‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 4)Chapitre 39 sur 55 · T. II. I I · texte numérisé non relu

T. II. I I

IF? MrM(^inF.s ni mmiiiii' \ivn\is.

u<»»uil> jii»i»|U(' sur l«'s harnois dos chevaux et on en a vu à ceux de M. de Mislay. eons« iller au l^arlenient , (jui cs\ superÏH» en «''quipaues, et dont le mérite est borné là.

\{) juin. — PiuKiKSSio.N ui: SAiNT-SrLPiCK. — Le jour de la |K'tite Fête-Dieu , le roi a été voir passer la procession de SaintSulpice au Lu\end)ourg. Elle a passé devant V Hôtel des ainhassadenrHy où est ranihassadeur turc, (jui a vu la procession parles fenêtres, avec toute la décence et le respect qu'on eiU pu demander à des catholiques. Il n'a pas fait comme un prince de Hosse. luthérien, qui est ici, et qui s'est fait chasser de la cha[)elle du roi pour n'avoir pas voulu se nn^ttre à izenoux au lever-l>ieu I .

18 juin. — La Fouck. — J'ai appris cpie le Duc de la Force a été débouté de sa cassation hier au bureau où elle a été rapportée, mais c'est encore un secret. Il n'a pas eu une seule voix pour lui.

L'ambassadeur turc doit donner un concert en musique turque, sur le théAtre de l'Opéra, avec des musiciens qu'il a amenés de son pays, et ensuite il y aura un grand liai. Nous verrons ce que l'on dira de cette musicpie. ils ont des castrats comme en Italie, niai^ je les crois plus employés au sérail «pTà ch-uiter.

F.IMTAI'HE 1)11 OABDE DBS SCKAl \ d'aRGENSON.

(li git CT elîpf de la justice, Ivoquel maltraitant les p....

Va \iv.'iiit parmi les nonaiiis A (wri par la chaiidc p

VI M H AIN SI II yiiATHK l'KHSONMs

Dt* I^w nvoir fait un papiste.

Du cardinal un apostat, llu r\uiuT\\fr un sc^lrrat >'etl-c«; pa» «Uro bon chimiste?

I Vijtr tiir c^tl« «vrnlurf Mailarnp, II, .171

DArgenson. — Ce jour, MM. d'Argenson frères el madame de Collandre sont convenus d'exécuter le testament du Garde des sceaux, leur père, autant qu'ils le pourroient, et de se faire justice sur la succession de madame leur mère, qu'il paraissoit avoir oubliée. On a fait des états des deux successions. Le fils aine a toutes les terres deTouraine. Le puîné, une terre en Berry, la charge de chancelier de l'ordre de Saint-Louis, l'hôtel d'Argenson à Paris et toutes les autres maisons. M'"^ de Collandre a tous les lueujjles, la vaisselle d'argent, la bibliothèque et un contrat sur la ville. Il lui reviendra plus de 2^0,000. liv. Sur-le-champ, la bibliothèque a été cédée à Tainé pour li,000 liv. Cela s'est passé chez M. Berruyer, mon confrère, où nous avons fait plusieurs assemblées. J'étois pour M""' de Collandre ; M. Barbier pour le puiné, qu'on appelle le comte. L' aine est le marquis et a, en effet, le marquisat d'Argenson. M. l'archevêque de Bordeaux , frère du Garde des sceaux, s'y est toujours trouvé. Le Palais auroit bien voulu juger ce testament, qui éloit assez bizarre , mais il ne le jugera point. Le puiné, qui est intendant de ïouraine, a trouvé moyen de se faire donner sa charge par le roi, et son frère n'en a que la décoration. C'est un tour d'adresse qui s'est joué dans les derniers jours de la maladie; mais cette charge, créée par un édit que le Parlement n'a pas voulu registrer, et qui donne des ornements militaires à des gens de robe, pourra bien être supprimée à la majorité.

LnTliéatin, (jui le voyoit souvent, m'a dit qu'il négligeoit tout [)our avoir le plaisir de causer à la griHe de la supérieure du Traisnel, dont il ne pouvait se détacher; (pi il éloit incessamment pendu à cette grille, (ju'un jour il lit attendre les États de Languedoc jusqu'à dix heures du soir, à la tète desquels il y avoit des archevêques et des évoques, pendant qu'il étoil au parloir A s'amuser; (pi'il entendit les harangues très-attentivement, qu'il y répondit sur-le-champ avec unr <»lo(pienri' et unr pré-

,04 M!M()|l\FS hl MMIIir.l MAUMS.

seuce d ehpnl inervcillcusiî» it nuiuv avec beaucoup de grâces; que cela lit oublier la inalboniuMetc (ju'il avoit eue, el c|u'il rett>urna Ineii vite à son parloir, pour voir son amie vi acbever sa journée. Sur la lin de ses jours, il ue voyoit personne, sous prétexte qu'on le faisoit parler; uiaisson enclianteresse le retenoit, et lui tenoit lieu de tout. Outre les 6,000 liv. de son testament, il a donné 15,000 liv. au.xThéalins, pour servir A la décoration d'une chap«'lle . par une donation à cause de mort que nous avons trouvée nulle, et il vouloit (lu'on y ndt une inscription qui porteroit (ju'ilavoit l'ait ce don dans la munie êf^lise où le Kéuent avoit fait d'augustes libéralités et pour en mar<|uer la reconnoissance. (Donation du 2i mars.) Sole. Il y a une fondation de trois grandes messes, dont 1 unt.' le jour de Sainl-Pliilipi)e , fêle du Uégent. Il et»l dit dans cet acte que le Régent avoit donné 150,000 liv. en billets de banque pour bâtir cette éî^lise , mais les billets ayant mal tourné ^ l'église est restée fermée à demi faite, el c'est un monument subsistant dans Paris de la ruine que le papier a causée.

21 juin. — La Forck. — On a su publiquement que le Conseil n'a point admis la cassation du duc de la Force, malgré les pbrases académiques de son confrère, M. de Sacy, avocat au conseil, de T Académie françoise, qui a dressé sa requête. Le Parlement a commencé à travailler à la confrontation des témoins, et les gagne-deniers de la Douane ont été confrontés au Duc. Voilà la pairie bien liumiliée, mais il faut remplir les formalités. AHlcr hac Macra non cotislant.

Li marc|uise deCaumont, belle-sœur-du duc de la l-orce, qui a prés de ciiKjuante ans, vient (Y accoucher de deuj (jurions en un jour. Ils virnnciil au monde dans un mauvais temps puur voir le désbonneur de leur maison. Celle l>elle-î»4L'ur est une lille de condition , «jui n'ayant rien, avoit é|>ousé en preini«'Tes noces Micbel de la Brosse, grci» caissier, dont elle est devenue veuve sans enfants.

ir IN 1721 165

Elle a mis la main dans la caisse, et a épousé en secondes noces le marquis de Gaumont. Ses enfants auront le duché, car le duc de la Force n'en a point eu, et n'habite point avec sa femme.

Vn courtisan faisant sa cour au Régent sur ses bonnes fortunes, il a dit : «Pourquoi n'en aurois-jepas?Le président Hénault et le pelit Pallu en ont bien. » (L'un est président des enquêtes, Tautre conseiller au Parlement, et ils ont tous deux bien de l'esprit, mais ne sont pas taillés en gens galants.)

La peste est àlaCanourgue, dans le Gévaudan, et cela fait grand' peur. 11 y a à Dijon des clous malins qui se sont communiqués. L'ancien évêque d'Autun a ordonné une fête pour le 20 de ce mois, une procession solennelle du Saint Sacrement et un Salut pour détourner le mauvais air de dessus la Bourgogne. Nous voyons avancer ce fléau, mais il faut espérer que le ciel le détournera.

L'aml)assadeur turc a été à Versailles. Il a été enchanté de la magnificence des bâtiments, des jardins et des eaux. Le marquis de Villars, fils du maréchal, a eu dans la foule un coup de hallebarde sur la tête par un Suisse et a pensé être tué. C'est un fils unique. Cet ambassadeur est fort aimé des dames (1) . Ils ne disent pas en turc, le dieu d'amour, ils disent \e prince de cela , et cette principauté vaut bien la divinité.

La Forck. — Il paroit un mémoire manuscrit, pour répondre à l'imprimé, en trois colonnes, du duc de la Force contre les remontrances du Parlement. Il est du style de Tabbé Mainguy, conseiller de la (irand'Chambre ; ce mémoire est plein d'une ironie fine et d'une louange maligne du Duc, ce qui étoitle grand art de Saint-Evremont, dont le caractère ne paroit original que dans les pièces de ce genr^. On y dit que le public a obligation au duc puisqu'il n'a pas monopole le blé et le vin , (pi'il

(1) Kt son (ils eiicon' «lavanlajte. \ . Madame, \\, 1,110.

166 MF.MOIRKS DK. M \ 111111 MARAIS.

a laissé les alimenl>; i|u'i)M n.' jXMit pas faiiv im inono- \H>\e plus nolilt' (jiie de faire venir ilu thé du Levant, des porcelaines du Japon , «'t «lu miroholan des Indes, cpie les rtMUtHles usent pins le corps ipiils ne le guérissent ; qu'il a amassé des droL;ues pour certains maux rpi'on ne s'exiK)sera plus à i:ai:iier quand les remèdes seront plus chers; (jue la di^trihution en devroit être mise entre les mains de gens cpii connoissent le point (riionneur, et autres traits piquants tju'il faut voir dans ce mémoire. Il paroit depuis plus d'un mois, et avant la cassation demandée et jugée. Ce duc est exposé à toutes sortes de hontes puhli(jues et parliculières. Kl il paye cher ses réalisations.

Les .Vnglois réduisent le bien des directeurs de leur Compagnie du Sud chacun ;\ une certaine somme. Ils leur laissent pour vivre et retranchent tout le reste. C'est une Chamhre de justice abrégée, qui devroit bien s'exercer en France contre tous ceux qui ont [)illé la nation.

L'affaire de la Conslitulion se renouvelle tous les jours. On a exilé le supérieur des conférences de l'église de Saint-Laurent. L'abbé Cou(M en a ouï un autre, qui a dit, en conférence, que le P. Quesnel était un homme à jeter par les fenêtres. Les clercs ont dit qu'ils ne l'écouteroient pas et en demand^mt un autre. Les exilés , dans les diocèses molinistes où ils se trouvent, sont tourmentés, et on les veut faire rétracter leur appel. Un dominicain ])réchant à Liège contre la (gazette moliniste (jui s'y imprime et <|ui est pleine de calomnies, un laïque s'est levé et a dit : «Avec votre permission, mon père, vous protégez donc les ap|)elants? » — Il y a un procès contre l'imprimeur de ci»tt#' Gazette, inti-nté par l'alibé d'Orval, qui .se plaint des calomnies (ju'on y a mises contre lui et ses religieux. Ce sont les jésuites i\\n ont inventé cette Gazette pour faircî contre celle de Hollande , où les nouv«îIles des Jan- •énisle^ îK)nt toujours très-exactement rapportées.

Ij* l*ape a été a^Tégé à la noblesse vénitienne, ('/est un hnnn*Mir |K)ur tous les deiiv. Il a ordonné au cardinal

lUlIN 1721. 167

Albéroni de sortir de Rome, jusqu'à ce que son procès soit jugé.

Il y a eu un concert , qui n'a point été turc , et grand bal masqué au Palais-Royal, la nuit du 21 au 22. Toutes les femmes y ont couru et les hommes les y ont suivies : on est ruiné et on danse. Voilà les François.

Billot, DE la ville d'Usez. — Les paris ont été jusqu'à 200,000 liv. Il a plu le jour de Saint-Gervais, et pour vérifier le proverbe qui dit qu'il pleut VO jours après, il s'est fait dans Paris des gageures considérables pour et contre la pluie. Il y a un pari de 15,000 liv. d'un seul liomme. Billot, delà ville d'Usez (les parisoatété jusqu'à200,000 liv., Francine en a eu 10,000 liv.), qui parie pour la pluie des quarante jours, et qui perdra ses 15,000 liv. le jour qu'il ne pleuvra point. Tout le monde parie, qui plus , qui moins, c'est une folie nouvelle et il faut toujours en avoir quelqu'une.

L'évêquedeSoissonsa demandé la place de l'Académie françoise qu'avoit M. d'Argenson. L'évèque de Blois (Gaumartin) s'y est opposé, et a dit pour raison que M. de Soissous avoit écrit personnellement contre le cardinal de Noailles; que les Noailles étoient alliés aux Richelieu; que le cardinal de Richelieu étoit fondateur de l'Académie ; et sur cette généalogie, il a conclu à Pexclusion du prélat , dont l'élection a été remise à une autre fois.

Mailly-Di BUKLiL. — Maill y-Dubrcuil , receveur génélal drs iinances de Tours, marie sa iîlle au vicomte de Ta vannes. Il en a déjà marié deux; l'une, au comte d'A..- , l'autre à M. de Greil , maître des i'e(juêtes.

Ges Mailly se disoient de la maison de Mailly, mais par un Ijel arrêt, ils ont été déclarés paysans et défenses à eux de mettre le />eetdese dire de cette niaison. L'arrêt a été imprime depuis peu. Pour s'anoblir, ils prennent les Tavannes.

M. Sonnis , receveur général des finances de Paris, donnesa fille, qui est belle, à .M. (iarnelot, de Rouen, (pii

16g MKMOIUhS DK MAIHIKI MAIl VIS

C5t tîaiis la jjPiuînrimM'it'. \a- i omte tlo lUoin [dv M"" de Brrrv souKùt ri-poiiMT, mais il se réserve pour i;jilant. Autre uiiriaire de M"" de Chaiii|)ii:iielle, fille du marquis de Cliauipiirnelle, avec un M. de Dampieire, capitaine de vaisseau, qui est fort riche, et la demoiselle peu, mais elle est belle et hien faite.

±2 juif — <^n a appris (jue la duchesse de Modène est retournée à Modène le .") juin , mais l'alTaire n'est pas accommodée, et son mari n'est pas retourné. Voilà de cpioi l)ien regretter la cour de France, ce riche lieu. C'est une étjuiNoiju»* sur le nom de ce duc (jue Ton croyoit de ses amis.

LV'Vètjue de Soissons fait signer une souscription dans son diocèse pour acquiescer ù la Conslilulion et tenir les ap|>elants pour hérétiques ; mais elle ne durera pas longten)ps, ciir les arrêts empêchent ces sortes de souscriptions et les défendent aux évêques.

Le privilège du nouveau Mercure a été accordé par le Régent au S^ Dufresny, qui Ta composé dans le commencement de la Kégence , homme fort extraordinaire, poète, peintre, jardinier, et (jui a un grand goût pour les parterres, et avec cela très-mal à son aise. Il a cédé son privilège aux sieurs Fuzelier et La Kotpie. Ce Fuzelier a hien de l'esprit , mais trop satiricpie pour un ouvrage publie. La Koque est un officier de guerre , gendarme, qui a fait ({uelr|ues ouvrages. I^e Mercure va(juoit par la mort de Tabbé Buchet, arrivée le 30 mai, ipii a eu beaucoup de désagréments dans cet ouvrage [)ar les censures (]ui en ont été faites, et mème,dit on, [)ar(|uel(jues eoups qui lui ont été donnés. Le Mercure de m.ii, doinn' depuis sa. mort, contient les provisions de la charge de colonelgénéral de Tinfanterie de M. le duc de (Chartres , qui est une pièce très-curieuse. Toutes les fonctions y sont détaillées (1).

(I) Voèr Mjr le Mercure. t'Hatotre de In prene, par M. Ilaliii, lome. Il,

JTJILLKT 1721. IHO

11 y a une académie d'histoire à Lisbonne dont le roi est protecteur. Les académiciens ont fait beaucoup d'ouvrages sur les archevêchés et évêchésdu Portugal, et cela sera curieux un jour. On devroit ainsi partager en France les antiquités d'une ville ou d'un diocèse ou d'une province à quelques personnes qui en feroient des traités singuliers.

Les exils continuent toujours au sujet de la Constitution , et cela a fait faire une jolie chanson qui sera ici jointe.

SO juin. — Arrêt qui homologue la séparation du prince Charles d'avec sa femme, sur les conclusions du procureur-général.

F' juillet. — .1// prima-mensis , en Sorbonne, il y a eu bien du bruit. Par lettre de cachet, M. Sollain, syndic, a été destitué de son syndicat, à cause d'un discours qu'il a prononcé le V juin , où il a dit des choses bien hardies. On a donné au public la relation de ce '^ juin , où il y a copie d'une lettre de cachet très-singulière par laquelle il est défendu à aucun docteur de rien proposer en Faculté qu'il ne Tait commnni(jué huit jours auparavant au doyen et au syndic, et s'ils trouvent que la proposition soit importante, qu'elle louche la hiérarchie, l'autorité ecclésiastique ou séculière et les libertés de l'Eglise gallicane, il leur est ordonné d"« ii donner aussitôt avis ensemble ou sépai'èment à M. le chancelier d'Aguesseau, sans le consentement exprès du(]uel ils ne pourront faire lesdites propositions ni (ju'elles soient enregistrées sur aucun registre. La relation dit (ju'on

el sur Diifresny, rtieiireux el ingénieux portrait dit. Houssaye. {Portraits du dix-huitième siècle ).

170 MKMOIKKS l>l MVlHIKI' MARAIS.

aiiôantil [>ar cet oihIih» les droits tle leur (Compagnie, autoristH» jKir l^Éulise et par l'État, et dont le Parlement est protecteur, et (pion rendroil M. le Chaïuelier arbitre souverain delà doelrine et le maître absolu de la Faculté si ee nouvel onlre avoit lieu. C'est à Toceasion de cette lettre (jue M. Sollain avoit dit des choses très-hardies qui l'ont fait ilestituer. Le Koi a nommé j\ sa place le sieur de Komiî^^ny, neveu du doyen Charlt)n . pour l'exercer dans trois mois jusqu'à l'élection. Cela a paru nouveau , plusieurs docteurs ont parlé et ont demandé une députalion au Koi. \a' suffrage a été de cent ijuatre voix , mais conmie la proposition n'avoit point été faite par le syndic, il a formé sa conclusion sur ce qu'il avoit proposé, qui iTi^ardoit la nomination dune chapelle et l'élection de deux conscri[>lions à la [ilace de M. dWsfeld et Quinot. Pounpioi tous les autres ont [)rotesté , et veulent aller au Roi remontrer le droit de la Sorbonne. Cette affaire est importante, à cause de Tautorité donnée au Chancelier, qui a pris ouvertement le parti de l'accommodement.

Le Pape a fait cardinal son frère, qui est un bénédictin, évétjue dé Terracina.

i) juillet jusqu'au \1. — Duc ni: la Force. — Le lundi 7, le Parlement s'est assemblé, et a commencé de travailler au procès de M. le duc de la Force. Il y avoit les tnjîs princes du sang, dix ou douze ducs et toutes les Cliand>res. On a continué de travailler toute la semaine tirs le grand matin, jusqu'à onze heures et midi. Knlin, Taffaire a été terminée le samedi 12 sur les une heure après midi. Tous les accusé^ «uil et»'- cnlendus , et M. le duc de laForce lui-même, i\\i\ a bien [larh'', cpiia protesté, comme s'il étoil devant Dieu, qu'il ne connois.soit point le chevalier Lindais, (pii s'est expliqué élotpiemment, et qui n'a été embarras.s<'M|ue sur le cautionnement par lui prêté |K)ur Bernard, son secrétaire , dans une société de la Louiniaiif. Toute s;i famille étoit à la port»' de la Crand- Cli.Tfiil»»«- I) ;i f.iif là un personnage bien diflVM»Mil «le ce-

JllLLEI 1721. 171

Jui du jour de la Régence, où il protesta contre le Parlement et contre le Premier Président, qui ne lui vouloit pas ôter le bonnet. Il a paru dans un étal bien humilié , mais l'arrêt l'humilie encore bien davantage, et voilà un triste exemple des procès criminels et des engagements (]ue l'on prend contre son honneur.

Par l'arrêt, le contrat de vente des marchandises fait à Orient a été déclaré nul et simulé. Les marchandises confisquées. La vente en sera faite par un huissier de la cour, en présence d'un substitut de M. le P. général, et le prix des épiceries donné un tiers aux épiciers et les deux autres tiers aux hôpitaux que la cour nommera. A l'égard des autres marchandises , le prix du tiers sera réservé jusqu'à la contestation plus ample entre les épiciers et les verriers, elles deux autres tiers aux hôpitaux. Orient, qui a dit avoir acheté, blâmé et en 100 liv. d'amende. Le chevalier Landais, qui a dit avoir vendu ; Bernard, secrétaire du duc de la Force, et Duparc, son beau-frère, admonestés et en 20 liv. d'aumône, a El sera tenu le duc de la Force d'en user avec pins de circonspection, et de se comporter à l'avenir d\ine manière irréprorAr/6/p. Les quatre autres accusés, Orient, Landais, Bernard et Duparc, condamnés en 6,000 liv. de dommages et intérêts et aux dépens. Sur le réquisitoire des gens du roi, les statuts, arrêts et règlements exécutés, et défenses aux cornmunautés religieuses de plus souffrir chez eux des magasins de marchandises.

I/arrêt a été exécuté sur-le-champ. Orient aéhî blàmc et les autres admonestés. Pour la note du duc de la Force, elle est et demeurera à perpétuité dans l'arrêt l)our sa honte et le déshonneur de sa maison. Les juges ont été persuadés, à entendre Orient , que c'étoit un fripon, et que toutes ces marchandises étoienl au duc de la Force. 11 s'est trouvé, dans la visite aux Augustins, 5,300 pièces de porcelaine qui ont été demandées par les verriers, et 8,000 livres de thé. (hi a distribué, peu avant le

172 MKMOIIU s m MATIlIKr MARAIS.

jujrenu'iil <hi proi-t'^s, une iviiiuMc de coiicliisions civiles pour les t'iûciei-s, Unie par M. Prévost, (|in a ê\v trouvée lrtV-l)onno. t't un petit mémoire particulier sur la délinilion ilu monopole. Voilà enfin celte grande affaire terminée. J'ai su secrètement ipie le duc de la Force, craignant qu'on ne le fit peut-être arrêter, avoit un sauf-conduit du lUïi dans sa poche. Il a juré cpi'il ne connoissoit point le chevalier Landais, et le duc étoit toujours chez lui demeurant à ma porte, et dans la même maison demeure aussi M. Thierry, avocat au Conseil, qui est un de ceux ()ui ont signé la requête en cassation.

l/arrêt a été imprimé en trois grandes feuilles in-folio. Ou ne Ta pas vendu puhliquement, mais les apothicaires et les épiciers l'ont débité chez eux à leurs amis et au public, à qui en a voulu. Sur la confiscation , on donne 10,000 liv. aux Cordeliers et 10,000 liv. aux religieuses de Siiinle-Perrinede la Villette. M. le P. P., (pii est père temporel des Cordeliers, et qui a une so'ur à la Villette, a fait cette distribution.

Iximême jour, l'ambassadeur turc a pris son audience de congé, présenté par le prince de Lambesc, avec les mêmes cérémonies et les mêmes troupes qu'il avoit ;Y sa première audience. Il emporte avec lui la louange d'un homme d'esprit » t d'un galant homme. On ne sait pas au vrai quelle a été sa négociation. Il <i voulu visiter la Sorlionne, U Faculté vouloit le recevoir î\ une thèse, mais on lui a fait a [H: rce voir (pi'il ne lui convenoit pas d'assister à une dispute sur la religion chrétien m;, et il n'y a point été.

i'ijulllel. — Le duc Ar la Force a marié son neveu, le cointi* di- Koure, avec mademoiselle de iJiron , et lui a fait de grands avantages. Il a attendu le jugement du procès, |Mrce qu'il ne pouvoit rien donner pendant (ju'il duroit. (> ni'vcu est (ils de madaiM! du Uoure (1), qui a

(I) Voir MdiUme, • •iii|ilil>'l« '|iii (uni ^uilc aux dixcrfteH nliliuiiH de

V Hittoirf amnureHMe de» duuhs

JUILLET 17!il. 173

été maîtresse de feu monseigneur le Dauphin, et, depuis lui, de beaucoup d'autres qui ne sont pas de si bonne maison (M. de Collandre a d'elle une grande fille trèsbien faite]. Ce mariage mettra le duc de la Force un peu en crédit auprès du Régent , dont le marquis de Biron est favori. On dit qu'il a demandé à rentrer au conseil de Régence, et que le Régent lui a dit : a Je ne réponds pas que si je vous y menois, le Roi ne vous en fit sortir. »

Gageurk sur la pluik. — Le parieur qui a gagé sur la pluie est un nommé Billot, de la ville d'Uscz. Il a ouvert son pari à qui a voulu; beaucoup de gens se sont présentés. Aux uns il a parié de l'argent, aux autres des billets, et il en a fait pour plus de 200,000 livres. Son valet lui disoit qu'il en faisoit comme des billets de ban(|ue. Il a plu environ quinze jours ; la pluie ayant cessé, tout Paris a dit que le parieur avoit perdu, et en ce moment la tète lui a tourné, il a fallu assembler ses parents pour le faire interdire. Quelques personnes ont retiré de l'argent, quelques autres l'ont rendu; on l'a regardé comme un fou ; il avoit gagé contre des montres, de la vaisselle d'argent, des tajjatières, des dentelles et jusqu'à des vieilles chemises. On lui a trouvé ses poches pleines de ses billets prêts à distribuer. Enfin, il a disparu par le conseil de sa famille et nous en avons perdu le proverbe : Quand il pleut lejourSaint-Gervais, il pleut quarante jours après. J ai vu rmterdiction prononcée jjar le lieutenant civil. On l'a misa Charenton. Monsieur le Lieutenant-civil ma dit qu'après l'avoir interrogé ; il lui dit : « Je suis tout consolé, car le Roi me donne dix mille livres de pension, et me fera chevalier de Saint-Michel. » Le L. C. lui demanda sur quoi ilsefondoit, et il répondit qu'il s'éloit trompé dans son pari et qu'il ne se tromperoit point dans cette espérance. J'ai été consulté dans celte affaire. Loiseau traite au long des gageures, et il y a plusieurs arrêts sur celle matière, mais il nest permis de gager

174 Mf.MOIRKS \n yWVUUV M\R\IS.

que sur des choses veilueuse> ou épreuves de force et de divertisseuieut> ou dr course, mais uon sur des évéue- Uïents qui sout eu la uiaiu de Dieu , couiuie la pluie et le U'au !»MUp»^.

M. Iriliirdn Maine esl rélahli dans toutes ses chars:e> , des Suisses, de l'artillerie et des carabiniers, et a fait la revue de tous les Suisses, hors le général et la conipagnie-eolonelle, qui étoit de garde. Il ne vient point, pourtant à la C.oiir.

Mauamk i>\\vkr\k. — Le Uéiient triomphe avec sa nouvelle maîtresse, M"'*^ d'Averne. Les dames de la Cour le flattent ilans ses plaisirs. La maréchale d'F^strées lui a donné une fête magnifique avec sa dauie, et le Hégenl doit la lui rendre. On remarijua qu'à cette fêle il but à la siinté de .M'"'" <le Parabére. Les po^Mes se sont exercés j\ faire une parodie de trois scènes, l'une entre le mari et la femme, où le mari excite la femme à se rendre. Il commence par ce vers :

l';ti F' (Il tout r.'irfienl et vous êtes livrée.

1^1 deuxième est de la femme toute seule , qui dit (ju'elle ne résiste qu'à cause de son galant, .M. d'Alincourt, (ju'elle a peine à quitter. La troisième e.st entre M. d'Alimourt et elle. [Ai y ils se font des reproches; elle dit que le Kégent esl de son goût ; le marquis lui répond (pi'il lui a connu un appétit plus grand, et enfin, il finit par la mépriser t'i par dire qu'il la verra bientôt chantée sur le Pont Ncuf(l).

On a parlé d'une aventure de nuit, arrivée aux Tuileries, où le HéL'ent vj. promenoil avec ces dames. Il lut in«idlé par tn»iN hommes, qui le traitèrent mal et sa maltress4* aussi. M, deUiroii voulut alleT après, ils lui dir»'fif qu'il rt(<<.il nti vir.iii mi'-ti*-?". qii'iU ?i»' lui «MUlsriJ-

1/ \Mr Lrt Muitir%àeA(lH Hnjrnl . ^'i<"''r«li(ioM, I)<mi()i, Iniil.; i>oiiHa\oiiii

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loient pas de les suivre et qu'il n'iroit point jusqu'à l;i porte. Ils'en retourna paisiblement, et, depuisce temps-là, la porte des Tuileries a été fermée à dix heures.

M. de Souvré se promenant avec deux de ses fils à la campagne, il dit à l'ainé : a Rebenac, j'avois passé deux fois cette rivière-là à neuf ans » . Le bailli du lieu, qui étoit avec eux, dit qu'elle étoit dangereuse et pleine de fosses. Le père dit : « N'ayez pas peur, il n'ira pas, il craint trop pour sa vie. w Quelque temps après, le père étant parti, M. de Rebenac se déshabille et se jette à l'eau. Il n'avoit pas fait dix pas qu'il tombe dans une fosse, et on ne l'a pas revu depuis. Son frère aine étoit mort l'an passé de la petite-vérole, celui-ci noyé âgé de vingt ans. Reste un troisième, qui est le chevalier de Souvré, qui se trouve fils unique.

Les estampes satiriques deviennent à la mode. Il v en a deux sur la Conalitulion. L'une où on voit Jansénius, M. Arnaud et le P. Quesnel dans le ciel. Les rayons du Père éternel passent au travers d'un verre ardent, (]ui est entre les mains du P. Quesnel , et qui va brûler la Constitution, tenue par un Icare que l'on voit tréljucher. Dans un coin, il y a un petit morceau d'enfer, d'où les vingtquatre vieillards des Jésuites s'approchent avec Molina et les pères Tellier, Dornin , Lallemant, Daniel, etc. ; et à l'autre côté, est l'enterrement du dernier Pape, dont le corps est porté par des Cardinaux et des Jésuites. L'autre estampe représente des pasteurs qui se battent avec des houlettes, et, pendant ce temps-là, les loups s'emparent des brebis. Le graveur de ces estampes a été arrêté et mené à la Rastille. C'est le S' Jollain (pii a été pris, mais il s'est trouvé qu'il étoit innocent, et un autre graveur a été à confesse se découvrir et porter la planche , ce qui a fait sortir Jollain de prison.

M. le duc de Lorraine marie le chevalier de Lorraine, fils du comte de Marsan, avec M"'' de Craon de Beauveau (qui est fillr (!«• s^;l maîtresse et qu'il aime ilr-

176 MKMOIRKS hl MVIIIIK.r MAIIAÎS

puis Ion:; ItMiips . Il lait l»- iln'N.ilier uraïul inallu- ilf sa maison. aM*i- 20,000 Vw . (TapiioinUMncnls el :{G, 000 pour SI lahlf , 1*1 on iloniK' 100,000 écus en lonils de terre i\ 1.1 fuluiv tapons»'. On a \ n celle M"" de (]raoii à la Cour de France avec son inaii, (juaiid ils y sont venus depuis la Réuenee, et à la uïanière des [)rinces, mari, femme, m illresse, amani , tout eela alloit ensend)le. Le duc de Lorraine s'honore d'avoii' un prince de son sang pour Cirand-maltre de »ia maison, et ne s'honore pas en le mariant à la tille de sa maîtresse. Mais il suit les grands exemples qui ne sont pas loin de lui (1). La diffère n ce est qu'il y a un |>ère ou plutôt un mari (pii couvre tout. Piller est qnem ituptiœ demonstrant. J'ai vu les lettres du duc d'Klheuf sur ee maria Lie à M. !<• prince Charles, qui y a consenti, mais (]ui, pour cela, nes'est pas raccomn)od«'' avec le chevalier de Lorraine, avec (jui d est brouillé, pour avoir pris le parli de la famille de Noailles dans l'affaire de la séparation. Le chevalier prend le nom de prince de Lixin (2 . Il a un frère (pion appelle prince de l'ons, (pii a épousé M"'' de Ko(pielaure.

On a chanté des chansons sur le jugement du duc de la Force, sur l'air des l^emlus : il ne perdra pas une petite mirlle de honte

\H juillet. — On m'a apporté une lettre latine imprimée, De rrra et non interrnjtia ejiiarojHnuni ad nos usque Antfhtrum surcessionCy ad niiicatn f'pishda. C'est l'ouvrage d'un .Vnfflois, (pii prétend «pie la succession des év(H|ues crAiigleterre n'est pas interrompue. Il vaut tout autant «lire que Ir schisme n'a point fait d'interruption. Or, le M'hisu)e une fois suppos»' , I interrupliou est nécessaire, puisque le ^rhisfiu; est une division. Il v .i heaucouj) de

Xiiîr, ftiir lr« «iiMiiir*. «lu iliir t\e l><irrairiH a\«'r M""" il»- Craoïi, Madame I ■"'»; II. 77. :•», S7 .

ur.l rn'lu«'l|iti Kicliflieii, i|iii uvoil epuiHe sa Mciir. Voir Bar-

»>MY. Il, «63

JIIILL?:T 1721. 177

particularités dans cette lettre sur le sacre de Tévèque Parker, et c'est une réponse à un livre imprimé en 1720 : De la croyance de P Église catholique y chez Coignard. L'auteur indique un imprimeur à Londres (Vaillant; qui recevra les objections.

Ilparoitune nouvelle Liste de trois cents appelants des provinces qui ont renouvelé leur appel et qui s'opposent à l'accommodement. Il y en a de toutes les villes du royaume. A la tin de cette liste, les religieuses de Saint- Denis font une déclaration, pour confirmer encore leur appel. Leur général (le Père de Sainte-Marthe) a écrit une lettre circulaire , par laquelle il paroit approuver l'accommodement et espérer que le Pape l'approuvera aussi, ce qui fait un grand bruit dans l'ordre des Bénédictins, qui n'est point en cela de Tavisdu général.

20 juillet. — Étoffes uf:s Indes. — On a publié un arrêt du 8 juillet 1721, qui exprime les peines contre ceux qui débiteront ou porteront des toiles et étoffes des Indes. Peine de la vie contre ceux qui en débiteront et feront commerce. Même peine contre les commis et autres qui en feront entrer, et les hôteliers qui les recevront. Fouet et jjannissement contre les tailleurs, fripiers, tapissiers, couturières. Récidive, galère aux hommes, bannissement perpétuel aux femmes. Confiscation et 3,000 liv. d'amende contre ceux qui en porteront, etc. L'occasion et la crainte de la peste a fait donner cet arrêt, qui ne peut être trop rigoureusement observé. Le lieutenant de police y tient la main avec sévérité.

PèueLelong. — Le Père Lelong (l),bibliothécairede l'Oratoire, s'étant fait transporter, à cause de sa maladie, chez

(l) Bibliothèque hislonquc de la Fiance, eonlenanl le eatuloqiw des ouvrages impihnés et manuscrits qui traitent de V histoire de ce royaume, ou qui ij ont rapport ; avec des notes cntiques et historiques, l'aris 17I*J, in-fol. Les lualériaux amassés par. le P. Leiony, pour une ?"'^' nlition «le son ouvrage, ont été mis en «nnvre par Fevref de Fontette, qui l'a |iort«' a 5 V. in-fol.

178 MKMOIUF-S HK MMIIIKIJ MARAIS.

M. Og\ei\ receveur général du Clergé, qui diMiieurc dans nie (1), il a voulu recevoir les sacrements. ( 11 est mort le lUjuillrt ITJI, et a été enterré î\ l'Oratoire de Saint-llonoré. Le cure de Saint-Louis, moliniste, lui a refusé les sien monts, parce qu il est appelant et qu'il n'a pas même voulu recevoirraccommodemont. On aétéau cardinal, qui a donné ordre qu'on les lui donnAt ; cfu'on ne parlAt plus de cela; et ils lui ont été donnés par un vicaire de la parois.se. Le P. Lelong est un homme très-laborieux, que le grand travail a accablé, et qui nous a donné depuis |)eu la liibiolhèque fran{'aise in-folio , ouvrage immense et très-curieux. Il faisoil imprimer son Catalogue des commentaires de la Bible, avec de grandes augmentations. Il n'a que cimjuante ans, et il meurt. Voilà où le grand travail conduit les hommes. Ce sera une très-grande ^>erte.

ÎKiDAïKN. — La nuit du '20 au 21 juillet, est mort .M. Trudaine (2), conseiller d'État et ancien prévôt des marchands, et dont la function a été interrompue pendant celte Kégence. 11 avoit assisté à un conseil tenu sur les affaires [)ul)li(jues , le 15 de ce mois, où il y eut autant d'avis (jue de personnes. 11 en sortit la tète embarrassée. Après (juelques saignées et del'émétique, il a tourné à la inorten deux jours; un abcès lui a crevé dans la tète. On lui a trouvé deux polypes et du sang dans le cerveau, et enfin il est mort, au j;rand regret de tous les bons citoyens, qui comptoient sur lui, dans la crise où on est de la destruction de toutes les fortunes du royaume. Le maréchal de Villeroy a fait un long et magni(i(|ue éloge de lui devant le Uoi et en présence du Uégent. Voilà ce qui lui reste de sa probité et de son honneur pour ce roonde. 11 n'avoit que soixante ans. Sa destitution de la

(I) L*lle .S»iot-LriUiA. M. Ogier était neveu du l'ère L^long, qui mourut ctiri lui, le 13 juillet 1721.

(7) Voir SMil'Siaioa, XI, Î13.

JUILLF/r 1721. 179

charge de prévôt des marchands Tavoit affligé. Il est d'une hasse famille de Picardie, venant de tanneurs, et il y a encore à Amiens une enseigne parlante d'une truie qui mange dans un plateau^ dont le nom est A la Truye qui daisne; c'est un rébus fait sur le mot de Trudaine, que portait un tanneur, maître de cette maison. Il y a à présent un Trudaine évèque de Sentis. Un autre Trudaine officier de gendarmerie; et le défunt laisse plusieurs enfants, dont un est conseiller au Parlement. Sa femme est La Sablière , et est petite fille de la célèbre M"''' de La Sablière; et sa mère est encore vivante en Angleterre, où elle est retirée pour la religion.

Lecocq. — Le 20 juillet, jugé aux requêtes du Palais que M. Lecocq , conseiller au Parlement, qui étoit retiré en Angleterre par ordre du Roi, n'est point réputé mort civilement le jour de sa retraite, mais que sa mort doit être seulement comptée du jour de sa mort naturelle. C'étoit une belle question en interprétation des édits de la religion, qui exceptent les réfugiés par ordre du Roi. 11 y a des Mémoires imprimés.

'^D juillet. — Le duc de Bouillon est mort (1) fort iigé, après une longue maladie. M"*^ de Bouillon, sa fille, qui Ta toujours aimé à la folie, a été neuf semaines sans se déshabiller, et est dans une douleur au delà de toute expression. Elle ne veut voir ni les lieux ni les gens qui ont vu son père. Cette tendresse, plus forte que celle d'une fille ordinaire, n'a jamais pu être soupçonnée, et ne ressemblait pas à celle de M'"'^de Bouillon pour ses enfants, dont la chronique a mal parlé (-2).

M. le duc d'Aumont est tombé en apoplexie et on craint beaucoup pour lui. C'est un bon et magnifique seigneur, qui a été andjassadeur en Angleterre (3), où il

(1) Voir Saint-Simon, XI, 1)2.

(2) Voir, sur lu «liicliessede IJoiiillon, Amcd«,'e H»'ni'<; {Mi'ces de Maznrïn].

(3) Noir sur ce duc |>rodij;ue el K'd^nt , Saiul-Simon, nolaiiitDfiil sur son ambassade en Angleterre, XII 1, 29.

ISO MfMOlRKS PK MVIIIIIU MAIWIS.

a beaucoup ilf|H'nM" t'I tini ;i pour IVinmo uiuî des plus sages dauies lie la (À)ur ot ipii .i été des plus belles et des uiieux faites. C'étoit M"'* de Pienne; elle est s(vnr de M"' de CbAtillon, t'eiunie ilu cordon-bleu.

1/aubk Di bois, cahiunal. — Ce soir, 25 juillet, est arrivée la nouvelle de Konjc (jue le Pape avoit donné le chapeau de cardinal à iM*^' rarchevèquede Cambray (1), autrement Tabbé Dubois. On eroyoit ce chapeau perdu, mais le voilà retrouvé. I.a famille du Pape, qui n'est pas riche, eu a touché de bon argent, et a mieux fait que le défunt qui promettoit el ne tenoit point.

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