LIV. IM
AVEC MME DE MÉRIGNIAC. l29
me jeter dans votre premier ou second appartement, et là pleurer tout à mon aise et montrer toutes mes tendresses et toutes mes faiblesses.
Madame, je vous renvoie vos vers qui ne sont pas nouveaux, tiela est de la campagne de Lille, mais ils ne sont bons qu'avec l'air.
.le vous remercie du Checrœana . Je crois que la reine de Suède n'a rien dit contre Chevreau, parce qu'elle étoit morte quand le livre parut. Je sais qu'il la fait passer pour une impie qui se jouoit de la religion, et c'est encore cette même femme qui fait un procès pour cela à M. Bayle : c'étoit une étrange femelle. Quand ses lettres paroitront, on en va bien dire.
Je ne vous envoie point encore Ancillon, car je veu\ vérifier clairement sa dernière sottise. Les Révérends ne parleront point de la bévue, car le fonds de la contestation regarde un saint Bab\ las , et l'on ne voudra pas faire savoir que Chevreau , qui avoit pris le parti du saint, avoit tort de le prendre; il y auroit de l'imprudence à eux a le faire, il est cependant bon que le P. de Vitry en soit averti. Car c'est un homme guéri du loup-garou, ainsi que je l'ai vu par ses lettres. Cela arrêtera au moins la censure qu'ils pourroient faire de notre ami , parce qu'ils craindront eux-mêmes d'être censurés.
>e croyez point que la lettre du cardinal de Bouillon soit enregistrée à la chambre des comptes : ou vous a mal dit. C'est au parlement où elle a été portée , non pour être enregistrée , mais pour servir de preuve du crime dont >L le procureur général a demandé la permission d'informer; c'est une pièce jointe a un procès et a une plainte qui forme, comme nous disons parmi les criminalités, le Corps du délit. Je vous dis. Madame, les secrets de l'art, mais il ne faut pas les divulguer. On dit que depuis le Roi a écrit une belle lettre pour remercier le Parlement. Le cardinal est à Tournay. Son neveu, le prince d'Auvergne, demande la restit^ition de Sedan. Il prétend qu'une souveraineté ue peut être aliénée, et voilà une petite guerre qui pourroit bien arrêter les procédures du palais. Je crois que ce sontb les raisons.
C'est le cardinal certainement qui a fait la lettre , il a toujours écrit comme cela. Il y marque l'institution de l'Ordre du Saint-I'.sprit par Henri 111.
Notre armée, (pu a été campée sous Anas, a pasïc la .Scaipe mu' huit ponts le 2.î. Elle doit être dans la plaine de Lens, mais les ennemis ont ajouté des courtines aux redoutes, et les voilà forliliés jus- (|u'aux dents. Adieu, Madame.
1)0 Î-ORIU^I'OM) VN( r hl MVIHIKC M\RAIS
1^ lottivne dément point son n«iteur. L'tMulroit nu» fait dire, Madame, que vous rtes lu'uroiiso de tronviM- dos giMiscjiii p.irli nt, c'est peut- ,-'- •- • lil,» on r.nineo I7I0. F/rlo^c des deiiv frères morts, dont i . . r ma plume, est la plus pl.iisanle chose du monde.
Je ne crovois ps qu'il cilt dO en allonger sa lettre, dans laquelle je ne troii*e de bon que la différence des caractères de M. Ravie et M H.«Nnni:e.S.i cassette clouée, où il a mis pèle-mèle le bon et le maniioui r«*s*'rvera le bon qu'il avoit, peut-être par choix, jeté au feu el nu moins lui devons-nous tenir compte de cette confusion pour sa I' !iie, qui lui fait haïr Hrutus et tous ceu\ qui se sont donné
I..:. t( volontaire. Je lui en sais aussi très-bon gré. Car je serois
ficïw qu'on piU dire que l'héritier de M. Bayle n'a pas appris à faire un nifijleur usage de la vie que de se pendre. INIais laissons-le vivre en n^pos av«v s«i dame, ses erreurs, ses affaires, el sa philosophie, et n'en parlons plus.
Jenes.i\ois point la mort de M de Beauval. .FVn suis très-fâché. Voilà une grande |>erle pour les journaux de Hollande. C'étoitune très-belle plume, «t il ne maiiquoit que par trop d'ornements. Ainsi M. Bernard est li)ul >»id charge des nouvelles, et c'est un grand fardeau pour lui.
Je ne doute point (pie votre homme u'ait et(' embarrassé. On l'est beaucoup quand on a fait une sottise si grossière, et il n'y a plus de parti a prendre que de quitter la |)artie. T.es vers sont l'explication d'unr iiirdaiMe qui a ete frappée eu Hollande , où les quatre frappent fort Mir le pavé sans nulle pitié, |»uisqu'il ne peut mourir.
Il y 3 d'autres vers qui courent sur la disgrAce de M"* d'Argenton. IK «Miiii de 1,1 f.iron de la priite Tontine î.oyson, et vous conviendrez qu «m Ici mallniir dexoit être pleuré par ces yeux-là. Mais ne seroit-cc point un redoublement de disgràc»' pour la |)alivre abandonnée?
I ;ipai\e!it vncorv tn petto. Nos plénipotentiaires parlent sans aucun p<»M\<)ir, cela s'.q)pj'||e dans le monde politiipie un lUxtilh' réputé. M. d I xelles el .M de Polignac vont parier comme des Oicéron, el au printemps nous reverrons Mars en campagne comme si l'on n'avoit I»* parié Après loiit, ce bruit ne laisse pas de réjouir un peu, connue iluatyl on dit a un mal. ide qu'il se porte bien. Adieu, Madame, tAetwin* (I. iii.ftr.. ..fi profits nos espéraïKM's et .iilendous les événements.
Scptemttre 17 lu.
Je MÉide %olre avis, Madame, qu'il faut abandonner la politesse •trc les ^eoaqui ne la senleni pas, et je ne crois pas qu'il y ait dans le
AVEC MMK DE MKRIGMAC. 131
moude personne au monde qui la sente moins que notre héritier, (jue je voudrois exhéréder si je pouvois (voilà, en passant, un exemple de Vex, dont nous parlions l'autre jour). Imaginez-vous bien que ce pauvre homme languit dans l'attente d'une chose où Famitié seule l'intéresse, pendant que le parent et le neveu est si indifférent. Vous voyez bien^ Madame, que j'approuve tout ce que vous avez fait, et si j'avois cru être aussi maître de ma passion que vous. Je lui aurois écrit Mais je me serois assurément échappé à ([uelque dureté que vous avez retenue.
J'ai lu avec plaisir l'ode contre Rousseau, elle est aussi certainement de la Motte , que les vers britonnables étoient du premier. Mais je commence a le plaindre, puisque sans doute ce sont tous ces Messieurs les beaux esprits qui l'ont fait tomber dans le piège en le harcelant, et comme il n'a pu retenir son esprit satirique, il s'y est abandonné et à toutes ses suites. Plaignons les hommes qui abusent ainsi de leurs lumières et qui n'ont que de l'esprit sans avoir des sentiments. C'est toujours là où j'en reviens comme à mes moutons. Adieu, Madame, je vous embrasse de tout mon cœur et vous prie de m'aimer toujours, car en vérité je vous aime bien. .le tâcherai de vous voir aujourd'hui. .Je ne vous donne peint de rendez-vous encore. .l'ai un peu grondé M"^ Boissière qui veut embrasser une nue. .Te voudrois que tout ce que vous aimez n'eiU que de justes désirs.
On travaille à la paix , il y a une grande étoile au ciel , des prophètes en campagne, des plénipotentiaires en conférence.
Vous voyez bien (pi'après cela, elle ne peut nous manquer
Octobre 17 n».
J'avois besoin. Madame, de prendre l'air de la campagne quand j'ai quitté Paris, et cette petite absence ne fera que fortifier ma saute, qui vous sera toujours Consacrée. Je hàteroi mon retour poiu* donner à M. Dupin les mémoires que je puis avoir. Mais des à présent M. de Bruguières peut faire une copie du Calendrier du Caria qui est trèsinstructif et des /.c^^/'f. s de la reine de Suède avec les endroits des .\outelles de la république des lettres qui répondent a cette aNcntùre. Je ne puis guère ajoutera cela qu(! les extraits de ses livres qui regardent certaines personnalités que j'ai indiqués a M. Desmaizeaux. Ea lettre que vous avez écrite à ISE Dupiu est tres-touchante. le suis bien étonné (jue j'apprenne de vous la seconde édition du Dictionnaire. Mais puisqu'il va s'en servir, il faut le louer et le public en sera niienv. Je ne sais cependant ce que ce peut être que ce dessein, il ni' l'era pas grand tort au Dictionnaire de M. Ha\l»'. ('ar ^apparemment il n'ein-
1)1 tOlUVKMHKNDA.NCK ni MVllJlll MAKAIS
ploiera pa^lt^ iiclw rriliqm's, i-l on w iVia qu'iivoir plus de {^oOi pour ùm uolrt cnluiufs qui uKinqueroul. Il t'ii sora connue de V Histoire desJuiJs Je ue lais qu'admirer daNaiitaj^e le véril;il»le auteur sur la lecooditr el Teleudue de son esprit, et je erois qu'à présent M. Uasnage, quoiqu un peu deligure, ue doit pas être taché du tour que lui a jour M. Dupui, puistjue cela n'a servi qnii le taire connoitre par bien dei ^eus qui ue le connoissoient pas. Je ne vous renvoie pas encore n* 1/ loine qui in'anuise l)eaiic<»up. .Mais je vous renvoie les deuv lellrc!» dans lune desquelles j'ai trouve toute l'ardeur et la tendresse de l'aniitir el dans l'autre, toute la sécheresse d'un auteur chargé d'ouvrage qui ne cherche qu'a l'aire rouler la librairie. M. Hayle avoit toujours quelque chose dans ses U'tlres,ou ou reconnoissoit la main d'un grand bouuue. Je ne la reconuois pas ici.
Il faut pressiT M. de Hrui^uière sur cette taille-douce. Je ne sois plus par ou le pnndre puiscpie la uiénioire de son oiu-leiuMe louche point; rien ne me rcndroit plus cloquent et je ne puisque le renvoyer à cette inailri*ssi> qui l'entraiue et cpii le perd. Ne ferions-nous pas uiieuv de b gagner ou de lui do(uu>r un rival qui l'en dégoiUeroit?
Je crois comiue vt)us cpie l'at't'aire de Savary [l] est une fripon lu'rie, il n'a |>oint fait ces vers- la. Ou lui \eut faire accroire qu'il a UK'n|;é le lard et le pauvre honnne est bien innocent. Cela se développera peut- ^Ire un jour.
.Ma lettre ne peut aller m .Angleterre préseuteuu'ut trouver M. Desmajzeaux. Le bureau d'adresse a refuse de se charger du paquet à caust- des troubles de ce pays. Vous savez que la religion y en a fait df nouveaux, que tout le ministère y a changé et que les anglicans ont repris Ir dessus. Mylord Harlvy, orateur de la chainl)re basse, est devpuu S4'crrtaire d'Ktal de la guerre; et l.i première cho.se (pi'il a (aile est d'écrire a M. de l*onl<*harlrain une lettre Ires-lioiniète pour établir une correspondance entre les deux nations autant (pie la guerre !♦• pourra jMTnuttre. Il a déli\rétous nos prisonniers et n'en a gardé qu<' cinquante. Ils doivent lu,U()() tr.,mais il n'en demande le payement qu*' peu a peu ; il ne veut point de «'ommissaires pour les échanger, afin d'ei>ar(jner les frais. Kniin cette lettre est tres-polie et même en quelque iifirte rétsjwctiiciisi* el voila peut-être un bon augure. Nous nous ferofu la j:u«*rn* ci\ilem«*nL C'est un droit des gens as.sez singulier de ir tuer avec politesse. M. Hnyle a fait cette remarque dans ses ///'ponsn iur ie» quettion» d uu prorinrinl, et si Pou examinoit bien, ou y Irouveroit tout Adieu, Madame, crov»/, (jur la mémoire deM.llaylc m'eit du moma aiUJU diere (]>>'-> vous: ni vuns m Im m- sortlic/ i.'i-
(I) 1^ COnlonAèrr MCUAé p«' Hf.M»«..ii| 'l'-totr rolfMirl** l»" ^'r- '!.■ Si.it m
Hf»! H HMt «oniMlrur.
AVKC AP" D! Ml l\l(,M VC. i3r>
mais de mon cœur; et au milieu de nos malheurs, nous sommes houreu\ d'être venus au monde en même temps.
Octobre nio.
Je me souviens bien, Madame, du mardi. Je vous attendrai , et nous gémirons ou nous nous consolerons ensemble. Je n'ai point vu M. de Bruguière, il no m'a point trouvé, il vint le jour que jetais chez vous. Il faudra faire ce Mémoire contre lui , ou corriger le sien. J'ai ma part du dKième, on m'a donné des imprimés et celui qui est venu s'est dit hautement Thomme du Roi. Je ne sais quand tout ceci finira. On dit que le maréchal de Villars a été bien reçu à la cour. Son ennemi y a aussi été bien reçu. C'est un pays où on ne voit goutte, et ce u'est que chez les bons cœurs qu'il y a encore de la vérité. Jouissons, Madame, de cet avantage, et aimons-nous toujours véritablement.
Je suis presque toujours dans le même état, et mou estomac, que je n'avois jamais senti de ma vie, fait le petit Souverain. Gir il commande an reste de la machine et la dérange quand il lui plaît. J'attends de la diète et du temps et encore plus de vos belles lettres ma guerison. Je ne m'oppose pas beaucoup au souverainement {{)^^onx\n qu'il ne soit pas souvent répété. Il y a longtemps que T.afontaine l'a dit dans une lettre en prose, (jui est dans ses œuvres posthumes, ou il appelle une personne qui lui plaisoit, souverainement jolie ^ et, avec ce titre, il lui fait disputer l'empire de la beauté \.' Équipage d'un dieu a quelque chose de bouffon (jui ne convient qu'aux divinités de théâtre, comme Molière a dit : ( n Dieu qui n'est pas bête. Je renverrois donc cet équipage au Prologue d\/mphi/trion , et je voudrois qu'on parlât sérieusement dans des ouvrages sérieux. Il n'appartenoit qu'à notre ami de badiner en toutes matières , et il faut être aussi grund maître que lui pour faire recevoir ce badinage. Ce n'est point comme dévot que je parle contre V Lquipnge du dieu^ mais comme homme qui aime les bienséances , ( t je crois que vous serez de mon parti.
.Savez-vous qu«' M. le président de Mesmes s'est fait de 1" Xcademie
l' Ola fPSardp L'UinInif de% Juif», on n> mot i-ol rpiit fiti* r»'|M-l«*.
vl. riMmijuco. n .«xnlr l'huîtr»^ ot Inissé 1rs ecnillos nii\ niitriirs con- .iimnlN IUn. vont \»'nj;es rii auteurs, el voici If coup de poif^nard :
Jum* qui te tli'places;
(xHi rilsan b«'rné,
I>es ;:r;iiuls, qiu' tu lassos,
Joiift oi)s(in(' ,
Sur noir»' l'.irnassc,
!,«• laurier d Horacr,
Test donc deslin»?
Vos pcrits, froids portes .
lellonifrs rampants
Du clioiv (|ue vous faites
M'itoii lit l)it'n (garants.
Mais craigne/ les censeurs ; Sur la douMe colline
Je vois les neuf so'urs.