AVEC
MME DE IVIÉRIGNIAC.
Je suis bien fâché, Madame, d'apprendre votre rliume. C'est une maladie populaire contre laquelle il faut bien se conserver, et quoique je n'aie pas de plus grand plaisir que celui de votre entretien, qui me remet dans la mémoire notre illustre ami (M. Bayle, mort le 28 décembre ITOGy, et qui me fait admirer les lumières et l'étendue de votre esprit, j'aime bien mieux y renoncer pour quelque temps, que de vous causer quelque mal. Au reste, iMadame, je suis tous les matins chez moi ; il arrive peu que j'en sorte, et ce n'est jamais devant on/e heures. .le ne vous renvoie pas votre livre : c\ist toute ma consolation. Il y a des choses merveilleuses en tout genre, et ce sont des fleurs qui ornent bien le tombeau de notre ami. M. Bernard y fait une mauvaise figure, et c'est celle qu'il doit f.iire. .Te serai ravi de voir l'ouvrage de Al. Bernard (1). Cependant, je suis, avec bien du respect et une considération que je ne puis exprimer. Madame, votre, etc.
(I, Jacrjups Bernanl, successeur (l«* Bayle dans la rédaction du jonriuil inlidilr: ISnuvelles de lu Ucpublif/i/r des Lettres, (/est tans doule à ctl ouxfin;»: M"*' Marais fait allusion.
104 i:()UIUSP(>M>A>l I IM MMHIKr MARAIS
\oib. M.Kl.imo, \e livro quo je vous renvoie (acheté. J'enverrai incvtnmiiioDt quirir les l.ntretiens de Thémiste. C'est une lecture (jue ir Dî* |Hiis (iiff^^rer plus lonulemps. Je suis en colère eontre'NI. Hasj^, r l'Iu' i\ notre ami le défaut de politesse, et c'est .M Hayle
q^ , ., rendu dans notre laujiue les livres d'érudition agréa-
bles fl'b critique lisible II n'y avoit qu'a demander au P. INIaimbourg, contre l«]uel m«»meil a>«)it errit, s'il ne le eroyoit i)as poli. M. Rasnage iurtlapolilcsS4Mlans rarrancementet dans la reeliereiiedes mots. ."Mais il Df sooseâ ps Tenuiii dont il couvre son journal et dont il accable ses krlrurs. qui aimeroient mieux dix lignes de ISI. Bayle que dix |)ages des siennes. A\ant que d'atla(|uer notre ami sur cela, il falloit qu'il repondit a IVelairrissement (jui est à la lin de la deuxième édition sur rrll.» matière, et qui criera toujours contre la censure de M. Basnage. \ulre e>t le droit dun compilateur, autre celui d'un homme du monde, qui confit les paroles pour corrompre les sentiments. J'étois autrefois du sentiment de .M. liasnage, et j'en ai fait les premières plaintes a mon ami lui-même. C'est moi qui l'ai engagé à faire son rclairrissemenl, et, depuis ce temps-là, j'ai été bien convaincu qu'il atoll raison. Je ne puis aussi pardonner à notre journaliste la manière foible dont il le loue en disant (pie s'il y a des gens au-dessus de lui, il V en a encore plu> au-dessous. Voilà comme on loueroit un simple grammairien ou un auteur à la douzaine. Qu'il me nomme donc e«j\ qui sont au-d«'ssus. Apparemment (pi'il s'y met lui-mr-me. Du rwle. son ouvrage est d'une monotonie si gr.inde qu'a peine y reconnoli-on la variété des matières, et s'il n'avoit à se moquer de nos taints et de nos miracles, où il les fait venir de très-loin, il n'auroit jamais de m-I, ni de vivacité. Kst-ce la INI. Hayle, qui le |)rodiguoit à pleines niains, el que l'esprit de parti ne gouvernoit que dans les «raie» orrasions? Je vous écris ceci, Madame, tout à la liàte et un pfu fn colère. .Mais je ne puis dire mes sentiments à personne qui jet f' iix que vous. Je suis, avec respect et admiration,
M-m! . Ir