SUR LA NAISSANCE DU DAUPHIN
Sur l'air : Tout cela m'est indifférent.
Messieurs du congrès de Soissons, Tous vos discours sont des clinnsons; L'auguste enfant qui vient de naître De la pai\ que vous balottez ■ Vous dit à tous qui est le maître ; Rendez-lui donc grâce, et partez.
Par ce premier trait en naissant .lugez de ses faits en croissant, Puisqu'en sa première journée Il règle la paix des humains.
A quelle haute destinée Portera-t-il tous ses desseins ?
Nous aurons la paraphrase françoise : cela dépend d'un Lane dont j'étudie les caprices. Nous aurons donc aussi le Journal. Je vous rends mille gri\ces de ce que vous me ditessur cela, et j'en ferai une légende à 3 psaumes et 3 leçons.
Lettre XXJW
A Paris, ce 18 tlëccml»re 1729.
J'ai parole d'honneur de mon plénipotentiaire. Monsieur, de vous faire avoir un exomi)laire en grand papier
so CORRFSPONDANCE INI^IDITK.
(le V Histoire du V. de Thou, si vous voulez bien iournir les pièces nue vous avez, et les autres que vous pouvez avoir, soit cle M. de Peiresc ou d'autre part. Puisque vous voulez l)ien être utile à celte édition, il ne faut pas exciter davantage votre zèle. Mais je suis chargé de vous dire que Ton commencera à imprinjer en lévrier prochain, et on voudroit bien avoir les pièces pour ce tempslà. Du reste, le secret sera inviolable.
M. le prince Charles a été en Lori'uine avec M. le duc d'Kll)euf voir le nouveau prince ; il m'a fait présent, à son retour, de V Histoire de Lorraine du P. Calmet, en trois grands volumes in-folio, où on renonce à la chimère de la descente masculine de Charlemagne ; mais on établit ' évidemment la descente de Gérard d'Alsace, qui remonte en 10V8 et qui rend la maison d'Autriche cadette de celle de Lorraine. VÈyilrc dédicatoire est bien X Son A. R., la Préface est bien faite, et outre VHistoire civile, qui commence du temps de César, il y a encore VEcclrsiasliquc des évéchés de Metz, Toul, Verdun et de Trêves, et de tout le pays lorrain. IMus, des dissertations sur plusieurs matières, des caries, des plans, des tomi)eaux, des sceaux, des monnoies, elà la (in des volumes, nombre de pièces servant de preuves, et entre autres de vieilles chroniques fiancoiMis en prose et en vers, qui sont plaisantes en quelques endroits, et par exemple il est parlé de Penlèvement d'une princesse par des voleurs et qu^ni duc de Lorraine épousa depuis :
Grand pilié prit de celte dame Men«*e ainsi par garçons infAmes,
Tnivanls, flottons, lioiliirrs, pailljirs Félons, mrurtrifrs, l.irrons, pill.irs;
Par manière douce cl subtile, Iz-ur demanda d'où \i(iit rcllr fille, Ik M (M»ndin'nt roiunn* hurons Nr ImI. z-l.-i. nous la \tMidrons.
Je n'ai que faire de telle bague Qui est de virginité vague.
Ils répondirent entre eulx trois :
Saine et pucelle est de nous trois ;
Car vous savez qu'à tel métier Chacun voudroit être premier,
Et le cas bien entendu, Son corps a été bien défendu.
Notre historien , comme vous voyez , n'est pas trop cagot. Son style est bon, clair, et fait plaisir à lire ; il a oublié une table des sections ou sommaire de chaque livre, et une autre table des pièces qui sont dans les preuves , et déjà je l'ai un peu maudit ne sachant plus dans quel volume étoit la chronique de la princesse enlevée. Il y a une grande table des matières à chaque volume dont je le quitterois bien. On a fait quelques retranchements pour faire passer le livre ici , mais on le réimprimera en Hollande avec les endroits retranchés. Ce sont des masses énormes que ces volumes dont on auroit bien pu en faire six; il y a un catalogue alphabétique des auteurs qui parlent de la Lorraine, et cela est curieux et bien dressé. Enfin le l*. Calmet a bien payé l'abbaye que le feu prince lui a donnée, et je ne sais qui lui payera son travail sur l'Écriture, où il a dit hardiment bien des choses qui dévoient rester dans la langue des rabbins.
Est-il d'usage en votre parlement (|u'on mette en couvent des femmes qui plaident contre leurs maris , et cela se peut- il faire malgré Tévéque?
On ne parle plus que de guerre après avoir fait la paix. Ces deux extrémités se touchoient trop ; on ne parle presque plus de la Constitution , la légende va toujours son train, et au milieu de tout cela TOpéra va aussi le sien. On joue Thésée , où on s'étouffe et où on m'a mené malgré moi. J'ai été bien aise d'entendre Lully et Quinault , mais ce n'est plus dans ces belles bouches d'autrefois qui perroient les cœurs et qui cnlevoient les âmes.
gl rORRESPONDANCE INÉDITE.
A tant, je vous laisse sur ce point et vous souhaite par avance une heureuse année; il me senihh^ cpio celle-ci a passé bien vite. Je vous embrasse , Monsieur, de tout mon cœur. Tout le monde est enrhumé, maison ne meurt point comme en .\n déterre.
ANNÉE n50.
Lettre F'.
A Paris, ce 2 janvier 1730.
VAlmanach du Parnasse est supprimé; il y en a un petit avec des figures en bois qui sont très-jolies et à garder, c'est le Petit Almanach de Paris.
Je ne croyois pas qu'il y eût tant de changements daus VUisloire de Lorraine. C'est dans le pays qu'on a dit qu'il y avoit une contrefaçon en Hollande. La vieille Chronique eu vers est plaisante; les paillards ne disent pas absolument qu'elle est saine et pucelle, mais qu'elle l'est d'eux, et ils en rendent la raison. Voilà le bonhomme aux deux filles qu'il portoit : il répondoit bien que celle de devant étoit pucelle, mais de celle qui étoit derrière il n'en vouloit j)as juger. 11 faut bien rire un peu entr<^ nous en cette année comme les autres et rire le plus longtemps que nous pourrons. Les jansénistes rient bien. M. Tournély est mort, et l'abbé Cou(}t tomba hier matin en apoplexie; mais iino avulso non déficit aller.
M. l'abbé Loranchet se porte mieux de sa foiblesse du jour de Noi'l qui lui cassa deux dents et qui devoit le tuer. iM. l'abbé Fucelle a eu encore une attaque, mais petite. L'abbé de Thésut est mort et a Tait son légataire universel M. d'Aguesseau de Fresne , et a fort bien placé son bien.
La grande nouvelle est la retraite du maréchal d'Huxelles, qui a écrit au Cardinal qu'à Tàge où il étoit parvenu, il avoit pensé (ju'il l'alloil mettre un touips entre la vie et la mort, et qu'il prioit S. K. de taire agréer sa
>4 CORRKSPONDANCE INfcDITK.
retraile au Roi voilà des relatifs t^(|uivoqucs, et le sens ne laisse pas d'être assez singulier). Ce n)inistre éteint en a engendré deux antres (]ui sont gémeaux, M. d'Angervilliers et M. Des Forts. On prétend qu'il y a eu (juelque mécontentement ou du dernier traité, ou d'un titre de duc et pair refusé, et peut-èîre ce n'est ni l'un ni l'autre, mais il faut bien laisser parler les courtisans et les politi ques.
Baron est enfin mort. Cétoit le Roscius de notre siècle. 11 a touché jusqu'à son curé en mourant, et ce curé, plein de sa victoire, dit à un homme (juiétoit là : uxMonsieur, voilà un bel exemple, vous devriez bien renoncer à la comédie aussi » ; Tautre lui dit : « Je ne suis pas comédien, je suis président du Grand Conseil. » Le conte est bon, et je veux savoir le nom du président. Bonjour, Monsieur.
lettre TV.
A Paris, ce 3 janvier 1730.
J'ai retiré le manuscrit et vous assure, Monsieur, après l'avoir vu, que les articles qui conviendront ne seront copiés que chez moi, ayant connu l'importance de ces yliierc/ofes ; j'ai déjà marfjué les articles (jui peuvent servira V Histoire lie ThoUy et l'on ne copiera que ceux-là certainement. Il y a des choses que l'on est bien aise de savoir et d'autres qu'on no devroit jamais savoir, parce qu'elles ne servent qu'à faire connoltre de vilaines intrigues et les vices abominables des princes. J'ai eu l'honneur de vous écrire une précédente lettre où je vous ai marqué cequeje ferai surcettecommunication. Nous voilà plus(jue jamais en amitié avec l'Anglais, et il faut bien suivre les temps. Onditque.M. le maréchald'lluxelles (piis'est retiré n'approuve pas trop cette alliance. On ne; doute prcscpir jHiint d'une guerre avec l'Kmpire, (jui révo(juera son investiture éventuel h", comme chose contre le droit des gens
LETTRE lir. 85
et même de nature, dès que l'on s'enservira, de tourmenter des gens en possession de leurs biens, et à s'assurer leur succession avant leur mort. Tant y a que les Anglois ont obtenu ce qu'ils vouloient, et cela ne s'est pas fait, dit-on, sans permission pécuniaire : nous verrons comment nos grands ministres se tireront de tout ceci. Il faut bien lire le traité de 1718, ceux de Vienne avec l'empereur et le roi d'Espagne en avril et mai 1725, celui d'Hanovre de la même année 1725, les préliminaires de 1727 et le dernier que nous n'avons pas encore. J'ai vu ceux de Vienne en latin , et j'ai connu que la traduction françoise est mauvaise. Voilà bien une autre besogne que la Constitution.
Je vous ai mandé l'abbé Couët malade, ce n'est pas lui, c'est son frère l'avocat au Conseil. J'ai vu la réponse ou Relierions sur le mandement de notre archevêque , en trois parties : il y a de bonnes choses, mais cela est trop long, et je ne comprends pas cette perte de paroles, qui noyent le sens tout bon qu'il est. Dans les dernières Nouvelles ecclésiastiques on trouve la protestation de 29 docteurs en théologie contre tout ce qui se va faire dans la Faculté ; elle a été signifiée, et c'est comme si on disoit : « Je proteste contre l'autorité du Roi. » Les pouvoirs des pères de l'Oratoire sontréduits à trois, dont le P. Bérard, neveu de M. de Senez, est un. On disoit que M. l'Archevêque avoit donné tous les confessionnaux des pères de l'Oratoire aux jésuites pour leurs étrennes; cependant le troupeau languit dans les pâturages déserts. Je ne vous dirai que cela aujourd'hui, et je vous embrasse de tout mon cœur.
Lettre fil.
A Paris, ce 10 jan\icr irrîO,
On m'a donné une médaille sur la naissance du Dauphin. C'est Cybèle qui tient l'enfant dans un lange avec
8G CORRESPONDA>'CK LNÉDHI..
CCS mois : Votaorhis, cl tlans rcxeri^ue : Natales Delpluui^ 1\ sqttnnhna Ml)(( \\I\ ; le revers représente le Hoi et la Reine vis-à-vis rim de l'antre.
Vous savez la mort de M. Tonrnély ; il s'est tué A faire un Mémoire pour prouver que tout ce (|ui s'est fait en Faculté, en 171V, pour la Constitution a été libre, et (juo ce qui a été fait contre, depuis la Uégence, a été forcé. Ce Mémoire a été approuvé dans la conclusion du 15 décembre 1729, cpii contient six autres cbefs, dont l'un est l'acceptation de la Constitution comme loi dogmatique de rKL:lise, un autre est la cassation et nullité de l'appelant et le reste; 8V docteurs se sont pourvus au Parlement contre cette conclusion. M. Pucelle a rapporté la requête; le Parlement y a mis un : Soil vommuniqué au procureur (jénéral, lequel a porté la requête à la Cour. II n'y a point eu de conclusions, et il n'a pas même rendu la requête et la protestation qui y est jointe. Le 2 de ce mois, la conclusion a été relue et approuvée; un seul jeune docteur s'y est opposé et a dit que le Parlement étoit saisi ; il a été délibéré et dit qu'on n'auroit aucun égard à son opposition. C'est le dernier état de celte affaire. Les pères de l'Oratoire ont des pouvoirs pour confesser jus(pi'au 1"" mars. Les curés de Paris ont remis à rarclicvéque un Mémoire contenant 28 difficultés contre son mandement. Le Mé^ moire csi respectueux et fort, à ce qu'on dit, et on y renouvelle un mandement fait à Aix contre un père de l'Oratoire, où le prélat condamnoit (dit-on encore) des propositions rjue Ton dit catholiques. Vous croyez bien qu'on va persécuter tous les ouvrages de l'arclievêciue, et fouil' 1er toutes les archives jansénistes pour \v tourmenter.
Mon ph'-nipotcntiaire m'a fait dire (ju'il étoit charmé du KecHcil (Ir l histoire (Ir liouryoyue, et les Anglois disent qu'il y a là de bonnes pièces pour eux. Il m'a demandé un Dictionnaire jmur les vieux mois françois, et nous n'en avons point. IJayle déploroit ce défaut dans la Préface de rurelièrc. Je ne connois que le Dictionnaire de Aï-
LtTTRK IIP. 87
cot et quelque chose dans Borel. Savez-vous d'autres glossaires?
Avez-vouslu, lisez- vous, ou lirez-vous La grande et inimitahley elexlraordinaire , et miraculeuse, et prophétique vie de la sœur Marguerite-Marie Alacoque, religieuse de la Visitation de Paray , composée par M. l'évoque deSoissons? Il n'y a jamais rien eu de pareil. Voilà les visions bien consacrées par un évêque, et bien illuminées par un académicien françois. Quelles folies! et la crédulité la plus déterminée peut-elle en parler autrement? Mais il ne faut rien dire jusqu'à ce que vous ayez dit votre sentiment sur cette grande prophétesse, qui est de votre pays. Tout Paris court après ce beau livre, qui va faire plus de scandale que d'édification, malgré le Discours préliminaire de M. de Soissons, qui y a mis toute son éloquence bien en vain. On pou voit renfermer cela dans les monastères et parmi les nonnes, sans venir le dédier à la Reine et le mettre au grand jour de la Cour, où on a été bien étonné de voir iM"^ Alacoque dire à Dieu : « Que voulez-vous donc que je fasse? ma volonté est plus forte que moi. — Mettezla, lui dit N. S. , mettez-la dans la plaie de mon cœur el elle y trouvera la force de se surmonter. — 0 mon Dieu! s'écria-t-elle avec transport, mettez-l'y si avant et l'y renfermez si bien qu'elle n'en sorte jamais. »
M. de Courson est conseiller au Conseil roval, M. le Bretet M. Lescalopier conseillers d'État; et M. Lescalopier revient de son intendance de Champagne, qui n'est pas encore donnée. M. le Bret ne reviendra de trois ans. Vous savez le changement du régiment des gardes dont M. de Contade sera étonné à son retour. Le chevalier de Chabannes a la majorité; c'est un homme de bonne maison, il est beau-frère du garder des sceaux par sa femme; mais ils ne sont pas bien ensemble et la majorité ne vient par là. La retraite du maréchal d'IIuxelles vient de ce qu'ayant dit quelque chose au Conseil contre le dernier traité, le Roi Je signa sans égard è ses remon-
»8 CORRKSPONDANCR INKDITE.
trancrs. Je n'ai pas encore vu ce traité. Le grand-dnc a écrit au roi tl'Kspagne, mais tout est fini et il n'y a plus que rexécution. On meurt assez communcuient ;\ l*aris, et les Anerlois commencent mal Talliance en nous envoyant ce mauvais air.
Lettre IV'.
A Pans, ce 17 janvirr 1730.
Je n'ai voulu consulter tous ces traitt^s que pour parler la langue d'aujourd'hui. Je n'irai pas plus avant. Il m'arriva ces jours passés qu'ayant un traité en anglois sur mon bureau, ce petit Espagnol qui étoit chez M'"" la duchesse du Maine l'aperçut et me l'expliqua sur-le-champ. Il n'a encore eu que 15 ou 20 leçons d'anglois. C'est un prodige. Il a son Homère dans sa poche, qu'il entend comme madame Dacier et il en est à présent à l'algèbre. 11 est fi\ché qu'on ne le mette pas dans la physique; mais il m'a dit qu'on lui pièteroit en secret un Fourchai , et (pi'il r.ip[)rendroit. 11 n'a pas encore 9 ans. Je trouve (pi'd décroît au lieu de croître, et il est comme un petit entant de cire à mettre dans une niche. Il danse très-bien, il sait la musique, il joue de la viol< , il déclame, c'est un vrai prodige et dernièrement il étoit chez M. Uollin avec qui il dîna, et il parla six ou sept langues dilïérentes avec tous ceux qui y étni«nt. Ce qu'il y a de bon pour la conservation de ce petit corps, c'est qu'il dort 10 ou 12 heures.
L'abbé de Tliésut a fait un legs de 15,000 fr. à M. Kuet, avocat, qu'il a nommé son exécuteur t«îstamentaire. Je plains .M"" de Homilly, dont ou m'îi dit beaucoup de bien, mais n'y a-t-il pas des réparations aux abbayes, et le légataire universel ne craint- il pas le mélange de biens d'église?
J'ai vu la Lettre des curés de Paris, elle est courte, tendre et res|)c cl ueu.se. Je n'ai pas vu le Mémoire qui y est joint
et cette jonction aura bien fait perdre le goût de la lettre. Je crois qu'on aura autant de peine à venir à bout de ces curés qu'il y a de différence de Paris à Orléans.
M. de Laurière auroit bien fait un glossaire françois s'il avoit voulu , car il avoit bien lu de vieux papiers, et son style dur y auroit suffi. On voit dans les notes sur ï Indice de Ragueau des essais de cette science.
Vous m'étonnez bien de me dire qu'on ne connoît point la mère Alacoque dans votre pays. M. de Soissons en parle bien autrement, c'est elle qui a fait la Dévotion du Sacré Cœur de Jésus-Christ; elle est établie à Dijon aux filles de la Visitation, et à Autun, et partout où il y a des couvents de cette règle. Il faut avoir ce livre-là pour admirer le sérieux que garde l'auteur en disant les plus grandes puérilités. Son bien-aimé lui prend son cœur, et le met réchauffer dans la plaie de son côté, puis il lui remet dans son côté à elle, et l'avertit que de temps en temps elle aura de grands maux au côté, mais qu'une saignée la guérira. Voilà le mal qui lui prend, elle demande une saignée, la supérieure la contredit pour l'humilier, le médecin dit que la saignée est contraire, elle est huit ou neuf mois à l'infirmerie mourante, et le médecin à la fin consent à la saignée qui la guérit sur-lechamp.
Il est parlé d'un père de la Colombière, jésuite, qui alla faire une mauvaise mission et dont il n'étoit à propos de parler dans un temps de congrès et d'alliance et par un évccjue de Soissons. il auroit aussi dû plisser tous les coups qu'elle a eus à la tète, qui pouvoient l'avoir bien fêlée, mais il a voulu tout dire, et j'en suis à présent aux délivrances des âmes du Purgatoire que son bien-aimé lui donne à choisir, et à la dévotion de M. de Marseille pour le cœur sacré qui a délivré sa ville de la peste.
Mais voici bien une autre nouvelle: on voit un petit manuscrit d'une relation de la délivrance de Louis XIV du purgatoire obtenue à Notre-Dame de Liesse, par un
IH) (.ORRKSPONDAM'.K INKDIIK.
l)oii piètre qui a mis son nom et sa demeure à la fin de cet écrit; alin tju'on s'adresse i\ lui en pareil cas; il s'appelle M. Briuuet, prêtre Irvs-humhic sujet de la Vierge, demeurant rue IMerre-au-Lard, chez M. Minet, tailleur, et dit la dernière messe tous les jours î\ Saint-Eustaelie. C'est son adresse, et il y a en haut, n" 21, parce que c'est la 21' Ame qu'il a délivrée du Purgatoire depuis 172V. Celle-ci a été délivrée le 15 août 1729, mais il y a eu hien de la peine, des chapelets , des Ave , des larmes pendant cinq messes, et il a été vu un grand 5 (]ui a marqué le nombre. Le diable par malice, disoit : « Damné ! perdu ! » ; la sainte Vierge disoit le contraire et à la tin tant a été prié, pleuré, qu'un beau jour il parut une lueur assez claire, et c'étoit sa délivrance. Le prêtre demanda à la Vierge s'il étoit vraiment en paradis; elle répondit : wSans doute. Je vous prie de ne point rire, le sujet est trop grand et ti'op grave.
Je tâcherai d'avoir la Relation, qui est encore trèssecrète et que j'ai lue. Et sans doute M. de Soissons aura belle matière à la mettre en style académiciue (1).
M'^ de Sainte-Maure est dans son couvent des Angloises, d'où elle sort tous les jours, mais on est rentré à sept heures. La Saint-Victor a un procès contre toute la famille Deschiens, et débite un Mémoire sur leur origine, et où il y a de [>laisantes phrases.
(J Itouliier, all«-<lH-, j'-rril le 21 janvier : - Ce <|iie vous me mandez de la délUranre de Tàine Av Louis XIV esl une de< plus |»laisanles choses du inoiMkr. l)é\tHiv£-\mit> dVn tirer copie, car l'ai l)i«n peur qu'on ne suppiime inre<«amment la pièce et ipi'on n'en eiifeime railleur. Il n'y a rien de plus kin.ulur .pie ce n' de^ àine* «pi'il f.iil sortir du piir;;aloire. Mais vous ne m** dfte< rien du prix fpi'il met aux dj'livraiic*'». Ce M-roit un point esv»«iiJiel a *awiir. Voii* «outenn «oui de ce jiSiiite de Maii'ln*, qui donnoit aux iWiies il. »ol«- de* liillelN, qu'il liioil .le Saiiill'ierrc en qualité de portier tUi i'araditf, l^'iur en ourrir le» |>orl« à vue au porteur* Heu .' vatum insamr mentes/*
LETfRE V^ UI
Lettre V\
A Paris, ce 21 janvier 1730.
11 ne faut pas vous laisser ignorer plus longtemps le cantique parisien sur la prophétesse bourguignonne :
Sur l'air de Joconde.
Languet vieut d'orner les vertus De Marie Alacoque, Dans un livre obscène et confus Dont tout Paris se moque ; Sou frère même, le curé, S'écrie : A la bonne beure !
\ oilcà du papier assuré Pour babiller mon beurre.
Noire langue y a même gagné un mot, c'est qu'on ne dit plus des œufs à la coque, mais des œ^/ls à la Soissons, et on appelle la bonne religieuse, la mère aux œufs.
Je me souviens à ce propos de ce bon cordelier F. Lemarchand qui prêcha des sermons sur saint François et qui dit à la fui : Une celui qui ne veut pas me croire y aille voir, faimerois mieux le voir que de le croire. M. de Soissons auroit pu mettre une semblable apostille à la fin de son livre, mais il lui en seroit peut-être venu une censure, comme au bon F. Lemarchand, si toutefois il ne faut pas un concile pour censurer un évèque, et en ce cas M. de Senez auroit un beau retour.
Vous trouverez cette censure du cordeliei* dans le livre de M. dWr'^enivéyCoUecliojudiciorumy IT'iV, in-folio, et dans le Journal des Savants de mars IT-iô. Cela fait un parallèle assez juste. J'apprends que l'abbé Séguy , le panégyriste de saint Louis, a fait un panégyrique de saint Sulpice, où il a fait entrer l'éloge du cardinal, de Tévéque, du curé; ce dont le saint aumit pu se plaindre
Oa rORRFSPONDANfi: lINiniTF.
conimo l'athlMo à qui on vouloit faire payer un éloge (jui avoit roulé sur les louantes de Castor et de Pollux et qui nVn vouloit payer tjue le tiers.
On réimprime, dit-on, eette Vie extatique, mais on y met 80 cartons, et par conséquent 80 extases de moins, et ce ne sera plus le même livre. Le peuple disoit à Saint-Sulpice : Tiens, voilù Tauteur de Marie Alacoque, en montrant Tévèque qui étoit assis pontilicalemenl dans Tœuvre de son l'rére le curé (1).
Il n'est (juestion ici que du feu sur Teau préparé par les ambassadeurs d'Espagne; il a été déjà remis trois fois. On de voit donner samedi le repas et le bal à part aux princesses, mais elles n'ont pas voulu le recevoir pour ne pas fAcber Paris, et les autres dames que celte disjonction pardonnez-moi ce terme du métier) auroit offensées les duchesses. Ce sera donc pour mardi, et j'irai comme liadaud voir cette fête et le dessert en personnages sucrés qui sont en représentation dans le cloître des Petits-Augustins, où tout Paris les va voir. Il y a un livre avec des estampes, quiex[)lique le feu. Si M. de Gaignière étoit au monde il auroit bien mis cela dans son recueil. Voilà bien des rbumes qui vont se renouveler et vos médecins aux aguets pour le lendemain.
M. le marécbal de Villeroy est fort mal : il a reçu tous ses sacrements et pourra voir bientôt la fin de sa disgrâce.
Je n'ai pas vu le livre de .M. de la Motbe où, donnant un Hecueil de poésies et de tbéâtre, il veut persuader que la prose est meilleure pour exprimer les grands sentiments;
(i) m M«u à prop<M de celle nouvelle «ainl** , s.ivc/.-\oiis (|iie M. de SoiK> MWi» nVfcl qur fton troikième liistoricn ^ Ij' fin-iiiier, in'a-t-on «lit, est un P. (»allilci, j«^*uil^, (\in (>t aujourd'hui a Koiix' ai»kislant du g^'.iïvTà\,fi dont l'outrage e«l latin. Le 7* qui a ("crit rctto lii^toire eu françoiA e^t le I•^rc âc la C^olomlft^r^, autrp j^uile, elr... Je ne luiit %i le^ plus grandit saints ont en auUal dlii^lorMOi». • UViulii«'r, .'M janvier 17.10)
et je sais qu'un poëte exilé a dit qu'on pourroit sur cela faire une épigramme qui finiroit ainsi :
Prenant le parti de la prose, Tu prends le parti de tes vers.
On propose pour l'Académie M. de Verneuil, neveu de l'abbé Renaudot ou M. de La Faye. J'aimerois mieux le gazetier que le Mississipien ;
lis dansent bien tous deux Mais Pierre danse mieux.
Lettre VP.
A Paris,' ce 27 janvier ilôO.
Le petit Espagnol est chez M'"*' du Maine, il a fait une condition depuis M. le comte de Toulouse, il a été chez M. Descazeaux. iM. le comte de Clermont l'en a fait sortir, et l'a cédé à M'"*^ du Maine, qui a donné à son précepteur (l'abbé Duplessis) la place de son bibliothécaire et un logement et nourriture pour lui et l'enfant. Et comme cet abbé a fait quelques vœux monastiques dont il a voulu se relever , cela a été obtenu à Rome, et il fait à présent un noviciat à Cluny qui sera court, après quoi il deviendra capable de bénéfices qui ne lui manqueront pas. Voilà toute l'histoire : l'enfant apprend à jouer des instruments, danse bien et danse tous les jours avec M"*^ du Maine, et le tout sans préjudice des langues, des sciences et de l'algèbre. M. le duc du Maine en est charmé. L'enfant lui écrit à Versailles quand il y est, et le prince corrige ses lettres; il l'appelle : Mon petit gentilhomme espagnol. Je pense comme vous que l'algèbre est de trop.
Nous avons eu ici une grande fête de la part du roi d'E-ipagne. La description, comme il arrive» souvent, est bien plus belle que la fête. L'illumination a été singu-
î)l t.OKUKSPONDANCK INKDllK.
liri'o, le feuaci»u\erl Unis losleuv (.rartilice ilontla niuiliê maïujui' , et doux inonlai;iios qui (.Icvoioiit jeter îles tlaiiimes ont pris un rat et n'ont rien jeté. Le festin m;ignitique et i'ort confus, le hal plus confus encore, enlin voilà bien de l'argent perdu. Personne de la maison d'Orléans n'a été invité, et il y a eu exclusion formelle, hors M. le grand prieur, qui y a été. Le détail de tout cela est infini, il y a eu une descrii)tion avec plusieurs morceaux gravés que je n'ai point vue et que l'on vend.
Vous aurez la Relation de la délivrance de l'Ame de Louis \IV. Ce délivreur n'a pas encore été enfermé, mais il n'échappera pas aux nouveaux grands vicaires, à moins (|ue M. de Soissons ne sollicite pour lui. Son livre est fort augmenté de prix et donne matière à bien des plaisanteries.
Nos prnnds médecins plus ne eniigncnl De mal ordonner quand ils saignent, Car, grâce à Languel l'écrivain, 1^1 saignée est de droit divin.
Il faudroit avoir lu le livre pour entendre cela. Les jansénistes disent (pi'ils ont pour eux des saints comme saint Paul, saint Augustin, etc., et que les molinistes sont (les Alacoques pour avoir des saints de leur côté. M. de Soissons dit qu'il n'y a que des hérétiques et des sots cpii trouvent son livre mauvais.
M""" de la Farc Paparel ) a rêvé cpiellc voyoit M. de Courcillon (mort il y a dix ans (|ui lui .1 dit qu'elle ne verroit point le feu des and>a»«sadcurs, et qu'elle mourroit le jour qu'il seroit tiré. Ce rêve l'a si fort effrayée qu'elle en est à la mort, et on ne croit pas qu'elle en revienne. Nous voilà dans le t'mps des illusions. M"* d** Sainl-Vicior est une femme avec qui I^i Cour des Chiens avoit fait un contrat de mariage et tpii avoit tant fie maris; il avoit reconnu T.'», 000 Ir.; ninH duIJseptrmlnj.* diTnier qui les lui adjuge avec les intéiéts; elle poursuit
la famille pour en être payée et leur dit des injures d'une sorte nouvelle. Bonjour,Monsieur, je vous embrasse en attendant la relation des âmes, n° 21.
Lettre VIP.
A Paris, ce 29 janvier <7S0
On m'a remis, Monsieur, les deux volumes, dans Tun desquels est la Continuation deRigault, partie 2' et k% c'est le V08. Il y a, dans le i09, plusieurs pièces curieuses appartenant à THistoire de Thou, mais on ne peut s'en aider, parce que nos gens n'ont plus la liste que je vous ai envoyée , et si vous l'avez, vous me ferez plaisir de me la renvoyer, sinon il faudroit écrire en Angleterre pour la ravoir. Ne l'aurez- vous point envoyée àl'abbé Parisot?
Avant de rien tirer de ces rares manuscrits , et principalement du 408 qu'il faudroit copier entièrement , j'ai fait réflexion comme ce manuscrit n'étantdans aucun autre endroit qu'à l'endroit d'où on l'a tiré , comme le P. Lelong Ta marqué dans sa Bibliothèque ^ n" 8553 , lorsqu'il sera imprimé , on verra bien où il a été pris , et M. le procureur général qui vous l'a si gracieusement prêté aura droit de se plaindre : et comme il y a dans ce manuscrit certaines choses hardies, on pourroit s'en prendre à lui , et lui à vous. Voyez , iMonsieur, ce que vous voulez que je fasse et si mon scrupule est bien fondé. On a tiré de la Bibliothèque du Roi la première partie de Rigault dont la Préface a voit été supprimée.
Ces deux parties qui suivent ne devroient pas paroltre plus dangereuses, mais à cause de la négociation quia passé par des mains directes, j'ai quelque peine A faire faire cette copie.
Notez que l'éditeur vient d'avertir dans la Gazette de Hollande q\i on lui fournit de plusieurs endroits des Lettres et autres ouvrages pour augmenter et armer son
«j6 CORRKSPOTSDANCK IM^.miK.
édition , et qu'il s'en servira. Il auroit tout aussi bien lait de ne pas révéler ce secret au public, et cela réveillera peut-être le procureur général .
Je vois dans le pAre belonq* qu'il y a encore un volume irl* de Leltrea ft (thsciTatioufi sur rilinlinrr de 3/. de Thou y et je \\v sais comment voire abbé ne l'a pas pris.
Je relirai encore ce manuscrit de Rigault, où j'ai vu plusieurs hardiesses et d'ailleurs de très-bonnes choses. Mais quand il n'y auroil pas deux traits hardis, je demande si ce livre étant en quelque sorte unique, vous ne craiirnez pas les plaintes (pi'en pourroit faire iM. le procureur général un jour. IMi reste, soyez sur (Fun trèsgrand secret , et si la copie se fait, elle se fera sous mes yeux. Tirez-moi d'embarras et reconnaissez mon zèle et mon amitié pour vous, ne voulant pas que le [)laisir que vous me voulez soit contre \()us.
LeUre Mil .
\ l'.'ir;'*. ri> 2 frvrior fT.'O.
J'ai n-lu la -i" et 3' partie de Kigault; il y a , dans la troisième partie, Vllisfoire de la fuite du prince deCondê^ où je vfMsque la princrss** étant chez l'archiduc et buvant à la santé de la Kcine, son mari dit : La(juelle? o\ ce mot-là fut inler[)rété à mal, comme s'il avoit voulu din^ qu'il y avoit deux reines , .Marguerite de Valois et Marie de Médicis.Sur cpioi cette dernière dit(ju'elle ne seroit point contenir (pi'elle n'eût enfoncé un poi^^nard dans le creur du prince; il s'excusa dans les suites assez mal, et «m voulut lui envoyer un Uibcra médcîcin , cpii avoit ordre de l'empoisonner, mais il s'en tira. VoilA ce (pie je trouve de plus fort. Le prince fit un Manifeste dont il y a un abré^'é, le continuateur le Irouvcî ridicule. Tout le reste du manuscrit apj)artient àrhi''toire publique, et S celle
des savants dont il y a des éloges à la fin de 1609^ et entre autres de Scalii^er. ()t(/(/ jur/s? (1)
Je vous ai parlé de la censure de Rome ou décret du maître du sacré palais en 1609 contre l'arrêt de Jean Chàtel, qui fut ôté de celui du 30 janvier IGIO. Et sur cela, voyez le Journal de Henri III et IV (tome 2, page 298), où le Parlement voulant censurer ce premier décret, le roi l'empùcha et dit qu'il y pourvoiroit par une autre voie et répondit à M. Servin qui lui en vouloit faire quelque remontrance : Il y a des fous à Rome aussi bien qu'à Paris. Or, puisque dans le 2^ décret, l'arrêt de Chàtel fut ôté, le Roi y avoit donc fait pourvoir, et il évita l'éclat que le Parlement pouvoit faire. Rigault n'a pas su ce trait-là, et voilà ce qui rend le Journal excellent. Souvenez-vous de la parole que vous m'avez donnée de publier cette lacune de douze ans, qui doit être aussi précieuse que le reste.
Il y a un volume 632 qui contient Lettres, Mémoires et ObservalionSy et selon le P. Lelong, n° 8542. Il faudroit tâcher d'avoir ce volume, pour voir s'il n'y auroit point encore quelque curiosité ou lettres. Les Anglois en ont beaucoup, comme vous verrez dans ces Lettres à M. Mead, que je ne doute pasque vous n'ayez, etquejedemanderois si vous ne les avez pas, avec le projet de souscription.
Le copiste va toujours travailler et puis vous ferez la disposition.
Il a fallu que je copie de ma main le manuscrit cijoint, n'ayant osé le conlier à personne. Je vous prie de me le renvoyer. Je vous embrasse de tout mon cœur. M. Fleuttelot m'a écrit que vous aviez la goutte, j'en suis en peine. Montrez-lui ce purgatoire.
(1) Le 7 février, Bouhier répond par l'avis qu'il faut absolument supprimer ce passage. Marais défère à cet avis et la copie faite sous ses yeux contient des lacunes volontaires indiquées dans sa lettre du 15 février 1730.
M COl\RKSPON[)\NCK INUDITK.
Lettre IX\
A Paris, ce \" février 1730.
Depuis ma dernière lettre, j'ai pensé, Monsieur, que l'ouvrage étant latin, et ne devant paroltre peut-être depuis plus de deux ans d'ici, puisque ce sera dans le dernier volume des huit, tout ceci sera mis en oubli ou remarqué de peu de gens. Ainsi mon scrupule commence i\ s'al'foiblir, et de plus il n'y a que deux ou trois endroits un peu forts dans ce latin, qui est serré et ol)scur. Le 409 contient diverses pièces, des Noies de Duplessis-Moruay, qui sont en François et excellentes, des notes latines de 67msius , d'autres de Gaspard LaurenduSy professeur à Genève, des lettres des cardinaux Sforza, des notes de
P. Denaisius (je ne sais qui il est), elc Et il la lin une
vingtaine de lettres en original, écrites et signées de M. de Tbou,adresséesàKomeàM.Dupuy,enl603,1606etlG07, où il lui parle de la censure que l'on préparoit (\ Kome de son Histoire, et se justifie noblement et vertueusement. Tout cela est admirable, et on sera bien aise de voir le fond de Tàme d'un si grand bomme qui n'a pas cru (juc
ses lettres seroient jamais publiées
. . . J'ai la /^e/af/on Ju /'urr/a/o/rc, il faut que je la copie moi-même ; vous l'aurez au premier jour, et vous mettrez cela en bon lieu. On n'a encore rien dit an bon prèlre qui va toujours son cbemin, et dit une très-longue messe à midi à Saint-Eustache, comme il est dit dans son al-
ficbe.
Nous dvuns vu enfin le traité de Séville, qui tout doucement conclut à la guerre, comme celui des juges de M. Fourjuet, qui conclut tout doucement à la mort. Ce traité est tout entier dans la dernière Gazelle de Hollande^ et j'ai su certainement que le parlement d'Angleterre ayant été ouvert, il a été contredit par 129 voix, mais
approuvé par 269, en sorte que la pluralité l'a emporté, et la joie est grande à Londres.
Votre souscription est à Paris, et celui qui me l'a dit l'a touchée et maniée, et elle sera donnée en donnant.
Lettre X\
A Pari8,'ce 6 février <730.
Je VOUS remercie, Monsieur, de la liste que vous m'avez envoyée. Il y a deux lettres dans le 408 de celles de cette liste. Mes scrupules sont levés depuis ce que vous m'avez écrit des MM. Dupuy. Kigault a fait l'Histoire de 1609 et 16 10 jusqu'à la mort de Henri IV. Ce qu'il a dit sur la fuite doit être en bien d'autres endroits, vous avez vu ce que c'est dans ma dernière. Le copiste travaille à force; il y a dans le 408 des notes de M. Duplessis et autres qu'il faudra prendre; l'éditeur qui est en Angleterre ne sait pas un mot de ce secret; il n'y a que le propriétaire et un de mes amis qui est avec lui qui soient au fait. Vous pouvez bien penser qu'on ne nommera personne.
La souscription est en lieu suret a été payée par celui qui me l'a dit. Si vous avez besoin du 632 nous vous le dirons.
Faites-moi le plaisir de m'envoyer une lettre de recommandation bien forte pour M. Ferrand, conseiller d'État. C'est pour un M. de Neuville qui est dans les gendarmes contre une M'"*^ de Conros; il s'agit d'un règlement de juge entre les requêtes de l'hôtel et le parlement de Bord<;aux. M. Duportault y a fait un fort bon mémoire, et soutient le commissaire. Je m'intéresse fort pour ce M. de Neuville. M. Ferrand est du bureau où cela se rapportera incessamment et pendant le Marly; je sais qu'il est fort de vos amis. M. ou M'"*^ de Neuville présenteront votre lettre : je l'attends.
100 CORUKSPONDANCK INf.OlTK.
On plaide îi la GrantrCliaml)re la cause d'entre M"* de Ikicqueville et son mari. Il prétend compenser une pension de ii,000 fr. qu'il lui devoil donner, avec une pension qu'elle a du Koi pour avoir élé conduire M"'" de Moilène. Il dit que cette pension est de sa communauté ; l'expédient que Ton a trouvé, c'est que le Roi a révoqué la pension, mais je crois bien qu'il y a quelcjue contrelettre dans le bureau.
M"" de Sai nie-Maure est dans un couvent et a converti ses soupers en diners. Son mari fait courir le bruit qu'il la va accuser d'adultère. Et voilà une nouvelle scène.
Il court des chansons sur les Quélus et Maugiron du temps, mais cela ne se peut écrire et n'est pas trop bon.
M. le duc de Lorraine est toujours ici. Il se montre partout à l'Opéra, à la Comédie, à la Foire, et il auroiteu un grand bal au Palais-Royal, sans la mort de M'"*^ de Sforce.
On joue une pièce du Malade par complaisance ; il demande àsa garde : Comment mangerai-je mes œufs, Marie? — A la roque, répond-elle. Cela a été ôté.
Lettre' XP.
A Paris» ce 7 février <7S0.
L'affaire que nous avons aujourd'hui avec Rome sur la légende de Grégoire VII m'a fait faire quehpies recherches. J'ai trouvé que, le 20 novembre IGIO, il y eut un arrêt contre le livre de Bellarmin, Traclatus de potestate summi pQntifici» in lemporalibus adversus Harclainm , etc. Mais cet arrêt est rapporté différemment : dans le Journal de Henri III, tome 2, page 350, il y a plusieurs (jualilications contre ce livre comme dans une bulle de Rome, et dans les autres éditions de cet arrêt (pii sont au Mercure (rauraii , dans le recueil appelé La Doctrine vuurtriére, ri rl.n^ I'..i\b' ;'i l'artirle de liellannin , CCS qualilications
LETTRE Xl«. 101
si longues et si forles ne s'y trouvent pas. D'où cela vientil? A-t-on réformé l'arrêt dans les suites? On voit dans ce Journal, pages 351, 352, la plainte du nonce, la réponse du premier président de Harlay à la Reine qui vouloit contenter le Pape et au chancelier qui l'auroit bien voulu aussi. Il y eut arrêt du Conseil qui ordonna la surséance de celui du Parlement, mais le procureur général fit saiser les copies imprimées de cet arrêt du Conseil : dans tous ces troubles, on pourroit bien avoir trompé le premier arrêt, que l'Estoile a mis entier dans son Journal , ou au moins l'avoir adouci. Le P. Lelong, n" ^kïH, remarque un examen qui fut fait de cet arrêt et des remontrances de l'avocat général Servin en IGll , par Michel de Marillac. Au n° 24'i-7, il remarque cet arrêt imprimé in-V avec les remonlrancesen IGIO. C'est cette première édition qui pourroit instruire des propres termes de l'arrêt. Dans le recueil ajouté à r///sfo/re de Louis XIII jiiXr Dupin , vous verrez au tome k- l'arrêt de 1610 comme il est dans le Journal de l'Estoile, et l'arrêt du Conseil qui ordonne que la publication et exécution dudit arrêt sera tenue en surséance. L'Estoile a bien remarqué que ce terme dVxécution fut ajouté par le chancelier. M. de Troyes, dans sa dernière instruction, a cité cet arrêt de IGiO, mais il ne l'a fait que dater. (Je crois qu'il s'en faut tenir à celui de Dupin. )
Autre remarque. Hayle , dans l'article do Bcllarmin , note iV, cite Mayer de Bellarmini fide ipsis ponti/iciis dubia qui a rapporté l'arrêt en latin et qui Ta aussi tronqué, et il dit que Mayer renvoie au continuateur de M. do Thou. Or ce continuateur nest point Uigault , qui finit à la mort de Henri IV , et cet arrêt est depuis sa mort. Je ne connois d'autre continuateur en titre qu'un homme qui n'a donné qu'une /jre/atT (Lelong, 8552) ; et M. dEspeisses (|ui ne vaque jusqu'en lG09(Lelong, 855V); qui est donc cecontinuateuràquiMayerrenvoie? H n'a pas vucela dans Uigault qui n'en a point parlé, ou s'il l'a vu, il y a donc
lOÎ CORI\F.SrO:NI)ANCK LNÉDITK.
encore t|iiel(iut' conliiiuaiion. Si vous avez Mayer, voyez page 180 citée par Hayle, et celtequestioii sera i)ient<M terminée.
Vousa-t-on mandé (pieM'''^ le comte de (^haroloisa vendu le duché de Kourhonnois ùM'»'' le duc son frère, moyennant 250,000 livres, «►7,000 d'arij^ent comptant et 45,000 livres de rentes payables sans pouvoir être racheté pendant sa vie , sauf à faire le rachat après la mort ? Cela ne sort point de la famille et ne sera pas sujet à retrait , comme vous pensez bien .
On vient de me dire que Voltaire a retiré sa tragédie de Brutus des mains des comédiens; il y avoit U\ des traits républicains comme s'il avoit encore été à Londres. C'est aux marionnettes cpi'étoit le trait de Marie A la coque , ce qui étoit bon pour rolichinelle.
Lettre XII'.
A Pans, cr 13 février l750.
On m'a remis de votre part, Monsieur, la /{dation curieuse du libérateur du purgatoire. Il est vrai que le F. (iourdan ne passoit pas pour visionnaire, mais il avoit bien des complaisances pour les bonnes gens qui vouloient savoir Tavenir, r\ il y en a eu ])ien des messes à Saint-Victor.
J'ai déjà fait sur le lii-ault ce que vous avez imaginé. J'ai fait des couluies qui ne paroisseni point. Je me suis chargé de collation ner la copie et vous voyez bien que tout ira comme nous le souhaitons. Un'ind nous tromperions un peu les Anglois, ils l'ont bien gagné ,
Ou Ka^^iuToiil, car ce soûl boFis .-ipôircs.
Vous n'auriez p.'LS voulu ni niui quOii <llt du i)rince do Côndé : Ix f patrimonio relut e nanfmi/io solnni sam/uiuis (jlor'irim rrfjishenfHc'ut scrvacerat : quumfiuc ah rryis béni'
LETTRE XIF, lOS
gnitate penderet uxorem jussu ejus veniistatis spectatissimœ duœerat,et mores aulœ tune erant vagis moribus indulgere. J'ai 6té le trait de menace de la Reine et le rehera qui n'est qu'un soupçon. J'ai aussi ôté un petit mot surlecouronnementdela Reine qui le désira beaucoup, Condœande memor addubitationiSy ce qui a rapport au cujusnam que je vous ai dit. Enfin, tout cela se tient très-bien , la perfection du sens y est et voilà le manuscrit copié. On a aussi pris dans le 4-09 ce qui convenoit.
iMais voici une liste des lettres de Camden, de Lingelsheim et de Casaubon que les Anglois demandoient d'abord, qui ne sont point dans les 408 et 409, et ils savent, je ne sais pas comment, les numéros où ils sont que vous trouverez ici. Il faudra donc, s'il vous plait, nous procurer ces numéros dès que les 408 et 409 seront remis. Ce que je ferai incessamment et dès demain.
Soyez toujours sûr que la souscription est à Paris et que je ne remettrai rien des copies sans cela. J'ai conseillé à nos Anglois de faire imprimer la Relation du cardinal de Bentivoglio délia Fuga del principe de Condé pour ajouter à celle de Rigault. Le Journal de l'Estoile est très-curieux sur cela et dit des choses bien plus hardies que lui; le sermon du P. Gontier est dans tous les deux (1).
Je ne sais pourquoi vous n'avez plus la Gazette de Hollande; elle n'est point du tout défendue. Je l'ai encore lue hier, et j'y ai vu un nouveau projet d'une Histoire universelle qui se fait en anglois et dont on donnera un volume traduit de trois en trois mois in-4°.
Alacoque est toujours bernée, et jusqu'à une actrice de
(1) « Je me souviens, écrit Rouliier le 21 février, d'avoir eu autrefoisenlre les «1 mains une relation manus( rite dressée par le sieur Virey de Chalons-sur- '« Saône, secrétaire du prince de Condé, etc., » Cette Relation h (tU' publiée, chez Auhry, par M. Halphen. Boiihi* r ajoute . " J'ai vu aussi plusieurs lettres « manuscrites «le Fra-l'aolo ou il était parlé en termes jkîu obligeants des •« débauches de te prince à Venise. >'
104 CORRFSPO^^DANCE IM^.OITK.
rOpéra, qui a un amant juif, et dont lo mari fait cette question :
rellissiem dit à Soissons ; Grave auteur d'Alacoque , Tu sais qu'un rabMn suit INlanoii, Tu sais que je m'en moque :
Mais, s'il nous venoit un garron, Prélat, daigne m'iustruire, Faut-il baptiser le poupon, Ou bien le eireoneire?
Voltaire a fait imprimer son Olulipe avec un discours contre La Motte sur la poésie, et on a traduit en vers françois VArl poétique de Pope.
Lettre XJIV.
A Paris, ce 19 février 1750.
M. Dfsmaizeaux vient de m'éerire d'Angleterre. La nou- \v\]v édition du Diriionnaire de Baylc est linie, il y met à la tét«* la Vie do Dan le ^ (pi' il a achevée, il m'en a envoyé les trois premières feuilles. Cela est assez exact et nettement écrit, mais je crains qu'il ne s(^ jette sur la fin dans les questions qu'il croit savoir. Ce qui est singulier, c'est rpie i;ayle ayant été catliolicpie pendant dix-huit mois, il voulut faire aussi cathnli(pH- un de ses frrres qui étoit ministre, à (jui il éciivit une tn'-s-longuc lettre (pic Dcsm.'iizeaux met tout entière dans cette F/>, et il faut voir ce qu'il V a dans cette lettre contre la vocation, et la personne des réformateurs. M. de Mcaux n'auroit pu rien dire de plus fort. Dcsmaizcaux, (jui est en pays libre, se soucie peu apparemment du (pi'en dira-t-on et de l'indécence de la publication de cett<î lettre dont il dit qu'il a l'original. Souvenez-vous sur ce point de M. Hrossette.
Le quatrième volume des OEuvres diversm de liayle est
LETTRE XllK 105
aussi presque fini. Les lettres y seront avec quelques notes de Desmaizeaux et encore quelques lettres nouvelles. On y trouvera aussi les deux premiers chapitres de Gustave y et Desmaizeaux qui me dit que le libraire lui a déjà donné les trois premiers volumes pour avoir ce manuscrit que j'ai donné, me dit que j'aurai le ^ pour moi. Je n'ai pas trop compris ce partage, où il y a lésion de plus de moitié, et j'en ferai ma plainte. Je vous avois bien dit que ces Anglois étoient ou seroient trompeurs, et je n'ai pas attendu longtemps à vérifier mon dire.
Ce n'est que par simple curiosité que je vous ai parlé des arrêts de Mariana et Bellarmin. Ne vous en donnez pas de peine, je ne croyais pas que votre manuscrit de l'Étoile passât la lacune des douze ans. Si vous n'avez pas les derniers trois mois de 1610, vous ne pouvez rien avoir sur Bellarmin, l'arrêt étant du 26 novembre. On reconnoît la plume et le sel du même auteur du Journal dans tout ce qui est à ce sujet et jusqu'à la fin. Et je vous dirai en passant qu'il n'a pas été bien sur la mort de la comtesse de Grammont (t. II, 335 ), qui mouruly ditil, en grande misère et langueur, avec soupçon d'avoir été einpoisotinée par son mari, car il lui fit faire son procès pour adultère par son parlement de Bidache, qui la condamna à mort, et elle futdécapitée, M. deGourguesy alla trop tard de la part de la Reine, ou plutôt sa visite ne servit à rien. Le conseil donna un arrêt le 16 janvier 1611 quicassatoute la procédure, mais cela ne renditpointla vie à la défunte ; il futaussi ordonné que les juges qui avoient rendu l'arrêt de Bidache comparoltroient en personne au conseil, etc. Ce ne sont point là des arrêts de Spifame qui renvoya le parlement de Bourgogne à Toulouse, et ils ne sont que trop vrais pour cette Louise de Bcxpielaure, comtesse de Grammont, dont M. Godefroy a bien dit le nom dans sa note ; mais il ne savoit pas apparemment le reste, car il est homme à dire tout ce qu'il faut pour la vérité.
lOC CORRESPONDANCE !Nf:niTF.
Il faudra trouver iVautros imprimeurs que les Genevois. Vous non manquerez point; mais premièrement il faut vous bien porter, et ebasser eette importune goutte qui vous afflige tant. J'admire comme vous pouvez dicter avec vos douleurs, et votre complaisance pour moi est infinie et d'autant plus grande.
Alacoque est devenu un nom de carnaval; M. de Soissons passoit dans son carrosse ; les petits enfants crièrent qu'il y avoit un cbeval déferré, un laquais descend, on lui présente un fer qu'il voulut prendre, on hii donne des verges sur lesdoigts, et tous les polissons, au lieu de : «// chieau lit », crient: aAlacoque^^, etle cocher de s'enfuir qui court encore. Vous pensez bien qu'il y avoit là quelqu'un de l'école janséniste. Les couplets, les cbansons, les vers sur cette xVlacoque ne finissent point et on va faire un recueil. Il ne faut qu'un nom malsonnant pour rendre un homme ridicule.
Voilà donc M. de la Paye de vos confrères. Le parti des Modernes en triomphe, et ce ne devoit pas être là le successeur de M. de Valincourt. Je ne sais si l'historien de l'Académie mettra un jour dans la liste des OFaiwcs du nouvel académicien les /.r//re.s qu'il fit pour prouver que le Système étoit le siilutde la France, et qu'on ne pouvoit al>olir le papier sans faire manciuer d(^ parole au Uoi. J'aurois mieux aimé le mettre dans VAcadémie des sciences au nombre des algébristes ou calculateurs.
Lettre A7P.
A Parw, rc 20 février IT-V).
Je ne voas écris qu'un mol aujourd'hui. Monsieur, pour dire que j\'ii remis les copie» aux Anglois, cju'ils m'ont donné la s^)UScription avec lessix guinéesen naturede guinéés, ce cpie j'ai jugé h- plus pi'onqil r-t !<• plus facile, et je remettrai le tout à (\\ï\ il vous plaira; demain matin, je re-
mettrai aussi à M. FabbéP. (1) les deux manuscrits : on travaille à copier quelques pièces du vôtre. Quand vous le pourrez, écrivez à Fabbé pour avoir les autres. MM. nos Anglois sont cliarmés, comme s'ils avoient conquis la toison, et dans un an le public sera bien aise. Je ne vous dis point les autres nouvelles; j'ai écrit à M. Fleuttelot qui vous les dira.
On pleure ici la mort du czar : il devoit se marier; il étoit fiancé à la princesse Dolgorouki qu'il avoit choisie; il avoit remis son mariage à quelques jours; la mort est venue entre deux et l'a enlevé. Les états ont nommé unanimement la duchesse de Courlande pour lui succéder, et c'est le prince Dolgorouki, père de la fiancée, ministre vertueux et sage, qui a été lui en porter la nouvelle. Vous savez les instructions qu'il avoit données à sa fille quand il lui apprit qu'elle étoit destinée à être impératrice et comment le czar la lui demanda ; il y a de quoi en mourir, et voilà le sujet d'une belle pièce de théâtre, plutôt que d'aller chercher Callisthènes , pour faire des remontrances à Alexandre sur ce qu il vouloit être Dieu, à lui qui se sentoit au-dessus de l'homme. On dit que la petite Petronna n'a pu succéder parce qu'il y a des défauts dans sa naissance , que la duchesse de Mccklembourg, quoique Fainéedes lilles de Jean, qui étoit Falné du czar Pierre, ne succède point aussi parce qu'elle a épousé un étranger, qui d'ailleurs est un extravagant, et que la duchesse de Courlande, veuve, a seule la capacité de succéder. Si elle avoit épousé le comte de Saxe, elle perdoit Fempire par ce bel amour; mais s'il n'est pas empereur il demeurera son iiniant, et je sais déjà que M. de llollosking, l'ambassadeur du czar, a pris cette voie pour se maintenir dans sa place. Je parle conmie je puis et à la chaude de cette politique russienne. Si le Mccklembourg, (pii résiste depuis longtemps
(1) Parisol.
108 CORRKSPO.NDAiNCn: IMIDIIK.
à rempereur, tournoit sou extravagance de ce côté-là, il pourroit hieii tailler des cr()iii)ières moscovites à ces daines.
Lettre XV\
A Paris, oc 28 février 1730.
J'ai écrit à M. Desmai/eaux et lui fais un beau petit procès dont les raisons sont bien expliciuées dans ma lettre. Nous verrons si je le gagnerai. J'ai commandé pour vous un exemplaire de la Vie; on en tirera séi)arément, et je l'ai prié de m'en envoyer deux, un pour vous et un pour moi. Je vous enverrai la i'euille où est la lettre de H., convertisseur, et ce cpi'il y a encore de singulier, c'est qu'il y en a une autre dans les notes écrites à M. IMnson, où il dit : Je demeurai à Toulouse pendîint dix-huit mois, après quoi les premières impressions de Téducation ayant regagné le dessus, je me crus obligé de rentrer dans la religion où jY-tois né. Cette lettre n'a jamais été inq)rimée. 1^ bon .M. Dcsmaizeaux n'y entend pas plus de linesse. Vous me demandez ce (jue je dis du génie de mon ami et de ses variations, je ne dis autre chose sinon (jue c'étoit un pyirhonien (1;.
J'ai tiré les faits de la comtesse de (irammont d'un mémoire imprimé pour les (irammont contre le procureur général de Pau, (jui h'ur disputoit la souveraineté de iUdaclie. J'avois fait une histoire de cette souveraineté avec de l>onnes preuves, et c'est un ouvrage curieux. Je ne fus point content de celte vilaine duchesse de (iramuiont contrequi on avoit fait une paraphrase de l'ode : Me sit ancitla iihi amor pndori ; an en prit un auln- (jui estropia
(I) O n'eil pa< rivi«(ln H^iuliitT. " Kl moi , je conrlus , /«rril-il le 4 mars • 1734), <|u'il ne IVtoil \ms, rar au foml ilc l'A'nf, il noilouloil pluA, ri il éluit, ■ à inon iMs un il*-i!)t>' lri">> !«*< i<l«'. ><
toute mon histoire, et le procureur-général s'étant servi de Tarrêt du Conseil pour prouver que la souveraineté étoit contestée par le Roi, il fallut renouveler cette douleur : Infandum renovare dolorem, et montrer que l'arrêt de mort étoit un exercice de la souveraineté; c'est du second mémoire que j'ai tiré ce que je vous ai écrit dans mon Histoire ; il y a bien d'autres titres et actes d'exercices, et ce petit royaume qui n'a qu'une lieue en tout sens est véritablement un petit royaume , où il y a un parlement, et une très-belle Coutume que j'ai vue en manuscrit et qui auroit bien dû être mise dans le coutumier général. Cette Coutume fut rédigée en l'année 1575 sur une commission d'Antoine de Grammont, adressée àmaître Charles de Romatès , juge des appellations et surintendant de la justice à Bidache. La commission est du 1" janvier 1575, et c'étoit des étrennes que ce prince donna à ses sujets; il est appelé Sa Hautesse. Quelque jour je vous enverrai cette Histoire eiles Mémoires imprimés.
On a publié ce matin l'arrêt qui condamne au feu les remontrances des fidèles à Monseigneur l'archevêque de Paris; il est du 23 février et a été exécuté le même jour. Le discours de M. Gilbert est fort et éloquent, mais on ne nous a point donné l'arrêt contre les quatre brefs qui est du même jour. Il faudra pourtant l'avoir.
La fureur contre Alacoque subsiste toujours; il y en a une censure très-vive dans les Nouvelles ecclésiastiques, maison dit que le Journal des Savants en parle bien. Voihl une consolation pour le prélat qui pourroit trouver dans les mystiques des exemplaires pour lui, comme M. de Cambray en trouva dans une tradition chronologique de ces livres. Je ne connois le codicile de M. d'Apt que par la lettre de M. de Montpellier. Vous aurez sans doute vu la lettre de M. d'Auxerre au Hoi; la matière est nouvelle.
110 C0RRESP0NDAT1CE INflDlTE
Lettre XVr .
A Pari», ce 5 nurt 1730.
Le cardinal de Rissy se prépare à partir pour le Conclave, et je crois qu'il sera le seul des cardinaux franoois. Le public parle du cardinal Alberoni; mais le Sacré-Gollége et le Saint-Esprit ne seront pas pour lui.
On poursuit toujours M. de Soissons sur son Alacoque. On vend des rubans à la coque, et le Roi lui-même lui a demandé s'il avait permis les œufs dans son diocèse pour ce carême , à quoi il eut assez de peine à répondre.
Un des colporteurs qui avait été pris à Rouen, a été condamné au carcan. Le jour qu'il a fallu l'exposer, le peuple s'assembla et on le regardoit comme un martyr; il V eut même quebjues prêtres arrêtés qui se préparoient à chanter le Te Deum. On ne l'exposa point, mais deux joui's après il y a été mis avec grande compagnie d'archers, et il n'a point chanté. Le jugement est afliché partout Paris. Il a répondu dans son interrogatoire comme un fanatique ; il est banni pour six ans et un curé de Rouen aussi, mais c'est par contumace.
Le Callisthènes de M . Piron a regagné le public qui étoit contre, mais on dit qu'il y a de certains sentiments bas qui font voir que l'auteur n'a pas été élevé en bon lieu (1).
Ils ont aux Italiens un Samson qui fait grand bruit; c'est une traduction faite par Komagnési en vers franc^ois du Samion italien. 11 le déclame à merveille, mais les autres acteurs font pitié. On dit toujours l'opéra accordé au
(1) Le 1 1 mar*, lUyuUwr r^'ptmd : • Le Callitthènes \\v Piron m- (iar<iU point
• COcore ici. Je ne nuis nullement «urpriH qu'il s'y trouve de»» scnliuienl»
• hè.% Il eftt non le Mtânl, maift le lil» de mon a|)uthicaire, et il a eu nue My\-
• tttion conrf^nable à m condition; il a peut-être des talents, niAin un esprit ■ pca réflé ei porté au baa comique. »
LETTREiXVIF. lit
P. de Carignan. Voilà des nouvelles de spectacle où je ne vais guère.
On imprime par souscription à Bruxelles les Mémoires de Castelnau avec les additions de Laboureur et d'autres qui feront 3 volumes in-folio. Et ce qu'on n'a point encore vu, un sculpteur va faire aussi par souscription le buste de M. Arnaud en plâtre sur un buste original qu'il a à Bruxelles. Je m'imagine que la liste des souscripteurs découvrira les jansénistes, comme ont fait les listes des appelants, et que c'est un piège de sculpture. Je n'ai autre chose à vous dire aujourd'hui, Monsieur; je vous embrasse et vous souhaite une bonne année.
Tout est tranquille en Moscovie j usqu'ù présent ; le jeune czar a recommandé sa fiancée, mais je ne vois pas que les lestaments des souverains soient bien exécutés.
Lettre XVIP.
A Paris, ce U mars 1730.
Je vous remercie du dispositif de l'arrêt contre le livre du C. Bellarmin; il vient de paroître l)ien au long (avec le discours du premier président de Harlay à la Reine lorsqu'elle le voulut faire rétracter) dans une nouvelle consultation de 9i avocats pour M. l'évéque d'Auxerre. Je ne l'ai point signée, quoique les principes en sont bons, parce qu'elle finit par deux lignes (jui attrapent les puissances, les voici : Da/is un autre temps on auroit épargné à M. l'évoque d'Auxerre l'embarras de se pourvoir contre le bref qui flétrit son mandement. Tous les évéques de France, tous les ordres de l'État se seroient empressés de le prévenir. Le temps, les évùques, les ordres de l'État, voilà tout en faute, et nous n'étions pas consultés sur cela. On en a déjà fait deux éditions ; dans la seconde on y trouve la traduction des deux brefs, Tun à M. d'Auxerre oii il n'est point parlé de brûler, flammis
lis CORRISPONDAxNCK I.NÉDITE.
addicetur ; mais cela osl pout-clre compris sous VEt cxierùy qui est là aussi mal placé cpie daus Tarrôt^. L'autre bref est à celui qui est donné contre lesédits et arrùtsdes souverains et des parlements, et il est bien étonnant : je ne counois point les deiix autres. La consultation a pris beaucoup de choses dans le livre de M. Dupin de la Puissance ecclésiastique. Je voudrois, pendant que l'on y est, que Ton réformât la formule de l'intronisation du Pape qui dit ; Accipe thiaram tribus coronis ornalam ut scias te esse patrem priucipum et rcyum rectorem orbis in terra, vicariam salvatoris Mo^tri Jcsu-Christi. lui est honor et gloria, etc. Ne voilà-t-il pas bien le temporel sur les rois de la terre bien distingué d'avec le spirituel. Il faudroit un bon arrêt pour supprimer la description des cérémonies où se trouve cette formule et qu'on vient de publier avec permission de M. Hérault, du 9 mars 1730, sous l'approbation de M. Passard, censeur des petites drogues. H me semble (ju'on ne prend garde à rien. Si le Pape est le père des princes et des rois, ils tiennent donc de lui leur héritage et il les peut déshériter. S'il est le gouverneur du monde en terre, il y peut donc faire ce qu'il veut. Voilà ce que portent ses provisions et la condition de son élection, et puis on les conteste. Les cardinaux francois, allemands et espagnols ne devroient point passer cela; mais nous n'irons pas réformer le monde,
Sinete ire res r/uomodo vadunt.
Ix'S Moutelles ecclésiastiques parlent toujours de la Vie d'Alacoque, et en voilà déjà deux exti-aits trés-curieux et qui valent mieux cpie le livre où cela est noyé. M. de la Fayc doit être nçu jeudi à rAcadémie, M. de la Motte le recevra, et Dieu sait les belles phrases modernes et fondamentales du parti contre les anciens. Je crois qu'Homère et Virgile cas.seront les fenêtres pour s'enfuir. H court une pièce en vers intitulée le Chimiste, contre l'opinion de la Motte sur la poésie. Ce chimiste voulait décider
contre les odeurs, et il ne fut loué que par les punaises. Je n'ai pas encore vu la pièce. M. de Saint-Martin, qui aspire au généralat de la Calotte, ayant su qu'un soldat aux gardes n'avoit pas été bien traité par le parlement de Douai où il étoit allé pour faire entériner une grâce, pourquoi on lui demandoit 80 fr. de frais que le soldat n'a point voulu payer, a écrit au Parlement une lettre que l'on dit très-impertinente. Le greffier l'a remise au procureur général, le procureur général au chancelier, et je ne sais ce qui en arrivera, sinon que voilà SaintiMartin généralissime de droit.
L'affaire de M. d'Orval n'est pas encore jugée. M. Trudaine, qui doit la rapporter devant le Roi, est tombé malade. On dit toujours que M. de Béthune gagnera sa cause, • quoiqu'elle ne soit pas bonne. M. d'Orval cependant a mis dans sa production un enfant dont Madame sa femme est grosse, et s'il arrive un màle, ce sera une pièce nouvellement recouvrée qui pourra faire une cassation : à ce propos, on dit M"""^ de Lambert grosse. Apollon sera le parrain de l'enfant.
La nouvelle de l'Empereur mort est aussi fausse que celle du roi de Prusse, que l'on a dit avoir été tué dans une sédition excitée par son fils, qui avoit voulu se mettre entre le Roi son père et la Reine à qui son mari vouloit donner des soufflets; la Reine les a eus, le fils des coups de bâton; le peuple s'est soulevé et voilà le Roi mort. 11 n'y a peut-être pas un mot de vrai de toute cette histoire. Ce qui est sûr, c'est que le roi de Prusse a été à Dresde, à une noce où étoit le roi de Pologne, qu'il y a resté depuis le 17 février jusqu'au 25, qu'ils se sont bien embrassés et ont bien bu ensemble, et que la Gazelle de Hollande ne dit pas un mot au delà.
Le soulèvement du Mississipi est plus certain ; les sauvages ont coupé la tète à beaucoup de blancs et de nègres, ensuite ils les ont arrangés et leur ont fait danser le calumet sans tète. Ce fait est dans une lettre que j'ai vue
It4 CORRESPONDANCE INI-DITE.
en consultation pour un M. D qui a abandonné ses
biens, entre lesquels il y a quatre habitations ruinées par ce dernier désastre. M. Kolli, son associé, et le lils de Kolli sont du nombre dos décapités, et un jésuite aussi ;. et un autre jésuite y est mort de faim.
On crie l)caucoup contre cet arrêt qui déclare nulles les primes faites sur les actions; mais on ne se souvient pas qu'elles ont été condamnées dès 17-20 et que la négocialion des actions a été fixée en 17*20 à la même forme des lettres de change ; cependant il faut entendre les changements que Fou fait dans le ministère et qui ne seront point. — Je saurai la souscription deCastclnau.
V Idole de Bruxelles est charmante, et ce mot-là vaut cent cpigrammes : il y aura bien des iconoclastes.
LeUre XYlir.
A Paris, ce 24 mars 1730.
Je suis bien fâché, Monsieur, contre celte goutte qui vous quitte etqui vous reprend sans raison. Noussommes ici dans de grands événemenls : M. Des Forts est renvoyé et M. Orry est à sa place. On ne comprend ni le premier ni le second, et encore moins le premier, qui sort de là dans un temps de malversation, où s'il n'a pas de part, du moins il n'a pas assez contrôlé. Tout cela est une suite du Système : ce papier si aisé à détourner tente les gens, et on ne sait plus ce qu'il devient. On dit qu'il y a des commissaires nouveaux (M. de .Machault et M. Fagon ) pour examiner toute celle manœuvre. Il y a un homme à la Bastille qui a parlé et peut-être trop. Avoit-on cru trouver un Talhouel dans un Des Forts? L'affliction est grande dans sa famille, et comptez combien de gens en place y prennent jiarl. Pour .M. Orry, on en dit beaucoup de bien. (Juand il étoit capitaine de cavalerie dans le régiment de Berry, il ne croyoit i)as devenir contrôleur
LETTRE XVIIF. 115
général des finances. J'en reviens toujours au mot de Philippe de Commynes : // peut aussi lien empirer qu'amender.
' Le Palais est furieux sur la Consullalion : c'est à la pluralité des voix que les derniers termes sont restés, mais quelle pluralité? A peine en connoit-on les noms. M. Bargeton m'a dit qu'il étoit de l'assemblée générale et qu'il n'avoit jamais rien pu persuader. Ils disent bien ce qui se fit en IGIG, où la mort d'un si grand Uoi étoit encore toute chaude, mais ils ne savent pas qu'en 1G09 le Uoi lui-même renvoya M. Servin qui vouloit faire censurer le décret oii avoit été condamné l'arrêt de Jean Chàtel, et le pria de ne se point mêler de ses affaires en lui disant quil y avoit des fous à Rome aussi bien qu'à Paris. Je vis hier une lettre de remerciment de M. d'Auxerre aux avocats dont il a fait un parallèle avec les évêques, et cela me parut assez mauvais.
J'apprends en ce moment la mort de M'"'^d'Argenisqui m'afHigel)eaucoup. Jel'avoisraccommodéeavec son mari. Elle a ou une peur du tonnerre qui lui a donné une grande maladie, il y est venu toutes sortes de médecins et à la fin elle y a succombé. M'"' de la Fare est aussi morte de peur, et je mets à la fin de ce chapitre la mort de M'^^Lecouvreur, qui n'a été malade que trois ou quatre jours, qui est morte entre les l)ras du comte de Saxe, qui ne l'aimoitplus; et n'ayant pas eu le temps de renoncer à la comédie, on n'a pas pu obtenir pour elle un peu de terre pour l'enterrer. Elle a fait un testament dont M. d'Argental est l'exécuteur, je ne sais en vertu de quoi (1).
(I) Le 28 mars, Bonliicr répond : « La mort de La Lecoiivrciir fait Irrmn Idor; j'en suis Ires-alflisé en mon |)arliciili('r ; j'avois qiit'|i|ii('fois inan^é «i avec elle chez de mes amis, pi lui avois trouvé un caractère très-aimable, t sans compter fos talents pour la comédie, qui m'avoicnt paru supérieurs n à ceux des Cliampmél<',des Duclos, des Rai'^in, elc ... A la voi\ près, qu'elle ■' avoit moins loueliante et moins bcl!e que las autres, elle l'emportoit « fort, Il mon avis, pour l'action et pour le jeu naturel. Elle cloil, en son genre,
116 CORRESPONDANCr INT.DITE.
Je ne me suis point trompé au nom de M°" de Lambert ; c'est la femme du iiisqui étoitautreruis M""^ de Locmaria.
Le conte du Clùmisle n'est pas long; vous Taurez au premier jour.
Le irénéral de la Calotte est au fort TÉvèque. Il dit au cardinal, qui vouloit Tenvoyer à la Bastille, que puisqu'il ménaLreoit les tinances duUoi, il encoûteroità la Bastille 20 livres par jour, et qu'au fort l'Évèque il n'en coûteroit que 6.
Le cardinal ne trouva pas la plaisanterie bonne; il lui dit qu'il iroit au fort TÉvèque, qu'il n'en coûteroit rien au Roi, et qu'il y seroit longtemps. Tout le régiment y va manger tous les jours, et on fait bonne chère aux prisonniers qui vont tous devenir calotins.
Les Anglois disent qu'ils n'ont point de part à l'affaire du Mississipi : nous en usons bien avec eux sur Dunkerque, et les \Val[)ole, qui étoientàbas, sont relevés.
Votre nouvelle de M""-' de Listcnoy est fort bonne à savoir; elle aura bien fait de s'évader comme M"* de Kcr- Ijabu fit àNéautle. Son affaire est instruite : elle attend des conclusions du procureur du Uoi, etpuis le jugement, et puis l'appel, et puis l'arrêt. En voilà encore pour longtemps, mais elle est patiente et courageuse (1).
« ce que Baron étuildans le sien. Mais enfin ils ne sunt plus l'un et l'autre.
• On m'a mandt^ que M. d'Argental étoit son exécuteur testament^iire, mais
• Doo son bérilier, et f|ue c'est nn (idt.'i-coiiiniis de la défunte pour faire " |>a»fter son bien a deux ou trois «Mifaiits naturels qu'elle a laissés. Ou !>aura
• l'ien ce qui en csl. Il faut que M. d'Argeotal fiU fuit .'^un ami. •• (Voir aushi le Mercure de mars 1730.)
(1/ La grande nouvelle d'iri c-nt qu'on doit nincntT incessamment à notre rliÂleau la roarquÎM! de LIsleooy qui y est reléguée par lettres decacliet. On dit que ma<lamc sa mère l'a demande ain-^i, |>our .irnMer l<; courn de ses amours, dont vous connaif«f>e£ ^anH doule la .««iii^ularilé. La lettre est adressée a lînli-Ddant de Franclie-Comlé. Le bruit rourl qu'elle s^est évadée, je vous iiiandtrai la tuile de celle affaire I flouhirr, ?1 maro). Le7H mars, il ajonle :« La
• marquise de Li^teuoy t'est en effet évadée cl s'est, dit-on, sauvée en lerrc
• papale comnted'AMoucv, avec le cher objet de ««es follen amours. Ce qu'il « 7 • de bon, c'est qu'elle « passé ici incognito sans autre suite que la Lam-
M. de Sainte-Maure, qui ne veut point donner copie de son enquête, où il a fait dire par les témoins plusieurs sottises contre sa femme, a fait signifier qu'il n'entendoit point adopter certains faits singuliers, et ce n'est qu'à cette condition qu'il en veut donner une copie. Voilà matière d'une belle plaidoirie et toute nouvelle. L'enquête est nulle et il voudroit la conserver; qu'en pensez- vous. Monsieur? J'apprends que M™*" la marquise de Fresnoy a quitté Monsieur son père et est à Paris. Bonjour, Monsieur, je vous embrasse.
Lettre XIX'.
A Paris , le 8 avril 1730.
Je ne vous ai point écrit, Monsieur, depuis le lit de justice, parce qu'il y a tant de choses à dire qu'on ne sauroit dire, et tant d'autres qu'on ne sait point, qu'on est fort embarrassé. La Déclaration est publique , je ne sais pourquoi on a parlé de jansénisme dès le titre, car l'article quatrième, qui renvoie au cinquième de celle de 1720, défend les noms des sectes. Je ne sais pourquoi on a parlé des explications dressées dans un esprit de concordCy le Pape ne les ayant jamais approuvées. Vous trouverez le l^arlement loué sur ce qu'il a fait en 17H,
• berl, qu'on dit Ins-bien faite, quoique un peu maigre. Elle lui a assuré « 6,000 livres de renies sa>ie durant pour ses bons et agrt^ables services. >•
Kiilin, le 15 avril, liouliier raconte la fin de l'avenlure: « Madame de Lis- « tenoy a «"'lé assez soUe pour se laisser arrêter à Pont-de-Vaux. Kllc est « en notre cbâtoaii et on lui a donné pour la servir deux antiques sorcières « qui sont très- propres à la guérir de son goût lesbien. Sa cbère Lainl)ert a « été conduite à Paris oij on croit qu'on va renfermer au couvent de Saint- « Michel. Ou dit qu'elle est tiès-ainiable et qu'il y a lonfîleMips qu'elU- auroit .« voulu se dépêtrer de sa marquise, qui l'avait, dit-on entraînée par une do- « nation de 0,000 livres de rentes sa vie durant. Je ne sais si ce n'est pas « cela qui a le plus ai^^ri madame sa mère. Elle a la liberté de voir ici ceux « qui la vont voir, mais la presse n'est pas grande ; elle trouvera ici peu de « prosélytes. »
IIS ^ CORUKSPONDAISCK INf.DlTt.
et cepciulant il est dit que la Consùtntion aéra exécutée selon sa forme et teneur y (jiioiqiic le Parloinoiil eût niodilié trois propositions. L'iinpétration et la vacance des l)énêlices est l)ien plus claire dans Tédit do 1005, et Tarticle cinq est rédiijé dans une phrase si longue, qu'on en perd presque riialeine. Quoi qu'il en soit, la voilà passée. On a opiné très-hautement et il s'est dit des choses qu'on ne mettra pas dans le Procès-Verhal du lit de justice. On a dit à M. le Chancelier : Quantum mutatus ab illOy et on n'a pas pensé à tous les changements qui sont arrivés depuis 1715. M. Pucelle, Nigot, Robert, Guillehaut, Dupréde Saint-Maur, Vrcvin, Titon, de iMnjain ville (abbé), se sont fort signalés dans leurs opinions, et M. Lcclerc de Lesseville, conseiller d'honneur comme plus ancien de rassemblée, voulut parler le premier, maison le remit à son rang, et à son rang il dit qu'il falloit se démettre de son emploi, puisqu'il n'y avoit point de liberté. Je crois qu'il n'en fera rien.
Messieurs des Enquêtes sont revenus le lendemain, et ont prié, même sommé M. le premier président de venir; il y est venu avec une lettre de M. le Cardinal qui d«'fcndoit l'assemblée, mais on n'a point reconnu cette lettre, et on a demandé communication des registres pour y écrire une protestation; il a montré une autre lettre de M. le Chancelier qui d«'fendoit cette communication, et sur-le-chanq) il s'est levé, et a emmené le greffier. Mes- .sicurs du grand banc l'ont bientôt suivi et Messieurs des Enquêtes, sans chef, sans greffier et sans registre, n'ont pu rien faire et sont sortis mécontents. Ils attendent les 5lercuriales ; les avocatscpii ne dévoient point rentrer sont revenus, dès le mardi matin, à l'audience de sept heures. Ils avoient donné avis à la Cour, le samedi, d'une thèse soutenue depuis peu aux Jésuites, où il est dit t/u'on n'a jamais besoin de conciles (jénèraux [nunrjuam], et ce seroit là une belle exclusion pour les appels au concile. Cet avis est donné eo vertu d^uu ancien serment des avocats.
Quod in causis quas fovehunt si viderint tangi jus re(jium, ipsi de hoc curiam advisahunt; dans d'autres éditions, il y aadmonebunt. Nous verrons après la Quasimodo le succès de cette dénonciation. Je crois qu'après ce temps-là les esprits seront bien rassis; si on avoit attendu une quinzaine^ il y auroit eu une belle foule de mémoires comme on fit à Pontoise. Il y a eu des placards au Palais pour prier sainte Geneviève de défaire Paris de la Constitution, comme elle l'a défait d'Attila. Vous pouvez bien croire quelle est la désolation dans ce parti ; mais il y a apparence qu'on ne poussera pas les choses à bout à Paris, et que seulement dans les provinces quelques évèques useront de sévérité. Si tous les bénéfices étoient vacants, Rome gagneroit bien en provisions, et le non-* veau Pape trouveroit bien de l'argent amassé pour la guerre d'Italie qui commence.
On m'a assuré qu'on n'en est venu au lit de justice qu'après avoir épuisé la matière d'un concile national qui n'a pu se tenir parce qu'il auroit fallu y appeler les évèques opposants et même M. de Senez, sans quoi il y auroit eu nullité et défaut de liberté. Il a donc fallu l'autorité du Roi, dans la crainte du schisme et pour le soutien de l'État. M. Talon fit sur cela un beau discours en IGGi quand il fit supprimer la lettre de M. l'évèque d'Alet. On le trouve dans le 2*^ tome du Journal des Audiences, avec les déclarations de IGGV et de 16G5 enregistrées en dcuxlitsde justice, et le procès-verbal et arrêt de 16G5 signé Boherl, qui ne s'est plus trouvé dans aucun des registres du [Parlement en ces derniers temps.
Le Procès-Verbal du dernier lit de justice est tout dressé et on y a mis les trois discours de M. le Chancelier, du premier président et de l'avocat général, mais on ne sait s'il sera donné au public, car on ne manqueroitpas de critiquer, et les Aouvcllcs ccclésiasliques sont aux aguets. Je ne sais si elles continueront; ce sera là où la police agira sévèrement.
lîO CORFIESPONDANCI-: INÈDITK.
Oa n'a point de nouvelles du Conclave. Voikl la guerre en Italie. M. de Maillebois y va lieutenant général avec trois bataillons d'infanterie pour conduire les Espagnols avec don Carlos. Ce petit l'eu pourra bien en allumer un plus grand l'année qui vient, et celte belle paix de Sévillc va enfanter la guerre. Les régiments du Perche, de Flandre et Rotjal-Hous^iiHon sont de cette infanterie.
Je ferai remettre le lendemain des fêtes lo volume 706 à l'abbé Parisot. Nos Anglois en ont bien assez; on ne les voulut point recevoir au lit de justice, comme Anglois; ils se mirent :\ la suite de M. l'ambassadeur de Hollande , et entn^rent comme lïollandois. On les soupçonne de la révolution du Mississipi et d'une autre qui vient d'arriver en Amérique, où on auroit conjuré de tuer M'"° de Champigny et d'égorger toute la garnison du Fort-Royal. M. de Champignyéloit venuàla Guadeloupe dans une llùte qu'il a renvoyée avec 50 bommes, tant François que Suisses; ils ont tué le lieutenant sur le pont, ont voulu tuer le capitaine, qui, pargrAce, a obtenu la vie. Us l'ont forcé de les mener en mer pour piller; il les a adroitement menés à une lie qui est aux Danois, comme pour avoir des vivres ; il a averti du fait le gouverneur, qui les a fait prendre dans le port, où on les a tous enclialnés et on les amène en France , pour savoir l'auteur de cette conjuration : je bais celle bistoire de M. de Cbami)igny, capitaine aux gardes, frère de l'autre.
Je viens de lire dans la Gazette de Hollande qu'on imprime une nouvelle édition des (fEnvresda M. de Fonlenellc , plus ample (juc les autres, en 3 volumes in-^t" et 3 volumes in-folio, avec des vignettes magnifiques; rin-V 25 florins, l'in-folio, petit papier, hO florins, et le grand papier 80 florins. Voil;\ donc M. de Fontenelle in-folio et avec des images. Il a si longtemps amusé les femmes, qu'il faut bien à présent qu'il amuse les petits rnfants. Et M. de la Motte, ne voudra-l-il pas tàter aussi de l'in-folio? Je vous soubaite de bonnes fêtes.
Lelire XX\
A Paris, ce 10 avril 1750.
Je n'avois pas été Ijieii instruit, Monsieur, du lendemain du lit de justice. On entra à la Grand'Chambre à l'audience, et ensuite il se fit plusieurs arrangements sur la séance des prisonniers. Pendant ce temps-là, Messieurs des Enquêtes faisoient des mouvements dans leurs chambres, au lieu de s'assembler au cabinet de la première comme il est d'usage dans ces cas. On députa M. l'abbé Guillebaut qui est de la troisième, qui alla dans chaque chambre, et qui fit si bien qu'il les assembla, et on alla tous ensemble à la Grand'Chambre, où on trouva Messieurs en place : on finit ce qu'il y a voit à faire pour la séance; puis M. le premier président leur dit que la cour voyoit bien le sujet de leur venue, que la veille il n'avoit pu rester après le lit de justice, parce qu'il y avoit des ordres du Roi très-formels de ne point rester; que ces ordres lui avoientété donnés par M. le Chancelier, et qu'encore aujourd'hui il y en avoit de nouveaux pour ne point délibérer sur ce qui s'étoit passé au sujet de lit de justice... Il hésita quelque temps à les montrer, enfin il les montra, et c'étoit une lettre de M. le Chancelier, qui parloit d'abord de ce que M. le premier président avoit fait en ne demeurant pas la veille, en quoi il avoit obéi au Roi, et ensuite la lettre rapportoit l'ordre de ne rien faire davantage, de s'opposer à ce que voudroient faire Messieurs des Enquêtes, et en cas qu'ils persistassent, de se lever avec Messieurs du grand banc, de quitter la chambre, à peine de désobéissance. Celte lettre donna matière à bien parler sur l'ordre, sur la personne qui le donnoit ou qui le rapportoit; [quelques-uns vouloient que l'ordre du Roi lût donné par un secrétaire d'État; il fut remontré à la compagnie qu'il étoit plus glorieux de le recevoir du
Chancolicr, chef de la justice. On disputa l)eaiicoiip pour eu venir à une protestation et à une délibération (]ui fut toujours refusée. iM. le premier président sembla se prêter en disant que si, par une acclamation (|ui seroit faite à nemine conlrailicente, on proposoit quelque chose, qu'il pourroit le faire; bientôt la contradiction vint par M. le président Pelletier, qui dit que cet expédient seroit toujours contre les ordres, et cela en resta là : M. le premier président, tout en causant, se leva de sa place, passa le parquet parlant aux uns aux autres; la barre fut levée, il se trouva hors de sa place sans presque qu'on s'en aperçût, et se mit auprès de la cheminée, où on le joignit. C'est une vraie retraite d'un général. Là, ce ne fut plus qu'une conversation; il fut dit que la Déclaration avoit été si retranchée, qu'elle ne pourroit faire grand mal; que dans l'exécution elle trouveroil bien des adoucissements de la part du Parlement même; qu'il ne falloit point dire qu'on eût mis la main à rencensoir, parce que cette loi de FÉglise n'étoit à proprement parler qu'une loi de discipline, que la discipline y entroit beaucoup plus que le dogme, et que le dogme même n'étoit pas proprement un dogme. Sur quoi quelqu'un dit en riant: Monsieur, vous êtes de l'Académie, vous ferez mettre cette définition-là dans le Dictionnaire. Cette conférence hors de place fut fort amiable en apparence, mais les cœurs n'en étoient pas moins irrités, et on revenoit toujours sur le point de laisser quelque chose dans les registres de la Cour. En lin on se sépara , Messieurs des Enquêtes retournèrent dans leur chambre, et on dit qu'ils y ont fait un arrêté, dont on parlera à la Mercuriale ou à la première réce[)tion de quelque conseiller, si cela n'est arrêté par des ordres sui)érieurs. M. le premier président est parti aussitôt pour aller au Vaudreuil faire placer un groupe dans son parc. Voilà ce qu'un de ces Messieurs qui y étoit et qui en parle Lien m'a appris. On api>elle le Chancelier le chancelier
LETTRE XXF. 123
Mutaius, et il est bien singulier qu'on ne veuille pas penser aux changements arrivés dans la chose même, ni aux modifications faites à Pontoise, où la cessation des appels a été reçue pour être inviolahlement observée: il ne peut donc plus être question de l'appel dans le Parlement et en bonne régie tous les appels qui étoient portés lors au Parlement par les évéques, par l'Université, par la Faculté de théologie, sont jugés par cet arrêt, à quoi on ne prend pas garde, et j'en ai fait faire la remarque à ce magistrat, qui n'y pensoit pas.
M. le comte de Baujeu a été mis à la Bastille, pour avoir insulté M. d'Angervilliers et ensuite M. le Cardinal.
Lettre XXP.
Avril 1730.
Vous savez ce qui est arrivé au Parlement, comme il a été mandé à Fontainebleau, la réprimande qui y a été faite sur les assemblées, que tout a été annulé par ordre du Roi, prononcé par M. le Chancelier, et que cela a été écrit sur les registres sans délil)ération. On crie heaucoup contre M. le Chancelier, contre M. le premier président, et les calottes ont déjà marché. Cependant les arrêtés demeurent dans les chambres et ne sont pas biffés. Nous verrons tout cela imprimé au premier jour. Les Nouvelles ecclésiastujnes vont toujours leur train et seront curieuses à la postérité. M. l'évêque d'Auxerre a été obligé de se justilier au sujet d'une lettre qu'il a voit étrite au père Courrayer quand il étoit i\ Paris, et que ce dernier a fait imprimer dans les preuves de son Apologie. C'est un maître moine que ce père Courrayer, et on est heureux d'en être défait, car il a de terribles opinions sur la religion ; il ne peut à présent que gâter un pays déjà tout gâté. La lettre de M. d'Auxerre est dans les Nouvelles ecclésiastiques du 18 mars.
1Î4 r.ORRESPONDAiNCF: INI^IDIIK.
M. do Montpellier vient de faire une fr//re de 25 pages in-fi)lio sur la Légende de (irégoire VII. 11 y a de grands traits de science et dV"lo(|uence, mais peu d'ordre; il y a aussi un mandement de M. de Castres sur la mùme matière et que je n'ai point encore vu.
On dit (lu'il va bronillerie dans le conclave et qu'à la fin les punaises les en feront sortir. Le Coscia y fait grande figure, mais on l'assommera peut-être en sortant. Home n'aime point les Bénédictins.
Lettre XXIP,
A Paris, ce 24 avril 1730.
J'ai été fort enrhumé, Monsieur, et je le suis encore, ce qui m'a empoché de vous écrire depuis quelque temps ; il y a helle matière, car tout a été en mouvement au Palais depuis qu'on a rentré. Le jour des Mercuriales toutes les chambres étant assemblées, M. l'abbé Pucelle parla au bureau sur ce qui s'étoit passé le lendemain du lit de justice. Il entra dans le fond de la déclaration de l'édit de 1G6.J, qu'il dit. être resté sans exécution et aboli par la paix de Clément IX, rjui avoit admis la distinction du fait et du droit, que lui-même il avoit signé le formulaire avec distinction, lorsque le Koiiuiavoitdonnéuneabbaye; qu'on vouloit faire perdre la mémoire de cette paix, que le Roi avoit regardéecomme une grande action, puiscpiil en avoit fait frapper une médaille; que depuis on avoit changé la légende de celte médaille dans les dernières éditions de V Histoire métalliquey mais qu'il avoit la première que le Hoi lui avoit donnée, etc. Il dit que la Déclaration éloit apportée dans un t»»mps où tout étoit en trouble par la légende de Grégoire VII, par h;s brefs de Home conlre les mandements des évèques, parFinterdiction de j)bis(le trois ronls dignes prètresdans Paris, et qu'il sembloit qu'on vouloit tout sacrifier à la cour de Kume. M. le premier pré-
sident répondit, et montra une lettre de M. le Chancelier qui portoit des ordres de ne rien faire. Cette lettre fut contestée par défaut de pouvoir : il en tira une autre du Roi à lui premier président, qui fut encore contestée, et un conseiller dit que c'étoit là des lettres de particulier à particulier, enfin il en montra une troisième du Roi au Parlement qu'il voulut lire, mais on dit qu'elle devoit être présentée par le procureur général; il vint, il la présenta, puis on le fit sortir avec les gens du Roi, et quand elle eut été lue, comme elle étoit très-forte sur les ordres, M. le premier président fit entendre qu'il falloit obéir. M. le président Amelot, qui voulut parler, ne fut pas trèsbien reçu, et on se leva sans avoir rien pu obtenir sur les remontrances ni les protestations. Le jeudi et le vendredi on s'est assemblé dans les chambres, le résultat a été qu'on a fait une grande délibération contenant quatre articles : 1" Qu'il sera fait un procès-verbal de tout ce qui s'est passé le lendemain du lit de justice et depuis; 2° une protestation contre le refus de remontrer ou protester; 3° autre procès-verbal des voix du lit de justice, parce qu'on prétend qu'elles ont été mal comptées ou mal rapportées, et cela touche M. le Chancelier, 4-" Autre procès-verbal du jour des Mercuriales. Cette délibération a été écrite dans toutes les chambres sur le registre des réceptions, et signée de presque tous les conseillers. Le samedi, on vint pour demander l'assemblée des Chambres et faire part de tout cet ouvrage, mais la Grand'Cham])i'e étoit levée à huit heures et demie, à ce qu'on dit, sans affectation. On y a dû retourner ce matin, je ne sais encore ce qui s'est fait, mais je le saurai avant ma lettre finie. Les Chambres ont nommé chacune deux députés pour cette affaire qui fait grand bruit dans Paris, et qui a fait cesser toute audience et rapport dans les Chambres, dont les pauvres plaideurs, qui se soucient peu de la Constitution, sont impatientés. J'ai une affaire contre la succession delouvenot, notaire, pour une négociation assez suspecte,
lîf. CORRESPONDANCE INÉDITE.
mais il passe pour un saint, parce «ju^il alla on Sorbonnc sii;nitier l'appel des quatre cv«>ques, pourquoi il fut mis à la Bastille, et je tiens mon procès perdu. Je ne sais (|ui s'est avisé de dresser des remonlrances comine si elles venoient du Parlement. Cela est assez fort, et on y parle hautement de la dernière dénonciation des avocats sur la thèse du 2-2 mars; enlin voilà les esprits bien en mouvement, et je ne sais quand ils seront apaisés. On en est toujours sur le pouvoir et l'autorité du Roi dans les chosesspirituelles.il semble qu'on ne pouvoit pas dire que personne ne puisse cire pourvu aux ordres sacréSy etc., et on dit que c'est mettre un empêchement aux ordres qui sont pui'S spirituels.
En ce moment j'apprends que les députés ayant été demander l'assendjlée des Chambres, elle leur a été refusée; que MM. des LLncjuètes sont venus eux-mêmes; qu'elle leur a été refusée aussi, parce qu'il y avoit des ordres contraires; qu'ils ont demandé à remettre leur délibération à la Cour ; «pi^il leur a été permis de la remettre èsmains du greffier, à qui ils l'ont remise, mais que depuis elle leur a été renvoyée, ce qu'ils prennent pour une offense, et nous verrons ce qu'ils feront. J'oubliois de vous dire qu'ils n'ont pu convenir entre eux d'un président qui auroit dii tenir l'assemblée après que M. le premier président se fut retiré avec MM. les présidents à mortiers, ayant laissé plusieurs de MM. de la Crand'Chambre avec lesquels le président ne put être convenu ; c'est le grelot.
Déjà les Moutelles ecclésiaslifjues ont fait une lielalion de la séance du lit de justice, où vous pouvez croire que M. le Chancelier et M. le premier président ne sont pas bien traités. On rapporte les propres paroles du premier au roi Louis XIV, en 1715, et à M. le chancelier Voisin, et on sîiutc par dessus lescpiinze années depuis, (^ette pièce 'M curieuse. Ilsdiscntque le duc d'Orh'ansaditau Chanccii<:r : » Passez, Monsieur, passez, )> et cela n'est pas vrai, car il opina î\ renregistrement pur et sinqile , et en dit
LETTRE XXIIF. 127
même quelques raisons; un prince de la maison de Condé dit : c( Quand le Roi commande, il faut obéir. ))
Les capucins ont fait la cérémonie d'un saint Martin qui a été docteur en droit civil et canonique ; cela a duré trois jours. Un prédicateur feuillant a loué les avocats ; un cordelier, le lendemain, a dit que le saint, étant avocat, s'étoit renfermé dans sa profession et n'avoit point fait comme certains qui veulent décider des matières de religion. On n'auroit jamais cru que cette capucinade eût pu produire cet effet, et voilà déjà les prédicateurs lancés. Le cordelier est le père de la Coste.
Lettre ^XIW.
A Paris, ce 28 avril 1730.
J'ai vu hier un journal littéraire que je ne connoissois pas qui s'imprime à Toulouse. Il est de 1730, tome 15, première partie : il y a un grand article des Mémoires pour servir à Vhisloire de Bourgogne, dont il a rapporté plusieurs morceaux excellents, et il en juge bien , mais en récompense, il juge très-mal des Lettres de M. Pellisson, ouvrage, dit-il, écrit dans le goût des Gazettes et d'une utilité à peu près égale ; il rejette les nouvelles que M. Pel-' lisson tenoit de la bouche du Roi, parce qu'il arrive souvent que les souverains ne sont pas mieux instruits de la conduite de leurs ministres et de leurs généraux que certains maris ne le sont de la conduite de leurs femmes : cela n'est-il pas Ijien appliqué à Louis XIV? L'auteur cherche à rendre suspecte la conversion de M. Pellisson. Je ne sais où il a pris qu'il avoit 20,000 IV. de rentes, et il cite les Lettres critiques sur le calvinisme , de liayle, au sujet des abjurations à quatre ou cinq pisloles, et sur tout cela il le tient mauvais historien et n'a point regret que son Histoire soit perdue.
11 y aà la fin un grand article qui annonce la nouvcllo
158 CORURSPONDANCK INÉDITE.
édition de Foiitoncllo, et toutes les pièces, dont il y a une qui a pour titre De VExislencede DieUy mais je n'y vois point /(i Relation de Bornéo y et ceseroit un avis adonner à rirnprinienr.
M. DupciTay, notre doyen, est mort; il a Tait bien dos livres assez confus.
Lettre XXW.
A Paris, ce i 2 mai 1730.
Je vous félicite d'avoir M'"'' de la Vrilliorc à vos États (1). C'est une beauté de tous les pays et de tous les temps ; elle a charmé rAngleterre quand elle y a été; elle y a fait de grandes passions, et elle fera toujours partout l'effet que font les grùces. Homère avoit vu (]uel(]u'un qui lui ressembloit quand il les a décrites. M"'^ de Listenoy est à Saint-Mandé, près Paris, et on dit que la liberté a été rendue à M'"= Lambert.
La pas(|uinade de Rome (-2) est plaisante. Je ne l'avois pas vue ; il y a beaucoup de l)ruit au conclave. Le cardinal Alberoni a eu 26 voix; la Sna Coscia v tient son coin et a fait manquer la tiare au cardinal Kuffo.
Vous savez la mort violente de M. le prince de Courtenay. Voilà une vilaine fin pour une si grande maison. Il n'y a plus qu'un vieil abbé, (pii n'a pas la vertu de l'abbé d'Orval. J'ai vu dans votre manuscrit des particularités sur les Courtenay, contre lesquels il y a eu un ancien arrêt de la Cour des Aides qui les déclare déchus des prérogatives de la maison des (leurs de lis pour avoir pris lesnonri et armes d'autres maisons. Ils furent misa la taille sous le règne de Henri IV; il fut ordonné (ju'ils prouveroient leur noblesse, et ils tirent une production énorme
(I) fclte éUil Tfioiic «léliTrer »a sœur, M«»c d« Mslonoy. (1) Au sujet du feu Tape.
de leurs litres depuis Louis-le-Gros, mais M. de Sully ayant fait faire une fausse généalogie pour se faire descendre lui-même d'un aine de Courtenay, le Roi, qui le sut, ne voulut plus que Ton parlât de cette affaire, et en fut fâché. C'est un M. du Lys, avocat général à la cour des aides, qui dit tout cela en 1612 à M. Du Vair ou à M. de Peiresc et qui montra l'arrêt à iM. le chancelier de Bellièvre, lors de la production de ce temps-là. Comme vous n'avez point votre manuscrit, il faut bien que je répare cette perte. Je vous le renverrai incessamment. Il y a, dans le deuxième tome de la Salire Ménippée (Ratisbonne 1709 in-8% page 410), une note curieuse sur cette maison.
La nouvelle édition du Dictionnaire de Bayle paroit à Paris, on la vend 130 liv.; je ne l'ai pas vue, mais il faut que Desmaizeaux ait achevé sa IVe, qui sera toujours bonne, quand il n'y auroit que la lettre controversiste de Bayle. Je n'entends pas dire que le quatrième tome de Bayle paroit encore.
On parle d'une calotte en prose contre M. de Soissons, qui le fait historiographe du régiment, et d'une autre contre les chefs de la justice. Je finis, ^Monsieur, en vous embrassant de tout mon cœur. Avez-vous ouï parler de Sermons choisis?
Ce sont ceux du père Molinier, qui étoit père de l'Oratoire, et il y a là-dedans une fécondité étonnante. Le sermon du Ciel donne envie d'y être et celui de Y Impureté a de bons traits contre les spectacles, et finit par un De Profundis.
Le lils de M'"' de Prie est mort aux Jésuites; cette race n'étoit pas faite pour durer.
Lettre XXy.
n mai IT-'O,
Tenez-moi grand compte. Monsieur, d'avoir écrit de ma main toutes les abominations de 1 1 I* ijr ami d e (\y\c ^a
130 CORni-.SPONDWCI IM.niTK.
VOUS envoie et qui vient de l;i plume de quelque iuiie. Je crois (ju'on a ressuscité Scioppius pour rassembler toutes ces injures. Notre langue est bien heureuse de ne pouvoir en exprimer de pareilles. Cest un partisan du cardinal Imperiali qui a fait cela pour se venger de son exclusion \ . J'ai vu par la même voie une traduction de la Thébaidc de Stace en vers italiens, imprimée à Rome sur la lin de 17*20. — C'est un petit in-folio; l'auteur est le cardinal Hentivoglio, qui a pris le nom d'Isebuaygio Porpora, qui est son nom académique. Je ne sais de quoi ce cardinal s'est avisé d'aller chercher ce po/^te pour le traduire.
La versification m'en a paru belle et même gracieuse. L'approbateur dit : Ho bensi ammirato nello medesimo una sonora armonia di verso c d'uno stile tlorido insieme e robuslo.
N'auriez-vous pas mieux aimé qu'il eût traduit les Silvesf
Lettre WVJ .
A P.tri», < <* in.tiili {C, mai 1750.
J'aime bien le cardinal Colonna qui se donne du mouvement pour faire dire vrai au Malachie (2). Il a écrit de tous les côtés en ce pays-ci. L'histoire de ce conclave sera curieuse. Je vous ai envoyé une jiièce du hiabh» (|ui i-*»t .'• Ia jwiit»'. o{ (jui a t'ir \vn\\\i'G dans quel(|ues papiers
(t) \a manuM-ril contient à rrt rmiroit ( p. 460) ce pamplilel en vers Inlinn, (l'une yrx\e vioU>nU> et irnii roini'iiie fatouclie On y ftent juger si le^ liaincs rnnclonslfs Minl »le» frut «l«' paille.
n.i m Jamain il n'> a eu de conclaTe %\ plein rrinlrifznefk et de Iroulilrn que • celui ri, irxxi Koiiliirr le 1.1 ni.il On m'«'ii fal l'^iirri'i uni* rrl.ition. Von»; ■ Mirez que, suivant la prophrlie de MaUc liie, te (MMitiff futur ohI dCtigné par m ejrcelifi entonna. Cela favori«.e le* e*{>érance« du cardinal Colonna, qui exl - nn Art quatre pr<^iendant4, k m que l'on dit. -
LETTRE XXVIl". 131
deMilton. On dit que le Colon na joue trùs-ljien du violon, et voilà de quoi accorder tout le monde. On devroit bien reprendre les errements de la déclaration (1) pour fixer l'Age des moines à vingt-cinq ans, et des religieuses à 20. Mais aussitôt voilà tous les moines et les nonnes qui nous tombent sur le corps avec le concile de Trente qui a été exécuté en cette partie. Et qui pourroit résister à une telle armée? •
Il est heureux que l'accident du plancher de vos Requêtes du palais n'ait pas été plus loin. M. le premier président Pelletier a eu un pareil accident en sa vie et n'a pas porté grand sens depuis. Celte pauvre machine humaine est exposée à bien des maux. La nouvelle édition du Dictionnaire de Bayle paroit avec la F/e faite par Desmaizeaux. Il m'a promis des exemplaires de cette Vie séparés. Le ï" tome des OEuvres diverses ne paroit pas encore. Voilà tout ce que je sais, Monsieur, et vous eml)rasse toujours de tout mon cœur.
Lellre XXVJi.
A Paris, ce 21 mai iT'O.
L'inscription pour lo médecin est plaisante et autant jolie que l'autre est affreuse {2). Vous avez bien raison, Monsieur, de souhaiter une relation du conclave par M. le cardinal de Polignac. Vous souvenez-vous de son discours de réception à l'Académie, où il disoit: «Vous voulez donc la guerre, peuples insensés? eh ])icn! vous l'aurez. » J'ai toujours admiré son éloquence, quoiqu'elle fût rabattue par la bataille d'Hoschedt quelcjues jours après. Mais croyez-vous qu'il ait cet esprit qu'il faut pour démêler une intrigue comme le cardin.il de Hctz et pour
(I) ProjoUr par M. W Dur cl que son exil IViiipiVlia <Ic donner.
(V Sur U' nn'd.'ciii «lu ffu l'apc. Uotiliier Ii <lnnrie »l.iri-« Nalillre «lu IS mai.
132 CORRESPONDANCi: IM^.DriK.
le mettre sur le papier? Il en avoil le gënie elle style. Voici ce que je trouve dans une lettre de M. Desmaizeaux, du IG de juin 17-29. « On a imprimé, à la lin du «juatrièmo tome du Dirdunnairc de Hayle, sa préface et ses notes sur les lenuaupies critiijues du Moreri de 170V: j'y ni joint quehjues observations; cela fait dix feuillets d'impression; cela sera |)récédé d'une espèce de préface où je fais entrer une anecdote au sujet de Servet. Vous avez vu sa Vie écrite par M. de la Hoclie et insérée dans sa liibliotltcque an<jloisc. M. d'Almeverde vient de publier une autre Vie en latin, in-V% sur les Mémoires de M. Motliem, ini[)rimée en 1525 (il dit plus haut 1535 .)) Dans une autre lettre dudit Desmaizeaux du 2G mai 1729, parlant du Dicliotniaire, il dit : u On m'a « écrit qu'on avoit rempli dans celte nouvelle édition les « citations qui étoient en blanc (dans le Supplément), o Vous trouverez à la iin du V" tome les Remarques rri- « iique,i sur Fédition du Moiéri de 170V imprimées à l*a- « ris en 1706 et que M. Bayle fit réimprimera Rotterdam " avec une longue préface et des notes. J'y ai joint « quelques notes et cela est déjà imprimé et fait 10 à 11 « feu nies. 0
.Vinsi, Monsieur, le Diclionnaire est augmenté de ce qui est dit ci-dessus, et encore de la Vie de liai/ le et des doux Mémoires de la reine Christine, qui ne sont point dans les LellreSy et de l'article de la héjmblique des lellrcsauv cette reine.
Il y a déjà plusieurs parlements (pii ont enregistré. M. de Bérulle, premier président de Grenoble, est mort ; punition el venycatuc divine,
M** de la Bédoyêrc est venue ici à la place de son mari pour répondre (lJ,et.M. de Brilhac a envoyé M""" de Brilhac pour la contredire. C'est une plaisanterie; ce qui e^l sûr, c'est qu'elles sont ici toutes deux.
H) An Mjj^t fk rcmontraocp!* du rarl^ment de nrctagnr.
LETTRt: XXVIII^ 133
M. de Courtenav s'est tué lui-même de sanû-froid ; il soupa avec sa femme, lui tendit la main en sortant et dit : ((Quelque chose qui arrive, tranquillisez-vous. » Elle n'entendoit rien à ce langage. A une certaine heure le lendemain ils y entrèrent, ils le trouvèrent en ro])e de chamhre sur son lit, un pistolet à ccjté de lui et tué de Jjeaucoup de petits plombs qu'il s'étoit mis dans le cœur. On n'en avertit point M™*^ de Courtenav, qui alla à la messe à son ordinaire, et quand elle revint elle trouva dans sa maison M""^ de Beaufremont^ M. de Vertus sou frère, un commissaire et puis M. le premier président y vint qui fit retirer le commissaire, dont on a eu bien de la peine à supprimer ou réformer le procès-verbal; c'étoient les domestiques qui avoient fait venir ce commissaire pour leur décharge. On ne parle pas de son testament ; la généalogie est bien au long dans le P. Anselme. Voilà tout ce qui en reste.
M. le duc de Bouillon est enfin mort et a fait un grand testament pour les enfants de ses quatre femmes et pour les gens de sa maison.
Lettre XXVIir.
A Paris, ce 21 mai 1730.
Le procès de M. d'iïautofort e^t jugé d'hier au ChîUclet, Monsieur : M. d'IIaulefort déchargé de Taccusation , M"" Kerbabu condamnée envers lui en 10,000 livres de dommages et intérêts, les autres accusés déchargés et ont chacun 100 livres et aux dépens. La sentence sera imprimée; les mots injurieux de la dernière requête supprimés, sauf à se pourvoir par action civile ; défenses au contraire. 11 y a eu appel dès le même jour, par la dame, qui espère tout autre chose du Parlement. Paris croit avoir perdu son procès et feroit volontiers signifier un appel en adhérant comme pour la Constitution. Vous
131 COUUKSI'O.NDANCK I^Khl^l..
aurez la rtujiuMe de loiulu^ioiis ci\iU's (jui ('\[)li(|U(' hioii K's faits et ijui demeure tout eourt sur certains moyens qu'il falloit relever; enlln ceei nç ressemble çuère à la l)ataille de Tannée passée.
Voici comme on dit à présent la mort de M. de Courtenay. Il y avoit un chat (jui venait coucher dans sa chambre et qui rincommodoit beaucoup; il dit qu'il en viendroit bien à bout et (ju'il le tueroit, il l'a voulu battre avec la crosse d'un pistolet chariié, on a même trouvé cette crosse cassée, et dans ce débat il s'est tué lui-même très-involontairement, le j)istolet ayant lî\ché. H n'y a pas grand mal A débiter cette histoire quand elle seroit fausse, pour épargner à cette grande maison une extinction aussi triste. Le P. Anselme et Dufourny ont dit toute la vérité sur la généalogie, et vous y trouverez jusqu'au défunt et madame sa femme, qu'il épousa veuve d'un Porlugais.
Je vous ai envoyé les additions du nouveau lïaij/e dans un petit papier (|ue je crains (jui se soit échappé de ma lettre. On m'a dit qu'il est [)arlé de moi dès l\lr('/7/.ssèment, je ne sais ce (ju'ils en ont dit. Je verrai tout cela ; h\ les citations du Supplcment sont remplies, cela sera considérable.
Je suis pressé, Monsieur, et ne puisque vous embrasser.
Li-me \\iy.
A Paii», te i juin 17'».
Le procès de M"' Kerbabu est au Parlement; elle a eu arrêt dedétVnscs et en auia bientôt un autre pour faire le récolement du procès-verbal de 1 état des pièc<îs fait après le procureur du Koi, et voir comment elles ont changé depuis. Otto affaire, Monsieur, n'«îst pas finie, non plus que celle de la Constitution. \ji parlement de Uouen a opiné à des remontrances, mais il a eu une lettnî de jussion et a enregistré. Les iVouie//e.s ccclésiasiifiucs ont fait
Liniiu: XXIX'. 135
une relation de tout ce qui s'est fait à Rouen, et on y rapporte les lettres que M. le Chancelier a écrites à M. le premier Président et à M. le procureur-général, avec les remontrancesentières, qui sont bien faites. Un monsieur de Hacquerville dit en opinant que, depuis quatorze ans, on demandoit à Home des explications sur les 101 propositions, qu'elle n'en avoit expliqué qu'une, qui est la quatreving-t-onzième, parla légende de Grégoire VU, et que si elle est autant sur les cent autres, en voilà pour l,'i.00 ans.
Je vous ai envoyé le premier et le deuxième exemplaire delà requête de M"" Kerbabu.
M. Desmaizeaux m'a envoyé un exemplaire de la Vie de Bayle et m'en promet un second pour vous. Quand vous ne l'auriez pas, ce ne seroit pas grande perte. C'est un long, ennuyeux et froid discours, qu'il a allongé par une plate analyse de plusieurs ouvrages. Ce qu'il y a de curieux, c'est la lettre de controverse dont je vous ai déjà parlé et les Mémoires menaçants de la reine de Suède que j'ai donnés et qu'on n'avoit pas encore vus. Le Kalendarium Carlananum est à la suite de la Vie y à ce (jue je vois par une réclame, et je l'aimerois mieux que cette longue F/e, qui est une mort. Il y a un Averlisse' ment sur cette quatrième édition ; ils disent qu'ils ont travaillé sur l'édition de 1702; qu'ils ont ^mis dans leur rang les articles déplacés dans la dernière édition de 1720, et même certaines remarques critiques, et ils ont bien fait; (ju'ils ont rempli quelques citations (jui n'étoient qu'indiquées dans cette édition de 1730. Us disent quelques, ils n'ont donc pas rempli tout (ces citations sont dans le IV" tome aux articles omis, et voyez par exemple l'article du P. Guiijnardy llorlhius et plusieurs autres) ; enfin ils ont ajouté les remaniuesque vous dites être de l'abbé Tricaud avec une préface (jui fut faite par Bayle, et les observations bistoricpies etcriticjucsde Hayle sur ces remarques : sur tpioi M. Desmaizeaux dit que Bayle n'avoit pas reproché à M. Tricaud son plagiat, quoi-
i3ii i ()iu\i:biH)Ni)AM:i: imoiii .
qu*il oiU tout pris du Dicdontiaire de Hayle sans le nommt'i', et Dieu sait ooniine M. 1). le redresse i\ ee que dit y Avis an lecteur. Cet avis est suivi d'une lettre de M. Desmaizeaiix à M. de la Moite, non pas votre eonlVùre, on ne nous dit pas qui il est, mais c'est lui qui l'a engagé à faire la \ le. Il convient que le style en est très-négligé, et il a raison ; il dit qu'il peut y avoir des discordances parce qu'il envoyoit les cahiers à mesure qu'il travailloit ; il me nomme dans celte lettre, et dit que je lui ai comnuini(pié desmémoiresetque je les ai accompagnés des éclaircissements dont il avoit besoin, et vous noterez qu'il ne me nomme point, dans la V/p, au nombre de ceux qui avoient commerce avec M. Hayle, lui qui vient de faire un recueil des lettres de Bayle où il a vu cent fois mon nom et qui de[)uis vingt ans correspond avec moi sur ce chapitre, et qui viens encore de lui envoyer le manuscrit de Gustave. On ne comprend rien A cetliomme, et M'"''de Mérignac, qui éloit une femme merveilleuse, me disoit toujours : Monsieur, il nous le tuera encore au lieu de le faire revivre. — Enfin on trouve encore ajouté au Dictionnaire l'ordonnance de M. de la lieynie contre la criti(jue générale de Mainbourg p:ir Bayle, etc. ; les actes du Consistoire de l'église wallonne de Uolterdam concernant les ouvrages de ijayle qui n'avoient pas encore paru : qutlle disparate d'aller placer ça dans le Dictionnaire, au lieu de le mettre dans le IV tome desOEuvres diverses (jui «-toient leur pl.ice naturelle ; mais c'est A cause d(; cela qu'il ne les y a pas mises et alin qu'on dépense cinquante éruspour ce qui ne vaut pas cinfjuante sous.
Cette Vie est enveloppée d'une feuilh* de la Ilenriade de Voltaire, in-V", et il seroitbien fAché de savoir (juc les Anglois envoyent ain-^i son por-rne pour faire des paquets.
Al«'iitour (l'un cjslor J'en ai vu la priTacc.
.M. Desmaizcaux m'écrit une grande lettre, où il me prie decorrigersa Vie, et qu'il mettra mes corrections dans un
LETTRL XXX^ 137
journal. U me dit que M. Constant lui a fait savoir qu'il a encore plusieurs lettres de Bayle, et ce qui peut vous regarder, Monsieur, c'est qu'il dit que le 1" tome des Anliquilés asiatiques de M. de Chisul se vend deux guinées et qu'il peut vous le faire tenir sûrement, que le 2' tome n'est pas encore sous la presse, et qu'on vient d'imprimer à Londres la Vie de Mahomet par M. de Boulainvilliers, qui ne va que jusqu'à l'Hégire et que quelqu'un a achevée. Je sais ce que c'est ; il y a un premier livre de l'état de l'Asie qui est bien écrit; M. de Boulainvilliers me l'a fait lire de son vivant.
Bonjour, Monsieur; voilà bien du verbiage, et je crains que vous ne me preniez pour un sot.
J'ai découvert qu'il y a une partie du Journal de Paris de 1V08 dans le 1" tome de V Alliance chronologique du P. Labbe; il le tenoit de M. Godefroy ; il n'éloit pas imprimé alors. Le P. Lelong en parle sous Charles VI.
Lettre A'AV.
A Paris, ce 13 juin <730.
M'"' de Tencin est exilée; on tenoit chez elle une seconde assemblée du Clergé où tous les évèques venoient parler des affaires ecclésiastiques. C'étoit comme un conclave, et on eût bien pu l'appeler, elle, la papesse Jeanne, qui tenoit le siégé pendant la vacance. On dit que ces assemblées se tenoient pour faire accepter la Légende ; on nomme M. de Verdun, M. d'Autun, M. de Glandève, etc. On l'a voulu envoyer avec M. son frère à Embrun pour le consoler un peu de sa résidence forcée, mais elle a obtenu de n'aller qu'à vingt lieues de Paris. Les Nouvelles ecclésiastiques en vont dire de belles, ils en viennent de donner un Supplément pour l'année 17*29, où il y a un mandement de M. rarchevù(jue d'Arles sur la naissance du Dauphin, qui est une des plus burlesques ins-
IM (.C)HIIKSP0M)AM;K lnkduk.
Iruclions tjiK- Von ait jamais vuos, et lo malin journaliste dit qu'il est bon de conservera la postérité ce monument ecclésiastiijue du dix-huitiéme siècle. 11 y a de quoi rire aux larmes, et votre accès de goutte en guériroit. Il a trouvé rexcommunication dans les (Commentaires de (énir : Si quis eorum (les prêtres païens) decrelo non
sletit \sacrificiis inlerdicent. Il donne siujuilièrement
en imitation rattachement du Koi pour la Ueine, atin que cet exemple touchant ne fasse pas la condamnation un jour des maris et des l'emmes qui se font séparer. Ainsi voilà les séparations qui sont devenues un crime de lèsemajesté, et moi (jui en soutiens quelques-unes n'ai-je pointa craindre quelque lettre de cachet? J'aurai eu beau me sauver des Consultations, on me prendra d'un autre cùté. Le prélat appelle cela le schisme conjucjal, qui lui sert de transition au schisme ecclésiastique, et là il parle de l'Hercule Gaulois et de l'Hercule de F. dont nos anciens diuides avoient fait une mysh'rieuse divinité, (|ui attiroit tous les peu[)les par les charmes de son éloquence, et par la force de sa raison. En effet, illivirtus noti terri ta iiwnstris. (J'en ris moi-même en le copiant. )
Vous verrez dans la requèle de M'"^ Kerbabu comment ses pièces ont changé depuis qu'elles sont au (^hàtelet. .M. le procureur du Uoi y a eu qu(;lque part, et il n'y est pas ménagé. Mais du reste vous verrez une narration liien développée, et à la fin, nuls moyens, nulles inductions, nulle application, et il semble qu'on ait oublié la moitié de la cause. J'aurois soutenu la preuve générale ré«^ultante do l'interrogatoire cpii contient aveu d'avoir suj)primé des pièces, et n'aurois pas conclu à la conviction individuelle dont il n'y a point de ï)reuves.
Je n'espTe pasavoir l'Instruction de M. de la I*orte (1);
I - ii |i.ii*.il, a\ail ••( ni M.it.ii> k 4 juin, ntir in^friirlinti <lr M. <!<• I.i IN>rl«*, grand jicair»" de M. ilr Sre/, par la<|M»rllf il |>irlrinl proiivrr qu»; <|ii.iimI \'6\i^que ftcrail ju%lemeii( interdit, MM. de F.ilcon et de la Mode (grand vicaire du
Lr/lTRl-: XXX^. 139
celle que j'ai vue est unique à Paris, mais cela viendra peut-élre quand on y pensera le moins. Par Desmaizeaux j'aurai sa Vie puisque vous la voulez, et vais lui écrire sur un ton doux et même flatteur. Je ne sais pourquoi ce quatrième volume ne vient pas, et peut-être ce fragment de la Vie de Gustave, où il y a des choses hardies, en est-il la cause; je crains qu'il ne soit bien difficile djavoir les Antiquités de Chisull, car on rappelle M. Pointz, et c'est pour lui que Desmaizeaux les auroit fait venir. Le Boulainvilliers est l)ien peint dans votre lettre, je ne manquerai pas de voir le IX*" tome du Père Desmole ts, pour comparer les deux ouvrages, dont l'un l'emportera certainement sur l'autre pour le style; car on pourroit dire du comte ce qu'on disoit de Bussy, qu'il parloit une langue qui faisoit paroitre toute autre langue barbare.
Vous m'apprenez que Voltaire est avec le duc de Uichelieu à Plombières. Je n'en savois rien. Je souhaite que M'"*^ la présidente Bouliier en revienne en bonne santé et ses poches pleines des vers de notre poêle. On dit déjà beaucoup de bien de son Histoire du roi de Suède qui paroltra bientôt. Avez-vous vu la Calotte en prose de M. l'évèque de Soissons? elle est longue et jolie. Le Cardinal s'en est plaint à Aymon, qui l'a désavouée. Le marquis de Coëllogon est mort sans le bAton de maréchal de France. M. le marquis de Sainte-Maure est vice-amiral.
Lettre XWr.
A Paris, ce 23 juin IT.'O.
Vous m'avez fait grand plaisir, Monsieur, de m'indiquer le Mémoire du P. Desmolels, où est la préface de M. de Boulainvillierssur la noblesse et la réponse du con-
« concile) sont intrus. Cet oiiviajie n'a fail «lue se inonlier et a rk' sai>i. .le '< l'ai parcouru et il est hon de l'avoir ».
no CORHKSPONDANCK I.NKDITK.
sciller normand. H m'a paru voir deux fous chacun dans une loue, l'un iirnorant, l'autre savant, traiter cette matière d'une façon toute nouvelle et avec des traits qui ne dévoient jamais être donnt^s au public. I/un parle des familles de ministres de nos jours comme étant sur le penchant de leur ruine; il prédit, car il étoii i»rophèlc, qu'elles rompront et qu'elles rentreront dans l'obscurité dont elles étoient sorlies: il y a, selon lui, des familles sous le dais, qui devroient être sous la potence. Il espéroit que ses enfants réhabiliteroient la noblesse ; mais le prophète ne savoil pas (|u'ils mourroient à la guerre et que depuis leur mort, il marieroit sa lille au lils de Bernard. 11 parle de Tédit des princes du sang comme fait dans les États de Blois en 1578, et il ne fut point fait aux États, mais en 1576, et je ne sais où il a pris que cet édit fut donné pour le roi de Navarre, cela n'ayant été ordonné que pour ks princes du sang pairs. Je conclus de tout son discours qu'on ne peut pas écrire avec plus de vision , d'ignorance et d'agrément. L'autre, en prenant le parti de la noblesse, abandonne la haute, et quand il est sur le médiocre, il préfère M. Legendre et ses magasins de Rouen à tous les titres des Chartreux: j'aime bien pour un conseiller clerc, qu'il trouve la noblesse plus utile à la religion parce qu'elle est ignorante et par conséquent plus crédule, qu'elle aime les choses anciennes, qu'elle n'aime point se dédire et qu'elle espère des l>énélices. Je ne sais de quel duc il veut parler, qui a son esprit sur son cordon et non dans sa tète ; ce pourroit bien être feu M. de Luxembourg; mais ce trait est bien hardi, et je ne sais si lel*. Desmoletsalu cela tout entier; il est meilleursur les anoblissements et les lettres de roiumunra^ mais un chapitre de Loyseau et ce (pi'a écrit Ld 'Iliauînaa- Âière avec les titres des communes, dont il a raj)p()rté la plupart pour le Herry, vaut mieux i\ mon sens que tout ce travail, et vous avez déjà bien remanpié, .Monsieur, qu'il se trompe sur les servitudes de Bourgogne
LKTTRE XXXP. 141
et de Berry. La politesse du style de Tun et la grossièreté de l'autre fait un contraste merveilleux, et on peut les donner pour exemple du bon et du mauvais. J'attends avec impatience le second tome, pourvu qu'il vienne et que tant de gens intéressés dans la publication de ces petits traités ne Tempèchent pas.
J'ai vu la nouvelle édition de Bayle : il y a après la Vie le Calandarinmcarlananum, en latin et en François; ensuite une ordonnance de M. de la Heynie du 6 mars 1683 qui condamne au feu la critique du Calvinisme de M. Mainibourg, et défend de l'imprimer et vendre sous peine de la mort, et vous noterez qu'on la vend aujourd'hui puljliquement dans Paris dans les OEuvres diverses de Bayle. Après cela viennent les actes du consistoire de l'église wallonne de Rotterdam en 1G97 et 1G98, au sujet du Dictionnaire. Ces actes sont curieux et valent bien ceux d'un Concile, sinon que Bayle y comparut et on voit sa défense. On lui mit en 1G98 un mémoire entre les mains de la part du Consistoire pour diriger sa seconde édition, et ce mémoire est très-sensé. On l'exhortoit à corriger les articles de yicolle et Pellisson. Et de tout cela il n'en a fait qu'à sa tèle, et au lieu de rien corriger, il a fait les quatre grandes apologies qui sont à la fin de son Dictionnaire de 1702, et qui roulent sur lespiincipales matières déférées. Je voudrois bien que Desmaizeaux nous envoyât ces morceaux avec sa Vie; mais il n'en fera rien. J'ai remarqué dans quchpies articles qu'on y a insérés les notes critiques de M. le Duchat, (pii éloienl à la fin du quatrième tome, et c'est bien fait, car elles éloient perdues. J'ai remarqué encore une autre chose, c'est qu'on a rem[)li quelques citations laissées en blanc dans le Supplément et entre autres à Tarticle Bouchin, qui étoit un avocat, où est rapporté un morceau de plaidoyer plein de vers latins et francjois qui est original sur le mariage ; je n'ai vu que le premier tome encore. Je visiterai les autres et vous en dirai mon avis; c'est i\ la fin du quatrième que sont
\\1 COnRKSPONnANCK IM.DITi:.
les observations sur Moreri, ce qu'il y a de plaisant, c'est qu'on a laissé à la tète, IV^ffreàM. le duc d'Orlëans avec lîl vignette de Picard qui représente les richessesdu Mississipi découlant dans les quatre parties du monde, et quehjue joui's nos descendants y seront trompés. On eût pu supprimer cette imaire, qui étoit ridicule dés le temps même qu'elle parut, parce que déjà le fantôme étoit dissipé. Mais le monde est t'ait pour être dupé. L'édition est d'un assez beau caractère, mais le papier n'est pas blanc.
Vous savez sans doute les Très-humbles supplications de la faculté de théologie de Paris, présentées au Roi au sujet de Varrét du 17 mars 1730, et la lettre de M. de Maurepas écrite en réponse par ordre du Roi. Voilà une nouvelle manière de cassation. 11 seroit bien commode pour les plaideurs de donner sa requête au roi et que le secrétinre d'Ktal écrivit : }'ous ne devez pas craindre que Carrèt dont vous vous plaignez vous puisse porter aucun préjudice. Je ne sais qui a trouvé cette invention et ne crois pas qu'il y en ait d'exemple. Du reste la déclaration de la faculté sur les libertés servira de monument. Vous avez vu par l'exlrait de la tbèse qu'on en a bien retranché dans les marges.
Il a paru d'autres remontrances faites par M. Tévèque de Bayeux en 172V, et qu'il n'avoit point voulu montrer de son vivant ; on n'a pas voulu laisser perdre cetouvrage, qui étoit assez bien fait pour le temps, et qui sent la plume de M. retil-Pied, hors qu'il a été placer là niai à propos la généalogie de la maison de Lorraine, et je sais bU*n cpielqu'un qui m'a dit qu'il n'y avoit qu'un prêtre qui pût dire cela. I^es Mouvelles ecclésiastiques vont toujours et ont donné un vilain coup de patte à M. l'évêque de Lcctoure, qui s'est avisé de faire une troisième acceptation, et on dit que c'est pour avoir des indulgences de l'affaire rpi'il a eue avec M. Duguay-Trouin f"t (pii l'a fait renvoyer dans son diocèse. Or cette affaire étoit une galanterie que tout le monde sait et (pii mérite bien indulgence.
LKTTRR \XXir. 143
Lettre XXX II.
A Paris, ce 3 juillet 1730.
J'ai vu la Vie de Mahomet par M. de Boulainvilliers, imprimée à Londres. C'est un livre étonnant et qu'il faut avoir. Je ne serois pas surpris qu'on le traduise en arabe et qu'il soit imprimé à Constantinople de l'imprimerie du Grand-Seigneur. On y trouve une critique de la religion chrétienne. Mahomet y est un vrai prophète envoyé de Dieu pour la réformer et pour bannir toutes les opinions doctorales, et tout cela est écrit avec une noble assurance, une métaphysique déiste ou spinoziste et une morale du droit naturel qui n'a pu passer que par la tète d'un homme aussi singulier. Le style en est très-beau , et il me l'avoit fait lire de son vivant ; j'en avois mémefait un Abrégé dans le journal que vous savez en 1721 et j'ai trouvé mon extrait bon ; cela ne va que jusqu'à la cinquième année de l'hégire, mais quelqu'un la ilnit qui n'a mis que des faits sans reflexion et qui traite de prétendu prophète celui qui dans les deux premières parties est traité comme un vrai prophète. Jusque-là que la défaite des Perses par les Uomains, arrivée en 625, avoit été prédite dès 615 dans l'Alcoran comme devant arriver dans dix ans, et M. de Boulainvilliers s'attache fort à vérifier ce fait dans l'histoire. Les Anglois auront été charmés d'imprimer ce livre ; il me paroit très-pernicieux, quoicpie visionnaire dans la plus grande partie, et il faut l'avoir dans sa bibliothèque avec une note de détestation. J'ai dit en riant que le Grand-Seignenr par reconnoissance devoit faire enlever M"" de Hieux. et la mettre dans le sérail comme la plus grande sultane.
J'ai continué de visiter la nouvelle édition (h; Havle. L'article de David entier est à la fin du deuxième tome. Dans l'article du président Coifjnard, on y a rempli une ci-
\44 COI\RFSPONDANCE INI^:D1TF.
latii>n tirée du P. (iretser, et à la lin du (jualriônio sont les notes de M. Tabbé Tricaud s»ir le Moreri de 170i avec une préface très-jolie et très-vive de M. Bayle, qui y maltraite assez M. le niaivclial de Villeroi sans le noninior, et d'autres notes aussi fort eu rieuses (grainnialieales sur celles de Tabbô, à quoi Desniaizeau.x, qui veut toujours mettre son nez partout, a ajouté de nouvelles observations de sa faeon. Cela contient 30 pages, et si on faisoit l)i(in à Genève, on feroit imprinier à pai t tout ce qui est de nouveau dans celte édition ; elle est fort commode pour Tordre où tout est rangé sous chaque article. Il y a peu de fautes, mais le papier n'est pas beau.
Je ne puis avoir Tinstruction de M. de la. Porte. On me doit donner le seul exemplaire qui soit à Paris, et je pourrai vous l'envoyer afin (jue vous le lisiez et le fassiez copier si vous voulez.
Il court aujourd'hui un bruit à Paris, que M. le marquis d'Alincourt s'est battu avec un capitaine de son régiment, et que le manjuis a été dangereusement blessé; cependant j'ai dîné aujourd'hui avec gens qui lui appartiennent de près, qui n'en ont aucune nouvelle.
Vollaire est revenu de Plondiières avec M. le duc de Richelieu. Je souhaite que M"" la présidente Bouhier en soit revenue en bonne santé.
Lettre A*\ A7//^
A Pan», rr. I '. Jmllrl «75fl.
Kiifin, Monsieur, nousavonsun Pape, (jui est le cardinal Corradini, deSezza, Ktats du Pape, de la création de 1712 de Clément XI, et par consécjuent grand ami de la Constilulion. Voil;\ noscardinaux cpii vontse n-melln; bien vite en chemin, et qui vord apporter de belhs relations (Ij.
(l l^Mih fr r(^|x>n<l, le î?? jui'.lel. • Vnirc noiucllr lU' Co:ra«lil»l, Mon inir,
LETTRE XXXIIF. 1^5
J'ai reçu des nouvelles de M. Desmaizeaux, qui vous envoie la Vie de Bayle et qui vous prie d'y faire vos remarques; dès que je l'aurai reçue, je vous l'enverrai. 11 me marque aussi qu'il s'est trompé sur les Anùqmlés de ChisuU : on ne les vend qu'une guinée et non pas deux. C'est un in-folio de 22'i. pages : il dit qu'il les fera passer en France si vous voulez; voyez ce que vous voulez que je lui mande. La Vie de Mahomet se vend cinq schellings qui est le prix de la souscription. Nous avons dit de ce livre tout ce qu'il en faut dire.
M. d'Alincourt se porte bien. M. le duc de Retz n'y a point été : je l'ai vu tous les jours à Paris dans sa famille. Cela apprendra à MM. les colonels — que le maréchal de Villars appelle colonneaux — àêtre plus sages. Le maréchal de Villeroy, qui a été malade à la mort, en est revenu et se porte bien. Il veut vivre plus que son père, qui est mort à quatre-vingt-quatorze ans, et c'est une bonne résolution, s'il la peut mettre à lin.
Les Nouvelles ecclésiastiques n'ont point encore parlé de votre enregistrement de la Déclaration. Il y a dans les dernières un plaisant interrogatoire fait à Lyon à un homme qui a dit que le cardinal /)a.sseroi7, et il en est convenu. On voit une Suite de l'histoire de la Constitution pendant les années Mil, 1718 et 1719; cela est en deux volumes in-l*2, et le premier tome étoit in-quarto. L'écrivain écrit bien, n'est pas fort partial et apprend bien des faits que l'on ne savoit pas, jusqu'à dire qu'il y eut une négociation avec le pape Clément XI, qui demandoitde l'argent pour donner des explications; c'est bien cette fois-là qu'on peut dire : Auri sacra famés.
Le procès criminel des tétons pris, qui a déjà été dans
'< n'est pas tout à fait vraie. C'est Corsini, que nous avon^ puiir |)af)e depui<i " le !2 lie ce mois, suivant le^ lettres qui nous sont venins de I.yoti, Mais " c'est un homme «le soix.inle dix-liuit ans. Au>si ce nV>t pas liop la peine « que nos cardinaux reviennent; le pape est Florenliii, el homme de beaucoup « d'esprit, à ce qu'ondit. •■
146 CORUKSPONDANCE INKDITK.
trois juridictions souveraines est bien sinLjulior; le Présitlont preneur est le présitlenl de Folleville, qui a eu bien d'autres aventures, qui danse très-bien et qui a voulu danser i\rOpéra (1). A propos d'Opéra, le juifDulys, qui tUoit amoureux de la Pellissier, se plaint qu'elle lui a volé pour iO.OOOécus de diamants (-2). On dit qu'il a mis dans ses intérêts le curé de Saint-Sulpice, à qui il a promis de donner pour son bAtimont la moitié de ce qui reviendroit de cette Ijoui-suite. L'affaire a déjà été devant M. Hérault, qui n'en a point voulu connoitre, la Pellissier ayant présenté un écrit par lequel le juif a promis de ne lui rien demander de ce qu'il lui avoit donné. On est allé au lieutenantcivil, qui a permis de revendiquer les diamants. Voilà une belle cause entre un juif et unechrétienne, etsi lesgensdu Roi vouloient l'approfondir, où n'iroit-elle pas? Mais ils n'en feront rien et personne ne sera brùlé.
En voici d'une autre. La Lambert est grosse (3), et M'"' de
(1) ïk)uliier avait écrit, le 4 juillet : « Le Roi nous a renvoyé un procès cri-
• roinel a&M.'z singulier, entre un président et un conseiller des requêtes de
■ Rourn qui ont pris quenlle dans un caf«' pour des telons pris à une fille
• p.ir le président, qji'on dit (pii a soixaiilf-dix mis. Ils S(; sont tloniit' des
• coups de |K)ing et l'on dit qu'il y a inëaie eu un appel pour duel. Cela va
• nous fort divertir. Le rapporteur, (pii a vu la procédure du parlement de
• Rourn, m'a dit qu'elle ^toil djs plus exliaordinaires. Il est triste <pie des
• magistrats fassent ainsi éclater leur turpitude. »
1^22 juillet, il .ijoute : « Le piéNidentde Folleville est ici depuis huit jours.
• Oh ! le plaisant original ! C'est un homme de soixante (|iiin/c ans, cpii est fou
• comme s'il n'en avoit que vingt. Le priinier compliment qu'il lit à notre
■ premier pnsidf'nl eloil un passage latin tiré «lu Cauthine des cnntitjues.
• Au lieu de parler de '«on {»rocès, il parlr<le sc.^ m:dlie>ses. Il dit qu'outre une
- demoiselle de condition, qu'il aime per Vonore, il a 5 ou r. grisetles qu'il
- entreln-nl «n rliainhrc. Je ni'im.e^in»- qu'M ne sortira pas d'ici »an< nous don-
• ner quelque pljisantc scène. Si cela est, vous en hcre/. légalé »t vou*. en rr-
• galerrt Vf>« nymphe» de Passy. Mai* que vous êtes heureux d'entendre louteu
• leur* genlillrsses ! »
(î; • Ce M'foit grand dommage pour les rieur*, si l'affaire du inif et de la
• Pel!i»fti«fralloit H'accomnKMiir. Klle déliuic as#ex joliment
(S; ■ J'ai ri À pâmer de la gfOsM-sf.e de la LainlH-rl, «l di- ce qu'a <ld sur
• cela «a Ininne amie. Mai* »avez-vou< bien que pendant «prelles «toient a
• Ve^oul, ellr^ avoit nt avec elle* je ne mIh qu»'IU' iM-tilc fille qu'elles avoient
LKTTRK XXXIIP. 147
Listenoy soutient que si elle l'est, cène peut être que d'elle ; cette voie de faire des enfants étoit bonne au pays de Fadeur. Cette aventure sur ou contre -naturelle va bien faire dire des sottises aux femmes. M"'° de Nassau a eu querelle avec M. de Longaunay, son ami; elle lui a donné un soufflet ; il a dit qu'un soufflet de femme ne se rendoit point. — Et qui vous a dit que j'étois femme? — C'est moi-même qui le sais bien et n'en saurois douter. — Vous me direz, Monsieur, où avez- vous appris toutes ces gentillesses ? — Où ? à Passy, où j'ai vu i>r'= de Phalaris, M"" de iMonasterolles et M""^ de Fresnoy, fille de votre intendant de Franche-Comté, qui prennent des eaux et en disent des plus belles. — Mais entre nous, s'il vous plait.
Ne vous a-t-on point mandé l'édition des Contes du comte Antoine Hamilton, dont il y a déjà trois volumes? cela est plein de feu, de folies, d'allégories et de libertinage, imprimé avec privilège. Une petite fille s'échappe de chez son père, qui ne veut pas qu'elle voie des hommes. Un petit garçon s'échappe de même, parce qu'on ne veut pas qu'il voie des femmes; ils se rencontrent, et trouvent bientôt ce qu'ils sont et l'éprouvent. Un génie entretient une belle femme qu'il montre toute nue à un étranger dans une armoire de glace : l'étranger casse Tarmoire, trompeté génie, la femme le trompe aussi jusqu'à cent fois, et il y a des contes à mettre dans les immortelles archives du sexe. Je ne croyois pas ce M.d'Haniiltonsi fou. On promet deux tomes de ses OEnvres mêlées; je ne crois pas qu'on y mette l'ode qu'il fit contre cette demoiselle de la cour, qui épousa le duc de Crament et qui est encore vivante; je l'ai quehpie part, c'est-à-dire que vous l'aurez si vous voulez ; on s'arrache ces Contes
« accoiilumée à dire papa à Tune et jnaman à l'autre? La grossesse il'aii- • jtinrd'Iiiii n'est doue (ju'iine second»! ;^rossL'^^o. J'ai ri aussi du soufil»-! (|u'a " «louué Mme <le Nassau, cl cola m'a f.iit souvenir du mol : « AiiKnifiiim " ira atnoris irdiniegi'atio est ».
MS CORRESPONDANCE INI^IDITE.
dans Paris et on les va l)ion lire à Compit'iine. il parle de Têlèmaque dans des vers (jui sont au eonmiencenient d'un dos tomes, et il dit :
1^1 vogue qu'il eut dura peu, Et las de ne pouvoir roM)preiidre, Les mystères qu'il met en jeu, Ou courut au Palais les rendre.
Et l'on s'empressa de reprendre Le Hameau iCor et l Oiseau bleu.
Il appelle M. de Cand)ray ce Docteur inslruit de riiumaine faiblesse, etc. Je ne suis pas de son avis sur tout cela, et, je crois, ni vous non plus. On vient de réimprimer le Télémaque in-quarto Pend;int que je suis sur les fables, on vient d'imprimer en Hollande celles de La Fontaine en un beau petit caractère très-net et en un seul volume propre à mettre dans la poche; ils en devroient l'aire autant des contes.
Hevenons du pays des contes et des fables, car il est ridicule de finir ainsi une lettre qui commence par l'exaltation d'un Pape. Le P. du (berceau est mort subitement à la suite de M"" la princesse de Conti ; et je ne veux pas même me souvenir de ses vers pour ne pas rentrer doù je sors (2).
M. Mars, avocat au Conseil, est aussi mort subitement, et c'est une perte. En ce moment, j'ni)prends (|ue M. Lair, curé de S<'iiiit-I{arlli«';lemy et du i^alais, est interdit, même
(I; Iloiiliier répond, \t: 77. jnillt'l : ■ Jp n'avois point mtcndii pailor «its
■ Conlrs ilii roiiitc Anloiiu* llarniiton. Jr l'ai cooin, il y a hieii <lr.s aiUK'cs, > ciiez iinr «le n<M amic^ cominiinc'i, qui .ivoit Incn de l'eftprit. Celoit In
• pauvre roinlr)(M> (le la Molle. Mcii;:ron. Kllc m'a fait voir pliiHiciUA <)«> ses
• ouvraf^Pfl. Mai» Jir n'ai \u aiii nri \f\\v de lui. 1.1 .siirrcipitr j'ui vu «ii* .si'H
• piiéitim, ellc^i avoirnt plun de racililt^ «pur lii; vt-rilaldPH lieaiiléM. (''est Ini (pii
■ avoil fait la Vin du rointe dr (intiiinnf,t\uc \oiih ave/, viu* sans doute. Jr - ne ronnoift | an mhi nâr rontrf la iluchcKNn di'(iiaiiionl. Si vous la Iroiivc/,
• vou» me (fTi't plaifcir tU' m'en faire pari, i»
(2) • t"»l a Tour» »juV»i mort le P.du C'îrceaii, autre diseur de hajçatelles;
• Mn% ta rolKT, doua aurions lii^n dcA contes. »
de dire la messe ; il ne la disoit pas comme un autre, à ce que l'on dit. Je vous fais mon compliment sur le retour en bonne santé de M™* la présidente Bouhier. Nous n'aurons point V Histoire du roi de Suède par Voltaire , pour raisons politiques. Je n'ai pas vu le Cid de Rousseau.
La pauvre M""^ Berthelot est morte après avoir bien souffert.
Le chapitre de Notre-Dame n'est point venu à Saint- Barthélémy le jour de la fête de saint Barthélémy, suivant l'usage, parce qu'il ne veut pas reconnoitre le curé interdit ni l'arrêt de défenses.
Lettre XXX IV'.
A Paris, ce 20 juillet 4730.
Le pape que j'avois fait, Monsieur, ne l'est point. La nouvelle est venue aujourd'hui que c'est le cardinal Corsini, Florentin, qui a été élu, et son autorité pourra bien influer sur les affaires de Toscane, qui intéressent aujourd'hui toute l'Europe; il est né le 8 avril 1052 et est en sa soixante-dix-neuvième année.
M. le maréchal de Villeroy est mort le 18 de ce mois à une heure après-midi. M. le duc d'Alincourt, son petitfils, est à Paris et n'est arrivé qu'après sa mort. Quoique le fait soit certain qu'il n'y a point eu de duel, il y a toujours beaucoup d'incrédules.
Je ne sais si vous avez entendu parler de la secte des Xon-conforwisles (jui s'est élevée en Hollande. Pour épargner le bois (pii est cher en ce pays-là, on les met deux à deux dans des sacs et oi) les jette ;\ la inov ; il y en a déjà huit ou neuf cents d'expédiés. J'ai vu une lettre de Rousseau sur cette punition, où il dit qu'il n'y aura bientôt plus en Hollande que des femmes et des grenouilles. 11 faut que vous ayez copie de cette lellre, (pii est à garder pour l'époque singulière de cette non-conformité
lôo i:oiuu:srOiM)A>CK lm:i)hi:.
bataviqiie. Je vous l'enverrai au premier jour avec une loi de Gènes sur ce crime.
On plaide une cause de simonie pour un avocat de nouvelle inscription, contre M. l'abbé liaudry. Le fils de M. le Koy, qui a été nommé pour plaider cette cause, a parlé de l'arrêt rendu sur la contidence contre M. d'Kmbrun , qu'il a toujours appelé l'abbé Tencin, et a montré que sa cause éloit en plus forts termes.
M. le cardinal ministre a écrit à M. le premier président pour en faire remontrances à ce jeune avocat , (jui a dit au premier président que cela étoit de sa cause et qu'il croyoit n'avoir rien fait contre son devoir : le concile d'Embrun, qui semble avoir rejeté cette confidence, n'étant pas plus fort que l'arrêt qui l'a jugée. On dit que le Clergé qui est assenddé va donner une requête pour demander la réparation de cette plaidoirie et la suppression d'un Mémoire où il est encore parlé de ] abbé Tendu. On n'auroit jamais cru que cette affaire eût tant de l)rancbos.
Le l*arlemenl a donné plusieurs arrêts de défenses à des curés d'Amiens et d'Orléans, (jui étoient poursuivis contre les termes mêmes de la dernière déclaration, et j\ l'égard du curé do Paris interdit, il y a eu arrêt de la Tournelle quia ordonné que les informations seroicnt apportées ; mais le greffier a dit qu'il les avoit remises à M. rarclievê(jue, et l'archevêcpie au cardinal. Je ne crois pasrpron aille exécuter cet arrêt àCoinpiègne, et il pourroil bien y avoir arrêt d'évocation. Voilà des affaires jusqu'à la fin du inonde et des écrits sans lin ; il parolt » ncore aujourd'hui une seconde lettre k iM. de Soissons (|ni est de l'année 1723, sur les promehses de lÉglisc. Ot ouvrage est d'un très-bel esprit, qui établit de grands principes, mais en regardant de près il favorise beaucoup les pyrrboniens, cl cela mérite d'être lu et distingué des écrits répétés des jansénistes. C'est un in V" de 5'» pages. M. (.rr»v en est auteur.
LETTRE XXXV*. 15 i
On m'a assuré que le quatrième tome des OEnvres de Bayle est fini et que nous Talions avoir. Ua libraire de Paris, qui a fait venir la dernière édition du Dictionnaire, va faire réimprinier à part ce qui y a été ajouté; il a même fait faire une estampe de Bayle. Il s'appelle Kollin. Je vous ai écrit sur la Vi€, je ne l'ai pas encore reçue. Je vous ai envoyé par le sieur Martin mes Mémoires sur les donations aux enfants d'un des conjoints, et vous prie d'en remettre un à M. Fleuttelol. Les Nouvelles ecclésiastiques n'ont point encore parlé de ce qu'a fait votre Parlement. Il y en a à présent deux fois la semaine, et la source en est toujours inconnue.
Épiiaphe du Père du Cerceau.
Ci-gît le Père du Cerceau,
Prétendu singe de Rousseau.
La province prétend les mettre côte à côte. H fit tout ce qu'il put pour paraître amusant ;
Après tout, ce n'est pas sa faute S'il ne put parvenir à devenir plaisant.
Lettre XXXV\
A Paris, ce 2û juillet 1730.
Loi de Yintimiglia.
Contra naluram luxuriantes ifjnc ultore e terra viventium ejiciantur, ni^i hcvc fecerint sanitatis causa, qua casu pœna plectentur solidorum duodecim , interdwn exeanl et republica tanquam faslidiosi.
On traduit ce dernier mot par dégoûtés.
Voilà, Monsieur, ce que je vous avois promis, et une autre fois vous aurez la Lettre de Housseau si vous la voulez. Cela vient bien à propos de l'affaire du prince de Ligne, qui a été arrêté pour même fait et mené au château de Doulens par ordre du Roi. Il avoit épousé M"* de
us CORRKSPO.NDANCR I.NKniTK.
Mézii^res, il n*a pas reçu beaucoup d'argent des effets anglois qu'on lui avoit donnés en dot ; il s'est tourné d'un autre côté ; les dames ont fait les diables; elles l'ont fait suivre et surprendre dans un vilain cabaret i\ Paris, avec quatre ou cinq de ses mignons, et le voilà en lieu d'où il ne sortira point. Tanqunm fastidiosus.
ÏAi président de FoUeville est bien fou; oh! certainement, il ne sortira point de Dijon qu'il n'ait quelque nouvelle affaire, et je prévois qu'il ira dans lous les Parlements conter ses histoires et ses maîtresses. Il y a une affaire, à Houen , du neveu deiM. de la Mésangérc, jeune homme assez bien fait, troisième cadet sans beaucoup de bien, qui a trouvé une jeune veuve de vingt-cinq ans, aimable, riche et de bon nom, où il s'est attaché, et elle à lui. Ils ont fait un contrat de mariage et ils s'en sont allés à la Mésangère, terre auprès de Rouen, en attendant la cérémonie. La veuve a une mère qui est Carmélite et deux autres sœurs mariées. Ces deux sœurs ont formé opposition aux bans et on va plaider. La dame s'appelle M"' de Bailleul. Voilà encore une belle scène. J'en suis fâché pour nos amis. Mais l'affaire est engagée et il la faut suivre.
J'aime bien .M. de Langres en page. 11 a bien fait d'autres tours, dans la dernière visite (pi'il vient de faire.
Le curé de Paris interdit a donné un mémoire où il convient assez des omissions dans le service divin, mais il dit (pi'elles sont involontaires. J(; ne sais s'il ne mérite pas plus l'interdiction cpie l'interdit. Il répond A ce qu'on lui objecte qu'il a renvoyé hi^ecch'siaslifjucs ii lui adressés par M. l'archevêque, qu'il le peut, parce (pi'ils n'y peuvent venir nisi de consensu pasloris. I^es d<;ux chambres sont assemblées aujourd'hui pour savoir si on lui donnera des défenses.
Je croyois que vous saviez l'affainî de madame de llochechouarl, autrefois M"' de Saint-Luc; Madame d'IIauteforl étoit sa tante, et elle en espéroU une grosse succès-
LETTRE XXXVF. 163
sion , mais la tante a trompé la nièce et a fait un testament parlequel elle a institué légataire universelle M"^ de Choiseul , sa bonne amie. Et en cas de mort sans enfant, ce qui est arrivé, elle lui a substitué, pour la terre de Pompadour, M. le prince de Conti et ses enfants mâles, et pour la terre de Treignac, M. le comte d'Aubeterre. iM'"*^ de Uocheclîouart a trouvé un ancien testament de 1587 d'un Louis de Pompadour, et a prétendu que ces terres étoient substituées; on a plaidé aux requêtes du Palais et on a jugé qu'il n'y avoit point de substitution. Il y a appel. On a fait des mémoires en cause principale. Voilà, Monsieur, toute Ténigme expliquée.
On m'adonne les Fables de Phèdre imprimées avec les sentences, de Publius Si/rus, en petits et très-petits caractères, de l'impression du Louvre. C'est une vraie curiosité typographique.
On appelle cela, dans la Pré/'ace, Regale typographeium.
Lettre XXXVP.
A Paris, ce 3 août 1730.
J'arrive du Palais, Monsieur, je reçois votre lettre et j'y réponds sur-le-champ. Le Parlement vient de rendre en ce moment un arrêt immortel. Le Févre (mauvais avocat), déclaré non recevable en son dévolu, et condamné en l'amende de l'appel comme d'abus. Fraisant droit, sur les conclusions du procureur général : Tous les bénéfices de l'abbé P>audry déclarés vacants et impétrablos. Vous noterez que M. Gilbert, avocat général, iTavoit conclu (ju'à déclarer vacant le bénéfice contentieux, mais comme c'étoit déclarer qu'il y avoit simonie, la Chaïubre (qui est la troisième), a ajouté la peine canoni(jue entière de ce crime et n'a pas voulu entrer dans la discussion de la grande et de la petite simonie (jue M. Gilbert avoit faite. Voilà une vigueur noble et généreuse du l'arlement
tôA c:ORKKSl'OM)ANCK KNKDITR.
conlro un de ses propres membres et même coulre deux; car l'abbé Baudry a un frère conseiller aux reciuétes du Palais. On est déjà sur le chemin de Compiégne, pour demander l'abbaye de Saint Fuscien, et on court les autres bénélices. O^ït'lle honte pour celte t'amille et (juel désespoir pourM. l'abbé de Lorancbet, conseiller de la Grand'dhambre, chanoine de Notre-Dame et oncle des Baudry ? Je ne sais ce que va devenir cet abbé Baudry : le Parlement ne le voudra pas souffrir, il ne sera plus souffert dans les troupes s'il peut y entrer. Entin voilà des gens absolument déshonorés. Le dévolutaire, avocat depuis peu, que j'ai vu précepteur chez M'"*^ de Saint-Sulpice et qui la . trahissoit, va être chassé de noire corps et il n'y devoit pas entrer. 11 y a fait une assez bonne pièce en finissant. H avoit fait d'abord une consultation sous le nom de I*ierre et de Jacques et ({ui a été signée des plus célèbres avocats. Quand ils ont vucjue c'étoit un de leurs confrères qui étoit le dévolulaire et que cela regardoit l'abbé Baudry, ils ont rétracté leur consultation, fondée sur ce qu'on les avoit trompés en plusieurs faits^ qu'ilsont expliqués au long. C'est contre cette rétractation (ju'il a fait son dernier écrit, qui n'est pas mal fait et où il attacjuc tous nos grands canonistes, qui avoient d'abord conclu pour la simonie, i)uis contre la simonie, et qui sont renvoyés par l'arrêt à leur premier avis. Voyez quel eiKîhainement il y a eu dans celte affaire et comment elle linit ; h' père, la mère, les enfants, les parents, tout doit être au désespoir.
Le Parlement a donné arrêt de défenses contre le curé interdit, et aveccetarrèf, en vertu de l'article quarante de l'édit de 1095, il est rentré dans ses fonctions, a célébré la grande messe dimanche dernier et confessé cl communié toute sa paroisse, comme un jour de Pj\(jues. Tout nuroit bien été sans rpie son prédicateur demeura court , mais la joie élouffoit les paroles. Lefpi.irtier étoit assemblé comme à une procession générale, et imaginez-
LtïTRE XXX Vir. lèd
vous que tout cela se passoit dans le voisinage de l'archevêché. Le curé s'appelle Lair et on fait une chanson contre l'official sur Pair 1ère lan 1ère, etc. M. le comte du Luc a perdu l'appétit de toute cette belle besogne-là et s'en plaint.
Je ne connois la loi de Vinlimiglia que par la copie qu'en a envoyée Rousseau avec sa lettre. Il faudroit savoir de lui où il l'a prise, mais je n'ai et neveux point avoir de commerce avec lui. Je lui ferai écrire par M. de Lassevé, qui a reçu cette lettre de non-conformité. Les États-Généraux ne se cachent plus de cette affaire, puisqu'ils en viennent de faire un placard annoncé dans leur GazetlCj où la peine de mort est prononcée pour ce crime contre toute personne sans distinction.
L'affaire du prince de Ligne étoit si abominable de toutes façons, qu'on a trouvé à propos de l'accommoder. C'est M. de Broglie qui en est venu à bout; le mari et la femme sont remis ensemble, ils feront apparemment tous deux ce qu'il leur plaira, sans se rien reprocher, et il n'y aura personne de brûlé ni de noyé. Ce traité de paix n'étoit pas aisé à conclure.
Letlre XXXV It\
A Paris, ce 15 aoûl IT.'O.
On a mis trois imprimeurs au carcan , pour les Nouvelles Kcclésiasliques; mais au lieu de cesser, elles sont plus fré(juentes, et il faut voir comme le P. Touriicminc y est accommodé. Ils y ont mis une longue relation de ce qui s'est fait à votre Parlement au sujet de la Déclaïation, et il y a bien des personnes nommées. Le fait du bénéfice accordé depuis renregistremenl n'y a pas été, et j'en suis bien aise pour M. Fleuttelot (pii y prenoit intérêt.
L'abbé Chérier (autrement ditPassard, quiapprouvc et
156 CORIIKSPONDANCK INfr'DITK.
fail passer toutes leschansons de Pont-Neiifct autres choses
pareilles, et qui a 800 livres de pension pour cela) a eu par
son induit le Prieuré de Conty, jugé vacant par Tarrét. Si le
Uoidonnoil l'abbaye de Saiut-/M(.sr/eM, ceseroit un moyen
contre la cassation, et ai^pareninienl il n'y nommera pas
sitl^t |X)ur ne pas exécuter l'arrêt. Le Roi ne la pourroit-
il pas donner à la charge de la cassation? C'est une
question que le Concordat et les glossateurs n'ont pas
prévue.
L'accommodement du prince de Ligne n'a pasété jusqu'à
remettre les conjoints ensemble; il est seulement sorti de prison, mais on se plaint de la belle-mère qui a marié ses deux filles avec les mêmes effets, qui a fait donner une quittance de la dot (pioique non payée, et qui avoit donné une contre-lettre qu'on avoit voulu rattraper au milieu du tumulte de la lettre de cachet et de la prison ; mais elle est en sûreté, et si cela vient en justice nous allons voir de beaux Mémoires. On dit un mot de madame de Chambonas, qui se trouvoit avec son frère lorsque Duval lui porta la lettre de cachet. Le princelui dit qu'il l'alloil suivre et obéir. Duval dit qu'il n'avoit point d'ordre de le mener. Comment (dit la dame), est-ce que la chaise de M. de Maurepas n'est pas là pour le conduire? Cette malice pourra lui être rendne en son tenq)s. La princesse de Ligne s'est adressée au prince d'Klbd'uf (pii est en Provence, frèreduducd'Klbd-uf, pour se joindre : elle n'a point parlé aux autres princes lorrains, parents de son mari et personne n'a renmé. Il y a rpiclqu»' bruit <pie M. de Moivico veut épouser M'" d'Usez. On court après pour l'enipècher de la part de M. et de madaine de Vaientinois, qui s'y seront peul-èlrc pris trop tard, et le mari, qui est un peu trop Matignon, pourra bien le redevenir.
Je me suis tué ù travaillera un diable (!<• procès criminel p^jur des gens (pie je n'ai pu nluser ; cela m\i fatigué, bon* quelques traits de sentiment et de goût cpii me
LETTRE XXXVIir. 157
sont venus. je ne sais comment dans une matière trèssèche, et que j'ai mis pour vous faire lire l'ouvrage. Je ne vous l'enverrai pas; on l'imprime.
J'ai soupe depuis quelques jours avec M. l'abbé Du Bos chez iM""' la duchesse de Gèvres, qui est une dame qui se connoit bien au simple, au naturel, aux grâces, età tout ce que nous aimons (1). Elle sait toutes lesbonnes choses et il n'y parolt p^int. Nous n'en parlons presque qu'à l'oreille et elle dit toujours ce que je vais dire. J'ai appris la mort de l'évéque d'Angers qui devoit faire sa propre oraison avant de mourir. On dit que Silva, médecin, se présente pour l'Académie, et voilà du fin moderne. Je plains le pauvre M. de Folleville, accusé à son ûge d'avoir pris des tétons, et accusé en forme, jusqu'à être interrogé. Hors de Cour. Hors de Cour.
La reine est prête d'accoucher; le Roi revient dimanche de Compiègne. Les ministres seront ici demain ou après demain. On va faire l'opération de la fistule à notre archevêque.
Lettre XX XVII P.
A Paris, ce 20 août l".">0.
J'ai remis, Monsieur, au sieur Martin un exemplaire de la Vie de Bayle, que j\\i reçue d'Angleterre et que M. Desmaizeaux vous envoie; il vous prie de lui en dire
(I) Bouliierr«^pontJ,le22aoni :" La duchesse de Gèvres, dont vous me parle/, « est appareminnit celle qui avoit épousé le vieux duc, grand -père de votre n goiivfrruMir (i'.iujoiinrinii. Jt* ne l'avois pas ouï nietlrc au ran;^ dos be.iiu
• esprit^. Mais il uw >fcniljk' (prelle avoil de Irès-heaux >eu\. C'esl elle, je «« pense, à qui le vieux duc sou mari crioil, le soir de ses notrs, en se faisant
• poilcr à rpialre dans son lil : Ma c/iôre, je vole à vous ! Ce (pi'rlle a «lit t sur r»'U M. d'An^LTS e>t fort joli. On ne m'avoil poiul uiaudo queSiha iùl « nu faug des pit'lrndanls a la place vacante de TAcadcmie. iJepuis M. de « la Chambre, je crois qu'elle n'avoil point eu de métiecin. «
tSS CORnKSPOMUNCR INI^'.DITK.
voire avis. Je l'ai relue; il y ii bien des choses curieuses; elle n'est pas mal écrite, et s'il ne s'étoil pas embarrassé à faire l'apologie de ['Avis aux réfugiés, (|ui en est plutôt une satire, et à alloni:er de certaines disputes philosophiques qu'il pouvoit renvoyer aux ouvrages qui en parlent, cette Vie seroit assez bonne.
J'ai remis aussi votre manuscrit au môme sieur Martin, qui doit vous le renvoyer.
Vous avez jugé le président Normand à la rigueur (1) : si cela ne le corrige pas, il doit être bien incorrigible. M. Patru dit quelque part, pour la consolation des vieillards, qu'on a toujours bonne grâce de faire l'amour, quand on y est heureux; mais celui-ci ne Test pas.
M""' de Mézière vient d'éprouver le sort de la mauvaise réputation. Klle a perdu son procès conire M. de Joyeuse, sur la requête civile qu'il avoit prise contre l'arrêt de la 3* qui le condamnoit par corps, comme slellionnaire (l'arrêt ne portoit point ce terme), à racheter une rente de 8,000 fr. ; un mois plus tutelle l'auroit peut-être gagné; mais cette dernière affaire, menée par lettre de cachet, a servi d'amplification de requête civile.
La duchesse deGesvres est celle dont vous parlez; elle a toujours ses beaux yeux et toujours quehju'un qui les aime; elle est très-loin du bel esprit, mais tiès-prês du bon et en juge très-bien. La Fontaine est son grand ami; elle lisoit hier des lettres de Ninon dans Saint-Kvremont, et les admiroit; ses soupers sont bons, et entre peu d'amis.
dl Ik)iiliier (Vrit, !«• ?2 .lonl. ■ .N.,ii, n'avons (ms rU- si in<liil;iruU <|(H'
• vous |ioiir Ir \tti<u\p.ut Normaml. Nous l'a^onn roiiilaiiiii(^ m ({iiatrc mois
• de prison, apri?* quoi il fera une HatiAraction an conseiller offen«(* cl »era « eiiAiiitf un an Ran» pouvoir w trouvor aux lieux ou il sera, a IVxn'plion
• «hi l'alai*. lia ilé)à r!»^ coinlainiir en ?.ono livu-n «l- iiouuii.-i((r<i il iiitrièls
• «-fivj-r* le coniei lier que le parlcmenl de Houennvoil interdit (lar le dr'crel
■ forl mal k propos, outre d'aulre«i domniagcH »|ue title affaire lui avoil
■ rauv/-« •
LETTRE XXXVIIP. 159
M. Dupré deSaint-Maur^ qui a traduit Milton, à cédé sa prétention à l'Académie à M. Hardion, qui l'a dirigé dans ses études; on y mettra qui on voudra, pourvu que ce ne soit pas M. de Ramsay ni son Cyrus, ni son Discours sur Télémaque ; mais je crains bien que cette superbe angloise ne l'emporte et n'impose à vos confrères.
M. de Fontenelle ne s'attendoit pas à être mêlé dans le démêlé de M. de Montpellier et de M. de Marseille. Le premier vient d'écrire une lettre contre le second sur les prix que les jésuites donnent au collège à Marseille, et M. de Montpellier a découvert qu'ils ont donné pour prix le S*" tome des OEuvres de Fontenelle, où sont les lettres d\i Chevalier (VHer... qu'il ne trouve point du tout chrétiennes (et qu'en effet Fontenelle auroit dû supprimer). Voilà une belle tracasserie et un beau prétexte à ses amis de se faire molinistes s'ils ne l'étoient pas. Il y a encore dans celte lettre une querelle sur Rousseau. M. de Marseille prend parti pour l'édition de Soleure, et M. de Montpellier la trouve mauvaise à mettre entre les mains de la jeunesse, et cite, p. 292, la Liturgie de Cythère. Mais ce qui termine ce débat est bien plus sérieux; c'est le culte de la Chine que M. de Marseille dit avoir été approuvé par Alexandre VII, et M. de Montpellier demande une réparation en forme pour Alexandre VU, et dit qu'il n'en sera pas désavoué à Home. Cela esta lire.
M. l'évêque d'Auxerre vient de publier une grande Lettre au roi sur le bref qui condamne son Mandement contre la Légende. Elle contient \ Histoire de tous les événements arrivés en France par la doctrine ultramontaine sur le temporel des Rois. Dieu sait comme la Ligue y est traitée. Pour la rapprocher, il dit qu'il n'y a que deux rois depuis Henri IV qui en aient été la victime, que peut-être elle n'est pas entièrement éteinte en France, et qu'il y a des esprits prévenus des maximes altramonlaines et même deT Ktaly et aveuglés par un faux zèle de religion, capables de se porter à dr fâcheuses extrémités si l occasion
160 COURFISPONDANCE IM^lDlTi:.
s'en prêsentoit. Ne voil;\-t-il pas un hv\ avis à donner au Roi?
On continue V Uisloire de la (tmslilution: il y en ;i une deuxième partie qui va ùtre bientôt augmentée in-V pour joindre à la première.
11 y a une actrice de TOpéra (ju'on appelle la Conatitution : elle fait parollre une petite sœur rpf on appelle la Légende^ et elle n'a point d'autre nom.
Lettre XXXIW
A Paris, ce 9 septembre 17."»0.
C'est M. llardion qui a la place, Monsieur, et non Uamsay; me voilà content. On dit que cet Écossoissc servit du mot iï obéhsemenl dans une de ses sollicitations, et par ce mot il s'exclut lui-mùme.
Je voudroisque vous eussiez dèjiY la Vie de Bayle par M. Desmaizeaux ; elle vous amusera; vous ne me parlez point de la souscription de M. de Thou et des guinées. Je vous prie de me dire à qui je les remettrai. On ne sait ce qui peut arriver.
M. Bargeton doit vous envoyer deux Mémoires qu'il a faits sur la jurisprudence du rapt en Bretagne, et des tutelles et nominations dans le même [)ays; il n'osoit pas vous les envoyer, mais je lui ai dit que vous les recevriez l»ien. Les États voudroient faire changer ces usages, et voilà de la besogne pour M. le Chancelier qui travaille à des changements. M. Baigeton croit cpie la peine de mort ne regarde que le rapt de violence et non de séduction. Cei>endant je lisois tout à riicure dans les notes de Ihimoulin,au mot Itnpt: Haptus qui fitetiam ex consensu /'ditr aut uxoriiy aut jdii (amilins est vcrus rnptus in paretiles, L unie. ('. de rapiorihus^ nnde in (iallia spreto jure canonico rnptores rapite puniuntur et bene. Je veux montrer celle noie i\ M. Hargeton.
LKTTRE XXXIX^ 161
La pièce de Piron n'est point imprimée. Je vous en ferai une copie. La Dapliné est une jolie personne qui est auprès de M'"* la duchesse de Retz (1).
Le prince de Ligne a donné une requête au Roi contre sa belle-mère. Cette requête est imprimée; il demande d'être renvoyé par devant les juges ordinaires, pour la réparation qu'il poursuit et pour le paiement de la dot. D'un autre côté, on prétend que sa femme va se pourvoir en séparation de corps et de biens.
M*"*^ de Sainte-Maure a obtenu un arrêt qui condamne son mari à lui payer dans une quinzaine 4,000 fr. pour deux quartiers de sa pension de 8,000 fr., sans s'arrêter à la délégation qu'il lui avoit faite sur M. de la Neuville, sinon permis à elle de sortir du couvent el d'aller demeurer dans Tapparlement où elle étoit, rue du Mail.
M""^ de Courchamp a obtenu sa séparation de corps et de biens aux requêtes du Palais; il est ordonné qu'elle se retirera dans un couvent jusqu'à sa majorité; elle a vingt-deux ans passés. Voilà mes deux clientes bien traitées, et cela me donne grande réputation parmi les femmes mécontentes de leurs maris.
J'ai travaillé sur la fin du Palais à une grande affaire criminelle, qui a été jugée, les deux chambres assemblées, le 6 septembre. Cela regarde un M. et M""^ deMaroUes, de la famille de l'abbé, qui éloient prisonniers, bannis de leurs terres, atteints et convaincus par la sentence d'avoir donné ordre de tuer un M. de Mornay et condamnés en de grands dommages et intérêts. L'arrêt met l'accusation hors de cour, et ils ont été élargis sur-le-champ.
(ly Dans sa ItUie du "?.(] auiit 1730, dans une noie, (jui a l'cliappo a i.a d.ili'. au co|)i.«,le, Marais disait : « H paiail une Irés-jolie pietc d'environ 700 vers, « adressé par un poêle à une Daplini'.oùil lui fait une description d'nn piiciirr, " «le la vie tpi'on y mène, Iranfpiille, naturelle, el des a^^nnienls de ntle « camp.igno. Cela esl du i;oùl de Chapelle, en vers «le sepl s)llabes, (|iiel.iues « rimes redoublées; il y a de la (inc galanlerie et des raï^clés. L'auteur est •• M. l'iron, et j'ai découvert la Daphné. ••
te» coKin spo.NDAM i: im.ditk.
Ma ret]ut'le est longue et mal imprimée. A tout hasaril je vous renverrai, et vous y trouverez (jU(»l(|ues traits naturels et des nullités nouvelles au criminel.
Fontenelle devoit s'attendre à ce qui lui arrive, après avoir avoué ses letires, (ju'il devoit sacrifier comme une œuvre de jeunesse. Le Sœclum insipivns ne le touche pas depuis qu'il a approuvé Le Siècle de Louis le Grand.
Il est vrai que la petite tille s^ippelle la Légende^ comme sa sœur s'appelle la Constitution; mais cela ne leur ôte pas leur autre nom.
On vient de me dire que le roi de Sardaigne a abdiqué; il y auraquehjue finesse sous cette abdication. Tous les plénipotentiaires du congrès de Soissons sont rappelés.
La nouvelle de l'abdication du roi de Sardaigne est très-vraie; il se retire à Chambéry ; il a écrit une belle lettre ici à son ambassadeur, et le Roi d'aujourd'hui en a écrit une pour dire qu'il est roi, et continuer rand)assade. Si les souverains sont las des couronneset aiment à devenir parliculiers, nous sommes donc plus heureux qu'eux; cependant c'est une belle chose (jue de commander i\ des hommes. Nous verrons les motifs de l'abdication. On dit que c'est qu'il a envie d'être pape, cl je crois (ju'alors la monarchie de Sicile et les jansénistes auroient beau jeu.
LMtre XL'.
A Pari», ce 21 »0|>trml)rc 17.'5().
Voilà, Monsieur, une mauvaise copie des vers du sieur Piron, mais il sera aisé de la co[>iei'; je l'ai corrigée le mieux que j'ai pu.
On ne se seroit pas imaginé <jue le roi de Sardaigne auroit abdiqué pour se marier; cependant il épou.se ou a épouse M** de Saint Sébastien, qui va lui servir de compagne dons sa solitude. Ordinairement on vou-
droit avoir une couronne pour mettre sur la tête de sa maîtresse : ici c'est le contraire , et les hommes sont bien bizarres. Les politiques veulent qu'il y ait quelque finesse; ce qui est sûr, c'est qu'il ne sera ni pape ni antipape, comme son prédécesseur Félix , et qu'il ne vérifiera point le proverbe de Ripaille, dont Monstrelet a parlé et qui est contredit par d'autres auteurs.
Il y a déjà eu un jugement dans l'affaire de M'"^" de Ligne : il est ordonné qu'elle se retirera dans un couvent , et que son mari lui donnera 6,000 liv. de pension. C'est pendant le jugement de la séparation. Si on discute la dot et la quittance , il y aura de belles choses à dire. Il court une lettre longue , mal écrite et basse de M'"*^ de Mézières à M. le prince de Ligne, de Flandre, du 17 juillet i730 , où elle explique tous les faits qu'elle impute à son gendre, qui sont des faits infâmes et très-mal digérés. Il y a eu une apostille contre M""^ de Chambonas qui s'est mal mariée, avec le fils du sieur écuyer de iM""^ la duchesse du Maine, et qui approuve seule la conduite de son frère. Je n'ai pas encore eu le placetau roi , mais j'ai cette belle lettre, qui est une vraie Espislolaccia. Elle appelle son gendre le prince de Mouy, et mal, car ils n'ont plus Mouy, que M. Crozat a acheté, et ils veulent se confondre aussi avec les Lorrains, dont ils ont pris la livrée et les armes et les ornements, quoiqu'ils ne leur appartiennent que par une Louise de Lorraine que le prince de Ligne ( Florent) a épousée.
L'abbé Nivelle , fils de l'avocat , a été arrêté et mené X la liastille, pour avoir prispartaux affaires de la Constitution. On a aussi découvert une imprimerie dans le faubourg Saint-Marceau, où on imprimoit les ouvrages du métier, mais non pas les NouvcUcs rrrlésiastiqucs ; tout ;i été pris et enlevé, et les jansénistes bi<Mi aflligés. L'abbé Dugué est parti pour la Hollande, où il est arrivé, à ce qu'on dit; il a quatre-vingt-trois ans; il a mieux aimé ce voyage que la prison , et je ne sais si ces gros-
164 CORRESPONDANCE INf.DITE
siei-îj Uollaudois entendront bien sa liello lanijuo. Il tîisoit la messe dans une maison particnlièro , sous une aneienne permission du cardinal de iNoailles, et sans ehapelle ni autel. C'est î\ ce sujet que notre arche vùcjue a donné une ordonnance contre les chapelles particulières, du mois d'août dernier, sans le nommer.
Il est arrivé une sotte aventure à un avocat nommé Ponsi^non. Il eonnoissoit une M'"*^ de Bernay, femme d'un conseiller du parlement qui a été ù la Conciergerie pour stellionat, et qui est acluellement en chambre garnie sur le quai des Augustins. Pendant la prison du mari, il vovoit la femme chez lui sans galanterie , ;\ ce que Ton prétend. La femmo l'a envoyé chercher, il y a quekpies jours, pour souper avec elle ; il y a soupe. Elle lui dit qu'il étoit amoureux d'elle; il s'en défendit; elle voulut gager, et lui dit qu'il n'oseroit coucher avec elle; il s'en défendit encore, mais elle lui mit le bonnet de nuit
de son mari; justement justement le mari entre
avec un garde du corps et le chevalier de Vandeuil , que Ponsignon eonnoissoit. On lui propose ou quelques coups d'épée dans le ventre, ou le fouet; il choisit le fouet, comme de raison ; on lui en donne ;\ tire-larigot jusqu'à le faire évanouir; on l'a fait revenir avec du ratafia, et on le mit dehors bien fouetté. H dit que ce fut avec des baguettes, d'autres disent des verges. Kt voilà l'aventure triste et lamentabh; du pauvre M. Ponsignon , (jui est un homme de quarante ans, marié, et mauvais avocat.
Lettre \Lr .
A P.irii, cc2*»C|(tciubrr I7.'0,
L'adresse de M. I)esinuzeau\ <-.st à .M. I*révcran , premier commis de M. ledui", dcNewcaslle, secrétaire (riilat à Londres, et dessous un couvert •'« }f Pesmaizeaux : voilà m' s omissions réparées.
LETTRK XL^. 105
J'ai vu la sentence des requêtes du Palais rendue dans l'affaire de M. le prince de Ligne. Il n'y a point de demande en séparation. C'est le mari qui demande que sa femme soit tenue de revenir chez lui, et sur sa requête il a été donné sentence en la 2' des Requêtes du Palais, le 15 de ce mois, qui lui permet d'assigner sa femme; cependant que dans trois jours elle sera tenue de se retirer aux Filles de Saint-Thomas dans l'intérieur du couvent, où son mari lui payera G, 000 livres de pension; défense à la supérieure de la laisser sortir sans une permission par écrit du mari, sinon, et faute de satisfaire en trois jours, permis au mari de la retirer de la maison de la dame M""*" de Méziêre sa mère, ou de tout endroit où elle se trouvera, à l'effet de la conduire dans ledit couvent. — Ce sont les termes de la sentence, qui est rendue sur une requête non communiquée, mais qui a pourtant été rapportée en grande connoissance. Les Filles de Saint- Thomas ne veulent pas de la princesse; je ne sais quel ordre on y mettra.
La Lettre du Clergé au Roi parolt, où il demande un concile à Narbonne contre M. de Montpellier; cela répond à la grande Lettre de cet évêque au Roi, mais ce discours est si enflé et si obscur, qu'il y en a la moitié que je ne comprends point ; et comment peut-on dire que Louis XIV n'a rien fait qu'avec circonspection et modération sur la matière du temporel, après Ledit de l()8'2?lly a beaucoup de phrases louches, des parallèles qui n'ont (ju'un membre et qu'il faut deviner, eulin je voudrois que le clergé eût un secrétaire pour faire ses lettres et pour parler au Roi, de manière qu'il entendit ce qu'on lui dit et les autres aussi.
Les captures des imprimeries secrètes n'empêchent point les Nouvelles ecclésiastiques: et il yen a encore une du 30 août, où il se trouve trois lettres du cardinal-ministre.
Les autresécrits vont aussi leur Irain ; il paruil unenou-
IC6 CORKKSro.NDA.NCK IM.DITK.
\c\\c kllre de M. d'Auxorre j\ rasseinl)lée du ClergV; où il parle: 1" de lu lèfjende ; 2" du bref qui a snpjuiiné son mandement; 3" de la Constitution, qu'il dit n'iMie ni loi (!♦' l'Ktal ni de THirlise; V° du refus (ju'on lui t'ait sur son riluel. Ces quatre points st>nt traités avec force et nelleté, et je ne sais pouripioi l'autre partie n'a pas de tels écrivains.
On voit encore une 3* lettre de M. de Montpellier en réponse à la 3' do M. de Marseille ; cela est écrit avec un feu et une élo(juence surprenante ;c^est une apologie en forme de l'auteur de la Morale du Pater y sur le sentiment delà présence réelle, de Messieurs de Port-Koyal ; sur le même sujet, de l'abbé de Saint-Cyran, de M. Arnaud, et vous jueez que M. de Marseille est bien humilié et les autres bien exaltés. C'est une vraie philippique. 11 y a à la fin une pièce non encore imprimée, qui est la Déchiradon du bienheureux Vincent de Paule, faite dans le procès de Saint-Cyran; c'est une pièce curieuse.
11 court un dessin ou esquisse manuscrite d'une estampe qui est la carcasse d'un i\ne refirésentant la Sorbonnc présente. L'invention en est plaisante et satirique et mérite d'être gardée.
On crie dans les rues : L Abdication du duc de Savoie, à un Hardi et ce sont les ramoneurs, ses anciens sujets, qui la crient. Je veux vous l'envoyer.
1^ gouverneur du fils de M. de IVîthunc a été pendu, jugé prévùtalement.
M. l'évèque de (>hàlons (Madot^ avoil un procès au Grand Conseil (pii alloit être ju.i:«'* ; il y a «u iiiu' lettre de cachet pour suspendre le jugement, et voilà le semcsin échn[)pé.
LtTTRt: XLir. ]G7
Lettre XLII\
A Paris, ce 30 septembre l'ôO.
On m'a remis, Monsieur, le paquet pour M. Desmaizeaux, que j'ai décacheté, parce que nous n'avons plus d'ambassadeur d'Angleterre ici, et je l'ai envoyé par la poste à l'adresse que vous savez. Je n'y ai mis qu'un exemplaire du VabaUathus, et j'enverrai les autres par diverses postes. Je vous remercie de celui que vous m'avez envoyé. M. Desmaizeaux va être bien content de votre approbation, et il aura raison. J'ai connu ce M. Dupuy dont vous parlez, qui n'étoit pas un grand docteur et qui avoit acheté plusieurs lettres du neveu de M. Bayle (Bruguières) qui n'étoit pas un grand docteur aussi ; s'ils donnent ces lettres, il y en a de fort curieuses.
J'ai lu la Novelle 12V sur la montre prise parle conseiller de Besançon. C'est une grande douceur de ne point punir le corrupteur, et je n'en vois pas la raison; on punit celui qui corrompt un témoin, et on ne punit pas celui qui corrompt un juge, ou qui y tâche. Voilà une petite horloge bien brùlable à mon avis, mais elle est rendue.
Je n'entends rien dire contre M™*^ la princesse de Ligne la jeune, elle est très-jeune et a été trompée par sa mère, à qui on peut dire: Prudens emisli ri//osiim, hors qu'elle ne l'a pas encore payée. Vous avez raison, ils vont tous se déshonorer.
La découverte que vous avez faite dans le livre latin de i\L de Meaux est bien curieuse. Les appelants, (jui ont tant de gens qui lisent pour eux, devroient bien lire cet endroit, maisilsne manqueront pas de trouver des réponses. Noire ami Bayle, dans \^Continualion des pensées sur les Comètes j a fait de beaux chapitres contre le grand nombre, et je me souviens de lui avoir sur cela écrit une lettre où il ne s'ogissoit pas de religion. Nous n'avons pas encore
IC8 (:o^l\^:sl>o^l>A^CK inéoiti:.
le livre ici. M. Dimin en lit un on 1707 sur la nu*'inc inati^ro, (jue \o Uoi lit imprimer sans nom d'aiitenr ni d'imprimeur, à Paris, sous le titre de la Puiaiiance ecclésiastique et temporelle. Je ne sais ce qu'on peut a jouter ;\ cela ; (|uan(l nous le verrons, nous verrons.
Je eliercherai mes feuilles volantes du Calliolicony et vousen enverrai les titres et les feuilles, afin de faire mentir Ménage et de voir ce bel ouvrage relié.
Nous avons ici do grandes nouvelles politiques, nous ne voyons pas le dessousdes cartes. M. le duc d'Épernon, qui i)aroissoit aller A toutes et qu'on désignoit déjà pour colonel du régiment des gardes, estexilé à Bellegarde; les bonnes gens do Paris disent i\ Belgrade (il n'y a qu'une lettre de dérangée comme de grclce A garce) : cet exil n'empi''che pas le Koi d'aller mardi à Rambouillet. On parle d'un certain écrit que le Boi a montré (jui contenoit les défauts du gouvernomont, et qui a été altribué au Duc comme moniteur.
En même temps, le Boi a nommé M. Bachelier premier valet de i'liand)re, inspecteur des ch.Meaux, parcs et gouvernement de Versailles ; ce qui ne plaît pas beaucoup à M. le duc de Noailles, qui en est le gouverneur, et qui n'nvoit pas demandé cette place pour avoir un inspecteur sous lui ou sur lui . Il a bien 1;\ de quoi [)enser et parler, mais peu h (écrire.
.M. le duc de (iesvres' est aussi exilé, je ne sais où : les disgrAces sont sur les favoris; si cela tondjoitsur les jeux d<' Paris cela ne seroit que bien , mais quelque autre viendra prendre cette succession qui est bonne. Un gouverneur de Paris exilé est chose bi<'n nouvelle : celui-ci ûvoil une cour plus grosse que celle du Koi, et on y vivoit comme du temps d'Henri III et ses mignons.
C'est M. l'abbé Parisolqui m'a appris la lettre de cachet du Grand Conseil et rpii m'a donné les factums de l'uif.iire; on n'a pas fait de remontrances. Vous savez ce que l/i Forit'iine disoit sur Bastien le remontnrur.
LETTRE Xmr. 169
J'entends dire qu'il y a une lettre de M'"'' de Gontaud contre l'abîmé dOlivet, qui n'a point donné sa voix à Kamsay après l'avoir promis.
3f. de Luxembourg fils de M. le prince deTingri, épouse M'"" de Sénozan, et l'épouse renonce à la succession de ses père et mère par le contrat de mariage. Cela est à la grande. M. de Fimarcon épouse M'"^ Aillet, mardi à Rouen, mais il ne renonce point aux successions futures.
leUrcXLUr.
A Paris, ce 6 oclobrc 1730.
xM™" de Mézières a fait imprimer une Requête au Roi y où elle demande que celle du prince de Ligne contre elle soit supprimée, comme un libelle scandaleux. Elle prétend n'avoir demandé au Roi qu'une chose et que le Roi en a fait deux ; elle dit qu'il est le témoin et le juge de celte affaire, et un plaisant dit le dernier jour que c'étoit une tracasserie qu'elle faisoit au Roi, avec qui elle vouloit avoir une explication. Je crois que cela ne produira rien. On ne manquera pas de vous envoyer cette requête, qui s'est répandue par tout Paris. La jeune dame est aux Feuillantines, et cela renouvelle les anciennes chansons.
H y a un arrêt du Conseil qui casse l'arrêt de défenses obtenu par le curé de Saint-Fîarthélemy, et on a mis un desservant à sa place ; encore un autre arrêt (pii casse les arrêts de défenses obtenus par les curés d'Orléans et leur défend toutes poursuites, à peine de punition exemi)laire. Voilà qui court le grand galop à ùter les appels comme d'abus au i*arlement, et à les attribuer au nouveau i)ureau du Conseil. Je n'ai encore vu personne (jiii ait le livre de M. Bossuetet jesuis bien curieux de voir le passage que vous m'avez cité.
On m'a dit que l'abbé d'Olivct étoil à Rruxelles'avec
i:o COIUIKSPONDANCK INKDITK.
Hoiissoau ; il ira faire inii)rinierquel(|uc livre comme relui de M. Ifuel et se faire des affaires. Son absence fait heaii- 0014) parler de lui. Je niû pas vu la lettre de M"" de (Iontaud sur l'exclusion de Uamsay. M. le duc de Richelieu est ilirecteur de TAcadémie, mais il est ;\ Uicbelieu : celte absence fait aussi parler, baissons-les dire et tenons-nous au-dessus des cartes.
Le mariage de iM. de Fimarcon a été fait à Gaillon avec M"* Aillet. Ils ont été honorés d'un prince et d'une princesse du sang. M. le prince de Tingri a marié son fds avec M"' de Sénozan. Le comte de Taillebourg, fils du prince de Talmont, épouse la Palatine, parente de laKeine. M. de Saint P'iorentin est très-mal de la petite vérole, et on le regrette. Voilà des nouvelles de vacance.
Bonjour, Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur.
iMlrc \LIV\
15 octobre 1730.
Ijeitie de Monsieur l'ahhv (Volirtt n Mddduir i<i ddchcssc de Contdud^ du Hsrfjfeinhrr ll'M).
Je s:iis tri'S-bieii, M.MJnniP, que vous avez drs souproiis qui ne mo font pis honneur dans vutre esprit; a'ircc/ que Je me dispense par crlte raison d'aller vous rendre aujourd'hui n)c*s devoirs : je ne me llalterois point de pouvoir vous persuader que je n'ai pas tort, et je ne me srns |).is assez intrépide pour aller, de iiaiete d * cd'ur, nu» f.iircî qu( relier par la personne du monde dont la colère me paroîfroit la plus redoutahle. J" pars sur la fui de la semaine proehaine pour Flandre et Hollande. Je souhaiterois, ?^ladame, que eette promenade piU me faire naître quelque «H-rasion d*e\pier nies prétendus <'rimes et de \ous prouver avec qm! r^ipcct j'ai riiouncur d'rtre, M.id.uue, etc.
licpoimc de madame la ducheusc de (,ontaud.
Monsieur Roy, ayant été témoin, .Monsieur, des paroles que vous ni*3\iez données, ne pouvoil se persuader fjuc vous y eussiez manqué; pour le eonvaincre, je consentis qu'il vous proposât de vous juf-
tifier, sans quoi je n'aiirois pas imaginé de vous mander de venir chez moi. Je suis ravie que vous soyez embarrassé de me voir, c'est une preuve que vousn'étes pas habitué de manquer à votre parole; je vous en fais mes compliments. A l'égard de la peur que vous aviez d'être querellé par moi, je puis vous assurer que cela étoit mal fondé ; de quel droit pourrois-je vous gronder, et de plus j'ignore ce que c'est que de quereller; j'ai bien de la mémoire, mais je ne connois pas la colère : jugez-en, puisque j'ai demandé grâce pour vous et les vôtres à 3IiM. de Voltaire et Roy. J'ai été fâchée sans doute que M. de Ramsay n'ait pas eu le bonheur d'entrer dans votre illustre compagnie, puisqu'il le désiroit, mais je n'ai point parlé contre M. Hardion; vous savez que sollicitant pour M. de Ramsay, j'ai combattu l'éloignementque vous me disiez avoir pour M. Ilardiou , et quoique je ne le connusse point , j'en avois ouï dire tant de bien , que j'aurois parlé pour lui, sans l'amitié que j'ai pour M. de Piamsay : aussi, Monsieur, si vous aviez eu la bonne foi de M Danchet, vous auriez aussi partagé mes louanges; mais je puis vous assurer que vous n'avez tout au plus à craindre de moi que des plaisanteries; j'avois déjà trouvé assez plaisant de solliciter pour une place à l'Académie, je ne me serois jamais doutée d'être à portée de donner cette preuve de mon amitié, car je croyois qu'il falloit même avoir de l'esprit pour proposer des sujets, et je m'en trouverois avec raison très-indigne ; mais n'importe, quoique nous n'ayons pas réussi, j'ai donné du moins des preuves de bon cœur, c'est à quoi je me dois borner. Je vous souhaite, Monsieur, un bon voyage et vous honore Irès-parfaitement.
Duchesse de Gomaud.
Voilà, Monsieur, la copie des lettres que vous vouliez avoir. Quelqu'un a aidé M'"' la duchesse de Ciontaud à dire des pointes, et je crois qu'elle auroit mieux fait d'elle-même; on voit par là (|ue l'abbé n'a pas caché son voyage, et peut-être la lettre a été écrite pour le rendre public ; du reste, je crois que ce pays ne lui est pas nouveau. Avez-vous oui dire que llamsay se vantoit d'avoir pour lui la Chambre haute , si la Chambre basse étoit contre, et que cela a picpié l'Académie, et ((u'on lui a montré que la chanibre basse faisoit arrêter bien des projets, ce que lui Angloisdevoit prévoir? Voilà un vilain bill pour lui.
Le livre de M. iiossuet est à i*aris, je le dois voir au
172 C.ORRKSPONDANCK INÉDlTt:.
prtMiiior jour, et je n'ou])liorai pas Tendroit que vous avez uianjué. Il faut Ineu (jue vous ayez quel(|uc part le livre (le Dupiu ; il lit beaucoup de ])ruit daus sou teiups, et pour moi j'euteuds uiieux le l'raueoiscjue Iclatiu.
Je n'ai pas encore vu les Essais liehilonuulaires du sieur lUipuy. Il doit avoir !)eaucoup de lettres de M. de la Ko- (jue à liayle, cpiiseroienl un beau présent au public; s'il suit votre avis il fera bien, niaisje crois qu'il n'en fera rien.
Les livres historiques de >l. Rollin sont fort estimés, tout le monde court après; c'est justcuicnt l'opposé du pédaut : il a le izoùt, les grAces, la fleur, la diction, le juî.rement , tout au mieux. Je ne sais de qui est hiPhysi- (HIC lies cnfauts , (ju'il dit n'être pas de lui; c'est un beau morceau.
On m'a mandé de Bourgocne la mort de M. le manjuis de Percey, qu'on a trouvé mort dans sou lit. (lela m'a fort surpris; il étoitde mes amis.
Il parolt une Consultation , signée de VO avocats, sur r«ffet des arrêts de défense en uiatiêre d'appel comme d'abus; c'est une ancienne consultation de 1718 , (pi'on a renouvelée et signée de nouveau, le 27 juillet et 7 septembre 1730. Le Conseil , en cassant les arrêts, vient de juger la question.
LrttreXLV.
A l'aris, c i'Oflobrc t730.
J'ai bien cru, Monsieur, «pie la leltn; de l'abbéd'Olivet et d<' la dame vous feroitplaisii"; il ])onrr.'i être bien couvert, en arrivant, de (|u<*lquee ilotte contre les frimas liollaiidois. Le voyage est juir voyai:e; il le devoit faire avec le receveur général des finances de l^sanrou , (pii se trouva mêlé dans un»' assez sotte affaire eiimiiielle , (jui m'a pourtant fait rire; car un personnage de la scênt^ est jubtemenl ce M. hupuy, auteur des Essais hebdomadaires
dont nous avons parlé ; et le rôle qu'il joue est qu'il est amoureux d'une petite femme abandonnée par le financier, à laquelle je crois qu'il ne donne que des Essais de toutes façons. Il s'avisa de faire une reconnoissance avec moi dans mon cabinet ; il me parla de ses Essais et de Bayle ; le financier me parla de l'abbé, et il ne s'est jamais vu une comédie plus plaisante, il n'y a pourtant pas tant à rire au fond, l'histoire est trop longue, et je ne vous en donne que ce morceau , qui vous apprend l'innocence du voyage et la sottise de notre essayeur. Je viens de lire le Mercure de septembre, où il en est parlé, et je me souviensd'avoir lu les lettres d'Abadie et Le Clerc qu'ilrapporle. Pour ses réflexions sur les femmes, il n'y a qu'il le renvoyer à son aventure d'aujourd'hui.
J'ai vu les Fables de M. Richer; il est vrai que c'est celui qui se rapproche le plus de La Fontaine, mais l'intervalle est en encore grand et je ne sais qui s'y placera ; il me seml)le qu'il enjandje souvent le vers sur un autre, ses noms appellatifs sont pris dans La Fontaine , la variété n'est pas assez grande, la gaieté y est comme affectée et ne vient pas de source; enfin, malgré ses talents, il y manque un certain je ne sais quoi que l'on trouve dans l'autre dès qu'on l'ouvre. La Préfact -^st très-sensée, ks règles l)onnes. et la critique cruelle contre M. de la xMotte, qui la mérite bien. Je n'ai pas vu l'ode du mois d'août, mais je la verrai; ce qu'il y a de singulier, c'est qu'à Paris ces fables n'étoient pas connues, et je vais un peu les mettre en honneur.
J'ai reçu aujourd'hui une lettre de huit pages de M. Desmaizeaux, qui n'a pas encore reçu la vôtre; il me prie de faire un abrégé de sa Vie pour mettre dans la Jiiblio(liè(jne raisonnée qui se fait à La Haye , ce que je ne ferai point, et je crois. Monsieur, ni vous non plus, à moins que vous ne le fissiez par amusement. 11 voudroit faire réimprimer les livres de l'abbé Leclerc en Hollande, ce qui serait bien dillicile en Hullande puisqu'on n'en a point; il me parle
lU c:oui\isi'onuam:k im-.ditk.
encore heaucoup de IMris aux ri'fmjiv^ , <|ui doit t'tre A présenl une matière épuisée, et dit que M. de l.a Hoque se faisoit un lionneur de s'altril)uer ce livre non réclama comme une épave, ce que je croirois assez volontiers; il m'apprend qu'il est bien aise d'avoir fait dans sa Vie un détail des opinions de Bayle, parce qu'on les rapporte mal et que cela est arrivé dans un livre de duBouriiuet, i\ Amsterdam, 1729, sous le titre de Lettres philosophiques^ et où il est traité de natures plastiques ; il me parle des sermons anglois du docteur Jean Clarkc, (pii sont faits exprés pour réfuter Bayle. Il ne seroit pas fAché qu\)n im[)rimàlsa Vie séparément, avec les additions de la dernière édition ou à Paris ou à (jcnève, et il croit que cela seroit très-hien vendu à Londres. Vous savez ce que je vous ai mandé sur cela ; il dit qu'il n'ose vous écrire ; mais quand il aura vu votre gracieuse lettre, il devra bien vous remercier et le fera, et votre lettre pourra être bien placée dans quelque journal (\u\ lui fera honneur.
Voici ce qu'il me mande sur l'édition de Vllistoire de M. deTbou. Klle commencera dans huit ou dix jours, six presses y travailleront toutes à la fois et en feront dix-buit feuilles par semaine. Bukley a publié une troisième lettre en anglois et qui sera bientôt françoise) où il apprend (ju'il a reru depuis peu plusieurs pièces, et entre autres la Continuation par Kigault on trois livres, dont un a été imprimé et les autres manuscrits. Imaginez- vous ce que j'ai pensé de ce bel anecdote , et du Bukley qui va apprendre cela au puljlic. Voilà les Anglois. be mien est parti, sans quoi je lui laverois bien la tète, si une tête angloise peut se laver. Bukley me doit envoyer sa lettre quand elle sera traduite , et croit me faire grand plaisir; je vous 1 enverrai rpiand je l'aurai ; il a fait acheter à Paris une traduction francoise de.M. de Thon, et la fera inq)rimer après l'édition latine; il ne se met pas beaucoup en peine de celte traduction françoise qu'on a an- DOUC'C A P»rn\<lles.
M. Desmaizeaux me dit encore que M. de Ramsay est bien hardi de se mettre sur les rangs pour entrer dans l'Académie françoise, qu'il a toujours suivi la maxime audaces fortuna juval, et qu'il a trouvé à Londres une personne qui a mis son Cyrus en françois et lui a même donné de bons avis sur les choses, ce sont ses propres termes. Vous voyez comme Ton pense de cet homme-là en Angleterre même, et que l'Académie ne s'y est pas trompée. Mais je vous trouve heureux d'éviter toutes ces tracasseries de femme qui distribuent les lauriers sur le Parnasse et qui y guettent leur étiquette. Je ne sais ce que Desmaizeaux veut me dire qu'il m'a envoyé une brochure de M™*^ de Lambert, je ne l'ai pas encore vue ; lait-elle passer la mer à ses ouvrages pour entrer dans dans la Société royale, et faire là aussi ses élections?
Le livre de M. ilollin est admirable; il y a 4 volumes de sa Manièred'éiudier, dont je n'avois lu que le 2etle V. M. Anfossy disoit l'autre jour -.C'est un pédant qui est Topposé du pédant. Voilà les gens nés pour l'Académie (1). Son Histoire ancienne est un autre ouvrage. C'est la plus belle langue du monde et la meilleure tète , et quand il veut être critique, il est excellent. Voyez ce qu'il dit sur l'ostracisme des Grecs et sur le vol des Lacédémoniens.
Le quatrième tome des OEuvres diverses de Bayle ne parolt point encore.
(1) Bouhier répond, le 2 octobre : « Je ne connuis de M. Rollin que son « livre : Delà manière iV étudier, o'w j'ai Iroiivé qu'il nuTitoit tous les éloges " qu'on donne à ses livres lii>l( r.<|uo> (|iie je n'ai point encore vus. Ce •> scroit un excellent sujet pour notre Académie. Mais les dames ne briguent « guère |)our les ^ens du quartier latin. On ne diroit point que celui-ci y a * passé ses jours. »
i:n cc^Rnr.spoMvwcK iNf:niTi:.
Lellrc XLVl .
A Paris, ce 8 iioveiiilire I7.'0.
Nous voilà, Monsieur, clans de belles affaires; vous avez sans doute vu l'arrêt du 30 octobre contre l;i (Consultation des (juarante avocats, et vous y avez d'abord reconnu la main souveraine de M. le Chancelier, l'éiêvalion de ses pensées et la dii;nilé de son style; mais je ne puis croire que mes confrères aient eu le dessein qu'on leur attribue. Le fait n'est pas encore bien éclairci : on prétend (ju'ils n'ont voulu signer que l'ancienne Consullution de 1718, où tous les termes reprochés par l'arrêt ne se trouvent point, qu'ils ont approuvé l'épreuve sans la relire, comme il arrive tous les jours, et qu'ils ont été trompés par cette épreuve infidèle. 11 y a beaucoup d'apparence à cela, car on ne croit pas qu'ils eussent voulu se mettre au rang des Junius Brutus, des Buchanan, des Hotman et autres auteurs [mpulaires; ils ont voulu abaisser l'autorité et juridiction ecclésiastique et élever celle du Parlement. On a glissé des termes peu mesurés; quand on a vu l'arrêt on s'est aperçu de la surprise et de l'erreur, et à présent on est dans l'emb.irras de re\i)lication ou de la rétractation. Pour moi, Monsieur, vous savez que je n'îii nulle part personnelle à tout cela, je n'ai signé ni celte ConsuUalion ni les autres, et je n'y suis que pour l'intérêt que je prends à mon ordre. 11 faut es[)érer que tout ceci s'accommodera incessamment, et (ju'àla rentrée du Parlement on n'en parlera plus; il arrivera de là qu'on sera plus circonspect pour les signatures. Cette affaire m'a donné l'occasion de relire la Dissertalion de Baylo sur le Junius Urulus^ qui est excellente (;t três-curieuse , l'article d'IIotman et de Marinna , VAvii aur rrfufjics, où cette matière est traitée ex professo , \\ij)(ilo(jie des vailifill(lii('!i \ni\i(i''\ page 50, et je suis soili (b' ccKp Ircturc
LETTRE XLVl^ 177
avec tous les principes de Tarrèt, qui étoient dans mon cœur dès ma naissance. Je ne sais comment votre compatriote M. Languet et Hotman, qui étoient de grands jurisconsultes^ s'étoient entêtés de principes contraires, et pourquoi dans le Ménagiana (tome 3, pages 135 et 13G), M. de la Monnoye a dit que le livre de Junius Brulus est dignedeLanguet, qu'on l'y reconnolt, habile jurisconsulte et politique tel qu'il étoit. Bayle, danssa Dissertation^ dit quelque chose d'approchant, mais il a mis à la marge un correctif qui le disculpe, et VAvis aux réfugiés (puisqu'il est de lui) découvre bien ses sentiments sur cette question; mais ne parlons pas d'un sujet dont on ne parle que trop. Il y a eu une absence d'un jour des avocats au Grand Conseil et au Chàtelet , mais ils y sont retournés le lendemain. Nous verrons ce qui arrivera après la Saint-Martin, et comment Tavocat général se tirera de sa harangue. Eïa,sudahit satis.
Nous avons ici M. le marquis de Castellamare, ambassadeur d'Espagne. Il demande ou l'exécution du traité ou la guerre. Il a été voir notre reine d'Espagne veuve, et lui a annoncé une entière réconciliation, et le prochain payement de tous les arrérages que l'Espagne lui doit. Quand il n'auroit fait que cela dans son ambassade, il îiuroit beaucoup fait.
Je sais que M. l'abbé d'Olivet est à Paris et j'ai dit à M. Parisot de vous le mander; il n'est point question des bruits politiques qui couroient sur son conq>tc, mais on assure très certainement cpie M. le cardinal de Polignac est rappelé de Rome, et a ordre d'aller droit à son archevêché d'Auch. Si cela est, la dernière intrigue est mal nonmtée : la Conjuration des Marmousets : et ce n'est pas là un Marmoustan. J'ai trouvé ce mot dans une petite lettre qu'on vient de donner sur les gnomes et les sylphes.
Je n'ai point revu le sieur Dupuy Vlissayeur; si je le vois, je le désabuserai des femmes et des filles.
Ne soyez pas inquietsur nos Anglois ; l'imprimeur a les
178 COUUKSPONDANCE INKDlTK.
pièces, mais il ne sait d'où <'llcs lui viciinoiil ; il a annoncé seulement i\\\\\ les avoit sans dire doù et par qui; la discrétion eût pu être entii're, mais c'est une chose faite, et l'espoir du gain Ta eniporlé. J'ai écrit en Angleterre pour airèter le progrès. M. Points est gouverneur du duc de Cumherkind ; voilà le chapeau (pie sa nonciature lui a valu.
Le livre de madame de Lamhert se vendoit cet été dans les cafés de Paris ; elle ne s'en lient pas à l'éductilion des femmes dans les sciences, elle veut de Tamour et tlu platonisme. Idée laufese et contre la nature (1). — Vous avez beau corner sur les toits M. Uollin pour l'Académie ,
il est [déchirure] , il a été déposé étant recteur, on lui a
ôté la principale du collège de Beauvais, et son éloquence demeurera dans ses livres (2).
Lettre XLV/t.
Paris, ce <6 novembre t'SO.
Si vous avez été content, Monsieur, (pie je n'aie point signé avec les 40, je crois (jue vous le serez encore de ce que je n'ai point signé avec 200. On s'est assemblé
(1) lloiiliier (arrivait, le 30 octobre : ■■ La brorluirc i\c Madanjc de Lambcil •• e«l appareminetil telle qu'on iiiipiiina furlivornenl a Paris il y a deux ans,
■ et dont elle lit rarlieler presque tout les exeiiqtlaiies, pour environ cent pis-
- tolcs quelle donna à rinquiinnir. Mais il y en avoil déjà eu <|iiel(|ues-iinH
■ de débité'^; j'en ai une copie mannscrile.Crsl une espj-ce de inanifcNle pour
• le* dames tavanle» ou elle Tait voir qu'on a grand lort d'élever les rcuimes
- daoft l'ignorance, et ou elle (ail ra(>ol<»gue de celles qui ont fait des rofnann « iionnêle«. C^-l écrit fui composé aulreloi^ pour jusldier ipiehjiiex nouvelles > galantes, qui furent faites alor» (xiur divertir (eu Madame. Mais la dame . qui Ta rom|K>M' a craint que (« ne fftt mal interprété , surtout paroissant a
• Tâge qu'elle a. •
(?) - .Suivant te que vous me dites de M. Kollin , ti je corne son mérite sur quelque* toits, ce ne mtû pas Rur teiix de l'Académie. Je ne sai« par «piel faoatume les k^» dV^prit se donnent aujourti'liui l'eirlu-ion de la plupart
- des pUce» doot il* seroient d'ailleurs très digne». Tanfum Ketujio^ etc. »
LETTRE XLVH*. 179
avant la Saint-Martin chez M. Tartarin, bâtonnier, au sujet de l'arrêt. Plusieurs y ont été; il a été agité de rendre générale, pour tout Tordre, l'affaire personnelle de quelques membres. M. Duhamel et quelques membres étoient d'avis de rétracter, le feu s'est mis dans l'assemblée, on a dit qu'il falloit faire un écrit général pour justifier le sentiment des avocats sur l'autorité du Roi et pour expliquer les expressions de la consultation. Cet avis l'a emporté. M. Cochin et M. Aubry ont dressé l'écrit, il a été lu dans plusieurs assemblées , chacun a signé et le jour de la rentrée il a été encore lu au Palais et signé, en sorte qu'il y a plus de 200 signatures. Je vous assure que la mienne n'y est pas. Jai pensé que l'Ordre n'étant point attaqué il n'y avoit rien à dire ni à écrire, que le Roi n'a pas besoin de leur avis, qu'un écrit, si beau qu'il fût, en pourroit attirer d'autres contraires et faire du trouble, que les VO signant cet écrit désobéissoient à l'arrêt et quil ne convenoit pas de siixner avec des désobéissants, etc. Tout cela devoit venir naturellement dans l'esprit, mais il n'y est point venu, et l'écrit signé de iM. de Tartarin lui-même comme malgré lui, a été porté par lui à M. le Chancelier, qui n'a point voulu lui parler comme bâtonnier, mais comme avocat. La proposition de l'écrit général n'a pas été trouvée bonne : on ne le vouloit ni lire ni recevoir; par bonté, la lecture en fut agréée comme une pièce indiilerente. La 1" partie sur le droit, trouvée bien travaillée, la 2" sur l'explication, mal et hors de propos. La conclusion fut (pie c<,*t écrit, signé de 200, fut nommé tumultueux, contraire à l'arrêt, qu'il ne devoit ni être donné au public ni communi(jué de quelque maniêie que ce lût, que les VO seulement dévoient écrire et rétracter ou désavouer, qu'après cela l'ordre pourroit donner quelque chosede lui-même s'il vouloit, et que le Roi entendoil que relui qui a fait la surprise seroil rayé du tableau. Tout cela rapporté aux 200 ou leurs députés fut rejeté ; ils per-
ISO conrvr.spoNDANCK iM'niir
sistenl ilans leur écrit, iN ne veulent point disjointlre, ils p:»roissent ne point craindre les suites, et M. Tartarin doit avoir retourné hier ehez M. le Chancelier, qui, je crois, sera très-mécontent. Voil;\, Monsieur, le dernier étal de la chose; je vous demande en gnlce que ceci soit secret. Plaignons tant d'honnèles gens mêlés dans celte affaire. Ce îjue vous me dites sur les parlements est très-bien pensé. Mais il parolt que Ton n'a en vue que le Paris, car les assesseurs du trône sont les princes du sang, les magistrats et les pairs. Voilà comme ils sont rangés et nommés dans la consuUaùon.
Je ne crois point qu'il y ail jamais eu d'arrêt contre Henri III qui l'ait déclaré déchu de sa couronne. La duchesse de (iuise commença bien une procédure à ce Parlement, «pii étoit resté après l'emprisonnement de la Bastille. 11 y eut un arrêt qui permit d'informer l'affaire ap[)()intée. un avertissement Irès-imperlinent fourni en janvier 1.j81), (pii fut même imprimé dans le temps, mais \*' procès ne fut point jugé et le maudit Jacques Clément y mit fin le 1" août l.jHt). Voyez sur cela un des articles de Guise f Diclloiniairc de lidi/lc j où il a l'appoi'té deux arrêts et partir; de VAverlissenient , la lettre '1\\ de la Crituiuc (lu ralvinismCy aussi par Hayle, et le tome il de la Satire Mi'iiipjiéc, page 2î)Vjns(ju'à318, àUalisbonne, 1709 in-8". MM. de Péréfixe, Mézeray et Legrain en parlent aussi.
M. Berruyer a signé. Je vous envoie les noms des quarante.
MM. Ia? Hoy. MM. Normant.
liorriiyer. Aubry.
Le Boy de \ nlirres. Hu.irl.
Dtili.'irnel. (iliaiivenu.
lijzin. Gonduiiiii.
DenvDu. I,eBoy.
Giif'hii <1<* hirlieville. !><• M.irirnberg.
Gaillrt de Hl.iru. I.t-qtinix.
Gacoo. Ungi'oii
LETTRi: XLVIIF.