‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 4)Chapitre 27 sur 55 · AOUT 1720. H8S · texte numérisé non relu

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tout ce qu'il voudra et le livrer, si l'envie lui en prend. i\age toujou7\^ et ne t'y fie pas.

On a trouvé écrit sur la porte de la Banque.

Sub diversis spcciebus Sig7iis tantum et non rébus Latent rex eximix.

Chandelle. — Le nouveau lieutenant de police a fait publier une belle ordonnance sur la chandelle et les suifs, dont il se fait un monopole, entre les bouchers et chan deliers. L'arrêt est du 1 août. La chandelle est à 25 sous la livre, et cependant, depuis un an, le Roi a supprimé les inspecteurs et visiteurs des suifs, qui avoient un droit de deux sols pour livre, et il est vérifié que la consommation des viandes est plus forte de plus d'un quart depuis ce temps-là, ce qui devroit diminuer le suif de beaucoup. Il n'y a plus qu*à faire exécuter cette ordonnance ; mais le rehaussement des espèces, dont elle ne parle pas, est une grande partie du monopole, et on s'en prend à qui n'en peut mais.

Mardi 1 3, Mercredi i\. — J'ai été saigné et purgé pour mon mal d'estomac, qui me dure depuis longtemps, et ce temps-ci ne servira pas à le guérir.

Jeudi, 15 août. — Procession de Notre-Dame. — lia été arrêté que la procession de Notre-Dame se feroit à l'ordinaire, pour l'exécution du vœu de Louis XIII ; mais comme le Parlement n'est pointa Paris, tout le côté droit demeurera vide, pour marquer son absence, et la Cour des comptes et la Cour des aides occuperont la gauche. La Chambre des comptes s'est mise en deux colonnes , et a ainsi précédé la Cour des aides. Le Chancelier vouloit ([u'ils occupassent la droite; son sentiment n'a point prévalu. II est tout à fait contraire au Parlement, qui en est réduit à regretter le garde des sceaux. Ce vœu a ét«'* fait par une déclaration du 10 février 1638, par laquelle le roi Louis XIII a mis son royaume sous la protection de

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1.1 Vieri;e. Li ch^rlarationsf tnmvoau toiiu' 'l'idu }fercure français, p. -iSi. La procession a toujùiirsété faite depuis, mais le maMn* autel tle Notre Dame, compris dans ce vœu, n'a éli^nchevt^ <pie depuis peu d'années. M. Godeau s'avisa de faire une hymne française sur celte dévotion. Le père Vavasseur lit une rude criticjue de l'hymne, et Bayle a rapporté cette querelh» dans son Dictionnaire li Fartiele de Louis XIII. Ou n'a point encore vu arriver Ce (jiii est arrivé cette année, de ne [)as voir le Parlement à celte procession solennelle; car en 1()5*2, quoique la translation fût faite au moisd'août, la plusiirande partie ilu Parlement resta à Paris, et la processsion se fit.

Vendredi 10. — Constitition. — Dkcla ration du Roi. — J'ai ap[)ris aujourd'hui (jue c'est une déclaration, et non des lettres patentes, qui ont été envoyées sur la constitution. Elle étoit d\il)or(l »'n papier; le ParleuuMit y a lait des observations , mais on n'y a point eu d'éyard, et elle leur a été renvoyée en parchemin comme elle étoit. Ils ont voulu voirie Corps de doctrine ei\e mandement du cardinal, dont il est fait mention dans la déclaration. Il y a trois avis. Le premier, de la rejeter. Le deuxième, de dire qu'avant de faire droit, elle sera communi(]uée à ri'niversité et à la,Sorl)onne pour donner leur avis sur le tout. Le troisième, d'enregistrer, sans préjudice des appels faits On croit que cet avis persuadera * cela doit être décidé le mardi *i() aoilt. Les conseillers (jui avoient obtenu permission de revenir à Paris pour leurs affaires ont ordre de retournera Pontoise. C'est !•• chancelier (pii donne ces fKTinissions et ces ordres.

(IZAR. — \ji iiazetlv de llnlhtftdc du i.'t août , rapporte l'audience dr eo:i^'»' (jue rambassadeur du roi dv, i*ologrie a prise du (>,ar et sa baran;rue. Les cérémonies en sont iiiafrniliques, et ce souverain des Moscovites est un dfs plus ;»'raiids rois qui aient jamais ré^-né. Il est venu en France, il y a quelques années, et n .» piis toutes les idi*es du grand. L'ambassadeur lui dit uqu'il est obligé de

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reconnoitre que qui voit S. M. Czarienne voitlout. Le siècle présent voit avec surprise les merveilles de votre règne, et la postérité aura peine à les croire. Votre Majesté est également grande dans les entreprises militaires et le gouvernement politique. On admire ses armes victorieuses, la construction de ses flottes, de ses forteresses^ de ses villes, palais et de tant de bâtiments magnifiques; nous en sommes témoins oculaires, et nous raconterons ces merveilles en notre patrie.»

Paix de Suède et de Danemark. — Les articles de la paix, entre la Suède et le Danemark, ont été arrêtés le 30 juin 1720 àStockholm. Le roi de Danemark rend, entre autres choses, à la Suède, la Poméranic,Stralsund, Rugen, Mastrand-Wismar, et le roi de Suède renonça au privilège de ne rien payer pour les droits du Sund, qu'il payera comme les autres naiions, et donnera encore 600,000 écus en bonnes lettres de change sur le poids de 1690.

ibaoût. — Billets éteints. — Il y a eu un conseil de Régence tenu le 15 d'août, fêle de la Vierge, et on a choisi ce jour-là, comme en dépit du vœu de Louis \lil, pour achever de ruiner la France, au jour même qu'il a voulu la conserver par une si puissante protection. Dans ce conseil, il a été rendu un arrêt pour éteindre les billets de banque. Cet arrêt a été publié le 16, avec un autre arrêt du 14, qui crée vingt mille actions nouvelles, outre celles du 31 juillet. Au premier octobre, ceux de 10,000 et 1,000 fr.n'aurontpluscourscommeespèces. On pourra les employer jusqu'au premier novembre en rentes de la Ville perpétuelles, et autres rentes viagères au d. 25, aussi sur la Ville, en rentes au d. 50 sur les recettes générales, en comptes en bancjue et en actions nouvelles, dont on a encore créé 20,000 par arrêt du i'*, publié aujourd'hui 16. Passé ce temps, les billets(]ui n'auront poinl été employés seront réputés actions rentières sur la compagnie à deux pour cent, dont le Roi demeure iraraut, et dofjt le dividende sera payé à compter du premierjuillet. Al'é- T. I. 25

S86 MKMOIRH:*^ I)K MVIllIKU MARAIS.

gard des billets de 100 li . <'t 10 IV., ils piiiisoront comme es|Mu'esjusi|ireii mai 1721. Permis à toutes personnes etù tous notaires de stipuler, ilèsà présent, les payements en espèeesd^oret d*ary:ent pour sommes au-dessus de 1,000 IV. et, en ce cas, les petits billets ne seront pas reçus. Tous les biibt'i rapportés seront J)ifles, en présence du porteur, et brûlés. Le motif de l'arrêt est que le Koi veut rétablir la lirculalion des espèces dans toute retendue du royaume. Ainsi linit le système du papier, quia enrichi mille gueux et appauvri cent mille honnêtes gens. Tous les arrêts rendus depuis un an pour supprimer Tor et l'argent êloient donc trompeurs et faux, ainsi (jue tous ceux qui assuroienl cpie jamais on ne toucheroit aux billets. Les .I^/iVmj* du Parlement disent bi(Mi :

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