‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 4)Chapitre 38 sur 55 · J^K-lu'loiiiMulil. (rUnrcourt · texte numérisé non relu

J^K-lu'loiiiMulil. (rUnrcourt

l>€ I.uxemboiiru, Ht' Moliin,

IVK-stives. l^e lî» Feuilladi',

Mawrin, '^^' > alontiiiois,

l^n MiMllera\e (seize iins), De .Never*.

Jeudi '11. — Tkncin. — Li cause de ral)l)é Tencin a encore été plaidée et n'a point fini; il y avoit huit ducs. Ixh» avocats ont lâché de bons traits. La veille, cet abl)é m'étoit venu voir avec son Wre, président à mortiir î\ Grenoble, et mavoit proposé un désistement. Je n'en fus pas d'avis parce que c'étoit donner une preuve de la conlideiR»'.

Vendredi 28. — Pai»k mort. — On a appris aujourd'hui la mort du Pape, qui n'a été que deux jours malade, et qui Cbt mort sans confession (1). 11 est mort à Home le 19. C'est l'envoyé de Parme qui en a appris la première nouvelle. Le Hégent envoya quérir l'abbé Dubois, qui fut fort surpris, et changea de couleur, et qui vit bien queson chapeau étoit perdu. Les cardinaux de France devroient partir pour le ronclavt'. Lrcardinal de Polignac n'a point d'jirgent et doit •200,000 livres à Home ; le cardinal de Nouilles n'a garde de partir dans l'état où il est et presque excommunié. Le cardinal de.Mailly ne se porte pas bien, et est menacé de la listule. 11 nV a que le cardinal de Holian et le cardinal île Bii»sy en étal de partir. Le cardinal deGesvresest trop vieux.

L'Ambassadeur turc a été chez le Kégent et chez l'abbé DuUjis.ll regarde cet archevé(iue comme legrand visir.Ses carrr»sM*s ont été chercher l'ambassadeur, et on a vu, par un cas assez extraordinaire, la Croix conduire le Tuiban.

I) dément \l

Avril 1". — SoRBONNE. Pape. — Au prima-mensis en Sorbonne, les syndics ont proposé de faire célébrer un service pour le Pape, et ont dit que dans l'état où étoit l'appel de la Constitution il falloit montrer plus que jamais que l'on étoit uni au Saint-Père. Les docteurs contraires se sont opposés à ce service sous prétexte que ce n'étoit pas nécessaire, et ne vouloient pas qu'on priât Dieu pour le Pape, mais lesappelants l'ont emporté, et on a faille service malgré les autres. Et de plus, on a enregistré le discours du syndic qui fait mention de l'appel et qui en est comme un renouvellement.

On nomme renouvelants les docteurs compris dans les listes imprimées, et cette liste s'appelle Le régiment d'Asfeld, parce que l'abbé d'Asfeld est à la tète. Quelqu'un a dit que l'on avoit mal fait de l'interroger le premier, parce que cela n'avoit servi quà donner le Ion aux autres. On ne continue plus ces interrogatoires; mais le Cardinal a refusé de renouveler les pouvoirs à ceux qui sont dans les listes, et de les recevoir aussi à l'ordination.

Jeudili. — Tencin, arrêt. — On a plaidé la cause de l'abbé de Tencin. M. de Lamoignon, avocat général, a très-bien parlé, et a montré qu'il n'y avoit point d'union et qu'il y avoit confidence entre l'oncle et le neveu ; qu'ainsi ni l'un ni l'autre ne dévoient avoir le prieuré. Sur ces conclusions, le prieuré a été adjugé au sieur Vaissières, par l'arrêt qui a été rendu tout d'une voix ; 1 .

(1) Saint-Simon raconte les incidents vraiment ciramaliqiies de ce procès m«''morabh' où Tabln* de Tencin reçut de ses propres mains une si terrible leçon, a\ec des détails oii il pourrait bien avoir ajout»' de sa malice. Marais ne cite pas Tincideiit du faux serment et du démenti immrdiatfmenl doiintau pirjurc par un marclié tiré par Aubry de sa manclie. U était c<'pendaiit a raiidicnce et adversaire de Tencin. Saint-Simon aUribue à .\ubry, avocat de Tabbe de Veyssiéres, ce coup de Jarnac oratoire. Marais prétend <|ue c 'est .lulieii de Prunay ipii plaidait contre Tabb*!* de Tencin. Déplus li^iibier nous T. II. »

114 MF.MOIHKS l)K MMIllKl' M \HA1S.

If prince de Conti n vUni et si\ ducs; on s'attcndoit que les t:ens du Koi prendioicnt des conclusions sur le l'ail de la conlidcncc pour l'iult rùt public; mais le Uégent leur avoil lait parler.

L'ablu' Tencin est allé à Uonie avec le cardinal de Bissy et est parti d'hier. Le Uégent a demandé à S. E., comme jxir amitié, de le prendre pour son conclaviste. Il a dit iju il ne le pouvoit pas, parce qu'il 1 avoit promis à l'abbé de Vauréal depuis longtemps. Le Uégent lui a ordonné comme son maître, et le cardinal a dit qu'il pouvoit venir, mais qu'il ne seroit pas son conclaviste. On s'imaginoit qu il [)ourroit avoir des lettres d'État et arrêter le procès, mais cela n'a pu se faire, et le procès a été jugé à sa honte. Il va trouver son prosélyte, M. Law, en Italie. On le dit chargé de quelque négociation secrète (1), et s'il faut tromper, il est sur du succès.

Vendredi ï. — CompaCiMe dks Inues. — M. Fagon. — Il yaeu un grand conseil au Palais-Uoyal, au sujet d'une re- (piéte donnée par la (Compagnie des Indes, où elle demande d'être reçue opposante à l'arrêt du 2G janvier, qui la condamne à compter de la Uancjue et à demeurer garante de toutes les négociations. Cette requête a été imprimée et donnée au public. Elle est très-nette, précise cl éloquente ; mais le parti est pris de la rejeter. M. Fagon a parlé contre pendant une heure et demie, et a fait voir que rop|>osition n est pa.s recevable. M. le Duc lui a dit

aflnoe qu'Aubry avait plaidr pour Tencin. Il y a l.i iin<> omission vl (i«'8 CDOtradiriion'» qui sont a l'avantaur (1(> l'ahlM* de IVnt in (|ii(;, «lan^ ce donle, il c»t |M-rinu <ral»M>ii(ire d'un rrinii- aii»Hi iN^tf que < tlni dr niiT par scrnicnt aa marclii^ qu*il savait avr)ir sii^nr. .Saint Simon, fnnrmi im|)lj('alil<' dr Trtictn. pourrait hiim a\oir broH«- an i'u'\ nn raneva» «pii nr s'y prôlait qiip trop. (V. S. -Simon, XI, 18i. — Harhl«T, I, .J...)

(I) limti tir Thiard de fjijwy, «-véque de TonI tk 109? it 170i et de Meaux de I70i* au 7r. juillet 17.17, ihte de u mort. Il ('tait nllramontain ardent <'t fMiRVtit ifHi^titDtionnaire.

>''> Il »'4gi*sai( du rlM|M'an de Diiliois. Tencin s'acquitta à merveille ife aUr (U-\ifët« mîMKin. L^montey, II, 3^.

AVhlL 1721 115

en sortant que ces raisons Favoient persuadé, et qu'il étoit prêt de quitter le parti de la Compagnie. Il a ajouté qu'il l'auroit aidé, s'il avoit voulu, à être contrôleur général quand il avoit eu dessein de l'être. M. Fagon lui a répondu qu'il n'y avoit jamais pensé, qu'il n'avoit ni le mérite ni la santé nécessaires pour une telle charge, et qu'il avoit dit son avis en honneur et en conscience pour l'intérêt du Roi et de l'État.

xM. le prince de Conti s'est présenté pour entrer à ce conseil. M. de Simiane lui a refusé la porte parce qu'il n'étoit pas sur la liste de ceux qui dévoient entrer. Le prince s'est fâché et l'a été dire au maréchal de Villars, qui, le lendemain, en a parlé au Régent, et le Régent lui a dit : « Monsieur le Maréchal, vous vous chargez toujours de mauvais paquets; je sais bien ce que j'ai fait quand j'ai exclu le prince de Conti de ce conseil ; ma Régence durera encore assez longtemps pour me ressentir de ceux qui prennent parti contre moi, et pour les faire mettre dans \\n endroit qui ne leur plajroit pas. »

Tout le monde est alarmé de la résolution prise dans le conseil de supprimer la Compagnie, et de la rendre débitrice de ce qu'elle ne doit pas. Que vont devenir les actionnaires?

Lundi 7. — Arrêt qui supprime la Compagnie des Indes. Arrêt célèbre au conseil de Régence, qui a d(''boutc la Compagnie de sa requête et ordonné que dans un mois les directeurs compteront de la Banque et de la Conjpagnie par état au vrai au Conseil, sinon (|u*ils y seront contraints par le contrôleur des rentes.

Autre arrêt, du même jour, qui commet MM. irudaine Fagon, Ferrand et de MachauU, pour faire l'inventaire (les papiers et effets delà Compagnie et Banque y jointe, [>our ensuite être régies par personnes expérimentées au fait de commerce, qui seront proposées par S. M. jusqu'à ce (jue, par la connoissance plus exacte de l'état des affaires de la Compagnie et de l'impossibilifé d'accjuilt'T

Iir, MK.MOIRKS l)K MMllIKU MARAIS.

s>n d^^bt'l, S. M. piiisM pourvoir à la si'ireté et à rintért^l desaclionnaires Iririlinies \ydv rilahlissemenl d'une nouvelle (A>mi)ai:nie, en la forme qui sera jugée la plus convenable. Voilà la vraie lin du Système et tous les actionnaires renvoyés aux calendes grecques.

On a donné au public ces deux arrêts. On a inséré dans le premier la grande requête de la Compagnie tout entière, et le puhlic y a vu avec élonnement Tévidence établie, et en même temps condamnée. 11 paroU qu'il V a eu trois arrêts qui ont nommé des commissaires pour l'examiner, et que M. d'Armenonville ayant été nommé par les deux premiers, il en a été ôté par le troisième, qui a nommé M. Bignon, Vaubourg, Trudaine, la Bourdonnaye, Fagon et Macliault seulement. On a su (pie M. le Duc a protesté contre ces arrêts; mais tout cela n'est ([uune ligure, et il n'est plus question de Compagnie. Ainsi a dis[)aru sur la face de la terre cette immense fortune (pii a tant étonné le monde, et elle est rentrée dans le néant, d'où elle étoit sortie.

M™'' de l*arabêre, (jui îi toujours été dans le parti opposé, 8'est raccommodée tout à fait avec le Bégent et on dit que les Paris, à qui se fait ce grand sacrifice, l'ont bien payée. C'est une intrigue de cour et une faveur de maltress*' (jui ruine une partie des sujets du Boi. Cuunus Ulerrimn bclli rausa.

.Madamk d'Akmagnac. — M""" d'Armagnac a été ce malin chez le lieiitenanl civil, pour faire sa plainte et comparoir sur la demande «n séparation. Le priiice Cbarbs n'y a point été. La recpiête est pltMne de faits qu'on n'y auroit pas dû mettre, et entre autres, que le prince Charles av6it dit cput les petits sermons du cardinal de Noailles seroient inutilrs. Cette requête n'a jK»int été communicpiée au prinee Charles auparavant, quoique, d'honneur, on l'eiH du faire; mais on a manqué l)eaucoup du côté de la familb- de M. de Noailles dan* toute la suite de eeproeédé.

AVRIf. 1721. Ii7

Le comte de Lautrec, gendre du Premier Président, s'est raccommodé avec sa femme, plutôt que de souffrir une plainte et une enquête. — Note postérieure. Cela s'est encore rompu, et on a fait la séparation comme celle du prince Charles. Quelqu'un l'ayant dit au prince Charles, il a répondu : a Me prenez-vous pour un Lautrec? »

Le cardinal de Noailles. — On continue de se moquer du cardinal de Noailles et de l'acceptation qu'il a faite de l'accommodement. Ilparoitun projet de mandement où il rétracte cette acceptation, et il n'est composé que de tous ses mandements précédents, où on n'a fait qu'ajouter quelques mots. En sorte que c'est lui-même qui se condamne. C'est une satire des plus cruelles et qui n'a pas coûté beaucoup, et on a mis à la tête : « Ex verbis tuis justificaheris. Ex verhis luis condemnaberis. »

L'abbé d'Asfeld. — La Relation de l'interrogatoire de l'abbé d'Asfeld, faite par lui-même, a paru imprimée. Elle est en quatre feuillets in-4.° et mériteroit d'être conservée comme un modèle d'héroïsme chrétien et de profession de foi digne des confesseurs de l'ancienne Église. On pourroit lui reprocher qu'il parle avec trop d'orgueil, pour un particulier, de la science et de la théologie de nos évêques, qu'il fait passer pour des ignorants, et qu'il y parle de sa famille peut-être un peu trop vainement; car elle ne vient pas de bien loin (1), et dans les Lettres de Patin à Spon (édit de 1718), on trouve à l'année 1658 la banquerout'3 de Bidal et Bastonneau (2),)) marchands, rue aux Fers pi etceBidalétoit le père de tous les d'Asfeld. Quand on a une telle tache dans sa famille , il n'<>st pas prudent de relever titres, parce que le premier jésuite peut le rendre chaudement,

(1) Le père (lu mari'clial, Piorre Bidal, fut rrsident de Fiance à Uanibonrn en 1075, 1083 el 1601). Son litre t>l suédois el fyl dû a nii puH d'ar;;«'nt. Il convenait, du reste, noblement, de la bassesse de son «'xtraction.

(2) Père de la fenime du maréchal.

tl8 MKMOIIU.S Dl. MAIIllKll MARAIS.

aussi hien que le piemier évtVjiie qui se trouvera fi\chë.

Mardi 8. — AMiiASSAi»Krii xruc. — Dos nious(|iiet;ures s\-tant battus ilans \v quartier de l\inil>assadour turc, un Turoa vduIu les scpincr A coups de l);\t(>n. La querelle s'est tournée sur le malioniétan, cjui a reeu un ^rand coup d"i'q)ée. L'aud>assadeur a dit que cela ne le re^ardoit [Kis, qu'il avoil défendu 'X ses gens de se mùler d'aucune affaire publiijue, et (jue cela rendroit les autres plus saines. Ce procédé a été fort approuvé i\ la cour.

Cardinal i»k Maillv. — Le cardinal de Mailly ne va pas à Rome. On jiii a fait l'opération de laiistule.il avoit reçu ."lO.OOO liv. du Uépent, (juil a rendues. On dit que son chirurL'ien a été uag^né pour précipiter celte opération, (pii eût pu être retardée. On a fait entendre au Ué- L'ent que c'étoit un étourdi qui gàteroit tout A Rome.

M. Lh.uivclin, présidents mortier, a tenu la séance au ChiUelet, et n'a pas voulu entendre les avocats du Chi\telet, parce (pi'ils ont plaidé pendant la relégalion de Pontoise.

Mercredi D. — Té.nkbres. — H y a eu des Ténèbres eu musique au Temple, où tout Paris a couru pour entendre les Im lies voix de la musique du Roi, et un Miserere de la Lande Ijqui est un cbef-d\euvre de l'art et où il a mis to\it ce qu'il sait.

Jeu/li 10, 11, 12. — Sk.maink sainte. — Modène. — Le bruit s'est répandu d'une nouvelle extraordinaire. La ducbesse de Modène, tille du Régent, se trouvant trèsg^i^née avec .son beau-père et sa belle-mère , a persuadé à son mari de les quitter. Ils ont pris le i)rétexte d'un pèlerinage à .Notre-Dame de Lorette pour avoir des enfants (2 .

' Miclirl-Riiliard de la Lande, siiriiitrndaiit de la miiHir|iic de Louis \IV et

l/Hiu \V,n»-a Pari* le ISdérernbre ir,:>:, ri riiorl /» Vcrsailh-s. ]«• IHjiiiii 1720.

Iff Vfrtf Mir rf-tli- priiireMM> origin.'ilt', (|iii r;i|i|H»rla vu llalit- ({iiriqiie rhoKe

ât ttê bouillant* dcfaiitii (|ui y avaient a^Min* ii la gran(lcdiiclieftM> de Tus-

«r. ' ■ .. ii'.hbritr, la nirieiiHe nolirr dr Lrmonlry f Hevur fîr-

AVRIL 172i 119

Les Italiens superstitieux ont donné dans cette dévotion, et les deux époux sont venus incognito jusqu'à Strasbourg, d'où ils ont donné avis de leur arrivée au Régent, qui a été bien surpris de se revoir sur les bras sa fille dont il croyoit être défait. On a envoyé courriers sur courriers pour les empêcher de passer outre, et on ne sait pas encore ce qui arrivera de cette belle équipée, qui jetteroit la France dans de nouvelles dépenses, si on les recevoit. Il est dangereux pour eux de retourner et de ne pas retourner. S'ils retournent, ils seront gardés de bien près et seront comme esclaves. S'ils ne retournent point, ils courent risque de leurs États. Madame la grandeduchesse a dit : a Je ne lui ai pas dit adieu, car j'ai bien cru qu'elle n'y seroit pas longtemps, non phis que moi, qui n'ai jamais pu me faire à ce pays-là. »

Vendredi saint, 11. — M. de Varennes, mon ami, est mort à la Queue. J'ai reçu le samedi 12 une lettre qui m'apprenoit sa mort, et j'ai fait mettre un scellé chez lui par le commissaire Daminois, au nom de la veuve.

Dimanche 13. — Pâques. — Le Régent est venu à Saint- Eustache, sa paroisse, en grand équipage, entendre la messe et faire ses dévotions.

Mardi 15. — Je l'ai vu le soir chez madame de Parabère, à la place de Vendôme, dans une chambre toute illuminée et toute ouverte. Il est mieux (jue jamais avec elle depuis la chute de la Conipagnie des Indes.

Mercredi IG. — Mort de M. de Ciiamillard ( 1) , ancien ministre de la guerre et des finances, enterré à Saint-Eustache le 15 au soir. C'étoit un pauvre ministre, qui s'étoit avancé par le billard, ou il jouoit avec le feu Hoi.

(I) Micliel (le Clianiillanl, né en 1631, contrùleur (Us (in;vnc(>s en 16«>9 et minislre (Je la guerre en 1701. CVlait un honnête honjinc, mais sans anciin(^ des qualitt'S d'un minislre. Son talent au billard avait lait sa fortune. Voir Saint-Simon snr ce personna;;e , un de ceux sur les(iuels il s'est U- plus l'tendu.

I^^ MF.MOIBF.S m MATIIiri MARAIS.

Je suis parti ce jour [unw ail» i- ;\ l;i Queue voir M°* de Narennes, el j'y ai i*esléhuit jours avec elle. Je suis revenu le mardi '2'2 :\oùi.

Ku passant à Vt'i*saiUes, au retour, la nouvelle (Hoit pul»li({uc lie la mort de M. le Duc, arrivt^e à Ciiantilly ; mais en venant ;\ Paris j'ai appris le contraire, qu'il nvoil seulement été malade pour s'être échaulïé à la chasse, qu'il avoit ét43 saigné deux lois, et qu'il se portoit mieux

i.{ avril. — La Force. — Il paroit quatre Mémoires pour les particuliers accusés dans l'affaire de M. le duc de la Force, dont trois sont prisonniers. 1° Le sieur Bernard, secrétaire de M. le duc de la Force. 2" Le sieur Duparc, son fn^^e utérin. 3° Charles Orient, marchand mercier. V" César-Pierre Landais, chevalier de Tordre de Saint-Michel, directeur de la Compai^nie delà Chine, qui est assigné pour être ouï. Ils réduisent ce fait A dire que le chevalier Landais, armateur de Saint-Malo, a acheté des porcelaines , des paravents de la Chine et quelques dro^'-ues venant de la Chine, sur le vaisseau Comte de Toulouse, à la vente publique de ce vaisseau , (ju'il avoit armé; qu'il a envoyé ces marchandises au sieur Bernard, î\ Paris, pour les mettre dans un magasin ; qu'il en a fait louer un aux Augustins par le sieur Duparc, son frère, qu'étant revenu à Paris, \o. chrvali(!r Landais les a vendues à Orient , reçu marchand h*, 22 janvier 1721, 157,500 livres; que les gardes épiciers les ont saisies; qu'il n'y a rien que d'innocent dans cette affaire, puiM|ue l'un a pu acheter et l'autre a pu vendre; (pie ce n'est |K>int là matière de monopole , cpie le monojK)le est une conjuration contre le publie, [)our les choses nécesviircs j\ la vie , que ces marchandises sont choses sup^rMufs, i-t que le décret de prise de corps dans ce cas r«t ifijiisif. Il y a un autre fait : un commis de bureau du Boulle,qui a visé les l<;ttres de voiture de ces marchandiMsa dit, dans l'extrait do son registre, que partie

avoit été adressée à M. le duc de la Force, etl'aulresans adresse, ce qui est faux, car les lettres de voiture sont rapportées, dont cinq sont adressées à iM . Bernard, secrétaire de M. le duc de la Force, et une au S' du Puy. Voilà tout le fondement de l'accusation. Le public, qui a été longtemps abreuvé de monopole, commence enfin à sortir d'erreur, et on ne doute pas que la Cour ne voie aussi l'inutilité des recherches faites sur ce crime, qui n'a jamais existé que dans l'imagination du peuple, accoutumé à ne rien voir et néanmoins à croire tout voir. C'est ainsi que commence le Mémoire du chevalier Lanà'à'is, fait par M. Begon.

On a publié des monitoires et des avis graves que l'on dit qui n'ont rien produit. Les prisonniers restent toujours en prison, et les marchandises saisies. Leduc de la Force commence à respirer, et son monopole ne m'a jamais touché un moment, maison lui en veut d'ailleurs, et il se souviendra d'avoir opiné à la relégation de Pontoise. Les Compagnies ont de longues vengeances ; elles ne meurent point, et les particuliers meurent.

iNoviON. — MiANK. — MM. les maréchaux de France ont reçu la plainte d'un gentilhomme retiré en Languedoc, contre M. de iMiane, gouverneur du cluVteau de Nantes, qui ne veut pas payer à ce gentilhomme 2,000 livres (ju'il lui doit, et qui a fait écrire que c'étoit une vengeance d'un reproche qu'il lui avoit fait d'avoir fui à la guerre dans une occasion. Le fait vérifié s'est trouvé faux. Ce gentilhomme s'appelle Novion et est de la famille de Novion de robe. J'ai appris par un officier qui éloit à cette occasion, qu'elle fut malheureuse, que tout le monde y fuit malgré soi, et que M. de Miane lui-même, qui commandoit le régiment détaché, n'y fit rien qui vaille. Cet oflicicr en a parlé à M. le Blanc, le 1 '•■ mai de cette année, et M. le Blanc lui a dit que M. de Miane avoit grand tort et que (juand on devroit à un j. f. .., il faut toujours le payer. MM. les fuaréchau.x de France

125 MKMOIIUS DF M V THlFr MARAIS.

out coiulainiu* de Miane à pavt'i', à l'aire salisraction et X ttMiir quatre ans de prison, mais comme il est i^ouverneur \Kn\v le Koi, A Nantes, et ne peut être arrùté , ces messieui-s ont été au louent lui dire leur juî;ement. Le IU*cent, (piisi>ulient de Miane, parce qu'il lui a beaucoup aidé, dans l alïaire de IJretanne, ;\ arrêter et découvrir les conjurés , a dit tpril lalloit faire justice, mais quW présent il avoit besoin de cet oflicier pour Tintérèt de TKtal; sur ipioi les maréchaux do France ont arrêté que, tous les jours, deux d'entre eux iroient au Régent lui parler de cette affaire, jusqu'à ce qu'il ait approuvé leur juirement. Ils le font, et le Kégent les esquive.

Grande tracasserie au Palais-Koyal entre le Uéiient et la Kégente. La princesse se plaint ([ue M""^ de Parahère est venue dans son petit jardin et dans sa garde-robe, et qu'elle s^est mo(|uéedcses pots de chambre. Elle a beaucoup pleuré et a pris le parti de se retirer à l'abbaye de Montmartre. Elle se plaint aussi du retour de M'"^ de Modène, que l'on attend, et ne veut pas revoir sa fille, dont elle se croyoit défaite.

Kkfokmk. — Enfin la réforme est annoncée dans tous les corps, Maison du Koi, cavalerie, infanterie, dragons; et l'état de la guerre sera diminué de '23 millions. On ôte 16 cavaliers par compagnie, qui sera réduite ;\ 25 maîtres. De '*0 dragons , on en met 20 à pied. Dans l'infanterie, on ùte 12 soldats. Tous les officiers à qui on avoit accordé la réforme depuis la paix, sont renvoyés sans un sol, et les anciens réformés ne seront payés que lors4}u'ils seront présents. Les inspecteurs ont leurs ordres jKiur faire la réforme dans le mois de mai. Tous les ofiiciers vont à leurs régiments recevoir leur sort.

Ordonnance du 28 avril 1721, portant réduction des trou|M'fi. tant d'infanterie cpie cavalerie et dragons. Cavalerie, 2ô maîtres. Dragons Vl, 20 jIi pied. Infanterie de 81 A 69. Grenadiers sur le pied de ."iO hommes : resteront. .SiiisM's 200 liomme<( réduits à 1011. Retournent à

leurs pays. Un mois de solde. Allemands 100 à 80. Italiens 67 à 50. Gardes françoises 150 à 126. Grenadiers restent.

27 avril. — Arrêt au sujet du visa, qui ordonne que les rentiers qui n'ont point leurs contrats expédiés, pourront comprendre leurs rentes dans leurs déclarations et que Ton cessera de payer les rentes delà Ville, jusqu'à ce que les contrats aient été visés, pour être payés aussitôt que le visa de chaque contrat sera fait. C'est pour faire avancer cette besogne qui ne marchoit point, et que l'on veut finir.

TocR DE Babkl. — On a fait imprimer une carte intitulée : Tour de Babel, ou division des évêques de France sur la ConstilutioUy depuis il \ '4 j jusqu'en 1121, pour servir de plan à l'histoire des variations arrivées sur cette bulle. Cela est très-ingénieux. On voit en trois classes les appelants et opposants, les acceptants, les accommodants et les évéques morts; et ces classes ont beaucoup de subdivisions, en sorte que celle des accommodants a quinze classes. Le cardinal de Noailles se trouve seul de sa classe qui a refusé en 171i, qui a appelé et qui a reçu l'accommodement entier, et Ton dit que c'est un effet de la Providence que lui, qui vouloit tant réunir et pacifier l'Église, soit tout seul qui ait fait certaines démarchessur la Bulle. Il y a au bas : « Dixit : Venife, descendamus et confundannis linguam eorum ut non audiat unusquisque vocemproximiisui et idcirco vocatum est nomen ejus Ikibeln (Genèse, cap. 11). J'ai compté cent évèques qui ont signé l'accommodement, mais dans des vues différentes, et cette carte historique sera un morceau bien curieux un jour. Les noms des évèchés et des familles y sont tout au long.

AsFELi). V Interrogatoire de l'abbé d'Asfeld se vend de tous cùtés. Les évèques s'en sont plaints. On a dit au Palais-Koyal : «Que voulez-vous que l'on fasse à des gens qui ne parlent que de l'autre vie et qui sont prêts à (juitlritout cecju'ils ont en celle-ci? »

i:4 MKMOIKKS ni. MVmiKlI MARAIS.

1/ AiiiiK lU'Hois. — L<M*arclinal do Holiaii, (jiii ost à Komc, a écrit à VnhW l)u]K>is avant le conclave, (jue Ton espën>it avoir un l\ii>c favorable à la France, etcpril travailleroit i\ lui faire retrouver le chapeau ({u'il avoit perdu. L'ahiR' > ou cardinal ^ est venu au Récent , lui a exalté le mérite du cardinal de Kohan;(iu'il étoit homme do cour, orat<'ur, thé.)IoL;ieii, politi([ue, i;rand homme d'Ktat et ;V coni|*arer au cardinal de Richelieu. I.c Réiicnt lui a dit : « Tu n'esquuii J... tu te connois mal en hommes, le cardinal m'a ilit avant de partir que tu ne valois rien ; qu'il ne falloit point se lier à toi, et pour cela , il a donné un chiffre au maréchal de Tallard pour les affaires de Rome et voilà le maréchal qui sort, qui vient de m'apporter des lettres que je viens de déchiffrer avec lui. » L'ahhé est tombé de son haut, et voit son chapeau bien loin.

Kt.\ts 1)K RoriuioGNE. — M. le Hue a fait savoir de Chantilly au Récent qu'il n'iroit point tenir les Ktats en Bourgogne î\ cause de sa santé. Ils devroient être tenus pour M. de (^hasteautier, lieutenant général du Dijonois, mais il esl en .\uvergne, et ils seront tenus par M. le marquis de Tavannes, lieutenant général du Maconnois. •M. le Duc a envoyé tous ses gens et ses écjuipages et ofhcieps pour faire la d<'pense du marquis. On prétend (jue cette absence est concertée, et que le surintendant de l'éducation du Roi ne doit pas s'éloic^ner si fort de sa perscjnnf. Il <'st à (Ibantilly avec M"" de Prie (pii ne le quitte point.

2î> Avril. — RKKi.Niiui M ml.s. — \j' Roi a volé ses oiseaux et y a eu bien du plaisir. .M. de Reringhem fils y a fait ^es premi«'*re8 fonctions de premier écuyer. 11 avoil derriiTC lui un page de la petite écurie, i\ cheval, avec un (K>rte -manteau , ce (jue .M l< j)rince Charles, comme grand écuyer, a trouvé mauvais. Il en a porté ses plaintes au Régent , et on doit lui faire justice, parce (pie par ses provisions, il a seul le commandement, c^nuvernement cl dis|K^ition d»- la grande et pelite écurie; et ce page

de la petite écurie ne doit point de service au premier écuyer. Après la mort du Roi, M. de Beringhem père obtint un arrêt favorable pour Findépendance de sa charge, et pour la dépouiller de la petite écurie, mais M. d'Armagnac fit des protestations publiques contre cet arrêt. Je les ai vues, elles sont singulières, car elles sont faites en forme de requête ou placet au Koi, et elles paroissent avoir été signées par deux notaires en présence du Régent, qui leur en a donné Tordre dans son cabinet: Depuis, il y a eu un arrêt, en 1718, qui a maintenu le grand écuyer dans ses droits, à condition verbale qu'il laisseroit jouir M. de Beringhem père de ses usages pendant sa vie; mais voilà le fils, qui vient d'obtenir la survivance, et qui veut s'établir dans ces usages. C'est ce que le prince empêchera de toutes ses forces, car il a raison, et il soutient la raison avec une fermeté inébranlable. M. le maréchal de Villeroi a donné une lettre de sa part au Régent, qui a dit qu'il lui feroit justice. On Tatlend.

Peste. — La peste est toujours en Provence en beaucoup d'endroits, et à Toulon et aux environs. On dit qu'un capucin , prêchant à Rennes sur les incendies, a dit qu'à Paris l'église de Saint-Sulpice avoit été aussi brûlée. Le bon père avoit pris sérieusement la chanson du Portail de Saint-Sulpice'; et ainsi voilà ma pauvre amie chansonnée et sermonnée. Elle est toujours bien mal de sa brûlure, qui dure depuis soixante-dix-huit jours.

Peinture imprimée, secret nouveau. — Un François nomuié Leblond, retiré en Angleterre et peintre de son métier, a trouvé le secret d'imi)rimer des tableaux peints en huile avec toutes les couleurs, et on en tire jusqu'à mille ou douze cents, comme on feroit d'une estampe. Ce secret est merveilleux ; il y a déjà eu plusieurs planches faites qui ont bien réussi. On en a fait une Compagnie et desaclions, et le Roi d'Angleterre a accordé des Lettres patentes. J'ai vu des essais que M. Desmaizeaux a envoyés en France pour M. le Chancelier, qui les a portés ;ni \W-

126 MKMOIUKS DF M \ IIHKr MARAIS

izewi. Il y a un chef île N.-S. couronné irépiiies; un poitrail du roi d'Antrleterre et du prince et de la princesse de Galles, cl des copies d'anciens tableaux, comme une Ariane dotmautc que j'ai vue. J'ai cette. ln(i/jr. Ce peintre doil faire aussi des ti^ures anatomicjues du corps humain, et il a déj;\ fait le pénis, pour mettre dans le livre d'un chiruririen : De (ionorrhea. Il est disséqué et coloré, et a été admiré ici. Le Ké^ent, qui sait tout, et qui a l)eaucoup j>eint en sa vie, a dit qu'il savoit bien comment cela se faisoit. Si ce secret est poussé loin , la peinture et la gravure en pourroient souffrir, et ce seroit domnmge; mais on dit que ces tableaux sont chers, et c'est peut-être connnela pierre philosophale, que l'on trouve après s'être ruiné à faire de l'or, qui revient plus cher que le véritable. M. le Chancelier a ordonné que la relation de ce secret soit mise dans le Journal des Savants. Ce François s*est instruit i\ Francfort, et a passé en France, il y a cinq ou six ans, mais on ne lit point de cas de lui. Vn Anglois m'a dit qu'il falloit souvent retoucher aux planches, et qu'en Angleterre, où celaavoit fait beaucoup de bruit d'alx)rd, on comniencoit à s'en dégoûter.

Dimanche 'i mai. — Mokt uk M. Dksmaukts '1).

Mai 17-21. — Dksmakkts. — M. Desmarels, ancien contrôleur général, est très-malade. C'étoit un homme très-habile dans les finances de France. 11 ne demandoit, après la guerre finie, que six ans de paix et six ans de la vie du Woi, pour rendre la France plus llorissanli; que jamais/ et il en avoil faille plan, pendant la guerre même. Je le sais d'un habile An.L'^hjis, (ju'il consultoit souv.ni w.,, i.c, finances il'Anglele>T^, mu^s Law est venu,

(I) V. tâtUtt, I. ni;.

qui a renversé tous ses projets, et qui a mis la pauvreté oùTautre vouloit mettre des richesses. Chevalier, avocat, a dit de Law, dans un plaidoyer à la Grand'Chambre : «que c'étoit une comète qui avoit paru sur l'horizon de la France, et qui, en disparoissant, y avoit laissé toutes sortes de malheurs. »

3 mai. — D'Argenson. — M. d'Argenson, ancien uarde des sceaux, dont la fortune a été si jjrillanle et si traversée, et qui a passé par bien des états, dans le règne passé et dans la Régence, est très-mal et a reçu tous les sacrements. C'étoit l'ennemi juré de Law. 11 devoit prospérer après sa perte; cependant il n'en a pas été mieux, et c'est un exemple de ce jeu de bascule qui gouverne le monde et les cours.

M. de Puységur, qui avoit les routes, remercie. Elles sont données à M. le Blanc, et ajoutées à son emploi de la guerre.

5 mai. — Le Parlement s'est assemblé. Les princes y sont venus. M. le Duc, revenu de Chantilly, s'y est trouvé; il se porte bien mieux. On a parlé de l'affaire de M. le duc de la Force, et on a vu les requêtes des accusés, à fin de liberté et de mainlevée des saisies. Par l'arrêt, les requêtes ont été jointes, ordonné que le procès seroit instruit par récolement et confrontation, et qu'il sera fait description des marchandises étant aux Augustins. Ainsi voilà l'affaire tournée à l'extraordinaire et elle ne finira pas si tôt. Il y a toujours dans les affaires criminelles un secret qu'on ne sait point. L'arrêt est dans la requête en cassation du 26 mai, du duc de la Force.

Chasteautier. — M. de Cluibteautier est arrivé en Bourgogne, et prétend que M. de Ta van nés ne peut tenir les États. On l'a dit au Régent qui a dit : Qu'ils s'accommodent.

Diligence de Lyon volke. — La diligence de Lyon a été volée. Le postillon attaqué a fait rompre la llèche,et a empêché qu'on n'ait mené la voiture dans les bois. Les voleurs

IM MKMOIIUS ni MVTHIKll MARAIS

ont prisenviron 100,000 liv. d'argent, que des marchands eiivoyoient i\ Lyiui pour avoir des étoffes, n'y ayant plus à présent de leltns do change ni de banquier. Ils ont laissé phisieui-s sacs, n'ayant pu emporter que leur charge, et le vol s étant l'ait sur le <^rand chemin, comme le l\»\irenl n'est pas aimé, on a dit (jue c étoit lui qui avoit fait faire ce vol pour en avoir encore l'argent, et la maladie de M. le Duc a fait dire aussi qu'on lui avoit donné le petit Boucon italien. Satires populaires et ridicules.

États m: LANciiEnoc. — Arrùt (jui permet aux Etats de Languedoc d'emprunter au denier vingt, et les Étals, par délibération, feront ce même denier aux anciens rentiers pour leurs rentes, à condition d'entrer dans le prêt nouveau.

8 mai. — D'AïuiENSON. — Mort de iM. d'Argenson. Quand on l'a voulu enterrer à Saint-Nicolas, sa paroisse, les harangères ont voulu avoir son corps, et ont dit mille injures contre lui; on a apaisé avec beaucoup de peine cette populace furieuse, qui n'avoit jamais osé le regarder en face pendant sa vie, et (pii vouloit arracher la barbe au bion mort (1). Je ne sais qui aura son kme; il doit y avoir un beau débat en l'autre monde comme en celui-ci à qui l'emportera. 11 laisse trois enfants, l'un conseiller d'Klat et intendant de .Maubcuge; l'autre intendant en Tcmraine et (jui a été pendant (pielques jours lieutenant (h; police. ÏA le troisième est une lille mariée à .M. Legendre de Collandre, maréchal de camp, iils du céhbre Ix'gendre de Uouen, l'un des plus grands négociant.s du monde, et dont tous les enfants, braves et fort estimés, sont entrés au service et y ont accjuis grande réputation.

I/arbk iiK Mksmks. — On a appris la mort dr M. l'abbé de

(I) VoJr, Mir rrmrnt<'que wiilrva W convoi, BarliitT, I, !?(•, 127 cl le» ,Wm. 4f JUaurepat, I, i.>'t.

Mesme<, frère de M. le Premier Président. Il étoit tombé, depuis un an ou deux, dans une espèce de déiiience, et étoit retiré à Sainte-Geneviève. Le P. de la Borde, de l'Oratoire, est héritier d'un bon prieuré, qu'il lui uvoit résigné, à pension, depuis un mois, et la pension n'a guère duré.

Samedi 10. — Ballkt. — Fénelon. — Le i)alletdu Hoi a été joué au Louvre pour l'ambassadeur turc. Il y est arrivé un triste accident. Le chevalier de Fénelon, enseigne de grenadiers du régiment des Gardes, âgé de vingtdeux ans (1), voulant passer d'une loge à l'autre et abréger son chemin, le pied lui a manqué, et il est tombé sur des piquants de fer qui lui ont percé la veine cave. On l'en a arraché avec grande peine. 11 a perdu tout son sang, et est mort, deux heures après, chez Bellomère, chirurgien. Le Boi n'y étoit pas encore quand cela est arrivé, mais le sang étoit répandu dans la salle, et on n'a p:»s laissé de danser et déjouer le ballet, suivant la cruelle coutume des rois de ne pas faire grand cas des autres hommes, et de finir toujours ce qu'ils ont entrepris. C'est apprendre de bonne heure l'inhumanité an jeune Boi. Le Turc dira dans son pays que nous sommes plus barbares queux (2).

AsFELD — L'dbbéd'Asfeld, avec sa belle lielalion, a été exilé à la Bochelle. On la débitoit non-seulement à Paris, en francois, mais elle avoit été envovée en allemand à Vienne, et elle étoit tombée entre les mains du secrétaire de la cour de France, qui l'a renvoyée. Celte traduction, que Ton vouloit semer parmi les évéques d'Allemagne, a paru séditieuse. La famille de l'abbé demande sa grâce, qu'on ne lui a point accordée.

PRINCK Chaules. — Le prince Charles a obtenu un arrêt (il est du 6 mai) qui porte « que le Boi s étant tait

(I) Meveii de l'archevêque de Cambrai.

!2) Voir SIM (0 tiiiieste accident, Barbier, I, 128.

130 MKMOIIUS l>l MMIIIKI' MAIWIS.

représenter les pi*ovisi(>n> tl<' larhareede Graiul-écuyer, qui lui roiiut le eoininaiuleineiit el tlisposition de la crainle et nrtite Keiirie , et S. M. voulant continner les manjues ifeslinie qu'avoit le feu Koi pour M. de Ik'rinirhein p«^re, premier ëcuyer, il est ordonné que ledit sieur de Berinuhein demeurera dans les usages dont il jouit jus(prà [présent, >ians (juecette possession puisse ùtre lin'e à o«)nsétjuence eontre et au préjudice des droits de la eharcede Giand-écuyer, par M. de Heringhem, lilssurvivaucier, de son lils ni ses successeurs; ces usages n'ét«int accordés personnellemenl (pfau père.» Cet arrêt a èié expédié sur celui ([ne j'ai dressé. M. le duc d'Orléans r.i trouvé juste. M. le (^.hanceliei* l'a signé, et M. (rArmcnonville en a fait l'expédition. Voil;\ la justice rendue, et c'est à M. le manpiis de Villeroy, qui l'a sollicitée, que le Kégent ne 1'.» pu refuser. Cet arrêt est secret.

SoissoNS. — M. révù(pie de Soissons (1 a fait paroltre uur* nouvelle lettre pastorale sur la Constitution. Elle est pleine d'erreurs, et a été dénoncée en Sorbonne, sur les endroits seulement ([ui blessent les libertés de l'Église gallicane, car sur la théologie, chacun soutient son opinion.

Dimanche 11. — Colonkl-gknkral de l'infantkiuk. — Il s'est répandu aujourd'hui une grande nouvelle au Palais-Royal. M. le duc de Chartics, fils du Kégent, a été fait colonel-g-énéral de rinfanlerii' franroise par commission, n n'y en \ point eu depuis le dernier duc d'Kpernon, cpii mourut le -25 juillet KIGl, et la charge fut supprimée le 2t). Elle avoit été érigée en charge de la couronne en faveur du duc (ri'^|)ernon , son père, favori d*Henri III, au mois de décembre 158V, par édit vérifié le Ifi janvier 1.585, ci il avoit fait son sermcîut au iVirlement le 22 janvier, comme on voit dans h* Journal de

Henri ///, où il est remarqué qu'il eut sa place sur les fleursdelis et que la Cour lui dit : c(Ducd'Epernon, montez ici comme pair de France et non cpmme colonel, car en cette dernière qualité vous n'avez point ici de séance. » (Les provisions de M. le duc de Chartres sont dans le Mercure de mai 1721. Elles sont très-curieuses. V. Merc. de mai 1721.) Avant lui, ce n'étoit qu'une commission, qui n'a commencé que sous françois V. Cette charge donne l'autorité sur tous les gens de pied françois, et les colonels ne sont que les lieutenants-colonels du colonelgénéral. Il partage, en quelque sorte, l'autorité royale, car il dispose de tous les emplois de l'infanterie, et on bat aux champs pour lui comme pour le Koi. Tout le monde sait ce trait de M. d'Épernon qui entroit au Louvre avec Monsieur, frère du Hoi Louis Xlll. Les tambours ne battoient point aux champs, on leur dit de battre; ils dirent qu'on ne battoit point pour Monsieur; alors le duc d'Epernon se mit à la portière et dit : a Ici suis, battez pour moi. » Il y a dans le livre des Grands Officiers de Dufourny (ou Anselme) un chapitre des colonels-généraux de l'infanterie françoise. On y .cite Brant6qie, tome IV de ses Capitaines françois. Je Lai voulu lire, jç n'y ai rien trouvé pour les prérogatives de la charge, mais beaucoup d'écartés, comme Brantôme en sait faire. Je n'y ai lu qu'une chose j'eniarquable, qui est (ju'ai)rès la bataille de (^erisoles,.le roi François l'"' voyant M. de Chaix (qui îi été le premier des colonels-généraux accompagné d'un nomlire inlini d'officiers de guerre, 4lit : « Foi de gentilhomme, voilà le plus bel état de mon. royaume et aussi suflisant pour se ^aire accompagner, craindre et respecter, et m'étonne beaucoup de qies petite sots, et fats princes de mon royaume, qui font tant des grands et des glorieux et n'y ont janiais aspiré, qui se servent i\'e\ix et de leurs moyens pour avoir des gens et se faire suivre, craindre et res[)e('tcr : au lieu (ju'à mes dépens et (jui ne leur coùtcroit nrn du leur, ils seroient toujours mieux accompagn«'s

132 Mf.MOIKFiî I>F. MMHIll MMWIS.

i\\\v moi. c\ |)ar .umm t'pari^neroient \e leur pour rt'innloyer mit'ii\ pour hur scin ico. Jo ue sais s'ils le l'ont |X)ur craindre ou pour t'[)ari;ner Iciii" prau, car l'ôtîit est fort hasiiriltMix. mais pourtant ils en seroient bien heureux, tionorés et respectés, et sont des petits sots qui le d«^»!aii:nenl. » Le Kéfient n'a pas voulu qu'on traitât son lils oounne François 1*' traitoit les princes de son temps, et il l'a fait colonel-tiénéral. Il ne commande pas au ré- L'iment des Gardes-Françoises, on Va. détaché de sa commission (le 7 décembre, M. le duc d'Orléans a remis celte commission au Uoi , ni au.v Suisses non plus, qui ont un eolouel-irénéral. Voilà un grand état, mais savoir s'il duirra à la majorité. C'est ce que le temps nous apprendra. En France la possession fait beaucoup. Possei^aionali. M.\ii.i.KBOis. — M, de Mailleliois, maître de la Liarderobe, étant au lever du Koi, et s'appuyant contre la balustrade, cequi ne se l'ait jamais, le Koi lui a dit : a II faut que vous ayez joué quelque grande partie de paume ce matin, vous me paraissez fatigué. » Le Koi a été loué de cette réprimande polie. M. de Maillcbois est fils de feu .M. Desmarets, contrôleur général.

Law caukt. — Guillaume Law^ frère du fameux Jean LiNv, a été mis k la Kastille (1) (il y est du 3 mai), pour ipielques millions détournés de la Banque. Mais nous ne tenons pas l autr«; frère, tpii a ruiné la France. On a aussi arrêté La Motte, changeur, et sa femme, qui faisoient |îartie des .Mississipiens.

SiLLY. — Le duc de Sidly a déclaré son mariage avec la comtesse de Vaux, veuve du comte de Vaux, lils allié dr M. Foucpiet, surintendant <les finances. C'est une dame de mérite, qu'il aimoit depuis longtemps, (pi'il avoil épou.séc en secret, et la famille Sully en étoit lAchér, parce qu'elle n'est pas en étal d'avoir des enfants. Klle »'ap|icllc Guyon, en son nom, <'t est fille de la fameuse

I nsftiier, I, 127.

madame Guyon, quiétiste, qui a perdu M. de Fénelon, l'archevêque de Camhray, par les spiritualités qu'elle lui avoit inspirées. J'ai toujours été étonné qu'un si grand esprit ait pu donner dans les visions d'une folle. On ne peut soupçonner de l'impureté dans Tamour pur, mais l'esprit est souvent la dupe du cœur (1 .

13 mai. — Courtanvalx. — Le marquis de Courtanvaux, capitgiine des Cent-Suisses, est mort à Arnay-le- Franc. C'est le fils aine de M. de Louvois. 11 n'y a pasgrande perte : j'ai étudié avec lui et, dès ce temps-là, ce n etoit pas un grand docteur. Il étoit fort avare; il laisse 50,000 écus de rentes en terres. Son cadet, iM. de Barbezieux, lui fut préféré par le ministre, mais il a bientôt précipité le cours d'une vie florissante, et a bien abusé de ses talents et de sa jeunesse. Le fils du marquis de Courtanvaux, qu'on appeloit le marquis de Louvois, est mort. Il y a un petit-lils qui n'a que trois ans et qui a la charge des Cent-Suisses.

Tautarks chrétiens. — ^11 est venu une grande nouvelle pour le christianisme. 40,000 Tartares des États du Czar se sont faits chrétiens et ont été baptisés. Le Czar y a envoyé des missionnaires pour les confirmer dans la religion. Ils ne feront pas comme les missionnaires de la Chine ; le Czar n'entend pas raillerie, et les fera marcher droit.

La princesse de Galles, en Angleterre, est accouchée d'un fils. Cela éloigne les princesses de la couronne.

Soisso». — ÉvÊQLE. — Le supplément de \n Gazette d' Amsterdam du 13 mai contient une relation très-exacte de ce qui s'est passé en Sorbonne, le 2 mai, sur la dénonciation de la lettre pastorale de M. l'évèque de Soissons. Il faut la lire. Première proposition dénoncée : «Il estessentiel à l'exécution des promesses que l'Église subsiste dans la forme (pie Jésus-Christ lui a donnée, c'est-à-dire

(l^ C'esl le mot lie la KocliefoiicaiiUI.

tu MKMOIKK.S l>K MMIMIl MARAIS,

ayanl à mi tèle Pierrr, ilanssos successeurs unis àsesapùires.cnseiirnanl et professant m leur noiu la vérité, elles vcouformant jus(|\rî\ la ecmsonimatiou des siècles par la stilidité et la force <le ^<»n ministère exprimée par le nom lie Pierre. » Cequi reiilernie visiblement l'infaiHihilité du Pape. Il y a une autre proposition sur ce (]ue Ton suppose nue les hérétitpies seuls api)ellent au concile; et une troisième, où il parle des appelants comme schismatinues : u Vous vous efforcez de grossir votre petite Kglise nai.ssante du nombre des saints pères des siècles liasses, et vous déchirez leur texte en land)eaux pour couvrir votre pauvreté. » Il y a eu seize commissaires nommés pour examiner ces propositions dénoncées. Les molinistes (jui sont rentrés en Sorbonne se sont opposés à la délibération et, ont tant crié , qu'on n'a pu rien conclure.

U' cîirdinal Alberoni entra le H avril au conclave , et a été reçu à Kome (1) avec joie et beaucoup de compliments. On a fait des vers à sa louange. Dans le scrutin du 5, il va eu plusieurs suffrages >«//» m t5 , ce que les cardinaux ont fait j>our se donner du temps. Lo 12 avril, il y avoit ipiarante-deux cardinaux au conclave.

I/aBBK TkNCIN. — IMIOVISIONS DK CO>'VKRTISSErR KN CHKF ET W. PRIMAT DK LA LOUISIANK POCR MONSIKl'R l'aBRK 1»K TeNCI.\,PAR LKCO.M.MANDANTDl RKCIMKNT DK LA CALOTTK (2^.

Nous, géiiiTal de la caioUe, Pour «Mii[)(V*lior par tous nioy«'us Que Irrreur des iullnTii'ns ÏÀ de la ductriiic liuguciiote

'\i Noir s util SitiKHi, XI, ;j87.

'7' Ia Hrtjnnrnl de la raloite ♦•tait linn »orl« d'associalion l)ijrlo«(jiir o(i •fiKlqiKS malin* , qui en fijrr'nl ïf« forulaleiin, firnrtl fnUer k l»;iir Mille, non «MH l« pon I |ii.- p«-ii, (oiiA cfiix qui, à uii titre, qurjronque, avnienl

aënte un h' l'u/w. Li- mot, «lann noti au<'(ttn)n \uln.tiu'rt nioflniir,

rtpfirneparfailemrnl le hut décolle fac<itie<i^«' in»llluli«)n,qu<' proLgea pendant fibqnanle an« rin^ioUtulit* «lu rire, qui rtendil aux p'us Uautii itcrsonna^cs

N'infecte notre régiment, D'un pernicieux sentiment Et pour remettre dans la voie Quelqu'un qui seroit fourvoyé Et seroit devenu la proie De riiérétique dévoyé ; A ces fins, vu l'expérience, Saintes mœurs, doctrine, science,

latpmérit<* impunie de ses moqueries, dont Louis XIV, le Régent, Louis XV, en souverains hommes d'esprit, encouragèrent les lazzis rim»^s,et qui se rljargea jusqu'en 1760, où elle devint exclusivement mili lai re, delà police du ridicule, même sur les marches du Irône. Voici au milieu de quelles circonstances prit naissance cette bizarre association de Toqués (de ceux à qui il faudrait une calotte de plomb). Vers 1710, quelques officiers delà cour, <lont Aymon, un des <louze porle-manteaux du Roi et M. de Torsac, exempt des gardes du corps, ayant fait mille plaisanteriessur/juelques folies de l'uu d'entre eux, apposèrent !me calotte de plomb au malade. De là, mille inventions grotesques, et l'idée de créer, pour s'amuser, un régiment composé uniquement de personnes distinguées par une conduite singulière , leurs mœurs dépravées ou par le ri- <licule. V\\ [tareil dessein, confia; à des têtes françaises, ne devait pas y dormir longtemps. Dès le lendemain, Aymon, qui avait l'esprit plaisant et abondait en saillies, était choisi pour généralissime, et le régiment commençait à se recruter avec uue telle indépendance et un tel succès, que Aymon, interrogé par Louis XIV, qui lui peimettait cohnme à beaucoup de ses serviteurs familiers une grande liberté de langage, sur l'ép que à laquelle il ferait défiler son réginii^nl devant lui . put lui répondre impunément: « Sire, il ne se trouverait personne pour le voir passer. •» Le Roi ayant ri de cette hardiesse de celui qu'on considérait comme le fou du Roi, il fut de bon ton et de bonne politique d'en rire au>si et d'imiter la tolérance souveraine. A partir de ce jour, les éclats de rire se succèdent perpétuellement , dans l'Olympe où tonnait Louis XIV, et la majesh' un |)eu triste de cette cour <ral)ord tliéAtrale , puis moriacale, se déri<le et s'anime. Chaque jour, c'est une nouvelle victiuie qui est vouée à cette Immolation satirique, et dont on passe l'ambition ou la vanitt' an fd de l'épigramme. Chaque jour, un !)revel nouveau de c^ilolin forme la nouvelle attendue par l'impatience des uit-disanls. Mais c'est sous la Régence, celle Fronde des mœurs, que le Régiment de la calotte, cette Fronde du rire, devait pros|»érer. Le Régenf, toltranl p.«r caractère, l'élait encore plus par système. Il accorda une liberté illimitée aux faiseurs de brevets, s'anuisa a les lire lui-même à leurs titulaires, choisis plus d'une fois parmi ses courtisans, et ne se fi'it pas offensé de recevoir le sien. Quelques granils personnages, qui se croyaient au-dessus de la satire, et (|ui ne répugnaient pas à la critique des autres, prirent l'institution sous leur officieuse protection. Villars <auva plus d'une fois de la Itastille, conséquence iuévilatde d'un succès trop and-uieux, ks rlicr"; du ré^iine'tf. Les pi li^ inl»'rii'< faite» ;i propo-; -ur le F'.irlcnient «'t

ISA MKMOlKh-S l>K M \ I llll l MMUIS.

Kl zèle que l'iihbe Inu m \ fiiil iwroîlre sur tout nulrr Pour le salut de sou prorhnii^ Nous lui (ioiuuMis lettres d'apôtre Kl de eoiivertisseur eu chef, IVauUut ipreu houinie apostolique Il n reuilu l.aw eatluijicjue.

Kn outre, par le présent bref.

sur le^ jaiis«'nisles, eu iirciit d'ailleius pai<loii!iti boaiu oiip d'aillres. Les hre- \el>, r^dijîi's par ri'lilH île la lilt»*t.»liire (pi'un pouNait appeler dt'jà militante, Ko>, iJacon, (iréccuirt , l)fsfoiitain«*s , l'ahlK' Maii^on, Voltaire, IMroii, M. de Maiirepas lui-ui(>ii)e, rénnireiit Tatlrait de la hunne pot^sie à rrliii de leurs allu- MOUS niali^ue^. Persoune n'étant épar^nr, il lallnt bien se résigner à une police ipii atteit^tiait tout le nionilc. tt \e<. uuidstrcs eux-inénit's, Dubois en léle, durent Taire connue les particidiers et prendre leur mal en patienc'e. Dubui» aOecla de mépriser ces traits qui pleuvaient sur son cynisme connue ^uf une carapace. Cliose étrange ! celui rpii s'»'st plaint le plus des caloltes, ipii ue réparunèrent pas en effet, est celui (pii en a peut-être le plus fait. C'est Voltaire, qui de bonne heure n'aima pas à rire à ses dépens et appela volonliert la médisance une calonuiie. On trouve dans ses Œuvres plus d'une Irare lie ses rancunes. On trouve dans les Mcmoircs de Maurepus , t. III, une luni;ue et difliise mais intéressante bistoire «les principaux év<^nemenls . lent le Hégiment de la calotte. .Marais et Harbier, qui, en leur qualité . i\ ri de malins, fai>aient leurs délices de la primeurdes brevets, ont MiMH'é le* fdus remarquables dans leurs Mcmoircs. Quehpies-uns sont, en elfel, dune inqMjrtanre bi^torique ou littéraire réelles II > a dans le fatras des édi ln>u* unpriinée', au\qu«'ll»'s on pourrait joindre les ■;, vol. in-i" manuscrits •le la Bitdiotlieque impi-nak, quelques perles vérital»les. Mais il faut renaier, |NMirlc% Iroiner, un véritable fumier. L'in-litiilion de la Calotte tond)a d'elleinèm»*, vers 1700, sous rindiffcrence d'un pidilii plus dilli«ile et plus blasé, duquH ne «.ufliMient plus les vains efforts de sa décadence, et que les pam- \(tui elles a la nintn nourrissaient d'aliments plus t'pices. Mais > 'i!i ilu n ti( ule, de\eniie (aduque, liltcrairenient tt poliliqu<>ment iMfUnt, %f. perpétua dans l'aimée, et y 8îibsi»ta jusqu'à la Révolution, non sans I ■ efoin atteinte a la di^cqiline , un peu ofleusée de voir des lieu-

t i iiiiier ainhi impunément l<ur colonel V. sur W Htgiinvnl de

ta Catotif , V\ron o| Vollalre, riiMi^rw, le» Mélutvjrs de ftoisjourdnin , 1 l, "2 •:, U7-II, '?.^. et surtout Marais, qui rontient, sur le^ victimes et

I 4U\, »ur les reremomes de l'ordre, M'Huénéraux, elc.de cnrietix dé-

laiU. Voir auMi Ira Mémoire» deSéKur, et Paru, Versailles et tes provinces 'iitiente Merle ' p,u |)u({ast «le ïloi* Saint-Just /, Kémontey elle* ' * r/ Correspondanceg du cardinal Dutnns 'par deSevelmuen) ; enfin

Ir» I urto%aé* tillrratre*. La 1'* édition de* Mémoires de la Calotte ehl d« Rèlr, I77i, I vol. ini?. I.a dernière, en .1 vol. inl?, tfX de 1752.

Voulant illustrer sa soutane FA donner du poids aux sermons Dudit abbe, nous le nommons Primat de la Louisiane :

Voulons qu'en cette qualité Il puisse avec autorité tjouvorner la susdite Église Sans que personne y contredise.

De plus, quoique l'abbé susdit Plein de l'évangélique esprit Méprise les biens de ce monde, Rt que même contre eux il fronde, De notre libéralité Pour soutenir sa dignité , Lui déléguons dîme et dixièmes Sur les brouillards dudit pays Qui fout la gloire du système.

Et que Ton dit être infinis.

Espérons que la cour de Home, Mère des nouveaux convertis, Kn faveur d'un aussi grand bomme Donnera les bulles gratis , Ajoutons a ce noble titre Pouvoir de porter sous sa mitre La double calotte de plomb :

Lui donnons notre grand cordon domine ornement très-bonorable, Très-illustre, tres-convenable , Au col d'un aussi grand prélat.

Et pour y donner plus d'éclat Y joignons grelots et soiniettes, l*apillons, rats et girouettes Et tout l'attirail calotin ; Défendons à tout libertin De faire et cbanter vaudeville Où le suppôt de l'!- vangile Soit cbansoiuié malignement.

Fait au conseil du régiment.

L'ahbé d'Asfeld a obtenu un changement de son e.xil , et est envoyé à Saint-Florentin, au lieu de la Rochelle. Depuis, cela a encore été changé, et on renvoie ù Villoneu\e-le-Koi , où Taii* est meilleur. Le marquis d'Asfeld

IS8 Ml MOIIUS DK MMHII r MARAIS.

a eu l»oaii liiro (|uo son hviv est Imilo sa consolation, s'il veut iMre consol»'* , il Tira trouver à son exil. I^es paroissiens lie Siiint-Koeh , à (jui il faisoit, toutes les semaines, des discours sur IKcriture sainte , sont bien fî\chés de le voir |Kirtir; s'il n'avoit jamais fait (\\v' de ces discours, il si'roit encoi-e à Paris.

Vn conseiller au l*arlement, nommé La Goupilli^re, de la pivmiùre des enquêtes, s'est donné un coup de pistolet dans la ttMe , et s'est tué de chaîirin d'avoir vendu sa charge en hillets de banque (1). Il laisse cependant beaucoup d'autres biens. On dit qu'il est d'une race folle et que sa mère est enfermée. Le fds de M. le président d'Aligres, conseiller, son ami, l'étoit allé voir le matin, et il lui montra cincj ou six paires de pistolets (pii étoient dans sa chambre, ce qui lui lit peur, et il en avertit ses .L:ensqui, peu de temps aj)rès, entendirent le coup. Ce sont suites du Système.

ynulredi, Ki iikiI. — Vwv.. Conti. Innocent XIII. — Sur les huit heures du soir, on a appris la nouvelle de Home qu'il y a voit eu un Pape élu le 8 mai, qui est le cardinal (x)nti (2), d'une très-ancienne famille d'Anagnia , doid étoient le Pape Innocent III, le célèbre canoniste , lait I\ipe en 119H; (irégoire IX, élu en 12*27, qui est le cnlh'cteur des hécrctales; (;t Alexandre IV, fait Pape en \'1')\. Il a pris le nom d'Innocent XIII, par reconnoissance pour son parent Innocent III. C'est un homme sage, (pii a lieaucoup de parents, qui leur fera du bien tant qu'il pourra, et dont le gouvernement se tournera, dit-on, suivant l'esprit de ceux (jui le gouverneront lui-même. L'i faction allemande n'a point eu de part à cette élection. \ai c^i'irdinal de llohan s'est Irès-bicn comporté au goiU de la France , el on espère beaucoup de ce pontificat. Le

il! V. H4t\nrf, I, 12».

' 'Ml-Ant;»' Conli, évé |Uf ât VitcriM*, cardinal eu 1707, élu |»aiM* le

%Al II- I. IN Ulàl.

cardinal Paniphile et le cardinal Albani ont pensé se battre dans le conclave . sur ce que le Paniphile disoit que le défunt Pape faisoit tout à sa tête, qu'il ne consultoit personne, et qu'il en falloit faire un tout contraire à celui-là. Le nouveau Pape a soixante-six ans et se porte très-bien.

Pasquin a dit : « Si Conti est pape , ce sera le Saint- Esprit qui le fera; si c'est le cardinal d'Alliani, ce sera l'empereur ; si c'est All)eroni, ce sera le dial)le. » • Saint-Albin. — L'aljbé de Saint-Albin (1), fils naturel du Régent, non reconnu, est nommé à la coadjutorerie de l'archevêché de Cambray. Le Régent fait comme les Papes, il songe à sa famille pendant qu'il gouverne. On dit que l'abbé Dubois se démettra bientôt de son archevêché, qu'il garde pour le fils de son maître; mais il voudroit bien voir son chef couvert d'un chapeau rouge ou bien d'un vert, comme dit Philotaniis.

[[) mai. — xYIiANK. Mauéchauv de France. — Deux maréchaux de France, sujvant leur arrêté , vont tous les jours au Régent sur l'affaire de Miane , et ils lui ont dit f\ la fin qu'ils ne s'assembleroient plus pour aucune affaire, puisque leurs jugements étoient inutiles. Nouvel embarras pour le Régent, qui se tire de tout comme il peut, et qui voudroit bien ne point sacrifier son favori. De Miane est venu à Paris , (jui s'est mal excusé , et qui s'en est retourné bien vite , car les prévôts étoient à ses trousses.

Police. — Poiles, pigeons, etc. — Par ordonnance du 9 mai du lieutenant de pobce , publiée le 15, il est défendu à tous habitants de Paris d'avoir et nourrir en leurs maisons des porcs, pigeons, poules, lapins ,

(I) Cliarles de Saint-Albin, liU <\u R»'^enl el <ie Tloreuce , tlanseii^o <lf l'Opéra, alibcî de Sainl-Oiicn , co.uljuleiir, puis «'vCipitî de Laon le '.{ avril 17^9-, artlievéqne de Cainbrcti en \:?M (\1 octobre), ju!?fiu'au 9 mai l7Gî, mot! en iTTi.

MO MF.MOIRFS HP M \ rmF.r MAUAIS.

Ii^vn?s,elo. à poiiUMie ;U)0 liv.d'aiiitMKlc, pour la première fois, vi i\v punition t'xt'inpliiire en cas de récidive; l'ordonniince nori»' : «lue la [Hianteur est capal)le de cori'oinpn» la piiivtéde Tair, et decauscr des maladies pestilentielles, parnn les citoyens de cette ville. — On craint la peste, (Hii s'ap[»i-ochc de nous, et qui est, à présent, en Languedoc» suivant 1rs nouvelles (|u'on a eues par monsieur le due de Ktupielaure. La nouvelle s^.^st trouvée l'ausse.

Kkntks 1)1 noMAiNK. — Arrêt. — On a publié un arr»**t du IV mai, qui ordonne que les possesseurs des rentes, alUertrues et redevances aliénées du domaine, payeront un '-u[)plément de lin.inee, savoir: ceux qui ont aeipiis sur le pied du denier douze, le double de leur finance , et ceux du denier 15 jus(|u'au '2ï. Et faute de faire leur déclaration et payer dans un mois , la jouissance du denier 12 réduite à moitié, et pour ceux du denier 15, réduit à la proportion de 2V. Voilà un commencement de taxe surlesenL:ai:ementsdu domaine. Les autres engagements se suivront bientcM. Le contrôleur général ne se montre pas à découvert, et ne frappe que peu à peu.

Ahukt. — Vivres dk la marim:. — On n'a vu qu'aujourd'lmi un arrêt , du -il janvier 1721, (pii regarde les billets des vivres de la marine , qui en retranche les dp»ix cinquièmes, et met les trois autres cincjuièmes dans les étals du Koi, avec les intérêts au denier 50.

NoTAiRis. — Les notaires se sont plaints du grand travail cpi'ils étoient obligés de faire gratis pour le visa, el (|ue toutes leurs autres affaires étoient c(*ssées. On leur a envoyé A compte à chacnii un sac de 1 ,()()(> IV., ce qui fait ll.'LOOO fr. d'arirr-nl nix 1 I :{ notaires.

IK mai. — Visa. — Arrêt (pii jM'oroge le \isii jnscju'au 1" juillet, dinpiel jour Jus(jn\'iu ItijuilNt, 1rs effets non vi«ié« seront réduits aux deux tiers; el juscpT-in t " aoi'it à lin tiers. Passé lerpiel temps, ils seront nids (;t supprimés, sans espérance d'aueur) autre délai.

Lk Cami's, HnKrFrif Monsieur le (ianins, |». I'. de

la cour des aides, a obtenu la permission de vendre sa charge de prévôt de l'Ordre du Saint-Esprit. Il la vend à M. de Breteuil, intendant de Limoges (1,, qui se parera bien du cordon bleu dans son intendance; car ces Breteuil sont fiers, quoiqu'ils ne viennent pas de bien haut. Ils s'appellent Tonnelier, et viennent dun village auprès deBeauvais, appelé Breteuil, où on trouve encore une épitaplie en pierre d'un habitant du lieu, nommé Tonnelier, qui est de leurs ancêtres. L'intendant des finances la fit ôter, mais elle est chez le curé, où on la peut voir encore. Le baron de Breteuil a fait le galant de la présidente Ferrand, et on a imprimé les lettres qui lui ont été écrites; mais cela déshonore plus la présidente qu'elles n'honorent le baron. H a acheté la baronnie de Preuilly, en Touraine, pour confirmer son litre. Il a eu une affaire d'honneur avec le marquis de Plumartin, son voisin, sur un arbitrage, où ils s'en étoient rapporté à des gentilshommes pour des droits honoriliques , avec écrit portant parole d'honneur de se tenir à ce qu'ils régleroient. Les arbitres ayant jugé contre le baron, il en a appelé, et a cru pouvoir se moquer de sa parole. L'affaire a été portée aux maréchaux de France. Il disoit qu'on ne pouvoit pas rendre des arbitres souverains; je répondois qu'il avoit raison, mais (pi'avant d'appeler, il falloit payer la peine du com[)ronHS qui étoit la perte de son honneur, comme il faudrait payer la peine d'argent s'il y en avoit une. Dans cet embarras, les maréchaux de France étant prêts à le condamner, il a acquiescé purement et simplement à la sentence arbi- ' traie, et son honneur lui est resté malgré lui. Les maréchaux de France avoient résolu de le condamner à ne plus porter d'épée.

Le cordon bleu de la charge de prévôt de l'Ordre

(l)yoir, pour le (i<''tail, et sur le service dclical qu'il rendit, dit-on, a I)uIk>is, .Saint-Simuii, XIII, 30 el Barhier, 1,246,'28G.

113 MIMOIUKS DF M \ TFlIKr M VR \IS

piissé sur la It'le dv M. dv la lloussaye, conti-ùleur géneraL a\ajit de vt'nirà M. de Hreteuil. On le voulait passer sur M. U' Clianit'lier, niais cola ne s'est point l'ait. Il y a qurltpie tracasserie sur ee el)ai)itre.

(.iK.NTU^sHOMMKS ouDiNAiBES Di Kol. — La dispute de l introducteur des and>assadeurs et des i'entilshonnnes onlinau'es, [K)ur savon* (jui doit conduire les andiassatleurs au ballet et autres tètes chez le Koi, a été décidée en faveur des trentilshoinmes ordinaires.

•il mai. — Pkstk. — Le premier médecin a invité les médecins de la Faculté et des maisons royales à se troiK ver chez lui, [)Our leur communicpier qneUjuc chose d'important delà pail du liéuent. Il se sont assend>lés le mercredi 'il mai, raprès-dince, chez lui. Ils ctoient vingt médecinsdela Faculté etcinq des maisons royales: Chirac, premier médecin du Uégent, Terray, médecin de Madame, Falconet, médecin ordinaire du roi, Dumoulin, aussi médecin du roi, et Sidohre, du régiment des gardes. Ha été tjueslion de la police de la peste et non de la guérison. On a proposé lequel étoit le meilleur, dés que la peste est dans une maison, de la murer, et d'empêcher toute communication dans la ville, on de prendre le malade et de 1»* mettre, de (pn'l(|ue condition (ju'il soit, dans une inlirmerieou hôpital destiné aux pestiférés. Ces deu\ manières ont été rejetées unanimement, comme contraires A l'humanilé et à la charité. Par les lettres qui ont été lues, on a vu qu'à Marseille, dès (jne M. de Langeron a en fuit ouvrir les maisons et les boutiques, la peste a beau- 'coup diminué, et a enlin cessé; et (pi'à Toulon, an contraire, où Ton a muré les maisons, on y nn'url partout de déses[K)ir et de misère. H a donc été résolu (jue les p«*sliférés dévoient être tr.iités dans l(;uis maisons comme on traite des malades de lièvre maligne; et petite véroh*; c|u\>n ne conduiroit aux hô[>itanx (jue ceux qui le désir<,ruieul ou qui ne pouiroicnt pas être en état dV'lre Irailés chez eux, et que les |M'rsonnes non attaquées

MAI 17«i. 143

de peste, mais demeurant dans les maisons où il y en auroit, pourroient communiquer avec les autres sans quarantaine, en se faisant seulement parfumer. Au surplus, le commerce ne sera point interrompu. Les boutiques et églises seront ouvertes, et cela a paru le seul moyen de conserver la santé avec la charité et l'amitié entre les hommes. Le résultat a été dressé et refait à ciiiq ou six fois, et on a été depuis trois heures jusqu'à huit heures à cette assemblée, digne des soins d'un Roi. M. Burette, médecin de la faculté, professeur royal et de TAcadémie des sciences, qui en étoit, m'a rapporté tout ce détail, et m'a dit qu'il étoit mort beaucoup plus de gens de misère et de faim que de la peste. Sur ce résultat, il y a eu un conseil du Régent, du Chancelier, de M. Amelot, chef du commerce, du premier médecin et de Chirac, et les ordres ont été envoyés en conformité en Provence.

Receveurs généraux. — La police ne suffisant pas, s'il n'y a de quoi remédiera la misère publique, il avoit été résolu d'augmenter la capitation de trois sols pour livre pour secourir la Provence; mais comme on est accablé de tous côtés, les receveurs généraux des finances ont offert d'avancer i millions, sans intérêts, qu'ils ne retireront que dans quelques années, et d'envoyer cent mille écus par mois en Provence pendant que la peste y sera. Ainsi, on ne touche point à la capitation, et cette pauvre province désolée sera secourue par des gens ijui ne sont pas ordinairement bien humains.

Bapaume. — Blansac. — Le gouvernement de Bapaume a été donné en survivance de M. le comte de Roye, qui est bien malade, à M. le comte de Blansac, son frère. Ils sont de la maison de la Rochefoucauld, si illustre par ses alliances dans toute l'Europe avec les tètes couronnées. 11 n'y a rien de comparable à la douceur, à la bonté et à l'humanité de toute celte famille, qui se fait aimer de tout le monde. C'est la branche de Roye dont une Léonorde Rove «'pousa le piineede Conih*

144 M» Moiiii ^ i>i M V riiii r M \\\ MS

au seizit^iiH' sit'cle. !.♦• omnle tlt \\o\v, Inir piTo, se retira eu Au^leU'iTr pour la ivliuiouot sépara sa l'ainille, tlont il laiNS;i une parlie vu Francf, (jiii s'est faite latholique, el l'autre partie, il l'eimiieiia en Aimleterre où elle a vécu tians leur aiieieiine religion. M. le comte de lUansjic a fait sou abjuration à Konie entre les mains crinnocent \l,(pii Taimoit fort, et cjui le voulut faire cardinal ; mais il repassa eu France, et se maria avec la veuve du marquis de Nangis mademoiselle de Uocliefort, lille du maréchal de Kochefort^ dont il a eu trois enfants. L'ainé s'appelle le comte de Marton, colonel du régiment de Couli,et deux tilles, l'une mariée au comte de Tonnerre, l'autre au jeune nianjuis de (loetmadec de Bretagne <*t porte le nom de Danges. Elle avoit eu de son preniier mariage le marquis de Nani:is, le chevalier de Nangis el M'" de Nangis, qui a été la femiue du duc de Fallari.

Massillon. — On a appris que le 26 avril, le V. Massillou, évèque de Clermont, ayant été donner la confirmation à Kiom, qui est de son diocèse, il voulut visiter el faire ouvrir la châsse de saint Amahle. Le peuple crut qu'il vouloil emporter leur saint, à qui ilsonlgrandefoi, cl qui guérit de la morsure des serpents. Ils s'assemblèrent dans l'église; ils étoient prêts de l'assommer, s'il n'avoit fui dans la sacristie, d'où on eut grande peine de le lirer, el il disoit bien en hii-mèn)e en sortant, qu'il croiroit de saint Amable tout ce «pi On voudroit, même la fable de ses gants et de son ebapean, (pie le soleil lui |K>rla dans un pèlerinage (pi'il lit à Home h. pied, et cpii esl |>einte dans tous les tableaux du pays. Il \ a des sn- IR-i-Rlilions respectables. Bayle (Dirlionttairc rriluiuv, lellre A^ a fait un article de ce saint, dont l'abb» I aydit, Au\ergnal, acriticjué le culte.

S<iisM).\s. — A Sijissons, on a voulu faire arrêter un l*cijédirtiu qui a prêché sur le renouvellement d'appel. Il s'eM enfui. <hi l'a voulu faire sonner et rechercher |Kior la contumace; le landiour de la ville n'a jamais

voulu, et a dit que son sermon étoit très-bon, qu'il l'avoit entendu, et qu'il ne vouloit pas prêter son tambour à l'injustice.

SoissoNS. — On a fait supprimer le dernier mandement de l'évoque de Soissons, par ordre de la Cour, à cause des propositions contre les libertés de France ; mais on n'a pas laissé d'envoyer des lettres de cachet aux dénonciateurs.

Société du feu d'Enfer. — Angleterre. — En An-gieterre, qui est un maudit pays, il s'est fait une assemblée qu'ils appellent la Société du feu d'Enfer, où certains hoQimes abjurent toute religion, professent l'athéisme, et prononcent toutes sortes de blasphèmes. Ils se donnent le nom de Lucifer, de Memnon, etc. Ils y ont attiré des femmes et même des filles de condition, qui prennent le nom des déesses païennes. On éteint les lumières à la fin de leurs assemblées, et ils se mettent tous ensemble à la manière des anciens gnostiques et des anabaptistes modernes, qui disent : Qu'il y a un mariage naturel entre tous les hommes el toutes les femmes (1). 11 n'y arien d'abominable qui ne passe par la tète de ces Anglois, et la France se ressentira longtemps des conseils du misérable Law. Le roi d'Angleterre, qui veut faire supprimer cette nouvelle secte et abolir ces impiétés, y trouve de l'obstacle; qui le croiroit? Les Anglois disent qu'il y a des lois faites contre les impies, et qu'il est à craindre que l'on ne touche à la tolérance des religions.

Lettres de cachet. — Appel. — Les lettres de cachet volent partout contre les renouvelants. M. Lefèvre, docteur de Sorbonne, est relégué i\ Tréguier, M. Begon, à Quimper, M. Kollin dénonciateur de M. de Soissons}, à

(!) Celte série semble n'avoir pas tardée se répandre en France. On la trouve à Montpellier en 1723. Elle fut étouffée par une rigoureuse n^pression (V. Harliicr ï, '>G't, et liois-Jourdain, II, .JOt^ . Ils ft'a|>peli«ient en Irane Ks Condormants on Multipliants.

Nf. MK.MOIRK.S OK MMIIIIl MARAIS.

Tullr , M. TalKUirin,à Luron, M. Maillard, à Dol, \c P. Gofl'uni, de lOratoire, à Aire, le P. Boyer, aussi de l'Oratoire, à Khodez.

Ijîttriù i»e l'kvP.ouk de ('astrks. — H paroit une lettre imprinired'un évèque, à M. le marquis de la Vrillière, du lô lévrier 1721. Le nom de révècjue n'y est pas, mais on sait que e'est l'évèque de Castres. Elle est très-vive et très-touchante sur les malheurs publics. 11 est question •d'une quête que l'on demande à la Cour pour Tincendie de Hennés (1). i- Qu'importe , dit-il, que nos maisons n'aient pas été réduites en cendre, si de tout ce que nous avons de plus nécessaire, il ne nous reste (ju'une matière qui n'est propre qu'à jeter au feu? » C'est ainsi qu'il parle du papier. Il ajoute : « Plus de commerce, plus de travail, plus decontiance, plus de ressource ni dans l'industrie, ni dans la [)rudence, ni dans l'amitié, ni dans la charité même. » H dit « que la charité est réduite à pleurer avec ceux qui pleurent, sans jamais avoir occasion de se réjouir avec quelqu'un ni les moyens d'essuyer les larmes des aftligés ol des pauvres. » 11 parle de la peste qui approche du Languedoc. «En ce cas, heureux ceux quoDieu apjxjllera les premiers et qui n'auront pas le malheur de voir j)érir leurs frères sans leur être d'aucun secours. Ce ne sont point ici (dit-il) des exagérations, c'est l'expression la plus simple d'une vérité connue de tous. » Comme l'ordre du Koi pour cette (juète est tpi'nn ne prendra point de l»ilh,'ts, il dit : a Quel surcroît (ral'lliction (ju.md mes ouailles sauront (pie ce qui leur reste de leur subsistance ne peut même être employé aux bonnes «euvres, et que leur bien ne leur peut servir ni pour la conservation de leur vie, ni pour le salut de leur Ame ! » On ne peut pas laire une description plus pathétifjue de notre état, et quand on le voudra bien savoir dans l'histoire, il

(1/ Os trouve trile \fHre «ii tome 111*16'» Mémoire» de la Hégence , p. 107.

faudra le chercher dans cette lettre^ qui est à garder. 2i mai. — Testament dc garde des sceaux d'Argex- SON. — On m'a consultésur le testament de iM. d'Argenson, garde des sceaux. 11 Fa fait dans le mois de novembre dernier. M. son fils, conseiller d'État, intendant de Maubeuge , qui est son aîné , y est conservé dans tous ses droits d'aînesse, dans ses terres, sauf la légitime dans les autres biens. Puis il dit que Dieu ne lui ayant jamais donné le désir des richesses , quoique dans des places où il est aisé d'en acquérir, il croit que pour établir une proportion entre son fils aîné et son second fils , il peut faire son second fils son légataire universel. Après cela, il propose à ses enfants un partage, pour ne point entrer dans la division des terres et des biens de la communauté de M""^ d'Argenson. L'alné aura toutes les terres de Touraine en propriété, avec les meublés et effets mobiliers qui y sont , et la charge de chancelier de l'ordre de Saint-Louis, sous le bon plaisir du Roi, en donnant 40,000 liv. à M""^ de Collandre , sa sœur (qu'il appelle toujours u ma fille », sans parler jamais de son mari). Le puîné aura la terre de V'enil-Argenson en Berry et tous les autres biens, maisons, conquèts, acquêts, de quelque nature qu'ils soient, en donnant aussi V0,000 Hv. à sa sœur. M. l'archevêque de Bordeaux, son frère, est nommé e\écut«Hir. H y a 50,000 liv. de legs, entre autres: 15,000 liv. aux religieuses du Traisnel, et 500 liv. de pension à une petite lille qu'elles ont reçue charitablement religieuse. (On soupçonne que c'est une bâtarde. ) Il donne 0,000 liv. aux Théatins , qui lui ont accordé une chapelle dans leur nouvelle église. Il ordonne plusieurs grandes messes dans d'autres églises, et ce testament paroU avoir été fait, avec miire délibération, pour faire les deux railles à peu près égaux, et réduire sa (ilîe à sa légitime, la croyant mariée très-richement et sans aucuns besoins. On ne lui trouve point d'argent comptant »'t il y a plus de 500,000 liv. d'égarées, (puil'on croit

118 Mf.MOlBKS I)K MATIlIir MARAIS,

fiilrc les mains lie laMu'sse tlu Traisnel, qui en i^ratifiera ijui elle vomira îles enfants, ou (jui le gardera bien pour elle ,1). Il sesl trouvé trois boursiis de jetons d'or qu'il a eues, comme liarde des sceaux. Il n'en devoitavoir que deux; mais en 17*21 , le Uégent lui a envoyé celte bourse coninu' s il avoit été en place.

Ce malin , il y a eu un i^^rand service pour lui, aux Capucin> de la rue Saint-Honoré, dont il étoit protecteur et père temporel. Li' V. i)résident y est venu, et a voulu voir les funérailles de celui qui auroit voulu voir enterrer tout le Parlement.

LisTKS DE NOUVEAUX APPELANTS. — Malgré Ics lettre» de cachet, il paroll deux nouvelles listes d'appelants. L'une est une troisième édition des appelants du diocèse di^Paris, augmentée de (piatre-vingt-douze, et où les noms et ipialités sont plus exactement marqués. L'autre eil une lihte de ceux qui ont renouvelé leur appel en province au nombre de 380. A la tète est ce passage (Maccliab., 15, V. 18, 19, 21;.: Pro fratribus cl coymitis minor soUicitudo ; maximus vero cl primus pro sanctitate limor erattempli. Sed et eos qui in civitate eranlnon minimasolliciludo habebat pro lus qui cotujressurieranl. On y a joint l'acte du cbapitre de Tours, du 31 août 17*20 , qui porte qu'ils persistent dans leur appel et qu'ils ne peuvent aucunement recevoir accommodement, et (pii linit j)ar ces mots : « Une si, pour le l)i«'n de la paix, et par le respect que nous avons pour les puissances, il nous arrivoit de gardera l'avenir le silence sur cette affaire, ce silence ne |K>uvoit jamais être pris|)our un acquiescement de notre pari, p

11 a paru en même temps un écrit intitulé : Le Fanatiime dénoncé f ù, l'occasion de la Uclulion de l'interrogatoire de l'abbé dWsfeld (8 p. in-'*"j, avec ce titre : « Nolile

(I) • J*âl fo, «lil l>moiit<'y, I, .l.'li, la plainte Hph Hifaiils (rArK«nfton ronlrc fabktMt ëa CMivcat «le 1« Midelfine du Traisnel on leur |>^r(' (^toit mort.

omni spirilui credere sed probate spirilus si ex Deo sinl » (Joan, ep. 1, c. ï, 1). Le fanatisme y est défini un esprit d'illusion qui transporte comme hors de soi celui qu'il saisit, et en qui il imite, par une fausse piété, le langage et les opérations de Tesprit de Dieu. Cette définition est appliquée à la relation de l'abbé, dont il est dit que cette teinture d'orgueil, de plénitude de soi-même, de bonne opinion de sa capacité et de ses lumières et de mépris de celle des autres , principalement quand cela est porté comme ici à un degré extraordinaire, est un des plus violents préjugés qu'on puisse avoir du fanatisme et de Tenivrement où un homme est tombé, par rapport à l'idolâtrie de ses pensées et de sa raison, et, si on l'ose dire, à l'adoration de son propre esprit, ce qui certainement ne vient point de^l'esprit de Dieu. Pour preuve, on rapporte ces paroles de la Relation : « Il y a quarante ans que j'étudie la religion , et que j'y emploie constamment huit ou dix heures par jour, sans en avoir jamais rien soustrait, parla grâce de Dieu, ni pour l'intrigue, ni pour faire ma cour à ceux qui peuvent donner, ni pour la bonne chère, ni pour le plaisir; qu'ils en disent autant, w (Ces ils sont des premières personnes de l'Église et de l'État, des cardinaux et des évéques à qui il ose faire ce beau défi). <( Qu'ils en disent autant, et qu'ils produisent des preuves de leurs profondes connoissances dans l'Écriture sainte et dans la tradition : je suis du métier; nous nous connoissons; je sais ce qu'ils sont et ce qu'ils savent, et (ju'ils me permettent en ceci de ne les point regarder comme mes maîtres. » On lui reproche a qu'il a dans la tète un certain système sur la proximité du retour des Juifs à la connoissance du Messie et à la vraie religion, qui lui fait dire quelquefois (jue le bruit que la Constitution vient de faire dans le monde est le dernier coup de cloche pour rappeler les restes d'IsraOl à l'Évangile». Cela se voit assez clairement dans le livre qu'il a fait sur l'Kcriture sainte. Sur tjuui , le dénonciateur dit assez plaisam-

liO MFMOIRKS DE M ATIIIKU MARAIS.

ment qu'on fait ilire aux cloches tout ce qu'on veut. Ola linitimrilirequ'il seiHMtd'un dangereux exemple délaisser lil>remont et impunément lever l'étendard de la rébellion À un homme qui , avec un air de triomphe , dans un intorrou'alt>ire (pi'il n'étoit nullement nécessaire d'imprimer» atlache, pour ainsi dire, à son char, son archevêque el son roi. Kn elïet, Tahhé pouvoitdire les mêmes choses qu'il a dites d'un ton plus hnnd)le et plus chrétien. Mais ces d Asleld ou liidal) sont {glorieux, et PatiHy en parlant de la banqueroute du père, dit que personne ne le plaicrnoit, parce cpril y avoit beaucoup de gloire dans cette lamille.

L4 GouiMKLiKRK, coNSKiLLKR. — J'ai appris quc le conseiller qui s'est tué s'appelait Hergeron de la (ioupilliêre, fils d'un intendant de marine à Brest; que le père, mort fan passé , en l'absence de sa femme , dit à sa fille qu'il avoil fpielque chose d'im[)ortant à dire à sa mère. La mère, qui éloit à Paris, ne put être à la mort. Le secret ne fut point su, et on croit que c'étoit une révélation d'argent caché, ce qui tourna la tète ù. la mère, qu'on a fait sortir de Paris et envoyée en Bretagne. Le fils, autrefois débauché, s'est mis à étudier beaucoup et gardoit encore une certaine fille chez lui pour ses derniers plaisirs. Le curé de Saint-Séverin l'en avoit fait sortir à PAques dernier. La tille h^ poursuivoit partout, et demandoit qu'il nourrit des enfants qu'il avoit d'elle. Le p;q>ier est venu sur cela. Voilà bien des raisons pour ])erdre sa raison et pour S43 tuercjuand on l'a perdue. Le Parlement a cessé tout d'un coup les procédures qu'il avoit commencées, quand il a su tous c^s faits.

Sf)isso!«s. — PhTirriKi). — Le nouvel ouvrage de M. de Sfussons , dénoncé à la Sorbonne et supprimé par ordre de la cour, a engagé les ap[M'lants ,\ faire paroi tn» un excelbtfit ouvrage, que M. Petitpied avoit fait, dès l'annéf; 1719, contre les premiers avertissements de cet évéque, el qui est imf)rimé «n (bnx parties en cette même

année 1719, quoiqu'il ne paroisse qu'aujourd'hui. Cela est précédé d'un Avertissementj de quatre-vingt-deux pages, écrit dans un style très-vif contre le dernier mandement de M. de Soissons, etoùon fait l'histoire de ce qui s'est passé en Sorbonne à cette occasion. Ce mandement n'est point un mandement , mais une copie de deux lettres écrites à M. de Boulogne, qu'il a jugé à propos d'adresser à son clergé. Ce n'est point, dit-on, un auteur qui parle avec précision et justesse , un auteur exact et judicieux qui porte la lumière dans l'esprit de ses lecteurs, c'est un écrivain confus qui brouille tout, qui chicane partout et qui s'égare sans cesse. On ne vit guère en même temps plus de fierté et plus de foiblesse , une affectation de confiance plus excessive jointe à un égarement plus continuel. Il en sera de ses écrits comme de ceux de feu M. l'archevêque de Cambray, auxquels ils ressemblent assez, par une certaine éloquence de sophiste qui en fait tout le prix , etc. On rapporte (p. 80) un endroit très-beau, tiré de La Perpéluilê de la foi (t. I, liv. XI, ch. 8), qui distingue les caractères delà vraie et de la fausse éloquence et qui mérite d'être lu et relu. — Pour l'ouvrage de M. Petilpied (1), qui suit cet Averlissementy c'est un chef-d'œuvre de critique, nette, simple, vraie , et qui ne doit pas faire plaisir à l'éloquent prélat ou à celui qui lui prête ces paroles nombreuses et abondantes, et ces phrases recherchées dont ses mandements sont remplis. J'ai appris qu'un M. Ericard , chanoine de Soissons, lui ayant fait quelques objections sur ces mandements , après en avoir été bien pressé , jamais le pr«'lat ne lui put répondre, et le chanoine connut bien qu'il n'étoit point l'auteur de tous ces ouvrages qui paraissent sous son nom. Cependant, il est juste qu'il en

(i) Nicolas Petitpif*!, docteni de Sorbonno, mort vu I7'é7. Voir sur les porséciilionR que s»s opinions jansénistes exalU'ps attirèrent à ce Hocleiir les Mémoires de Maurepas^ II, 180.

Ii3 MIMOIIUS l>l MAlllll r MAKMS.

ailla lionU» , comme il «n aiiroit ia i;loire s'ils étoient Ikhjs.

27 mut. — Ahhkf. — Agknts di: ciiangk. — On a piihlié divers arrêts : l'un du 17 mai, qui rétablit les agens de change en charge, comme avant Tarrét de suppression du 30 aoiU 1720. Ils étoient créés parédits de décembre 1705, août 1708, mai 1713 et novembre niV. (Droit 50 sous par 1 ,000 liv., 25 sous parle prêteur, 25 sous par l'emprunteur, et pour les prêts en marcbandises, demi pour cent de la valeur.

Autre arrêt du 18 niai, concernant les actions intéres>ées qui avoicnt été déposées dans les provinces aux directeurs des C()m[)tes en bancjue.

liiLLHTS VISÉS. — Autre, du même jour, qui ordonne (jue les récépissés des billets de 1,000 liv. et de 10,000 liv. donnés parles directeurs des comptes en banque dans les provinces pour être convertis en actions et dixièmes seront visés par les commissaires.

Mercredi^ 31 mai. — Lechevalikh dk Breteuil. — Le chevalier de lireteuil s'est battu dans la rue de Uichelieu contre le chevalier de Gravelle (Ij, officier aux Gardes, qui a tué Bn?teuil d'un coup dans la goriie qui a passéjus- <ju au co'ur (2;. llsavoient eu , il y a trois ou (piatre mois, un démêh*. Breteuil , mauvais plaisant, lui avoit dit (pie s'il alloil chez lui, il casseroit ses glaces comme celles d'un ogioteur, et poussa très-loin cette plaisanterie, (iravelle alla chez Breteuil !<• lendemain poui* lui demander salisfaction; il ne lui en voulut pas faire ni se battre. Sur quoi («ravelle lui donna quehjues coups de canne dans son lit, dont Gravelle se vanta à (jui voulut l'entendre. Depuis ce temps, le chevalier de Breteuil n'étoit souffert de |H-rsf)nne ; il avoit été obligé de se défaire de sa com- |Mignieau\ Gardes; sa famille lui .ivoit fait faire ses vœux

n) Voir Mir « duei Saint-Siinoo, XI, :»'.>8 et Uarbicr, l, 133.

JUIN 1721. i;,3

dans Tordre de Malle, et enfin, plus par désespoir que par courage, il s'est l)attu, a attaqué Gravelle, qui passoit dans un fiacre, qui est descendu de sang-froid, et qui, d'un coup d'épée, a envoyé Breteuil au pays d'où personne ne revient. Avant de mourir, il éloit plus d'à demi-mort; il ne savoit ce qu'il faisoit, et est mort déshonoré à la grande honte des Breteuil. La maison qu'il occupoit s'est trouvée vide. Le curé de Saint-Sauveur l'a enterré, à la prière (le l'abbé de Breteuil, son frère , maître de la chapelle du Koi, qui ne devroit pas occuper une place que l'on a vue remplir par un archevêque de Hheims, duo et pair de France, et par un cardinal de Polignac. Le i*arlement veut informer comme de duel, et les Breteuil ne seroient pas fâchés d'avoir un duelliste dans leur f.imille. Défunt poltron aimoit fort une mademoiselle de Chaige, ou Hamelin, fille d'un fermier général (dont la mère avoit épousé en secondes noces le comte dUzès et n'avoit pas autrefois déplu ;\ M. de Chamillard , dans le temps de son ministère). Cette lille, qui est riche et bien faite, avoit bien mal placé ses amours. Mais un mauvais plaisant est assez du goût des femmes, (jui aiment mieux être amusées qu'aimées. — Note postérieure. Elle a depuis passé à Baili-Desches, qui , après lui avoir fait un enfant, l'a épousée, et ils se sont donné tout leur bien par le contrat de mariage. Mais après la mort de Baffi , cette donation a été cassée par arrêt de la (lourdes aides, qui a paru singulier, et qui doit faire peur à ceux (pli épousent leurs maltresses.

1" juin (2, 3, V. ) — Camaldiles. Grosbois. — J'ai été pend mt quatre jours à (irosbois, chez M. liernard , maître des requêtes, où je me suis reposé, et j'ai été voir la solitude des C imaldules, où j'ai vu les ccUulcs et

IJ4 MKMOIUKS ni MMIIII.r MARAIS.

maisons (lu prince Ka^ot/y (1), (iiii est retourné en Hongrie, et du maréchal île Tessécjui a pris une retraite (2). I^ vie de ces Im^us solitaires est bien dure , et plus austère que celle des Chartreux. M. de Fieuhei est enterré h». Il s'y étoit retiré sur la tin de ses jours (3). Les bois qui les entourent sont charmants. Dieu y est servi dans une grande simplicité.

20 tîwi. — V. Charles. — Skpakation. — La transaction entre M. le prince Charles et M™'' d'Armagnac son épouse, qui contient leur séparation de corps et de biens, a été signée par eux et par leurs parents des deux côtés. Elle est par articles, comme un contrat de mariage. De la part du prince Charles, il y a eu pour témoins M. le maréchal de Villeroy, gouverneur du Koi, oncle maternel, M. le prince de Lambesc, neveu; et il y avoit encore la procuration de M. l'évoque de Bayeux, frère du prince, et de M. le duc d'Klbeuf, chef de la maison de Lorraine en France. De la part de M """d'Armagnac, il y a eu M*"' la maréchale de Noailles, aïeule, le duc et la duchesse de Noailles, père et mère, le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, grand-oncle , le duc de Gramont, le maréchal d'Estréesetle marquis de La Vallière, oncles ;\ cause de leurs femmes. Les notaires sont : Lefèvre et Ballot. Lefèvre a la minute. Je ne m'altendois pas que le Girdinal, (jui a fait le mariage, signeroit ce démariage ; mais il signe tout ce qu'on veut pour et contre, et j'ai su du notaire qu'en signant «t lisant Tendroit qui porte la restitution (h.* la dot. il dit : « Chacun le sienn^est pna tropj )» ce qui est une grande puérilité dans une affaire de cette importance. Nous avions mis la dernière main à cette transaction, M. le lieutenant civil et moi, la veille,

''I » Voir *»ir Ragot/y, If c^U'hrr flirf »Îp la Rrande in«»iiVr(Tllon 1ionjir<iiHo, Ktmt-.Simofi fl Quinte annrrs du irgn*' '/^ fn>ii\ V/l. p.ir 1 Mord, I. Il, ch. XI. (p. 19).

(?) Voir «ir ril|p rr-lraili» du man'-clial d»; TebW', L<Mi»<>i»l4'>, II. IHl, i *^ainl-Simoii Ml, .Hi.

et il arriva que M'"*^ la lieutenante civile accoucha^ avec grande peine, d'un fils pendant que j'étois chez lui. H ne reste plus à cette transaction que la cérémonie de la faire homologuer au Parlement. Elle a été homologuée par arrêt du 30 juin suivant.

6 juin. — D'Argenson. — Estampe satirique. — On a gravé une estampe sur la mort de M. d'Argenson (t). 11 y est représenté en robe longue de Garde des sceaux et avec une perruque très-noire. Un diable avec une masse et un flambeau marche devant lui, et le mène aux trois juges d'enfer. Un autre diable avec une masse le suit et lui donne des coups de pied au cul et des coups de la masse pour le faire avancer; et un autre petit diable lui porte la queue de sa robe. Dans le fond , on voit sa bière renversée à coups de pierres par les harangères de la Halle. On le voit dans différents petits tableaux; tantôt assis, avec des filles au-devant de lui qui lui comptent de l'argent, avec ces mots : Conlrihution des filles de joie; tantôt en conversation avec des religieuses avec ce nom : M'^'' du Trainel. En un autre endroit, Law, qui a sur son visage un as de pique, habille la France et l'Ombre la déshabille, et à côté, un diable avec ce titre : Faux arrêt. Et dans un fond , on voit des roues et des potences, et deux hommes avec une torche au poing faisant amende honorable et leur nom au-dessus : Le Normand et Gruet, qui sont deux hommes qu il protégeoit, et que la Chambre de justice avoit condamnés. Au bas, il y a l'Ombre inique condamnée par Minos, Eaque et Radamante. Cette estampe a été vendue publiquement, mais tout aussitôt supprimée , avec des ordres très-rigoureux. Voilà une vengeance pubHque qui ne lui fait pas grand mal.

Pape. — On dit beaucoup de bien du Pape; il a bien des neveux et des nièces ; mais il ne veut pas que sa famille se mêle du ministère. Home est bien aise de voir

(1) Voir Barhier, I, I3i.

lo»> MKMOIKKS DK MATlUKi: MAllAIS.

un paiM- |>rii)ce vi ïmvou romain; elle no Taviul \ndv lonirltMiips. Il est canlinal du 7 juin 170(). Il a deux fr«'rt»s. le duc de Poli, et un religieux hénédictin ; une sirur, veuve du duc dWqnasporta ; trois neveux, iils de son frèit*; une nièce, épouse du duc Sforza Césarini ; trois neveux, fils d'une sœur qui a épousé le prince Kaspoli, el deux enfants ou neveux du dur dWcpiasporta. Matière de népotisme.

VoLFiRs. — On s'est saisi de plusieurs voleurs au faubouriT Saint-Germain; le chef, nommé Cartouche (1), homme hardi, a tué deux ou trois archers, s'est dépouillé, a monté par une cheminée, et s'est sauvé, à dix maisons de là, par une porte qu'il s'est fait ouvrir par force. On le prenoit pour un diahh» qui voloit sur les tuiles, et il court encore.

Co.NSKiL DE SANTÉ. — Il v a uu couscil de santé établi au sujet de la peste. 11 se lient tous les lundis par les princes du sang, le maréchal de Villeroy, le chancelier, le contrôleur général, les secrétaires d'État et le premier médecin.

M. le P. Dodun et M. Lepellelier de Souzy, fils du contrôleur cénéral, nommés commissaires des finances, avec .MM. d Ormesson et de (iaumont qui le sont déjà.

I'rinck I)K Modknk. — Le prince de .Modène el sa femme, qui avoient lait la belle équipée de sortir do leui-s Ktats, y retournent, et l'affaire est accommodée |Kir la médiati(»n de M. de Cliavigny, envoyé à Gènes, (pli les remènera dans la maison de leur père. C'est un lour de jeunesse dont ils se souviendront longtemps, et cpii pourra bien leur coûter 1>oq dans un pays où on ne se venge pas après la mort, comme en France.

.NOI VH.I.K TRACASSKIUi I)A\> I.K.s AMOl Hs DL PaI.AIS-

RoYAL. — L*: Uégenl a congédié M""" de Parabère, et lui

(i) Voir, Mir ce brigan*! célebrr, Cartouche, par U. Maurice, Târu, ISCI.

a conté tout doucement le mot de Mahomet II, qui dit à sa maîtresse : « Voilà une belle tète, je la ferai couper quand je voudrai. » Ce trait historique ne plutpoint à la dame, qui est partie pour Beauran, auprès de Beaumont (1), et qui, de là, doit aller dans une terre plus éloignée. On parle beaucoup de xM™^ d'Averne (2), femme d'un officier aux gardes, qui est très-belle, et que le Régent voudroit avoir. Les articles sont proposés, mais non encore acceptés. Cent mille écus pour elle, une compagnie pour son mari. Tout cela ne la gagne point, et elle s'en va à Averne pour l'été. A ce qu'elle dit, c'est un rocher ; mais La Fontaine dit :

Rocher fùt-il, rochers aussi se prennent.

Ainsi le Kégent demeure veuf de maîtresse. On dit qu'il a découvert que iM™^ de Parabère enlretenoit toujours correspondance avec le chevalier de Beringhem, par le moyen de M. de Breteuil, intendant de Limoges, qui lui envoyoit les lettres du chevalier dans ses paquets. On trouve ces Breteuil partout ; mais ils ne se mêlent pas de bonnes affaires.

Bouillon. — Comtk d'Évreux. — Le vieux duc de Bouillon, àgédequatre-vinLjt-deuxans, est très-mal. il a envoyé quérirlecomte d'Évreux, son fils,àqui, après l'avoir fait attendre trois ou quatre heures, il a fait dire qu'il ne le verroit point, àmoinsqu'ilne lui donnât un blanc-seing pour accommoder l'affaire qu'il a eue avec le duc d'Albret, son frère, au sujet de la terre de Tancarville. C'est M"*^ de Bouillon et les dévots qui ont joué ce tour. Le comte a pris conseil du maréchal de Villeroy, qui lui a dit de ne point donner ce blanc-seing, que quelque moine pourroit remplir contre lui. L'affaire se plaide à la (irand- Chambre. Le duc d'Albret veut avoir par retrait cette

(1} Cptl<; lerre ap|iarlienl ctuore à la rannllf.

(2) Voir, sur Madame ci'Averne, Les Maîtresses du Hcyent, Dentu, I80i.

IM MKMOIKK-S DK M ATIIIKH MARAIS.

icrrv, tjui nosl pas un propre, mais qui peut être retirée en Normandie comme acquùt. Le comte Ta vendue à Law. Le contrat a été i-ésolu iaule de paiement. Depuis la résolution, le retrait a été fait. Voilî\ le proci^'s. Le comte d'Évreux ne veut pas perdre une terre de 35 à V0,000 liv. de rentes, que son frère lui veut payer en billets de banque, et la cabale se mule pour la lui faire perdre dans le temps (pie le procès va se juiier. On crie qu'il refuse son p» ro à 1 article de la mort, et il dit qu'il ne refuse pas d'avoir pour jui;e son père, qui ne le peut pas juger en l'étal où il est. C'est une injustice do dévots et de courtisans mêlés ensemble. Depuis, le duc de Bouillon a vu ses enfants ensemble et ne leur a parlé de rien.

DiALOGiE DKS MORTS. — Lcs jauséuistes, qui se voient exilés de tous les côtés, ont fait un Dialogue où ils font parler le défunt V. LeTellier et M. Uaveclict, syndic de Sorl;onne, mort à Rennes. Ils délient la Kégence d'exiler ceux-là. La matière roule sur les appels au concile; il y a de bonnes autorités, tirées des Cupitulaires, et on y agite la (|uestion des appels interjetés avant le concile de Trente et que ce concile n'a pas jugés. On demande ce qu'ils sont devenus, et la réponse est qu'ils subsistent toujours et qu'il y en a plusieurs à juger au procbain concile. Cette matière est curieuse et nouvelle.

Dlc i)¥. LA F(iRc:K, Cassation. — Le duc de la Force, qui voit que le Parlement prend sérieusement son affaire, s'est pourvu en cass<ition au Conseil de toutes les procédures criminelles faites contre lui, et prétend qu'il y a plusieurs contraventions à l'ordonnance. Il y a un bureau jMiur r«;tte cassation dont M. d'Armenon ville est le rap- |Mjrteur. MM. de Labourdonnaye, Fagon, de CluYteauneuf, comm., elc. L'i requête est imprimée et a été pnV'nlée au roi le 20 mai. On l'envoie dans toutes les niai«if>ns. Li principale nullité est, A ce qu'il prétend, qu'il n'y a iK)inl de corps de délit, et qu'on n'a point fnit (\p procM-verbal des marcbandises (|ui le constate,

JUINJ1721. 159

et que ces marchandises, ou le procès-verl)al, n'ont point été représentés lors de Tinterrogatoire. Il impute une animosité au Parlement, et dit que l'honneur que le Uégent lui a fait de le choisir pour être du secret de ses conseils, ou la conduite du Parlement n'a pas toujours été approuvée, a mis le comble à cette animosité. 11 parle mal du P. P. Il critique les dernières remontrances, en ce qu'elles font mention des anciennes remontrances auxquelles le Uoi n'a point eu d'égards. Il ne pense pas à l'état où la France est réduite aujourd'hui, parce que hi conduite du Parlement n'a point été approuvée, et que ses remontrances n'ont pas été suivies. Il ne pense pas aussi qu'on ne peut pas imputer une animosité à tout un corps , à tout le corps de la Cour. Et quant aux nullités sur lesquelles il demande la cassation et l'évocation au principal, sauf aux autres parties à procéder où et ainsi qu'il appartiendra, cela est contre l'ordonnance, qui défend de juger un des accusés sans l'autre, et la procédure ne peut pas être bonne et mauvaise en même temps. Le Mémoire pour consulter contient très- nettement, et par dates, toute l'affaire du duc de la Force. La consultation est d'avis de la cassation. Elle est signée : de Sacy, du Portault et Thierry, et datée du 18 mai 1721.

Ojum. 10-11. — Amours DU Régent. — Le Régent poursuit sa proie, et l'aura. Il a été chez Ariague, son trésorier, où il a trouvé madame d'Averne et son mari et d'autres dames qui étoient prêtes à souper. Il leur a fait compliment , a dit qu'il vouloit rester avec eux, et faire apporter son souper, ce qu'il a fait, et on s'y est fort réjoui.

Et Bacclius et Céres, de qui la t'()m[>agnie -Met Vénus eu train bien souvent , Kureot de la cérémonie.

Le lendemain 10, lacorl)cille a été envoyée, comme pour une noce. Il y avoit des pierreries et de l'argent, et cela

160 MKMOIKKS DK MATHIKU MARAIS.

n achevé la capitiilalion. On a a[)pli([iic î\ cotte aventiiro rih'mistirhc do N ir::ilt' :

^ (iciiis (iescensus Jveî'fiù

Kl le rameau d'or i[\.w la sil)ylle montra à Enée, sans lequel on n'y pou voit entrer :

Hoc tibi pulchru suum fcrri Proserpina )nunus

insfituif

Carf^e manu namque ipse rofens facilis que sequetur.

Le soir, les doux amants se sont trouves à la Hoquette, dans la maison de Dunoyer, qui étoit autrefois dans les vivres, et on y a passé une partie de la nuit, et, le lendemain, le Uégent dit à ses amis : u Je suis arrivé. » La dame s'appelle de Brégy , en son nom, est lille de condition, jeune, belle et bien faite. Son mari s'ai)pelle Ferrand d'Averne, et est lieutenant aux (iardes. 11 a l'incommodité de tomber du haut mal; cocu de plus, non pas d'aujourdliui, caria dame étoit maltressedu marquisd'Alincourt, (}ui est au désespoir de cette quitterie, et qu'on a entendu dire aux Tuileries au comte de Brégy, son frère : " La f... m' avoil promisse n'en jawais rien faire, el quelle aimerait mieux coucher avec un Savoijard quavecluiy » en parlant du lU'gent. Le maréchal de Villeroy en a fait ses conq)liments au pririce, et a dit (pie cela alloit renvoyer le manpiis d'Alincourt (son petit-fils) à sa femme, M"' de Bouftlei-s, cpi'il a «'«pousée d<'puis peu, et racconimoder un ménage en en brouillant un autre. Voilà comme la (Bourse joue de la débauche. Le mari est tréscoiitent et a eu aussi sa corl>eille. La famille de la dame est tnVfàchée, mais cY*sl une affaire faite. 11 en laut revenir à ce (jue disoil le duc de la Feuillade : «< // n'y a %i bonne famille où il n\j ail des p.... et des pendus. » 12 juin. — \ji manpiis de Ne.sle (1) a été nommé pour

(I) Père dMqualrr uiiir» mititit^t^f* de Loiiin XV.

fUïN I7Î4I ' 161

poiter la queue du uianteau du Roi à son Sacre, auquel on songe déjà. Il ne la portera que le lendemain, à la cérémonie des cordons bleus. C'est le prince Charles qui la doit porter lejour du Sacre. Le marquis dWlincourt espéroit avoir cet honneur, mais on lui a ôté tout, jusqu'à sa maîtresse, et un malheur ne vient jamais sans l'autre. On a fait porter au marquis de Nesle d'autres choses qui lui ont fait obtenir cette faveur, et celles de sa femme n'y ont pas nui. A cela est attaché de droit le cordon bleu.

Ditnancfie, ikjuin. — D'Avernk. — Le Régent est allé à Saint-Cloud l'après-dînée avec sa nouvelle maîtresse. Elle a paru publiquement dans les jardins avec lui, dans une chaise découverte, et la dame s'est bientôt défaite de toute honte. Madame, qui est à Saint-CIoud, n'a pas ignorécette promenade, quoiqu'on l'ait évitée. Les princes ne peuvent pas avoir de plaisirs secrets, et c'est un des malheurs de leur condition. On a dit que, de même que le Parlement n'a pas voulu rentrer dans Paris qu'après que Law en seroit dehors, ainsi madame d'Averne n'a voulu se livrer qu'après que madame de Parabèrc seroit chassée. Ainsi elle a le triompha entier.

10 juin. — Le mardi 16 juin, à l'Opéra, elle a [);iru, dans la log*e du Régent , très-parée, à la face de tout Paris; elle avoit pour compagnie madame Dodun, cpii est très-jolie, femme d'un des princi[)au\ officiers du Régent, el(|uiserasa complaisante. Elle a aussi des amants, et cela fera la partie carrée.

Habits dk NOKrns. — On a vu à l'Opéra et aux Tuileries des hal)its d'un goût nouveau. Ils sont tout !)rodés de nœuds de soie, que les dames ont fait tout cet hiver pour les hommes. Il y en a de toutes couleurs ; les vestes et les bas sont brodés de même. On demandoit aux diimesà cjuoi servoient tous ces nœuds, que l'on regardoit comme un amusement d'enfant, mais elles avaient leur dessein, et puisqu'elles ont habillé les liommcs , il faudra bien (pie les hommes h; Irur rendent. On a Illl^ «le ces

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