‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 4)Chapitre 31 sur 55 · e comte de Toulouse · texte numérisé non relu

e comte de Toulouse

Messieurs les Ducs.

Le duc d'Uzès.

Le duc de la Force.

Le duc de Mazarin.

Le duc de Villeroy.

Le duc de Saint-Aignau.

Le duc d'Aumont.

T^ duc de Charost.

Le duc de llliaulnes.

Le prince de Rolian.

Le duc de Melun.

Le duc de Tallard.

Sur un autre banc.

Le duc de Villars.

Le duc de Valentinois.

Maréchaux de France.

Le maréchal de Villeroy.

Le maréchal d'Uxelles.

Le maréchal de Tallard.

Le maréchal de ^latignon.

Le maréchal de Bezons.

M. Pelletier de Souzy, conseiller d'État, le dernier du banc.

Sur un autre banc aussi à droite.

Conseillers d'État.

M. d'Armenonville.

M. de la Houssaye»

M. Desfors.

M. de la Rochepot.

Maîtres des requêtes.

M. de Gourgues.

^L Parisot.

M. Moreau de Séchelles.

M. Orry.

A gauche.

Les premiers présidents et conseillers du Grand Gonseil.

Dans les avis, on n'ji compte'' (juc pour un la voix du père et du fils , parce que c'est l'usage duCirand Conseil, quoiqu'au conseil d'État on n'en use pas ainsi. M. le niaréchal, duc de Villars, est venu trop lard et n'est pas entré. Leduc de \oailles attendoil au dehors, pour porter à son oncle, le Cardinal, la nouvelle de renregistrenient. 11 est entré deux ou trois personnes des favoris du Régnent comme M. de Biron, Fargis, etc. xM. le Régent est venu dans un grand carrosse à portières; ilétoit dans le fond avec M. le duc de Chartres, M. le Duc et M. de Charoiois sur le devant, M. le prince de Conty à une portière, le

418 >HM(HIIKS PI MxrUIl.r MAKVIS.

comte de Toulouse à 1 autre, i.e Kéi;entavoit plus de cent gardes. 11 y avoit trois fort heaux carrosses de M. le Duc et quatre du luiuee de Conty, et tous ceux des ducs et niarrehaux île France, ce t[ui a l'ait un éclat extraordinaire dans la rue Sainl-llonoré où est le Grand Conseil. Celte expédition faite, on est retourné au Palais-Uoyal avec le même cortège, et eniin voilà la fameuse déclaration enres:istrée, mais ce n'est pas sans peine etsans autorité.

Mardi y 2i septembre. — La déclaration a été criée et »lél)iléedans les rues avec l'enreiiistrcmenten ces termes : Lue, publiée à Taudience et rei;istrée es registres du Grand Conseil du Koi pour être exécutée, gardée et observée selon sii forme et teneur. Ouï et ce requérant le procureur général du Koi , et copies collationnées d'icelles seront envoyées aux bailliages, sénéchaussées et présidiaux du royaume (|u'il a[)partiendra pour y être pareillement lues, publiées, registrées et exécutées. Enjoint aux substituts du procureur général du Koi d'y tenir la main et d'en certitier le Conseil dans un mois, suivant l'arrêt du conseil de ce jourd'hui 2:\ septembre 17*20. Signé Verdal.

Il faut remarqiK'r ipu' l Cnvcji se fait ;»u\ bailliages et sénéchaussées du royaume et non pas du ressort, parce que le Grand Conseil n'a point de ressort particulier comme les Parlements , mais son autorité s'étend i).ir lout le royaume, dans les cas (pii lui sont attribués. .\insi, il enverra la déclaration au\ bailbaLies et piésidiaux dans le ressort des parlements (|ni n'ont pas enn.'isiré la d(*claralion. Je remnnpie, sur cette déclaralion, 1* que les motifs en sont dressés avec beaucoup d'art et d'esprit, et que le style ponq»eux de M. le (chancelier ne «►'y trouve pas. 2* Uu'en ordonnant Texécution de l'arrêt d'enregislreinenl dii Parlement, du IT» février 171'», on conserve le droit de» tWèques, les bbertés et U*s devoirs réels, même en cas d'excommunicaliofi. ou

tout cela est réservé. 3° On dit que Tlnstruction pastorale de 171i est adoptée par plus de cent évèques, ce qui n'est pas, étonne manquera pas de chicaner sur ce calcul. i° On nomme le Corps de doctrine : Explication sur la Bulle, et non pas : Explication de la Bulle^ pour ne pas blesser le Pape. 5° On parle d'une lettre écrite par plusieurs archevêques et évèques au Régent, qui approuve lesdites explications; mais on ne la date pas , et la voie d'une lettre paroit bien faible et bien légère pour une affaire de cette importance; n'y ayant point de minute, de dépôt, ni d'acte public de cette lettre, qui peut être facilement désavouée. 6° Les actes d'appel au concile sur la Constitution sont défendus à l'avenir, et le Koi veut que ceux qui ont été interjetés soient regardés comme de nul effet. On ne dit pas soient regardés comme nuls, ce qui les suppose valables au temps qu'ils ont été faits, mais ils sont de nul effet, parce que l'affaire est accommodée. A quoi les quatre appelants, qui n'ont point entré dans l'accommodement, peuvent dire que cela ne les regarde pas et que leur appel doit avoir son effet, puisqu'ils n'ont point approuvé . les explications qui font la matière de l'accommodement. 7° On renouvelle toutes les bulles qui concernent le jansénisme et toutes les lettres patentes données sur ces bulles, ce qui paroitaffecté pour le triomphe des jésuites. • 8° Il est défendu d'exiger aucune formule nouvelle de souscription, « n'étant pas permis d'en introduire, sans délibération des évèques, revêtue de notre autorité. » C'est une maxime générale que 4'on met en avant, et qui est assez singulière dans une déclaration du Koi. Le I*arlement, dans une cause de l'archevêque de Reims, avoit tléjA jugé, suivant cette maxime, la souscription qu'il exigeoit nulle. 9" La déclaration dit que l'art. 30 de l'éditde 1095. rendusur la juridiction ecclésiastique, sera exécuté et, en consé(jucnce, que la connoissance et le jugement de la doctrine concernant la religion appartiendra aux T. 1. 29

430 MÉMOIKKS l)K MATIllir MaUAIS.

archevêques rt «'*v«Vjues , et leurs ju^vintMils ;\ coi éL;ard exêeuléset>nliv toutesvoies et personnes séoulirresct ivi;ulières, etc. Voil:\ un terrible coup contre le second ortli*e, qui prctenii avoir droit de ju^er(cedroit se trouve établi dans plusieui*s écrits tails en ces derniers temps, tels que : l'Apologie des curés, etc., où tous les passages de J Kerilure et des Fères à cet égard sont recueillis, la Hrimiise de i'iniversité au }î émoi re des 28 évêques, le facluin des curés de Reims, (jui examine la (juestion à fond ; cl les écrits contre le Corps de doctrine (sur le titre d'Kglise enscitjnanie que se donnent les évéques). Il y a ce|>endanl un i'*dit de 1G95, qui a réglé cette matière, et cel édil tut fait, avec grande d/'libératiou, par M. d'Aguesseau, conseiller d'Étiit, père de M. le Chancelier. A la vérité , on peut dire (jue cet édit ne dit pas : les évèques seuls y (•{ fju'il n'est pas exclusif, mais la déclaration dernière send)le juger l'expression, puisqu'elle veut que les jugements des évéques soient exécutés contre les inft-rieurs. D'un autre côté, les quatre évèqucsappclants peuvent dire (jue puis(jue le jugement de; la doctrine leur appartient y ils peuvent trouver la Cunstilulion mauvaisey sans que le Uoi les puisse obliger à la recevoir, d'autant plus fjue le droit des évéques est conservé par l'enregistrement du Parlement, fait en 171 V, et (juc leur pouvoir s'étend à juger et à rejeter en jugeant. Mais on leur dira que leur appel au concile n'est pas un jugement, et on prétend que cet appel ne se peut faire en France •vins permission du Roi, et ils ne l'ont pas obtenue. Cette diliiculté a étâ'" traitée dans U^'Mémoire des (|uatreévé(jues sur rap(>cl Discours de M. de Harlay en ItiHH. Son apjMîlesl pîirordre du Koi), qui rapi>orle pUisieurs exemples d'ap|M;U sîins permission du Uoi, «e «pu distingue les affaires d'Ktat d'avec celles (|ui regardent la foi. A quoi on peut répondre qu'un appel au concile introduisant ou menaçant un schisme, (juand il n'est «pie de quel(|uc^ évéquc», le Koi a intérêt d'en connoltre, parce

que toute matière de schisme divisant l'État, le Roi a droit d'en connoitre, suivant les principes établis lors du concile de Constance ; ce qui peut justifier cette déclaration dernière, qui a été donnée dans la crainte du schisme, et d'où on peut induire que le Roi n'a pas mis la ms^in à l'encensoir. lO'* Il est dit : «A peine, contre ceux qui contreviendront à la déclaration, d'être traités comme rebelles, désobéissants à nos ordres, séditieux et perturbateurs du repos public. » Les évoques appelants et le second ordre prétendront que le Roi n'a pu prononcer cette peine en matière de religion ; mais la crainte du schisme excusera tout. En 1715, le roi Louis XIV n'avoit menacé d'autres peines que des canoniques et du concile national, et son édit ne put passer. Aujourd'hui , le Corps de doclnne ou les explications approuvées rendent cela plus supporta])le. Il" Il est défendu de rien écrire contre la Constitution , l'Instruction et les Explications; tous livres et libelles sont défendus; le terme de livres exclut tout ouvrage, mais en même temps on exclut tous ceux qui regard croient les conleslations (jui viennent d'être terminées, sur lesquelles nous imposons un silence général, ce qui semble s'appliquer -X toute apologie ou défense de la Constitution; mais la puissance du Roi n'ira pas jusqu'à empêcher les docteurs et théologiens des deux partis d'écrire. 12° La déclaration se trouve datée du ï d'août 1720 , et est adressée au Grand Conseil. C'est la même date de celle du Parlement. Il y a bien de l'homme dans tout ceci, et nous en verrons les suites. Il faut croire que le bien de la paix y a eu part; mais il y a aussi de grandes vues d'ambition et des espérances de chapeau du côté de la cour de Rome, qui se développeront un jour.

J'ai appris de M. Guion de Varastre, conseiller au (irand Conseil, que les ducs et pairs et maréchaux de France y ont voix délibéralive, et ainsi cette séance est dans la règle. La difiiculté est que l'affaire éloit iinie,

4;5 MfMi^iRi.s nr matiiiru marais.

mais io Ùraïul Conseil n'avoit rien arrête sur son registre; ce n'éloit t|ue par respect (jue Ion devoit supplier le Koi de retirer la il«'elaration , et la lettre de jussion portoit ordre de délibérer à nouveau. Dans les avis, M. le Chancelier en a assez dit pour eonnoitre que la déclaration t^toit de s«i façon. Le Grand Conseil a pour devise : Unico nniversuSy parce que c'est le seul tribunal qui s'étende |>artout. Le conseiller au Grand conseil a séance, après le doyen, dans tous les parlements, et tient le siège dans tous les présidiaux. On dit aussi d'eux : Vivimus ex raptOy et .M. Houille du Coudray, conseiller d'État, l'appeloit toujours un tripot découvert , à l'occasion de la cassation d'un arrêt de cette compagnie. L'abbé Henrion, reçu depuis peu conseiller, lui a fait plusieurs interpellations >ur la contrariété des dispositions qu'elje contient, et il y a répondu en expliquant le sens de la lettre, que l'abbé, de son côté, soulenoit n'être pas naturel. M. le duc de Charost a voulu discourir en opinant et ne savoit ce qu'il disoit. il a dit que la Constitution étoit un dogme dogmatique et a répété vingt fois le nom du Hégent en le voul.mt louer, et il en est demeuré là. Le Chancelier est arrivé avec douze hoquetons (1 ),quoi(]u'il n'en ait que deux ordinairement, elle Hégent avoil plus de cent gardes. En descendant, il a dit au prince de Conty : « Je crois que nous venons de faire là une f... besogne ^ mais elle servira toujours il démasifuer le ( drdinal et le Chancelier. »

l't septembre. — (jKam) Conskil. — Attuibution. — On a [»ublié les lettres d'attribution au (irand Conseil de toutes les contestations nées et à naître dans iétetidue du ressort dn Parlement transféré à Pantoise^ au sujet de l'ac<:«'ptation «t observation <le la Constitution et lettres pattriitfs, b's oppositions faites et à faire, les appels comme d'abus interjetés et A interjeter, tous les procès civils

(i; Otrdr* pankiilwrt du Ctiancdier.

SKPTK.MBRE 1720. 453

et criminels. Ces lettres sont du 15 septembre, re^istrées le 23, pour être envoyées aux présidiauxdu royaume qu'il appartiendra. 11 est remarquable que révocation n'est que dans l'étendue du ressort du Parlement de Paris, quoique le Grand Conseil ait le ressort de tout le royaume et aussi l'enregistrement ne fait pas d'exceptions. Cette attribution dépouille le Parlement de Paris de beaucoup d'affaires. On lui ôte tous les jours quelque plume. A la fin il n'aura plus rien.

Retraits. — Le conseil donne des arrêts d'évocation particulière pour les affaires pressantes que le Parlement ne juge pns comme les retraits. Et c'est un dépouillement nouveau. Ces affaires sont renvoyées à un bureau dont M. d'Armenonville (1) est le chef, composé des conseillers d'État et maîtres des requêtes où on juge, tant bien que mal, les questions les plus difficiles, et principalement les consignations pour déboucheries billets de 1,000 fr. et de 10,000 1. dont le cours est arrêté à la fin de ce mois.

Le décri des gros billets à la fin du mois fait que tout le monde rembourse et consigne en ce papier. Le lieutenant civil a reçu ordre de tenir son siège seulement pour la réalisation des offres, et quoiqu'il n'y ait que trop de sergents, on n'en a pas assez pour faire les exploits.

Lk duc de la Force. — Il n'y a plus ni parole, ni honneur, ni bonne foi. Le duc de la Force, président du Conseil des finances, avoit fait une obligation àson frère, le marquis de Caumont, de 1,000,0001., payable dans vingt ans. Il a dit qu'un débiteur pouvoit toujours se libérer; il a fait offrir à son propre frère ces 1,600,000 fr.'en billets; il a fallu s'accommoder avec lui, et lui faire une remise de 700,000 livres pour sauver le reste, qui sera payable dans les délais portés par une transaction dont

(I) Fleuriaii (rArmenonvillf, intciiilaiil des finances, eonseiller d'Étal, secrétaire de la guerre, garde des sceaux, mort en novembre \72>i.

4S4 MEMOIIŒS DK MATHIEU MARAIS

j'ai été rarhilro. \ai lVéreestarm6 contre le Irt'rc, le père cunlrelo fils, ol les hommes ne se connoisseiit plus.

Le même duc de la Force, qui a gagné plus de VO millions l'I qui n'a point d'enfants, a fait une pareille infidélité à \\"" de Locmaria, î\ cpii il devoit U)0,000 francs, jKtyables dans un temps. H l'a payée en billets avant ïécliéance. [aï dame, tpii a de l'esprit, forcée de recevoir, vit, en .siiTiiant la (piittance, (ju'on avoit donné des qualités de trés-lidut et tréspuisMitil seiyiu'H}\ monseiyneury au duc de la Foi*ce. Elle raya toutes ces qualités de sa propre main ; dont le duc sétant fAché et ayant dit quec'étoientscs qualités et celles de l'obliiiation, M""*^ de Locmaria répondit : u Aloi*sje vous regardais comme un homme de qualité et de lx)une foi «*t je vous les ai passées; à présent je vous regarde autrement et je vous ai réduit à votre valeur intriusèque. a Elle se servit de ce terme du temps, dont le duc ^'éloit servi plusieurs fois, on lui voidiuil faire entendre ipi'il avoit raison. La dame est fort applaudie et le duc déshonoré, qui ne s'en soucie guère.

1*EST£ DK Makskilli:. — La peste est plus forte que jamais à Marseille. M. de Langeron, commiuidant sur les galères^ est entré dans la ville, avec des troupes et des galériens, et ils l'ont nettoyée en troisjours, de tous les corps morts et immondices; mais, troisjours après, elle s'est trouvée en aussi mauvais état. Il y a eu un arrêt du conseil du IV septembre, en 2() articles, cjui est nu tivs-beau règlement sur la peste et les précautions.

LV'vè(jue(l^,(pii a fait merveille juscpi'à présent, voyant qu'il n'y a plus de remède, s'est enfermé avec des vivres dans sa maison qu'il a fait murer. Le peuple (qui n'a jamais guère de rai.son r[ (pii «u .1 encore moins dans ccl étal de douleur^ car la douleur est injuste) s'est fâché ajiitre l'évêque; ils ont entouré sa maison de corps morts

^l> I.'- laiii' u\ b'ïiuntv

SEPTKMBRR 1720. 4Ô5

pour le faire périr; ils en ont jeté par-dessus les murs, et c'est un siège d'un nouveau genre qu'il est oljligé de soutenir. Le mal gagne la Provence et a détruit plusieurs gros villages.

Remèdes. — On débite dans Paris un écrit intitulé : Parfums et remèdes contre la peste, dont s'est servi le P. Léon, auguslin déchaussé de France, par ordre du Roi en 1666-1667-68 e« 69. J'ai entendu dire à M. de Chirac, médecin du Régent, que la déclaration de la peste est pire que la peste même, parce qu'il n'y a plus de communication de ville à ville, ni de village ù village, et que l'on manque de vivres et de secours, ce qui cause les maux du corps et de l'esprit, la faim et les délires.

Actions des fermes. — Arrêt du 17 septembre, qui ordonnequeledividende des anciennes actions des fermes sera payé, par provision, sur le pied de sept pour cent, à la charge de donner aux porteurs des coupons, des promesses de payer le bénéfice en surplus après les comptes rendus, et le bilan arrêté. Le coupon est la division qui se coupe sur l'action, pour se faire payer du dividende ou intérêt.

Jeudi, 26 septembre. — Arrêt du 26, qui renouvelle pour trois mois la remise des deux tiers des droits d'entrée sur les bestiaux, tant à Paris que dans les provinces.

Vendredi, 27 septembre. — Guinée. — Par des lettres de janvier 1716, le Roi avoit rendu libre le commerce de la cote d'Afrique ou Guinée pour la poudre d'or et les nègres; mais la Compagnie des Indes a fait révoquer cette liberté, par arrêtdu 27 septembre, qui luiaccordcle privilège de ce commerce à perpétuité, à la charge, entre autres choses, de faire transporter tous les ans 3,000 nègres au moins aux lies francoiscs de rAnn'rique. La Compagnie est un abime où tout se perd, et l'argent, et les hommes, et tout le monde entier.

Dimanche 23. — Cakdinal de Noaii.les. — Kn ce jour, on croyoit voirparoltrele mandement du Cardinal poil.int

456 MF.MOlhFS DK .MAIllII.U MAHAIS.

(tccepuuiondu ( orpsiie Doclrine et de la Constitution ; mais il n'a rien été pul»lié ihms les paroisses, et l'on a su (jue le Ointinal a ilit i|u'il avoit promis son acce[)tation sous cuiulition de l'enregistrement au Parlement, ce qui n'avant j)oint élé fait, il n'rst point ohliiré d'accepter. Le Kétrent est tr^s-fAc hé contre lui, et a dit, dans sa colère, (ju'il le livreroit au Pape et Teuverroit au chiVteau Saint- Antre afin (ju'il lui Ht son [jrocès (1). Les gens même de son parti sont las de ses incertitudes et voudroient voir la clioîe tinie. de manière ou d'autre. Il a demandé encore juscju'à la Siùnt-Martin à la Sorbonne, qui ne sait plus où elle en est avec un tel prélat. Il y a dans une ancienne chanson :

luut .Noailles est imbécile, etc.

lAindi, 30 septembre. — Billets dk banque cessent. — Les hillets de l)an<iue de 1,000 et 10,000 francs ont cessé d^ivoir cours dans les payements. On attendoit une proroi:ation (jui n'est point venue. Ces billets ne sont plus reçus (ju'aux rentes de la ville, aux rentes provinciales, aux viagères et autres débouchés. On en paye aussi les actions sur la place. L'action est montée à 7,700 et 7,800 livres. I>es petits hillets de 100 livres perdent just^u'à 72; on ne donne que 28 et 30, et par cette fonte du billet, la viande revient dans les maisons bourgeoises à 32 sols la livre. Les coiurs sont si abattus et consternés qu'on ne songe cprà mourir, et on envie le sort de Marseille.

Mardi ^^ — MowovK nocvklle. — Pour bien commencer le mois et consoler Paris, on a publié un édii reirislré d'hier, 30 s< plembre, en la (x)ur des monnoyes,

(I) Barbier r»fjtnU une hcéne encore plu» vife (I, 77. )

OCÏOBRK 1720. ^57

qui ordonne une fonte de toutes les anciennes espèces d'or et d'argent et une renuirque des louis d'or appelés Clievalier et des louis d'argent. 11 sera fabriqué de nouvelles espèces avec la refonte, et les remarquées seront d'un prix égal et auront cours, savoir : les nouveaux louis pour 5i livres; les louis d'argent pour 60 sols, et les écus de dix au marc pour 9 livres. Ou les porte à la Monnoye suivant la division^ pour 36 livres le louis, 6 livres l'écu, et VO sols le louis d'argent, et la Monnoye les rend remarquées et refondues avec un tiers d'augmentation ; et Ton permet de porter et joindre aux matières et espèces la moitié en sus des billets de banque de 100 livres, 50 livres et 10 livres, moyennant quoi la totalité est fournie en nouvelles espèces. Ainsi, en portant 600 livres d'argent et 300 livres de billets, on vous donne 900 livres de la monnoye nouvelle, qui ne vaut pas plus que les 600 livres que vous avez portées, puisque c'est le même poids. En sorte que le billet retourne au Roi en pure perte pour celui qui le porte, et c'est une invention de Parithmétique de Law d'acquitter le billet sans en rien donner du tout. Invention damnable et qui va achever de ruiner tout le monde, car celui qui n'aura point d'argent ne pourra rien tirer de son billet, qui sera refusé partout, et celui qui joindra de l'argent à son billet n'aura pas plus d'argent qu'il en avoit auparavant, et il n'aura plus de billets. Voilà comme la lidèle Compagnie des Indes fait payer au Roi les billets dont il est garant, et comment elle tient sa parole de les faire retirer des mains du public. Toute cette belle opération doit commencer au 1 5 octobre, auquel jour finissent les diminutions indiquées, et on a jusqu'au 1" décembre pour faire passer le billet. Il y a peine de la vie contre ceux qui transporteront des matières et espèces hors du royaume et qui en feront rentrer après les avoir fait sortir. Jamais le royaume n'a eu tant d'or, il en est venu de tous côtés des pays étrangers; mais les thésauriseurs cachent tout, et au milieu de l'a-

4,6 MÎMOWWS HF MAIIIIKU MAIUIS.

l»oiulance, on est ilans la plus alïrciise disette (jui se soit encoi*e vue.

Sameiit, 5 octobre. — 1*ksti:. — On a appris de Provence que la jH'ste s'est communiquée dans la ville d'Aix, qu'il en e^l mort un jour M) personnes, le lendemain ^lO et que l'on se retire de cette ville le plus qu'on peut. M. le Hret, intendant et premier Président, y reste, etsa femme, i;rosse de six mois, ne le veut point cpiitter.

BoRUKAix. Blés gâtés. — A Bordeaux, le Parlement a été informé qu'il y avoit de mauvais blés dans la ville. On a commis, par arrêt, des experts, qui ont rapporté qu'ils avoienl trouvé chez les boulangers de trois sortes de grains, de mauvais, de moins mauvais et de bons, et que l'on en faisoit un mélange. Le Parlement s'est rassemblé et a nommé des médecins pour en faire la visite. Les médecins ont dit que ces graines pouvaient nuire à la santé et causer des maladies. M. de Courson, intendant, a soutenu que les blés étoient bons et qu'ils venoient des magasins du Koi. Nonobstant ces remontrances , le Parlement a ordonné que ces mauvais blés seruient jetés à la mer, ce qui a été exécuté. On a aussi décrété les boulangers qui en avoient, et l'intendant luimême a été décrété et assigné pour être ouï. 11 s'est plaint hautement. Ui cour a donné un Venial à deux conseillei-s, nommés MM. Duval etPichon, (jui sont venus à la Cour rendre compte de leur conduite. M. de la Vrilliêre a dit à M. Pichon (ju'il étoit un homme noté, et il a ré|M>n(lu qu'il étoit connu pour avoir toujours sout(înu la vérité et la justice , et que c'étoit sa note. (^;lte «liTaire •s'eM pa*»s4*e à Bordeaux, le 7 sept<Mnbre dernier.

A Moulins , le chevalier de Kieux , colonel d'un régiment, s'est battu contre le chevalier de Pesay, commandant de lu province et inspecteur des troupes. Le chevali«!r de Pcsay a été très-blessé.

M. Pévi'Mjue de Boulogne a écrit une Letlie pastorale aux habitants de Qucvres, au sujet del'attentit commis contre

sa personne le 21 août. Elle est très-apostolique; tendre, lorsqu'il s'adresse à ses peuples, et forte, dans la matière théologique qu'il y a fait entrer par occasion. La lettre est du 10 septembre, depuis l'enregistrement de la déclation à Douay, qui est du 17 août. Il répond à ce que ses peuples disent qu'ils veulent demeurer dans la foi de leurs pères, et il leur montre que cette religion n'autorise point les violences. Il parle du grand nombre et met de son côté tous les papes, les évêques et les saints docteurs qui ont vécu et tout ce qu'il y a d'éclairé aujourd'hui dans le monde chrétien. Si l'Église est une dans tous les temps, la foi, dit- il, doit être la même dans tous les siècles. Il fait entendre aux peuples de Quevres qu'ils sont excommuniés [ipso facto) pour avoir attenté contre lui et leur curé, et que, s'ils ne reviennent à récipiscence , il ne reste pour eux qu'une attente effroyable du jugement et de l'ardeur du feu qui doit dévorer les ennemis de Dieu. Il n'y avoit qu'à dire l'enfer tout court ; mais M. de Boulogne ne parle pas comme un autre , et il met des élégances où il n'en faut pas. Son procès-verbal est bien plus simple. L'Instruction finit parles invitera l'imitation de l'Enfant prodigue; il ne les excommunie pas, parce qu'il les croit excommuniés.

Actions non kkmpliks nulles. — Arrêt du 5 octobre, qui donne le reste du mois d'octobre pour payer le supplément (les actions non remplies, ou en 3,000 livres de billets ou en convertissant trois en deux : si mieux n'aiment les convertir on actions rentières. Après ledit temps, nulles.

Autre arrêt du 24 septembre, publié le 5 octobre, qui ordonne que les procès évoqués par les retraits seront jugés en dernier ressort par les commissaires, au nombre de 7. Les procédures se feront par procureur, et s'il y a de nouvelles parties, on suivra le règlement du conseil du 17 juin 1087. Cette Chambre est faite pour accéléreile jugement des procès; m;iis on y juge de l)ien des ma-

46i» MEMOlUr.S 1)1. MMHIKIÎ MAKAIS.

tit^ri's iiirelK' n'entond point, cl clic Didomic des coiisi- ::nalions par provision, en niaticre de retrait, aux péi-ils de ipii \\ appartiendra, chose inouïe dans la coutume de l*aris, et dont on ne s'étonne pas parce qu'on ne s'étonne plus de rien. Le retrayant court risijue de perdre el son proci^s el ses effets consignés.

Conseillers d'Etat : MM. D'Armenonville. Bignon. La Rochepol. ClK\teauneuf. Mâchant.

Maîtres des requêtes : Maboul. La Grand ville. Orry. AuL-ran. La Vigerie. Vatan. Tallouct. Tourny. De Bonnelles. Dnpuy. Fontanicu.

CiiAMimF PKS VACATIONS. — (onseillers d'État. MM. D'Armenonville. Bignon. Bouille du Coudray. Foucault. La lloussave. La Bochepot. ChAteauneuf. Ferrand. Mâchant.

Maîtres des requêtes. MM. (iourgues. D'Hobigny. Maboul. De Morangis. Maupeou. La Grandville. Orry. Boucher. De la Vigerie. Doublet de Perean. Bertin. Midorge. Ollier. Bossignol-Bcgnaut. Leferon. Villain. Designy.

U'irros. Fontanieu. Tourny-Talhouet. Bonnede. Mandat. «- •-

Du Puy.

7 octobre. — Voici un sujet d'étonnement pour d'autres temps, mais à présent on s'accoutume j\ tout. Le Parlement, n'ayant pas voulu enregistrer la déclaration de raccommodement des évécjues , ni toutes les autres <jui reu'ardent le système, on ne lui ;i point envoyé de lettres pour la Chambre des vacations, et le Conseil en a étalili une (1 j à Paris dans le couvent des (irands-Auguslins 2 , compos<*e de 9 conseillers] d'Ktat (M. d'Armcnonville Président; el de 25 mallresdes retiuétes, parrie.s Iftlreu patenter en forme de conmiission , (jui évocpient

I tuer, T. I, p. 7.1.

. l4 (outriil, rKrii|M' (l'ahoril |tar Ifs I rére* .Sacln |s, on 1 rcrcs tir la IVni- Imcedf Jr*ii« Clirikl, (ut téiU- pnl20:i par <-.«• religieux, niluitH s\ la \Au% KrandtpAUvrrlf, au\ Krroitp» «le lonJie de Sainl-AuKtulin.fnii > Mjouriifrrnt jiiMinVii |7<J0. La Italie a U volaille a éle (OiiMruile hiii iiitr |Mtii<- '!<' r«iii()I.Mriii* ni de triU cufumuiuuté.

OCTOBRfc: 1720. 461

tous les procès civils et criminels, qu'il est d'usage d'instruire et juger en vacations, suivant l'ordonnance de 1669, jusqu'à la Saint-Martin prochain. Ils jugeront au nombre de 7. Les procureurs de la cour seront tenus d'y occuper, et on pourra se servir, si on veut, du ministère des avocats au conseil. M. de Valan, procureur général, qui nonmiera des substituts. Vaniier, greffier en chef de la commission. Le Grand y principal commis au greffe criminel. Les greffiers du Parlement apporteront les informations et autres pièces dans trois jours. Outre les procès de rapport, il y aura une audience à huis-clos les mercredi et vendredi, qui se fera par rôles publiés, et les arrêts qui y seront rendus par défaut ne seront point rabattus dans la huitaine ni par opposition , et on ne pourra se pourvoir contre que par reijuête civile.

Le même jour, 7 octobre , la séance de cette Chambre a été ouverte aux Augustins, et les lettres patentes y ont été enregistrées ; c'est un petit Parlement que l'on a fait à Paris, pendant que le vrai Parlement languit à Pontoise. Les avocats au conseil refusent de fraterniser avec les procureurs de la cour et ne veulent point aller i\ cette Chénnbre ; d'un autre côté, les procureurs ne veulent point reconnoître une Chambre composée de conseillers d'État et maîtres des requêtes, devant qui ils ne sont point reçus. Cependant le public a besoin d'être jugé. La Régence, qui accommode tout, jusqu'à la religion, viendra bien à bout de ce différend.

PuiLOTANUs. Abbé de Grécourt. — L'abbé de Grécourt (1), chanoine de Saint-Martin de Tours, est mort, non sans soupçon de moriviolente. C'est encore un poCte;

(I) Jean-HaplisleJosepli Williarl, de Grécoiirl, no à Tours en 1G83, mort le 2 atril 1743, ei non en 17*20. La nouvelle en avait couru. Kt Marais rtiire^istrc, sani à la dj'menlir, comme nous le verrons. Ses porsies, en gén«'ral tr^'s lihres, mais (l'un tour spirituel, furent pour la première fois réunies en 2 v. iii-i2, en 1747. Les meilii'ures éditions sont celles de l7r)2 et 17r.i, 4 v, m-\?

461 Mr.Momi S DK MATHIKU MARAIS

il ne |>ouvoil [ma vivre lonulonips. 11 est l'auteur du poome lie Philotanus, sur la Constilulion, (jui est en vers niaroticiues à riiKj pieds, en l'orme détentes, où il introduit If dialile, (jui raconte toute l'histoire de la Bulle depuis la naissiince du livre du P. Quesnel, jusqu'aux np|>els et A la conjuration d'Espagne. J'ai appris depuis, jKir une lettre de Tours, qu'il a été malade et à la dernière extrémité , mais qu'il n'est point mort. 11 ne veut plus réciter son poOme à personne. C'est un ouvrage plein de feu, de plaisanterie et d'une force merveilleuse. Il y a un ridicule répandu d'un bouta l'autre sur les jésuites; leur pnliticjue y est développée; en un mot, c'estle diable que cet ouvrage. Le malheur est qu'on ne l'a pas entier. L'abbé est venu à Paris, en 1719, et l'a récité <\ tous ceux qui l'ont voulu ent<'ndre, (pioi(jue composé de plus de 1,500 vers : je l'ai entendu; il leréciloit fort bien, et me dit l'avoir récité au Régent lui-même, et deux fois au cardinal de Noailles, qui en avoient été charmés. Il en a couru depuis dans Paris des copies manuscrites avec des lacunes, ce qui faisoit environ 1,000 vers, et on se l'arrachoit des mains. Ces copies ont passé en Hollande, où on a imprimé ce [xW'me, qui paroit depuis peu de jours; il y a ÎI27 vei-s imprimés X merveille, en un caractère tn'^nel, et avec des notes assez plaisantes; mais on regrette toujours que les lacunes ne soient pas remplies. A la tète est une taille-douce, où l'abbé est représenté mettant un scapulaire au diable, qu'il trouve endormi au pied d'un hèlrc, et à qui il lait raconter toute l'histoire de la Constitution , le tenant toujours dans la crainte avec Peau bénite. I^a fiction est un peu gaillarde pour un prêtre, et il eût pu se passer du nom de Philotunus qu'd a tlonné au diable, <|ui est un nom obscène; mais cet ablx', du paysde Kabelais. chanoine de Tours, comme Venille, auteur du Moyen de parvenir, et digne compatriote de ces deux saliiicjues, n'a pas voulu dégénérer. 11 avoil l'esprit fort tourné à la débauche ; on a vu de lui

plusieurs pièces très-libertines, qui ont couru le monde, et qu'il récitoit à table, où il buvoit beaucoup et parloit hardiment de ses aventures galantes. Du reste, beaucoup de génie et une grande facilité pour la rime et le tour du vers. H étoit jeune et n'avoit pas plus de trente-cinq ans. Monsieur de Lassevé, ci-devant conseiller au Parlement, d'un esprit et d'une conduite à peu près semblables à l'abbé, sait son poëme par cœur. Il pourroit remplir les lacunes; mais on lui a conseillé de laisser le poëme plus court, et de ne pas faire abréger sa vie.

Cardinal DE NoAiLLES. — Le cardinal de Noailles est venu au Palais-Koyal. Le Régent lui a demandé son acceptation de la Constitution ; il Va refusée, sur ce que l'enregistrement n'étoit pas fait au Parlement ; sur quoi le Régent lui ayant dit de gros mots et des obscénités dont il se sert ordinairement, S. E., étourdie de ce traitement, lui a dit qu'il n'étoit pas d'un âge et d'un caractère à en entendre davantage, et s'est retirée en pleurant (1). Personne ne le plaint. Il laisse errer son troupeau tantôt dans les montagnes, tantôt dans les vallées; on ne sait jamais où est le pasteur, et T Évangile n'a point fait de telle parabole.

9 octobre^ jour de Saint-Denis. — Law. — Un fiacre, pour se débarrasser d'un M. (2), officier du Palais-Royal, qui le rossoit pour quelque insolence, s'avisa de crier que c'étoit LaAv. Aussitôt le peuple se jette sur lui. L'officier eut beau crier et protester qu'il n'étoit point Law; on lui jette des pierres, on lui donne plusieurs coups et il sVnfuit dans l'église des Jésuites de la rue Saint-Antoine, où, trouvant la sacristie ouverte , il s'y enferme. Le peuple suit, veut enfoncer la sacristie; enfin un commissaire arrive avec des archers qui le délivre de la fureur du peuple, et on le laisse aller, après avoir bien vé-

(1) Barbier, I, 77.

(2} Uaibierdil de Crochet»'! (I, 76] Mailamc dit IJotst«'l ^11, 276j.

464 MK.Ml^lUKS DK MATHIFU .MARAIS.

rifit' qu'il éloit un !au\ l.aw ; mais le peuple veut avoir le vérilahlc. H ne suri point; il se tient toujours eoi au Pulais-Huyal ; on le guette au sortir, et on ne sait pas ce c|ui lui arrivera.

Mur il'or.G.OOO livres; billettle !00livres.à22 livres; de 10 livres, à '2 liv. 7 il. .\ctions converties, 7,150, non converties r>,000 ; ISO livres pour la coupure d'un billet de 1,000 en ceux de 100. On tient, depuis deux jours, des conseils de matin et soir, pour parvenir i\ une abolition «•ntière des billets, qui causent un dérangement total dansle commerce et dans les denrées nécessaires à la vie. On n'a que cela, et personne n'en veut; mais d'un autre ctMé, si on les supprime, n'ayant plus ni billets ni arçrent , d»' quoi vivra-ton ? La France n'est pas devenue l'Ile de Koach, où on ne vivait (jue de vent ; si le riclie est ruiné, (pii nourrira le pauvre? On a reçu nouvelles du baniruedoc, qu'il y a 200,000 ouvriers inutiles qui courtMit la province, et que la peste est très-forte à Aix.

Samedi, 12 octobre, — Arrêt du 10 octobre. Aujourd'hui, sur les i heures après midi, on a vu enfin l'arrêt de suppression de tous les billets de ban<jue, qui est daté du 10 octobre. Au T"" novembre, aucun billet ne sera reçu dans les payements ni donné, pour quelque cause et prétexte que ce soit, (|uoi(pie par l'arrùt du 15 d'aoïll, ils dussent avoir cours juscjucn mai 1721. Dès le moment de la publication, tous les droitsdu Koi seront payés en entier en espèces, hors ceux dûs jus(ju'au l'^' janvier 1720, rpii pourront être payés en petits billets jusqu'au T' déc«Mid>re. Le Uoi se charge de payer en es- |»èr<-s ttiutes les n-ntes, pensions et appointeinents de 1720 et les antérieures en petits billets. Les arrérages ries actions rentières et des rentes viagères de la Compairnic .mtoiiI payés en espèces, i\ commenc*'!' <hi l'*^ jnillel, el le dividende des actions juscpj'au T*^ janvier 1721 f n \x'A\is billots. ÎNrmis de placer dans les euq)lois indiqni'?* les petits billets jusc(u'au V décembre, après quoi

ils deviendront en actions rentières ou convertis en dixième d'action. Par Tarréidu 15 août, les gros billets sont aussi convertis en actions rentières. 11 y a une terrible queue à cet arrêt, qui ne dit point comment seront payés, à l'avenir, les dividendes des actions. On convient, dans l'Énoncé, que les petits billets sont tombés dans un iel état de discrédit, qu'ils n'ont, plus de valeur comme espèces et qu'ilsne servent qu'à empêcher la circulation de l'argent, soutenir le haut prix des denrées et des marchandises, et à introduire et perpétuer une infinité d'abus qui ne peuvent cesser que par le rétablissement du payement en espèces. Voilà, en peu de mots, l'éloge et l'effet du Système, prononcé par ceux mêmes qui en sont les auteurs. On a joint à cet arrêt un État de tous les billets de banque qui ont été faits, et de tous ceux qui ont été brûlés, pour marquer une espèce de bonne foi (comme les voleurs en ont entre eux).

Calcul. — On a fabriqué pour deux milliards, six cent quatre-vingt-seize millions quatre cent mille

livres de billets, ci 2,()9t),V00,000 1.

Il en a été brûlé à la Ville sept cent sept millions, trois cent vingt-sept mille quatre cent soixante livres.

530 millions en rentes à la ville. . . 530,000,000

200 millions en comptes ouverts. , . 200,000,000 90 millions payements en espèces. 90,000,000

Reste encore de billets un milliard

centsoixante-neuf millions 72,540. 1,169,072,540

470 millions reste des rentes de la

Ville à remplir 470,000,000

400 millions rentes provinciales. . . 400,000,000

100 millions rentes viagères nouvelles 100,000,000

Débouchements. 970,000,000

Et ce qui n'y aura point été porté pourra être emi)loyé

4M MIMOllUS Dl MATllIKl MAUAIS.

en (îivièmestractions, dont il y a VOO millions, ou porté à la Monnoyo, ou (loineinrr actions rentières, à la garantie du Koi.

Du uR^me jour. 12 octobre, sur les huit heures du soir, on a publié un autre arrêt qui ordonne qu'à commencer (hi \'l octobre, les payeurs des rentes de la Ville payeront, ♦Ml deniei*s comptant et sans aucuns billets de banque, les arrérasfes des rentes perpétuelles , viagères et tontines pour la présente année 1720. (^'est une petite consolation pour ceux qui ont des rentes; mais on ne parle point des arrérages à venir ni des dividendes de Tannée prochaine. Les rentiers sont bien aises de revoir l'Holel de Ville au lieu de la Banque, et on va recevoir quelque argent si on tient parole. C'est un grand succès.

Dans l'état des billets, on voit qu'il y a deux arrêts du 29 décembre 1719, pour 129 millions et 231 millions, un du (i février 1720 pour 200 millions, 26 mars pour 300 millions, 5 avril pour 390 millions, et l*"^ mars pour 362, VOO, 000 liv. Ces arrêts n'ont point été publiés, et personne n'a su l'état de la Bancjue qu'aujourd'hui. Si on l'avoit su, on n'y eiU [)()int pprté son argent. En voilA pour seize cent dix-huit millions qui ont été ignorés.

M. Pierre de la Broue, évêquedc iMire[)oix (1), est mort le 20 septembre. C'étoit le plus ancien des quatre évéques ap|>elants et le plus habile théologien parmi lesévêques. M. l'évêcjue de Verdun est aussi mort. Le chapelet des appelants m* déli lo.

1.'» octobre. — Le 15 octobre arrivé, on croyoit que la diminution indupiée par l'cU'rèt du 30 juilletauroit cours; au contraire, l'espèce a été continuée sur le pied où elle éloit jusqu'nu 1" novembre. L'arrêt est du 8 octobre. Ct:\ii n'e(iip«*'che pas qu'à la Monnoye, on ne prenne les e}i|M- iv.MM i.-iuH's et (pi'on ne lesconv(;rtisse en nouvelles

(l)5jlo|..Simon, Xf. Ilo.

avec le tiers de billets ; niais on les prend sur le pied qu'ils auront cours au 1" novembre, en sorte que l'espèce a deux valeurs. On se tue à la Monnoye pour sauver quelque chose sur son billet.

Clergé. — On a publié un arrêt, du 11 octobre, qui dit que du jour de la publication, il ne sera plus reçu aucuns billets de banque dans les bureaux de recettes des pays d'États et du clergé général et j[)ar//cM//er. On veut que tout le monde donne de l'argent; il n'y a plus qu'à savoir où on en prendra.

Autre arrêt, qui nomme des commis pour viser et signer les actions rentières de la Compagnie dont le Roi est garant. C'est un des derniers débouchements, auxquels se termineront les billets non employés.

Pour bien persuader le public que le Roi ne donnera plus de billets, autre arrêt, du 12 octobre, qui ordonne qu'au lieu des remboursements qui dévoient se faire en papier, des charges supprimées et des dettes des communautés, dont le Roi est chargé : V que les liquidations de charges seront employées en intérêt au denier 50 dans les États du Roi où se portoient les gages de ces charges. 2° Celles qui n'avoient point de gages seront payées en intérêt au denier 50 dans les états des finances des généralités. 3" Les dettes des communautés seront payées en rentes sur la Ville, dont les créanciers seront tenus de se contenter, à peine de perdre leur du. Ainsi ceux qui ont prêté de bonne foi aux communautés, pour éviter d'avijir alfaire au Roi, l'ont pourtant pour débiteur, i" Ce qui est dû de reste nuxcommunautésdcpo.stés pour leur remboursement sera aussi payé en rentes. On dit que tout ce qui est dû aux communautés ou à leurs créanciers monte à cent millions, (|ui se prendront sur le milliartl de rente de la Ville.

Il y a trois arrêts du 15 en faveur du Clergé. Deux par lesquels ses offres de payer leurs dettes et les arrérages en billets sont déclarées bonnes, et ({ue les billets de ceux (pii n<* les prendront pas resteroni ;\ I.i rnss*' du CNml:»''

4M mf:\u)iiu.s i)i: maihifu marais.

aux risciut>silcs rentiers. Le troisième anvt,(iui contient ilix articles, rèule la réduction ou le remboursement des duciennes rentes de la Ville qui étoient assignées sur le Cler::ê. Ceux qui consentiront, avant le 1" novembre, au denier 50, auront leurs arréraj^es du 1" janvier 1720, et ceux qui voudront recevoir leur remboursement se mettront en état de le recevoir avant le 1" novembre , sinon leurs rentes sont réduites de plein droit au denier 50. Les porteui-s de récépissés recevront avant le 1'' novembre, sinon les billets déposés ez mains de Lefèvre à leurs ris(}ues. Les rentiers qui feront convertir ou réduire avant la tin de décend)re serontpayés des arrérages du.l" juillet. Les porteurs de ces rentes qui n'ont pas rapporté leurs titres dans les délais sont privés de leur remboursement et auront leur tinance en intérêt au denier 50 du jour de la liciuidation , etc. Tout cela est très-rigoureux et ne ressent guère lacbarité cbrétienne, (pii devroit être l'esprit du Clergé.

Il se tient encore de nouveaux conseils, où on dit qu il .se fait des arrangements. Tout Paris tremble de ce qui en arrivera, car on n'a point vu aucun de ces arrangements où il n'y ait eu une subversion d'une partie du royaume. In jour le bruit se répand que Law est perdu et culbuté ; que les actions tombent avec lui ; qu'il n'y aura plus de Compafrnie, el que les actionnaires sont ruinés. Le lentlcniain, Liw est raccommodé ; M. le Duc le met au pinacle quand il r^l au-dessous de la roue, et l'orage tombe sur le» rentiers. Dequebpie côtécju'il tombe, e'estune grande affliction sur toutfs les familles.

lîl oclobre. — L'arlion rejupli»; ol tout d'un coup tombée à 5, -200 au lieu (ju'elle éloil à 7,500 et 7,000. Ce Minl les bruits des eonseili .secrets qui causent cette cliute. Chacun porte i\ la Ville, el elle s'est trouvée remplie le vendredi 11), fjuoiquedans l'arrêt du 10, publié le 1*2, il y en eut encore pour V70 millions {\ rem[)lir pour consommer le million. On ne sait ce qu'on fait. L'un dit : la Ville

OCTOBRK 1720. 4G9

périra et sera retranchée de plus de moitié. L'autre dit: le Roi n'est pas garant de l'action ; elle ne sera point payée, et on supprimera la Compagnie quand on voudra. De toutes parts, on craint la mauvaise foi, et cependant toutes les meilleures familles ont tout leur bien ou en rentes ou en actions.

M. le Duc ayant trouvé le curé de Saint-Sulpice au Palais-Royal, illuidit: uEhbien,mon curé, Ojue demandezvous ici? » — « Hélas! je cherche du soulagement pour nos pauvres et de l'argent pour du papier. » — (f Allez, allez, Monsieur le curé, le bourgeois et l'artisan ne souffrent pas, nous le savons bien. » Le curé lui dit qu'il voyoit cela de bien près et qu'il ne sa voit que trop le contraire. Le prince, persistant toujours à dire qu'il étoit bien informé, le curé fut obligé de lui répondre que lacharité de Saint-Sulpice nourrissoit et soutenoit plusieurs des propres domestiques de S. A., à qui les trésoriers avoient donné des billets pour leurs gages et leurs dépenses, ce que M. le Duc ne lit pas semblant d'entendre et le quitta là.

Les États de Languedoc ont présenté au Régent des billets pour le don gratuit. Il les a refusés. Les députés ont dit qu'ils ne pouvoient donner au Roi que ce que le Roidonnoità la province. Le Régent a dit : « Que voulezvous que je fasse de cela? le Roi paye enargent à présent, w Ils ont dit : «Nous en avons encore beaucoup de reste , et nous venons demandera V. A. R. ce qu'elle veut que la province en fasse. »

A propos de la suppression des billets, le poëte Arouet a dit : « On réduit le papier à sa valeur intrinsèque. » Cela fait bien entendre (pie le papier n'est que du papier. On a dit aussi de l'arrêt du (irand-Conseil sur la Constitution qu'elle avoit passé au conseil de guerre.

2'* octobre. — Trois arrêts pour cesser le Système. Voici le fruit des conseils secrets et le nouvel arrangement. Il n'y a pas un moment de consistance dans tous les arrêts. On en voit trois de ce jour qui sont très-im-

17,) MK.MOIHKS 1>K MVIHIKII MAUAIS.

portants. Oliii ilii 10 octol)re permettoil de porter à la Monnoie uu tiers tlo billets avec de l'argent, et on en axoit déji\ payé (jut^hpies-uns; on s'est aperçu cpie les a^iottuii's le resserroient ou (ju'il s'en l'aisoit un commerce usuraire sur la place. D\m autre c6té, la Comi)apnie perdoit le profit sur la monnoie en payant le papier. Llle a offert au Koi un don gratuit de 20 millions , et 10 millions par mois, à com[)ler du 1" décembre, en déduction du prix des Fermes et autres recouvrements. Premier arrêt, qui accepte ces offres, et qui ordonne qu'à commencer du jour de la publication, il ne sera plus reçu de billets de banque dans les Hôtels des monnoies. (!et arrêt dit (fuf les autres (lêhouchvs sont suf/iFunts pour tous les billets de banijuc qui sont dans le commerce. Voilà un desdéboucbés supprimé et le plus utile au public, qui ne sait plus comment vivre avec son billet. On n'a pas payé huit jours à la Monnoie. C'est beaucoup pour la Bancjue de tenir parole huit jours.

Le second arrêt touche à la monnoie neuve, qui vient d'être ordonnée, et dont on a à peine encore vu (iuehjues eijpèces. L'ancienne aura son cours jus(]u'au r"^ décembre bur l'ancien pied, après quoi le louis d'or sera de '3G liv. et Técu de () liv. et la livre de 20 s. pendant le mois de décembre. Kt au 1" janvier, le louis de 27 liv., l'écu V liv. 10 s. et la livre 15 s. A la Monnoie, il y aura quelque gain, car le louis sera de VO liv. 10 s. en novembre et en d<^cembre de M liv. 16 s. vi l'écu de 7 liv. Iti s. et de 6 liv. 6 .s. C'est un p^'titnppàtde gain en comparaison do la diminution de l'espèce nouvelle, qui sera le louis de 5V liv. en novembre, de 45 liv. en décembre et de 30 liv. en janvier.

\m troisième arrêt, <pii regarde les actions, contienl un licau préambule, bien travaillé, où on dit que pendant que bîs uns ont le déplaisir de voir baisser le prix des actions U;aucoup au-dessfjus de ce qu'elles leur ont coûté, les autres .sont parvenus, en |)eude temps, à une opulence

odieuse au public et contraire au bien de l'Étal. Que d'autres ont employé plusieurs sommes en achats de diamants et autres marchandises, aussi précieuses que superflues, que d'autres ont abusé de leur fortune subite pour faire des amas de toutes sortes de denrées, voulant encore augmenter leurs richesses par un monopole punissable suivant les lois; qu'ils ont resserré les espèces d'or etd'argent, ou les ont fait passer dans les pays étrangers, ce quia causé la cherté des denrées, le discrédit des actions et billets de banque, l'interruption des manufactures et la nécessité où se trouve réduite une partie considérable des meilleures villes du royaume. Sur quoi on fait dire au Roi qu'il les pou rroit taxer, mais qu'il a pris une voie plus douce et plus facile. Ainsi l'arrêt ordonne, 1" qu'il sera fait des rôles où l'on comprendra les anciens actionnaires, qui seront tenus, dans la quinzaine du jour delà signification, de rapporter à la Compagnie la quantité d'actions pour laquelle ib» y seront employés, à quoi ils seront contraints comme pour deniers du Koi. 2° Que ces actions demeureront trois ans entre les mains de la Compagnie, qui en payera les dividendes, après quoi, ils en pourront disposer et ne pourront plus être taxés. O** Que ceux qui n'auront point d'actions en achèteront de la Compagnie à 13,500 en billets de banque, i" Que pour parvenir à connoitre et distinguer les actionnaires de bonne foi, qui ne doivent pas être compris dans les rôles , tous les porteurs d'actions remplies seront tenus de les déposer es mains du S' de la Nauze dans huitaine, et y resteront jusqu'au 15 novembre seulement , après quoi les porteurs en pourront disposer et seront timbrées d'un second sceau de la Conipagnie.

Cet arrêt parolt être de la main de M. le Cliancelier. Je crois y reconnoitre son style et son esprit. Il ne devoit point y avoir de ta.xe , suivant deux arrêts positifs, et en voilà une indirecte qui alarme bien tous lesMississipiens. Pour les autres, qu'on appelle Actionnaires de bonne foi,

471 Mf.MOlKFS DE MATHIFA' MAHAIS.

ils se dôfient crun amM qui ordonne 411011 rcmotfra les actions A la Compagnie on (lé|HM ; ils craignent qu'on ne les leurnMîde point, non plus que Ton n'a point rendu Tarirent »pi»' l'on a été forcé de poi'ter et (jui a été payé en Itdicts. Lo prix de l.î.ôOO liv. que Ton donne à Taction, fait «Mitendre que les 20,000 argent de banque, où elles sont fixées par l'arrêt du 15 septembre, est une valeur de commerce et non de monnoie courante.

^5 octobre. — Boi rsk suppuimke. — La Bourse établie à rinMel de Soissons, le l"aoùt, a été supprimée, par arrêt de ce jour (25\ qui porte qu'on ne peut tolérer plus longtemps l'assemblée tumultueuse qui s'y fait, et, nonobstant les précautions qu'on a puy a[)porter, préjudicie eonsidérablement aux arts et métiers, et donne lieu à une inlinité d\i])us, de fraudes et de désordres. En effet, c'étoit un réceptacle de fripons, de voleurs, de femmes de mauvaise vie et de toutes sortes de canailles, que l'avidité du gain y rassembloit et qui y vendoient non-seulement rlu papier et de l'argent, mais toutes sortes de marchantlises en fraude, et de la chair humaine. On m'y a prés^înté une tabatière avec des ligures infâmes. L'arrêt nomnie les soixante agents de change par leur nom; ils sont créés dès le 30 aoiU. ils doivent faire toutes les négociations, et défenses ;\ toutes autres personnes de tenir bureau, à peine (h; 3,000 liv. d'amende, et d<'s'assend)ler a la Bourse* et ailleurs, ù peine de prison.

Ix* 26, j'étois par curiosité A là Bourse : on y apporta les Irois arrêts du 2V, et, sur-le-champ, tous les visages changèrent. Il parut une déroute, comme dans une bat.ullc |)erdue. Les agioteurs s'entre-regardaient avec de longs visages tristes, la plaw; devint languissante et l'action, cpiiêloilâ O.fiOO liv. cr jour-là, tomba tout d'un coup rt 5,000. (1/^ marc d'or étoit à 0.000 liv. en billets; on donnoit 23 liv. du billet i\v. 100 liv. ; Tout le monde dit : «• L'atrio va cesMT; » on ne sait pourtant pas encore rarr.'t rlu 2."), rjui ne fut pidilié (|U(; le 27.

OCTOBRK 1720. 473

Dimanche 27, lundi 28. — Saint-Simon. — L'arrcl qui supprime la Bourse a été publié et affiché. Il porte que la place sera fermée. le 29. Les colporteurs disoient d'une voix douloureuse : « Agio est mort; voilà son billet d'enterrement. » Le 27 et le 28, on a continué d'agioter dans la rue de Grenelle, et de donner de l'argent pour le billet, c'est-à-dire 21 et 22 liv. pour le billet de 100 liv. On n'avoit plus que cette ressource pour avoir quelque argent, et elle est ôtée. Le mal étoit grand, mais il étoit devenu nécessaire ; on ne sait pas si les agents de change donneront de l'espèce pour le billet.

Mardi 29. — Agio supprimé. — Dès le matin , le guet à pied et à cheval, les compagnies du grand prévôt, du prévôt de l'ile et dérobe courte, assistés des commissaires, ont investi l'hôtel de Soissons, la place ou Bourse, et les rues de Grenelle, d'Orléans et celle du Boulloir où je demeure. La place a été fermée, on a chassé tous les agioteurs, on a emprisonné les mutins, et, pendant tout le jour, on a fait une garde exacte , pour empêcher l'assemblée. Enfin les rues sont demeurées libres, et tout ce brigandage a disparu. Les domestiques seront rendus à leurs maîtres, l'artisan à son métier, le paysan qui venait acheter pour de l'argent des billets afiu de racheter des rentes, retourne à son labeur, et insensiblement chacun reprendra sa place naturelle.

Arukt du 27. — Emprunt. — On a publié ce même jour un arrêt qui permet aux directeurs de la Gompagnie d'emprunter 15 millions; deux tiers en espèces et le tiers en billets, à V [)our 100 d'intérêt, dont ils feront leurs billets du total, payables en louis d'argent de la nouvelle fabrication, au cours du jour de l'emprunt. Il faut que la (Compagnie soit bien pauvre, puisqu'elle n'a pas 15 millions dans ses cofti'es et (ju'elle emprunte le tiers en billets qui sont nuls, dont elle paye l'intérêt à V pour 100 (jui fera plus de (i pour 100 dans le temps (pie le denier est à 2 dans le royaume. Il n'y a «pie

iU MKMOIIU.S I)K MAllIlKl] MARAIS.

tjuaUc ji»ui*s (|iu' l'on doiiiioil des dons gratuits de 20 millions «t d»'>< 10 millions par mois, et aujourd'hui il liiut emprunter à usure pour les payer. C'est celte même (Àmipa^nic qui prètoit seize cent millions rannée passée, qui n\i |Kis 15 millions.

Gros-Bois. — Le 31 octobre, je suis parti pour Gros- Bois «pii appartient à M. Bernard, maitrc des recjmHes, où je suis demeuré jusqu'au lendemain de Saint-Martin.

Avant de partir, j'ai porté mes actions à la Banque, suivant l'arrêt du '1\ octobre. D'abord, on les donne à un commis qui les compte et les met dans un grand carton avec les autres, puis il vous donne une reconnoissance im[»rimée qui porte promesse d'en faire tenir compte par les teneurs du livre des comptes des actions et de les passera votre crédit. On porte cette reconnoissance au S' de la Nauze qui vous fait signer en haut et il la signe. De là, vous l'allez porter à un autre bureau, où vous dites voin? nom de baptême, et on vous renvoie à un dernier bureau, où est le teneur de livres, qui prend et garde votre reconnoi.ssance, qui vous inscrit sur le livre par votre nom de baptême et qui vous fait signer sur ce livre à l'endroit qui vous regarde. Vous ne remportez qu'une petite note non signée, ouest votre nom, le nombre de vos actions et le feuillet de ce livre, qui est X partie double par crédit et délût, et non pas un simple livre de ii*'\*6i. On a fort murmuré sur cette opération dont l'arrêt nr parle point; mais enfin tous les actionnaires ont passé p.irli; tout h* mond*' ^'v 'louffe, *•! ou iK'^.iit pasceciui en doit .'irriver.

V novembre. — Le jour de la Toussaint, arrêt «pii ordonne (pie las s^mscriptions ordonnées par les arrêts des 31 juillet et IV d'août ((pion vendoit 1,000 fr. ) seront

NOVE.MBKK 1720. 475

converties en dixièmes d'actions d'ici au 15 novembre, et après ce temps nulles.

Du mèmejour,auti^e arrêt qui proroge jusqu'au 10 novembre le délai pour porter les actions en dépôt; il comprend tous porteurs et dépositaires, et permet aux dépositaires de déclarer les noms de ceux à qui elles appartiennent. Pour les provinces, elles seront remises aux directeurs des comptes en banque. Elles seront rendues après le 1" décembre, timbrées d'un second sceau. Celles qui n'auront point été déposées demeureront nulles après le délai, rayées des registres, et défenses d'en payer le dividende. Cet arrêt pourvoit à l'inquiétude de plusieurs personnes qui étoient dépositaires d'actions, et est rendu contre ceux qui les vouloient garder sans les porter à la Banque. La nullité que l'on craint fait qu'on les porte de tous cotés.

29 octobre. — Comme la taxe des actionnaires a fait peur, on a su que Ijien des gens se préparoient à sortir hors du royaume. Sur quoi il a été donné une ordonnance du Koi qui défend, sous peine de la vie, de sortirdu royaume, sans permission du Roi, jusqu'au 1"" janvier. Pour les provinces, la permission doit être du gouverneur ou intendant; les intendants feront le procès en dernier ressort.

Le bruit s'est répandu dans le même temps que le S' Vernezobre , un des principaux commis de la Banque, s'étoit enfui en Hollande et avoit emporté plusieurs millions à lui et à d'autres. On a couru après lui pour le rattraper. Il laisse à Créteil une maison imparfaite qu'il a rebâtie trois fois ; d'abord dans un fond, puis ill'a reportée plus haut ; mais comme elle l'.iisoit une lorgnette au chAteau de Saint-Maur, .M. le Duc Taobligé de Tabattre; enfin elle est revenue où elleétoit, nuiis elle n'est pas finie et les ouvriers ne .sont pas pay«''s. .\ngelini, secrétaire italien de Law, s'est aussi retiré en Italie. On tlit (ju'il aarquis j)lusieurs bioiis dans la campMLiin' <le Idoine, ({iii lui font un

476 MKMOIIUS \n MAlMIir MAK MS.

STOS rt»Vi«nu. il a trompé Law, en portant le doiiil de son iH're, qu'il disoit mort, et dont il alloit nuMirillir la succession.

8 novrmhre. — 7>o/.s arrêts. — Le premier (jui ordonne que les liillets de 10,000 livres et 1 ,000 livres seront converlisen actions rf/j/zV/csdansle dernier novembre ; sinon, après ce temps, lesdits billets nuls et de nulle valeur. On se tlattoit dans le public que ces billets deviendroient meilleui^s; on se préparoit à les garder pour les négocier avec les taxes qui doivent acheter des actions en billets, mais toute cette espérance est Atée , et voil;\ les gros billets avec 2 pour 100 d'intérêt seulement. Cela ruine tout le monde, parce (pie ces billets l'ont le bien de toutes les familles, tiennent lieu de l'argent que l'on apporte.

I>e second ordonne que les anciennes espèces seront prises ;\ la taille et dans les bureaux du Roi , comme on les prend à la Monnoie , c'est-à-dire le louis de 45 livres à i6 livres et Técude 7 livres 10 sous à 7 livres 16 sous.

Le troisième permet à la Compagnie des Indes de faire fondre et affiner toutes sortes d'espèceset matières d'or et d^argent au prix du commerce et aux commis d'ordre des villes de Paris et Lyon de remettre h la Compagnie des barres, propres, réaux, vaisselles d'Kspagne et argent bn'ilé,puur affiner p.u' poids et titres, et, en échange, la 0)fnpagnie donn«*ra des lingots aflinés tin pour fin moyennant 20 s. par marc d'or.

r»n a publié une liste des noms et demeures des 60 agents (le change, où il y a trois secrétaires du Hoi ; c'est chez rux c|u'on va négocier le billet de 100 livres, dont on ne tire que 17à IK livres, l.îO livres du billet de 1,000 : el les actions remplies sont à r),200 livres.

9 novembre. — .\rrèt qui proroLre jus(prau 2)1 de ce mois, prMjr Paris seulement, le délai poui- porter en dé- |mM les actions de la Compagnie des Indes. (>;tte opéralion se continue toujriurs avec une aftluence de monde prodigieuM*.

10 novembre. — Arrêt qui défend de faire aucune négociation, en matière d'or et d'argent au marc, ailleurs que dans les bureaux des monnoies ou des changeurs. On n'y admet point même les agents de change. L'abus étoit public de gens qui vendoient le marc d'or à un prix excessif.

10 el 11 novembre. — ^ La Saint-Martin venue, le Parlement s'est préparé à retourner à Pontoise, pour en faire l'ouverture et faire dire la messe rouge (1). Le premier Président est venu à Paris, a salué le Roi et le Hégent; mais il a trouvé de nouvelles aigreurs contre le Parlement et des dispositions encore plus mauvaises que par le passé. M. Pajol, des Postes, a eu ordre de s'informer de tous les endroits où étoient les conseillers, et on ne savoit à quoi devoit aboutir cette information.

PoNTOiSb;. — Le dimanche 10, M. de la Vrilliére, qui avoit eu ordre de faire expédier des lettres de cachet pour une nouvelle translation du Parlement à Blois, a dit au Régent qu'elles étoient prêtes. Le Régent a répondu : a Je crois que nous n'en aurons pas besoin; j'attends une réponse du cardinal de Noailles et du premier Président. » Cette réponse étant venue pendant le conseil de Régence, et n'étant point au gré de la Cour, le Régent a dit à M. de la Vrillière qu'il n'avoil qu'à envoyer les lettres, ce qui a été fait le lundi 11, jour de Saint-Martin, au grand étonnement de tout Paris, et des courriers sont partis de toutes parts, tant dans la ville que dehors, pour annoncer cette translation à Blois (2).

La lettre de cachet porte que le roi, pour bonnes considérationSj transfère son Parlement séant à Pontoise en la ville de Blois. Elle est du 10 novembre (vide infrà à la date du 10 novembre).; ordonne aux Présidents et conseillers de s'y transporter, pour assister à l'ouverture qui s'en fera le 2 décembre; pour là être instruits des

(1) Messe de rentrée. Le parleinenl y asfii^lail en robes ronges.

(2) Voir Barbier, T. I, p. 81.

I7> MF.MOIRFS m. MATHIll MARAIS.

intérêts (/ti /^«i et roiulre lajusliof A l'ortlinaire ptMulanf une ainiét* seiilenu'nt , et sans tirer à eonsétjuence. Cette Irlli-e est tlatoeihi 10 iiovenilue 1720.

M. lie la Vrillière a accompaij;né cette lettre de petits billets i|u'on ne laissoit point, portant qu'il étoit fAchë d\Mrt» ohliiré de leur donner cet ordre.

I.K P. (Iharlks. — J'étois à llyères, proche Grosbois, étiez monsieur le prince Charles de Lorraine, i;rand écuyer de Kranee , qui m'avoit fait l'honneur de m'invitera un retour de chasse, lejour de Saint-Martin, quand on vint lui apporter cette nouvelle de Paris, sur les trois heures a[)rès midi, sans qu'on lui en dise aucune raison. Je dirai en jmssant sur ce prince qu'on ne peut rien ajouter à sa grandeur, ;\ sa sinq)licité , à sa bonté , à son humiinité et surtout à une vérité et une justice si grande qu»' je crus être entré dans le palais de la Vérité même, et ne pus m'empècher de le lui dire ; il me combla d'honn«^tetés et de grâces, me fit mettre à côté de lui à table, et tant d'honneurs me firent presque oublier la nouvelle de la translation que je venois d'apprendre (1).

Iranslath» a Blois qui n'a pas eu ijku. — Le lendemain 12, étant encore à Grosbois, j'appris qu'on avoit ap- |xirlé des lellies de cachet à Valanton, à Limeil, à Sanlerre,àCréteil, à plusieurs conseillers (jui y ont des terres et de» maisons, et je rentrai à Paris chez un conseiller qui me montra la sienne.

On en attribue la cause uniquement A l'affaire de la <>inslilution,eli\ l'obstination du cardinal de Noailles, (pii n a |K>inl voulu donner son mandement, f/iute par leParh'iiient d'avoir enregistré le Corps de doctrine. Le premier Président et lui se soi>t abouchés, in.iis il n'a pu y

(I) En vojatit Marai« combler A'é\o^ft^ li\|i(>rl)olii|iii'h le prince <|iii Ta traîlé ««loi» %t% ow^ril'^, n^ *« pr^n'I-on pa% a songer a M""" «h* S«''vj^ni', coiipaMt • ' • effusion. «M rt.-iltant li yran<leiir (!«• f,onl«; XIV, (pii

a rUi^. ' f ^

avoir aucune conciliation, et le premier Président n'a pu ni voulu répondre de sa Compagnie, qui a refusé Tenregistrement, et à qui ona ôté la connoissance de l'affaire par l'attribution au Grand Conseil. J'apprends en ce moment, par un maître des requêtes, que le Cardinal devoit aller, le 12, à Ponloise, à la tète deson Clergé, et avec lés députés de l'Université et de la Sorbonne, pour renouveler l'appel au Concile en plein Parlement et en demander acte ; que le Parlement même devoit appeler au nom de la nation, et que cela, ayant été découvert, a donné lieu à la translation de Blois, qui embarrasse de nouveau les familles et les affaires, et qui achève de mettre le désordre partout. Certains politiques disent que c'est une vengeance de M. le Duc contre le Parlement, qui a fait perdre le procès du retrait de Mercœur à M. de Lassay, pour l'accordera M. le prince de Conti, et que Law, d'un autre côté, qui cherche à finir son Système, et à faire quelques nouveaux tours de son algèbre, et qui sait les dispositions du Parlement contre lui, cherche à l'éloigner le phis qu'il peut. Le congrès de Cambray y entre aussi pour quelque chose et l'on est bien aise que le Parlement n'en soit pas si près. Quoi qu'il en soit, le Régent a dit aux gens du roi que c'étoit le cardinal de Noailles qui étoit cause de tout cela.

13, 14, 15 novembre. — On négocie avec le Cardinal et avec le Parlement, et on espère que la translation n'aura point lieu.

Le Chancelier a voulu remettre les sceaux (1); il ne veut point .sceller cette translation et prendre part davantage à toutes ces intrigues qui le déshonorent. Le Kégent lui a dit de les garder encore (Quelque temps. Il les garde, et cependant bien des gens h^s guettent, et voudroient les tenir, au hasard du déshonneur et des événements. M. de Verthamont, premier Président du Grand

(I) Voir Barbier, T. I, p. 81.

480 MI.MDIKKS Dl. MAllilKU MAKAIS.

r.onsril, les clcmaiulo pour la ivcompcnsecle renrogistrement, mi\\> \v Wci^viii ilit qu'il lui avoit promis de lui livrer sii (:4)mpaguie et cju'il ne Ta pas fait. Voilî\ un bon temps pour les roués, les favoris et les maîtresses. Jamais intriiTue de Cour n'a été plus vive. Nous en verrons bientôt le dénoùment.

Le bruit court ipie le Cardinal veut se démettre et se retirer, plutôt que de consentira ce que la Cour lui demande. 11 en est là pour avoir voulu composer avec Dieu et rÉvanirile, et nul ne le plaint.

Blois. — Le sieur (iabriel, architecte du Hoi, a eu ordre de distribuer des logements dans le clu\leau do Blois, et il les a déjà assignés sur le plan. H y avoit plusieurs bâtiments commencés aux Cordeliers de Pontoise pour les Cluunbresdes enquêtes. I^s moines, qui gagnent toujours où les autres perdent, en prolileront, conmie ils ont profilé du grand festin que le premier Président avoit préparé pour Touverture du Parlement, dont la dépense devoit être fort grande. On sait présentement que tel président à morlier a bien dépensé à tenir table à l*ontoise, à qui il n'en coûtoit guère et à qui le Uégent payoit pension , comme le président Chauvelin, dont la soiur a épousé le marquisde Bissy, neveu du Cardinal de ce nom. C'est lui qui, étant maiire des rcijuétes, ra[)porla au (Conseil la grande affaire sur les vœux des jésuites, où il leur fut contraire, mais la Bégence Ta gagné, et Toncle Cardinal, fpii honore la famille Chauvelin, lui a tourné la tète.

ÏmI mis«>re commence à se montrer dans Paris. 11 n'y a pas un sol. On ne rend pas chez les notaires les contrats df la ville, alin d'avoir occasion de ne les point payer. [j's bdhis et l(îs actions ne produisent rien. Les procès se prolongent, s'endirouillent et ne se jugent pas. On parle de faire d'autres billets royaux et d'ac(juilter le papier par un papier nouveau. Cesi un abîme impénétrable et nu fond durpud la France gémit inutilciiimt.

Bm. i»e i.'Opkra. — Au milieu de cette misère, on a

NOVKMBRR 1720. 481

ouvert le bal de l'Opéra, qui se fait publiquement depuis trois ans (1), et où l'on donne six francs par personne. Il y a une machine singulière qui élève, du fond du parterre, un plancher égal au théâtre, et qui fait toute la salle du même niveau. C'est un frère Augustin qui est auteur de cette machine très-simple. Ce plancher est soutenu par des barres de fer, qui se replient lorsqu'on veut l'abaisser. La salle est toute peinte et ornée de lustres et bougies, et le bal dure jusqu'à sept heures du matin. Il y a été beaucoup de monde la nuit de la Saint-Martin, et on a vendu ses billets à perte presque du tout pour aller danser, pendant qu'on meurt de faim chez soi. Voilà les François et les Parisiens.

On a fait l'épitaphe de Law , mais il n'est pas dessous.

Ci-gît cet Écossois célèbre , Ce calculateur sans égal Qui, par les règles de l'algèbre, A mis la France à Tbôpital.

On a fait aussi une satire courte et ingénieuse sur le Système, et qui en développe la naissance, les progrès et et la fin :

Beizebutb engendra Law ; Law engendra Mississipi ; Mississipi engendra le Système ; Le Système engendra le papier ; Le papier engendra la banque ; La banque engendra le billet ; Le billet engendra l'action; L'action engendra l'agio ; L'agio engendra le registre ; Le registre engendra le compte; Le compte engendra le bilan général ;

Le bilan engendra zéro, à qui toute puissance d'engendrer fut ôtée.

(i) Le bal de l'Opéra avait é(e proposé par le chevalier de BoimIIi)ii, <|iii obtint, en récompense de cette idée, 6,000 livres de |)enàion. Voir Saint- Simon, VIII, 31G. — DiicloH. Leinontejf.

IW MFMOimS I)K MMMIEl MAUAIS

Ainsi, tanl lif millions cl tie millions de millions, ne produis*^nt (jui' dos zéros. On a dit anjoui'd'luii (|U('Uuesilif, Anirlois, et mademoiselle de Pout'tz, lille de grande iiualite de ce pays-lù, qui a refusé, Tannée passée, d'épouser le duc d'Alhret, et (jui avoit, en ce temps-là, 80 millions, ont besoin d'un saut-conduit pour vivre présentement A Paris et y subsister contre leure créanciers. En An- L'Ieterre, on est au même état, et tout y t'ait banqueroute.

Sai.nt-Gknikz. — Le marquis de Saint-Geniez, qui avoit été à luBastille, pour raii'aire de la conjuration d'Espagne, pendant treize mois, et ensuite exilé ;\ Beauvais, en a été l'appelé sur la lin du mois d'octobre j par les bons offices du comte dÉvnux, qui le doit présenter au Récent. C'est un homme de mérite, neveu du maréchal de Navailles, et dont la naissance, quoique contestée, est très-légitime (1), son |ière, niarquis de Saint-Geniez, ayant épousé sa mère en face d Éi^lise, et même fait un contrat de mariage avec elle. J'ai vu la célébration et l<* contrat en original et les ai fait déposer chez Pèlerin, notaire. Sa femme est niadem(>iselle Koland , lille du fermier général, si connue par ses grâces et cette danse inimitable (2) qui obligea le feu roi à la vouloir voir danser avec madame la princesse de Conty (3), sa fille, dans le bajlet du Triomphe de l'Amour ('») où elle charma toute la Cour.

(I) Saint-Simon nV*sl pas de cet avis *l |mi mm»- .i li- ti.ut.i .1»- l»Atar<l XI, 53.

(î) - Ilf(»<jii-a, (lil Saint-Simon, en lOiiO, uni' (il)»' <l«' Kollaml, leiinii'i m^né-

' rai. manière d'avpnlurière atif>M et grande •danseuse. » « Quoique tans mé-

• rite rt ^us tortun»*, ilit I.einontr) , ( pcliexalier avait uxw céli'hriti" «l'cmiiruiit

- il4«ol U tiitarr** piiioNante w \>*'ui Ht»- l>iiMi iquiimim* «(iia l'aria, l't qu'il

• devait à ta femme, re|iule« la pliiA bclir. danM'iwe de, mmi tf^uipa. » (I, 7\'6). (3/ * On n'a «u aiHune |MrM>nnnr tU ^latidi: lailli-dansrr iiaifaitcmciil, ilit

• Madauii-, «I re nt-^l li gran<lr piiiKt^nM; ()<■ (.Hnli, iiiai^ |i«TM)ni)e au iiitiiiiif

- se daaviil aut*i bi«n quVIIe. » (II, 353).

L'iMfhe l'aurait fK>rt(^e, une fleni n*aurait pan, « fU<;u iVinprciulfr de m« pa-s, »

• dit l^fonlaiiir dar» Ir Sonye. Œuvri%, 1H'^7, VI, IH9.y

. i'r%\ un baikt roin{K>%é de vingt petite<i cnlr<''cii. \tfs vern de la piM«

NOVKMBRE 1720. 483

La Chambre des vacations établie aux Augustins acessé au jour de Saint-Martin. Aucun avocat au conseil n'y a été et pas un du Parlement n'avoii été à Pontoise et n'ira pas davantage à Blois (1). C'est une gloire immortelle pour notre ordre, que cette conduite, et qui marque bien la liberté d'une si belle profession.

Gros mots du Régent. — On dit deux gros mots du Urgent, qui n'en est pas chiche. Le Chancelier le pressant de

reprendre les sceaux, il lui a dit : « Va te faire f avec tes

sceaux. » C'est une manière assez nouvelle de laisser les sceaux à un Chancelier; et au Nonce, qui le pressoit, de la part du Pape, sur Tafiaire de la Constitution, il a dit : «0/i que votre Pape y vienne lui-même^ pour voir s'il pourra mettre à la raison tous ces b — là (en parlant du Parlement et des évèques). Pour moi, je ne puis pas faire mieux. »

L'amour, qui est un petit brouillon, prend aussi plaisir à mêler les cartes. Le Régent est en querelle avec madame de Parabère {2), sa maîtresse., Madame de Sabraii veut reprendre sa place, ou faire prendre cette place à une autre personne de ses parentes, que l'on appelle la duchesse de Fallari ; et c'est au milieu de la translation du Parlement, de la retraite procUftine du Chanceliet*, de la destitution du Cardinal et de la ruine publique que se joue cette nouvelle comédie, qui rend cette pièce tragi-comique.

sont di' Qiiiiiault, ceux l'our, les personnes de la Cour qui dansèrent dans ce ballet soDl de Benserade. La musique est de Lully et les macliiues fiuenl conduites (>ar \ if^rtraiii à la Cour et par Revoni à Paris. Représenté à Sainl- (Jeruiain-en-Laye le 10 mai tG81, puis à rOpéra sur le théâtre du Palais- Royal k Pari».. Ce fut le premier o|)éra dans lequel on introduisit des dan • lieuses, te qui ne .s'était pas encore vu sur re théâtre. (Dictionnaire portatif des Théâlres, 1754.)

(t) Baibier, I, 77.

(2) V. notre livre des >/a<7reji4e.s du Heyent, Pans, Uentu 1860. '2'" e<lilion. On y trouvera tou» les détails de ces intrigues, au.ssi intéressées queg.ilantes, et de tetle perpétuelle ;;uerre de femmes , qui anime la vie priviV t\\\ Ité^enl «'t émousiill*' s«>n in^ouriance.

4M MÉMOIRKS DK M ATIIIKU MARAIS

\^ novembre. — \.v roi étant à la Menlte, au bois de Boiiloi;ne, est toinl)ô sur rescalicr, et s'est blessé au-dessous de rtvil ; co n'est rien, Dieu merci. I.a France a grand besoin que Pieu le conserve.

On travaille toujours A la réconciliation du Parlement, du Chincelier et du Cardinal. C'est M. le maréchal de Villars qui s'en mêle (1); il a la main bonne pour les trra n des affaires , témoin la journée de Denain et la paix de Hastadt. Il a rencontré le Hégent dans la rue, est monté dans son carrosse, et lui a parlé longtemps. Le soir, on a ditcpie TaiTaire éloit accommodée, et que, demain, le Cardinal devoit faire reparoilre son mandement.

Samedi, 10 novembre. — Lv malin, le Cardinal a été au Louvre et au Palais-Koyal, et a porté son mandement imprimé, mais on ne Ta pas rendu public.

J'ai vu, ce même jour, un trés-bel écrit, intitulé : Pensées d'un magistral sur la déclaration du Koi concernant la Constilulion i'niyenitus. Il est distribué en plusieurs articles, et contient, en termes très-forts, et dignes d'un grand juge, les raisons pour ne point enregistrer cette déclaration ; c'est comme l'avis d'un conseiller (pii opineinit «.iir celte affaire Le dogme n'y est point traité ; mais

J) \. |{4ibier,T. I. s?. Saint-Siiiioii, cpii df^daigiie de toute .sn hauteur ces qurrrllr» île robin*, titt tren-avaie de delaiK sur tou> ces inoiiveinents de la Conrel du VétWineul, si curieux c«|>en(iaiit a étudier pour l'Iiistorien et le moraliste. San* Baihfr, et Aurluul, sans Marais, (jiii iiuim livrent la coulisse , ritistuire intime du l'arlenienl, depriiH I^ouis \|\ jusquY'n i/jU, m roil iiiipos* ftible. .Non» di'«un% a h tre^-ubl ■^•-a^le et grarieiise coiiiiiiiiiiicalion d'un du cr« niAKi^t"^'^ iHiininen dN-^pril, '|ui honorent a la fois la robe et les lettres , M. leoinM'iller Hurtennius de Saint- Alhin, de «onnallre, sur I aflaire de l'exil a l'iiiil'/iw •■! du r.iccjiuino'leineiit avec M. le Ré^enl, une relation inédile du presi'li nt lliiianll, qui nou« a paru j|ntereH!»<tnle, et dont nous duiineiuns, en Ap/itnihre, (|ueli|iie<i extrait» remar<|uableA. Le iiu^nic volume iii-4" maiiUMiil iHJ i»oti<» les puiton* contient de C4)m|(endieii«eA relation» dues à la plume de» pfeAidenl» Rolland, de Vienne, et de quel<|iies, roiiseiller.s. Cet r|iHotle de la lraii«lalton de llloi« } e«( (^rlairri dan^ <-oii <|i-tail le plm intime et U |»lut aii«u*anl

tout ce qui peut regarder la forme et les uiodifications proposées, qui demeurent toujours dans les greffes, et les inconvénients qui en peuvent suivre, y est merveilleusement éclairci , et dans une grave et noble précision. Il V a cinq autres écrits pareils pour le second ordre, l'Hûiversité, la Sorbonne, les curés et autres opposants. Tout cela ne servira de rien, selon les apparences.

Le soir, le premier Président a envoyé avertir plusieurs de ces messieurs de se trouver demain, à 10 heures, chez lui, en robe, pour aller, au Palais-Royal, prendre congé, du Régent. On doit lui dire que le Parlement est prêt d'obéir aux ordres qu'il a reçus d'aller à Blois, mais qu'il est très-fàché d'être si éloigné de la personne du Roi et de la sienne. C'est une sorte de soumission que le corps fait au Régent, que quelques-uns appellent faiblesse, et les autres nécessité. On ne doute point que tout cela ne se fasse de concert, et on va jusqu'à dire que la translation de Blois a été pratiquée secrètement, avec les chefs du Parlement même, quiont ditqu'ilsn'enregistreroientpas, à moins qu'ils ne fussent contraints.

Dimanche, 17 novembre. — Le mandement du Cardinal n'a point été publié dans les paroisses, comme on s'y attendoit; mais il l'a distribué à plusieurs personnes, et un de mes amis m'a dit l'avoir lu et vu entre les mains de M. d'Armenonville, ce matin.

Le Premier Président est venu au Palais-Royal , avec les présidents de Novion, de Lamoignon , Portail et Chauvelin , quelques présidents des enquêtes, comme MM. Poncet, Bertier, Hénault et quelques conseillers, le tout, au nombre de seize personnes. Le Premier Président a fait son compliment à la tête des députés^ et a dit qu'il venoit prendre congé de Son Altesse Royale pour Blois. Le Régent lui a dit qu'il étoit bien fâché que certaines conjonctures avoienl obligé le Roi à renvoyer le Parlement à Blois, mais qu'il étoit bien aise de leur dire que d'autres conjonctures avoienl fait révu(|uer cet ordre,

MK.MOIRKS OF. MAI 111 Kl! MARAIS.

et nu' ils |>ou voient retournera Pon toise, pour y ouvrir le Parlement, le 25 de ce mois. M. le Duc, qui étoil pr^^sent, leur a dit que, dans toutes les occasions, il s'étoit toujours porté pour le Parlement, et (ju'il le leroit toujours. [jC iU'u^ent a dit que pour lui , il éloit tri's-conlent du corps, et ipfil y avoit seulement cpielques membres dont il avoit sujet de se plaindre. Cela s'est passé très-poliment. On est sorti avec joie de cette conférence, qui passe pour une comédie, dans kupielle le Parlement joue un assez mauv.ùs pei*sonnage. M. de la Vrillièrea reçu ordre d'e.xj>édier de nouvelles lettres de cachet pour Pon toise. On ne doute pas que le Parlement n'enregistre la déclaration sur le C.orps de doctrine , pour revenir ensuite prendre sa place à Paris.

Une personne de qualité, parente du Cardinal, m'a assuré, pour l'avoir vu, que le Cardinal avoit présenté hier au Régent un mémoire des conditions sous lescpielles il donneroit son mandement, que le Régent a signé par ces mots : Approuvé Philippe d'Orléans : et (prune de ces conditions est que les appelants ne seront point inquiétés, et qu'on ne parlerii plus- de la Constitution nulle jKirt ; uiais de toutes ces promesses , qui ne v»nt ni pul)li<[ues, ni déclarées dans aucun édit, autant en enq)orle le vent. On va voir^ plus cpie jamais, les jésuites en crédit , et le triomphe de leurs adversaires, qui a duré quelcfues aimées, va tourne;* en honte «t confusion.

Il s'étahlil une (^hand^re ecclésiasti(|ue , composée du cardinal de hohan, du cardinal de Rissy, de l'ancien évèque de Fréjus, précepteur du Roi, et de l'évoque de Clermonl , autrefois le P. MîLSsillon, de l'Oratoire. Ils auront la feuille des hénélioes. Il n'y aura rjuc leurs amis, c'est-à-dinî ceux d(; la Constitution, qui en auront, et voila un bon expédient pour rendre inutiles toutes les promesMî^t que l'on fait aux appelants, d qui, si on ne fait point de mal , on ne fera point de bien ; et on les lais*

NOVEMBRE i7«0 487

sera mourir sans bénéfices. Ce P. Massillon 1), à présent évêque, a prêché pendant vingt ans à Paris avec

> ri ■■ .

;i) Cet article rie Marais, où Massillon est acccusé formollemenl d'ambition, d'inlri{:ue et de galanterie, esl trop important pour que nous puissions le laisser passer sans observations. Ces observations ne seront pas tout à fait une protestation. Non |»as que nous ayons molil do croire complélrmenl fondés les bruits auxquels Marais fait allusion, et dont nous retrouvons Téclio, plus ou moins affaibli, dans les Mémoires du temps et dans les Chansonniers; mais parmi ces insinuations, il faut choisir, quelque délicate que soit la dérision ; car toutes ne .<;ont pas des calomnies, et quelques-unes ne sont que des médisances. M. Sainte-Beuve, en eflleuraiit, avec sa pénétration subtile, te mystère de la vie privée de Massillon, demeurée absolument obscure pour Thisloire, signale les quelques lueurs <pii |X)nrraient autoriser l'opinion de ceux qui pensent que le prédicateur et le confesseur, chex Massillon, ne furent si éloquents et si recherchés, que parce qu'ils connaissaient à fond leur sujet, et avaient cette expéiience des passions, qu'on n'acquiert pas sans la payer de quelques douleurs et de quelques fautes. Il y a certains cris dans Massillon, si modéré, si contenu qu'il soit, qui ne sont pas des artifices oratoires et qui révèlent la longue lutte ducoeuietdii devoir, et la difficile victonede sa sensibilité. L'histoire de sa disgrAce et de son exil de retraite et de pénitence à l'abbaye de Sept- Fonds n'est pas sans avoir sans doute quelque rappoit avec ces bruits de galanterie, que nous retrouvons partout, et auxquels leur unanimité assure, sinon une grande autorité, du moins un certain crédit. I.n parcourant ces divers témoignages, quelque suspects qu'ils soient, il demeure dans l'esprit l'impression d'une galanterie plus ten<lre, plus >ecrète, plus mysticpie, où le cœur eU plus engagé que la télé, très-différente enlin de celle sentimentalité platonique et bourgeoise, d'une laborieuse exaltation, des prélats madri^^aliers de l'hôtel de Rambouillalou des Grands Jours d»* Poitiers et d'Auvergne. On respire dans l'ombre un parfum tout différent, et d'une tleiir de sentiment plus italienne que française. On .««eut «ju'oii touche à la passion et à la douleur, a la grande lutte moderne, si' dramatique dans sa simplicité, de l'homme et du prêtre, dont Jocelyn esl le poème d'ébauche. Quoi qu'il en soit, voyons les témoignages. S'il n'y a pas là une révélation, il y a une cuiiosité historique des plus allrayaiiles. Les AIcmones de Maurepas, source troublée, parfois infecte, de la chronique scandaleuse du temps, ne sont pas une autorité Mais Ils ont des détails qui font dresser l'oreille à tout juge un peu au courant, et qui respirent la vérité. Ce sont la «le ces témoins que l'on «lispense du serment, tant ils sont compromis, mais que l'on écoute volontiers, a titre de renseignement. Nous y trouvons mentionné;*, en toutes lettres, le succès de vogue du V. Massillon auprès des jolies pénitentes de Paris, et sa liaison avec la marquise de rH()i»()ital (I, 2GU. j On lit dans Chamforl, le dernier qui ait continué la tradition : « Massillon était fort galant. Il devint amoureux de .Madame de Simiane, petite-fiHe de Madame de Sevigné. >- Kt il cite une chanson, qu'il dit Irès-jolie, dont il ne se rap(>elle maliieureusement qu'un d»»mi-couplet, et faite à un de ces soupers tête a tête, qui étaient quotidiens. Je renvoie aux

48S MFMOIBKS PI M VTHIKLI MARAIS.

un applaïuhvseiiu'nl extraordinaire. On lo iriiardoit connue un a|)^tre. Mais on reconnoU à présent que c'éloit un faux apôtre et un déclarnateur, (|ui a joué la religion : j'v ai été trompé foinnie les autres, et séduit par son Ih'1 esprit et son exacte prononciation, qui pénétroit TAuie. Il y a (juelcpies années qu'on lit courir le bruit d'une eralanterie qu'il avoiteueavec la inar(|uisede l.'H6pital. Ses amis disoient (jue c'étoit une calomnie; mais feu Madame la Dauphine, qui en étoit bien informée, et (|ui avoit une lettre de ce commerce, assura la Cour de la vérité de Tliistoire, et on en lit des cbansons qui ont pa^sé avec le temps. A présent, cela se renouvelle; il s'est poussé i\ la Cour; il a préclié devant le Koi de jolis petits sermons, courts, polis et i^racieux ; on lui a donné

rfétaib (Cliamfort, édit. Slahl., I, !77), ne voulant ciler in extenso qu'un lé- Mfttjptg» in<^(lit, tontt'inpor.'ijn, cl qui corrobore celui de Marais. Nous TempnMtont k uiir IrUre du uiari|uis dWr^eiison, tiret' du vuIuniiuiMix et curieux rrcuril de corresjiondanres, conservé à la Hililiotliè(iue Mazarine sous le nom àr la nianiuisede la Cour, «'t dont M. iMiilarrle Cliasles va publier la fleur, a»ec noirr concours. •> On parb* d'une taraude < ouversion au Luxendunirg.

• L€ P. Massillon en a été l'instrument^ et on pourroil faire un je» de mois

• m iWKit il la plirasf par ce dernier sub>tantir. «pie vous remarquerez <pii tic VirdabkuK'ut jamais prt^lrc ou uionie n'a mieux mène

• une affaire. Il a |>i>rsuadc. au lH)ut de plusieurs retraites, qui ont été faites ' aux Camii'liiPft, qu'il falloil se marier pour ôler le péibé. Klle a épousé - Kioiii. Jr tout eu p.ttle iM»ur avoir vu l'Iiabil de noces, qui est fort beau.

• Dè« que le Mcrement a été mis en jeu, il a fait t'effel oniinaire d'apporter

• le d«*4«irti, il II* directeur, qui e»»l, dit ou, aussi amusant dans la ruelle que < rUll% U rlMirr. e»l de\*iiii le ^.ilaiil. On lui donne l'i'Térbe de Clenuoiit ,

• (Ittoiqae la nomination ne mmI paK auHfti publique que m Iwinne fortune. » (LHiredii 1 iTi: . Le |fi mars il ajoute : .. Cetpieje vous ai mandé « ■lu I* M . *| t,\ vrai que ceU vieni de ne coiiliiuier |iar sa iioiniuation

• a VtnMtk de Clermont. On a dit que M""" de Berry payoit les Huile», qui

• Mi«ilde40,0cK)lnrr>. Mai« •■||r> ne fail qu'y conlriluier. Cro/.al fournit le reste.

• Ile* défolea riiirtyenfit, le Miir de M nomiiialioii de petites ^olllmes de leurs

• éfMffaM pour y fonlrihuer. Mai* on li« repou<ki>a brutalemeni, et on leur

• <lil qu'il V avoit beaucoup «i'li*>iires que U ^imme rtoit (ouqdéle. » Ainni fkHMztnila, |iar diveritémoiut, <kice« maliens- la eu adiiMitml, Massillon accusé, ri par lun deut,afrc rrriJive.de Iroét |iaMinnft fwMir .M'o^ de l'Il^iiital, M""* de hirataoe r| M<^ la • de Rerry elle-m^me. Il evt pluH facile de rap|>or« 1er re» ttriiil* qo«- i^er.

NOVEMBRK 1720. 489

un évèché^ et aussitôt, on a vu le père de FOratoire plus jésuite qu'un jésuite même, el tout à fait dans Tintrigue de la Constitution.

Le Chancelier reste avec les sceaux, au moyen de raccommodement du Parlement. Sa vertu s'est ressuscitée dans cette occasion. Il a dit au Régent qu'on lui couperoit plutôt le poing que de sceller la translation à Blois. Le Kégent lui a dit qu'il lui feroit bien sceller, ou qu'il l'enverroit à la Bastille. A quoi il a répondu : « J'irois pour obéir à vos ordres; mais s'il m'est permis d'instruire V. A., je lui dirai que V. A. feroit en cela ce qui n'est ni de son pouvoir ni de son devoir, et qu'elle n'auroit point d'exemple dans la monarchie. » Le Régent lui a dit : « Allez donc au diable », et ainsi se sont départis le Chancelier et le Régent. On en feroit de bons contes, si on avoit envie de rire (1).

On en fait un autre : il étoit à table avec madame de Parabère , l'archevêque de Cambray et Law. 11 s'enivra. Sur la fin du repas, on lui apporta un papier à signer ; il voulut prendre la plume et ne put signer, tant il étoit ivre. H la donna à madame de Parabère à qui il dit : Signe, put » Elle lui dit que ce n'étoit pas à elle à signer cela; il la donna à Tarchevèque de Cambray à qui il dit: « Signe maq... » ; il le refusa aussi; ensuite il la donna à Law et lui dit : a Signe donc, voleur » ; il ne signa pas, non plus que les autres, et ensuite le Régent fit cette belle réflexion : « Voilà un royauuie bien gouverné, par une put...., un maq , un voleur et un ivrogne, et signa (*2).

(1) Voir Barbier, I, 81, et Duilos, t. H, p. 89-90. Nous n'avons pas voulu ^i^oaler un à un les traits que Marais ajonle à la |>hysi()iioniie de «l'Aguesseau, par ses nirieuses révélations. Ce qu'il est permis «le .lire, c'est «pie, si complètes qu'elles soient d'ailleurs, à leur point de vue spécial, les deux éludes de M. O. de Vallée et de M. F. Monnier ne pourraient que jiagner à être revues, sinon letoucliées, sur ces n«Hivean\ ren^ei^;nemenls.

(2) V. liarbier, T. i^r^ j, jq-, Marais raronte souvent les mêmes faits que

4MI MKMOiliKS m MMIIII.l M UlAlS.

Lundi 18. — Les lettres de cacliet, pour retourner à l*ontois«» rts y rendre, le lundi 25, sont expédiées. M. de la Vrilliére les doit toutes portera Monsieur le Premier Présiilent. t|ui se chargera de les l'aire tenir à chacun des M«'>Nieurs, ce tjui lait bien voir qu'il est d'accord avec la Kétrence. Elles sont du 17 ( voyez ci-dessous, à la date du 10 décenihi^'i. H yen a copie.

PoxToiSK. — I^a Com[)agnie des Indes a fait afiicher qu'elle recevroil les actions jus(|u'au -23, et que le lundi 25, on conimenceroit à les rendre^ timbrées d'un double sceau, et que pour éviter la confusion , on déchargera 15 feuilles de chacun des dix registres, chaque feuille contenant V comptes, ce qui fera 600 personnes expédiées par jour.

Les rôles des taxes d'actions sont faits. On envoie quérir les taxés, qui se rendent ou chez M. de Landivisiau ou chez monsieur Baudry, et on leur dit leur sort. Il y en a qui obéissent ; d'autres sont mutins, et on leur envoyé garnison , comme on a fait à un nommé Morié, rue Thérèse.

Diamants dkfkndis. — Par arrêt publié cejourd'hui, pt (jui est du IV novembre, les défenscîs de porter des diamants, perles et pierres précieuses, portées par les arrêts des '* février et V juillet, sont révo(juées, pour les raisons cjui auroient du ne jamais les faire défendre; c'est que cela ruine le commerce des joailliers, le travad i\**s lapidaires, et prive le royaume du prolit (pi'il fait avec les changeurs, qui envoient leurs pierreries en France pjur y Mre taillées , montées et mises en œuvre. Les femmes ont bientôt usé de ertte permission, et l'on a vu Niirs rob«îs lofiL'ues garni<*s de boutons et de boutonni»*r«-s (h; diamants, depuis \r hanljusipic en bas.

\fnf'h 1'» — Kidif! h*** ^Mlp(^!•t«•llr•'^ MFit j)ubli«'î dans les

Barbèrr. MaUrtiaqtir loi* qu*iU te rmcontrcnt, (VMiiliirii li vt'rhioti (h; MaraiH al pliM Ur^, |4u» «bga<Un(« «Jr «kUiU, |>liis s;)iriluf|li- <l<; iiiitx* en hcëiie!

NOVEMBRK 1720. ^jl

rues le mandement du Cardinal de Noailles, pour la publication et acceptation de la Constitution, suivant les Explications approuvées par un très-grand nombre des évêques de France (1); il est daté du 2 août 17*20. Le style en est fort doux, simple et humble, et comme d'un homme abattu et mortifié, il dit qu'il a toujours désiré la conciliation et la paix, et que les Explications ont été approuvées par un si grand nombre d'évèques, qu'on les peut regarder comme un monument authentique des sentiments de l'Église de France. 11 dit : « Kespectez-les comme l'ouvrage de l'Église gallicane >■. Le schisme étoit, dit-il, sur le point d'éclater, si les suffrages de presque tous les évêques de cette Église ne s'étoient réunis en faveur d'une explication. Et ailleurs : « La Providence a permis que nos souhaits fussent accomplis par Vunanimilé des évêques de France, etc. )> Cependant, à la fin des Explications, qui sont insérées dans ce mandement , qui contiennent dix chapitres différents, et qui composent le ( orps de doctrine , dont on a tant parlé et reparlé par toute la France , on voit bien la déclaration des cardinaux, archevêques et évêques, à qui S. A. R. a communiqué les Explications, qui disent qu'elles ne contiennent rien qui ne soit conforme à la doctrine de l'Église, au véritable sens delà Bulle et aux principes établis dans l'instruction de 171V; mais on n'v a mis aucune signature de tous ces évêques; en sorte que l'on ne connoit ni le petit, ni le grand nombre, ni la réunion, ni l'unanimité tant vantés par le Cardinal. Ces noms seuls auroient fait plus d'effet sur le peuple que toutes ces explications théologiques, qui sont à la portée de peu de gens. Le Cardinal, à la lin, accepte avec respect et soumission la Constitution, renouvelle la condamnation du livre et des 101 propositions, avec les qualifications pronon-

(i; Barbier, I, nA.

492 MFMOIRKS IM M VTHUr M \R \IS.

céesres|K»clivement par SaS., letoutu suivant les susdites Hxptùntùni$ nui ont été approuvées par un trés-t^rand nouibn'des évétpies de France et ipie nous vous donnons, comnu* renlerniant le véritable sens de la Bulle, Explications (pir nous avons jugé néeessaire de joindre à la <A»nNtituti()n. unii^uemenl pour empêcher que, par des interprétations éiralenient fausses et contraires au véritable sens de la Huile et anxiiites Explications, la foi ne soit attaquée , la pureté de la morale corrompue et la liberté des écoles blessée. » il est défendu aux fidèles de donner à la Constitution des sens contraires aux Explications. Kemarquez que Ton donne des explications pour empêcher ipion ne fasse des interprétations contraires aux Erplicalious. Ainsi , on craint tpie Ion n'interpr4'te ce (pu* l'on n a point vu. — On a pris soin de mettre en marge des Explications les propositions condamnées; mais il faut être bien tin pour en connoltre la relation : voilà encore matière à bien écrire et contredire.

Le mandement n'a point été publié dans les paroisses. ÏAi Cardinal est honteux de sa rétractation, et se confie aux conditions (pi'il a fait signer au Kégent. De plus, le second ordre est si maltraité dans les Explications qu'il ne veut pas s\' adresser.

M. le premier Président a «envoyé les lettres de cachet pour i» Iniirnerà Pontoise, par les buvetiers des chambres. Klbs rappellent la lettre de Blois, et disent (jue le Koi a estimé .1 propos de les faire rassembler à Fontoise le 25, pour l'exercice de la justice. Il n'y a point : />our être inslruit tien iutnuious de S. M. La messe rouge se doit dire le lundi -i.'!, et, ensuite, on procédera à l'enregistrement de la (x)ristitution, ou plutôt de la déclaration (jui approuve les Explications.

Ai.AR^ . — L'abbé Al.iry 1 , (jui est enq)loNé dans l'é-

I, l'M-tie JuM*!»!! \Ur%, <l. 1* \< ...Linif Fiaii< di<v«-, ih- a l'aris en 1689, iiiuit

NOVEMRRF 1720. 493

ducation du Roi, lui a dit, en travaillant, qu'il auroit dû consentir à se faire saigner pour sa chute. Le Roi lui a répondu : '< Jen'ai jamais été saigné; j'ai les vaisseaux roulans, et puis cette saignée auroit bien fait du bruit dans Paris. » — il a beaucoup de meurtrissures au visage. Les médecins vouloient le faire saigner. Le maréchal de Villeroy n'a pas voulu. Il est tombé en mettant son ceinturon lui-même sur le degré, et pour n'avoir pas voulu donner la main au prince Charles, grand écuyer, et ù l'aide de quartier, qui étoientà ses côtés.

L'évèque de Boulogne, conjointement avec les évoques de Montpellier et de Séez, et comme fondé de procuration de M de Mirepoix, a publié un appel au Concile de l'accommodement entre les évèques et de tout ce qui s'est fait et se fera à ce sujet. Ils disent que leur premier appel subsiste, et l'appel est du 1*2 septembre, le mandementdu26 octobre; ils y défendent d'exercer dans leurs diocèses aucunes fonctions ni actes de juridiction à l'égard de la Constitution, et à son effet, puisque l'accommodement n'est pas fait avec eux, et que la dernière déclaration laissant aux évèques le jugement de la doctrine, ils auront droit de juger dans leurs diocèses. Ces prélats, attachés aux règles et à la simplicité de la foi, ne veulent point d'Explications.

Arles. — On a vu, dans le même temps, le mandement derarchevèque d'Arles, qui, dans un autre sens, ne veut point d'explications , parce qu'il dit que le Pape ne les approuvera pas, et pour le prouver, il rapi)orte l'extrait d'un bref du Pape k lui adressé le 20 août, où il y a : (Juoil constitutionis noslrœ wùyenilus neyoliuin aclinet

le 15 (l«''cembrc 1770. Voir sur cel ahlx* Alary, qui exerça une certaine inlluence et joua un certain rôle dans la société polie et lettrée Je sun teuips, les Mémoires de (VAryetison (é<l de 1825, p. 2'1*J, 2i7, 272), les Lettres de liolmgbroke (publiées par Grimoard., t. II, p. 489, III, 431). Saint-Simon le traite assez niai (XI, 178).

494 Mf.MOIRKS PK MATHIFTi M\!\AIS.

magna rum anijni nostri admiralione e.r publicis Istarum parttum iiundis intiudivimuii qmviiam inuic minime nobis ^rorsus iusriis istic pertriictari quo nullo paclo probore imo necetiam toleraretiec dissimulure utupiam poteremusquam obsint non îmmerito veremttr ne veteri dolori noslro nunc dolendi materia suppedelur. — Ce mandement est du I :> «HMohre IT'iO. Le prélat, homme de peu de mérite, eî»l lies eu du cardinal de Janson. — On a été bien éltmné de voir un aivlievùque de France citer un bref qui n'a point passé par la Cour, et dont il n'a point donné avis aux ministres, ce qui est contre toutes Ws rt'irles. Mais cet archevêque, dans ce même mandement, qui estoriginal, parle aussi des affaires pul)liques, des airioteurs, qui tressaillent de joie au milieu de leur opulence et qui se délient pourtant toujours de la légèi*eté de leur fortune, jusqu'à ce qu'ils aient trouvé moyen de la fixer par l'acquisition de quelques fonds de terre, ou bien de la réaliser par l'achat de toutes sortes de marrhandises. il se plaint de Vinespérée réduction à 2 pour cent, (jui anéantit toutes les (ruvres pieuses; il attribue la |>este à ceux (pii rejettent la Constitution. Il ordonne treize jeûnes, treize Pater et treize Ave Maria, etc., en riionneur de Jésus-Christ et des douze apôtres. Nous vous assurons y (\\{-\\ , de la part dr Dieu et sur la parole de saint François de Paul, que iSolre- Seigneur vous accordera vos justes désirs, et il avertit (|u'il fera débiter gratuitement chez son im[)rimeur une oraison composée en riionneur de ce saint. A l.i tin du mandement, il y a une lettn^oùon marque «pi'il a dit (pie si la peste venoit à Arias, il avriit un bon moyen pour la faire cesser, (-'étoit de monter r.u chaire; et (rexcommunier les appelants. — Sur ce qu'il s'appelle Jaccpies et qu'il se laisse gouverner |>ar un minime / le P. de Kians on lui a dit : « Monseig-neur, il y a «lint Jarrpies le Majeur, saint Jawjues le Mineur, mais vour êtes Jacques le .Minime. >»

Ca^tmils. — LVvêque de Castres i Uui(pieran de IJ^'au-

NOVKIMBRE 1720 49.S

jeu) persiste toujours dans le dessein de ne point signer le Corps de doctrine, et a écrit une belle lettre au cardinal de Noailles (pour réponse à une du Cardinal du 13 juillet) où il lui explique très-éloquemment ses raisons. Il parle de sa lettre du 13 mars, signée parles évèques, qui contient l'approbation du Corps de doctrine. Il croit que le dogme y est exact, mais il ne voit pas comment on peut dire qu'il donne le véritable sens de la Bulle, puisque le Pape dit qu'elle est claire, et qu'il y a six ans que l'on cherche ce sens que Ion vient de trouver ; d'ailleurs, plusieurs prélats croient la bulle dogme de foi sans explications, et qu'on ne juge pas de la foi de l'Église par un sens caché et imperceptible; et il fait trois propositions. 1" Que l'affaire, en Tétat ou elle est depuis les appels et les mandements, n'est pas susceptible d'accommodement. 2" Que cet accommodement n'est ni solide ni véritable. 3** Que quand il réussiroit, les suites en sont à craindre pour la vérité, pour l'honneur et pour le bien de l'Église. Cette pièce mérite fort d'être lue.

Mercredi 20. — Barox, comédien. — J'ai été à la comédie , qui se jouoit sur le théâtre du Palais-Royal, où Baron représentoit le comte rf'Essex, tragédie du jeune Corneille. 11 a joué ce rôle dans une perfection qui est le chef-d'œuvre de la déclamation, et j'ai admiré comment un homme de 68 ans peut avoir conservé ces sons variés et naturels quiladansla voix, et ce geste, toujours propre à son action, qu'il contient dans des bornes que lui seul peut connoitre. il fait là le personnage d'un homme condamné ù. mort ; il paroit sans chapeau, sans épée, sans canne, mais sans aucun embarras que celui qui convient à son état, et on peut dire que lui seul peut bien jouer cette [)ièce. 11 y avoit un monde prodigieux, malgré le malheur du temps : les femmes pleines de pierreries; les hommes avec des habits magniliques et superbes. Le Régent y parut avec sa maîtresse, d'un rùté : inon^iienr le Dur d^ Tantrc avec la sienne; et

4M MÊMOIURS DK MMHIF.r MARAIS.

(lui ne voit (|uo otlto salU' de tlR-Alro croit le royaume bien riche, mais, au sorlir de li\, la pauvreté est bien effoclive. l'n officier de dragons y prit querelle îivec un Morant, lieutenant des Cent-Suisses ; ils descendirent à la i>orte du Palais-Koyal, se battirent, et Morant fut lue. C'est lui qui a voit insulté Tautre, en s'appuyant sur sonéjKuile, eldisantqu il nes'en retireroit pas, parce que cela lui étoit commode.

MoRiK, GRAND ACTiONNAiHK. — Morié, (pli a été t;i\é j\ 7,000 actions, et chez qui on a mis garnison, a été mis à Il hastille avec sa femme, qui est fort belle, et qui est tille de Dufour, marchand bonnetier aux Qualre-Vents, sur le Petit-Pont. Morié est, lui, fils d'un marchiind de Nismes, et auroit été banquier à Paris, mais ayant mal fait ses affaires, il avoil été mis prisonnier à la Conciergerie ; puis ayant gagné aux actions, il en est sorti, a payé ses créanciers, et se croyait riche ; le revoilà prisonnier, et on dit qu'il a demandé que sa femme, dont il est jaloux, soit mise prisonnière avec lui (ly. Il y a scellé chez lui. On a pris sa vaisselle (rargent, qu'on a envoyée à la Mon noyé; il s'en est trouvé pour 20,000 écus. Il a pour 50,000 écus de diamants et des meubles. Il a déposé 2,000 actions, mais on veut les 7,000 et il dit qu'on veut l'impossible. M. de Undivisiau 2) qui est fils de l Kpine Danican, nél^ocianl de Saint-Malo, fort connu (mais peu du côté de la probité;, a insulté ces gens, qui viennent de marchands meilleurs que lui, en les interrogeant. IK hii ont n''poiidu comme il falloit : Ifule ir.r.

Jeudi 21. — On a tenu aujourd'hui un grand conseil de régence surTétat duro\Minnr. i;.iri:ent man(iue. et il

(I) Oti »'âCïori|p |)wi avec le r/-clt «le lUrbier, qni dit t\ue la ft-mme étail nalUewe «le M. «le U Vrillièie, le mari (onM-nlanl ou a peu près. (I, 84.) (î) M»llr^ tU% rfqiiMc^, rliarg.' <!«• pr«Hi<ler ii la rr-dicrdir «U-h MiMiw»ipii'iiR * %ftn^3^^^ ut'unut «iin«tii« cl iW faire <l«-Rorj;iT «ps «aimsur» i|p la rorhiiic pu-

n'y a pas de quoi payer les troupes. On parle d'une grande réforme, qu'il faudroit faire in capite et in memhris. Law est tous les jours dans de nouvelles terreurs; il n'est pas question de moins que de le chasser et peutêtre pis, si l'accommodement se fait avec le Parlement tout à fait. Il est venu à la Banque, dans la foule de ceux qui déposent les actions ; on l'a appelé voleur, fripon, coquin. Il n'en a levé la tète que plus haut, et tout le raonde voudroit voir cette tête à bas. On saura bientôt le résultat de ce conseil, qui menace les rentiers, les actionnaires, la ville et les provinces.

Les étrangers commencent à demander justice, sur le tort qu'on a fait en France à leur couimerce et à leurs négociations, par le papier et le changement des monnoyés. Les marchands de Milan en ont donné des mémoires à l'Empereur, et il y aura beau bruit au congrès de Milan sur cela.

On s'aperçoit tous les jours de plus en plus de la rareté de l'argent. La Banque n'en a point, personne ne veut prêter sur les 15 millions d'emprunt à V pour cent. La guerre d'Espagne a coûté plus de ^00 millions, la flotte d'Angleterre a été à nos dépens; il a fallu beaucoup donner pour les traités; les armements pour les colonies étrangères disiicrsent l'argent hors du royaume. Plusieurs particuliers le resserrent ; on ne sait plus où en prendre, et c'est cette rareté qui fait chercher des expédients, car réellement et de fait on ne sait plus où on en est.

Vendredi 22. — Le Prince Charles. — M. le prince Charles, par une politesse et une bonléqui n'est que dans lui, m'est venurendre visite, et m'a fait mille honnêtetés que je ne mérite que parce qu'il a cru trouver en moi la simplicité et la vérité qu'il aime et une certaine connaissance des grands qui n'est guère dans les gens du Palais. Écrits contre la déclaration. — Il paroit plusieurs écrits contre la déclaration portée de nouveau au Parle- T. I. 35

41IS MIMOIIIKS DF MATIllKli MAKAIS.

ment sur l.i Coii>titution. 1 /V/isrc.s d'un magistrat, dont j'ai parlé, ± l^insévs d un théologien sur les modifications proposées. Cc\i\ pouiroit ùtro meilleur. 3" Mémoire pour justifier l'usage de recevoir les requêtes de la part des parties intéressées louchant les enregistrements des édits et déclarations. Cet écrit est excellent, historique, tiiv lies reijfistres du Parlement, et bien composé, i" Mémoire pour prouver qu'on ne peut proposer la Bulle comme loi de discipline. 5" Mémoire sur le droit de la Faculté de théologie de Paris, d'être entendue sur les décisions de doctrine, pour servir de loi dans le royaume. G" Mémoire pour justifier le droit de l' université de Paris d\'tre entendue sur les matières de religion avant l'enregistrement , etc. Il n'y a (ju'un exemple de ce qui s'est passé en 1571, tiré de Histoire de l'Université (1), tome C, p. 5^8, et un autre en 15G-2, p. 552, ibid. Le P. Président, en 15()1, ne voulut pas être présent à Tenregistrement^ çt il répondit au greffier, qui Tinvitoit à venir : « que le matin il avoil pris une rhubarbe. »

J'ai eu ce même jour l'appelei le mandement desquatre ëvéques. Ils renouvellent leur ancien appel au concile de tout ce qui a été l'ait et se fera, et déclarent qu'ils nv renoncent, en aucune manière, à Tappel comme d'abus interjeté au Parlement, séant à l*ontoise, de tout ce qui a été l'ail au sujet de l'acceptation , et notamment du Corps de doctrine et Explications .sur la bulle; et protestent de nullité de tout ce qui a été et pourroit être l'ait tendant à infirmer les dits appels. Cet acte est du 12 septembre et le mandement du 20 octobre. Notez que la déclaration du Koi, (jui défend les appels, est enregistrée au Grand CoiLsed le 23 septembre, qu elle est du k avril, qu'elle éloii connue il y a longtemps. Dans le Mandement, ils

(t) San* dout»; If ^ranil ouvrage latin de <iii Huiilay en (> vol. in-fol. Parte, IMi. C'«l ouvragL', «lonl M. 1 atanne pn*pare la conlinuatlon, s'arrête en IflOO.

parlent de la requête donnée à l*ontoise sur l'appel comme d'abus, et où ils demandent d'être entendus, et disent qu'ils n'y ont point parlé du refus du Pape d'entrer dans l'accommodement; ce qu'ils ont appris par le mandement de l'archevêque d'Arles du 12 octobre. Il y a dans ce mandement plusieurs endroits tirés de la Relation du quiétisme de M. Bo ssuel y éwèque de Meaux, où il dit que ces questions sur la foi sont inaccommodables. M. dciMirepoiX; l' un des quatre évêques appelants, est mort, mais on a agi en vertu de sa procuration avant sa mort.

Pendant que M. de Boulogne appelle et soutient son droit, la Cour ne laisse pas de lui rendre justice. Le Régent a envoyé une compagnie de grenadiers dans le village deQueuvres, où il avoitété insulté, lors de sa visite, le 21 août 1720. Les habitants ont député deux d'entre eux, pour lui demander pardon, et leur procurer d'être délivrés de cette compagnie. Ils ont dit que l'esprit de révolte qu'ils ont leur vient des mauvaises impressions qui leur ont été données. On leur a demandé par qui ; ils ontrépondu que c'étoient les jésuites elles Capucins de la ville d'Aire et les Frères Quêteurs, etc. L'évê({ueleur a pardonné, a déclaré qu'il falloit s'employer auprès du Uoi pour retirer les grenadiers et qu'il les relèvera des peines et censures qu'ils ont encourues, quand ils auront rétabli et satisfait leur curé, comme ils ont promis. Le procèsverbal est du li novembre. 11 est plaisant qu'on ait envoyé une compagnie de grenadiers contre des femmes et des filles rel)elles. C'est de quoi faire durer la révolte. Mais les maris et les pères y ont donné ordre.

Lundi 25. — Pgntoise. — Ouverturk dc Paulkmkm. — On a fait l'ouverture du Parlement à Pontoise,et dit la messe rouge (1) en grande cérémonie dans l'église des Cordeliers.

(1) On appelait Messe rougeU messe de renlrée «lu l'arlement. Elle se crli'brail «laitK la grande salle <lii Palais de Justice après la SaiiU-Marlin (!«* r>

ftOO MKMOIIUS ni. MMHIKll MARAIS.

Il y avoit plus de IGO robes rouges. Ensuite, il y a eu un dîner umgnilique, chez M. le Premier Président, et où se sont trouvés tous ceux (|ui étoient à la messe. Il a coûté li,000fr. (1)

Manii lii. — La plupart des conseillers sont revenus A Paris, jKirce que c'est l'usage d'avoir une huitaine du jour de la messe rouge, dans hujuelle le Parlement vaque , ce quia étonné tous ceux qui pensoient que le niercredi on travailleroit à Tenregistrenient de la déclaration, mais le Parlement a pris cette vacance, parce que plusieui's de MM. les constitutionnaires ne sont pas encore arrivés et que les anti-constitutionnaires auroient prévalu en nombre. M. l'abhé Mainguy est tourné du côté de la cour. On Ta gagn*'», avec bien d'autres. C'est une intrigue d État et de religion , mais le cardinal seroit bien penaud si, après avoir donné son mandement, la Constitution n'étoit pas enregistrée. Il le mériteroit bien.

Dans son matutemenl , en parlant du Régent, il a dit : tPauguste prince dépositaire de l'autorité royale. » Dans son manuscrit , qui est en mains du cardinal de Kolian, il y avoit : « digne dépositaire. » Je sais un homme qui a vu et conservé mot pour mot, riiiii)rimé et le manuscrit. Il a (M»' : « digne, » dans son iinpiiin/;. Ancicdote curieuse.

Mercredi '21. — Jeudi 28. — Fruit nouveau des conseils et du Système de Law. Il n'a pu tirer du public les 15 millions d'empiunt; il a fait donner un arrêt de ce jour, (|ui permet à la Compagnie d'emprunter des actionnaires '21 millions 500 mille livres, à raison de 150 livres i>ar action ; les deux tiers en argent et le tiers en

oott-robre). fclle rUil cliaolée par l«> prAtres <le la SaintuCliapelle. Le Parlemrnl ) a%*iMai( vn rob«!« roug»» av<?r Iciith fourrures et rpilugCH. Les présifIcnU A fiMirticr > ilaris.ii.-rii certain» pas, en vertu d'un ancien usage. Voyez IkMiaet, lliitmmlr In (tuiisr.

(I) Ou ciiiiiprend «pic pour hubvenir aux TraiN de pareilles magnificcnceK, I*' I'. fr(**i<l«fit de .MfAni<-> dut rerourir iou\eitt à la liU-ralili^ du Ri'gent, «'t n*- »'ra ttl pa* fauti' (S liurjon).

JNOVEMBPvK 1720. 501

billets de banque, dont il sera fait des billets, payables dans un an, avec l'intérêt à quatre pour cent ; faute de payer dans le 20 décembre, les actions nulles. Ainsi, le pauvre actionnaire, qui a porté son argent à la Banque, dont il a eu un billet qu'il a converti en actions, qui ne lui a encore rien produit, est obligé de donner de nouveau l'argent pour conserver cette aciion, sans quoi, elle est nulle. Cela n'a point d'exemple dans aucune nation; on ne prend point ailleurs sur le fonds des actionnaires,, mais sur le dividende, et encore faut-il que l'emprunt soit nécessaire et bien délibéré, et on répartit la part des insolvables. Ici, nulles règles ne sont gardées. Les nullités ne coûtent rien à prononcer, et on n'a pas de honte de tirer le peu d'argent qui reste pour vivre, à des sujets qui ont tout sacrifié. Ce dernier coup met toutes les familles au désespoir. On l'appelle une vache à lait , car, dans tous les besoins, on pourra tirer sur les actionnaires, et rendre ainsi le dividende non-seulement inutile, mais onéreux. L'action se trouve une rente que chacun a faite sur soi.

Le 28, j'ai retiré mes actions de la Banque ; elles avoient le double sceau. Les commis disoient que le prêt de 150 livres n'étoit pas vrai, pendant que les colporteurs crioient l'arrêt dans les rues. Il n'a été publié que le 28 . Chacun dit en gros : « Il ne faut pas payer » mais en particulier, on va payer, plutôt que de perdre son bien. Bien n'égale lafaiblesseoùl'onest et la soumission des peuples; sur quoi on a dit qu'en France il ne se trouve pas à présent un sage ni un fou (un sage pour remontrer; un fou pour faire finir tout cela par la fin de Law).

Vendredi 29. — J'ai vu une chanson sur l'affaire de la Constitution, à l'occasiond'un envoyé du sultan qui arrive :

Dis-moi, Colin, (jiie vient faire L'ambassadeur du sultan?

Il vient de par le Saint-Père Faire accepter T/VIcoran.

.>0J MF.MOIHF.S I)K MATIIIKU MARAIS.

Ah! prbU'ii, Colin, lu railles; Comnu'nt fcra-t-il? Comment?

Court lui rcpoiul de ^oaillos Kl .Mainguy du l\'U-lement

(L'ai>l»«- Mainuuy a eu cent mille francs argent comptant, et lUllanu'er, avocat , son neveu, a eu 12,000 fr. billets de la même manière.)

Application très-ingénieuse au Corps de doctrine et aux Explications, suivant lesquelles on j)eut accepter tout ce (pron voudra et même l'Alcoran. CouOt^qui répond de NoaillfS, est ral)])é CoutH, son grand vicaire, qui, autrefois janséniste, a changé de sentiment, inventé les Explications, tourné Tesprit du Cardinal et môme celui du Chancelier, dont il gouverne pleinement la maison et IfS opinions, et ijui a enfin joué toute cette comédie tliéologi(pio, par des dogmes de reclian,i:e qu'il accommode à tous les temps. C*est un esprit très-dangereux, subtil, qui ne s'ouvre point, et qui cache son venin en dedans. Pour M. .Mainguy , c'est uh conseiller-clerc de la Grand'Chambre , qui a aussi abandonné la foi et la vérité, et qui, de confesseur et presque martyr de la grâce, est devenu prosélyte de la constitution molinienne, esprit non moins artificieux que l'autre, qui dit et écrit tout ce ipi'il veut, mais pourtant dans un style déclamatoire, et qui ne pcuit éblouir (pu* les petits esprits, comme on a vu dans les mémoires qu'il a faits dans une affaire pour monsieur de Vend^'ime, grand prieur de France, qui, pour le dire ici en passant, n*est plus ^pand prieur, ayant cédé son grand prieuré au chevalier d'Orléans, fils légitimé du Kégent. On ra|)|)elle à présent [jrince de Vendôme;.

I'rinckssh i>k IIanovkk. — La princesse d(î Hanovre (1), m^re de l'impératrice Amélie, et de madame de Modène el »œur de madame la princesse do Condé, est arrivée; en

(1) Votf «Il r r«?Uf princ«*iM3, Saint-Simon, XI, 341.

France dans le mois. On l'a logée au Luxembourg, où elle veut finir ses jours. On l'a vue autrefois en France au village de Coulombes, avec ses deux filles, et à peine les regardoit-on. C'est une grande ressource qu'une grande naissance.

On a su d'Angleterre que M. Raymond (1) a gagné la faveur du Roi, qui l'a me«é au cercle, chez la princesse de Galles, où nulle personne n'entre, de quelque qualité qu'il soit; qu'il y est entré avec le Roi, qu'il a suivi dans le cercle môme, au grand étonnement de toute la cour ; qu'il y est venu plusieurs fois depuis; que le Roi l'a souffert, comme étranger. Il espère, dit-on, avoir l'ordre de la Jarretière, et il reviendra alors en France, parce qu'il ne pourra plus entrer dans le cercle. C'est une raillerie que les Anglois font de lui et il la mérite bien. 11 y a quelques années que l'on fît en France une 'très-jolie chanson sur sa figure et son caractère.

De monsieur Raymond voici le portrait : Il a le vrai corps d'un liareng,

Il rime, il cabale

En homme de cour,

Croit être un Caudale

Et même un savant.

De M. Raymond , etc.

Il passe en science

Socrate et Platon,

Cependant il danse

Tout comme un ballon, etc.

Les Anglois, qui sont méchants, et qui n'aiment pas leurs Rois, ont fait une tabatière sur une aventure arrivée au Roi (2) depuis peu. Il étoit sur un lit avec sa maltresse , la duchesse de Mexinsler. L'impériale tombe et prend les deux amants comme au trébuchet. Dieu sait

(1) Voir sur re Haymonil, Saint-Simon, VIIÎ, 30.1, x, •).. (9.) OPO^^es IT.

004 MF.MOII\l-:S m- Mvllllll MMWIS

les cris. Lt*s deux Turcs (jui le servent accourenl. On les voit ilans lu tahatière, l'un cjui relève rinipériale, Taulre (lui retire le Koi par les pieds d'entre les janiLes de s<i maltre.vse. Les tùles des deux amants sont encore cachées; la lii:ureest une petite estampe i;ravée4ui esta côté diuis la taUitiére.

FIN Dr TOMK PRKMIKH

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