‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 4)Chapitre 51 sur 55 · DEUXIÈME CLASSE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME CLASSE

Grandes entrées.

Grand chambellan. La nourrice.

Premier gentilhomme de la Mouret.

chambre. M. le duc de Lauzuu.

Grand-maître de la garde-robe. M. de Chamarante. Cravatier, garçon de la garde-robe. Le maréchal de Villars.

Horlogeur de quartier. AL de la Salle.

Apothicaire de quartier. M. de Charost.

Maréchal fils. M.d'Antiu.

Bontemps cadet.

Petites entrées.

Beringhem père. Helvétius, médecins.

Lecteurs. Lafosse, chirurgien ordinaire.

Secrétaires du cabinet. Léfèvre et Saint-Disant, inten- Premier valet de garde-robe hors dant des Menus.

de quartier. M. d'Ancenis.

Félix. yi. de Prie.

Fontauiiiix. iNL^L de Sommery père et Mis.

Apothicaires. Le duc de Villeroy.

Porte-chaise d'affaires. Le duc de Retz.

Un oflicier de fours. Le marquis d'Alincourt.

Boudin, Teret, Falconet, INI. D'O.

ExTiiKES DU CAïuxET. — Ccux qui Ont les entrées familières et ceux qu'il plaira au Koi d'appeler personnellement, n'y ayant droit ni par naissance ni par charge.

Depuis cet état arrêté, le Koi a donné les grandes entrées au marquis de Helle-Isle, favori du ministre, et les courtisans appellent cela Centrée Fouqucl, par un petitfils de M. Fouqiiet.

La duchesse de Ventadour ajoutée au\ entrées familières.

Le maréchal de BerwicU ajouté aux 9 entrées.

Lkmarqiis ueNesle. — Le Roi a demandé au marquis de Nesle s'il étoit au service ; il a dit qu'il n'y étoit plus, mais qu'il avoit servi dans la gendarmerie. Le Roi lui a

418 MIMOinKS UK MATHIKU MARAIS.

(lit : a IVmnjuoi n'avoz-vousims achctt'; uiuv^iiiu'iihiuaud voiisTavez t|uittt''? » — «Il n'y en avoit pointalors à vendre» rêpoiul-il. " — ' lîon, a dit le Koi, on en a vendu plus décent depuis;» [)uisila ajouté en lani^age suisse : Ly estre poltron: ee (]uia bien étonné et le manjuis et toute la (]our, (|ui voit (|ue le Hoi,(]ui parle si peu, ne parle (jue pour dire une ehose très-picpiante à un homme de (jualité. Louis \IV, pendant soixante-dix ans île règne, n'en a jamais tant (.lit à personne. Voilà un homme mal marqué. Cocu de plus.

Les IWris, au desespoir de passer pour calomniateurs contre M. LeIUane, reviennent à la charge indirectement. Ils ont présenté une nouvelle recjuéte, signée d'eux quatre, contre les trésoriers de l'extraordinaire des guerres, qu'ils accusent d'un divertissement de plusieurs millions. Us se portent pour dénonciateurs et l'ont ce personnage à la face de toute la France; ils se soumettent au talion si l'accusation est fausse. Cette affaire fait grand bruit et partage tout le monde. On n'a point entendu parler d'une pareille depuis M. Fouquet. Si les délations sont ouvertes, que va-ton dcveniretque deviendront les Paris eux-mêmes?

Jeudi, j mars. — Le Uoi a nommé des comniissaires pour juger la requête des l*Aris. Le maréchal de Villars, le marquis d'Asfeld, le manjuis de Kavigniin, le comte d'Aul)iL'hé-d'K|tée, M. Des Forts, M. de Machault, conseilleis d'Klal. MM. De Vattan, Uonillé, d'Aube et d'OmbreNul, maîtres des rerpi» les.

On a publié aujourd'hui le lit de jn.->li(e, avec lous les discours. (!elui dugard(î des sceaux est du nouveau style, et tout le monde a reconnu, d'abord, iCloquence de Fonlenelle. <|ui n'a pu .se cacher, et «piia répété Ini-nième ce qu'il a dit dans la harangue du cardinal à l'Académie. Kn parlant de Louis MV, il dit «pie $a vie nous cachait ou nous adoucifsoil non walhrurs, mais rjur sa mort nous les découvrit et nous les fit sentir dans tonte leur étendue. Lu

louant l'aclministration de la Régence, il a osé dire : Que la première année de la majorité du Roi peut être comparée à la p/u.s heureuse du mémorable règne de Louis XIV. Le public a frémi de cette comparaison, et a plaint le garde des sceaux d'avoir chargé sa mémoire d'une harangue subtile, sèche et précieuse. Celle de iM. le premier président est un chef-d'œuvre de dignité et de sentiment, et représente magnifiquement l'autorité du Parlement en France. Il a parlé là comme un roi, et c'est hii proprement qui a tenu le lit de justice. Cattivo vicino, disent les Italiens, pour le discours du garde des sceaux. La harangue de M. de Lanioignon , avocat général , est aussi très-belle, pleine d'instructions royales et vertueuses. [Succès terme fort usité dans le nouveau style ; il est dix fois dans la harancrue du crarde des sceaux).

Le Roi a dit au duc d'Orléans ; a Je ne me proposerai jamais que le bonheur de mes sujets, qui a été l'objet de votre Régence. Et c'est pour y travailler avec succès que je désire que vous présidiez après moi à tous mes conseils, et que je confirme le choix que j'ai déjà fait, par votre avis, de M. le cardinal Dubois, pour premier ministre de mon État. Que de choses dans un discours si court! (Fleurs du nouveau style.)

Trésoriers. Commissaires. — La nomination des commissaires, dans l'affaire des trésoriers , fait beaucoup de difficultés. Les conseillers d'État veulent avoir séance avant les lieutenants généraux. Ils disent qu'ils ont l'honneur d'être assis au conseil en présence du Roi, que les lieutenants généraux ne jugent (pi'à la guerre et ne peuvent même être conseillers d'État d'épée. On a [)roposé de placer les militaires d'un ccMéet ceux de robe de l'autre. Cela ne les accommode point, ni d'être à une table ronde, ni d'opiner selon que l'on se trouvera. M. Des Forts et M. de Machault ont été ùtés. M. de Ravignan aussi, M. d'Aube voudroit n'en point être. L'arrêt a déjà été refait cin(| ou six fois.

4S0 MKMOIKK.S I)K MMIlIKr M\K\IS.

J'ai vu le Mémoire des IWris, et je le joins ici par eu* riosité ^1 . Il est mal écrit et obscur, et on ne doute pas qu'il ne soit passé par M. le Duc et qu'il n'y ait quehpie malversation dans les billets. Le mémoire est ci-après à la tin de la piére en vers sur ce sujet.

Mais il faudra remonter plus liant, et encore plus haut, et il ira de la vie de quelqu'un. Il en coûta la vie i\ M. de Semblançay, du temps de François 1*'" pour avoir donné à Madame, mère du Hoi, Tardent cpii devoit être envoyé à Tarmée d'Italie. Elle en vouloit au connétable, qui l'avoit aimée et qui l'avoit quittée. Elle lit périr son armée, faute d'argent, et eut l'adresse de faire retirer ses quittances par unelîUe d'honneur à elle, qui étoit maltresse de Gentil, premier commis de Semblançay. Deux femmes causèrent la perte du surintendant, et ce sont encore aujourd'hui deux femmes qui sont dans l'intrigue des Trésoriers : la mère et la fille. (2).

Kaguenet. — On m'a confirmé aujourd'hui ce que l'on avoitdit sur la mort de l'abbé Kaguenet, il y a environ un mois. Il s'est coupé lui-même la gorge, avec un rasoir, le 1" février. Il étoit en son plein sens, jouissant de 10 ou 12,000 livres de rente, fort à son aise, logé trèshonorablement à riiùtel d'Auvergne, chez le prince Frédéric, (ju'il a instruit dès sa jeunesse. Bien de Tar- ^'enl et bien des livres, seulement un peu philosophe, et retiré dans son cabinet. Il renvoie ses deux laciuais après avoir dîné, laisse sa clef à sa porte, se met en robe de riiambre et l>onnet de nuit, puis se délivre de la vie, dont apparemment il étoit las. Voilà une vilaine lin pour un honnête homme. Nous avons de lui la Vie de Cromircll, qui est d'un style anq)oulé, et dont les faits ne sont pas

vl, O- Mtiiunie ne*! pan joitil au inaiiiiAcril.

{1) Voir *ur M <lr S4*inl>laii<;a> H \t*^ caiiftrH inyHlrriouscfl do Aa (liK({iâc(> rt dr M nuirl, rouvraKf '•♦• M- î'I'Tri' Clt-mt-nt. Trois Drames histortifufs, Hr.

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