CRITIQUE DU PARADIS PERDU
Sur l'air : Qu'on ne me parle plus de guerre.
Je chante la pomme funeste
Qu'Eve mangea, Et qui de la table céleste
Nous délogea.
Jusqu'à ce que le meilleur homme
Qui fut jamais.
De son sang payant cette pomme ,
Fit notre paix.
Vous en qui Virgile et Moïse
Mirent leur foi.
Dieux de la Fable et de l'Église
Inspirez-moi.
Comme Ossa jadis eut sa place
Sur Pélion, Oreb et Sinai j'entasse
Sur l'Hélicon.
(I) Boiihier, le 26 juillet, remercie Marais de son envoi en ces termes. « Je « von< dois aussi blendes reinercimeriis pour la pl;^i^anle chanson sur le Pa- <t radis Perdu... Klle est des plu» jiaillardes et je la soupçonn^Tois vulontier^i n de Voltaire, s'il ne m'avoit pas paru gran<l («ai tisan de ce poein»*, que la « chanson veut tourner en ri<licide; je la donne donc a Roy, .son confière, <pii * est à peu près de même caractère; s'il pous'^e la chanson plus loin je vous •« en demande la continuation. L'ami Fleutelot en a él»* régal»' et l'a trouvée •• trè8-jolie. »
44 CORKKSFONOAiNCK LNKDITK.
Serpent inniidit, je te demande
r;>r quels npp;is Tu conquis la belle friande
Que tu trompas ?
Dedans sa clôture charmante
Qui m'eiU tant plu , Comment, par où, par quelle fente
Te glissas- tu?
I/orgueil l'acquit celte victoire ;
Ce même orgueil Qui fut de ta première gloire
Le triste écueil.
Quand de Michel Tardenle hrelte
Dans un grand trou Te jetas cul par-dessus tête
Je ne sais où.
^lais l'esprit divin qui m'éclaire
Me le fait voir.
Quel abominable repaire !
L'affreux manoir!
Ce n'est qu'ime mer enflammée,
Le soufre y pleut, Le feu, la cendre, la fumée.
Sauve qui peut !
De sa «bute en cette fournaise
L'Ange plumé Huit jours à cul nud sur la braise
Resta pâmé.
Au boiit duu si longtemps, du gouffre
Il s'exhala Ln large camounet de soufre
Qui l'éveilla.
Toute la mili<H écrasée
I)e l'accident Coiivril la surface embraser
Du lac ardent. Ilelas! ce n'éloieni plus des anges,
Tels (pic ecn\-la Que dans Sodonie de louanges
On accabla.
lis ont la chair d'un rôt qui brûle,
Le front cornu, Le nez fait comme une virgule,
Le pied crocliu, Le fuseau dont filoit Hercule
Noir et tortu, Ft pour comble de ridicule
La queue au cul.
Le beau sabbat, quand la brigade
Se reconnut !
Satan dit à son camarade :
Cher Belzébuth, Que de hurlements pitoyables !
Par la mort-bleu!
Nous voilà faits comme des diables.
Malheur à Dieu !
Comme on voit la balle de paume
Lancée en bas ; Qui de revenir à son homme
>ie tarde pas, Dignes du nom d'anges rebelles
De ces bas lieux Revolons vite à tire-d'aile
Vers les cieux.
A ces mots, il se prit à rire
Du bout des dents; Mais Belzébuth lui repond : Sire,
Cherchez vos gens, Il grêle un tant soit peu trop roide.
Foin du projet 1 Le chat echaudc craint l'eau froide.
Votre vakt.
Satan, reprit notre adversaire,
N'est qu'un benêt, Contre lui pouvoii-il pis faire
Que ce qu'il fait ?
Dis-moi, de quoi te peux-tu plaindre,
Pauvre umocent.^ 11 nous a rendu plus à craindre
Qu'auparavant.
4fi CORRESPONDANCE IMf:DITE.
Cette peau couverte d'écaillés
Soni pour nous Uue forte jaque de mailles
Contre les coups, Voilà nos armes défensives;
Et puis voiei Pour nos armures offensives,
Ces gritïesci.
Le diable dit ces mots infâmes