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vrais. Le roi Jacques jeta le livre de dépit et dit : Voilà un grand menteur- Il a fait Vliistoire de M. de Turenne, qui est manuscrite, et que l'on a trouvée chez lui. Il étoit de Rouen. On Ta enterré au plus vite, et l'on a livré sa succession aux héritiers, à la réserve d'un diamant de 15,000 livres, qu'il avoit destiné au prince Frédéric. Il n'y avoit pas quatre jours qu'il lui avoit dit : Vous l aurez bientôt. On a remarqué qu'il s'est tué le 1 *"^ février, afin qu'un gros prieuréqu'il avoit ne tombât pas dans un mois de gradué. Ce prieuré est retourné à M. Tahbé d'Auvergne (archevêque de Vienne qui en est collateur, et qui l'a remis au prince Frédéric, son frère. 11 a le diamant et le prieuré.
BoNTEMFs. Trésoriers. — Il court une dénonciation en vers contre Bontemps, Trésorier de la Calotte pour ses malversations. C'est une fine satire des Paris et de la poursuite des Trésoriers. Il la faut voir.
D'AvERNE. — M™^d'Averne, ex-maitresse du Régent, est aimée par d'Autray, gendre du garde des sceaux; il lui a écrit que si elle ne répondoit pas à sa passion , il seroit mort dans trois jours. Pour toute réponse, elle lui a envoyé un capucin, afin qu'il ne meure pas sans confession, et c'est ainsi qu'elle s'en est défait.
J'ai vu l'abbé de Vertot , qui travaille à V Histoire de Malle. 11 m'a dit qu'il la finiroit dans cette année, et qu'il faisoit Liraver les portraits des 05 grands maîtres. Nous avons parlé des Mémoires de madame de Motteville, favorite de la reine Anne d'Autriche, mère de Louis XIV, où il y a bien des secrets, et qui paroissent depuis peu en cinq volumes. J'ai trouvé, dans le premier volume, les amours de Louis XIII pour M"'" de La Fayette, et des traités anecdotes tirés des Mémoires du P. Caussin, alors confesseur du Roi, qui fut exilé, et écrivit trois longues lettres, l'une à M"' de La Fayette, en françois, une autre en latin au général des jésuites, Mutio Vittelleschi, et une
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troisième au Pape sur la tin de son exil. Ce sont trois pitVes très-curieuses et dont j'ai le manuscrit. Bayle les citedans rarliclf du P. Caussin, dans son Dictionuaire , et marque qu'il en est parlé dans ]eDinlo(ju€ satirique (rHudoxe et (rKucImrisle, fait contre l'arianisme du V. Mainbourg, lecpicl dialogue l'ut hrùlé par la main du bourreau en 1G74, à cause de certains extraits tirés de ces l.-^ttres. Le P. Caussin avoit été l'ait confesseur du Hoi le •J.j mars 1037; il fut renvoyé le l*2décend)re de la même année. Il avoit parlé fortement au Uoi le jour de la Conception, 8 décembre, pour se réunir avec la Heine avec (pli il étoit brouillé, et Louis XIV étant né le 5 décembre 1038, ce qui fait le temps des neuf mois, Louis Xlll n'auroit point perdu de temps pour mettre à profit les instructions de son confesseur. Voilà une époque bien sure de la naissance de Louis \1V, ou plutôt de sa conception, qui est due au P. Caussin. Le cardinal de Uicbelieu fit UM'llre dans la (iazeltey le 26 décembre 1037, un article runlre le révérend père, à qui le P. Sirmond succéda ; dans cet article, on n'oublia pas qu'il étoit désa|)pr()uvé de tout son ordre, et qu'il avoit été éloigné de la Cour parce (ju il ne s'y gouvernoit pas avec la retenue qu'il (levait. (C'est à peu près ce qu'on a mis dans les gazettes i\ la main contre le inaréclial de Villeroy il y a six mois.) Le h<»n père fut exilé six ans àUuimper, et, pour se raccommoder avec les jésuites, il lit à son retour, en 10V4, VApolofjie pour les I*. Ji'suitcs : mais il trouva un rude adversaire en .M. Ilrrmant , (]ui lit la ré[)onse pour PLuiversité, qui ne lui pa.s.sa pas un seul ujol, et (pii bi lil bien sentir sa faiblesse et sa complaisance bas.se pour sa compagnie, à (pii il \(;ndoit <;ette réconciliation. Tout C4!la cht du vieux tcmi»s, mais les Mémoires de M""(l«' McMtcville, qui paroi.ssent nouvcllrm<*nt, en sont cause. L'ablié de Verlot m*a dit qu'il les avoit vus, il y a Irentt; ans, entre les mains dr M. '!•• Franrpicvilli*, frère de cette
dame, à qui il en avoit voulu donner 1/200 livres. Ils pa- . roissent écrits très-sensément et pleins de choses qu'on ne sait pas. Quam muUa latent!
J'ai appris, dans cette conversation de l'abbé de Vertot, qu'il étoit venu le matin un auteur qui lui avoit apporté à examiner un livre : Sur les États de l'Empire; qu'en jetant les yeux sur ce livre, il avoit reconnu que c'étoit un extrait du fameux H y poli tus a Lapide , qu'il avoit dit à l'auteur qu'il ne vouloit pas aller à la Bastille, que nous étions en paix avec l'Empereur, qu'il nefalloit point faire de querelle mal à propos, et qu'autrefois Amelot de la Houssaye, ayant fait une Histoire fort curieuse du gouvernement de Venise, approuvée par M. de Launois, à qui elle étoit dédiée, Amelot fut pourtant mis à la Bastille pour six mois, à la sollicitation de l'ambassadeur de Venise. Il ne faut point se mêler des affaires des princes. Le même abbé m'a dit qu'il avoit pensé être arrêté, pour avoir approuvé un livre où Hagolzi étoit nommé, prince de Transylvanie. Benlenrieder, ministre pour l'Empereur, en demanda justice, mais Louis XIV mit fin à cette dispute, et dit que cette qualité lui avoit été quelquefois donnée.
Mardi 16. — Pecquet. — Le S"^ Pecquet, très-instruit des affaires étrangères , et ancien commis de ce bureau , est tombé en apoplexie. Le cardinal l'a pleuré; il perd un bon second.
Comte de Toulouse n'est plus rien. — Le conseil do marine a été supprimé. On a ùté au comte de Toulouse tout le détail qu'il avoit depuis la Uégence, et les choses ont été remises à M. de Morville, lils de M. le garde des sceaux, secrétaire d'État de la marine, qui gouvernera le tout, comme M. de Pontchartrain du temps de Louis XIV, si ce n'est qu'il travaillera avec le ministre, qui voudroit être surintendant de la navigation et des mers. C'est le singe du cardinal de Richelieu. On supprima la charge d'amiral en 1(i-i7, on en lit uik' antre de surintendant
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des mei's pour le cardinal. La Heine, ni^re du Roi, Peut apirs sii mort, pour M. le duc de Heaul'ort. Kn KiGî), elle fut supprimée, l'ainiralat n''tal>li donnr à M.de Verniandois et, en ttiS3, à M. le eonite de Toulouse, (]ui est aimé, chéri, adoré île tous lesoflieiers et que l'on regrette inutilement. Je viens de dire que le comte de Toulouse est aimé et chéri des ofliciers. Je n'ai pas dit la vérité et il la faut toujours dire. Il n'a fait ni bien ni mal à personne, il n'a parlé pour aucun oflicier marin, il n'a point fait faire de promotion. La marine a été bien payée, et puis c'est tout. Mais elle n'a point été renouvelée, et tout est vieux ou A demi-cassé. Ainsi parlent les marins.
La .Motte. Lnks de Castro. — La Motte n'est pas contint de son Rinuulus; son génie pour le théAtre le pousse. Il a fait Inès de Ca.s/ro, pièce espagnole, (ju'il fera jouer après IWques. H l'a lue au Kégent , en présence de deux femmes, et on dit qu'ils y ont bien pleuré, et le lecteur même pleuroit. l^our moi, je dis qu'il n'y a, dans cet liomme-là, ni le mot pour rire ni pour pleurer. L'esprit ne verse pas des larmes, c'est le cœur. (M. de Camhray dit, dans Télvmaque^ qu'il n'est pas permis à tout le monde de pleurer ainsi.)
ClIA.NCELlER. VlI.LEROY. LETTRES DECACIIET RENOUVELÉES.
— On a ap[»risque lorsque la lettre de cachet renouvelée a été portée au chancelier, il a dit : 7/ /j'en éloil pan beaoiuy jélois ici par ordre du Roi; je nen jiouvois sortir sans <iU' run autre ordre. Pour le maréchal de Villcroy, la lettre a été adressée A l'intendant, qui voulut bien l'airedes mystères pour la lui communicpier, et dit (ju'il lui vouloit p.irleren particulier. 1^ maréchal, qui se doutoit de l'affaire, dit qu'il n'avoit rien de particulier avec lui. On lui annonça tout haut la lettre de cachet, et il dit (ju'il obéiroit au Roi. Le maréchal écrit à Paris à cent personnes et jus^pi'auxcomédiins. 11 cherche à s'étourdir.
Havi.k. Simplement de (iENÉVE. — J'ai vu le Supplément du Dictionnaire de Hayle, imprimé k (ienève; ils n'y ont
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mis que les articles nouveaux et les augmentations aux anciens, et ils l'ont fait pour dégager la parole de M. Hayle, qui avoit promis de la donnera part afin qu'on n'achetât pas deux fois le Dictionnaire. Cette parole est dans sa Préface de la 2^ édition et dans une lettre qu'il m'a écrite le 6 mars 1702 (p. 7iG). On a fait mention de cette lettre dans V Avertissement du nouveau livre , mais ils devroient bien mettre l'article Nully dans le corps de l'ouvrage. C'est la tracasserie de Hollande qui est cause qu'on l'a mis parmi les articles communiqués, quoiqu'on voie, par les lettres de M. Bayle à moi, qu'il avoit vu cet article plusieurs fois et que je ne l'avois fait que pour lui. Les imprimeurs de Cenève m'ont envoyé ce Supplément en présent avec l'Histoire de Dauphi né.
Le comte d'Évreux. — Depuis le renvoi du comte de Toulouse, on parle de renvoyer le comte d'Évreux, colonel-général de la cavalerie, et M. de Coigny, général des dragons, et peut-être même le duc de Chartres, colonel-général de l'infanterie, s'il fait le méchant. L'État est plus monarchique que jamais, il ne veut point que tant de gens se mêlent des affaires.
Madame la Princesse. — M"'^ la Princesse avoit fait entendre qu'elle avoit fait un testament dans sa famille. On n'en a point trouvé. Huit jours avant sa mort, elle avoit dit au comte de Charolois, qui avoit fait travailler à Anet : « Vous avez bien fait, Anet est ;\ vous; » mais ni lui ni les princesses de Charolois, ni la belle princesse de Clermont, qui a passé sa jeunesse et sa beauté avec celte vieille grand'mère, n'en ont rien eu. 11 s'est trouvé un testament, fait il y a dix ans, où elle dispose entre ses domestiques, et rien au delà. Fiez-vous aux princes! Louis XIV dit au duc d'Orléans en mourant bien des choses qui n'étoient pas dans le testament. Le comte de Charolois a demandé l'appartement delà l*rincesse à Versailles. On lui a refusé. 11 a dit (ju'il n'y reviendrait plus, et a rendu au
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concierge la clef de son appartement. H s'en va. On le laisse aller, et on no court pas après lui.
Lk Di'C i»K Mazaiun. — Le duc de Mazarin avoit pour nlaltl•e^se Kinilie , autrefois lille de l'Opéra, qui a tHé au Uéiicnt, à Finijucon et à d'autres. Elle a retourné ;\ Fimarcon; le duc Ta quittée par jalousie au bout de huit joui-s. Il a dit : « J'ai quitté Kuiilie; ils disent tous que j'ai bien fait, qu'elle me trompoit, qu'elle me ruinoit, mais depuis ce temps-là je ne dors point; je la veux reprendre. » Il la reprise et est allé à Cbilly faire ses PA- (jues avec elle.
Nkcrologk dk Pout-Hoval. — On débite en secret le Mécroloijc de Port-Jioi/al des Champs. C'est un in-V" de 500 pages. 11 est divisé par Mois comme les nécroloiL^es anciens. On y voit des Kloijes de tous ceux qui sont morts à l*ort-Uoyal, fondateurs, religieuses, abbesses, et de tous ces illustres solitaires qui ont tant écrit. Les épitapbes qu'on a enterrées lors de la destruction y sont toutes. Les hommes n'ont rien pu faire contre l'œuvre de Dieu, et on trouve dans ce livre ce que l'on a voulu ôler au monde. Il y a à la tète une Histoire abrégée de Porl'Rotjal, où les jésuites et le cardinal de Noailles ont leur fait. Je trouve ces Éloges [)lus chrétiens qu'historiques, et on n'y a pas parlé des ouvrages de chacun de ces messieurs, ce que l'on auroit défaire. Ledocteur Arnauld n'y est pas oublié, ni toutes ses épitapbes (Mées, remises, détruites, et sur qui on a tant fait de vers. Cet ouvrage éloil dû à la mémoire de ce saint édifice et de ceux qui y sont entrés et ont été exhumOs inhumainement.
2.'» mars. — (!oMPA(iMK dks Ixphs. — J'ai appris aujourd liui Tordre mis dans la (Compagnie des Indes; on a fait une rbandire des Indes comme en Espagne. Le cardinal est le prolecteur, le contrôh'ur général, président, <l»-nx conseillers d'État, .MM. Eagon et Forlia ; quatre maîtres des recpiètes : MM. Fontanieu, Houllié, Moras ot Angrand, dix riirerVeurs négociants, un ])rfnureur gêné-
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rai, M. Lefev... (procureur du lloi du Ijureau des liuances), uu secrétaire (Caligny de Rouen ) et un greffier, Favouart. Tout ce bel arrangement ne fait pas hausser les actions; les Malouins n'y ont point départ,, ils sont l)onnes gens de mer, mais ils tirent tout le profit à eux.
Pendant la semaine sainte les dévots se sont amusés à faire des chansons sur la Constitution. J'ai vu ces chansons imprimées. J'en ai vu une en vingt couplets sur l'air du Branle de Metz ^ où toute la doctrine de la grâce est très-bien expliquée, ainsi que tous les autres dogmes dont la Constitution parle. C'est un bon janséniste qui a l'ait cela et qui dit :
Voilà les leçons sublimes De Prospor, de Célestin, De Fulgence. d'Augustin, En ce point tous unanimes.
Dans la bouche des Quesnel Deviennent-elles des crimes ?
Dans la bouche de Quesnel Sera-ce un poison mortel ?,
C'est pourquoi du très-Saiut-Pèrc Laissant sa décision Kt sa (Constitution, J'endure en paix sa colère.
Le concile est plus que lui, Qu'il décide, qu'il décide, Le concile est plus que lui IMon inébranlable appui.
Trésoriers. Com.missairks. — Les commissaires s'assemblent chez le maréchal de Villars, pour examiner l'alt'airedes Trésoriers. La Jonchùre trembleet a dit que c'est la Chau)bre des comptes qui est le juge de ses comptes. Maison ne l'a point écouté et on va toujours en avant. Attendons la fin. On reparle de la mort de Sandrier, commis caissier de la Jonchùre, qui fut trouvé assassiné dans la rivière près Marly, le 18 avril de l'année passée. Voyez cet article. Il y a arrêt du 25 mars qui ordonne (pie la ce-
nfk MKMOIRKS PF ^ÏA THIKU MARAIS.
tjurtc soit coinnuini(]iK^c aux Trésoriers, pour y répondre dans ipiinzainr.
CoMTK n'h^.vHFi X RKNVOYK. — Lc conitc d'Kvreux, voyant qu'on ne s'adressoit plus à lui [)our la cavalerie, et cpion y venoit de faire sept hrij^adiers sans lui en parler, a pris son parti de quitter le détail de ce corps, qui lui a voit été donné depuis la Régence, et de le remettre à M. le duc d'Orléans.
î.e comte de Coigny en a l'ait autant pour les dragons. Tout retourne au ministère de la guerre et au premier ministre. Le comte d'Évreux dit qu'il alloit bien chasser maintenant. I.e duc d'Orléans répondit ; « Envoyez-moi de vos lapins de Monceaux, ils sont bons. » Un brigadier de cavalerie, me parlant du comte d'Évreux, me dit : « Enlin, il a capitulé, Teau lui manquoit, il n'en avoit plus pour ses lavements. »
Mara. — CoMPAGMF des Indes. — On a publié aujourd'hui le célèbre arrêt qui forme le conseil de la Compacnie des Indes, et lixe le dividende des actions. On ne donne rien pour l'année 17*21, comme si c'étoit une année rare dans la vie des François. l*our 17*22, on aura 100 livres par action en deux payements, et à l'avenir l'arrêt dit que le dividendepourm être porté à 150 livres, indépendamment des bénéfices du commerce. Cette possibilité continprente n'est rien moins que sûre ; on a été bien étonné à Paris de cet arrangement, et on a dit : Voilà fir vilains ttufs dp Pârjucs. Du bulh-iln de l.jO livres ne verbum (fuidcm.
Le conseil a pour chef le cardinal Dubois j principal ministre. Uî reste est connu. Je l'ai marqué ci-dessus au 25 mars, hors qu'il y a quatre officiers de marine, les fieurs Du^'uay-Trouin, chef d'escadre, Camilly, capitaine de vaiss^MU, Hochepierre et Fayei, capitaines de frégate.
Ije mAme jour on a j»ublié deux autres arrêts sur le même sujet, l'un du 22 mars, (pii donne A la Compagnie le privilège de la vente exclusive du tabac, évalué à
2,500,000 livres par an, l'autre du 20 mars, qui lui accorde le domaine d'Occident, évalué à 500,000 livres paran. Cela fait trois millions de rente, et on dit que c'est pour acquitter le Roi de cent millions qu'il doit à la Compagnie. On ne parle plus de rendre la Compagnie débitrice ; au contraire, on dit qu'elle est prête de rendre son compte, et qu'elle a des décharges suffisantes pour le solde dudit compte. Ainsi, la Compagnie est déchargée sur la prorogation de son compte et sans qu'il soit rendu. Voilà une belle manière de compter. La décharge ne vaut pas mieux que la charge et il n'y a nulle forme gardée. Portes pour rentrer. Autre arrêt du 22 mars, qui fixe les actions à 150,000 livres. A 100 livres seulement, ce seroit 5,600,000 fr., et on ne donne que trois millions. Mais il y a les retours venus et à venir et la bonne foi de ce conseil nouveau. 27 marSy samedi-saint. — Jorrv assassink. — Ce jour, Jorry, procureur de la cour, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie. A sa servante, ont été assassinés dans leur maison. La femme de Jorry, qui a toujours été coquette (fille de l^ralard, libraire de Port-Koyal , étoit allée à la campagne avec un M. Maclot, grand-maitre des eaux et forêts de Champagne, son ami, et qui demeuroit avec eux. Maclot, avant de partir, avoit donné 2,000 écus à garder à Jorry, à qui son valet de chambre les avoit portés, et on ne doute pas que ce ne soit ce valet de chambre qui ait fait le coup, car il avoit demandé permission à son maître d'aller voir sa mère. Mais on ne l'a pas vu depuis, et les 2,000 écus ont été volés. On a trouvé une corde au col de la cuisinière, et un bout de cette même corde s'est trouvé dans la chambre de ce valet. La servante ayant été visitée, on a trouvé qu'un homme l'avoit connue, et avoit eu affaire avec elle depuis peu. Voilà un crime avec tous ses degrés. Cette maison appartient à M. Blanchebarbe, ancien avocat, et à présent notre bâtonnier, qui y logo aussi, et qui nes'est aperçu de rien, non plus cpiele portier. La Jorrv est veuve. Maclot est délivré d'un ialoux.
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Ils ne MMit point tous si fAchés si l'argent n'étoit pas pris. Le jour de l-Acpies, on s'est aperçu de ce bon «inivre. Le publie ei*oil que ee valet de chambre étoit un Cartouehien accoutumé au meurtre. Il se nomme Kicœur ; il n'y avoit que quatre mois qu'il étoit chez M. Maclot et avoit servi le comte d'Évry, lieutenant au régiment du Roi, neveu dudit Maclot.
Les fêtes de l^\(iues ont été belles, et il a fait aussi chaud qu'en été. Le meurtre de Jorry a fait grand bruit. On recherche le meurtrier partout. On dit qu'il est à Paris habillé en femme.
IJivKVKT DE LA CALOTTE. Trksorif.ks. — J'ai VU le brcvet de la Calotte, qui fait les PAris trésoriers du régiment, k la place de Bontemps, qui est cassé, parce qu'il ne paye point.
De plus ses livres, sous paraphe, Sansinelliode. sans orthojiraphe, ririfroiiiu'S (ie patte de chat, Sentent de loin le pécnlat ; ('.ar la prol)ité des comptables Se fait voir par les belles tables.
Par grille, xit^nette et flenrons, Par ligni'S au eordi'au tirées, lettres majeures colorées, îjcs d'amour à triples cordons.
Otte linanee enluminée, Appas d'une tèt»' bornée, De DOS jours n pris Tascendant Sur l'esprii d'un surintendant.
Ij dur (if .\()aiUts.)
Tout le reste est de la même (inesse ; c'est une pi^ce tr^sironiqoc; je In joindrai ici. Les registres du visa sont \\ J>ien représenté» et leurs inventions aussi.
G avril. — Le mardi aprùs la Uuasimodo^ on a joinj à la Comédie-Françoise Inès de Castro, de la façon de la Motte. Les avis sont partagés. Les uns y ont pleuré et les autres ri de voir pleurer, et la poésie n'a pas plu. Arouet y étoit auprès du comte de Verdun (vieux seigneur de la maison des Tallard, homme d'esprit qui seconnoltà tout, qui sait son Saint-Auguslin par cœur, qui sait les procès et la procédure , qui juge des pièces de théâtre , qui ne manque pas une première représentation, et qui n'est point un ami, comme de raison, des auteurs du temps . Le comte s'avisa de dire qu'il n'y avoit de bonne pièce espagnole que Le Cid. Arouet lui dit : « 11 me semble pourtant avoir oui dire qu'à la première représentation du Cid, où vous étiez, vous ne trouvâtes point lesdeux premières scènes bonnes.» C'étoit lui faire entendre qu'il avoit cent ans, car il y a plus de quatre-vingts ans que le Cid a été joué pour la première fois, et le faire passer pour un vieux radoteur. Le comte, piqué, n'eut rien à répondre à ce jeune fou. Mais gare la rép«'tition de la scène des coups de bâton î
Barox, comkdien. — Baron, qui a joué excellemment cette pièce, est tombé malade quelques jours après, au grand regret de tout I*aris, qui regrette l'acteur et non la tragédie. Il a soixante-douze ans, et il étoit rentré au théâtre après vingt ans d'absence. La Motte va se vanter d'avoir tué cet acteur.
8 avril. — Mort du dix d'Aumo> t. — Le duc d'Aumont est tombé en apoplexie chez la Dangeville, comédienne, qui est sa maîtresse. Elle l'a renvoyé dans un fiacre avec un chirurgien à l'hùtel d'Aumont. La duchesse (qu'on appelle Varchiduclicssc pour sa fierté) ne l'a pas voulu voir, parce qu'il avoit auprès de lui son fils leducde Villequier, qu'elle n'ainie point, et (juiest son lils uni(|Uo. il est mort deux jours après, sans voir sa femme, et il s'est passé d'elle et elle de lui, comme elle faisoit depuis longtemps. Il y avoit deux ans qu'il étoit déjà tombé en apo- [)lexie. Cette dernière touche lui est venue par une dé-