à se rendre près de notre personne, en la ville de Pontoise, pour y être les présentes lues et publiées en notre présence et registrées par ceux des présidents et conseillers qui s'y trouveront assemblés, etc. » Donné à Ponloise le dernier juillet 1 G52. » Ensuite est l'acte suivant : Cejourd'hui, 6aoùtl652, lelioi étant dans son château de Pontoise, les présentes lettres ont été lues et publiées de l'ordonnance de S. M. en sa présence, celle de la Ueine mère, etc. Et des président et conseillers de la cour de Parlement transféré à Pontoise mandé pour cet effet. Moi conseiller de S. M. en son conseil d'État et secrétaire de ses commandements présent, Signé :deGuénégau(L «Après cet acte il y en a un autre : «Ce jour la cour, lescluunljres assemblées, le procureur général du Uoi est entré en la cour et a apporté les lettres patentes, etc. Vu les lettres, etc. Vu aussi l'acte de la lecture et publication, etc. Conclusion du |)rocureur général du Uoi. La dite cour a ordonné et ordonne que les lettres seront registrées et quil sera donné avis du présent arrêt aux autres parlements et envoyé r(ipio dr l.'i dilc (h'fl;ir:»!i()u rt ti*.nis|ati<ui . F.iit fu l\ir-

3S0 MKMOIRKS PK MATHIKU MARAIS.

ItMiient, les oliamhivs assemblées, tenu i\ Tontoise le 7 août 1C52. Siuiié KadiiriU'S. »

l>' 9 août 1(152, le Parlement île Paris donna arnM conformément aux conclusions du substitut du procureur général du lloi. w Ladite cour a cassé ledit de prétendu établissement. Ta déclaré et déclare nul et illégitime, comme fait par gens sans pouvoir et contraire aux lois fondamentales de FÉtat, aux ordonnances du royaume el au l'epos public; leur fait défenses de s'assembler n'y donner aucuns jugements à peine de faux et à tous les sujets de le reconnaître. Enjoint à tous les juges du ressort d'envoyer les procès en la cour. Il sera donné avis de l'an et et de Tentpeprise aux autres parlements, etc. »

'IdjuiUel. — Law. — Law est rentré cbez lui t\ cinq heures du matin. Sa femme et sa iille ont été à Guermandc fl) qui est une de ses terres, et ils ont été aussi à Saint-.Maur, deux jours chez M""* la Duchesse, pendant tous ces troubles. Il a dit au maréchal de Montesquiou, qui revient de Bretagne : «Je veux faire votre fortune devant qu'il soit deux mois. »

Ih{o(;i.iK. — Le Hégent a dit j\ M. de Broglie, qui lui parloit du camj) de Condé à la place de Vendôme : « fen veux faire aussi un des frondeurs. Le maréchal d(; Villeroy, généralissime, le maréchal de Villars général, vous Hroglie major général, n Sur quoi Broi:lie lui dit hardiment : « Si V. A. H. me met dans ce parli-là, je nen serai pas déserteur, n

CiiAROLLois. — Saint-Simon. — Le mariage de M"'' de Chai'oUois avec h* duc de Hichelieu se continue. Un iils du duc de Saint-Simon, qui est un jeune étourdi, .i dit à ce sujet : « La voilà bien malheureuse d'avoir épousé un duc et pair. Mademoiselle de Valois ne vient-elle pas

(I) CmtnÊÊÊtét cm (;u«9rmanle (.Seine-et-Marne), k 7 kil. de I^gny. Celle tertr, anciriiO'- proprirlt- ilc l.i fainillc «li* Violf, nvail •♦!<• vcndiK- a Law par l'jii >n I'r«in'lrr r. ^ \ j/. ru r.tl (!«• |,>on.

d'épouser un gentilhomme de campagne » ? C'est ainsi que parle du fils du duc deModèneun petit-fils du Saint-Simon dont la noblesse est contestée, et sur qui on a fait les chansons de Boudrillon (1) au commencement de la Kégence.

Actions nouvelles. — La Compagnie des Indes a fait de nouvelles actions à 9,000 fr., payables en 9 mois. On les payeraen billets de 1005 et de 10, dont on veut décharger la place. La fureur y est comme si on donnoit de For en barres. Le vertige d'actions a saisi toute l'Europe. On en fait dans toutes les villes de Hollande, Hambourg s'en mêle aussi; et le magistrat a cassé deux compagnies qui se réunissent l'une l'autre pour en faire, dit-on, valoir une troisième qu'il veut faire passer.

Law. — On a dit à Law que le Parlement ne resteroit pas longtemps à Pontoiseetque l'affaire s' accommoderoi t. 11 a dit à celui qui lui parloit dans le Palais-Royal même : (( Je vous donnerai cent louis, si vous voulez, et vous me donnerez un louis tous les jours tant qu'il y restera. » C'est un calcul de sa façon, suivant lequel le Parlement sera là bien plus de trois mois. Il met ce séjour en primes et se joue ainsi de cette auguste compagnie. L'Angleterre nous venge, car il y a un pari ouvert à Londres qu'il sera pendu en septembre (2).

(1) D'o te vient tant de gloire Régent, que veux-tu faire

Dis-moi, petit S!mon De ce petit Simon

BoiKlrillon, Hondriilon,

Vous n'avons dans Tliistoire Vil insecte de terre,

Jamais trouvé ton nom . Vrai gibier de lardon ?

Il remuo, il cabale, Fait le (in et le bon

Boudrillon Il jappe avec scandale En tonte occasion, et<'.

(!?) Les Anglais pariaient à cette rpoipif sur tout ce (|iii se passait en France. La mort du Boi Loui«. XIV, la durée du Système, la mort du llejjiMil lui uiéuie devaient (^trc tour \ tour l'objet de leurs cyniques {•agcnreR.

3i5 MIMOIIU.S DR MAIIULU -MAIIAIS.

27 JuHUl. — 11 y il oiKorc 20 Mouscjuctairos dans le Palais, i|ui LrardtMil 1rs portes des f;i'eiïos, et on ne saiiroit alK>rderles bancs tles huissiers.

Actions :J kt '2. — La conversion des actions anciennes el la dislriluition des nouvelles avec toutes sortes de billets et le dessein de ne les payer qu'en [)elils billets a changé, parce que cela les faisoit tomber dès leur origine.

On a donné à cliacun de MM. du Parlement eu [partant :r»() fr. en argent et 100 en petits billets (1).

On donne aux boulangers de Paris 50 fr. en argent et 50 en i>etits billets ()our un billet de 100 i'r. pour avoir du bois. Cela se fait parles mains des commissaires.

Dimaticlie'lH. — On n'a pas voulu soulïrirdans la place Vendôme les agioteurs el on les en a chassés, à coups ch; fouet, à cause du dimanche.

Translation kt knregistrkmknt aPontoisk. — 21 et 27 juillft 172(1. — Lundi 29. — On a publié tout haut dans Paris la déclaration du 21 juillet portant translation du Parlement à Pontoise, où il est dit : a Nous avons la douleur de voir que les officiers qui composent notre Parlement de Paris, abusant de l'autorité ([uo nous voulons bien leur confier et oubliant (pie leur nni(iue rai son devroit être de concourir au maiuti(Mi d(î la notre dans toute sa splendeur, y donnent eu.v-mèmes atteintes en éloignant l'exécution de nos décisionssur l'administration desfinancesde notre royaume, et notre intention étant de prévenir de nouvelles difficultés de leur part, (jui ne pourroienl produire autre effet (pie de jeter de la déliance et du trouble dans notre bonne ville de Paris, nous avons nn^ilu de transférer notre dit Parlemcntdans une ville où ils nesoicnt occupésque de rendre juslic(! à nos sujets. .\ cesaiUM;s,etc., ordonnons (pie dans deux fois vingt-rpia- Irr hcMipés <bi jour des présentes tous les ofliciersde notre

(l> 3loM k lilrr ilr ili»n, main il<- pn'i.

Parlement aient à se rendre en notre ville de Ponloise suivant les ordres que nous leur en avons déjà donnés [les avocats et les procureurs ne sont point nornméSy comme en 1652 ) en laquelle ville de Pontoise nous avons de nous-même autorité de transférer le siège de notre cour de Parlement, pour nos dits officiers y rendre la justice uniquement à nos sujets et y faire les fonctions de leurs charges tant et si longuement qu'il nous plaira. Leur enjoignons d'y commencer leurs séances dans huit jours, au plus tard, du jour des présentes et, faute par eux d'y satisfaire dans le dit temps, nous les avons, dès à présent, déclarés reb.elles et désobéissants à nos commandements. Interdisons, sous les mêmes peines, à tous nos dits officiers l'exercice et fonction de leurs charges dans notre ville de Paris, et leur ordonnons de cesser toutes délibérations, à peine de faux. Défendons à tous nos sujets, dequelque condition qu'ils soient, de sepourvoir, après la publication des présentes ailleurs que par devant no!re dit Parlement séant à Pontoise, etc. » il est ordonné ensuite à tous les huissiers et sergents d'insérer dans leurs exploits la résidence à Pontoise à peine de nullité et de 200 fr. d'amende et défenses au contrôleur de les contrôler. (( Donnons en mandement à nos gens tenant noire cour de Parlement à Pontoise, etc.. »

L'enregistrement a été fait, le 27, à Pontoise, en ces termes,qui sonttrès-remarquables : «Registre, ouï ce requérant le procureur-général du Roi pour continuer [)av la Cour ses fonctions ordinaires et être rendu au Roi le serviceaccoutumé, tel qu'il a été rendu jus(ju'à[)résent, avec la même attention et le même attachement pour le bien de 1 Élat et du [)ublic (ju'elle a eus dans tous les temps, continuant la dite Cour de donner au Roi les marques de la même fidélité qu'elle a eue pour les rois ses prédécesseurs, et pour ledit seigneur Roi, depuis son avènement à la couronne jusqu'àce jour, dont elle ne se départira jamais. Kt sera ledit seigneur Roi très-humblement sup[)lié de

354 MbMOIRF.S DL MATlllEr MARAIS

faire attention a tons les inronvénients et eonséquonoes de la présente dérlaration. et de recevoir le présent enre^nstrenient lornine nne nonvelle })rcMve de sa profond*' soumission. ÏA seront les copies envoyées de la dite déclaration ensemble du i)rés(Mit enregistrement aux hailliajçes et secrétaires. A l^on toise, en Parlement, y séant, le 27 juillet 1720. Signé Gilbert (1). »

IUklkxions sir la DÉCLAKATiox. — Notcz SUT la déclaration : laquelle dit^cjne runicjuesoin du Parlement devroit être de concourir au maintien de l'autorité royale dans toute sa splendeur. » Or, c'est formellement convenir que le Parlement a droit de connoltre des affaires d'État, car c'est dans ces affaires où l'autorité rovale a le plus de part et de splendeur, ne l'ayant point dans les procès. C'est donc une contradiction de les transférer pour rendre uniquement la justice, et on n'a pas dû. lU ht de justice de 1718, leur ôter une connoissance qui doit être leur unique soin.

Kkki.kxions SUR LENiiKGisTRKMKNT. — 1" Le Parlement se venge et constitue ses droits. 2" L'enregistrement est noble , grand, vrai et môme tendre, et le l*arleinenl, en vériliant : « {>our continuer ses fonctions ordinaires ^t, le service accoutumé tel (pi'il a été rendu jusqu'<\ présent... pour le bien de l'État et du public», établit merveilleusement son autorité, tant pour le passé que pour l'avenir, dans les affaires de l'État et de l'administration du royaume, sans convenir cpi ils en aient abusé, puisqu'ils veulent continuer comme ils ont fait. Voilà un grand courage, (t un démenti des ujotifs de la déclaration qui ne peut plus être manjué*.

L'enre;:istrement ressemble a r.icceplalion ib; la (Constitution, faite par révé(pu; de .Metz, où, en paraissant se soumettre au l'ape^ il se moque de lui et de sa Bulle.

(I) ftâinl Siloon >'indign« We 1a r«^M?cm«*uie f«'riii»i»* qnil fiouv»* inw.i. mI< tt iriHtiqitc, de cet fnte^^uttriuneot, t. Xi, .'124

La déclaration et l'arrêt ne sont point imprimés au Louvre, mais par Tiniprimeur du Parlement.

— La joie des harangères sur la convalescence du maréchal de Villeroy [i].

Je l'avions tous pleuré, ce brave maréchal Qu'on disoit n'être plus en vie.

Mais je le voyons à cheval.

Si j'osious suivre notre envie

Je courrions après lui l'embrasser de bon cœur (2).

S'il venoit à mourir, je ne saurions plus rire, Ce seroit un très-grand malheur Premièrement pour le roi, notre Sire, Puis pour les petits et les grands Dieu le conserve encor longtemps , C'est tout ce que je pouvions dire, Laissant le reste aux gens savants Si je savions leur beau langage.

Dame, j'en dirions davantage.

Chanson sur l'air : J'ai /ait une perte.

Le Parlement est à Pontoise Sur Oise Par ordre du Régent.

il leur a pris tout leur argent Et puis il leur a cherché noise.

Le Parlement est à Pontoise.

11 y adunslsaie (ch. 23, v. 8), un passage qui vient bien à ce temps-ci. Quis cocjilavil hoc super Tijrum, quondam roronalam, cujus negolialores principes, institutores ejus inclyti lerrœl Le prophète parle delà ville de Tyr, et on y reconnoit bien Paris, que l'on vient de déshonorer en lui ôlant le Parlement, et où l'on voit les princes et l^s

(1) Elles lui avaient envoyé une (lt>putulion.

{7) Ce VfPii fut e\aii(«'. " ('«'lltMini portiiit la parolo, «liNcnt lis Mémonts de

■ In Kcfjencp, t. III, p. 10, attfiidiil trlliMiienl ce «oi^nrur rt sa (iniilli', <|u«î « le duc et le marquis de Villeroy les eml)rassèrent toutes, les une.4 après lén " aiilres, el les rerondnisireiit, en les remerciant «le leur aff«»rtioii pour I»> ma-

■ rrclial »'! «I»' l«'iir /elr |Mini S M •

S&6 MrMOIRFS DL MaTHIKU MARAIS,

jirands Ions né:;ocia lits el at;ioleurs. yétiociatores principes. — Institulores iuchjti terra!.

Le Rkgk.nt A rKiR. — D;ins un conseil, tenu le mercredi, '1\} de ee mois, au Palais-Uoyal , le Régent a eu une absence d'esprit. Il s'est mis à crier tout d'un coup : «Ali! ail! on investit le Palais, voilà qu'on tire. » M. Leblanc s'esl lev(^, et a vu par la fenêtre qu'on secouait des tapisseries; il l'a ilit au Régent, qui ne l'a point entendu, tant il étoil saisi de peur, et il a encore recommencé à crier: u.-lA.' Ah! voilà qu'on lire. » C'est qu'on continuoit à secouer. En lin, on lui a donné de l'eau de la Reine de Hongrie et il est revenu dans son bon sens (1). Le soir, allant à Asnières avec ses gardes, et passant par le Ruulle, les habitants onlcrié : u/l/t Laou ! Ali Liioul Voilà riioinme t[ui emporte notre papier et notre argent. » Et tant qu'ils Font pu voir, il ont toujours crié : a Ah Laou! Ah Laou! » Les gardes n'ont pas osé dire un mot.

Bkrxaru. — Son avis sur la Banque. — On a entendu da!iS le conseil plusieurs banquiers sur l'état des affaires présentes. Samuel Bernard, banquier célèbre et d'un esprit sublime pour le commtrce, a dit • u Vous savez bien , Monseigneur, que je n'ai jamais été pour le Système , mai-, à présent qu il est établi, il le faut maintenir, et pour cela, il ne faut point loucher aux billets, ni augmenter l'argent, car cette auginentation fera périr tout le commerce avec lélranger. » Le conseil est convenu de CCS propositions, et qu'il falloit donner ipielque argent aux boulanger.s, aux bouchers et marchands de bois. En sortant, S.imuel Bernard a demandé s'il pouvoit mander aux étrangers celte disposition sur hîs billets et l'argent.

(1/ Btrltirr le repré^^ntf, le jour de IV'iiteiile du 17 jiiillei, roinine ayant iii peur. • Il Mail lilanr cuiniiir <<a cra\Htr, et n«' ha\ait n* (in'il (Iriiiamlait. » ( I, M.). M44t«iiif le iiioiitrr furt rasiturr • t S.tiiil Stiiioii coiiiiiii' « ilanl fort Ir.iiiquiUc, et moiiUanl •|ii*; ve n'élail |>a» lui |il.iir<' i|ue lit* ne l'Aire pa^. » (XI, 3ill. > C'r«t U I4 ti rili* Hartiiirr <-t .Marais m- voinit <)iii' <iu ilrliurh cl le vi. M|c MrtUciocol- Satul biuiuu |*cn<;Uc I Aiuc.

Le Régent lui a dit qu'oui et qu'il lui feroit plaisir. Il Ta fait et, sur-le-chanip, le change est devenu meilleur.

Baron, Comédien. — Baron, comédien^ se repose plaidant tout le mois d'août , à cause des chaleurs II a refusé déjouer Venceslas pour Madame.

Bernard gagne chnt millions. — Le bruit s'est répandu que Samuel Bernard a gagné cent millions dans les seules actions d'Angleterre et plus. Car 1,700 mille livres sterling, par le change d'aujourd'hui, montent ci plus de cent millions.

Mercredi 31. — Après la parole, donnée dans les conseils, que l'on ne toucheroit point à l'argent, on a été bien étonné de voir en ce jour l'argent augmenté considéral)lement. L'arrêt est du 30 ; on l'a afGché ce matin 5, et publié seulement sur le soir. Le louis qui étoit à kO fr. 10 G. est à 7*2 fr. et il devoit être à 36 au premier d'août. Les louis de 20 au marc ( de Noailles ) sont à 90, etc. Lesécusà 12 fr.. les anciens écus à 15 fr., etc. Les louis d'artrent à i fr. et les livres à 40 fr. Celte a us me ntalion a, en même temps, fait augmenter toutes les denrées, et il n'y a plus de pri.x à rien. Cela doit durer jus(|u'au 1"^ septembre, auquel jour les diminutions sont indiquées. On n"a pas un seul moment de li.xe, et celle incertitude* des affaires marque celle du gouvernement.

Le billet devient un peu meilleur; ceu.\ de 10 fr. sont au pair.

Le Kégent a dit au bailly de Mesme , ambassadeur de MaltC; fivre du pi'emier Président, qu'il étoit très-content de ce (ju'ilavoit fait et qu'il pourroil le lui dire. On a vu la déclaration de la translation imprimée au Louvre avec l'enregistrement. La Bégence n'est point difficile sur cette action du Parlement, (pii est un monument immortel de sa fermeté et de son droit. « Il fiiut les laisser dire pourvu (ju'ils nous laissent faire,» disoit le cardinal Mazarin. VA tuis»;i. iU ne s'c'u conlraigne'nt point.

:{&ê MKMOIHES DF. MATHIEU MARAIS.

M. de Creil, qui t^toit à la Hochelle, est à Melz. Intendants nouveaux : M. Amelot de Chaillou à la Rochelle, le ni-ésident Boucher A Bordeaux ( au lieu de M. Dodun, dont les Bordelais nOiit point voulu, parce que son p4^re, homme d'affaires, y avoit voulu établir autrefois des impiMs dont on s'étoit plaint i M. Brunet d'Evry, nn Au Vf ri: ne.

PoNToisK. — l*in Mii;u i'hksident (1). — Le premier Président tient à Pontoise une table de 30, VO et justiu'à ôO couverts, qui n'est pas délicate à son ordinaire, mais on y a, en quantité, poulets, poulardes, chapons, alovaux, giifots et autres telles viandes pour la nécessité de la vie. Il est logé dans la maison du duc d'Albret, qui est très-belle, et où il y a un jardin magnifique. Il s'y porte très-bien et y est fort aimé. On joue un lansquenet aux vingt sous sans passer davantage , et quantité de quadrilles qui est une liombre à 4. Le Régent a offert au duc d'Albret tel appartement (ju'il voudroit choisir à Versailles, pour le dédommager de sa maison de campagne, qu il a cédée au premier Président. Le duc l'a remercié. Le Parlement, content de ce (ju'il a fait en enregistrant la déclaration, attend son sort tran(iuillement et se pré- \Mve à rendre la justice.

I'rinckssk ukC^onti. — La princesse de(^onti, craignant pour son fils (piehpie lettre de cachet, dont le bruit s'étoit répandu à Paris, a voulu s'en expli(|uer ;ivec le Régent, qui, d'abord a fait le réservé, et a dit deux ou trois fois à la princesse : « Ne me faites point parler sur cela. » Enfin, prt:bséde parler, il a dit : « Je méprise si fort tout ce que Ui prince de Conti peut dire et faire que je ne me mets |>oifit du tout «Il peine d'y donner ordre et vous [)ouvez l'assurer. Madame, qu'il est en toute sûreté de sa personne, t»

fl) Voir iiir le luxe et le» feslinn de ci-lte villrnialiire forrre «le PontoiM, ■arbier, 1. 1, M.

TLIILLËT 1720 :i.-,9

Avocats. — Les avocats ne vont point à Fontoise, ni dans aucune juridiction du Palais à Paris, non pas même à la Cour des aides, ce qui rend les juridictions inutiles, et la justice sans fonction.

Translation de l'agio a l'hothl de soissons. — Ce jour, on a établi, à l'hôtel de Soissons (l)le commerce du papier, qui a été transféré de la place de Vendôme. Le nouveau lieutenant de police, M. de Baudry, en a fait Touverture, avec trompettes et fanfares, et on a publié un règlement, arrêté au conseil, le -22 juillet, qui contient la police et sûreté de ce commerce. Le règlement date une ordonnance du 20 juillet qu'il faut voir. La translation du Parlement est du 21. La place est le jardin de rhôtel de Soissons, où on a bâti plusieurs loges de bois, closes, fermées, et numérotées, où se fera le négoce; chaque loge se loue 500 fr. par mois; il y en doit avoir 150. C'est au Prince de Carignan que tourne ce [)rorit. Le reste du jardin demeure vide pour former la place. Le règlement contient plusieurs articles, entre autres qu'il y aura deux corps de garde, l'un pour les officiers, l'autre pour les soldats; qu'il y aura deut portes, l'une à la rue de Grenelle, l'autre à la rue des Deux-Écus, et A chacune, deux Suisses de la livrée du Roi ; que rassemblée ne se fera que les jours ouvrables ; en été, depuis sept heures du matin juscpi'à sept heures du soir; en hiver, depuis huit heures jusqu'à cinq. Déténses de négocier, après ce temps, à peine de prison et de 3,000 fr. d'amende. Défenses de négocier hors l'enclos des bureaux numérotés pour éviter la perte des portefeuilles et pour y avoir recours, en cas d'erreur de calcul, à peine d'être exclu de l'assemblée. Kt aussi défenses, iitousartisans, ouvriers, colporteurs, gensde livrée

(I) Aujourd'hui la Halle au Blé. Cet hôtel, iltunoU eu 1730, a>ait cic b^ïli par Catherine (Jp Méclicis. Voir Mémoires de la Régence, III, »; — Saint-Simon, XI, 32b.

SftO RÎÏIMOIRES DE MATHIEU MARAIS

OU sans aveu d'y entrer, sous peine de prison et de [)lus grande peine. Il n'entrera dans la plaee d'assemblée aucuns carrosses, chaises i\ porteurs ou autres voitures. — Voilà i\ présent notre Parlemeiit. On ap[)elle déj;\ ces lo^es Les Petites Maisons, à la ditïérence que les fous sont dehors, et (pie les sajj;:es sont ceux qui sont enfermés.

Bii.LO.>. — Cg même jour, a été publié Tarrèt qui an^nienle les espèces de billon. I^a pièce de 30'* aura cours j)our cinq -sols : anciens sols 3* 6* au lieu de *2. ïa\s sols de cuivre 32' au lieu de 10. Anciens liardsS' au lieu de i'', jus(ju'àce qu'il ait été autrement ordonné.

IhLLKT 92 pour 100 fr. — On donne, sur la place, de lartrent pour les billets, 10 fr. pour le billet de 10 fr. et 92 fr. pour le billet de 100 fr.

Paï.ais — On a levé sur le midi la garde des Mousquetaires qui ëtoit au Palais, et il n'y a plus du tout de gens de guerre et encore moins de gens de robe. Les filles du Palais pleurent le départ des Mous(juetaires, comme les fdles de garnison le départ des officiers. Le camp de Charenton va aussi être levé. Le Roi en fera la revue, et A'erra des soldats bien déguenillés. Ils s'étoient préparés à se refaire dans le pillage de Paris ou du Parlement. On les craignoit tant, dans le faubourg Saint-Antoine, que la plupart des habitants avoient déjà retiré leurs effets dans la vUle

Vendredi^ 2 août. — Actions, Vî)80. billets dk 100 fr. PAYKS. — Le^ eliinues ont été ouverts et l'on donne 99 fr. pour le billet de 100 fr. ; les 20 sols sont pour le droit de change. Sur la place, on ug donne que 92 fr. Ce sont là les moyens convenables poiii retirer l(;s billets |)orlé.s dans l'édit «pie le Parlement a refusé, et il ne se tronipoit pas, puisque cette augmentation de moitié sur Pargenl diminue la moitié du billet. On est si aise de

voir de l'argent que l'on s' y étouffe, malgré la diminution.

Arrangkmknts proposés. — Gazktte. — Dans la dernière (yare?/ef/e^o//rt/î(/e, on amis les arrangements proposés au Parlement le 18 juillet, et qu'il a refusés.

1" Le Parlement approuvera les conventions faites par le Roi avec la Compagnie et celles de la Compagnie avec les particuliers. 2' Le Roi rétrocède à la Compagnie les ïS millions qu'elle avoit rétrocédés au Roi, au moyen de quoi, plus de rentes sur la ville. 3° La Compagnie recevra un milliard, en compte ouvert de la Banque, dont elle donnera deux et demi pour cent de bénéfice pour VOO millions et 600 millions sans bénéûce. i° Création de cent mille actions sur la mer du Sud sur le pied de 9,000 fr. l'action , payable de mois en mois. 5° Les anciennes actions se nourriront par elles-mêmes, sur le pied de trois pour deux. Le tout sera enregistré au Parlement.

Manifkstk de la Régence. — On a fait courir des billets qui disent que c'est la faute du Parlement si toutes affaires ne sont pas finies et arrangées, et que la Régence est en état de prouver : 1" Que les dettes sont diminuées de 20 millions par an. '1° Les revenus augmentés de 6 millions. 3o Le peuple soulagé de 17 millions 600,000 fr. par an, sans compter la remise du dixième des impositions jusqu'au l"""" janvier 1719, et le payement des dettes désespérées. Ces preuves seront rendues publiques.

Albérom. — Le cardinal Albéroni est toujours caché sans qu'on puisse découvrir où il est. Il a envoyé au Sacré Collège deux apologies de sa conduite, que l'on dit très-solides. Son procès n'avance point. L«' cardinal Tolomei, jésuite, a parlé pour lui.

Le DUC DE Richelieu. — On parle fort (dit la Gazelle de Hollande deviùèva) du mariage eiilre un duc et une princesse, que l'on dit avoir été fait à Vincennes. C'est du mariage du duc de Riclulieu et de la [)rincesse de (^lia^ rollois, dont elle veut p;irler. ( Souvellc fausse.)

3flî MKMOIRKS ni M VllIlKH MARAIS.

\i;n^i — Kkmks 1)1. i.A viLLK. — Arrêt du :M juillet (publié aujounriuii , ijui («riloune (pf^près le dernier août on ne sera plus reeu à porter à la Ville pour les rentes, et que Iesur|)lusîipp;utien(h'aàlaConipaL:nie. Qu'aussili^t après le dernier aoilt pour Paris, et le 15 septembre mnir les provinees , on ne recevra plus de billets de banque en eomptes courants, et que ce qui manquera sera rempli par la Compagnie. Néanmoins, les billets de banque» continueront, après ces délais, d'être reçus dans les payements, jusquW ce qu'ils soient entièrement acquittés.

Po.xTOisK. — Par une lettre de Pontoise, j'ai appris que la Chandjre des Comples et la Cour des Aides ont envoyé leurs greffiersen clief complimenter le Parlement sur son exil, et prendre part à sa disgrAee. La Cour des monnoies va aussi envoyé son greffier en chef, ;\ mêmes fins, quiaété très- bien reçu. On ne sait ce qui leur arrivera. On ouvre les audiences, maispersonne ne se présente. LaTournelle ira son chemin : il est arrivé aujourd'hui des prisonniers à la Conciergerie qui seront jugés demain et lundi. M. le Premier Président a toujours une cour de 250 personnes, qui ne lui demandent rien, et qui ne cherchent quM lui rendre leurs devoirs. Il est aimé et adoré delà compagnie. M. le Procureur îrénéral a donné des ordres, pour les provisions de F*ontnise, qui font croire (pi'ils y resteront longtemps Le lansrpicnet est retranché chez M. le Premier Président. Ia»s présidents à mortier tiennent table. La plus délirate est celle de M. De Maison^. M. Dupré de Saint- Maur, cons»ilI»'r de la Grand-Chambre, est très-malade de la rou^'^eole. Un hupiais du I*. de Fourcy s'est noyé en se baiu'^narit. M. 1» Premier Présid<*nt a fait mettre au cachot de II X de ses lacpiais, qui s'étoient violemment battus. Les lK)Ur^'eois de Pontoise offrent tout ciî cpi'ils ont, mai- .soris, mr^ubb's, etc. Ix*s denrées sont autrnwutées de moitié depuis Taugmenlalion de l'argent.

M. de .Novion seul n'a point été d'avis de la modification mJMî wjr l'rdit cpii trinsfère, et s'est absenté de Pon-

toise, pour n'être pas présent à l'arrêt. C'est iM. de Blainont, président de la V""', qui a fait et dressé Tenregistrement.

Samedi 3. — Actions i8V0. — Les nouvelles gagnent 7. — Les changeurs n'ont donné que peu d'argent le matin, et n'ont point payé le soir sur la place, qui est un lieu fort vilain, à cause des pluies qu'il a fait ces jours-ci, et que j'ai été voir, comme étant dans mon voisinage. On payoit les billets de 100 fr. à 7 et 8 de perte, les billets de 10 livres sans perte, et j'ai vu tous les négociants de papier dans leurs loges où on entre et sort comme l'on veut et où on se met àcouvert. Il y en a qui ont avec eux dejolies femmes et ceux-là font plus daffaires que les autres.

Lundi 5. — Les lettres patentes sur le Corps de doc- /rme sont envoyées à Pontoise. Ainsi, la Régence reconnoit que le Parlement n'est pas uniquement fait pour juger les procès. MM. l'abbé Pucelle et Talibé Mainguy ont été mandés à Paris pour cette affaire. Ils sont à Paris aujourd'hui

Le cardinal de Noaillesaété étonné devoir son mémoire ï>ur la paix de l'Église rendu public. Il a demandé au Pailement de supprimer ce uiémoire; l'arrêt n'a point paru, mais il a été envoyé à Kome, où l'on souhaite fort que l'accommodement se fasse àces conditions. M. Maffei a fait des plaintes contre les curés, qui ont fait quelque soulêvrment dans les Calendes. Quelques évêques ont fait un mémoire, pour répondre à celui du cardinal de Noailles; d'autres s'éloignent de l'accommodement, à la vue de tout ce manège. L'évêque d'Auxerre s'est retiré à son diocèse ; celui de Chalons s'y retire aussi. L'Kglise est en bonm's mains.

•Le duc de Kichelieu esta son régiiiienl^ a Uléron <n Béarn. Il y doit rester quelque tenq)s. On dit que mademoiselle tie Charollois ayant dit à madame la Princesse, sa grand'mère, qu'elle étoit grosse, elle hii a r«''p()ndu : « Ehhien, ma fxUc^ il faut accoucher, n

sft4 MFMoinrs i^p MMiiir.r mmwis.

DtMix ^'ens lif livrer de IVnvoyc de Franco a GC'nos ayant éiv arr»Mt^s sur un mauvais jMvtoxtc, l'oiivovr ru a Hnnandt' n'iKiratiou avec liauleur, cl a dcclarc (juc si, dans trois jours, on ne la lui laisoit, il oteroit ses armes de <lessus lelVdaisetse relireroit sansconué. La UépuUlique, i|ui se souvient du iïombardement. lui a envoyé deux députée : MM. IVdhi et f.rimaldi ; a l'ait mettre en prison le clief des sbires et rol'ticierde la patrouille, pour leur Taire leurprocès, et a obligé le général des armes (Spinola), (pii a la seconde charge de la Képubli(pie, d'aller lui annonceur sa faute, etdese remettre à sa protection et générosité de conserver sa charge (jui est de sa famille. Cela a été fait, et l'einoyéen a usé avec autant de modération (pi'il avoit d'abord fait paroilre de fermeté.. Cet envoyé s'appelle Chavignyet s'est dit, avec son frère, d'une grande niaison de Chavigny-le-Koi, dont ils nesontpas, et dont ils ont eu toute la honte sur la fin du règne de Louis \IV, où cette imjmsture commença d'éclater. Il lui vérifié qu'ils étoient fils d'un procureur du Koi de Beaune. Cependant, comme lis sont intelligents en matière de négociation, on s'est servi d'eux dans plusieurs occasions, et en voilà un qui vient de .soutenir la gloire de la France avee honneur diins *^n place d'envoyé. Dufourny, dîins son Histoire (jénéalotjique, p. 1633, t. Il, en parlant de François Leroy, sei- ::neur de Chav4gny, chevalier de l'ordre, dit, en propres termes : « On remarquera ici (pie, depuis (pielques années, \\ a paru à la cour deux jeunes aventuriers sous les noms du c<Mnte et de l'abbé de Chavigny-le-IU>i, (pii se disoient de celte maison. Leur iuq)0*»ture découveile. on a su que leiii véritable nom éloit Chevi.L'nard, «pi'ils étoient de iJeaune eu Hour^'ogne et (pi'ils n'avoient nulle noblesse. Ils ont été chassés de la cour et oblig«''s de s'absenter de f\ins a cause de leurs friponneries en 1710. »» (^ette note, mÏMî |iar un homme siige, est terrible, et il faut bien des audiass<'ides pour l'effacer. La généalogie est à la p 11 VO. Ces\ labbé qui est à présent envoyé, et I autre est prési-

AOUT 1720. 3(îô

dent à mortier à Besançon. L'archevêque de Cambrai ou l'abbé Dubois) est cause de leur avancement (1 .

On a plaidé à Pon toise, à la Grand- Chambre et à la Tournelle. Ce sont des procureurs qui ont plaidé. Dupin, Lyonnais, a plaidé dans deux causes. Le Parlement n'est pas bien aise de les voir, el ils n'ont pas envie d'y retourner.

On a trouvé à la porte du Palais-Royal, cette suscription. Il y avoit en tète : Devoirs des Français. — Roi à conserver. — Banque à redouter. — Héçjent à brûler. — Law à rouer.

Le Relient adonné à Law l'appartement de M. le mar- (juis d'Estampes (2), dans le Palais-Royal, pour six mois.

Gazette de Hollande. — 1" Août. — Le roi d'Angleterre, qui est à Rome, appelé le chevalier deSaint-Georges, a eu audience du Pape, avec la Reine, qui est grosse. Le Pape a nommé trois cardinaux et trois dames pour assister à ses couches. Ce roi ne veut pas tomber dans l'inconvénient du roi Jacques, son père, qui, faute d'une pareille précaution, l'a fait passer en Angleterre pour supposé. L'exemple l'instruit. La Fontaine a dit du roi Jacques : «( Les gens trop bons et trop dévoués ne font très souvent rien qui vaiMe; laut-il qu'un princr aitcesdéfauts?

Petites maisons a Londres. — Lne veuve, appelée Tuiner, en Angleterre, a l'ait un legs pour augmenter les petites maisons. Elle a su[)posé qu'il y a plus de fols que jamais, que les actions font tourner la tète à tout le monde, et qu'il lalloit accroître le bâtiment, ce qui, en effet, s'exécute. Il en faudroit faire autant en France.

Le Roi a fait la revue des troupes qui étoicnt au pont fie Charenton. Tout i*aris y a été et il n'y a une si grande

(1) \oir aussi .Saiiil-SiinoM, t. V, l.)G, XII, *^«2 a 297.)

(2) Baibier(l, ICI) ilit : comte lMiili|i|ie-CMiail»'s, comte d'Estampes, rlievalier il«* Mallr, (-.ipit.iiiii* (les naiilestiu rorps du U«'^ent, «oloiifldu n'ginu'iit île C'Iiailres, brigadier fn I7lli, mort en I73~.

366 MFMOIRKS DE MATRIFU MARAIS

asseinhltv pour i\v voir ritMi i|in vaille. Ils partent demain (1).

Les inarcliaiulist'ssont montée* ;\ un prix si excessif, que la Compa&rnie des Indes a entrepris d'habiller les troupes, d'en déeharjrer les ofliciers pour Tavenir, et on fournit t:ratuitement le pain aux soldats. Le drap commun vaut 50 fr. el (U) l'r. l'aune, la chandelle M) sous la livre, la bougie G fr.

Dans les Tristea d'Ovide, on a trouvé la Kégence et le Svstème et notre état en trois vers.

/irt/or in inctrto est ner (juidjufjiafre petatve : iHcenit : ainbiguis ars stupet ipsa tualis.

ScUictt occidtmus, nec spes nisi raiia sa/utis. Hector, leRrgent. — 1rs, le système. — Orridimus, TEtat.

A>ciK>'XES ACTIONS SUR LES FKRMKS. — Ce jour, OU a publié un arrêt, du 26 avril 1720, qui ordonne que le dividende des anciennes actions des fermes générales commencera à être payé au mois de septembre prochain, et, pour constater le proiit de l'année de bail d'Aymard Lambert, (jue les sous-fermiers et commis rendront leurs ««impies dans le courant de juin. Cejx'ndant cet arrêt ne parolt qu'en août, (^es actions étoient celles que le garde des sceaux et les Paris soutenoient et que Law, par envie, a fait tomber. On trouve dans cet arrêt, la date, d'unautrearrètjdu 21 juillet 1710, qui avoitfixé, par provision, le dividende de ces actions à 8 p. 100, lecjucd arrêt, du 21 juillet, le garde des sceaux lit imprimer dans une «ave et envoyer en province, avant (ju'on n'en ait rien pu .savoir à l*aris. Law ne lui a point pardonné c«^ coup, el I ela lui a coiilé, à la tin, la prrtc de -^a |)lac(; et de sa fa>eur.

Mercredi 7. — Hiua.nti:. — Retrait lignager sur M. do Metz, conseiller en la Cour desmonnoies, mon cousin, de

(I V,»t\nri, I, <.o.

AOUT 1720 3r,7

la terre cleBriante, en Berry, qu'il avoit acquise par contrat du 13 dejuin dernier. Il n'y a que soixante jours pour le retrait de cette coutume. Je lui ai conseillé de tendre le^iron, ayant acquis cette terre éloignée 190,000 fr. qui ne valoit pas 2,500 fr. de rentes. (11 l'a revendue depuis 300,000 fr. en billets, le retrayant s'élant désisté).

Hôpital a Versailles. — On a publié des lettres patentes, portant établissement d'un hôpital à Versailles. Le Roi dit: « Pour donner au lieu de notre naissance, que nous affectionnons d'une manière singulière, cette marque de notre piété et de notre libéralité. » La fondation est de 8,000 fr. par an ; le spirituel, dirigé sous l'autorité du comte de Noailles-, archevêque de Paris, par le curé de Versailles, et le temporel par M. Blouin, gouverneur, le bailli et le procureur du Roi et trois habitants administrateurs, qui seront présentés au Roi tous les trois ans. Ces lettres sont datées du mois de juin. Le règlement pour la conduite de l'hôpital est daté du 2 juin, et attaché aux lettres. On a mis à la fin : '< Visa Daguesseau, pour établissement d'hôpital à Versailles. » Sur quoi prenez garde que la date du sceau ne peut pas être celle du sceau, puisque les sceaux n'ont été rendus au chancelior que le 7. Le règlement contient dix-neuf articles. Le septième article porte qu'il y aura tous les jours une messe, i)ar un prêtre delà Mission, que le cur/' de Versailles nommera. Le huitième, que le curé, ou ce prêtre en son absence, pourra recevoir les testaments des pauvres en observant les formalités requises. Le quatorzième, que la connoissance des causes et procès de l'hôpital appartiendra, en toutes matières, à la (îrand'cliambre de la cour du Parlement de Paris ; et A la Cour des aides pour les matières de sa connoissance. Par le treizième, les uieubles et effets mobiliers délaissés par les paiivivs malades mourant sans enfants appartiendront à rhô[)ital. L<' quinzième, les «'xploits seront donnés dans la maison, ttc LVnregistrement fait au Parlement est pour être exé-

368 Mf.MOinrS DK M ATlllKU MARAIS.

rutô s»loii h'iii- loiiuf t't touoiir. En Parlement séant à l*onloise, le :\ août 17*20. Dans ronroizistreiiR'nl de la traiislalion, il va: A Poiitoise tn l'arleiiU'iU y séant, comme on mot onlinain-menl : A Paris en l^arlcment. Mais cola a ôlô chaniL'é. Kn t()52 on mettoit : Fait en Parlement tenu à Poiitoiso.

Piu\ m HOis ET voiTUiiKS. — Par ordonnance du nouveau Prévùt des marchands, du 2 aoùl, K' bois a été tixé pendant le mois d'août. Bois de compte neuf, 21-1 V; bois de corde, 20-î). 1" seplend)re 20, i2-8 et 19-S 1t. Au ir)soptend)re, 19-1 1" et 18-8-6". Au 1" octobre, 18-9 *[ 17-8. Au 1" novembre, juscju'A ce (ju'il soit autrement (»rd(»nné, 17-7-0" et 10-17-0'. Les voitures sont fixées par uno autre ordonnance du ô août à 30\ V0\ 3 fr. ot V fr., suivant les difterenls éloicneinents.

Vendredi 9, Gazelle de IIoll.,^ août. — Pj:stk ni: maustiLLi:. — I^a peste est h Marseille, et y a été apportée par des vaisseaux dont on a fait une fausse déclaration, pour éviter la quarantaine. Elle n'aura point de suite, parle bon ordre qu'y a apporté M. Moustier, consul. Les pestiférés ont été portés aux intinneries. Après leur mort, leurs parents et ceux qui domeuroient dans leurs mai- .sonsv ont au^si été conduits et leurs maisons murées. Les équipagesdes trois bâtiment^ pestiférés ont été envoyés à une llo déserte, î\ 2 lieues de Marseille (llyères), avec les marchandises.

ÉvÊouK i)K Mah-eillk. — L'évêquc de Marseille, grand

(I) Voir *ur c«ll»* |»e*le «le MarucilU; l'excrllenl (lia|iilr»* M <l< Lcmoiitey (I. I, I». 360) H piju»- !•• «li'lail, anrrilotitjne pliiH <|iu' iii.'.lir.il , It-s oiiManes *niT4Bl« ; lledihnn (fr la peste dont la ville de Toulon fut oj/lnjce en i:vi, |Mir U'AiilffilMiiH; l'arJH, ITiJi, in I?. —- Journal ahngc de ce (/ai i'nt paati en ta ville de Marseille^ depuis '/u>lle est a/Jlujée de la coulagtoii ; l'an*. 1771, iii I?. — Histoire dr la dernière peste de Marseille, Au. Art»» et loulon (par Mailiii ); l'ari», IT.'J?., iii-l? - rrecis /ustorn/ut de la prête de klarseille, avec liltret inédites éciites en 17?. l ri 1722 par u t 'ih/ dr cette vtlle, |Mr IrJorli'iir l,f'iii;i/iiii«T. iii-1'2, 2* p.; VnHiiillei»,

AOUT t720 .169

constitutionnel, a fait une longue ordonnance, pour faire dire l'oraison des rois à la messe. Il y dit : « Pour apaiser la colère du Seigneur, ayez recours à la pénitence, et soumettez-vous aux sacrées décisions de l'Église, moyen sur et infaillible pour, etc. » H attribue partout ce fléau aux appelants : aussi n'a-t-il pas envoyé son ordonnance aux pères de l'Oratoire , et il voudroit qu'ils fussent tous morts de la peste. C'est comme s'il disoit : « Pour les pères de l'Oratoire, la peste les crève. » Un chanoine de la cathédrale dit, de la part de l'évêque, à la supérieure des byzantines, qu'il étoit indigné contre elle. Elle répondit qu'elle n'avoit rien fait ni sa communauté pour s'attirer sa colère. «C'est pourtant à vous, dit-il, que M. l'évêque attribue les fléaux qui affligent son diocèse.» A quoi la supérieure réponditdun air tranquille : « Ainsi les païens autrefois accusoient les chrétiens de tous les maux qui arrivoient à l'empire, parce qu'ils n'adoroient pas It-urs idoles. » Le chanoine ne sut que répondre.

Nouvelle d'Angleterre que les Kégenls, en l'absencedu Roi, qui est à Hanovre, ont rejeté 28 requêtes pour faire autantde compagnies nouvelles. C'est toujours la folie des actions.

Les pères bénédictins ont élu pour leur général le père de Sainte-iMarthe, prieur de Saint-Denis, qui est un des principaux appelants. Ils ont eu celle permission du Kégent à la sollicitation de Tabbesse de Clielles, sa fille, à condition qu'ils ne parleroient point des affaires de l'Église dans le chapitre qui étoit àiMarmoutiers.

LoRUAiXK. — Le duc de Lorraine étoit près d'obtenir l'érection d'un évéché ;\ Saint-l)ié, lorsque 1 évèque de Sisteron, qui fait nos affaires à Rome ( autrefois le père Laftitau, jésuite (1)) déclara au Pape que, s il le faisoitjl

(1) Pierre- François Laflilau, <lf la Compagnie d»» Jésus, év^<|ue de Sisliron. était né a Borii<'au\ en ICSJ. Voir ^ur ce prcl.it habile, safant, mais iiilii^anl el lileilin, l)n< los, Méiiiotres secrets, t. Il, j». lââ.

370 MEMOIRES DM MAIHIKU MARAIS.

avoit ordre de sortir de Rome avec tous les François et de rompre tout commerce. Le Pape, épouvanté, envoya dire à la Congrégation de faire un dilata , et il ajouta au décret que le duc de Lorraine eût à confirmer les preuves alléguées. Cela renvoie l'affaire à une autre année. 11 y a longtemps que les ducs de Lorraine cherchent à ériger un évèché en Lorraine, où il n'y en a point.

Il y a eu un arrêt, du 23 août 1719, sur le réquisitoire des gens du Roi, qui ce fait défenses à Tévèque de Toul et autres de comparoir à Rome à aucune citation, notamment en ce qui concerne la prétendue érection d'un évèché à Saint-Dié ou ailleurs. Leur défend de prêter aucun consentement à ladite érection ni à aucun démembrement de portion de leurs diocèses. » Les gens du Roi disent que ce nouveau diocèse ne pouvoit être composé que de celui de Toul, et peut-être, d'autres diocèses, dont les églises cathédrales sont dans le royaume, ce qui diminueroit la dignité de ces églises , dont le Roi est protecteur et patron, et ils font une courte histoire des différentes tentatives des ducs de Lorraine. L'arrêt est dans mon recueil de 1719, t. Il, p. 18(3. ( Voy. le C. d'Ossat, dans ses Leilres de l'année 1599. )

Gazelle de Holl. , 6 août. — Corps de doctrine. — Les motifs y sont tout au long. Les curés du Vieux-Corbeil ont envoyé au cardinal de Noailles des motifs contre le Corps de doctrine , et demandent permission de renouveler leur appel et de protester contre le Corps. Le précis de ce mémoire est : V que les motifs de l'appel subsistent comme il y a deux ans, injure à l'Église de transiger entre particuliers, sur une affaire qui intéresse toutes les églises; 2" le Pape et les évêquesultramontains n'accepteront point ce Corps de doctrine, qui autorise les droits de l'Église gallicane en quelques endroits; 3° le Corps de doctrine condamne plusieurs propositions, justifiées dans les instructions pastorales du cardinal de Noailles, et dans le Recueil des difficultés, imprimé par son ordre;

'i-*^ le Corps de doctrine est tout occupé à précautionner contre des erreurs qui n'ont point de partisan, et il est rempli de termes équivoques, qui favorisent le relâchement et les maximes souvent déférées aux tribunaux des évèques ; 5° saint Augustin est proposé comme un auteur obscur qui a besoin d'interprétation. Il est vrai que parmi les auteurs on a vu qu'il est plus sûr de s'attacher à saint Thomas, c'est-à-dire, en bon françois, que Suarez et Sfondrate et tous les pères théologiens, qui moins sincères que Molina leur maître, ont voulu accommoder saint Augustin à leurs sentiments, pouvoient aussi passer pour véritables interprètes, seulement avec plus ou moins de sûreté ; 6° quoi que le dogme de la grâce, efticace par elle-même, ait été reçu dans toutes les écoles catholicjues sans contradiction avant Molina, on le fait passer comme un simple sentiment ajouté à celui de l'Kglise par l'école saint Thomas. Ces motifsgénéraux prouvent qu'on ne peut recevoir le Corps de doctrine^ qu'il ne [)0urra jamais donner k rKglise une véritable et solide paix, en excitant de nouveaux troubles. Ce mémoire est présenté à Urie romte /^o6er/, etsigné dans les calendes du r''juill«"t 1720. 11 y a une lettre jointe à ce niémoirc.

Aujourd'hui 9, sur les cin(| heures du soir, on a publié un arrêt rendu dès le 31 juillet qui a permis à la Compagnie des Indes de faire délivrer des souscriptions pour 50,000 actions sur le pied de i),00() fr. chacune en î) payements, le premier (•om[)tant. Les ôO, 000 actions éloient distribué<'s avant l'arrêt publié. Le motif est que c'est la voie la plus convenable de satisfaire à l'engagement qu'«'lle a pris de retirer pour (iOO millions de billets suivant ledit (rapporté sur la date du 2.") juillet , ; mais ell«* ne dit pas que, d'un autre côt<'', clic se charge de 50, 000 actions, dont il faudra payer le dividende. i)endantque le fondspayé en billets sera éteint et brûlé. Le IV, il y a m un d<Mi\iêni(î arrêt, (pii a promis «le faire »Mnoi*e -iO.OdO actions.

a:? • MFMoiRis hi Mvrtiiir M\n\is.

Valkiii. Hiiih^ I'«'> l)illi'ls sont hoauooup tombés, on peni 10 fr. sur W ImIN'I d»' 100 iV. Ceux de 10 fr. sont p.ivt's au ohanue, mais on n'en a[>procli(' pas. I.a Bantpie lait vendre Tariient, à 'iode perte, dans les bureaux de ^lu^tel de Soissons. Au Trésor royal, (|uand on a 1-i.OOO IV. à toucher, on vous donne deux billets de 10,000 fr.. et il faut rendre 8,000 fr. en billetsde 1 ,000 fr., ce qu'ils appellent les appoints, en sorte qu'un pauvre homme dont la charne est supprimée, et qui en touche la tinance, en papier trés-casuel, est encore obligé de chercher d'autre papier pour pouvoir recevoir ce mauvais pavement. La vexation paroit poussée aussi loin (pi'elle le puisse par l'invention de la Bancpie. Nicole Gilles, iians ses Annales de Frmue, dit (pfen l.*U7on chassa tous les Lond)ards , bancpiiers et usuriers, et ajoute : «Et qui feroit de présent ainsi ce seroit bien l'ait, car ils font l>eaucoup de mal en France, et, quand ils y viennent, jamais n'y ap[)()rt«'nt un ducal, mais seulement une feuille de papirr ♦n une main et une plume en l'autre, et ainsi, tondent aux François la laine sur le dos et leur font gahellc de leur propre argent. — ( Notez ce mot gabelle, qui est le plus f.>rt imposé, où Ton prend cent pour un sur le sel.) [AnnateSy fol. 103, éd. lôO-i.) VoilA bien le portrait de Lau', qui est venu en France avec ses cdculs, et qui la ruine avec son propre argent.

Il est tond>é à Ch;\lons en Champagne une grêle, du poids d'une livre et plus, cpii a miné tous les toits des maisons et les vitres, et rpiarante villages à l'entour. I^es animaux et jusqu'aux loups en ont été tués dans la campa^'ue. L<îs bourgeois de cette ville sont obligés de la faire recouvrir de paille, la tuile y étant rare et trèscht're. (^est une désolation inouïe. Les constitutionnaires vont dire rpie c'est !ine punition du ciel, parce (jue Té- \êque, frère du cardinal de .Noailles, p(;rsiste dans son appel, contre le sentiment de son frère : Punition, dit Homère, et vengeance divine. Hn ne sait trop bien pour

qui est le ciel dans cette affaire. La peste est à Marseille, où l'évèque accepte la constitution, grêle à Ghàlons où Tévêque appelle.

J'ai reçu une lettre de mon frère Latour, datée du 5, de Chassenay en Champagne, où il est avec M. Poncher, maître des requêtes, son ami, pour voir cette terre de Chassenay. Il me marque qu'il a trouvé sur une cheminée, en lettres latines : Moné pislia (qui veut dire : une seule foi).

ADIKUX SAÏYRIQUES DU PARLEMENT.

Sur l'air : De liirènt et sur l'air : De trois pauvres enfants.

Parisiens, pleurons très-fortement.

Dieu le permet, notre perte est certaine. On nous ravit notre doux (1} Parlement ; Las! il s'en va courir la prétantaine.

Pas ne vouloit à maint trompeur édit (2) Prêter {Z) la main; admirez, je vous prie. .Nostradamus nous l'avoit bien prédit.

Sur le Pont-Neuf lisez la centurie.

Quand adviendra (jue putains, maquereaux (4) Gouverneront la nation «gauloise.

Gens du sénat, bridés comme des veaux La paille au cul repajineront Pontoise.

Rois, princes, ducs, bourgeois, jeunes et.vienx , C'est à ce jour (ju'il nous faut tous entendre Du Parlement les tres-tristcs adieux.

Va\ vérité («la fait le (-(cur fendre.

(I) Doux, il m* Vesl devenu qn»' par forre. apré> l'»'\il ••! I«' lit <to jn«tK«'. ( Marais )

17) Kdtt trompeur, tre».-l)i(>n noiiunt' ' Mnrnts. .

iX) Prêter, tiMin»» «lu Clianrt-lifr. ' Marais.

(4) Broglje, >'or«' et au(rf<i, Par.ibirr. ♦'le . ' Maints.

374 MKMOinKS DK MATHIFAI MAUAIS.

Kdifw T. nuis, notre port» :i Iretous, .Nous vous ninions <ii' cfrur et de frnnrhise ; \ ous nouschnssiv., nennv, ce n'est pns vous Monsieur votre oncle a commis I.» sottise.

F.st-ee bien lui!' I^i, non, p;is tout a fait. Pe faire nn crime il n'a pas le coiirage. Sins Noailles, notre Dauphin vivroit(().

Sans f.aw aussi ne changerions de cage

ou : chan:zerions-nous de rage?

Par les leçons de sa chaude maman ,

T.e duc hnrfjnnn- [2) a fait ce bt\nu miracle.

H jure Dieu, tranche dti capitan.

Le Kégenl tremble et Lavv est au pinacle.

\dieu pourtant, petit-fils de C.ondé .

Châtre l.nssr :V ou fais boucler ta mère I.aw est par toi dignement seconde.

Mais tu n'as pas un trait de ton grand-pere

Adifii \()ii>(iis. adorable bossu 1 . Cher prince , helas ! vous pense/, a merveille. \u départir nous vous aurions tous vu, Mais au b . vous couchâtes la veille.

(*f ' Irnnie •>'l^^lalll«'. On «lit ({u'il lionna une taWalitMc cinpoisonn*')* an frtt Anr >\r lUiiirjionni'. ( Votj Saint-Simon, t. VI. ??H. ) ( Marais. ) Pas nVst hraoïn «rajoulir (pir r'rsl la nn df cph brnil» (kdifnx à la foi»*»! ridiruicK auxqiMkM* tkli'rUit la mnlujtitli* publique la plnn aviMi^lf <lr tonleii. (M. de \.. )

(1> M. le Dur qui i^f borgne. Aronel a «lit hur lui : .\n royaume dr.s •▼mcl*"» W^ bor.'n«-« Honl roi*, i Mnrntt. )

.'1< l.ntir, )nx\4n\ dr marlamt? la hurben^r merr. (Marais.; i/ Prinre il** Conli . on lui refirrKlip <Ip liantcr bh manvain IIpiiv. Il avoil |irU parti ronlre Ijiw#>|, I»* jour «le h lran-»lali«»ii. on W rnit arnM • '' Mnrnif.

Laisse la Prie (1) engloutir notre argent. Viens, Parabére <2} jouer un plus beau rôle , Sauve l'État, conseille à ton Régent De quitter T.aw, Le Blanc et la v

Cher d'Aguesseau (3), c'est enfin notre tour. Notre vertu pesoit trop a nos maîtres ; Que Dieu nous gard' que l'ennui, du séjour Pour revenir fasse de nous des traîtres.

En vous quittant, O Law ! nous pleurons tous. Pour vous revoir nous ferez-vous attendre? Sur notre foi nous penserons à vous.

Comptez sur nous lorsqu'il faudra vous pendre.

Ces Adieux font bien le caractère du temps et des personnes, et méritent d'être mis parmi les chansons historiques, que les François ont toujours aimées. Cela est d'un homme de la cour et d'un poète.

Bkbnard sk .>i.\rik. — J'aia})prisau)oui'd'liui([ue M. Samuel Bernard, Aijéde soixante-di.xans, (jni a deux fils, Tun maître des requêtes et Tautro conseiller au Parlement, se remarie et épouse M''"'deSaint-Cliamans, (ilI(Mlu comte de Saint-(^hamans, officier des gardes du corps, (jue la reine d'Espagne (sœur du Kégent) aimoit, avec qui elle lia une .miitié très-secrète, sur la route de France en Espagne, où tout se passa très-amoureusement, comme avec la fiancée du roi de Garhe, et à qui elle fit beaucoup de présents (V). Ce mariag-e a fort étonné sa famille. M"*^ de Saint-Chamaii«; qu'il épouse, est propre sœur de la première femme de

^1). M""- «le Prie, maltresse de M. !.' Dur.

(?.) M"**" <1e P^ralW're, mallresse du Hi';;ent . il vient fie passor par 1rs rfmèdes.

(3) Le chancelier traitrti, pour revenir de Fre«ne. (k) Saiiit-Sinwn. I VU. p .Ih.

S7fi MFMOIIIKS DK MATUlF.r MAHALS

second fils, conseiller, (jui a épousé, en deuxièmes noces, M'" de Boulainvilliers, fille d'une très-grande maison. Et le mallre des requêtes a épousé M"'' de la Cosse ( Frotier) (|ui i*st aussi d'une grande maison, et qui descend, direeteinent, crun grand éeuyer de France du temps de ('harles MI. La mère de M"'" de Saint-Cliamans est (Miastelelu\. qui est une très-aneienne maison deHourgogne.il est parlé dans le Journal de Henri !V {[). '2*28 ) de Mercure de Saint-Cliaiuans, baron du Péché, qui remit Château- Thierry, dont il étoit gouverneur, àro))éissance de Henri IV en l'année lôDV, et (p. 262) de François de Saint-Chamans llaulefort. (jui lui condamné à mort par arrêt de Bordeaux, du '2 mai IGOH, pour avoir fait donner lesétrivières au lieutenant général de Tulles et i\ qui Henri IV ne voulut jamais donner sa grâce. M. de Roqnelaure le demandant quand le Roi allait communier, le Roi lui dit : «Allez et me laissez en paix ; je m'étonne comme.vous m'osez faire cette requête lorsque je vais protester à Dieu de fairejustice, et lui deinander pardon de ne l'avoir pas faite. » Li famille de Saint-Chamans est originaire du Limousin. Celle de Chastelux est de Bourgogne, dont il y a un maréchal de Chastelux qui fut fait chanoine d'épée à Auxerre, pour avoir délivré la ville, et ses descendants ont le même privilège. La première femme de Samuel Bernard étoit Marie Clergeau, fdle de la bonne faiseuse rie mouches de la rueSaint-Oenis, et lui, fils d'un célèbre peintre en miniature. C'est le plus riche ])arliculier de l Kjirope. 11 a rendu ch; grands services A l'État, dans le r^gne de Louis XIV, et y a aussi beaucoup gagné. L'arfrent a fait faire tous ces mariages, et voilA ce que devient la noblesse.

Dimanche, 11 n(n'it. — Bii.lkts urui.ks. — Arrêt du 9 publié r«' jourd hui, r|ui onionne que les sieurs Augran et Vatan, maîtres des rerpiêtes, feront un procès-verbal des billets retiré^ pour lessouseriptioi.s des nouvelles actions, montant à 50 millions, pour être* bétonnés, coupés et en-

AOUr 1720 37 7

suite brûlés à l'Hôtel de ville. Ainsi, la Compagnie tient sa [)arole de retirer pour 50 railllions par mois, et comme on les brûle, les fonds des actions seront les cendres. La diligence, au reste, ne peut pas être plus grande. L'arrêt qui crée les actions n'a été vu que le 9, et le même jour 9 est l'arrêt qui ordonne l'incendie des billets donnés pour les actions, tant est grande la folie publique. Il y a dans Sénèque : De Bene/îciis, liv. 7 ch. 10, une description de papier usuraire qui est très-vive : Video diplomata, raudones et syngrapha vacua hahendi aimulacra et umbras r/uasdam avaritiœ lahorantlsqucV decipiant animummanum opinione (jaudentem, inanis avaritia' somnia, in quibus tiihil est f/uod manutenere possis. Il n'eût pu parler autrement du papier aujourd'hui.

CHANSON sur l'air : fa/' fnU une perte légère.

Le Parlement fait pénitence , je pense , De quelque grand péché.

Du testament qu'il a cassé, L'ombre du Roi lire vengeance.

— Prophétie expliquée :

Quand on verra fennne rasée , Corps en sac, cul en panier, On verra la France ruinée Par le papier.

Pour entendre cette pro[)hétie,il faut savoir qu'à présent toules les femmes se font laser la tête, <'t ne gardent que quelques cheveux couits par derrière ((u'elles font friser, ce (prelles appellent : un tignon : voilà la femme rasée. — Le Corps en saCy c'est qu'elles vont partout, el Fuême dans les églises, avec des robes longues, boutonnées et non troussées, qu'elles aj)pellent un sqc. — Li cul en panier, c'est que, depuis deux ou troisans, elles portent, sous leurs jupes, pour les rendre plus arrondies et moins platrs, une .sorte de vertugadin, (pii s'élargit foit p.ir Ir bas et (pi'elles

r,:8 Mf.MOlKKS OF. MvniIKr MARAIS.

ont pris dos foininos anuloisos. Cola s'appelle un pntiirr. Il y a endos chansons faites sur les paniers.

Juillfi. — .MKRCrRK. — I.K p. DaMKL. — l/AnBK DK

Camp. - Oando dispute entre Tal)!)*^ de Camp et le Père Hmiiely jc^suite, autour de Vllisloirr tic France. L'abbé pH'tend (|uo les deux yeux de Thistoire manquent au Jésuite, qui sont: la clironoloirie et lag'éographie. Le nouveau Mercure est rempli do leurs dissertations réciproques, où ils s^Mlisent de bonnes grosses injures. Dans celui de juillet, il y a des observations critiques de Tabbé sur la carte 'que le P. a mise à la tète do son histoire^ qui contient imo description de la Franco du temps de Clovis, où il parle de plusieurs lieux qui n'étoient point de ce temps \\ et où il ne parle point de ceux qui y étoient. H remarque une chose singulière sur la maison de France, qu'elle est d'une extraction de royauté primitive, et la seule de l'Europe et peut-être de la terre qu'on ne découvre que sur le trAne, et que tous les rois qui régnent aujourd'hui dans l'Europe excepté les Stuarts) et les souverains du second ordre sont issus, de mille en mAle, d'officiers et de 'siijets des rois franrois. Il l'oproche ouvertement au P. hani<*l, qu'en mettant Clovis pour le premier Roi de Franco, il a abaissé la monarchie, qu'il a voulu insinuer que la majesté fin trùne dr nos rois a été souillée par des bAtards rpii loui" ont succédé, que riiôrédité et l'ordre d»* la succession A la couronne ont été interrompus, les lois fondamentales méprisées, les libertés de l'Église gallirane violées. <*t (pic; l'élection a eu lieu sous la deuxième ol troisième race, A fpioi l'abbése |)ropare de répondre par un ouvraL'^' pid)lic. \j^ P. Daniel a répondu ;\ cette crilicpio dans lo Mrrcurc ri»* sf'j)ffM]d)ro. Vide ; la j)ièce est trèsvivV et curii'uso. ' ' ' *

lUvMioTK DrcKHCKAU (\). — Ixi liavigoto, sauce verte

(l) Yoif tn**i Mélange* de Honjouiftam «f /'•* f>>>-'Pt ,t,f< rr'.<.fnifr<. ptntr ê^rrtr à rhèttoire < par de In Plnrr

AOIT 1720. 379

avec de Téchalotte sur laquelle le président Ducerceau, jésuite, a fait un petit poëme, par Tordre du duc d'Albret (ilestdans ce Meraire, ]ui\\ei, p. 4-3). Cejésuite fait des vers assez facilement. On a imprimé ses poésies qui ont paru trop libres. Il a un tour marotique ; il a fait quelques vers sur l'affaire de la constitution. Le duc d'Albret Ta fait venir de Rome, où il étoit relégué, pour être préfet de ses enfants. Il pourroit se mêler d'un autre métier (jue de poésie, mais il faut que les jésuites se mêlent de tout. Ils sont à toutes sauces.

Artilleries. — On y trouve encore l'instruction pour les écoles descinq bataillonsdu Régirnent royal artillerie. C'est un établissement nouveau, fait par ordonnance du 5 février 17*20, qui porte incorporation du régiment des bombardiers et de toutes les compagnies détachées de canonniers et de mineurs, au moyen duquel les officiers apprendront ce qui concerne l'artillerie, les parties de fortification qui ont liaison avec elle, et la conduite des sapes et des mines. L'instruction est du 23 juin, signée du Régent, et très-détaillée. Il doit y avoir des écoles et des leçons de prati(|ue et de théorie. Ainsi on saura, mieux que jamais, prendre des places, faire la guerre et tuer des hommes.

Vers d'lne EAÇON NorvELLE. — Merci re, hillet 139. Cn po(4e, ncMumé Labat, a imaginé de nouveaux vers h cinq [)ieds qui n'ont point de césures au second, comme en ont tous les versa cintj pieds, et il en a fait une pièce, adressée à .M. de la Motte qui, amoureux comme il est de toutes nouveautés, ne manquera pas d'approuver cette belle poésie irrégulière. Il se plaint que.

On lit si bien qu'à torco d'étrô pure , I.n porsie acquit dans son allure rncj'rlain niouNenient toujours égal, Oouuue le tra'pu'nanl d'un \'\vu\ clu'xal \ cette allure sans cesse unilornie.

Il ne se pont qu'a la lonLMif on ne dorme .

.-At» MKMOIHKS DK MVTHn.l MARAIS.

Tout ce qiie nous disons, que nous sentons, Kniprunte divers rhythmes et divers tons.

Ce M. Lahat \\v sait pas que Koiisard a voulu faire de jKireils vers, qui u'out pas réussi, et que, depuis, Tabbé Reu'uier. m badiuaut, s'est exercé, avec le lu^iue succès sureette sorle de poésie, (jui est une vraie prose. Si ces MM lie veulent pas s'asujettir aux rèirles des po^^tes, ils n ont (|u'A être orateurs, mais bientôt ils nous feront delà prose riinéeetdes vers sans i*iines. Laissez, MM., leschoses eounne elles sont, tout n'en ira que mieux, et voyez romtufî vos camarades novateurs , écrivains du Syst«'Mne, sont approuvés par toute la France, (jui les voudroit voir pendre.

.Mkkcukk, ibid. — Ifemèdes pécifique, contre la pleurésie, donné au public, par Tordre du Récent, pour les hôpitaux du Koi. Il est approuvé par (Ihirac, médecin du Ré- ^'ent.

5 Juillel. — L«' marquis de Mailloc, de Normandie, a épousé M'"" (rHarcourt, tille du défunt duc et maréchal de France. .Mailloc est allié ;\ la maison de France par Aubert d<* Dreux, sorti de Louis le (iros, et les princes du sang ont agréé que la (jualité de cousin lut donnée au marié. Il y a peti de maisons de noms et armes (pii lui ressemblent. Il a .'»7 ans, la demoiselle -iV (1).

Lnmli \1 — Miotte, irros partisan et un second Rour- ^allais, (pie la (lliambre de justice a t(»nu lon^^lemps en prison, se promenant à (>hoisy chez madame la princesse de (^onti. vil une jeune persorme très-jolie, (pii se pronirnoilavec un«'des fiMuines de la princesse. Il demanda <pii A\f étoit. On lui dit que i 'étoit une j(Mine lille, (pie la prinrevM* éU'voit dés V\n' de (piatieans, et qui étoit d'un raraclère aimable et (run bon esprit. — « J'aiiuivie de lui rlnnnerrnrintils, dit-il. » — « Ron, reprit la daiue. votre fils

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