I.i'ur troupe l)adlne
Kit a\ec Harine
Df ses successeurs.
Il i>e faut a\oir afFairc ni aux poètes ni aux dévots. L'amitié n'est point la, elle nVst qu'entre bonnes gens comme nous, \dieu, l\In (Lime.
Novembre I7I0.
Jv vais. Madame, expédier le livre. J.a matière du droit, et un je IIP «ai!» comment notre ami s'en tire, il valoit mieux laisser cela aux iiidiffereDls.
M. I>esmai7.eaux suppose que je sais tout ce qui est dans une lettre (|ii'il croit perdu»'. .Mais si elle est perdue comme elle l'est, je ne le •ais pas, et je n'en suis pas |)l(is avancé. (!et honune n'a pu faire ce raisMiiioefiU'nt , et de la , je le crois incapable de son enlre|)rise. .le n'ai |»as encore vu M. l'abbé Hi^nou. .le le verrai avant d'aller à la «'.impAKoe, et vous aussi, Madame.
If ne donnerai le portrait (pi a «eus dignes de le posséder(l). Il y en 'tpm, et il fanl le iaissiT demandera ceux qui eu auront envie, et le !««*»« ' " " ■ «lops, connue on vient de faire it toutes ces re-
ligH*a-. . :. 1... i. ...il (pli ont clianpé A\ez-vous >u le n-cueil imprimé en 17 10 que le Hoi \icnt de faire publier a l'imprimerie royale «le» pien-A qui concernent cette affaire? Il est curieux. De vingt-deux qui ont abjure. Les instructions secrètes do "ces bouDcs
:i) U pnfirall âf M. B«v|^ tirn\t..
AVEC M«t DE MÉRIG-MAC. 13.)
filles u'étoient pas mal séditieuses. Je trouve fort plaisant le Calendrier où elfes a voient mis la naissance et la mort de tous les grands hommes du parti, avec les oraisons qu'elles disoieut pour eux. Elles prioient de mourir de mort subite, pour n'être point tentées de changer dans une maladie, mais elles n'ont point été exaucées. Je plains la destruction de l'édifice, qui étoit un ancien temple du Seigneur, et puisque ces bonnes filles dévoient changer, elles le dévoient un peu plus tôt. Cela ne leur sert de rien à présent. INous allons avoir de belles réponses, et ce recueil sera une ample matière à ces écrivains infatigables qui ne font que nous jeter de plus en plus dans le pvrrhonismc, à qui notre ami adjugeoit cette matière, comme une de ses plus grandes conquêtes.
Adieu, Madame, laissons faire les puissances. Elles ne s'étendront pas sur la honte et les sentiments de nos cœurs, si elles s'étendent sur nos opinions.
Décembre I7I0.
11 faut remettre notre rendez-vous , Madame, à vendredi matin. Je ne vois plus M. Bruguieres, vous me l'avez enlevé. Si cela est, il est mieux qu'entre les mains des Trévousiens. Je ne sais pas ce que c'est que l'infidélité que vous me faites et dont vous avez fait confidence à M. l'abbé de F.
Je mets cela sur votre conscience, et je me rapporte a vous, Madame, de savoir si elle est pardonnable, ou si elle ne l'est pas. Ces infidélités, l'amour n'en pardonne guère, l'amitié en permet quelquesunes. Je suis bien aise d'avoir fait plaisir à M. Diipin et de lui avoir fourni un mémoire pour justifier notre ami de l'imputation de Wïris aux réfugiés; voilà une place merveilleuse que vous avez retenue. On pourra dire ce qu'on voudra sur chaque ouvrage, <»t notre Calendrier du Caria nous servira bien Que l'on est heureux, IMadame, d'avoir des amis officieux, et qui trouvent dans leurs cœurs des ressources contre la tyrannie de la mort et ses oublis éternels !
Le Pape a publié sa constitution contre les cérémonies de la Chine. Tout le monde est dans l'attente du stratagème nouveau qui sauvera les bons Pères de ce pas. Car ils en trouveront un inJailUblemcnt ^ et ce sera un beau spectacle que de voir la religion sacrifiée aux inventions humaines. Mais pour récompenser ce scandale, on va nous Aonucr uue Poh'fif/iip firée de r Écriture sainte. Cvsl un ouvrage posthume de M. l'évêque de Meaux, (jui n'a pas toujours pris la sienne dans l'Ecriture. Nous avions cru jusqu'ici la politique et la religion incompatibles. Notre ami a souvent damné les rois. Mais voici un sau-
IS6 (X>RnKSIM)M>KN(:K ni MVTIIIKI MAHMS
Tfur qui .imvo sans avoir été pmiit, «^ \un\< verrons s'jl fera bien «Ir» incr^hilfs l/ouvrago est sons la pressa. I-o l)on prtMnl nvoit fait rrla appar.-nîinrnl comme un anti-Telemnqiio. C'est encore un secret. Jf %cHis |»n.'. Madame, de me le garder et de me croire toujours omoMrrur de l'amitié.
Décembre i7io.
Il II. s.r.i p'tiiit iit.'.'ssaire, M.idame, (pie vous voustrouviez nu rende/-* ousdr M. Dt^mouliiis. il est au fait et moi aussi, et cela neferoit que \ou$ donner de la peine; il sera toujours bien reçu quand il viendra.
Je suis oiTablé d'affaires pour cette semaine, remettons à samedi notre entrevue pour parler de notre ami et le faire revivre.
J'finerrai n»a lettre en Angleterre incessamment et chercberai mon mémoire pour le Ulercure^ à condition qu'on ne me nommera point.
Je suis fort aise que Sauriii ait papné son procès. Son mémoire est un chef-d'œuvre d'éloquence et de bon sens. Il y a de l'élévation, des traits, des sentiments , du goiU, de la critique, enfin un homme comme celui-là \aut cent Rousseau, pour ne pas dire cent mille. Je vous n-mercic de vos nouvelles , et je suis toujours , Madame , le plus tf'ndre de vos amis.
Janvier 171 1.
Vous pouvez, Madame, m'envoyer M. Desmoulins; sur les deux h«nires, tout sera fini J<' n'ai point vu M. de la Ciuillaiimie, ni lui moi, nua je le v.irai certainemrni bientôt. Quand vous voudrez venir, vous n>c Terrex certainement les matins. Je ne sais ce que M. Dupin veut faifï*, p<'ut-«'(r(t la vie de M. Bayle ; cela sera mieuv qu'a M. Desmaiz«'au\. I«iissons-le faire, il ne fera que bien , car il est hardi entrepreneur Ji- bnlb' déjà dr voir ces di\ années. On ne sonjîe plus à lui, et il a lant fait qu'il a éteint Tenvie et la liaiiic .le suis bien aise d'apprendn- \olre jsuérison plutôt (pie le mal , et je vous souhaite, Madame, un«> annre pb-ine de [)laisirs tranquilles, de lecture xivc et de trodre amitié pour moi.
XMV.
Mnrs 1711.
Il e«t vrai. Madame , que cette pièce est excellente , et elle la de- * tendra «"nrore plus par les critiqiu"< qui y seront opposées. Je les at-
AVKC MMt 1)K MKIUG.MAC. i;;;
tends de pied ferme. L'épitaphe que vous m'envoyez (() e'st de quelque malheureux poète, qui n'est pas tâché de voir l'autre au tomheau. Le malheur de cette mort est que mille méchants auteurs, que la satire tenoit eu respect, vont se réveiller et nous étourdir de leurs froides productions. Je n'ai point vu le Torticolis. Peu de gens l'ont vu , aussi bien que lé second Gémissement (2) qui me tomba hier par hasard entre les mains. La désolation des prophètes sur la destruction de Jérusalem n'est pas si lamentable. On est surpris de voir jusqu'où cette nouvelle éloquence est poussée. Mais aux grands maux les grands remèdes. Je serai bien aise de parcourir les livres de M. Dupin. La lecture de Leibnitz est forte et demande beaucoup d'attention. S'il est dans le bon chemin, on a bien de la peine à v aborder, et l'impénétrable conseil de Dieu est quelquefois plus clair (jue ses raisonnements. J'en accuse, non ses belles et grandes limiières , mais la faiblesse des miennes. Adieu, Madame, il me semble que j'ai toujours quelque chose à dire quand je vous écris et je ne trouve rien à dire aux autres.
Avez-vous vu la relation de la comédie du Janséniste confondu , jouée à Aix parles Carmes, le jour de Sainte-Agathe dernier? C'est bien la plus extravagante et en même temps la plus hardie farce qui se soit jamais représentée. On ne peut jamais s'imaginer ce que c'est , et quand on la lit, on ne le croit pas encore. Je tacherai de vous la faire voir.
Nous avons donc un Dauphin , Dieu merci , et nous n'avons plus de Monse/(/nein\ Tous les catholiques sont chassés de Londres. Je ne sais ce que sera devenue une dinne de mes amies et qui l'étoit aussi de M. Desmaizeaux. Me voilà dérouté.
Il y a l)ien des maux dans le monde. Madame, mais M. de Leibnitz dit que cela entre dans l'harmonie, et (pie le monde ne seroit pas si beau s'il n'y avoit que du bien. Midas , dit-il, se trouva pauvre quand il n'avoit que de l'or, puis il dit que les souflrances nous font ressembler à Jésus-Christ. Les Italiens disent liuono f)er iu prer/icn. lion pour 7f/i .sermon. Cela est bien dévot pour un grand géomètre. Mais il n'a pas pensé que son raisonnement ne valoit rien avant la venue de J.-(] , avant lequel il n'y avoit point de modèle |)our souffrir. Voila donc une philosophie accommodée à la religion , et je ne trouve plus là que de la foi et non pas de la raison.
Où est M. liayîe? Je vous assure cpi'il repondroit a bien des clioses.
(I) L'épilaptip (le Dcspnaux.
(•.1, \aî (Ij'uxirine Ci-misiti'mnit flr l'ort-ltoi/al détrtiil.
M , .1 a'.iiiiri'S ou jo rrois qu'il si- imttroil sous h' ninntonu du
pv .„•. Apres loul, ce liviva des boautés cxcillmtos, cl t'est
uti ri de IVspril . il y a luèine beaueouj) de gnlees dans le dis-
eours.jf dis de ces grâces propres de notre lani^ue, et que cet Alleni - a enleMvs peut-être pour ne nous les rendre jamais, ear je
Dt -•.' -• i jH'rs«>nne qui lésait.
U* livre de M Dupin contient de petits extraits de petites choses. D*alK>rdqn*il exclut la matière du jansénisme, du (juiélisme et des aff;, • ', Chiih-, il ne lui reste |)lus que de la moinerie et quelqu. ...... les de l'éi-ole qui, dans la cité de Dieu, sont comme les
nouuMIes des proxinces, dans le monde politique, où tout se réduit enire le bailli et l'assesseur. Quand j'écris ceci, je pense que si M. Bayle vivoit, je le réjouirois un peu par ce ju};emenl, et je lui ferois remarquer que ce bon M. Dupin s'est attache à donner des extraits de livresdes jésuites contre la probabilité , ce qui sent beaucoup le racronunodemeut. Mais il a raison , il ne faut pas écrire contre ceux qui peuvent proscrire.
Je u'ai pas a présent la comédie. Ce n'en est que le sujet. Je l'aurai assurément. (À' second Gémissement a des endroits bien mordants. Mais voyez comme on abuse de ce qui est sacré. L'auteur rend grâces au Seipneur de ce qu'une vile créature a été jugée digne d'èlre mis«* à prix comme son cher fils : ce qui roule sur une promesse laite de donner 60 écusa qui découvriroit la source du premier (7m/i;semenly et a la fin on dit que ce fait n'est pas bien avéré. Ainsi, voici
If •* - et son sang pris en vain. Cette note linalc est trop sin-
c«! l'auteur dans l'impiété; je suis aujourd'hui un peu cri-
tique. Je vous prie de m'aimer tout comme je suis. Votre laquais me parie de deux honnnes « nvoyés aux galères pour l'inipression du jft'-i-' 1 1 de /"//o/y/mf noir, ces deux morceaux n'ont jamais cté in.j C'est pour un lixre contre l'ICtat, (pii a été déchiré par la
nuui du bourreau au CluUelet, et «pii étoit un recueil de fautes dans le go«j%eniement, depuis la trêve de M>84.
lAI.
Mnrs \~\\.
' l'Iiiï \ouH guérira de la c/)Iique que la dévotion nous a
4ù;...<.. «./u» avez le remède à la main. Madame, il je ne m'élOOOC pM ri votif VOUS l'xposi /. au péril.
i*ai «Il r^7tt/ro7tfff|) manuM'rite. C'est un cbef-d'neuvre, non-seu-
'!( La MfIrrMir Vf.qum^,,, dr Bollt-au.
AVEC M>"^ DE MÉRIGNIAC. 139
lement de la poésie^ mais de l'esprit humain. Je l'ai lue avec transport , et je n'ai jamais si bien lu. Imaginez-vous une tradition, suivie depuis le commencement du monde jusqu'à présent, des mau\ que la fausseté peut avoir faits. On la prend dès le Paradis terrestre dans la bouche du tentateur. De là, elle passe, sous le titre de serpent , dans l'arche, elle fait le paganisme, l'idolâtrie, les oracles et leurs réponses normandes, la superstition, etc. Dieu envoie son Mis pour ramener la vérité dans le monde; ses apôtres la prêchent, mais elle est bientôt altérée par les équivoques d'un mot, d'une syllabe , d'une lettre ; de là l'arianisme, et tant d'autres hérésies.
La suite de ce» hérésies amène celles de Luther et Calvin. Tout protestant fut pape une bible a la main. On disputa sur les termes: les maux de la guerre suivirent, la Saint-Barthélémy arriva (cette effroyable action décrite avec des traits de feu). Il fallut trouver des écrivains qui approuvassent ces guerres et ces homicides, et qui au moins en fissent une opinion probable. De cette probabilité, on descendit à tous les relâchements de la morale, aux palliations de l'usure , du luxe, de la mollesse, aux restrictions mentales, à la dispute de l'amour de Dieu , et la flatteuse complaisance des hommes fit triompher ces écrivains. L'auteur, après cette incomparable énumération qui vous fait passer d'âge en âge et toucher comme de la main tous les siècles depuis le premier homme, dit qu'il sent bien les injures qu'on lui prépare, et qu'on va l'appeler tout haut , fourbe , imposteur et enfin janséniste achevé , mais il se console avec la vérité, et il finit par renvoyer l'équivoque avec des termes de malédiction, ou dans la Normandie, ou, pour être plus à son aise, dans Trévoux,
Ou, de nouveaux Mi(la^^, un sénat monacal. Pour juger d'Apollon, lient, dit-on, sa séance.
.le vous avoue, Madame, qu'un si grand homme fait bien regretter sa perte, et que le dernier chagrin qu'il a eu, qui a été comme un assassinat, indigne bien les honnêtes gens.
.l'admire la fermeté du cardinal , mais il aura son tour, il se venge par les sacrements comme le |)oëte par les vers. Chacun se sert de ses armes et ce monde-ci est une plaisante comédie.
Mars 1711
Il faudroil avoir votn'éloquence, .Madame, pour répondre à vos billets aussi dignement (ju'il le faut. Lecongreganiste ne fait rien et il me tiitv Il faut me l'envoyer et que je le prêche. .Te ne puis me résoudre à donner mes lettres, qui parlent de bien des gens. Il faudra s'en tenir
ii«» tu>RRESioNnANrK ni MMimr mvkvis
.1 rrlItK qu'il m*a <rrih*s rt jr nr puis résister n «Ttlr tcnt.ilioii Hf vivre à\rr tous reux j|U«* noln* ;iini o ainsi honores
\|. f,.^,-. \.' Molz n |HTMUSsioti «If sr t";nr(' recevoir duc et pnir
AU P.iHn.
On dit qtie \'t<ft(iroguc est imprimée, et qu'il y en ;i neulexempl.iin's ciu \i%.int de M IVspr-Mux, qu'il nvoit confiés n S(S nniis.
I n nruKiteiir de Dunkenpie n pris un v.iisscnu hoil.uulois où il s'est tnujxr des meubles du eardinid de Bouillon, une enssette pleine d'or à lui, d« lettres fn rhifTn^s et d'autres sans chiffres, et une entre autres ou on .1 deeouxert qu'il a 1>UO,000 fr. entre les mains d'un marchand à Rouen Vove/ le nialheurde cet honune-là et la belle confiscation que Ton %.i faire, sans compter la découverte des chiffres.
\dieu. Madame, je vous aime de tout mon cœur, et je dis comm<' M de(-imbrav : je veux bien paroître indiscret à ceux qui ne m'aiment |»oint. On ^ient de me montrer de lui un mandement pour le carême qui est une chose merveilleuse. l'en aurai une copie.
IMII.
Avril 171 1.
Je fuis encore a Paris, Madame, où des affaires me retiennent. Mais je les quitterai la pour aller prendre l'air. Il y a peu de satisfaction à dooner a M. Desmaizeaux, car nous imprimerons toutes les lettres à Paris. .M. de la Monnoye me va envoyer ses lettres et ainsi des autres, je lui ferai re|K)nse en Aniîleterre et je dirai tout ce que vous voulez. J'accepte volontiers le titre de linyliste, et je ne crois pas qu'il s'élève Jamaii une cabale assez forte pour me faire rétracter, ni po«ir détruire le temple que nous Itu bâtissons. Il est vrai (jue J/.V/w/ror/'/c est imprimée. Je ne l'ai pas vue. j'ai vu les vers que je renvoie. Que dites-vous de ce fou d'ablM* de la Bourlie.^ Les traîtres le sont toujours. Mais avec qui etoil-il d'mtcllicence? Cela sera curieux a décoiixrir (\). J'attends ce que rarche\ê(pie de Cambray me promet II faut connoître tous les grands hommes , et celui ci a le cœiir si étendu et l'Ame si lendn*. que, par les M>ntiments, il est au-dessus des lumièresde l'esprit. Adieu, Madame, il f.iit toujours bon coiuioître ceux qui nous appreonent a auner. \m\i\\' .tpothcusc dr lioileau qui est de Imnne main Klle est toute fraîche et sort de l'Olympe tout présentement.
(i; kwâtào^àm r;al4r»r(l. tMit- <lr In Rourlk, n^ le 27 dwTml)rr IflfH, mort m km0^-- tuMr% 1711. InirifcMtil llrffr. rpii ..pn-n avoir tmhl l.f)ul^ XIV H h
ff^Êtr ritanl n en uiidant li- M>ulrv«'rnfnt cir» O^i'imi», trahit a leur
iMir fAsflHrrrr ri I4 rrlnr Annr qui l'ii^airnl nrmt'illi «•! p«Mii»loiini' ri inoiiriil
AVEC MME DE MÉRIGMAC. ]4l
Avril 1711.
Je reçois les coiupliineuts de la mort de l'empereur, Madame, et j'en ai bon augure. M. de Villars eu a fait un saut eu pirouette, malgré sa jambe malade, et voyez si nous n'en devons pas rire. La gendarmerie va en Allemagne. On me mande dans le moment, de farmée, que M. de Villars ayant voulu surprendre les ennemis dans quelques quartiers, il a trouvé ces quartiers vides et les ennemis étoieut en pleine marcbe pour investir Valeucieimes, ce qui l'a fait retourner sur ses pas, et par u[ie marche de dix heures, il s'est posté depuis Arras jusqu'à Valenciennes qu'il couve. Ce sont les termes de la lettre. Je suis bien aise que mademoiselle Davollé vous plaise; elle me plaît fort aussi et depuis longtemps. Je n'ai vu ni M. de B ni M"^ Boissière. M. le cardinal a fait publier un ^'rnnd mandement ce matin contre les évêques. Voila la guerre déclarée et je ne sais comment elle finira. Le mandement de l'évéque de Gap est, dit-on, vif, hardi, bien écrit, et ne marchande ni saint Augustin, ni saint Thomas, ni M. Baillet, ni le cardinal.
Ce n'est point un ennemi caché, et voilà comme il faut être, eu haine comme en amitié. Adieu, Madame, je ne vous oublierai jamais et je vous aimerai toujours.
15 mainil.
Je vous plains véritablement, .Madame, de l'absence de votre Dictionnaire. Je suis un peu fik'hé contre un jésuite (1) qui vient de publier un Traité des Jhusde la critique^ et (jui dans un style très-\if, (ju'ii n'a pu emprunter (jue de notre ami , car on l'y reconnoit partout, le maltraite jusqu'à l'excès, eu disant <• que ce Dictionnaire est un ouvrage a la mosaïque, qui^ dans son bizarre assortiment de citations et de réflexions sérieuses et comiques, fournit de (juai former te plus monstrueux assemblof/e d'obscénités , d'hérésie et d'athéisme, et puis il dit : Ouvrage^ qui pis est ^ trop propre a insinuer ces poisons avec tout l'agrément que peuvent répandre la délicatesse de l'esprit, la légèreté delà plume, et la variété df térudition, jointea la finesse de la critique. \ oilà le plus beau cl le plus laid portrait que l'on puisse faire d'un homnie; il nomme hardiment
I l.f p. (U' LniibriisM'l, ji>Mii(e.
145 CORKK.SrOMUM.K HK MATHIIl MARAIS
\l. Ihipin ixiniii les rritiiiiu'squi oui abuse il«' liurs talents, M. Simon. M. lie Foutrneile qu'il dit qui a su avoir lort en galant honnne, M. Baillet. M. harier, qui ehrislianise les païens, le (llerc et plnsiem-s juln*s s.i\anls. ri eel tuivraiie. (]ui est ilnne très-i^rande leelure, en tTiliqunut In rrilique, nionlrecjne Tanteur est erilique Inimènu»; il est cnlain qu'il a iHMuroup |)ro(ilf île la lecture de M. Hayie, dont il est p|. ' ! shielui nssendde beaucoup. Son dessein cependant, utile
j l.i . .«. |M*ul, par «•ontre-eoup. retomber sur elle, (lar en montrant tout r«> que In religion a souffert de la critique par les attaques (ionnft's n rKcrilurv, u la tradition, au\ conciles et aux Pères, il la fait \oir prexiue terra?s«'e et obligée de se retirer sous le manteau de la foi, if qui nous rejette dans le grand argument de Af. Ba\ le, de ce iii^nie homme dont il blâme toute la critique et où il revient, malgré lui, dans son niHue dessein de prouver l'inutilité de la critique, c'est-àdir ' ' ison, «'n matière d»» religion. .le crains, entre notis. (pie ce Inri ; m- pinsdejnal que de bien, parce que c'est connue un calalo^ie A* toutes les critiques de la religion et de toutes ses parties et il n>toit[»ns bien nécessaire de mettreen corps cette armée-là. Je me suis cm; -' r ce livre qui m'est tout nouveau. Nous parlerons des Fatin mI \ous \oudrez. .le ne sais ce (pie c'est (jue la lettre des libraires. M. \ oisin a été dire à M. le cardinal que le Roi lui feroit faire lali^faclion parles évè(iues. J'ai lu avec plaisir récrit de !M. de Menux sur le l'ère Qiiesnel, où il révèle un grand secret, qui est que \l. If* Ciardinal Iravailloit a revoir ce livre encore plus pur la prière f/iie par Céiitde. Notre ami auroit dit la-dessus : Nage toujours et ne fy/ie pas. Toul le mond(> parle de l'arrivée de .M. de Cambray. Je ne le croirai point que je no le soie.
Save/, vous la nponse du l)au|)bin auv comédiens, qui demandoient vi protertiou et la continuation des bontt'S de Monseigneur? l*our ma protection non, mais comme rot re métier est devenu en quelque sorte néressaire m l'rance ^ consent('z-y-vo\is tolérés, puis il leur tourna le dos, et, avec cette tolérance, les tb(*àtres sont rouverts. Je »aw n* qu'a dit l'auteur d"S quinze lettres et ce qu'il rapporte du Ta- rie d'un bonnne dont on croyoit ju.squ'aux mensong(>s, parce
qu .. *;.„. .irciM'^éipH'.
\r. prrchr r arcUi'M-ovo , hiho;{iia CfuJrr fcl^ncor du* ilitui la nu*nso>in.i
J« fout fait compliment nur la vigile de M. Vrevin, c'est notre affaire puisqu'il parle de tout. Vou.s Taure/ bientôt gagné. Les Rabelais tOBt arrNéf a Valennonnen. Je cniins bien (pie la patience ne in'ecliappr auMi bien que sur M. Rroguien-s (pii n'a pas gagne ce mal «T'nl a lire les ouvrag'ii de hou oncle. Adieu, Madame, je vous plains ««niabirfnefil de l'almMieede votre Dictionnaire.
AVFX MMK |)K MKRIGNIAC. \4:i
Juin 1711.
Je me prépare d'aller aujourd'luii à la campagne. Je vous assure. Madame, que je n'y emporte rien de madame V.... et je n'ai même pas répondu à son billet si galant. Mais je ne manquerai pas d'emporter votre lettre et j'y réponds avec grand plaisir. Quand le cœur ne parle pas, je l'entends toujours. Ne vous mettez point en peine de ses sécheresses ; j'ai quelquefois aussi les miennes, et il faut bien se passer les défauts de l'humanité.
Je recois en ce moment une lettre de M. de la !Monnoye, quej'avois engagé par un de ses amis à faire des vers pour mettre sous le portrait de notre ami ; il dit que la grande occupation de M. Bayle a été de corriger les défauts d'une quantité d'écrivains et, chemin faisant, de se répandre en digressions quelquefois un peu licencieuses, dans lesquelles, lors même qu'il donne prise à la critique, il ne laisse pas néanmoins de plaire toujours; c'est ce que j'ai, dit-il, tâché d'exprimer eu ces deux vers le moins mal que j'ai pu :
l'eccantes alios qui currigat, Baelius hic sum ; Semper ejjio, vel cum pecco, placere sciens.
11 dit ensuite (ju'il se soumet au sentiment des dames amies du défunt, ('/est de vous, Madame, dont il veut parler.
T.es vers signifient : Je suis ce liayle (/in corrige les autres quand ils manquent, et qui sais toujours plaire même quand Je manque.
Cela me paroît fort spirituel et fort vrai et fort modeste. La latinité est excellente. Voyez, Madame, si cela suffit pour notre ami. Le vôtre dit trop, celui-là ne dit-il point trop peu ? pour moi, je l'aime fort, cependant j'ai demande encore un autre et puis nous comparerons.
Je vous renvoie le premier tome de M. Dupin. Je lirai le second avec plaisir à la campagne. Je n'ai point vu \o Journal des Sarants Je ne sais s'il aura bien pris notre sens, car on m'a dit qu'il etoit fort sur l'écriture, et c'est justement là l'erreur. Votre jésuite, dans le 2'" tome, déchire merveilleusement les Dialocjuesdes morts de Fontenelle, et voilà un honnne dont la réputation ne laisse pas de chanceler. car on lui porte de bons cnups. Je vous remercie de vos nouveautés, et ce n'en sera pas une pour vous, Madame, qiu' la tendre affection que je veux toujours garder dans mon canir pour toutes vos amitiés et vos précieuses louanges, que je ne veux tenir (pie d'une main «omme la vôtre.
lil i:OI\llKS»H)M)ANt:K l>K MVTIIIIX MARAIS
I \ll
luin 1711.
Jf Mii> rrii.iii lie' .1 1,1 c.imp.imu', on je suis onrori' pour ticiiv ou trois jours. J»' sui'J toujours, M;iil;iun', coiuuu' j'ctois pour mes amis. Lo (ils ât \l. RolLimî est Irès-mnl ilf la p«'tilt' \ croie à Snint-Maur. Jo suis avec M. de Biniirasdaiisie i-hàlcau. et je iiu' consorve pour la consolation de ceux qui en oui besoin. Votre lettre est venue tort à |)ropos poiirmi* tirer de ma douleur qui est |)roportionnpe à mon amitié .Peu ai aussi reçu une de M. Desmaizeauv, (juc je vous envoie. Le dieu Brouillon n'a point ici de place, et nous le renverrons bien loin, encore plus loin; |H)ur les deux vers, je ne les ai jamais trouvés Ions. l'en ai fait faire deux autres par le même auteur, et je n'ai jamais pu soulïrir que notre commune maîtresse eiU des défauts. Voici les vers nouveaux ()ui «ous plairont, et à ceux à qui les autres ont déplu.
Bu-liu» liic ille c>t. cujii.s duin scripta \i;;ebunl,
I ,> .-ni iililiili lit I riiiliaii! id' iii.itii^.
Iraduils ( n prose.
• Voda ce Bayle, duquel tant que les écrits \ivroiil , un disputera • toujours ce qu'ils font le mieux, ou de plaire ou d'instruire. »
A/i vers franrois.
\ uici ce fameux Bayle en (|ui l'un ne pciil (lin*, U-qurI de» deux reiu|K»rle, ou de plaire ou d'inslruire.
i'jn deux vers francois ont été faits ici e( m- sont pas de celui qui a fait IcK latins; il y a dans le latin une ré|)etition d'articles ///c ///f, c*ti a diroit Cf cr Bayle, (pii a une ^.irriee (\uv notre lanjiue ne
p» if'- Je c^oi^ que l'on s'en peilt tenir aces drux vers l.ilins
pfMjr niPitre au lias du portrait, .le les ai envoyés à M. Desmai/caux a qui j'.ii dfja repondu
T " '' • ,^,1 Mil»- . .,.;(•(• ||\r(' ('.si irc.s-i.in- ,1 r.iris. \(mim
II" . i . . >, il doit y eu avoir (». Je n«' saurois trop eon-
jufrr M"** ... de me les garder précieusement. Si une petite place (jue je lui pirde dam ce li^re, où je mets les personnes illustres et où elle lie »e Iroir - ' :'ra\ec M. Bayle et avec vous. Madame, lui failoit pbitir, j«- que personne ne l'aura (pi'elle. Adieu . Ma-
damr, je voui endir.isM* de tout mon cœur. Ne craignez rien de ma Irllrr , je ne mù% \t*uui dann l'air, et compte/ que je saiiroi bien coiiirr \r ni«ill«'ur aiiti que \ou«i avez au monde
AVFX MME DE MÉRlGNUr.. 145
ÎJII.
17 juin 1711.
Vous me faites, ÎNladame, un. compliment qui vaut mieu\ que l(jus les petits services que je vous rends. Si madame du .Meslier est votre obligée, il faut s'opposer au scellé au cas qu'il y en ait un , et savoir le nom du commissaire; M. Leroy fera tout cela fort bien. Cette opposition servira à vous faire sortir d'affaire et vous en domiere/ toujours bien main levée quand vous voudrez. Le compliment est de pure bienséance et l'on peut s'en passer. Je ne connois point ce M. Méraut. Je connois un conseiller du grand conseil qui est bien de mes amis, il demeure rue de Guénégaud; je ne sais où demeure l'autre. Jeudi matin, à dix heures, nous parlerons de vos affaires si vous voulez, et du mariage, et de la paix par laquelle on nous tient pas mal le bec dans l'eau. Voilà cependant bien des officiers généraux qui vont demeurer inutiles, ce n'étoit pas la peine de les Taire. La harangue de M . le cardinal sera un monument de notre décadence , et ce compliment couvert du manteau de la religion ne vaut rien du tout pour la gloire de ce monde. Cela veut dire : f uns êtes bien hatlu, fort hattu et trèa-bicn battu ; et je ne sais pas comment on |)eiil dire cela en face. Je vous souhaite le bonjour et toute la tranijuillitc nécessaire pour méditer et lire. Ne songez à rien au surplus et laissezmoi avoir tous les soins. Ce seront pour moi. mes plus grands plaisirs.
:> juin 1712.
Votre lettre est charmante, et le secret de iM. de la Kochefoucault y est bien placé. Je le garderai bien, iMadame, et m'en servinil tout le plus tard que je pourrai.
Ajoutez à l'article Quettenet, celui de Portugal, celui de Koberf et cette illustre Gonzague,dicc/iesse d'( rbin, qui croyoit tous les houimes faits comme son mari, (lui n'étoit point homme.
Ces docteurs bastilles ne sont pas docteurs, c'etoienl deux bons missionnaires que le cardinal employoit dans les villages pour l'instruction des peuples. On a craint qu'ils n'allassent prêcher le jansénisme a ces honnes gens au lieu de leur apprendre le mystère de la Trinité. Lu de ces deux missionnaires a dit : lion, on me nourrit a la liastilte , et je n\i cois pas de quoi vivre.
L'évêque d'Agen, qui s'est aventuré dans cette affaire par la lettre qu'il a écrite aux deux évéques de sa province, a eu sur les doiiits. On lui a écrit comme ;i un faquin parce (|u'il n'est pas ^rand seigneur et
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<|u1l a^éctir^ de Versailles; il ;i irpoiulii on v\(\\\n\ courleinent et prerisrnH»nl . Mnis je crains Im-n que rel.i lU' passe pour rébellion et qu'on ne tomln» iur son temporel. Je vous envoie une dernière letlre tpriLi lerileet relie du ministre. Voiln de l;i provision pour Denioerite.
On ne parle plus de la pniv : on dit (pie Marlborouuh a été déclare ieoort^nl de tous les ras qu'on lui iniputoit et (|ue In Reine en est niahde. Il eiU ete mieux à la tèlc de l'armée ijue dans Londres, à cabaler
p^ . .,p,, jj.j; inenibres des deux elianibres. Oes douze pairs
n- lunrs par la Heine, buit se sont tournes contre elle. \ oyez
cr que r'esl que In %ie bumaine.
J aime bien ee due d'Ossonne (pii est ici a Hier l'amour espagnol avec une |H'lite (ille de l'Opéra a (jui il a donné pour vingt mille écus ée |»»em'ri«»s, un carrosse et quatre beaux ebevaux , deux mille pis- Ides d'Kspapie pour se divertir, deux cent mille francs pour |)lacer, un coffre plein de petites joies, dont la première est une écbarpe àt cent pistoles. de la vaisselle d'argent des plus belles façons, une inais4jn de cinq cents écus (|u'il loue, (|u'il lui meuble, une maijion de campagne (pi'il lui achète, etc. .lamais la vertu eu a-tei" 'niduit? Rions donc. Madame, et remercions cet Kspagnol
qu. .: ...iis:c notre nation du reprocbe de folie, .le veillerai a la noii- »i'll»' fdition du livre. Si cet orateur a procuré au duc de Marlborou^li son abs<j|utiou, il doit ^tre bien content de son éloquence, mais Hl«' a ctr bi»ii aidée par IVloqui-nce pécuniaire, et le dicton de La Kootaïut* se vcrilie tous les jours : /.« clef du co/lre-fort et défi tifurt c'est la même.
10 Juin 1712.
(UNiNnent, Madame, pouvez-vous être pour les wigbs, puisqu'ils ne tnijent la paix (pi'a des conditions presque impossibles!* Pour moi, je «lis du fiarti qui la fera. On la dit a pr«'sent Ires-avancee. Le roi d'Fiapagnc a envoyé sa renonciation. L«'s troujM's d'Angleterre ont reçu ordre de la Reine de ne rien entre|)rendre jusques ù nou\el ordre. Ollet des KtaLs en ont reçu un pareil. O'Ia fait une suspension et donne de bumcs (»>péraiices. Le Roi a dit tout liant que son armée de HandfiT» H*roil fort traïKjuilIr cette aiiiH'e. Pour lui, il esta INIarly, it l'on ra commencer un nouvel escalier a \ers;iilles, ou on va en- •■nvr liifu di*» niillions. I^^s bâtiments ne sont-ils pas les fruits et la paix ^
1^ juiit prinœ se porte a merveille, il aime les épées nues et veut lo«ijour« qiM* us gardes les aient tirées, il n'y a que cela qui le rejouit. Q«H horoscope?
AVFX M^E OK AIKKir.MAC. MT
Puisque vous avez tant lu, lisez encore l'article de Gonzciffue. Car, poiu' être assesseur en Tofficialité, il faut savoir le pour et le contre. Despréaux avoit aboli le congrès par un trait de satire avant que le Parlement y eût songé, et M. de Lamoignon, qui étoit de ses amis, lui avoit bien promis de faire enregistrer sa satire à la première occasion; ce qu'il lit, et voilà comme les satiriques des mœurs sont utiles, non pas les satiriques personnels comme Rousseau, qui sont conduits tristement à la Grève.
Notre ami parle de ce rigorisme de conduite qu'il oppose au relâchement dans les livres. Cela est dans l'article Loijola. .Madame de
ne sait ce que c'est que l'histoire des doctrines ni celle à qui
vous la renvoyez. Elles sont soufflées par des gens qui les trompent, et elles se trompent elles-mêmes. Revenons-en toujours à la vérité , qu'elle nous soit plus chère que tout. Je n'ai point de noavelles de M. Desmaizeaux. et celles que j'ai de vous tous les jours me font passer de celles de tout le genre humain.