‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 5)Chapitre 33 sur 53 · CRITIQUE DU PARADIS PERDU · texte numérisé non relu

CRITIQUE DU PARADIS PERDU

Sur l'air : Qu'on ne me parle plus de guerre.

Je chante la pomme funeste

Qu'Eve mangea, Et qui de la table céleste

Nous délogea.

Jusqu'à ce que le meilleur homme

Qui fut jamais.

De son sang payant cette pomme ,

Fit notre paix.

Vous en qui Virgile et Moïse

Mirent leur foi.

Dieux de la Fable et de l'Église

Inspirez-moi.

Comme Ossa jadis eut sa place

Sur Pélion, Oreb et Sinai j'entasse

Sur l'Hélicon.

(I) Boiihier, le 26 juillet, remercie Marais de son envoi en ces termes. « Je « von< dois aussi blendes reinercimeriis pour la pl;^i^anle chanson sur le Pa- <t radis Perdu... Klle est des plu» jiaillardes et je la soupçonn^Tois vulontier^i n de Voltaire, s'il ne m'avoit pas paru gran<l («ai tisan de ce poein»*, que la « chanson veut tourner en ri<licide; je la donne donc a Roy, .son confière, <pii * est à peu près de même caractère; s'il pous'^e la chanson plus loin je vous •« en demande la continuation. L'ami Fleutelot en a él»* régal»' et l'a trouvée •• trè8-jolie. »

44 CORKKSFONOAiNCK LNKDITK.

Serpent inniidit, je te demande

r;>r quels npp;is Tu conquis la belle friande

Que tu trompas ?

Dedans sa clôture charmante

Qui m'eiU tant plu , Comment, par où, par quelle fente

Te glissas- tu?

I/orgueil l'acquit celte victoire ;

Ce même orgueil Qui fut de ta première gloire

Le triste écueil.

Quand de Michel Tardenle hrelte

Dans un grand trou Te jetas cul par-dessus tête

Je ne sais où.

^lais l'esprit divin qui m'éclaire

Me le fait voir.

Quel abominable repaire !

L'affreux manoir!

Ce n'est qu'ime mer enflammée,

Le soufre y pleut, Le feu, la cendre, la fumée.

Sauve qui peut !

De sa «bute en cette fournaise

L'Ange plumé Huit jours à cul nud sur la braise

Resta pâmé.

Au boiit duu si longtemps, du gouffre

Il s'exhala Ln large camounet de soufre

Qui l'éveilla.

Toute la mili<H écrasée

I)e l'accident Coiivril la surface embraser

Du lac ardent. Ilelas! ce n'éloieni plus des anges,

Tels (pic ecn\-la Que dans Sodonie de louanges

On accabla.

lis ont la chair d'un rôt qui brûle,

Le front cornu, Le nez fait comme une virgule,

Le pied crocliu, Le fuseau dont filoit Hercule

Noir et tortu, Ft pour comble de ridicule

La queue au cul.

Le beau sabbat, quand la brigade

Se reconnut !

Satan dit à son camarade :

Cher Belzébuth, Que de hurlements pitoyables !

Par la mort-bleu!

Nous voilà faits comme des diables.

Malheur à Dieu !

Comme on voit la balle de paume

Lancée en bas ; Qui de revenir à son homme

>ie tarde pas, Dignes du nom d'anges rebelles

De ces bas lieux Revolons vite à tire-d'aile

Vers les cieux.

A ces mots, il se prit à rire

Du bout des dents; Mais Belzébuth lui repond : Sire,

Cherchez vos gens, Il grêle un tant soit peu trop roide.

Foin du projet 1 Le chat echaudc craint l'eau froide.

Votre vakt.

Satan, reprit notre adversaire,

N'est qu'un benêt, Contre lui pouvoii-il pis faire

Que ce qu'il fait ?

Dis-moi, de quoi te peux-tu plaindre,

Pauvre umocent.^ 11 nous a rendu plus à craindre

Qu'auparavant.

4fi CORRESPONDANCE IMf:DITE.

Cette peau couverte d'écaillés

Soni pour nous Uue forte jaque de mailles

Contre les coups, Voilà nos armes défensives;

Et puis voiei Pour nos armures offensives,

Ces gritïesci.

Le diable dit ces mots infâmes

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