V:\s ne vouloit à maint trompeur édit
PrêtiT h main
I/arrêl du 27 niai, ({iii révocpu; relui du 21, porte que les billets auront et continueront toujours d'avoir cours sur le njê[ne pied. M. le Duc se vanta au peuple d'avoir fait mettre ce terme de toujours dans l'arrêt, pour «n marquer l'assurance et la fermeté inviolable. L'arrêt du 11 juin les avoil réduits à 500 millions, pour circuler comme espèce^, à la (in de décembre. On s'est joué de la France, avec toutes ces fausses paroles, et cela aboutit à l'extinclion totale du papier, à Lujuclle on .avoit dii s'attendre, après avoir lu celles des billets de ujonnoyc et des billets d'Ltat; inaisle François est incorrigible, et (pi'il n^vienne demain un autre Lasv avec de nouveaux billets, on y courra encore ; cependant voilà la paix faite avec l'or et Par^'enl, el le Kégenl avoit toujours dit (pi'il vouloit faire la Kuerrt; a l'or. Gel arrêl en est comme le traité de paix, dont Liu el ses aftidés sont les pléni|)olentiaires, et l'or qn*} Ton a pris eai deuieuré prisonnier de guerre.
Pd^TuiSK. — Dans tout celuon se pass<; du Parlement, (pn^ Ton lient loujoursexilé à Pontoi.se, où on ne fait que boirr,
manger, jouer un jeu énorme, qui ruine tous les jeunes gens, et pendre par ci par là quelque criminel. Ilsontcondamnéau pilori un limonadier de la rue de la Harpe, qui avoit emporté cent mille écus au sieur Godefroy de Saint- Malo et qu'ona rattrapé à Lyon. Il a été pilorié le mercredi 13 à Paris. On a vu avec surprise à Pontoise, le jour de la fête Saint-Ignace, dans l'église ou chapelle des Jésuites, le président de Lubert jouer du violon à un motet, M. Tubœuf conseiller, jouer de la viole, et un autre conseiller, chanter, contre la bienséance de leur magistrature. Les joueurs jouent, les musiciens chantent, les autres s'ennuyent et tous voudroient être hors de là. Les Koués ont dit qu'il falloit les envoyer à Fresnes, qu'on leur feroit faire tout ce qu'on voudroit. Le Chancelier perd beaucoup de sa réputation. Sa vertu n'a pu résister au torrent qui Fa emporté. Le Régent disoit ces jours-ci sur une affaire où il trouva des expédients qui avoient échappé à d'autres : « M. Law, je vous avois bien dit qu'il n'est rien tel que ces dévots, on en tire tout ce qu'on veut. »
Place. — J'ai été dans la rue de Grenelle, proche la place, où on n'entroit pas à cause de la fête. Tout Paris étoit assemblé dans cette rue sur le bruit de Farrètqui éteint lesl)illels. Ceux de lOOfr. perdent 25 ; on ne donne que 550 fr. du billet de 1,000 fr. On perd 180 fr. pour couper un billet 1,000 fr. en billets de 100 fr. etlOfr. J'ai acheté une action nouvelle ou souscription 1,050 fr. Tout le monde est fou et ne sait ce qu'il fait. Law a dit que les choses auroient été sur le meilleur pied, si Tarrét du 2J mai, de réduction à moitié, avoiteulieu; et cela est vrai, mais on craignoit pour l'autre moitié.
I'kste de Marskillk. — La peste continue à Marseille, et ilsont aussi la famine, car ils n'ont ni vivres ni argent; les bourgeois n'ont pu aller à leurs bastides; ils ont négocié leurs piastres à iï fr. 10 sous; il ne leur reste (pic du papier. IwC parlement d'Aix a défendu la communica-
3«<ïl IIDIOIHES DK MAI lilFX MAllAlS.
tioii, !k)us piiiie (\v la vie. Tous les voisiiis sont sur leurs ^ailles; c'est un vrai enfer ([ue d'ùtre ainsi sans secours et sans espéranee. Ou dil que Tévéque y fait merveille. L'orijrine de cette peste est bien uiallicureuse. La peste étuit ;\ St^yde ; une Françoise et plusieurs marchands se retin'^rent dans le chftteau avec des marchandises. Cette Françoise, (jui taisoit broder un habit à la tunpte dans la ville, attachée comme toutes les femmes à sa parure, voulut avoir sa robe, et se la lit apporter dans un panier qu'elle tira avec une corde. Elle ne fut pas habillée que la peste la prit, et elle mourut au bout de trois heures. Tous les autres sortirent du chi^teau, dans un petit bAtimentavec leurs marchandises, et abordèrent ;\ Marseille, où ils ont porté la peste qui afflige aujourd'hui cette ville. Voilà le second tome de la fatale tunique que le centaure Nessuè donna à L)(''janire et (jui empoisonna H.-rcule. Télém.,{. 2, 85, édit. 1097, in-12.)
Il avoit été résolu, dans les derniers conseils, sur la fin de juillet, avec les banquiers, de ne toucher ni ;V l'argent, ni aux billets. Nous ne sonunes pas à la mi-aoùt, et l'argent est augmenté de moitié, et les billets presque éteints. Fiez- vous aux princes.
Sametli 17. — Actions \8()() , non c. souscription,
iMudi lî» — Clkr<;k. — Le clergé n'est pas plus lidèle à sa parole que les autres. Omnis caro cornipit vlam suam. par un arrêt du 9 juin, leurs rentes avoi(;nt été rétablies à deuxpourcent. Pai'deuxautres arrêts du 22 les bénéficiers et roinmandataiies y pouvoient porter leurs fonds. Plusieurs personnesavoient faitce rétablissementet y avoient |K>rté leurs billets. Et voici que le clergé, i\ qui on a, depuis, pn'fté fie l'argent sans intérêt, rcmbour.«e ces nouveaux contrats, que lui-même a fait rétablir, et les rentiers «»onl obligés de se jKiurvoir ailleurs. Ceux (jui prêtent au eler^é relir«,Tont leurs fonds en argent, dans (|url<jues anmVM, en un ou plusieurs payements , et ils ne s'atten-
(loient pas qu'il seroit sitôt permis de faire des stipulations payal)lesen espèces, comme de leur côté les rentiers ne s'attendoient pas à ce remboursement ou le clergé ne garde aucune justice. Il pourra bien s'en ressentir, au prochain don gratuit ; car s'il ne doit plus rien, il sera plus en état de donner au Roi. 11 n'y a plus nulle part équité, bonne foi, ni religion. Remotâ jusliia, nihil sunl régna nisi wagna lalrocinia.
16 Aoùl. — Gazette DK Hollande. — Les journaux sont faits pour marquer les événements singuliers. A Dublin, un officier major, entrant dans la salle basse de sa maison, où étoient ses deux fils, un de 12 ans, l'autre de 10, remit à chacun d'eux un pistolet à balle et leur commanda de tirer l'un sur l'autre. Ils refusèrent. Ce père dénaturé tira son épée et dit que s'ils n'obéissoient pas, il la leur passeroit au travers du corps. Un des fils tira et tua son frère. La mère étant arrivée au bruit, l'officier la perça de son épée et se perça lui-même, et '\h moururent tous deux quelques heures après.
i^aOÙt. CONSTITITION, ACCOMMODEMENT. Lcs CUrés du
doyenné de Chelles ont écrit une lettre auCardinal contre l'accommodement, et disent qu'il ne le recevront pas; 1" parce qu'ils ont déclaré plusieurs fois que la Constitution ne peut être reçue, de quelque manière que ce soit, ni avec Explication ni avec le Corps de doctrine; ce seroit la [)lus grande prévarication dans la foi d'y varier, -i" Parce qu'ils ont apprisque le (lorps de doctrine favorise et traite, avec des ménagements incroyables, des erreurs sur le dogme et la morale et fortifie des préventions contre les personnes attachées aux règles de la discipline, et, par des termes vagues et é(juivoques, laisse indécises les questions les plus impoi'tantesdela religion. {(Mazcttc de Hollande^ 16 août. La lettre y est entière. ") 3" Le pape ne souffrira pas des explications (pii mettent à couvert la vérifCy conmie si , selon les principes, une (Constitution pouvoit jamais donner atteinte à la vérité. La condam-
IM Mf.MOlKFS DE MATHIEU MAKAIS.
nation que le \M\n' vient de faire de la lettre cireulaire du Cardinal, pidtliée et affiehée à Konie, en est une premièivàla réunion des cd'urs et des esprits. aEntin, il n'y avoit (pie deux partis ; il y en aura quatre. Ceux qu'un attat luMuenl simple et sincère ;\ la vérité et le respect du tribunal derÉulise. déj;\ saisi de celte inq)ortante affaire, entailleront i\ ne jamais se départir de leur appela formeront le premier; et nous osons dire que ce parti sera resi>ectal>le nièmeîV Votre Éminence. Le 2* sera composé des constitutionnels zélés, qui font marcher la Bulle presque de pair avec IKvanuile, et qui veulent (ju'on la reçoive sans niodilications. Le 3** sera di^saccommndimls, A la tête des- (piels sera Votre Éminence, le plus nombreux i)eut-étre, mais non pas celui <pie l'amour pour la vérité et lajustice rendra plus recommandahle. Le V" sera de ceux qui, ne voulant pas trahir leur devoir ni déplain? î\ Votre Éminence, demeureront dans une espèce de neutralité. Mais ceux mêmes qui entreront dans l'accommodement ne seront pas d'accord entre ("u\ sur le dogme et la morale. VotreKminencenelecroitpas; nous pouvons l'assurer (pi'il n'v.i jamais eu plus de troubles dans le clergé et plus de divisionentre les différents partis (jue depuis que l'accommod«'m«'nl rst conclu. C'est là, Monseigneur, une parli'drs motifs (pii nous font croire que cet accommodement sera très-nuisible à l'Église; que si Votre ÉmïHence n'est point touehéede nos justes remontrances et (ju'elle veuille pa?wer outre, nous l.i sîij)j)li(nis de Iroiivcr bon que nous ne prenioiix aucune inirl à celle offense et que iious demeurions inriolahlewent (illnchés àvotre apprl. »
iK'puis (|ii(' l;i innisoiHJ'i fîoi
Mil !«• vii.it «'Il (li'sarroi,
haiiH l'aris l'on Inil rude fturrre.
Xwp iifw KH'Tn*'rj» v.iill.'imment Onl rlHopr I»' l'.irlcfDiiit, Sans cl«'f:;ilin'r !♦■ «'iiiu-lcrre.
AOUT 1720. 3dl
Leur camp se fait à si grands frais Chez les marchandes du Palais, Qu'il ruinera les mousquetaires.
Trop heureux attendant la paix, D'être des maris désormais Fidèles commissionnaires.
Tandis que le marchand parti Vogue jusqu'à INIississipi Pour y rétablir leurs affaires.
— Les Marseillais disent qu'ils n'ont pas la peste ; que c'est une fièvre verminée, et que, si on ne leur apporte pas des secours et des vivres, ils sortiront 50,000 en armes et en iront chercher à Aix et dans toute la Provence.
Mort de madame Dac(er. — Madame Dacier, si célèbre par ses traductions et principalement de V Iliadeet de 10- ^j/.s.sëe d" Homère, est morte le 17 de ce mois. Elles'appeloit Anne le Fèvre et étoit lille du fameux Tannenuv Le Fèvre. Tanneguy Lefèvre étoit de Caen. w Tanneguy Lefèvre, qui, après avoir été 30 ans ministre en Suisse et en Angleterre, avoit embrassé la religion catholique, et qui étoit distingué par sa capacité dans les langues et dans les mathémati(jues, est mort à Saumur, ces jours /ms.sés, -dans de grands sentiments de piété, » dit Eusèbe Kenaudotdans ssi Gazette dn-lï décembre 1717. C'étoitle frère de madame Dacier. Il y a quaranteans qu'elle avoit «'pousé M. Dacier. Leur mariage a été secret pendant quel{|ue temps; ils ont eu trois enfants; une religieuse à Longchamp, une autre tille qui est morte jeune, à 19 ou 20 ans, et dont madame Dacier a fait Télogc dans la préface de son !fomère, et un fils qui est mort à 9 ou 10 ans. {Uibl'iolhèquc française y 1723, in-12 Amstel., tome 1, article 1 et 2.) Personne n'a mieux connu le mérite des anciens; elle a soutenu leur parti fortement contre les La Motte, Terrasson et autres novateurs tjui ont écrit pour les modernes. * Bibliothèque (jprmauiquc, p. 155 et 150, t. .'L ) Son mari lui est
89? MEM0IRF:S Dt MATHIEr MAUAIS.
de l)eauc(>up inférieur en style, en i;oùl et en i^rAccs. C'êloit le sentiment iL' Despréaux, qui disoit que Daeier n'étoil qu un ^ranunairien et que sa femme ëcrivoit mieux que lui. Il y a une anecdote assez particulière dans sa vie. Elle avoil épousé en premières noces un nommé Laisner, libraire de Saumur; elle étoit veuve de ce libraire lorsque monsieur Dacier, Tépousa , et eepend.mt, elle a toujours passé pour une fille, jusqu*à la déclaration de son mariage avecDacier, et a toujours rais à la tète de ses livres le nom de mademoiselle l>efèvre. J'ai su cette particularité d'un gentilliomme de Saumur, qui Ta vue avec son premier mari, et qui m'a e«>iîlé l'histoire d'une galanterie avec un officier suisse, dont son mari étoit très-jaloux. L'amant le maltraita, et le mari mourut quelque temps après. Elle étoit déjà veuve, lorsqu'elle fit, en 1681, la traduction d'.l/iacreo/i, dont Despréaux parle dans sa préface du sublime, et où il l'appelle ceiie savante fil le. [Jug. des savants, tome 3, 563, tome 4, 654.) M. Baillet dit qu'il eut été à souhaiter qu'elle eût eu autant d'égard à la pudeur qu'à la curiosité des personnes de son sexe, qui ne savent point d'autres languesque la leur, (piarid elle leur a traduit les monuments de la galanterie et du libertinage d'une fille (de Sapho) quel'anlicpiilé considéroit plus pour son esprit et sa délicatesse que poursa sagesse etsa modestie. En 1686, M. Baillet, dit (p. 754) : « Cette dame qui a changé de nom depuispeu. » Elle étoit pourtant mariée en 1678, ou on le disoit ainsi (l. ô,Juy. des «.,105). Son mari et elleontété loués dans un édil, et c'est un honneur bien singulier. Ledit qui |K>rte la réunion (Ut la charge de garde du cabinet des livres du UMivre, dont étoit revêtu monsieur Dacier, à c^îlle de garde de la bibliothècpie du Koi (du mois de janvier 1720, registre au Parlement Ir 2 mars suivant), dit du mari « qu'il s'est accpiis unegrande réputation par un ^rand nombre «l'ouvrages dignes des éloges de toutes les nations ». Et de la femme, m que le Koi a bien voulu lui
marquer,, par une grâce singulière , l*e^//mequ'il faitcVune personne qui a su joindre, à la vertu et àla modestie de son sexe, ce queles talents et Férudilion, héréditaires danssa famille, ont de plusdistingué. » Cette grâce estque, nonobstant la réunion, M. Dacier doit exercer la charge pendant sa vie. jouir de tous les droits et avoir son logement au Louvre, lui et sa femme; et dans le cas du décès de l'un ou de l'autre, le survivant en jouira; leur faisant de ce présent don par forme de récompense. Outre cela, monsieur Tabbé Bignon, garde de la bibliothèque du Roi, leur donne 30,000 livres pour le brevet de cette charge. Les polissons chantent dans les rues.
Pour ne vouloir pas vivre à l'écossoise
En s'en allant, le Parlement a dit :
Il n'y a que six lieues de Paris à Poutoise , Il n'y a que six lieues de Poutoise à Paris.
Law. — Law est sorti du Palais-Royal et retourné chez lui, dans sa maison, rue Neuve des Petits-Champs, le dimanche 18.
Dacier. — R^yle, dans les Nouvelles de la république des lettres (novembre 168V, p. 976), annonce le mariage de monsieur et madame Dacier, fort plaisamment à sa manière. «Nous avons parlésouvent, dit-il, de mademoiselle Le Fèvre, dans le n" de ce mois, sans savoir qu'elle a perdu ce nom là, depuis plus d'un an, par son mariage avec monsieur Dacier, qu'elle vient même de rendre père d'un garçon. Nous avons appris ces deux circonstances en même temps, et ce n'est que d'aujourd'hui que nous les avons apprises.» (Voyez surce mariage /rt/i/6/. (rançoise, t. I, art. 2. ) Le voyage que monsieur et madame Dacier firent à Castres, la patrie du mari, peu après les noces, et le séjour qu'ils y font encore ont pu faire ignorer ce changement de condition. — Kntre auteurs, on ne se regarde pas tant comme mariés ou comme pères que comme faisant des livres. La républi(jue des lettres n'entre point
S94 MKMOinES DF. M XTIIIKT MARAIS.
clans les mariaircs ni ilans les accouchements; ce sont des choses qui ne hii servent île rien. Aussi les nouvellistes tle eet Ktat-là n'en .sont |>as ponctuellement informés.
Suivant cette .V<>J/ré'//f, ils auroientété mariés en 1083, et cependant il est certain que la religieuse de Longchamp a plus de '»() ans. Aussi dit-on dans Tabbayc (ju'elle y a été mise pour ciicher sa naissance. La traductrice de Siiph»» et d'Anacréon devoit être instruite dans la galanterie; on a pourtant immortalisé sa modestie et sa vertu par un édil.
Mardi. 20 août. — Pahaiikre (1). — A la place de Law, madame de l*arahére est venu4- loger au Palais-Koyal ; elle est grosse à pleine ceinture, et est à la vue de tout le public, à l'Opéra et dans la propre mai.son de madame la duchesse d'Orléans, qui souffre tout cela sans rien dire. C'est une princesse d'un tempérament froid et trantjuillc, que rien ne trouble et qui ne fait que des filles.
be Régent a pensé périr en passant le bac d'Asnières. La corde s'est rompue; il a donné M)i) fi'. au baqueur, et veut que sa maltresse change de maison.
Marskillk. — L'étal de la ville de Marseille a touché la cour. ()n a envoyé quatre mille louis ;\ M. le Bret, intendant de Provence, pour h'ur distribuer avec des petits billets et des remèdes. Les médecins ont fait ouvrir les corps morts; on les a trouvés pleins de vers. On a misées vers dans de Teau froide, dans de l'ciu chaude, dans du vinaigre, dans du vin, dans l'eau-de-vie; ils ne sont pas morts. On les a mis, p<mr dernière expérience, dans du eilron cl de Thuile, ils sont morts, et les médecins croient avoirtrrmvé un remède ;\ cette maladicM^ontagieuse (ju'ils disent n'ètn' pas la peste.
|*f(i\f i^v«.p iiK (^oNTi. — M.idainc la princesse (h; (>)nti «•sf . ! MM- d'un prince On l'a nommé prince de Mer-
\ ..., -,t \U<J4i(.' .|.- P.ir.ih^ri*. nofrp livre fl<*^ MnUrettes du Kt'grnf fin*. i»*ii(«i, nw>o;.
cœur, du nom de la terre que M. le prince de Conti vient de retirer. C'est son troisième fils. Le premier est mort. Le deuxième est né le 12 août 1717 et s'appelle le comte de La Marche. Il a trois ans.
Forge. — Lamotte. — U y a beaucoup de monde aux eaux de Forges et de très-jolies femmes. Madame de Prie y étoit. M. le Duc l'a été voir. Lamotte y a fait de froides chansons. Il n'a point trouvé là les eaux du sacré vallon. Ses chansons ne sont point venues à Paris, et Forges ne l'a point guéri de sa veine métaphysique.
Baillet. — On réimprime, par souscription, les Jugements des savants de Baillet, en 7 vol. in-V°. C'est un excellent ouvrage, dont M. Lamoignon devroit bien donner la suite, qu'il a dans sa bibliothèque et qui feroit un recueil complet de toute la littérature. Mais il craint les jésuites, qui n'y sont pas bien traités. Monsieur de la Monnoye travaille à rectifier les fautes de date et autres pareilles qui s'y sont glissées, pour rendre l'ouvrage tout à fait exact. Ménage, dans son Anti-Baillely y en a déjà remarqué quelques-unes. On donne .'50 fr. d'abord et VO fr. quand Touvrage sera fini.
Il n'y a point eu aujourd'hui d'assemblée à Pontoise, pour l'affaire de la constitution. Elle est remise à un autre jour. Le bruit s'est répandu que le Parlement doit être rappelé vendredi prochain *23 août, et ce bruit se confirme de plus en plus.
Jésuites, tragédie. — La tragédie des jésuites s'est faite le 7 août ; on y a dansé le ballet de l'Industrie, (pie le public a appliqué au temps présent. La première entrée est l'industrie pour vivre, des fleurs, des montreurs de l)ètes, des chantres du Pont-Neuf, de faux estropiés. La ^'^ est l'industrie pour s'enrichir, des Européens qui font commerce avecdes Américains, qui leur donnent de l'or [)our des bagatelles, i'.iu\ monnoyeurs, chercheurs de pimr philosophale, pays anschicaneurs, cabareticrs frelateurs. I^atroisièmr' industrie pour s'élever, courtisans plagiaires,
S96 MF.MOinKS DK MATIllI r MARAIS.
j>elHs-lil> ilfs Titans, fausses arin()iri(\^, (1rs ofliciors do i;ikTre(|uisur[u-«'niientune ville. La V industrie pour sorti ni lulani.'^er. riyssequicrt^ve l'œilà Polyphème, Grotius (|uis(>rtde prison dans un colïre, sai;es (jui contreront les fous, vivants tjui contrefont les morts. Ballet général. Apollon, Minerve, Cérès veulent rappeler les hommes aux voies du travail et de l'honneur, les hommes s'en motjuent; et vodà le temps d'aujourd'iiui, où Thonneur et le travail sont méprisés. Ainsi les Jésuites ont joué pubiitpiement le Système, qui a introduit une nouvelle industrie, et c'est le coujble de l'impudence. Ils devroient se souvenir des avis qui leur ont été autrefois donnés sur le ballet du Luxembourg, dansé à la réception de rarchevèqur d'Aix. Celui-ci mériteroit bien quelques avis 1;.
Bavle. — DiCTioNNAiHK. — Prospcr Marchand, libraire de Rotterdam, qui s'estretiréà la Haye, m'a écrit une lettre du 13 août, où il me marque que Ton a envoyé un exemplaindu nouveau Dirlioitnaire deBayleàM. leBégent, et «pu* tous l»;s exemplaires en grand papier et la plus grande partie d<' ceux du prtit sont partis poui' Paris, où toute l'édition est vendue à un agioteur nommé Lagrange ,(pii a licaucoup gagné au .Mississipi. C'est ce (pi'ils appellent réaliser. On achète des marchandises, des livres et de loulcs sortes de drogues, pour ne point garder son papier. Une diroit Bayle, cet homme si simple et si ennemi de rintérêt, s'il voyoil son Diclionuaire entre; les mains des usuri«rs.' Il ne croyoit pas travailler pour eux.
Mercredi 'il. — Arhkts. — Tous 1rs ai'réts ne; se [miblicnt pas au JOUI- où ils sont rrndus : aiijourcrhui oti en .1 (imIiIi.' i»bisi<'iirs .iiiciens et nouveaux.
(1) Ln Jé»uilf% (lonn<iienl iU'a rotn^ien. !.<■ I*. Diircrrc^ii m> (liMiiif^niiit «!••• rMI^ «fV'fMlili' I Vfjjr ««on Thiiilrr à iusnfjr '1rs rollrfjrx , |iulili<' par 1^1'. A«Im|, l'aiU 1807 ). H n«*iUul fias toujoiirn iIi'h alliiKi<ni% roiiipcomrllanlr* êu% àiUtrr* du lnii|»%. M^tlaiiie ( 1, 4IH ) raroiile une de cen ftoleiinili^'^.
AOUT i7'iO. 3Ôt
Arrêt du 20 mai qui ordonne que les toiles et étoffes prohibées, confisquées, ne seront plus brûlées, mais que la Compagnie les fera vendre à l'étranger pour son profit, en payant les frais, gratifications et demeures.
Autre arrêt, du même jour, qui restreint le commerce de Marseille pour les toiles de coton, étoffes de soie , et écorces d'arbres.
Autre qui règle les droits des affinages et déports pour les tireurs d'or de Lyon et de* Paris.
Autre, du 23 juillet, qui proroge jusqu'au premier janvier 1721 les délais accordés aux vassaux du Roi pour rendre les foi et hommage à cause de l'avènement à la couronne, parce que les motifs anciens subsistent toujours.
Arrêt, du 6 août, qui porte règlement entre la Compagnie et les marchands et habitants de la ville de Dieppe , au sujet de leurs salaisons de poisson, et qui les décharge du déchet des sels, et qui impose des peines aux fauxsauniers; entre autres, le nom des délinquants sera inscrit dans un tableau, cpii sera apposé dans la salle des assemi)lées et dans le prétoire de la juridiction.
Arrêt; du i) août, qui ordonne que les espèces de cuivre <Je valeur de G*^, qui avoient cours pour un double liard, vaudront 1*6'', et les Phenins de Strasbourg pour 12'' en Al- Sîice.
Autre arrêt, du 9 août, qui ordonne que tous les engagistes des domaines aliénés rapporteront leurs titres es mains des commissaires pour dernier délai avant le 1" novembre, passe lequel temps les domaines seront réunis , conformément à Tarrèt du conseil du 18 février 1720. On croyoit cette affaire assoupie et qu'on n'en parleroit plus. C'est un nouveau trouble dans les familles; car la réunion est générale et remonte aux aliénations faites de temps immémorial depuis l'établissement de la monarchie.
Kégent au Louvrk. — Le Kégont prend un appartement
S9S Ml MOI III S DK MATH lia; MAKAIS.
ih^iis le LouMv, i>ù il loL^nTall ;. Il ilit tjiu' leUoi commence à devenir assez ^'raml pour lui l'aire sa cour, et (ju'il veut «Mre son pivnnor courtisan (;1 en donner l'exemple; et «pi'il sera bien aise de liiistiuire, la veille des conseils, des affaires tjui s'y d(»ivent traiter. Il paroit (prilveut voir de pivscecpii se dit et se fait au Louvre. Il craint toujours la déclaration d'Ai^^e et de majorité, quipourroit être pratiquée ;\ son insu, et il ne se croit pas en sûreté au l*alais- Hoyal, qui est une maison ouverte de tous les côtés, et où il y a plusieurs maisons qui ont des entrées. Ses ennemis font courir un quatrain abominable. Ce sont des vers tirés des l^hilippiques :
^oclle^ de la rive inlVrnale, Pn*|)iire-toi sons t'effrayer A recevoir lonibre royale Que P... va t'eiivover.
LiitKi.i.KN. Laghangk. — Tout Paris est rempli de satires, de libelles, de cliansons, et on commence à voir les PliilippiqueSy dont Fauteur est un nommé Laij^ranî^e, autrefois pa^e de madame la princesse de Conti , qui a fait Asdruhal, mauvaise tragédie, et quebjucs opéras. Il est exilé, par lettre decachel, pour une affaire qui lui est arrivée chez le duc de la Force, dont il étoit commis pour le* finances. C'est contre lui que Rousseau a fait la chanson : Petit noble à diaumièrey poudré (Camidon, cl (jui huit par ces vers ;
Si l'esprit (le Liiiière Te \\v\\\ aj;il«T, Ta sœur poulinière T'offre nne matière, Tu peux la ehanter.
Il avoil une scpur <jui avoit des amans et (pii avoit eu des enfants de monsieur de- Pointis, chef d'escadre. Krdiu
l%i Voir lUrliter, i I, |i. f,.%
la poésie et la colère de la lettre de cachet l'ont conduit à faire ces Philippiques, que Ton dit être très-emportées, etqu'on a montrés au Régent, qui n'en doit pas demeurer là. On dit déjà Lagrange arrêté. L'esprit de Linière le conduira peut-être à la Grève, comme dit Despréaux (1).
Parodik. — On voit une parodie de la dernière scène de Mithridate, qui est un dialogue violemment satirique entre le Roi, M. le Duc et Law, et on ne comprend pas avec quelle hardiesse ces auteurs écrivent. Le Régent, à qui on Ta montrée, a dit qu'il y avoit de l'esprit, mais qu'il feroit mentir l'auteur (2).
Jeudi '22. — Vergier assassiné. — Ce jour, entre onze heures et minuit, M. Vergier, commissaire général de marine , âgé de soixante et onze ou soixante-douze ans , autrefois connu sous le nom de Tabbé Vergier, a été assassiné à l'entrée de la rue du Bout-du-Monde (2). On lui a dit : Est-ce vous, monsieur Vergier? Il a dit : Oui; aussitôt on lui a tiré un coup de pistolet, qui lui a cassé l'épaule, et on lui a dit : Voilà pour toi, Simon. Il a crié au meurtre , et, dans le moment, trois ou quatre assassins l'ont percé de coups d'épée et de poignard, et l'ont laissé mort sur la place. On ne l'a point volé ; il avoit sur lui de l'argent et des billets de banque et une montre. Il a été porté à la Morgue et mourut le lendemain. Personne ne pénètre la cause de cet assassinat. C'étoit un très-galant homme, de beaucoup d'esprit, d'aimable conversation , et qui s'est distingué par une infinité de chansons, parodiées sur des airs de LuUy, et par l^eaucoup de petits contes et lettres en vers et en prose , à la manière de La Fontaine, dont il avoit attrapé le caractère. Dans les
(1) Voir notre édilion «les Pfiilippi(^urs ; Paris, Poiilet-Malassis, 18ôh.
(2) Noir c^lte (>aro«li«' aux Mémoires de Maurepns, t. I, \\. 'l'î'è.
(3) Celle me s'appelle aujoiirtriiiii la rue du Cadran et unit le.s nies Montorpueil tl Montuiarlr»-. Suivant Sainle-Foix, (t.ssais, 1. 1, p. l>.')), te lioni de Houf-duMondc venait d'une enseigne ou l on avait représente un l>ouc, un duc et ini niondi*.
100 Mf.MOIllF^ DE MATHIEU MARAIS
iftAiVffs posthumes tle ce po^'te , qui étoit son ami, on trouve une lellre d»' lui ;\ l.a Fontaine et une de La Fonfaine à lui. Il t'ioit encore alors ahbc , ri il y est nomnu^ If brau beiijer Vérifier. (]'est lui (jui a dit de La Fontaine :
Il se promène, il va sans dessein, sans sujet, Il se lève au matin sans savoir pourquoi faire Et se eourhe le soir sans savoir d'ordinaire Ce (jiie dans le jour il a fait.
Tous les gens de bon goût courent après ses chansons, dont quelques-unes sont imprimées dans les recueils de Ballard. On a ses contes et ses lettres en manuscrit (1). Il est le premier et l'unicpiedjms ce genre , pour le sens, la finesse et la propriété heureuse' des terfues. Il étoit né >ans biens; mais étant devenu commissaire particulier, puis commissaire général de marine, il a gagné beaucoup cl vivoit fort à son aise. Sa mort est bien malheureuse. Si sa muse avoil été satirique, on pourroit le soupçonner d'avoir chanté nos maîtres; maisc'éloit une muse douce et prudente. H a dit dans une chanson :
l^arle ici sans crainte,
Bois-y sans contrainte.
\ oïLi le eri de la fidélité :
Sur les dieux et sur les rois silence; Tout le reste est mis dans notre balance.
.\pn\»> tout, la poésie est un misérable talent, qui nuit pnsqu<- toujours j\ celui cpii le possède, et le berger V«r:;ier pourroit bien avoir eu paît aux Adieux du Parlement, (jui sonl d«- buMFM' main. Celte mort s'éclaiicira |>«rut-«"'tre.
Kkvkl. — I>e comte de Kevel Broglioy est mort d'une
(1; Voir »ur rHl« xwtxX <iu |)0«le Vergier, et tur^ex Œuvre Ikirhicr, I, 221, I» */ tir %lnineinis, I, ??•), 730, l' Histoire rie ta vie et des oiinu'
$€M ' ifninr, par \\ ;i|i Lf im»t, ?' i dilloii.
indigestion. C'est lui qui pria le Régent, un jour, de le laisser entrer à son souper. Le Régent lui dit non-seulement d'y entrer, mais de venir souper aveclui : « Non , dit-il, il est nécessaire que je sois debout, car je serai bien aise de voir Lambert assis. » Il vouloit se moquer du marquis de Lambert, homme de peu de mérite, que le Régent fait manger aveclui. Law parloit devant lui et beaucoup d'autres gens de son système ; il dit qu'il le trouvoit excellent; sur quoi Law, qui le croyait de l)onne foi, le cita pour exemple à toute l'assemblée; mais le comte reprit : a Je le trouve si bon que je l'ai toujours pratiqué, car, toute ma vie, j'ai fait des billets à tout le monde sans savoir comment je les payerais. » Le bon de la chose est qu'il disoit vrai et qu'il doit de tous les côtés.
Law . — Il y a de la brouillerie avec Law. Il est sorti du Palais-Royal. Il veut que l'on donne quelque argent aux honnêtes gens sur les billets de 100 fr. Le Régent a dit : « J'ai pris ton système pour avoir l'argent et non pas le rendre. » M. le Duc le veut faire revenir et court après. Il y a eu aussi de gros mots avec le Chancelier, au sujet de la Constitution. Il a dit au Régent qu'on ne pouvoit enregistrer la nouvelle déclaration qu'aux conditions des premières Lettres-pale fîtes enveg'isivées en 171 V, et qu'alors il y eut un arrêt particulier que cet enregistrement n'auroit lieu qu'en cas que tous les évoques fussent unanimes. Le Régent, qui ne savoit point cet arrêt, dont personne n'aouï parler jusfju'à présent, en a été fort surpris, eta dit au Chancelier que c'étoit un trigaud, et qu'on devoit l'avertir, dès le commencement de l'affaire, de cet arrêt. Le Chancelier a répondu que cela s'éloit fait du vivant du feu roi , qu'il l'avoit su, et qu'il en avoit été content. Si bien que voilA l'aifaire encore accrochée , cuv il n'y peut avoir d'u/Kmmu/t', puis(ju'il y a 18 ou 20 évêques qui ne veulent ni de la Constilution ni du Corps de doctrine. Le Parlement ne veut point absolument enregistrer la déclaration, qu'il trouve contraire et aux ap- T. 1. an
40S MKMOini S DF. MATHIKTT MARAIS.
pels (|ui ont t'tr approuvas par plusieurs arrêts des différents parlements, et aux libertés de TK^lise gallicane, selon lesquelles le l*ape n'est point infaillible. Ils disent que tous les évèques ne peuvent pas juger l'appel au concile et qu'il faut iMrc en concile universel pour le juL'er. L'abbé Maffei, ;\ présent Nonce, ne prend point part à tout cela, et attend avec patience tout ce qui arriv»Ma de la déclaration.
pAHLt-MKNT. — Loiu de rappeler le Parlement, on parle de le renvoyer à Blois, à Tours^ ou à Poitiers, parce qu'il ne demande point à revenir et qu'il ne veut pas enregistrer le Corps de doctrine. On ne fait rien du tout à Pontoise, (jue faire grande chère , jouer et se promener, t't ils vi\«'nt là dans une fraternité et une union merveilleuses. Ils s'aiment beaucoup plus, depuis qu'ils se connaissent, et contractent les mêmes sentiments, qu'il ne sera pas facile de leur ôter. De procès il n'en est pas question , ni à Pontoise ni à Paris. Les avocats et procureurs ne font rien du tout, et, hors quelques consultalions, je suis tout à fait oisif.
Le jeune président de Maisons (1) épouse M"' de Ménars, petite-lille du président de Ménars et fille du marquis (leMénars, son fils, colonel de cavalerie, homme peu considéré, et que le père tenoit dans une sorte de juridiction. La mère est Saligné, de Poitou.
CiAGKiRKS ANCiLoiSKS. — Ou parle (h; paris, ouverts en Angleterre, sur la [)rochaine mort du Kégent. Il a dit, à cette nouvelle : « Cela réveille ceu.r qui dorment. » Les Anglois scjnt grands parieurs, et viennent de gagner [)lus décent millions de gageures contre Law , (|ui a voit parié que les actions d'Anglet<;rre baisseroi(mt plus qu'elles ne liausM.Toient. il avoit promis de donner deux pour
.l)Voér Mir la familU* lït Maii»onA, fî prriiialiin'ineiil (l«*cirn<''C par la niurt, fi MV lejeane pretideol, ami «W* Vullaire, Saint-Sitnoii, t VIII, ';..) et suiv.
cent quand elles baisseroient, il en a été la dupe, ou plutôt nous, qui payerons encore cette gageure-là sur nos biens. Quidquid délirant reges!
M"^ deCharollois (1). Law. — Le mariage de mademoiselle de CharoUois commence à se nier. La princesse n'aime point Law : il arriva, il y a quelques jours, à St- Maur ; on venoit de mettre des orangers sur une terrasse, proche l'appartement de Madame la Duchesse, et on s'étoit servi d'une échelle qui y étoit encore. En le voyant arriver, elle s'empressa fort à faire ôter l'échelle, et dit H Madame la Duchesse, qui la grondoit sur cet empressement : « Belle maman, il faut la faire oter, il prendroit, il prendroit cela pour une incivilité. » Kt de rite.
Berlin. — Dans le chapitre des accidents, il n'y en a pas un plus triste que celui qui est arrivé à Berlin, le 12 de ce mois. Le feu a pris dans la Tour à poudre, sans qu'on sache comment. Elle a crevé en trois endroits qui l'ont fait voler en éclats et des boulets par toute la ville. Plusieurs personnes ont sauté en l'air; des hôpitaux et églises enfoncés , les écoles des enfants des pauvres soldats ruinées et les enfants morts. Rien n'égale cette désolation, qui est proprement un siège intérieur et domestique, que la ville a souffert. A quoi les hommes ne sontils pas sujets? Le mal physique et le mal moral les persécutent, et la mort les attend encore au bout, sans compter les Law et leurs adhérents.
ViLLKHOv. BouFFLERS. — Lc marquis d'Alincourt (2), se-
(1) Voir sur cette spirituoUe et galante princesse, mêlre à lous les scandales et à toutes les intrigues <le la Rt'-gence et du r«'^ne de Louis X\ , Barbier (1, ?/i8, ni, 1«, IV;,, 198), les Mémoires de Richelieu, surtout La Vie privée (par Faur), \a Correspondance de Madame (II, 103, 112, 1;'»2, 162, 3i3), et les Mémoires de d'Argenson.
(2) Fran(.ois-Cainille de Neufville de Villeroy , marquis, puis duc crAlincourt, mestre «le caïup, mort en 1732. Voir »ur ce jeune et brillant débauclir, di<;ucémid«'dt'sRion),dos Gac*-, desSoubise et desHicbelieu, I{arbier,t. I, 1 >'>. 227, ''70, les Mémoires de Ricbelieu, dAr^jenson cl Madame (II. '."i \
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ioml polit-tils du maréchal de Villeroy, épouse mademoiselle lie Boufllei-s, lill«* du maréchal-due de ce nom. M. de Villeroy, toujours i;éuéreux, a envoyé son notaire ohe* la maréchale de Bouftlers , et lui a dit de faire dresser le contrat de mariai,^e comme il lui plairoit, et turellc étoit la maltresse de tous les articles. Le maréchal >cfail j)lus aimer que jamais ; il a un petit cheval comme celui du Koi , il le suit partout , et a la meilleure grâce du monde à cheval. .Mademoiselle de CharoUois, qu'il est venu voir, Ta reconduit jusqu'à son carrosse, de quoi le maréchal étant confus, elle lui a dit : k Je sais bien que vous n'attendez pas cela de moi; mais je vous honore et vous estime tant que je passe par -dessus toutes considérations pour vous le prouver. » — Cela lait enraf^er le l*alais-Koyal et la Compagnie, (jui n'aiment point le maréchal, et ([ue le maréchal n'aime point.
Samedi 2'j-. — Le feu darlitice préparé dans les Tuileries pour la fête du Koi , et le concert qui se donne ce jour-là, ont été remis au lundi :iG, à cause de la pluie, qui a duré toute la journée.
himunche 25. — Fkte nu Hoi. — Les Carmes de la place Mauherl so.it venus dire la messe au Louvre , avec une procession où étoit la ville, à l'ordinaire. J'ai vu les l*liHippi(jues, (pii sont trois odes fort longues. La première, de :\M) vers, (jui conduit la Uégence jusqu'en 1718. La deuxirme, de 'l\i) vers, où il est parlé de ce qui s'est passé en 17 18 et du lit de justice, et la troisième, de 130 vers, qui est une invective violente contre les déhanches de la Cour. Les rimes en sont excellentes, le tour très-poélique, et le tout d'une malignité affreuse. Il y a dans la première Ode que ;
L iiiiiLiti'ur (Jch Coriieillt's Gémit au fond du Périçord.
Ccsl Iji^rnntrn lui-mènw, .mteur soupronné de ces odes,
qui étoit exilé en Périgord , qui s'est loué et démasqué, (ttil ajoute :
Kt quoiqu'atteint de mille crimes Celui dont on craint peu les rimes Ne craindra point le même sort.
Et on a mis à coté le nom de Saurin pour faire croire que c'est Rousseau, ennemi de Saurin, qui a fait ces odes. Je les lui donnerois volontiers, à cause de la force et de la malignité et 6u tour; mais la vpix publique les a données à Lagrange, qui s'est encore découvert, par les strophes satiriques contre le duc de la Force, chez qui il a pris la querelle qui a causé son exil. J'ai su de plus, de monsieur le comte de Verdun, que ce Lagrange lui avoit envoyé, du Périgord, une satire imprimée contrele duc de la Force, il y a deux ou trois ans, qu'il lui renvoya par la poste, avec le conseil de la supprimer. Et apparemment il a fait passer son fiel contre le duc dans ces PhilippiqueSy où il est assez mal placé. Le bruit court qu'il a été arrêté et jeté dans le Khùne. Il n'y a pas grand mal
Que de ces insolents l'engeance toute entière Aille, la tête en bas, rimer dans la rivière (1).
Marskille. — La peste de Marseille a gagné les terres. On commence à craindre pour la Provence. 6,000 paysans gardent la Durance pour les François ; le duc de Savoie fait garder le Var. A Barcelone on a défendu toute correspondance avec Marseille, et ainsi de tous les pays étrangers, ce qui va ruiner le commerce de cette ville.
Jksi'ites. — La Chine. — On avoit envoyé deux missionnaires à la Chine dès le mois de février 1710. Ils sont morts de fièvre maligne, en chemin, dans un endroit où les Jésuites sont curés. Les Jésuites les ont voulu
(1) Voir notre rdilion des Philippiques ; Paris, Poulet-Malassis, 1858.
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ohliîrer d'accepter la Con.stitutioii en inouiaiit , ce qu'ils ont refusé, et les K. 1*. leur ont aussi refusé la sépulture ilans leur étilise ; penilant qu\Hix, Jésuites, n'ont j>oint accepté le décret du Pape Ex illa die , sur les cérémonies chinoises. Ainsi , ils se jouent des I*apes et de leurs huiles connue il leur plaît et selon qu^elles leur conviennent. C'est un ahbé Cordero, qui étoit au cardinal de Tournon, (jui vient d'apporter cette nouvelle. Cetahhé devoit donner une lettre à Tenipereur de la Chine, de la jKirt du l*a[)e, pour le prier de laisser bx^cuter le décret du cardinal >ur les cultes chinois. Les Jésuites, qui l'ont su, l'ont fait emharquer une lielle nuit et l'ont fait sortir de la Chine.
fjitnli 2(>. — Le feu a été tiré aux Tuileries. Il a été trouvé très-i>eau : il a duré trois quarts d'heure, et il y aeuun monde iniiui ; maison ne s'y est pas étouffé, comme Tannée passée, (pu)i(jue ce soit l'année des étouffés.
Mardi 27. — Pi.ack i>k l'iiôtkl de Soissons. — Ordondonnance du lieutenant de police qui porte qu'on ne s'assemblera plus à Thôtel de Soissons , pour le néi^'-oce du papier, que depuis 9 heures juscju'à 1 après midi , et qui défend d'y établir aucun café ni cabaret , d'y vendre aucunes tabatières, cannes, mouchoirs ni autres marchandises, et à tous ouvriers colporteurs et laquais d'y entrer, à peine de prison. On veut éviter le feu et les lumières qu'il faudroil avoir, Taprès-dlnée, pendant les jours courts.
J'ai acheté une demi-action avec un de mes amis quia acheté l'autre moitié ; letotid '»,V8(). Puis, nous avons converti à la Hanqiie cette action, avec deux autres que nous avions et nous en avons eu deux remplies. II ne nous <;n acoùlé (pie chacun 2, 2^0 fr. au lieu qu'il eût fallu donner chacun .'1,000 fr. de supplément. On est a^'^ioteur malgré soi. Omni% houestn ratio pxpedimdi mlutis.
!>• billet de 100 fr. j)erd :JV, celui de 1,000 perd V5, celui de 10 ne donne (pie 7.
Arrêt du 25 qui ordonne (jue les billets de banque ne
seront plus reçus que pour leur valeur, et sans aucune plus-value, en payement des impositions (quatre sols pour livre) et des droits sujets aux quatre sols pour livre ; lesquels quatre sols pour livre seront payés en entier. On retire peu à peu la faveur des billets que Ton veut faire tomber. Les arrêts des 29 janvier, 5 mars et 4 juin 1720, qui avoient donné la valeur de 110 fr. au billet de 100 fr. pour les droits du Roi, sont révoqués.
Augmentation de gages. — Arrêt du 25 qui ordonne que faute d'avoir reçu par les propriétaires le remboursement des augmentations de gages, gages héréditaires et rentes sur les greffes , etc., les dites parties seront réduites sur le pied du denier 50 seulement dans les États du Roi, où elles seront rétablies. (>omme aussi celles dont les quittances sont passées et les décharges du contrôle faites et qui n'ont point encore été revues seront aussi rétablies sur le même pied du denier 50, avec mention sur ces quittances. Le motif de l'arrêt est que le Roi veut retirer tous les billets de banque, et qu'en faisant ces remboursements, il en faudroit distribuer de nouveaux. Mais il n'y a qu'à payer en argent , et on ne sera point obligé de donner de nouveaux billets.
Arrêt du conseil qui règle la vente, à Nantes et à Saint- Malo, de trois vaisseaux de la compagnie (la Paix, le Comte de Toulouse, Les Deux Couronnes; ces vaisseaux sont arrivés enjuin et juillet;, et qui ordonne que le payement s'en fera en Comptes en banque. l*lusieurs personnes ont pris de ces comptes et sont parties pour acheter des marchandises de ces vaisseaux et ainsi réaliser leur papier. On devient marchand et on est de tout métier pour vivre. Il doit être fait un inventaire en 3 chapitres : l** Des toiles de coton blanches et mousselines qui seront vendues dans le royaume. 2" Des drogueries et épiceries. 3° Des étoffes des Indes et toiles peintes et rayées, qui seront transportées à l'étranger et mises en entrepôts. L'arrêt fait un i:ran(l règlement pour ces dernières et pour les toiles blanches.
tft^ NU MOIRKS DF MATMIFU MA HAIS.
Arnl du K». ijui r^gle lo payeiiuMit (lôfinitif d<^s dettes dos vivres, fourraircs et étapes. Délai jusqu'au f oo tolire jx^ur la n'préseutation des billets, passé lerpiel toutes les créances nulles.
(liiAM»KLLK.SriF. — Ordonnance de police, du 23 août, qui tixe le prix de la mesure de suif à 55 sous et de la livre dechandelleà i'I sous, 11 y est ditque depuis l'ordonnance du 2 août sur la vente des suifs et chandelles, les déclarations se sont montées, le jeudi 2*2, à 13,000 mesures de suif, au lieu que les précédentes n'étoient que de 2 j\ 3,000. Preuve du nKMiopole et de la fraude.
CwK. — Arrêt du 27 août, qui permet aux Malouins de vendre 1 ,500J)alles de café venant de Moka, dans le vais- .seau la Pair, et défend de faire sortir aucun café hors du royaume, pour quelque cause que ce soit, jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné. Cet arrêt a été nécessaire parce qu'on ne vend jamais en France que le café venant par Marseille, et toutautrecafé,venantdanslesportsderOcëan, se revend ;\ l'étranger. Mais comme le café se trouve rare et fl'un prix excessif de 12 fr. la livre et que le commerce de Marseille est interdit, ;\ cause de la peste, le conseil a donné cette permission, à condition de payer les mêmes droits qui se payent à Marseille.
Jeudi 20. — Arrêt en faveur de la Compagnie des Indes, qui nomme .M. le duc d'Orléans, Hégent, gouverneur per- |M*tuel de la Compagnie. (Gouverneur est le titre des pays étrangers en matière de Compagnie. ) Les directeurs réduits à 2V ;mi lieu de VO , les honoraires à 20,000 fi-. «•hacun. ils auront chacun 200 actions déposées et en comptes sur les livres dont ils ne pourront disposer*. Il sera établi un conseil prmrla régie et administration générale. I>; sieur l.ri\v, directeur général de la CompaLMiie, banque, et rapporteur à ce conseil. Pour avoir voix auxassemhlé<»s générales, il faudra avoir 50 actions rempliiîs et en compte ouvert, et on aura autant d<' voix qu'on aura de fois 60 «uîlions. Permis aux actionnaires de changer les
directeurs. Les directeurs ne seront point contraints en leur personne et biens, mais seulement tenus de leur fait personnel (1). Pour faire cesser les bruits des malintentionnés, le Roi déclare, comme il a déjà fait, que les actionnaires de la Compagnie ne pourront, en aucun temps, et sous quelques prétextes que ce soit, être taxés pour raison des profits qu'ils ont faits ou pourront faire dans ladite Compagnie. Les fonctions des commissaires du conseil nommés par la Banque et la Compagnie cesseront, du jour de la publication de l'arrêt.
Cet arrêt n'a été rendu qu'après bien des cabales. Le dessein étoitprisde faire une taxe. Le rôle dressé montoit à plus de 12 milliards, mais l'intrigue des grands Mississipiens l'a emporté, et le rôle a été si bien supprimé que l'arrêt porte : Exemption de taxe pour toujours. Je me suis trouvé le 28 cbez une dame, amie de M. le Duc (2), où vinrent plusieurs seigneurs très-alarmés, et entre autres M. de Brancas, dont le fils a épousé la fille d'André, Mississipien, qui chercboit à rompre le coup de la taxe, et ils en sont venus ,'\ bout. Cette dame m'a écrit aujourd'hui un petit billet. (( Je compte que vous serez riche si vous avez des actions. C'est tout, mon cher ami, ce que je puis vous dire. » (La prédiction a été fausse).