‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 4)Chapitre 49 sur 55 · S96 MKMOIUFS DR MATHIEU MARAIS · texte numérisé non relu

S96 MKMOIUFS DR MATHIEU MARAIS

considt'Tatioii . qu'il avoit conviées à nianger chez lui. Vi)ici le lait tel iju'il le raconte (1) :

AmELOT I)K la HorSSAYE. — MkMOIUKS lIISTOUIOrES. —

1^ livre d'Ainelot est surprenant pour la hardiesse avec latpielle il attatpie les plus grandes maisons du royaume; le style est fort, tr^s clair et dit bien ce qu'il veut dire. Ce sont de bons coups de poignard. Les Bouillon ne trouvent pas lA leur compte, avec leur principauté d'Auvergne. Les Luynes sont bien heureux que le connétable soit mort jeune. Les Laubépin se sont entés sur les Laubépin d'Orléans. La Feuillade n'est point d'Aubusson. Les iiélhune-ChîUillon ne sont point ce qu'ils disent. 11 y a un portrait affreux de la reine Christine, qui faisoit profession d'athéisme, et qui lit la fortune à Bourdelu, médecin, et à un chirurgien qui la faisoient avorter. Bossuet, l'évéque de Meaux, entreprit l'archevôque de Cambray, par jalousie, et non par religion. Les Harlay ont écartelé d'armes, qui ne sont pas à eux. Mézeray a vendu aux d'Kffiat un bisaïeul qu'ils n'avoient pas. Le marquis de la Kiviére, gendre de Bussy, est petit-fils d'un lacjuais qui trouva et rapporta un billet de 800,000 livres , après la mort du maréchal d'Ancre. Les Valencay descendent d'un valet de chambre d'un duc de Bourgogne, à qui il vola ses piiTreries après sa mort. Les Monchal viennent d'un apothicaire d'.Vnnonay, en Vivarais; la fameuse M""^Cornuel avoit eu un enfant avant son mariage. Le duc de Lude, en é[)Ousant une Feydeau, dit qu'il s'étoit réfugié dans une l>outi(pie parce que ses créanciers le vouloient mener à 1 hôpital. Nogaret est moins que rien, le cardinal

(I) Voir *ur cette aoecdole Icm llixloriettes de Tnllrmanf des Hi-aux et

î' ■' %ur lr% rriffun par DihIoh. ('clni-ri, a propos ilii f.islf

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de Frustemberg étoit un milord avec les femaies et n'est parvenu que par elles. Les Clermont ne sont point Tonnerre, l'évèque de Noyon étoit fou de sa maison dont il est rapporté mille traits. iM. Colbert vouloit être noble et descendre de loin; l'archevêque d'Aix, Cosnac, étoit un intrigant, le comte d'Egmont épousa sa nièce, c'est la première fois que les d'Egmont se sont mésalliés. 11 y a deux grands articles fort travaillés sur la maison d'Autriche , où il y a de bonnes choses sur Charles-Quint et don Carlos et les ministresd'Espagne, et aussi sur les électeurs. On trouve des particularités curieuses sur la marquise de Verneuil, maîtresse de Henri IV, et la conjuration qu'elle avoit traitée en Espagne, dont un nommé Chevillard (bisaïeul maternel d'Amelot), qui fut arrêté à la Bastille, portoit le traité sur lui, qu'il mangea. Il sort des traits piquants de tous côtés dans ces iMémoires hardis. Ils sentent bien l'esprit d'Amelot, qui étoit mordant et observateur de malignités. Il y parolt dans ses notes sur Tacite et sur les lettres du cardinal d'Ossal, dont il a procuré une édition plus ample. Il a aussi traduit l'histoire du concile de Trente de Frappaolo. Ces Mémoires sont alphabétiques, et ce qui en est imprimé va jusqu'à la lettre F. Si on donne la suite, toute la France y aura son paquet, et ce sera un beau recueil d'anecdotes. 11 cite souvent Vllisloire de Venise du procurateur Mani , qui en effet est très-bonne, et où il y a de bonnes remarques sur la France (1).

(I) Cette première partie des Mémoires parut pour la preuiière (ois en 172?., 9. V. in-8". Klle fut réimprimée en 1737 et 1741. 1..I' père Niceron ilil qu'Auielot n'était pas l'auteur de tout l'ouvrage. La seconde partie n'a jamais vu le jour. — Kemaïqiioiis en passant le rdgoùt particulier «pie Marais, en sa «pialité de lé;;iste et de bourgeois, trouve à ces révélations scandaleuses «pii rappellent le mot pliilosopliiipie de la Feuillade: « Il n'est pour si bonne maison ipii n'ait sa « p.... ou son pendu. •> Le pamplilet <iu président de Novioii, in>eredans \iif> Mémoires de Hkhelieu, par Soulavie, et |)ublie aussi par la Revue re/rospectiie contre l'origine de la plupart des ducs et pairs a été réfute dans les .ï/cmoiiTs de Uicbelieu eux-mêmes, et, plus tard, a été repro-

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(1aui>i>al Lkuoi>. — FoioiiKUKS. — On ne })arlo que lies brutalités du premier ministre. M""' de Feu(|ui(>res, autrefois M'"" Minnard , fille du peintre , lui demandoit (juelipie irrAee; il répondit :Je suis aicablê ((affaires, et il

faut encore (jue des p viennent m'embarrasser. Elle

lui répondit : Monseigneur, ne parlons point (tapasse, vous 1/ perdriez plus (jne moi. Le ministre rentra un peu en luimême, renvoya prier •\ dîner où elle vint, et voulant excuser son humeur, il lui dit (ju'il n'en faisoii pas moins du bien à ceux qu'il maltraitoit : — Si cela est, iMonseiirneur, vous m'en devez faire beaucoup; » et aussi l'a-til fait.

On s'est souvenu du distique ou ëpitaphe fait après la mort du cardinal Mazarin :

Oi-gîtrKmiiu'Uce di'uxicnie, Dieu nous garde de la troisième !

Voilà la troisième venue, et la prédiction étoil i)onne.

Ia* Parlement n'a pas bien reçu M. Dreux, grand-maiire des cérémonies, qui a voulu visiter la Grande -Chaud )i'e pour savoir si elle seroit en état à la majorité. Us prétendent (jue c'est leur droit. Le par([uet a été trouver le cardinal pour l'en informer. Il leur a dit que c'étoit une chicane, que le Uoi tenoit s«jn lit de justice où il lui plaisoit, que des ofliciers y faisoient leur charge, que le Parlement ne tenoit son autorité que du Hoi, (ju'ils prenoient mal leur temps de rindis[)oser (juand il va être majeur et (jue s'ils continuoient, il les rendroil si petits, si petits, qu'ils en seroienl étonnés. S. E. , contant ce di.scours à un ami lui dit : « lis n'éloient pas contents , il y avoit l;\ un [Hîlil d'A^uesseau <jui jiorloit sur son visHL;c toute la mauvaise volonté de son père ». C'est le jeune M. d'Aguesseau,

I' • iil pai lrbil)lio|iliilr Jiiiub. (/><Aâit';7ti//o/<s

•icr r Histoire de France.)

avocat général, el cela fait voir que le chancelier n'est pas prêt à revenir prendre les sceaux.

Va-t-en voir s'ils viennent, Jean, Va-t-en voir s'ils viennent.

L'abbé DANGEAr mort. — L'abbé Dangeau est mort le 4. 11 etoit de l'Académie i'rançoise et étoit fort âgé. Il n'a jamais écrit rien de bon; c'étoit un difficultueu\ ridicule sur la pureté de la langue, aussi bien que le marquis de Dangeau^ son père. Laine avoit fait sur eux ce quatrain :

Je sens que je deviens puriste, Je plante au cordeau chaque mot.

Je suis les Dangeaux à la piste ; J'ai bien la naine d'être un sot.

11 a résigné son prieuré de Gournay à l'abbé Alary, qui montre l'histoire auKoi. Alary le père étoit un charlatan el un chercheur de pierre philosophale, qui a laissé un fils honnête homme et savant.

Cardinal dk Bissv. — Le cardinal de Bissy a fait une nouvelle lettre intitulée : Lettre Pastorale sur la Constifution oùWd parléde rinfaillibilitédii Pape en cardinal, du droit des bulles dogmatiques qu'il dit avoir force du jour de leur publication, et il n'a pas eu grand égard aux arrêts des cours sur cette constitution. Aussitôt^ il s'est élevé un dénonciateur qui en afait une dénonciation à M. leprocureur général et qui a bien expliqué la matière qu'il a réduite à quatre points. Il l'accuse : 1" D'avoir autorisé et approuvé les lettres Pastoralis officil que les arrêts ont déclarées abusives. 2° D'avoir soutenu l'infaillibilité du Pape, de droitdivin, et d'avoir produit des mandt'ments d'évêqnes étrangers pour l'établir. .T D'avoir nié les modifications mises par les arrêts à l'enregistrement, '-t-^ Pour avoir attaqué les droits du Koi dans la publication des bulles.

11 ne man(jue à cet écrit que d'être plus serré. Du reste, les principes en sont bons, et le cai-dinal y est passable-

^0<> MF.MOIIlb:S DE MATHIKU MARAIS.

iiUMil lurlupiné. L'auteiii lait iiiu' ohjoctioii sur ce qu'il ne falloit pas tirer celte intVactioii de Tobscurité où elle étoit et où toinl)ent tous les ouvrages du cardinal, et qu'il falloit abandonner au mépris. H répond (jue le mépris est vraiment une peine attachée inséparablement aux mauvais ouvrages, mais que oehii-ci mérite une correction parce tpril attaque l'autorité royale. Cela n'empêchera pas, dit-il, cpron le mé[)rise. Le dénonciateur dit qu'il n'est ni magistral, ni théologien. On sait pourtant, à n'en point douter, que l'ouvrage est de la main de l'abbé Mainguy, conseiller de la Grandc-Chandn'e, qui a bien dit là des secrets de la cour, et qui s'est trahi par son style dilïus et trop éloquent, pour ne pas dire déclamatoire. J'ai déjà parlé de cet ouvrage dans un article du mois de décembre 1722. Mais la 2'" édition qu'on en vient de faire ma fait faire ce 2'^ article. Notez qu'à la lin il y a une dénonciation particulière à iM. le garde des sceaux sur ce que le cardinal de Bissy a joint ù son instruction deux volumes qu'il assure être bons, uiais qu'il n'a point lus, et qui n'ont été approuvés par aucun auteur. On lui demande s'il a ce droit comme cardinal, en vertu d un bref du Pape ou par quelque décret de l'Inquisition. S il est pour toujours ou pour un temps, s'il s'étend à toutes les mati«*res théologi(iues ou s'il est borné à la Constitution; si le droit d'a[)prouver des ouvrages sans les lire ne durera que tant que ses grande s occujiations substiteront. Knlin , le dénonciateur se joue du bonnet de cardinal comme d'une niaioltc. Je ne dois pas(|uc cela plaise beaucoup à Home.

C.\Hin>AL 1)1 BOIS. — Le pnîmier ministre n'est pas toujounmccup«î aux affaires, il a des plaisirs secrets et nocturnes. On lui mène des Vénus à juste prix, (lu'il contente le moins mal (|u'il peut, et les renvoie le matin avec leurs habits dans une garde-robe, d'où elles s'écoulent. Il se relève la nuit pour travailler, [mis retourne à sa nialInfSST, puis n-vient au Ir.'iv.iil, el doit rpiMiid il plaît

au sommeil. C'est un rare prélat qui aura bien quelque jour la iy///ta(/e, comme le cardinal de Richelieu. Cette Milliade a de certains vers excellents. Le P. Lelong, dans sa Bibliothèque, dit bien des choses curieuses sur l'auteur, que le cardinal de Richelieu soupçonna, et qu'il ne put convaincre.

Prkvùtde Paris. — Le lundi 11 janvier, M. de BuUion a prêté serment d'avocat, pour parvenir à être prévôt de Paris avec plus d'autorité que ses prédécesseurs.

18. — Arts et mktikrs , Jovkux avknkment. — Le 18 janvier, le Parlement a registre un édit du mois de novembre, qui porte établissement de plusieurs maîtrises d'arts et métiers dans toutes les villes du royaume, en considération du joyeux avènement à la couronne et du sacre. 11 y en a huit de chacun art et métier dans Paris, six dans les villes où il y a cour supérieure, quatre dans les villes où il y a présidial, bailliage ou maréchaussée, et deuxdansles villes et bourcs où il v a jurande. La finance en sera payée en rentes sur la Ville en papiers liquidés. On prétend qu'il en sera retiré pour plus de cent millions; ainsi le papier disparaîtra. L'édit lait compliment au Régent sur ce qu'en 1GV3, il y eut des lettres de maîtrise créées pour la régence de la Reine, et le Régent a refusé pour la sienne, « par son attention à tout ce qui peut contrii)uer au soulagement de l'État ». L'État, l'oulé de toutes parts, désavoue ce compliment. Notez que le Parlement a laissé passer le terme de Créances de lÈtal liquidées sans modification. Voilà donc la liquidation reconnue.

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