VERS SUR LE VISA
Je suis enfant de quatre frères (les Paris)
Qui m'ont logé dans un palais
Où je fais souffrir à grands frais
Les tortures les plus amères.
Cent robins se livrent à moi
Pour faire exécuter la loi.
Qu'un seul « \ous flouions » autorise,
Et sous prétexte d'un tableau
Je ne laisse que la cbemise
A ceux qu'épargne le tombeau.
Enlin la guerre ni la peste
N'engendrent rien de si funeste
Que les borreurs que je répans.
Grands et petits, rien ne m'échappe,
Et des moindres coups que je frappe
Leurs neveux saigneront longtemps.
J'ai VU un homme de qualité qui a été trois jours î\ Villeroyavec le maréchal. Il y est venu beaucoup de monde le voir avant son départ pour Lyon. La duchesse de la Ferté n'y a fait que i)leurer, (juoique personne n'y pleurât. .M"" la marquise de Lambert et sa fille, .M"'' de Saiut- Aulaire, y sont venues débiter de beaux sentiments. Le duc de Char'ost lui ayant fait part de son élévation , le maréchal a dicté sur-le-champ une réponse très-belle ,
JSO MKMOIKKS I)K MATHIKU MARAIS.
OÙ, apivs les civilités ordinaires, il lui dit (jii'il no peut se tt ivjouir avec lui de ce qu'on lui a donné la place de gouverneur, parce que lui, maréchal , tenait celle place de la main du feu Uoi, à ipii il avoit promis de ne jamais abaudonner le Jloi tant qu'il seroil au monde, et que se vovant hors dV'tat de tenir une si noble parole donnée à un grand Koi mourant, il ne pouvoit prendre part à l'élévation de M. deCharost, qui le privoit de cette gloire et le faisoil manquera sa parole. » Cette lettre n'est point du tout une radoterie, c'est une belle exposition du cœur et des sentiments héroïques. Il a t'ait voir à tout le monde le brevet de son commandement pour Lyon, et ayant voulu montrer à M'"*^ de Gourtanvaux sa lettre de cachet, elle a dit qu'il la ialloil déchirer, et lui a dit en riant qu'il la gardoit comme un titre de noblesse. Enfin, il est parti le lipour Lyon avec Du Libois, gentilhomme ordinaire, qui ne le gène point du tout. Il a soixante-dix-neuf ans passés du mois d'avril dernier.
LeRoia dit : «Depuisqu'on m'a (Mé M. de Villeroy, on m'a donné deux gardes du corps, M. de Fréjusetle père de Linières. On lui a apporté des ligues, il en a envoyé à M""de Ventadour et a dit : « Je veux en envoyer au pauvreducde Villeroy. a Cela manjue toujours sa sensibilité.
15 ellti. — Le Koi a fait sa première communion le 15, dans la paroisse de Versailles, par les mains du cardinal de Uohan.
J'ai élé à liusa;:ny, près l'ontoise, où j'ai appris que le l*. de Linières étoit allé àSaint-(Àr confesser le Uoi. On m'a dit qu un ne leur avoit donné , pour avoir logé 1<î |)arleinent pendant les ciiK] mc^is de son exil , qu'un bilh'l de 1,000 francs qui a été réduit d'un tiers au visa.
iMUfii 17. — Kvi^^;l•K i»K Fkûi'S. — Il s'rst répandu un brnil bien singulier, (jue Tévèque de Fréjus, précepteur du Koi, «t'est retiré à tpialre lieures du matin on ne sait pas où, et a lai W; deux lettres, l'une pour .M." le Duc, l'autre |K>urle Kégent, où il explirpn* les causes de sa retraite.
D'autres assurent qu'il a été arrêté et enlevé. Cela sera bientôt éclairci; le précepteur n'étoit pas bien avec le gouverneur, et cependant les voilà tous deux disgraciés : belle devination pour les politiques. (1)
Le prince de Conti a envoyé à Pothouïn son avocat, qui a plaidé sa séparation, un carrosse, deux chevaux et un brevet de 1,500 livres de pension pour l'entretenir. C'est payer en prince.
Mardi 18. — M. de Fréjus. — M. de Fréjus n'a point été arrêté, il est parti en chaise sans rien dire à personne : on ne s'est aperçu de son départ qu'à la leçon du Hoi. On a envoyé sur sa piste et il a été trouvé à Courson, chez M. de Bouille. M. DesFors,qui lui a été envoyé, a rapporté une lettre que le prélat a écrite au Roi, où il lui marque qu'il est parti à cause d'un mal de tête qu'il avoit et qu'il craignoit qu'on ne lui donnât pas de congé. Le Roi lui a écrit de se guérir promptement de son mal de tête, parce (]u'il avoit affaire de lui.
Cette retraite est généralement blâmée et soupçonnée de mauvais desseins. Il veut faire croire qu'il n'a point eu de part à la disgrâce du maréchal de Villeroy et cependant on sait le contraire. On croit aussi'qu'il veut, par jnalignitê, rendre le Régent odieux, et que le public dise que le précepteur n'a pas voulu rester auprès du Roi après qu'on lui a ôté son gouverneur, parce qu'il ne veut point prendre part à tout ce que l'on pourra entreprendre. Le public, en effet, parle ainsi, et le Régent esttrèsfàché de cette malice. S'il punit l'évêque, on dira qu'il 6te au Roi tous ceux qui le pouvoient instruire et avoient sa confiance. S'il ne le punit pas, on dira ou qu'il le craint, ou qu'il est d'accord avec lui. Embarras de toutes parts.
Mais le Régent espère que la vérité se découvrira bientôt et que la honte en reviendra au précepteur, qui a fait
(l; Voir sur celte habile (laxiiic di- Fleur y, Leinoiiley, T. U, et Diiclos. Voir ausî>i les Mémoires «le Maurcpas et »le «l'Argenson.
SSf MF.MOIRKS OF MATMlRr MARAIS
lÀ un tour d'écolier. M. de nelle-lslo , pelil-lils île Fouquel, qui est un grand savant, a été aussi envoyé àClourson, et on croit (jue Févéque reviendra ;ui premier jour. Le caixlinal Did»oisa dit à un i;rand seigneur qui me l'a dit : u Voilà ces gens que Ton dit qui ont tant d'esprit, ils ne font cpie des folies. » Il s'est expliqué aussi sur la malice noire qui étoit dans cette retraite. Et ce n'est pas sans dessein (|ue Ton avoit répandu le bruit qu'il avoit été arrêté. M. le prince de Conti lui-même Ta été dire par les maisons.
Ce soir mardi, 18 août, sur les neuf à dix heures du soir, l'évéque de Fréjus est revenu à Versailles; il a été deux jours dehors et a bien fait parler de lui pendant ce temps-l;\.
Mercredi 19. — M. de Fré/i s revenu. — Ce matin, M. de Fréjus s'est présenté au lever du Koi A son prie-Dieu et a fait ses fonctions ordinaires. Je sais qu'il a dit à M. le cardinal de Uohan qu'il s'étoit trouvé dans une agitation si grande (ju'il n'éloit plus A lui, et qu'il avoit besoin de ce repos pour faire des réllexions sur l'état où il se trouvoit. Le public ne s'est pas payé de celte raison, ijui est celle d'un homme qui n'auroit plus de raison.
Lao.x. — Mam>e.\ikm Saint-Amun. — Le mandement dcM. (leLaonfait du bruit, parce qu'il contient plusieurs propositions contraires aux libertés de l'Église de FYance. Kl entre auli*es il dit que l'appel est tiul de droit, et il ne parh? point du Corps de Doctrine et de la déclaration du H«»i. .M. le procureur général a fait entendre au cardinal UulK)is ipril y avoit quebjur mouvement sur cela (i.iiis le Parlement. Acjuoi le cardinal a ré[)ondu : «C'est donc là le fruit des leçons que vous allez prendre X F'resnes chez M. If Chancelier; nous l'enverrons si loin que vous n'aurez pas r>caision de le voir si .souvent. »
Samedi 22. — (mriunai. hriiois I'rkmiir ministre. — 1^ cardinal Dubois a été déclaré premier ministre d'Ktat ctenafait le sermentenlre lesmainsdu Koi. Le cardinal
de Richelieu a été fait ainsi premier ministre par lettres du 21 novembre 1629, qui portent : « Nous vous avons choisi pour être un de nos conseillers en nos conseils et notre principal ministre de notre État^ pour, en cette qualité, assister à tous nos conseils et garder la séance. « Ces lettres lui furent données pour lui conférer la préséance dans le conseil, et on en fait autant pour le cardinal Dubois, qui en fera aussi d'autres usages.
Il y a dans la Gazette de France : Principal ministre, et qu'il prêta le serment le 23, entre les mains du Roi, en présence du Régent.