VEBS SUR LE MARÉCHAL DE VILLEROY
Villeroy, ton exil met le comble à nos maux. Pour nous en consoler je demande aux échos : Qui plaidrous-nous le plus, l'Ktat, ou N illeroy? De leurs mourantes voix ils répondent : le Hoi.
Dimanche, 6 septembre. — Édits nouveaux. — On a pul)lié dans Paris Tédit portant rétablissement des ofliciers municipaux, qui sont : les gouverneurs, lieutenants du Uoi, majors des villes closes du royaume, maires, lieutenants de maires, etc anciens, alternatifs et triennaux,
pour en être la finance payée en contrats de rentes sur laVille,rentesprovinciales,linancesd'ol'lice supprimées et autres créances de l'État liquidées; et la déclaration du Hoi portant révocation de la survivance, attribuée par l'édit de décembre 1709, et rétablissement du droit annuel des olïices et charges, du î) août 1722. L'enregistrement de redit porte : « liegistrées, oui et ce requérant le P. G. du ik)i, pour être exécutées, selon leur forme et teneur, du très-exprès commandement du Hoi, contenu en la réponse aux remontrances de la Cour à elle donné à entendre par le ministère des gens du Hoi et depuis reitéré par les lettres de jussion à icelle Cour, et sera ledit seigneur Hoi très-bumblement supplié, en tout temps et en toute occasion, de vouloir bien avoir égard aux conséquences d'une création d'offices aussi onéreuse à ses sujets, san^ approbation de ce qui est contenu au présent édit qui n'auroit été enregistré à la (^our. »
L'enregistreuïcnl de la déclaration est de même, hors
344 MF.M()lHh.S l)K MATHIKH MARAIS.
(ju'il y a : w Et sera, lotlil MMgiU'ur \Un, tivs-hiunhlement supplié t'U tout temps, eteii toute occasion, de vouloir bien laisser jouir les ofliciers de la survivance qui leur a été accordée par Fédit de décembre 1 700. » Notez : 1° (jue Tédit des maires poiN' quil n'a point paru d'expédient plus si^r jM)ur payer les dettes de l'État, et moins onéreux aux peuples que le rétablissement de ces charges, et l'arrêt ilit au contraire que cette création est trés-onéreuse aux sujets. Ainsi le Koi et son Parlement sont en contradiction. Mais.siV vivilury eton vendralescbargescjui n'auroient p«>int été vendues si le Parlement n'avoit pas enregistré.
2* \ji clause : sans approbation est tombée sur ce qu'il est parlé dans l'édit de rentes provinciales et de dettes «le l'État licjuidées , toutes choses que le Parlement n'a point connues ni registrées. On lui vouloit ainsi faire approuver le visa indirectement, mais le piège a été aperçu.
3° Voilà la Paulette rétablie, malgré le refus qui en a été fait, maison a dû s'y attendre , les charges étant un bien dans les mains du Roi, et dont il fait et tire tout ce qu'il veut. On tiendra compte du rachat, en déduisant ce qui auroit dû être payé par l'annuel depuis 1709 et le denier 25.
i" Les Couit» supérieures, les Chambres des comptes, les maîtres des requêtes, intendants des finances, gardes du Trésor-Hoyal, et percepteurs des revenus casuels sont exceptés de la Paulette : chacun a travaillé pour soi. Les intendants des finances qui travaillent au Conseil se sont ••xceptés. Paris, cpiirst l'un des gMrdes du Trésor royal, a fait jHJur s*,*s confrères, et le trésorier des parties casuelles a fait aussi pour lui, (juoi(jue cet édit soit un grand profit é s«i charge.
5* Lii suppression de toutes les charges municipales .ivoit été faite en grande connoissance parce que c'est la ruine des jMîtites villrs et bourgs du royaume, et on se ruine de nouveau pour empêcher la ruine.
f/ic mihi (fuis furor eut ne morinre morl.
SKPïEMBRH: 1722. 345
On va revoir les syndics des paroisses et les greffiers des rôles et tailles, mangeurs de gens et du pauvre peuple.
— Crozat. — Le sieur Crozat, célèbre négociant, qui a tant gagné de bien dans le commerce et aussi dans la finance (car son bien n'est pas tout pur) (1), marie son fils aine àM"^ de Gouffier, de Fancienne maison de Gouffier-Boisy, et dont la mère est Luynes. Il donne à son fils 130,000 livres de rentes; la fille ne lui apporte que sa qualité et est boiteuse. Le douaire est de 1*2,000 livres de rente^ habitation i,000 livres, préciput 50,000 livres et il reconnoit avoir reçu 200, 000 livres qu'il n'a point reçues. Ce fils est colonel d'un beau régiment, et est estimé dans les troupes. Crozat a marié sa fille aînée au comte d'Évreux , colonel-général de la cavalerie , qui l'a quittée , a consenti à une séparation de biens, et lui a rendu sa dot. C'est le sort de tous ces mariages inégaux (2). On appeloit la comtesse d'Évreux, dans la maison de Bouillon, (e petit Liiifjot. Elle avoit apporté 500,000 écus, que son mari lui a aisément rendus pendant le règne du papier, et par des dons que le Régent lui a fait sur les taxes de son propre beau-père. La comtesse est retournée chez son père, leste, jeune, et trop heureuse d'avoir retrouvé sa chambre de fille.
Le comte d'Évreux, homme singulier, a l'ait bùtir une m.iison magnifique au faubourg de Saint-Honoré, où il fait venir tous les officiers de cavalerie, qu'il traite hautement. Il a obtenu le don de Monceaux, qui est auHoi,et dont il a la capitainerie. Il y passe sa vie à la chasse, et il ne cache point son attache pour la duchesse rie l^esdiguères, qui le suit partout, et (pi'il trouve meilleure que la petite Crozat.
Lundi, 7 septembre. — Le Parlement a cessé. Il y avoit
(1) H a été taxé à a'n iniliiuiis a la Chambre de justice (^'ote de Mai(ns).
(2) Klle est morte La s«'|iaralion a él«' cassée et cela a fait beaucoup de procès qui diircul t'iicorf ♦ii l"l."i \nff> pnstciioiirv dr Marais).
3lfi MKMOIKKS I)K MATIIIKII MAKAIS.
ijuiiui* jours qu'on no parloit, j\ la ville et à la Cour, ijuc du lit lit' justice, tjui devoit être tenu à Versailles, où on devoit déclarer le Hétient lieuteuiinl-i^énéral du royaume, de la couronne, et autres grandes nouveautés. Mais tout cela est venu à rien, et le Parlement étant tini, adieu le lit de justice! On en a tiré Tenrei^istrement des édits, et c'est tout ce qu'on vouloit.
Il va eu un démêlé entre le cardinal Duhoisel le Garde des sceaux. Celui-ci ayant dit qu'il alloit demander au Kéirent quels maîtres des requêtes iroienlau sacre, le cardinal lui a dit qu'il devoit lui en parler auparavant, que cela êtoit dû à sa place et qu'il le devoit savoir. L'atïaire s'est passée doucement. Les maîtres des recpiétes ont été nouimés Ce sont MM. i>and)ert, d'Horhigny, Bernard, lils du célèbre Samuel Bernard, Fontnieu, Talhou'vt, la (iranville.
Tk\a><:k. — J'ai reçu des lettres de iM""^ H. mon amie, rt de .M. de Ténance , son f;endre, qui m'ont appris que M'^deTénanccy étoitaccouchée, le l"deseptembre, (Tmie filhy après un travail de 2V heures. Elle est à Sévigny, en liour^'^oiinr.
Mardi, H septembre. — J "ai vu chez M. Bernard un écrit qui a pour titre : Mémoire sur /'effet que prodait la liquidatiou duns h jnihlic. On y veut prouver que cet effet est merveilleux et la licpiidation très-juste. Il est facile d'y reconnoltrr cette fausse éloquence qui déclamoit autn;fois jKMir leSystème du papiei', et (piidisoil rpie les billets de bancpjenc pouvoirnt |>erdn' leui* cn'ditsans entraîner la ruinr-totalr de l'État, et (juainsi on devoit s'y lier. (Juin 1720) Il faudroil ùler la plume à ces sophistes (jui n<; persuadent personne, et qui veulent nous faire croire que nous ne fioninie.s pas ruinés quand nous le s4;ntons et l'éprou- \onNlous les jours. Misérables pensionn?iiresdes PAris, qui louent leur «•spril et le mettent à K"K*'^ P'""* prêcher le fjrand rffrt dr% liquidations, et ces liqiiid.ilions perdent le<ilroi«i quarts sur la place! Nnij.i une n'ponse biencourle
à ces l)eaux écrits des La Motte et des Terrasson. La liquidation de 100 liv. est à 27 liv. La nouvelle création ne les a point augmentes.
Caisse du Visa. — J'ai vu aussi deux grandes tables arithmétiques concernant : l'une ;, la caisse générale du visa jusqu'au 5 septembre 1722 pour les renies de la Ville, où j'ai trouvé que les contrats conservés en entier montent à 65,568,289 liv. Le tout faisant ensemble 385,557,7^5 liv., dont la Ville payera les rentes en entier. Ce qui fait environ 10 millions de rentes au denier VO.
L'autre contient la caisse des effets retirés jusqu'au 5 septembre.
Kécépissés des receveurs des tailles. . . . 10,352,750
Récépissés du trésor Royal 4,048,211
Receveur des charges 44,688,6
Kécépissés des nionnoies 204,382
Comptes en banque 2!, 963, 575,12
Récépissés des directeurs de C. en B. . . 82,000
Hillcts de banque 128,200,950
Rentes viagères sur la comp. des Indes. 38,079,526
Actions rentières n" 3,238, sommes. . . 32,388,000
Total 235,364, 063.3
Actions intéressées n° 41,032.
Sommes. 128,133,087
Certificats délivrés d'actions. 20,721
J)i\ièmes. 7
Marquise de Cliarosl. — Le lioi a donné à la marquise de Charost, belle-fille de son nouveau gouverneur, 6,000 livres de pension. C'est une dame de mérite que le papier a maltraitée.
M"""- DL' Dkffam). — M'"' du Dcffand a obt(;nu 6,000 liv. de rentes viagères sur la Ville par ses intrigues avec M'"" d'Averne et les favoris du Uégent. Tantôt bien tantôt mal avec eux, elle a pris un l)on moment, et a attra[)é ces 6,000 livres de rentes, qui valent mieux que tout le papier (pii lui reste. Son mari l'a renvoyée et n*a
S4S MKMOIKKS DE MATlilKU MAIIAIS.
nu soulliir ilavaiitage ses galanteries avec Fargis, autrement Ihlrieux, lilsdu partisan Delrieux, qui se lit appeler de Hieu, et qu'on ilisoil (|in avoit tant volé qu'il en avoit iK'rdu uiu* aile. — Voilà les gens qui ont la laveur de la cour. Faririse>t un des premiers courtisans du Kégent et est de ses débauches.
— Il m'est tombé entre les mains un manuscrit de M. de Boulai nvilliers, qui est le Journal de l'hisloire de Saint- Louis, lait autrefois par Aubery, îivocatau Parlement, sous les ordres de M. Colbert, augmenté par le S'l*ean et corrigé par M. de B. Il y a mis à la tète une Préface, des plus curieuses qui se puissent lire, et qui est un morceau rare de notre histoire, où il traite des plus grandes matières, comme de la succession à la couronne, de la part qu'y avoient les seigneurs des grands fiels, de la régence des Reines, des guerres privées qui se faisoient contre le Boi , de la justice et des citations et appellations, tout cela avec une liberté et une franchise qui ne se trouvent que là, aussi bien «lue l;i beauté du style. Il critique fort Mezeray, il méprise fort le P. Daniel, (jui n'a écrit que pour écrire et non pour nous instruire. Il louelbrtleBecueilde Duchesne et «les autres historiens, qui n'est cependant qu'un ouvrage du hasard, et qui est dû au travail de ses généalogies, où il découvrit plusieurs manuscritsqu il a depuis ramassés en recueil (1).
Il élève beaucoup le Becueil <pje Bymer a publié en Angleterre, où on voit pul)li(piement ce qui étoit le plus cach»'. Il fait remaijpier que saint Louis a chanué le j»renner la constitution de la monarchie, et a introduit tuns les changements contre la noblesse et les grands, et censure aigrement ceux (pii croyoient (pie nos teni|ifi et ceux-là se ressembloient. « Misère de nos jours, (dil-il) de voir que Ton veut (*)ter la liberté dont ont joui
I) Le cjrdin»! (Ut Kiclielîcii lui |»eriiiil de le lairc, p.'itrc (|iril lui avuit fail u»r (att*«r Kéii^log't« (.Vo^r potthieiirr de Maran
SKPTEMBRi: 1722. 349
ces anciens temps^ et les réduire à l'esclavage où nous vivons. » Riem n'est plus fort et plus hardi que tout ce discours, rien de plus recherché, et quoiqu'on n'en puisse pas user dans ces temps-ci, cependant il semble que l'autorité devroit agir et empêcher le cours de ces manuscrits, qui apprennent des choses si curieuses et si contraires à la souveraineté qu'on est presque criminel en les lisant.
Sacre. — Le marché est fait pour la viande du festin royal du sacre à Reims à900liv., pour le lard 300 liv. et ilencoûter/ipourfairepiquer cette viande seule 3, 4-00; liv. parce qu'il n'y a dans Paris que 80 hommes qui sachent piquer. Il les faut payeret nourrir pendant leur voyage, et cela reviendra à cette somme. Je l'ai su d'un contrôleurgénéral de la maison du Roi. Ce détail peut entrer dans un Journal.
— Il n'est pas certain que les ambassadeurs aillent au sacre. Ils veulentavoirdansleur craie le Pour qui est une distinction, — Pour ramhaasadeur d'Angleterre, — Pour (ambassadeur de Hollande: au lieu qu'ils n'iront point si on ne le leur donne point : on ne veut dire simplement que L'ambassadeur d Angleterre, etc. Je tiens cette dispute de l'ambassadeur de Hollande lui-même. C'est une dure loi que le cérémonial et les anciens usages, qui n'ont souvent de raison que l'ancienneté.
Brkf du Pape au Roi pour se chercher u.\ confesseur. — A notre T. C. pis en Jésus-Christ ^ le Roi très-c/irélieny Innocent XI IF, pape.
(( Très-cher hlsen Jésus-Christ, salut et bénédiction apostolique. Le bon naturel de Votre Majesté, sa piété envers Dieu, son attachement pour le Saint-Siège, et (juantité de vertus dont le Très-Haut vous a comblé , demandent de nous que par une bonté paternelle nous lui procurions selon son désir tout ce (|ui peut contribuer à sa consolation et au bien spirituel de son àme. C'est pourquoi, ayant égard à la demande de Votre Majesté, nous lui accordons par ces présentes, de notre volonté apostolique, le pouvoir de
360 MKMOIRKS DK MVTHlKr MVRAIS. '
se choisir pour son .confesseur notre très-chvr /î/.s (lau({e /ienuud île Linières, prêtre rêijxkUer, profés (te la campayuie lie JêsuSy dont la foi, lasciencCy laprudemey rinléi/rité el le zèle pour la reliijion nous sont parfultemcnt connus. Lequel pourra vous entendre en conl'ession, vous absoudre de tous les péchés et délits, ifuels quilssoienty mèmcdes cas réscn^ésànouset au Saint-Siéije, contenus dans la huile In cœna l>ominiy vous relever des censures et peines ecclésiasliiiuesy d<* ijuehpie manière ijue vous les Jiyez encourues, après vousavoir imposé une pénitence salutaire, et changer en d'autres œuvres pieuses les vœux (jue vous pourrez avoir faits, excepté ceux de chasteté et de religion. Donnant par ces mêmes présentes un plein pouvoir audit Claude Bertrand pour rexécution des choses ci-dessus , nonobstant toutes oppositions qu'on pourroit former au contraire.
Donne a UomCy a Sainle-Marie-Majcan'y sous l'anneau du pécheur, le di^r-neurième mai an il'l'l, et de notre pontijicat le second.
Sacrk. — Prison.mkus. — Je me suis informé de la forme des abolitions du sacre. M. Samson , secrétaire du hoi, qui travaille au sceau, m'a dit que le criminel doit se rendre à Keims prisonnier, et s'y faire écrouer, qu'il faut qu'il prenne l'extrait de son écrou, et l'attache à un placet ou mémoire contenant le fait de son cri me et conforme aux informations. Que ce placet sera distribué à un des maîtres des re(|uètes qui sont députés au sacre. Lecpud le rap[)orteau (jrand aumônier de France, dont le droit est de prononcer ces ubolilions.ou de les refuser. Quand elle eslarcunlée, ce qui se fait de l'acte du Uialtredes requêtes, on donne au criminel un brevet appelé 6«//t'/m de respit, contenant sii griice, et .suivant lecpiel il doit, dans six nuits, obtenir des lettres en chancellerie et hs faire entériner (levant les ju^es ordinaires, avec witisfaction à partie civile el les autres formes .iccouluméos.
Uu;ind «-lie (f^t refuM'e, on donne au niiMiiu'l une peu-
SEPTEMBRK 17ii2. 351
sion, pour se retirer où bon lui semble, afin que le sacre ne soit pas un piège pour lui.
On n'admet pas les grands criminels, comme assassinat, rapt, viol et duel, mais beaucoup d'autres crimes qui ne l'ont pas matière des rémissions ordinaires, et c'est en cela que l'abolition du sacre est utile. Il est parlé de ce privilège du grand aumônier de France dans YHUloire ecclésia^liquede La Cour, imprimée à Paris, in-fol. en 16'v5, livre l,chap. 67. L'auteur est Guillaume de Peirac, ancien aumônier du Hoi, qui dit, dans sa Préface, qu'il a été longtemps substitut de M. le procureur-général, feu M. de la Guesle, procureur général, etxMM. Serven et Le Bret, etM. Marion avocat-général. Il rapporte, dans ce chapitre, deux rôles de prisonniers délivrés, l'un par M. Jac(|ues Amyot grand-aumônier de France, le 26 février 1569, àTentréede Charles IX à Metz, l'autre parle P. delà Vallière, l'un des aumôniers du Roi, représentantle grand aumônier àCalais en 1601, sous Henri IV. Celui de iM. Amyot finit par ces mots « auxquels tous, après leur avoir remontré le grand danger auquel ils seseroient remis, d'encourir une mort ignominieuse pour avoir perpétré tels crimes, les admonestant de s'en abstenir dorénavant, évitant les occasions de querelles, et s'adonnera meilleures actions et honnête vie, avons fait ouverture desdites prisons et mettre hors d'icelles, baillant à chacun d'eux, ainsi que nous avons accoutumé, le bulletin de respit de trois mois, dans lequel ils aient à obtenir lettres de rémission ou pardon des cas dessus dits. » ..
L'auteur, qui est savant, remarque, à la lin du chapitre, un arrêt du 23 juin 1518, rapporté dans Pai)on, livre -iV, VIT' arrêt, qui porte que les rémissions du Hoi, pour son joyeux avènement ou entrée en une ville, se doivent lever dans six mois de la date du brevet du grand-aumônier, autrement, le temps passé, sont les impétrans déchus des rémissions et dit : « C'est toujours trois mois davantage que ne porte le proci^s-verbaL »
352 MKMOIUF.S DE ÎMAXniEU MARAIS
(liiARiiui \ — L«' procureur général des Chartreux a fait un trou à la lune, et a emporté tout l'argent qu'il a pu après avoir escompté les billets de la maison de Paris, et vendu les chevaux des frères des environs. Ce qu'il a dit faire par ménage, parce que les chevaux seroient chers au sacre, et seroi«'nt après à bon marché, puis il est passé vu Angleterre, dit-on, avec une femme, car ces sortes de banqueroutes de moines ne se font point sans cela.
Il a surpris du cardinal Dubois un passe-port qu'il avoit demandé pour son frère, (|ui alloit négocieren pays étrangers, et cela pour mieux faire son coup, car il s'est servi lui-même de ce passe-port. On a arrêté son frère, (jui a été mis à la Bastille; l'affaire étant regardée comme crime d'État. L'ordre des Chartreux fait de grands mouvements pour le réclamer, mais ce n'est pas grande perte cpi'un mauvais moine.
13 seplcmbre et autres jours. — Arrêt du 13 septembre, qui a ordonné que les arrérages des rentes viagères courront du 1"^ janvier 1722 pour ceux qui porteront leur li- (piidation avant le 1"^ octobre.
U* même jour, autre arrêt qui a fait cesser les fonctions de tous les commissaires du visa, parce que leur travail est achevé.
f>u IV. — Arrêt qui ordonne qu'il ne sera plus reçu aucune représentation ni remontrance contre les liquidations, et (pie l'on sera tenu de retirer ses certificats des effcis liquidés dans le courant d'octobre pour Paris, et le dernier novembre pour les province^, sinon nuls, X la n'îserve des contrats de rentes.
\je même arrêt autorise les notaires, huissiers et dépositaires publics et particuliers, les tuteurs, les maris, etc., à rapporter les effets visés et retirer les certificats, avec lesipicN leur sera délivré une note des réductions. Sinon, iU seront responsables de la valeur entière.
L«* 15, il a été publié un arrêt du 20 juillet (pu a été tenu secret, par lecpielilest dit (pi'il senilait uneimposilloti
SRPTKMHRK I72«>. 3;33
à litre de capitallon extraordinaire siu- ceux qui ont lait des fortunes considérables à l'occasion du commerce du papier depuis le 1" juillet 1719, qui sera payable en rentes sur la ville, rentes provinciales et certificats de liquidation, qu'elle sera réglée à proportion de l'augmentation de la fortune et qu'on n'y pourra comprendre que ceux qui ont un grand nombre d'actions qu'ils n'ont point représentées au visa, ou en actions ou en autres effets , et ceux qui, d'une condition abjecte ou de l'état d'une forlune médiocre, ont passé depuis le 1" juillet 1710 une fortune considérajjle et fort au-dessus de leur condition. Il est dit que l'on payerahuitaine après la signification du rôle moitié, l'autre moitié buitaine après, ou, faute de payer, que l'on donnera une soumission pour payer dans un mois. Sinon, contraints par toutes voies dues et raisonnables.
Le titre de capilation extraordinaire et de supplément a paru nouveau, mais on a voulu éviter le nom de Taxe y parce que plusieurs arrêts ont promis qu'il n'y en auroit jamais contre ces fortunes du papier, qui ont suivi la foi publique. On a travaillé secrètement au rôle pendant les mois d'août et de septembre, et il a paru aussitôt que l'arrêt qui l'a ordonné. Plusieurs familles innocentes, et
plutôt pauvres que ricbes, se sonttrouvées taxées par des erreurs et des méprises qu'il faut faire réformer.
Une de mes parentes, veuve de iM. de Retz, avocat, est taxée à 99,579 livres, quoiqu'elle n'ait jamais eu qu'une action. Tout le monde crie et se plaint de cette taxe , les uns, comme ayant perdu plutôt que gagné, les autres pour avoir déj;\ souffert des réductions par la liquidation et ayant déjà été jugés, d'autres pour avoir gagné par des voies licites.
La désolation est partout, et on a ajouté dans le rôle la contrainte comme pour les propres deniers et affaires de Sa Majesté, qui n'est pas dans l'arrêt. Le sieur Fénclon, ancien directeur de la Banque, a été taxé à 1,V()(),()0() li-
1 MKM()IUI-:S 1)1. M UHII.l MMIAIS.
Mvset ili'inaii(l«\ par nn 'pl.iccl trrs-loiichani, (|ii(; \o. Uoi lui «lonin* iiiM' |)I.UM' à I llùj)ilal pour y pouvoir liuii* sos joui-N. On (lit ijut' \r IU\i;'onl. en si:j;uanl ce rôle, dit : « Je
suis fAclu" i\e .sitiniT cola, (.ar il n'y a cpu^ les p (pii
en proliloronl. >
Le sieur Virlois a été conunis par ordre du lô septembre pour recevoir les taxes, cl le sieur du llarlay pour contrôler ses quittances.
i>u 17 septembre. — Rkmes viac.kkks. — Arrêt qui ordonne que ceux qui ont des rentes viagères sur la Compairnie des Indes, dont ils doivent jouir sur d'autres têtes, en consentiront Textinction, en faisant leur soumission cFen faire remploi en rentes viagères sur la Ville, sous les mêmes conditions, sans que la Compagnie soit tenue d'en suivre l'emploi. Ainsi, les rentes viagères de la Compagnie vont la [dupart sur la Ville, et le Koi s'en charge.
Brilemknt dks paimkus dl visa. — Du 21 septembre. — Arrêt célèbre qui règle la manière en Lujuelle il sera procédé au récolement et au brùlement de tous les registres et papiers qui ont servi pour les diverses op(''ralions du visa. Il y aura 27 commissaires du visa qui travailleront au récolement et feront tout brùlei'. Les registres, les journaux, les états fournis par les notaires, les extraits, les dépouillements de ces états, les tomes des dictionnaires, les grands-livres, les listes, les registres et feuilles des décisions, tant de la commission générale que des conseilleis d'Ktat. Ce brùlement^ car on s'est servi de ce mot, se fera après une vrriliealion exacte, article par article, sur tous les livres et journaux de la nation, de la déclaration de cbacjue particulier et siir la liquidation. Après, on fera buit pa(pi<'ls (jui seront brûlés runa|)rès l'autre, et ainsi, après Irjuucment universel du royaume, viendra la conflagration générale. I>e l)on de tout ce travail, c'est que s^il y a des erreurs contre le public, elles ne seront poiid réformées et «jne tout nlKjutira à brûler, ù peu près comme les cbam-
pignons qu'il faut bien choisir, peler, l'ricasser, puis Jeter parles fenêtres. Polyplième, dans sa caverne disait à Ulysse : « Vous me paraissez bon homme, je vous mangerai le dernier. » De même, il y aura de Tordre dans le brùlement et on y gardera le cérémonial, mais tout sera toujours brûlé, et les commissaires pourront s'appeler contrôleurs des papiers brûlés. Pour cette belle opération, on a fait construire une grande cage de fer, afin que les curieux ne tirent point des papiers du feu, et que l'air même n'en puisse détourner aucun. On ne veut pas qu'il reste rien de tout cet ouvrage, et on a bien raison de détruire parle feu un travail si injurieux et si ruineux à la nation, afin qu'il n'en reste point de mémoire. On brûle même jusqu'aux décisions du conseil. Mais ces décisions sont imprimées et entre les mains de bien des gens qui les feront passer à la postérité. Il est permis, par l'arrêt, à chaque particulier de retirer sa déclarât ion dans quinzaine, sinon elles entreront dans le brùlement général.
Du 29 septembre, arrêt qui fait un débouché des papiers en renies provinciales au denier 50crééespar édit de 1720 et à jouir du 1" janvier 1722.
17 septembre. — Le mercredi 17 au soir, j'ai été attaqué d'une grande colique qui m'a duré quatre jours avec des douleurs très-vives,- et qui ayant redoublé le dimanche au soir, je fus étonné qu'après quelque difliculté d'uriner,, je fis une pierre grosse comme un grain de blé, et entourée de gravier. Je ne croyois pas pouvoir être attaqué de ce mal dont je ne me suis jamais senti. Mais Pline dit bien : « Unani multa latent in majestate natuno.! » On nvengage à un régime exact et il faut bien le garder pour ne pas souffrir. Voilà le fruit du travail du cabinet.
(iARI)E DES SCKAIX. MONSIEUR d'AkMEXO VILLE.
Le vendredi 18, dans les intervalles de mon mal, j'ai eu une grande conférence, seul à seul avec M. le Garde des sceaux, au sujet d'une grande affaire de Bretagne, où il convient casser un arrêt rendu contre le sénéchal df (llia-
.,,. MI.MOIIUS DL MAI 111 IL! MAllALS.
loauliii. Jl nfii IraiU' livs-t^raciciisement, m'a accordé le relief du laps de temps pour la cassation, cl a dit (ju^il rcndroit anvt pour ordoiinci" que le W Ci. du parlement examimrait les motifs, et cependant sursis A toutes poursuites contre ce juge. Sur ce que je lui ai proposé de siirner un arrêta propos du visa pour une personne de mes amis, il m'a dit : w C'est un arrêt de linancc, je n'en rends plus; j'en ai assez rendus et votidrois bien les rétracter, je n'en rends plus que de justice et il est beau à un homme comme n)oi d'en Unir parlî\. » Il est ensuite entré avec; moi très-familièrement dans plusieurs conlidences sur les affaires de IKlat. Il me dit (pril lisoit tous les arrêts (pi'il scelloit et (pi'on lui présenloit, et qu'il ne signoit jamais rien qu'après l'avoir lu. Le travail ne lui coûte rien, il est très-poli, reçoit bien le monde dans ses audiences, et fait rendre exactement des réponses par lettres. Je lui ai dit (pril étoit fort aimé, et cela lui a l'ait plaisir. Il m'a fait entendre qu'il avoit plusieurs desseins de réforme envers des abus dans l'administration de la justice. Avant, M. le chancelier d'Aguesseau en avoit eu l'envie et m'en a demandé des mémoires que je lui ai promis. Je l'ai vu encore une seconde fois le vendredi 25, à son voyage de Versailles à Paris, caril.y vient tous les vendredis tenir le sceau. 11 n'y a amitié qu'il ne m'ait faite en particulier', et il avoit accordé le matin l'arrêt .sur la cassation dont fat parlé, l'ayant dicté lui-même à M. MMbonl, maître des re<|Urles. Il fut question, dans cette visite, du ju'oeureur général de Bretagne : il me dit que c'étoit un des méchants officiers cpie le Hoi e-ùt, et qu'il venoil de faire rendre un arrêt, en Bretagne, pour défendie au sieur de l^>piiie-nanican , son l)eau-pèie, de se rernaiiei-, m.iis que If ( orisi'il avf»it cassé cet arrêt.
r.^ivi-.RMTK A hiJoN. — Dans ce mois, l'on a beaucoup agité Ta f fa ire d'une érection de deux Universités, l'une à hijon, l'autre à Pau.f^étoit une affaire intriguée par les Jéhuitp«(, qui vouloieiit s'emparer de ces deux universités.
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MaisTl niversité de Paris y a formé opposition, et à elle se sont jointes celles de France, qui sont : Poitiers, Nantes, Angers, Reims, Caen, Toulouse, Bordeaux et Aix.
Les moyens d'o|)position sont très-l)ien expliqués dans deux requêtes, qui ont été imprimées et données au pu- ])lic. Le Hecteur, qui est M. Gobert, a fait merveilles. Il a été entendu en particulier par le Régent dans son cabinet pendant deux heures, et en public, au bureau des commissaires du conseil, où il en a parlé éloquemment et fortement et à la fois F opposition dea Universifésa été reçue, rércction rejetée , et il a été seulement accordé qu'il y auroit une faculté de droit à Dijon, en faveur de Monseigneur le Duc, qui l'a demandé pour la commodité des Bourguignons, qui prennent presque tous à Dijon le parti de la robe. Ainsi, les Jésuites ont échoué dans leur entreprise.
Les magistrats de la ville de Dôle étoient intervenus, et demandoient que l'Université de Besançon fût remise à Dôle, où elle a d'abord été fondée, et ces gens de Dùle avoient intelligence avec l'Université. iMais il a été découvert que les Jésuites agissoient sous main pour les Dulois qui leurauroient remis l'Université, s'ils l'avoient obtenue, et qui reportoient aux jésuites tous les secrets de l'affaire, que ceux de l'Université, qui les croyoient de bonne foi, leurcommuniquoient.
11 y a à la fin de la requête de l'Université un arrêt du 17 septend)re 102 V contre l'Université que les jésuites vouloient étaljlir à Tournon, et un autre du Grand Conseil du 19 septembre 1025, qui rejette aussi l'Université d'Angoulême. Ce sont deux pièces curieuses. Les re(juêtes sont écrites d'un style plein de nerf, de précison et décourage, et la vérité y est dite avec hardiesse. Les maximes de politique contre la pluralité des Universités sont tirées du Testament politifjuc du cardinal de Richelieu, (pii dit : « Qu'un corps qui auroit des yeux <'n toutes ses parties seroit monstrueux. » Ensuite on explique les maximesdenos
3i8 MKMOIBKS DK MATHIKH MAK VIS.
lièi*es avec t\i:ard, et les véritables iiilénMs de l'Klat. Il y a une raison dans la requête des élus de Bourj^oyne pour Dijon, c'est tjue la province l'raneoise se trouve surchargée de plusieurs millions île papier, et (|ue les ha])itants sont hors d't-lal d'envoyer élu(li<'r leurs enl'anls ailleurs. LTniversité ré[)ond i\ cela : u Quelle est la province et la ville de ce royaume qui ne se trouve pas dans le même état? Quelle est la province qui n^est pas surchagée d'un papier inutile à présent et dont on attend la valeur. Si Votre Majesté, Sire, doit jeter quelques regards de compassion, ne seront-ils pas mieux employés sur le grand nombre? L'intérêt général ne doit-il pas l'emporter sur l'intérêt particulier? »
l*UK.Mn:R MiMvnu:. — l)i imis. — On a mis dans la (lazeUe lie Hollande du ±'1 septembre la harangue de l'évêquede Soissons au cardinal Dubois, premier ministre, au nom de l'Académie française. Il lui dit en parlant de l'Académie : i< Formée sous les auspices du Cardinal premierministre, elle en voit avec plaisir reparaître l'injage cl elle se flatte de voir bientôt dans la même dignité les mêmes prodiges. Elle se flatte de trouver en vous un second Kiehelieu et dans lesactions et dans les bienfaits, etc. » Eniin, cette harangue est pleine de Kiehelieu- Mais le ministre n'est pas la dupe de ces flatteries. Il sent bien (ju'il n'a j)lus rien à f'.iire pour humilier les grands, qui s'huiiidient assez d'eux-mêmes, et qu'il n'a point de digue à construire à la Uoehelle.
— J*aisuquelei)oète Arou(ît, prenant congé de lui (pour aller à Bruxelles où il est allé voir llousseau et tenir avec lui une conférence paeificjue sur les coups de bAton des |>oèleî» , il dit au ministre : « Je vous [jrie, Monseigneur, de ne pas oublier que les Voiture étoient autrefois protégés par les Kiehelieu, » se mettant ainsi hardiment au niveau de Voiture, dont il est bien loin. Le eaidinal lui répondit: « llehtplus !''•« il» 'h' f i ..hmm- d«*»» V nilm*' (pie des Kiehelieu. »
BiGNON, ABBK. — Ou cl appi'is (juc le cardiiKil avoil eu un démêlé avec l'abbé Bignon qui, pour la survivance lie la garde de la Bil)liothèque n'a pas été à lui. mais au Régent. 11 pouvoit bien aussi y entrer quelque chose des estampes détournées dont j'ai parlé. Enfin, l'abbé a eu ordre de ne point aller à la Cour, et comme il est conseiller d'État, cet ordre est d'une grande conséquence.
La marquise de Charost, qui n'étoit pas bien avec ce ministre, ayant obtenu une pension, il lui a dit : « Voilà comment je meveiKjty » et elle lui a répondu : a 11 ne vous manquoit plus qu'un cœur dans le royaume et vous le venez de gagner. »
Depuis le '20 jusqu'au 30 septembre. — Attaque du fout. — Le Roi et la Cour ont été occupés pendant ces dix derniers jours à l'attaque d'un fort construit entre Montreuil et Versailles. Le régiment du Roi, dont M. de Pezay, favori du Roi, est colonel, a fait Tattaque et la défense. On y a prati([ué tout ce qui se fait dans un véritable siège, tranchées, bombes, canons, attaques et prises des pièces différentes, le chemin couvert, les convois surpris, les mines, les secours et enfin la capitulation. Le sieur d'Esclavelles, officier du régiment du Roi, qui a rendu le fort, et qui a dit au Roi qu'il vouloit servir dans ses troupes, a été fait grand cordon rouge.
Ce jeu militaire, fait pour instruire le Roi, a fini le 30 septembre. Tout Paris y a été. Uiitilques gens du conseil ont eu leurs cheveux brûlés des bombes de carton. Dans la grande foule, il y a eu quelques blessés. On en fera des reliitionsdau'^ le ^/erct/rf et ailleurs. iMon journal ne se charge point de ce d«';tail. Je ne sais si l'on dira qu'un espion ayant «Ué pris, on luifitson procès, et qu'aucun soldat du régiment du Roi n'ayant voulu pendn; l'homme de paille habillé de leur habit, on prit un artisan de Paris qui fut forcé d'être bourreau, et à (jui on donna un louis d'or pour sa peine et l'habit du pendu , d«* (juui l'artisan n'étoit |)oint content du tout. J'ai ouï
S6«» MF.MOIKKS DK MATHIKl' MAKAIS.
lîiro À un craml prince (ju'oii «Mit pu ^e [)asser do cet espion, ci que le Koi lui devoit faire gr;\ce, parce qu'il ne convenoit pas do faire un l)oui'geois de Paris bourreau nialirré lui. ('ela est plus fort que jou.
l'\Hi> M VITE. — Le erand-uiaitre de Malte a fait une Ix'lle réponse au commandant de la flotte ottomane cpii lui demandoit les esclaves turcs. 11 a dit (pie cette proposition lui étoit tout à fait aiiréahle, (jue le dessein en éloit pieux, louable et plein de charité, et (lu'elle excitoit en lui le m^me désir pour les esclaves chrétiens, et il lui a proposé le rachat et l'échange usités entre les princes de sa communion, parce que l'institut de Malte n'est pas de faire des esclaves. Mais quand ils prennent des pirates par la voie militaire, ils deviennent prisonniers et c'est uncgrande charité de les rendre de part et d'autre, comme étant la voie la plus usitée et la plus commode. Sur cette réponse le Turc s'est retiré. Elle a été écrite le2 aoiU1722 et est dans le Suppinnent de la Gazette du 22 septembre. Elle est jolie, fine, et ne peut être trop adnnrée. Il seroit beau que les Turcs l'acceptassent, mais ils reviendront l'année (|ui vient et seront toujours Turcs avec Malte qui les battra.
Le MARQi'is DE CouRTANVAUX. DuELs. — Le marquisde Courtanvaux a été blessé à Versailles de quatre coups d'épée, on ne sait par (jiii. (l'est (juehjue duel. On parle aussi d'un autre duel entre M. de Coigny et le duc de Mortemart (pii s'est fait à Raiiibonillet, chez M. le comte de TriulouM*. .M. de Coigny alfectoit toujours de passer devant le duc, juscjue-jà (pi'il monta dans une cahu'he oùétoient des dameset où le due devoit avoir jdace. Le lendemain ù la chasse ils se sont battus avec des couteaux de cliasse cl se sont légèrement blessés. M. le procureur général a coinmencé les informés. Je viens d'apprendre que le marquis de 0)urlanvaux s'est battu axcc uuM.dr la Baume, capitaine de cavalerie réformé. Celui-ci, étant au •^luperdu Hoi devant M""" de Maillebois, elle se plaignit
StFrKMBRK 1722. 301
qu'elle ne voyoit rien. M. deCoiirtanvaux, arrivant, poussa rudement le capitaine et lui dit que c'étoit sa place. Le capitaine lui dit : « Je crois, Monsieur, que vous n'avez pas ici plus de place que moi, car si vous en avez quelqu'une c'est dans la salle des Suisses. « Après le souper, le capitaine, qui avoit été poussé, suivit M. de Courtanvaux, le fit sortir de sa chaise, le fit mettre Tépée à la main et lui donna les quatre coups d'épée , dont on dit qu'il ne mourra pas. Il fait toujours bon ne point pousser ou frapper.
Dacier mort. — M. Dacier, de l'Académie française, est mort le 18. Il a beaucoup travaillé, éloit grand grec, plein de littérature et a traduit Horace, Plularque et plusieurs autres auteurs. Sa femme écrivoit et traduisoit mieux que lui. (Voyez le l*^^"" article de la Bibliothèque française , 17*23, jn-12, Amsterdam. Il y a un article trèscurieux sur lui et sa femme.) Despréaux dit que ce n'étoit qu'un iirammairien. Il a bien soutenu le parti des anciens. Mais ses commentaires sur leurs ouvrages, où il a vu tout ce que bon lui a semblé, lui ont attiré bien des critiques, et surtout ce joli ouvrage de Mallianafiius ou Le Chefd'œuvre d^un IiîconnUy ou par le commentaire sur une chanson de Pont-Neuf, il a été tourné en ridicule nouveau, qui a mis les rieurs de côté des modernes, quoiqu'ils n'y dussent point être.
Voyez la mort de Madame Dacier au 19 août 1720.
30 septembre. — Massiku mort. — Mort de l'abbé Massieu, aussi de l'Académie française, excellent génie, grand orateur et qui, dans la Préface dan (jeuvres de Toureil , qu'il a données depuis peu, a osé aMaquer la Mote son compère, pour blAnier ses expressions nouvelles, précieuses et affectées, et ou, annonçant la décadence de notre langue il a dit : « que comme les grands hommes qui nous ont précédé en ont été les Cicérons et les Virgiles, il est à craindre que nous n'en soyons aux yeux de la postérité les Sénèques et les Lucains. » 11 est diflicile de réparer
362 MF.MOIHKS m: M V mur MVUAIS.
l»i iK.*rle il'uii tel luMiiiin'. Il y a dans \c Kerueil do l'Acadêinie des Belles-Lettres plusieurs dissertations de lui qui ne respirent que la tendresse, la vérité et les grâces. 11 est mort siins confession. On mit dans son éloge : « Honestè vixit, lioncstè mortuus est; (|uid habet quod « ijueratni' ? »
Taves. — Arrêt du 3 octobre qui porte que l'on sera reçu à payer les taxes en actions sur le pied de 5,000 livides ; ce prix doit accréditer les actions, mais tout ce qui devroit être n'arrive point.
Les taxés ont dit que ces taxes ne seroient pas mieux payées que celle de la Chambre de justice, et qu'il s'en falloit peu soucier.
Cela a donné un éveil et a fait rendre un arrêt le 6 octobre qui porte que les taxés de la Chambre de justice qui n'auront pas été déchargés payeront leur taxe dans deux mois en i)apier^ sinon, après deux mois, en argent.
On a trouvé encore un expédient pour faire payer les nouvelles taxes, c'est que les débiteurs des taxés seront récusa payer en papierce qu'ils leurdoivent, etiilesaccpiitter ainsi dele'irs taxes à proportion. 11 y en a un arrêt du lU octobre, il y en a un autre du :2() octobre (pii rèule lesprocé-. dures pour la vente des meubles et immeubles des taxés, et unautredu 20 octobre qui nomme MM. de la Bourdonnaie, Faqon, Machault, crOrinebson, de lïarlay et do Cauinont commissaires pour examiner les mémoires des taxés qui demandent décharge r>u modération, dont il sera arr»*-lé un nouveau rùle au conseil.
J ai vu le rùlc des taxés qui contient plusieurs noms tr«'H-inconnus ri cpii so montrnl m tout à lîJ.'J millions. L'irlatno(^haumont est à H mi7//ons, .Xndréà \ mi7//o/i.s, et ainsi d^-s anlr«- î •• papier pour tout cela ne hausse point.
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Les actions ont un peu monté ce jour à 1^100 livres ou 1,080 livres, mais le papier de lifjuidation est à 22 livres.
Le iO octobre. — 11 y a eu 27 maîtres des requêtes nommés pour la vérification et recollement de tous les papiers et registres qui ont servi au visa , et les faire ensuite brûler en leur présence. Ce c^ui a été exécuté suivant Tordre porté aux arrêts du bnilement, et dans la cage de 1er préparée à cet effet. Le feu a été si violent que les barres de fer qui étoient dans la cage en ont été fondues. Tout ce papier, qui eut pu servir à des carions, a été consumé : il sembloit un sacrifice qui se faisoit dans la cour de la jjanque. Les commissaires étoient présents tour à tour, et l'on disoit : « C'est M. un tel qui brûle aujourd'hui « On n'avoit point encore vu en France pareille cérémonie. Aussi n'y avoit-on jamais vu de Law', de Paris, de banque forcée et d'actions. Et tout cela devoit finir par le feu, qui purifie tout.
10 octobre. — Contrôle des actes. — Après ces maux finis, voici le retour des finances de partisans, car il faut que cette pauvre France soit toujours tourmentée. Le contrôle des actes des notaires a été établi par tout le royaume et même dans Paris, qui en avoit été toujours excepté. La déclaration, qui est du 29 septembre, a été portée à la Chambre des vacations, tenue par iM. le président de Lamoignon, qui n'a fait nulle difficulté de l'enregistrer, et qui a seulement fait mettre dans l'enregistrement (qui est du 10 octobre) que le Koi seroit supplié de décharger son peuple de cette imposition quand l'état de ses affaires le pourra permettre.
Le tarif, qui est en ordre alphabétique, est un travail consommé d'un démon d'homme qui a prévu tous les cas, et prévenu tous les expédients dont il rend l'art inutile.
11 n'y a plus ni secrets dans les familles, ni sûreté, ni commerce, et personne ne veut plus faire de contrats parce qu'il en coûte des somn^es considérables pour le
S64 MF.MOIRKS DK IMATlilKl' MARAIS
co^^^^^^ \.vs notaires do Paris ou\ eu Ikmu rcinoiitrer la ruilu* (le la société et tlii cominerce , rt do la ciirulation . on s'est ino<]ué d'eux et do \v\\vs roprosontations. J'en ai jKU-lé à M. le Garde des sceaux, (jui m'a dit (ju'il y éloit tout ;\ fait opposé, qu'il en voyoit les consécjuences el les avoit dites hautement, mais que le parti étoit pris et qu'il n'y avoit plus de remède.
Lenreiristrement doit être réitéré au lendemain do Saint-Martin, et on verra cequele Parlementdira de M. de Liiiuikivrnon , cpii s'est livré à la Cour dans cette affaire , comme il avoit fait en présidant à la Chambre de justice.
Crosbois. — Je suis parti le 10 d'octobre avec M. Bernard, maître des requêtes, pour Grosbois, où je suis demeuré avec toute sa famille juscpi'au 18 novembre, (jui fait près de six semaines, où j'ai pris l'air et me suis reposé. J'y ai composé un grand Mémoire historique et critique sur la charge de grand écuyer de France pour M. le prince Charles.
J ai eu assez souvent les plaisirs de la chasse au cerf, avec ré(piipage du Prince, et ma santé y a été assez lionne.
Sa<:re m Koi. — Pendant ce séjour, le sacre du Uoi s'est fait à Pieims, le 25 d'octobre, dont il y a eu une relation très-exactement écrite, en trois parties différentes, par Pauleurdola Gazette de France. On ne peut rien ajouter à la netteté de cette relation et à tout le cérémonial (pii y est rapjmrté, jusquesaux moindrescirconstanocs. On y trouve aussi la desoription des fêtes données au Koi à Villers-(]olerelsel '\ Chantilly à son retour par M. le Uégent el .M. le Duc. 1^, Koi est parti le Iti octobre de Versailles, il est arrivé;! Ueims le 22, a été sficré le 25, et est rentré i\ Versailles» le tOnovembre.il sVslacquitté de toutes ses fonctions avec une grAce merveilleuse, et en habit d«* novice il rivMMhbloit à r.Xmour. l/archevècpie de Koims lui ;i f.iil un discours qui a été trouvé très-beau. f/évè(|ue d' Angers a aus^i. lui. prêché. .Mais Tévêcpie de Soi«>sons , «pii
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voulut prêcher dans son église de Soissoiis, le jour de la Toussaint, ne fit rien qui vaille. Toute la Cour trouva le sermon bas et ridicule^ et on ne reconnut point ce beau diseur, qui avoitfait les Avertissements sur la Constitution, dont il a gagné une place à l'Académie Françoise.
A Soissons, le Roi monta au clocher qui est très-haut, on l'y voulut suivre, et il disoitaux courtisans en riant : « Gare les gras l » On a remarqué qu'à la fête de Villers-Coterets, ayant gagné des lots ùla blanque, il lesenfermoit d;ms un petit cabinet de la Chine qu'il avoit gagné, et (|u'il le réservoit très-exactement.
J'ai su que dans l'église de Reims il y avoit V ou 500 places de reste, et que beaucoup d'étrangers ne s'y sont pa§ trouvés, parce qu'ils craignoient de ne point être placés.
Un jeune seigneur allemand , nommé Zinzendorf, y étant venu avec d'autres seigneurs du même pays, ils trouvèrent le vin de Reims bon ; la veille du sacre, ils en burent toute la nuit, s'endormirent le matin, se réveillèrent sur le midi, et voulurent aller au sacre qui étoit fait. Ce qui les lit résoudre à remonter en chaise et sans voir le sacre à retourner à Vienne d'où ils étoient venus exprès pour le voir. Voilà une belle ambassade.
Médailles du sacre. — M. de Launay, directeur de la Monnoye et des médailles, m'a envoyé à Grosbois six médailles du Sacre, de trois moules différents dont trois d'argent et trois de bronze ou cuivre. D'un côté est une représentation du sacre avec ces mots autour : Celesti oleo unclus, et dans l'exergue ; Remis, 25 octobre 17*22. Au revers est le portrait du Roi avec ces mots : Liid. AT, liex Chrisliatiissimus. Pendant le sacre, on en a distribué plusieurs du plus petit moule. On ne les trouve pas bien gravées. C'est (pi'onaemployj'î un autre (jue le graveur de la Monnoie des médailles.
Caktouciie. — La Chamlu'e des vacations a travaillé pendant le mois d'octobre au jugement de plusieurs com-
3M MIMOIllKS ni MVIIIIKI MAUAIS.
plices (le ('artinulic. In anvt du IV octobre en juge 102, el un autre du -JV octobre en juge (ii. Cela vide bien les prisons, mais non pas les fripons qui volent dans Paris.
Okku» MiMCiPAix. — Il y a aussi plusieurs arrêts rendus au conseil à Toccasion des oiiices municipaux de maires et autres qui viennent d'être rétablis. Ces arrêts rêirl<?nl les encbères, le droit de marc d'or et de sceau, le droit annuel, le serment de tous ces offices.
D'autres arrêts ont été rendus sur les domaines engagés au sujet des remboursements des enchères, des engagements à vie. Kt tout cela pour déboucher le papier de liquidation (jui ne hausse pas d'un denier : parce que ceux qui travaillent k cette manœuvre le font baisser comme ils veuh/nl pour vendre leur marchandise.
Arrkf pour la cuasse. — Je remanpie ici un arrêt célèbre pour la chasse, du 3 octobre^ qui fait défense d'affermer la chasse, ni dans les domainesdu Roi ni ailleurs, sous peine de .500 liv. d'amende. Dans le vu de l'arrêt il y a plusieurs ordonnances anciennes sur la chasse qui y sont rapportées, et un mémoire qui dit que cette défense est f(mdé(i sur deux motifs, f/nn, que la chasse est un exercice noble pour les plaisirs des rois et de la no])lesse, à qui les rois ont bien voulu le permettre pour en prendre le plaisir et non pas pour s'en procurer profit et deniers. L'autre, (pie les ordonnances maintenues sans inlorruplion défendent expressément à tous gens tnt'chunKjuvs, fermiers el roturiers, d'user du port d'armes, ni de la chasse, et que les baux à ferme n'étant convenables qu'aux gens de cet étiit, ce seroit mettre les armes à la main des roturiers que de leur ouvrir la chasse.
.Vrrêl du -28 octol>re pour le rend)oursement des anciennes char;:(îs des maréchaussées. Il est daté à Keims. Il y en a aussi des datés de Soissons el à Villers-Coterets qui sauvent des taxes des 2« el 'M octobn».
pRiKhKs F'oiR i.K s.u:rk. — il y a eu des piières publiques avant h* snci»-, f.iîfrs vm- Ir mandenHot diir.irdin.ii
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de Noailles, publié le octobre, et depuis le sacre
le Roi lui a écrit une lettre datée à Reims le 26 octobre, pour faire chanter le Te Deum en actions de grâces qui a été chanté le novembre.
Novembre. — Le prince Charles. Le Roi ayant été jusqu'au 10 novembre dans son voyage du sacre, il ne s'est rien passé qui ne se trouve dans la relation, sinon qu'on n'y dit pas que M. de Grancey, est tombé à la chasse à Villers-Coterets, et s'est cassé le bras, et M. le prince Charles est aussi tombé à Chantilly et s'est blessé le poignet, ce qui lui a attiré depuis un érésypèle sur le bras et à la tète ; il a été saigné trois fois. Ainsi les meilleurs chasseurs tombenttous les jours, mais cela n'en guérira pas les hommes qui veulent de l'exercice et des plaisirs.
M™'^ d'Aveune renvoyée. — Le retour du sacre n'a pas été favorable aux maîtresses. Le Régent, dès le même jour, a dit à M""" d'Averne qu'il ne convenoit pas qu'elle restât à Versailles, que cela donneroit un mauvais exemple au Roi, qu'il seroit toujours de ses amis et son homme d'affaires, qu'elle pouvoit venir manger avec lui à Paris et môme y coucher si elle vouloit, et d'autres discours qui sentoicnt l'inconstance ou le dénoùt.
On prétend que c'est un tour du premier ministre, qui n'a pas trouvé bon qu'elle eût des liaisons avec M. de Noce, qui étoit revenu pendant le sacre, et que l'on a bientôt renvoyé à Bf)ran. On accuse aussi la dame d'infidélité avec le duc de Richelieu, qui s'est prévalu de l'absencedu maître. Quoiqu'il en soit, la voilà renvoyée, son règne n'a duréque depuis le 12 juin 1721, qu'elle s'étoit livrée au Régent pour de l'argent. Son mari en reçut le poste de gouverneur deNavarriuset des cornes, étoile trèspou de chose contre le déf^^honiwur. Le Régent In fnisoit
3C8 MKMOIKK.S DK. MMIUKI' MARAIS
manj^er avec lui ; elle n\ gauimil. iliNoil-rllc, (juc îles inilitreslions, et i\ queltiu'un qui lui dit que cela alloit faire uu grainl vide dans sa vie d'ùtre ainsi quittée, elle ré- |K)ndit quec\''ti)it ti>ut le contraire.
Vn courtisan a dit au Uéucnt (ju'il ne devoit pas jouer au trictrac parce qu'il perd toujours par 7<'a;j qui ne peut. Depuis la rupture, M'"*" d Averne a soupe une fois avec le Il'^jrnt.elle vouloitse contenir, mais elle [larla, comme piqtiee, et lui dit : «qu'il alloit passer sa vie àivromier lousles
soirs avec des p » Il se plaignit de ces re[)r()ehes,dil (piil
lui avoit laissé M. dWliucourletM. de Uichelieu, qu'il avoit eu toutes sortes de facilités et qu'il ne méritoit pas d'être maltraité, que leseul exemple dùau Roi le faisoit changer de manière. Sur quoi le prince d'Auvergne, qui étoitdu re- |)as, lui chanta une chanson de Bêler, qui finit par dire qu'il veut se retirer et être hypocrite ; ce qui ne plut pas tout à fait au Régent. Ce repas a achevé de rompre, au lieu de renouer, et M""^ d'Averne, qui veut faire l'esprit fort, s'est montrée tous les jours depuis à l'Opéra avec le duc de liichelieu et d'autres, dont le Kégent ne se soucie L'uère.
0)mme il est capable de tout^ il est retourné avec M"' là duchesse d'Orléans, sa femme; il mange, paroit avec elle dans une très-grande liaison, et y couche.
C'est un Protée et une divinité fahuleuse, (jui prend toutes sortes de fornjes, aujourd'hui am.mt liausporté , demain mari galant, et toujours bien au-dessus de tous les e(»urlis;ins cjui l'entourent et qui ne le pénètrent pas. Un Itilien arrivé depuis peu de Rome, (pli ne le connoissoit pa>, dit à la première vu(; : « Uucsto piineipe ha la erra d'ingannar tutti (|uesti e(pianti. n
DANiiKViLi.K , coMKDiKNNK. — Li Daugevillc , comédienne," ayant osé présenter la comédie avec une robe de toile indienne défendue, le lieutenant de police l'a envoyée ehcrclier , et l'a condafunée à 1 ,000 écus d'amende , malgré la nTommarjdation du due d'AumonI,
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son amant, (jui, tout apoplecti(jue qu'il est, l'avoit menée par la main chez lui.
Le Roi va a l'Opéra. — Le Roi étant venu à l'Opéra le 8 novembre à son retour, on a pris 7 livres 10 sous au parterre, eten proportion aux loges et à Tamphithéàtre, ce qui a été blâmé publiquement de tout le monde, qui dit qu'on vendoit au peuple la vue de son Roi. Francine, qui en a le profit, et quia fait cette réforme, mériteroit encore une autre Francinade que celle que Rousseau a faite contre lui. On joue Persée, et le goût est si tombé qu'on ne trouve plus les opéras de Lulli bons , et qu'on leur préfère de petits ballets, propres pour la Foire ou les Danseurs de corde.
On s'est jeté aussi dans la musique italienne, et contre le goût de la nation. Et M"" de Prie, qui a été en Savoie ambassadrice, et qui a beaucoup aimé cette musique, tclche d'attirer dans son parti le plus de gens qu'elle peut. Elle protège déjà les la Motte et tous les autres censeurs d'Homère ; il ne lui reste plus qu'à nous dégoûter de Molière et de Lulli, et voilà la France dans un bel état, du côté des sciences et des lettres. Il ne faut qu'une femme pour tourner la tète à tout un siècle.
Histoire sur le contrôle des actes. — Voici le fruit de l'éditdu contrùle : la duchesse de Luynes est morte ; elle a fait son testament, et nommé pour exécuteur l'abbé Mainguy, conseiller de la Grande-Chambre. Entre autres legs, elle a donné deux petites croix d'argent, où il y a du bois de la vraie croix enfermé, à deux supérieures de couvent. Il a fallu faire contrôler le testament et inscrire les legs. Le secrétaire de M. Maijiguy a porté le testament au commis, qui a dit qu'il falloit payer un nouveau droit pour les deux legs et un nouveau droit pour la substitution; qu'il n'y avoit point de déclaration, (jue le tarif régloit ces sortes de legs à une certaine somme «'t par la (jualité du testament, en sorte qu'il fit payer 370 livres pour les deux legs. Le secrétaire revenu, M. Mainguy, fort T. n. 21
370 MKMOIRKS DK MVIMIII MARAIS.
«'tonnr, purta !•> i\vn\ cri>i\ aux relit; ieuses avec laquitiiUH'v, pour s'en raiit' rtMnl)ourscr suivant IV'tlil.
Les i*elii::ieuses il iront qu'elles ne pouvoient aceepler le lecs avec eette condition, que leur couvent n'étoit pas en état de payei* cette somme, et qu'elles étoienl bien fâchées de ne pouvoir jouir delà bonne volonté de M'"*' la duchesse de I.uynes. M. Maini;uy, retrardant ce leys non accepté comme caduc, renvoie au commis lui redemander l'argent. « Bon, dit-il, au contraire, il m'est dû encore 37(» livres, parce qu'il ne peut y avoir de désistement du ie.i:s que par-devant notaire. L'acte doit être contrôlé, et on paye pour lecontrùle du désistement la même somme ipie pour l'acte et le lei;s. »
Ainsi, voilà 7'*0 livres (pii sont dues pour un legs caduc, dont le fouds; sans la relique, ne vaut pas trente sols, et on meta prix la vraie croix comm udas, (jui tira de rari:ent pour livrer son maître et Sc .1 Dieu. Cette histoire ser.i bien contée dans la (irande-Chambre, (juand il faudra rétracter l'enregistrement, et ce ridicule seul seroit capable de faire tomber l'édit, si on n'étoit pas absorbé dans toutes sortes d'horreurs, et de corruptions de caractère et d'esprit.
fUji. — Le Uoi parle beaucoup depuis son sacre; il dit : Je teuXf et dit (jue la volonté du Uoi fait la loi. Il ne veut plus étudier, il se moque de M. de Charost, son gouverneur, et de M. de Fréjus, son précepteur. Il a un jour ordonné i\ tout le mondf; de sortir ; M. de Fréjus étant resté, il lui dit (jue l'ordre étoit pour lui comme pour lt*s autres. Il monte Achevai assez souvent, il tire bien et aime Ix'aucoup le feu, il joue dès h; matin avant la messe. Il n'aime ni comédie, ni-opéra, ni musique , et voilA les po<*le.s et les musiciens mal i\ leur aise..
KaCI.NK. — PoK.MK SIR LA GRACK. (Art. IJ de la lilhllit-
ihrtiue françaiMj. — Le jeune Racine, fils du célèbre Hacine, a laissé imprimer un po^'-me sur la (jrnre, qu'il a composé,en quatre chants^, dont les vei-s sont merveilleux. Cela
NOVF.MBRE 1722. 37 1
est digne des plus grands poètes. Il y a trois ou quatre ans qu'il le lisoitdans Paris. On lui avoit persuadé de travailler pour le théâtre comme son père, mais il y a renoncé et a écrit une Épitre en vers à M. de Valincourt, qui est exilé, et qui a été jointe au poëme. M. d'Argenson, garde des sceaux^ lui avoit accordé un privilège pour l'imprimer. Mais le chancelier d'Aguesseau, de retour, avoit révoqué ce privilège, ne voulant pas que la grâce fut louée si magnifiquement, et le système de saint Augustin si exalté, depuis qu'il s'est rangé du parti de la Cour. Mais comme le poème a été imprimé à Rouen en cachette, il a été permis à Coignard de débiter son impression de Paris, à condition d'ôter le privilège, le nom du libraire et une Ode sur les disgrâces, qui est un éloge de la disgrâce du chancelier et de sa constance sous le nom d'Acante. Il dit, en parlant des dons de la grâce : «Et quand jelesreçois,je les demande encore. » C'est une pensée prise de la Fontaine, dans un sens bien éloigné de la grâce. La Fontaine dit qu'on ne croit jamais être assez aimé.
On ue le croit qu'au milieu des plaisirs. Qu'un tendre auiour accorde à nos désirs, Et sur ce point, un tel soin nous dévore, Qu'en le croyant, on le demande encore.
Il y a aussi un endroit pris d'un sermon de M-"" de Cambrai, que l'abbé HouteviHea aussi pris dans son livre de la Religion. Après tout, on ne peut trop louer la facilité des vers, la noblesse des expressions et des rimes, et les tours élégants et gracieux dont ce poëme est plein. (Vest avoir le moule des vers que d'en faire de pareils , et les la Motte et Fontenellc, avec leurs odes et églogues, sont bien loin delà. On vient d'envoyer Kacine exercer uiil* commission d'inspecteur des fermes à Marseille, alin de le détourner du goût du théâtre, et de ne point prolannsa muse. Mais ce n'est pas un bon pays que la Prov<Mi<»' pour dégoûter un poëte. J'ai rcîmaniué que sut Timpres-