CHANSON
Pour abaisser du Parlement
La fierté trop hautaine, De Pontoise, trop dou\ Re^'ont, Fais-le siiut«r à Fresne.
C'est un lieu de correction , I-T faridondaine, la faridondon, Fa, d^A^uesseau s'est converti, Hiribi , A la façon de liarbari , mon ami.
AvcM'.ATS. — \jes avocats persistent à n'aller ni à Pon- Utisf , ni dans aucune juridiction du Palais, comme la (>)ur de» aides , les Kcquêtes de ril<*)tel , h' huieau des Uuniices et autres. Il n'y a que les procureurs (jui y vont et qui plaident.
Lundi, '2 Afptemhre 1720. — Ce jour, Ut Parlement s'est assemblé À Pontoiwî sur l'affaire de la Constitution. La déclaration n él/î lue, les gens rln l»(»i sont entrés et ont
conclu à renregistrement, à quelques petites modifications près, qui avoient été concertées avec M. le Chancelier. Un conseiller s'est levé qui a présenté un paquet cacheté, dans lequel s'est trouvée une requête de l'Université. M. de la Porte, conseiller en la Grand-Chambre, a dit qu'il avoit entre les mains une requête de la part des quatre évèques appelants. M. le Premier Président en a été étonné et a dit que Ton auroitdù lui communiquer, avant l'assemblée, une requête de cette importance. A quoi M. de la Porte a répliqué qu'il n'en étoit pas besoin, et que peut-être on ne sauroit ce qu'elle seroit de- Venue (1). Le Premier Président a paru très-fàché et a dit qu'elle devoit être rejetée sans la lire , mais M. de la Porte a tout doucement persisté à lire la requête. On a fait entrer les gens du Roi, qui ont conclu à ce que la requête ne seroit point lue, et se sont fondés sur un article de l'ordonnance de Moulins. Ensuite ou a pris les voix, et à la pluralité de 70 contre V8, la requête a été lue, qui a été trouvée très-belle. Les conclusions tendent à être reçus appelants comme d'abus du Corps de doctrine et de Y accommodement j et à être entendus sur leurs moyens. Il y a quatre consultations d'avocats jointes à la requête, et entre autres, une de M. du Cornet. Sur cette difficulté, les requêtes ont été mises entre les mains des commissaires de la cour, nommés pour les affaires publiques, qui en doivent donner leur avis incessamment. La déclaration du Roi a paru très-mauvaise et encore plus forte, pour la Constitution , que les projets qui en avoient été donnés. L'ordonnance de Moulins ne parle que des oppositions aux lettres patentes et déclarations, mais non pas des appels comme d'abus. Le Parlement de Douuy (enregistré à Douay le 17 août) et celui de Bretagne ont déjà enregistré la déclaration. On n'a pas at-
(1) Barbier, t. I, p. J7.
416 MEMOIKKS DE MATHII U MARAIS.
tendu la résolution de colui de l\iris, que Ton ne considère pas beaucoup et cpie l'on tient toujours transféré.
MkMOIKK Al 1»AKLK.MKM SIR LA CONSTITI TION. — Il a
été publié un mémoire imprimé in-i" contenant li p., intitulé : Mémoire pour yosseigiieurs du Parlement. C'est un bon ouvrage, plein de sens et de raison.
L auteur y prouve que le dilTérend sur la Constitution touche la substance de la religion ; ([ue le cardinal de Noailles seul soutient le contraire; que raccommodement s'est fait , non-seulement sans assemblée canonicpie, mais sans aucune asseinblée, et sans l'avoir communiqué aux appelants ; (ju'il n'y a point d'unanimité; (pion s'est contenté de 80 évêques, comme si les 50 autres dévoient être comptés i)our rien; que le second ordre a été méprisé; (pic le l^arlcment ne peut donc pas enref;istrer cet accommodement, dont il ne connoit que la l'orme. l*our la déclaration, elle jui^e l'appel, elle met l'encensoir entre les mains du Uoi. L'autorité séculière ne peut pas donner force de loi à un décret que l'Église n'a pas reçu. On ne peut pas toucher aux appels laits; lesévèques acceptants n'ont point droit sur les appelants, et le Koi ne peut faire valoir un droit qu'ils n'ont pas. Cette déclaration est plus dangereuse (jue celle à la- (piclle les gens du Uoi résistèrent avec vigueur en 1715. •M. d'Aj:uesseau, alors procureur général et aujourd'hui Chancelier, donna un beau mémoire contre cette déclaration, dont on rapporte plusieurs termes. Il <bsoit (jue le Koi se rendoit évidemment juge de la doctrine , sans aucun préjugé de l'autorité ecclésiasticiue , et (jue la religion lui feroit rejeter la proposition d'être juge entre les évèquc»s. En 1715, le Koi se préparoit à faire condamner If» refusants par un concile national. Et X préficnl, il menace de f;iire justice lui-même contre les dés/>lM-iss;inls comme rebelles. ( Le (Chancelier <'st confondu p.ir son propre écrit, et ne pense plusconïun* il pensoit, non plus que h- canlinal. Ils ont des dogmes de rechange
SKPTEMBRE 1720. 4 17
suivant les temps. ) La suite du Mémoire contient les objections et les réponses. La première objection est que le Parlement a registre en 17 li les lettres patentes sur la Constitution, et que celle-ci n'est qu'une suite; on répond que par Tenregistrement de 17H le droitdes évèques est conservé , dont le plus grand est l'appel au concile , et en effet, le Parlement a reçu plusieurs appels et a maintenu les appelants. Alors on comptoit sur l'unanimité, mais, depuis, la division a paru, avec les appels. Le Parlement ne peut suivre que les règles. La deuxième objection est que l'on peut enregistrer sans préjudice des appels. Cela est impraticable. 11 faudroitque l'esprit des accommodants eût passé dans le Parlement pour dire le oui et le non. C'est établir par arrêt le pyrrlionisme dans la religion, etc. La troisième objection : On imposera silence aux deux partis, et il y aura paix partout. Rép. On ne peut pas imposer silence aux gens que la religion oblige de parler. C'étoit une autorité légitime que celle qui défendoit aux apôtres, après leur prison, de prêcher Jésus-Christ. Mais parce que cette défense passoit son pouvoir, les apôtres répondirent qu'ils ne pouvoient s'empêcher de publier ce qu'ils avoient vu et appris, et qu'il valoil mieux oljéir à Dieu qu'aux hommes. Quatrième objection. On a déjà imposé silence par deux déclarations du Koi. On le peut faire encore. Rép. On n'en a pas mieux fait : la vérité en a souffert; cela est toujours arrivé dans l'Église. De plus, ce silence étoit provisionnel, celui-ci est définitif et pour toujours. On promettoit un accommodement et on ne voit qu'une rétractation du C. et une réunibn parfaite à tous les sentiments molinistes des acceptiints. La cinquième objection. Toute l'Kglise a reçu la bulle. Le nombre des appelants est si petit qu'on ne doit pas y avoir égard. Rép. La bulle n'est pas reçue canoniquemenl. Les acceptations sont nulles; le cardinal [\\ prouvé dans son instruction pastoral»*. A l'égard dû petit nombre , le Roi ni le Parle-
4I> MI.MOIKI .S |)h MAlHiLl MAUaIS.
ment m- >onl pas comp(^tents |)t)ur juger si ce petit nuinln**' a tort. M. trAuucssoaii, dans son Mémoire de 1710, a (lil i|u"il n'y a point de loi dans l'Kglise qui établisse t|ue sans le secours d'un concile, les scntinienls du plu> t;rand nombre d'évèques séparés, soient, pour ainsi dire, une espèce de eondanination contre le petit nombre. Comme chaque évéque, séparé des autres, est sujet à IVrreur, il ne résulte point une vérité absolument certaine de plusieurs décisions qui peuvent être erronées à moins qu'il n'y ait une parfaite unanimité, etc. (Voilà encore le Chancelier combattu par ses propres lumières, qu'il obscurcit aujourd'hui. De plus , les prélats ne sont pas seuls. Ce qu'il y a de plus éclairé dans le clergé a adhéré à leur appel. Le cardinal s'en est paré dans son bi^truclion , aujourd'hui il les abandonne, mais ils tournent an prolit des appelants. Cela augmente le petit nombre. Sixième objection, il faut donner la paix à l'Églis<;, le schisme est à craindre. Rép. On n'aura point la paix; les appelants qui n\m[ rien dit vont parler. On ne leur répondra point par des raisons. Ce seroit la première l'ois tjuon Tauroit entrepris. On les poursuivra , ils se plaindront; voilà la guerre plus que jamais. Il n'y a rien de .solide et de stable (disoit M. d'Aguesseau) que ce qui se fait dans les règles les plus exactes, et surtout en matière de religion, où l'on ne fait rien si on ne persuade les esprits , et si on ne gagne les cœurs. 11 n'y a que deux mots à dire et il n'y aura point de schisme. L'Kglise aura la paix et les règles seront gardées , et le Koi en aura tout l'honneur. Le moyen dont nous parlons (dit l'auteur du Mémoire j ne peut pas être exprimé ici. (Mais on \oit bien par la suite cpi'il veut parler de l'apiu;! au concile par le Koi et le royaume , d«! la convocation d'un concile par le Koi et de la dénomination de la personne du l'ape j. U Mémoire insinue à la tin (jue le Parlement ne p<iul prendre d'autre jiarti que, ou de refuier absolument d'enregistrer la Constitution, ou de
faire des remontrances sur son incompétence en cette matière; ou enfin d'admettre les parties intéressées à être entendues comme elles le demandent , de se faire donner un procès-verbal de ce qui s'est passé lors de l'accommodement et de demander communication des pièces sur lesquelles il est fondé , savoir : Le Corps de doctrine, V Acceptation du cardinal, V Instruction pastorale des iO , afin de voir s'il n'y a rien de contraire à nos libertés et aux droits des évêques. Ce mémoire pose une grande maxime, que c'est TÉglise elle-même qui termine toujours les différends de ses enfants; qu'elle établit des règles pour y réussir, et comme le manquement de succès ne vient jamais que du défaut d'obéissance à ces règles, si elle a invoqué le pouvoir et l'autorité des princes chrétiens, ce n'est que pour obliger à l'oljservation des formes canoniques, et jamais les princes bien instruits n'ont passé ces bornes.
Critique du Corps de doctrine. — On a vu une troisième suite dehiCritique du corps de doctrine sur les trois vertus théologales, la foi, l'espérance et la charité. C'est toujours la même main habile et savante qui produit ce merveilleux ouvrage, où la plus exacte théologie est traitée en termes clairs et sublimes. Il finit par dire que cet article des vertus théologales, où l'on dit souvent le pour et le contre, et où l'on veut ajuster la vérité à l'erreur, est plein d'obscurités, d'équivoques, de propositions louches et captieuses. Il y a si peu de suite et de liaison entre les principes, qu'on reconnolt sans peine que c'est l'ouvrage de différentes personnes, dont les vues étoient opposées, et que chacune y a fourré , comme elle a pu, (juelques portions de ses préventions et de ses erreurs qui servent de germe pour faire revivre d'autres erreurs qu'on n'a pas pu faire passer plus expressément. Il est certain , dit-on à la fin, que ce Corps de doctrine , s'il est autorisé, fera j)lus de mal que la Bulle mèuH', parer qu'il est quelqueiois plus <'\pir<s junu l'i'in'ur. Dans 1' 1-
IJO MF'MOIRRS m. MAPUIl r MARAIS.
vertifisfmnit, il parolt que raiiteur a vu un exemplaire de ce Corps dr doctrine iinprinu^ au I.ouvre, où on a fait q«iol(jues juMiti's corrections, depuis les criticpies. On dit en face au cardinal que, ou S. E. se déshonore si elle avoue qu'un livre qu'elle a approuvé et dont elle a tant reconnnandé la lecture contienne des erreurs si grossières ; Quelle nKuujue de bonne foi, elle autorise une dissimulation pernicieuse, elle donne lieu de se jouer de toutes les censures, et elle rend toutes les résolutions de l'Églis<î incertaines en y donnant pour objet des erreurs imatrinaires.
Arrêt ipii ordonne qu'il sera fabriqué pour 50 millions df billets de 50 et de iOfr.avec ces mots timiirés; Division ordonnée par l'arrél dwl septembre 1700, et qu'ils ne serviront unicpiement qu'à couper les billets de 10,000 fr. et 1,000 IV., et à payer le dixième des emplois, suivant l'arrêt du 15 août.
Arrêt du .30 août qui commet les S" de Beaussan et Berlin, maîtres des requêtes, pour dresser procès-verbal des billets portés en compte en banque, qui seront coupés et brûlés.
1)k(:lar\tioxs. — Crkmkrs a sel. — Le même jour, •i septtMnbre . il a été enregistré une déclaration du Hoi à la (>>ur des Aides, qui crée des présidents des greniers à sel dans les sièges où les officiers les ont achetés, avec les priviléL'"es et exem[)tions portés par Tédit de novembre lOSl». La linance sera payée deux sous pour livre et on nMiibours«fra les sièges qui ont acheté.
<i %rptembre. — Mandkmkm . — (Iai.amitks. — Le car- «linal de .Noailles a donné un mandement pour faire des prières nu sujet des calamités publi(jues. « Il y en a de physiques et de morales. Les physi(pies sont les grêles, les iirnges, les iîiceu(li«;s, et surtout la peste qui est à Marseille, qu'on nomme d'un nom plus doux, maladie contmjieu%e. lys morales sont exprimées très-vivement et «in» aucun ménagement pour le Système. L'autorité de
SKPTKMBRE 1720. 421
l'Église est méprisée, ses lois ne sont plus respectées, le jour du Seigneur est pul)liquement profané par des travaux mercenaires et des trafics illicites, par des plaisirs criminels et des débauches honteuses. On se livre à une avarice et une avidité insatiable que Dieu condamne si fortement dans les livres saints. L'usure et la fraude, au mépris des lois divines et humaines, s'exercent publiquement, comFiie Dieu s'en plaint par ses prophètes. L'usage de ces richesses d'iniquité n'est pas moins criminel que les moyens qu'on a pris pour les acquérir. Le luxe, porté aux derniers excès, a corrompu les mœurs publiques, dérangé et confondu toutes les conditions, fait oublier les bienséances et tous les devoirs. Le vice, soutenu et fortifié par la multitude, triomphe et se produit avec audace. La droiture, la probité, la candeur sont regardées comme le partage des âmes foibles, on rougit de conserver encore quelques restes de vertu et de n'être pas assez corrompu. » Voilà un portrait très-naturel des désordres qui régnent et qu'on ne corrige pas. Le mandement tinit par des prières pour le Roi. « Que la conservation si précieuse du Roi que Dieu nous a donné soit le grand objet de vos prières et de vos désirs. « Il y en a aussi pour le Régent, et le cardinal n'a pas manqué d'y faire entrer le Corps de doctrine, qui n'avoit (|ue faire là, en disant qu'il maintienne et qu'il affermisse la paix de l'Eglise, qui a toujoursété l'objet de ses vœux et qui est le fruit de ses soins et ses travaux. Il ajoute, par une flatterie basse et indigne du caractère épiscopal, « qu'il ne se serve de rautoritéqui est entre ses mains que pour rendre, selon ses désirs, \es peuples heureux... » Ce qui ne s'accorde guère avec le portrait vif de nos misères; maison se joue des paroles et de la religion, et S. E. pourroit bien mettre au nombre des calamités publiques la rétractation de son appel, et tout ce qui se passe, de son aveu, au sujet de la Constitution.
ÉvÉguK DK Uoi'LOGNK. — Oïl a appris (pie l'évéque de
4M MEMOIUKS DK MATHIKU MARAIS.
Bi>uloi:nt\ faisant sa visite, a M attaqué i\ coups de pierres parles femmes et les filles d'un lieu nommé t)néelie ; que celte révolte aété i)rati(iuée par les moines du pays, que le curé de ce lieu , qu'ils prétendent janséniste, a été obligé de s'enfuir et (l'interrompre la messe. Gela est arrivé le 20 et le 21 août. Il y en a eu un procés-verhal , qui est ci-joint et qui lait IVémir d'horreur : voil;\ déjà le commencement des désordres. L'évéque n'a opposé (|ue la patience, les prières, les fuites d'un lieu k un autre, et s'est sauvé dilticilement avec ses gens, qui ont été blessés.
En lireta.i:ne, des cbanoines réguliers de Montfort ont \oulu soutenir une thèse qui contenoit des expressions contraires à la Constitution. L'avocat général et le Premier Président ont envoyé chez l'imprimeur, ont pris les e.\enq)laires et défendu aux chanoines de la soutenir. Ainsi la guerre commence dans le spirituel et le temporel, et le Mémoire donné au Parlement se vérifie.
|{a<:ink, Amk uks bktks. — J'ai vu deux épltns en vers >ur l'Ame des bétes, adressées k la duchesse de Noailles. ïA\qs sont de Kacine, lils du grand Kacine. Les vers sont fort l)eaux, faits de génie et coulant d'une source trésabondante. 11 veut soutenir le système de Descartes, mais sa philosophie est courte, il manque de preuves, ou il ne les explique pas. 11 suppose partout ce qui est en question. Il se jette dans des descriptions vives, à la vérité, el où la nature est bien peinte, mais sa machine man(|ue par bien des endroits. Et ajjrès tout, cette opinion commence à s'user. Les esprits ont lait le tour <lu cadran et sont revenus au sentiment ancien. Il faut être plus Krand homme qu'on ne pense pour bien ]mrler des I>èle5». La Fontaine a fait un discours, sui' une panîille matière, (|ui est adressé à madame de la Sablière, et (jui est parmi ses Fahles. Après un tel homme , Kacine pouvoil bien w; pa.sH<*r d'écrire et s'en tenir à son po^^me de Fm Grâce, que l'on dit être une pièce excellenle.
2 septembre, jusfin'du tO. — Pontoisk. — Voi<i un d«-
SKPIEMHKI-: l/'iO. 4 23
tail exact de ce qui s'est passé au Parlement, à Pontoisc, le 2 septembre et depuis, qui nVa été donné par un conseiller delà seconde, à son retour de Pontoise.
Nous fûmes assemblés lundi dernier (2 septembre j depuis huit heures du matin jusqu'à deux heures après midi. M. le Premier Président nous dit que le sujet de l'assemblée étoit de terminer l'affaire la plus importante qu'il y eût, qu'il s'agissoit de procurer la paix de l'Église et de l'État, et qu'il espéroit que nous nous réunirions tous ensemble pour procurer un si grand bien. On commença par faire la lecture des lettres patentes au sujet de la Constitution, après quoi M. le Premier Président demanda lavis à M. Pallu, qui en étoit le rapporteur. Mais il fut interrompu par M. de la Porte, qui tira de sa poche une requête présentée par xMM. les évéques de Montpellier, Mirepoix, Senez et Boulogne (1) ( qui sont les quatre premiers évêques appelants) , et dit qu'on la lui venoit de remettre entre les mains, et qu'il croyoit qu'il étoit nécessaire d'en faire la lecture, avant de procéder à l'enregistrement des lettres. M. le Premier Président prit la parole et lui reprocha, en termes très-vifs, de s'être chargé d'une pareille requête sans son ordre. Il lui répliqua, en termes encore plus vifs, qu'il avoit cru le devoir, et que s'il lui en avoit parlé auparavant il y auroit eu lieu de craindre quelle n'eût été supprimée, et qu'il avoit ses raisons pour parler ainsi. Ce discours blessa fort M. le Premier Président , et il en témoigna son ressentiment, jusqu'à dire qu'il n'ètoit point un malhonnête homme; la requête étoit accompagnée d'une consultation de quatre avocats, savoir MM. du Cornet, du Perray, Rarbin et Prévôt. Par cette recjuête, les quatre évêques demandent acte de leur protestation de nullité contre tout ce qui s'est fait sur l'accommodcmenl. Ils en appellent comme d'abus, et persistent en leur appel
l\ C'oUhtI, I.a I'iouc, Sdaiieii, <Ii' rAnnlt*
4Î4 MFMOIRKS IH MMHIIl MARAIS.
au (x)iKilo. M. ('.lément, touM'illfr de la deuxirme, tira aussi un panuel liesa poolie^doiit l'adresse étoit : «\ MM. du Parlemfut. à Pantoise. On en (it rouverture^ et ontrouva une paivillt' retjurte de ri'nivei'sité. Ces incidents surprirent fi>rt, et surlont M. le Premier PrésidtMit, qui ne s'y attïMuloit pas. Knfin, après une longue délibération pour savoir si on répond roit à ces requêtes, ou si on continueroit de procéder à Tenreiristrement, il fut arrêté (jne l'on manderoit les gens du Koi pour leur communiquer. Ils se retirèrent (piclque temps en p;irticulier et revinrent avec des conclusions tendantes î\ ce qu'il fiit procédé à Tenregistrement des lettres sans aucun délai et sans avoir égard au\ recjuètes présentées. Fondé sur les ordonnancesde Moulins l't lUois en 1GG7, qui veulent (jue les édits, déclarations et lettres patentes soient enregistrés, toutes affaires cessantes, les gens du Koi retirés, la matière mise en délibération, il a été arrêté, à la pluralité des voix, que les recjuétes seroient lues et reçues. On les a lues et on a nommé des commissaires, tant sur les lettres patentes que sur les requêtes.
I.es commissaires, au nombre de trente, se sont assemblés et ont fait un grand travail, par Icfjuel l'affaire auroit pu pnndrc lin, au gré de tous les intéressés, à ce que Ton prétend. Pendant ces assemblées, dix-neuf curés de Paris ont mis entre les mains des commissaires une recjuête pareille aux deux autres. M. Bourret, curé de Saint-Paul, est ;\ la tête de ces curés. La Faculté de théologie a donné aussi une pan'ille requête. La Kégence altcndr)it avec impatience la décision. M. le comte de Nevers est venu àPontoise présenter des lettres de dur, (jue SCS pères ont négligé de faire enregistrer. On y a mis de*>*ius If : .Soi/ montré au Prorurrur (/rnêral , <-t on croit que c'est lui, qui, à son retour de Pontois».*, a fait entendre que le Parb'inenl n'<înregistreroit point les lettres. Quoi qu'il en s lit, M. d»; la Vrillière est arrivé sur les (juatre beurefidu matin à Pontoise, la nuit du 0 au 7, avec une
lettre de cachet pour le Parlement. On a réveillé le Premier Président, qui s'étoit couché lard, et qui n'avoit point dormi. Sa lettre étoit de se fier à tout ce que M. de la Vrillière lui diroit. Le Parlement a été assemblé, sur les sept heures du matin, et la lettre portoit ordre d'enregistrer la déclaration, suivant les conclusions des gens du Roi, ou de la rendre à M. de la Vrillière. Les commissaires, quiavoient fort avancé leur travail et qui le croyoient utile, ont été surpris de cette lettre. On a délibéré, et tous (omne.s) ont été d'avis de rendre la déclaration. Elle a été remise es mains du greffier, qui l'a portée à M. de la Vrillière, qui étoit à la porte de la Chambre. Il l'a reprise, et, sur-le-champ, il est monté en chaise et est retourné à Paris. Tout cela n'a pas duré un quart d'heure. Ainsi le Corps de doclrine est bien loin. Le cardinal de Noailles est bien honteux, et il n'a qu à rayer de son mandement des calamités, l'éloge qu'il a donné au Régent, sur la paix de l'Église, qu'il dit être le fruit de ses soins et de ses travaux. Le cardinal a cueilli ce fruit un peu trop vert, et s'est porté, comme on dit, trop tôt pour héritier. Son mandement est du 6. Il comptoit sur l'enregistrement du 7, mais il a compté sans son hôte. Parturiunt montes : nascitur ridiculusmus.
Le Régent est au désespoir contre le Parlement, mais il doit aussi s'en prendre à sa précipitation, car les commissaires, bien disposés, auroient trouvé quelque expédient, que Dieu, qui veille <\son Église, n'a pas voulu permettre.
PoNTOisK. — Pahlkmknt. — On n'a point envoyé au Parlement de lettres pour la Chambre des vacations. Il n'y en aura point. Sur cela , MM. du Parlement ont pris, d'eux-mêmes, le parti de quitter Pontoise et de s'en revenir à Paris ou aller dans leurs terres. Ils disent que la lettre de cachet du 2î) juillet ne les exile pas, qu'elle les transfère à Pontoise, pour y rendre la justice à liMir ordinairti, et que n'y ayant point de justice à rendre, puis(jue h»s vacances sont venues et qu'il n'y a pas même
49ft MFMOIIUS 1>! MMHlF.l MAUAIS.
de ChaiiihiT tirs varations , ils n'ont plus que faire là, sjuif ;\ y retourner et reprendre leurs fonctions à la Saint- Martin. M. le Premier l^résident est resté àPontoise, avec sa famille et dix ou douze conseillers, cjui n'ont point voulu quittrr. MM. des requêtes du Palais sont aussi rest<^, parce (ju'ils n'ont point de vacances. Les criminels ne seront point juirés et auront ce temps-là de bon, mais il peut y avoir beaucoup d'innocents qui languissent dans les prisons. N'importe, pourquoi sont-ils innocents?
Voici la recpiôte de ri'niversité. Us l'avoienl donnée df^'s le commencement du mois d'août, mais le Premier Président l'avoit fait disparoitre , et leur avoit fait défense d'en donner d'autres. C'est ce que M. de la Porte a voulu faire entendre, et c'est pourquoi on a pris l'expédient du paquet cacheté. L'affaire a été menée habilement, et les jésuites, avec leurs adhérents, ont été les dupes. REOn-'n: i>k L'I'mversitk \v Pahlkmknt. — A Nos Seigneurs du t*arlement, séant à Pontoise, MM. les Hocteurs, Doyen , Procureur, Héirent . officiers et autres suppôts de l'Université de Paris. Disent qu'en vertu du droit qui est attaché à leur état, et qu'ils ont exercé dans tous les temps, ils ont appelé en leur nom, le 5 octobre 1718, au futur concile général de la Constitution de notre saint [>i*rt' le pape Clément XI, qui commence par ces mots : t iiitjpnltns Dci filins, en date du H septembre 1713, enscmlilc des lettres du même pape qui coininenc(Mit par ces mots : /'astornlis officii y pui)lié(îs à Rome le 8 septembre 1718, et de tout ce (jui s'en est suivi et pourroit sVnsuivre, pour les motifs (ju'ils ont déduits tant daiislcuiacte d'appel dudit jour, 5 octobre 1718, cpie dans l'exposilion des motifs (pi'ils ont donnés en conséquence le 3 décembre 1718, dont une partie concerne les droits du royaume el les libertés de l'Kglise gallicane. — Et comme ils ont appris cju'il a été ménagé ù leur insu un accommodement pour recevoir ladite Constitution Vnigenitu* relativement à nu Corps fie dnrlrine dont ils
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ignorent le contenu^ et qu'il y a même des lettres patentes, expédiées à ce sujet, qui doivent être envoyées à la Cour pour y être enregistrées, et qu'ils ont intérêt qu'on ne puisse pas induire de leur silence qu'ils aient changé de sentiments sur ladite Constitution; ils ont cru qu'il étoit de leur devoir de se retirer par devers la Cour, selon qu'il a été souvent pratiqué par leurs prédécesseurs, pour la supplier très-humblement d'accorder à l'Université la même protection qu'elle a toujours éprouvée, en de semblables occasions.
Sur ce, N. S. il v. pi. donner acte aux suppliants de ce qu'ils déclarent qu'ils n'ont eu aucune connoissance dudit accommodement pour la réception de la Constitution Unigenilus, ni du Corps de doctrine, auquel on dit que l'acceptation doit être relative , qu'ils n'y prennent aucune part, et de ce qu'ils persistent dans leur appel, dont copie est ci-jointe à la présente requête, et vous ferez l)ien. .S /r//ie Jean Robert.
CoNSTiTiTioN. La Vrillikrk. — J'ai appris que M. de la Vrilliêre étant arrivé, M. le Premier Président avoit envoyé chercher les commissaires, qui s'éloient expliqués avec lui, et lui avoient dit «piils n'auroient aucun égard aux requêtes, mais qu'il falloit mettre en sûreté les appelants et leursa[)pels, etaussi, pourl'intérêt du royaume et la conservation des libertés, parler des appels au concile à l'avenir pour certains cas. Qu'au surplus, ils ne répondoient pas du parti (jue la Compagnie prendroil et de l'opinion où elle se rangeroit. Il a paru, dans cette conférence amiable, qu'il n'y a nulle animosité dans Ir Parlement et que la disposition étoit bonne : mais M. de la Vriliière étoit renfermé dans ses ordres, et ils ont été exécutés à la lettre. C'est un homme doux, aimé de tout le monde et fort au goût des gens de cour, qu'il oblii:»' perpétuellement; mais il n'a ni les lumières m lintelbgence nécessaires pour traiter uncparcilh* n/'uori.ition I ;.
(I) V, sur la Vrillièrr, Sainl-Simoii, T. Mil, 7V).
438 Mf.MOIRKS DK MATIIIKU MARAIS.
I) ei\{ pu preiuirt* une lettre de pnn-oi;;ation du Parlement, pour s'en «ervir dans Toecasion, et Toccasion étoit belle. On e\\\ pu envoyer une autre personne qui eiU pu I>nrler et traiter. Tout cela ne sera point fait, et nous voilà jxMit-tMre dans le schisme, faute daNoir pris de iMUines mesures.
Mercredi 11. — Dangkai . — M. le marquis de Dangeau est mort, et a laissé vacante la grande maîtrise de Tordre de Saint-Uizarc et une place î\ l'Académie. Monsieur le prince de Conti est venu demander au Kégent la place de grand maître. Il lui a dit : Mais croyez-vous que cela convienne à un princedu sang? — «Oui, a-t-il répondu, je m'en suis bien instruit. — c( Vous en êtes bien instruit et cela se peut; oh bien, a dit le Régent, puiscjue cela est, je la donne à mon fds. » Ainsi M. le duc de (Chartres est grand maître de Tordre de Saint-Lazare. On ne sait pas pourquoi on protège cet ordre, puis(|u'ily a déjiVen France Tordre du Saint-Esprit pour les grands seigneurs, et celui de Saint-Louis pour les officiers. Ce troisième ordre parolt assez inutile. M. de Dangeau laisse aussi un cordon bleu vacant (1).
Dr CiiATKLKT. — Le marquis du ChAtelet, gouverneur de Vineennes, est mort subitement en jouant à Thombre. Il dit (>) et ne put achever de dii'e (l()clill<\ Son gou-
(I) Il faut lirf, Mif Dan^traii, rarlicU* fjiie lui ronsacr»' Saiiit-Siinoii ri où percr iinf ^iii^iilicri* aiiiniosilc La noiivfllr cdilidii de iJaiigcan, (|ui «Ioihik a HmJoHrnal\9^ proportions il'iin monument, est dénature à ri^hahiliter col jii*. l<Kiojjr»plir<otiriiMn, »ari«rlioiîi, ««aiiHc ritifjnerl sans (îorti, mais sansrxa^éralèon, MM prr\rnliuii, mus l'iniMjrtcnirnts, haiis lci{iii;| nous ij^norcrions braiifwip ûr rr% iM-lilrt rlKiM*» qui r\pli<|ii(>nl les urandes, el dont ta <aline »'l ser- «ilr mai» \»*-t\v\\%r r-tarli(nde mtI d« ronlr«'|)oids an\ inyslt'i«;s rt aux rolArrcdr *y«inl Sunou, «-t ramène a la raison et a Tt-quilUire lir partial r«*ril du d«c ri p«ir. (> qu'il ) ide nirieui, c'est que Saint-Simon, qui fourmille d'erf \r t\ d*ni4\arti(udrH d<'iic(:ii|,it qui nr doit I»' («u de |iriTision qu'd
p' ixsrr- raïqMirt qu'an yoT/r/u// de l>an;;('au, qui fut son (;uidr, ne tarit pas
d'mdicfMlton et dr m«'priA «nr In» qn(l<|ueii omiM^ionft on transpositions de (ail* qiKHt \h-m{ reprorlier a r<'t homme ans^i liicn informé qu'il était liien intpiri-, qui Artwixrr mal;:ré loi |p roi des liisloricm minnlulrt, connu*' <li- Mil d'Argemon. V. Saiot-Snoon, XI, 332 el»uir.)
vernement a été donné à son fils(l . Cette mort a surpris le Régent, qui est de son âge, et qui craint l'apoplexie.
Arrêts. — Bois de noyer. — Les arrêts paroissent toujours en foule. Le conseil n'est pas oisif pour ordonner. Arrêt du 11 août qui défend de faire sortir le bois de noyer non ouvragé hors du royaume. C'est que l'espèce en est devenue rare depuis l'hiver de 1709.
Arrêt du 23 août, au sujet de l'affranchissement des droits seigneuriaux dus au Roi dans la ville de Paris. Cet affranchissement est révoqué et le remboursement ordonné. Miotte étoit le traitant.
Arrêt du 2i qui permet aux villes ef communes de payer leurs dettes ou de les convertir au denier 50. Ce dernier va s'étal)lir partout, et il n'y a plus de*ressource pour un plus fort revenu; car on bouche toutes les avenues. Cet arrêt achèvera de ruiner les provinces, que l'on va réduire sur le pied de la capitale, afin que tout se ressemble.
Marine. Conseil. — Ordonnance du Roi, du 31 août, servant de règlement pour le conseil de marine. C'est une disposition toute nouvelle de ce conseil; il sera composé du :
Comte de Toulouse, amiraL
Le maréchal d'Estrées , Président.
Le maréchal de Tessé.
Le chevalier d'Orléans, grand prieur de
France et général des galères.
Le marquis de Coetlogon.
Conseillers. . • v » r ^
Le marquis d Asfeld.
Le comte de Champigny.
Le S"^ de Cours.
Le S"^ de la Grandville , maître des requêtes.
Le S"^ de Vauvray.
Le S"^ de la Chapelle , secrétaire.
(1) Le mari de la laineuse y]"^^ du Cli&lclet.
430 MK.M()II\b:S DE M ATIIIKU MARAIS.
Il e>l asst'z siiuulicr «juf M. J'Ariiiciionvillo , secrétaire il'Ktat de la marine, n'y nilre point. Il doit signer cerlaini's exiK^lilions, dont on lui envoyera la liste, et cette liste lui demeurera pour sa décharge. Par là, il ne pourra signer i|ue ce (jui lui sera envoyé, et on ne pourra lui imputer rien, puisqu'il y a si peu départ. Ce règlement contient 29 articles. La marine est bien réglée ; il ne manque plus que des vaisseaux.
AutMS i)K CHANGE. — Arrêt du 30 août, qui supprime les GO agents de change créés par édit d août 1708 et uovend)re 17 li, et en établit 00 autres par commission du grand sceau ; ils déposeront dix actions remplies, auront un certihcat d'expérience des conseils et des gardes des six corps, prêteront serment au lieutenant civil; ceux qui auront fait failbte ou contrat en répi ne seront pas reçus; seront punis connue banqueroutiers frauduleux en cas de rétention d'effets; ne pourront négocier pour leur compte; toute négociation de lettres ou billets de banque au-dfî>su>) de ôOO fr. sera en comptessur la banque. Ils auront les mêmes loiictions et les mêmes droits que les agents de change; défenses i\ toutes personnes de s'immiscer dans leurs fonctions L'attribution des contestations au lieutenant de police, sauf Tappel au conseil. 11 y a un règlement, joint à l'arrêt, qui contient 7 articles, entre autres une confrérie, une messe par an aux Pères de la Doctrine et des assendjlées où on donnera un jeton d'argent, sans dire où le fcmds s'en prendra. On n'explicjue |Miinl précisément ni les fonctions ni les droits; cela est renvoyé aux anciens édits cju il faut rechercher, et le publie, qui n'aime pas la peine, ne sait ee que vont faire ces agents de change, dont on a longlenq)s pjirlé , et à la lin on n'est point instruit.
CtivRiLS. VjipkCES. — Ldil du mois d'août, registre en la Omr dos nionnoies \v !28, et (pii n'a été publié (jue le 13 Heptembre au soir, qui ordonna* une fabrication de l.'>0,000 ifiarcs de cuivre en demis et (piarts de sols. Les
SEPTEMBRK 1720. 4:il
demis vaudront 16 deniers pièce et les quarts huit deniers. Cet édit rappelle ceux de mai el juillet 1719, qui avoient ordonné la fabrique de sols et demi-sols de cuivre pur pour un million, et de 500,000 fr. de quarts de sols, dont on dit que la quantité n'est pas suffisante pour le menu commerce. La Cour des monnoies a un peu hésité sur l'enregistrement de cet édit, qui va nous donner bien du cuivre, qui sera lourd et mal aisé à compter. Mais le Régent les a fait taire en disant qu'ils vouloient faire (( comme les grands chiens, et comme ces cuistres du Parlement. »
Receveurs des tailles. — Trois arrêts du 10 septembre. Le premier qui ordonne que les receveurs des tailles porteront à l'avenir directement les impositions au Trésor Royal sans passer par la recette générale. Cela est fait pour rendre la reddition des comptes plus prompte et plus sinqjle , et a(in que les commis à la recette générale n'en soient point chargés.
Par le deuxième , les augmentations des gages dus aux commissaires des ports de Paris leur seront remboursées avant l'arrêt du 25 août qui les a converties au denier 50 parce que cela doit servir à payer leurs dettes.
Le troisième dit que les augmentations de gages et autres parties portées en l'état de 1720 , qui étoit déjà fait avant l'arrêt du 25 août, ne seront payées qu'au denier 50.
Lundi 10. — Constitltion. Douav. — La Gazelle de //o/Zan^/e, du 13 septembre, dit, dans l'article de Paris, que la déclaration du Roi sur la Constitution avoit été enregistrée au Parlement de Douay, le 17 août, et aflichée le 19. Que, le jour précédent, les écohers des Jésuites insultèrent les Père3 de l'Oratoire, qu'ils les attendirent, au sortir de la messe paroissiale de l'église de Saint-Jacques, desservie par ces Pères, leur jetèrent de la boue et crièrent contre eux, à l'Iiéréllque , au jansénisle , et voulurent rompre la porte de leur maison à coups de
432 MIM()M\F5 HK MVIIIIKI' .M VU VIS.
liAton el de pierre, ce que la î;arcle einpèclm. On se saisit iVun éiolier, qui fut mené chez le lieutenant dn Roi ; mais il fut relAché au bout d'une heure. I.e 19 , dèscjue la dtVlarati()n fut afticliée, un fanatique assenil>la h inonde el JKittit la caisse, pour avertir que la Constitution étoit reçue. Sur-le-cliamp, on courut en foule i\ l'Église et à la maison de TOratoire, pour les insulter de nouveau , et on aui*oil hrisé la porte, si le supérieur ne l'eût ouverte. Il envoya un frère à l'intendant, mais en revenant il étoit allé à une thèse chez les Jésuites, et le pauvre frère fut Irès-maltrailé. On attaqua aussi les maisons des sœurs qui tiennent les écoles, et celles de la Providence, les portes et vitres furent brisées. î.c peuple n'ose plus aller à la paroisse Saint-Jacques. Il y a d'autres églises qui sont l'tMiuées, et voilà le schisme tem[)orel qui commence. BiLLKTS. — Ce jour, l'on ne donnoit à la place que 3G0 fr. en argent pour le billet de 1,000 fr.; l'argent est diminué. L'action non remplie V, 800 fr., remi)lie(),8r)0 fr. Les souscriptions perdent 7 à 8. On est venu dire, sur la place, que les billets et actions alloient être diminués de moitié, et cela a apporté une alarme pour tout le m<»mle qui ne savoit plus ce qu'il faisoit.
AkRKT CKIJrlBRK SIR I.KS ACTIONS , lULM TS KT CO.MPTKS,
Kfcui crK^s. — Ce même jour, sur les cinq heures du .soir, on a publié un arrêt du 15 septembre, qui a rendu l'alarme bien réelle, et le mal s'est trouvé plus grand cpi on ne le craignoit. La plume tomlxî des mains et les expressions mancpient pour' cvplicpur les dispositions de (;et arK't, <pii renferment toutes les horreurs du Système expirant. Le poison étoit à la queue. In raudà veneuum. Par cet arrêt cju'on appelle : Un arranf/rment (jvnvraly el cpi'on |>eut mi«'U\ appeler un renversement (jénéraly V\ais bdhls de 1,000 fr., de 10,000 ireiilinont tlaiis les |>ayem«'nts juvpi'A la hn de sei»tembre (ju'avec moitié #H^pèces. r Lis billets de 100 fr., ôO fl'. el do 10 fr. ne Mîront aussi reçus tju'avec moitié espèces dans les paye-
SH,PTEMBRf. 1720. 433
ments au-dessus de 20 fr. 3° Pour dettes antérieures à l'arrêt, on payera le total en billets de banque. ^° Les comptes courants en banque sont diminués des trois quarts et réduits au quart , en sorte que le marchand français et étranger perd les trois quarts de cet effet qu'il a pris depuis un mois. On dit que c'est pour punir le François qui vendoit sa marchandise excessivement, - et pour punir aussi Tétranger qui gagnoit les quatre cinquièmes sur l'or qu'il apportoit en France. L'arrêt permet aux marchands de retirer les comptes en billets de 1,000 fr. et de 10,000 fr. 5° Les actions remplies sont fixées à l'avenir sur le pied de 2,000 fr. en compte de banque : et la Banque en donnera sur le même pied en monnoie de banque. Cette réduction a consterné tout Paris. L'arrêt ne s'explique pas assez sur cette monnoie de banque dont on ne connoit pas la valeur. Un a cru l'action (qui, remplie, revient à bien des gens à plus de 15,000 fr.j réduite à 2,000 fr. sans aucun dividende. Mais enfin on a compris que le dividende subsiste toujours et que les 2,000 fr. sont une espèce de monnoie de banque invariable de livres et d'espèces tournois, ce (jui fait toujours une i:rande diminution sur l'action. 6" On crée 50,000 nouvelles actions, (jui seront divisées en dixième (cela fait en tout 250,000 actions); chaque dixième sera de 800 fr. et portera 36 de dividende à raison de 1 ,300 f. l'action, et on payera ces dixièmes ou en petits billets ou en souscriptions nouvelles, portées par les arrêts des 31 juillet et iï août, qui seront reçues sur le pied de 1,000 fr. 7" Le fonds des actions et comptes en banque n'excédera jamais 500 millions, monnoie de banqne(kTi. X,X1, Xli. ; ; défenses d'en recevoir au delà. 11 y aura en dépôt, à la Compagnie, une partit* d'actions éi:alc au crédit en banque. Le prévôt des marchands pourra . voir les registres, quand il voudra, pour les vérifier; et le profit des actions en dépôt accroîtra aux actionnaires. 8" Les droits d'entrée et de sortie du royaume se paye-
434 MKMOIRKS Î)K MMHIKl MARAIS.
ronl en t'crituri**-. i>^ loiitrs lettres de chanj^t' , hi Ilots de comineive ot vcntis dr inanhaiidises en gros, laites avant la publication de Tarrùtet avant (ju'il soit connu i\ rêtrani:ei\ seront payées sur les écritures nouvelles sur le pied du([uai't, et afin qu'on n'en doute pas, Tarrèt dit : Au moyen duquel quart , la sominc totale portée par les dites lettres, billets et ventes sera accjuittée en entier, r/est comme si on disoit : si vous devez 1 ,000 fr. vous serez quitte en payant 250 fr. C'est une banqueroute des troi«> «piarts sur le compte en banque, et des cinq sixièmes sur Taction.
Mni'ili 17. — Actions. — Les actions n'étoient point baissées ; elles sont demeurées au même état. Les souscriptions perdoient seulement G à 7 , et on a commencé à esi)érer sur le dividende des actions, en perdant partie du fonds.
Billets. — Le marc d'or, composé de 25 louis ((Chevalier )et de -20 louis de Noailles, a monté jusqu'à 6,000 fr. en billets de banque, et quelques-uns en ont fait jusqu'à 7,000. On ne donnoit (jue 3 fr. du billet de 10 fr., 30 de celui de 100 fr. et 250 de celui de 1 ,000. L«i désolation est «lans toutes les familles. Il faut payer moitié en argent et on n'en a point; et de plus, tout augmente au lieu de diminuer.
Mercredi 18. — <^ii.\.M) (>»sfil. — Lo.nsiitution. — L'affaire de la Constitution n'ayant [>n réussir au l*arlement. la l»»''irence s'est toui'uée du (!Ùlé du grand (Conseil. \At procureur général , qui étoit de bonne intelligence avec le Premier Président (M. de Vertlianiont), est entré et u inifi hur le bureau les lettres patentes nouvelles (1). Toute la iAn\\\y,i]z\\\it a été bien surprise. On les a lues, et ayant vu fju'il y éluil parlé de la Coufilitalionj <lu ('orps tir tinrtrinf et d'autres pièces, il a été question de les
(l) Vujr lUtUur, I I, 73.
SEPÏFMBRK 1720. 435
voir. Le Premier Président prétendoit qu'on poiivoit s'en passer. 11 a été arrêté au contraire, à la pluralité des voix, qu'on lesdemanderoit. Cela a duré depuis huit heures jusqu'à onze. 11 y a eu de grandes altercations entre le Premier Président et le doyen ; cette compagnie n^étant point du tout bien depuis longtemps avec son chef. Il s'y est trouvé quatre maîtres des requêtes , MM. Moreau de Séchelles et autres, que la Cour y avoit envoyés, et le Premier Président les a pris à témoins de la division de la Compagnie. Après la séance, on a été au Palais-Royal. L'après-dinée , on s'est rassemblé , et on a rapporté la Constitution, le Corps de doctrine et les autres pièces. On a misle5oi( motivé au procureur général qui^ sur-le-champ, est remonté du parquet, et a apporté ses conclusions toutes dressées. La Compagnie a été surprise, et a dit qu'il ne pouvoit pas avoir examiné ces pièces ni formé ses conclusions; à quoi il a répondu qu'il y avoit quatre jours qu'il avoit tout cela entre les mains, dont la Compagnie s'est fort scandalisée et l'a vivement repris. On a commencé à lire ce Corps de doctrine^ qui est fort long, et pendant la lecture, on a été averti que M. de La Vrillière étoit en Inis qui attendoit la décision. On l'a fait monter. 11 a dit que l'affaire pressoit et qu'il falloit enregistrer incessamment. Le Premier Président [)ressoit aussi de son côté, de concert avec lui, et iï a paru qu'il y avoit un engagement du Premier Président et du procureurgénéral pour livrer cette (Compagnie à la Cour, et faire cet enregistrement sans rien examiner, et sans modification ; ce qui a encore plus piqué la Compagnie. M. de La Vrillière a dit que si on avoit besoin de lettres de jussion, il y en avoit et qu'il falloit finir. On a voulu voir ces lettres et on a été étonné qu'il y eût des lettres de jussion pour une CoFupagnie, avant d'avoir fait aucun refus et d'avoir rien vu. Mais on a été bien plus surpris de voir que ces lettres éloient datées de deux ou trois jours avant ([ue les lettres fussent apportées; ce que M. de La Niillièir a promis de
•is.
43« MKMOIRKS DK M ATHIRU MARAIS.
faire rt'fornuT. La Ixjinpaijnie est demeurée ferme, nonohstaut tous ces empressements, A vouloir examiner le Corps lie (ioctnue et les autres pièces, ne pouvant donner ses voixsitns savoir au moins de quoi il s'agit : ainsi M. de Lii Vrillière s'est retiré, et on a remis la continuation de l'examen à demain jeudi au matin.
•I-e«i lettres patmtes portent attrihution au (irand Conseil de toutes les aiïaires nées et j\ naître au sui«'t de la Conslitulion et de ses dépendances, et en interdissent, pour toujours, la connoissance au Parlement.
Jeudi \9 et Vendredi '10. — Pendant ces deux jours , on a continué î\ travailler au (irand Conseil et ù s'assembler. I>e 19, on a lu toutes les pièces; on les a examinées avec attention et on a remis au lendemain, 20, à opiner. Le matin du -20, on s'est assemblé à sept heures, etonatenu la séance jus(ju'àqu;dro heures après niidi sans déplacer. Les opini(jns ont duré tout ce temps-là. Il y avoit quatre maltirs des r<'(pirtes, savoir MM. d'Kidraigues, Parisot, Moreau de Séchelles et Orry. M. le Premier Président et M. Orry ont opiné î\ enregistrer purement et simple-, ment; les trois autres maîtres des requêtes, à enregistrer avee moditication, en conservant le droit des appels et les lil>ertés de l'Kglise gallicane. Dix-huit autres voix (oonseilh'rs du semestre) ont opiné généreusement à supplier trés-hund)l«'mpnt le Roi de retirer sa déclaration. Kt comme l'usage des compagnies est de reven'rr à «leux avis quand il yen a trois, les trois maîtres des requêtes sont revenus à l'avis des dix-huit, et ainsi il n'y a ♦»u ï|ue M. le Premier Président et M. Or^y qui ont été d'avis d'enrejrisirer. La Kégence s'atteiuJoitsi [)eu i\ cela, qui? la déclaration étoit toute imprimée, même avec l'enre^ristreuM'iit au bas; il y en avoit déjà plus de 50()exem- .plaireH pr(''t«i à distribuer aux colporteurs (pii attendoienl, dans larourdu tirandOmsfîil, pour de là courir et crier la di-clanitioii dans tout Paris. M. de La Vrillière étoit en per- "*<»nfi»*. qui .itfrfid'til impMtif'miiu'ut non le succès, dont
SKPTKiMBKK 1720. -437
il iK,' duiitoit point, mais la lin de l'assemblée, pour reporter son triomphe au Palais-Royal; mais il n'y a remporté que de la confusion, aussi bien que de Pontoise, et une confusion encore bien plus grande, puisque la déclaration a été rejetée après une mûre délibération. Tout Paris a admiré et loué la fermeté du Grand Conseil, qui se fait par là un nom immortel, pendant que le Premier Président, qui étoit livré à la Cour, se déshonore pour toujours.
On ne sait plus à présent où la déclaration se portera, si ce n'est au ChAtelet ou aux Conseils. Henri IVdisoit au cardinal de Bourbon, qui espéroit avoir la couronne : (( Mon oncle, si le Chàtelet vous la donne, le Parlement vous l'ôtera. »
ÉvÊouE DK CiiALOXS MOKT. — L'évéquc de Chàlons, frère du Cardinal, est mort dans son diocèse. Il n'a point rétracté son appel et n*a jamais voulu signer le Corps (h doctrine. Chàlons est la ville ouest né le livre du P. Quesnel, et c'est par les ordres de l'évéque de Chàlons (Félix Vialard) qu'il a été imprimé la première fois. Celui qui vient de mourir (1) avoit l'abbaye d'Auvillé, où croit le bon vin de Champagne. Les roués du Régent cherchent à se faire donner cette abbaye, afin d'en boire le vin, et il la leur donnera.
Lk markchal I)K Villkrov. — Le Régent couche de temps en temps au Louvre. Le maréchal de Villeroy lui taisant sa cour un matin, le Régent parut être fort content du Roi et de son esprit déjà avancé. <( Mais, ditil , je voudrois savoir s'il est secret». Le maréchal n'"pondit qu'il l'étoit beaucoup, et qu'il avoit de certains détours dans l'esprit, très tins, pour dépayser ceux (pii \v vouloient pénétrer. « Puisque cela est, dit le Régent, je veux l'entretenir en secret de bien des choses qu'il est nécessaire qu'il sache. » Sur cela, le maréchal lui dit :
(1) Voir Saint Simon^ XI, 330.
418 MFMl>IKh:S DK MATHIEU MAUAIS.
ft Monseigneur, il faut que je conte i\ V. A. H. ce qui est arrivé à feu mon p^rejpeiulant qu'il étoil gouverneur du roi Louis XIN . Il me Ta souvent réiRUé. La Reine-mère et rt"t:ente vint un jour voir le Uoi; elle le prit en particulier et lui parloit assez l)as. Mon père se retira, ])ar respect pour ne point entemlre la conversation. La Heine lui dit : « Mon>ieur le Maréchal, il faut que je vous apprenne votre métier. Ln gouverneur du Hoi ne doit jamais souffrir (ju'on lui parle en secret, pas môme à moi qui suis sa mère. Approchez, vous n'êtes point de trop.» — Le Kégent dit cpie le faitétoit curieux et (ju'il étoit bien aise de le savoir IV
Corps dks mahciianos , kkprkskntations Ar Rkgknt. — Ixs.slx Corps des marchands sont allés de leur cli|îf faire leuiN représ«'iitationsau Kégent sur Tarrètdu 15 (2) septend)re qui réduit les eomptes en hancpie au quart. Il lesH très-mal rceus, leur a dit (ju'ils étoient des fril)ons, qu'ils faisoienr depuis un an un négoce abominable où ils avoient tout porté à un excès furieux, et qu'il en falloit faire pendre quchpiun. Ensuite il leur n tourne le dos. Ln d'eux a voulu le suivre et lui faire ent«ndre la perte qu'il faisoit sur la réduction. « Hé! mon ami, lui a-t-il dit, fUes-vons assez sot i)our ne pas comprendn? que ce (piart-là vaut mieux (pie le total? » Ils lui ont dit que cela mineroit le commerce, u Tant mieux, at-il dit , j'en suis bien aise. »
CoMiTKS K\ HANOI E. — Comiue il est permis, par l'arrêt du Lj, de retirer en billets les fonds mis en compte en l)anr|ue, plusieurs marchands y ont été. Kt on leur a dit
. I \a- iiiaiirlial |»r('(iarait Hao>« «ioiiti; ainsi Ir r>i -^i ni a riniporliiiiitr et a rindi»f rrlion tir M |f rp4'-ln«||c «•! o[iini;'i|ri' assislann- m tiiTR à lonl rntn'lirn «•tre U (Jur iH}t\t-an% fi !•• Roi. On sait fjiie cVhI à la Ruite d'nnr altcrcan.^ ' 4iiM>r |Mir rrllr prrlt-nlion «jn'il fui ariôl»* vX t'xilé.
i ^ ii'4\»i<nt ri-|>4n«hiil Rurre a ve f«Mlcilrr «I»' leur aniJijMin- «l'aoïil >oir
jfi« iUrt*M'r \r* détail* i\r cvHc %n'n(' oii l«* iliir (|'()(l«''ans, ,ii;iri par lonle» cvx rri/rf-M-nUliono, |i*'riJ loulr miiiurc ri harr«' coinin»' Dnhoi*. (I, <i5.)
StPTKMBRK 1720. 439
qu'on ne leur pouvoit pas rendre les billets, parce qu'ils étoient biffés et brûlés, et qu'il n'en restoit plus que les cendres. Le public a crié à la mauvaise foi, et on a rendu un arrêt , le 18, où on n'a point fait de façon de dire que les billets étoient biffés et hors d'usage, et l'arrêt ordonne que ceux qui voudront retirer leurs comptes en banque pourront prendre des rentes de la ville, perpétuelles ou viagères, sur les certificats qui leur seront délivrés. Ainsi, voilà le marchand qui comptoit sur ce fonds, propre à payer ses lettres et ses billets , obligé de le mettre en rentes au denier iO. Cette surcharge fait beaucoup craindre pour les rentes de la ville. On s'attend à tout.
Primes nulles. — 11 y a un autre arrêt du 19 septembre qui ordonne que les anciennes actions d'Occident, souscriptions, primes et promesses, seront converties en actions de la Compagnie des Indes, dans la fin de ce mois, passé lequel temps elles seront nulles.
Salnt-Domixguk. — La Compagnie de Saint-Domingue ayant été supprimée, par lettres d'avril dernier, et son commerce rendu libre (cette Compagnie étoit établie par lettres de septembre 1698), il s'est présenté des particuliers qui ont offert de rembourser et de dédommager cette Compélgnie à certaines conditions, et ils ont formé une société entre eux, suivant un mémoire qu'ils ont donne au Conseil. Ce mémoire a paru Ijon; mais la Compagnie des Indes a pris les conditions pour elle, et l'arrêt du 19 dit qu'elle pourra mieux les exécuter que des particuliers, parce qu'elle a plus de fonds, et qu'il est juste d'ailleurs de pr^iférer à des particuliers une Comj)agnie publique, dans laquelle la plupart des sujets de S. M. se trouvent intéressés, et que S. iVl. regarde comme l'établissement le plus important de l'État. Voilà de grandes paroles et flatteuses pour l'espérance des actions et du dividende. On laisse à penser si cette nouvelle société, qui avoit travaillé ce mémoire et préparé ses fonds , est contente delà préférence.
440 MKMOlKK.s hl MMMIM MAHAIS.
Akgent CiAr.»:. pour ne pas dire que le billet perd. Le hillet de 1,000 IV. 100 IV. et 10 IV. perd toujours près des trois ipiarts. Li HaïKpie doiuu" un tour ;\ cett(^ perte, parce (pi'il V a des arnMs cpii disent cpie le hillet ne perdra jamais. On dit done non pas (jue le hillet perd, mais que Farf^ent i:ai;ne (iO, 70, etc., sur le hillet, et par ce nouveiiulangajre, on eroit conserver l'honneur des arrêts. Dans les nouvelles puhlicpies, on ne parle point autrement, t't M. le duc de la Force (1), qui est du conseil de Régence et président du conseil des linances et de la Conipaunie, étant venu chez moi pour une alïaire d'entre lui et le marquis de (laumont son frère, il m'a donné un mémoire où il dit (pie : a L'argent gagne plus de tiO pour 100 contre le hillet. » H m'a dit îiussi que l'on reprenoit le Système par sous-(PUvre, parce qu'on l'avoit interrompu, et que, certainement, la Compagnie avoit dans ses fonds le dividende des actions pour deux ans.
État r.KNKRAi. dks dkttks de l'État. — On a fait imprimer et déhiter [)uhli(piement un Etat général des dettes à la mort du feu roi Louis XiV, arrivée le 1" sej)temhre 1715, leur réduction et payement avec la suppression et extinction d'un grand nomhre d'offices et droits î\ la décharge; des peuples jus(ju'au 1" septembre 1720. (>3t Kiiii contient^ pur dates très-hien suivies, toute l'opération de la Hégence ((ioustelier, libraire, le vend y, les sup|)ressions de charges, les i'end)oursemcnts de rentes de la ville, et autres de pareille nature, ce*qui est fort instructif; mais il n'y est [)arlé, en aucune faron, ni des actions ni des opératior^s de la HaïKpie cl de la Compagnie. Le résultat est (pi<; le lioi devoit 1,în7,120,0f>l livres. Que la(^onq)agnie en a payé ou doit payer 1 .<J00 millions, pourquoi leUoi luifait VKmillionsde
(I) Henri Jftcque* >rmi|iar de Caiimoiil, «liir. «le la Force. Voir mir («• (mt- !, funnut par M)n |irf>r4*A, dont noiiH alU)tiK voir l(•^ détailH, lui espril, , haut inlnganl, SaintSrmon, Malain*- *t liarhirr, T- XII.
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rentes^ que le Trésoi* royal en a payé encore 37/231/299fr., et qu'ainsi le Roi ne doit plus en principal que 339 millions, qui ne lui coûteront cVintérèt que 6,797^775 fr., qui, avec les 48 millions, font bï millions d'intérêts. On ajoute que les États du Roi sont déchargés^ par année, de 35 millions; que les sommes dont les sujets sont soulagés, pour droits éteints, sont aussi de plus de 35 millions, et que les revenus du Roi sont augmentés de 12,i50,000fr. En sorte que les finances du royaume sont améliorées, depuis la Régence de M. le duc d'Orléans, par chacun an, de 83^317,972. Ce mémoire est très-beau et les calculs justes. Mais on oublie une petite bagatelle qui est de dire où la Compagnie a pris les 1,600 millions pour payer les dettes (Ubi prenusl dit Panurge). Et comme elle ne les a pris que sur le peuple, et par mille tromperies et extorsions, qui lui ont ôlé tout son bien et qui ont ruiné le royaume, on peut bien mettre pour résultat à ce mémoire : partant, le Roi ne doit plus que 330 millions et la France est ruinée. — Notez qu'on met en lignes de con)ptes : Meuf cent soixante un millions pour les renies de la ville rachetées^ et il y en a, présentement, un milliard de nouvellement créées, ce qui fait 39 millions de fonds de plus qu'il n'y en avoit, sans compter toutes les augmentations de gages et liquidations de finance, qu'on vient encore de convertir à 2 pour 100. 0 le grand homme et le grand arithméticien que iM. Law!
Madamk Law (1). — Madame Law ayant été voir madaFue laduchessedeLauzun à Passy, ^M. le ducde Lauzun, qui est un vieux courtisan méchant et ironicpie (2;, lui
(I) «« tllf s'appelait CUlieriiic Knowd, scimh du coiiile «le Hanhury. Law '< l'aima toiijoiiis teiidretiient, «t linstitiia liirilièrt? par son testaiiieiil fait à " Venise le 19 mars 172Î>. Elle aurait pu passer pour belle, si un côté de son « visape n'eût été.jjâte par une larlir de >in sur Tdil.et le haut de la joue. >■ ' Leniontey 1, Zt3 )
(•>) Saint-Simon a tracé de tel liomuie t'tianj;e un pot Irait Ue mani df maître. Mil, «ifi a h».
I4J MKMOIRKS ni MATIIIKI MARAIS.
dit: «' Mon dieu, Madamo, que nous vous avons d'obligation de celle visite; nous savons les risques que vous courez en vous exposant à une populace qui est mutinée contre vous, sansrai.^on. Mon Dieu, Madame, ne vous estil rien arrivé en venant? je crains bien qu'il ne vous arrive quelque chose en retournant; je veux vous donner mes i::ens, mon carrosse, etc. » Et ainsi madame Law fut turlupinée qu'il n'y manqua rien, et c'est bien la moindre chose qu'elle mérite.
Tancarvillk. — Le duc d'Albret a voulu retirer la terre de Tancarville, que Law a achetée de son frère le comte d'Évreux ;l). Law ayant su qu'il s'y disposoit, a mieuv aimé résoudre son contrat, et reprendre les 850,000 fr. qu'il en avoil donné; ensorte que le comte d'Evreux, qui a beaucoup i:at:né avec Tusag^î de cet argent, se trouve, encore, au bout du compte, en possession de sa terre, qui est de 25,000 fr. de rentes. C'est une malice de Law, qui est brouillé avQc le duc d'Albret, et qui n'a pas voulu que sa terre allât à lui, ce qui ne seroil arrivé que par la négligence de Law, qui n'avoit pas fait leclurer son contrat, suivant la coutume de Normandie. D'un autre côté, les deux frères, le duc d'Albret et le comte d'Évreux, sont mal ensemble, et Law a servi cette discorde le mieux qu'il a pu. C'est à quoi il est bon.
Hi.AMo.NT. — Le président de Hlamont , cet homme si ferme et qui s'est fait exiler, a tourné du c6lé de la Uégence. 11 a fait son fils Mousquetaire; on lui a pronus quelque régiment. H y aeu aussi quelque ordonnance du Trésor royal, qui a achevé de le corrompre. Il suit la voie large et le torrent l'entraîne (2). C'est une grande cala-
(I) <r^l*il Ir lroi»l.-nif (ils du «lue tU- Bouillon, Goililroy- Maurice de la Tour d'AuT«-fgn«', ♦•! de Marie-Annf Mancini. Il a>ailépous»- la lille de Crozat, qu'il rrn\ojé lïrnWit, ri aj^iotr romrn»' le^ Cond»-, !<•» Conli, l»'s d'Antin, l«-s la Korce, â'ÏMréi%, de.
(V II } avait ik'ja Inui^U'uip* Saint-Simon le not*', drs 1719, au n-lonr de •oaetll, coinm«- uirvU'mt'ul \nidu an IU'^«'nt, el «In nombre de se» •■ iti^eon»,
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mité que de voir la vertu et la probité aljandonnées par ceux qui en tenoient le parti et qui soutenoient les autres.
Lundi, 23 septembre: — On a publié un arrêt du 21^ qui diminue d'un quart les espèces de cuivre et de billon.
Clergé. — Autre arrét^ du 19, en faveur du clergé général et particulier. Ils ont fait des offres à leurs rentiers de les payer en billets. Les rentiers ont refusé et n'ont point rapporté les contrats. L'arrêt ordonne que les billets seront déposés, qu'ils seront aux risques des rentiers, qu'au moyen de ce dépôt, le clergé sera quitte de ses rentes, en principal et arrérages, et que lesrentiers rapporteront leurs contrats, quittances, à quoi faire ils seront contraints par toute voie. Et le Roi réservant au Conseil Fexéculion de Tarrét. De quelque c6té qu'on se tourne, on ne voit que vexation, et si le clergé se sert des occurrences du temps , que neferont pas les autres particuliers? On a prêté au clergé de bon argent et il rend des J)iliels qu'il sait bien qui ne valent rien. Beau cas de conscience [)our des prélats ! Voilà leur morale pratique. Doit-on s'étonner que, dans le dogme, ils signent des Corps fie Doctrinr pour livrer la relif/iofi à ses perséculeursf Tout est vol, brigandage, pillage dans tous les états. Le mandement des calamilés le dit bien ; mais le Cardinal, qui l'a donné, acquiesce pieusement au Corps de Doctrine , qui ruine la religion, et au remboursement des renies, qui ruine la justice et la cbarité.
DÉCLARATION DU ROI SIR LA COXSTITL TION . — J'ai VU.
pour la première fois, la déclaration du iioisur la Constitution. La Gazette de Hollande du 7 Ta rapportée tout entière. Elle est du Vaoùt. Elle contient (piatre principaux articles : Le premier, que la Constitution l niyenitus (1
privrs. » Ce (ni un de ces faux ainhitieiix et de tes laiu inde|i''iMlanl«i •!"' "^ déclanioni que pour se faire acheter ou cacher (juMU le font.
(I/On trouve cette constitution au Tome \ III <4e IJarluei, Siipendur.
11, MfMOlUr.s 1)K MVIHIII MVUAIS.
s^ra obsiM-vt'o par tout l«' royaume, avec défenses aux l niversitêsel Faeultéscie IhéoloLiie de rien éerire, distribuer ni pmduiie (|ui y soit eoulriiire, non plus iju'à 1 Instiuclion pa>lorale. et auxexplieations données par les arehevriHU's t't «'vêqucs. (let article revoit aussi l'arrtH du Parlfuient de 171V, où il y a des niodilications. Par le dtuxit'nie, il est défendu d'appeler au futur C.oncile de ladite (A)nslitution, et tous les appels passes sont réputés <le nul effet. N'entend néanmoins préjudicier auxdits ap- |K'ls et aux maximes du royaume en autres choses. Par le troisième, laconnoissanceet le jugement de la doctrine est dé(laré,tp[)arteniraux ai'chevéqueset évè(iues, aux termes de Tari. M) de Tédit de 1095 : De la juruiiclion ecclésiastique, lequel sera exécuté; et enjoint aux l^arlements, Chambres, juridictions de s'y conformer. Par le quatrième, défenses de s'attaquer l'un l'autre par les termes de schismatiques, jansénistes, novateurs, hérétiques, etc. Suivant les anciens arrêts , la déclaration renouvelle encore tous les édits et arrêts contre le jansénisme , et enjoint aux évoques de se comporter modérément dans son exécution. La lecture de cette déclaration si surprenante, où le Koi met la main à l'encensoir, juge l'acceptation des évéques uniforme et décide les appels, qui iw, i)euv»'nt étrr jut;és(jue par le «oncile, en dit plus (jue lout(;s 1rs rélbxions (juon y pourroit fain;. Voyez le Mémoire donné au Parlement, et tous les écrits faits conti'e le. Corps fit dortriue 11 sa m paroUre encore bien d'autres , et le pyrrhonisme avec le schisme vont entrer dans VV\glise.
hwla jour lundi ^ %\ sept. — (iRANnCoNSKir. — Il s'est fait un cou[) d'éclat et d'autorité auquel on ne s'attendoil pas (1 . \.>' Ib'g<Md, avec tous les princes du sang, M. le duc de Chartres, M. le Duc, M. le comte de Charolois,
^1; Voir Hainl Simon, XI, 32U, el Haibier, 1, 73.
M. le prince de Conty etM. le comte de Toulouse, légitimé, est allé voir la séance du Grand Conseil. Le Chancelier y est venu présider, étant le chef de cette compagnie. On y a fait venir aussi treize ducs et pairs, cinq maréchaux de France , cinq conseillers d'État et quatre maîtres des requêtes, etilsétoient dix-huit du Grand Conseil, en comptant le Premier président. Le Chancelier étoit en tète, à la droite les princes du sang , les ducs et pairs et les maréchaux dé France sur plusieurs bancs, et aussi les conseillers d'État et maîtres des requêtes. A la gauche, les présidents et conseillers du Grand Conseil, les présidents dans des fauteuils', comme les princes, ducs et maréchaux de France. La Compagnie assemblée, le procureur général, M. Hérault, a présenté une lettre de jussion pour délibérer de nouveau, qui a été registrée, ensuite il a laissé sur le bureau ses conclusions pour l'enregistrement delà déclaration et a fait un discours éloquent sur la dignité de l'assemblée, sur les lumières du Régent, et sur l'espérance qu'il y avoit que les obscurités alloicnl être dissipées et qu'il n'y avoit plus aucune difficulté. Le Chancelier a pris les voix des princes, ducs, maréchaux de France et conseillers d'État, qui tous ont opiné à l'enregistrement pur et simple. Le Chancelier et le Premier président ont été du même avis. Uuand on est venu aux officiers et conseillers du grand conseil, ils ont été d'avis d'enregistrer, en conséquence de la lettre de jussion et par ordre exprès du Roi. C'étoit l'avis du ra[)porteur qui avoit opiné le premier, et cet avis avoit donné lieu à M. le Régent et î\ M. le Chancelier de s'expliquer et de dire que ce n'étoit point un ordre exprès, mais un jugement qui se formoit à la pluralité des suffrages et qu'il ètoit de la. règle de suivre la pluralité. Quelques-uns étoient d'avis d'ajouter des modifications; le Régent a dit qu'il n'étoit plus temps, puisqu'ils n^avoient pas fait des remontrances; qu'on en auroit peut-être fait ajout(M" quel(jnes-unes s'ils n'avoient [)ris ce parti. VA nième (ju«'
44». MFMOIRKS 1)1 MXTIlIKr MAIWIS.
lei iHixlàlioatioiis tju'ils (Irniaïuioiciil sur la conservation ilesapjMîlsi'toit'nt inutiles, [)uis(iue la voie d'appel au eoneilertoit niainlonue tlans le royaume par la déclaration Ultime et cpiils navoient pius pris t;arde que les libertés et les droits des évt\]ues étoient aussi conservés, puisque la nu^me déclaration ordonne Texécution de Tarrèt du Parlement, du 15 février 171V, rendu sur la C.onstilution, qui contient toutes ces modifications et encore d'autres. ÏAi Kéi:enl a parlé cinq ou six fois et le Chancelier aussi, et ils ont dit (jue les appels passés étoient caducs dès qu'on faisoit un accommodement, comme il arrive dans une transaction (|ui linit un procès. Trois conseillers ont été d'avis des remontrances; ils sont revenus à l'avis des autres, cjui étoit d'enregistrer par exprès commandement du Koi. Kiitin les voix ayant été comptées, il s'en est trouvé trente-trois pour l'enregistrement pur et simple contre ^€ize. Ktl arrêt a ainsi passé. Ensuite, on a lu les lettrespatentes portant attribution de tous les procès vus et à voir [au sujet de la Constitution, au (irand Conseil, avec interdiction au Parlement et autres juges. Elles ont été enregistrées, et ordonné qu'elles seront envoyées aux baillis et sénéchaux du royaume qu'il appartiendra avec la déclaration du Koi. Tout cela s'iîst passé à huis-clos, depuis neuf heures et demie juscpi'à niidi et demi. Ensuite, on a ouvert la grande audience. Tout le monde est ••ntn-, et le procureur général a lu tout haut la déclaralion et les lettres patentes, et le Chîincelier ;i prononcé l'arr»'!. Puis on s'est .levé, et Paris a appris avec surprise celte forme nouvelle de séance, d'enregistrement et de ju;:i'fnent. Ix* (irand (>onseil étant le conseil aud)ulaloire du Koi, le Koi fait entrer qui il veut dans son conseil, et c'rst |M)urquoi il a pu y faire eiitn'i* les princes, les ducs, \cs nianM hau\ et h s conseillers d'ÉUit , (pii tous doivent l'asMster dans les affaires inq»ort.'inl«'^ d«* ""i» l-t't ^••'l' es{ dûus l'ordre publie.