‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 5)Chapitre 34 sur 53 · I.a tête en liaut Et le corps à plat sur les flammes · texte numérisé non relu

I.a tête en liaut Et le corps à plat sur les flammes

Comme un crapaud.

L'on m'a dit comme une baleine,

On s'abusoit.

Puisque ma bourse n'est pas pleine.

Bien qu'il y soit.

Tels que des millions d'écrevisses

Dans un cliaudron.

Ou que des millions de saucisses

Sur le charbon, Tel il vit dans le vaste abîme

Di' cent façons Rôtir et bouillir de son crime

Les conipagnons.

Hors du lac, d'où pas un ne bouge ,

Il s'elanra Sur le rivage de fer rouge ;

Il se haussa Kt fit a la genl scélérate

Quelques discours; Mais comme il se grilloit la patte

Il les Ht courts.

Sus, Sus! cria-t il de la rive,

Réveillrz vous.

Que (•••lui qui m'aime me suive,

Hasseuibloris-nous.

Puisse le premier qui s'avise

De dire ; .Non, Servir au\ portes d'une église

De {goupillon.

Ces derniers mots font sur leur tête

Dresser les crins ; Le fer, la foudre, la tempête

Seroient moins craiuts; Les anges, pour jeter Talarme

Dans le quartier, N'auraient dû prendre pour toute arme

Qu'un bénitier.

Le soleil venant à paroître,

Si des rayons Percent par un trou de fenêtre

Dans nos maisons Il semble que la poudre y passe,

rs'ous en voyons Voler dans ce brillant espace

Des tourbillons.

Pareille en nombre à ces atomes

Près de Satan , La noire troupe de fantômes

Vole à l'instant.

Les noms de ces anges sinistres.

Si beau jadis, Ont été biffés des registres

Du Paradis.

Lettre XVI\

A Paris, ces aoAt <729.

Ce n'est, Monsieur, ni Arouel, ni Roy, mais l'abbé de Grécourt ou l'ombre de Saumaise, qui ont fait les couplets. On ne dit pas qu'il y en ait d'autres. La deuxième édition du poëmedeMilton viendra de Hollande, et non d'ici. Si nous avonsD.mte, il faudra faire grande [>rovision d'eau bénite.

Le président Lambert étoit très-dur sur la capitation et l'augmentation pour de petites gens cjui ont crié, et le jour de sa mort, il a fallu empècber par des commissaires le peuple de faire des IVux.

Le procès de M. le comte d Évreux et du duc de

46 (:ORI\F>IH)M)ANCK INKDITK.

Luxeinl)ourg est acconiniocU'. Ils ont donne leur hlancseing i\ >!.!•* premier président et à quatre (.!<,' Messieurs (jui ont réi;lé à •2*20,000 IV. (|ue Ton tliniinue sur le prix lie Tancarville. I.».* procès éloit tout rapporté et il étoit (lirtieile de prendre parti sans s'enij;ai;er à une cassation ou i\ des divisions éternelles. M. de Luxend)ourg vient toujours à son hut de payer la terre moins que M. son père ne Ta achetée.

M""" de Mérode a gagné son procès, et M. de Mancini aussi contre M. le duc de Nevers.

La légende de saint llildehrand est bien fessée, et je ne crois pas qu'on mette l'arrêt dans le Bréviaire (1). Le Pape fait encore autre chose, il veut faire canoniser Marie d'Agreda; maigre les censures qui ont été faites de son livre et en Italie et en France, il a déclaré le livre hon et permis à tout !e monde de l'avoir. Je vous invite à relire rarticle de cette sainte dans le Dictionnaire de Bayle, c'est un des plus gaillards, el je ne Tavois jamais *i bien remarqué. Cétoit là un plaidant homme et une imagination bien vive; le petit morceau de vision espagnole qu'il renvoyé A nos neveux est bien original, et il a été bien hardi, à la fin de son article, sur son terme carrer la pyiire.

Il y a deux avocats nommés pour travailler sur les Mémo/Vr.uIes Parlements (2 : MM. Perrinelle et Matthieu, avec 2,000 francs de pension qui ne finiiont [)as si tôt.

Sauriez-vous (juelque chose sur les premiers commis

(I) Ikiuliier répond le 7. août : « Toiil U'. mon If approuve irj l'airi^l du • Parlement »ur la feuille du /trevtnire romain H les <;on< lu^ioils «le M. (.il- « tM:rt. Ou (lit que rKnipereur et li* «lue de Savoie ont éié liieu plus loin,

- a^aut Uil \»ù\rr la feuille par l<i ma.u du hourreau romnn' uni- belle prlife

- horlofjr (le bois. Il me ntMiiblequ»- la rapimani»- I' "^s,- nu ptii de < •• «iii J.ns

- l'eïvpnl d»-» (M*iipl«». •

^?) !>• diaiicclier d'A4UP««»ra»j eut une j;ran le idc»', (elle de ramt'iicr a l'untlf Kur U'i matière* prin^ ipaloi, testament», douation<«, la variété iiiexlritable ik« jnn»piudem»** «t di-» toulume* CVi»l de ce travail «iiiaiié de» parteinenlii conMill*-», que le* deiii lal)Orieux et obiciir» avocats avoient été conftliluéM ré«u«ur«.

des secrétaires d'État, ils voudroient avoir droit de commidmus , et je suis chargé entre nous de ce mémoire.

Lettre AT//'.

A Paris, ce 7 d'août 1729.

Une nouvelle dUiier, iMonsieur, c'est que M""' la marquise de Muy est nommée gouvernante de l'enfant qui va venir, et si c'est un dauphin, imaginez-vous quelle joie pour elle et quel déplaisir pour les autres sous-gouvernantes; il faut avouer que S. E. sert bien ses amis.

J'ajouterai votre arrêt sur

la piHÎvention du Pape aux arrêts de Louet et Brodeaux, le Pape doit être assez content des parlements sur ce point. Notre archevêque n'a pas (mcore ses bulles, il y a quelque brouillerie à Rome. Le Pape ne nous aime pas trop. Son Grégoire VII et sa Marie d'Agieda lui tiennent au cœur.

Rien n'est mieux que ce que vous dites du curé de Saint-Sulpice. Une dame de mes amies disoit : « Il ne veut pas qu'il y ait un plus grand comédien que lui dans sa paroisse. »

Le sieur Beauchamp vient de publier un petit roman (ïlsmène et Isménias, et a mis son nom et sa qualité de secrétaire d'un maréchal dans le privilège qui est pour imprimer tous les ouvrages de sa façon. Voilà un beau privilège ^1).

(1) Le 15 août, Bouhicr npond : « Le roman lï'Ismèney etc., de Ikaurliamp, « est ai>paniniiieiil une tradiiclion llou^ell<> du loman ^roc d»? co iioiii. Je « doute qu'il se vende aussi tlier ciue wi\ Apprius, »|ui a nuUf à de certains « sots jusqu'à tieuv ou trois pistoles; il a encore coût»* plus cher à sonim- «( primeur de L>on, (piien aélécoiidainnfàun liaiinisscment horsdu royaume (' et a de jjrosscs amendes , à re qu'on m'a écrit. •

r. IV. ï '

50 CORRPSPONDANCK INI'.DITE.

Lettre XYIir.

A Paris, ce K' aoûl I72D.

Voilàdehellt'snouvelles, Monsieur ;lesjcsuitesoni perdu le procès des tableaux (jui étoit aux Uequrtes de THcMel, et il y a eu de l)eaux battements des mains, qui les ont suivis juMjue dans les rues. On a agité la (juestion de savoir s'ils étoient capables de recevoir des legs. Les gens du Hoi ont conclu à ce que, dans quinzaine, ils rapporteroient les lettres patentes pour cette capacité, mais la sentence les a condamnés à rendre tous les tableaux qu'ils avoient enijxirtés avec dépens. On a jugé que l'écrit n'étoit ni donation ni testament. M. Aubrya bien parlé du Taies quales, et a fini par dire (jue cet écrit étoit Talis qualis, ce qui fait une application assez heureuse. Tout Paris ne parle que de ce procès perdu. Il y a un plaidoyer imprimé contre eux que je n'ai vu, mais je doute qu'il aill«^ aussi loin que cr-lui desPasquiers, des Versorisetde M. iHiménil qui sont de Tannée 15GV. La cause a été jugée sur Tinvalidité de Tesprit, et cela n'empêche pas que Ton parle de l'incapacité à Tavenir. Dans Tjilïaire d'Aubercourt, M. Issali lit un beau mémoire pour corriger toutes les erreurs des arrètistcs; il est dans le recueil des factums de Lyon et ôte bien la foi aux compilateurs d'arrêts.

On assure que Téditde Saint-Maui' sera entièrement révcxpié. H y a assez longtem[)S (ju'il fjiit plaidiM* le m<md«' ; niais au moins il aura j)roduit un bon eliet, puiscpTil nous a donné votre livre (pii est si excellent. Je le donnai liier à M. Neyret, cpii est un de nos bons juges des Ilequêtes du Palais.

J'ai trouvé dans V Histoire de l'aiivelct du Toc de belles patentes \}o\ir les secrétaires d'Ktat, et dans les Offices de (iirard, loine 1", page !2H7, une belle exécution d'arrêt en 15'»G, cl où vous trouvciez un nom qjii est bien grand aujourd'hui.

LKTTRh: XIX«. 51

TMtre XIX\

A Paris, ce M août 1729.

On m'apporta hier de votre part et avec secret, Monsieur, les trois volumes de Lettres de M. PelUsson, dont je vous fais un très-humble remerciment (1) . Je ne puis que louer votre générosité d'avoir bien voulu donner au public un si rare présent. J'en ai aussitôt lu quelques-unes qui m'ont enchanté par leur simplicité, leur exactitude, et une je ne sais quelle grâce qui ne le quitte point dans les moindres détails. C'est toujours M. Pellisson partout, et je suis bien aise de le retrouver parce qu'il m'a plu de tout temps. Voilà tous les gens de guerre et les gens de la Cour qui vont être bien contents de lire ce Journal, où on va trouver les campagnes du Roi, ses voyages et tous les incidents qui arrivent dans ces occasions. Il ne nous manque plus que les Lettres de 3f^' deScudéry^our rendre le présent parfait. Je vous dirai entre nous que l'extrait de l'abbé d'Olivet m'a paru un peu trop sec, et surtout le chapitre de la mort; quand il auroit rapporté, comme historien de l'Académie, ce que dit iM. l'archevùque de Cambray, son successeur, dans sa harangue à cette occasion, cela n'auroit rien gâté, et c'étoit un témoignage pris dans l'Académie même. Quoi qu'il en so^t, ce que je tiens de vous. Monsieur, et de lui par vous, ne doit point être

(I) Bouliier avait écrit : « Vous aurez ces jours-ci un livre nouveau tiré de «» ma bibliothèque ; ca sont des Lettres de M. Pellisson, écrites dans le cours « des campagnes où il siiivoit 1<î feu Roi tant à M"* de Scndéry qu'à quelques « autres ; je l'avois fait copier sur les minutes que Tautenr avoil gar<l<'«*s. Il «va beaucoup de choses curieuses. L'abbé d'Olivet, qui les avoit vues chez « moi, a tant fait qu'il m'a fait consentir h les rendn; publicpies. Je lui ai « mandé de vous en remeUre un exemplaire de ma part... Si ou osoit im- 'rt primer de mêiïlemon Journal d'Henri IV/i'y consenlirois encore à cause « de vous. Mais il y a des choses trop hardies et quelques-unes même de •< iiaill.'iriles. »

62 CORRESPONDANCE INfJMTE.

repris, et je n'ai que des remerclmenls à vous faire de votre cracieux souvenir.

Dès que notre Palais me donnera un pou de relAche, je vous ferai un paquet où vous trouverez le po^me dont je vous ai parlé et quelques autres pièces qui vous amuseront. Je ne puis trop faire pour vous marquer ma tendre reconnaissanee.

On ne parle ici que de M. de Bonneval, (|ui ne sachant plus que faire, s'est fait Turc. On le dit hacha de la mer, et on demande si ayant à présent tant de femmes, la sienne ne peut pas demander un autre mari (1).

L'affaire de M°"^ de Chevillv avec messieurs ses frères cht finie, la transaction signée, et je suis très-content d'avoir vu traiter cette paix.

Lettre XX'.

A Paris, ce 20 auftl «729.

J'ai mis, Monsieur, un paijuet à votre adresse che? votre corres|H3ndant ordinaire, où vous trouverez le poème latin dont je vous ai parlé 2 ,unfactumdemoidans l'affaire de Maslin avec l'arrêt au bas, où vous verrez que ma défaite est bien moins L'-rande, que Ton a conservé l'exception civile du fait d'adultère, et (jue l'on a débouté le mari de SCS demandes en séparation. J'ai gagné plus des deux

(1/ M^lame de Bonneval s en ;!ar<la hicn et honora ce venva;;e, <|ue l'iiiconstitice d'un a\rnturfii% mari lui faJNail de eun vivant, par une tendre lidclilc Lj.ii rare de M>n lcjn|»>». fVoir Samte-Bonv»'. Causeries du Lundi.)

(7) Buidiid repond, le 30 août : ■ Vou^ m'avez, fait grand plaisir de mVn ■ ooiaoïer l'auteur (du |NK.*m<7 «ur la Cliandtre ardente), je l*ai connu, et tout « vicat qii'd rloit, on vovoil bien qu'd <i\oil eu du feu et deTe-optit. Vout»

• ferez bien (1« tArlirr d'avoir la Iraducliun du iMieruf. Peut-être vuu!» donne* - lal-flle de« lumièrt-K f>our en faire la clef. J'ai grand Tf^irrl de n'avoir

• |u« eu cet ouvrage du vnant d'un dénier grand» |>ereA mutctneU ({uiavuil

• été lie la Cl*ambre de justice; il m'auruit dcvodé toutes les eoigmes de ces

• ter». •

LETIRE XX*. 53

tiers de la bataille, et il y a encore un champ ouvert pour gagner l'autre. Il y a un exemplaire de ce factum pour notre ami M. Fleuttclot. Vous trouverez aussi un autre Mémoire dans une affaire de religieuse et la Lettre de M. Petitpied dont je vous ai parlé, où il est question de rusure et du figurisme. C'est un double que vous pouvez garder avec toutes les autres pièces, hors le poëme, qui m'a donné bien de la peine à copier, ce que j'ai fait exprès pour vous. Il faut que j'attrape cette traduction françoise qui est à côté. Il y a des chiffres en marge dont vous ne devez point vous embarrasser, parce qu'ils renvoyoient à une table qui n'est plus, mais avec la liste j'ai déjà suppléé des faits que j'ai marqués aussi en marge, et vous en pourrez ajouter d'autres. Le po(îme vous paroilra composé avec la facilité d'Ovide et peut-être avec sa superfluité. Entre nous, l'auteur est M. Turgot de Saint-Clair, mais c'est un secret que je ne dis qu'à vous et qui est bien placé. Dans l'éloge modeste qu'il fait de lui au nombre des commissaires, il n'est pas difficile de reconnoitre qu'il est le poëte. Voilà une pièce rare et qui n'est plus unique.

Je vous ai remercié du présent des Lettres de M. Pellisson et garderai le secret. J'admire comment ces matières de guerre, de fortilications, de sièges, coulent de sa plume comme si c'étoit son métier, et cela me persuade que les grands esprits sont de tous métiers. Il y a de bonnes flatteries pour le Uoi et il ne semble pas qu'il y touche. N'avez- vous point les réponses de M"* de Scudéry? cela interromproit le Journal ^ mais il en seroil plus orné. Puisque vous avez donné l'un, il faut bien accorder l'autre, il en est comme des faveurs (1) :

(1) " Voijt; avrz pu voir par ma dciiiirio «pie je n'iii point les réptuises dt; '< M"<*«le Scudéry; il f.iiit que M. Pcllissou ne les eût point ganlrcs car mmv- « nient son neveu qui tMoit lionnne d'esprit, les au i oit conservées, et ne im,' u l'saiiroit pas cachr-cs, >»

54 CORRKSPOISDAISCR IISKDUK.

Mainte fille a perdu ses gauts, Kt tVinme au partir s'est trouvée , Qui ne s;iit la plupart du temps ('.omme la eliose est arrivée.

IVnidanl que nous eu SQUimes sur la séduction, je ne vois aucune raison de refuser le Journal de Henri IV, et c'est i\ cause qu'il est hardi et gaillard que j'en ai plus d'envie. Je ne demande pas un privilt^ge pour Tinipression, mais une bonne édition de Genève qui ne sera point retranchée, ou une de Bruxelles, pour suivre le premier Journal, si toutefois Foppens n'est point un fripon. Cela ne peut point être plus hardi que ce que nous avons de l'ancien. On m'a envoyé d'Angleterre un projet de souscription pour une nouvelle édition de VJlistoire de M. de 7/jou en latin ; il y a deux feuilles de V Histoire qui en indiquent la forme et Texécution. il y aura au bas les passages supprimés, les variantes des autres éditions, et les Doms latinisés seront mis en françois. Le caractère est ]>eau, il y a une feuille entière dessouscript(Mirs anglois, où je trouve beaucoup d'avocats (1).

C'est un M. Bukley qui entreprend cette édition, et qui a eu de bonnes correspondances en France et ailleurs. Avec ce projet, on m'a aussi envoyé deux lettres de M. Bukley à M. Mead, docteur en médecine à Londres, où il y a des choses fort curieuses, et entre autres l'extrait de plusieurs lettres latines et franchises de M. deThou, qui sont encore njanuscrites et que l'on mettra entières dans le septième et dernier volume avec plusieurs autres pièces appartenant

(1; ^ Je huis l»ien ai^»; «ju'on rriiii|iiimR en Aiiglrterr»' V Histoire d»' M. «le

• Ttiou non tronqii»-o... Ce livrr aiiroil «ii hi-soiri «le noies m pluhifurrt v.u-

• droits riMUellcft deriianderoient un homme consommé daiin noire histoire. « Pesdant la «lerniere t^'ii^ftta-, Coiit«*M«T iiii|irima iiii • fort hrlle h'ilre de ce

• prétidnit au président Jeanmn, an snjet de re «pie M. «le Verdun loi Jivoil été •• préféré pour la première préKidence du parlement de Parifi. Il d(»il y avoir •« un ^rand norrd»re d'aulres lellr»*<* de re ina;;islrrt( itarnii Us inatMi«i«rilH «juu

• M. Joly de Meury ;«\<ti( de M. le pn-ident de Meynard «pii venoiont de « MM. du Poy. •

à cette Histoire. Voilà une belle entreprise, il faut que vous ayez ces deux lettres à M. Mead, où il y a de la critique, non pas si bonne que celle de Bayle, mais qui n'est pas à mépriser; c'est le bonhomme Desmaizeaux qui fait envoyer cela par l'ambassadeur d'Angleterre. Je crois que l'abbé d'Olivet en a un exemplaire qu'il peut vous donner.

Je connoisM. Pope et son mérite, et un Art poétique d'un si grand poëte doit être un ouvrage excellent.

Lettre XXI\

A Paris, ce 28 août 1729.

Ledit de Saint-Maur est révoqué, Monsieur, et sans doute vous avez à présent cet édit de révocation pour le registrer. Depuis 160 ans qu'il dure il a fait assez de mal, vous y avez mis la main autant que vous avez pu , vous avez déchargé la mémoire de M. le chancelier de l'Hôpital de l'introduction de cette loi barbare et hétéroclite, et vous en avez montré tout le danger. Enfin M. le Chancelier, dont le dessein est de tout réduire à l'uniformité s'il peut, et peut-être au droit écrit s'il osoit l'entreprendre, comme vous le verrez par l'édit dernier où il fait un si grand éloge de ce droit, est venu abolir cet ancien édit. Vous recoimoltrez bien qu'il est de sa façon et de son style noble et sublime, et vous n'omettrez pas de remarquer certainement que si la faveur a eu part au premier édit, elle a bien eu quelque petite part à ce second, où la Provence est si bien traitée et les engagements avec elle sont si publiquement reconnus. Quand la faveur ne fera que de ces coups-là, je l'embrasserai de tout mon cœur, et je me détermine à être courtisan. L'édit est donné à Versailles au mois d'août 1729, registre le 20 août; il prévient et prévoit les contestations passées et à venir, et votre livre servira toujours pour les succès-

56 œRl\^:SPOISDANCE IM^DIIK.

sions Duvertes avant IVdit, sans compter les questions inoidenlos de la substitution pupillaire et autres.

On a donné au public un arrct du 15 lévrier dernier, qui sort de règlement pour la coutume de Sentis, et cela s'étendra i\ plusieurs autres. Il juge que Fun des conjoints, soit qu'il ait des enfants ou non, ne peut donner aux enfants de l'autre conjoint, nés d'un précédent mariasre, nonol)stant la distinction ])ortée par l'article 283 de la coutume de Paris, qui ne s'étend point aux coutumes, où la même distinction n'a pas été insérée. Vous savez que cet article 283 fut mis d;ins notre coutume par une intricue assez semblable ;\ celle de ledit de Saint- Maur, et que cet article a fait autant de procès que l'édit. Mais il est dans une coutume, et il faudroit des États pour le révoquer. N'est-il pas étonnant que les lois publiques aient de pareilles taches? Je travaille dans une semblable (piestion sur la coutume de Vitry. J'ai fait une tradition et une Chronolofjie des coulumes et des arrêts, qui est un ouvrage critique, que je ferai imprimer le Parlement prochain, et j'aurai l'honneur de vous le présenter. On a mis, dans ce dernier arrêt, des motifs courts qui ont été dressés avec M. d'Aguesseau, avocat général, lequel avoit parlé dans cette affaire jugée c\ l'audience.

M. de Si'iinle-Maure a reçu ordre du ministère de se défaire de son régiment et d'aller recevoir la taxe au Trésor royal. L'oncle est allé à la Cour pour mettre le régiment sur la tète de l'autre frère, mais il n'a rien, et l'alné voudra être payé. Cela ne nuira point au procès de s<'paration : voilà l'affaire du Luxembourg bien au net.

On est toujours dans l'attente d'un dauphin, nos grands vicaires ont rcnouvtdé les prières.

L^s Souvellesprrlfisiaslitiues nous annoncent um; dénonciation de V Histoire de M. de l'alibé Fleury dans les Pays- Bas. Si on nous ôle cela, où irons-nous? Il y a un codicile de M. d'Apt aussi plaisant que son testament, itonjour, .Monsieur, de tout mon cœur.

M. le maréchal d'Estrëes sera reçu duc et pair demain au Parlement.

Lettre XXIP.

A Paris, le 28 août 4729.

Il y a une jeune et jolie dame qui se meurt. C'est ]y|roe d'Argeui, fille de M. Bontemps. Elle craignoit fort le tonnerre, il est tombé à Bondy où elle étoit, chez M. Pinssonneau; tout lui a remonté, le dépôt s'est fait sur la poitrine, et malgré six saignées du pied que les Chirac et les Sidobre lui ont fait faire, on croit qu'elle va mourir; elle a reçu tous ses sacrements avec bien du courage, elle n'a que trente-deux ans(l). On a bien du regret à mourir à cet àge-là. Je connois un galant homme qui s'en désespère; ce n'est pas son mari.

Tout le monde lit avec grand plaisir les Lettres de Pellisson , les gens de guerre encore plus que les autres. On y voit bien des gens loués; mais croyez-vous que les Girardin, lesLouvigny, de race huguenote, et les Parabère, avec le mot du duc de Veymar, soient bien contents?

On dit que M. deBonneval n'est pas Turc, mais qu'il est en Turquie; c'est un père Séraphin, capucin, qui a fait cette négociation-là. Le Grand-Seigneur a envoyé au devant de lui de beaux chevaux, des vestes, un turban , mais ce turban ne lui sert que de l)onnet, et on croit qu'il porte des plans de quehjucs placesdes Vénitiens, desquels il n'a pas été content. Si cela est, il est pis que Turc, si pis y a, puisqu'il est traître à des gens qui lui ont donné retraite.

Vous devez bientôt recevoir ce que je vous ai envoyé

(I) « Il est (liste de voir périr d'aussi jolies htmiics <jiir M""e d'Argeni. ■ ,1/ vobis niale si(, malu (t)icOr,i , voOis (juu omnia bilUi deioratis. " (lîouliier, 3 août 1729).

&B COHRESPOiNDAKCK INKDITK.

par votre corrospontlanl, et vous aurez de quoi vous amuser. Vous me renverrez le po^ine le plus tAt (juc vous pourrez, alin de faire éerire la prose à cùté si elle me vient.

La nouvelle du cardinalat de Parchevùque d'Kmhrun s'est répandue ici, et on dit qu'il a fait mettre dans le Bréviaire romain la feuille du Saint-Hildebrand. Cela seroit bien hardi, et je ne sais si le parlement de Grenoble le souffriroit. On dit que déjà M. de Montpellier crie; voilà donc la mèche découverte; nos ennemis sont les ennemis de l'État, et la proposition 90 n'a pas été censurée sans raison. Le bruit est qu'il va écrire une longue lettre au Roi sur cela, et j'ai bien dit qu'il y auroit une guerre nouvelle.

Notre archevêque a affermé son bénélice 150,000 fr. et son secrétariat 1-25,000 fr.; il ôte notre bibliothèque de rarchevêché, et nos rieurs disent qu'on lui a dédié le Cuisinier français avec des commentaires. Il doit avoir demain ses bulles. A Uome, ils ont voulu, avant de les donner, avoir descertilicats d(!S grands vicaires contre les rétractations et déclarations du cardinal de Noailles, fondés sur sa maladie et son imbécillilé. On vient de me dire cette nouvelle, (jue je ne crois pas trop.

On m'a fait présent d'un manuscrit qui contient la défense de M. Traueois- Auguste de Thou, décapité en Hj'rl. Cela est composé de treize ou quatorze parties bien écrites et où on avoit reconnu le style de M. Dupuy. Je cr«is que c est l'ouvrage dont parln le i)ère Leloug, n° H355, .sous le titre de Mémoires el luslrucllons, et (jue je viens de voir annoncer dans le projet de souscription d'Angleterre comme devant être inq)rimé au 7" touM* de M. dr Thou. Il y a des choses curieuses, savantcîs pour le criminel, recherchées pourThistoire et horriblement saliri(jues contre le cardinal de Kichelieu. Avez-vousce manuscrit ? Si vous ne l'avez pas, je n'ai rien. Monsieur, qui ne soit à vous plu» qu'j\ moi, el vous pourrez en user comme vous il

LETTRE XXUr. 59

plaira. Je vous embrasse de tout mon cœur. — On attend un dauphin d'un moment à l'autre.

Vous avez bien lieu d'être content si votre livre fait supprimer Tédit de Saint-Maur : la brigue l'avoit fait naître et la science le fera mourir.

Lettre XXIIl',

A Paris, ce 2 septembre 1729.

La souscription de V Histoire Q\e M. de Thou est de 9 guinées, et elle se reçoit jusqu'au mois de novembre par M. Alexander, banquier à i^aris, rue Sainte-Apolline. Je tâcherai de vous envoyer le prospectus avec les lettres à M. Méad; les années seront marquées en marge, mais les alinéa manqueront, et je crois que l'éditeur n'est pas habile assez pour distinguer les sens précis, et pour connoilre le point de transition. La lettre sur la préférence de M. de Verdun ne lui est pas inconnue, je ne sais s'il a fouillé dans le trésor de M. le Procureur-général. J'écrirai au sieur Desmaizeaux sur ce que vous me dites de la perfection de cet ouvrage.

L'affaire des tableaux des jésuites est accommodée ; ils en ont rendu 106 en nature et payé le prix de 25 qui raanquoient, avec les dépens. Ils ont bien fait définir ce procès, et auroient encore mieux fait de ne le pas commencer; ils ont couru grand risque le jour de la sentence.

Notre archevêque a déjà usé de son autorité : il a iait sortirde l'Oratoire un jeune prédicateur qui avoit, dit-on, fait un parallèle du cardinal de Noailles et de lui ; cela n'étoit pas vrai, mais il y avoit quelques phrases prophétiques sur les mauvais pasteurs, et on en a fait une application maligne. Tant il y a que le procureur général Ta mis dehors, et s'il ne l'avoit pas fait, la lettre de cachet étoit toute prête. L'archevêque napas encore pris possession; les uns disent que ses bulles ne sont pas arri-

60 COnilKSPOMnNCK INRDITK.

vées, d'autres qu'elles sont arrivées et ont vie renvoyt^cs à cause des clauses insolites. I.e Saint-Ol'tice a donné un décret contre l'arrêt du l*arlenicnt de l\»ris sur la légende de lirégoire Ml. Ce décret a été altiché. Les Bénédictins de Rome, que Ton poursuivoit pour je ne sais quoi, se sont retirés à une vigne du c.uilinal de Polignac; les sbires les ont suivis , mais ils ont été arrêtés par les armes de France que le cardinal a mises sur sa porte. Le cardinal Coscia i\ dit au cardinal de Polignac qu'il nesavoit point sa religion, et l'autre lui a répondu qu'il ne savoit point les matières d'Etat.

Voilà ce qui se débite ici. L'arcbcvùque d'F'nd)run a fait un mandement sur la légende, et cela fait croire qu'il n'a pas la nomination cpie l'on dit. L'évéque de Metz en a fait aussi un sur la même matière, dont on parle beaucoup et qui est du style de son acceptation, qui éloit si singulière. Je ne l'ai pas encore vu, mais j'écrirai à M. de

Hrilliac ;\ Tbionville pour l'avoir

La nouvelle du régiment de M. de S. M. est

un peu changée; l'oncle a tant crié, qu'il est resté au neveu, maison croit (pie ce n'est que pour un temps.

Le manuscrit de la Défense de M. de Thon est fort gros et contient plusieurs pièces séparées (pii sont de main habile. Cela sera imprimé dans la nouvelle édition de V Histoire^ ainsi la copie en deviendroit inutile. Vous me demandez le temps de celte édition : tout ce que je sais, c'est que les plus grands seigneurs d'Angleterre ont souscrit, et ils n'entendent pas raison quand on ne leur tient pas parole.

Je me joins à vous pour crier sur M""" d'.Vrgenis : S'il rohi% malum malv lenebr,T^ etc., car j'apprends en ce moment (pifllc se meurt , et cpi'elle a i>ordu connoissnnce. On vient de me dire aussi la mort de .M"" de la Salle, femme de celui rpii exerce la charge du Trésor roynl pour Montmartre ; c'éloit l'amie intime de M""" dHonneur et de M*"' Frondai, elle vient de mourir en couches d'un

enfant mort, et ne laisse point d'enfants à son mari, qui l'a tuée en lui en faisant. Je renouvelle donc mon Lamentabile carmen :

Pleurez, citoyens de Paphos,

Jeux et Ris et tous leurs suppôts, etc....

Le Paradis Perdu a ses beautés et ses défauts, mais ses ])eautés sont plus grandes; les lieux que vous avez marqués sont au delà du beau, et on doit beaucoup à celui qui nous a mis tout cela en françois (1).

Lettre XXI y .

A Paris, ce 13 septembre 1729

Vous pensez bien, Monsieur, qu'au milieu de toutes les réjouissances de la naissance du Dauphin, arrivée le 'îseptembre, notre commerce a dû ôlre un peu interrompu. Je vous renvoie à la Relation qui été faite de toutes ces joies au Bureau d'adresse, où le détail est très-suivi jusqu'au jour que le Roi est venu à Paris et a soupe à THùtel-de-Ville. On y a oublié un le Deum qui fut chanté au Palais, le lundi 5, en grande musique de la Sainte- Chapelle, et l'interruption du Palais le lundi et le mardi. On rentra le mercredi, au grand déplaisir de M""" de Mar-

(1) Il nous .sembl<; curieux de donner Popinioii moliv»''e du [trésideiit Houhier sur le poenie de Miltoii, a titre de ténioiynage du <^oiii littéraire d'alors chez les hommes les plus compétent:) pour bien ju^er. Yoiei ce qu'il écrit, le 30 août et le 7 septembre : « J'ai lu eiilin le l*fnadis perdu. Il est dillicil»' de « voir plus de feu et diina^ination dans nu poème. Mais il y a trop de diables <« et de diableries. H y a d'ailleurs un trop grand étalage de science et de «« choses pé;lantes(pies. I,e |)oeme, à mon avis, ne commenee à «leveuir gra- •< deux que quand on voit Adam et Kve. Rien n'e.>t plus joli que le dialogue «< entre elle et le serpent, à l'endroit oii elle fuit succomber le bon Adam.

« 11 est sur que le 7' livre dti l'arudis perdu est d'une beauté parfaite. '« Il y a aussi dans le reste des endroits admirabb s, beaucoup de feu, de génie « et même de savoir. Mais ce sont presque partout de ces beautés noires, « semblables aux peintures du Guercliin, qui n'ont pas assez d'agrément. »

fij CORRKSPONDAINCK INKDITK.

cliainville, qui seule pleura ce jour-là, car elle perdit son procès contre son mari, par nvvH qui a confirmé la sentence de Chartres, maigre les conclusions de M. Gilbert, qui alloient i\ lui accorder la preuve de certains faits. Cet arrêt va rendre les séparations moins fréquentes le Parlement prochain, mais l'exemple ne devoit pas tomber sur une des plus jolies feinmcs que l'on puisse voir, et encore moins dans un jour de fêle et de réjouissances publiques. J'en ai été bien fîVché, car elle éloit ma cliente, et vous noterez, pour aggraver ma peine, que ce même jour il y eut, le matin avant l'audience, un arrêt, au rapport de M. devienne, qui ordonna que M"*' de Sainte- Maure se retireroit dans huitaine dans un des couvents indiqués par son mari ; qu'il pourroit reprendre les meubles qu'elle a, et lui en donner de convenables pour le couvent, et qui fait main -levée des saisies par elles faites es mains de M. de la Neuville, Ainsi, Monsieur, la naissance du Dauphin n'a pas été heureuse pour les femmes. Vous serez î\ peu près content de ï Histoire de M. de Thou. Voici ce que porte le projet. L'auteur ayant spécilié, « dans les Sommaires des Livres, les chefs ou principaux « articles de chaque livre , on a divisé le texte en paragra- « ])hes, conformémentàceschefset indiqué à la marge, et u vis-à-vis de chaciue paragraphe, les matières qui y sont a contenues, en se servant des propres termes du som- « maire. Par ce moyen, aussi bien (pie par la date desan- « nées, quiestàlamarge, elpar les noms des rois qui sont tf au bas de la page, le lecteur pourra trouver toutd'abord u les passages qu'il voudra consulter... Je vous transcris les propres paroles. Dans l'exécution du Prospectus ^ on voit, en effet, ces années placées en chiffre romains, les divisions du texte relatives aux sommaires et les sommaires rapportés A c^ilé de l'alinéa ; mais cela a l'air grossier, l'article n'est pas en lettres majuscules, et il n'y a \X)iui de chiffre cpii marque la section ou le paragraphe. Vous savez que le premier (pii imprima celte his-

LETTRK XXIV^ ki

toire à Francfort y mil des articles et des sommaires, et même quelques notes, et on lui chanta mille injures, ce que j'apprends par les lettres de M. Bukley à M. Mead : on appelait cette entreprise affreuse. Voyez le goût de ces temps-là î Enfin, comme je vous l'ai dit, vous serez à peu près content.

La souscription est de 9 guinées pour le petit papier, on paye quatre guinées en souscrivant et le reste en recevant un exemplaire. La guinée pour remettre en Angleterre, vaut près du louis de notre monnaie (le grand papier 1*2 guinées).

Il vient de paroltre une Lettre à M. de Soîssons (en 60 pages in-4-°) sur les promesses faites à l'Église, où on réfute le système du prélat. Cela paroit avoir été fait dès Tannée 1723, et ce n'est que la première des quatre Lettres que l'on nous donnera. Il y a de l'élévation et de la pénétration d'esprit. On y prouve qu'il y a bien des vérités révélées qui ne sont pas décidées, et que les vérités que l'Église ne décide pas peuvent être très-importantes et même nécessaires, et que des vérités très-importantes peuvent être combattues par le plus grand nombre et mises au nombre des erreurs, comme est l'indépendance des rois, ce qui a donné lieu à l'auteur de traiter ce dogme historiquement et curieusement : c'est un morceau qu'il faut avoir.

Je me suis trompé si je vous ai dit que l'archevêque d'Embrun ait fait un mandement contre la légende; c'est tout le contraire, on ne l'a pas encore vu ici. J'ai vu celui de iM. de Metz, qui est bien fait, et qui fait sa cour au Roi, à l'empereur, au duc de Lorraine et à quelques autres souverains qui ont des terres dans son diocèse.

Notre archevêque n'a point perdu do tem[)s : il a proposé l'acceptation de la Con^^titution, dès qu'il a eu pris possession. Chapitre indi(|uc,le 7 ; il y a -25 acceptants pour accepter simplement, sept avec modifications et quatre refusants, qui sont MM. d'Eaubonne, Guichon, Courcieret Che-

valier, dil le liowain; il a fait un mandtMiient assez mal iK\ti sur la procession générale pour leDui[)lnii; il coinnieuce par dire qu'au milieu dv lu joie publiijuc il est consolant pour lui de faire sa première l'onction, ele. Je n'a vois pas entendu dire qu'on eût besoin de consolation dans la joie.

M. d'Aguesseau, avocat-général, est conseiller d'État à la place de M. Rouillé du Coudray. Il ne pensera plus au règlement général dont vous parlez, pour les coutumes semblables à Senlis; mais nous aurons toujours le particulier elles motifs courts avec le titre, qui est de sa façon. Je songerai à une chronologie critique et vous en aurez des premières.

Il me semble que vous revenez un peu pour Milton; il a bien fallu mettre du noir avec les diables. J'admire comme vous le 9" livre et d'autres encore, et partout celte merveilleuse traduction, qui est un chef-d'œuvre.

Demandez aux Flamands ce qu'ils trouvent à redire ;\ /'//i5/o/re de Tabbé Fleury, il y parle de l'indépendance des rois et on n'est plus de ce goût-là. Je ne sais ce que c'esl que les youveaux Mémoires de l Histoire de Bourgogne, ni l'auteur ni son sort.

La guinée est de 2*2 liv. 1 sh. et c'est sur ce pied que M. le Chancelier a souscrit; mais il a souscrit pour le grand papier.

L'acceptation parolt pure et simple par la conclusion capitulaire du chapitre de Notre-Dame, parce qu'elle y a été formée à la pluralité des voix, et on n'y a même pas fait mention des quatre opposants^ qui ont fait signilier leur opposition par un acte.

Lettre XW.

A Paru, rr 10 ortobrr 1729.

J'ai fait des tours à la c«'impagne, Monsieur, je suis revenu à Paris et me voilà [>rét à répondre à votre lettre

LEITRE XXV«. 65

du 30 septembre. On m'a remis de votre part votre dernier écrit contre le Gros-Jean ou son apologiste, qui m'a paru vif, bien écrit, bien savant et bien plein des zon marotiquessur le nez et sur le grouin des deux indignes adversaires que vous avez. Je vous en remercie Ijien ; cela me fait rire et m'instruit.

Vous avez dit plaisamment que votre province est trèspindarique. On reconnoit bien là l'auteur du Greffier solaire^ mais non pas un député de l'Académie françoise, qui devoit parler dignement dans une telle occasion (1). Je me souviens, à ce propos, de ce que dit Sarrazin contre de pareils harangueurs,

Dont les uns vont tremblotant Et les autres barbotant.

Si bien qu'il vaudroit mieux écouter des corneilles Que ces persécuteurs d'oreilles, Qui sont, sans en excepter un, Les plus grands ennemis du goût, du sens commun.

Voilà une assez bonne critique de toutes ces harangues de réjouissance, et je crois que vous irez reprendre votre Sarrazin, pour lire cette pièce qui est charmante ; elle est adressée à M'"*^ la princesse de Condé.

J'ai vu un M. Bret, doyen de votre université, qui m'a dit de vos nouvelles, et qui soutient que vous avez raison sur le droit écrit. J'en crois encore plus vos ouvrages que lui.

M"' de Marchainvilleestencore ici ; son mari lui a nommé un couvent à Chartres; elle veut bien y aller, pourvu qu'il lui paye 15,000 fr. de provision à elle adjugée par arrêt pendant l'instance. Le mari dit que l'arrêt délinitif a éteint la provision ; elle dit, au contraire, qu'il faut qu'elle

(I) Uoiiliier avait écrit, le 7 septembre, que sa villcde Dijon et la lioiirgognc avaient céiébr»* la naissanio du Daiipliin avec dos transports de joiect d'entliousia>ine ptudarir/iics, radiant aiiisi r»'\|»rossion d'une liaran^^iie utiicielle dont roralour avait dit r/uc le peuple (toit le l'indarc des bous rois. T. IV. '}

f,6 rORRKSPONDANCK INKOITR.

paye ses dettes et ceux qui l'ont nourrit^ : niatit're î\ nouveaux procès, et cependant elle est toujours à Paris, triste, lanuuissiuite, sans rouge, et elle en est plus belle.

M"MeSainte-Maur s'est présentée ùdix couvents nommés par un arrêt du 7 septeml)re dernier, et tous les dix l'ont refusée ; je ne sais ce que la Chambre des vacations va ordonner. Vous dites qu'elle ne choisira pas ceux dont double est la grille et le trou très-petit. Ce n'est pas Irou qu'il y a, c'est tour, et j'ai remarqué cette faute dans beaucoup d'impressions des fon/p.sdela Fontaine : Trou ne dit rien ; mais tour grand ou petit est bien différent. Cette petite remarque en passant ne vous déplaira pas. Si vous avez souscrit pour V Histoire de M. deThou à Londres, voici une nouvelle qui vous fAchera contre les libraires : une compagnie de Hollande annonce, dans la Gazette du 7 octobre, qu'ils vont donner une édition aussi, et plus complète que celle de Londres, i\ un tiers moins. Mais on ne nomme pas celte compagnie de librairie, et leur Prospectus ne paroit pas. Voyez quelle friponnerie publique! Les Anglois se dégoûteront peut-être, et nous n'aurons rien. J'écrirai cependant à M. Desmaizeaux pour la Tah/c. Si lesllollandois ont vent des alinéas, ils y travailleront : il n'y en a pas mal dans le Prospectus anglois.

Le chapitre de notre cathédrale a gobé bien vite l'iiameçon, mais ils sont accrochés par le défaut de formalités et de signature du greffier, et ils se sont avisés qu'ils avoient accepté le mandement d'un évéque mort, le cardinal de Noailles, dont la juridiction étoit finie. D un autre c<jté, les curés sont fermes : celui de Sainte-Marguerite, du faubourg Saint-Antoine, a monté en chaire, après un prédicateur minime cpii vrnoit de prêcher pour la Constitution, et sur le-cham[) le curé prêcha contrt;, en sorte (]ue les brebis ne savoient sous quelle houh'tle se ranger. Le mandement de l'archevêque ne paroit point encore nulle part; on ne sait s'il sera donné.

Levêque de .Montpellier en a fait un contre la légende

T.ETTRR XXV. fi7

de Grégoire VII, mais il trouve qu'il n'a pas pris assez de précautions sur l'excommunication des rois, qu'il avoue un peu trop franchement pouvoir être faite. M. Dupuy n'est pas de cet avis-là sur nos libertés, et tient que le roi de France ne peut être excommunié. On pouvoit un peu dorer cette pilule-lî\.

J'aurai certainement les Mémoires pour rhistoire de France et de Bourgogne après ce que vous m'en dites, et j'admire toujours comme vous enrichissez le public de mille choses qui seroient perdues sans vous. Ce bon bénédictin devoit bien avoir un meilleur sort 1\ — Les Lettres de Pellisson sont très-bien goûtées par les grands ; les sots disent que c'est une gazette. Mais quelle gazette! Voilà 'comme César les faisoit.

Lepoëmelatin, quoique obscur, s'entend avec de l'attention un peu forte et avec la liste des arrêts. J'aurai quelque jour la paraphrase françoise, mais il faut que cela vienne de loin. C'est toujours beaucoup d'avoir tiré ce

(1) Bouliier avait écrit, le 50 septembre : «■ Les yoiivcnux Mcmoircs pour « l histoire de France et de Bourgogne sont imprimas tout nouvellement à " Paris chez G^ndouin, quay deConti, en 2 petits vol. in-4°. Il y a im journal « trè>-curieux d'un Ijour^eois de Paris de ce qui s'y c^t passé depuis 1408 n jusqu'à 14 i9. Il faut le lire p<»ur nous trouver heureux d'estre ne en ce n siécle-ci, malgré même les événements de la rue Quinquempoix. Ce journal " est suivi d'une histoire Irès-curifuse de la mort fatale de notre duc Jean à n Monleieau, avec les preuves. Knsuitf ou tiouve ime inlinile de tliu>es cun rieuses, toncliant l'état de la maison de nos derniers ducs et leurs officiers, n Tout cela avoit été ramassé par nu h<''nfdirtin nomme don Tiuillaume AubéCi « qui a passe ici 7 ou S ans, travaillant a riii>loire de noire province. Je lui ai t fourni une bonne partie des matériaux qu'il a employés etiui ai fait ouvrir " le!^ portes de notre chambre îles comptes, où il a trouvé le reste. Peu après la <« mort du feu Roy, comme il n'adlieroit point au parti de .ses coniréres les « Anti-Conslitutiounaires, ils lui ont fait mdie niches, l'ont confiné en une pe- * tite communauté pr»'> de Nevers, et l'ont enlin ohli;;.' a se sainer. H étoil « allé à Rome, où je crois (ju'il avoit obtenu un Bref pour passer parmi les m béni'diclius non reformés. Quoi qu'd en soit, il éloit aile a l'aris, l'année dernirre, et y avoit fait marche avec drs libraires, peur impiiiuer cet ouvrage, « lequel etoil comnience, quand il est mort de misère en un petit cabaret « borgne, à ce qu'on m'a mandé. C'est dom Vincent Tbuilier de Saint-(;cr- « niain «pii a achevé sa besogne. Voilà l'histoire que vous aver. souhaitée. »

68 œRRKSPONDANCK INb'DlTF.

iiiorceau rare et iininue. Au reste, vous avez l)ien raison, on ne voit non plus dVin poison neurs que de sorciers depuis qu'on les laisse lA, et je crois ijue si on en faisoit autant aux niolinisteset aux jansénistes, on n'en verroit pas davantatre : voilà comme le monde est fait, mais nous ne le réformerons pas.

Je viens d'apprendre que l7/f.s/o//y de r Académie fraiiçoise y de ral)l)é d'Olivet, est imprimée en deux volumes in-'»*' et aussi in-t2 ; elle se dél)itera î\ la Saint-Martin, et cependant je sais qu'il en doit partir demain un exemplaire pour TAngleterre, ce qui s'est fait sans que l'abbé le sache. Je ne croyois pas qu'il pensât A imprimer cette Histoire qui ne restera pas sans critiques; il ne lui faut parler de rien jusiiu'à ce (ju'il ait présenté son ouvrage à TAcadémie.

Ijîs quatre ijrands vicaires sont M. l'abbé de Gontaut, l'abbé de Cosnac, M. Couet et iM. Vivant.

L'abbé Couel est aussi officiai. Il y a doirze lettres de cachet expédiées pour exclure autant de personnes de l'assemblée générale de l'Oratoire qui va se tenir. M. Hérault est nommé pour y assister de la part du Koi. Le Parlement voudroit avoir M. Trudaine pour avocat général. M. le procureur général en veut bien faire les fonctions p«.*ndant cinq ans pour y mettre son lils; il ne parolt pas (ju'on incline beaucoup pour M. Chauvelin. La Ville îi donné, hier lundis un grand diner au cardinal, i\ l'archevcMpie de Paris et à tous les ministres françois et étrangers. M. Hérault y étoit.

On ne cesse point les réjouissances publi([ues, et. M. Bernard a eu son jour particulier pour un feu d'artilice et un repas de cent personnes. On nedout*.* pas que la reine Stanislas soit morte il y a quel(|ue temps ; cependant on lui a envoyé un genlilhomme ordinain», aussi bii-n (pi'au roi.Slanislas, et la n-lation publique !•• dit. \\(m pour le pyrrhonisine histori<jue.

L'alfaire de Chrssv rst rnlièn ment juL'i'e : il y a plu-

LETTRE XXVF. 69

sieurs questions terminées pour et contre. On m'a dit qu'on vousavoit envoyé un mémoire imprimé sur la matière du douaire. M. Des Coteaux, mjjiri de M""' deChessy, fera imprimer la consultation; je ne sais s'il fera imprimer leur arrêt, qui doit être fort long et qui ne me sera pas levé sitôt, parce qu'il coûte beaucoup.

Lettre XXVt.

A Paris, ce 15 noTembre i729.

Je n'ai point répondu plus tôt à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 22 octobre, Monsieur, parce que j'ai toujours été depuis à la campagne, où j'ai pris l'air et un peu de repos. J'y ai lu les iN'^o^es du nouveau Régnier j qui m'ont paru une sorte d'errata propre à un correcteur, et elles m'auroient fort ennuyé, si je n'y avois trouvé de temps en temps quelques citations de manuscrits françois qui y viennent d'assez loin, mais qu'on aime toujours à revoir. Je ne croyois pas M. Brossette si pantagruéliste. Je soupçonne que ces passages lui ont été légués par le testament de M. de la Monnoye, comme les tableaux que M""*^ de Richelieu vient de répandre dans sa famille (1) : du reste, rien n'égale la beauté de l'impression des vignettes et du papier, et l'on peut dire, à la louange des Anglois, qu'ils savent l'art de rendre les livres très-chers.

J'aiaussi lu la nouvelle Ilhloirede l Académie en deux tomes, dont le premier est de M. Pellisson, qui m'a fait dire en voyant le second : Cultiva vicinia. Il y a deux morceaux excellents dans ce 2* tome, l'un de M. de Foiitenclle sur Corneille, l'autre de M. de Valincourt sur Uacine,

(1) M""* de Ritlïelieiia donné un tableau à (liaciin de srs héritiers el a fait lin If'gataire universel qui n'est pas de sa famille (c'est M. de Noailles, second fils du duc).

:o (:oRRKSPO^DA^c:l: inkdih:.

et cela angineiite encore la Caltiva viciuia; le surplus est moins l'histoire de rAcatlémie que des académiciens, et j'aiété bien étonné qu'en i)arlant de Bayle à proi)os de rien (1 , r;»l)l)é l). lui api)li(|uc deux vers d'Amyot ?

.Maudis sois-lu qui vns faisant recueil Des \)\M\\ de ceux qui piseut au cercueil.

Et qu'il ait mis dans la table : liayle (Pierre), censuré au sujet de son yoùl pour la inéilisance.

Voilà ce (juV>n ne lui a jamais reproché, et M. TAbbé, qui révèle la démence de rabi)é de Cassagne, enfermé j\ Saint-Lazare, eirinterdiction de Tabbé Cottin, elladanse de M. Dubois, et la basse naissance de La Bruyère (sans compter le mauvais jugement qu'il en porte), ne mériteroil-ilpas niieuxTapplication des deux vers du bon Amyot? Vous rirez bien de voir ce qui est dit encore sur l'article {Tome l^) de Desmaretz, qur lim/lc a doïniê Intp d éclaircissement sur les travers de cet homme, et (ju'on n\'i (jue de tristes réfl»'xions à faire dans ce cas : ainsi il voudroit que Bayle ait lait un Dictionnaire moral au lieu d'un Dictionnaire critif^ue. Vous rinz bien aussi de voir comnie des auteurs décriés il prend en main la cause ; tels (jue Chapelain, qu'il nous donne pour un grand poëte, Uesmarels pour un homme d'un rare mérite, et ainsi de plusieurs autres, et j'ai trouvé dans Tarticle de Balzac sa critique bien courte, [)uisqu'ila mis /wedans un endroit où il faut tueei qui fait tout le sens de la lettre (ju'il rapporte. Mais peut-être Monsieur Tabbé a-t-il eu scrupule de rappeler cette rime peu chrétienne, et la morale Ta emporté sur la critique. J<* ne vous dis rien sur Tarlicle de La Fontaine, de celui de .M. ILkI <'t du jilaidoyer qui le suit, où il soutient une mauvaise cause, cl du peu de faits contenus dans celte histoire; et comme dans le récit du procès de Furelière il n'a point fait un abrégé du Mémoire de IWca-

(t) Article de Mf.eray. ( .Vo/« de Menais.)

LKTTUt: XXVl^ 71

demie, donné au Conseil, et que M. Pellisson n'auroit point oublié^ et enlin de toutes ces réflexions hors de propos et inespérées dans un pareil ouvrage.

Vous savez que je connois Tabbé, et qu'il m'avoit même communiqué son manuscrit (1).

Le nouveau mandement de notre archevêque avoit paru, comme vous le dites, sage, solide et mesuré, mais il est venu des Réflexions contraires assez bien écrites, qui jetteroient les gens dans le pyrrhonisme, si l'on n'y prenoit garde. Voilà une affaire interminable, tant que l'on souffrira tous ces écrits, auxquels on pourroit donner fin. Ces Réflexions auront une suite. Il y a grand bruit, en Sorbonne, sur une lettre de cachet qui exclut de la Faculté les réappelants, et ceux qui n'ont pas signé le Formulaire. On a nommé des députés pour examiner les moyens d'éviter cette exclusion; ces réappelants ne sont point approuvés par aucun des deux partis; et en effet, si l'appel est bon, pourquoi réappeler, et s'il ne vaut rien, pourquoi réappeler encore? Le grand vicaire de M. de Senez a donné un mandement contre le nouveau grand vicaire du concile, qui a pris la place de l'abbé de Falcon. Mais à propos de ce concile, n'est-il pas singulier que notre archevêque n'en ait pas dit un seul mot dans son mandement, et (pie, pouvant s'appuyer sur celte autorité, il n'en ait pas osé parler et qu'il l'ait comme abandonnée? Cela n'est pas dans les Réflexions et mérite pourtant réflexion.

L evêcpie d'Auxerre a été excommunié à Rome, et son mandement brûlé. Aussi il avoit bien à faire d'aller parler de la Ligue ! On ne dit pas qu'il en ait clé rien contre les autres évêques qui ont condamné la légende, dont il sera parlé longtemps.

(1) Je ne sais comment l'AcatiiMnic a approuvé cet oiivrape et l'a refçarde comme sien en cédant son pi ivilége à Coignaid, et vous trouverez telle cession assez équivoque, (^'otc de Marais.)

7J coRRh:spo>DAACi: iM:Dni:.

Vous vous êtes donné bien de la peine de copier ce poi'nie. J'aurai la paraphrase françoise, mais elle sera lonirue à copier, et je n'ai plus de temps pour cela. Je pourrai peut-t^lre vous envoyer Toriginal mùme; nous verrons. Voyezdans la (iUzetle de HoUnndedn 25 octobre une grand apostille sur la contrefaçon méditée en Hollande de VUistoire de M. de Thou. Cet article est curieux, et mérite d'être copié pour riiisloire de cette édition et de la littérature, ou de garder celte Gazelle.

Je n'ai point encore vu VÈquilibre de M. Fouilloux, l'inquisition est grande sur ses livres. Bonjour, Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur, et n'ai pas vouhi donner cette lettre à .M. Bret, qui vous dira do mes nouvelles de visu.

La lettre d'exclusion de la Faculté contient trois cas : 1' Les appelants et réappelants depuis 1720; 2" ceux (jui n'ont pas signé le Formulaire; 3** ceux (jui ont adhéré à M. de Senez, en quehpie manière que ce soit; ce qui comprend tous les curés et piètres et autres, qui ont écrit des lettres de félicitation sur la lettre des douze évéques au Roi, ou écrit à ce sujet.

Il parolt une lettre des grands vicaires, le siège vacant, écrite à M. le cardinal de Fleury, \e 1" septembre, sur les vrais sentiments et sur la surprise des protestations et rétractations de Son Éminence.

On voit aussi un grand mandement de .M. de Bayonne, et une rétractation faite par son cha[)itre de l'appel de 1710. I^e chapelet délile, cependant on [irèche à Paris; un vicaire a (piitté la messe à moitié pendant que son curé publioit l'ordonnance de l'archevêque, et on lui fait son procès à Tofficialité. Tnni.r ne aniwis releslibus inv!

LETTRE XXVIl^ 73

Letlre JCXVIP.

A Paris, ce 29 novembre 1729.

On m'a remis, Monsieur, le poëme latin, j'aurai la paraphrase françoise quand je voudrai , et je veux que sur cela votre curiosité soit entièrement satisfaite, car ce ne seroit avoir fait la chose qu'à demi. Je commence par là ma réponse à votre lettre du 2G novembre, dont je vous rends toujours mille grâces. Jai bu avec M. Bret à votre santé, chez une dame de nos amies communes, et nous avons bien parlé du Sagon.

11 doit être à présent à Dijon. Je sais qu'il a passé quelques jours chez M. de Vaudrey.

Je viens de recommencer mon travail avec plaisir, car le fond de l'affaire de M"^de Chouppes ayant été rapporté chez iM. de Saint-Contest et au conseil, elles l'ont gagnée par arrêt rendu d'hier à Versailles, et voilà le 3^ arrêt qu'elles ont pour elles contre un qu'elles ont fait casser. Elles sont três-jolies, et cela ne nuit point. A propos de Versailles, tout Paris s'y étoit rendu hier pour voir tirer un feu qui ne s'est point tiré. C'est un édifice digne des anciens, il est plus haut que les plus hautes tours, il y aura de belles décorations et de belles inscriptions, et vous verrez tirer tout ce feu-là dans votre cabinet sur quelque belle estampe, qui ne nous fera point la peur qu'on a ici, qu'il ne brûle le château.

La grande nouvelle est que le congrès de Soissons est il ni ; tout a été signé en Espagne par M. de Stanhope et M. de Hrancas, et ensuite tout a été conclu ici par les autres plénipotentiaires. On en demeure au traité de la Quadruple Alliance, et ce n'étoit pas la peine de tant assembler de gens pour s'en tenir là. Voilà comme M. de Kiperda finit le congrès de Cambrai par le traité de Vienne. Les Anglois doivent être bien contents, gar Gibraltar et

U . CORRKSPOMUNCK INKDITK.

Port-Mahon leur restent. Tous nos militaires, qui ne voient plus d'apparence de guerre, et qui voient leur art périr et leurs familles, sont désolés, et craignent la grande réforme (pie Ton va faire. L'Kmpire pourra Uieu ne pas approuver toute cette négociation, mais sera-t-il seul contre tous? Nous allons voir tous les étrangers retourner chez eux; les spectacles y perdront, et ils ne perdront pas beaucoup aux spectacles, s'ils ressemblent à la comédie des l*hilosophes amoureux, de M. Destouches, qui à peine a pu soutenir une représentation! C'est une plaisante idée de marier les philosophes, de leur donner de l'amour, et de n'en point faire des philosophes.

J'ai vu M. Brossette et ses i\o/e.s. Puisqu'il n'avoitqu'un si petit présent à nous faire, il pouvoit s'en passer , et ne pas employer le temps de la vieillesse à réveiller de si vilains feux, et à donner des commentaires à ce qui n'en doit point avoir.

Vous remarquez bien qu'il nous avertit qu'un vers est de monosyllalxîs, et je ne sais rien de si écolier; je vérifierai une autrefois les autres remar(pies,carje n'ai plus le livre et il est retourné à Lyon avec l'auteur, qui ne s'en va pas chargé d'une grande réputation sur ce nouvel ouvrage, dont les Anglois lui ont donné une centaine de pistoles, plus dupes en cela que dans le dernier traité qu'ils viennent de faire.

M. l'abbé dOlivet m'a fait présent de son HisloirCy du 2* tome seulement. J'avois déj A acheté les deux; vous trouverez un bon style, beaucoup de faits recueillis avec un très-grand soin ; mais encore une fois, Hayle n'avoit que faire bi ; je le lui ai dit à lui-même, il n'en a fait que rire, et je ne sais pas comment, voulant criti(pier un grand critique, il ne l'a pas fait avec plus de politesse et comme a fait M. de Leibniz dans la Théodkêe ; il est singulier qu'un Allemand apprenne à parlerîl un académicien françois. An reste, il n'y a pas une approbation formelle de l'Académie, mais comme elle a un privilège pour faire

LETTRE XXVTI^ 75

imprimer les ouvrages (/u'e^/evowc/ra faire paroHre en son nom, elle a cédé ce privilège à Coignard pour Vïmpressiou de VHisloire de rA])l)é, qui cependant ne parolt point au nom de l'Académie, mais au nom de l'Abbé seul. Je ne suis pas assez habile pour développer celte opération équivoque, et, tout bien considéré, il paroit que ce livre est imprimé sans privilège ; toujours entre nous.

Je commence à être bien las de la Constitution. Ce sont tous les jours des faits nouveaux; on refuse l'absolution à des femmes qui ne veulent pas accepter en mourant, et elles vont mourir sous d'autres paroisses. Un procureur de la Cour a obtenu an arrêt pour faire confesser sa femme. L'archevêque, rendant une visite à une dame qui le voulut reconduire, il lui dit que si elle passoit, il l'excommunieroit; elle lui répondit : « M., la crainte d'une excommunication injuste ne m'empêchera pas de faire mon devoir, » et le prélat fut étonné de voir la proposition du P. Quesnel si bien appliquée. Le peuple Ta insulté le dernier jour en passant dans la Grève, mais il va toujours son chemin. Les jésuites prêchent l'Avent ; l'évêque de Sisteron même, quoiqu'il soit évêque, prêche aux Quinze- Vingts. Un vicaire de paroisse a quitté la messe à moitié parce quelecuré publioit le mandement de l'archevêque, et on a trouvé que saint Jean Chrysostome en a fait autant en VOl, car que ne trouve-t-on point en fouillant les archives ecclésiastiques ; il y en a pour tout le monde. Je vous entends sur le Journal (1), mais je ne vous entends point. L'abbé D. dit que vous allez faire imprimer celui de Henri IV. Je le voudrois bien.

Un homme habillé en moine a distribué, le jour de la rentrée au Palais, un libelle affreux contre M. de Lévis et sa famille, et contre le cardinal-ministre ; il est intitulé :

(1) Boiiliier avait invité Marais a faire un Journal des querelles entre les Jansénistes et les Jésuites.

76 CORRFSPONDAISŒ IM^.DITR.

Manifeste pour l'ahbê Panseron ; je ne l'ai pas vu, je le siiis d'une personne qui l'a lu ; il est trtVgrossiC'renient écrit, el le faux moine a bien lait do s'enfuir. Je tt\oherai de le lire ; il y en a eu 3 à VOO distribués aux avocats april's la haranorue et dans la foule.

11 y a une n«)uvelle lettre pastorale de M. de Montpellier, au sujet de l'instruction de M. de Marseille contre le livre de la morale sur le Palcr (70 pages). Un mandement de révèque de Troyes contre l'Offre de Grégoire VII (iV pages). Les autres lettres et discours du cardinal de Noailles et des iVoure/Zes ecclcsiastiqueSy du 15 et 20 septendire, 7 et 30 octobre. Quand tout cela finira-t-il?

LeUre XXVI U\

A Paris, ce 13 décembre 1729.

Le trait de notre Cicéron (1) esttro^) gracieux pour moi, Monsieur, pour que non-seulement je le passe, mais pour ne point admirer votre amitié, (jui s'expli(|ue en toute langue et qui fait de si tendres applications. Je suis bien obligé à M. Bret de l'avoir ranimée. Ne vous a-t-il point parlé de M""* Frondât, avec qui nous avons dîné, et qui chanta si joliment? Elle plaide elThémis sera sans doute pour elle. Je n'oublierai jamais ce que vous dites avec une extrême galanterie, que Dieu est pour les gros escadrons, et Tliémis pour les beaux yeux. On pouvoit dire pour mes clientes (ju'elle est pour les gros tétons, afin de rendre le parallèle plus juste.

Ix* feu a été tiré hier h Versailles. Il n'a duré que quinze minutes. Tout Paris y étoit, et a eu un plaisir bien court. Il y a une petite description de ce feu qui parolt de l'/m-

ri) .Von lolum ex oraCione, ted eliam ex vuUu, el oculit et fronte meum erga te amorem perspicere potuiitet, avait hj'\\. Boiiliicr, à propoi d'un entrelien tvec M. Brel, où il avait élé queftlion de Marais.

LETTRE XXVIIF. 77

primer ie du cabinet du Roy, et cela est nouveau. Le P. Lelong" a mis le roi Louis XV au nombre des auteurs et imprimeurs, page 895, à l'addilion du nombre 102. Cette description sera curieuse par là, car le reste est peu de chose.

La paix est faite; on n'en sait pas les conditions encore; on attend ce que dira l'empereur et s'il n'acquiesce pas, cette belle fille; la Paix, nous enfantera la guerre et avec elle bien des monstres. Les Anglois ont déjà fait leur réforme. Il n'y a pas d'apparence qu'on la fasse sitôt ici. Voilà de quoi entretenir les oisifs, et déjà la constitution tombe un peu.

Le mandement de M. de Troyes fait bruit. On n'en connolt pas Fauteur (c'est peut-être lui-même) ; il s'est chargé d'une bonne cause, et il est assez difficile de ne la pas soutenir contre les excommunications de Rome et le feu du Vatican lancé sur nos évéques. Le Parlement a arrêté qu'il seroit fait des remontrances en tout temps et en tout lieu sur cette matière. Mais il y a des temps où on ne les écoute pas.

Voici un conte sur l'archevêque. Il aime les écrevisses. Son maître d'hôtel en trouva 50 à la halle, qu'on lui voulut vendre 50 écus; le prix parut exorbitant; mais à la fin, on les donna. La poissonnière, après l'argent reçu, dit : Je sais l)ien que c'est beaucoup trop, mais votre maître a ôté les pouvoirs à mon confesseur qui n'a plus de quoi vivre, et je vas lui porter ces 50 écus-là. Ce seroit là un beau sujet pour quelque épigramme apicienne.

L'abbé d'Olivet a retranché de l'article de La Fontaine bien des faits qui n'auroient pas plu. et qui peut-être n'étoient pas plus vrais que le conte de l'écrevisse. Le mot de saint Augustin et de Uabelais a été dit dans une circonstance où La Fontaine trouva, à Château-Thierry, Kacine couché dans son lit. Il le réveilla et lui fit cette belle question. Je tiens cela de notre poOle de Chartres, qui me Ta dit ce matin et qui le tient de llacine (il n'a rien fait

:s COURKSPONDAiNCK liNKDlTK.

lie nouveau . Vous avez raison de dire : cui hono. Cette critiijue do HayU\ je la crois faite après coup. Moilcate et circumspecto judicio île tamis viris prouoiuiamlum est. L'abbé devrait avoir lu cela dans son Quintilicn (1).

l/abbé Panseron est un moine qui plaide contre M. de Lévis. Je n'ai point encore vu ce beau manifeste, qui est affreux à ce que Ton dit. Il y a un moine de Cluny arrùlé que Ton en croit Fauteur, et il passera mal son temps.

Mon docteur plénipotentiaire va être enchanté. 11 ne refusera pas rexeinplaire cartà magnà, et je crois qu'il me dira le secret de la paix. Soyez sur qu'on se gardera bien de parler de tout ceci. Je vous écrirai au premier jour et vous agirez ensuite comme il vous plaira. Ce que vous avez de M. de Peiresc, si vous le donnez, fera une joie complète. Et moi, n'aurai-je rien? Je demanderai le petit papier, parce que je suis petit.

Le primamensisa. tout accepté, a réhabilité le décret de M. Le Rouge, et tout ceci prend un train de finir. On voit la suite des Relierions contre le mandement de rarchevéque, qui s'en met peu en peine, et qui songe !\ se cardinaliser comme Kabelais dit que les êcrevisses se car- (linalisenl à la cuite. C'est une raison de les ruiner.

M. de Sainte-Maure vient de faire signifier X sa femme (|u'il avoit trouvé un couvent, qui sont les Bénédictines anglaises du faubourg Saint-Antoine; elle l'a accepté etil y a arrêt (jui dit (pi'elle s'y retirera dans huitaine ; ce même

(1) IJouliier avoit écrie, le 7 décembre. " Knftn, j'ai lu V/fistoireûv. notre Aca-

• «lérnie. Je ne Tai prfH<jiie pas rcroiiniH* di- cv, «jiie je Tandis mic, laiit nolro

• ami y a fait <lc stippri^s^ioii et avec raison pour la plupart. Il y en a ponilaiil

- ()u<> ne n'approuve point ; car |M>ur(|uoi avoir retranché («'t inimilalilc trait de

• la Fontaine : fih hien, jf prrndrni donc le plus long. l'ouri|uoi avoir sup-

- primât la belle artiun qu'il ht lor.Htpic, ayant joue une fois par (omplaiMince

• lioiir M"" (le la Sablière, et ayant Ka^^né un ih-ini-lonih, il m trouva k\ (Hirlie

- %\ liorrihiefnent < har^'-eyM'i/ courut h*-u «Irrnie au profit <lu prrtni«'r pauvre t qui! rencontra.' Cela valoit bien ha romparai^on <le Hahcjais aver saint Au-

• Ku^tin. ^

arrêt confirme toute la procédure, que son mari soutenoit nulle tant quelle n'avoit point été dans le couvent. Les amours vont être bien mal logés et bien loin; mais cette règle est moins dure encore qu'en Bretagne, où après la séparation jugée, les femmes sont obligées de rester en couvent, et c'est ce que l'on y vient de juger pour M"^ de la Rivière, qui avoit épousé un M. de Moron, jeune et riche, et d'ailleurs très-mauvais sujet.

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