‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 4)Chapitre 47 sur 55 · MF:MoniKs i)K :m\thiku marais · texte numérisé non relu

MF:MoniKs i)K :m\thiku marais

sioii tle RoiuM). il est dit mit la doctrine de saint Auf;ustJD : «< Molina seul ^ jésuite, en itjnore le prix, n

Kl dans 1 édition de Paris, il y a : u lit le seul M en

ignore le prix » (nioliniste).

Comte d'Evrkux. — M. le comte d'Évreux, colonel gént^ral de la cavalerie, n*a point reçu Tordre du I\(''gent d'aller travailler chez le cardinal Dubois. Il n'y va point, et ne va point aussi travailler chez le Hégent. Cela a tait tenir mille discours. Le comte a été chez le cardinal, pour s'éclairer avec lui sur quantité de rapports, et on est fort content l'un de l'autre. Il n'a point été question de la charge. Le comte attend ses ordres, et est près d'y obéir sur-le-champ. Mais il y a quelque souterrain et (pielque tracasserie en campagne : cependant toute la cavalerie souffre, et il y a j)lus de deu.x mois qu'on n'y a rien fait. Dans le temps du sacre, le comte d'Évreux a voulu se mêler de faire revenir Noce de son exil ; il en est revenu. Cela n'a pas plu au cardinal, sans (pii cela s'étoit fait, et il se venge comme les Italiens, dont il a pris les manies.

•27 novembre. — Don Carlos, .M"' dk Beaujolois. — (k>ntratde mariage de dom Carlos, tilsdu roi d'Kspagne, avec M"" de Beaujolois, tille du Kégent, passé au Louvre. M. de l^ulès, and>assadeur d Espagne, a été nommé an)b.t^-^adeur extraordinaire pour cela, et il a été traité trois juui-s à riiùtel des ambassadeurs extraordinaires. Cette princesse est Irés-jolie, bien faite, et a beaucoup d'es[)rit. L Espagne nous prend ce que nous avons de meilleur. I-a Heine rprclle nous a envoyée (;st aimable, maiscîlle est trop ji'une pour le lioi.

I.Ni- A.NTK Bki.nk, sox DI.SCOIIIS Al \ amiiass.\I)Ki:rs — L'Iufante Heine vit avec plaisir, au retourdu sacre, revenirles andM.ss;ideurs,etditj\.M""'deVenta(lour, enmettantsa main •(Urson front. «< Je voudrois bien leur dire (piehpui chose, mais il ne me vient rien. » Et après avoir faitce geste pluhieun» fois, elle leur dit : « Je vous parlerai en trois jmints : le premier, (jue je suis fort aise de vous voir; le second,

DÉCKMBRK i72îi. 373

que Je serai plus aise de voir le Koi ; le troisième, que je ferai tout ce que je pourrai pour lui plaire et mériter son amitié. » Elle avoit entendu, quelques jours auparavant, un sermon en trois points qui lui donna cette idée.

La princesse accordée à dom Carlos est partie pour l'Espagne. Elle est conduite par M'"*^ la duchesse de Duras, M""*^ de Sainl-Germain, sous elle, IVl. Talon, un desévèques de quartier, et un détachement de gardes du corps. Dieu la conduise , et fasse d'elle un lien de paix avec sa sœur la princesse des Asturies ! Tous ces mariages se font pour gagner l'Espag-ne, mais peut-être nous la feront-ils perdre, et ces jolies princesses francoises redonneront au roi d^Espagne du goût pour le pays où il est né.

3 décembre. — M™*" de Kieux est accouchée d'un fils.

ï décembre. — Le cardinal Dubois a été reçu à l'Académie françoise, à la place de M. Dacier. 11 y a été traité de Mousehjneur, contre l'usage d'égaliser tous les rangs entre les savants. Mais on a remarqué que iM^*^ le cardinal de Rolian, ni M^'^ le cardinal de Polignac, académiciens, n'éloient cardinaux (|uand ils ont été reçus. Le premier ministre a bien prononcé son discours, Fontenelhî lui a répondu comme directeur, et a commencé par dire : « que le cardinal de f{ichelieu, fondateur de l'Académie françoise, seroit bien étonné d'y voir tant de dignités, cardinaux ou évéques, ducset pairs, premiers présidents, »;tc., et jusqu'à des premiers ministres. »

L;» Motte, (pii veut toujours fairr des Fables, et [)résenter le génie de la Fontaine, en a lu deux (jui ont paru mauvaises, et une odeurs le sacre du l»oi à Heims. L'assemblée étoit magnifique et célèl)re. il n'est pas dg;réable au (cardinal Dubois de n'avoir été choisi que depuis (pi'il est premier ministre, et d'avoir été négligé pendant qu'il

374 MKMOIKKS Dfc MATHIKH iMARAlS.

♦'toit MinpU' al>lH' du IUh. Mais rAci\cléinie dira qu'il ne Ta pas dcniaudô plus [M.

Mauamk .MAi.Ai)K. — Madame, mère du Uôj;ent, est trèsmalade, et l'a toujoui*s été depuis le sacre. On n'en est de rien. Ia»s médecins empiriques viennent de tous côtés (lui lui promettent beaucoup. Mais elle leur dit i\ tous «lue ce sont des charlatans et qu'elle en mourra. Elle a bien du courage et de la force d'esprit. Klle a vu sa famille de Lorraine à Reims et ne s'est pas embarrassée du voviige, disant que l'on mouroit fort bien partout.

Le Régent Ta toujours aimée et respectée. Elle a dit à son lils : « Pourquoi pleurez-vous? ne faut-il piis mourir? » A une dame de sa cour, qui lui vouloit baiser la main, elle a dit : 't Vous pouvez m'embrasser, je vais dans un pays où tout est égal. •» M. le duc de Charost lui paroissoit triste : il a dit que l'état pu elle étoit lui donnoit cette douleur. Elle a répondu : u Vous êtes aussi aftligé que si M'"' de Cany se mouroit. » C'est qu'il auroit voulu l'épouser, et je vais dire ce mariage.

.Madamk de Cany. — M""" de Cany, (|ui est Mortemart en son nom, et qui avoit épousé le lils de M. de Chamillard, ministre de la guerre, reçu en survivance du secrétaire d'État et mort colonel en bonne réputation, épouse le comte de Cbalais, grand d'Espagne de la première granileshe, capitaine des Gardes- Wallonnes du roi d'Espagne et qui a des titres en France. Sa grandesse est enregistrée i4U Parlement de l*aris. La dame aura rang de duchesse el sera assise à la Cour et va se débarbouiller du nom de, Chamillard rpielle avoit poin* celui de Mortemart. Elb; a f|ualre enfants de son premier lit et trent«*-sept ans. Son mari reviendra en France de temps en tem|)s. Il est neveu delà princesse des llrsins, à (jui il fait 12,000 livre» de rente de douaire, cjui lui reviendront bientôt car elle a iioixanle-di\-neuf ans.

1^ Régent a bien changé pour lui, car il étoit dans la conjui-ïilion de 1718, tout des plus avant.

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M. d'Aguesseau de Valjouaii, conseiller au Parlement, frère du Chancelier, a épousé la présidente de Marcille 1), veuve d'un président du Grand-Conseil de la môme cour, qui étoit soeur du président Baillet. On a été surpris de ce mariage, carceM. deValjouan est un philosophe, qui ne se soucioit derien,etqui dit à son frère, quand il lui annonça qu'ilétoitchancelier.«Qu'avez-vousfaitde l'autre? — (C'étoit le chancelier Voisin, qui étoit mort subitement). — «Il est mort, » dit le nouveau chancelier. Le philosophe acheva une pipe qu'il fumoitet dit : a J'aime mieux que vous le soyiez que iiioi. » S'il a résisté à l'ambition, il a cédé à l'amour, et cela fait voir qu'il faut des passions aux hommes.

Le chevalier de la Rivière, homme de cjualité de Bretagne, bien fait, mais peu riche, épouse une dame de Brissac, très-jolie, mais peu riche aussi ; ils metlront ensemble beaucoup d'amour. Elle est Sevré en son nom, fille d'un conseiller au Parlement, qui a fait un assez mauvais mariage en secondes noces, avec une petite Du Kevest , dont la sœur vient d'épouser l'abbé de Coëtlogon. Brissac, son premier inari, étoit officier des gardes du corps et vieux. Le jeune est chevalier de Malte, et quitte sa croix pour la jeune veuve, qui lempèchera d'aller à Malte pour la citation. On ne parle plus d'amour à la Cour. Plus d'amour, parlant plus de joie. On est fort employé à juger les taxés, et bien des femmes y gagnent. On espère tirer cent millions de cette contribution en papier.

Vendredi IV. — Comte d'Évreux . — Le comte d'Évreux s'est présenté au Palais-Royal, le Régent lui a fait dire qu'il n'avait rien à lui dire. Ainsi, voilà la cavalerie encore rossée. Le soir, il dit à souper à un homme de qualité qui me l'a redit, qu'il ne savoit plus où il en étoit, qu'il étoit allé voir le cardinal et s'éclaircir avec lui, que cela n'avoit rien opéré, qu'il attendoit toujours les or-

(1^ Le mariage ehl du 5 décembre. Elle est morte le 0 janvier 17^3. {i\ot€ posti'iifure de Marais).

a;6 MKMOIHKS DK MVIIIIKH MAKAIS.

dr«« auxijiuls il ohéiroit sur-le-thaini) pour aller travailler et porter son portefeuille chez le premier ministre, mais qu'il ne pouvoit y aller sans ordre, et qu'on pouvoit le dire à tout le monde, atin que le Réuent en ïù\ instruit.

Le inùme soir, le Kégent a donné deux brevets de colonel de ciivalerie. Lun, au comte de Roussillon , jeune Franc-Comtois, amant nouveau de la maréchale d'Estrées, pour qui elle l'a demandé avant de partir pour les États de Bretacne, où elle est à présent.

L'autre, au jeune CoCMuadeuc, comte de hontes, (jui a é[>ousé M"' de lllanjet, et à la recommandation de la maréchale de Hocheiort, dame d'honneur de la Régente et irrand-mère de sa femme. Le comte d'Évreux n'a point eu de part à ces promotions; mais il faut avoir son attache, et la chose sera bien tout de même.

.Mo.NSiKUR LE Blanc. — M. le Blanc, ministre de la guerre, penche beaucou[). On a donné des commissaires pour examiner leseomptesde l'extraordinaire des guerres de la Jonchère. Il retiroil des (juittances entières des ofliciers et donnoit des billets déclarant que le reste, qu'il ne payoit pas, étoit dû. Ces billets perdirent sur la place. On donnoit aussi des billets de banque au lieu d'argent, et des espèces dont on avoit fait le fonds. On dit que le ministre avoit permis cette manœuvre. Le ministre dit cju'il a des ordres du Régent, qu'il lui faudra montrer.

D'un autre côté il y a eu un caissier de la Jonchère (Sandrier qui a été dépêché pour l'autre monde depuis, et qui a été trouvé noyé dans des joncs, sur un bras de rivière, au bas d'une maison de; la Jonrhèie. Tout cela ne vaut rien, et il n'en faut pas tant pour perdre un ministre. M. de Sendilanray fut pendu du tem|)S de François T' |K)ur moins que cela.

VoLKCR-H. — Pendant que hî Parlement juge les cartouchicns et met dehors les voleurs contre (pii la preuve manque, ces coquins vont sur les grands chemins et ont nrr^fté la diligence de Lyon depuis huit jours, tué

DÉCEMBHK 1722. 377

les postillons , et volé tous ceux qui étoient dedans.

Il y avoit un musicien nommé Alarieux, qui jouoit trèsbien de la viole, et qui alloit trouver chez le maréchal de Villeroy à Lyon, chez qui il est. Ils ont reconnu sa livrée, et ont dit qu'il ne falloit rien prendre à celui-là, parce que M. de Villeroy étoit un honnête homme. Tous les autres ont été pillés, et un seul officier a perdu 400 louis d'or qu'il emportoit en son pays. Ne seroit-il pas mieuxde pendretousces voleurs dès qu'ils sont suspectés, puisqu'ils n'ont d'autre métier que de voler pour vivre?

Arouet. — Arouet va en Touraine, trouver M. d'Ussé à sabelleterred'Ussé. Ha vu en passant Milord Bolingbrocke, qui est dans une terre en Anjou, avec M""" de Villette, dont il est l'amant ou le mari. Il a été charmé de l'esprit de cet Anglois, et en a écrit ici une lettre merveilleuse. Aussi a-t-il fort loué son poème de la Ligue, qu'il lui a lu, et qu'on imprime en Hollande, par souscription, avec de belles ligures.

S'il est aussi beau que celui de Racine, nous aurons là deux grands poètes, mais deux petits hommes, car ce Racine, quej'ai vu deux ou trois fois, n'a qu'un esprit frivole et sans goût dans la conversation ; et l'autre est un fou qui méprise les So[)hocle et les Corneille, qui a cru être de la Cour, qui s'est fait donner des coups de bâton, et qui ne saura jamais rien parce qu'il proit tout savoir.

8 décembre. — Mour uk Mada.mk. — Cette nuit, à trois heuresdu matin. Madame est morte à Saint-Cloud. Voilà un deuil pour toute l'Europe, non-seulement de Cour, mais de famille. Elle est bisaïeule du Roi, du moins, femme et veuve de son i)isaïeul par la duchesse de Savoie, fille de Monsieur d'un premier lit dont est venue la duchesse de Bourgogne, mère du Roi. Elle est aussi sa grand'-lante. L'Espagne, la Lorraine, la Savoie^ l'Angleterre, par Ir Hanovre, l'Électeur palatin et toutes les cours d'Allemagne, tout lui tient. Le deuil sera grand et complet de six mois entiers. Elle étoit sursa soixante et onzième année. Le Roi

378 MKMOIRKvS DK MaTHIKH MARAIS.

y jracne pins de r>0.()00 tVus de pension, et il revient au Régent l'iipanaure de Montari;is dont elle jouissoil.

On perd une bonne princesse, et c'est chose rare.

M** DK CiiASTKLis ACCouciiKK. — La comtessc de Chastelus, tille du Chancelier, est accouchée cette même nuit d'un lils. La (^hancelière est venue de poste en poste à Paris. L'avocat général, son fds, a représenté son père au baptême et a nommé l'enTant pour lui. La marraine, la comtesse de Chamant, so'ur du comte de Chastelus. C'est un adouciss^Muent à la disgriXce.

Actions. — Les actions ont monté d'un coup jusqu'à 1,ÎM)0 et -2, 000 liv,, puis elles ont tombé. C'est que M. le lUic en a voulu vendre et que le maître de l'agio les a fait hausser ce jour-là, et laissé quand il n'a plus voulu s'en défaire.

— Un maître des. requêtes, nommé DesbonncUes, qui doit 350.000 liv., à Oursin, receveur-général des finances, taxé à 1,.")00,000 liv. a fait sa soumission de payer les :ir)0,000 liv. en déduction delà taxe deson créancier, suivant Tarrèl qui le permtît. Oursin a payé sa ta.xe de son fonds, et h; maître des recjuétes est demeuré débiteur en argent et déshonoré.

KiMTAPHK DK .MADAME. — On a fait une épitaphe satirique contre Madame :

(*.i-i!rt roisiveté, la mèrn-de tout vire.

<>fia tombe sur elle, (|ui ne faisoit ni bien ni malàpersonni", et sur le héL'-ent, son lils, qui n'<;st pas de même.

— Il s est fait une expérience devant les Invalides, d'une composition qui éteint le feu et qui sera bonne contre les incendies. On a allumé un grand feu de bois ; l'invenleiir a jet*'; sa poudre dans une espèce de grenade, elle a éteint U tlamme et concentré le feu, en sorte que Ton a jiifié par celte épreuve <ju'il sera aisé (ra[)porler du secours aux maisons où le feu prendra, puis(ju'on éteindra la Manime. Le premier ministre étoit présent, et on a

tiré six coups de canon à son arrivée. De là, il est allé à rAcadéniie françoise, ou il a raconté ce qu'il venoit de voir, et il a été procédé à l'élection de l'abhé Houteville, à la place de l'abbé Massieu. C'est le cardinal qui Ta proposé, parce qu'il en a fait son secrétaire, et on ne le croyoit pas sujet académique, depuis son livre de la Relùjion prouvée par les faits, dont le style est de mauvais goiU et d'un véritable précieux. iMais le nouveau ministre peut tout et ne doute de rien. Il a dit au Régent qu'il vouloit travailler sur la matière première ^{in d'instruire le Roi, et qu'il vouloit avoir et voir tout de la première main, sinon qu'il n'y avoit qu'à le renvoyer à Erive ou du moins à Cambrai; il fait le maître et il l'est.

L'abbé Houteville avoit un concurrent qui est l'abbé d'Oîivet de Besançon, autrefois jésuite, sous le nom du père Toulié, qui est son anagramme. 11 a eu dix voix contre onze : le duc de la Force, qui lui avoit promis la sienne, a changé d'avis dès que le cardinal a paru incliner pour l'abbé Houteville, et six autres ont fait de même. Ce monsieur d'Olivet m'a dit avoir fait l'Histoire de r Académie, depuis le temps où M. Pélisson a fini, jusqu'en 1720. Hardi quicotujue le suivra. Il n'appartient pas à tout le monde d'être continuateur de Pélisson.

La harangue du cardinal et celle de Fontenelle ont été données au public. Celle du cardinales! bonne, d'un bon style et très-noble. Fontenelle a parlé dans le style moderne ; il y a de l'esprit à chaque mot, et ce n'est pas là le bon Voilà l'époque arrivée à la décadence de notre langue qui est dans la bouche des Sénèque et desLucain françois. Dacier y est loué ironiquement, en disant (ju'il avoit trouvé l'art de se rendre nécessaire à Horace, Platon et Plutarque. L'esprit de négociation y est assez bien développé, et il y a une heureuse application du cardinal d'Ossat, qui ne venoit pas de grand'chose, et qui a si bien manié la politique. Nos traités de paix des règnes passés

380 MKMOIUKS DK MATMIKll INIAK VIS.

y sont tlcpriiius oomiiu' îles ouvrages ilc troni[)oi'it' el de di>>iiuulalioii, pour tdever ce qu'a fait le cardinal, et ainsi les êlran;;ei*s vont avoir gain de cause contre Louis XIV. 1^ cardinal est aussi loué sur ce (juil a fait dans la Conslilulion. «t il y a hien des subtilités sur l'esprit de religion. 1 . Koi est maigrement loué, et tout revient toujours au premier ministre (jui l'instruit et (jui travaille avec lui; on lui dit: « Vous vous retuiez inutile le plus que vous pourrr, » c'est à-dire en langage qu'on entend, (pi'ila|)[)rend tout ce qu'il sailau Koi, et lui mot dans la tète ces mêmes principes, en sorte que le Koi paroit faire tout de luimême. Langage faux, précieux et guindé, si éloigné du naturel que les Hollandois ayant fait imprimer cette harangue dans IdGazelte, ils ont cru bonnement qu'il y a voit faule d'impression, et ont mis utile au lieu d'inutile.

Décembre. — Princesse et duciiessk. — Au convoi de Madame, à Saint-Denis , il y a eu une grande discussion entre .M'** de Charolois, princesse du sang, qui en faisoit lt> honneurs, et la duchesse d'Humières, (jui l'acconq^agnoit. La duchesse a voulu marchera ccMé d'elle, lii princesse a pris deux écuyers des deux cotés et a ainsi empêché rapproche de la duchesse. Lorscju'il fallut s'agenouiller, la duchesse amis son carreau au môme rang de la princesse, qui lui a dit d'un ton très-h;iut: «(ju'elle vouloil donc se mettre au-dessus d'elle? » elle a répondu (lu'clle se nietloit à c6té et (jiie c'étoit son rang. On a appelé M. Dreux, maître des cérémonies, (jui a dit (piecétoit la rri:le, La princesse n'a point été contente, elle a écrit au retour une lettre très-vive au Kégent sur le respect «pi'on jMTdoil a la mais(jn royale et sur les usurpations des ducs. (i« tie affaire u renouvelé la (juerelle des gentilshommes et feriirnes de condition et desducs et duchesses. Le comte de Charolois u dit que si (]ucl(|ue duc venoit chez lui, il le feroil jeter par les fenêtres. On ne parle pas de moins que dViler toii.s les honneurs aux <lu(!s, le Koi en étant le mallre. I^duc de Saint-Simon n'est point venu au Louvre

DECKMRRK 1722. 38!

faire les compliments au Roi sur la mort de Madame à cause de cela. M. de Bauffremont et W. d'Alègrc ont demandé permission au Régent de draper comme les ducs ; il leur a dit : « Vousme ferez honneur et plaisir. » Il est certain que les princes du sang sont dans un ordre séparé des autres, et que, même dans les familles ordinaires, toute la famille passe toujours la première au convoi et sans mélange.

Fagonade. — Il a paru ces jours-ci une satire contre M. Fagon, qui a pour titre la Fagonade. Le poëte y a mis toute la force et la vigueur de l'esprit satirique, et a fait un chef-d'œuvre de noirceur et de malice, qui doit bien irriter celui contre qui elle a été faite. Bien des gens croient que Rousseau en est auteur, et qu'on lui a envoyé 200 louis d'or pour la composer. Elle est de Tahbé Margon. Le Régent l'a lue, et a dit que c'étoit un diable qui l'avoit faite, mais que ce diable devoit être dans le corps de M. Fagon. C'est le bureau des taxes, qu'il préside, qui lui a attiré cette horriljle poésie. H y a dans les OEuvres de Rousseau une francinade et une Picade du même iioiit, contre Francine et Tabbé Pic. Autrefois, on se pendoit de désespoir contre dépareilles pièces. M. Fagon ne fera qu'en rire, car, dans huit jours, il n'en sera plus question. Je la uiettrai à la fin de cette année y pour la conserver comme une pièce rare en ce genre, et pour montrer jusqu'où la fureur de l'esprit mordant et calomnieu.v peut se porter.

M. LE Blanc. — J'ai su que M. le Blanc se rétablit, que le duc de Chartres ;t dit qu'il ne pourroil travailler avec un autre, que le cardinal lui a fait une sorte d'excuse sur les lettres écrites aux trésoriers, et que M. le Duc, qui est contre lui à cause de M""' de Prie, lille de M™' de Pléneuf, (jiie M. le Blanc aime toujours, et que sa fille n'aime pas, aura bien des affaires s'il veut toujours être contre lui.

15 décembre. — Le cardinal de Bissy a publié trois volumes in-4." de mandements et autres ouvragessur la Cons-

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titiilion. ouvrages obscurs, confus et sans lumières, mais il soutient toujours k* parti de ceux qui Tout fait cardinal et abbé de Saint-(iermain des Prés. Un lioinme savant, (jui a examiné ces livres, y a trouvé plusieurs propositions conti-erautoritédu Roi, les libertés de l'Église Gallicane, I»* pouvoir des Parlements et contre le Papo môme. Il en a fait un écrit, portant dénonciation, en V articles différents, et cet écrit, dont on a tiré 300 exemplaires, intrigue beaucoup la Cour, le clergé, le Parlement et Rome, il a été porté au procureur général par un ecclésiastique, qui a offert de le signer. Le procureur général l'a rendu et a dit qu'il ne se mèleroit point de cette affaire : il est devenu jésuite et ihfaillibiliste. Cette pièce est attribuée à M. Mainguy, conseiller de la Grand-Cbambre (jui l'a déni» romme beau meurtre en public, mais je sais qu'en p.irticulier il l'avoue, et qu'à un diner à l'Institution de l'Oratoire, il lui échappa de dire : u J'en trouverois encore biend autres, si je voulois, à l'ouverture du livre ». Ainsi, la guerre n'est pas encore finie, et malgré l'éloge de Fontenelle, lecardinal, surcetteaffaire,aencopeàqui parler. On m'a dit que Fontenelie, quelques jours avant sa harangue, lui dit : a Monseigneur, dépèchez-vousde vous faire recevoir,car ma harangue ne vaudroit plus rien. » Il avoit en vue ce qu'd dit de Vtnchainemeni de l Europe que if cardinal avoit su rendre comme immobile. Et on a des avis qu elle sti remue, à l'occasion de Florence et d<' Padoue, ({ui ne veuh-nt pas s'en tenir au traité qui les fait tiefsderEnq)ire. L orah-ur ne vouloit pas étredans le cas de l'abbé de Polignac, qui insultoit dans sa harangue en 170V, à sa réception, les Puissances-Alliées. « Vous voulez donc la fjuerrc^ peuples insensés, eh bien! vous l'aurez, mais au fond de vos provinces sera la consternation et le riirna^e,dis«iit-il M.Elce même an, nous penllmes la batailb; dlIfxhsUMlt.

'lOdf^rnnhrc, — M* la duch^'SM* d liiuiinres a reçu ordre du R<ii (\t: faire di*s i'xcum'h à M '' rh» Charolois, ce

DFCEMBRK 1792. 383

qu'elle a fait d'une manière assez légère, mais dont la princesse s'est contentée. Cela ne unit pas l'affaire des ducs, qui est toujours en balance.

État de la France, 5 volumes. — Il paroit sur la tin de celte année un Èlal de la France en 5 volumes in-1-2 ; on y a fait entrer l'histoire et la fonction de la plupart des charges, mais ce livre n'a pas été fait sur des mémoires bien exacts, et j'ai vu bien des fautes sur la charge de Grand écuyer. sur lequel j'ai fait un Mémoire qui serviroit bien à corriger cet article. C'est le père Ange, augustin déchaussé ou Petit Père, qui a travaillé sur cet Etat de la France. Le 5* tome n'est presque qu'une table alphabétique, qui est très-commode, et ce goût des tables rend utiles ces sortes de livres qui auparavant étoient hors d usage. Ce même père travaille sur l'Histoire des grands officierSj donnée parlepère AnselmCy son confrère, et augmentée par le sieur du Fourny. Mais nous ne verrons cela de longtemps. Bayle a bien remarqué qu'il est singulier qu'un moine retiré du monde .*=oit si bien informé des maria^res, des enfants, des morts, de tant de généalogies.

M. le comte d'Esclimont Gabriel-Jérôme de Bulliom, qui est revêtu de la charge de prévôt de Paris, m'est venu trouver pour lui faire un mémoire sur sa charge et prouver qu'il a droit de voix délibérative au Chàtelet et d'y présider quand il lui plaît, et y opiner. Par le travail que j'ai fait, j'ai trouvé que cette charge est très-ancienne, très-noble, qu'elle a de très-beaux droits, que proprement le Roi est le prévôt de Paris, qu'elle ne cesse point, puisque M. le procureur général est le garde de la prévôté, le siège vacant, qu'il a une séance aux lits de justice aux pieds du chambellan, et qu'enexaminant bien les ordonnances, il a le droit d'opiner qu'il demande. H y a eu des prévôts de Paris dans le règne de HugnesCapet et il y en a toujours eu depuis. Nous en avons un catalogue fait par le Féron, augmenté depuis par Godefroy. J'en ai vu

3S4 MKMOIRKS OK MATIIIKI' MAHMS.

un evt'inplain' voiunit i\c \:\ liihiiDthocjue de M. Haluse, (|ui étoit pK'in ilf notes inaïuiscrites (juon dit (''tre de M. Ilautin. eonseillei- au (lli;\telet , <'t je l'ai aussi noté M. le lieutenant civil [)erdi'()it une partie des honneurs de sa eharije, si le préviM de Paris ohtenoit ce (ju'il deinamle. Le dais qui subsiste toujours au (IhAtelet est trAsleniarquaMe. Le narlenienl niènie n'en a point, et on n'en met au l'alais que (|uand le Koi vient tenir son lit tie juslice. Ainsi le CliAtelet est connue la justice ordinaire du Hoi, et le i>révùt de Paris est son juge. M. le comte d'Eseliniont n'est pas encore reçu, il s'est fait recevoir licencié en la Faculté de droit pour tortiller son droit d'opiner comme iiradué, et à la Cour et à la ville on est bien aise qu'il réussisse. C'est un homme de mérite reconnu à la L'iierre, il est colonel du régiment de Provence, et il s'est instruit de tout ce (jui tient à sa charae depuis deux ;ms, et est en état de l'exercer. J'ai fini mon Mémoire le *2Vdécend)re.

{'} décembre. — Airèt cpii commet le sieur le Fèvre , pour délivrer des (juittances de finance du rachat des bou»'s et lant<Tnes. Ce rachat avoit été ordonné par arrêt du mois d'août 170V. Il a eu son effet, maison n a pas retiré h*s (juittam^es de linanee ci on les veut donner aujourd'hui. Hien entendu (pTon payera un droit de contrôle de cha(pnt fjuitlance

Auln* arrêt du nirmc jour, qui dit cpie les villes et communautés ne payeront pi us les intérêt s de leurs débits qu'au denier 50, à comnieneer du T"" janvier 1721. Ce même nrr^'t jiorte (jue les deniers patrimoniaux et octrois des villis MTonl employés i\ payer : 1" ces arrérages ou intérêts : •i'ies ^af;e« des ofliciers créés par ledit d'aoTit 172*2 (ce sont ciîH nouveaux officiers municipaux rétablis ; on ne Muroit où prendre leurs gages, on les fait payer pai* les villes et il n'en coûte ri«'n au Koi) ; T le surplus au rem- Uiursement des débits.

Anli •• .1» i»'l du 15, (pii permri dr l.ure sni tu* (hîs armoi-

res^ parquets et lambris hors du royaume, ne les ayant entendu comprendre dans la défense de faire sortir des bois.

20 décembre. — Deux arrêts. L'un qui commet Simon Camery, pour le recouvrement des taxes de la Chambre de justice,, qui n'ont point été payées en exécution de la déclaration du 18 septembre 171G, supprimée en mars 1717. Tout cela avoit tourné en taxes dont la plupart n'ont pas été payées. L'autre commet des commissaires pour la vente des biens des taxés^ et permet d'acquérir et de payer les taxes en effets royaux.

Commissaires.

Conseillers d'État : Maîtres des Requêtes :

MM. De la Bourdonnaye, MM. Baussan,

Fagou, Angran,

Mac'hault, • La Vigerie,

d'Orniesson, , Kegiiault,

de Harlay, Fontauier et Talhouët.

de Gaumont.

22 décembre. — Le président Le Camus, Premier président de la Cour des Aides, veuf depuis deux mois, vient de se remarier et a épousé M"" le Maitre, iille du conseiller de lai'", unique et riche. Ils viennent du premier président Le .Maitre dont nous avons des traités de droit et qui l'étoit en 1531. Il sappeloit Gilles, et on dit d'eux que les le Maitre s'en sont allés et que les Gilles sont restés; c'est qu'ils sont sans esprit. Il y a eu encore un célèbre président le .Mjiltre, du temps de la Ligue, qui fit rendre ce fameux arrêt du 28 juin 1593, par lequel la couronne de France fut conservée dans la maison de Hourbon, et la loi salique maintenue dans le royaume. (Blanchard, Des Présidents à mortier, 39 et 337.)

2'* décembre. — Pkinck de Co.nti. — M. le j>rince de Conti et M""" la princesse de Conti ont reru chacun une lettre de cachet, pour demeurer dans l'état où ils T. II. '2'»

386 MKMOIRKS OR MATIIIKU MARAIS.

Mnitjusiju'à laniajorilô. Auquel temps h» Uoi déclare qu'il se fora iiislruire do leur pi'oi'ès(|n il évoque A lui, ei qu'il jour reudra justice. Aiusi, le niaii ne pourra reprendre Si» femme, (jui restera dans son eouvenl, et la femme ne pourra api)eler de la sentence qui la déboute de la séparation, l.e Hoi peut bien être juge dans sa famille, et cela est juste. Le prince se préparoit A enlever sa femme, parce que les six mois du couvent étoient expirés, et elle disoit qu'elle se metlroil toute nue (juand on viendroil pour la prendre, et qu'elle ne croyoit pas qu'aucun osAt mettre la main sur elle. M. le Duc, frère de la princesse, n'a pas nui à ce^ lettres de cachet. 11 y a justement un an (jue la querelle est arrivée, car la princesse se retira d'avec son mari le jour de No('l 1721.

FoNTKNKLLK. — La haraugue de Fontenelle n'est trouvée bonne nulle part, pas même par ses amis, les modernes et les guindés. Il compare, en un endroit, les lettres et dépêches du cardinal d'Ossat, que nous voyons, aveccellesdu cardinal Dubois que nous ne voyons point. Mais il dit que les siècles futurs les admireront et il lui dit : « Fiezvous-y, Monseigneur, etc. » et une femme d'esprit, en lisant cet endroit, s'écria sur-le-champ : Nage toujours et ne fy fie pas. »

Le marquis de Beaufremont, ([ui a été ;V la bastille deux ou trois fois pendant la Régence, dit au cardinal Dubois, qu'il avoiltrois chosesà lui demander : « la première, permission dalleren P^spagne, où le roi d Ks[)agne faisoitdes granfls et (pi'iléloit de naissance î\ pouvoir en être. — Le cardinal lui ditqu'il faisoit un trop vilain tem[)s pourvoyager; il répondit qu'il ne craignoit ni les bains ni les mauvais chemins. — Fh bien î dit le cardinal, vous n'irez [mintet je ne veux pas. Voyons la deuxième. — Je demande A Votre Éniinenc<*, puisrpic h; hoi fait des cordons-bhuis, à pouvoir «^trc du nombre. Je suif* de naissance i\ resi)érer. — Le cardinal lui répondit qu'il étoit vrai que sa maison étoit glande, mais qu'il y avoit cent personnes plus anciens

que lui, et qui avoient des charges et des services à qui ce rang étoit dû, et qu'ainsi, il falloit remettre cela à un autre temps. — Accordez-moi donc la troisième, dit le marquis. Puisque je né puis avoir d'honneurs, rendezmoi mon hien. J'ai été ruiné au visa, faites-moi donner des rentes pour celles que l'on m'a ôtées; à quoi le cardinal lui répondit : — Passez dans mon cabinet, vous verrez qu'il est plein de placets où on me demande la même chose, et je ne puis rien changer à ce qui a été décidé. Ainsi se départit le marquis, très-mécontent, d'avec le premier ministre, qui ne pouvoit répondre mieux à ses questions.

En travaillant au Mémoire du prévôt de Paris, j'ai trouvé que pendant la Ligue le duc de Mayenne avoit nommé pour prévôt de Paris, après Antoine Duprat, mort en 1590, Charles de Neuville, baron d'Alaincourt, lils de Villeroy, secrétaire d'État, qui fut reçu en ITuiversité le 13 juin 1592, où on lui donna les titres de « nobilissimus, ctchirissimuset sanctiPreligionis cath. acerrimus pro|)ugnator », et (ju'il avoit été roru la veille, le 12juin, an parlement et installé au Chàtelet le même jour. Cette réception se trouve tout au long dans les registres de l'Université, mais elle n'est point ni au Parlement ni au CluUelet, d'où l'on a ôtétoutce qui s'est fait du temps de la Ligue. L'auteur du curieux Joi//'/ja/ de Henri III cl de Henri I]' n'a pas manqué d'en parler, avec son sel ordinaire. « Le vendredi 1*2 juin 1592, d'Alincourt, fils du secrétaire Villeroy, lit à la cour s(;rment de prévôt de Paris et fut mis en possession parle P. de Hacqueville, accompagné de quatre conseillers. On disoit que son grand-prre étoit un greffier. » Ainsi, ITniversité ligueuse élevoit fort la noblesse de d'Alincourt, mais l'auteur n'en parle que comme du petit-fils d'un grel'lierdu Ch;\t(;let. Féronne l'a pas mis dans le Catalogue des prévôts de Paris, et on a mis ;\ sa placeM.de LaGuesle, procureur général, le siège vacant depuis 1589 jus<prau T' octobre l(i9V, cjuc fut vorn

S8ê MKMOlR^:S DE MATHIKU MARAIS.

M. Jacques d'Aumont, (ils du maréchal dWiimont. VoilA une lK>niie preuve que les Villeroy étoient ligueurs et (juils ne viennent pas de loin.

La princessi' desUrsinsest morte à Uome; son neveu, le comte de Clialais, qui vient d'épouser M*"* de Cany, ayant encore son père vivant, n'hérite pas du douaire. Le mari de cette princesse mourut trés-pauvre, dans un petit villaire proche Venise; on ne lit pas urandcas de sa principauté que le roi d'Espagne lui avoit accordée.

Fagonade (1).

Connoissant par sa prescience

Qu'un jour l'hérétique licence

Rejetteroit avec orgueil

1 11 décret, lancé du fauteuil

Du |)ape Clleineut, ce saint honune,

S'il eu fût au siège de Rome,

Et qu'on préféreroit Quesnel

Au vicaire de l'Eternel,

Dieu résolut dans sa colère,

Par la peste et par la misère,

De châtier cet attentat.

Et pour corri^'cr l'apostat

l'ar un châtiment plus sévère,

Voyant égarés dans Paris

Et les pasteurs et les hrebis,

H fit élever par avance

lu monstre au nnlieu delà France,

Qui pût devenir le Héau

De la cx)lere du Très-Haut.

Dn vieux médecin cacochyme L'engendra par l'ordre des cieux ; Il ne \ivoil (]ue de régime, EMéime, bossu, hidrux, I^ démarche d'un (juadrupede, .Sa figure sembloit un zede ; Lue fon't de noirs cheveux,

1} rHlp pièce e«l tic TablM' Marron. {Sotr.df Marni».)

Entourant son crâne et sa face, 11 effroyoit la populace.

Chacun croyoit à son abord, Voir le. squelette do la Mort.

Son épouse, plus hypocondre, Craignant toujours de se morfondre, Jamais n'entr'ouvrait ses châssis Aux jours les plus beaux de l'année.

Et dans sa. chambre renfermée, Inaccessible aux vents coulis, Ne vivoit que de l'eau de riz.

Que de rhubarbe, que de manne.

Son corps éthique, diaphane.

Ne digéroit ses aliments Qu'à l'aide des médicaments.

Rarement lubriques symptômes Animèrent ces deux fantômes ; Dieu permit cependant qu'un jour.

Moins aiguillonnés de l'Amour Que du désir d'avoir lignée, Ils jouirent de Thyménée.

Et de ce beau couple amoureux Naquit cet enfant malheureux.

Qu'à nos crimes toujours funeste, Donna la colère cél'Ste.

Tous les sels les plus corrosifs.

Les plus après, les plus actifs.

Sucs de toute plante en racine, Élixirsdela médecine, Et de ses infirmes parents î>es ordinaires aliments.

Passant dans leur progéniture, La substance qui l'engendra.

Mixte de toute humeur impure, Est déjà le fatal augure, Des grands maux qu'elle répandra.

Au venin qui bout dans ses veines Se joignit l'esprit d'Attila, Et sur lui l'enfer exhala Du souffle impur de ses haleines Les sept fameux péchés mortels.

Les sentiments les plus cruels Des âmes les plus inhumaines.

890 MKMOIRKS DK MATHIEU MARAIS.

Nulle vertu île sesayeux, St's pareuts dans un corps hideux Portant un eœur droit et sincère ; Tous leurs soins ont été trahis, Kt les dilïorinites du père Ont passé dans Tànie du (ils; Keprouvé, maudit dès Teufance l'ar les auteurs de sa naissance, LMfie lit croître ses défauts. , Inhabile à toute science, On réleva dans les bureaux, Au grimoire de la finance, Car si par un fatal destin .

Il fiU devenu médecin, Pis que peste, famine et guerre.

On l'eût vu dépeupler la terre.

Mais par le dccret du Seigneur, Qui ne veut la mort du pécheur, Il le fit naître en cet empire, Pour dépouiller, non po(u* détruire.

Pour ces odieux tribunaux, Source de misère et de maux, (Chambres de taxe et de justice, Vux JM^es retrancher Tépit^*^, Kt le salaire au serviteur, Rendre un créancier débiteur, Mettre un innocent dans les chaînes, favoriser les trahisons.

De proscrits peupler les prisons, Innover tortures et gènes, Récompenser les tours subtils Des délateurs, des alguazils, Donner d(s avis lioniicides.

Pour acciunuler les subsides.

Sur ti»ut état, sur tout labeur, Susciter collecteurs avides, Qu'on verra sur nos champs arides.

Porter la faim et la terreur Dans ces cabanes ruinées, In lever des gerl)e8 glanées.

Prix de la su«ur et dii sang De ce» veuves abandonnées.

Qui nourrissent de leurs journées

DÉCKMBUE 1722. 391

Les truits malheureux de leur Jlanc.

Abusant du pouvoir suprême, Soutenir que par ce moyen, Le Roi rapportant à lui-même, Le quint, la dîme, le centième, En prenant tout ne devra rien.

Que de maux fera-t-il encore, Que de revers, que de malheurs !

Non, de la boîte de Pandore On vit exhaler moins d'horreurs.

Pour voiler aux yeux du vulgaire L'âme cupide et mercenaire De ce monstre exterminateur.

Dieu lui Ut un front séducteur.

Où, sous le masque d'hypocrite, De mine basse, hétéroclite, iNloins un homme qu'un embryon.

On voit l'esprit de faction.

L'avidité, la fourberie.

L'air dissimulé, patelin.

Le ris sardonique et malin; Tout bonheur l'aigrit et le choque, Les jours qu'il passe sans époque De quelque désastre fameux, Sont pour lui des jours malheureux.

Voit-on naître sur son visage Certain air de sérénité, Tremblez, mortels, il vous présage La publique calamité !

Se voit-il déjà sur les tracer»

Des Colbert et des Desmarests, Arriver aux premières places, Parles routes des liourvalais?

Dissimulé dans ses projets, 11 aspire au temps favorable D'un gouvernement plus durable.

Pour être par autorité Méchant avec sécurité.

Dans une si cruelle attente La rage éclate malgré lui, fout ra^ite. tout le tourmente,

805 MI.MOIIil S DK MATHIKII MAKAIS.

5>o vovanl mluit .nijourd'luii A f;«iie !»• mal par nutnii.

Keiî.irdez n» front anathème Pc liel v[ (le bile pétri, NVsl-t«' pas l'Knvie elle-iiK'ine, Au sombre regard, au teint blême.

Qui dévore son ccrur flétri?

SouNcnl, pour .iinener au i)iége,

(iaeliant ses fiuiesles desseins,

Il flatte, recherche, protège

(leliii qui veut prêter les'mains

Pour dépouiller tous les humains.

Alais, par un (iernier sacrifice,

Tous ces fauteurs de maléfice.

Qui par hii semblent protégés.

Seront, pour prix de leur service.

De sa propre main égorges.

Kniin, le ciel dans sa clémence.

Kxauçant nos cris et nos vœux,

Fn jour délivrera la France,

De ce mirmidon furieux.

Si cette ville plus soumise.

Sans faire schisme dans TÉglise,

Accept*' d'esprit et de cœur

Le décret du premier pasteur.

Le bras céleste qui nous frappe.

Ne répandant que des bienfaits,

Trouvera son arc et ses traits

(.outre l'avorton d'I'seulape.

Kt pour que les noires vapeurs

Des |)rincipes enipoisonneurs,

Dont sa chair fut toujours empreinte,

Ne pestifcrmt liuiivers,

.S'il éloil mis en terre sainte.

Qu'un démon sorti des enfers,

Quand il rendra son Ame an diable,

K.mportanl soudain dans les airs

Olle charogne abominable,

ImI Jette nu fond du lac croupi,

\ii\ di'^Tls du Mississipi. iu:r. I7l*l'.)

DÉCEMBRF 1722. 393

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