I7»IM
Voib. Madame, un volume de commentaires pbilo.sophiques où vous ffCOODoilrr/. encore davantage notre illustre ami. Il a poiis.sé bien loin le« rTMtierrf dans ce livre-là. Ix; péché originel n'y est pas épargné.
AVEC M>" 13E MKKIGMAC. loô
L'union du corps avec l'àme lui paroît être la c-ausc de notre ignorance. Tout cela est développe avec un feu et une vivacité surprenants, et je m'étonne que >î. Arnaud, qui vivoit encore eu ce temps-là, n'ait point entrepris dV répondre. On ne peut pas se tromper à dire que c'est M. Bayle, et il n'a jamais été plus véritablement lui
Ce sera pour samedi prochain, ^ladame, que le rendez-vous continuera, s'il vous plaît. .Te ne sais encore si j'irai à la campagne ; mais si je n'y vais point, je prétends l)ien aller entendre ténèbres dans votre appartement et dire la tout ce qui nous viendra dans le cœur et dans l'esprit. Pour mes lettres, il n'est plus en mon pouvoir de vous les refuser, et vous mettrez à votre discrétion telles bornes qu'il vous plaira. La reine de Suède disoit qu'elle aimoit les bonmies parce qu'ils n'étoient point femmes. Mais, en vérité, il faut aimer une femme comme vous, 3Iadame, parce qu'elle vaut mieux que tous les hommes.
jNL Bruyère n'at-il point été chez vous dimanche.^ Il me l'avoit bien promis.
Février I7U9.
Vous avez grande raison, Madame, de craindre les mains impies qui pourroient toucher aux ouvrages de notre ami. .Te fais réflexiouque ce commerce pourroit bien avoir été recherché; et que ne doit-on pas craindre de cette noire machine qui étend ses bras jusqu'à la Chine.' Je verrai de près ce que l'on a déposé au neveu, et je vous en rendrai compte.
On vient me dire en ce moment que le nouveau Bayle est imprimé, et qu'on le vend cent francs à fleims. C'est une fausse nouvelle, à ce que je crois; mais la fausseté même m'en fait plaisir.
J'ai lu La Chimère du Jansénisme hier au soir. C'est un livre fort bien fait, et ces démons d'hoinmes-la manient la raison et relorpienee à un point incomparable. T/auteiir promet de répondre à un livre ou lettre qu'on appeloit : Le f érilnlAe i'.sprit des disciples de saint iugustin^ qui est plein de contes faux assez agréablement contés. Il ditcjue le P. Lallernand en est l'auteur. Cette réponse fera grand |)laisir. .le vous dis. Madame, aussi avec grand plaisir, tout ce (pie je f.iis et j'ai l'honneur
.( imRfr5IH)Ni)A.M;i l>l M MlilKV MARAIS
ti innrs 1709.
M I -LIm- .!.• Fnncnsli'l a dil vous dirr, Madame, qiio j'ai vu des in-s^.rs inen.ilU'ux. J\ii drjà pris des mesures pour empêcher qu'il irriTf nialhtnir. ^Inis il y n bien à eraindre que nos précautions ne if, '.-si-onlre tant de puissances. M. liruyère(ueveu de M. Haylej
er|«* lui.Mn nie paroîl désintéresse et même jaloux de la j^loire de son oode. 1-1 1 iede Citstave (par ISI. Bayle)ne peut jamais |)aroître ici. J'ai \M les deux rhapitresdejà parfaits qui sont excellents. H a trouvé moyen de mettre de la philosophie dans son histoire, mais de la |)hilosoph- ' • '-îs relevée et de celle que Patin disoit qui approchoit du sanclii liais je n'aurois cru la trouver en cet endroil-lj. V Indice his-
lorique est une chose étonnante pour l'étude et les recherches. I/abrr^i' <1'* i*lulan|ue et les liaisons pour continuer l'histoire sont un Hwl-d'ii'uvre. J'ai parcouru le journal, où il y a bien des curiosités. l-jifinjai pas«pcinq heures, les plus heureuses que j'aie passées de ma rie, «1 maniant tous ces écrits, où j'ai reconnu la main d'un si grand homme. Je n'ai point encore vu les lettres. Sans le froid j'aurois contimié Mais incessanmient je retourne, et je veux remarquer tous les <*i>droit5 périlleux...
MU
il mars 1709.
Je vous dirai aujourd'hui que nos trésors sont de nature à n'être
point rommuniqurs au public, parce qu'il y a plusieurs confidences qtit -•-»•• ,j. - ::piis encon' vivants, et que nous sommes obligés de r«i i '1 'inl auroit fait, a i\\\\ le secret éloit demandé. N ou-
dhez-%ouii, par e^iemple, que tout le monde sût que dans le Sorberiann, au mot : Scarron, il y a des choses qui n'auroient pas fait plaisir
a ' • -t que M Pellis.son , en homme de cour, fit reformer
^> qui doit tirée, pour y mettre un carton où se trouNciit
aujfMjrd'hui de U-lles louanges que tout le monde croyoit venir natunUoii ^ «rbirre, auteur du livre ? l*our les pays étrangers , il y a
, (|i,, rr V - ! * fies ministres protestants et autres per- 1 '■ ' i"i ^ '<rr tu |)lacr. Ainsi cela n'est Immi, ni
ici ni U, et il faut uou» contenter a prés<iit des manuscrits. Je n'ai enewr rira *u du iv Malebranche, ni de M. Arnaud. 1! n'y a point é'tuUt ttcTvl »iir lablK- Henaudot, sinon que son jupement fut donné eoBlreklhre, p.-irr<» qu'il n'y trouva p(»int les jans<nistrs bien traités, H Ht a tttu' Irtlfe d'Anisson, où il rapporte des paroles fulminantes
AVEC MMK DK MÉRIGNIAC. 107
de M. le chancelier. Mais ces paroles sont corrigées par uni* autre lettre de M. Boiirdelot, médecin, qui marque que M. le chancelier étoit apaisé.
Je ne sais si Abadie est fou en Irlande. Il Ot une grande folie dans son premier tome, dont les sociniens ont triomphé, et il ne fit rien pour son pays, en entreprenant de prouver dans la suite la vérité du calvinisme, ce qui n'étoit plus qu'une matière de controverse usée. Je vois dans les lettres qu'on l'en blâme. Ce n'étoit donc pas un grand esprit, puisque aprèstout, son traité de la religion chrétienne n'est qu une liaison des pensées de jM. Pascal, qui avoit amassé des matériaux où c*t homme n'a mis que le ciment. INI. de Leibnitz est bien un autre homme, grand mathématicien, grand philosophe, grand historien, et un des plus beaux esprits de ce monde.
Voici donc enfin la paix qui veut revenir sur la terre. T.es préliminaires se traitent à L'Isle. I\I. Rouillé est parti, ^M. Ilolm d'Amsterdam y est allé avec M. Tourtois, frère du fameux banquier d'ici. Le projet est de faire deux royaumes de l'Espagne , un d'Orient , l'autre d'Occident, comme on fit autrefois la division des deux empires; je ne sais pas qui. sera le Charlemague. On nous laisse le Luxembourg, et on nous rend ce qui a été pris sur nous et la INavarre nous revient. L'électeur de Bavière restitué ; garnison hollandoise dans des places espagnoles et autres projets 'que l'événement consommera ou détruira.
Le plus grand de mes souhaits Est de voir avant les roses I/œuvre de Bayle et la paix, (.arec sont deux belles choses.
Voici, INladame, une (in poétique. Il faut savoir de tout pour plaire; Je ne sais pas bien, au reste, (pii a commencé, mais ce ne sera pas moi assurément qui Unirai.
\\ril I7(tn.
Si toutes les lettres écrites a notre ami éloient du style de la vôtre. Madame, il y auroit grand plaisir de les lire, et le recueil en seroit bien cousu. .Mais je trouve bien à rejeter. On mêles apporte chez moi. J'en fais le triage, et il y eu a d'excellentes. \près tout mon travail , il meparoît que rien de tout cela ne peut être imprime a Paris. C'est une chose assez singulière que le commercequ'il avoit avec les Jésuites. \\\ a plusieurs lettres du V. de Vitr\- et du P. Doucin, qui l'appellent : « Mon cher ami », et même ce P. de \ itrv. qui paroît un fort honnête
lOA a)UKh-Sri).M)AM.L i>l MvmiKlJ MAKAIS
hminr ''mrrr nss»»/ nMiin-llpim'ul sur Ks atlciuls des casiiilfs. Du tMèàe Porl-lVoNal ol tlii j.insfiiisim', jo m» vois rien du tout. Voilà ce qui imia l'abW ileuautlot roiilrr la t'^rdilion du Dicliounnire, l't ce ficfrl s*' Irouxc dans in>o h'iliv de M. Hourdelot, médecin. Pennellezmoi. M.id.ime. dadmirer ici la foiblesse de riioniine, qui jup' ou qui crilique iwr iuU'uH, et dont les vues les plus «'acliées se découvrent ffofiji par les événements assez naturels, comme est celui des lettres qui ur n*!rou\enl après la mort. La liaison du neveu n'est qu'une suit»' de l'annlie de Toucle, et cela commence à n)e devenir moins
Il va plusieurs lettres d'un M. de IaKoquequi sont toutes bonnes, plrim^s de \i\acité et de vérité et de juste criticpie. Mais cela n'est point pour c»* pays-ci.
l.'ablx-.Nieaise, de Dijon, fait un jugement de l'afchevèque de Cambrai et de rarcbevcque de Paris, qui est excellent, et il faut encore lTn\oyrr cfla en pays étranger.
M. de lA'ibnilzest admirable et écrit plus françoisct plus sensément que tous U-s autres. Comme il est grand mathématicien, il dit eu plaitantaut qu'il souhaite à M. Bayle tout W temps qu'il faut en longueur j |- • î la \ic, et en largeur à l'égard du loisir, afin (jue le |)ubli- , .. - pruliter d'un génie aussi grand que le sieu. Voila une lin de b'ttrt- qui n'est |)as connnune.
Al»adie, le prand auteur de la férité, écrit trés-mal une lettre; ce S4II ■ iix ualimatias où je n'entends rien.
j . : . .ci sous les yeux d'un plnidciir qui trouve ma lettre irop longue, et moi, je la trouve bien courte , puisqu'elle parle de ce que j'aime et a ce que j'aime. Vous voyez, Madame, que je njets des flof hardies. Pourquoi aussi me retranchez- vous les communes?
Pâques, 1709.
I. KJ ( ' tN' stMn.nne, et v()il;i pourfpioj , M.idame, je n'ai
pu : il..' iriichre.«> a\('c vous. Je ne sortis hier qu'un moment, et je
pcmai me rompn* une jami>c. Je crois que je m'enfuirai aujourd'hui à tocMapagne avec les lettres de notre ami, que je rangerai, me faisant M pltiâr de maïquer, je ne diH p.is les bonnes, mais les excellentes, toiaieo (aire part, car il va bien du commun dans ce lion-l.i, et •oromes aocoutumérs a l'excellent. Je n\ii point revu non plus M. Hntyrrr. Il i'%1 apparemment en dévotion et c'est bien fait. La lettre de >!•• de !.. \« ,\ bonne p.irce (pie la prononciation la
fardoit Je n'ai gard** d< . , r sans son l.ird, et je \ous promet.s «le la lire rneore une foif, après quoi nous en ferons un sacriliee Je vous
AVFX MME DE MÉRIGNIAC. lO'J
ferai avoir aussi, ■Madame, le Panégyrique, mais vous vous souviendrez, s'il vous plaît, d'en rabattre la plus grande partie , car n'eu déplaise à notre ami, il louoit excessivement.
Je tombai bier sur l'article Scamander, que je n'avois jamais lu. Quels agréments n'a-t-il pas répandus sur le conte de Callirhoë , qui prit son galant pour le dieu du (leuve , et sur l'aventure de Julie , qui pensa y être noyée. Combien auroit-il été content de savoir que La Fontaine a fait un des plus jolis contes du monde sur cette propriété du Scamandre, de recevoir le premier bommage des fiancés. Il dit fort plaisamment de Callirhoë qu'après sa bonne fortune,
Mesme un de ses amants la trouva plus jolie C'est un goût....
Ce te.xte auroit fourni à notre ami un commentaire bien ample. Mais je ne songe pas à ce que je fais aujourd'hui et dans im temps si saint , de parler de ces bagatelles. A cela , je réponds que Pétrarque devint amoureux de Laure un vendredi saint, et (]ue cela nous a produit les vers les plus galants et les plus délicats de toute l'Italie. C'est un petit point de chronologie amoureuse, qui n'est point à rejeter. Adieu, Madame, je vous embrasse de tout mon cœur.
On ne parle plus de la paix. Le P. confesseur a fait son essai. Voilà la plus grande nouvelle. On disoit du P. de la Chaise fjue c'étoit une bonne chaise de commodité. C'étoit un assez bon jeu de mots. Mais aujourd'hui cela ne vaut plus rien.
Juin 1709.
Plaignez-moi, Madame, d'être obligé d'éloigner notre rendez- vous jusqu'à lundi. Mais ce jour-là je le Fiiettrai bien à profit. Car, si vous venez le matin , je vous verrai encore l'après-dînee chez vous, et ce sera assurément le plus beau jour de ma vie. Je ne vois point du tout M. Bruyère. Auroit-il misson corps et sonâmeentre les mains des bons Pères? Cela me fait souvenir de Pinchesne, neveu de Voiture, (|ui n'avoit rien de connnun avec lui que d'avoir eu un même grand-pere et qui croyoit pourtant avoir autant d'esprit que lui. Je suis tenté de chercher si notre ami n'auroit point laissé quelque bâtard pour lui adjuger sa succession. Descartes, au milieu de ses méditations, ne laissa pas de faire une petite Francine (I) et croyez-vous, Madame, que notre anu
(I) Descarips ne .s'était jamais marié; mais il eut d'une dame liollandais»- un«« liljp naturelle appelée Francine f née à Deventer le 9 juillet 163'. . Il sonye.iila la
nu i.4mKh^l»l).M)AM.I. i)l. MAIIIIKI' IMAKAIS
n'aur - -tiçsi tiii |hmi forlipif ? CestToil uiuMiucdote assoz luriouse.
Ix .1 tli' \ ill.irs i-sl ri'\fmi. Il osa t'iilriT le convoi dans l'isle,
rt *ien» lui iiiriiM' fil nntin* coinpl» .
\ ' ^ .l.fl.iralioMS Iri'S-jiulirii'iisi's sur li's bics; Dii'ii
>,..i jKi.s loiniiu' do nos autres lois, ot que nous ne
.1 .lis |KLs fucon' longtemps paU ti pain. Nous avons encore la
Lilion de voir qu'il v a encore parmi nous de grands honuiies
t|ui Jt • .ui\ affaires publicpies
•■ s.Miiis (li's (l.ii\ NtTScju'ona n'irauehes de la traiicdie
E«cU«e d'une femme indigne do (a loi, la vérité n'a percé jusqu'à toi.
>e valoit-il pas mieux les laisser, que de laisser demander pourquoi ils n'y S4iiil plus ? le pourquoi est ici d'une terrible conséciuence, et je ne p.... ... f m'etoniuT de la foil)lesse qu'on a eue en les retrancbant.
( ' une ejMjque et fixe des incertitudes qui ne peuvent jamais Hre trop prandes. Mais il n'y a plus de Hayle au monde pour se saisir àtee fait, ei p<juren orner un Dictionnaire critique
(.:♦' 14 juin I7U9.
Il ne faudra pas manquer, Madame, l'occasion de M. de Lorme pour écrire a M. Basiiage ; mais le mois de Trécoux me sera nécesiaire aiio de mieux voir les injures dites a notre ami et de le mieux
venger Je crains bien que M. Bruyère ne nous donne plus la
Harangue. Mais j'ai toutes ses lettres pour gage, et il ne les aura point que nous n'ayons ce que nous voulons avoir. Il se faut faire loup avec les loupf.
Il > a bien du jansénisme dans le «!atalogue. Cela est à présent si iiir que l'on n'en veut plus voir. J'ai été bien aise d'y voir les III' , IV" et V vol. ' > .111 provincial. Il faudra les avoir si l'on peut.
Je ne sai^ .-, ,. M. l'arcbevèrjucde Cambrai, (piiest le troisième
article du catalogue, est une deniiere réponse que Ton dit être Iresbrle
Qu* .>e7.-\oiis, .Madame, de nos cliangements ( M. de
^^Wii , I '^ plaisants dis<'iit que ce n'est qu'un juslau-
rai 4r
en frawT vm» U direction de madame du Troncliel, lnrM|u'e!le niou- • de rififj ont; il ia pleura avec tendreitRe et répéta h •- t • ..,-.'.. " ' Tif.ifii lui a\.dl r.iuM' le plu» «raiid reurct qu'il eut
•enU dr «a %i«
AVEC MMK DE MÉRIGNIAC. m
corps retourné. L'événement est un grand maître et j'en suis toujours le très-humble serviteur. Les poètes et les chansonniers sont en grande tranquillité. Quelle différence de celte disgrâce à celle de M. Fouquet, qui fit faire tant de belles choses? On ne dira pas comme on disoit alors ; Les deslins sont contents^ Oi'onte est malheureux^ et personne ne fera pleurer les nymphes de l'Étang comme La Fontaine fit pleurer les nymphes de \ aux. Relisez cette pièce si vous l'osez, et vous y verrez comme la douleur, en touchant les cœurs, avoit élevé les esprits. Mais à présent, tout cela est abattu, et avec raison.
iNI. de la Reynie est mort cette nuit très-agé. C'est un homme qui a bien vu et entendu des choses en sa vie. Il s'appelle Mcolas en son nom. Sa femme est Garibal. Il a un fils à Rome, qui vit en philosophe, et une fille mariée à M. de Montmaur, intendant de marine. 11 a fait la police, du temps des poisons et des conversions. .Turieu l'a maltraité, et son neveu, M. de Fralage , dans V Esprit de M. Jrnaud. Il condamna au feu la Critique du calrAnisme de notre ami et ce n'est pas là la plus belle action de sa vie. Car il n'y avoit rien dans cette critique qui méritât cette condamnation. Je ne sais si cela lui servira de beaucoup en l'autre monde. Il est sorti de celui-ci sans aucun secours spirituel. Mais il vivoit bien et avoit une grande force d'esprit, qu'il fit paroître encore par ses écrits, il y a quelques années, en disputant le doyenne du conseil à M. l'archevêque de Reims. Vivre si longtemps sans pouvoir être doyen, c'étoit une grande disgrâce. Cependant, il ne le fut pas, et la jeunesse l'emporta. Voilà une place vacante au conseil. A qui la donnez-vous? Au plus digne. Mais il ne Faura pas. Adieu, Madame, ne pouvant vous parler, je vous écris le plus longtemps (pie je peux, et je vous prie de trouver qu'il y a de la galanterie à mon fait.
Je n'ai point vu M. Bruyère. Je crois qu'il ne manquera non
plus que moi à une occasion si chère pour son oncle et pour notre ami, que nous ressusciterons de toutes nos forces.
A Saint-Maur, 1709.
Je vous remercie d'avoir donné vos avis à .M"*" Boissière sur la
réformation du [)ortroit. Qu'il scroit heureux, si l'original pou\oit se réformer lui-mèn>e, et prendre le tour (pic vous Noudrc/ bii'ii lui ilon-
ner Je me rt'jouis à lire les livres de M. Dupin , c'est-à-dire à lire
tous les auteurs qui ont écrit depuis cent ans, et j'admire sa facilite, sa liberté et ces endroits fins (jui n'ont point échappé à vos remarques.
Il) (:i)RnK.siH)M> vN( r m Mvniiir mvrvis
Il «l fort ciMirt sur IVIou'f tlf M. IV\t'.|u.' de Mi';m\ ; .i|)|)nivinin(Mit ^^, ■ I ..• .. .. .. .^ ;i . ^ ^ ;unis, l'I il s'fli lui sur d'iiulros qu'un voit bien
q n» |»I»uv (l.ins son 0(rur.
I>ar oxoinplf la loiij;iio genealojjie des Amniul pnroît bien alïectée. Jc\oU aussi qu'il sVlmd .iver pl.iisir sur les ouvnifî»'s qui no sont pas à la cour de Uonu». (ria re\ient si souvent qu'on pourroil sVn enluivfr. Sans doute qu'il est piqué au jeu. Mais ceux qui ne le sont pas itesrrotent pas f»U*hes de trou\er des renvois aux artieles semblables.
Jr^ous a\oisl»irn dit, "Madame, (jue "M. r.asnaize ne se soueieroit pas d«* notre eouuneree. Tant de seiiiiee et tant d'hebrcu dans une tète ne latisi^Hl pas beaucoup de sentiments dans le cœur. Pour moi, qui veux que les hommes aient une àme et sentent et goOtent le plaisir de la sonrté et de la eouununieation , je suis toujours prêt de renoneer a l'esprit pour nu* rentrrmer a penser librement, j^aiement et sensibleiiM'Ul, w qu'il me sendile que je ne fais bien qu'avee vous, Madame, qui avez tout ee qu'il faut pour entretenir les gens dans une si douce liabitudc. M. iSruyen' nous a aussi aliandomiés, et il va arriver des lettn*s et autres ouxrages de notre anu, ee qui arrive ordinairement à tous les savants. Voila le fort des rboses bumaines, qui ne se peut corripT p«'»r une agréable philosopbie.
Juilh'l 1709.
\otre billet , Madame, me fut apporté à la campagne, d'où je suis H'^enu malade ; or je ne nw porte bien que d'Iiiwr. Quand vous me flti*» Ibonneur de \enir lundi j'étois très-mal. \ oila pourquoi je fus oblige de vous renvoyer. Je suis très-sensible au reproebc que vous me fîtes. Mais \ous m'avez pris, Madame, avec tous mes défauts, et il but bien me b-s passer. Oi (pii est de bon, c'est qu'ils ne vont pas jusqu'au cœur, qui est toujours lernje, tendre et conslaut. Je ne sais ce que Trevou\ a dit ; en tout cas, cela ne fera pas grande inq)ression sur reui qui ont du goiU, et tant pis pour ceux qui n'en ont point.
M. I" m'est venu voir. Il me paroît bien décbu, et je ne sais
•i e'e* ijf ou y,i mère qui le traitent ainsi. Il m'a montré la lia-
ranipie de M. de I.utembourg et la critique. Je ne |)uis vous exprimer La MjrpfiM- que j'ai eue de la malignité et de la force de cette satire : il o'% a f -• • Tre langue depiece semblabb', et <lepiii*- l'apolo^lie de
M** 0 , ir Henri IN , je n'ai rien \u de pareil, lit ureuseuM'ut
II. de loiiembourg a bien (lui, car sans cela, cette pièce, si elle avoit rtè duooée au public, le d^sbonoreroit pour toujours. I,a moitié du genre huniaui y i-^t bien maltraitée. N(»tre nation y est en pièces. 1,'a-
OKMir de la p;ilrir el du sexe fait ipie je m'oppfjse de frmles mes lotres
AVEC M^"^ DE MÉRIGMAC. 113
à la publication de cet écrit satirique, ou notre ami (M. Bayle) paroît avoir pris trop de plaisir à manier des matières délicates avec des termes peu délicats. Cela pourroit faire tort à sa mémoire. Au reste. Madame, je suis bien embarrassé d'un rendez-vous. Car mon mal ayant éloigné mes alïaires, je suis engagé pour toute la semaine qui vient et je ne vois que le samedi qui me reste. A ce jour- la, Madame, vous recevrez toutes mes excuses et nous dirons et ferons lors ce qui vous plaira.
Septeinl»re I7<in.
Je commence a mettre aujourd'hui, Madame , des maçons danj» ma maison, et je suis obligé de la quitter. .Te me mettrai vis-a-vis de chez moi plutôt que d'aller à la campagne, ou tout est plein de fièvres. Si vous voulez venir vendredi matin, on vous dira où je serai, et nous causerons sur bien des choses. .Te lis M. Basnage avecplaisir; sou style est noble et éloquent, et digne de l'histoire, ses réflexions belles, sa critique juste. J'en voudrois retrancher quelques traits satiriques qui ne conviennent point à un si grand homme et qui sentent le ministre. On ne s'attend point à trouver dans VUlslcire défi Juifs des coups contre le clergé de France sur la destruction du calvinisme, et il eût été bien plus beau de sacrifier ce ressentiment, (jui est hors de sa place, que de le publier et gâter ainsi son histoire. 11 dit eu un endroit ; Et bien sots sont les Ménélas qui courent après les Hélènes Cela est trop poétique, et ce qui est assez plaisant, c'est que cela fait deux beaux vers à quatre pieds, ce qu'il devoit éviter. Son iuterpolateur (entendez-vous ce ternie.^) est bien éloigné de ce style magnifique et oratoire : il tombe dans l'extrémité opposée, et on n'aura pas de peine à reconnoîlre les interpolations. Vous l'entendez à présent, Madame, et que n'entendez-vous point? Plus je lis cet ouvrage, moins je me trouve digne d'avoir commerce avec un homme si profond. Vous me direz : Mais qui étoiJ donc M. Bayle? et à cela, je vous répondrai : Il avoit plusieurs esprits : il en avoit des familiers et c'étoit avec ceux-là que javois couiuitTce. Mais les savants à hébreu sont peu connnunicatifs.
J'ai lu quelques chapitres de la Bibliothèque ecclésiastique, qui m'ont paru trè.s-curieux. Mais j'en reviens à mon Histoire des Juifs bien vite, et j'y trouve mieux mon compte.
A propos de ces Hélènes, je ne sais si sa femme ne l'etoit point nu peu, et si ce n'est pas un ressentiment personnel qu'il n'a pu étouffer. Je crois avoir oui dire (ju'il avoit fait confidence a .lurieu de je iir sais quelle jouissance anticipée, que .lurieu lui reprocha un jour, et il dit :
III COKRKSmNDANr.K DK MAlHIKr MARAIS
rW« est rrai . rous le savez (fautant wiiVj/.r , gue Je ne ravois dit •/«'et rttus. O (]iii txMi\rit di* honlf o\ liirifu et l;i tVinim* , cl ptut- Hrr \c iiKiri. Voil.i iiiu' polile hisloiiv poiirVmir ma leltri' Il faut bien ef(a\vr un peu Ks tristesses ilii Itrups
\\ Il
Septembre I709.
Je n«* puis disposer, Madoiue , que du Jeudi de la semaine qui vient Ml matin. Ola veut diro sur les neuf heures. IM. Bruyère est venu me loir.iujuurd'liui , il jKirt la semaine qui vient et emporte avee lui ses Inrsors, il m'a |)ourtant promis de me eommunitpier l'iiidiee histonqtH\ Voila une seconde mort iW notre ami, qui ne pourra ressusciter que par le comment avec M. Basnage. Je l'entretiendrai puisque cela vous fait plaisir, et nH)n premier loisir sera employé à lui écrire.
\jn nouvelles de Tournay sont que l'on a battu la chamade le 28 a sfpt heun-sdu soir. Il y eut tout ce jour une canoimade affreuse.
f)n ne sait p»is encore la capitulation. Voilà des gens qui avancent H qu'on laisse assez faire. On reprochoit autrefois au prince d'Orange qu'il rioil %enu Noir prendre .Namur, et Despréaux lui disoit en raillant dms sou ode pindarique : '
Veop/, vou> p<)U\e/. tout \uii.
I - jMM r.N .inzlois ou .illf-riiands nous le |)('uvent bien rendre, mais tonl • M -•Ul.ii> presentenient, et on sf met peu en peine de faire des vfTf pounu qu'on prenne vos villes.
A prn|K>sde Despréaux, il a vu la mort de près; mais il se porte niim\ : ce seroit unv véritable perte.
Je vous ren\oie le .Simon, qui m'a fort plu, si ce n est qu'il a trop parie de Tabbe Faydil, qu'il falloit abandonner à ses chimères. Je vais faire provision de bien des choses pour jeudi prochain. Mais, Madame, Touf retrouverez toujours au moins tout mon cœur et tout mon f«prit entiérpment a \oiis
A .Saint- Maur. le 21 d'octobre I7<«.
Four cette foii«la, Madame, votre lettre est im panégyrique dans les fannrf^rt fouiy avez fait m délicatement la jiislilication de M. Ha.sua^, que je oe puis trop admirer comment vous tournez a mon avanta^ le tort ,,jr. {U'% tours-la ne sont pas donnés a tout le
^' ^ *' .. i*.fn en garde contre des flatteries si ingénieuse-
AVEC MME DU MtRIGMAC. n;,
nient apprêtées, je me croirois à la fin un grand et tres-giand homme, moi qui suis si petit en toutes façons. Il ne peut point avoir de peine à répondre certainement à ma lettre. Mais c'est uu auteur qui fait des livres et qui croit voler au public le temps (ju'il donne aux réponses. Je le trouve bien hardi a débiter ses sentiments sur la magie. Je lisais hier dans le a" tome de l'Histoire des juifs ce qu'il en pense, et il dit tout net que c'est une illusion de l'esprit, et qu'on n'en sera jamais bien guéri que quand on aura pu porter des remèdes jusque-là, ce qui est bien difficile. Jamais .M. Bayle n'a osé être si afûrmatif et les exemples de l'Ecriture l'ont toujours arrêté. Voyez dans le l'^Mome des Réponses au Provincial. Mais pour celui-ci, il sape tout d'un coup l'empire du démon, et sans égard pour sa qualité de ministre (que M. Bayle n'avoit point), il fait le philosophe dans une Histoire, .le commence à croire que M. Dupiu n'a pas un si grand tort de réformer ce livre, et il est certain que Basnage a mêlé la critique avec l'histoire si confusément, que l'un dégoûteroit de l'autre, si l'onn'étoil soutenu parla nouveauté du sujet. Notre ami, qui a bien senti ce dégoiU, a mis la partie historique à part , mais il y a des gens qui croient plaire par tout ce qu'ils font, et qui ne veulent pas étudier le goût des autres C'est qu'ils ne sont pas polis comme étoit notre ami, que je soutiens toujours qui l'etoit, maigre ceu\ qui n'ont que la politesse des p;iroles.
Je viens a ce que vous dites de M. Dupin. \ ous en faites une vraie apologie, et je ne puis que je ne sois de votre côté, pour\u que vous conveniez qu'un auteur doit avoir des haines et des affections, ce qui est un principe que je n'ai pas encore bien mis dans mon esprit. Je ne voudrois point trouver Ihonmie parmi tant de belles qualités, et voir un catholique refuser des éloges à M. de Meau\, parce que M. de Meaux ne lui a pas fait du bien. Je ne sais pourquoi il appelle le dictionnaire de M. Bayle le Dictionnaire vniuersel, il n'est rien moins que celj, et si le titre de ce livre lui a échappé des mains, que pensera-t-on des autres.'
Je vous remercie d'avoir pense aux Mémoires 'I l-.stradcs. Je vous prie. Madame, d'en envoyer chez moi les deux premiers tomes. Si j'osois, je vous prierois de faire mes compliments à M"*^ Boissière. J'.ii appris qu'elle se portoit mieux, et elle ne trouvera pas mauvaise la petite réformation.
Du reste, Madame, l'original, que vous trouvez bien, sera toujours tout à vous, puisqu'il vous plaît, et je lâcherai de le garantir contre la fièvre et contre l'infidélité.
HA r.ORhKSI»OM)\N(F Ml M \TMIKt' M\RAIS
\ Sfliiil-M.iiir. «e 'Jii (H'Iobri' ITdli
., -...M'ii |K-iiK- ilr \unv culujuc t'i NOUS prie, Mjdiiiiu', de in'ai)prx'jiilrf l>lal lit' ^otrt' saute. Vous avez trouvé la justilicatiou de vos lljlunes djus notre auii, qui etoit un «rand llatteur quand il \ouloil louer. Mais a tout liasiird j*aeco|)le cette excuse, et vous sais un trèsbon ;;re de laNoir lrou\ee. Poiu* M. Hasna^e , je ne sais plus (ju'en din>; il a tort ou raison. Mais noire ami, qui répondoitau publie de plus içrand:» emplois, repondoit plus evaclenient au\ lettres, ou s'il ne répondoit pas, je supportois moins impalienuuent ses néfj;li}iences. On les {kirdonne ais«Mnenl a eiux que l'on aime, parée que Ton est silr que le conir «l bon. 11 me plaît, Madame, de mêler ainsi des galanteries dans IV que j'écris. Cela reveille les pensées, et vous en trouverez de telles dans Vr.lotje de M. de Tournelort insère dans le Trécoux de septembre, ou .M. de Koulenelle, parlant de son godt pour la végétation, dit qu'il la trouvoit jusque dans les pierres, par une sorte d'infidélité qu'd faisoit aux plantes , et il descendit dans une caverne où il prit la oaluri' comme sur le fait , parce (ju'clle s'y éloit cachée pour travailler a cette végétation.
Celle pensée est nouvelle, galante, et me fait regretter de plus en plus notre ami, parce qu'il l'auroit trouvée avant M. de Fontenelle, si! 3\oit vet'u. Il y a dans ce même journal un livre , ou plutôt la critj jtjf du livre de Tulland. C'est un \rai Spinosa, et les bons Pères se pouvoient bien passer d'annoncer dans leurs journaux un ouvrage que le rrilique dit être si mauvais. Ils veulent taire croire <pi'ils défendent la religion et ils font le conlr.iire. Avez-vousvu, Madame, la prulf^Uun des missionnaires contre les libelles des jésuites; elle est rtoonante, foudroyante, dans l'éloquence de Demoslhenes. Ils seront, dbent-iU, mahomi'lans, juifs, sociniens, jansénistes et plus jansé- OjMrs que Jansenius lui-même, pourvu qu'ils détruisent l'idoliUrie de la (Julie. I^ ligure est outrée, et je ne crois pas (pie les apôtres eustrot ain«i parle ; mais le zèle devient fureur contre certaines gens Je n'»rquit-v-e prjiiit a l'opinion singulière d^' b' Clerc et \ andale sur la nUfCK; M. de Konleiieile, «jui ne croit |)as volontiers auv diables, n'est ps« d*- Utjf M-nliment, et je neveux pas qu'un ministre quia des fonelion« d»: ri'ligion prie si determinement. Ce n*e.st pas a eux qu'il appiarl:<iit ' ■ M-ris du loup-garou , comme disoil un homme de son
cïiriH'f q .1 mourir sans confession. J'admire toujours de plus
en plu» M. I)upin. A-t-il tout lu.^ A-t il tout écrit? Ola est impos-
«hle. Je o'ai point de nouvelle de l'abbe le le sou()conne dans
quelque raoïpagiie galante ou il nous a oubliés. Je vous recx>mmandc
AVEC M>««^ DE MKKIGMAC. 1I7
toi/jours, "Madame , le portrait et l'original , et je suis sur les uegociations d'Estrades, que je trouve curieuses et froides. Cela était bon en Hollande.
30 octobre I7u9.
Enfin, Madame, M. Basnage m'a écrit une lettre (elle est du 21 octobre 1709) fort sensée, un peu flatteuse, mais point du tout partiale pour noire ann'. C'est-à-dire qu'il ne nous promet point de le défendre contre ceux qui l'attaquent. Vous verrez qu'il a poussé sa fidélité à l'excès, en ne voulant point voir ce qu'il a laissé. Il n'est point d'avis que l'on donne au public aucun ouvrage que la Critique du calvinisme ^ et c'est mon avis aussi. Il nous menace d'une interpolation pour le Supplément, Je m'oppose fortement à cette injustice, et j'aimerois bien mieux les ouvrages posthumes imparfaits que de souffrir que quelqu'un se mêle d'augmenter ces ouvrages. Vous apprendrez sur V.ivis aux réfugiés une nouveauté, et vous verrez que nous aurons une nouvelle Histoire des juifs et un désaveu de celle de M. Dupin, Cela va faire un plaisant schisme dans les lettres. Il y avoit des traits vifs dans les lettres de M. Bayle, qui manquent dans celle que je nous envoie. Je finis la mienne pour vous laisser toute entière à cette lecture. C'est à vous, Madame, à qui je dois toutes les honnêtetés de M. Basnage, et je ne suis pas fâché de vous devoir tout ce qui me fait plaisir.
Avez-vous lu V ^tnalyse du livre de M. Tolland dans le Trévoux dn\ septembre.' Les bons Pères, à quoi pensoient-ils d'instruire le public d'une telle nouveauté.'
Il y a un livre des Pror/rés de fa médecine^ où l'auteur, ami des machines, les monte si haut, si haut, si haut, qu'on ne peut pas plus haut, et c'est tout vous dire. Adieu , Madame, je vous embrasse de tout mon cœur. J'ai été un peu incommodé, mais je suis remis. J'ai à présent quatre volumes des Mémoires d' T.strades.
Je vousen\oie la lettre de M. de avec celle de .M. Basnage. L'une
ne ressemble guère à l'autre. La philosophie sur les gîtes est. plaisamment placée, et cette dame qu'il a. trouvée subitement pour en faire votre amie ne me paroît sjuère moins plaisante. Enfin le voil.i retrouve, et je vous prie de vous sou\enir dt' moi (juand xmis lui evrwci. B envoyez-moi s'il vous plaît la lettre de M. Basnage.
i.K I r»un»sPnM»VN( I hK MMHIKl' MARAIS.
Décembre l7o9.
Moii a^is sur In leltr»' i^st qia' •• csi uiu' (leflamjtion populjiiro, a b foron dm-IU-s qui se faUoiiMil <iu tiMnns dv la guerre de l'aris. Les ven qm sont à la lin st)nt même de ee temps-là et on les renouvelle iTuI a proptïs Car il y avoit »me autre elianson (jui disoit :
Von PifU le hntt Ittnps qiif c'éloil 4 Paris durant Iti famine!
En cr temps-ci, nous aurions bien de la peine à eu dire autant. Je crois doue. Madame, qu'il faut jeter cela à la voirie des pièces volantes, ronime di5«>il notre ami. Je m'attendois à toute autre chose sur Tinsniption de la lettre, et je ne m'ima;;iuois pas qu'on alloit entretenir le bou Père des affaires publiques.
( )n m'a assure si positivement le mariage de I^aisné, que je n'en doute plus; cela doit être eelairri cette semaine. J'en serois en vérité bien fârhe. car il me siinble que cela ne lui convient point du tout et (|u*il j«rJ t(MJt drliuurc.
\ eus avez raison de dire que ce seroit un enchantement si Ton jchctoil le livre I] si cher. Je n'ai point revu mon hoinine, et je crois que le diable, qui est intéresse à ut' pas laisser courir un livre ou son rmpire i-st détruit, a fait rompre le marché. J'en trouve les avenues fort belles. .Mais quand on est dedans, il n'y a rien de ce qu'il promet. Vove/. It-s prérares de l'abrégé du livre. C'est un beau raisonneur, un homme njelholique, et vous vous jetez a plaisir (luis une Icdun* qui bientôt \ous lasse et ne vous persuade point
Je fui» bien sur. Madame, qu'il n'en a pas été de même de la visite q-i" V a fait»*, et que \ous avez beau('(Hi|) plus tenu (|ue je n'ai
pi 1 »n honneur e.",t la dans un fort bel engageuuul, et je crois
q. ; tues ne \ous auront p(jint déplu. La (b-moiselle n'est pas
b inoms Une et la moins spirituelle des trois.
\oib une gr ' ' 'inction pour M. |{asnage,si la chose est \raie. llniv r.ilvins 11. ..., lient de lui écrire sur cela; l'une qu'il laudroil le >ur «on a()Ostolat, et c'est ce qu'un catholique ne doit ja-
••ti tairr; l'autre que la conquête des villes devroil être aussi dans ItrQlDpliii* * ' •' Huis trop bon citoyen. Il vaudra donc mieux lui éoirr en ' , , cl cela je le doit» a riionnêtetc, a Tutilitc d un tel eofiMnerre, et , ee qui nie touche davantage, au plaisir que vous aurez et W voir eontmuer.
AVEC M-K DE iMÉRIGMAC. t|9
Ondisoit hier que le chevalier de Charny a été roué de coups de bâton. Ce pourroit bien être la suite de l'affaire avec M. de Rohau.
On disoit aussi que Saint-Cyr alloit à Port-Royal, que l'électeur de Cologne sera destitué de son électorat, que le pape a accordé un bref pour procédera une élection nouvelle, et que, pour le consoler, on lui donnera en France l'ai. baye de Saint-Denis, dont le revenu, uni à Saiut-Cyr, sera compensé par celui de Port Royal que l'on donne aux dames. Ainsi la destruction des saintes filles sera un ouvrage de politique et non de jansénisme. Qui Tauroit jamais cru?
Mon estomac est un peu mieux aujourd'hui. Je vous suis obligé. Madame, de votre attention. Remettons le rendez-vous à samedi prochain.
Janvier i7io.
.ïe suis, Madame, dans une affaire qui m'ôte le plaisir de pouvoir vous donner un rendez-vous cette semaine, et je vous remets s'il vous plaît au lundi de l'autre.
Pendant ce temps-là nous amasserons, au moins moi, car pour vous, iNIadame, vos trésors sont tous remplis, au lieu que je ne vis qu'au jour le jour.
Je ne sache que l'impudence qui soit au-dessus de la satire. Or M. Simon en est bien loin, n'y ayant rien de plus modeste que son style. De plus il y a bien des pièces là-dedans qui ne sont pas de lui, et je ne me souviens que d'une, qui est un peu trop mordante, contre un homme habile, lequel ne méritoit pas ses traits. C'est M. Tamard.
Pour ce qu'ils disent contre M. Basnage , vous avez raison de dire qu'il n'y a pas de raison dans ce qu'ils disent. Car ce n'est pas la raison qui nous persuade sur cela, c'est la religion. INIais ils savent bien que personne ne les relèvera sur ce point, qui étoit destiné à notre ami, et qu'après lui nul n'osera traiter. Après tout, quand je les vois piller l'étranger, il me semble qu'ils ne font que le rendre, car on ne les épargne point là-bas. En bonne justice ils ont tort l'un et l'autre de se dire des injures p<'rsonnelles, et je fais réflexion (jue s'ils onl bien traité M. Bayle pendant sa vie, c'est qu'il les traitoit assez bien de son coté. L'amilié s'entretient toujours par la douceur; mais elle n'est pas compatible avec la luuFie théologique. On dit en latin : Odiuni theologicum, pour exprinier la cruauté de la haine.
L'extrait de V Histoire des juif sest à trois endroits dans le trentième journal de 1707 et dans les suppléments de juillet et d'aoïlt de la même année. Vous aimerez bien M. de , car je crois qu'il sait toute
1)0 lOKIUSPDMMNCK 1>K MMimi: MAHAIS
rfliehi>loirt' par mnir. »«l il ilit quil troii\c V Histoire universelle (hê empire* Jai» les cioiiv pmuiiTS tomos.
Jf r I riTl.iineinenl a M. Hasuiino, la sem.niu' tiiii vinit. Mais
j, , ;|nni .-.\oir \u qudqiie chose di' M. Diipiii pour lui en
jj siMitiment, ot peut-èlre niénaj^erions-nous sa colère
routrf >otre ami
Jf »ou» mi\oit» lerrala ri je iîanlt- lo livre, puisque nous le \oulez.
>oici un diM-ours l'ail pour I Aeatleinic, ou un lioinmo a ele assez fou p«>ur siniapner qu'il reinporteroil le prix en disant des vérités trop rbirt^ sur IVlal ou nous sommes. Ce qui est déplaisant, c'est qu'il a fait unprimer son discours, pour montrer que l'Académie a mal jugé fn doniunl le pri\ a la Molle, el il pieteiul demauder d'autres juges. Jf »ous prie de me le renvoyer. Car de voir cela imprimé avec approbaiion et ponnission , c'est encore un reste de liberté ou une grande bé- \ue des approbateurs et des permelleurs. Permeltez-moi ce mol, Mad.inie,a\ec celui d'aimer.
Je n'ai point vu M. l'Kscalopier; son portier est un vrai Suisse, qui uc voulut pas même me faire éclairer le jour que je sortis de chez vous, et craignant de me tuer au commencement de raiinée, je ne montai pas. Mesal'faires m'onl empêche depuis de le voir, .le ne les tiens pas mal c« Messieurs les Mazarin, si les Flamandes peuvent les voir. Car il y en a de fort bonnes a voir.
L*abseoce auroit ete plus courte si vous aviez voulu. Madame, me faire l'honneur de venir quelque matin. Cela ne m'auroit point emp<Vhr du tout ; mon amie e^l mieux, et ma santé est assez bonne. (Ju'a%t'/-\otis fait du portrait? .le ne suis point d'avis qu'on ùte le li^rrdr la main. C'est une note pour un savant.
J<* «ous n*nvoie le premier tome de M.. Simon; il maltraite trop
^\ f»t!i-n. îi dans un autre endroit où il veut maltraiter saint (Ire-
• ri de M. Diipin. Le père Ldoiig in' mérite point aussi ses
Mil CtiX un honnne «pji mord tout !<■ monde, el qui s'avisi* de
:iu\ impertinences de l'abbé Faidy, cpii est plus a mépri-
•firedire. Vprès cela, il faut convenir qu'il y a des choses
••l tres-nelles dans son livre. Il ne persuadera a |)er.soune
tout !(• niai qu'il dit de M. Arnaud et des Port- royalistes. Il vient
ir miner une réputation si l)ien établie, et c'est une folie
' ^- ■■•' lî iimv( rsel dans des livres anonymi-s, imprimés
1 mhuv bml connoilre qu'ils manriueiit di' I du public Voila mon petit avis contre ccdécbireur des
AVEC MME DK MKRIG-MAC. 12I
Mars 1710.
^la lettre, accompagnée de la vôtre, Madame , fera le meilleur <'ffet du moude, et ce lui sera un Irès-bon passe-port. Je ne crois pas qu'il résiste à tant d'attaques, et comme vous dites fort bien, il auroit le cœur et l'esprit bien durs. Esprit dur est un très-bon mot , et s'il n'étoit p.'is fait, il le faudroit faire en ce cas-ci. Je retarde ma réponse à ]M. Desmaizeaux jusqu'à ce que j'aie la sienne, et si elle ne vient pas comme nous l'attendons, la même main qui devoit dispenser la gloire au défunt répandra la bonté sur l'béritier, et apprendra à toute la terre son iudiguité. Je n'ai pas à présent les vers. Plus je les lis et plus je les trouve beaux. Dès qu'ils me seront revenus, je vous les renverrai , comprenant fort bien l'impatience où vous devez être.
Je vous assure que M ne les aura point avant vous. Je n'entends
rien à ce qu'il veut dire qu'il m'a attendu toute la matinée. Car je ne l'ai ni vu, ni personne de sa part. A samedi prochain le rendezvous , mais je vous verrai avant ce temps-là et vous irai surprendre quelque mercredi, où, si nous n'avons pas de si grands plaisirs, nous lâcherons au moins d'en rappeler le souvenir. Voilà une fm de lettre toute propre à embarrasser mes rivaux. Adieu, >Iadame, je crains bien que les plaisirs de..., ne soient d'une autre nature que les nôtres.
5 mars 1710.
Je vous écris de mon lit, Madame, mais ce n'est qu'un mal de pied qui m'y retient, et qui ne touche ni au creur, ni a l'esprit-, il faut mettre notre rendez-vous au samedi à l'ordinaire, .le vis hier I.aisné; nous allâmes aux Tuileries ensemble; je lui lus les vers de M. Bayle, qu'il trouva excellents, et moi je le trouvai comme vous, avec une face d'hyménée qui le rend très-honteux, .le n'avois pas encore vu les chansons; elles sont plaisantes. Mais l'aventure de llousseau va un peu arrêter MM. les chansonniers. Du reste. Madame, je dis avec vous: gare aux nisolents! Ce beau philosophe de neige va nous impatienter. \ ive la vivacité que le ctL'ur donne et (pie vous savez si bien faire passer dans vos lettres. Mon Dieu, Madame, le bon mardi ^ras pour ntoi !
On vient de médire que .M. le Duc est mort subilemml hier. \(tilà un grand deuil (pii va couvrir celui du père et une douleiu* poiula fan)ille rovalc.
irr a)Riu~^i»<)M>v.>(:K he mathiku marais
A\ril 1710.
. IV|Hiisc|uej*ni vu Lpicnrc dans un tiMiipIc. Je niMloiitc |)liis(iu'il n'y ait d«*^ditMi\, « ainsi disoil un ancien, (]ui auroil dit la même eliose en Tovant liiiT noire philosophe (P reeevoir tous ses sacrements, avec imr foi. une tendresse et une vivacité extraordinaires. On Uii de- 1.1 s'il crovoit, et il dit tout liant : Ce nest point grhnace. ^ Ir croijois pas , on ne me le feroït ptts faire pour fous
Ir s du mondt Vprès avoir quitté la croix, il la demanda une
MroïKle fois avec ardeur et dit . f oilà le fondement des espérouets Tout ce qu'il dit pendant le temps de la cérémonie fut grand, élève et plein de la divinité, (lela se fit dans son fauteuil , à la %ih* de plusieurs personnages, et j'y étois. Il n'est plus question du roucher ni du lever du soleil , ni de l'indij^nation contre le genre humain. Tout chance en l'homme quand tout va (hanter pour lui. Et, f«jmme dit notre ami , il y a bien de la différence entre un libertin ro pied et un libertin reformé par une longue maladie.
Voila un grand exemple pour les incrédules. Car cet homme vrair- tit, éloquent (t sublime, avoit armé son esprit contre la foi,
♦ i . I . ...l.int la foi l'a vaincu : et incapable d'un mensonge, il ne s'est n^ndu qu'a la vérité qui l'a éclairé. Il a beaucoup d'écrits qui n'ont jamais vu le jour. Plusieurs gens de qualité et de goût lui en ont fait offrir des sommes ronsidt'rables. .Mais il ré|)ond fermement qu'il a un ami qui ne la jamais abandonné et que tout ce qu'il a n'est point à lui, maïs à son ami. Otte noblesse de sentiment ne le quittera qu'à sa mort, qiM> l'on croit qui arrivera aujourd'hui. Son ami n'est pointa Pansa prex-nt, il est le mien intime. Sa lemme est toujours près de rr pauvre mourant, et des cpie l'heure sera venue tout sera dans nos mains. \ ou» verrez quelque jour tout ce qui a tant été caché. Car je suis rHa de prés, et je ne veux pas qu'il nous échappe.
Mffiafe7.-\ous jusqu'à samedi et ce jour-la laissez-vous faire , Madame, Imil ce que Ton voudra sans vous défendre. Vous aurez la fiait , ft n'i-st-ce p» un grand bien '
\XMI
\:\ mai iTIo
riw Irtln* écrite, le eongreganiste (2) m'est venu voir, a qui j «• jwiM liuùut du R. I»., et il dit nettement que c'est un fripon. Ainsi,
M I 4MO'' <U MooUamont