‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 5)Chapitre 4 sur 53 · C.HAMiK TRACASSKniE KT INTRIGUE A LA COITR DE TOUTES · texte numérisé non relu

C.HAMiK TRACASSKniE KT INTRIGUE A LA COITR DE TOUTES

^.^KT^. — M""* (le Prie, maltresse de M. le Duc, est bien glorieuse, et prétend, par son esprit, le gouverner, et avec lui tout le royaume, et d'autres dames veulent la chasser de ce poste.

Dimanche, ô décembre. — NovioN. — Le président de Novion a refusé la place de l*remier Président , parce cjuil veut garder sa charge pour son pelil-lils. On lui a donné encore deux jours pour y penser.

Comte de Toulouse. Son mariage déclaré. — Le comte de Toulouse a déclaré son mariage avec M'"'' de Gondrin cl en a fait part au Uoi. Il y a dix mois qu'il éloit marié : il l'avoit tenu secret, pour ne pas déplaire au ducdUrléanset à la duchesse, qui est sa sœur. Mais quand il l'a vu morl, il ne s'est pas mis en peine de lui déphiirc : il a mis le mal avec le mal. L;i cour a été bien surprise de cette déclaration, qui rend la comtesse de Toulouse femme du lils et du petit-fils, car M. de Gondrin, son premier mari , étoit fils de iM. le duc d'Antin, iils de M""" de Montespan ; ainsi, il est son petit-lils, et le comte de Toulouse est propre fils naturel de M""^ de Montespan , au vu et nu su de toute la France. Ce mariage est nul de soi ; mais qui le contestera? Attendons que le comte de Toulonse meure, et que le don de sa bAtardise soit demandé par le duc du Maine ou ses enfants, comme le prince de Conti d«inanda celle du duc de Vermandois, son père. O'tto dauie est Nouilles en son nom , i)ropre so'ur du dur de NtMiilles. Cela rend celle famille bien glorieuse. M^ de Nonilles disoit : « Je ne sais pas si ma fille a épousé le comte «le Toulouse, mais je sais bien (ju'elle n'est pas M nioltf Klle Tétoit pourtant. On dit qu'il y a des

cnfanls. — fclif en a un de son preniier niari, «jui s'ap- |K'llfM. d*Kpernoii, et qui aépous/;M"' de Moîitmoreiicy.

DÉCKMBRE 1725. 53

Elle n'a pas plus de trente-cinq ans. A la sortie de la messe du Koi, la nouvelle princesse a trouvé un carrosse à ses armes, avec six pages et six valets de pied (|ui l'ont accompagnée. La duchesse d'Orléans est désespérée des malheurs de toute sa famille.

Duc DE Chartres. — Le duc de Chartres a pris le nom de duc d'Orléans. C'est le principal nom de l'apanage qui fut donné à feu Monsieur en 1661, et augmenté du duché de Nemours en 1672. Il n'aura point de maison , ni de gardes, mais seulement la pension de premier prince du sang; il est avec cela héritier présomptif de la couronne, et c'est une belle espérance.

Étampes. — Le marquis d'Étampes, premier écuyer du duc d'Orléans, avoit obtenu de hii le gouvernement de iMarseille, mais le Roi n'avoit point parlé, et on lui a vessé, comme disentles bonnes gens. 11 perd 50,000 livres' de rentes à la mort de son maitr^. M. d'Argenson, qu'il avoit fait son chancelier depuis peu, y perd VO.OOO livres de rente, et ainsi des autres , comme MM. de la Fare , de Biron, etc.

La Fark. — Le petit abbé de la Fare, tortu, bossu, et de mauvaises mœurs, a été plus heureux, car il avoit été fait depuis quelque temps évoque de Laon, et par conséquent deuxième duc et pair ecclésiastique, à la place de l'évùque de Marseille, (|ui a redemandé Marseille qu'on lui a rendu, et l'abbé de Villeneuve, à qui on avoit donné Marseille, a été fait évéque de Viviers. Voilà les jeux de la fortune !

NoiNTEL. — Nointel , garde du trésor royal , appelé CourcoUet parmi les princes, qu'il ne voit que trop, s'étoit brouillé avec M. le Duc pour un garde du trésor royal triennal, qui est un des Paris, que M. le Duc ou sa maltresse avoient fait il y a un an, et avoit tenu mille mauvais discours. 11 s'est présenté devant le prince premier ministre, et lui a dit qu'il éloit prêt de se démettre de sa charge, s'il lui déplaisoit, ou, au contraire, de ro<1(>ul)l<T

i4 MI.MOIUKS ni. MATHIKU MAHAIS.

son zMo et son ex.uMiliulo s'il no lui dôphusnif pas. M. le Duc lui a (lit île rester dans sa charpe et de se faire couper la laniruc. Cela s'est tourne en plaisanterie. Le prince Charles a dit au Duc : « Monscii^nieur, j(^ vous fais coni- « pliment de ce que Nointel veut bien vous rendre ses « bontés. »

llrxKi-LKS. — Le maréchal d'IIuxelles sollicite pour la place de premier écuyer en faveur du chevalier de Béringhen, frère du défunt. M'"* de Déringhen dit qu'on l'assassine si on (Me cette charge de sa famille. Elle Ta dit tout haut au duc trElbeuf. M. le Duc a dit au prince Charles que la charge ne seroit point donnée que les différends ne fussent réglés entre les deux charges. 11 lui a envoyé Millain, son secrétaire, homme sage et de beaucoup d'esprit, pour avoir le Mémoire de ses prétentions, cl on lui a donné le Mémoire que j'ai fait sur cette charge. — Voyons la lin.

PniNCK i)K CoNTi. — Le prince de Conti paroit très-mécontent; il n'entre point dans le con.seil d'Etat : il veut (ju'on lui rende sa femme, qui reste dans Port-Royal, malgré la sentence dont il n'y a point d'appel, qui porto (ju'olle reviendra avec son mari. Il l'a voulu enlever, il y a quinze jours, comme elle alloit voir M^Ma Duchesse, mais il la manqua. Il est enragé et fera quelque coup de sa t^te.

On négocie toujours avec M. de Novion pour sa charge, cl il commence à entendre raison.

Mardi 7. — Novion, prkmiih prksidknt. — M. de Novion est enfin Premier Pn'sident; il donne sa charge de président à morlicT ;i M. de Lamoignon de Dlancmesnil , avor-al général, (pii la gardera pour le lils de M. d(; Novion, qui n a qu(j treize ou quatorze ans, et il est accordé qoe c«î fils épousera M"* de lîlancmesnil. Tout le monde efl content. M. de iJlanemesnil, pendant son dép^it, (|iii durera dix ans, peul devenir Premier Président, M. de Novion ayant à i»résent soixante-deux ans. Nous revoyons

DÉCEMBRK i725. S5

donc un Novion à la tête du Parlement, mais il n'est pas du tout aimé. Jl est dur,, fait peu de dépense, et ne s'est point fait d'amis dans la Grand-Chambre. Toutes les bonnes têtes le haïssent à merveille. Dans le conseil d'État qui a été tenu ce jour, il a été rendu deux arrêts qui vont faire donner des bénédictions au nouveau ministre.

Entrées diminuées. — L'un qui diminue les droits d'entrée sur les foins, avoines, grains et grenailles, beurre salé ou fondu et fromages, savoir : des trois quarts pendant le mois de décembre , de moitié en janvier, et du quart en février. Le motif est la disette des eaux, la difficulté des voitures et la cherté des denrées. Gela a peu d'exemples et marque une attention pour le peuple.

Joyeux avènement suspendu. — L'autre, qui ordonne que le droit de joyeux avènement sera sursis jusqu'à ce que autrement en ait été ordonné. L'arrêt dit que les revenus du Roi sont suffisants pour acquitter les charges de l'État; que l'excédant peut même payer ce qui est arriéré, et' que le nouveau droit ayant été affecté à payer le passé, le Roi a cru devoir en différer le recouvrement, qui sera une ressource sûre et très-considérable , s'il survenoit, dans la suite, des l)esoins pressants et imprévus, auxquels il ne fût pas possible de pourvoir sans des fonds extraordinaires. Les fermiers et régisseurs de ce nouveau droit sont très-penauds, et sont obligés de se retrancher sur les besoins pressants et imprévus. La honte leur reste sans profit.

Mercredi, 8. — On a crié tout haut, dans Paris, les deux arrêts, et les colporteurs disoient : « Voilà deux bons arrêts, deux bons arrêts! » Le peuple les a lus avec plaisir, a maudit le défunt, et béni le premier ministre vivant, comme il fait toujours. — Vxviclisl

CniFFUE du duc d'Orléans. — En visitant les papiers du duc d'Orléans, on a trouvé son chiffre pour les affiiircs étrangères , qui est composé de tous les mots les

ig MKMOIUKS DE MATIJIKII ÎNIAKAIS.

plus inlAnu's ci \vs plus débauchés qui soient clans la langue. Cette invention est cligne de lui, cjuiaimoit toutes les ordures et les saletés. Mais comment les étrangers s'en accommodoient-ils? C'est qu'il étoitle maître à tous. \h le craignoient plus que Louis XIV avec une armée de cjuatrecent mille hommes. Il est bien étonnant que tout ce qu'il y a de plus grand dans le monde, qui est le commandement des États, se soit ainsi traité. C'est un Siirdanapale d'un genre tout particulier. Uuehiues jours avant sa mort , M. de Morville reçut une lettre pleine de ces inl'Amics ; il en fut surpris ; il la porta au prince, qui ne fit qu'en rire, et lui dicta la réponse en mûmes termes, que le ministre rougissoit d'écrire. A peine la postérité croira-t-elleceTait, qui n'a point d'exemple depuis le commencement du monde. Il est cependant très-vrai, et j'en suis certainement informé.

Dix i)K CiiAUTiiES. — Le duc de Chartres montre ce cpi'il est : il n'a point d'esprit et est opiniîitre. Il a demandé de travailler avec le Koi pour l'Infanterie, dont il est colonel-général. Le Roi Ta refusé ; ce qui a fait qu'il a remis le détail de l'Infanterie, c|ui passe à M. de Breteuil, ministre de la guerre. 11 a demandé la nomination aux iMMiélices de son apanage; on lui a aussi refusé. Il ne veut |)as de maison, parce que si la couronne lui venoit , il scroit obligé de donner une maison à M. le Duc, cpi'il n'aime pas, et il aime mieux s'en passer. Les officiers d'infanterie sont très-mécontents*^ il ne fait rien pour eux <t dit (pi'il m; s'en mêle plus. Ils vont chi cAté de M. \r Duc, et disent qu«i Tautre est un<^ planche pourrie.

Avc)<:at (iKNKRAL. Talon. Lk Nain. — lia été question de donner la charge d'avocat général. M. I:e Nain, avocat du llui,a été mis sur les rangs, comme fils du célèbre Le Nain, ûvck!;iI général et petit-fils du grand Chambrier. Le nom et le mérite l'emportoient. Mais M. de Fréjus a dit qu'il étoit jans^-nist^î par lui et par toute sa famille : par sa femme, nièce de l'abbé d'Asfdd qui est en exil; par

DECEiMBRfc: 172Ô. 57

son grand oncle l'abbé Le Nain de Tillemont, par sa grand-mère, qni étoit le rendez -vous de tous ces messieurs. Il lui a parlé à lui-même de sa grand-mère et lui a demandé qui laconfessoit : a Hélas î Monseigneur^ a-t-ildit, « il y a dix ans qu'elle est morte. » — « iMais qui est ce qui a vous confesse? — » A cela, il n'a rien répondu, et la charge a été donnée à M. Talon, petit-lils du fameux Denis Talon, avocat général, qui n'y pensoit pas, et qui s'en tirera comme il le pourra. Le crédit des Jésuites est plus fort que jamais.

CiiANCKLiER. — On cherche à perdre le Chancelier : on dit qu'il est hérétique. 11 m'est arrivé dans mon cabinet qu'un particulier m'est venu consulter sur un écrit qu'on vouloit faire signer à son père, prisonnier en vertu de lettres de cachet depuis cinq mois, accusé de concussion sur les voituriers de la rivière de Somme. On lui promet de le mettre dehors, même de supprimer un arrêt qui renvoie l'affaire au lieutenant criminel de Melun, pourvu qu'il signe cet écrit, par lequel il reconnoit qu'il faisoit celte concussion par Tordre d'un iM. d'Aguesseau, directeur général des fermes à Saint-Quentin, qui en profitoit. C'est un proche parent du chancelier, dont on veut diffamer la famille. Et c'est M. Fagon qui faisoit cette proposition, par la médiation d'un tiers qui s'est trouvé piir hasard dans mon cabinet en même temps, homme qui a été officier aux gardes et qui se mêle d'intrigues! Il a été fort surpris que j'aie fait cette découverte ; il s'est décelé en querellant cet homme devant moi, et elle vaut bien la peine d'en charger ce journal, pour montrer un dessous de cartes que personne ne sait.

Prince dk Conti. — Les religieuses de Port-Royal ont vu quelque ombre autour de leur couvent. Elles ont cru qu'on vouloit enlever M""^ la princesse de Conti. La nuit du 7 au 8, on a envoyé cinq compagnies du régiment des Gardes pour la garder, avec ordre de tirer sur ce qui paraitroit. Elles ont été relevées trois fois. U n'est venu

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j»orsonne. C'ëtoit nnr f;uisso alarino et une pciir do vcVi gieuse.

NoviON. — K<' prc^sident do Novion est venu jV la Cour, cts'(*st mis dans la maison du duo de Trosmes, son parent, avec (pii il u'ost pas bien. Il a trouvé le duc de Gt^vrcs, son lils, et il a dit qu'il venoit se faire présenter au Koi. Le fils s*y est offert, et à cela , le Président a dit : « Vous êtes encore trop jeune; ce sera votre père. » Le pi^re est arrivé, qui a dit qu'il n'en feroit rien, et qu'il étoit fort surpris de le voir chez lui, étant brouillés. Le président a répondu : « Je sais bien que je vous ai écrit tt quelques lettres impertinentes; faites-moi quelques ré- « ponses de môme, et nous serons quittes. » Le duc de Tresmes a trouvé ce conseil mauvais, et il a laissé présenter le président par son lils, qui est aimé de toute la Cour, mais un peu moins par les femmes, ;\ cause de ce que vous savez. Ainsi s'est faite, assez bizarrement, cette i)résentation, et la querelle continue toujours. On a dit un mol du duc d'Orléans au président Dallon. Autrefois premier présidents Bordeaux, et chassé de sa place pour prévarication, il s'étoit mis sur les raui^-s pour être pronnor président de Paris. Ayant osé le demander lui-ménie, le doc d'Orléans lui répondit : « Je l'ai promis à M. deïal- « houet. n C'étoit fripon contre fripon.

Jnifli iC). — Lo oorps du duc d'Orléans a passé au tra- ▼crudiî Paris, en pompe? funrbre, ;\dix heuresdu soir, pour ^•Irc porté à Saint-Denis. Il y avoit uno foule de peuple, et on n'ajnnmis entendu d«re tant de sottises. Son c(j*ur, qu^|r|Uf*s jours auparavant, avoit été porté au Val-de- (inVe ; on demanda à un hupiais s'il avoit vu jiasser le co'ur. u Non, dit-il, mais j'ai vu p;i<^<'F' son Amo parla rue d'Knfer. » — Mol dr larpiais.

Lundi -JO. — .Novion. — .M. de Novion a été reçu Prornier Pré^irli'nl par M. le président d'Ali^re, qui lui a fait tin discours fort sensé, qu'il a lu, et aufjuel il a trés-bion répondu. Il n'a |K)int parlé de M. d** .Mesmes, .son prédé-

DI^COIBRE 1725. 59

cesseur, et il n'a dit autre chose ^ sinon qu'il avoit rempli sa place avec noblesse et politesse. On a remarqué que lorsqu'on lui a demandé : « Vous promettez à Dieu de (( rendre la justice et de vous comporter en tout comme « un honorable Premier Président? » il a fait un grand tour de bras pour lever la main, et a dit très-haut : « Oui, Monsieur. »

A la même séance, M. de Blancmesnil a été reçu président à mortier par M. Portail, qui. lui a fait un discours très-éloquent, et la réponse a été de même. Par ce changement, M. Amelot monte à la Grande-Chambre, et M. Pelletier devient premier président de la Tournelle. Il y avoit là bien des gens qui faisoient bonne mine à mauvais jeu, et iM. Portail auroit bien autant aimé recevoir le compliment que le faire.

Le duc de Gèvres est venu en grande pompe à cette réception, avec ses pages et ses gardes, et jetant de l'argent partout dans les rues. Le premier président a fait mettre ses pages dans la lanterne. Il y avoit encore deux autres ducs, les ducs de Mazarin et de Brancas. Cela a été suivi d'un grand repas chez le premier président au Palais.

On travaille au jugement de la Jonchère, et on dit que l'affaire ne va pas bien pour lui, ni M. de Belle-Isle.

Duc d'Orlkans. — Papier. — Le bruit est public et certain que le duc d'Orléans, s'il n'étoit pas mort, auroit mis un nouveau papier dans le public sous le nom de * Billets de Confiance, que les rentes de la Ville étoient rachetées, l'argent augmenté, et que Law, qui avoit fait celte nouvelle manœuvre, reviendroit bientôt. M. Dodun, contrôleur-général, avoit refusé ce projet, maisonl'avoit fait qui auroit eu sa place ; tous les Paris renvoyés, et peut-être pendus, M. le Blanc replacé, etc. Mais la mort a décidé tous ces différends, sauf le papier, (jui peut-être nous reviendra. M. Bignon, conseiller d'Ktat, ancien prévôt des marchands, homme vrai, m'a dit : k Ce co(juin

60 MKMOII\Fii 1)K MATHIKU MARAIS.

i\v l.aïuiivislau t^oit ù la tiMe do celte atïairc, cl nous tlions niinrs. >» Il vavoit aussi un nommé Mellon, homme du l'eu ranlinal, qui avoil été faire cette belle négociation en

Oïl dit (jue le duc d'Orléans sVst tué j\ débrouiller les alTairos «jue le cardinal Dubois n'avoit pas finies; que le canlinal Dubois s'est tué à linir celles du duc d'Orléans, et (lue M. le Duc, qui nu point de santé, se tuera à finir tflles de tous les dcux^Un conseil n'en mourroit pas. — II V a des paris en Angleterre que M. le Duc ne passera {)as le mois de mars.

'22 décembre. — Les commissaires du procès de la Jonchère ont arrêté qu'il forceroitsa recette en argent, au lieu de papier qu'il a converti, ou à la Monnaie ou à la Banque. Cel article tout seul est de plus de 3,500,000 livres. En voilà pour toute sa vie à être en prison, et ses biens vendus, trop heureux d'échapper à la peine corporelle, qu'on ne croit pas pouvoir appli(pier à un trésorier (jui a converti le papier. La loi n'est laite (jue i>our un trésorier «pii a diverti, et il n'est pas permis d'étendre les dispositions pénales. Cependant, la voie extraordinaire est encore i • -•n(»e.

Co>TRôLE DES ACTES SUPPRIMÉS. — O jour, OU a enregistré deux déclarations, l'une du 7 décembres «jui suppritiio le contrôle des actes de notaires pour Paris, w qui ei»l d'un grand soulagement pour la bourse et pour le serrcl. On introduit seulement un nouveau papier manpié pour les notaires. L'autre est faite pour |)ré venir les abus qui *ip [)ourroient commettre par les complubles sur les x.iriationsdes espèces. Il n'y a pas un petit coin de fraude qui ne soit fermé, et les comptables n'ont [)as i\ présent de l'eau à boire. I^cs Paris, qui ont tant pris, empêchent les autres de prendre.

Hk.\ékm.ikrs. — On a aussi pidilié nu .m-rl (hi 7 dércmbre, cjui donne un an à tous les bénéliciers pour fournir aux Chambres de<i Comptes la déclaration du tempo-

rel deleurs bénéfices, et trois mois pour la foi et liommage. On y a joint une fameuse déclaration du 29 décembre 167i, qui traite cette matière, et qui est importante pour les biens ecclésiastiques.

YvËTOT. — J'ai vu en même temps un arrêt, du 30 août 1723, pour la seigneurie d'Yvetot, qui atitre de royaume, où tous les titres sont rapportés, et une plaisante ordonnance de M. Chauvelin, intendant de Picardie, qui ordonne que les religieuses ouvriront leurs enclos pour prendre les droits du Roi sur les brasseries, si mieux n'aiment les mettre hors leurs enclos, à quoi elles seront contraintes par corps.

ViLLEROi. — Le duc de Villeroi a demandé le retour du maréchal son père. M. le Duc a été au Roi avec lui, et lui a fait entendre que c'étoit à ce maréchal qu'on dcvoit toutes les grandes qualités et vertus de S. M., et lui a demandé lui-même son retour. Le Roi a dit : Non. On y a retourné une seconde fois; le Roi a dit qu'il ne sesoucioit pas de le voir. Tout cela est inspiré par M. de Fréjus, qui est le maitre, etqui ne veut pas revoir le maréchal. Grande ingratitude! car c'est le maréchal qui l'a nommé au feu Roi et qui l'a mis en la place où il est. On voit aussi par là ou que le Roi n'a pas beaucoup d'amitié, ou qu'il craint que le maréchal, qui l'a beaucoup tracassé, ne vienne l'empêcher d'aller à la chasse, ou de manger, ou de faire ce qui lui plaira. Il yavoit un peu de radoterie à son fait, et le bonhomme en porte la peine.

2i décembre. — Duc d'Orléans fils. — Sa maison.

État de la maison de M. le duc de Chartres^ qui premlra le nom

de duc d'Orléans.

Un premier genlilhoninic de la chambre. Le chevalier de Conllans.

Un premier écuyer. M. de Clermontd'O.

Un capitaine des gardes (sans gardes). .M. de Clermont de Chatte.

Un premier maître d'hotel. M. de (lourt.

Un premier médecin. M. CIn'rac.

4 njédeeins.

61 Mi:Moiuh:s i>r. mathiku marais.

L'n diambellai).

12 goiililslionimes ortlinaires.

\a^ liuissit'rs ilo M. lo iliic d'Orleaiis conserves.

J jw^es do la ehainbre.

M. dArjîenson i-onservé clianeelier de l'apanage.

Point do droit de nomination aux bénéfices de l'apanage.

On lui oonlirnie les trois régiments d'Orléans.

lA*sdeu\ régiments de Clhartrcs et les den\ compagnies de gendarmerie rc\iennent au Roi.

On ne le traitera point d'Altesse, mais de Monseigneur. H ne peut y avoir une Altesse Royale, mais aussi il lui faut un autre titre (ju' \tesi>o Serenis^iine pour ne pas avoir le même litre que M. le Duc , lé duc d'Orloans étant héritier présomptif de la couronne.

I*rkv6t Dt Paris. — Jai fait dans ce mois un second Mémoire pour le prévôt de Paris, servant de réplique X celui des officiers du Chalelet, et ce second mémoire n'est pas moins fort que le premier. Il y a beaucoup de traits d'Iiistoire, et il est dans le genre polémi((ue et criticjue. Le conseil des dépêches n'aura pas peu à faire pour débrouiller toute cette chronologie.

.Moi.iNON. — QuKSTiox. — J'ai aussi fait, dans le temps, un mémoire pour la dame Molinon, accusée d^avoir lue son mari, et condamnée à Sens à la question ordinaire et extraordinaire. J'y ai mis beaucoup (rai)plication pour détruire les indices, et c'est un ouvrage d'éloquence cicéronienne et où il a fallu un grand effort d'esprit.

(Arrêt du 18 janvier 172V (jui ordonne plus amplement informé pendant six mois. — Cependant, mise hors des pri.sons.)

Sur l'air : Héveillez-vnus.

l'iiilippe est mort à la sourdine ; Il est descendu dans l'Knfer; (.\^l pour euh'ver Proserpine Ou pour détrôner Lucifer.

Oîux (pu savent Taffairc d'Espagne n'auront pii> d»; peine à entendre celte épitaphe. Kn voici une au Ire :

Hic jacct taiirus l'halaris.

Allusion à la duchesse de Phalaris, qui étoit avec lui quand il est mort.

Extrait d'un registre du Chatelet.

En travaillant au Mémoire du prévôt de Paris, j'ai fait cet extrait qui est curieux.

(( Le 5 janvier 1656, on fit un compliment àxM. Séguier, « Chancelier, de ce que le Roi lui avoit rendu les sceaux « après la mort de M. Mole. Il répondit que ces louan- « ges lui étoient un avertissement de faire son devoir. »

« Du jeudi j i octobre iQùl . — Chemerault. — «MM. le « lieutenant criminel et conseillers ont jugé le procès de c< FrançoisdeBarbezières-Chemerault, par jugement der- « nier, pour les crimes sujets au dit jugement, y ayant « par déclaration du Roi vérifiée au Parlement, une com- « mission du grand sceau pour juger ceux qui enlevoient « les sujets du Roi; lequel étant prisonnier à la Bastille , « pris à la tète des troupes du prince de Condé qui se- « courut Cambray que le Roi vouloit assiéger, fut délivrée « commission à M. le lieutenant criminel pour instruire « le procès, et arrêt du conseil, qu'à faute de répondre, « le procès lui seroit fait comme à un muet volontaire, « n'ayant jamais voulu dire autre chose qu'étant prisonce nier de guerre, on ne le pouvoit juger, même sur la « sellette ne voulut répondre, néanmoins, fut condamné « tout d'une voix à mort, d'avoir la tète tranchée en « Grève, préalablement appliqué à la question pour l'enc( lèvement de la Glle de M'"^ de la Basinière, dont les « lettres d'abolition non entérinées avoicnt été révoquées a pour l'enlèvement de M. Girardin proche Bagnolet, (( mort en prison à Bruxelles, et pour avoir, le dit accusé, « écrit au prince de Condé , lors même qu'il étoit priée sonnier à la Bastille, afin de l'exciter d'envover des « placards pour afficher à Paris, tendant à sédition, dont « il fut trouvé saisi du modèle qu'il avoit envoyé. Et le c( lendemain, MM. du Parlement de la Chambre des vaca-

(4 MKMOinKS HE MATHIEU MARAIS.

« tions, ayant rerii sa requête, connue appelant de la « sentence, mandèrent M. Chopin, premier snbslilul, (pii « refusai d'y donner conclusions jusqu'à ce (ju'il eût vu « M. le procureur général, qui lui ordonna non-seule- « ment de ne pas conclure à le recevoir appelant, mais « de Fempècher. Ainsi MM. delà Cour le déboutèrent de « sa requête, et après avoir tout confessé, il n'eut pas la « question , et Taprè^-dinée , il tut exécuté à mort en la « place de Grève, assisté du l*. Le Boult , père de l'Orau toire, dont le bourreau fit mal son devoir, vi ayant « manqué son premier coup, après avoir redoublé deux « autres, son valet acheva de lui couper la tète avec une c hache, à dix ou douze reprises, et l'ut enlevé dans un tt carrosse, à laquelle exécution il y eut grand monde.

« 15 avril 1038, — Fauveau, auteur de Gazettes à la « main, condamné à faire amende honorable au panjuet a civil, et banni] pour neuf ans. Défense de faire des « gazettes à la main, à peine de la vie.

« Vendredi, '20 août IGOO. — MM. les lieutenant civil « et Parlement et conseillers assendjlés sur ce qu'ils ont « appris (pie le jour précédent M. le lieutenant civil étoit n allé visiter M. le lieutenant-criminel détenu au lit, maa lade , pour quelque mauvais traitement à lui fait par « M"' la lieutenante criminelle sa femme, kupielle refusa a de lui ouvrir la porte dont M. le lieutenant civil offensé, « avoit envoyé quérir un serrurier pour la faire ouvrir, " «lisant vouloir p.aler au lieutenant criminel delà part « du Koi, ee cpii obligea la dame de lui ouvrir la porte, « sans permettre d'entrer rpi'à lui seul assez mal reçu. Sur « quoi la compagnie ayant délibéré, a député .MM. Krnard « el Le fèvre, conseillers, pour visiter .M. lelieutenanlcri- « minel, savoir de lui TéUit de sa santé et le sujet de son n indisposition, qui leur dit (pi'il remercioitla compagnie « de riionneur qu'elle lui faisoit, et aussi les députés en « leur nom, sans leur avoir voulu dire d où provennil la « blessure à l'épine du dos pour avoir èlé j^-lé hors de son

« lit à coups de pieds par sa dite femme ; ce qui ayant été c( rapporté par les deux conseillers députés, la compagnie « ayant bien su que les voisins en avoient su le bruit cer- « tifié par le médecin et chirurgien du ChAlelet, ont or- <( donné qu'il en seroit informé à la requête du procureur « du Roi, afin de pourvoir aux violences de la dame lieuce tenante-criminelle et à la sûreté du dit sieur lieutenant, a sous le bon plaisir du dit sieur lieutenant criminel, qui w ne voulut avouer la chose, ni consentir l'information. »

(( 3 décembre 1661. — Le duc de Bournonville, gou- « verneur de Paris et chevalier d'honneur de la Reine, <( disgracié. A lui enjoint de se retirer, de se défaire de « ses deux charges. Il étoit ami de M. Fouquet.

« Samedi, ï décembre IQGi. — Chausson brûlé. — a MM. le lieutenant criminel et conseillers assemblés pour (( juger le procès contre les nommés Jacques Chausson « dit des Étangs, Jacques-Saunié dit Fabri, accusés de « sodomie et impiétés exécrables. Manger, étudiant de « Montaigu, âgé de dix-huit ans, aussi accusé, jugé sert parement, vient d'être mené à Saint-Lazare pour y être a détenu six mois, sous bonne et sûre garde, et les autres, « condamnés par sentence dont la teneur suit :

« Les dits Chausson et Saunié condamnés à faire cr amende honorable devant Notre-Dame , conduits en (f Grève pour être attachés à un poteau, avoir la langue (( arrachée et brûlés tout vifs avec le procès, le tout rè- (( duit en cendres, jetés au vent, condamnés en 1,600 li- « vres pour des réparations applicables, moitié à l'IIô- « pital-Général et l'autre moitié à l'Hôtel-Dieu, 800 livres « aux réparations du Châtelet. Le surplus de leurs biens « confisqués au Roi, et fut décrété contre plusieurs perce sonnes de qualité et autres.

« Par arrêt du 29 du dit mois et an, la sentence a été M confirmée, et l'exécution faite ledit jour, le lendemain « des fêtes de NoOl.

" Du samedi^ 26 août 1662. — Pktit niu lk. — Le Petit T. ni. .'.

66 MKMOIRES DK MATllIKU MARAIS.

« de Norinamlio, a M eondanuié , par jugement ordic uaire , à i"^lre brûlé vif et faire aiuende honorable pour « avoir composé des vers infimes, exécrables et impies « centime Dieu, qu'il avoit donnés à imprimer au nommé o Rebuffé, gardé après l'exécution.

Du mercredi, 13 décembre 166*2. — Morris bri lk. — a En la chambre criminelle a été le fait procès, à la re- « quête du procureur du Roi, à Simon Morris et autres « complices, où Messieurs employèrent près d'un mois à « la Visitation, au rapport de M. Tardieu, lieutenant cri- « minel, sur un crime d'impiété exécrable, l'accusé se « disant le lils de Dieu et sa femme, la Vierge, et autres a chefs abominables, lequel fut condamné à faire amende « honorable, à être brûlé vif. Trois hommes, dontquel- « ques prêtres infatués de la pernicieuse doctrine, furent t condamnésaux galères, une femme au fouet, et la femme tt de l'accusé et son fils furent mis hors des prisons.

a Arrêt dk la cour confirmatif du IV mars 1663. — « L'exécution faite à la Grève. M. de Lusson, conseiller, « y étant au lieu de M. le lieutenant, malade.

u Le même jour, on jugea le rapt d'une fille de Florence « nommée (Jouelly, fait par un nommé Masson , lils d'or- « fèvre, qui l'avoit emmenée déguisée en garçon. Sur le « rapl, hors de cour, 6,000 livres de dommages et inté- « réls. Défenses d'épouser la fille âgée de dix-sept ans. «c Du lundi 2'* août 1665, jour de la Sainl-Barlkélem}/. « — Lk likutenant criminel ïardiku kt sa femmi: assas- « .siNÉs. — Deux vagabonds voleurs, nonmiés Kené et « François Touchet frères, natifs d'Angers, l'un Agé de « viiigt-<pjatre ans et l'autre de vingt et un ans, sur les dix « heuns du matin, furent lieurltT à la porte de M. le lieu- « tenant criminid (Tardieu), letjuel leur ayant ouvert la «« l>orle, c€i4 deux voleurs feignant, i)our <Mitrer, lui vou- « loir parler d'affaires, aussitôt feruièrenl la porte sur « euK et dirent au sieur lieutenant qu'étant v.n nécessité, « il leur devoil donner ciiKpiante pistoles. Le sieur lieu-

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« tenant répondit qu'il n'étoit pas financier et qu'il n'en a a voit pas à leur donner, ce que voyant sa femme, près (( de lui, s'écria : Au voleur! et le plus jeune des deux, « lui appliquant un pistolet au milieu du front, lui fit « sauter la cervelle. En telle sorte qu'elle mourut aussitôt c( du coup, dont le lieutenant étonné fut assailli parles « deux frères, qui l'assassinèrent de seize coups d'épée et « expira aussitôt. Les meurtriers, ne pouvant se sauver « sur le grand bruit, furent pris, l'un sur les tuiles, l'auc( tre, dans la cave ; le procès instruit à la cour du Parle- « ment, furent condamnés, le jeudi suivant^ d'être roués (( vifset expirer sur la roue, ce qui fut exécuté le même jour. « '27 janvier 1666. — Déclaration de guerre au roid'An- « gleterre. La paix faite et publiée le 13 septembre 1667. »

FIN i)K l'anxke 1723.

Samedi 1". — Le Roi estàTrianon, pour la maladie de rinfanle qu'on a cru être une petite vérole^ qui n'est qu'une rougeole, et c'est là qu'il a reçu les compliments de la nouvelle année. La cérémonie de cordons bleus s'est faite à l'ordinaire. iM. de Meslay (Rouillé) y a paru pour la première fois avec les ambassadeurs comme introducteur. 11 a eu la charge de M. de Raimond ; il aime les chevaux et les équipages et cette charge-là lui vient bien.

Le bruit s'est répandu d'une aventure singulière arrivée à un Chartreux. Ce bon père, nommé parle général pour commissaire des Chartreux de Paris rebelles à la Constitution, est venu à Versailles, au cabaret de la Galère. 11 s'est senti plus homme que moine et a oublié son vœu de chasteté à la vue d'une jolie servante qu'il a voulu violer. Grands cris! L'auberge est accourue; la fille a expliqué la violence, le Chartreux s'est allé coucher avec sa courte bonté. Le lendemain, le bruit a été i?Tand de cette affaire. Le cardinal de Noailles en a averti les Chartreux, qui ont dit que c'étoit une calomnie des jansénistes, contre lesquels ce bon père avoit une commission. L'oflicial a informé , et le fait s'est trouvé bien vrai. On a couru au Garde des sceaux, ami des Jésuites ; il a fait informer par le bailli de Versailles pour la décharge des Chartreux; mais les témoins ont encore parlé contre lui. Cette batterie ayant mancjué, il y a eu lettre de cachet pour ordonner à Toflicial d'envoyer les informations à la Cour. L'oflicial a dit qu'il les feroit copier et les envcrroit ; cependant il a averti le cardinal, qui s'est saisi de la mi-

;o MKMOIHKS DK MATHIKU MARAIS.

iiutt*; autre lettre tlo caclict poui le (lardiiial, (jui a dit qu'il ne s'en ilessaisiroit pas et qu'il les porteroit au lloi si'il les\ouloit voir. Les Chartreux out pris un autre parti, qui a été d'appeler couime d'al)us de la procédure de l'oflicial. On a consulté M. Capou , avocat dévoué au clergé nioliniste, qui a donné sa consultation et Ta fait signer à M. Duperrey, sans la voir. Le relief d'appel a été siirnilié ; puis on a vu qu'on ne tireroit pas meilleur marché du Parlement et on s'est voulu désister de cet appel, mais les gens du Uoi ont dit que l'abus étoit une matière publique dont on ne se désistoit pas. On croyoit, par cet appel simple, porter l'affaire à Lyon, et là, voir à son aise les informations, et faire juger comme on voudroit. Mais on s'est fermé toutes les portes. L'appel n'étant que dévolutif, l'officialité a continué ses procédures, a converti le décret d'ajournement personnel en décret de prise de corps, et le Chartreux est caché. Le cardinal de Noailles, que l'on a voulu apaiser, a dit : « Que l'on me rende sept Chartreux de Paris que l'on a exilés, et je verrai ce que je ferai de celui-là. » Les molinistes sont bien fâchés d'avoir choisi un conifnissaire si égrillard, et ce ne sera plus (ju'aux vieux que les commissions seront données. Cette scAne manquoit à l'histoire de la Constitution.

.\iTRE HISTOIRE DE l'annke. — Le priuce Frédéric, frùrc de rabl)ë d'Auvergne, demande à M. de Saint-Albin, archevêque de Cambray, (ils naturel du duc d'Orléans, le prieuré de Saint-.Martin-des-(^hamps. Le duc d'Orléans, voulant bien pourvoir son fils, engagea l'abîmé deLyonne, qui avait ce prieuré, à se donner un coadjuteur ; il pro- |)Osa y>n lils; c<*la passa bient<jtà Kome, et l'abbé d'AuvcTgnc, comme abbé de Cluny, collateur de ce beau bénéfice (qui est de 50,000 livres de rente , dans Paris ), y donna s^jn consentement, bien malgré lui , apr^s que le bref fut venu. Cette coadjutorerie ne valoit pas grand chose, car il ne faut pas de coadjuteur à un bénéfice simple. L*abhé de Lyonne étant mort (pielque teuq>s après,

l'abbé d'Auvergne pourvut en secret son frère du prieuré, per ohitum. M. de Saint- Albin prit possession comme coadjuteur. On avait promis de donner au prince Frédéric une grosse abbaye dans la nomination dernière. Le duc d'Orléans, qui ne tenoit pas toutes les paroles qu'il donnoit, l'oublia. Il est venu à mourir avant la possession triennale de son fils. Sur cela, vient le prince Frédéric, qui rapporte ses provisions et qui déclare la coadjutorerie abusive. Procès au Grand-Conseil, et c'est encore une scène bénéficiale qui mérite son attention. Il fera beau voir plaider cette cause où on déclinera le nom de M. de Saint-Albin, sa naissance de la Florence, comédienne, et le soin du duc d'Orléans de pourvoir ses bâtards des meilleurs bénéfices, et d'inventer pour cela toutes sortes de tours.

ï janvier. — La Chambre des comptes s'est assemblée en grand nombre. On a examiné l'échange de Bellelsle. La lésion, pour le Roi , s'est trouvée énorme. Le bail de Belle-Isle, quoique excessif, est de 3i,000 livres, et celui des domaines échangés, de 75,000. Il a été arrêté qu'il seroitfaitdesremontrancesau [\oi pour casser cet échange, ordonner la restitution des fruits excédants, et faire l'évaluation dans les formes, M. de Belle-Isle sent bien que tout cela vient d'en haut, et la Chambre n'a point agi sans ordre. On a écrit partout dans la belle maison qu'il fait bâtir de l'autre côté du Louvre : « Ce qui vient de la flûte s'en retourne au tambour. »

10 janvier. — Les remontrances de la Chambre des comptes examinées, il a été ordonné dans le conseil que le S*" de Belle-Isle jouiroit par provision du quart des domaines; qu'évaluation seroit faite des échanges ; qu'il restitueroit l'excédant des revenus; que toutes les dégradations qu'il a faites dans les bois des domaines, dont il a vendu une partie pour bâtir sa maison, seroient estimées, et qu'à la fin, il auroit le droit de reprendre B«'lle-Isle ou des domaines. Mais on croit qu'à la fin Belle-Isle pourra

7j MK.MOIKKS 1)K MATHIKU MAKAIS.

à iK'ine ircnnlir Ifs restitutions et lesclégrailations. Voilà un honune penlu. Il tient pourtant bonne contenance et a encore des amis secrets qui le servent bien et qui es- IK^'i-ent (|ue le Koi lui fera remise.

Li4 Conipai:rnie des Indes a arrùté qu'il seroit payé 150 livres de dividende par action pour l'année 1723, qui se pave en cette année il'2'*, et a l'ait ariiclier ce payement avec division des numéros par mois, et (jue s'il survenoit des diminutions d'espèces, elles seroient supportées par ceux qui ne se seroient pas présentés à temps. Voilà une petite lueur pour les actionnaires, (lui, peut-être, ne durera pas toute l'année.

M. DE NovioN. — Le nouveau Premier Président, qui n'a jamais aimé le monde, est très-embarrassé de sa place. U ne sait que répondre à tous les compliments qu'on lui fait et à tous les placets qu'on lui présente. 11 sait bien le Palais, mais il ne sait pas la Cour, et est bien différent du défunt. Il en arriva autant à M. le i*elletier, qui étoit l>on en second, et en premier ne valoit rien, et qui quitta. On reparle de lui comme d'un exemple. Celui-ci voudroit vivre en particulier et faire donner les audiences par son Suisse, ne manger que son poulet, 'et être dès le matin au Palais pour bien juger. Mais cela ne suftit pas pour les premières places, où il faut de la dignité et de la représent.'ition. Il s'en cbagrine. Il lui a pris des va[)eurs et des hémorroïdes, et on croit qu'il ne tiendra pas longtemps, L homme est bien malheureux ; il a de l'ambition ; elle est remplie, et c'est lui-même (jui y manque.

\H janvier. — Ce jour, la Tournclle a jugé le procès clccctli! femme (jui avoit été condamnée à la question et |Minrqui j'ai fait un Mémoire. Klle a été, tout d'une voix, mise hors des prisons et dit (pi'il seroit plus amplement infornié penriant six mois. Les autres accusés, aussi mis en liUrlé. In |)etil garçon de huit à neuf ans qui étoit arrêté, ayant été interrogé, a très-bien répondu. Il s'al^\*!At}'\{ d'un mari tué dans sa chambre |»eii(|.int «pn; su

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femme étoitdans la cour. L'enfanta dit : a iMonseigneur, j'étois dans la cour avec ma bonne maman, et je la voyoïs comme je vous vois, quand le coup a tiré. » Mon Mémoire a été lu à la Chambre sur les indices, et fort approuvé. C'est un des plus forts ouvrages que j'aie faits dans ce genre.

Ce jour, au Palais, l'affaire de M. de Saint-Albin pour le prieuré de Saint-Martin étoit toute publique, et l'assignation étoit donnée sous le nom de Charles de Saint-Albin.

Le Roi revenu de ïrianon a Versailles. — M. d'Argenson, lieutenant de police, a reçu ordre de donner la démission de sa charge. M. de Maurepas lui a écrit une lettre très-polie. Cette charge ne convenoit pas à un homme qui est dans le parti ouvert du duc d'Orléans, présomptif héritier de la couronne, et qui est son Chancelier. M. le Duc ne l'a pu souffrir dans cette place de la police, où les affaires extraordinaires sont comme attachées. On dit aussi qu'il ne la remplissoit pas bien et qu'il étoit encore trop jeune. Il a donné sa démission à M. le duc d'Orléans, qui l'a gardée un jour, et l'a portéeàM. le Duc. Sa place est donnée à M. Uaccot d'Ombreval, qui a été avocat général de la Cour des aides, et qui sait plus de finance que de police. Il est neveu du Premier Président et cousin de M""* de Prie, parce que sa mère étoit Berthelot, sœur de Berthelot de Pléneut' et de la défunte femme du Premier Président. M""" de Prie va élever sa famille, qui le mérite bien, car tous ces Berthelot sont d'honnêtes gens et ont beaucoup d'esprit et de goût. Le Premier Président avoil logé M. d'Ombreval avec lui, au Palais, mais il faut qu'il le quitte et ce n'est pas le logement de la police.

DArgenson. — Dans les provisions de chancelier du duc d'Orléans pour M. d'Argenson , il y a eu quelques difiicultés pour le titre; il a dit : « Qu'on me fasse fouille au pot de M. le duc d'Orléans, je serai content. J'ai trop d'obligations à feu M. le Hégenl pour ne pas quitter tout pour son fils. » Le Garde des sceaux tenoit tout de lui, et

7 1 MIMOIUIS Dl MATIIIKU MARAIS.

c'i^toit son Ame dainiu'e. lia mis dans son lestament une fondation d'une messe aux Théatins, le jour de Saint-lMiilippe, parce tjue le Régent s'appeloit IMiilippe, et c'est bien raison que les dWrgenson honorent sa mémoire. Mais on ne fait pas toujours tout ce qu'on doit.

M. dWrgenson Tainé, conseiller d'État, a aussi quitté sa place d'intendant du Hainaut. On dit que c'est volontairement, et/]u'il aime mieux se reposer au conseil à trente ans, (pie de régir cette intendance, plus militaire que de justice et de finance.

Vattan. — M. de Vattan a cette intendance vacante. 11 est procureur général des commissions de Talhouet et la Jonchère, et ses services méritent bien d'être récompensés, car il a bien fait, et au gré de la Cour.

Lasallk. — Le vieux Lasalle, doyen des maîtres de requêtes, est mort. C'est lui qui avoit épousé une femme de rien, fille d'un tapissier, (pii s'appeloit Marie (ioupi, et a été beaucoup connue sous ce nom dans ses procès avec lui. 11 avoit une belle figure et ressembloit à Louis XIV. Par sa mort, M. de la Perrière devient doyen, et il a le droit de s'asseoir au conseil comme conseiller d'Étal et de présider aux requêtes de l'Hôtel, le premier mois de chaque quartier. Ce M. de la Ferrière est fils du fameux Berryer, grand fripon et grand partisan, et qui fit tant de faussetés dans le procès de M. Fouquet. Il est homme d'esprit; mais il en a trop et passe toujours le but par ses subtilités. Il a mal fait ses affaires; il avoit é[Kjusé une so'ur du Premier Pn'-sident d'aujourd'hui et on fut bien étonné de voir une No\ion épou.ser un Berryer, dont le nom éloit détesté de tout le monde. Mais, en France, on n'a point de règles sur les mariages.

'I'» janrier. — WonuiocsK. — La deuxième des enquètfîs a jugé un procès où j'avois travaillé et qui éloit curieux pour la coutume de Bourgogne. Il a été ordonné qu'on rapportrroit acte de notoriété du parlement de Bourgogne sur l'usage du douaire couluinier d'une femme

JANVFEH i72>5. 75

mariée à Paris , pour savoir si eu Bourgogne elle aura douaire. Toute l'histoire de la rédaction de la rétbrniation et des cahiers est rapportée dans mes Mémoires. Il a été aussi jugé qu'une femme non commune , dont le propre est aliéné, peut demander son remploi quand il paroit qu'elle n'en a point prolité et que le mari en a eu indirectement le profit.

{Note de r auteur. — Arrétdéfinitif du 7 septembre 1729, qui a adjugé le douaire à la veuve.)

BoNTEMPS. — Ce jour le Roi , en prenant sa chemise des mains du duc de la Trémouille, premier gentilhomme de la Chambre, a donné un bon soufflet à Bontemps, premier valet.de chambre, qui étoit proche de lui. Cette plaisanterie a paru mauvaise à toute la Cour, qui a bien entendu le soufflet, et on n'augure pas bien de ce jeu de mains.

Broglie. — Le comte de Buy (autrement le comte de Broglie, car, en France, il n'y a plus de noms propres) ^a été nommé ambassadeur en Angleterre. M. le Duc, en le présentant au Roi pour le remercier, a dit : a Sire, M. de (( Buy vient remercier S. M. de Thonneur que vous lui avez « fait de le nommer à l'ambassade d'Angleterre ; il en « est très-capable, et seroit encore très-capable de com- (c mander vos armées s'il en étoit besoin. )) M. le Duc n'a été désavoué de personne.

Roi d'Espagne abdique. — Sur le soir, on a dit une grande nouvelle dans Paris et que l'on n'a point dite à la Cour. C'est que le roi d'Espagne a abdiqué sa couronne et s'est retiré au château de Balsanis , que le prince des Asturies est Roi, et qu'il a été formé une junte au conseil d'État pour le gouvernement du royaume. Matière de grands raisonnements politiques et qui va se développer par le temps.

2(3 janvier. — La nouvelle de l'abdication du roi d'Espagne s'est coniii'jnée. On en avoit reçu un courrier en France, il y a q\iatre ou cinq jours, mais il ne s'ea étoit

76 MhMOlKKS OK MATHIEU M\KAIS

rie» liât. Ksl-ce puerre du paix? (lela l'ora-t-il du mal ou lia hieii? N'ost-co qu'une retraite, à la manière de Cliarles- Uuint , d'un prince que les Espagnols ont rendu dévot et qui est tombé dans une espèce d'imbécillité? Cela cache-t-il le dessein de revenir en France en cas de successiou, et de donner aux Espagnols un roi né dans les Espairnes? Que deviendra notre Infante? LeKoi épousera-t-il la fille d'un roi détrôné? Il y a bien du dessous de cartes à tout cela, et nous n'en verrons peut-être le dessus cpravec la guerre.

Lainav. — Mkdaillks. — M. de Launay, directeur de la Monnaie des médailles, m'a donné une belle médaille eu argent du pont de Blois qui est gravéQ X merveille. Le portrait du Roi est d'un côté, et au revers on voit le j)ont avec cette devise : Amjendo populorum cowmercio. — Au bas, dans l'exergue : « Pons ligeri impositus ad Blesum Castrum, MDCCXXIV. » — La gravure est de Vinler, quia fait un chef-d'œuvre, hors la tète du Uoi , mal dessinée et peu rcssendjlantc.

BiscA. — Le Uoi. — Manchons. — Le lîoi, qui se plaît à toutes sortes de malices, a fait monter Busca, ofticier des Gardes du corps, sur un cheval de manège. Busca, sans Iwlleset sans bottines ni souliers, a obéi au Hoi. Le cheval, fringant et des plus instruits au manège, lui a fait faire bien des bonds et l;ien des sauts, et s'il n'avoit été à propos secouru, il lui fût peut-être arrivé malheur.

Uuand le Uoi voit des manchons, il fait tout ce (ju'il |M.*ul pour les arracher et rompre les anneaux. Le duc de .Noaillcs lui dit : « Sire, apparemment (pie vous envoyez de beaux manchons et des agrafes de diamants à ces mes- .%icuni, à la place de ceux que vous rompez. » Le Boi 1(! regarda et ne lui répondit rien. » « Cela vous apprendi-a une autre fois, dit le duc de Noailles aux courtisans, à ne pas venir ici en manchons » ; et on se l'est tenu poui* dit.

Jeudis 27. — I) Argexso.n. — .M. d'Argenson, (pii a

quitté sa place de lieutenant de police, a été fait conseiller d'État. M. le duc d'Orléans, en portant sa démission , a demandé cette place pour lui et Ta obtenue de M. le Duc, ce qui a fait un raccommodement entre eux, dont toute la Cour est contente. Voilà les deux frères con seillers d'État bien jeunes, et celui qui n'aime pas trop le travail se trouve défait de sa charge, dont il tirera de bon argent, et a une place de chancelier du duc d'Orléans qui ne lui coûte rien, et qui lui vaut 40,000 livres de rentes. La lettre de cachet lui donnoit le choix des deux places, ou de la police, ou de la chancellerie. Il a mieux aimé la dernière; cela lui a fait un mérite de reconnoissance pour son bienfaiteur, et il a encore eu la place de conseiller d'État qu'il n'auroit eue de longtemps. Il a fait serment de conseiller d'État et pris place au conseil le 31 , mais il n'y rentrera plus qu'après l'expectative • remplie ; il a la huitième ; cependant son rang court. C'est un expédient que l'on a trouvé pour ces sortes de places anticipées.

Belle-Isle. — L'affaire de M. de Belle-Isle m'a bien été expliquée. L'arrêt ordonne l'exécution de l'échange et la jouissance par provision de G'i-jOOO livres sur les domaines. Belle-Isle, dans le temps de la première évaluation étoit à 49,000 livres. Les 34,000 livres ne sont pas du fait de M. de Belle-Isle. Pour les domaines, il en sera fait évaluation. S'ils excèdent Belle-Isle, il paiera l'excédant, et cependant, il a la propriété comme échangiste. On ne la lui peut ôter. Son grand gain vient de ce que , par l'échange , le Boi lui a cédé le droit de réunir les aliénations, lien a usé etavecun million de billets de banque, il a remboursé les engagistes et s" est l'ait plus de 50,000 livres de rente. Or le Boi ne peut entrer qu'en le remboursant. Il a vendu du bois et des châteaux. 11 en avoit le droit comme propriétaire, et de plus, il y a des charges locales pour plus de 18,000 livres, qu'il faut payer sur ces domaines. Ainsi, toute l'affaire de

78 MKMOIRKS OK MATIMKU MARAIS.

cet tV^hnnire reinl)aiTasse moins que le secret de celle de la Jonch«^re.

Mole postérieure (le MaraiSySurcetarlicle. — Il y a lettres en forme dédit, (le janvier 17'2i, qui ordonnent une nouvelleévaluation pourconnaitre la lésion, et que lescommissaires pourront distraire des domaines échangés certaine I>ortion pour laisser la jouissance de3V,000 livres à M. de

Delle-lslc, en naturededomaines,par provision seulement.

La Chambre des comptes, en examinant l'édit, a ordonné que M. de Belle-lsle ne jouira que de 3V,000 livres en argent par les mains des receveurs du domaine.

Mais cet arrêt de vérilication a été cassé par un arrêt du t" février.

Ces deux édits et arrêts expliquent l'affaire mieux que les discours publiés, toujours inexacts et incertains.

31 janvier. — On a publié deux déclarations des 4 et G de ce mois, registrées en laCour des aides, le 15.

Par la première, le Koi accorde aux officiers de feu M. le duc d'Orléans^ le droit de jouir des priviléi^es des commensaux et aux veuves qui sont et seront.

Par la deuxième, qui est du G janvier, le Koi dit qu'il désireroit continuer àxM. le duc d'Orléans lils la maison de son père; mais que, l'ordre de tout temps établi pour le premier prince du sang, Toblige de suivre les étals de ceux qui ont tenu précédemment ce haut rang, en fixant .sa maison au même nombre d'officiers et y ajoutant .seulement quelques titres. Lélat est attaché à la déclaration : elle ordonne qu'ils jouiront des privilèges des coninien.saux, et que létal qui sera arrêté par M. le duc d Orléans sera mis à la Cour des aides, pourvu (ju'il soit conforme à celui du Koi. On a délibéré longtemps sur cell#- maison ; à la lin, on a suivi les étals anciens; mais il ne .se trouve pas joint à l'arrêt. Il le faut avoir (1).

\j¥S skkt KvÉ(^iKK. — On a inq)rimé et débité en même

(l) Il #*l d4n« If Mrreurf dr rnir« 1774. (Sntr dr Canif ur.)

temps, un arrêt du 19 décembre 1723, qui supprime la lettre des sept évéques au Roi, au sujet d'un arrêt du 19 avril 1722 qui condamne leur lettre au Pape. Ces évéques avoiei^t beaucoup raisonné sur cette suppression et sur l'arrêt, et avoient fait des remontrances que l'on a jugées tendant à révolte contre l'autorité de l'Église et celle de Sa Majesté. Cette lettre étoit trop hardie et contredisoit vivement les motifs de l'arrêt. L'évêque de Montpellier, l'un des sept , a reçu l'ordre de rester à une maison de campagne pendant les États qui se tiennent à Montpellier, et on a commis un grand vicaire de la part de la Cour, pour faire certaines fonctions pendant ces États, ce qui a paru nouveau. Mais il faut s'accoutumer à tout.

Mardi 1". — Abdication du roi d'Espagne (1). — L'abdication du roi d'Espagne est publique et on a vu l'acte, qui est du 17 janvier. L'Infante pleure , et n'en veut rien croire, et a dit que sa mère a de l'esprit comme cent diables et que cela ne peut pas être. Mais cela est si bien que le marquis de Laulès, ambassadeur, du Roi abdiqué, a demandé audience comme ambassadeur du nouveau roi Louis , dont il a reçu une lettre de créance, qu'il a présentée aujourd'hui, à sept heures du soir, au Roi et introduit par le nouvel introducteur. Rouillé, comte de Meslay, qui me l'a dit. La lettre dit qu'il n'y aura rien de changé aux affaires. La Reine a écrit h M"*" de Ventadour une lettre pleine de remerciements sur les soins qu'elle a pris de l'Infante, pendant sa maladie, et d'autres bagatelles , puis , à la fin , elle dit, comme si de rien étoit : (( Au reste , vous serez peut-être surprise d'ap- « prendre que nous avons abdiqué et que nous nous

(1) Voir la Gazette de France du 5 février. Klle est cuiieiise. {Motc de rauteur.)

m MKMOIKKS 1)K MATHIKU MARAIS.

« retirons de ce inonde corrompu. » — Cette lettre a été vue de tout le monde. On sait (jue le Roi est A Saintlldefonse, avec un habit brun uni, qui lui vient jusqu'à ini-jand)e, et un bourdon qui lui sert de canne. lia eminent^ avec lui le inarcjuis de Grimaldo, le marquis de Valonzeet son confesseur, le père Bermudez, jt^suite, qui a mené toute cette belle affaire, et la Heine a la princesse «le Kobec et deux ou trois autres dames. Cela fait une petite cour où on s'ennuiera bientôt de dévotion, i.e lioi a (piarante ans; la Heine , trente et-un. 11 y a encore bien du temps jusqu'à mourir. Le Hoi s'est réservé cent mille pistoles de pension ; il a un priapisme perpétuel qui répuise et il aura tout le temps de l'employer. Voilà un événement des plus rares. « Ce n'étoit pas la peine, me disoit un andjassadeur, de faire s'entretuer 8 ou 10 millions d'hommes et de mettre le feu dans l'Europe pendant quinze ans, pour soutenir une couronne que l'on quitte quand elle est assurée et cimentée par tant de sang. » — Uù est le duc d'Orléans, pour voir sa lille reine, et son autre tille, femme de l'Infant don Carlos, à qui Tinves- (ilure de Florence, l*arme et Plaisance, vient d'être assurée par l'Empereur? L'aînée, femme du petit duc de Modène, a de quoi exercer sa jalousie ; elle a appris la mort de son père par une lettre qu'elle a décalquée et qui éloit écrite à son mari. Tout lui a remonté et elle a pensé mourir. Il n'y a plus de France, ni de père, ni de Hichelieu pour elle, il faudroit aussi abdiquer, mais cela n'appartient pas à tout le monde. Voyez, sur les abdications, I article de Charles-Quiut, dans le Dirùonnnire de Haylc Coulan(:e lit autrefois une jolie chanson en Dinloijnv swv «îlte matière, et parce ((u'un des interlocuteurs dit (jue le reine (Christine ne s'en repentit pas , l'autre réjiond :

• Mais Azolin, dans Homo, ■ Sut cWtiTWM'T Sfs «'iimiis;

• Klle C'iU sans ce grand homme, « Patte de tristes nuits. *

FÉVRIER I72>5. Si"

Le temps nous apprendra si la reine d'Espagne n'aura point quelque consolateur. J'ai vu une lettre de Madrid, où on marque qu'ils n'ont retenu aucune marque de leur dignité; qu'ils vont dans la foule, avec le peuple, aux dévotions et qu'on les appelle les saints Rois. Brantôme appeluit Charles-Quint « un demi-saint. »

2 février. — Maréchaux de France. — Cordons bleus. — Le Koi a fait aujourd'hui, bien des contents et bien des mécontents. 11 a fait sept maréchaux de France et cinquante-huit cordons bleus.

Les maréchaux sont : le comte de Broglie , le duc de Roquelaure , le comte de Médavy, le comte du Bourg, le marquis d'Alègre, le duc de la Feuillade et le duc de Grammont, colonel général du régiment des Gardesfrançaises.

Les cordons bleus sont dans une longue liste.

On a été bien étonné de voir le comte de Broglie maréchal de France, lui qui a quitté le service, il y a quarante ans, et à qui on ne pensoit plus; mais c'est pour honorer son fils, ami de M. le Duc, qui va ambassadeur en Angleterre, et qui pourroit bien avoir le bâton de son père, quand il mourra.

Le duc de Roquelaure est depuis vingt ans en Languedoc à commander dans une province, et on se souvient que, dans la dernière guerre, en l'année 1703, il fut cause de la perte de trente ou quarante villes que les Hollandois lui reprirent en un jour par sa faute; depuis quoi, il n'a plus servi.

Il n'y a rien à dire sur MM. de Médavy, du Bourg et d'Alègre, qui ont fait de grandes actions à la guerre. Mais M. de la Feuillade, qui a perdu la bataille de Turin , et M. de Grammont, pauvre génie qui n'a jamais rien fail, pourquoi leur donner cette dignité? On a remarqué (]ue M. de Granmiont est entré au service l'année que M. de Broi:lie l'a quitté. On a pris la tète et la queue Le marquis de Hautefort, ancien lieutenant général et homme

8J Mf^.MOIRKS 1)K MATHIEU MARAIS.

d'un grand mérite, se plaint fort et a dit à M. le Duc « qu'il déshonoroit son ministère en ne le nommant point. »

Le duc de Villeroy a dit simplement : a Je croyois mé- « riter le bAton, vous ne me Tavez pas donné ; mais je» « suis un philosophe et je n'en serai pas fâché demain. »

Le duc de Noailles crie plus fort, et pense que son nom étoit dû à la France et à Thistoiro. Mais, de cesdeu.x ducs, l'un a son père en exil ; l'autre en arrive; et ce sont secrets dÉlat qui obscurcissent le mérite des armes.

Parmi les cordons bleus , on n'a pas mis le duc de la Force, parce que les statuts veulent (art. i5) qu'on ne soit remarqué d'aucun cas reprochable , ni prévenu en justice, et l'arrêt du Parlement rendu contre lui est une terrible remarque, pour nous servir du vieux terme.

Dans la maison de Lorraine, il y a le prince Charles , comme grand écuyer, et le prince de Pons; maison n'y trouve pas le prince de Lambesc et les autres princes lorrains. Les Bouillon et les Hohan n'ont rien, parce qu'ils veulent être traités en princes, et distingués dans les cérémonies et processions de l'Ordre, ce que le Roi n'entend pas.

On a été surpris d'y voir un marquis de Maillebois et un comte de Livry, mais le premier est maître de la garde-rol)e, et le second, premier maître d'hôtel; et on dit (jue c'est à cause de leurs charges. Mauvaise raison ; car d 'au trc»s charges plus grandes, comme le grand-prévAt elle grand-maltre des cérémonies, n'ont paseu le cordon. Il faudra voir comment un D<'siiiaretz et un Sanguin feront leurs preuves.

Ce comte de Livry a toujours été ami tendre de M""" de Vru'f el on les trouve trés-amis dans le temps. C'est aussi à une faveur galante d'un plus haut étage que le manjuis de Fervaques doit sa promotion. La duchesse d'Orléans n'a 1)89 été non plus indifférente. Sans cela , on n'eût paA donné le cordon bleu A un Bullion, (pii est de race

financière et qui n'étoit rien, au temps du cardinal de liichelieu.

Le marquis de Simiane , homme de peu de mérite, l'a eu, à cause de feu M. le duc d'Orléans, dont il étoit premier gentilhomme de la Chambre, et son collègue, le chevalier de Conflans, ne l'a point eu, parce qu'il est chevalier de Malte, et que cet ordre n'en admet point d'autre. On dit même que Simiane étoit oublié, et que , dans le conseil, le duc d'Orléans dit : « Je ne vois personne, là, pour mon père. » On lui fit entendre que son père étoit mort. (( Il n'est pas mort, dit-il; il n'est pas encore enterré; il est censé vivant. » On chercha dans la maison. Simiane fut fait cordon bleu, et on ne pensa pas à iM. d'Étampes, qui étoit bien meilleur.

Ainsi, la fortune régit tout : « Regina ciel mondo. » Le prince de Tingri est des plus fâchés de n'y point être, mais son nom, brouillé dans l'affaire de la Jonchère, lui a toujours nui et lui nuira toujours pour les dignités. Voilà ce que c'est que d'aimer trop l'argent; et quel vice à un homme de cette condition !

Le Roi a donné enfin la charge de premier écuyer au commandeur de BL^ringhem , dans l'état où elle étoit, et a donné une bonne consolation au marquis de Nangis, en le faisant chevalier d'honneur de la Heine. C'est la première charge de sa maison, qui le mènera à tous les honneurs possibles. Il a à donner la main droite à la Heine, et le maréchal de Tessé, premier écuyer, ne lui donne que la gauche. Si on renvoyoit l'Infante, ilseroit toujours chevalier d'honneur de la Heine qui sera. Il y a moins de profit que pour le premier écuyer, mais plus d'honneur et de grandes espérances.

Vendredi i. — On a fait à Saint-Denis la pompe funèbre du duc d'Orléans. L'oraison funèbre a été prononcée par M. d'Angers. Il y a pour texte : u E levains sum et manus lua prœcipilal me. » On ne l'imprimera pas. M. le duc d'Orléans ne le veut point.

R4 MÉMOIRFS DK MATHIKtl MARAIS.

Samedi 5. — On a amené à la Bastille le marquis de Tarlully, qui a été pris clans un de ses ehiVteaux du Maine. Il est accusé d'avoir em[)oisonné trois de ses femmes, l'une après l'autre. Ces nouvelles de poison ne valent rien, et ressuscitent la mémoire des giands crimes qu'on a éteints depuis longtemps.

Saint-Simon fils. — Le même jour, on a jugé à rofticialitê la cause du marquis de Saint-Simon, (jui réclamoit contre ses vœux faits à Saint-Victor. Les vœux ont été jugés l)ons, et comme il s'étoit vanté que s'il perdoit sa cause, il tueroit son frère l'abbé et le duc de Saint-Simon , son parent, il a été arrêté, en vertu d'une lettre de cachet, dans le (juartier de Notre-Dame, enlevé et conduit au cluïleau de Joux. Cet homme avoit quitté Saint- Victor et éloit passé en Angleterre, où il n'avoit pas donné de marques d'un homme bien sensé. Son acte de profession ne paroissoit oas. Sa mère avoit reçu son fds chez elle. Mais c'étoit un mauvais sujet, comme tous les moines défroqués; on y a mis ordre et on a bien fait.

Mardi 8. — D'Albignv. — Falaisk. — On a appris qu'un M. d'Aubigny, fils du gouverneur de Falaise , a enlevé une religieuse d'un couvent voisin (jui étoit encore en voile blanc; qu'il l'a dépouillée de son habit de couvent et lui en a donné un autre, dans un pré, à la vue de plusieurs personnes, et (ju'ensuite, il a p.issé avec elle dans les pays étrangers. Le manpiis de Prunelay, (jui en fit autant, il y a (|uel(jues années, à M"' de Laigle, l'a épousée à Londres et revient en France dans sa familhi. bussy disoit qu'il falloit toujours commencer par enlever ; qu'on avoit d'abord la fille, puis l'amitié des parents, et, qu'après leur mort, on avoit encore leur bien.

Ducs. — Cahkkaux. — Aujourd'hui, à la messe du lloi, on a ôté li'scarr«!auxau\ ducs, «pii en ont été fort sur|)ris. Ils ne les avoient point, du temps de Louis \iV, et s'en éloient mis en possession dc^puis la miiujrilé.

La JoNCiikBK. — L'affaire de la Jonchère a été réglée

FÉVRIKR 1724. 85

à l'exlraordinaire; on va procéder criminellement. La fin peut être fort triste pour lui et pour ses complices. Tous ceux qui y ont eu part tremblent, et ont raison.

Vendredi 11, et lundi, iï février ITâV. ~ M"^ de Saint- Cyr-Cuoiseul. — Ce matin, à la Grande-Chambre, il y a eu assemblée des Pairs et de toutes les Chambres sur l'affaire de M"" de Saint Cyr-Choiseul, qui se prétend fille du duc et de la duchesse de Choiseul (1), dont la naissance avoit été cachée, et avoit été confiée au duc de la Vallière, son oncle, frère de la duchesse. Elle avoit peutêtre été dérobée, mais elle étoit venue pendant le mariage. Elle avoit deux sœurs qui sont mortes, dont le Duc s'est porté héritier, sans parler de cette troisième, dont il savoit le secret. iM'"^d'Hautefort en a pris soin. A vingt-cinq ans , elle a cherché ses preuves ; on a informé ; elle a fait assigner le duc de la Vallière pour lui rendre son bien , qui a répondu qu'elle devoit prouver son état. Sa dénégation a été jointe aux informations où il étoit parlé de lui. Le lieutenant criminel a ordonné que parties se pourvoiroient, à cause de la qualité de duc et pair. La requête a été rapportée par MM. de Paris et de la Guillaumie. Arrêt de ce jour, 11, qui ordonne que les informations seront apportées en la Cour. Seconde assemblée, le lundi, li, en pairie. Les informatioiis ont été lues et trouvées très-fortes. Les témoins sont : M""" d'Hautefort , Helvetius, médecin, le P. Gaillard, jésuite, une nourrice et deux anciens domestiques. Par l'arrêt, permis à la demoiselle d'assigner le duc de la Vallière, pour procéder aux fins de ses requêtes en la Grande Chambre , la Cour suffisamment garnie de Pairs. On a pul^lié des Mémoires sur cette affaire, où le Duc n'a pas été ménagé. La princesse de Conti, grande douairière (sa tante), a dit qu'il falloit pendre l'avocat qui les avoit faits. Cette mère

(t) On la (lit fille «lu coinle d'Alberl ci de b duchesse de Clioiscul (.\o(e de Vauteur).

at MKMOIRKS DK MATIilKU M A HAIS.

Choiseul t^oit une femme galante , et le père étoit un homme dur. ifui ne vouloit que des garçons, et laissoit mourir ses filles de faim.

13 et IV. — Graxi> et fremiku kcuvkr. — De[)nis la place de premier écuyer donnée, il y a eu des contestations nouvelles avec le prince Charles. Il y a eu quelques paroles avec M. le Duc. Ce ministre violent a pris le parti de faire un n''glenient entre les deux charges, contenant di\ articles, où le premier écuyer est déclaré indépendant, avec l'administration entière de la petite écurie. Tous les carrosses et voitures du Roi seront commandés par le premier écuyer, hors ceux de deuil, qui seront ordonnés par le grand. Le premier écuyer seul se servira des carrosses du Roi, et pourra en avoir aux armes de S. M. Quand le Roi montera à cheval, le grand aura la droite; le premier, la gauche; mais la tète de son cheval ne dépassera pas La botte du Roi. Les autres écuyers précéderont. Les chevaux qui seront amenés à Paris seront choisis par le grand et j)i'emier écuyer. Celui qui arrivera le premier choisira, quand ils viendront ensemble (ou leurs préposés), le grand choisira le premier cheval; le premier écuyer, le deuxième, etc. Le règlement est du H, et la veille, le 13, M. le Duc, dans sa colère, a fait donner un arrêt du conseil, par lequel il s'est fait commettre lui-même, pour voir, examiner et arrêter les états et comptes de dépenses des grande et petite écuries, et il est ordonné que, sur cet arrêté , elles seront passées en la Chambre des Comptes. Il a fait expédier des lettres sur cet arrêt; elles ont été renvoyées en la Chambre, qui n'a OM- refuser l'enregislrement, parce cpie ce sont les premières lettres venues depuis le ministère de M. le Duc; quoirpie la Chambre ait vu le préjudice manifeste fait à une charge de la couronne et même au droit de la Chambre, qui y [Mordra des épices. L'arrêt ôte l'arrêté des dé- [>€n»eftde la grande écurie au grand écuyer, et il n'y avoit (>as la moindre contestation sur cela. L'arrêt porte, A la

FÉVIUER 172^. 87

vérité^ « jusqu'à ce qu'autrement en ait été ordonné par S. M. » Mais en voilà pour tout le ministère du Duc, qui est jeune, et qui ne revient pas aisément, non plus que le prince Charles. Ainsi se sont mal terminées toutes ces contestations, où le prince Gharles voulant le service du Roi, a touf trouvé contre lui. Il ne devoit pas s'y attendre.

14 février 172i. — Samuel Bernard. — Un particulier a écrit une lettre anonyme à Samuel Bernard, banquier, pour lui demander 40,000 livres dont il avoit besoin et dont il devoit venir prendre réponse à son portier. 11 est venu : on avoit préparé deux sacs pleins de liards. Il les a emportés, croyant que c'étoit de l'or, et fort joyeux de sa prise, mais il a été arrêté dans le moment et amené au For-l'Évèque. Là, il s'est découvert, et a écrit une lettre signée, où il a dit qu'il s'appeloit d'Antoine, qu'il étoit conseiller au parlement de Provence, homme marié, ayant femme et enfants, allié de fort près aux du Luc et aux Vintimille, beau-frère de M. de Vesalieu, président à mortier à Dijon, etc. On a été surpris de cette folie. Bernard a couru au ministre, demander sa liberté; il l'a refusée, a envoyé le conseiller à la Bastille, et n'a point voulu se rendre aux larmes de cette famille affligée, qui sait bien que ce conseiller, un des premiers de Provence, n'est pas un fripon, mais qu'il doit être devenu fou de la perte d'un procès qui venoit d'être jugé. Aventure singulière qui montre bien ce que c'est que de l'homme. Les gens trop riches comme Bernard, ne sont pas tranquilles dans la possession de leurs richesses, il pouvoit refuser cet homme sans le faire arrêter. iMais peut-être eùt-il été assassiné le lendemain. Au reste, il est dur de ne pas rendre cet homme à ses parents (1).

Les vols et les assassinats recommencent à Paris ; on

(1) Il n'est sorti de la Bastille que le 2'i mars, avec ordre de se retirer dans une Itrre. {Sotc de Murais.)

88 MKMOIRKS DK MATHIKH MARAIS.

ooune des UMos propiviiient avec des rasoirs; on les jette dans la rivière. On a cru assassiner l)iivernay,(|ui est un des frères PAris. et on a assassiné un homme qui lui ressemble. ;^ qui on a donné cinq coups de couteau dont il n'est pas mort.

Tous les doubles emplois sont révoqués. Les lieutenants généraux iront dans les provinces faire leurs charges et il n'v aura plus de commandants. C'est pour décharger la (b'pense.

Ck(>zat. — .MoTARGis. — Voici une dureté nouvelle du ministre. Crozat, (jui a rendu de bons services au royaume, avoit eu l'agrément d'acheter la charge de grand-trésorier de l'Ordre du Saint-Esprit, et iMontargis, qui a été garde du Trésor royal et trésorier de la guerre, avoit eu aussi celui d'acheter la charge de secrétaire-greflier de TOrdre, et ils en jouissoient, avec l'honneur du cordon, depuis plus de dix ans. On leur ôte leurs charges; il leur est ordonné de les vendre : Tune au contrôleur-L'énéral, Taulre, au marquis de Maurepas, secrétaire d'tlat, et on ne leur laisse pas même ni le cordon, ni la Ijroderie, quoique ce fût l'usage, et qu'en France, on ne dégrade [)ersonne sans raison. Ces deux familles sont au désesi)oir. Mais on ne veut pas que ces charges soient au premier venu cpii aura de l'argent. Crozat a eu lieau remontrer (jue sa tille a épousé le comte d'Évreux; que son (ils a un beau régi ment et a épousé une Gouf lier, et qu'il a un autre tils, maître des requêtes.

Montargis s'est aussi paré de ses gendres : le comte d'Arjmjon et le président IlénauU, de l'Académie franroi.vr; tout cela n'a rien fait, et il faudra qu'ils paroissent dégradés dans le pul)lic, et sans cordoii ni parure, après en avoir tant fait les fiers. Il ne faut guère compter sur Ic!» honneurs de ce monde, quand on n'est pa.s de nais- .sance à les avoir.

I*. S. Ils ont tant fait, par amis et par argent, (pic le cordon leur est resté.

FÉVRItR 1724. 89

Belle-Isle. — On a découvert une lettre que l'on faisoit passer à la Bastille, pour engager la Jonchère à se dédire contre M. de Belle-Isle. Le marquis de Pompadour la devoit faire tenir, et quand on est remonté à la source, il s'est trouvé qu'elle venoit deM^^d'Herbigny, et M. d'Herbigny est un des juges de la Jonchère. Tout ceci développera quelque intrigue qui perdra quelqu'un, parce qu'on en veut sauver d'autres. iM. de Pompadour, qui a été à la Bastille pendant la Hégence, pourroit y avoir de l'accès.

Poème de la ligue. — Arouet. — Le poëme de la LiguCy par Arouet, dont on a tant parlé, se vend en secret. Je l'ai lu : c'est un ouvrage merveilleux , un chef-d'œuvre d'esprit, beau comme Virgile, et voilà notre langue en possession du poëme épique, comme des autres poésies. 11 n'y a qu'à la savoir parler; on y trouve tout. On ne sait où Arouet, si jeune, en a pu tant apprendre. C'est comme une inspiration. Quel abime que l'esprit humain ! Ce qui surprend, c'est que tout y est sage, réglé, plein de mœurs; on n'y voit ni vivacité, ni brillants, et ce n'est partout qu'élégance, correction, tours ingénieux et déclamations simples et grandes, qui sentent le génie d'un homme consommé, et nullement le jeune homme. Fuyez, Lamotte, Fontenelle et vous tous, poëteset gens du nouveau style. Sénèques et Lucains du temps, apprenez à écrire et à penser dans ce poëme merveilleux qui fait la gloire de notre nation et votre honte.

Marianne, tragédie. — Au même temps que ce poëme paroit, on nous annonce une comédie de Marianne, qui va être jouée et qu'Arouet , poëte infatigaijle, nous donne pour ce carême. Il ne peut que bien faire, et toujours de mieux en mieux.

Kescio quid majiis nascitur Iliade.

— La tragédie a été jouée et a tombé dès la première représentation. Le poëme dramatiipie est différent do l'épique, et on n'a pas tous les talents.

90 MKMOIKKS DK MVTllIKU MARAIS.

M. LK Bi.ANC. — On a t'té chercher M. le Blanc au lieu lie son exil et il a élé amené t\ la Bastille. On y a aussi amené en même temps, M. Moreau de Séchelles, maître des requêtes, qui travailloit sous lui. Tous les jours, on arrête (|uelqu'un pour cette affaire, et on croit que le meurtre de Sandrié se découvrira. Trois soldats, fils du concierge de la Jonchêre, sont pris : on les en croit coupables.

Bklle-Islk. — Le comte de Belle-Isle, qui se croyoit impreiiahle, a été aussi pris comme les autres. Il a été arrêté avec grand nombre d'archers pour lui faire plus d'honneur. Un officier, nommé de Couches, s'est enfui en habits de palefrenier, pendant qu'on arrêtoit Belle- Isle, chez qui il étoit.

7 murs. — Le papk Innocent XllI mort. — Le pape Innocent XIII est mort le 7, à huit heures du soir. Il avoit été élu pape le 8 mai 1721, et il ne l'a pas été trois ans. Il avoit mangé de l'esturgeon et bu du vin grec, ce qui lui a «lonné une indigestion. Il étoit âgé de soixante-huit ans, neuf mois, vingt et un jours. Sa famille y perd beaucoup, et ^K^lise peu. Il venoit de canoniser un Conti de ses parents. Six heures avant de mourir, il avoit signé la dispense du mariage de la princesse Sobieska.

Le pape a signalé son autorité, en mourant, par la permission d'épouser les deux frères, qui n'est pas un mince jwuvoir. Les cardinaux françois ont eu ordre de partir [K>ur le conclave dès que la nouvelle a été reçue. Le cardinal de Bohan a le secret de la Cour, et dit que, si on le croit, on fera un pape de dix-huit ans, pour ne pas retourner si souvent à Bome. 11 est las de ses voyages. Le cardinal de Binsy a le secret des jésuites. Le cardinal de Polignac , bel esprit et grand politi(iue, a le secret de toutes les cours. \j* cardinal de Gesvres, (|U()ique vieux, voudroit partir, mais il n'arrivera que pour le conclave

suivant. Le cardinal de Noailles reste à Paris, presque excommunié par la cour de Rome.

On compte le cardinal Paulucci pour sujet irès-papable. Une folle de femme disoit : « J'aimerois mieux un sujet palpable qu'un sujet papable. »

iMariage du duc d'Orléans — Le mariage du duc d'Orléans avec la princesse de Bade, fille du prince Louis de Bade, général de l'Empereur, a été déclaré et a surpris toute la Cour. Cette princesse n'est point de famille électorale; elle n'est pas riche; on ne la dit pas belle, mais c'est une Allemande qui sera féconde, et voilà comme Henri ÏV les vouloit. Ce mariage ne plait pas aux Condé : il les éloigne du trône, et l'on parle de renvoyer l'Infante, qui, ne donnant pas des enfants au Roi de sitôt, en approche le duc d'Orléans.

Roi d'Espagne. — Le roi d'Espagne abdiqué persiste dans sa retraite. Il ne quitte point sa femme. Ils couchent ensemble jusqu'à neuf ou dix heures du matin ; ils prient Dieu ensemble ;-ils vont à la messe ensemble ; après la messe, ils jouent au Wllard ensemble. Ils font quelque pieuse lecture ensemble , puis ils dînent ensemble. Après diner, ils jouent au piquet ensemble ; ils vont se promener ensemble; reviennent lire encore ensemble et s'occupent ensemble de bonnes actions; puis ils soupent ensemble, couchent ensemble, et font ainsi tout ensemble, ce qui pourroit bien les dégoûter de cet ensemble si continuel.

Concert italien. M'""" de Prie. — iM""^ de Prie, qui aime la musique italienne, a établi un concert italien, composé d'excellents musiciens que l'on paiera bien, et pour les payer, sans qu'il lui en coûte, elle a choisi soixante auditeurs, qui donneront chacun 4^00 livres par an, qui font 2i,000 livres. lia d'abord été donné chez Crozat le jeune, curieux de musique, puis il sera continué au Louvre, deux fois la semaine. Les seuls payeurs y entrent et ne peuvent pas mémo y mener leurs femmes. On lesapi)ellc amateurs, mais leurs femmes auront les amants. Ce con-

92 MKMOIRFi> DE M.VlHIKll MARAIS.

cerl est contre les MélophilètcHy où tout le monde entre, où personne ne paie et où il n'y a aucun musicien de profession. M"" de Prie est à la tùle et il y a encore, pour femmes la comtesse d'Évreux, la marquise de Castellane et M"*" de la Mésangère. Crozata chez lui une lille appelée d'Arçenon, nitVe de Lafosse, le peintre, qui chante trtV bien, et une petite Guyot, lille d'un de mes confrères, qui joue excellemment du clavecin; celles-là ne paient pas. On appelle celte académie à la manière d'Italie, «pii dtMine (les sobriquets aux académiciens : « gli Acadcmici

piKjanti. »

18 mars. — L'assassinat du parent des Paris, nommé la Guillaumière, a donné lieu à une ordonnance du Koi, qui défend à toutes personnes de prendre qualité d'officiers militaires, sanscommission de S. M., et qui enjoint à tous les officiers qui seront ù Paris, de se faire enregistrer au bureau de la guerre et de déclarer leurs demeures et les raisons qui les retiennent à Paris. Sur cette ordonnance, plus de huit cents officiers sont venus se faire enregistrer, et comme plusieurs ont dit qu'ils étoient à Paris pour se faire payer d'anciens billets de la guerre, on a fait un état de distribution pour les payer dans quinze jours, suivant un arrêt du 18 de ce mois. On purgera ainsi Paris de plusieurs fripons qui prenoient de fau&^es (|ualités, et les vrais officiers auront de l'argent et sV*n iront.

La compagnie des Indes a obtenu le privilège des loteries; elle en fait de toutes sortes : en rentes viagères, en actions, en argent, et elle gagne snv tout cela c«; (jue gagnoient les hôpitaux et les communautés aux autres loteries, c'est-à-dire quinze pour cent. Une si grande (>)nipngnie devroit être au-dessus de ï)areils prolits.

I>es actions ont haussé jusqu'à 3,200 livres, par <pirl.pie inana'uvre inconnue ; puis on a rehais.sé à 2,200 d'un j(jur à l'autre. On a tenu une assemblée générale le l.j, où Pàris-Duvernay a été nommé syndic général de la Com-

ÎMARS 1724. 93

pagnie. M. le Duc les met partout, et ils deviennent l'objet de la haine publique. Avec tous leurs millions, ils ne mangent pas un morceau en paix; ils croient toujours voir la mort et ont des gardes qui ne les quittent pas. Voilà la peine de leur ambition.

Le duc de Charost s'est démis de son duché en faveur du marquis d'Ancenis, son fils. Ce marquis jouoit avec le Roi; quelqu'un le nomma. Le Roi dit . a Je ne le vois « point; je ne vois que le duc de Béthune, » et apprit ainsi à la Cour qu'il étoit duc de Béthune.

29 mars. — Le comte de Belle-Isle a débité un Mémoire imprimé pour sa justification. Il dit qu'on Taccusoit d'avoir donné à la Jonchère du papier discrédité, d'avoir tiré de lui de l'espèce, altéré sa caisse et employé des voies indirectes pour se faire payer de ce papier, et même usé de violences. Il convient que quand il alla à la guerre d'EspagnC;, il avoit 1,200,000 livres en billets; que, craignant de les perdre, il les donna à la Jonchère, au commencement de 1720 ; que la Jonchère lui en fit ses billetsqu'ila payés en 1721 en argent; qu'iln'y arien làcontreles lois; qu'on ne peut s'autoriser de sa confession s'il n'y a preuves contre lui au procès ; qu'il n'y en a point ; que la Jonchère a parlé différemment dans les quatre premiers interrogatoires et dans les quatre derniers, où il s'est rétracté, depuis que son compte a été rendu où le Roi est son débiteur; que l'accusé ne peut charger un sujet pour se décharger; qu'on a rapporté plusieurs paperasses qui n'étoient pas dans les papiers de la Jonchère et qui ne peuvent faire de preuve ; qu'on ne sait d'où viennent ces pièces; qu'elles sont tombées du ciel et qu'elles peuvent avoir été fabriquées; qu'il n'y a ni violence, ni voie indirecte, puisque la Jonchère ne s'est jamais plaint; que la Jonchère même n'est pas criminel, puisque le Roi lui doit; qu'ainsi, M. de Belle-Isle ne peut pas être son complice. Il dit qu'il ne peut pas être condamné sur des présomptions puiscju'il on faut : ^<juris

94 MKMOIllKS DE MATIllKU MARAIS.

ft de jure. » Il croit savoir tout le procès puisqu'il a été inlermgc plusieui*s fois, mais il ne sait pas qu'il y a encoi*e la confrontation , et qu'on interroge plusieurs fois un lionune pour le faire couper. Il revient souvent sur les papiers elles billets de la Jonchère à lui. qu'il ne connolt point, et qui ne se sont point trouvés chez la Jonchôre. Sur quoi, il prie le public «le faire ses réflexions (c'est-à-ilire que ces pièces ont été pratiijuées contre eux par les PAris, ses accusateurs secrets). Il iinit par une ordonnance de 1532, qui veut que ceux qui prennent de l'ar^'cnl des caisses du Roi, s'ils savent que le trésorier n'est pas en état de payer et qu'il prête l'argent du Roi, soient tenus de doit restituer avec peine de quadruple. Il dit qu'il n'est pas dans le cas de cette ordonnance, puisqu'il n'a pas emprunté au trésorier, mais qu'au contraire il a prêté au trésorier, et d'ailleurs, s'il étoit emprunteur, ce qu'il n'est pas, il n'a point su que c'étoit l'argent du Roi, puis<jue la Jonchi-re étoit opulent et avoit une grosse cliarire, etc. Ce Mémoire est signe ; Fauvel, qui est avocat au conseil, et n'est ni bien, ni mal écrit. LesPAris n'en sont pas contents à cause des soupçons qu'on répand sur eux.

J'ai appris qu'il y a division entre les Paris, qui sont fâchés que le Duvernay, leur frère, soit syndic général de la Compagnie. Le public ne seroit pas fâché de voir une seconde Thébaïde ; Privatis odiis crescit res puhlica.

— On a brûlé vif, ces jours passés, un ânier de Montmartre, qui tiroit de ses ànesses un autre usage que celui du lait, ri qui étoit coupable de toutes sortes de blasphèmes, lia eu la langue et !«• poing coupés. Son oncle l'a accompagné partout, sur la charrette, et l'a exhorté à donner sa langue, à ilonner son poing, à se laisser brûler. Il n'en a pan voulu dédire son oncle. Il avoit entrepris d'écorcher .VI fcmrne; elle lui demanda le temps d'un acte de contrition : pendant ce temps, heureusement, la volonté lui i et «'Ile est veuve d'un brûlé. (J'ai appiis deimis, u uii de» juges, qu'il n'y avoit rien, dans le procès, .sur

les ânesses, mais des blasphèmes horribles. Il a été jugé dans toute la rigueur des ordonnances connues, criminel de lèze-majesté divine au premier chef, et les deux Chambres ont été assemblées. Le criminel a pu obtenir commutation aux galères et la langue percée; mais elle vint trop tard.)

La Perelle roué. — La Tournelle a jugé hier un nommé la Perelle, qui étoit valet de chambre chirurgien de M. de Puységur depuis quinze ans. Ilcoupoit très-proprement les têtes et les bras à ses amis, puis les voloit et se défaisoit du corps comme il pouvoit, le jetant ou dans les fosses d'aisances ou dans la rivière. Une tête trouvée sur un bateau a fait suivre ce crime : c'étoit celle d'un agent de change nommé Prévôt , avec qui on savoit que la Perelle avoitété tout le jour. Sur ce soupçon, il a été arrêté; on a cherché dans les fosses de la maison de M. de Pu y ségur, et il s'y est trouvé plusieurs bras et jambes qui, ayant été montrés à l'accusé, il a dit : « Cela pue beaucoup; c'est tout ce que je puis dire. » Il a tout dénié et a été condamné, au Chàtelet, à la question, manentibus judicils. Au Parlement, il a été condamné à être roué vif; préalablement, à être appliqué à la question. Quand on lui a donné le premier brodequin, il a répondu : « Je croyois le Parlement plus éclairé que le Chàtelet , et cependant il condamne un innocent. » Cela a donné à penser à toute la Cliambre, mais l'arrêt étoit rendu. Il n'a pu être exécuté, ni la question donnée que le lendemain, parce qu'à midi le bourreau ne se trouva point, et qu'on ne donne point la question après midi. A la Grève, il a parlé. On l'a misa l'Hôtel de ville. Il a avoué, de lui-même, avoir fait le meurtre et deux autres meurtres en 1720 et en 1 722, lui tout seul ; qu'ilcoupoit les membres avec un couperet, les chairs avec un rasoir, et qu'il jeloit le tout dans la fosse ou dans la rivière. Qu'au premier, il a trouvé sept actions qu'il a vendues GG,000 livres; au deuxième, pour 7,000 livres d'effets, et au troi-

96 MKMOIRKS OK MATIIIFAÎ MARAIS.

si^me, oinij dixit^mes seuloniLMit. Il a ensuilc été roué vil'. On a arrêté l'oflicioi' de M. de Puységur qui avoit sa cliainl)re proche de la sienne. Le rapporteur, M. de Lezonet, a embrassé le roué qui déchargcoit sa conscience.

Un des complices de Cartouche , nommé du ChAtelet, qui Tavoil découvert^ et i\ qui on avoit accordé sa grâce, éloit enfermé à hi Salpétriére, d'où il s'est enfui, et, pour première action, il a assassiné un homme sur le grand chemin près Paris, et a mis un billet sur son corps : « C'est du ChAtelet. » Pardonnez à ces cocjuins, ils font pis.

CoLiNKRi PRIS. — On avoit accordé pareille griVce H un nommé Colineri, chef de faux-sauniers attroupés en Picardie, et qui avoient formé une petite armée. La Cour avoit traité avec lui et Tavoit pardonné. Il recommence son métier en Poitou. Un directeur de gabelles, révoqué de sa commission, a entrepris de le prendre. Fa arrêté dans un cabaret, et on a rendu au directeur sa commission avec bonne gratilication. Colineri, pour cette fois, sera bien pendu et ne sera plus repris.

Journal des savants. — Il parolt, depuis le 1" janvier, un nouveau Journal dessavantHy qui s'imprime tous les mois, in-Vetinli. Les auteurs de ce journal, qui travaillent sous les ordres de M. l'abbé Bignon, n'en demeurent pas à de sinqdes extraits. Ils critiquent, ils censurent, ils disent leurs avis, et parlent hardiment de toute matière. Cela ne peut pas durer. M. de Sallo finit bienti'it le sien , pour avoir pris cette route. Un abbé Desfonlaines, grand ennemi de Lamotte et du nouveau style , est de cette compagnie, et lance de bons traits contre les réformateurs modernes de notre langue. Il trouve dans leurs ouvrages la versification dure et prosal(|ue, des tours ol>scurs, des expressions louches, des [>enMes froides, les antithèses puériles, un neuf bizarre, un faux sul>lime, un langage précieux, un style sec et l»arliare, el cela est bon -h garder pour la postérité, (|iii saura comme on en jugeoit dans ce temps.

Chauvelix. — M"^ Chauvelijîj fille du défunt avocat général, mon ami, épouse M. Talon, nouvel avocat général. Mariage bien assorti. Les Chauvelin, qui étoient bien heureux ^ il y a cent ans, d'avoir un avocat célèbre de leur nom , ont à présent un président à mortier, un conseiller d'État et intendant de Picardie, un jeune avocat du roi, son fils, qui ira loin ; un autre, conseiller d'Etat, mort depuis peu, et son fils, aussi mort, quia été avocat général; sa sœur, mariée au marquis de Bissy, mère du cardinal, eî voilà sa fille mariée à iM. Talon, petit-fils du célèbre avocat général. Ainsi , le mérite a élevé cette maison, et la faveur du marquis de Louvois n'y a pas nui, qui étoit parent de la mère du conseiller d'Etat, dernier mort, et qui le fit intendant de Besançon. 11 fait toujours bon s'allier aux grands ministres.

Extrait curieux de la Gazette de Hollande du 28 mars

On a découvert une conspiration contre l'électeur de Mayence, l'évéque de Wartlibourg et le jeune prince de Schwartzenbourg qui est à Vienne. On les devoit empoisonner. L'empoisonneur a laissé, par hasard, dans un cabaret 1 1 poudre et une lettre.

Fontanieu , maître des requêtes (fils d'un homme qu'.on a vu laquais), épouse iM"'' de Villequoy. Il y a quelques jours que cette demoiselle étant au concert des Mélophilèles, disoit à son amant, qui n'est pas celui qu'elle épouse : « Oui, je vous aime de tout mon cœur. » Cela fut entendu de toute l'assemblée dans un silence qui se fit tout d'un coup à un motet, à quoi la demoiselle ne s'attendoit pas... (1).

On a voulu faire faire aux juifs le serment en Angleterre, qui est le serment de suprématie. La formule étoit ; (( Sur la foi d'un chrétien. » Ils ont demandé que l'on

(1/ Ce (|iii r>ttMili." |iar('iill»»'s«> iiVsf pas (le/<j Gazette. {Soie de Mniais\ T. ni. 7

M MF.MOIKKS DE MAÏlllKU MARAIS.

mit : « Sur la loi de l'Aïuicn Tcslainont. » Le bill a [Kisso , |»our oii\, A la majorité de 120 voix contre 18, parre qu'ils sont utiles au commerce, et (ju'ils soûl plus affectionnés aux protestants (pi'aux catholi(pies.

Une femme a coupé la gorge X son mari , avec cpii elle étoit mariée depuis quarante-cinq ans, et n'en a dit d'autre raison, sinon qu'elle croyoit (pi'ils avoient vécu assez longtemps ensemble. Klle a été condamnée i\ être brûlée, aux assises de Brent\vood,dans le comté d'Ksscx.

La Bibliothèque anglaise (XI tome ) se vend à Amsterdam, cbez Coup, ipii la continuera tous les trois mois.

The<!aurus antiquitatum haliiVy \eapolis, Sicilia', etc. Il y a 32 volumes. C'est un des plus beaux ouvrages de Timprimerie.

Espayne. — M. Ovendaim, secrétaire d'État et des dépécbes; la manière de traiter les jdïaires avec les ministres étrangers est qu'on leur destine à chacun un conseiller d'État, de ceux qui composent le conseil de cabinet. Le président de Castille pour la France, l'archevécpip de Tolède pour Venise ; le grand in(]uisitenr, pour leI*ortugal; le marquis de Lédé pour la Grande-Bretagne; le marcjuis Valero pour Home, etD. Michel Francoy Guesta pcMir la Russie. Cela s'a[)pelle des conférants.

Schérifà Londres. — Le comte H. Villiams, 3,688 voix; B^llamy, 3,158.

Loterie d'actions. — Le billet d'un dixième d'action avec trois dividendes.

Un lot de 100 actions lou

Un lot de 50 actions '>()

Qti.itre lots do 20 .iclions 80

Dix lots de 10 actions 100

Vin^t lots de 8 actions ICO

Trente-deux lots de 3 actions. . . KiO

Cinquante loLs de i actions .... 200

l'i«iulire a l.'i |)0ur cent. . l'iO

1,000 actions.

La loterie se tire tous les 30 du mois, à la Compagnie des Indes. Les notaires donnent les billets.

Livre espagnol de 130 pages in-8°, intitulé : Diserlacion hislorica que -serve de explicaclon à alguenos lugores escuros que se enconlran en la hisloria , carias alleqaciones y apologiœ quœ o dado a Luz el cardinal AlbcronL — C'est une récapitulaiion du ministère du cardinal Alberoni et une réponse à ses apologies, faite en faveur de M. Mac» nez, procureur général d'Espagne. L'auteur anonyme parait être un homme de distinction et au fait de ce qui so passe à la cour d'Kspagne. [Fin de VEœtraiL)

31 mars. — Princesse de Coxti. — Ciioiseul. — Ce jour, j'ai eu l'honneur d'entretenir pendant deux heures iM""^ la princesse de Conli, fille du feu Roi etdeM""^ de la Vallière. J'avois refusé d'écrire pour cette demoiselle qui veut être Choiseul. La princesse m'a comblé d'honnêtetés. Elle m'a raconté toute l'affaire très-gracieusement, m'a dit qu'elle avoit écrit au Premier Président, et m'a paru piquée C(mtre M"^*^ d'Hautefort, qui soutient cette demoiselle. En tout cela, j'ai connu qu'elle est fdle de M'"'' de Choiseul et non de M. le duc de Choiseul , qu'elle estducomted" Albert, amantde laduchesse; qu'elle a été recommandée i\ M'"^ d'Iïautefort, qui ne croit pas faire grand mal de la faire passer pour fille du duc, puisque ses deux autres fdlos sont mortes, et qui ne laisse pas de déshonorer son amie dont on ne parloit plus, depuis vingt-sept ans qu'elle est morte , et de faire une grande injustice en mettant dans une famille une personne qu'elle sait qui n'en est pas. Je dis quelle sait, car la confidence qu'elle garde depuis vingt-sept ans, n'est pas que cette fille soit légitime. On ne fait de ces confidences qu'au registre des baptêmes, et toute cette affaire, fondée sur la loi : Paier est quem uupùiv demonslranl y est le triomphe des. femmes galantes et la honte des pauvres maris. Avec cette loi, on donnera des

ynivcrsiiaj,

eiBLIOTHECA

nX) Mf.MOlRF^ 1)L MATHIKU MARAIS,

onfanls a qui on voudra et i\ (jui n'en aura point fait. Ils disent i\ la cour que M'"' de xNesle, (|ui n\i que des lilles, a quoique part un iils d'un i;rand prince, qui viendra quelque jour demander .la substitution aux Nesle et dire qu'il est venu dans le mariage. Le duc de Choiseul s'est remarié et a vécu huit ans avec une autre femme, n'ayant jamais reconnu que deu.v lilles. Apri»s sa mort, le duc de la Vallit^'re a été tuteur de ces deux lilles; cependant on lui fait procès criminel pour rélicence d'état de sa nièce, et c'est par un détour de procédure que Ton va faire un enfant. 11 n'y eut jamais une pareille action. Le duc peut avoir eu le secret de sa sœur. Mais faut-il qu'il le trahisse? et s'il ne le trahit pas, doit-il se donner cette nièce fausse, qui peut hériter de tous les biens de sa maison ? Les dévots sont pour .M"" de Hautefort. Mais ce n'est pas la première fois que les dévots sont injustes. Je n'ai pas grand honneur d'avoir refusé de travailler à cette affaire, et je l'ai dit à la princesse, qui ne m'en a pas moins remercié.

Jeudi ti. — CnoiSKUL. — J'ai encore retourné à l'hôtel de Conti, où j'ai vu la princesse, malade, et madame de Li Vallière, qui m'aétonnéen me ra[)portant tout ce procès de Choiseul pendant deux heures, avec une facilité et une élo(|uence merveilleuses, suivant les faits, année par année, cl aussi bien que le plus excellent rapporteur eût pu le faire.

L^'i , j'ai appris le mariai:e du marquis de Saint-Kloreidin, (ils do M. de la Vrillière, avec M"' de I»laten, Allemande, lille du chancelier do Hanovre, à qui le roi d'Anglelerrc prend p:rand intérêt. On la dit sa fille. Il a écrit à M** (le la Vrillière une letlrc très-trracieusc, (piolle a api orl/îc A rii61<l deConti. M. de la Vrillière croyoit être

duc, par cette recommandation d'Angleterre, et si le cardinal Dubois ou le duc d'Orléans eussent vécu, il Tauroit été. Mais le Roi a dit : « Il ne le sera jamais, m Ainsi, le mariage se fait sans duché. On est surpris de ce qu'un ministre et secrétaire d'État marie son fils, aussi secrétaire d'État, à une étrangère qui tient à l'Allemagne et à l'Angleterre. Le feu Roi ne l'eût pas souffert, et si la guerre vient, cela pourra bien nuire à cette famille, qui passera pour espionne.

Le marquis de la Vrillière a dit tout haut chez le Roi : u On dit tant de mal des femmes de ce pays-ci que j'ai voulu prendre une bru en Allemagne. » — Ce mot n'a point plu aux dames de la Cour, et il n'a pas songé à sa femme, qui est suspecte de galanterie, ou, plutôt, il y a songé. Toutes les femmes attendent cette Allemande, aussi bien que la princesse de Bade, qui doit épouser le duc d'Orléans.

La Cour a dit de M. de la VriUière qu'il avoit une duché périCj au lieu d'une duché-pairie.

Procès dd prince de Lorraine. — Le même jour, 6 avril, fut jugé à la Grande Chambre la cause d'entre le prince Emmanuel de Lorraine et le duc de La Rochefoucauld, Le prince demandoit la restitution de la succession mobilière de M"^ de Vaudemont. Le duc lui opposoit qu'il étoit incapable quand la succession est échue, parce qu'il étoit passé chez les ennemis et qu'on lui avoit fait son procès en France. Le prince répondoit que les traités de pai.Y antérieurs à la succession avoient tout rétabli, qu'il avoit même obtenu une abolition, depuis, registrée au Parlement. A quoi on disoit que les traités ne rétablissoient pas les jugements et que l'abolition n'avoit pas d'effet rétroactif. Cela a été jugé en faveur du duc. M. l'avocat général d'Aguesseau, jeunefils duChancelier, a été admiré dans son plaidoyer net et plein de principes. Mais on a trouvé contre la bienséance et le procéda', d'avoir reproché ce fait d'incapacité au prince Emmanuel^

105 MIMOIIIKS ni: MATIIIKU iMARAIS.

el jVii ai vu lo priuoo ('liarles tr^s-fùché, cjui dit qu'il ne falliMt jauiais pour •!«' rari;:ent tMitreproiulre un pareil procès, ni aussi le soutenir pour ne point payer, u Si je Pavois gai:né,tlil-irj'aurois rendu l'argent . » — Dans le Mémoire dn prince Emmanuel, il y a : u le prince d'Kl- Ixruf avoue qu'il ne s'allendoit pas (pi'on lui reprocliAl une actio!! dont la mémoire send)le al)olie par le tenq>s, jKir les traités de paix et parla i^rAce du souverain. Entre pci-son nés d'un certain rani: , le succès des affaires ne doit {xis faire oublier Thonneur des l)ienséances et la délicatesse des procédés, a Leduc de La Rochefoucauld m'a dit (juMl avoit été voirie prince Emmanuel le même jour et qu'il en avoit été très-bien reçu. Ce prince est frère du duc d'Elbeuf , a passé en pays étranger et a vécu assez singulièrement. Il s'est marié à Naples; il n'est point avec sa femme el est venu perdre ici ce procès.

pA(,»rKS. — PAques doit toujours être le dimanche le plus proche après le quatorzième jour de la lune de mars. Cette année, le dimanche le plus proche se trouve le dimanche des Hameaux, car le qualorzièiue jour de la lune est le G, le jeudi, el le dimanche des Hameaux est le 9. On n'a i)oint pensé à cette révolution du temps. Le bissexlc a été mal placé cette année, (I il auioit fallu abréger h* carême de huit jours; on ne la point fait, et cela nous fait faire Pâques avec les Juifs. Les protestants, qui n'ont |ms de carême, ont rectifié le calendrier et ont indi(jué Pâques au dimanche 9 avril, ils n'ont cependant jamais voulu acceptrr la réformalion grégorienne des dix jours. nef»l étonnant ({u'à Kome ni à l'Observatoire, on n'ait pas |>cMiséî\ cet événement. Le Pape ne songe qu'àses parents, cl les astronomes à résoudre des problèmes, pour renq)lir leur histoire.

7 atril, vendredi. — La Jonciikuk — On a dit que les conclusions de la Jonchère sont données par le procureur çéuéral de la rommission. Il a été inlerogé aujourd'hui f>our juger, el il sera jugé lundi.

8 avril, samedi. — Laforèt. — Requête pour religion.

— Le conseil des dépêches a jugé une grande affaire où j'avois fait une requête contre le marquis de Laforêt, cliamljellan d'Angleterre, qui deniandoit à rentrer dans les biens de Poitou que son père avoit possédés. C'étoit un procès de religion. La requête explique les édits et les traités et on n'y a jamais pu répondre. Les avocats du Conseil n'y entendoient rien et le premier venu a signé mon ouvrage. L'arrêt a décidé le procès en faveur de MM. de Caumont et de iMarsillac, gentilshommes de Poitou, possesseurs de biens comme plus proches par Fédit de 1G89. Ils ont exclu le fils; c'est une grande tranquillité pour les familles catholiques.

Lundi 10. — La Joncuère jugé. — Le bruit s'est universellement répandu que le procès de la Jonchère étoit jugé : il est admonesté, condamné à payer au Roi ^,800^000 livres, tiendra prison jusqu'au paiement, et, en cas d'insuffisance de ses biens, le comte de Belle-Isle paiera 600^000 livres. Le chevalier de Belle-Isle etCastanier, hors de cour. (Voilà la Fable de la montagne qui accouche d'une souris.) Les Paris bien loin de leurs dixhuit millions et tous les autres crimes évanouis. Ce qui produit la condamnation des 600,000 livres contre le sieurde Belle-Isle, c'est que sur, les 1,200,000 livres prêtés à la Jonchère, il en avoit emprunté 600,000 à Castanier, et son Mémoire même le dit. Les Paris disent que, puisque La Jonchère demandoit 18 millions et qu'il est condamné à en payer près de trois, c'est 21 millions de gain pour le Roi.

Belle-Isle. Le Blanc. — Ce jugement s'est trouvé vrai, mais personne pour cela n'est sorti de la Bastille. M. le Blanc et M. de Belle-Isle y sont toujours, et on cherche toujours, sous main , la preuve des assassinats. Le sieur Mon.'aude Séchelles, maître des requêtes , a seulement été rendu à sa famille, qui en répond.

Conclave. — Le conclave est très-orageux; on a dé-

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