‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 4)Chapitre 45 sur 55 · RÈGLES DU JEU DE LA CONSTITUTION · texte numérisé non relu

RÈGLES DU JEU DE LA CONSTITUTION

Sur Tair : du Branle de Metz.

Voici le jeu qu'on appelle De la Constilulion.

Jeu fin dont l'invention IS'est pas tout à fait nouvelle, Kt qui gagner y voudra Au concile appelle, appelle, Et qui gagner y voudra Au concile appellera.

Pour appeler au concile On suit la tradition, Et par la succession Des apôtres l'on delile.

Mais qui neuf d'abord fera Aura le gain trop facile.

Mais qui neuf d'abord lera A l'un des appels ira.

Qui, par six et trois commence A vingt-six va se placer.

C'est la qu'on a fait tracer L'appel où s'ouvrit la danse,

3S4 MFMOIRFS OK MATHIKU MARAIS.

Et qui cinq et quatre t'ail Au stvoiul appel s'avanee, Kl (jui eiiKj et quatre tait A cinquante-trois se met.

A six un point se présente :

Point des f^J'p/icutians , Où par des contorsions Pour passer on se tourmente, Et pour ne se pas noyer A douze on fait sa deseente, Et pour ne se pas noyer, Certain prix il faut payer.

Quand on est au nombre douze I^, c'est V Acceptation , Dont nulle précaution iWmpèehe qu'on ne s'\ blouse, Ee ^rand nombre qui suivra Quelque parti qu'on épouse.

Le ^rand nombre qui suivra De mal en pis conduira.

D'un a deux le plus grand jiombre

C'est le deux : ou le jouera.

El par la l'on tombera

Dans le labyrinthe sombii-.

Puis ou rétrograder;!

Comme au cadran d'Aclias, l'ombre,

Puis on rétroi^radera

Ven» l'un d ou Ion reviendra.

I/)rsqur par trois dans le .Schisme On 8»' voit précipite, On retourne a \' l tiité :

Ci%t la noire catéchisme, Mais on paye en retournant l-<*(»rix de n' caterhivmr.

AOUT 1722. 33i

Mais on paye en retournant Le même prix qu'en entrant.

Quand la règle générale Vous conduit au cabaret , De V Accommodement fait Par la vertu cardinale, Les joueurs vous régalez, Et deuv fois ils out la balle.

Les joueurs vous régalez.

Et puis vous vous en allez.

Le six dans la tour vous jette ,

Tour de la confusion,

Où chacun parle un jargon

Que n'entend nul interprète ;

Vous payez en attendant

Que quelqu'autre vous rachète ,

\'ous payez en attendant

Que quelqu'autre en fasse autant.

Quand vous ouvrez la barrière Du triple .ivertissement , Par un double mouvement Vous faites votre carrière.

Va le dé moindre en avant Va le plus grand en arrière.

Va le dé moindre en avant Ainsi Languet fait souvent.

Dans le pays de Démocrite Si le sort vous a jeté.

Vous cherchez la vérité Sans espoir et sans... mérite.

Mais dès qu'un autre y viendra

Payez

Mais dès qu'un autre y viendra Il vous eu délivrera.

3S6 MEMOIRh:S PK MATHIKII MARAIS.

Lorsque par un cas bizarre, Kn allant ou revenant, \otr(' i\v va rtMu'ontrant La mort dessous la tiare, Il faut, je n'y puis penser, O que la mort est barbare !

Il faut, je n'y puis penser, Pjvi'r et reeoinuu'Mccr.

Qui point sur point accumule Et croit faire son chemin, En approcliant de la fin Doit craindre le ridicule, Au cardinal il \iendra Et reçu reçu... recule, Au cardinal il viendra Et reçu recuIcTa.

23 août. — lu oflicier, qui avoit entendu dire que le cardinal Dubois, premier ministre, avoit des gardes, s'est offert pour en être le capitaine. Le Cardinal lui a rél>ondu : «J'ai mon bon ange, je nai besoin que de lui pour me garder. » delà a paru d'un homme d'esprit et de courage.

23. — L'alihédcKolian, sacré archevêque de Keims par le citrdinal de Kohan, assisté des évéques de Sentis et de Soi.ssons, au noviciat des jésuites.

J'ai été le 23, 2V, 25, 20, à la campagne auprès de Ponloise, et j'ai trouvé que dans le diocèse de Houen on ne fétoitni Saint- Barthélémy, ni Saint-Louis, quoique Saint- \jun\s ait fait l>eaucoup de fondations à Pontoise, où il .« inèmeétahli un archidiacre et un grand vicaire.

25. — L'évèque de Soissons dit la messe au Louvre de Paris, pour l'Académie francoise.

•J«i, 27. — On a envoyé au Parlement deux édits, l'un

pour le rétablissement delà Paulette [1), l'autre pour rétablir les maires et officiers de ville. Ils ont été refusés et il a été résolu de faire des remontrances. On leur a fait dire de ne pas venir à Versailles et de faire les remontrances par écrit : elles seront faites, et les édits ou seront registres par Tordre du Roi ou resteront revisés de plein droit, suivant le règlement du lit de justice de 1718. Ainsi, toutes ces remontrances ne sont plus que de vaines protestations qui ne guérissent de rien. Maiscela sert toujours à conserver les droits de la Compagnie et les libertés de la France.

La comtesse de Livry a gagné 300,000 liv. au vicomte de Tavannes, en jouant avec lui tête à tète au pharaon. C'est une grande folie, car lacomtesse, qui a un mari, n'auroit pas payé, ni son mari pour elle, si elle avoit perdu. Le vicomte de Tavannes a épousé, l'année dernière. M"" du Breuil, fille d'un receveur-général des finances, et en a eu cent mille écus. Voilà la dot jouée et les honneurs du gros jeu. Le joueur et la joueuse sont également blâmés. On s'est entremis pour cette affaire, et on a su que la dame avoit perdu d'abord 500,000 écus, que Tavannes l'a racquittée, et qu'ayant fait valoir les jetons jusqu'à 50, 000 écus la dame a prétendu à la fin qu'elle en gagnoit, deux sans le trop bien prouver. L'accommodement est qu'on l'a l'ail contenter de 20,000 liv. comptant, qui est plus qu'il ne lui fâlloit.

Falcoxnet. — Le cardinal Dubois a fait donnera Falconnet, médecin du Roi, et assistant du premier médecin, la survivance de cette place pour son fils, avec la pension de 9,000 liv. qui y est attachée, et une pension sur un bénéfice poiu' un autre fils, qui est ecclésiastique. Falconnet père est de Lyon, et étoit médecin cje Villeroy, (jui lui avoit fait avoir cette place auprès du Roi. Mais le ma-

(\) Voir sur la Paulette, Cliéruel, Dictionnaire rf<'4 Institutions franniises,

T. 11. *-îl

SM MF.MOIRKS DK MMIIII'II M ARVIS.

r^chaln'avoit jamais muiIu diinjuKler cette survivance, et réloJL'iioit toujoui-s jusqu'à la majorité. A pointî a-t-il été jxirli, que Falcoiinet la ol)teiiue, et ainsi le earilinal se fait des créatures de celles mêmes du maréchal.

Le '21 août, le cardinal Dubois a travaillé pour la première fois avec le l^>i.

LbTTRKS PK PRisMim MiNisTRK i28 Aoi T. — Lcs lettres de i^rrmier Ministre ayant été présentées au Grand-Conseil, la compai:iiie a dit (ju'elle n'entendoit rien à cette vérdication, et que la lettre de cachet étant adressée au Premier l*résident, c'etoit à lui à y répondre. (H est certain que les lettres du cardinal de liichelieu n'ont point été vériliées; elles sont adressées au Garde des sceaux de Mari I lac,

UiiNOT. — LesieurQuinot, bibliothécaire du Collège Maznrin, est mort, et laisse beaucoup dedetteset peu de bien, (^étoilun théoloi;iena[)pelant <'t delà sociétédeSorbonne. Il avoil l'abbaye de Bcaulieu. Pendant sa maladie, fjui a duré (pielques mois, le Président de Hlamont Ta sollicité de se défaire de cette abbaye, ce (ju il a fait, et le président l'a obtenue |)our son lils. Il y avoitune pension de 1 ,t)00 liv. qui n'a point été payée, parce qu'on a fait scrupule au sieur Oninot qu'elle étoit trop forte. Et après sa mort, le président a suscité les économes en titre pour faire saisir le |H'ude bien de iasuccesbion, à cause des réparations que le défunt abbé n'a point faites. Ainsi, il a eu 1 abbaye, sans p< nsion , sur la démission volontaire, et il a fait tomber encore les réparations sur la succession de son bienfaiteur. C'est ce méuie président, exilé, qui opinoit si durement contre la Uégence, dans les assemblérs du Parlement et desévéques, mais (jui s'est tourné du côté de la cour pour avancer ha famille. Il est déshonoré dans le Parlement, et il n'est (tabinieu.x en public par cette dernière action, qui le déclare ingrat, après (ju'il s'est déclaré traître.

On a laileuuni- un petit uiaiiileste pour justilier la di.s-

^ràce de M, de Villeroy. Il est de la façon de M. de Fonlenelle, de l'Académie françoise, et il n'en est pas meilleur pour le style. Il commence comme le manifeste contre l'Espagne, et l'auteur montre par là sa stérilité. Le style n'a pas la dignité nécessaire en ce cas. Voici le manifeste.

Manifeste sur l'exil de Monsieur de Villeroy. — « L^autorité royale n'est comptable qu'à Dieu etde ses desseins et de l'exécution de ses projets. Cependant, les rois et les dépositaires de leur puissance veulent quelquefois par bonté manifester les raisons qui les font agir, il est de certaines circonstances où la sagesse les fioUîcite de renoncer à leurs droits, pour confondre les malintentionnés et ne pas scandaliser les faibles. Telle est la conjoncture présente. Le maréchal de Villeroy, gouverneur de Sa Majesté, vient de recevoir un ordre pour aller dans son gouvernement. Il seroit triste qu'à l'occasion de son éloignement le public pût soupçonner le zèle et la fidélité du maréchal pour son maitre. Il faut /Y/j^re justice à la droiture de ses intentions, mais en même temps le gouverneur présumoil trop de la dignité de son emploi. Il affectoit un air d'indépendance que l'autorité royale et souveraine, et ceux qui en sont dépositaires, ne peuvent pas tolérer. Ses prétentions ne convenoient point à Sa Majesté ni aux princes de son sang. Il vouloit, pour ainsi dire, s'élever un trc^ne particulier pour s'opposer à la Régence, comme si l'autorité royale pouvoit être divisée. Sans toutes ces indiscrétions, qui n'attaquent point la probité du maréchal, nous aurions encore la satisfaction de le voir auprès du Hoi, mais les bonnes intentions ne suffisent pas dans les places importantes, il faut encore mesurer ses démarrheHj et se soumettre à l'esprit d'*un gouvernement qui ne se propose que la gloire du Koi et le bon heur de sessujets. » Le manifeste d'Kspagiu' commence pai ces mots : u Les rois ne sont c()m[)tables de leurs démai'ches (]u'à hi»Mi même, dont ils lieniuMit l«ui* autoi'il»'. >»

340 MKMOIUIS DK MATHIKII MARAIS.

Cartoiciik. 'M ACCisKS. — ArriH du •2*2 août, contre trente si'pt acousés de la eonipai^nie de (/irtouehc, dont il y en a de roués, de pendus, d'autres fouettés, fleur-delisés, aux iralères, bannis, et deux ou trois hors de Cour. Cet arrêt est très-bien dressé. 11 y a beaucoup de femmes qui sont bannies hors du ressort du Parlement, à perpétuité, et leurs biens confisqués.

Vii.LKKoY. — Le maréchal de Villeroy coucha î\ Mont le 1.'», le 10 à Villenenve-la-Guyard, le 17 à Joii^ny, le 18 à Auxerrc. 11 a passé le 22 i\ Arnay-le-Duc en Bourgogne, qui est une dépendance du comté de Chavry, qui est une terre du P. Charles, son neveu. Le clergé et les ofliciers Pont harangué; il a demandé si on n'avoit point reçu d'ordres de Paris et si Ton savoit la raison de son voyage. On lui a répondu que non. Le 23, en montant dans son carrosse, il dit à un des officiers de justice de Chavry : « Je suis bien f;\ché de faire un si grand voyage, je m'en serais bien passé. »

— \Ai 20 août, on a fait les funérailles du duc de MarlborouL'h, à Londres, avec une pompe singulière. La descripli<m est dans la Gazelle île UoUaiule du 28 aoiU.

Septembre, samedi ."). — IIkmontrancks du Pari.k- MFNT. — l^sremuFitrancesdu Parlement ayant été portées par M. le président (rAliur-'. il y a été répondu cpie le Koi les rccevoiten bonne pail, inaisfpi'il vouloit ètreobéj ; .surrela, on s'est assemblé, et il a été arrêté cpiil seroit fait d'activés remontrances, ce qui a été trouvé fort mauvais à la Cour. I^s gens du Itoi n'ont pas été bien traités : on leur a dit cju'on envcrroit au Parlement des gens cpii le* feroienl bien ob<iir. Cela s'est fait ces jours passés.

KniTS RKGisTHKs. -- Aujourd'hui, samedi 5, il a été envoyé une lettre de jussion, et leséditsde laPaulette et du

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rétablissement des maires et autres officiers de ville ont été registres, de Vexprès commandement du Roi. Nous les verrons au premier jour.

Comte d'Évreux. — J'ai appris aujourd'hui, par un seigneur de la Cour, que le comte d'Évreux, colonel-général delà cavalerie, ne va point travailler chez le premier ministre, et que le Régent lui a dit : « Vous ferez comme par le passé, il ny a rien de changé pour vous. » Le comte d'Évreux a dit à ses amis qu'il n'y avoit d'autre parti à prendre que de se défaire de sa charge, ou d'aller chez le ministre, si le Roi le vouloit.

Le cardinal Dubois a la feuille des bénéfices. C^est une belle porte pour faire des grâces.

Premier ministre. — Députation. — Tous les Corps et Compagnies ont député au premier ministre ; entre autres, on a remarqué l'Académie françoise :1e compliment lui a été fait par l'évêque de Soissons. Le cardinal de Rohan, qui est de l'Académie, étoitdeladéputation, et on a vu le cardinal chez l'autre cardinal, cù qui a bien surpris. On dit que le cardinal Dubois lui a dit : a Monseigneur , vous m'avez l'ail rougir deux fois. » Ce que l'on a interprété de la première, lorsqu'il lui a apporté de Rome la calotte, et la seconde, qu'il l'a fait rougir de le voir parmi les académiciens.

Cela est vrai^ je l'ai su de l'évêque de Rennes, qui étoit présent, et qui m'a dit qu'en sortant du conseil, le cardinal de Rohan avoit dit au cardinal Dubois qu'il alloit entendre la harangue de l'Académie, qu'il étoit du corps et ex-chancelier. L'évêque de Soissons a toujours lu sa harangue, qui étoit dans son chapeau. Le cardinal Dubois a assez mal répondu, et ce fut en repassant près du cardinal de Rohan, (ju'il lui diî, en lui frappant sur sa bedaine, qui est assez grosse : « Monseigneur, vous m'avez fait rougir deux fois. »

M. de Marcieux, qui est dans la conlidence du Régent , a été mandé de Dauphiné pour commander à Lyon sous

1« MKMOnUS DK MATIIIKII MAKAIS.

los ordres du maréchal, ('/est une^arde honorablLMju'oii lui donne.

— I/ablx^ niirnon a obtenu pour M. Biiinon de HIanzy, maître des re(|uêtes, son neveu, la survivance de sA charge de srardedela bibliotbècjue du Koi, qui est une tr(>s-belle place. \a' nom de Biirnon porte respect avec soi. Depuis Jé^^me Biirnon, le célèbre avocat-Ljénéral, ils n'ont point dés-énéré. U v a trois frères conseillers d'État et un capitaineauv t;ardes. L'abbé, quia beaucoup d'esprit, n'a pas avancé du cùté des prélatures, parce qu'on lui a trouvé U*s mu'urs un peu trop craies, et il aime mieux être conseiller d'Ktat ([u'évùque. On lui reproche d'avoir dissipé les estampes du cabinet du Hoi, (pii se donnent en présent aux and)assadeurs. xMais il va a[)parence que c'est une calomnie, et si cela étoit, on ne lui auroit pas donné la survivance pour son neveu.

(^ette dissipation d'estampes a été renouvelée en 1735, et un abbé de (Ihancey qui en avoit la garde à la Bibliolh»*(jue du Koi, autrefois jésuite, et mis à cette place par l'abbé Hignon, en a été renvoyé et mis à la Bastille où on lui a fait son [irocès en août IT.']."). L'abbé Bignon ne paroll point et est à sa lourde Manies : il est fort soupçonné dans C4îtle affaire. (Sole ponlérieurc de Marais.)

Il m'a été dit f[ue leur mère, sœur du chancelier de l'ontchartraiii, (pii faisoit la dévote, ne l'étoit point du tout, qu'elle avoit des amants , qu'elle voyait dans un très-grand particulier, et entreautres, un évèrpie (TAntun el un Duvivier, oflicier aux gardes, qu'elle appeloil Ij' Milord, avec qui elle s'enfermoit dans un oratoire où personne ne voyoit (pi'elle faisoit tout autre chose que de prier Dieu; (ju'à sa mortelle ne voulut point se confesser, qu'il y avoit très-longtemps qu'elle n'avoit reçu ses sacrenientii, clenlin(|ue cette dévote avoit toujours trompé Dieu el les hommes pendant sa vie. Mais à sa mort, ayant fait remettre à Duvivier une cassette de lettres, il y en trouva rruri évèrpie »*t d'un antrr- rpii lui rrprorhnient

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son amour pour Duvivier, et Duvivier a t'ait cette conliderice à la personne qui me Fa redit, étant enragé d'avoir découvert la coquetterie de cette femme qui se tlattoit de lui avoir sacrifié sa piété, sa vertu et tout son honneur. Et voilà comment tout se sait et que les faits les plus anecdotes se découvrent.

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