‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 4)Chapitre 40 sur 55 · CHANSON SVR CE CHAPEAIT · texte numérisé non relu

CHANSON SVR CE CHAPEAIT

Or, fcoutoz, petits et firniuls, l!ii iulmir;il)k' cvt'iK'nuMJt, Car l'autre jour notre Saint-Père Après une eourle prière A, par un niiraele nouveau, Fait un rouj^et dun nia(i....:

l*our célébrer [)lus {l-fineiuent l'n miracle si surprenant, Seigneur, écoutez ma recpiète, Kt dans rantienne de sa fètc K\emptez-nous du liequkni.

Domine salrum fac Herjem.

AlJTHE.

Or, écoutez la nouvelle Qui \i('nt d'arriver ici :

Uolian le ronunis (idele A Home a bien réussi.

Mandé par Dubois son maître Pour acheter un chapeau.

>ous allons le voir paroître Kl rouvrir son ^rand cerveau.

\, Voir, »nr c« (anxiu cliap«'nii di* VAtU- I)id><ii«,s«siM'gocialions, cl Inr- «'Dl qu'il toûlâ 4 la Iranre, l.i niriiriin* «pioiqiic |.arli/di! disseï talion <!»• iyiMKitr« (ll.iT,.

JUILLKT 1721. 181

Que chacun se rejouisse,

Admirant Sa Sainteté

Qui transforme en écrevisse

Ce vilain crapaud crotté.

Après un si beau miracle

Son infaillibilité

Ne doit plus trouver d'obstacle

Dans aucune Faculté.

Les mœurs de Son Éminence, Son esprit, sa probité Sont aussi connus en France Que sa grande (|ualité.

On sait d'ailleurs les services Qu'il a rendus au Régent :

Aussi, pour pareils offices, Fillon (l) au chapeau prétend.

26 juillet. — Li: cardinal Dudois. — Le Régent a présenté au Roi le nouveau cardinal Dubois, et lui a dit qu'il n'y avoit point d'homme dans son royaume qui eût rendu de plusgrands services que lui à l'Église et à l'État. Cela se peut justifier par la part qu'il a eue aux traités d'alliance avec les couronnes étrangères, et à raccommodement de la Constitution. De savoir si lÉslisc et l'État en sont mieux, c'est une autre question.

20 juillet. — M""" d'Aver.nk. — Le Kégent a donné une fête magniiique à la maréchale d'Kstrées , dans une maison de S:iint-Cloud, qui étoit autrefois ù l'électeur de Bavière. M'"*^ d'Averne y étoit brillante, avec M"'® du Deffand et une autre dame. Plusieurs autres dames se sont excusées d'y venir, et n'ont point voulu prendre part à celte joie. Il y avoit beaucoup d'hommes de la cour du Kégent. La fête a duré une partie de la nuit. Les jardins de Saint-Cloud étoient illuminés de plus de 20,000 lumières, qui faisoicnt avec les cascades et les jets d'eau

(I) Célèbre appareilleusc. Voir sur celte f«;n)ine, <|iii joue un <;eilain n)\e «lans 1rs affaires secrètes <ln teiiip-;, les Mvmoncs de Maurepas et les Melaiifjcs de lioisjourdain.

IM3 MtMOIRKS 1)K M A IHIKU MARAIS.

un elfel surprenant. Tous les carrosses i\c l\iris étoient dans le \h)\s île Bouloune, à Passy et à Auleuil, et on voyoit do toutes parts les délices de Caprée. Il a paru des vers que Ton a mis dans la houche de M""^ d'Averne, en donnant un ceinturon i\ son amant.

Pour la inèro tios Amours I.OS (îrîlces autrefois (iront une ceinture, l'n certain cIkumuc éloit caciu* dans sa tissure, Vvec ce talisman la déesse ctoit sdrc

De se faire aimer toujours.

Ah! pourquoi n'est-il plus de semblable parure?

De la même njanu facture

Sortit une ceniture

Tour l'amant de Vénus.

Mars en sentit d'abord mille effets inconnus Venus (pli fit le don ne se vit pas tiompée: Aussi depuis ce temps le sexe est pour Tépée ; I^es Grâces (pii pour vous travaillent de leur mieux Ont fait un ceinturon sur le mémo modèle.

Que ne puis-je obtenir des dieux

La ceinture (pii rend si belle

l*our l'être toujours à vos yeux ! (I)

Jtudif ;J1 juillet. — .Mai.adik nr Koi. — Au milieu de cette joie, il est arrivé une grande tristesse pour tout le royaume. Le Koi est tombé malade, la lièvre lui a pris à la mes.se, il a été obligé d'en sortir, et il a été saii;né du hras. Le Kégcnt, qui étoit resté à Saint-Cloud tout ce jour, a été averti et n\n est revenu qu'à minuit.

V* août. — La fièvre du Hoi ayant redoublé et môme avec transport, les médecins ont été en grande dispute sur la saignée du pied, que le premier médecin ne vou-

(I) Otlc pi^ce • éU. a(lribiM'«à Vullairr* qui était, quand il voulait, aSM*/. flilcoartiMB pour f^ire 'l'aiiafti inauvaJH vers.

loit pas : elle a été proposée et soutenue par le jeune Uelvétius (1) , médecin ordinaire du Roi, cpii ayant tenu pendant trois quarts d'heure le pouls de S. M. et senti monter et augmenter une chaleur violente, a rangé tout le monde de son avis. Le Roi a été saigné du pied. Il s'est trouvé fort mal sur la fin de la saignée. Toute la Cour étoit dans un grand effroi, mais il est bientôt revenu, et il a dormi pendant sept ou huit heures depuis.

2 aotU. — Le samedi matin, on a donné au Roi, à deux fois, deux grains d'émétique, qui a très-bien opéré, et cette médecine a achevé de le mettre hors de danger et de le guérir tout à fait de cette maladie violente et pé> rilleuse, où il a été traité sans aucun ménagement. Il a encore dormi toute la nuit avec grande tranquillité.

Dimanche, 3 août, et jours suivants. — Paris a appris avec une joie incroyable la bonne santé du Roi. Il ne se peut rien ajouter aux démonstrations de joie qui ont paru dans tous les états et toutes les conditions. (2) Les prières, le Te Deum, les feux, les illuminations, les danses, les chants, les cavalcades, les fêtes bourgeoises et populaires, en un mot, tout ce que Ton peut imaginer de plaisirs excessifs en ce genre, ont occupé tout Paris pendant plusieurs jours. Les poissonnières ont porté au Louvre un esturgeon de huit pieds de long, les bouchers un I)œuf et un mouton, chacun a porté son offrande, qui

(1) Jeau-Claude-Adrien Helvéliiis, né le 18 juillet à Paris, en 1685, fui le médecin de Marie Leczinska. Il luoiirnt le 17 juillet 175.").

(2) Il faut lire, dans Barbier et dans Marais, les détails de cette maladie pour comprendre k quel point la France fut folle de Louis XV enfant, car c'est trop peu dire amoureuse. Cette tendresse luiiverselle pour le dernier et pâle rejeton de tant de rois, cette paternité populaire pour le Joas qu'on croyait toujours menacé, ont quelque chose de vraiment louchant. Quel dommage que Louis XV n'ait pas été un grand roi ! Il le devait, ne fiM-ce que par reconnaissance pour l'amour de son peuple, amour exalté, amour jaloux, qui mettoit, selon les vicissitudes de sa santé, la Frauce eu larmes ou m jouv Barbier, à propos de Telfetde l'émétique, dit : « Il a fait une évacuation charmante. » Tout étoit charmant che/ le Roi. On lui savait gré de vivre, et ou en adorait les témoignages les [)lus vulgaires.

I>4 MK.MOIUKS l)K MvrillKl' M VIWIS.

plus, ({ui moins, el K*s rues oui retenti jour et nuit du eri de Vive U Roi! On alloit danser dans le Palais- Koyal , et boire A la santé du Koi, et, en se battant la fesse, on disoit : »t Et voilà pour le Régent )>. Le petit peuple se faisoit un Koi et le pronienoit dans Paris. Les grands ont fait des dé[H*nst»s prodigieuses en feux et fusées volantes et arti- 6ces, et on a vu. à Tliùtel de Mailly,aubout du pont Koyal, une illumination magnitiijue et d'un goût nouveau.

V aoùi. — Lettre du Koi au cardinal de Noailles, pour faire chanter un Te Deum en actions de grâces de sa convalescence. ((Je viens de recevoir une nouvelle marque de la protection de Dieu, dans la maladie courte mais dangereuse dont sa Providence m'a tiré. J'ai senti dans celle occasion et son pouvoir et sa bonté; l'un et l'autre m'engagent à lui témoigner ma soumission et ma reconnoissance. C'est par d'humbles actions de grâces que je dois ni'ac(juit;er de ces justes devoirs et des tendres témoignages tjue j'ai reçus de l'amour de mes sujets (1); m'assura nt (ju'ils seconderont avec zèle mes sentiments, je vous fais cette lettre, etc. »

On a remarqué qu'à ce Te Deum, ijuand le Régent est entré dans Notre-Dame, on n'a pas dit un mot, mais quand le maréchal de Villeroy est entré et M""' de Ventadour, les cris de Vive le Roi oni retenti jusqu'aux voûtes.

\je peuple n'a pas manqué de répandre le bruit que le Hoi avoit été empoisonné dans un mouchoir (2), et

ly Barbier, complet c«Ue fois, doiiiie degiands (hUails aur les déinoiistralioot et les réjuuiMSiices |><)|i(ilaireK (|ui naliièrent la convalescence du Hoi, I, 14», W'J, \.tO, i:^l

(?y Voir Barbier, I, \'o\. C'était là l'oiiinion |M>|iiilair«', dont la frôle santé in Roi, !«•« ftolennelles défiances de Villeroy, le dévoilement plein d'otilentalioo de M"^ dr N «iitadoiir, les perfides in^inuitioim de l.t rolrre d( s princes lé(ttitnr« mloulii.iii'nt et irritaient sans ceh^e l'animosit*-. Si le Hoi était bien purlanl, ce n'Hait plus ifu'un doute. |)èê que le Roi tombait malade, c^était un cri. Ijtnd*- ' 1 <• iii.il.'idie de |7?I, lors de la tiaiislalioii à N'eisailles,

le» tottoe» 4< .• I irtulerent, qui avaient salué l'inslallatioii du Itèrent

M LMfre. Mais il ne faut s'étonner de rien de la part d'un peuple qui, lorsque

qu'il l'avoit dit lui-même. On ne Veut pas que les rois puissent avoir des maladies naturelles.

Je me suis trouvé très-mal d'une colique le samedi 2 de ce mois. J'ai souffert de très-grands maux. J'ai été saigné deux fois et purgé. C'étoit une colique de vents qui m'a donné ces douleurs; elle n'a cessé que par une préparation d'opium qui m'a fait dormir et jeter les vents au dehors. C'est toujours la suite de mes maux d'estomac.

La Sorbonne ne s'est point assemblée au prima mensis comme à l'ordinaire, ayant reçu une lettre de cachet qui lui défend de s'assembler jusqu'au l*^"" septembre pour aucune affaire, hors les exercices des études.

On a vu, à la porte du lieutenant de police, une affiche

manuscrite portantque lesmaq feroient chanter un Te

Deum pour le Roi, et que le cardinal Dubois y feroit l'office et la cérémonie. Cette affiche a été bientôt arrachée.

12 août. — Le P. Lelong, de l'Oratoire, est mort et a été apporté le 13 à Saint-Honoré , où le vicaire de l'église de Saint-Louis dam Vile a fait un grand éloge du défunt. 11 étoit mort chez M. Ogier, receveur du Clergé, son neveu. C'est une grande perte pour les lettres, et pour moi en particulier, qui étoisfortson ami. — Noteposlêrieure. Sa vie se trouve à la tète de sa Bibliolheca sacra, qui a été imprimée, depuis sa mort, en deux volumes in-foHo. Elle est du P. Desmoletz, bibliothécaire do l'Oratoire, son successeur.

16 août, samedi, — Le Roi est sorti , pour la première fois, eta été à Notre-Dame faire ses actions de grâces. Il a

le coclie de Lyon fut arrôlë par les voleurs , accusa lianlement le duc d'Orléans d'avoir fait faire le coup. La misère rendait la nation injusle. Modir»*, après tout, n'était-ce pas sa sonle vengeance? Sand-Sinion, Madame et l>uclos ont raconté fort en «lélail les manèges de Villoroy «l ses précautions outraf^eantes. Le peuple de la Cour, |iln> peuple rpi'nn autre, accrédilail des soupçons (pii faisaient ressortir riinportaïue 1 1 le dévouement de ceux qui étaient cliar(|;és de garder le Hoi et ipu se donnaient le mérite de hî sauver perpétuellement. (Voir, pour plus de détails, les uolcs de notre édition des Philippiques, p. 2»G, 330.)

186 MKMOIIUS l>K M A TIIIKU MARAIS.

|Kirii, dans son carrosse, (rùs-i>i\lr. Le peuple a renouvelé sa joie et ses cris, et on ne peut exprimer jusqu'où cotte allêv:resse est portt^.

Leduc lie Chartres a été malade et saigné du pied, mais sa maladie a bientôt passé'. On n'en parloit seulement |ms.

Le lU'gent no (piittc pas le Koi et couche au Louvre; sa nouvelle maîtresse triomphe toujours. Il a donné à son mari le Lrouvernement de Navarreins en Béarn, que monsieur de Louville a vendu 80,000 liv. qui n'ont guère coûté à payer. On lui a aussi donné le cordon rouge. Le Kégent demandant ;\ celui qui lui avoit porté tous ces présents, s'il étoit bien content : « Content, Monseigneur, les cornes lui en sont venues à la tète, » répondit le Mercure (1), et cette réponse étoit bien de lui.

Le jeune duc de Bouftlers (2i devoit épouser M"*" d'Auvergne, qui est en Hollanrle. Cela s'est rompu, et il épouse M' * de Villeroy , lille de ce duc. Son lils a déjà épousé M"'' de Bouftlers, c'est un double mariage. Leduc de Boufflers est gouverneur de Flandres, et a 20,000 écus de rentes en fonds de terre. Il aura plus de 1,800,000 liv. de la demoiselle.

ViLL.\Rs, Mariagk. — Le marquis de Villars, fils du maréchal 3) , a épousé, le mardi 20 de ce mois. M'"' de Noailles, so'ur de M"'* d'Armagnac et fille du duc. I^a famille de Nonilles avoit exigé du maréchal (pie le P. (îharlcs n'en "^rniroit rifn avant la conclusion. La parole a éU'i

(I) l'rol».iM«rn«'nt .Noc^.

(1; J'r^l'li- Marie, duc de KonfOerg, né en 17or>, Tut lieutenant i{<^néral as.sez diftlingu^. Il fit lever le siège de ('tènef, aux Aulricliiens, en 1747, et mourut le oiéfne jour. FiU du li<'rr)<i de ricurus t'I dr M.«l|>la(|tiet, nioit m 1711. Sa te«i*e, M4rifAfi(;«-ii(|ue de Neufville dp Vill»To> . 1707 1787), se remaria au uiréclia) de LiuerntK)ur({

(3; llunor^- Armand , prince di* M/irtii^ucs , inar(|tiis , puis diu dt; N illarA. Il Int feça |>air en I77H, et entra a l'AciiltMiiic a la rnott de son (>ère. || inourol tn 17'0. dan* son gouvernement de Provence. Il épousa Amable-GabnHIede MrMiille^, née en 1704», mûrie en 1742.

tenue, mais le maréchal l'a fait dire bientôt au prince, qui a été chez lui sans le trouver, et qui lui fait dire qu'il se souvenoit bien d'avoir appris la guerre sous lui; qu'il avoitété son général, qu'il seroit toujours son serviteur, mais qu'il ne seroit point son parent. Le prince m'a dit qu'étant à Notre-Dame avec le Roi, il avoit parlé avec le maréchal pendant très-longtemps; que la chose s'étoit traitée très-gracieusement entre eux et que le duc de Noailles, qui étoit présent, n'étoit point du tout content de cette conversation.

SuGKR, HiSTOiRK. — On a pul)lié dans ce mois trois vol. in-12; VHhloire de Sucjer, abbé de Saint-Denis, ministre d'État et Régent du royaume sous Louis le Jeune ; à Paris, chez Rarrois. Elle est de l'auteur de la Vie d'Abeilardy qui a paru l'année passée. C'est l'abbé Gervaise, ci-devant abbé de la Trappe (1). Cet ahbé a depuis été arrêté et enfermé dans un couvent par ordre du Roi et du Pape. — Note postérieure de Marais. Elle est écrite avec beaucoup de liberté et de facilité. Il y entre des réflexions critiques, politiques, chrétiennes. L'auteur a consulté les pièces originales, et a rendu cet ouvrage très-digne de la curiosité des lecteurs. Le P. Maimbourg* et Mézerai y sont censurés en plusieurs endroits. Saint Rernard n'y est pas en trop l)onne posture. Il y a des morceaux de traduction excellents , entre autres le discours que le pape Innocent H fit à Louis le Gros, dans le concile du Rlieims, sur la mort de son fils, qui est tiré de la chronique de Maurigny, et qui est un chefd'œuvre d'éloquence et de consolation. J'ai lu ce livre pendant ma maladie, et il m'a beaucoup amusé et instruit. L'affaire de Gilbert de la Porée y est traitée comme une injustice faite à ce docteur, et ses opinions y sont discutées.

llj Voir sur cel abbé Gervaise les détails curiiux donnés par Saint-Simon,

I, :i\K> à 'lOQ.

188 MïvMOIHKS HK M \ rilll.l M Ml \IS.

J ni aussi lu priulant ma inalailiolt'syiV/)o»s<'.s{;r i-l V parlie) de M. rolilpitHl aux averlisseinonts de M. de Soissons, cl jo n'ai jamais trouvé dans un (>n\rai;e poléniiciue tant de netteté, d'évidence, de foire, de précision cl d'ordre, joint à un esprit sint^uliùreinent propre à di'velopjH'r le faux d'un raisonnement (jui a toute l'apparence du vrai. Il décrit bien le danger qu'il y a de railler le jansénisme ; cela est tout nouveau , et Tévèque de St^issons, s'il n'est pas l'auteur des avertissements, doit étrehien f;\clié d'y avoir donné son nom. S'il en est l'anleur, il est couvert d'une confusion immortelle, et le chapeau de cardinal qu'il cherche ne l'en sauvera pas. M. I*etitpied pousse l'invective un peu bien loin, mais c*est toujours une conséquence de ses arguments, cl il ne parolt pas cpi'on lui en puisse faire reproche; il établi , dans la IV* partie, la nécessité absolue d'avoir égard à l'intention d'un auteur et d'examiner son livre. Il pose des principes excellents sur cette matière. Il n'oublie pas Cicéron , d'où il en tire plusieurs. Il discute aussi la matière des soupçons , et comment on peut tenir un auteur pour suspect. Tout cela est plein de solidité et de lumières, et on est très-bien battu \n\v nii tel ennemi.

Lk Ciiancklikh. — On parle d'cMer encore les sceaux au Chancelier, cl de les donner au cardinal Dubois, et d'établir ce cardinal premier ministre, pour en faire un Uirhelieu ou un Mazarin. C'est lui (pii seul a la clef de toutes les affaires étrangères, et il Ta aussi des affaires intérii-uns du royaume; tous les autres ministn^s ou serrélaires d'Ktat ne sont (jue sescoujmis, et ils le disent eux-mêmes. Le Chancelier a perdu l'estiiiHî des honnêtes pens et n'a pas acquit celle des gens de la (ionr. Il est dans un chftteau braidant.

«Sorboi^m:, Kkiiontramcks. — La Sorbonne a fait dresser des Hemnnlranr.n au lloi (pii sont fortes et respectueuses. Klh* se plaint des exils, des exclusions, <1<' 1 i défense de recevoir aucune dénonciation qui ne soit communiquée

à monsieur le Chancelier, et qu'on n'ait ol)tenu permission de lui. Ils disent que quelque grande que soit sa dignité, on doit se souvenir qu'il est laïque, et que lorsqu'il accorde un privilège pour un livre qui traite des matières de religion , il ne le fait qu'après avoir consulté un docteur de.Sorbonne. Et parla nouvelle condition, on fait dépendre la Faculté de son seul jugement , pour savoir.quels sont les points de doctrine qu'il est de l'utilité de l'Église qu'elle examine ou non. Tout le but de ces remontrances est d'être maintenue dans la liberté de soutenir l'ancienne doctrine, que l'on voudroit bannir de ses écoles, pour y introduire une doctrine nouvelle ou étrangère.

Hexaples en 7 VOLUMES. — On m'a fait présent des 7 volumes des HexapleSj in-'^^ C'est un ouvrage immense, où dans la colonne des Remarques , il y a des dissertations fortes et pleines de lumières pour la discussion des points ihèologiques agités dans la Constitution, etoùonfait voir que les Jésuites ont fait un système complet et un corps entier de religion nouvelle. Voyez, au 2" tome à la fin , l'histoire de Baius, et la bulle contre lui, où il n'y a ni points ni virgules. Il y a une Préface assez longue et pleine de faits, mais qui eussent pu être mieux écrits. On attend encore deux volumes qui contiendront l'histoire entièrede la Con.s/t7w//o/i depuis sa naissance jusqu'à présent, et qui seront très-curieux. Voyez, au 7' tome, une très-belle lettre de M. Arnaud, qui n'a jamais' été imprimée, où il s'exprime sur ce qu'il avoit maltraité les évèques, dans un écrit fait en 1GG3.

Avocats. — Sur la fin du I*arlement, le corps des avocats s'est plaint d'un arrêt rendu en la quatrième Chambre des enquêtes, qui enjoint à un avocat de la Hochelle d'être plus circonspect dans ses termes et écritures. On a prétendu que cette injonction altaquoit la liberté de la profession, et que l'avocat n'avoit point manqué, puisque sa partie avoit signé les mémoin's et recjuèles

'•0 Ml MoiUKs ni: .mvtiiii.i; marms.

où ëloiont les mots injurieux. La Cliaiuhio n'a pas voulu rt-traitiM- letainM ni le réformer, deux des messieurs étant restés in lifUbenuis. Sur cela, les avocats ont délibéré de ne pluspKiiderni écrire à la (juatriènie et de n'assister aucun de messieurs de laCliaml.re de leurs conseils : ne- '/ur scnphs,ue<juvvvrbh, tieque consilio. Cela a passé pour une affj^ire de conséquence an Palais. On verra à la rentrer ce qui en arrivera. M. Feydeau, qui est un de ceux 4UI na point voulu revenir, m'a dit que les injures étoient atroces, et qu'on accusoit un officier d'avoir été casse à la tète d'un réciment , parce qu'il avoit fui à une l>ata.lle, et cependant le fait n'étoit pas vrai, et Tavocat eut pu aisément s'en instruire 1).

8 septembre. — M. le Duc adonné une fête au Roi dans sa maison de Vanvres. H y avoit vingt-trois dames. M"- de l*ne, sa maîtresse, y étoit magnifique en pierreries. M'"'' la duchesse dllumières l'a fait sortir de sa place, parce qu elle étoit plus commode et plus fraîche. Il y a eu une chasso, un concert de musique, un l'eu; et le lioi est revenu souper au Louvre. Au feu il y avoit cette in.«cription latine :

Oui nunc in iusus cœliuti cicumrolut iyui.s, Si tihi sint hostes, CaUin.fulmen eril.

On l'a ainsi traduite :

(> U'\) qui pour [r pl.iir.' crl.ilc (l.ms les cicnx, iJnlI.iiii uiiioiii des \(iii\ rjiu; fiiji pour loi la 1(tit, (ir.md Koi, si de ta gloire il est des ('ii\i«ij\, Deviendra hkulùl un tonnerre.

0) B.rWw lionne .le. détaJU trèt-cirronslancié. »ur cette (|nerclle de Pa- »• N. 1.1^, 1.^,, ta.,, s, I.., f,„, rapporli'H par Marhier Monl exact», l'avocat ■ êfail (*ai «olé M réprimande.

Je vis iM. le Duc le lendemain, chez iM""^ de Saint-Sulpice , qui est toujours malade de sa brûlure, et il y conta luimême la description de sa fête. De la manière dont il parla de l'accident de cette dame, il ne parolt pas qu'il y ait jamais eu aucune part. 11 me demanda si on pouvoit ôter la tutelle de ses enfants à une femme qui avoit eu le c... brûlé.

Prunelay. l'Aigle. — L'abbé de Prunelay, diacre et chanoine de Chartres , a enlevé d'un couvent de cette ville de Chartres, M""" de l'Aigle, qui est belle comme le jour. On n'a pu découvrir leur marche. Ils sont passés en Angleterre, et on a appris qu'ils ont changé de religion et se sont mariés publiquement dans une église de Londres. Ces Prunelay sont d'une très-bonne noblesse du pays chartrain. La demoiselle vérifie le proverbe qui dit : «Les grandes beautés sont rarement heureuses. » M'"^ de l'Aigle est dame d'honneur de M"'^ la Duchesse; voilà une équipée bien fâcheuse pour cette famille. L'abbé protestant va devenir maître d'école ou quelque chose de pis. (Il est depuis revenu en France avec sa femme, et ils vivent très-mal à leur aise. Ils donnent à jouer au Luxembourg .)

Dimanche y 15 septembre. — Maiuage du Roi accordé. — 11 s'est tenu un conseil de Régence, à la sortie duquel on a appris que le mariage du Roi est accordé avec une petite princesse d'Espagne qui n'a que trois ans et demi, étant née le 31 mars 1718 (1). Cette nouvelle a surpris tout le monde et a donné lieu à beaucoup parler. On est étonné que le Roi ne soit destiné à faire des entants que dans douze ans d'ici, et qu'on ait ainsi éloigné sa postérité. L'Infante doit être amenée en France, au mois de mars prochain, pou r être élevée à la françoise. M. le Régent a dit que l'on avoit été obligé de négocier ce mariage , parce que l'empereur

(1) Marie-Anne-Vicloire, Infaiilc d'Espagne. Renvojce en Kspaync en \7'?.b, elle fui liantée au prince du Brésil, roi de Portugal sous le nom île Joseph I". — Voir Baibier, I, 159.

I»; MIMOIIIIS m. MAIIIIKI' MAUAIS.

rhorclïoil à lioniuT uno arrhicluohosse au prinrc des Asturies. Il soniM*' ijin' l'on rolomhoclaiis ranci('niie(|uerelle clos MUi-ossioiis , car il {lourroit arriver que cette Infante ou ses enfanls succédcroient à TEspagne, et réuniroient les deux monarchies.

Dans ce niùme conseil , il a v[c arrêté que les papiers ne seroient liquiiléset arrangés (ju'après qu'on aura compulsé tous les contrats faits chez les notaires, en 1719 et 1720, contenant des acquisitionsou des constitutions, pour connoitre si les déclarations sont vraies. En voilà encore pour trois mois au moins , et c'est un amusement pour le puhlic, (pli, à la tin, n'aura rien de tous ces malheureux cflets. M. le Duc, M. le prince de Conti, M. le maréchal de Villeroy, M. le Chancelier, M. le duc de Noailles s'y sont fortement opposés, mais leur avis n'a point prévalu. (1)

L'arrêt qui ordonne la représentation et extrait de tous les actes des notaires, depuis le T' juillet 1719 jusqu'au dernier décembre 1720, est du iï septembre. Les notaires de Paris doivent les fournir aux commissaires du Conseil, cl ceux des provinces aux intendants.

Le cardinal de Mailly, archevêcpie de licims, est mort flaploph-xie, dans son abbaye de Saint-Thierry, à Ueims, le 13 sept» inbre, ùgé de soixante-trois ans. Né le 't^ mars l<i.">8, fait cardinal le 29 novembre 1719. l^iinition et vengeance, disent les jansénistes. Il n'a pas longtemps joui de la pourpre , elle Ta étouffé. La scène qu'il a faite dans son église, lexjour de IWssomplion, d'où il a voit fait bannir et exiler bien des gens, et dont il avoit fait réduire le ( hapitre à un très-petit nombre , cpii avoit rétracté son appfl , est une chose curieuse* et dont l<is (tazellca ont parlé. {)n donne l'abbaye de Saint-Étienne de Caen au comte (h; Clermont, princ<î du sang.

17 neplfmbre. — Mort de M""" la Crandc-Duchesse, tille d#* <;astori it petite-fille de Henri IV, née le 2H juillet

(I) Voir llâfl.ii-f, 1,1 i9.

16i5, mariée le 19 avril 1G61 ; laisse un tils né le 2i mars 1671, et a eu une fille mariée à l'Électeur Palatin (1). Elle a fait M'"*^d'Espinoy sa légataire universelle, sans songera ses enfants. Le Grand-Duc, son mari, est encore au monde, âgé de quatre-vingts ans ; elle l'avoit quitté, ne pouvant se faire aux manières d'Italie. Le Parlement a envoyé deux commissaires, M. Brayer et M. Rounaylt, pour apposer scellé. M""'d'Espinoy a fait paroitre son testament, et l'envoyé du Grand-Duc a été fort étonné. (Le testament a ('lé cassé le.... Noie de Marais.)

Le duc de Chaulnes s'est fait donner un grand chemin entre Suresne et Puteaux parles habitants et les seigneurs, qui sont grands-voyers, pour accommoder une maison qu'il a à Suresne. Il a fait enclore de nuit ce grand chemin dans son enceinte, par des Suisses. Cela a déplu au duc de Grammont (ou deGuiche), qui a une maison voisine, et à qui ce chemin étoit utile; sur cela on a affiché à la porte de l'église de Suresne :

(( // a été perdu un grand chemin de onze heures à minuit entre Flamanville et Sylvain, qui va de Suresne à Puteaux. On prie ceux qui le trouveront de le remettre aux mcssiers, sinon ils seront réputés voleurs de grands chemins. f>

Brevet d^ arpenteur et calculateur en faveur de M. l'abbé

Terrasson (2).

De par le dieu porte-marotte, Nous, colonel de la calotte, Pour travailler utilement A la gloire du Régiment, De Tavis de tous les notables, Gens très-sçavans et très-capables, Donnons a l'abbé Terrasson, Homme docte en toute façon,

(I) Voir, sur celte (lij;ne sœui de M'ic de Montpensier, aiisiît romaiiesquc et avontineiiNe (juVIlt-, Madame, I, 7.M , 4o:j,

(?./ l/itl)l>«' rfira>soii, ami elcumincnsal «le Law, avait d«'(emlu son >>Nli'me. Voir lA'iiioiiley, I, :{'»I.

IM MKMOIHKS DE M \TIIIKIJ MAHAIS.

Surloul dans la j;t'omttrii'

Dont il l'omioîl la llu'orie,

ImI fharfîo de faraud arpenteur,

M' Ntireiir et rairulateur

l»i >< t'Np.iffs imaginaires.

D'autant qui) a déjà donné

Des preuves solides et claires

Que son esprit n'est point borné,

Témoin le riehe et beau Système

l\ir un grand génie inventé

Kt dont il a par maint problème

Prouve l'inlaillibilite.

Sur ee, jugeons qu'il faut admettre

L'état de savant géomètre

Dans notre corps très signalé,

Four être par lui calculé

Tout ce qui peut par le décuple,

f:ire augmenté jusqu'au centuple

Afin de décupler les fonds

Pour augmenter nos pensions.

Et d'autant que ce grand génie

Tient bon, et n'a point déguerpi

De la nouvelle colonie

Établie a Mississipi,

Malgré tout esprit incrédule

Qui l'a traité de ridicule,

Lui soumettons ce grand pays

l*our en mesurer l'étendue

Kl tr>us les fonds <le tns-grand prix

Dont raison nous sera rendue

Par le géomètre susdit.

Tant par discours «jue |)ar écrit.

Espérons que la dividmdc

En sera plus sOre et plus grande

Sur le rapport qu'il en fera,

El que l'on c(jnmiuni(piera

Aux calolins actioimaires,

Ia^\uc\s n'ojit point réalisé,

0)mme certains millir)iuiaires

Peuple avare et mal a\is<'.

Au .surplus, et pour rr<'ompense,

As.suron8 audit arpenteur,

Mewjrenr et c^leulaleiir,

Sur les brouillards de notre France Deux mille écus en attendant Qu'il ait un plus grand divident Sur la riche et prochaine flotte Qui reviendra dudit pa\ s Avec innombrables profits.

Lui décernons double calotte Aussi bien que le grand cordon.

Parmoi^ Torsac : plus bas, iymon.

25 septembre. — Voyage de Bourgogne. — Je suis parti le jeudi 25 septembre pour aller en Bourgogne. J'ai été d'abord au Fay^ près Joigny, qui est une terre appartenant à iM. de Bangy , dont la mère étoit ma cousine germaine. Ensuite , j'ai été à Sergins, proche Tonnerre, voir M. et M"'" de Tenance, qui sont mes amis. Elle est fille de M. Rolland, mon ami. J'ai été deux mois en ce voyage et ne suis revenu à Paris que le dimanche 10 novembre. L'air m'a fait beaucoup de Ijien . Je n*ai rien vu de curieux; les villes m'ont paru peu de chose. En passant à Villeneuve-lc-Hoy, où ma cbaise a rompu, j'ai vu M. l'abbé d'Asfeld dans son exil, et l'ai trouvé dans un vilain Holel-Dieu , mal logé, mal meublé, avec un valet qui fait le maître et qui mange avec lui. C'est laide chose (pi'un Lv\il<''. J'ai lu dans les Hexaples (t. 7) un interrogatoire fait, dans le quatrième siècle, à un abbé Maxime qui ressemble fort au sien , et il n'a pas été facile de suivre cet exemple; maison coupa la langue et le bras à cet abbé, qui fut en même temps martyr et confesseur.

16 novembre 1721. — Le jour que je suis arrivé , il y avoit un grand bal au Palais-Uoyal, où étoit le Hoi, ;\ l'occasion dudouble mariage du !^>i avec rii)fant«MrKs[ngiu',

I9f. MKMOIIUIS 1)1. MATllIKll MARAIS.

el de M"^ lie Montpensior, tille du lU'genl (1), avec le prince dos Asturies. Si quelque princesse devoit espérer d't^ixïUstT l'héritiei- île la eouronne d'^spa^ne, on n'auroil jamais dit (|uee'él(>il la lille du duc d'Orléans, à qui rtspa^Mie a tant fait de reproches publics et injurieux; mais la Providence et la politique gouvernent bien des choses iei-bas, et il ne faut jamais s'étonner de rien. L'Italien dit ijue : // inonda si (joverna da se stcsso.

On a appris que THuipereur a donné un décret pour laisser la Constilution sans en parler. De indifferentia servanda circa coitstitutioucm. Il a écrit au cardinal d'Al- Umi, i\ Kome, pour obtenir du Pape cette tranquillité et celte indiflVrence pour l'Empire et pour les Pays-Bas, où celte bulle fait beaucoup de peine et cause tous les jours de nouvelles discordes. Il a publié un mémorial de cinquante-huit articles, en latin, pour expliquer sesgriefsj\ celle occasion. Voilà l'évéque de Soissons bien démenti, qui a dit et publié dans tous ses écrits que cette bulle éloil reçue [)ar toute rAllemagne. Le Pape ne s'est pas encore expliijué. H voudroit conserver riionneur et les droits du Saint-Siège, et cela ne s'accorde guère avec le siK'nce sur la bulle.

Lkttuk dks skft évêques. — Sept évùques de France out écrit une lettre très-forte au Pape , en latin et en franeois, pour lui demander la rétractation delà Constilution. C'est un chef-d'œuvre de précision et de véhémence. Le défunt Pape y est très-uial traité, et peut-être trop mal, ciir le respect est toujours dû à ceux (pii sont dans les premières [ilaccs ; mais on ne veut pas rougir de l'Kvangile, it Ir iii.inléau de la religion couvre bien des libertés.

(I) Loftitr-fJiMMIi rt'Orl«*an«, i«^cn 1709, mari<*e h I.Pima, le 20 janvier I7T1. a Ix>mU. |>riiir<* «IfH Asliiricii, tie\eiiu loj i\'Es\>iH!,iu', W. i:> janvier \''?A, pur »uilr (Jp l'alMliration <le Kou père ; veuve le .'U août (\v la m^inc anm'-e, rmti^ m Vrnnrrvn \''':,; inorle an I.n«rmlu)iir{;, l«* Ifijnin MM. Voirsiirles U»'i\ii'%iir fi'Hi |>rin(<..<- l.mlaMjnr, |.<;in<iiitc>, «ian*» sa cnrieuKe Ao/tce bur /« /■»//« du Héfjent, Revue R^lrospectiVft I. I.

Celte lettre , datée de juin 1721, n'a paru qu'en ce tempsci. Elle est signée de l'ancien évèque de Tournay et des évêques de Pamiers, de Senez , de Montpellier, de Boulogne, d'Auxerre et de Màcon. On y dit tout haut que les jésuites gouvernaient le défunt Pape. Qiiem ipmm regebat prœpotens Societas, unde nunquamanimo divelli potuil. Il y faut remarquer que ces évèques disent qu'ils ont sommé les censeurs romains de leur déclarer en quoi ils faisoient consister l'hérésie de l'appel au Concile, quia été qualifié d'hérétique par un bref. Cette procédure est singulière. Ils disent aussi que le Pape a voulu finir son pontificat en condamnant le catéchisme de Montpellier (1), par un bref du l*""" février 1721, qui est un livre excellent. Cœteri omnibus cumulum adjlciens exlremo actu démentis XI pontipcalum concludil- L'Accommodement y est appelé : Pax lucluosa.

ÉvÊQi'E DE Soissoxs. — Ou écrit plus que jamais contre i'évéque de Soissons. H ne lui reste plus rien de son éloquence, qu'on a montré être fausse et sophistique ; et encore moins de sa théologie, qui est pleine d'erreurs et de faux principes. Outre les deux tomes de M. Petitpied contre lui, il paroit nouvellement une Lettre d\m théologien, qui est de 145 pages in-V, où l'on suit pied à pied tous les raisonnements de ses écrits sur la bulle , et c'est encore un ouvrage merveilleux. Le prélat a reçu sa récompense en ce monde pour son beau langage : on l'a fait de l'Académie françoise, mais il est bien malmené sur les bancs de Sorbonne, et la Faculté de théologie n'est pas pour lui. On voit, à la tète de cette grosse lettre, une lettre de M. de Soissonsà M. de Boulogne, qu'il avoit supprimée, et qui avoil été dénoncée à l'Université, à cause de certaines propositions contraires à nos libertés. La Régence n'a pas fait justice sur cette dénonciation pour ses

(0 Voir sur ce Catcchisme et ses vicissitudes les Mémoires de Maurt'pas, I, 28Ô.

108 MKMOIUKS DK MvnilKIî MARAIS.

const'qiUMices, mais la puVe ikMneurera à la postérité, qui en tji\?ra ventrt'anc»' un joni'.

•i<» twvnnhi'f. — (Iautcuchk. — En ce mois, il y a eu l'exécution ;1) (l'un célèbre voleur, nommé Cartouche, qui s'est enfui deux fois des prisons, et(pii auroit encore trouvé moyen de s'écliapper s'il n'eût été surpris, l/arrôt coiître Cartouclie est du 20 novembre 1721. Autre arrêt du 10 décembre contre Le Chevalier, dont il est parlé dans cet article. C'est un jeune homme de viui^t-quatre ans, le plus hal)ile et le plus adroit voleur qu'on eiU vu de longtemps. Le Parlement s'étant saisi de Tafiaire , on a découvert cent autres voleurs, et on ne fait plus que pendre et rouer, au grand soulagement de Paris , qui étoit plein d<' ces fripons. Il y a des enfants de famille, des femmes et île toutes sortes de gens. Quand on les mène k la drcve, ils demandent à parler. On les mène à l'Hôtel de ville, ils y passent la nuit, et y font ce que l'on appelle la nuit blanche , mot transporté de la Cour à la Grève. L<\ ilsdécouvrent tous leurs complices, eton ne les exécute que le lendemain. 11 y est aniv)' un fait singulier d'un nommé Hallagny (dit Capucin), qui a révélé qu'un jour on le lit sortir de sa prison avec Cartouche et d'autres, du temps qu'ils étoient au Ch{\telet ; (pi'on les mena dans une chambre haute où il y avoit un lit vert; qu'il s'y trouva plusieurs hommes, en belles perruques et habits gîilonnés, qui s'adressèrent à eux et leur demandèrent, en présence du lieutenant criminel et du procureur du Roi qui y étoient, s'ils n'avoient pas entre eux un jargon ou argot, et s'ils ne chantoient pas certaines chansons. Ils en convinrent. Ils dinîiit plusieurs mots de leur jai>ron et chantèrent des chansons que (Cartouche dit avoir faitf^ et qui étoient très-jolies. Le lieutenant-criminel rlit que e'étoit dommage qu'un si bel esprit se fût adonné à voler. Il y avoit du vin sur une table, et Ton

M) \ttu %iirf<«fl«' rvfriMwMi, IJarhirr, I, I7i, 17.».

buvoit; le vin manqua et on en alla quérir d'autre, et cela finit par de Targentque ces messieurs donnèrent aux prisonniers qui en firent bonne chère le soir. Or ces messieurs étoient les Comédiens François (1), qui vou- ] oient avoir ces chansons et cet argot pour mettre dans une comédie, qui a été scandaleusement jouée sur le théâtre sous le titre de Cartouche, ou Les Voleurs (2). Cette dénonciation ayant été écrite et rapportée à la Tournelle, il y a eu des avis pour décréter, sur-le-champ , le lieutenant- criminel et le procureur du Koi ; un autre avis pour leur faire une rude mercuriale; un troisième avis pour ordonner qu'il seroit informé à la requête de M. le P. général, du contenu en la dénonciation sans dire contre qui. Ces juges l'ont su. Le procureur du Koi a demandé qu'on n'informât que les chambres assemblées, parce qu'il est conseiller honoraire au Parlement ; mais on lui a dit que l'arrêt ne parloit point de lui, et qu'il seroit temps d'avoir égard à cette remontrance , si les informations le chargeoient. Tout Paris a été surpris de cette indécence, qui est bien proche de la prévarication, et on dit (ju'au Clultelet on ne faisoit pas bonne justice aux voleurs. L'information se continue; on en verra la suite. Une des femmes pendues a poussé l'insolence jusqu'à direàson confesseur, quiétoit borgne : « B de borgne, (Me-toi de là; c'est toi qui es cause de ma mort pour avoir fait parler Messie. » 11 fallut lui en donner un autre ; et elle dit : a Pour celui-là, il est plus joli, je vais lui dire tout; » et aussi, elle passa la nuit à THôtel de ville, à dire ses complices. En lui donnant la question , elle dit au valet du bourreau : a Accommode-moi bien, afin que ces messieurs ne voient pas ma boutique. » Jamais on n'a vu rien

(l)LeGr.iiuJ,aiiteiir(lelarom«''itie (lerar/oMc//r,etQiiiiiaiilt, qui faisait CartoiK'lio.

(2) Comédie en .3 actes et en prose. Elle a été impriinéc en 17>1, in-\'i. Kllc fui jou<'e treize fois. Voir llarbior, 1, 107, 177.

SOO MKMOiaKS l)K MA THIKU MAUVIS

déplus impudent t't lit' plus corrompu ipie ces receleuses. Ouaml on a dit ;ui Kégent qu'il ne falloit pas laisser joutT Cartouche , il a dit cjue, du temps du Hoi, on avoit bien joué la Jobin ou la Voisin qui avoit été brûlée (1).

ô tiérembre — On a publié ce jour le célèbre arrêt du 'i:i novembre, cpii contient le règlement et le tableau |x>ur la litpiidation et réduction des effets visés. Ce rèirlement manpie les réductions qui seront à faire par les connu issaires du Hoi, suivant cinij classes d'origines : 1" les rend)oursements faits par le Roi; 2«> Les rembour- >ements de particulier à particulier; 3** les ventes d'immeubles. 4° Les ventes des meubles, marcbandises et denrées comptant; 5° les origines non déclarées. Les honnêtes gens ont vu avec horreur leur ruine dans ce |>lan, où l'on n'a aucun égard aux deniers comptants |K)rtés par force à la Banijueet convertis en billets, dans un temps où il étoit défendu, sous peine de confiscation d»^ touseffets mobiliers , d'avoir plus do 500 fr. chez soi. (Ml répond à ceux qui s'en plaignent : « Pourquoi avezvous été si sots d'avoir porté votre argent? « Il y a sur plusieurs origines des pertes prodigieuses. On regarde cet ouvrage comme merveilleux. Il est de la façon des PAris, ces nouveaux tinanciers, qui vont fait garder un ordre tel qu'il n'en a jamais paru un semblable. On a composé des Ihrtinrmaires de tous les noms et surnoms du royaume, et chacun y trouve sa confession, tirée des actes des notaires rpii (uit été repréM-ntés, Le Koi , par cet arrêt , se «Jiar^e di* VO millions de remboursement, et non plus.

U: IcuJcmain , G décembre, on a publié un autre ar-

(I) /./i fMhnfreiif ou Madame Jobin, comrdic en cinq a«;tes, en proM», de Thocua* C'ornnlle pI <le ViiM-, repléAcntér pour la (irpinière sur le lliéAln* Gnéarpiiil. Ir lOnovrmIire 1679.

DECEMBRi: 1721. 201

rêt, du 23 novembre, qui concerne les actions de la Compagnie des Indes; elles sont fixées à cinquante mille, la réduction s'en doit faire de même, suivant les origines, et le règlement qui est annexé à Tarrèt. Le Roi ne se charge point de ces actions. La Compagnie les payera , s'il y en a jamais une , car elle est à présent supprimée , et on en a mis la régie entre les mains de deux conmiissaires du conseil, MM. Fagon et de Machault, et du contrôleur général des rentes, homme dont la charge effraye le commerce et les négociants. On a dit de ces deux règlements qu'ils sont impayables, et aussi le sont-ils, de nom et d'effet. Les pauvres actionnaires de bonne foi se voient encore plus ruinés que les autres porteurs d'effets; car on ne leur tient pas seulement compte des 150 liv. par action qu'on les a forcés de payer l'année dernière; et on dit à cela comme à l'argent porté : « Pourquoi avez- .vous été si sots ? »

On a en même temps pul)lié deux autres arrêts. L'un du 23 novembre , qui établit la manière dont se fera la Ii(juidation par les commissaires du conseil , et deux bureaux où seront réglées les difiiculiés, d'abord par huit conseillei^ d'État et huit maîtres des requêtes , et quand il faudra interprêter l'édit , un autre bureau chez M. le Chancelier. L'autre, du 7 décembre, nomme cinquante maîtres des requêtes, pour la liquidation, et huit conseillers d'État, distribués en quatre bureaux. Les maîtres des requêtes seront deux ;\ deux et se régleront sur les deux plans, et sur. des instructions particulières qui ont été imprimées au Louvre et qui contiennent 38 articles. J'ai vu ces instructions, qui représentent les opérations faites et à faire. C'est un travail des plus surprenants. Il ne faut plus douter à présent du Jugement universel , dit un plaisant, et pour peu que le bon Dieu ait un peu plus d'esprit ({ue les P;\ris, il ne sera pas en peine de juger le monde, puis({u'ils ont jugé tout le royaume en général et en particulier.

..,,j MiMoiiiis ni M \ lima' makais.

Le lumii S. — Los in.iitirs îles re(|iiMcs se sont assemblés dans les salles de Ihôtcl de la HaïKjue, et ont comnu'neé le travail de la litjnidation pour les petites sonunes. Toute drelaration de 500 fi*. ne soulïre aucune rëduetion. Ils continueronl ius(|u'à 10,000 li\., et iMisuite toutes les autres viendront. Onsiiit déjà son sort, par le règlement géni4*al . suivant lequel chaque eflet doit »Hre jui^é par rapport à son origine , et les commis des Pî\ris ont déjà attaché î\ chaiiue déclaration une feuille de papier qui la jug«, en sorte que proprement h; maître des reijuétes ne fait que vérifier les calculs. t)n est bien sûr d'être réduit, mais comment payera-t-on la partie non réduite? (y est ce qui n'est pas bien clair. Le Uoi se charge de VO millions par an, pour éteindre les arrérages et les oiqiitauxdes dettes, suivant la répartition (pii sera arrêtée au conseil. Il faut doue attendre cette répartition.

0 décembre. — Phinck (]ii.\rlks. — Ce jour, la grande* affaire de M. le prince Charles, (]ui concerne sa séparation de corps et de biens, a été tout à fait terminée, cl la restitution faite de toute la dot, par (piittance passée par-df'vant hallot et Lefèvre. Il y a eu bien des difficultés. M. le lieutenant-civil ne s'est pas comporté à la fin comme au commencement. Il s'est avisé de parh-r à M. le uiaréchal de Villeroy contre le prince (Miarles, (jui en ayant eu une explication trés-vive avec lui, le magistral fut réduit A pleurer, et ;\ se cacher dans sa portière, ou le prince le laissa trés-honteux d'une telle tracasserie. Ijc 30 novembre , j 'ail li au Louvn^ chez M. !<• maré'chal de Villeroy avec le prince*. On y expliipia les moyens de lever les dernières difficultés. Le maréchal, (pinique fort âgé, me parut trés-vif, trés-poli , habillé m»*iiir galamment, cl me fit b(;aucou|> (riionnêtetés, cofnnic on n*«*n manque pas à la Cour. Il s'avisa de dire à la fin au prince (Charles, que son affaire n'auroitpas fait tant d'éclat s'il lui en avoit parlé d'abord : sur quoi le prince parla avec fore»*, nol>hss<' <! dignité, et dit qu'il

avoit fait ce qu'il ayoit dû , en parlant au père de sa femme; qu'il avoit trente-sept ans; quMl ne consnltoit que son cœur pour les procédés, et qu'il en étoit content. La conversation s'échauffa : il dit que l'éclat ne venoit point de lui ; que sa femme Tavoit quitté, et que personne ne lui en avoit parlé depuis (ce qui est vrai); ilalla jusqu'à dire au maréchal qu'il protégeoit des fripons, en parlant des Noailles, ce qui fut relevé par- le maréchal, qui dit qu'il ne devoit pas parler ainsi de gens en dignité dont il avoit épousé la fille, et il répondit qu'il ne les connoissoit pas alors et que tous les jours ils le trompoient, lui, maréchal, et qu'il le savoit bien. Cela fut poussé très-loin : le maréchal, embarrassé, et le prince toujours ferme, qui, à la fin, me prit par le bras et me donna la main tout le long des degrés du Louvre, à la vue de tout le monde qui attendoit la messe du Roi, comme il eût fait au Roi, dont il est ;^rand-écuyer. Il me parloit en chemin faisant, et vint dans mon cabinet se reposer, et me dit en m'emlirassant presque les larmes aux yeux : ttll ne faut jamais parler à un homme de sa femme, et il ne faut pas qu'il en parle jamais. Ces gens-h\ croient savoir vivre et ne le savent point. » Je fus touché d'un sentiment si naturel et si noble, et lui dis qu'il avoit eu raison dans tout ce qu'il avoit dit au maréchal et qu'en tout il étoit admirable; et en effet, le maréchal avoit grand tort de le tracasser, après une affaire finie. Le prince retourna à la messe du Roi, trouva le maréchal, qui l'embrassa, et ils sont restés si bons amis, que le maréchal, depuis ce temps-là, a dit à tout le monde que, du commencement jusqu'à hi fin de l'affaire, le prince avoit toujours eu raison, dans le fond et dans les procédés.

linéiques jours après, toutes les quittances données, il est venu un prêtre particulier de Saint-Germain l'Auxerrois parler au prince, de la part de M™' de La Vallière, pour l'engager à reprendre sa femme. C'est la première [)ersonne qui lui en a parlé. Le prêtre lui a dit (pi»,- l'on

304 MKMOIKKS DK M A 1 HIKU MAUAIS.

convenoil ijiril avoit raison vu tout. Le piiiue lui a ré- |)ondu : •« Laissez-moi donc jouir de ma raison, voulezvous que j'aie tort?» Le prêtre, entre autres choses, lui a dit (jue les iiommesne pouvoient séparer ce que Dieu avoit joint. Ia* prince a répondu : «Celui ipii nous a joints de la part de Dieu nous a séparés. C'est le cardinal de Noailles qui nous a mariés, et il a signé des premiers la transaclion qui nous sépare. Je ne sais pas changer de religion tous les huit jours. » Cedernier mot, ditmalignement sur tous les changements du cardinal, i\ l'occasion delà Constitution, fut bien aperçu par le [irètre , qui en sourit. Le prêtre demanda au prince de parler à M'"'' de La Valliêre dans quel(|ue maison étrangère; il répondit en badinant qu'il n'étoit pas accoutumé à de si bonnes fortunes. Entin toute cette conversation se terminai des honnêtetés récipnMjues, et l'idée d'envoyer un simple prêtre, après, plus de dix mois, dans un cas si important , est une grande folie , et encore plus quand l'affaire est finie depuis huit jours. On ne peut presque pas douter que la famille de la princesse l'a abandonnée, de propos délibéré, dans cette occasion , et il n'y en a que trop pour justilier h* prince en tout ce (ju'il a fait. Si sa femme n'avoil [>oint (piitté son appartement , il y eût eu beaucoup dep«fine ù la séparation et peut-être elle n'eût jamais été faite. Nous en .sommes souvent convenus ensemble. Enlin, il n'y a plus que le ciel qui puisse faire ce racconimodrnient,et comme je le disois un jour ;\ M. h; lieu- %eoant civil : « La main de Dieu n'est pas raccourcie. »

21, 22, 23 fléceuiljre. — Le princ(; Dolgorouki, Moscovite, ambasvideur du (^zar (1), a donné un(î grande fêle c|ui a duré trois jours , pour la n'jouissjince de la paix faite avec la Suède (2;. Le dimanclu; 21 , il y a eu un

(I) Depuis i:?0. Voir Mir c«'lt.' f<»lc ori^in.il.-, IJ.irliiiT, I, 17h. (1) • PftrceUr pai&,(|ijifiit HÏ^iée a Nysladt.h; 10 seittrmiire I7?.l, la Suède ftid»H U Utoiiie, l'FXhonie, rini^rie «l une parlje «le l.i l'inlamle el rie la

DÉCEMBRK 1721. 20r,

grand diner, où se sont trouvées trente-cinq dames delà Cour, et le soir un beau feu d'artifice et un grand bal, dans une salle qui a été élevée, parquetée et bâtie en peu de temps, au milieu du jardin de son hôtel, rue de l'Université. Le lundi 22, autre repas donné à plusieurs seigneurs, aux ambassadeurs étrangers et à tous les ministres et secrétaires d'État. Le cardinal Dubois y étoit. M. le maréchal d'Huxelles n'a pas voulu s'y trouver, n'ayant point approuvé cette paix , et ayant toujours sur le cœur la mort du roi de Suède (1), que l'on soupçonne avoir été tué par un de ses propres gens , et par un coup des plus traîtres, tramé par une grande puissance. M. de Bentenrieder, envoyé de l'Empereur, un des plus grands hommes que Ton voie, car il a plus de sept pieds de haut, se trouva auprès de M. de la Vrillière , qui est des plus petits; et l'ambassadeur d'Espagne dit à quelqu'un que si l'on mesuroit les hommes à l'aune M. de la Vrillière n'y gagneroit pas ; et il lui fut répondu qu'il y perdroit aussi si on les mesuroit par la capacité, cet Allemand étant un des plus habiles négociateurs de ce temps-ci. Le troisième jour, se fit une fête moscovite pour le peuple. On y vit un bœuf entier, que l'on avoit fait rôtir avec grand soin. Il parut sur ses quatre pieds avec les cornes dorées, placé sur une estrade, à deux heures après midi , au-devant de la porte de l'ambassadeur. Il y avoit aux quatre coins des veaux, des moutons,

Caiéljp. Lcc/ar (loni)ait on écliange deux millions d'éciis, et Ansiiste II, elecl<:iir<lt' Saxe, était reconnu par la Suède tomme roi de Pologne. » ( Mofc du commentateur ôttMarbier, 1,179).

(1) Le 30 novembre 171», Chailes XII, allant reconnaître la tranchée ouverte devant le lort [)rinci|);»l de la forteresse de Fréclésicksall, et s'étant appuyé sur le parapet pour considérer les travaux, lut fra(»pé n)ortelleu>eiil par une l)dlle de lanconneau. Cette mort mystérieuse a été l'objet de controverses «pii durent enrore. Lemontey accuse Voltaire, «pii penclie potir un assassinat, de légèreté. Mais l'opinion de Voltaire semble prédon)iner et est entrée dans les Biographies (Biog. Didol) et dans les Histoires les pins récente>, publiées en Suè<Ie.

MKMDIUKS DK MATllIKU MARAIS.

des cochons et quclquos volailles, et grande quantité de IKiius qui furent tous jetés au peuple, auiiuel un homme, qui monta sur le bœuf et (jui le eoupoit par tranches, distribua ainsi tout cet animal , ce qui parut phis d'un Iwucher (jue d'un divertissement et d'une fête. On avoit pratiqué dans les bords de l'estrade quehjue artifice qui tira au connneneement et qui effraya In populace, mais elle revint bientôt, et cette nouveauté (pie l'on n'avoit jamais vue en France, du bœuf rôti, attira bien du monde dans un endroit où il n'en pouvoit guère tenir. M. le Duc, M. de Charollois et autres princes, étoient dans l'académie de Du Gast , vis-à-vis l'hôtel de rainbassadcur. Le czar a fait faire de pareilles fûtes dans toute l'Kurope par ses envoyés, et sa nation Ta déclaré empereur de la Kussie, Père de la Pairie et Pierre-le-^rra/u/, dans une cérémonie pul)H(pie faite à ce sujet le octobre dernier.

Ils disent cpie l'empereur Maximilien a déjà traité un czar iV Lmpereur de Kussie il y a deux cents ans. C'est le Sénat qui a donné le nom de Pende la Patrie et celui de Grande et il arrive à cette nation barbare de marquer cette époque par une inauguration (jui sera mise dans l'histoire, au lieu que l'on n'a jamais su découvrir précisément de (juel jour et en ({uel temps Louis XIV a été nommé le Grand. }i\. Bayle m'a écrit une lettre autrefois î»urcetteol)seurité ; elle est dans le volume de ses Lellrea^ (1 ) àjiruposdu titre de/.ou/.s-/c-//a/7//, donnéà M. le Dauphin par un soldat ; sui' (pioi La Fonl.iine lit une ballaile linis- 8-1 nt par ce refrain :

Louis le bien nommé, c'est Louis-le-linrdi.

(Mais ce nom ne lui est pas resté, parce qu'il n'est pas devenu roi.)

'Ih décembre^ So'él, — M'"*^ la princesse de Conty (2) a

(1) Leilfc du 13 «Ht..|.t. i-(ii. t. M. i- 7?r, do* l.rttrr% «Ir l'.avlp ni. d.; Mik, p. 3 p. ia-13.

(S) LovIm Êltiabelli 'li- l^^iurlxjn-Coiili, ii't lmi it>'.)U, iiianir vu \'\^. Voti

DÉCEMBRE I72i. 207

quitté son mari et son hôtel, et s'est retirée chez M""" la Princesse, sa grand'mère. Depuis quinze jours, son mari la tourmentoit beaucoup. 11 est bizarre, jaloux, amoureux, et d'un esprit très-difficile. Il lui demanda un jour à quoi elle revoit , et comme elle ne lui répondit rien , il dit : (\ Vous pensez que vous voudriez bien être défaite de moi. » Elle lui dit que c'étoit vrai, et qu'elle seroitbien heureuse. Il a voulu savoir d'elle si elle le faisoit cocu ; elle lui a répondu qu'elle en savoit dix manières dont il ne s'apercevroit pas. a Mais, le suis-je? » — « Il faudra bien que vous le soyez un jour, si vous me traitez toujours de même. » Cela Fa piqué : il a eu des soupçons contre iM. de Clermont (1) qu'il a fait sortir de sa maison. Enfin la nuit de Noël , il défendit à la princesse d'aller à la messe de minuit, ni de faire réveillon avec aucun homme. Elle suivit son ordre. Il va de son côté se réjouir dans une maison qu'il a au iMarais, et y demeure à boire jusqu'à sept heures du matin. La Antier (2) et Thevenart (3) , de l'Opéra, y étoient; il revient à sept heures à l'hôtel de Conty. Il n'étoit pas de sang-froid ; il entre dans l'appartement de la princesse , qui étoit endormie , tire ses rideaux, l'éveille, et lui dit qu'elle a été avec des hommes à la messe de minuit, contre sa défense. Il la maltraite beaucoup de paroles, lui jette un des rideaux sur le vi-

siir ses (|iier«illes, son procès et sa séparation, un des grands scandales conjugaux dr l'époque, Madauie (I, 132, 227, 3é:j,376, 11, 158, li)i, 217). Les Mémoires de MaurepiiSf l, 236. Barbier (1, 180, 182, 185, 205, 207, 207, 208, 211,215, 210, 222.) Son ujari élail Louis-Arnuand, prince de Conti, né en IG95, mort en 1727.

(1) Georges-Gaspard de Clermont-Gessans, conile de Clcrmonl, marquis de Saint-Aignan, colonel du régiment d'Auvergne, premier gentilhomuie du prince.

(2) Célèbre chanteuse, née à Lyon, débuta en 1711, quitta le théâtre en 1741 et mourut à Paris, le 3 décembre 1747. Voir Castil-Bla/e, Histoire de COptra^ fl les Lettres de M^i*^ Atssé.

(3) Gabriel- Vincent Thévenard, né à Paris, le 10 août HWJ, une des meil- I»*ure> basses-tailles qui aient existé. Reçu à l'Opéra en 1087, prit sa retraite en aniil IT27 tl inouiiil le 2 1 août 1741.

Ml MOIKHS m. M ATHIKl' MAU \IS.

sage; ily avoit uiu' tVani:i' d'oi' «inl la Mcssf. La princesse, gît)^' de se[»t mois. lui dit qu'en Tétat où elle est il la va faire mourir; qu'il dt'Moit s'aller coucher et la laisser en ix»pos. 11 se retire. L'aprt^s-dlnée, elle prend son parti, va chvA M""" la Princesse (1), renvoie ses (^(juipaiics et ne revient point. Le prince, qui donnoit î\ souper à toute la jeunesse de la Cour, rentre chez lui , apprend (pie sa femme nVst pas revenue , court comme un furieux dans sa maison , se retire dans sa chand)re et ne vient point soujK'r avec cette jeunesse , (jui y soupa fort tristement. M""" la princesse de Conty, sa mère, et la dame de la Koche, sa dame d'honneur, arrivèrent. Ils tiennent conseil. La mère va trouver le Régent , crie et se désespère, v[ dit «jue son tils a beaucoup d'amis et que l'affaire va faire un grand éclat. — a Tant mieux, lui dit le Régent, s'il a des amis, ils lui donneront bon conseil. » — « Mais, monsieur, la populace vasedéclarer pour lui et s'asseml)ler. » — La [)opulace,dit le IK'gent, une escouade du guet m'en fera raison. — « Mais il assemblera la noblesse. » — « Hé ! mon l)ieu, madame, il n'asseudjlera pasquatre chats. » La princesse s'en retourne peu contente ri). La dame de la Roi'he, de son côté, étoit allée chez M"*' la Princesse, jI qui elle dit impudemment mille injures; (ju'elle fjiisoit la dévote ; que ce n'éloit point l'être de retirer une femme qui quitte son mari; qu'elle étoit une receleuse plus coupable que celles à qui le Parlement faisoit le procès; qu'on alloit mettre le feu à sa maison. M""" la Princesse, Agée, timide, ne sachant (jue faire, envoie quérir le guet A pied cl à cheval pour la garder, et écrit à Madame , mère du Régenly pour lui apprendre son état. Madame lui répond

(I) Anne dr lUiTièrr, née en' 16'i8, avait ëpoiiM^ en lOfi.'J Henri Jiih'H de Bourtion, prinre <lr Coudé. Kll« «tail «rand mm* drs driix «poux, la piiner*%f dr ('«nli «-lanl ISonrlion par *on péri* cl U: prinrr dr ('onli élatit OMdr f«r M mèrr 1^ liranclii* aloé« cl la hranrhf radrtli-, Condi-, «-t (:<»nli, •'alliainil lr#>«pirMim<>rii par ntari3^i!<(.

(1) lUrlif-r. 1, INI

qu'une Allemande ne doit point avoii* peur; quelle ne reconnoit point là sa parente, et qu'elle doit garder la princesse de Conty jusqu'à ce qu'elle soit accouchée. La dame de la Roche s'évade : on expédie une lettre de cachet contre elle pour l'envoyer à 150 lieues, puis on la révoque, pour ne point irriter le prince de Conty davantage; quoiqu'elle ne fût donnée que pour avoir perdu le respect dû à M'"*^ la Princesse. Le prince de Conty vient le même soir chez le Régent, qui soupoit avec ses dames. Il lui parle; on envoie quérir le cardinal Dubois, qui étoit couché ; on le fait relever; il va chez M'°^ la Princesse demander la princesse de Conty : on la lui refuse, et voilà ce qui se passe le 25, jour de Noël. Le lendemain, le prince de Conty va partout, parle à M. le premier Président du Parlement, aux avocats généraux, et dit qu'il est prêt de la recevoir dansThùtel de Conty, d'en sortir pour la laisser seule, ou de se retirer dans un petit coin de son palais où il ne la verra point, qu'enfin il l'aime; que c'est sa femme; qu'il la veut avoir et qu'il donnera une requête pour qu'elh; lui soit rendue. On lui conseille de ne la point donner ; que la procédure sera longue ; que quand il auroit un arrêt, il ne pourroit le faire exécuter, et qu'on lui fera un procès en séparation pour les mauvais traitements, qui sont publics, et (jui ne sont pas nouveaux. Le 27, M'"'' la princesse de Conty, fille du Roi, M. le cardinal de Noailles (qui n'en a pas tant fait pour M""^ d'Armagnac sa nièce), iM. le Chancelier, ont été la redemander, et on l§i leur a refusée, aussi bien qu'à M. l'abbé Mainguy, conseiller de la Grand-Chambre, et à M. deGaumont, maître des requêtes. La princesse dit tout haut quelle ne peut pas retourner avec son mari, qui est un furieux, et qui lui a déjà donné deux fois du mal, dont elle a été obligée de se faire guérir par des chirurgiens (ju'elle nomme. Quoiqu'on la plaigne, on ne laisse pas de dire qu'elle est fort inconsidérée; ({u'elle i)i'end plaisir à le IVicIkm' et à lui dire des choses pijpiaiitcs;

ito Mi.MoinKs m. MvmiKi marais.

tiuVIlo irrite* sa jaU)Usii' [)ar iiiio cui|iu"llerio alïccléo, cl qu'il yahij'ii (jurKinpsprtitfS choses î\ dire sur sa conduite qui n'est peut-«Mic pas si nette qu'on le dit l)ien , sur le chapitre de M. deClennont et de (juehpies autres. Il y a un M. lit" la Chapelle, secrétaire du prince , de TAcadémie françoise , qui ne lui donne pas de bons conseils, non phis qu»^ la dame de la Hoche, î\ce que Ton dit. La Chapelleestauteurdcs /.p/Z/ts appelées /^ff/rcs(/e Suisse (1), faites pendant la dernicre guerre , et où il y avoit une sorte d éloipi» nce , et des maximes politiques assez bonnes. 11 a fait un (ntulie (2) en vers et en prose; ses idées sur la religion sont d'un esprit fort. Enfin, ce n'est pas un l)on sujet ; un jeune prince, déjà obstiné, et d'un goût bizarre et méchant, n'est pas bien entre ses mains. Le public dit que si le prince eût bien fait, il n'eût point couru après sa femme; (ju'il l'auroit dû laisser dans sa rt»traite, comme le prince Charles a fait de la sienne; lui rpuvoyer ses femmes et ses équipages , paroltre ne s'en |v>int soucier, et (pi'on eût été trop heureu.v de revenir le tlHM'cher. Chacun raisonne à sa manière : mari, femme, matière très-délicate, et dont on ne doit guère se nièler. Il faut vivre avec les bons maris et ne point quitter les mauvais, avec (jui il faut .souffrir. C'est le sort des femmes depuis (ju'olles sont femmes.

27 décemhrv. — M""" la duchesse de Ventadour (3) est partie |K3ur aller conduire iM'" de Montpensier en Espagne et recevoir la Heine, qu'elle doit ramener en France. Cette dèputation du prince de Hohan a r.iif

(1) Ijrttrfi d'un Suiae a un Français, où l'on voit 1rs vt'rifables intéréiê de» pnncMel ûe^ nationHde l'i-jimpe qui sont vu nxw.ïre. lUUe (ParJK), 1703-11, 2v. 10-17.

(7; Us Amour» dr Catulle /Parix), IO80, \ï\\).. K*p«'n' <|p roman IimIorlqne mlmn^ d«> pAlM traduclioni; (Jesplu^ jolies piècen de rélf^giaqui) latin,

3/ Cti«i(< ' irc (If la Mollic-Mdiirliiiiroiirt, iiior(«' m 1727, K^xivcr-

MliU à«^ «M I r.iiM<- I l|i- < l.iil \rii\r •!«■ Louis ( 'li;il les it(> I.«''Vi><, dlIC

àm VenU'loiir

dire que c'étoit un rang que Ton donnoit à la maison de Rohan,qui s'égaloitàcelle de Lorraine, acoutu niée à avoir ces honneurs, et au préjudice des princes lorrains, qui conduisoient seuls les ambassadeurs de toutes les nations aux audiences du Roi. iM. le duc de Lorraine en a écrit en France aux princes de sa maison. Ils m'ont fait l'honneur de me demander conseil et de s'assembler chez moi le 27 au matin , AL le duc d'Elbeuf, M. le prince d'Elbeuf (Emmanuel) son frère, et M. le prince Charles. Ils m'ont dit que M. le cardinal Dubois leur avoit dit la veille que M. et M'"'' de Richelieu avoient reçu M'"'' la Dauphine de Bavière en 1680, par commission du Roi, et que cela n'avoit donné aucun rang. J'ai vérifié le fait dans la Gazette de France et dans le Mercure galant de ce temps-là, il s'est trouvé vrai. Le duc de Créqui alla en Bavière porter les présents; il ramena la princesse en France, trouva à Strasbourg ou à Freigtheim, deux lieues au delà , M. et M"'' de Richelieu avec une lettre du Roi. Il les présenta à M'"*" L^ Dauphine, qui lessuluaen baisant, et à qui ils donnèrent la leltre; puis ils entrèrent ensuite en fonctions lim et l'autre de chevalier d'honneur et de dame d'honneur. Ce fait vérifié, il a été pourtant arrêté , qu'à cause du bruit de la députation, et pour en opposer un autre à celui-là, les princes iroienl [);iplerau Régent, et lui dire qu'ils n'entendoient point conduire l'ambassadeur d'Espagne à l'audience de congé qu'il devoit avoir du Roi, et pour laquelle le duc d'Elbeuf avoit été nommé, et qu'on pouvoit se servir de qui on voudroit, puisqu'on avoit pris le prince de Rohan pour recevoir la Reine. Ils ont été sur-le-champ tous trois au i*alais-Royal , ont dit au Régent leurs griefs et leur dessein; il leur a répondu qu'on n'avoit jamais pensé donner aucun rang ni droit à M. de Rohan, qu'il n'avoit été envoyé que comme duc, e't, pouk* mieux dire, comme gendre de M""" de Ventadour. 11 leur a cité l'exemple de M. et de M""" de Richelieu, et a dit qu'il seroit bien fâché de (lé[)lain' à M. le duc de

Jll MKMOIRKS l>K MMHIIU MARAIS.

LorraiiK" , m>ii hoau-iivir, tl à ru\, princes de sa maison qui étoient en France; et (juc, ponr la conduite des aml)as»iadeiirs, il ne la pouvoit point chani;er quand il vouilroit . parce qu'il étoil établi en France que tous les ainlKi>siideurst:ënéralement n'étoient conduitsaux audiences du Hoi que par des princes de la maison de Lorraine, et tjue les and^aî^sadeurs n'en voudroient point d'autres. Cette ré[)onse, qui s'est répandue dans toute la Cour, a contenté les princes, et le prince d Elbeuf conduira le duc d'Ossonne , aml)assadeur extraordinaire d'Espagne pour les inariaires, à Taudience du Uoi. Cette démarclie a bien donné sujet de parler, mais il étoit nécessaire de la faire, pour éclaircir le fait, et détacber la maison de Kolian de l'égalité ou même des préférences qu'elle tàcbe de se procurer sur la maison de Lorraine. J'ai appris, de M. le comte de Blansac, que M. de Uoban lui a dit à lui-même (pTil n'avoil eu cet emploi que comme duc et titré, et non point à cause de sa maison.

On a appris ces jours-ci avec étonnenient (|u'un notaire, nommé Tbomas, avoit fait l)anqueroute, qu'il avoit tfélivré des contrats faux sur la ville et (jue M. de Nangis y perdoit -iVOjOOO livres. Si les dépositaires de la foi publique sont des trompeurs, à qui se liera-t-on? Voilà les malbeurs de ces derniers temps.

M. de Boulainvilliers, bomme de cpialité et de beaucoup d'c»sprit (1), m'a prêté les deux premiers livres d'un manuscrit delà Vie de Mahomet, (pi'il a composée. [11 est mort le 23 janvier il 11. Je l'avois vu la veille, et il me dit qu'il avoit donné ses deux m.'niusrrits dr J/^/Aomr/ à

(1) Henri de IU*iiUiiivillers, d'une ancienne maison originaire de IMcanlie. Il rtl célrlffr fuir I . ■ " -p «le ses opinions n-linini-es, par son noftl |)Oiii l'as- Irotoffir ri ft« r* > in cnllioiihia^te de l'or^anisalion féodale, (fiand ic-

niurur Ur (aiU el ù'ttiée», et qui n'a |K>int encore éUi mis ii f«a place. La Vie

de "î ' ' , , iime en 1730, l.ondren et Amsfrrdtnti, in-8". On

If» > / ,/ Mtrhaud nn « .italo;:iie .une/, coinplet de ses ina-

DÉCEMBRK 1721. 213

relier ensemble^ afin qu'ils ne fussent pas dissipés, en cas qu'il vint à mourir. C'est une grande perte. Il a été confessé avant de mourir.] [J'ai lu sa préface sur le Journal de la vie de saint Louis. C'est une pièce merveilleuse.] (ISote postérieure de Marais.) Il prétend prouver que ce n'étoit pas un misérable et un imposteur, tel qu'on ledit ordinairement, mais un grand bomme, qui s'est babilement servi des circonstances du temps et du pays où il étoit, pour établir une religion, et se rendre le maître de deux grands empires. On ne prend pas assez garde à une époque si singulière. Cet ouvrage est merveilleusement écrit, d'un style de qualité, et avec des expressions nobles, claires et précises et propres à l'histoire. Il y a des morceaux excellents de métaphysique. Il y en a d'autres très-délicats sur la religion. 11 approprie plusieurs chapitres de VAlcoran aux faits de la vie de Mahomet. Il va jusqu'à justifier que dans l'Alcoran, il y a une vraie prophétie, qui a échappé à tous les docteurs musulmans, par ignorance des faits historiques, et cette preuve, qui n'est que trop sensible, feroit de Mahomet un vrai prophète, s'il n'étoif prouvé d'ailleurs que pendant sa vie il n'en a tiré aucun avantage; qu'il a pu dire ce qu'il a dit par une imagination échauffée, et s'il n'y avoit pas de doute sur le temps où Mahomet a révélé cette prétendue prophétie. Le premier livre contient une belle description géographique et historique de l'état de l'Arabie et des pays voisins, au temps où a paru Mahomet. Le deuxième contient la vie de Mahomet, jusqu'à la troisième année de sa vocation, c'est-à-dire à 615, où il délVita cette prophétie des Romains qui venoient d'être battus par les Perses, et qui les battroient dans dix ans, ce qui dvriva justement en 625, dans les dix années prédites , où Kosroës fut entièrement défait , et perdit honteusement toutes les conquêtes qu'il avoit faites sur les Komains en 015. On fait descendre Mahomet d'Abraham en droite ligne, et sa généalogie est rapportée. Il IhiI lire ce livn*

211 MKMOIRKS DK MATHIKU MAIWIS.

avec (|uel(iiio précaution , à cause de certaines critiques indirectes do hi relii^iou chrtHienne , et il n'appartient pas à tout le monde de manier des matières si hautes et si délicates. M. de Boulainvilliers est célèbre par cpiantité de mémoires qu'il a faits sur riiistoire de France, et princii>alement sur la première race. (Le P. Lelong 7 VI, 6,881. ll,8:m, 1-2,011, 16,iil.) Il est excellent ^généalogiste, chronoloiiiste exact, grand historien , métaphysicien suhlime, et il a pris pour son amusement la science de ra>tronomie judiciaire, qui a fait beaucoup de bruit à la Cour, où ces sortes de connoissances sont recherchées par les femmes, et qui Thonore beaucoup moins que tous ces autres talents admirables qu'il a portés au dernier degré de lumière. C'est avec cela un homme doux, commode à vivre, paisible dans la société, bon ami, et qui possède dans une grande élévation d'esprit une trèsgrande simplicité de cœur. 11 n'a rien fait imprimer (1). Le I*. Lelong parle de lui en beaucoup d'endroits de sa liibUothèiiue hislorifjue (7'd, 0,881, 11,830, 12,011, 10,VV1), et indique les manuscrits et éclaircissements (ju'il a faits sur notre histoire. Il est d'une très-grande maison, des plus anciennes, et alliée à M"*" de Montpensier et aux princes de Croy.

.'H décembre. — M. le maréchal de Villeroy adit à M. le prince Charles qu'il s'étoit très-bien conduit dans l'affaire de M. de Kohan, et (jue l'on avoit su que les Kohan, par le moyen du cardinal, avoient espéré d'obtenir du l*a[>e qu'il se contenteroit d'une personne de ceiUi mai-

\ l^-.iil.iiiiMlli^M^ n'avail lini fait im[)iiiiHT lui-iii^nu'. Mais ( (nimic il Uia^Mit ùr il'Mitfiit |irt-nilr«' <1<mix (opifs dr ses iiianus(:rit><, on avait <!<' son \i- «Mit, imprimé tï'uno. mani(;rc inrorn|>|pte plusieiirfl onvrageft <\t'. lui à LondroK «t ailleuM; quH'|ii<-<' un<( rlo *••« noniltrrnx rrrit» ont «M«^ puhlii^s n|»n's sa mtori. Il en e«tqiii ont oUenu |)lu<^if.Mjr» «'(litionn ft ont «'li* IradnilH en diifé' renie* Uo|(ii«>. lyott; de l'éditeur de la Revue Réfrospective.) Les noteti et préiacM rntique« ««ir If Journal du rfgne fir Sninf-fouix rf dr Pfiilipprle fiardê, par Auliery, \ r, in-i», mann-< rit. f.iit fiafli»- «Ir- l,i l)ihliolln*<|uc de l'ordre des atricaU de l*ari«. (Ibidem.

son pour conduire son Nonce aux audiences du Roi; après quoi, les autres princes étrangers n'auroient plus rien à dire, parce que le Nonce tient le premier rang parmi les ambassadeurs; mais le Pape n'a pas donné dans ce panneau, et aime, tout autant qu'un autre, que ses Nonces soient honorés et présentés par les princes lorrains.

— M°^ de Saint-Sulpice, dont il est parlé au 13 février de cette année, m'est venue voir il y a huit jours. Ses blessures sont fermées à la fin ; mais elle a une jambe plus courte que l'autre, et il faudra qu'elle aille aux eaux pour être guérie tout à fait. Pendant sa maladie, elle a pensé mourir, et on avoit tiré d'elle un certificat par lequel elle expliquoit le fait de sa brûlure, et disoit que nul de ceux avec qui elle avoit soupe n'y avoit eu part. C'est une décharge, tant bonne que mauvaise, pour les princes et M™^ de Prie; mais on n'en a pas fait usage, et on a bien fait. Ses parents, d'un autre côté, ont voulu la faire destituer de la tutelle de son iils, ce qui s'est terminé par lui donner deux conseils, iM. de Rolinde, conseiller au Parlement, et moi. M. le Duc me demanda un jour chez elle, si une femme qui avoit le c... brûlé ne pouvoit plus être tutrice, et je lui dis que ni ses maisons, ni ses contrats, ni ses autres el'fetsn'étoieiit brûlés, et que cela suffisoit pour la maintenir dans sa tutelle.

Le ballet des Quatre Éléments (1) a été réprésenté au Louvre devant le roi, qui y a très-bien dansé. Les vers sont de Koy, la musique de Destouches et de Lalande. Cela n'a pas été trouvé bon ; mais la représentation est magnifique. Roy a dit ({u'il avoit parlé du maréchal de Villeroy dans VÈpitre, pour suivre le chemin des [)ensions. Le maréchal lui a dit ; « N'est-ce pas vous qui étiez commis

(I) Vers de M. Roy, musique deLalandeet Destouclies, danse du S' Halon. Il fut donné au public, sur le Ihéâlre de l'Académie royale dr niusicpie, le 2U uiai 17'2j.

5ir» Ml MDiKKiî m MVrilIKU MARAIS.

liu tluc lie la Force? Lisez vos vers; >> et puis a renvoyé le pcW^le siins pension.

Le Pape nous avoit envoyé un Jubilé pour cet Avant. 11 étoil indiqué et prêt à gaLjner, mais la Constitution en a empêehé Teffet. L'évéque d'Amiens a fait faire un catéchisme où il posoit par articles qu'on ne pouvoit gagner le jubilé sans accepter la Conslitution ; qu'on ne lK)uvoit pas recevoir la rémission de ses péchés par un prêtre appelant ou refusant, etc. On a débité ce catéchisme par tout le royaume; il a fait grand bruit, et pour empêcher les suites, on a mieux aimé suspendre le jubilé , (jui a été remis jusqu'à ce que les temps soient plus tranquilles. Le Pape ne s'explique point encore; il demande qu'on lui fasse raison des sept évéques qui lui ont écrit la lettre où son prédécesseur est maltraité, et cependant , on le croit pencher du côté de la tolérance.

J'ai appris, par une voie sûre, que le cardinal deNoailles a écrit au Pape sur son exaltation, et a souhaité avoir une réponse douce et qui ne parlAt de rien. Le Pape y a consenti, et a laissé le cardinal de Uohan maître de faire la lettre, que le Pape a signée. Klle est tendre, affectueuse et comme d'un père à son iils. On a su cela, car le diable est bien malin ; il s'est vu à Home, entre les mains de certains cardinaux, des lettres (pii disoient que le cardinal de .Noailles n'étoit point dans des sentiments de paix. La lettre n'a point été envoyée. Il a fallu une négociation nouvelle; enhn, le cardinal de Flohan la rapporte en France actuellement, étant dans son voyage et retour, et l'on croit que le Pape laissera l'affaire sans confirmer ni rétracter, et qu'il ne .se dira ni ne fera rien pour ni contre, en sorte rpie chacun restera dans son opinion. Voilà un état bien difficile î\ soutenir.

— Grande tnicasserie dans les femmes du Palais-Hoyal, M** de Hrossay dit en sonpant avec le Régent, et étant

en joie : «M. le Duc adonné la v à M"" de Prie, M'"' de

Prie l'a donnée à M. de Livry ; M. de Livry l'a donnée i\ sa

DÉCEMBRK 1721. L)|7

femme; sa femme Ta donnée à la Peyronie et la Peyronie les guérira tous. » JJ. de Fargis, qui étoit du souper, et qui n'aime point M"''^ du Brossay, à cause qu'elle a brouillé M"'' du Deffant avec M""^ d'Averne, a publié ce discours, dont tout le monde a été fâché, et il est disgracié du Régent. Il a fait une liste de cinquante-deux personnes qui ont eu M"™^ du Brossay. Le Régent Fa lue, il n'en a fait que rire, et voyant venir Noce, il lui dit : a Voilà notre philosophe qui va faire quelque critique. » — «Cela peut être, dit-il, voyons. » — Il lit : « Il en faut mettre un cinquante-troisième qui est moi. » Quelques jours auparavant , à rOpèra, le Régent s'arrêta à une loge où étoient M'"*^ de Flavacourt, M™' de Sabran et M'"' du Brossay, et elles lui dirent : «Monseigneur, arrêtez un peu quelque temps à votre vieux sérail. »

FIN DE l'année 1721.

6 janvier. — Princk de conti, sa femme. — M. le prince de Conti n'ayant pu obtenir qu'on lui rendit sa femme^ s'en est allé à l'Ile-Adam, avec soixante seigneurs de la Cour, où il a demeuré cinq ou six jours à chasser et à faire bonne chère. On a remarqué que le duc d'Elbœuf , le prince Charles et le comte d'Évreux, qui ne sont point avec leurs femmes, ont été de ce voyage. iM. le comte de Toulouse et le prince de Vendôme y étoient. Ce prince, qui étoit autrefois le Grand-Prieur, est d'une si grande malpropreté , qu'il est convenu avec le comte de Toulouse de ne lui jamais frapper dans la main et de ne se mettre pointa table auprès de lui. Entre ces seigneurs a paru ral)ljé de Roquette fl) qui leur servoit d'aumônier. Le prince de Conti dit : « L'abl)é n'est pas aumônier d'un mauvais lieu, mais il ne s'en faut guère, puisqu'il l'est de rile-Adam. » A son retour, il a fait des instances nouvelles pour reprendre sa femme. Le cardinal de Noailles lui dit qu'on la lui rendroit après qu'elle seroit accouchée.

— « Comment, ^Monsieur, lui dit-il, croyez-vous que je puisse me passer de femme si longtemps?» — Le cardinal lui dit ({ue Madame étoit dans un état à la laisser reposer.

— «Oh! pour moi, dit le prince, je ne crois pas que ce soit un péché mortel de coucher avec ma femme quand elle est grosse. » — Nonnisi nave plenà lollovictorem. On a. su que, dès le même jour, il a pris une maltresse, nommée M"" de Porte, fille d'une bonne famille, que le Régenta voulu

i; .Ncveii (!•• l'fxcqiif (lAuliin, original, «lil Saint-Simon, du Jartuffe.

3)0 MIMDIUI^ 1)1. MVlllIKr MARAIS.

avoir ri <inil a raléo, disent les liluM'tins , (jui a passé au cliU'trKllHi'ur,et (l'io le (luturKllxeufadonin'eaii priiieede (Unili. (jui, d'entrée de jeu, Ini a donné 5 ou 000 pistoles. 11 l'a menée dans une maison qu'il a au Marais, rue Xaintontre, où loge le comte de Marton , (jui, ce soir-hV, étoil InVmal; il rallaréveilh^r après souper, et lui dit : « Marton, je suis au ciiupiièine. » — utirand bien vous fasse, Monseigneur, lui dit Marton, laissez-moi dormir. » La Chapelle, son secrétaire, a t'ait chanter chez lui une cantate dont le dessein étoit : Achille descend aux enfers suspendu entre F Amour et la Haine, qui est une allégorie faite sur son divorce, et l'on a appris que, tous les jours, il fait un plaidoyer entre M""^ de la Hoche et lui, où il plaide sa cause contre elle et se la fait gagner ou perdre, suivant ses idées différentes. Il y a eu des exploits dressés pour sommer M'"*^ la Princesse de rendre sa femme, et sa femme de revenir. La tête lui tourne de jalousie et d'amour, et son incpiiétude naturelle ne le quitte point. On lui a fait eette chanson sur un noël : Laissez paître vos bêles.

L'éclat de la noblesse

ÎS'einpèclie p.is d'être cocu,

Et de plus d'une Altesse

Cociiage est eonnu.

C'est donc à tort

Que le Bossu

Si" fàehe fort *

l)'(^tre cocu,

Quand pour tel il se voit connu.

n<'iiri-Qu;ilre lui-niènie

(bornes portoit dessus son fmnl

Ht sous son diadi^me

.Supportoit cet affront.

Son fils Louis cornard étoit.

M.idaine AFUie un peu le Liisoil,

Ou tout(^ seule elle engendroit.

Si fx)uis (juator/ièmc

.N'a pas p.'issr pour rornard

('f^i un honlieiir extrême

On l'effet du hasard.

TAÎSVIER 1722. 221

Duc DE Chartres. — M. le duc de Chartres est tombé malade d'une grosse fièvre : saigné plusieurs fois du bras, du pied, émétique, abcès vidé par le nez parce qu'il ne s'étoit jamais mouché; mais la fièvre ne le quitte point; on dit qu'il s'est épuisé auprès de la petite Quinault, comédienne , qui est sa maîtresse , et grosse de lui de quatre ou cinq mois (1). Le Régent, son père, lui a dit : « Nous ne sommes pas de fer^ il se faut ménager. » Cette Quinault est très-jolie et bien faite. Elle a été auparavant au marquis de Nesle, et a commencé par Samuel Bernard, qui l'a eue le premier pour 50,000 livres, et l'a eue longtemps. Il viendra d'elle quelque prince ou au moins quelque seigneur, comme le Régent a eu l'abbé de Saint- Albin de la Florence, fille de l'Opéra et un autre fille qu'il a eue de la Desmares, comédienne, qu'il a mariée à M. de Ségur, qui ne sont point reconnus. Le chevalier d'Orléans, qui est reconnu, est d'une meilleure mère, car il est de M"*" deSéry, comtesse d'Argenton, et il yen a plusieurs de M*"*^ de Parabùre, qui nesont point encore nommés, il met en pratique ce que le poëte Laine lui dit un jour après la bataille d'Hochstoedt :

Tout un peuple alarmé u'a plus qu'une espérance, Prince, à mille plaisirs livre tes jeunes ans; Reçois plus que jamais la Séry, la Florence : Dans l'elat où l'Anglois vient de mettre la France, On ne peut trop avoir de bâtards d'Orléans.

Constitution. — La Constitution est toujours au même état du côté de Rome. Le Pape ne s'explique point. L'Empereur le presse. On a dit en France que ces Rescrit et Mémorial de l'empereur étuient faux.

(1) Il PII est venu une petite fille qui est resiée chez la Quinault et y éloit rncore en 1735. Le duc de Nevers aime la mère et y est fort attaché. (Aote (le }farais). Celt»* Marie-Anne Quinault, (ilU aînée il»> l'acteur de co nom. fut attachée au théâtre de i7l't a i7'2J et muiinit, <h(-(>n. on 1790.

m MIMOIRFS DE MATHIEU MAUVIS.

Lecaniinal île Noa il les propose aux appelanls de signer une soumission en ces termes :

« Nous déclarons qu'au sujet de la Constitution inigenitus, nous entrons volontiers dans les sentiments de paix de S. É. et de MM. les évéques, et que nous sommes trèséloitrués de mettre aucune opposition aux moyens que leur zèle pour la vérité, la discipline et les droits du royaume leur pourra inspirer, pour la procurer à VÈglise. sans préjudice de noti'c ap[)el. »

Le supérieur des Feuillants a signé cet écrit et Dom Tonpiois, aussi Feuillant , et par là ont évité l'exil.

î» janvier. — MviUAtiE dk France et d'Espagne. — L'échange s'est fait aujourd'hui de M"'" de Montpensier, qui va épouser le prince des Asturies, avec rinlante d'Espagne, qui est destinée au Roi. Cela s'est fait dans l'Ile des Faisans (1), où se lit autrefois le mariage du Uoi. Cette lie n'a que vingt-cinq toises en tout. On y a fait une maison de cinq toises et une chand)re mi-partie par un tapis de deux couleurs pour faire l'échange juste. L'Infante vient en France; on dit qu'elle est très-jolie. On l'a d'abord mise dans une chaise à porteurs pour passer les montagnes, puis elle prendra tel chemin (jue M'"*" de Ventadour voudra, car ils courroient risque de ne rien trouver par où ils sont venus, ayant très-mal payé leur gîte; ce qu'on ne pourroit jamais croire, s'il n'étoit vrai que les hienséances sont à j)résent très-peu ménagées et qu'on prend partout.

L'évè(pie de Langres, qui n'a pas la tète très-honne, depuis tpi'il piit dans saint Prosper une objection pour une réponse, a donné un niaiulemcnt pour em[)ècher l'exécution d'un arrêt du parlement de bijon, (|ui enjoint aux eccléBiastiques de faire la garde pour la peste.

' '»^ii« It Jti i.i»so.i, a I kil. (!•' «*f»n «MiihinM liiiif, «pii ,«|»[);irli«'nl,

!'• n, .1 i.i I r.iiiu' ft à rp>|in;:iic. Il > .iv.iil un |i,i\il|()ii (on^diiil

MIT la INMI^ atw iiru\ nï\e% ('•nalpi» a|)parl''nniil a rli,njiM' Irrriloirr.

JANVIRR i722. 223

Le Parlement a déclaré le mandement abusif. Le clergé, qui craint cette garde, veut obéir à Févôque, mais il craint encore plus la saisie du temporel. On y a envoyé M. de Tavannes pour y mettre ordre. Les officiers disent que s'il s'agit de tirer sur quelque transfuge, ils ne recevront pas Tordre d'un prêtre qui sera à la tète d'un détachement ce jour-là. Ainsi, voilà de la brouillerie partout. M. de Langres eût mieux fait de se reposer et de mieux étudier ses livres.

Réunion des religions. — On travaille en Allemagne à réunir le Li>thérianisme et le Calvinisme; mais tous ces conciliateurs auroient plutôt trouvé la pierre philosophale, et ils feront une bonne guerre d^ religion au lieu de faire la réunion qu'ils cherchent.

Corps des traités de paix. — Oh imprime un Corps universel diplomatique en douze volumes in-folio, en Hollande. C'est un beau dessein de ramasser tous les traités de paix et d'alliance entre tous les pays de l'Europe et toutes les pièces qui y ont rapport. Nous avons six volumes seuls du traité d'Utrecht, qui sont très-précieux (in-12). Il y a déjà plusieurs Recueils de traités à Paris et en Hollande.

iMandement du cardinal Dunois sur le jubilé. — Le Jubilé a été à Cainbray. Le cardinal Dubois, qui en est archevêque, a adressé pour ce sujet un mandement fort beau à son clergé et à son peuple. Il commence par dire (( que c'est une consolation pour lui et une heureuse conjoncture, dans sa première Instruction pastorale, de n'avoir à annoncer que les grâces du Seigneur et ses miséricordes; que rien n'est plus selon les inclinations de son cœur que ces pensées de paix, de réuiission et d'indulgence. » Dans un autre endroit, il dit : » Tout éloigné que nous sommes, nous ne vous perdons point de vue dans cette multitude d'affaires où nous nous trouvons engagé. La Providence, dans la suite de nos années, ordonnera de nous selon ses desseins; mais de quelque manière qu'il

324 Mli:MOIRKS DK MATIIIKI MARAIS.

lui plaisedVn ilispusrr, in>ii^ n'imlWierons point que vous êtes noire troupeau, ttc... Ce n'est puscVaujourcriiui que les pasleui*> des Aines, soit ecclésiastiques soit réguliers, ont été, par eerlains engagements, séparés de leurs ouailles; conihien de l'ois cette grande lumière de notre France, s^iint Bernard, lut-il obligé do (juitter sa retraite, de paruilre ilans les cours des princes et d'( ntrer avec des puissances étrangères dans des négociations étrangères? » il rap[)orte ensuite l'endroit d'une lettre de saint Bernard , qu'il s'appli([ne dit-il, avec toute la proportion convenable, où il dit à ses frères qu'il est au milieu d'eux par la cbarité, cjuoique absent: «Quiconque est pour la règle, quehiue part tjue nous soyons, il est avec nous, niai> ([ui voudroit s'en écarter et mépriser l'ordre, nous ne saurions le reconnoitre quand il seroit à nos côtés et que nous l'aurions sous nos yeux.» Il dit « que si Dieu a voulu nous aftliger, il a bien voulu aussi nous soutenir; car n'est-ce pas ù son adorable Providence (]ue nous devonsjjttribuerla tranquillitédont jouit l'État?» Kn parlant du l*ape, il dit c qu'un mérite encore [)lus éclatant que sa naissjince, longtemps éprouvé, et universellement reconnu, la fait élever, du consentement unanime de toutes les puissances, au suprême pontilicat. » 11 ordonne de prier pour la paix de l'Kglise. Il finit son mandement par dire : « Avant que cette paix si désirable et si attendue &oit enfin consommée, nous ne croyons yns qu'il y ait un niedleur avisa suivre (jue celui d(î saint Jérôme , lors(jue, dans une pareille conjoncture, il conseilloit à une personne également éclairée et pieuse de ne point trop raisonner, mais de s'en tenir à la foi du pape Innocent,)) Ce

mandement est du

Il y a bien des réllexionsiï faire surcecjue ce cardinal, plus brutal (ju'un cbeval fougueux, aime la paix et l'intlulgence; sur ce (ju'il dit des desseins de la Providence dans la suite de ses années, comme s'il ne devoit pas être eonlent qu'un petit prêtre comme lui, et un Limousin,

fils d'un apothicaire de Brives, soit devenu archevêque de Canihrai et cardinal; sur la comparaison de lui à saint Bernard ; sur son amour de l'ordre et de la règle, lui qui est un homme plein de désordre et de dérèglements ; sur la tranquillité de l'État, qui est ruiné, et où il se donne de l'encens par les traités qu'il a faits avec les étrangers ; sur le Pape qui a été fait du consentement unanime de toutes les Puissances , sans parler du Saint-Esprit ni du Sacré-Collége, lui qui est cardinal, et enfin sur ce passage de saint Jérôme, et la foi du pape Innocent XIII, qui est un jeu de mots avec le nom du pape Innocent XIII et en même temps une destruction de la foi du Pape Clément XI. Du reste, ce mandement est très-bien écrit, et, s'il l'a fait lui-même, comme on le pense, c'est un homme qui a beaucoup d'esprit et qui négocierait avec le ciel, si les négociations y étoient reçues. L'Espagnol dit : Pleitar con la lei di Dios.

La Gazette de Hollande, du26 décembre 1721, contient une amnistie donnée par l'Empereur pour une émotion arrivée à Malines, qui est décrite très-vivement dans ce décret. Les circonstances en sont très-singulières et méritent d'être gardées.

11 y a, dans cette Gazette et les suivantes, un traité entier de paix conclu à Neustadt, le 30 août 1721, entre le roi de Suède et le Czar. Il est très-bien dressé ; il paroit que le Czar y a ordonné, en homme (jui donnoitla loi, car plusieurs articles portent : Le Czar l'ayant voulu ainsi. Le gros du traité est que le roi de Suède cède la Livonie, l'Estonie, l'fngermanie, une partie de la Carolie, Ubourg, Riga, Duneborde, Piet, Ucvel , iles Uougré, d'Are, Moin, etc., et le Czar cède au roi de Suède le duché de Finlande et donne 2 millions d'écus. Le Czar ne se mêlera pas des affaires domestiques de la Suède, ni de la forme de la Bégence établie dans ce royaume. Le défunt roi de Suèdrsoroit l)ien étonnéde voir ses États si réduits : il est alh' se faire tuera un siège, et après avoir fait rAlcxandre,

5J« MF.MOIUr.S DK >: \ IlllU MAKAIS.

v»»il;\ ses hâtais (lisjHM'sés comme ciux île ce coiujiierant.

.Mkhaii.lks. -- J ai mi une métlaille frappée pour le Koi el riiif.mle, qui sont d'un cMc représentés enseml)le, avec ce mot dans Texergue, lAidoviri mayiii proncpotes, et de Tautiv, un olivier embrassé par une viune: in puhlira commoda crcsretit. l.e premier mot est simple et suhliiue : (V sont les petlt-fh de Louis le (jrdnd ; il n'en faut pas dire davantage, et voili\ le bisaïeul dans sa médaille sans y être, qui voit ses deux arriére-petits-enfants unis ensemble par le mariage accordé. C'est le cardinal Dubois qui a fait ces devises.

i.educ de F.dlari s'est échappé du cliAleau de Joux, en Franche Comté, et a passé en Suisse, où il a recommencé ses escroqueries. On Ten a chassé. Où ira-t-il à présent? Le Pape d'aujourd'hui n'est point Valeneay.

I^ grand-duc de Toscane a fait travailler à un Mémoire pour prouver ({ue l'État de Florence est indépendant, et n'est point fief de rEini)ire ; qu'ainsi on n'a pu en disposer parles traités d'alliance, qui attendent leur exécution du Congrès de Cambray. (Un Italien m'a donné ce Mémoire^ qui est ])ien plein de preuves, mais assez mal diL'éré«s. il est du dj'iunt abbé ilen.iudot. ) Il montic que Cliarles-Quint n'a pris part î\ la nouvelle forme de gouvernement de Florence (pie comme allié du pape Clément VII Médicis), puis en qualité de médiateur entre la maisfjn de Médicis et la llépubliijui* , et enfin comme arbitre choisi, et (jU(; les Allemands ont pris pour investiture ce qui n'est (pi'une sentence; aibitrale. I/exti'ait de ce Mhnoire^ (jui est très-curieux, est dans la (jiazeUe fie Hollande du 20 janvier 1722, et les précédentes et sui\ant«'s. L Kmpereur y prépdre des réponses, el voih\ d«; la lM*M)L'nr pour lesdéfenseurs des intérètsdrs [irinces. Oî qui est sintrulier, c'est que, sans égard à cette contestation, on n toujours disposé de cet Ktat dans les traités comme fief di* FFrupire , sujet à l'investiture, et on le prom*'t aux enfants du roi d'Espagne.

Vendredi 23. — M. le comte de Boulainvilliers est mort; je l'avois vu la veille avec un pouls assez mauvais. Chirac, médecin du Régent, disoit que ce n'étoit rien. Sidobre, au contraire, qu'il étoit en grand danger, et il avoit raison. Il m'avoit envoyé chercher, le mercredi, son manuscrit de Mahomet, et me dit le lendemain : « J'ai envoyé quérir mon relieur pour relier tous les cahiers ensemble, car si je meurs, cela seroit dissipé. » Je lui avois donné un Mémoire de ma façon pour les négociants de Saint-Malo contre la compagnie des Indes, et il venoit de le lire tout entier, et m'en parla en homme très-instruit. S'étant trouvé plus mal, M. le duc de Noailles, son ami, lui a mené le Père de la Borde, père de l'Oratoire, qui l'a confessé le vendredi matin, et il est mort, sur le midi, sans avoir pu recevoir les sacrements. Cette mort a fait beaucoup parler à cause de cet ouvrage sur Mahomet; le vulgaire, qui ne sait jamais parler juste, a dit qu'il étoit mort mahométan. Ainsi, il seroit mort de toutes les religions dont il a parlé dans ses ouvrages. Ses manuscrits seront bien recherchés. Il n'a jamais rien fait imprimer. J'ai vu un manuscrit où sont plusieurs figures astronomiques de certains rois de France, de reines et d'autres personnes illustres (1). Il y a des savants comme Cardan, Érasme, iMorin, etc., et avec ces figures, tirées sur l'instant de la naissance de chacun, on trouve le caractère de chaque personne et les événements de leur vie appropriés à l'état du ciel marqué dans cette figure. Ce sont des horoscopes qu'il a faits pour justifier sa science astrologique. J'ai remarqué entre autres M""" la duchesse

(1) Au mois (l'octobre 1811, on a fait la vente de la l)il)lintlu'(jiie de M. .I.ivit'l (le Fortçes, dont le fond provenait de celle du comte d«' hoMlainvillitTs. Il s'y truuvoit plus de 2,000 vol. sur la philosophie herméli(|iie et sur les sciences dites occultes. Le n" .■)0!) du Calai, a pour litre l'ia(i(/itc abngcc (les jugements (istronomifjucs, par le comte de Honlain>illier>, uianuscrit in-Vetle n" 570 : Pratique, abrégée des jugements astrologiques sur les i\ativifrs, par le romti' d** lloulainvilliers, .1 v«)l. in- V manuscrit. Ce doit t^lre la le manuscrit dont parle Marais.

JÎ8 MIMOIKKS m: MVTIllKr MARAIS.

(le Villai's. morte en 170J . doni il t'ait un [)()rtrait singulier vi lîont il parle ooninuMluiu* porsonntMju'il a aimée; la tiiTurotle feu Monsieur, père du Héiit'nt. et cfaulres princes, se trouve dans ces ealiiers, dont il y en a eu d'éi^arés. J'ai vu une lettre du mois de décembre dernier où il dit qu'il y a lonutemps qu'il a renoncé à cet art, qu'il a brûlé par deux fois tous les livres d'usage (|ui lui servoient à ces prédictions, et qu'il n'a i;ardé que ceux qui sont ehers, parce qu'on en peut l'aire de l'argent. La même |>ei*sonne qui a ces cabiers m'a dit avoir vu un manuscrit de lui (pii a pour titre : L'Apogée du soleil, où ayant fixé, selon lui, une cbronologie et une bonne table astrononnque, il a prétendu montrer que tous les grands événements arrivés dans le monde depuis sa création étoient conformes à l'état du ciel en ce temps là, et qu'ils ont dû arriver par la force et 1 influence des astres. Il détermine ainsi un nouveau déluge, au retour des mêmes conjonctions, et la ruine presque générale du monde en un certain temps. C'est un ouvrage de pure imagination, car la cbronologie n'étant point sûre, et étant disputée entre les sav.mts jusqu'à augmenter ou décroître le temps de i»rès de deux mille ans, il ne i)eut plus y avoir rien de certain dans Télat du ciel lors des grands événements. Mais cela montre toujours jusqu'où celte science peut f'ire |K)ussée pai un bomme qui l'aime, et que Pesprit liumain, qtiia des bornes, ne cbercbe qu'à les passer. Ses autres ouvrages lui assureront une meilleun; réputation. 1-e hégenl a donné à M'"** de Boulaiiiviljirrs, sa veuve, mille écus de pension le même jour de sa mort. C'est une cr.\lé^re,(ju'il a épousée en secondes NO( es, dont il n'a point «IVnf.ints. La première étoit Iliiraull des Marais et il en a deux lilb-s, l'uiuî mariée à .M. iWinard «le Uieux, conseiller au Parlement, l'autre à M. d«! la hoissiére, lieutenpnl «lu Koi, de Dieppe, qui est l'aînée. Les garçons ont ëlétuéflà la guerre. Voilà la maison fondur. Il a fait une gT»irid«* Histoire ijénéaliujinue de l.< iii.iison d»; Boulain-

villers, car c'est ainsi que son nom s'écrit et non Boulainvilliers. Le P. Lelong en parle (1).

On a pu])lié plusieurs arrêts en ce mois rendus avant et pendant janvier.

Arrêt du 10 janvier 1722 qui ordonne que tous trésoriers et autres comptables, qui doivent acquitter des charges et dépenses, représenteront dans un mois les extraits de leurs journaux avant septembre 1720, et depuis septembre 1720 jusqu'à la fin de la même année, pour connoitre ce qu'ils ont de billets de Ijanquc et ce qu'ils en ont effectivement reçu : il sera procédé à la vérification de ces extraits, et les commissaires nommés jugeront en dernier ressort les contraventions. C est une sorte de Chambre de justice contre ces trésoriers qui ont converti les deniers publics en billets de banque qu'ils ont négociést\ beau marché. Les commissaires nommés sont :

Conseillers d'Etat.

Maîtres des requêtes

M. De la Bourdonnaye.

MM. Dodun,

Fagoii.

Beaussan.

D'OrmessoD.

La Granville.

De Gaumoiit.

Signy.

Il y a un procureur général de cette commission nommé M. d'Aube, conseiller au conseil du commerce. C'est un homme de Rouen, neveu de M. de Fontenelle.

Arrêt et lettres-patentes, du 30 novembre 1721, qui ordonnent l'ouverture de plusieurs routes dans les bois de la capitainerie d'Hullate. C'est M. le Duc, capitaine de ces chasses, qui a obtenu cet arrêt pour chai:rincr un M. Lombard d'Ermenonville, qui acette terre d'Ermenonville, proche Chantilly, dont il n'a pas voulu accommoder M. le Duc. Le voisinage des princes n'est jamais bon :

Heureux qui ne les connoît guère ; Plus heureux qui n'en a que faire.

(1) N" 41,460 de l'édition de la Bibliothèque historique donnée par l'cvrel de Fontelte.

330 MFMOIRKS DK MATHlir MARAIS.

Kilit de cUWMiihiT 17-21 (publié le 18 janvier 1722}, (]ui porte rétahlisseinent de si \ offices d'alTineurs; deux i\ Paris et (pialre i\ Lyon, (pii avoient été supprimés et les fonctions réunies i\ la Compagnie des Indes. Cet éilit Me i\ la Conipai:nic la réi:ie des affinages, qui dépendoii du hénélice de la Monnoie, (|ui lui a déjà été (Mé. Ainsi, on la dépouillée de tout. Il y a vini^t-huit articles dans redit qui rèi^Ie la fonction des aflineurs. Cela est bon à lire et à savoir. Il est registre en la Cour des monnoies, le 29 décembre 1721.

Arrêt du 2 décembre 1721 pour les rentes viagères sur le Roi dont on jouira du quartier comme lors de l'acquisition .

20 janvier. M. Fagon, conseiller d'État, a été nommé conseiller au conseil royal des finances (1). Il a la place de feu M. dWuuesseau, (pii n'avoit point été remplie. C'est une dignité considérable qui donne entrée dans toutes les grandes affaires de l'Ktal. Il n'entre pas dans le conseil des dépêches, qui n'est composé que du Régent, du Chancelier, et des quatre secrétaires d'État et du maréchal de Villeroy, chef du conseil. J'en ai fait compliment à M. Fagon, qui m'a répondu par une lettre très-gracieuse. Je le lui avois mandé : « Quand on sait tout, on peiil tout avoir» , et aussi est-ce un des hommes du conseil les plus instruits. 11 n'a que quarante et un ans.

ÏAi mariage du jirince des Asturies avec M"* d'Orléans a été célébré en face d'Église en Espagne, par le cardinal de Borgia. On a mis le prince et la princesse ensemble dans un lit pendant r|uel(jue temps , en présence de toute la (x)ur, puis on les a séparés.

RimioTniiniK SATiiunn-: 1722.

LWrl de mener les maris par le nez, par le marquis Scolli, dédié à la reine d'Fspagne.

(I) FaRoo, fiU do premier iné<lecin de Loul» XIV, morl m mal IT'i*. (Voir Btrbitr, lli, :ii j.)

FÉVRIKR 1722. 2:il

VArt de diviser les hommes à l'infini et le secret de profiter de leur division, par le duc d'Orléans.

Les Agréments du mariage, par le prince de Modène au prince des Asturies.

Traité de la patience chrétienne et politique, par le duc du Maine, dédié aux François.

Du Choix des justes dans la distribution des biens ecclésiastiques, par le pape Innocent XIII, dédié au cardinal Dubois.

Traité de la véritable grandeur, auquel on a ajouté une Dissertation excellente sur le commerce, dédié au maréchal d'Estrées, par le duc de la Force.

Triomphe de Vesprit sur la raison, par le duc de Richelieu, dédié au duc de la Feuillade.

Nouveau traité des infiniment petits, dédié aux grands de la cour de France, par un auteur anonyme.

Traité des jubilés et des indulgences plénières, par la présidente Fillon, dédié au cardinal Dubois.

Nouveau guidon des finances, par le sieur Law , revu et corrigé par le duc de Bourbon.

Le ridicule de la jalousie et les mogens de l'éviter, par M"'^ d'Averne, dédié au prince de Conti.

Les avantages que le roi d'Espagne doit trouver dans son alliance avec M. le duc d'Orléans, par le docteur Filtz-Moritz.

L'accord de la morale de l Évangile avec celle des princes, par le cardinal de Rohan.

De la fausseté des vertus humaines, par M. de la IIoussaye, dédié à M. le chancelier d'Aguesseau.

De la religion du cardinal de Noailles et de celle du chancelier d'Aguesseau, par un bypocrite de leurs amis.

Fkvrier, lundi 2. — I.kttre a M. li: Chaxcklikh. L'affaire des négociants de Saint-Malo, contre la Compagnie

31) MIMOIKIS ni MMIIir.U MAKAIS.

(loslndcs, étant mit U' point iltMiv jn-ée, j'ai envoyé mon Mémo'" • M. !«' ('Iiaïuelieravec lalettre suivante :

Quoi(|iu* jf lu' sois point avocat au Conseil, j'ai pris la liberté d'écrttv un ineinoire pour les ne^oeiants «le Saint-Malo, contre la tlonipa^Miie des Indes, et je prends encore, Monseigneur, celle de l'en- ▼over à V. G. Accoutumé que je suis ta vos anciennes bontés, je nie flatte qu'en le lisant nous trouverez (piel(|ues traits qui ne vous déplairont |>as. et ce stNiede lorce et de précision (pie vous aimez, (|ue vous nous ave/: appris, et qui donne en même temps de la lumière et des grâces. Comme j'ai su que cela devoit passer devant vous, monseit:neur, je n'ai eu que vous pour objet en le composant; et j'ai dit : Dans l'eloignement où je suis de >1. le Cliaucelier, ne pouvant plus le voir, l'entendre, l'admirercomme je taisois autrefois, du moins je m'en approcherai par cet écrit et il le verra. Kt il en sera peutêtre touche et il se souviendra de celui qui, depuis si lon^^temps, est avec le plus profond, et il ose dire le plus teudr.' respect, Monseigneur,

De Voire Grandeur,

Le très-humble et très-obéissant serviteur,

Marais.

2 ièvrWr 1722.

Mardi 3. — Saint-iMalo. — Ce jour, l'affaire de Saint- Malo a été rapportée au Louvre par M. Fagon. M. le Chancelier, qui s'éloit très-l)ien instruit, a opiné pour les négociantscontre la Compagnie. 11 a été suivi de M. le prince de Conli , du maréchal de Villeroy et de M. d'Ormesson. I>e Régent a pris p.irti pour la Compagnie, et s'est presque fftclié. On .1 dit beaucoup de bien des Malouins, et enfin, il a été ordonné qu'ils seront remboursés de leurs inaicliandises et vaisseau saisis aux Indes, fret et assurances en «spéces fortes, ce cjui est favorable pour eux ; mais on ne leur rend pas justice entière, car ils auroient bien plus i:agné, s'ils avoient eux-mêmes vendu leurs marcliandiM!s.

hAirniM-:. — J'ai dîné avec M. d'Armenonville , secré- Inirc d'fctat, qui m'a appris ce jugemciit, et (pti m'a dit qu'il sortoil d'un conseil de .santé sur la peste, où on ve-

noit de nommer un officier-général, pour commander en Dauphiné, quoique le commandement appartienne au l^arlement de Grenoble ; mais on a jugé la matière si importante, qu'on ne peut la confier à gens trop expérimentés, et puis on n'est pas fâché de mortifier les Parlements.

Vendredi G. — Princesse deConti. — M""" la princesse de Conti, que l'on ne croyoit pas si avancée dans sa grossesse, est accouchée dun prince, qui a été nommé le comte d'Alais. On l'a porté à l'hôtel de Conti , chez le prince de Conti, son père, qui l'a bien reçu. La mère reste toujours chez M"*^ la Princesse , jusqu'à ce que la paix se fasse. M. le Chancelier a assisté aux couches.

Law est très-bien à la cour d'Angleterre ; il a baisé la main du Roi; on lui doit donner un sauf-conduit, pour revenir en France accommoder ses créanciers, et peutêtre pour donner du mouvement à la Compagnie qui est morte.

Saint-Simon. — Le roi d'Espagne a donné la Toison au fils aine du duc de Saint-Simon, et a fait le cadet grand d'Espagne de la première classe. Ce sont de beaux présents de noces, qui relèveront bien cette maison, et elle en avoit besoin.

Samedi'. — M. le Chancelier a fait part du mariage de sa fille aînée avec M. lecomtede Chàtollux (1), au Roi et aux princes du sang. Les articles ont été signés aujourd'hui. Le comte de ChAtellux a trente-huit ans et la demoiselle vingt et un. Il est d'une grande maison de lîourgogne, capitaine de gendarmerie, et en possession de la terre de ChAtellux de pUis de 25,000 li\ . de rente. Il avoit été autrefois dans l'état ecclésiastique; mais ses frères ayant été tués à la guerre, il est devenu l'ai né de la mai-

(1) Guillaiiiiie-Antoiiie (io IJeauvoir, in.iKiiiis <!»' Cliaslelliix. Cette famille portail It: imin de Ueauvoir et non «le Lnxe, connue le prétend Barbier ( I, 189.)

tu MF.MOIllKS ni M Mllll.U MARAIS.

si>n. et, en l'olltMjualiti'', il est [)ri'niiorchaiioinL' d'Auxerre, portant liabit ilo i^iiorre avec rauinusse. (Bayle, dans sa derint^iv édition, a tait un artiilr de (liaslellux pour marquer cette sinirularité). Il rencontre une tille trèsliien élevée, et il est de son côté très-vertueux et d'un errand mérite j\ la guerre. Il est brigadier de la dernière pi\)motion. Voilà un mariage fort bien assorti. Il est oncle de 51'" de Sainl-Cliamans, que Samuel Bernard a é[)oust e, et ainsi, Samuel Bernard se trouve neveu de la lille du Chancelier, lui qui a plus de soixante-dix ans. J'ai parlé ailleurs de ce mariage de Bernard et de la famille deCliastellux et des jeux de la fortune.

Dimanche 8. — Piunck Cuaules. Elhoeuf. — J'ai dîné au Louvre avec M. le princt; Charles, M. leducd'Elbœuf et M. de Blaru, avocat, mon confrère, qui avoit plaidé, depuis (juelques jours, une cause pour le duc d'Klbœuf contre la demoiselle du Theil, qui se prétend fille légitime du défunt abbé de Lorraine, frère du duc, et d'une demoiselle do la Mésangère , qu'elle dit que l'abbé avoit épousée. Elle rapporte un contrat de mariage sous seingprivé et un acte de célébration. Quand il a fallu vérilier les pièces, les experts écrivains ont rapporté qu'elles éloient fausses; qu'à la signature de Lorraine il y avoit deux M Lorrainne) ; qu'elle étoit même mal imitée, aussi bien i\uo la signature du frère de la demoiselle. Les trois ex|MTls ont été unanimes. La fausse princesse a soutenu que l'art des écrivains étant incertain, ils ne pouvoient dérifh'r de .son état; elle a demande un nouveau rapport. M. (h* Lamoignon, avocat général, a dit (pie ce n'en étoit pis h; (u'is, t'A la re(piète a été jointe à l'appel comme d'abus. Ainsi, voilà une princesse mal pourvue, et (jui a rMilrcpris une .sotte affaire. L'abbé de Lorraine ( qu'on appeloit rabbéd'()rcamp)a dit, dansson testament, (pn; Dieu lui avoit donné une fille d'une demoiselle, (pTil auroit épousée, si sa santé le lui avoit permis. M;iis il n'en faut pas toujours croire le» mourants, (pii mentent commed'aulres.

fI':vrif:r 1722. 23')

Ici^ quand les pièces seroient vraies, le mariage seroil nul, parce qu'il n'a pas été fait par le propre curé.

M. deBlaru nous a dit, en dînant, que le lendemain on devoit juger, àrOfficialité, la dispense obtenue par l'abbé deCoetlogon, de son diaconat, pour épouser iM"^ Du Revest, qu'il aime depuis longtemps. Autre ecclésiastique concubinaire. qui étoit ami de Law, et qui a gagné des millions dans le règne du papier. On soupçonne qu'il a fait former opposition à sa dispense, pour manquer à la parole qu'il a donnée d'épouser, et qu'il veut rester mauvais prêtre plutôt que d'avoir une femme. L'affaire a été jugée le 9 à l'Officialité. [Première note ajoutée par Marais. ) La dispense a été rejetée, et l'abbé gagne sa cause en la perdant. ( Deuxième note ajoutée par Marais. ) Depuis , l'affaire a été jugée à Lyon, la dispense admise^ et il a fait le mariage.

On dit aussi à ce dîner que le duc de Chartres étoit mieux; que sa maîtresse étoit congédiée, et qu'on lui avoit envoyé mille pistoles et un brevet de mille écus de pension. Le duc d'Elbœuf dit tout haut : a Cela vaut mieux qu'un prince du sang et que tous nos princes du sang ensemble. »

Ce jour, il est arrivé au conseil de Régence un fait singulier (1). Le Régent a présenté, avant d'y entrer, le cardinal de Rohan (arrivé depuis peu de Rome) au Roi ; et lui a dit que (juand des personnes de dignité avoient été dans les pays étrangers pour les affaires de l'État, l'usage étoit de leur donner des honneurs à leur retour, comme l'entrée dans le Conseil. Le Roi lui a dit qu'il le vouloit l)ien. Le maréchal de Villeroy étoit là, qui fut bien surpris, n'ayant rien ouï dire de ce dessein. Sur-le-champ,

(ly \nii, Mil (ftlc m-iiKif (jiKMcllc (Ic |in'><Mii( »', nK'n.i^fc par Dubois, et qui causa la srcoiid»' n-liaito <lii CliaïKi-lii i-, lUiliier I, ISS, <'l Keiiionliy, T. N, p. 61 et siiiv. Voir .iijssj Saint-Simon, toujours jnléressant et passionné sur ces sujets dVIiquette.

236 MK.MOlKKi? DF MVIUlK.r MARAIS.

on rntra dans le Conseil, et le Kégentilit an cardinal de Holian de pivndre la place du comte de Charolois qui ne viendmit jkis; il la prit; les ducs présents, entre autres le maréchal de Villars, le duc d'Antin, le duc de Noailles. protestèrent, et dirent que cette séance étoil contre leur diurnité et contre l'usage. Le Réi;ent dit (ju'ils étoient mal instruits et qu'il y avoit beaucoup d'exemples des cardinaux (jui avoient eu séance au Conseil après les princes du sang. M le Chancelier, qui n'étoit pas encore arrivé, entra, et tut bien surpris de voir le cardinal de Kohan en place et au-dessus de lui. Il parla au Régent X demi-bas, (jui lui répondit comme aux ducs et que le Roi leAouloit. Le Chancelier fut donc obligé de céder et de voir le cardinal au-dessus de lui. Dans ce moment, sur- >int M. le comte de Charolois, qui trouva sa place prise; mais le Régent dit au cardinal de la quitter et de prendre celle du Chancelier, et au Chancelier de prendre celle d'après; ainsi, il fut obligé de changer encore une fois de place, et cela ne lui plut point. ! Une dame de la cour dit U-dessus, qu'on appeloit cela prendre sa médecine en deux verres. ) Cette séance a fait rechercher les exemple*. Le cardinal de Richelieu , qui entra au Conseil en 16-2V, et prit séance avant le connétable de Lesditruières, fit un mémoire où tous les exemples sont rapport»^; il y en a beaucoup, tirés de du Tillet, qui prouvent que, dans b s Conseils, les cardinaux ont toujours été placés avant les Connétable et Chancelier et avant les hues. Tome II du lier net I des pièces de l'histoire de Louis \lll^ imprimé à Paris, ITUi, in-Ti, p. 'i7)\\. Ce qui est remanpiable , c'est rpi'à la siiiti», on a inqirimé un acte du 9 mai 162'», donné par le Roi au maréchal de l>«;sdiguières. Connétable, et signé par MM. de l^oménif* et Potier, secrétaires d'Ktat, (pii porte que le Oïnnétible n'a cédé sa place que par commandement <lu Hoi, sur la très-instante prière «pii lui en a été faite par la Reine, sa mère, à condition que cela (l'acte est

daté de Compiègne) ne serait point tiré à conséquence contre lui ni contre ses successeurs Connétables; et ce, à un seul des cardinaux (c'est-à-dire au cardinal de Richelieu;. Cet acte paroit fait en présence de M. de la Vieuville, surintendant des finances et de iM. Du Hallier, capitaine aux Gardes; tous deux chevaliers de l'ordre, et on croiroit que cet acte est vrai; cependant M. de Brienne (Loménie) dans les Mémoires que nous avons de lui imprimés depuis peu (tome 1", p. 179, in-12, Amaterdamy 1719), parlant de cet acte, dit : « On nous ordonna, à d'Ocquevre et à moi, d'expédier cet acte, et de n'en point délivrer de copie au Connétable, mais le secret fut mal gardé, quoiqu'il eût été bien recommandé, car le Cardinal ayant été averti de la chose , obtint du roi que cet acte seroit lacéré, quoique nous l'eussions déjà signé. ( C'est moi qui ai le premier fait cette découverte dans les Mémoires de Brienne.) Ce ne fut pas moi, mais d'Ocquevre que l'on soupçonna d'avoir découvert ceci au premier ministre. » Il faut qu'il en soit restéquelque copie, puisqu'il a été imprimé dans ce Recueil de pièces, et ainsi, tous les grands secrets se découvrent.

Le Chancelier et les Ducs font de grands mouvements. Le Cardinal de Rohan en fait de sa part, mais il est en place; le Régent a bien mené son affaire, en lui faisant prendre séance avant d'en parler à personne, et en France, en matière de rang, on ne descend jamais. Voilà le Cardinal de Kohan bien récompensé d'avoir négocié le chapeau du cardinal Dubois. On prétend que cette place n'a été donnée que pour en faire autant au Cardinal Dubois, au premier jour. Aussi appelle-t-on le cardinal de Rohan tout haut, depuis ce temps-là, le (hausse pied du cardinal [)ubois. On dit (jn'il lui est venu faire son lit, et on rap[)L'llc aussi le cardinal de la Planche.

Le tilsdu duc de Villeroy, qui s'appelle le Duc de Kelz, a pris séance au Parlement, comme duc de Villeroy.

Abbé de liavannes. — L'abbé Pelit de Uavannes, homme

558 MIMOIUKS 1)K M VIIIIKU MARAIS.

enlit'iviiu'nl lîôvoiu' ;ui oanlinal île Uolian, a été fait consoillenl'Ktal, sur la ilôniissiondu cardinal Diihois, qui l'ëtail depuis deux ou trois ans. On a été sur[)ris do voir cet ahhé, qui ne sait ni ilroit civil ni peut-tMre le canoni(jue, entrer dans le conseil d'État. Mais le Récent fait tout passer, et depuis qu'on a vu si iille donnée au Prince des Asturies et mariée i\ l'héritier de la couronne d'KsjKiu'ne, et l'infante d'Espagne mariée en France, il ne faut plus douter de rien.

Mariage de l'Infante. Ce mariage, qui n'a point été concerté avec les Puissances alliées, fait que l'on doute du succès du congrès de Cambrai, et il y a même quel- (jue Uruit de guerre et d'une ligue de l'Angleterre, de la Hollande et de l'Empire, contre nous. Le Mémoire du Grand-lhic n'est pas publié pour rien.

I.A Markciiale d'Estkkks. — On rit beaucoup du jeu qui s'est fait de la maréchale d'Estrées, (jui a fait semblant d'aimer le Chancelier. Avec sa sagesse , il a donné dans le panneau; il se laissait appeler : mon folichon, par celte femme, qui a causé la mort du jeune et bel avocat-général Cbauvelin ; et lui, qui sait toutes ces choses, devroit savoir que les femmes de la cour, encore plus ([ue les autres, sont capables de faire tourner la tète aux plus piudents et de faire apostasier les sages.

Toute la cour va chez le Chancelier, lui faire compliment sur le mariage de sa fille, dont il est très-content. Il se doit faire le lundi gras àSaint-Koili^ à midi. Le curé de Saint-Paul n'a pas voulu publier les bans du mari, juMju'à ce qu'il ait su la mort de ses père et mère. Le Chancelier lui a donné son certificat sur ce fait , le curé Ta rejtlé et a dit (pi'il ne jiouvoit pas certiher jiour le mari de sa fille, et il a fallu que MM. Harilhjn et de Moraiigi.s, maîtres des re^piètes, parents des (^hàtelux (la rtière h'ap|H;loit Judith IJarillon), aient donné ce certifical; sans quoi, le curé n'eiU pas publié les bans, et il est dari!» la règle. Entre les con4)liment^ , M. l'évêciur de

Fréjus, précepteur du Roi , a dit qu'il se seroit présenté pour épouser M"'^d'Aguesseau, s'il avoit cru qu'on la donnât à un chanoine, et que révêquel'auroit emporté : mauvaise plaisanterie sur le canonicat militaire d'Auxerre, mais les évèques de cour sont de vrais soldats. La Fontaine disoit :

Dieu ne créa que pour les sots Les méchants diseurs de bons mots.

Lundi 16. — Cuatellux, — Le mariage de iM'" d'Aguesseau avec M. de Chatellux a été célébré à Saint-Roch en grande cérémonie, à midi. On a trouvé mauvais que le Chancelier eût un siège de distinction, car il y a des gens qui contrôlent tout. Lorsqu'il a fallu signer sur le registre^ le Chancelier s'étant aperçu que la qualité de premier chanoine militaire d'Auxerre n'y étoit pas, il Ta fait ajouter. Le diner s'est fait en particulier chez la maréchale de Chamilly, et le soir, il y a eu un grand souper en famille de 38 à 40 personnes, précédé d'un beau concert qui a duré ï heures. Lors de la signature du contrat de mariage, le Chancelier a signé le premier, à cause de sa dignité; entre les signatures des parents et celle de Samuel Bernard, qui a épousé la niècL' de M. de Chatellux. Les présents ont été de iOO louis en or, qui valent à présent 18,000 livres, et de plusieurs bijoux d'or et des nippes galantes. Le lendemain de la noce, les mariés étoient trèscontents. Le cardinal Dubois a dit, dans sa visite au Chancelier : « Monsieur, je vous tiens grand-père d'aujourd'hui. »

Cardlwl de Rouan. — La séance du cardinal de Rohan fait grand bruit. Il a su que c'étoit moi qui avois fait la découverte du fait des Mémoires île Briennc, qu'il a eu par un de ses amis et des miens. 11 a promis de s'en souvenir, dans l'occasion, et en a été faire p.u'tau cardinal Dubois, à qui il m'a nonuné. Le cardinal Dubois en a aussitôt informé le Régent, à qui le Chancelier avoit en-

J40 MKMOIUKS DK MAHIIIU MARAIS.

voyé Tucte ihi roi)iirlal)lo de Lesdii;iiiôi'es; et le Hégent

a dit» î\ ce qu'on m « rapporté, Le (hancelier est unf

car il sçavoit la réponse à rohjectltnt ijuil me fait. J'ai dit, sur cela, cpie le CliaiicelieiMie pouvoit pas lout savoir; (ju'iln'avoit peut (''tre paslii \e^ Mémoires de Hrienne, qu'on veiioit d'imprimer; ou n'avoir pas fait attention à ce l'ail, et que l'acte étant d;nis les historiens entier et en forme, il faut l)ien (pi'on l'ait eu de (pu'hpie endroit. Il s'agit de sii\oir où l'a pris l'auteur du HecucH de Louis Xlll cl s'il n'est point ailleurs. On parle d'un be^iu Mémoire qui fut fait en 1G73, par Tarclievéque de Keims, au suj<*l de la séance que les cardinaux vouloient avoir au lit de justice et qu'ils n'eurent point. Il est imprimé en ItiSô in-V, chez Maifuet, à la suite d'un Recueil de pièces qui concernent le différend des jésuites avec les curés d'Amiens, sur la communion pascale. Locus peretjrinus.

Le maritime du chevalier de Chahmnes, capitaine aux gardes, avec M'"* d'Ormesson-Ducheré, veuve, qui étoit fait dès le 19 décembre dernier, a été déclaré. Les Chahannes sont d'une des meilleures maisons de France. Madame d'Ormesson est parente, par son premier mari, de la (^hancelière, et elle est propre sœur de la présidente Chauvelin, (jui sont des Beîiuvais d'OrléaiiS, riches à millions par le commerce de mer. Ce mariage d'une femme qui a trois enfants n'est pas approuvé; mais le chevalier trouve de l'argent et grande chère , et c'est ce qu'il aime.

JTAi.iK.NS. — Ti.MON. — Les Italiens jouent une pièce intitulée Timoiiy on le Misonlhropc, i\u'\ fait f:ran(l bruit. Elle est très-bien écrite, tout «n haneois, d'un goût nouveau et à la manière des Dialoyues da Lucien. L'auteur (qui e»l un M. del'lsle, autrefois commis de M. deïorcy,) y awnié une morale très-forte, prise dans la pure raison, elcc seroit une merveille, si les Italiens n'écorchoient pas h-franroi», et si l'ouïe, qui est le sens h; plus délicat, n'étoit pas blesM- t\r (!rlte mauvaise prononciation.

FKVRIKR I7ÎJÎ4 541

RoMULrs AUX François. — I.a Mottil. — Les François jouent de leur côté : Romulus, qui a aussi été très-bien reçu. Elle est de M. de la Motte, qui s'est avisé sur le tard d'être poëte tragique. Depuis trente ans, il tàte son génie, et s'est amusé à faire des opéras, des odes, des fables, des critiques d'Homère qui n'ont eu de succès que parmi les estimateurs du mérite médiocre. Enfin , il s'est fait poëte de cothurne, et ses amis l'ont encore beaucoup élevé. J'ai voulu voir cette pièce, les vers m'ont paru assez faciles, mais point du style dramatique. Il y a des situations très-intéressantes; tout cela roule sur l'amour de Homulus pour une Sabine, tille de Tatius, et on ne s'attend point à tant d'amour dans le fondateur du peuple romain. Despréaux, dans son Dialogue des romana, a bien frondé tous ces héros amoureux. La conduite n'est point bonne : il y a un siège, une bataille, une conjuration ( t une autre bataille dans les vingt-quatre heures. Baron y déclame dans la sublime perfection , et j'ai admiré cet acteur de soixante-huit ans, qui rend tous les autres acteurs très-imparfaits. La pièce paroit finie au quatrième acte, mais la déclamation de Baron fait valoir le cinquième, et on en passeroit encore un sixième pour l'entendre.

Pierrot Romulus. — Pglichinklle. — Les Marionnettes ont critiqué cette pièce ei oniioué Pierrot Romiilua. La critique est plaisante, et est de Lesage et Fuselier, (jui travaillèrent autrefois pour les danseurs de corde, quand ils parloient, ce qui a donné lieu à cette chanson :

Lesage et Fuselier évitant du haut style

]ai beauté, Pour le Poiieliineiie ont abandonné Gille La rareté ! Il ne leur reste plus (|u'a montrer parla ville f.a curiosité.

Les comédiens ont* voulu se plaindre de celte critique et faire taire Polichinelle. Baron lit un beau discours à

7r: Mf.MOIBKS DK MATIIIRT MARAIS

M. lit" La \ rilli»'ro Miricla. Le compôri; ou vt)isiii de Polichiiutlle. tiiii y «'toit .j|)|>plé, dit tiu'il n'avoit point TéluqiUMK'f nécessaire pour n'[)onclro A ce discours; qu'il ne diroil que deux mois : (]ue, depuis plus de cin(j cents ans, Polichinelle étoit en possession de péter et de parler, et qu'il deui.indoit d'y être conservé. Cela lui l'ut accordé .sur-le-clianip, et les comédiens s'en retournèrent avec leur courte honte. Kidinilum acn, etc.

KOMIUS : SA VIK l' AU Pu TAUO' K. TaRRATIUS. Plu-

tarque a l'ait une Vie de Uomuhns (pii est excellente , et qui contient plusieurs faits historiques- trés-curieux. Ouand on a lu cela, on trouve la tragédie bien fade ; il y piirle tLun Tarratius» fameux mathém;iticien et astrologue, qui trouva la naissance de Komulus et l'année de la fondation de Home, par son art « pour ce qu'ils disent , que, par un même artifice, se peut prédire ce qiii doit advenir i\ un homme en sa vie, quand on a su l'heure de sa nativité, et connoltre aussi l'heure de sa nativité (piand on aj^uce (pii lui est advenu en sa vie ». Voilà toute la science de M. lie /^oti'a//ir////cr.s, et cela marque qu'elle est bien ancienne. Ce Tarratius étoit ami de Varronetde Cicéron. IMutanjue dit sur cela que ces choses et autres seml)lal)les plairont d'aventure plus aux lecteurs pour la nouveauté et curiosité, (ju'elles ne les offenseront par leur fausseté. Il n'y a pjLs un ju^^ement plus sage. Cicéron convenoit de la vérité de celle science sur les hommes, mais non sur leu villes et autres choses inanimées. J'ai su (p)e M. de Boulainvilliers laisse plusieurs manuscrits sur cet art di- >iiialnire, et d autres ouvrages secrets, ivAs (pie 17//.s7o/;v de ia rif, ajustée jusfpi'à ciiKpiantr'-nJMif ans au thème de Ha nativité, V Ui.stitireile la liéfjetice jus(|u'à ces derniers trrnps , où il y a plusieurs portraits vifs et satiritjues, (;t autre» pièces très-curieuses , qui seront Lien recherchée» {\j.

'f) La trace àe cet mknu<uTrt< c*>l mnlhetireiiHcmeiit perdue.

FÉVRIER 1722. 243f

Heligion chrétienne prouvée pab les faits recherches, in-V, chez Dupuis, par l'abbé Houtevilie (l^. — Je pense de ce livre qu'il ne parvient qu'à nous donner une foi humaine de la religion, à peu près comme nous l'aurions de rhistoire romaine.) Il paroit un livre de La Religion chrétienne prouvée par les faits y avec un Discours historique et critique des auteurs qui ont traité de la vérité de la religion. Ce livre est écrit dans le style affecté de nos auteurs modernes, qui est vicieux en beau, plein d'ornements où il n'en faut point, et de tours véritablement précieux, qui énervent et amollissent la langue, au lieu de Tembellir. Il appelle l'Évangile : le Système de Jésus-Christ, et il demande permission pour faire passer ce mot, mais on ne la lui accordera pas. On voit une recherche forcée de pensées nouvelles et fleuries, qui ne convient guère à un pareil sujet. C'est tout ce que l'on pourrait faire dans un roman, et peut-être l'auteur, avec toute cette préparation, a-t-il voulu faire un roman de la religion qu'il paroit défendre. Il loue M. de La Motte et iM. de Fontenelle , que l'on connoit pour auteurs de cette nouvelle éloquence, et pour n'être pas des plus religieux.

({) AlexaiKlre-Claude-François-HoutevilIe, litlér.ilciir lrançai>, né en lfiS(; à Paris, ou il mourut, le 8 novembre 1742. Il eiilra dans la con<;rtgatiun «le i^Oratoire, qu'il quilta pour être attaché comme secrélaire au cardinal Dubois. Voir sur son livre, au point de vue de l'éloge, le Journal de Trévoux {{. V), et an point df vue de la critique, \m> 20 Lettres de l\ibbe des Fontaines à Vabbt Houtevilie. L'abbé Houtevilie entra à rAcadémie française le 23 Irvrier 1723 et lut srcrrlaire perpétuel le 27 féviier 1742. Voir son Éloiie par Mari>au\, tome V du Heciicil de Harangues prononcces par les membres de VAcademie française. En 1749 et 1765, on a publié des éditions améliorées de son livre de la Heligion chrétienne prouvée par les faits. — Ou MMuarquera la veideur critique et r»'nergi<|ue bon sens de cet article de Marais, ju;;eant l'école des précieuses de la Régence avec une sorte d'indi<;nalion du poùt et de colère de la raison. Marais, ami «le la Fontaine et disciple de Hoileau, a, dans ce passage, quelque chose de la sardonique liuesse de l'un, de l'incisive âpreté de l'autre. Il parle en classique milorhé contre fesromaiili(pie< de {'72, les Fontenelle, le> La Motte, les Marivaux, conire le>iqueU re ne fut point trop d'un l)e>fonlaines et d un Ftiron.

Ki.

^H MKMl^lRKS ni. MXTIIIFr MARAIS.

L<» niicours prèlimiuairc v>{ (ont composé de portraits vifs el(io boiujuels de tltMirs. Kii |)arlant des lettres de saint AusTUstin, il dit : « On sent (jiril n'affecto point d'aimer, il aime. » Il met 1«> livre de Grolius : De la vérité de la Heligitm, aprè^ 1» Mélhode do Oescartes, et ce livre est fait en lt»*20, temps où Doscartcs n'avoit pas encore écrit. Il l^arle de la possilulitc des miracles, comme s'ils étoient dans Tordre d<* la nature, et est bien loin et du style et de^ pensées de M. Pellisson, dans son Traité de l' Eucharis- , tie. Il ne parle pas de M. Pellisson, (|ui a fait des livres sur la reliirion, et il a cru éviter par 1;\ la comparaison des styles. Il ne parle pas de Denis le Chartreux qui a aussi écrit sur cette matière. Une matière si grave et si sublime ne devoil pas être traitée dans ces phrases frivoles et puériles, et on lui reprochera toujours d'avoir ramassé, à la lin de son livre, douze objections très-fortes contre la relip^ion, auxquelles il n'oppose pas des réponses si fortes, en sorte qu'on peut dire de lui ce qui est dit de Pantag^ru<*l, quil aimoit fort les syllogismes ; qu'il les savoit très-bien faire in modo et figura, mais (ju'il ne pouvoit les résoudre. Il est même très- périlleux de donner au public ces objections ramassées en un même lieu, quand on y répontlroil bien, parce que les libertins se chargent de l'objectioii «t 1. tissent là la réponse. A-t-il cru mieux faire qu'.Xbbadir, de qui M. IN'llisson dit, en s'adressant ;\ Dieudans une tmdre prière : « Père des lumièresetdes miséricordes, ce n'est point sans vous qu'on écrit pour vous avec tant de clarté et tant de force; ne laissez pas vo«i dons imparfaits; achevez en lui ce (jui reste '\ faire pfiur son saint, pendant rpi'il travaille au salut des aulre«, et cpien adorant sur son sujrt les abîmes de votn^ sainte Providence , nous n'adorions |)as inoin»- ceux de voire infinie bonté, n Voilà ce qu'on appelle des ^Tàces el non pas ce style persévéramment étudié (c'est un terme d#' noire nouvel auteur), cette déclamation p(r[)étuelleem- |iloyéedanHunematièred<*cliscussionetdecriti(pie,etcette

FKVKIKII 17«iîi. 245

obscurité métaphysique qui se rend seulement claire aux personnes et aux génies qui se flattent, mal à propos, de bel esprit. C'est à eux qu'il appartient d'entendre que le cœur est un souverain fier ei ombrageux dont les lois nous trahissent et nous perdent ; que monsieur de Cambray est un tnonileur qui ménage noire délicatesse et ne nous fait obéir qu'à nous-même, qui n'étale point ses connoissances , il en fait part ; — sa capacité se convertit en présent — la métaphysique neuve ; — une légèreté de stijle qui n'est qu'à lui ne cesse de prêter des ornements à laraison — humaniser une science. — // me permet de.passer sous silence. — Ceux qui sont faits à rusage du raisonnement — laisser ses principes en chemin y etc. Il dit quelque part qu'Isaïe n'a point dans son style ces ornements ambitieux et façonnés qui décèlent l'art et Vétudey et c'est le vrai caractère de l'auteur. Il se vante qu'il ne rapporte point, dans le troisième livre, des diflicultés faibles et usées, mais presque toujours celles qu'on ne savoit point, qu'on ne lit en aucun ouvrage; et les [)lus fortes qu'il a pu se faire en méditant sur la religion (p. 197 Préf. ]. Voilà un beau fruit de ses méditations; il prétend être par là : inventeur (c'est comme son ami La Motte a inventé des fables) ; il dit que si ces objections ne sont pas assez ingénieuses pour l'honorer comme inventeur, elles marquent au moins une sincérité qui ne déguise pas. Mais on se seroit bien passé de cette invention et de cette sincérité, qui peuvent jeter dans de grands abus. Il aiini son livre par une longue prière, où il dit: « Seigneur, nous voilàparvenusà ces temps déplorables... où l'esprit de système a corrompu la droiture [)rimitive, etc. » Étourderieciui ne lui fait pas penser au Système dernier du gouvernement, où tout a été corrompu, dont l'application est si facile à faire dès qu'il se sert du terme de Système, qui est le mot du tiemps. M. l'abbé de Hout»ville, à ce que j'ai appris, a été père de l'Oratoire à Tours, et est sorti de cette congrégation, pour des raison^ (pii n'honorent pas ses lUd'urs. Dans les ruelle>, on s'arrache

34». MKMOIKKS HK MATllIKH MARAIS.

s<)n livre îles mains, et l'on ne se souvient pas de ce ([u'a

il II Desprêaux :

Son trop d'i-spiii m|) nul en trop de belles choses, Tous mélnuv V sont or. toutes fleurs y sont roses.

J'ai découvert ijuc dans le chapitre VI de la deuxième partie, il a pillé une très-grande partie d'un sermon de MM.nsieurde (:and)ray ( Fénelon ), prêché le jour des Rois, qui est imprimé, et Fa copié presque mot pour mot. Pur plau'iat. Il allonge aussi \e Discours de M. de M«^au.\ sur l'histoire universelle.

15, l(i, 17. — Cauxaval. — Cardinal de Rouan. — Séance au conseil al -dessus des ducs. — Le dimanche 15, il n'v a point eu de Conseil de Régence, à cause de la dispute sur la séance du cardinal de Rohan. Les ducs se sont assend)lés chez le Chancelier et chez le Régent. L'affaire n'a pu s'accommoder; il y a eu de gros mots entre le Chancelier et le cardinal Diihois. Le Régent a dit au Chancelier qu'il croyoit qu'il avoitplus de lectures. On a appris que le cardinal Dubois devoit entrer au Conseil de Réirenee, et cela a rendu encore la matière plus difficile.

lùmamhe 22. — (><; jour, le cardinal Dubois est entré avec le cardinal de Rohan au Conseil de Réi:ence, comme on Tavoit bien prévu; mais ni le Chancelier, ni les ducs et pairs, ni les maréchaux de France ne s'y sont point trouvés. C'étoit un parti pris entre eux qui a été courageusement soutenu et exécuté. Ainsi, la préséance n'a pas été grande. Ce Conseil étoit composé du Roi, du Régent, de M. le Duc, d«î M. le comte de Charollois, du comte de Toulouse, du cardinal de Rohan, du cardinal Dubois, de Fancien évêque de Troyes (1), de M. de Torcy, de M. de la Vrillièn-, de .M. de Canillac, de M. Des Fors et du marquis de Binon. U-s cardinaux n'ont donc précédé qu'un évoque, un .s<!crélaire d'Ktat et quelques gentilshommes. Le ina-

(I) Htirêiill <lc Clie%eniy.

FEVRIER I72îi 247

réchal de Villeroy, quoique gouverneur du Roi, n'a point voulu entrer à ce conseil, ni les maréchaux de Villars, de Berwick, Tallard, d'Estrées, d'Uxelles, de Bezons et de Montesquiou; ni les ducs de la Force, de Graniont, de Saint-Aignan et de Xoailles, qui en sont membres ordinaires. Le Régent a dit qu'il ne s'en soucioit guère et qu'il se passeroit bien d'eux. Attendons la suite. Le chaussepied reste toujours au cardinal de Rohan (l^,

Albérom. — On voit dans les Gazettes de Hollande depuis peu une Lettre apologétique pour le cardinal Albéroni, qui est pleine de faits curieux et anecdotes. Il y traite la question de savoir si un cardinal, ministre d'un Roi , est obligé de découvrir au Pape les secrets de son maître, et cette question vient bien à ce temps-ci, où on met les cardinaux dans les conseils. Si Rome leur fait un crime de ne pas avertir le Pape de ce qu'ils savent qui peut regarder l'état ecclésiastique, il est d'un grand danger de les faire ministres. Tout bien considéré, les cardinaux, faisant serment au Pape, ne doivent passer ici que pour étrangers, et tous les exemples contraires, quoiqu'il y en ait beaucoup, sont des défauts dans le gouvernement.

LxFAME. — On ne parle, à Paris, que des préparatifs (2; pour l'Infante qui arrive incessamment. Le carême est un vrai carnaval. On ne songe qu'à danser, à baller, à faire des feux et des réjouissances; il y aura bal au Louvre, à la Ville , au Palais-Royal, et illuminations partout. Le jubilé est renvoyé à Pâques. Tous les seigneurs font des dépenses prodigieuses en lial)its. Je sais d'un mailre d'iiotel du roi, qu'ayant demandé au Régent un ordre pour les fruits et collation du grand bal du Roi , il a dit : « Il n'en faut point donner, car cela romproit le jeune, » et a seulement ordonné des liqueurs qui ne le

(I) Voir Harbjpr, t. I, I«>2.

(?.) Voir sur ces préparatifs, li.trhi^M, t. I, p. I".»'., lyj, l'Ji.

348 MF.MOIKKS Ml MM III Kl MAKAIS.

roiiipiMit pas. Dfpuis (ju«'li|iit'> jours , on s ost plaint des robes abalUu's iU'> rciiiim's, (iuV'Ues [)ort('nl partout et justjuo ilans les êirlises Le Hénent a répondu qu'il ne feroit aucun ohaiiî^enient mit cela; (ju il avoit toujours troussi*' les femn)es,et ipi'il ne vouloit pas que, soussa Régence, on dit (juil les avoit lait trousser elles-mêmes. Il tourne tout en raillerie, et vient à bout de tout.

I.ivRKs ciRiKi'X. — Dans It^s pays étrantiers, on parle de di>ux livres nouxeaux. L'un paroit à Vienne, en latip, sous le nom du comte Kreodi , évù(]ue d'Kylau , (|ui soutient, ilansce livre, (|u'il faut tuer et massacrer tous les héréticpies, parce qu'ils sont pires que tous les plus grands criminels. I/Kmpereur en a été surpris, et fera désavouer ce livre. En Auj^deterre. on a fait : V Apologie ou défense de la maison de Hanovre, qui est une cruelle satire contre le roi Georges. Le tonnerre gronde contre lui dans son royaume, et on peut craindre ou espérer qu'il lui arrivera malheur. Le mémoire du cardinal Albéroni parle aussi d'un livre fait contre le défunt Pape et sa famille, par Tordre du duc à Naples, et (jue le cai-dinal lit sup[)rinier. Cela doit être curieux; il met cette suppression parmi les services rendus au Pape , et apprend (jue la disgrAce. du cardinal de (iiiidice étoit venue; par un certain Macoînas, Espagnol, (pii s'étoil fait créer procureur général de la monarcliic espagnole , <l <jni avoit fait faire des écrits cordre le Pa[)e, la Cour de Home et les caidinaux. On croit cpie la cour de Home ne trouvera pas bon cpie les c;irdinau\ aieni pris séance au conseil après le comte de Toidou«^e, «pii est b'gitimé.

Samedi, -28 février. — M. lk Ciia.nci i.ikh hinvoik lks SCKAI'X. — Otks ktdo.nnks a .m d'Armkno.nvillk. — Sur les trois heures après midi, on a su que les sceaux avoienl éU' dW's à M. d'A^nies.M'aii et donnés à M. d'Armenonville, secrétaire d'État de la marine. Ilslui avoi«mt étédéj;\^tésle :!H janvier ITlK, et rrndus le 8 juin 1720. Il ne les a gardés relie fois-ci qu'environ 21 mois. C'est l'affaire des car-

FÉVRIKR 1722. 2^9

dinaiix qui lui attire cette disgrâce. Il a ordre de se retirer demain à Fresnes (I).

Avant-hier, M. le cardinal de Rohan m'envoya prier, par une personne de confiance, de lui faire un mémoire pour soutenir sa préséance au conseil. Je l'ai refusé, par les liaisons d'amitié et de respect que j'ai pour Monseigneur le Chancelier.

Du même jour. — Infante. — On a publié une ordonnance du Roi qui porte (|ue S. M. ayant donné différents ordres pour que l'entrée de VInfante crEapague soit accompagnée de toute la magnificence convenable, le Roi a ordonné que, le jour de son arrivée, toutes les rues et places qui se trouveront sur son passage seront ornées et illuminées, et que ledit jour, toutes les fenêtres des maisons de la ville et faubourgs de Paris soient illuminées, et les feux allumés devant toutes les portes à la manière accoutumée dans les occasions de réjouissance. Porte Saint-Jacques, rue Saint-Jacques, le petit Chàtelet, les rues de la Lanterne, pont Notre-Dame, rues Planche- Mibray, des Arcis, des Lombards, retournant par la rue Saint-Denis à celle de la Ferronnerie, La Chaussetterie , Saint-Honoré,jus(jues et y compris la rue du Chantre jusqu'au vieux Louvre (2).

Noms donnés a l'infantk. — Il a été afliché d'autres ordonnances du prévôt des marchands, où la princesse est appelée : Ylnfanlc (l'Kspatjne, future épouse et compagne du roi. Dans des lettres écrites aux chefs des compagnies, il y a : madame /'/nfaule. L'ordonnance du roi dit tout court : VInfante d'Espagne, et le Roi doit savoir son nom mieux que personne.

Princesse de Léon (3). — Ces jours passés, il y a eu une

(1) BarbitT, I, |"J4.

(2) Voir llarliier, t. I, p. i«.>j.

(.1) Voir, sur ((;Ue ptiiKcsx» de l.roi), les Mctnotirs ilti pri'sidenl H«'tianll et Saint-Simon IV, 77, 7», li7 148. CVtail M'"^ de llo.jiielaurt', laide et l)o>Mir,

lio MKMOIKK.S 1)K MVlIllll M \RA1S.

dôUiuche chez le Rt>'eiit , on la princesse de Léon (^lille alni^du iluc de Koquelaure) s'est trouvée dans la chaleur du vin; on l'a visitée parloul, et on a dit (ju'elle avoit une perruque carrée ; sur cela, il y a en mille mauvaises plaisiinteries. On a dit que cette perruciiie lui étoit restée du président llénault, qui a été son amant; d'autres ont dit que c'étoit une perrucjue do cérémonie, ;\ cause (ju'elle est présentement aimée par Des Grandes, iilsdu maiire des cérémonies. La princesse n'en étoit pas [)lus honteuse le lendemain. Elle a beaucoup d'esprit, mais elle s'est livrée aux maîtresses. C'est d'elle qu'on a dit (prelle est l)Ossuée et non pas bossue, parce qu'elle a des bosses partout. Elle épousa le prince de Léon (Hohan-Cliabot) malpré père et mère ; il l'enleva, et on lut trop heureux de la lui donner. Elle est une des deux tilles que la duchesse de Koquelaure eut en une même couche et à qui le duc de Kuquelaure dit : Mesdemoiselles, je ne vous allendois pas sitôt 1 . C'est qu'elle en accoucha se[)t mois a[)rés son mariage, et on prétend qu'elles étoient du feu Uoi. L'autre est mariée au prince de Pons, de la maison de Lorraine.

Dimanche, V mars. — 11 y a eu Conseil de Régence le malin. Les lettres du nouveau Garde des sceaux ont été scellées. I>es cardinaux y étoient; il a l'ait son serment et pris place après eux. Les ducs et pairs et maréchaux de France n'y sont [loint venus, hors le maréchal de Vilhîroy, qui s'est mis derrière le Hoi, comme gouverniMir de S. M. 1^ marquis de Hiroii dil . en rntrant, au Hé,u«'nt : «Au moins V. A. K. n'a pas oublié de dire au Carde desfcceaux

e»Urt*t ptr U |>Haee Hp (.ion, lih du iliic de Holian, (irnni. r .iinuil de la <lan- Flomcc, doiitl.- R«S{<>nl fiil M. deSiint-Alloin 1/ Voir N**dr C'Ajrluft.

:SIARS J722. 251

de prendre séance après les cardinaux : uOh ! répondil-il, il sait de quoi est la triomphe » (li.

CuAXCELiER PARTI. — Le Chancelier est parti, dès sept heures du matin, avec sa famille et son nouveau gendre, pour aller à Fresnes. On a su que le Régent, en lui demandant les sceaux, lui a écrit une lettre fort obligeante, et pleine de reconnoissance des services qu'il a rendus à rÉtat. iM. de la Vrillière, qui alla reprendre les sceaux, ne l'ayant point trouvé, dit à son secrétaire : qu'il n'avoit quun petit mot à lui dire. Tout cela a paru ironique. Le comte de Chatellus soutient cette disgrâce héroïquement, et ne croyoit pas voir sitôt son beau-père déplacé. iMadame laChancelière laissa échapper ce mot : Toujours^ ma fille est mariée. Ils ont laissé à Paris M. l'avocat général, leur fils aîné, pour exercer sa charge. Il y a un petitlils de sept ans fort joli, qui pleuroit; on lui dit que cela étoit vilain et qu'il falloit avoir du courage et remercier Dieu de tout. Il répondit naturellement : « Je suis fâché, et on ne veut pas que je pleure. Encore si cela étoit arrivé après l'entrée de la Reine. »

Lundi 2. — Entrée de l'Infante d'Espagne, qui s'est faite avec beaucoup de magnilicence (*2). J'y étois et Lai vue fort à mon aise. D'abord, leF\oi a paru, avec les princes du sang, et une petite partie de sa maison qui l'accompagnoit. Il avoit été au-devant d'elle à Berny (3). Ensuite on a vu l'ambassadeur d'Espagne (V) avec de beaux équipages, puis tous les Mousquetaires, Gendarmes, Chevaulégerset Gardes du corps. Le gouverneur de Paris-, le duc de Gesvres, avec ses gardes, pages et valets de pied richement habillés, et beaucoup de chevaux de main. Sa dépense étoit superbe. Le prévùt des marchands, les éche-

[i) Terme de jeu.

(2) Voii sur CPlle rnlrre Harliier, I, 190, (97,

(3) Près «le Sn-aiix, (lans !»• (lopartpinrnt de la Sein»*. cliAteau de Mansard.

(4) Le duc d'OSitUiia.

362 MFMDIRKS DP MATHIKU MARAIS.

Mil?, la VilU'. Iruiirl, l«'s ai'cherscie villo, les meiiadiors à cheval tjue j'ouhliois. Knlin, rinfanlc a paru, dans un carrosse où étoit Madame, et madame la durhesse de Ventadour qui la tenoil sur ses genoux. Tout cela eu tr^s-hon ordre. On a été étonné de voir, an milieu de cette marche, M. le maréchal de Villars à cheval, avec son tils et un gros d'officiers derrière eux. Il y avoit avec lui iM. Le Blanc, secrtMaire d'Ktat de la guerre; M. le duc de Sainl-Aignan et l'aruhassadeur de Hollande à cheval. Il ne s'est trouvé aucun autre maréchal de France, ni autre seigneur que lui, hoi*s ceux qui étoient à leur poste. Il avoit un grand air de général, comme s'il avoit été à la tôte d'une armée, et effectivement, il étoit à la tète de toute la maison du Roi, (jui n'alloit qu'apn'S lui. Il y avoit des arcsde trionq)he dans plusieurs endroits de la ville, et entre autres, un dans la rue de la Ferronnerie, avec plusieurs inscriptions et devises latines, comme d'une petite grenade avec ces mots : (Jeslal noiuhim madira coronam. Le soir, toute la ville a «'té illuminée avec des feux partout.

L Infante étoit à Chartres la veille : M. le cardinal de Hohan y alla et madame de Souhise. On avoit prévenu la princesse qu'il étoit fort laid, et plus laid que Tévôque de Razas, (jui lui avoit fait peur, mais qu'il ne falloit pas en rien témoigner. Ouand elle le vit au contraire si beau (carc*esl fji Ih'He fJminence),(t\\e ne dit rien, mais en dînant, une demi-heure après, elle dit : // faut donner le fouet à mndainpfle Souhise parce (ju'eUcamenli. On a connu par là qu'elle avoit de l'esprit rt de la réflexion, et cpi'elle se connoissoit déj;\ en luimmes. Klle est très-vive et assez jolie, hlonrle, hlanche et incarnat.

\â: F*arh?ment n'a point vaqué le jour de l'entrée. Il I^e veut point prendre part à cette affaire [»ul»li(pie, jusqu'à ce qu'il en soit informé par une voie convenable. Le Parlement de l^)rdeaux lui a fait \ei honneurs (pi'on fait à la Reine.

Murili 3 — Toute la (>our a él«' haisir la maiii de

riiiiante, hors les personnes titr(^es quelle a eml)rassées. KUe veut embrasser tout le monde. Ses petites mains sont toujours en Tair, et elle a beaucoup de grr\ce dans toute sa personne. Elle aime fort le Roi ; elle jette des baisers à son portrait, à l;i manière d'Espagne ; elle se met sur le petit bord de son lit en se couchant , et dit qu'il faut laisser la place au Roi qui viendra peut-être; ({u'elle a vu son père et sa mère dormir ensemble et qu'elle veut faire de même. On a remarqué qu'elle a dit, en parlant du prince des Asturies : c^est le fils de la Savoyarde , et on dit à la cour qu'elle est mal embouchée. Elle a été gâtée en Espagne. Quand le Roi l'a reçue, le jour de son entrée, il étoit sur les degrés du perron du Louvre; elle voulut se jeter k ses genoux; il la releva et l'embrassa, et il rougit beaucoup. Elle le voulut reconduire quand il sortit pour aller aux Tuileries. On dit au Roi qu'elle le reconduisoit; il se retourna pour l'empêcher, et le maréchal de Villcroy lui dit : « Madame, le Roi vous prie de n'en pas faire davantage et il vous Vordonnc comme voire seigneur et mallrCj » ce qui n'a pas été trouvé bien, parce qu'étant Infante d'Espagne, et n'étant encore qu'accordée , le Roi n'est pas son seigneur et maître; on n'est pas content des hauteurs que le maréchal donne au Roi, (|ui ne veut saluer que les personnes titrées, et qui n'ôle point son chapeau aux gens de condition. Cela est arrivé au chevaber de Conflans, homme de grande naissance, et premier gentilhomme de la Chambre du F{égent. F^e maréchal a dit àla nourrice du Roi: «Ayez l'honneur de baiser la main du Roi. » Enfin, on dit qu'il ne fait plus que radoter, et un grand seigneur m'a dit que le Roi ot la Reine seroient élevés par le plus grand bourgeois et la plus grande bourgeoise (ju'il y eût en France; en parlant du maréchal et de la duchesse de Ventadour.

Le Chancelier est AFresnes, et y sera. Les ducs, et principalement le duc de Noailles, l'ont mené 1;\ par leurs mauvais conseils. Il pouvoit s'asseoir après les cardinaux

i'..4 MKMonu:s DK M\riiiRr mauai.^.

avec uiu* prolrstation qu'il auroil l'aile secrMemiMil, et il e\\[ toujours eu apri's lui les chics et les uiarécliaux de France dans le eonseil de Urgence, uu lieu que pour avoir voulu s'obstiner, on lui a ôté les sceaux. Il n'est plus rien, et les ducs, quoiipi'ils n'aillent plus au conseil, sont toujours ducs cl ont toujours leur dii;nité. Le Régent a Tait une plaisanterie sur récrit (pi'il deniandoit avec les ducs, conforme à celui (jue Louis XIII avoit accordé au connétable de Lesdiuuières en 1624, et il a dit : c( Je veux l'aire comme Louis XIII, je vous donnerai l'acte, et je le décliirerai le lendemain comme il lit, et comme il est rapporté dans les Mémoires de Drieu ne. » Et il a efl'ecti veulent déchiré un modèle qui étoit déj:\ dressé.

Voici une satire i'iite contre les cardinaux, à qui on a donné un brevet de la calotte.

Des t-nlotins la troupe entière,

Otïroil ;i Mnmiis sa prière

(Quanti ce Dieu lonjt)urs bieut'aisant

A|)parut à son régiment

Kt lui dit • Troupe calottine

Vous nèiilifïez vos plus heaux droits;

Vous sortez de même origine

gue celte calotte divine

Qui rend un cuistre égal aux rois.

IH'S routeurs vous avez le choix,

Or aujourd hui je détermine

(Jue ma calotte on enlumine

D'un bel et beau couleur de feu :

\pres (|uoi vous vrrre/ beau jeu.

Du rang ne soyrz pouil en peine,

(^r il faut vous dire en passanl

Que lors de l'élablissenienl

!)(■ cHtp diiiiiité romaine

On ol tint mon (-on.scntcment,

Kt que celle cour si hautaine

N'auroil jamais sans mon secourn

\ 'i|«'Ui l'Kuropp enlirre

\ I .iVtrMT Muc chiunTe.

O *ouji, njen plus chères amours

Calottins dont je suis le père, Nous vous rejoignons pour toujours, Aces Romains que l'on révère, ISous vous donnons les dignités Privilèges, immunités, Même rang et même séance Dont on voit que jouit en France Dubois et Rolian , sou valet :

INous agrégeons le pistolet A notre troupe frénétique :

Quant à Rohan, prélat lubrique, La bulle jointe avec ses mœurs.

Sa principauté chimérique Qu'il tient d'une mère impudique , Ont bien mérité nos honneurs ; Qu'il soit mis dans notre chronique.

Nous confirmons au\ cardinaux Les honneurs de notre calotte , Porter comme eux camail et cotte.

Désormais, soyons tous égaux ; Nous entrerons dans leur intrigue ; Nous aurons le duc d'Orléans Et ferons ensemble une ligue Contre tous les gens de bon sens.

Il n'y a encore rien de réglé sur les honneurs de l'Infante. En attendant, on la trait<î comme fille de France.

Jeudi ô. — Le Parlement et les autres cours souveraines ont été faire leur compliment à l'infante, sur les lettres qui leur ont été envoyées de la part du Roi. Voyez le discours de M. le premier Président ci-après.

Il y a eu une Relation imprimée de l'entrée, où elle est appelée plusieurs fois ï Infante Reine : ainsi on ne peut plus douter de son nom ; cette relation étant faite au Bureau d'Adresse (1) et sous les ordres des ministres.

L'abuk de Havannk [ij. — Le cardinal de Kolian a un page qui s'appelle Le Prince, (jui a un petit i:rain de folie.

(1) Kondalion de Renandol. Ks|)èce de succursal.^ iaduslrielle tie la Gazette de France.

(2) Voir, sur celt»* anecdote, les Méninirex de Maurepas.

2Si; \ll.MOirvls hl MATHIir MUWIS

r.t' p.iuf a ftt'^ voir !•' (Im* tl»' Ma/anii, (jui ilil ijucliiucrois des choses plaisantes. iUlit aupa^e : aPoiinpioi le cardinal ne l*a-(-il pas fait consoilh^r il'Ktat au lien tir. ce vietl.... d ahlH' de Kavanne, ipii est un ii^^norani et (pie personne nainie?» Le Prince revient chezlecardinal (piiétoit à table avec vinirl-deux personnes eiihc lescpielles «Hoit l'ahbé. S. E. Ini demanda d'où il venoit: il dil (juil vciioit de chez le ducMazarin, cpii étoit un honnête homme, cpii ne cherchoit iju'à lui faire du bien, au lieu(iue S. K. ne lui en faisoit Liuère, et cpi'il lui avoit demandé pourtpioi elle ne lavoit pas fait conseiller d'Étal, au lieu de ce faipiin d'abbé de Ravanne (jui étoit à sa table, que personne n'aimoil. L'abbé fut Irès-emb^^rrassé. La compagnie jouit de son embarras et en rit : et (piand on en a parlé au duc Mazarin , il a dit <pie cela étoit vrai, mais qu'il n'avoit pas dit au page de le dire. Ainsi, Dieu nous envoie des fous qui nous disent la vérité, parce que nous méprisons les avis des sages.

On dit que M. le Duc a pris le i)arti des cardinaux, et qu'il s'y est déterminé par l'avis de M""' de Prie. Cest une mauvaise plaisanterie sur ce (pi'elle a des pertes de sanL^ continuelles. La chanson le dit :

Elle a l'esprit par trop aigre Kt trop de pertes de sang.

On a su que la veille que les sceaux ont été ôlés au Chanrelier, il demanda au Kégent s il n'avoit rien à lui ordonner, à roccasion de l'arrivée de l'Infante. Le Uégent lui dit : .< Vous avez raison , je vais vous tailler de la besogne; vous ferez cela le dimanche, et puis cela le lundi, et ensuite jusfpi'au jeudi. » Le Chancelier revint content chez lui et rrul l'affain; a[)aisée; mais on lui ota les sceaux le lendefuain, qui étoit le sam«'di.

Samedi, 7 marx. — Le Garde des sceaux a Irnu le « on- Mfil du Uoi. cpii s'appelle le conseil des parties (1) et y a

(I) On y prononçait mt \e% t'focêVutn* <\»i rnlfvaiml leH |)rocè<« hux jii;:4^ii

MARS i722. 257

fait les fonctions de Chancelier. M. de la Vrillière, qui est son parent, y a pris la place de conseiller d'État, qu'il a depuis longtemps, et dont il n'usoit pas.

Dimanche 8. — Ce jour, on a affiché dans Paris une ordonnance du prévôt des marchands, pour faire des feux et des illuminations pendant trois jours de suite, dimanche, lundi et mardi, à cause deTInfante-Reine.

Le soir, il y a eu un grand bal de cérémonie au Louvre, où les dames n'ont paru qu'hal^illées avec la robe de Cour. Il n'y a point eu de masques. Le Roi a ouvert le bal ; les seigneurs étoient habillés en étoffe à fleurs d'or et de toutes couleurs. On a servi des liqueurs et de l'hypocras, mais pas une seule orange, ni autre chose à manger, quoique ce fût un dimanche et non jeûne (1).

Lundi, 9 mars. — Il y a eu, dans le jardin des Tuileries, une illumination des plus surprenantes et des plus gracieuses en même temps. Tout le grand parterre étoit éclairé de lampions, et il y avoit, d'espace en espace, des candélaljres de bois taillés en ifs, aussi tout éclairés et qui faisoient un effet merveilleux. On a ensuite tiré un feu d'artifice fort vif, mais qui a paru trop court pour cette grande préparation. J'ai vu tout cela du Louvre, chez M. le prince Charles.

Mardi 10. — Bal a i/Hôtel de ville. — Dispute des DUCHESSES. — Au bdl de l'Hôtel de ville, où le Koi s'est trouvé et l'Infante-Keine aussi, il y a eu de grands débats entre les duchesses et les femmes de condition; les duchesses ayant voulu avoir les premières places, et les autres n'ayant pas voulu les céder. La duchesse de Brissac et la duchesse d'Olonne sont venues, qui ont voulu se

ordinaires, pour les attribuer a un tribunal spécial. Il jugeait les conflits, interprétait les ordonnances et arrêts sur lesquels il était consulte par les tiihunaux. Enfin, il prononçait sur les remontrances des Parlements et autres Cours souveraines, [mur les affaires concernant la justice et les fonctions de ces tribunaijx.

(Il Voir sur toutes ces fêles et réjouisbaitc«s, barbier, t. I, 19H e( mii>. T. II. 17

un MIMOn\ES DK MAIMIKl MARAIS.

placer sur des sit^^es qui tMoiont rost(''S vides pour les princesffes du santr (|iii daiisoient. M"'*' de Poliirnac et M'^iloSabran, cjuiéloirnt au-dessous, leur ont ditcpiec'étoient les places des princesses. Elles ont répondu qu'elles les leur i*endroient, et que ces dames descendroient plus Ikis. Les daines, qui n'ont pas trouvé cela bon, ont raillé la duchesse de Brissac sur un bel habit qu'elle avoit, et ont ilit qu'une de ses parenles de Lyon le lui avoit fait l'aire. C'est quelle est tille de Pecoil, maître des requêtes, qui est fils d'un marchand de Lyon, et sa mère s'appelle Legendre, lille d'un fameux négociant de Rouen. M""" d'Olonne est meilleure, mais elle n'est pas à comparer à M"*' de Poli^nac, qui est Mailly par elle et Polignac par son mari, ni à M'"* de Sabran, qui est Foix et Sabran , et toutes deux des plus grandes maisons du royaume. Ces duchesses s'éloient mal adressées (1). Le jour de ce bal, il y a eu un très-beau feu à la Grève, qui a mieux réussi que celui des Tuileries.

8mar.s. — On a su qu'au bal du Louvre, le roi balança ;\ danser avec M""" de Contant qui lo vint prendre. Le Régent dit : « Il n'y a point de difficulté sur cela. » Sur (juoi, le Roi dansa avec elle; et M. le Duc lui dit : u V. M. a bien fait, mais il faut qu'elle la reprenne encore lorsque V. M. dansera, w C'est (|u'on s'étoit imaginé que le Roi ne pouvoil danser qu'avec des femmes titrées. Tout cela vient de la fausse prétention des ducs contre la noldesse. Il n'y a qu'un mol sur ces querelles : toute femme qui a été présentée au Roi est fennne de la Cour, et dès qu'elle est femme de la Cour, elle y a son rang et ses honneurs, et la duchesse ne lui est préférée que pour le tabouret et |K)ur l'entrée de son carrosse dans la cour du Louvre. liu p'gne de Louis XIV, qui éloit toujours î\ V<îr.s,iilles, il y avoil |>eu de femmes de la (^our, parce (ju'un homme

,1/Voir, ftiir crUe»ingiilière rliopiiU', ou le» pin* graii')» » 'l.im. s s<' (i.iil«'M'ii( cMnmr lie* pou<^rcl««, ^laiJftiitf (11, 30^).

de condition n'auroitpas tenu sa femme à Versailles dans un cabaret ou une chambre garnie, au lieu que les ducs, y ayant des hôtels, pouvoienl plus aisément y avoir leurs femmes; mais à Paris, où tout le monde est logé, les femmes de la Cour reprennent leur place, et la noblesse ne le cède pas aux ducs ni aux duchesses, sinon dans les points qui ont mérité des distinctions, comme le tabouret et le carrosse.

ik mars. — Grand feu tiré dans la place du Palais- Royal, qui étoit illuminée de tous les côtés, et ornée d'arcades et d'architectures singulières, qui ont attiré tout Paris. Le Roi et l'Infante étoient au Palais-Royal. Il y avoit une peinture au fond de la place, représentant le foudroyement des Titans, sur quoi on a fait cette satire :

La foudre qui confond les orgueilleux Titans Dont Philippe aujourd'hui nous retrace Thisloire. Doit nous graver dans la mémoire Qu'on ne peut assez tôt écraser les tyrans.

Aventure du Languedoc. — Il est venu nouvelle du Languedoc qu'une M"" Du Chéron ayant deux filles et deux garçons, Tainée des filles a été déshonorée par un gentilhomme de la province qui lui a fait un enfant. Le frère aîné s est battu contre le galant, et le galant Ta tué. Le cadet s'est battu aussi, et le galant Ta désarmé et marqué; puis le vainqueur est allé se cacher à ^lontpellier. Un matin, est arrivée la sœur cadette qui a dit au galant qu'il falloil épouser sa sœur : il a répondu qu'il n'en feroit rien. Sur cela, elle lui a cassé la tète d'un coup de pistolet, doutilest mort sur-le-champ. On demande sa grâce; elle lui est promise. La question est de savoir si c'est un îi.ssassinat. Voilà les (juatnî enf.nits bien malheureux (Ij.

Jrndi 12. — Duc d'Klbkuf. — Du Tiieil. — Mariage. — La cause du ducd'Elbœuf contre Francoise-HenrirlU>

(1) Voir viir n'tir affain', Miiil;Min'. II. ;t<M, M»>». « i l'.nlM.'i. I. I. |». 7i:î.

jm MhMOiKLS Di: MATlïlKr MARAIS.

Ix)uisr du Thoil , iiui se prétemloii ùtre lillo de Tabbé tli- l.orraine , frtTo du duc, a été jugée, et elle a été déelarée hAtarde par Tarrét qui a ordonné : En tant que besoin serolt , (|u'il y a abus, et qu'il avoit été mal, nullement et non valablement contracté. La cour a jugé : £"^1 tant que besoin serait^ X cause qu'il y avoit un rapport d'e\()erls qui déclaroient la signature de l'abbé de Lorraine, dans l'acte de célébration, fausse, et qu'il n'y avoit point de mariage. Si on avoit dit sini[)lement : Il y a abus ^ il aurait semblé que la preuve par comparaison d'écritures étoit inutile en justice, el on en a grand besoin dans l'ordre judiciaire, principalement en matière criminelle. Si on avoit déclaré qu'il n'y avoit point de mariage, on se seroit écrié contre la décision d'un état fait par une preuve incertaine. M. de Lamoignon, avocat général, a établi pour maxime qu'il faut la présence de deu.x curés, ou, au moins, leur consentement, pour faire un mariage valable : a Coram jnoprio parocho, » et a dit que cela seul rendoit le mariage nul. La maxime a passé pou» vraie. 11 a dit aussi (ju'il n'est pas nécessaire de (juatre témoins, mais de deux seulement, de quoi je sais que l'on n'est pas convenu dans les opinions. Voilà la prétendue princesse bien éloignée de sa principauté.

I.') mars. — Le Kégent est tombé malade, pour s'être trop échauffé à son feu du Palais-Uoyal, et, d'autres disent avec sa maltresse, qu'il a vue, le jour même d'une pur;:ation, el après s'être enivré ce même jour-lA.

M"' de Saint-Sulpice, qui va dans le monde de[)uis SH ^uérison , ayant trouvé M"" de Cliabannes chez M**" de In Houssaye, qui lui dit cpi'on lui avoit fait lA iin«î niauv.iise plaisanterie de la biùb-r, elle répondit : « 11 n*y « ni bonne ni mauvaise plaisanterie, c'est mon élourderiequi en est cause. » L'autre dame répli(|uaque |)ei>onne n'en croyoit rien, et (pi'elle étoit malheureuse de ne [>ouvoir parler, sur (pioi .M""* de Saint-Sulpice dit : M Je teroii encore jtlus malheureuse si je ne pou-

vois justifier des innocents. » Tout le monde l'applaudit.

Intendants des finances. — L'on fait cinq intendants des finances en titre d'office, MM. de Gaumont, d'Ormesson, Dodun, Pelletier de Signy, et M. Baudry, lieutenant de police, dont la charge retourne au fils de M. d'Argenson, qui Ta exercée pendant quelque temps, du vivant de son père, et qui quitte sa place d'intendant de Touraine , où on envoie en son lieu M. Hérault, maitre des requêtes, ci- devant procureur-général au grand conseil.

M. de Morville, secrétaire d'État de la marine. — Le comte de Morville, ambassadeur pour le Roi en Hollande , et qui étoit au congrès de Cambray, fils du nouveau Garde des sceaux, est arrivé pour prendre possession de la charge de secrétaire d'État de la marine, dont il a la survivance, son père ne pouvant tenir ces deux places à la fois.

Le jubilé ayant été publié le mars, pour commencer le dimanche de la Passion, et durer jusqu'au jour de Pâques, on a ouï crier par tout Paris la Bulle et ses instructions, avec le mandement du cardinal, qui a glissé dans ce mandement quehjue chose sur l'accommodement des évèques, qui lui fait si peu d'honneur. Il fait le difficile sur l'absolution, pendant qu'il accepte la Huile, qui est relâchée sur ce point.

21 mars. — Ce jour, j'ai été saluer monsieur le Garde des sceaux, qui se plaignoit que je ne l'a vois pas vu. Il m'a accablé de bonnes grâces, et m'a dit très-honnélement qu'il avoit tous les jours des difficultés, ou sur des points de droit, ou sur la police des Parlements, et qu'il me consulteroit et suivroit mes avis. En même temps, il m'a promis toute sorte de protection et de services pour moi et mes amis; il avoit l'air très-riant et très-content, et il m'a paru être dans des dispositions très-bonnes pour rendre la justice la plus exacte. I) im autre cAté, M le Chancelier est à Fresnes, qui n'est poini du tout

MKMOIRKS DK MATHIKU M VKAIS.

in<^content , cjui s'amuse aux helles-lettres, aux niathéma- (i(}ues,à l'aj^riculture. t»t (jui alten(i en paix le retour de la forlune. haus sa |)reini(>re disgrâce, on avoit t'ait une chanson.

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