‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 4)Chapitre 42 sur 55 · MARS 1722 2QS · texte numérisé non relu

MARS 1722 2QS

Puissances entre elles, qu'il en résultât la tranquillité générale et que le bonheur des différents peuples fût un bonheur commun dont les uns ne puissent jouir sans les autres. Comme le souverain maître des rois n'est pas moins appelé le Dieu de la paix que le Seigneur des armées, j'ai cru qu'il étoit nécessaire de lui rendre grâces d'un événement si propre à assurer la tranquillité publique. Et je vous fais cette lettre, de l'avis de mon oncle le duc d'Orléans, pour vous dire de faire chanter le Te Deum dans l'église métropolitaine de ma ville de Paris, où mon intention est d'assister en personne, le 12 de ce mois, à riieure que le grand-maitre, ou le maître des cérémonies vous dira de ma part. Je lui ordonne d'y convier mes Cours et ceux qui ont coutume d'y assister. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte et digne garde. Écrit à Paris, le 6 mars 1722. Signé : Louis. »

Cette lettre a été imprimée dans la Gazette de Hollande du 20 mars, et ce qui est souligné a été imprimé en caractères diflérents du corps de la lettre. C'est une critique fine et tacite. On en a fait une parodie très-satirique dans la chanson suivante :

Or, écoutez, peuples françois, La belle épître de Dubois, De Dubois ce grand politique.

Ordonnaot prière publique Révérez son habileté Sa droiture et sa piété ;

Admirez le noble jargon Que prête à son Roi ce fripon, Cette scandaleuse Éminence, Ce champignon de la Régence, • Ce champignon empoisonné.

Le plus funeste qui soit né.

5«< MF.MOIHKS DV MAIHIKV MARAIS.

Cr faquin fait parler son Roi, Kt vous nlUv. voir comme (|iioi ; Cir en ordonnant des prières Ce beau discours il lui fait faire Par l'avis du duc d'Orléans :

" Je vais épouser un enfant. »

Cela me fait bien du plaisir,

Du feu Roi c'étoit le désir.

Quoiqu'il fût mort quand elle est née

PourTemme il me l'a destinée,

Ce mariage remplira

ï.es plus doux souhaits qu'il forma.

Ce que je vois de plus charmant Rt me touche sensiblement, C'est que cette union charmante Avec la mirmidonne Infante 1/ Espagne à la France unira Kt leur puissance affermira.

De mon hymen tel est Ir fruit ; Il se fera sans aucun bruit, Sans ces alarmes politiques, C^s jalousies frénétiques.

En mil .sept cent trente prochain Si mon oncle n'y met la main.

Toute l'Europe m'applaudit, r'Krnprroiir lui-même y Kouscnl l'eul-êlre il s'altr-nd a la niche 9ue l'on lit a Margot d'Autriche Mai» l'al-on fait venir i<i Pour la renvoyer sans mari ?

Urgel et Roses sont témoins Des grands, des pacifiques soins Que Ton a pris dans la Régence Pour unir l'Kspagne à la France, Mon oncle, le duc d'Orléans, Régit toujours avec grand sens.

Il n'a fait la guerre et la paix Que pour de sages intérêts.

Le beau-père a su le connaître Depuis qu'à Madrid il est maître Après Dieu, le Régent, ma foi.

Ne sert personne comme moi.

Cousin, priez à haute voix f.e souverain maître des rois.

L'arbitre de nos destinées, Enfin le grand Dieu des armées.

Qui n'est pas moins le Dieu de paix.

De favoriser ses projets.

Pour un si bel événement

Faites haut un remercîment,

Mais priez Dieu bas qu'il me garde.

Vous, François, que ma mère regarde

Vous me voyez prêt à périr,

IS'oserez-vous me secourir?

La lettre au cardinal a été faite par Fontenelle, de l'Académie francoise , sur les mémoires du cardinal Dul)ois ; et c'est le même académicien qui avoit fait le manifeste contre l'Espagne en 1718. On fait de lui et de .son esprit tout ce que Ton veut.

Le Ké^ent continue d'être malade. On s'en prend aux médecins (jui l'ont trop saigné. Rien des gens sont en

:««i MKMOIKKS lU MVTHIKU MARAIS.

campa^'ne, t't parU'iitde la Ki\i;-en ce future. Le Parlement fail lies assemblées secrt^tes pour savoir si ou fera le Koi majeur avant treize ans et un jour, h' cas arrivant de la mort du Héirent. Le duc de C.hartres n'a pas l'àî^^e [)our Tétine. On craint la dureté de M. le Duc. On [)arle de rélaldir le testament de Louis XIV, et de donner la Kégenceà M. le Duc, avec un Conseil que le Parlement nommera. Celte maladie empi'^clie la fête et le feu du duc d'Ossonne, aml>assadeur d'Kspaiine.

Lumiiy '23 mars. — Le feu du duc d'Ossonne (1) a été tiré sur la rivière entre le Pont-Nerd' et le Pont-Koyal. L'illumination sur des bateaux* rangés en ordre octogone aété d'un goût singulier. Le dessin étoit deBerain, dessinateur du Roi; il y a eu plusieurs descriptions. Le Kégent, malade, n'a pu le voir : le Roi et l'Infante l'ont vu du Louvre. L'Infante tira plusieurs fois le Roi par sa manche, parce qu'il ne lui parloit point, et lui demanda : « Monsieur, ne trouvez-vous pas cela beau? » Il répondit que oui; sur cela, elle lit cent signes avec ses mains à ceux (|ui étoient autour d'elle, et dit : « // m'a parlé! il ni'a parlé! » Tous les jours on admire ses vivacités et ses grâces.

Discours nr prkmier Président sur l'Infante, a remarquer. — Le discours (jue le premier Président a fait à l'Infante ne plaît point à la cour (2), parce qu'il contient dus reproches indirects de ce que l'on n'a fait nulle part au Parlement de ce mariage. Voici le discours ;

« \a: Roi nous ayant fail connaître Ut sujet de Votre entrée dans le royaume et dans celte ville, son exemple et ses ordres nous ont ap[)ris à avancer de notre pari les marques de respect qui Vous y sont destinés^ et nous nous eilimonx heureux île trouver en Votre personne des motifs \H}iir nous «m ac(juitter avec joie. Nous y trouvons le

(I) Voir BirbW. I. 7m.

il) Voir HMtknti, I, l&tr

MARS i722. 287

pur sans* de nos rois, et nous ne pouvons regarder que comme un heureux présage de Vous voir être déjà le lien de la concorde entre deux grands États et le sceau de leur tranquillité. Puissent tous Vos jours être marqués de ce précieux caractère ! puisse l'innocence de votre âge attirer sur Vous et sur nous les bénédictions du ciel î Et lorsque s<,>s desseins seront entièrement accomplis, ^u\sseui-'\\s perpétuer à nos neveuXj par une longue suite de postérité, la justice et la paix que les inclinations du Koi nous font si constamment espérer de son règne. »

Albaxi. — Cordon bleu renvoyé. On a appris avec grande surprise que le cardinal Albani, neveu du défunt Pape, avait renvoyé le cordon bleu, qui lui avait été envoyé, après une négociation faite par le cardinal de Hohan. Depuis l'institution de l'Ordre, cela n'est point encore arrivé, et il est triste pour la France que cet exemple commence par un cardinal de basse extraction et de peu de mérites, et que le cardinal de Rohan nous ait engagés ilans ce mauvais pas. L'Albani dit qu'il est attaché à l'Empereur, et qu'il ne veut point de dignités de la part de la France. L'abbé de Pomponne , Chancelier de l'ordre, qui a été employé à envoyer ce cordon bleu, est au désespoir que ce fait soit arrivé de son temps.

23 mars. — Mademoiselle de Vermaxdois. — [Jn ecclésiastique, précepteur de M"*" de Vermandois , sœur de M. le Duc {qui est dans l'abbaye de Beaumont-les- Tours), en est devenu amoureux. 11 lui 'a écrit une lettre galante ; la princesse Ta remise entre les mains de l'abbesse, qui en a averti l'ecclésiastique, à (jui la tète a tourné, et il est allé tuer le chapelain de l'abbaye, qu'il a dit être cause que son affaire a été découverte. Il est arrêté (1).

Maladie du régent. — La maladie du Régent fait bruit [)ariiii les maîtresses; on dit que les actions de

(1) Voir Ma.lam» , l. il.

îf»M MFM()IKKS PF. MATHIKr MARAIS.

M** d'Averne laissent, et que celles do M""^ dv Prie haussent.

20, 27. — !.e Hétrent s'est beaucoup mieux porté; il a dornn. 11 a mantré un morceau en public, et on a été bien aise de le voir, de crainte de pis. On dit qu'il est menacé d'un asthme; d'autres di.«;ent (pTil m de l'eau dans la poitrine et qu'on craint l'hydropisie. Chirac, qui est unl>on médecin, le traite tn^'.s-bien, et lait espérerque Ton le verra bientôt en santé.

.Mkmoikk dks ducs. — Il a paru ces jours-ci un Mémoire manuscrit, au nom des ducs et de la noblesse, contre les cardinau.x. Je l'ai trouvé assez faible; il ne repond pas à l'article 9 du règlement du Conseil du 3 janvier 1673, qui porte en termes exprès : « Les con- .seillers d'Etat, soit qu'ils soient prélats, gens d'épée ou de judicature, doyens des maîtres des requêtes ou des quartiers, n'auront rang et séance que du jour qii'ils y seront appelés, et serviront actuellement, nonobstant l'ancienneté de leurs brevets et (ju'ils eussent même prêté le serment, à la réserve néanmoins des princes du sang, des cardinaiLT et des officiers de la couronne, qui précéderont les autres conseillers d'État. « Voyez le règlement d'Henii III. de 1582, pour le Conseil, où les cardinaux sont mis après les princes et avant les ducs. 11 est dans un liecueil de plaidoyers et harangues, imprimé en 1018, in-8**. Voilà un règlement fait par Louis XiV, qui dans son énonciation, nfunme les cardinaux après les princ<*s du sang, et avant les officiers de la couronne. Ainsi , il semble que le rang des cardinaux soit réglé, et que la (jueslion soit jugée. Notez (ju'en cette même annéi* 1073. Ir roi piononça contre les eardinaux de IU)tiillon et de Bonzi ; mais il s'agissait d'un lil (h- justice, où les pairs ont leurséancede droit après les princes, et il s^agit aijjourrl'hui du Conseil, pour lorpi»*! le règlement est fait.

Cmistklis. — J';ii \\\ M. le comte «h- Chastelus

(gendre de M. le Chancelier; qui revenoit de Fresnes, où le chancelier se porte très-bien. Nous avons parlé des cardinaux, et il m'a dit : « Si cette affaire-là n'étoit pas arrivée, on lui en auroit suscité une autre, » en parlant do son beau-père.

27 mars. — Nouveaux droits rétablis. On a publié aujourd'hui quatre arrêts : l'un pour établir une caisse de remboursement, pour servir de dépôt des différentes natures de deniers qui seront affectés au payement des dettes de l'État; le deuxième, qui rétablit les droits su[)primés par différents édits de 1716, 1717, 1719 et 1720, portant imposition sur beaucoup d'affaires concernant la justice, pour six ans seulement; le troisième, qui rétablit les droits des courtiers jaugeurs, inspecteurs des boucheries et aux boissons ; le quatrième, qui rétablit les trois quarts des droits des charges sur les portes, hors ce qui regarde le bois, le charbon, les fagots et cotrets. Tous ces droits seront portés à la caisse des remboursements et serviront à payer les dettes de l'État. Ainsi, les peuples, foulés par ces nouveaux droits, se payeront à eux-mêmes ce que le roi leur doit; et toutes ces grandes suppressions si vantées étant rétablies, on rentre dans une misère plus grande que jamais, puisque tout est ruiné, et que nous sommes encore surchargés.

Visa. — Les maîtres des requêtes travaillent toujours au visa et aux déclarations qui montent jusqu'à 50,000 fr. On leur veut donner des adjoints, qui ne sont pas de leur corps et ils y résistent. Le sieur d'Aube, conseiller du commerce, a voulu entrer dans l'assemblée tenue à ce sujet ; ils l'ont exclu, mais on veut finir.

28 mars. — Arrêt qui nomme quarante-huit conseillers du Grand-Conseil ; vingt-quatre du semestre d'hiver et vingt-quatre de celui d'été, pour travailler au visa avec les maîtres des requêtes, il a fallu les recevoir.

Visa Fleuriau. — C'est le nouveau Garde des sceaux. L'édit qui crée cinq intendants des finances a été registre

170 MFMOIRKS HF. M\rniKll MARAIS.

en la Chainbn* des ooniptrs \v 27. La inodification osi ;\ In rl»ni*L:e ilt' rapporter, dans trois mois, lettres patentes tjui rt'^trltMït et tixent leurs appointements.

Pestk. — Lu peste n'est plus en F*rovence. On l'ouvre le comnieiTe. .\rivt du IV mars, (jui permet aux né^'^ociants de Marseille de taire sortir leurs vaisseaux destinés pour les ports d'Italie. Autre, du 28 mars, qui donne {Mireille permission aux néiiociants des villes maritimes et |)orts de Provenee. Autre, du 30, qui permet Tintroduction, dans l'intérieur da royaume, des marchandises lie Provence non susceptibles de contagion, huiles, vins, eaux-de-vie, liqueurs, savon, riz, cire non ouvrée, café, métaux, galles, raisins secs, tiques, amandes, prunes, câpres, olives, anchois, thon et soles marinées, soufre, drogues de médicaments ou teintures, soudes, barilles, bois de buis, olivier, et autres bois, à la charge d'une quarantaine de trente jours A Agde ou à Cette, etc. Ordonnance du roi du 31 mars adressant à M. l'amiial, pour l'exécution, des arrêts des 28 et 30 mars. Dieu veuille que l'air soit bien pur, et que le commerce ne nou*i nuise pas!

LiitKAiRib. — Bureau changé. Le Garde des sceaux a changé le bureau de la Chancellerie et de la Librairie. Il a été donné par arrêt du 7 mars, à MM. d'Argouges et de Harlay, conseillers d'Ktat, et à MM. iMorangis, Angrand, de Signy, Legros, du Luail, Hignon, do Blangy, Caumartin de Boissy et Maboul, maîtres des requêtes. C'est ee qu'on appelle le linrean contentieux. Il y a un autre Huremi (jrnnvHX pour l'evamen des livres, où est à la léte .M. l'abbé de Vienne, conseiller en la cour, pareul du giird«' (les sceaux, (i'élnil mp.nMv.iul l'abbé .|'AL'U«'ssr;iu . fn'Te du Chancelier.

Clkbcs, liKiii.KMKNT. — Le 21 mars, le parlementa donné un arrêt qui porte règlement contre les clercs de prf>rijreur», |M»rtMnt épée, cannes ou bAtons ou habits indécent.H ; v\ de la manière de recevoir les clercs, doiil il

y aura un registre. C'est un règlement nouveau et trèssage.

Le 26 mars, arrêt qui augmente les droits de la douane de Valence et de celle de Lyon, sur les damas, velours et satins étrangers, pour favoriser les manufactures d'étoffes d'or et d'argent de Lyon.

Il y a eu encore, dans ce mois, plusieurs voleurs de la suite de Cartouche suppliciés.

Avril. — L'abbe de Fleury , confesseur du roi. — L'abbé de Fleury, confesseur du Roi, étant tombé en apoplexie, on a songé à lui donner un autre confesseur; il y a eu bien de la brigue ; enfm le P. de Linières, jésuite, a été nommé et présenté ; mais le cardinal de Noailles ne lui a point voulu donner de pouvoirs, parce qu'il n'en donne point aux jésuites. Ainsi, le confesseur est demeuré sans fonctions, <^t le Roi ayant été obligé de se confesser pour ses Pâques et son Jubilé, il a été à confesse

le jour de la Quasimodo à M qui est Tin de ses

clercs de chapelle , et qui a plusieurs fois confessé M""" de Maintenon. Le cardinal a déclaré qu'il ne donneroit point de pouvoirs à aucunes personnes de communauté pour confesser le roi.

Le Fioi et l'Infante. — J'ai oublié de marquer, sur la fin du mois de mars, que j'ai vu souper Tlnfante elle Roi séparément. L'Infante m'a paru très-jolie, très-vive et pleine de petites grâces; elle a d< mandé à boire; on a dit : A boire à rinfaule- Heine. M""" de Ventadour lui a parlé de l'Espagne, et a demandé si elle ne voudroit pas y être; elle a répondu : « J'en serois bien contente, » et comm<'ona voulu lui faire entendre (pu* cela vouloitdire qu'elle étoit bien contente, elle a dit : « Vous n'entendez pas cela, vous n'entendez pas cela. »

57J MFMOIRKS DF MATHIKU MARAIS.

M"* la inartVhalt' dv Villars et M""" la iluohesse de .NcNullts y t'toienl vu uraïul hal)it sur des tabourets. J'ai vu eusuite souper le Koi, cpii iia pas dit un seul mot, qui m'a [>aru tri>t»' et sérieux et mani^eant bien. Le maréchal de Villeroy a dit au maréchal de Villars (jue le Koi avoit bien de l'obligation à M"" de Villars d'avoir été au souper de 1 Infante; cela a paru une radoterie dont le maréchal de Villars s'est joué et a dit que l'étendue de cette oblii:ation-là n'étoil pas bien grande, et entin, le Koi n'a point parlé du tout, et s'est levé de table sans rien dire.

Vkrsaillks. — VovAGE DU ROI. — Vers PîVques, le bruit s'est répandu que le Koi alloit (juitter Paris et s'en alloit à Versiiilles. Le Grand-Prieur, fils du Kégent, lui ayant demandé sur quel fondement cela se disoit, le Kégent, en colère, lui a répondu : Sur le vôlre.

Ce voyage est certain : c'est un secret d'État que Ton cherche à deviner. On en dit deux motifs : l'un pour accoutumer le Koi à VInfante, qu'il n'aime guère, l'autre pour mettre le Kégent plus près du Koi et s'en faire connoltre davantage. Le cardinal Dul)ois lui a fait entendre que cela étoit nécessaire, et le voyage a été déterminé subitement, au grand étonnement de Paris et delà Cour, pour le 15 au -20 mai. Le Kégent sera au.ssi moins entouré de ses favoris ou roués, que le cardinal Dubois n'aime fKiint, et cpii le méprisent parce qu'ils le connoissent et l'ont vu bien bas. Toiitle monde demande des logements à Versailles , \v.s femmes comme les hommes. M'"* de Saissac(l) a fait dire au Kégent qu'elle lui sacrilieroit ses plaisirs et sa tranquillité et qu'elle ne pouvoit se passer de le voir.

NoCK EXiLK. — Noce, favori du Kégent, lui a parlé trèft-baut sur le cardinal Dubois et lui a dit : qu'il pouvoit

(I) Voir ««rciHleflanieel Miii mari, Saint-Simon, I I. |) J'i2, 343 ft \fn Mémfnreà iV ir\rf(rnM)n H ilii préKid^nt Htnaull.

AVIUr. 1722. 273

bien faire d'un cuistre un cardinal, mais non pas du cardinal Dubois un honnête homme. Il lui a aussi fait entendre que ce cardinal le trahissoit, et qu'il avoit des intelligences en Espagne, pour faire déclarer le second hifant héritier de la couronne de France, en cas de mort du Roi. Pure folie. Une autre fois, trouvant le cardinal qui travailloit avec le Régent, Noce a dit : « Fait-il là quelque maquerellage? « sur quoi le Régent, sans se fâcher, lui a dit : a Tu n'en parles que par envie, parce que je ne me sers plus de toi. » Le cardinal a mis de son parti Madame etM'"^la duchesse d'Orléans, qui n'aiment point le Noce ; il a fait entendre au Régent qu'il étoit de conséquence, pour la nation et pour le bien de l'État, que le ministre des affaires étrangères ne fût pas traité ainsi, que tous les aml)assadeurs ne voudroient plus travailler avec lui et le reconnoitre. Cela a paru sérieux, et le Régent a résolu d'exiler Noce, qui, l'ayant appris, est venu trouver le Régent et lui a dit qu'il venoit pour l'empêcher de faire une mauvaise action en exilant un homme qui lui étoit attaché depuis si longtemps. « Peuxtu croire cela, lui dit le Régent, toi qui me connois si bien? » — « C'est parce (jue je vous connois, a~t-il répondu, que je n'en doute point. » Aussi, le même jour (12 avril), il a reçu ordre d'aller en Normandie dans ses terres, et on a aussi exilé M""' du Tort^ sa sœur, qui est un bel-esprit du temps, fort amie de Fontenelle , grande approbatrice du nouveau langage et des sentiments métaphysiques dans le discours ; et il n'y a pas grand mal que ce bel-esprit soit hors Paris, car cela ne fait que gâter le goût. Pour Noce, il disoit trop hardiment la vérité ( Texil est changé et est à Tours ), et le Régent en a bien souffert. Il avoit autrefois épousé M"" de la Mésangêre, fille de M""" de la Sablière que la Fontaine a tant louée. Il s'en dégoûta bientôt, prit pour maîtresse M°"' de Strafford, fille du

(I) Voir, sur Noce, Les Maîtresses du Hégent .

Î'I M!-M01RI.S DK MATHlF.r MARVIS

comte de iirainoiit. cjn'il omiiuMia ;\ Aviu:non, où il étoif encore loi-s de la mort de M""" de Noce, sa leinine, et il n'est iwenu «jue pour la Këe^ence, où il a tant iait cjuil y a i:ai:né un exil. Ce qu'il y eut de sini^uliei* dans son niarinire, c'est tju'il «'pousa M™' de la Mésanirère, veuve et mt're de la M«''sanir<^re, Maitre-d'liôtcl du Roi. (jiii en l'ut au désespoir, paire que après lui avoir pris sa ni«>re, il lui prit encore M"'" de Stratïord, (pii étoit sa maîtresse. Sur ipioi on fil de fort jolies chansons.

pRiNCK Chaklks. — M. le Prince Charles a été visiter la grande écurie à Versailles, et m'a dit an retour qu'il m'y avoit destiné un louement dans la chamhre même où il a été élevé, que j'irois occuper (jnand il me plairoit.

11 est arrivé pendant les fûtes, un cas singulier. Une dame M""*" de Sandricourt), amie du chevalier de Marie, ayant affaire avec lui, lui dit qu'il manquoit (juelque chose à son plaisir ; (ju'il n'étoit pas tout à fait comme un autre, qu'il .seroit très-aisé de le réformer, avec un IMîlit coup de ciseau (piVlle lui donneroit elle-mèihe, cpi'il n'en auroit pas plus de mal (pie de couper le lilet à un enfant. Ut chevalier, amoureux, la crut, se mit dans ses mains, et elle lui lit une circoncision (]ui le mit tout en sani: , (jui le lit évanouir et dont il a été louf^temps malade.

Amour, amour, quand tu nous tiens On peut !)i(*n (lin* adit'U prudence!

L'ahl>é de brecuuri, autinir du i^hilolanusj étant a l ssé à la cha»s<3 avec madaiiu^ d'Ussé, (jui étoit en habit d'homiiie, elle le pria de lui faire une chanson, et comme il a i «spht plein de tours luxurieux, il lui chanhi (1) :

Ir 1.4 roij(i|ft, qui ne hil pan piuK (ilionririir <i ($T^'io\ir{ roiiidir p(>«^tc que rofniiï'' {'TùUr, *%\ ini(K>H<iitdc h vMt'T. I.es ^rivoin Ir rli«r( lieront au inanu«cril. Mou* n<> rfculon» <lAT4nt aucune de» lilM>rt/'H df langa^n qu'autorise

M'"'^ d'Ussé est la deuxième femme de M. d'Ussé, qui avoit épousé en premières noces la fille du maréchal de Vauban , aussi libertine que celle-ci est sage. On dit qu'elle avoit un â.neà son service. Elle a bien été chantée par Rousseau, qui a fait pour elle la Volière.

14 avi^il. — Sandrier. — Les malheurs du temps tournent la tète à tout le monde. Sandrierde Mitry, receveur général des finances de Flandre, a disparu tout d'un coup, dès le 25 de mars , et on ne sait ce qu'il est devenu (1). La Mazé, autrefois fille de l'Opéra, très-jolie, qui avoit 3,000 livres de rentes sur la ville, et qui est ruinée par le Système , s'est noyée en plein jour, à la Grenouillère. Elle étoit en rouge, en mouches, en bas de soie couleur de chair, et a été là comme à la noce.

15 avril. — M. Roujault, conseiller au Parlement, a été reçu président de la quatrième des enquêtes, parla vacance de M. bodun, qui lui a vendu. Le président Feydeau s'est démis en même temps, en faveur de son parent, iM. Feydeau, ayant perdu deux de ses fils, conseillers, et on croyoit que M. Feydeau seroit reçu le premier et passeroit avant M. Koujault, à cause de l'ancienneté du président et de ses enfants morts. Mais M. le premier Président n'a pas voulu accorder rasseml)lée des Chambres

le temps dont Marais écrit l'histoire avec la crudité qu'elle comporte forcément, mais nous n'admetlons (jue les crudités savonrruses, et rejetons les dégoùtanlcb t'adeiir^i. Le moraliste (irolite de loul, et les lai)leau\ qui peij^nent les mœurs ne ^onl pas tenus à une stricte déa'nce. La nudité est plus instructive et p:u lois plus chaste que le vêtement. Mais quand la lampe indiscrète (Puu clironiqueur sans scrupules éclaire d'ime lumière trop hrutale ce tpii doit n^tiT caché, nous la soufllons net II est des pudeurs inviolables, et toute bé;;u(;iderie à part, nou> supprimerons impitoyablement tout ce qui est indigue de ^histoire. Duclos pensait qu'on pou\ail tout dire devant d'Iionnrtes fennne». Mais un jour quMl était ailé trop loin, la maréchale de Rocliciuit le rap|)ela spiiiluellement à l'ordre en lui disant : << Pour le coup, Duclos, \(ius nous prenry. pour trop lionnètes. » Nius en dirons autant parfois au bon Marais, au nom du lecteur lioiinèie , mais qui veut être respecté. (1) Voii IJarbier, I, •?.\2.

j;6 MKMOiaKS DK MATIIIRU MARAIS

iKMir rt\i:istivr la dispense de M. Keydeau : et M. Uoiijaull. U'au-lVèiv de M. Lamoimion et neveu de l'abbé V\icelle, Vu emporté, au ret;ret de tout le Palais , qui renitK-be Hît^nie au premier Président que sa i'emme portoit le nom de Feydeau. Ces Feydeau ne sont pas anciens dans la robe; il n'y a pas cent ans qu'ils étoient dans les tinances.

18 avril. — Le samedi 18, on a trouvé le corps de Sandrier dans la rivière, entre Croissy et Marly, avec deux grands coups dépée dans le ventre (c'est le vendredi qu'il a été trouvé). Il avoit un justaucorps noir et point de culotte. Toute la ianiille l'a reconnu. On n'entend rien à cet assassinat. Le Régent dit qu'on l'a enlevé, et qu'il a été gardé, puis tué. On soupçonne qu'ayant une commission principale chez la Jonclière , trésorier de l'extraordinaire des guerres, d'où on a dit, depuis peu, qu'il a été détourné des fonds considérables par le ministre de la .guerre, Sandrier, qui avoit le secret, a été tué, afin qu'il ne le dise pas.

KVKQUF.S PAR LA GRACK DL SaINT-SiKOK. — Un Capuciu

ayant avancé (|ue cétoit une nouveauté suspecte ;\ des évêques de ne pas employer le titre d' Évêquea par la (jràce du Suinl-Sièfje , on lui a répondu que cette formule est nouvelle; (pie les premiers qui l'ont prise étoiciit des évéques latins de Tlle de Chypre : l'archcîvéque de Nicosie dans ses constitutions publiés en 1251 ; les archevêques de Ravennes et Narbonne, 13G5; rarchevôque de Cauterbury en 1417. Cela est devenu plus commun, depuis que la promotion des évoques se fait dans le coiisisloire. Mais,«-n supposant la nécessité de cet us;i.i:e, cela ne prouve point (jutî le Pape eût une juridietion immédiate sur loulrs les éfjliscft. Le concile d Kplirse, asseinblé par la grâce de Dieu ci l'ordre des limpereurs , n'empêche pas qu'il ne soil assend)lé par unt; autorité toute divine et indé|M;ndante du Pa[>e. L<s huit premiers conciles généraux, qui sont des conciles grecs, ont été nssend)lés par

raulorité des Empereurs. Les évèques qui omettent la formule sont plus conformes aux évêques des preniiers siècles, puisqu'elle n'a commencé que 1300 ans après rétablissement de FÉglise.

Mardi, 21 avril. — M. de la Hocssaye, contrôleur GÉNÉRAL, QUITTE SA PLACE. — M. delà Houssayc, Contrôleur général des finances, s'est démis de sa place. On l'a offerte à M. Fagon, qui l'a refusée. M. Dodun n'a pas été si difficile; il est à présent Contrôleur général, et voilà le quatrième depuis la Régence. Sa charge d'intendant des finances a passé à M. Fagon, qui a le département des fermes générales, et qui n'est point chargé de la haine publique ni des volontés de la Régence.

Bourgeois de Paris. — Le premier fruit du nouveau ministère est un ' arrêt du 25 avril (où M. Dodun est nommé ) qui rétablit les privilèges des bourgeois de Paris pour les foins et avoines qu'ils font venir de leur cru pour leurs provisions, et qui les décharge des nouveaux droits rétablis par l'arrêt du 22 mars dernier; et un autre arrêt du même jour (où M. Dodun est aussi nonuiié Contrôleur général) qui décharge les blés, orges et farines seulement de la perception des nouveaux droits.

Lettre des sept évéques au Pape suppuimée. — On a publié, dans le même temps, un arrêt du Conseil, du 19 avril, qui dt^clare « la lettre des sept évêques au Pape (datée du 9 juin 1721) téméraire, calomnieuse, injurieuse à la mémoire du feu Pape, au Saint-Siège , aux évêques et à l'Église de France ; contraire à raffermissement de la paix de l'Église et aux déclarations de ITl'i- et 1720, registrées dans toutes les cours ^supérieures du royaume; attentatoire î\ l'autorité royale, séditieuse et tendante ù révolte. Les exemplaires supprimés; défenses de la garder et distribuer, à peine d'être punis comme séditieux cl perturbateurs du repos public. Ordonne en outre, S. M., qu'il sera procédé extraordinairement, suivant les constitutions canoniques et les lois du royaume, tant contre

278 Mf.MOlUKS DK MATHIKU MARAIS.

cfux qui ont composé, souscrit et signé, que contre ceux qui ont imprimé, tlél)ité et distribué ladite lettre ou (|ui iKMirroient l'imprimer et distribuer ;\ l'avenir. » Les motils do cet arrêt sont bien explicpiés ; il y est dit que le Koi a été informé que lette lettre a été rendue au Pape par le nïoven d'une intrigue |)rati(piée dans une cour étranu'ére, ce qui est direiteinent contraire aux maximes inviolublement observées dans le royaume. H est singulier que cet arrêt soit rendu au Conseil et non au Parlement; mais on a déjà vu un arrêt du Conseil, en 1714, qui a supprimé le mandement de Tévêque de Metz et ceux de 1719 contre les mandements de Boulogne, de Senez, dWrles. 11 sera diflicile de procéder contre les évêques, car il faudroit un concile de la province, suivant les lois du rovauuje, et ce seroitsept conciles pour sept évêques, et eux, ils ne demandent (jue des conciles.

M""^ la princesse de Conti n'ayant pu s'accommoder avec son mari, elle a donné sa requête au Parlement en s«»paration de corps et de biens ; elle a été reçue et répondue le 25 avril. Un des faits est que son mari lui a donné du mal, mais il y a des enfants depuis et réconciliation. I^a cause sera plaidée à huis-clos. La princesse, qui n'est pas nette de toute galanterie, entreprend là un gTîind procès. Nous en verrons les suites.

VovAGK 1)1 Koi a Vkhsailles. — Sacuk. — Le voyage de Versailles est toujours pour le temps de la Pentecôte. En même temps, on a annoncé jle sdcre du Roi à Keims pour le mois de septendire ; mais la Cbanq)agne a député jKjur le faire remettn-, à aiuse de la vendange et des vignes, qui seroient perdues par les troui)es et la (juanlilé de monde qui doit se rendre ù Ueims. Cette rais(Ui a paru lionne, et le sacre est renns au 20 octobre. Chacun a rerlierché les livres et les ligures et les cérémonies. Le Itoi a lui-même demand»'* un<* ;;ravuie de la wàvalcadc de la Sainte-.Vrnpoule à De Launay, directeur de la Moîiuaie des médailles, mais il ne l'a pu trouver. Il y

AVKIL 17'i2. 279

a eu une taille-douce en 1655 de la cérémonie entière. Le P. Lelongen parle et de plusieurs autres sur cette matière (p. 556 et 557 ). Tous les ouvriers sont en campagne pour les broderies et les habits. Le prince Charles, Grand- Ecuyer, a fait rendre à la Chambre des comptes l'ordre qui le regarde. Ta porté au Régent tel qu'il s'est exécuté en 1654., et il s'y est trouvé un carrosse du Roi qu'il doit fournir. Le marquis de La Vrillière, se trouvant avec le prince chez le Récent lors de la lecture de ce Mémoire sans y être appelé, il dit «que le carrosse devoitètre fourni par la Petite Ecurie.» Le princeCharlesluidit: ((Monsieur le marquis, je suis bien aise que vous sachiez si bien ma charge et que vous l'ayez si bien étudiée. » Le petit marquis continua de parler indiscrètement pour le Premier écuyer, son parent et son ami; mais le prince Charles lui dit de se taire quand on ne Finterrogeoit pas, et en sortant, il lui dit que ce n'étoit pas le lieu d'avoir des éclaircissements avec un homme comme lui. C'est toujours la querelle du Grand écuyer, qui est le maître et directeur de la Grande et Petite écurie ; et le prince ne souffrira pas aucune atteinte à sa charge. 11 a découvert que le Premier Ecuyer avoit commandé un carrosse pour le sacre du Roi dès le mois d'avril 1721 à Mallet, selher; mais il n'en aura pas l'honneur, l'ordre de la Chambre des comptes étant contraire.

On a créé une Chambre ou commission à 1 Arsenal, pour juger en dernier ressort les graveurs et impriineurs qui ont gravé, imprimé et débité des estampes ou libelles contre le gouvernement et la Régence, et contre le Pape défunt et la Constitution. C'est une inquisition nouvelle; le président est M. Fromont d'Auneuil, maître des re- (iuètes;le procureur-général M. di Vattan; les commissaires : MM. d'Argenson, Rouillé, de la Vigerie , Orry, Pajot, LèGros, Sechelles, Talouet, Aubert, Mandar, Pinot, Caumartin. M. d'Argenson jugcra-t-il ceux qui ont fait l'estampe contre son père?

38J MKMOIKKS OK MATHIKU MARAIS.

:27 avril. — Inousition. — \\i\vc iiKjuisitioii : Des |>roouivui*s du Parlement s'étant trouves dans un café, le dimanche -il» , et ayant parlé de la Régence avec liU^rté, un d'eux, nommé Desnoux, ancien procureur, a été arrtHé et mis î\ la Bastille ce matin. Il en est sorti et a été en prison pour trois mois (1).

Parle.mknt asskmblk srii lks nouvkaix ouoits. — Ce même jour, il y a eu une assemblée des Chambres, sur les lettres patentes données pour le rétablissement des nouveau.x droits portés par l'arrêt du 2*2 mars. Il n'y a pas eu une seule voi.x pour les enregistrer. 67 ont été pour faiiv des remontrances et 78 pour nommer des commissaires. Ces droits supprimés et depuis rétablis sont insupportables an peuple, qui pémit sous le Visa dont l'opération ruine la France. On y travaille toujours ;\

fni'ce.

MoH\NT,NOTAiKK. — Un notaire uommé Moraut, iilsd'une fameuse marchande d'étoffes, a représenté au visa, comme dépositaire, six contrats de la ville, et cherchait à en faire faire la li(|uidation, vjui se délivre au porteur ; mais il s'est trouvé que ces six contrats avoient été donnés en paiement d'une taxe de la Chambre de justice par la veuve du S' Chambellain, receveur général des finances de Poitou; et que ce Morant, qui étoit notaire du receveur de la Chaiid»n* de justice, les vouloit faire valoir après avoir été ét«»iiits au profit du Koi , supprimant la (piittance d'f'xtinrtion. Morant a été airété, mis à la Ha.stille, scellé apposé sur seseffets, puislalTaire s'est accommodée et il a reparu, mais il n'en est pas moins fripon. L'affaire s'est dérouverte par un trés-p-rand hasard, entre M. Gui^^ou, conseiller au f.rand-Conseil, qui est un d(;s commissaires du Vi%a et gendre de la dame Chambrllain ; vÀ M. Hennin, son confrère, travaillant ;\ c6té de lui , dans le même bureau, A (|ui cette déclaration étant tombée, il l'avertit

(I) Voir Barbier, lome l'^.

que sa belle-mère y avoit intérêt. M. Guigoii en ayant parlé à sa belle-mère, elle se souvint des contrats donnés à la Chambre de justice, et ainsi. Dieu qui veille pour la vérité, a permis que la fraude ait été découverte, dans le temps qu'on y pensoit le moins; et cela apprend à ne rien faire contre l'honneur et son devoir, car à la fin on sait tout.

Manuscrit, vie de d'Adbigné. — Cazzaria. — lettres SUR LA RELIGION. — Il m'a été prêté un livre manuscrit contenant plusieurs traités écrits de la main de M. de la Monnoye, dans un caractère très-menu, qui lui est particulier et qui ressemble fort à l'impression. Le premier traitéest la Vie de Théodore Agrippa dW ubigtié (1 ), faite par lui-même, où il y a plusieurs faits curieux, et qui ne sont pas fort honorables pour Henri IV, qu'il dépeint comme un prince jaloux, envieux, et qui vouloit faire de tous ses courtisans ses Mercures. D'Aubigné parle de sa noblesse, et dit ques'étantvoulu marier il fut obligé d'aller en Anjou, lui qui étoit en Saintonge, pour chercher sa famille, et qu'il trouva à Chinon une chapelle où étoient ses armes et plusieurs gens de son nom établis dans cette province : c'est d'où sont \enus les d'Aubigné, parents de M""^ de Maintenon, dont il y a eu un archevêque de Rouen, et celui qui est à présent gouverneur deSaumur. Le deuxième traité est un Dialogue italien intitulé : La Cazzaria del signer Arsiccioy où il y a toutes les ordures imaginables, et des obscénités, de toutes les natures, qui ne peuvent jamais tomber que dans l'esprit d'un infâme It;ilien. Il y a 36 chapitres plus impudents l'un que l'autre. L'Arétin est modeste en comparaison, et l'Arsiccio, qui est un academico inlronato, parle d'un livre qu'il a fait, intitulé : Délia gencalogia e battisiuuj del (azzo. — Délia )iaùvita e opéra délia poêla cl délia vita e passione del culu

(I) Histone secrète de T/icodore Afjiippn dWul/Kjui^, écrite par luimémCj (ilubieurÀ fuis iinpiimte à la suilc du Iktron de Fœncste.

a»j MK.MlHHF.S |)K MAlillKU MARAIS.

overo iumen puiietuiorum. Il ne parait pas que ce Dialogue ail jamais été imprimé. Il y a, dans ce môme volume, une Ltttiv contre la religion chrétienne, où l'auteur a ramassé tout ce (|u"il a pu contre la reliiiion, et à quoi on a répondu plusieurs lois, quoiqu'il dise qu'on n'y peut pas réjK)ndi*e. Le style en est fort clair et fort concis. On peut soupionner.M. de la M... ("2) d'en être l'auteur, et ce Remell impie et obscène est tout à fait de son noùt. 11 y a encore un |>oeme obscène en vers bournui^nons, qui a pour litre : LeHres de (rodon, où on n'entend rien ; la Protestation de M. de Courtenay, faite en IG02, et les Fi'e.sde quelques auteurs italiens assez obscurs.

28 avril. — Bretagne. — Le Parlement de Bretagne a refusé de recevoir les nouveaux droits rétiiblis; on leur envoie des troupes, et ce matin, 28 avril, il est parti un huissier de la Chaîne, nommé Denis, pour leur signifier les ordres du Koi. On leur a envoyé des lettres patentes depuis, et ils ont enregistré tout ce qu'on vouloit.

Le notaire Morant s'est tiré d'affaire parce qu'il avoit prêté la main à plusieurs personnes en place, pour s'approprier les contrats des partisans taxés à la Chambre de justice. 11 faisoit signer des transports ou des procurations, au lieu de quittances de rachat, et on recevoit les arrérages à la Ville. On dit que le duc de Noailles ne s'y est pas épargné, pendant qu'il éloit à la tète des affaires, et cVM cp (jui a sauvé ce notain^ fripon, (pii en auioit découvert bien d'autres, plus haut huppés (jue lui. Voyez comm»' le pauvre [leuple est traité. Le lieutenant civil, qui fait le courtisan, n'a pas nui j\ la lii>erté de ce notaire, qu'il devoit faire punir comme son juge. 11 est ami des Noailles.

>^ij *»i 'ir II Monno))'

iNIAl 1722. 283

Mai 1722. — On a donné au nouveau Contrôleur général le nom de Colloredo, parce qu'il a le cou roide et qu'il fait le glorieux. 11 n'est pas fort habile en finances.

Lundi, 4 mai. — Duc de Gesvres. — Le marquis de Gesvres a été reçu duc et pair au Parlement, sur la démission du duc de Tresmes, son père. Honores mutant moreSy mais ils ne changent pas la nature, et cela n'empêche pas ce marquis d'être impuissant. C'est lui qui a eu ce grand procès d'impuissance contre sa femme, qui, après beaucoup d'écrits très-savants de part et d'autre sur une matière fort délicate, s'est terminé par un accommodement, puis par la mort de la femme, qui a emporté sa virginité eu l'autre monde. Nous avons un Recueil fort curieux, en deux volumes in-12, de tous les factumsde ce procès, où il y a bien des ordures dites éloquemment et que toutes les dames de Paris ont bie'n lues et entendues. Voyez l'article Quellenec, dans le Dictionnaire deBayle.

Saint-Simon. — J'ai vu le contrat de mariage du duc de Saint-Simon avec M^"; de Lorge, où tous les princes du sang sont nommés l'un après l'autre, ses cousins naturels, ce qui m'a surpris. Le duc de Saint-Simon s'est aussi démis de sa pairie en faveur du vidame de Chartres, son fils aîné, qui s'appellera le duc de Ruffec. Cette famille, qui n'est pas bien ancienne, et qui se pique d'une noblesse fausse, a bien besoin d'honneurs.

Carrosse do sacre. — La querelle du carrosse du sacre est toujours vive entre le P. Charles et le Premier écuyer. J'ai vu r£<aMe tous les carrosses de cérémonie ordonnés pour le Koi depuis l'invention des carrosses; il a été tiré de la Chambre des comptes, et ils sont tous ordonnés par le Grand écuyer. Le prince a dit au Kégent : u Vous pouvez donner des dégoûts à qui il vous plaît, il suflit de ne pas les mériter. »

DoDLN. — il y a une petite AJ"" Dodun, assez jolie,

)84 MKMOIIIKS DK MATHlKll MAHAIS

foinine ihi receveur frénéral des finances de Tours, qui est amie de M^'d'Averne. Cette dernière ayant demandé au Rétrent s'il ne vouloit pas venir {\ TOpéra dans sa petite loffc avec M"""l)odun, il dit : u Je n'ai ^arde de manquer de me montrer avec la parente du^Contrùleur frënéral, cela me donnera de la distinction et on va bien me faire la cour liavantatre. » Ainsi, il rit de tout. Il a dit au Roi que .M. de l^auzun, allant faire compliment î\ M. Dodun sur sa pl.ice, il lui avoit dit qu'il se rcjouissoit de ce (pi'il ét(»it d'année (1).

Monsieur de la Houssaye, ex-contrôleur-général, est allé aux eaux. Il avoit eu en effet une petite îittaque d'apoplexie, et sa tête, qui n'avoit jamais été trop bonne, n'étoil plus bonne. Il étoit fort adonné aux femmes, leur disoit beaucoup de sottises, et leur en avoit fait beaucoup autrefois. Pendant qu'il étoit intendant i\ Strasbourg, les ofliciers lui avoient fait une devise d'une tlèche en l'air pour corps, et ces mots pour àme : Vite et roide. Il demanda, il y a (juelques jours, ù M"'*" de Saint-Sulpicc (pii

l'ail' lit solliciter, si elle n'avoit [)ointeu le brûlé :

Elle lui dit : « Je ne sais pas ce que c'est, je crois pourtant avoir lu ce mot-lA dans un livre. » Il lui réplicjua : <( Je veux vous l'apprendre, c'estcecpii fait.!. » et elle fut bien surprise d'avoir celte audience du Contrôleur général , qui voulait encore pousser plus loin l'aventure, si on l'eût lai»»^'' faire. Il est de ceux que Martial appelle fellalores. M^' (!«• L. en sauroit bien cpie din*.

Jewiiy 7 mai. — Pahlkmknt. — Le Parlement s'étant assemblé au sujet des arr^îts portant rétablissement des nouveaux droits, il a été arrêté qu'il sera adressé au Roi des remoniranees très- vives, très instantes, et avec le jdus frrarid nombn; de députés qu'il se pourra. On m's'attendoit |>a.s<i cette vigueurdu Parlement, (pii est si abattu, et apparemment, cela ne lui apportera pas grand crédit, ni

(I) Allu»Miti a la fraKiliUr du litre.

à la ville ni à la Cour. Ce ne sont plus que les efforts impuissants d'un corps malade.

On a publié une lettre du cardinal d'Althan, ministre de l'Empereur à la Cour de Rome, écrite au cardinal de Bissy, datée du 10 de mars 1722, imprimée au Louvre, par laquelle ce cardinal fait entendre que l'on donne un sens tout différent aux lettres écrites par l'Empereur sur la Constitution que celui qu'elles ont dans l'original; que cette Constitution a été reçue depuis longtemps par tous les évêques de ses États et de son Empire. Il dit que c'est un Iriomphe des hatlus que chantent de pauvres aveugles ; que c'est une ancienne coutume du schisme et de l'hérésie de se vanter de la protection des Empereurs qui n'y ont jamais songé, etc-. Cette lettre est d'un très-mauvais françois, et on ne sait pas trop si elle n'a pas été fabriquée en ce pays-ci.

Jeux. — Il a paru, en même temps, un arrêt du Parlement, du 21 mars 1722, qui défend encore les jeux de hasard et qui y met de nouvelles peines.

Kemoxtrances du Parlement. — Le Parlement étant assemblé pour dresser des remontrances, il a reçu ordre de cesser, et de ne s'assembler (jue pour les affaires des particuliers, sans plus se mêler de celles qui ne lui sont pas adressées. C'est que les nouveaux droits qu'on a voulu établir dans le Palais sont renouvelés par des arrêts du Conseil, et conmie le Parlement ne les veut point reconnoltre, la Régence a trouvé mauvais qu'ils les veuillent examiner et corriger.

P. Charles. — Le P. Charles a eu un grand éclaircissement avec le cardinal Dubois, au sujet du carrosse du sacre. Il lui a parlé ferme, et lui a dit que de[)uis la Régence, M. le duc d'Orléans ne l'avoit jamais trouvé dans aucun parti, ni des princes du sang, ni des légitimés, ni des ducs, ni de la noblesse, ni d'Espagne, etc., qu'il ne s'étoit mêlé que de sa charge; qu'il avoit eu l'honneur de porter le Roi dans ses bras au lit de justice; qu'il avoit

9W MfMOlBFS DF M ATHÏFU MARAIS.

hion ]>ris tU» TainDur pour lui ri le Uoi do niùnie; que le Kêtreut ilevoit s'atlacher ceux qui le UK^ritoient et ne leur pas donner des déiroiMs; qu'il ne demandoit que les droits de sa chnrce, (jue M. le Premier écuyer vouloit usur(>er. uQue veut-il faire du PriMuier, a-t-il dit, veut-il leirarderpourquelijue guerre civile?» Cecju'il a dit parce que M. le Premier ne passe pas pour homme de courage et qu'il a fui ;\ la guerre. Ce discours a frappé le cardinal, il en a parlé au Kéuent, et le prince a eu toute satisfaction. C'est lui (jui doit ordonner le carrosse et celui que le P. avoit ordonné sera achevé par les ouvriers de l'écurie, et sous les ordres de l'intendant contrôleur de la Grande écurie. Aussitôt, ces officiers s'en sont emparés, et ont payé ce qui étoit du. M. le Premier, venant voir le cardinal, en a prescjue pleuré.

Ouelcjues jours après, le P. Charles a été nommé pour porter le manteau du Roi au sacre. Le Grand écuyer n'y avant point de fonction, on lui a donné celle-lA, qui est tivs-honorahle, et qu'un prince de la maison de Savoie a eui». Voilà la prouve (pie, dans les grandes cérémonies, les P. de la maison de Lorraine sont toujours les premiers nprt-s les princes du sang, et ni les Bouillon ni lesRohan, qui veulent faire les princes, n'atteignent k ces honneurs à leur préjudice. Le duc d'EllKPuf, aîné de la hrauf he qui «Jl en France, et le prince de Lamhesc, fils du comte de Brionne, aîné du prince C.harles, auroient pu être nommés avant lui, mais on Ta préféré à cause de sa charge, de sa fermeté et de sa honiie mine, et le deriner entretien avec le cardinal Duhois ne lui a pas nui.

Sacrk Dr Koi.' — Le maréchal de Villeioy doit repre- Mnter le connétahle et poitca- l'épée de justice, comme pn'iiiier maréchal de France. Le maréchal de Villars représentera M. le l>u(:,(pii est («rand-maltre. On a nommé (|uatre s^'ijrneurs |K)ur aecompa^-ner la Sainte-Ampoule, qui j»onl : .MM. do //p/Jiirau, d lîstaimj, iVAlifire et de /Vie. Ce «lernier n'est pas de la hante nohiesse des autres, mais

il est parrain du Roi et mari de M"* de Prie, ce qui lui donne toutes sortes de rangs. Les six pairs laïques seront représentés par les six princes du sang : Le Hégent, le duc de Chartres, iM. le Duc, le comte de Charolois, le comte de Clermont et le prince de Conti.

A propos du sacre , j'ai lu la Diasertalion sur la 5ainfe- ^w/)Oii/e,parrabbé de Vertot.Elleest dans le /?eciiei7 de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, t. 2, in-4**, 1717, p. 669. Il répond assez bien aux critiques, et se fonde beaucoup sur cette ancienne et auguste tradition, tant respectée dans le royaume. Il rapporte quantité d'impertinences d'Hincmarc, évèque de Heims, qu'il a fourré dans son récit. Nous avons plusieurs livres sur le sacre, rapportés dans la Bibliothèque du P. Leiong, et le Cérémonial de Godefroy en a conservé les cérémonies de plusieurs rois (p. 556-557).

On peut lire aussi, par curiosité, le huitième livre du po(^me de la Pucelle, de Chapelain, où est décrit le sacre de Charles Vil. Les vers n'en sont pas si mauvais que les satiriques le disent. M. Iluet, dans son Hueùanaj qui vient de paroitre, prend assez ouvertement le parti de Chapelain; il dit qu'on ne l'a critiqué que par les vers, sans considérer les parties et l'ordre du poëme, dont on ne peut même bien juger, parce (ui il y avoit encore douze livres, qui ont été supprimés par Ta vis de M. de Montausier (1), et que Chapelain s'attira tous les auteurs contre lui, parce qu'ayant été nommé par M. Colbert pour faire unelistedessavansà qui leHoi vouloit faire des pensions, tous ceux (jui ne furent point sur la liste attaquèrent la Pucelle et la lirent tomber.

Visa. — Le travail du Visa avanc»* beaucoup. On coupe bras et jambes à tout le monde, lI l'on a[)pelle aller à la Mortjue, quand on va voir la liquidation dans le re-

(1) V. «iaiis la RevtiP Rétrospective, Ke série, l. 11, (>. 5, la Préface de ces cllant<^ ioéditA.

tSS MK.MOIKKS OK M ATHIKH MARAIS.

pstre. l'n jeuiu* niallir dos rtM|iuMos, nomiiu' Doublet de Persan, tiui vit'nt tliin hoiihlet jadis laquais, dit î\ M. CliDpin, oonstMller au (irand-Conseil, (ju'une licjuidation (|u'il avoit faite étoil mal faite, et qu'ils cassoiiint luus les jou's leurs arrtMs. M. (Uiopiului ré[)ou(lil : u Ce nVst pas d'aujourd'hui (lueje sais(|ue les yentilshoiuuics fout le< verres et ([ue les laquais les easseut. »

YersaUles. — Ou se prépare à forée poiu* le voyage de Versailles, cpii est li\é au 2 juiu. Uu houiuie ayaut dit : tt Ou va mener le Koi à Versailles, etde là, à Saint-Denis, » il a été arrêté et mené à la Bastille.

Il a été annoncé puhrujueiueut qu'après le sacre, le Roi reviendroit i\ Paris, il y avoit un arrêt qui avoit cassé tous les baux des maisons de Versailles, mais les choses ont été rétablies, et Paris sera bien aise de voir toujours son Koi. LaPeyronie, premier chirurgien du Roi, Tentretient souvent de Paris; il lui dit (pi'on n'est pas Koi sans voir son peuple ; que ce pf.uple l'aime; qu'il en doit avoir de la reconuoissance; (pi'Ll a marqué une joie excessive |K)ur le rétablissement de sa santé, et que lui, La Peyronie, avoit bu sa santé dans les rues à plusieurs tables. 11 hii a fait l'histoire de François I", (pii dit à Charles-Quint ; AteZ'Vous un Paris; « et le mot de M""" de S.. » ? <( /V/r/.s en ce inonde et paradis en l autre. » Le Roi écoule tout cela attentivement. La Peyronie, (pii est vif. Languedocien «ît hardi, dit tout ce (ju'il veut, et il |)arle aussi pour luimême, ciïv il a bien des raisons de fortune et de galanterie qui lui font aimer Paris.

I.A princesse de Conti poursuit la séparation et est mise à Port-Royal pendant le procès. La dame de la Roche, dame d'honneur de sa belle-mère, vouloit ({u'on haussât les murs, divint (pi'ils étoient trop bas et (pTon pouvoit IMLsser pardessus. On lui donne toutes sortes de dégoilts.

Le prin(x; de Mercumr, son second lils, est mort le

de mai. \a* priiu-e de (>onti vouriroit en faire d'autres, mais sa femme ne s'y (ie pas, et a conçu une antipathie

extrême contre lui. La cause de la provision a été plaidée à la deuxième des requêtes du Palais, à huis clos, par Pothouin, avocat du prince, et Julien de Prunay, avocatde la princesse.

GuiscARD. — Le comte de Guiscard, joueur de profession, s'est noyé; un autre homme s'est pendu et a fait un testament bien court, où il a dit : « J'ai trois actions, que je donne au Régent, et mon àme au diable. » Un cabaretier de la rue Montmartre s'est donné trois coups de couteau dans le ventre, pour l'infidélité de sa maîtresse. Quand on lui eut mis le premier appareil il l'arracha et dit : « Je ne me suis pas tué pour ne pas mourir. »

Le marquis de Plelo (1), Breton, épouse M"" de La Vrillière, fillecadette du secrétaire d'État. (M. de Plélo, ambassadeur en Suède, a été tué au siège de Dantzig en 173i) . 11 est fils du comte de Moron. On lui donne 60,000 livres de rente. Ce comte de Moron avoit épousé la fille de M. de la Faluère, Premier Président de Bretagne. Il avoit une maîtresse que la famille de sa femme fit enlever; il se brouilla avec sa femme, ne la voulut jamais voir, et elle est ainsi morte sans s'être raccommodés ; elle étoit à Paris et lui en Bretagne. Ces Bretons sont durs envers leurs femmes. J'ai été consulté, depuis quelquesjours, sur une affaire importante du comte de Talhouet, qui a accusé sa femme d'adultère et qui l'a faite condamner, par sentence du j uge de Redon, du 8 novembre 1717, à avoir la tète tranchée. Quelque teuq)s après le jugement, elle s'échappa de la prison et fit bien, car son mari mourut en 1718, et l'affaire, qui n'est plus qu'avec des enfants du premier lit, est à présent bien plus graciable. Si à Paris la peine de mort avoit lieu contre les femmes galantes, on ne verroit point tant de cocus.

15, 18, 19, -20 mai. — La Régence ayant envoyé au Parlement une Déclaration pour les nouveaux droits, au

1) Voir Mir le inari(uis (le IMiMo lf»H yféninirfs de cT Argensou T. II. \\i

SQO MKMOinKS DK MaTHIKH MA1\AIS.

lifude TarriMcUi ('onscil. il a t*tiulêlii)én^ d'y Taire desiv^ inonlrances.elelU'S ontôlc faites le lundi 18 mai, au Louvre, par M. K* l*. PrrsidtMit cl plusieurs dé[)ulés du PiU'L^fi{ ment. Uii'»îïd il a ronunencé à lire, le Uégeni a dit que le Koi vovtMthien que cela lui faisoitde la prino, à cause (piMl est inconiuiodé, et ({u'il les pouvoil remettre à M. le (iarde des sceaux, à (jui il les a remises sur-le-champ, etcjuia dit que le Koi y réjjondroit le lendemain, ce quia été fait le mardi li> mai au malin. Kt là, le (iarde des sceaux a dit, avec l>eaucou[)de politesse, que le Koi voudroit déférer aux remontrances d<* son Parlement, mais quelestenips ne le permettoient pas, et après bien des honnêtetés pareilles, qui ne sont' (pie des paroles pour amuser, il a terminé son discours par dire que le Koi lui ordonnoil d'enre^is- Irer. Dès le même jour, on s'est assemblé à la Grand'- ('hand)re Taprès-dlnée, mais les Kn(|uètes n'étant pas en niMnhre suffisant, on a remis au lendemain '10, où la déclaration a été enrei^'-istrée (.aie l'exprès commandement du Roi à la CouFy donné à entendre par la réponse faite en présence dudit aux remontrances de ladite Cour, pour être les présentes exécutées selon leur forme et teneur; et sera le Koi très-humhlement supplié, en tout temps et en toute occasion, de vouloir soulai^er son peuple des impositions portées par les présentes lettres et laisser les iKjuri^eois de sa bonne ville de Paris jouir de leurs privilé^-^es dans toute leur étendue et lilxîrté, comme; ils en ont joui dans tous les t«Miq)S, etc. » Cette déclaration a été aussitôt imprimée et publiée le 21 dans tout Paris avec cet enre;^istremenl, où l'on voit (pje le l*arlement s'est rendu après la cérémonie de la déclanition, cpii a été Ir^s-bien dressée, et où il est dit (|ue les droits en question avoient été établis par différents édits enregistrés en nos Coui*s de Parlement, et qui doivent être plus sup- |Hirlables jKir le loujç usage où Ton a été de les percevoir. C'est-A-dire rpie cpiand un impôt est mis en France , on ne l'ôte jamais, on (pn* ^i on j'ôtc, <'/est tine raison de le

Mai i7!2îi. SOI

rétablir, parce qu^il a été une fois mis. Au reste, cette déclaration ne dit pas un mot des derniers arrêts du Conseil, et on a flatté le Parlement par les édits ^u'il a enregistrés.

22-30. — OsNY. — Depuis le 22 jusqu'au 30 mai, fêtes de la Pentecôte, j'ai été à Busagny, près Pontoise, avec M'"*^ de Saint-Sulpice ( brûlée ), et plusieurs personnes de ses amies, et j'ai été voir Osny, qui est une terre de M. de Goussainville, fils de M. de Nicolaï, Premier Président de la Chambre des comptes. J'y ai trouvé ce P. P. avec qui je me suis promené longtemps, et qui m'a parlé avec beaucoup d'esprit et de finesse. Ils sont grands dans cette famille , mais cela n'a pas passé au fils avec la survivance de la charge, que le Régent lui a donnée ; il sera le huitième de père en fils dans celte charge.

Marskillk. — Pestk nouvelle, a mon retour, j'ai appris que la peste a reprisa Marseille et dans la campagne; on y a renvoyé M. de Langeron, avec titre de commandant perpétuel du chiïteau et de chef du conseil de la santé, et 12,000 livres d'appointements. Il le faudra traiter comme un liliératcur de la patrie et lui dresser des statues : Liberalori palrhe. Ses vaisseaux, qui sont partis de Marseille depuis le commerce renouvelé, sont peut-être allés négocier là peste partout.

Visa. — Les liquidations avancent; M""" de Naucré, amie de Law, s'étant présentée pour la liquidation, M. Taschier, C au Crand-Conseil, lui a dit : uUui ètes-vous, ma bonne ? » — a On m'appelle (luehjuefoisM""' de Naucré , at-elledit. » — Quoi! vous êtes cette M'"" deXancré qui a retiré Law chez elle quand le peiqjle le cherchoit?Je vais vous liquider comme il nous a liquidés. » La dame s'<'nest [jlainle auUégent, qui n'a rien tiré du commissaire, sinon ([u'il traileroit suivant le tableau, à moins que le IiéL:t'nl ne lui donnât un ordre par écrit du contraire.

391 Mh.MOn\K.S DK MATHIKU MARAIS.

Juin. — Pra.mkxh'x, Chantilly. — On a su une aventure arrivée i\ Chantilly au dernier voyage. M. le Duc y éloil avec M"** de Prie, maîtresse alti^re et emportée; elle V avoit mené M'"'' de Pramenoux, autrefois M"'" de Chabiinnes. Ce fut sujet de jalousie ; elles se dirent bien des sottises, et entre autres que M""" de Prie, quoique entretenue par un grand prince, n'en étoit pas moins une p et queM'*^ de Ch. n'étoit pas faite pour faire le second tome de M'"*' de Saint-Sulpice. La dame de Pramenoux prétendoit qu'on lui avoit mis quelque chose dans son vÎD pour l'enivrer, et, en effet, elle parut comme ivre en sortantde table :elle tomba par terre. On l'emmena dans sa chambre, où elle voulut faire le testamentde toutes les parties de son corps, et entre autres son endroit mignon à M. de Senneterre, pour le faire changer de goût, sa fourrure à M. Dolgorouky, ambassadeur du Czar, pour se tenir chaud en son pays, de ses deux tétons à iM. d'Entrague pour faire une figure ou case au Biribi (qui est un jeu comme lehocca, où il y a des ligures), de son tempérament à M. le Duc, et ainsi des autres. Sur le matin, on prétend qu'on la mena X un atelier d'ouvriers, qu'elle mesura tous pour savoir qui étoit le mieux conditionné*. Cette aventure, qui devroit être tue, a été publiée de suite, et la dame de Pmmenoux, honteuse, s'en retourne trouver son mari en Korez, n'ayiinl trouvé personne qui ait voulu accepter sa succession et s** porter héritier de son corps vivant.

Vkrsailles. — Le Koi devoit partir le mardi 1 juin pour Versailles, mais son départ a été remis au lundi 15, à cause des réparations (jui ne sont pas encore finies. Le Roi a une grande impatience de quitter Paris.

Jeudi ï. — K^K-DiEU, lk Hoi. — Les Parisiens ont vu avec grand plaisir le Koi à pied à l.i {irocession de la Fête-Dieu de la paroisse de Saint-tiernjain , ayant A ses côUrs les cardinaux de Kohan et de Polignac. Le jour a

été très-beau; ilauroit voulude la pluie, et avoit fait faire des souliers exprès, mais le ciel n'en a pas donné.

Logements a Versailles. — U y a toujours grand débat pour les logements de Versailles. On a donné celui de M. de Louvoisau cardinal Dubois, qui aura tout à la fin. Il vient d'avoir l'aljbaye de Bergue, qui est régulière et qui vaut 30,000 livres de rentes. Cardinales os apertum habent ad omnia bénéficia. Le logement de M. Le Grand a été donné à M"* de Charolais, et celui de feu M. de Vendôme au prince Charles, qui dit qu'il ne peut trouver mauvais qu'on le déloge pour une princesse du sang et qu'on le loge où étoit M. de Vendôme.

Albérom. — On travaille à Rome au procès du cardinal Albéroni , et il paroit une réponse très-forte ù son manifeste. Elle est en françois dans différentes gazettes de Hollande ; c'est une pièce très-curieuse pour le temps, aussi bien que la réponse faite pour l'Empereur au Mémoire de la li- * berté de Florence, qui est dans la même Gazette.

CoNjrRATiON, — Angleterre. — U s'est découvert une conspiration en Angleterre où entroient la plupart des seigneurs du Royaume. On devoit s'emparer de la Tour et du Roi, et de toute sa maison. Le Roi a écrit au maire et échevins de Londres une lettre qui a été publique, où il a dit qu'il étoit assuré qu'aucune puissance n'y entroit. C'étoit une conjuration toute domestique et insulaire. Les politiques disent que ce n'étoit qu'une ligure pour faire peur au Roi, et l'empêcher d'aller îà Hanovre, où il porté tous les ans l'argent d'Angleterre; cependant; on prend de grandes mesures pour en empêcher les effets. Cette nation est née pour n'être jamais tranquille et proprement être esclave de cette liberté dont elle se vante, et qu'elle poursuit avec tant d'audace, ils viennent de pratiquer l'inoculation ou greffement de la petite vérole, jusque sur les jeunes princesses du sang, et elle a réussi. On écrit contre, et l'auteur dit que c'est tenter Dieu.

•J<)| MKMOIIU.S 1)1 MMMIKr MAHAIS.

ISIKMVVM OKS KiNANCKS. — Oii a |iiil»li('' I(Mlr[);nl('in('nt des tinaiitvsoù esta la tèlo M. Dodun, l'ontnMeur liônrral, t»tM. FaîTon, intendant des finances, M. d'Orinesson, M. de riaumonl et M. de Baiidry, et M. le Pelletier de Signy, aoîiîii intendants des tinances.

Jfix. — Arp«'^t du [)arlenient du 21 mars 17*22, contre les jeux. H(K'ea, Bassette, Pharaon, Lansquenet, la Duppe, le Biribi, avec des peines nouvelles.

(-l'KFS i»E Paris. — Les curés de Paris s'étant plaints de la réduction des rentes du denier 2.') au denier i(l, (pii ruine les lahritjues et les chaises, il a été rendu arrêt au (Conseil, le 11 mars 1721, qui leur accorde 88, 1 VI, de supplément, pour être distribuées dans toutes les paroisses selon l'état de répartition qui y est attaché. lia été expédié des lettres patentes sur cet ordre. Mais elles n'ont pu être vëriliées, et "la faveur des pauvres n^a rien gagné sur les coui's, (jui veulent le supplément pour tous les sujets. Ces arrêts et lettres patentes ont été publiées en ce mois.

MFArpKor, Bkrnabu, (iiRKRT, Baissan, Lkc.ras, Lallk- \i\>r. — Ariêt du 3 mai qui ordonne que les certificats de litjuidalion seront coupés en autant de parties (ju'il serîi jugé convenable, et à cet effet, plusieurs maîtres des r^juètes commis pour viser les certificats, etc. VoihV matière à nouvel ag-iot et ^re une vogue, de même au papier.

\i%A. — Autre arrêt du 16 mai, (juc toutes les réponses aux avertissements sur les licpiidations seront faites pour Parig pour Ur25 mai, et pour les provinces dans le 10 juin, »an« «prnprès les temps il puiss^^ être admis aneuncs reoMM's aux présentations.

h .\b«;knso>. — Autre du 7 aNiil, (jni donne au nouveau lieulonaiit de police ^d'Ar^enson fils) la connoissance des procA» de* iKMichers et négociants des marchés de Sceaux et do Poiwy.

VKUHAilJ.fS. Maisoivs. — .\utre arrêt du 7 avril, qui ordonne «jue tous les baux subsistants des maisons et ap-

Il IN i7!2îi. 295

partements de Versailles demeureront nuls et résuhis, à commencer du l*"*" de mai, permet aux propriétaires d'en passer de nouveaux aux conditions qui ont été ou seront stipulées èhtre eux et les nouveaux locataires^, à la charge de donner terme pour vendre jusqu'au 15 mai, sans que ce délai puisse être prolongé, pour quelque cause que ce soit, se réservant S. M. de pourvoir à la lixation des loyers, en cas d'excès de la part des propriétaires.

Receveurs généraux des finances. — Arrêt du 15, qui as- '"sujettit les receveurs généraux des finances d'Alsace, de Franche-Comté, Melz, Flandre et Hainault à porter à la caisse commune, établie à Paris, tous les deniers provenant des impositions de toute nature des différentes provinces, comme les autres receveurs généraux.

Autre arrêt du \ï avril concernant le dépôt des registres des comptes en banque. Arrêt du 13 mai qui nomme les sieurs de la Faluère et du Bois, conseillers au grand conseil pour travailler au visa avec les autres.

Consuls. — Déclaration du Roi, du 3 mai, enregistrée au Parlement le 16, au sujet des lallites et banqueroutes, dont la connoissance est attribuée aux consuls jusqu'au 1" juillet 1723.

Arrêt du 19 de mai, qui permet la sortie des charrues hors du royaume en payant les droits, et déroge ainsi à un arrêt du 29 décembre 1719, qui avoit jugé le contraire

Saisiks hkkllks. — 11 a été publié un grand arrêt du Parlement du 29 avril 1722, concernant l'administration du Bureau des saisies réelles qui règle plusieurs abus, dont la Cour avoit été instruite (mi jugeant le procès criminel de Mormctat, pour l'arrêt du 27 janvier dernier. Ce règlement contient V9 articles et sera d'une grande utilité dans le public s'il est exécuté. Je dis si, car ces commissaires aux saisies réelles et leurs commis ont toujours tenu école de vauriennerie, et on a bien de la peine a y mettre ordre.

t96 MFMOIRKS HK MATHIKl' MARAIS.

Hkntk PO Clkrgk. Arkkt lihuk. — On a aussi donné au nulilic TarrtM du li avril, rendu sur la contestation des ouvriei-set des propriétaires des rentes du clergé, qui demandent le payement des VO années arriérées, sur (juoi on a vu plusieurs mémoires curieux, (let arrêt n'est que pn>visoire, et cest ainsi (pie les plus grandes alïaires se tournent en subtilités; il est dit (ju'avant l'aire droit, les propriétaires contesteront plus amplement et cependant sans préjudice des droits des parties, le contrat passé avec le clergé, le 31 octobre 1715 e.\écuté, et en conséquence les propriétaires des anciennes rentes sur le clergé et les payeurs et contrùleurs seront payés comnae avant les arrêts des 26 octobre et 25 novembre 1719, — 9, — 23 juillet, 30 avril, 15 octobre 1720, à l'effet de quoi les sommes imposées suivant le contrat seront reçues et remises par M. le W. G. du clergé aux payeurs que S. M. a rétablis dans leurs fonctions ainsi que les censeurs, pour être les rentiers payés en la manière accoutumée. Et ce à commencer pour l'année 1680. Voilà donc les rentiers qui seront payés en argent, nonobstant les arrêts de Law, les payeurs sont rétablis, mais les quarante ans seront toujours en arrière et y seront longtemps.

CoNSTiTiTioN. — E.MPKRKi R. — Il s'cst débité un Recueil de 30 pages in '♦", latin et français, contenant les pièces (jui concernent le refus de rp^mpereur au sujet de la Constitution. Ce recueil contient le refus de l'Kmpereur ' et plusieurs lettres écrites par l'électeur de Cologne à l'Empereur et autres. Cela vient de la part des jésuites, qui y ont mis aussi la dernière lettre du C. d'Altbame. Mais on a beau faire, on ne fera jamais croire que l'Empereur ait eu dessein de se déclarer pour la (Constitution, et il est étrange qu'on veuille bouclier les yeux î\ (|ui voit clairement le contraire.

13 juin. — M'"" DK CuAKoiAis. Capon. — J ai ippns aujounriiui un fait sin;:ulier : M. (>apon , avocat du (îouscmI delà prinresM; de (^juti ( la jeune j, s'étanl trouvé avant

les autres dans le cabinet, M'"' de Charolais y vint, qui lui lit honnêteté, et lui demanda en confiance si le procès de sa sœur contre son mari étoit bon. Capon lui dit qu'il pourroit se soutirer et se tourner de manière qu'on le gagneroit, il ajouta : « Vous me direz que iM""^ la princesse de Conti a eu des galants, iM. de la Fare, cela ne dure plus, mais M. de Clermont, cela dure toujours. Il est vrai qu'un bon chien chasse de race. M""^ la Duchesse a toujours eu des amants, et elle a, encore à présent, M. de Lassay. y La princesse, étonnée de tous ces discours, et craignant que Capon ne vint aussi à elle et à nommer ses galants, se leva et dit : « Monsieur Capon, adieu, je n'entends pas les affaires, » et aussitôt elle vint conter son aventure à gens qui me l'ont redite, et à qui la princesse, en avouant sa surprise, ne put s'empêcher de dire que dans l'humeur où éloit Capon, il étoit prêt à dire aussi les amants qu'elle avoit eus. Voilà ce qui arrive à gens qui ne savent pas le monde. Le Capon méritoitbien d'être jeté parles fenêtres. Une dame de la cour dit sur cela qu'il n'y a rien de si ridicule qui ne doive être dit et fait jusqu'à la fin du monde, et que ceci y tient sa place.

iï juin. — Adikcx au Koi. — On est venu de tous les côtés pour dire ndieu au Roi qui doit partir demain pour Versailles. Le Parlement, toutes les Cours et la Ville y ont été. On lui a présenté trois dames : M""" de Caraman, fille du président Portail, présentée par la princesse de Guise, a eu l'honneur de saluer le Hoi, malgré la prétention des duchesses, qui disent que le salut n'appartient qu'aux dames titrées. Quelque temps après, M""" la duchesse de Lorge et M""' la duchesse de la Ferté ont amené M""^ de llambure, nouvelle mariée, qui a épousé le neveu du Premier Président, et M""^^ de Hambure n'a eu que la main du Koi, que la duchesse de la Ferté lui a fait donner. On dit que c'est comme duchesse qu'elle l'a fait faire ainsi pour conlirmer son droit, et qu'elle a chiffonné celle présenlalion imr malice. La troisième est madame d'Averne,

398 MKMOIKKS DK MVIHll l' MAK AlS.

miiUiYSM' ilii rt'L;ciil, mais on ne m'a pu dire comment cela sVtoil fait ; elledoil aller à Versailles et y avoir même un loirement an ï.onvre. C'est pour faire contre madame dePrie,tjui ylôl^'ededroit, son m;iri étant associé A l'éducation du lloi. La corruption des Cours est si grande qu'on V fait toutes sortes de scandales sans attention.

Dkpart i»r Hoi. — Le Roi est parti sur les trois heures après midi pour Versailles; tout Paris a été dans le Cours le voir passer; l'un disoit : il reviendra, Tautre : il ne reviendra pas. Dès qu'il fut arrivé, il alla se promener avec le Kéi^ent et le lassa de façon qu'il n'en pouvoit plus.

Cami-Lac duconskil i)k Rkcknce, Noailles et Camllac EXiLi^s. — Le matin, on a appris que M. le duc de Noailles étort exilé, ainsi que iM. de Canillac(l). Chacun en veut deviner la raison ; on dit que le duc de Noailles étoit trop au goût du Roi ; il étoit déjà arrivé à Versailles avant le Roi pour le recevoir, maison lui a envoyé une belle lettre de caehet avec un beau compliment, par le sieur de .Mnnthierry, gentilhomme ordinaire du Roi, pour s'en aller c\fi*cer son esprit et sapolitiipieen Auvergne, à une terre à lui (jui s'api)elle Liniére. Quand le Régent a appris cet cxilau Roi, le Roi n'a pas dit un seul mot, ce qui passe ou pour enfance, ou pour dureté, ou pour dissimulation. Le duc a voulu faire croire qu'il n'avoit point d'argent pour pdriir; il a emprunté 10,000 liv. duS'Ronnier, Trésorier de Linguedoc, à (pii il a écrit une lettre des plus honnêtes, et on sait que (juand le duc étoit ;\ la tête des affaires, il avoit voulu perdre à la Chambre de justice eemémeRonnicM', qui en vient d'agir généreusement avei» son |)(îrs«''entenr. I^e Rétrenl ne lui a point pardonné le parti (pi'il a pii*> pour h- Cbancflifi* cl pour les ducs, dans l'affaire des cardinaux H de leur préséance au conseil, (hi sait i\nv. le duc a dit ati Roi, lors du dernief exil du Chancelier : « Sire,

I C^nilUc, du ConM;il de R^'genc*, el non pa-» dti. M(XJ!M|iiclairefl ( l^ote de Maroh ).

JUIN i72'i. 2

VOUS renvoyez le plus honnête homme de votre royaume ; la première chose que vous devez faire à votre majorité, c'est de le rappeler. » Le Régent ne pense pas de même. La faveur de la Cour est bien inconstante, car le Régent et le duc ont été autrefois les confidents les plus intimes, jusque-là, qu'ils faisoient semblant d'être brouillés et se voyoient les nuits. C'est un fait qui est arrivé sur la fin de la vie du feu Roi, et que je sais à n'en pouvoir douter. M. d'Eftiat, ami du Régent, a été longtemps la d upe de cette intrigue. Leduc de Noaillesn'aque quarante-quatre ans et peut voir encore bien des retours; pour iM. de Canillac, il prenoit de grandes libertés avec le Régent et étoit sur le pied de lui dire bien des vérités, mais à la fin les vérités déplaisent, et ceux qui les disent sont renvoyés. Canillac va à Blois.

16, 17, 1^ juin. — Versailles. — Le Roi a un goût tout particulier pour Versailles, et si grand qu'il a été résolu de l'y laisser tout l'hiver. Dans une liste satirique d'exilés on a mis : « Le Régenl exilé à Versailles par ordre (lu cardinal du Bois. » Il revient tous les jeudis à Paris et retourne tous les samedis matin. M'"*" d'Averne est toujours des voyages et s'ennuie fort à Versailles, où il n'y a ni spectacles ni Cours, et où on est si fort en vue qu'elle ne peut pas tromper son amant. Le duc de Richelieu est soupçonné de faire le Régent cocu de sa maîtresse. L'Infante est partie pour Versailles le 18 et est allée trouver le Roi.

Premiers GENTILSHOMMES de la chambre. — Il y a eu une dispute entre les premiers gentilshommes de la Chambre elles officiers des Gardes du corps, au sujet de la galerie dont le Roi fait son appartement pour jouer et s'y divertir; on en a fait sortir les officiers des Cardes du corps, parce (ju'ils n'ont droit au corps du Roi que quand il n'est plus dans sa Cljambre, et la Chambre est tout endroit que le Roi habite et où il veut être en son particulier. M. 1»' Duc a décidé pour les premiers gentiUliomiues de la Chambre.

300 MF.MOIKKS DK MATHIEU MAUAIS.

On adonné au martVhal de Villeroyia direction de Sainl- Cyr, qu'avoit le duc de Noailles.

— 11 est arrivé à Versailles un lait «'tonnant. — \n oflicier aux gardes (sousdieutenant) nommé Botteville, étant avec un des ses amis, Saint Just, lient«Miant de dragons, dans un cabaret, a envoyé cliercher Pernot, huissier de la chambre du l\oi, et lui a l'ait dire ({u'un de ses amis ratlendait. H est venu; Botteville a fermé la jK)rte, s'est jeté sur lui, lui adonné plusieurs coups d'épée sur le visage et l'a marqué; Pernot crioit : Messieurs, je n'ai que faire à vous, je ne vous connais pas. » En effet, cVtoità son frère qu'ils en vouloient, avec qui ils avoient eu querelle (pielques jours auparavant à Paris. Les batteurs s'en sont enfuis. La sous-lieutenance a été donnée sur-le-champ, et cela a passé pour un assassinat et guetapens. M. de Botteville est parent de MM. de Beauveau, mais leur parent a fait lc\ une vilaine action, et si on a bien roué en Grève le comte d'Horne, celui-ci n'est pas de nu illeure maison que lui.

Cartoujie et complices. — On pend tous les jours à Paris des complices de Cartouche, et, ce qu'on n'avoit point encore vu jusqu'ici, ces complices, prêts d'être sup[iliciés, font passer toute la nuit aux rapporteurs pour découvrir d'autrcscomplices, et on n'en voit point la lin. C'est une génération éternelle de voleurs qui se tiennent el s€ décèlent les uns les autres. On a enlin découvertceux qui ont assassiné Vergier (1) ; ils le vouloient voler, mais ils s'aperçurent rpi'on les voyoit d'une fenêtre el ils le tuèrent. Neufchatel, ««oldataux (iardes,(pii a fait prendre (Cartouche, éloit de ce meurtre. On lui avoit donné sa ^rA.ce à condition (ju'ildiroit tout et il n'a point dit ce fait. La question

(1/ Toulr» lr« fitnrjrnphlr.% ont ènsign^- à la mort He Ni'rjjier une date io^tirtr. Il rr«ullr âr Mjn ar|c <|r rtr^r/**, inscrit Kiir IfH lenistios tU' la paroKM» Sailli .Sauteur, a l'arii, (|u'il > e%l mort le 74 août 177.0, âgé <ie M/ua0le-rioq an«.

eslde savoir si on lui doit tenir parole^ et on la lui tiendra, parce que la dénonciation de Cartouche est la chose la plus utile an public que l'on ait vue depuis longtemps. Dans cette recherche , deux exempts de M. d'Argenson ont été accusés, arrêtés et décrétés, le Roux et un autre : le Parlement les a fait arrêter. M. d'Argenson fils a été au Régent et a demandé qu'ils fussent délivrés, parce que c'é-« toit une haine du Parlement contre les gens qui avoient été à son père. On les a retirés de la Conciergerie en vertu d'une lettre de cachet et mis à la Bastille : mais depuis, le Parlement ayant démontré au Régent l'état des affaires, ils ont été ramenés à la Conciergerie pour y rester jusqu'au jour dujugementdes complices de Cartouche, et après ce jugement, ils doivent être remis à la Bastille. Voilà tout ce qu'on a pu faire pour eux et c'est trop. M. Arnaud de Boesse, rapporteur de tous ces crimes, a été lieutenant général d'Angoulème, et c'est un des plus grands juges criminels qu'on ait jamais vus.

— Le bruit est grand que le duc du Maine va être rétabli dans son rang et dignité, comme le comte de Toulouse. Le cardinal Dubois a été à Sceaux et ce n'est pas pour rien.

Maréchale d'Estrées. — Hénault. — Lamaréclialed'Estrées avoit pris le président Hénault pour son amant, elle l'a quitté et a prisa sa place le comte deRoussillon, qui est un jeune Franc-Comtois riche et assez bien fait, quoiqu'on lui trouve les jambes trop grosses et le nez plat. On a dit que la maréchale avoil fait tout d'un coup un grand saut du Ilainaull en Roussillon , et ce mot en a fait dire un autre sur M"*" de Charolois : qu'elle avoil voyagé de liichelieu à Melun , et de Melun en Bavière. L'avocat Capon lui auroit conté tous ces voyages, si elle ne l'avuit quitté l)rus({uement. Bavière est le chevalier de Bavière, qui est son ami, et Melun le duc de xMelun, qui l'a été. Pour le Roussillon, il est le lils d'un comte de Revel et d'une demoiselle de Marsilly, autrefois très-bien à la

SOI MKMOmKS DK MATVHKi: MARAIS.

Cour, el tjui avoitpaiihé par l)icn iks inains. Il est mori, la ilaine île K»'vel rst restée veuve avec ce lils fort riche, «'h|ui a puhliiiui'iiRMit la bonne fortune de la maréchale (i'Kstrées, si honne fortune y a.

M"''ilcMarsillyavoiteu un premier niari (|ui avoiteuune autre femme (pf il avoit noyée. La favtuir de M'"" de Mar- >illy, qu'il épousa, le tira d'alfaire; elle épousa ensuite le chevalier de lU'oi^lie, son galant, ipii a été le comte de Kevel.

Saint-Hkhan. — M. de Saint-liéran, gouverneur de deKontainehleau,estmort, son iils a sa survivance. Ils sont dune très-ancienne maison d'xVuvergne. L'ahhé Marsollier, dans la T/e d'Henry de la Tour, duc de Bouillon, maréchal de France, avoit dit (prunSaint-Héran, gouverneur d'Auvergne, avoil toujours été attache au frère du maréchal. (A*t attachement, (pu a[)prochefort de la domesticité, a déplu aux Saint-lléran, dont le vrai nom est Montmorin (1) . Ils ont fait imprimer une lettre qui montre leur ancienne noblesse dès le onzième siècle, leur alliance avec les Bourhon et la maison de la Tour, et cette lettre est accompagnée d'une autre du 3 février 1719 de M. le duc d'.Vlhret et de M. ral)hé d'Auvergne, où ils désavouent l'ahbé Marsollier, vX disent qu'il n'y a jamais eu d'autre attachemententre les deux maisons que la parenté et l'alliance depuis plusieurs siècles, et qu'ils n'ont point de part à ce qui a été dit [lar cet auteur. Leur lettre; <'st adressée à U. de Caumartin, coiLseiller d'Ktal.

Saint-I'hk>io.m . — M. de Saint-Frémont, ancien lieutenant-générul^ est mort lortâigé. C'étoit un cadet de Normandie, qui iiVvoit rien et <|ui a beaucoup amassé, et est Miofilé aux premiei-s honneurs de la guerre, il ne s'est point marié. Il étoit estimé universellement. Il a voulu être enterré à la Charité des hommes; à son enterrcMuent,

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Ijlliilir

JUIN i7*ia. âo3

il y a eu hieu à\x scandale. Le curé de Salnl-Sulpice vouloii que ses prêtres le vinssent enterrer, les Frères de la Charité n'ont pas voulu. Le corps a été porté et reporté deux fois à la Charité et à Saint Sulpice; à la fin, le commissaire du quartier s'en est mêlé, et les prêtres se sont retirés. Voilà l'avidité des gens d'église.

J'ai été consulté sur son testament; il a cherché un homme de son nom pour le faire son héritier; il s'appelle Ranend ; son neveu, frère de sa sœur, n'est que son légataire particulier.

— Castelas, Suisse, lieutenant-colonel des Gardes- Suisses, est mort. — Le vieux iM. de Keynold, colonel de ce régiment, dont il auroit voulu avoir la place, Ta enterré.

La dame de Catigny, amie de Castelas depuis trente ans, est morte quinze jours après lui. Rare exemple d'amitié.

Brigadiers. — Plusieurs brigadiers d'infanterie ont été nommés, mais tant d'autres se sont plaints , que la promotion a été supprimée et renvoyée à un autre temps..

Hénailt. — Chanson. — Chanson sur le président Hénault :

A ma honte, rien ne s'égale, Disoit en larmoyant Le bourgeonné président.

On m'a vu chez la maréchale.

Son beau mignon C^hanter son c .. et son chignon, A présent cette martingale Dit que je n'ai d'esprit Qu'à la mesure de mon etc.

20 juin, vendredi de relevée. — Conti, séparation. — Après plusieurs audiences à huis^clos, dans lapremière Chambre des lU'quètes du l*alais, où la cause de la séparalion entre le prince et la princesse de Conti a été plaidée, la princesse a été déclarée non rçcevahle en sa demande ,

3iM MKMOIIUIS l)F. MATMIKII MARAIS.

permis i\ elle tle rester au Poit-Koyal pendant six mois, où M. le prinee de Conti pourra la voir tant qu'il voudra à Iairrille;aprtV(pioi, elle sera obligée de retournerchez son mari. Les plaidoiries ont été trés-sages, il n'a rien été reproché sur la eonduite de l;i princesse. Le Prince rapportoit une lettre nouvellement écrite , où sa femme paroissoit trés-contente de lui. /lt7/o injuriannn reronci' llatoue abolllur : Et puis une princesse du sanij, (jui peut ilonner des héritiers à la couronne, ne peut pas farllement ifuliler son mari, et priver l État do successeurs. C'est une affaire de droit public. La princesse veut appeler, mais elle ne sera pas mieux au Parlement.

Hii a publié sur la iin de ce mois plusieurs arréis , un du Ojuin, qui ordonne que les engagistes des domaines seront tenus de faire toutes les réparations nécessaires, de quelque nature cpielles soient, môme les grosses sans distinction, et (pioiquo les engagements soient ;\ vie.

t^o.NSKiL 1)1 (iu.M.MKucF. — SuppRKSsioN. — Uu autre anvt du 22 juin supprime le Conseil du commerce et rétablit un bureau de huit personnes composé de MM. Amelot, Pelletier-Des-Forts, Fagon , Saint-Contest, Machault, Dodun, contrôleur général, la Cranville, maître des requêtes, d'Argenson, liçutenant de police. Le chef du Conseil royal des linances pourra faire teiiii" ce bureau chez lui quand il jugera à propos d'y assister. C'est le maréchal de Vilhroy. Dans cet arrêt, le (Contrôleur-général est nommé conseiller an conseil royal, au lii'u (jue dans le précédent il n'est rpu; conseiller d'État. C'est (juc le Conseil royal est rétabli depuis que le Koi est à Versailles, et que le contrôleur-général en est toujours. Les députés ducommene pour les provincesaurontentrée au bur<*au. Voilà le duc de la Force, cpii étoit du conseil du commerce, où il ne pouvoit plus être reçu avec honneur depuis son arrêt, renvoyé honteusement. 11 est cause en partie de la suppression de ce conseil.

IU:>TKS i»K i.A Viij.K, c>( AHTii K oiVKKT. — Autre arrêt

du 2i juin, qui déclare que Ton ouvrira le payement des rentes des six premiers mois delà Ville, de 1722, au premier juillet, sur les contrats visés et liquidés avec la mention de la réduction, le certificat du notaire, qui sera attaché à la quittance, et l'enregistrement à l'hôtel de ville. Cet arrêt a réjoui Paris, mais on en éloignera l'exécution.

Lins. — Chanvres. — Par arrêt du 19 mai, il avoit été permis de faire commerce de lins, chanvres et laines avec l'étranger. Arrêt du 28juin^ qui réduit cette permission, et ne la donne que dans lout le royaume.

CaRtouchk. — Les exécutions des complices de Cartouche continuent toujours. On a roué un gentilhomme nommé de la Roche, qui avoit été page du maréchal d"Estrées, puis dans le service, et qui, s'étant débauché, avoit trouvé la malheureuse invention de donner des coups de hcUon sur la tête afin de mieux voler. Il a passé la nuit à l'hôtel de ville, pour révéler ses complices, et n'a été roué qu'à cinq heures du matin.

Il est arrivé de Lyon une recrue de fdles et hommes, complices de Pellissier, qui n'est pas encore jugé. On assure qu'il a déjà été roué une fois à Grenoble, que le bourreau l'épargna, et qu'il ne faudra que rouvrir les premières blessures quand on le rouera, comme on rouvre une saignée. Il avoit été aux galères de Bordeaux.

29-30 juin. — Confesseur dc Uoi. — J'ai été pendant ces deux fêtes à Busagny, près Pontoise; j'ai appris là, que le Père de Linières, jésuite, a pris la maison des jésuites de Pontoise pour y être affilié, que comme elle est dans le diocèse de Bouen, il n'a pas besoin des pouvoirs du cardinal de Noailles pour confesser le Uoi, et, en effet, il est parti de Pontoise et est allé, le jour de Saint- Pierre, confesser le Roi, à Saint-Cyr, qui est aussi un autre diocèse, quoique ce ne fût pas le jour ordinaire d'une confession royale. Ainsi, le cardinal est la dupe de son refus, et les jésuites se sont moqués de lui. Le cardinal l)u- T. II. •-"►

S06 MF.MOIKKS DK MMIIIKl' MARAIS.

bois est à présent inaitre de tout. On fera valoir j\ Home la confession laite le jour de Saint-Pierre, et le confesseur n'aura pas manijur d'insinuer le respect pour le Pape et pour la Constitution.

La (iiizetif (le France dit seulement que le Koi est allé entendre la messe à Saint-Cyr, mais non ])as qu'il y ait M confessé.

Lettrk du Roi en vers. — A mon retour, madame de L.,^1) ma parente, qui avoit écrit au Uoi une lettre en vers sur l'état où son départ l'avoit mis, m'a t'ait voir la réponse que le Koi lui a fait faire aussi en vers, et (ju'il a bien voulu signer lui-même avec ceux qui composent sa jH'lite connétablie, qui sont : le duc de Ketz, Calvière, •exempt des gardes du corps, Lapérouse, Moussy, Champcenetz, etc. Cette poésie est très-fine et très-délicate. 11 y a aussi une lettre en prose où il lui marque qu'elle peut montrer cela à ses vrais amis, et nVn laisser prendre de copie i\ qui (jue ce soit. C'est une galanterie royale, (|ui honore fort M"* de L., et qui ne doit pas être puhlicjue. Voituro s'amusoit bien avec les princes et les princesses, mais non pas avec les Kois. C'est Calvière i^2) qui est auteur de la prose et des vers, et qui dit que c'est le Roi (jui a fait le plan de la réponse. J'ai été surpris de voir le propre nom du Roi. L«; duc de Retz avoit signé : le duc de Retz, mais on a rayé ces mots : le duc. Il parolt que le Roi a du goût jMJur les choses d'esprit, j)uisqu'il est entré dans cet ainus4;ment juscju'à vouloir y mettre son nom. 11 y donne des nouvelles du petit Mou.ssy, cjui est devenu

• t, il#'ptiiA Ma(i;ime il«* Drilhar, p.-tniili; (l(> Marais.

• * -■• - iiu Journal oiir la m^iiie «•|k>(|iic, dont MM.ileGon-

roijrtoril (lublii- lie* fr^Knirnl* ( l'nrlrntli infimt-s du A 17//'^ siéclf) et dont M. >'icl, cro>on<»-noii«, |MM<^*(ie If «urpluo.

JUILLKT 1722 80?

grand, de joie de n'être plus page, des nymphes de Versailles, qui sont au-dessus de celles des Tuileries^ des deux chattes du Roi^ nommées Charlotte et Pasca, et des vers à soie qui n'ont voulu faire leur coque qu'à Versailles. D'abord, on dit que l'épitre en vers de M"''' de L. a fait douter si elle étoit de Voiture, d'autres ont dit qu'elle étoit de Scarron, mais on a reconnu M'"*' de L. à son esprit et à son amour pour le Roi, etc.

Le comte de la Motte. — M. le comte de la Motte a été faitgrand d'Espagne; les railleurs ont dit que ni sa femme ni sa fille n'avoient besoin de cela pour avoir la grandesse... Tous les Rohan , Ventadour et la Motte sont à présent en grand crédit; on leur donne tout.ce qu'ils veulent.

L'abbé de Bretkuil. — Le Roi se divertit dans les jardins à faire mouiller ceux qui sont avec lui. L'abbé de Breteuil. maitre de la chapelle, qui n'a voit que faire là, a été bien saucé. Il s'est fâché, et on s'est moqué de lui de vouloir faire le petit maitre. Il représente peu dignement l'archevêque de Reims et le cardinal de Polignac, qui ont eu la même charge. Il ne peut prendre sa revanche qu'à la chapelle, avec de l'eau bénite.

L'abbé Faivel, Rétractatiox. — On a publié la déclaration du P. Fauvel, ci-devant professeur de philosophie à Cou tances, et à présent promoteur à Baveux, portant rétractation entre les mains du Roi de plusieurs

propositions, entre autres :

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