‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 5)Chapitre 36 sur 53 · MM · texte numérisé non relu

MM

Pajeau.

MM. Daiiis.

Potliouin.

Fiiet.

Piu.

De Laverdy.

Visinier.

Seron.

Vailly.

Merlet.

Sarrazin.

Biiirette.

De Fourcroy.

PaigQou.

Comtesse.

Tribord.

Julien de Pnmay.

Le Roy de la Tour

Cocliin.

Soyer.

BellichoD.

Bavle.

Lettre XLVIIP.

A Paris, ce 22 novembre 1730.

Le Mémoire des deux cents s'est échappé dans Paris, Monsieur, j'en ai vu une copie qui sera bientôt à moi ; c'est un ouvrage bien travaillé ; l'autorité du Roi y est traitée d'abord avec la dignité qu'elle mérite. Ensuite on s'étend à une critique de l'arrêt assez marquée, on se plaint du retranchement de (juelques termes qui auroient adouci les propositions, on plaide fortement pour développer le vrai sens de la consultation el son objet général ; on justifie des termes condamnés par des termes à peu près pareils tirés d'anciens édits, de discours d'avocats généraux et peut-être de M. le Chancelier lui-même et de jurisconsultes françois anciens; on ne manque pas de dire que ceux qui ont écrit contre la Légende ne peuvent pas mal penser de Tautorilé du Koi, on désavoue tout autre sens et toute interprétation (jue celle qui est contenue au Mémoire et même on la d<*teste. Enfin c'est un commentaire très-clair d'un texte très-obscur; il n'y est point du tout parlé de la surprise des signatures ; on ne veut pas abandonner un confrère (jui peut-être a été surpris lui-même; l'ouvraj^^e n'a point été reçu ; il y a eu des conférences avec M. le Chancelier à la Cour. L'affaire se terminera par négociation et par un autre écrit qui ne

f8!l COIUII-.SI'OMVANCK INKDITI..

sera que des (juarante et tourné d'autre manière. Voil;\ ce que Ton dit ; car, comme je ne suis ni du petit ni du grand nombre, et que l'on n'est point encore rentré au Palais, je ne suis point exactement ini'ormé du dernier dt'tdl et ne m'empresse point de Tètre. Un duc et pair me di^oit Taulre jour(pi'il croyoit les avocats plus sages, et jt; lui dis (prit ialloit au moins convenir qu'il y en avoit de sages, puisqu'ils n'avoient rien signé, et il en convint en bonne compagnie. On ne rentre que lundi prochain.

Les copies du Mémoire se multiplient infiniment, et il ne manquera pas d'être imprimé en décret, qui feroit un grand désordre s'il paroissoit publié avant l'accommodement de l'affaire.

Je ne sais (piel plaisant s'est avisé de faire une espèce de parodie de l'arrêt en faisant un Jufjcment d'Apollon contre une pièce [le Prince de Voj/.s/y^ du Théâtre-François qui vient de tomber; on s'est servi des mêmes termes de l'arrêt assez artistement rangés; mais cet auteur bastillable n'a pas pensé que si la [)iè('e (ju'il condamne est mauvaise en vertu des termes de l'arrêt, celle condamnée par l'arrêt est mauvaise aussi, et ainsi il a travaillé contre son but; il n'est point du tout temps de rire d'une affaire si sérieuse.

Il paroit une calotte affreuse contre l'archevêque de Paris, la poésie en est forte et bien l'iméc, mais c'est du vrai dithvramln' ; Irlu. \< I fsl du incmi*'?' m.dtip rrhùlcl du régiment.

Vous savez sans doute la rétractjdion publicpic du défunt archevê(juc de Sens, qui est mort fidèle X la Constitution en présence de son chapitre v.i de son clergé. Cela a fait grand effet, il y a eu d'autres rétractations depuis. L'archevêché n'est pas encore donné. M. l'évêque d'Aire ( Monlmorin ) y a jurande pari.

I.,cs Mouvelles ccrlf''siasti<jites V(*)nt luujnins ri n*: ^ont point découvertes. On va donné une longue Ih'lation de huit pages, de la destruction des communaut.'s (h- Sainte-

LETTRE XLVlIir 183

Barbe; on n'y a pas oublié un mot de tout ce qui a été dit et pensé, et on est toujours surpris de leur correspondance sûre et de leur hardiesse.

Je vous fais mon compliment sur M. le nonce Passionei ; il lient le grand chemin du cardinalat, et il le mérite bien. Que sait-on si de plus grands honneurs ne lui sont pas destinés? J'aimerois bien être Fami d'un pape, et comme il est le vôtre, il pourroit bien être le mien. Que dites-vous d'un pareil songe?

L'ancien évêque de Beauvais, Saint-Aignan, ne s'étant point corrigé ni au noviciat ni au séminaire, a été relégué à Clteaux par lettre de cachet; il s'en est moqué et n'y a point obéi ; il y a été forcé par un ordre d'en haut : un major des jnousquetaires noirs et un autre mousquetaire le conduisent à Citeaux, et s'il avoit fait résistance, il eût été enlevé par quatre mousquetaires de force. Cependant son frère M. le duc de Saint-Aignan va à Rome ambassadeur, et il pourra peut-être négocier là pour lui quelque indulgence. Je l'entends au figuré, crainte de simonie.

J'ai relu VÀvis aux Réfugiés ; il faut se crever les yeux pour ne pas voir qu'il est de Bayle et qu'il ne peut jamais être d'un autre; je ne sais comment il a pu le nier, mais je crois qu'il y alloit de la vie, et omnis est honesta ratio expcdienda salutis.

Je n'avois point été à la Comédie depuis dix ans; on m'y a entraîné et j'ai vu au Théâtre-Italien une pièce intitulée : Le Triomphe de l'Intérêt, qui est en vers faciles, simples et grands en même temps, il y a des portraits frappés et un peu trop rcconnaissables; c'est un Molière naissant. L'aventure du juif et de l'actrice de l'Opéra y est jouée à merveille ; digne sujet de comédie, et tel que je ne crois pas qu'on ose à présent suivre le procès commencé. Notre ami M. Bernard a eu le crédit de faire ôter une scène que tout le public lui appliquoit ; l'auteur est un[jeune homme de di.x-huit ans qui sent sa force, et qui

1SI ( oiini.sroM) \M.i, iM,nni

dit iiu'on vers il ne eraiiil ni Aroiiet ni les autres et que la eoniluite lui viendra.

11 y a une dispute à la Cour, entre les dames du palais de la Heine et M""" la maréchale de Bouliers, cjui a dit à M""'de Montauhan qu'il n'appartenoit pasà mademoi^olle de Mézières de lui contester sa place.

Il faut avoir la nouvelle Requête (ht prince de Ligne au Roi : toute l'affaire y est expliquée simplement et on voit nettement que M"' de Mézières est une friponne.

Lettre XLW.

23 noTembre.

L'accommodement n'est pas encore fait, on y travaille; cela finira par un écrit court dont M. le Chancelier a dit verbalement la substance et auxquels les avocats travaillent. Si vous avez vu leur premier écrit, vous trouverez (ju'ils ont eu bien de la peine h se tirer des lois qui sont (les conventions, etc., et i\ développer cette proposition populaire qui n'avoit que faire du tout dans la Consultation et qui n'étoit point dans celle de 1718.

J'ai parcouru le frros livre de M. Hossuel sur les quatre propositions de 1682. La table me présente un ouvrage inmiense, mais la langue m'a paru africaine, ri je pourrai bien attendre qu'il soit traduit pour le lire. Outre qu'il y a quantité de fautes d'impression. Je n'ai pas encore vérifié la citation sur le petit nonibre parce que je n'ai pas le livre chez moi.

Lettre //.

A Pari<i, ce 4 déc^mlirn IT.'M.

L'arW't du 2ô novendire, qui sans dr)ute vous aura l'té '•rivoyé, .Monsieur, vous a appris cunimfnf l'affaire a iini,

LETIKK L . 185

et est une matière à bien des réflexions ; cela s'est terminé par une conférence du '2\ au soir à Marly entre M. le Cardinal d'une part, et iM. Normant et M. Julien de Prunay pour les avocats. L'arrêt a bientôt été crié dans les rues autant que l'autre, et l'ordre a triomphé. Dans le fond, il n'y enavoit pas un seul qui eût de mauvaises intentions, et, comme vous dites fort bien, c'est un jargon qui s'est répandu et dont on n'a pas fort examiné le sens. A l'égard de ce que porte la déclaration sur le pouvoir spirituel et sur la juridiction extérieure des ministres de TEglise, ce n'est qu'un avis et non pas une loi. Votre dernière lettre distingue deux portions de juridiction , Tune du droit divin, l'autre qui vient de la concession des souverains; mais la question est d'assigner ce que chacun doit avoir dans son lot, et si l'appel comme d'abus ne va pas seulement sur la forme de l'exercice, mais encore pour réprimer la trop grande étendue de la première portion. Voilà la querelle de Pierre de Cugnèresrevenue. Le premier chapitre du deuxième tome de M. Fleury de son Im^litution du droit ecclésla^ùque abrège assez bien cette matière, qui va faire du bruit, car on vient de me dire que les évêques font demain unedéputation générale au Uoi pour remontrer leur droit et leur juridiction contre l'avis de la déclaration insérée dans l'arrêt. Le public n'est pas fâché de voir courir les évèques après qu'ils ont fait courir les avocats.

On dit à présent que la mort de M. l'archevêque de Sens ne s'est pas passée comme on l'a dit , mais qu'il a fait lire un petit écrit où il déclaroit qu'après avoir examiné la Conalilulion, il avoit trouvé qu'elle ne contenoit rien d'essentiel à la religion, que les deux opinions pouvoient être soutenues, et que le salut étoit dans les deux partis. L'écrit qui devoit être brûlé n'a été que déchiré, et on en a les morceaux. 11 arrive de là que le molinisle et le janséniste ne tirent point fruit de cette mort.

11 est plaisant que M. de Beauvais ancien soit enfermé

18(i COHKKSPO.NDANCK INKDITK.

à portes ouvertes. La clôture que vous lui donnez est merveilleuse, et il n'auioit pas fallu de mousquetaires pour Ty mener.

M. de Chirac est premier médecin; cette nomination a frustré l'attente de bien des gens, et la Faculté de Paris, à qui cette récompense échappe, quoiqu'elle soit le i^rand objet de ses désirs, ne doit pas être contente ; mais Chirac est rei;ardé comme un nouvel Hippocrate à qui tout doit céder.

Le nouveau Molière s'appelle Domignies, il est de iMons en Hainaut, c'est M. Tabbé Dubos qui me l'a nommé . et qui m'a en même temps bien prié de vous faire ses compliments lorsque je vous en écrirois, et je m'en acquitte.

Je vous envoie la calolte contre l'archevêque. On dit cpi'il y en a une contre M. le Chancelier beaucoup plus affreuse; les portes satiriques, qu'on croyoit morts, ressuscitent dans les temps de troubles. Les youi'elles ccrlrsiastiques ne meurent point, la dernière parle do l'affaire des avocats. Le chevalier de Sabran,(pii a été jouer aux états de Bretagne et tenir le jeu de M. de la Trémouille, a été lue pour une querelle î\ ce jeu par le chevalier de Kéravi (1). On peut bien dire : qu'alloit-il faire dans cette galère ? On commence à plaider jeudi au grand rôle la cause de M""' de S«'iinle-.Maure sur l'appel de Tappointement ordonne au Chàtelet dans sa séi)aration.

iMlre LI .

A Pann, ce 7 (J«*cembrc 17.W.

Voilà, Monsieur, la réponse de M. Desmaizeaux à votre lettre, où vous verrez qu'il a dessein de corriger la Vie, mais je crois qu'il la doit laisser en l'étal où elle est; il vous parle de la dissertation sur Vahallaiius qui est goûtée

(1) Voy. Mémoires de d'Argcnton.

LETTRE Ll'. 187

par les connoisseuis en Angleterre et vous fait une question qui peut ne pas venir de lui. Je n'ai pas le tome des Nouvelles littéraires où sont vos deux lettres au P. Oudin, je n'en ai que neuf tomes et croyois tout avoir. Il me dit que Bukley ne nomme personne dans la lettre angloise et ne me parle point de la traduction françoise de cette lettre. On imprime actuellement la Table des matières des œuvres diverses de B. qui est fort longue, et il y en a encore pour environ deux mois. Sur la Pancharis de Bonnefond (ju'il veut faire réimprimer, il ne dit rien de ce qui est dans le Ménagiana de M. de la Mon noyé, tome 2, page 369, etc., j'ai aussi une lettre de M. de la Monnoye qui est reliée avec ma Pancharis que je pourrai lui donner.

Vous avez dû faire bien des réflexions sur l'arrêt du 25 novembre. Nous ne sommes plus rebelles, mais les évéques disent que nous sommes hérétiques, et sur cela voyez VAvis aux Réfugiés (page 187, Paris, 1692), qui dit que quelijue piété qu ayent les monarques, ils souffrent plutôt les hérésies qui ne regardent que la religion, que celles qui regardent leur autorité ou leur personne, et il est pluscertain, dit-il, que celles-ci sont j)lus capables de troubler le repos public; il cite une remarque singulière de M. de Nevers contre l'empereur Charles-Quint, qui déposséda, en 1552, à Augsbourgtrois ministres protestants, parce qu'ils médisoient de lui et laissa tous les autres ministres prêcher et médire de Dieu selon leur fantaisie; il ne cite pas l'endroit où il a pris cette remarque.

Cette accusation d'hérésie va produire d'autres écrits sans fin. Les satirifjues écrivent plus que que jamais. On voit une calotte contre M. le Chancelier (jui est affreuse; on le fait garde des sceaux du régiment et on y pirle de ce qui s'est passé au lit de justice. Il y en a une autre contre M. de Mmes, et bientôt tout sera calotin, si Ton n'arrête pas cette fureur qui dépasse toutes bornes; les auteurs ne seroient pas difficiles à découvrir si l'on s'en

188 i.ouiii.M'DM) \m:i: IM.Dlli;.

doniloil la peine, car cela ne peut rouler que sur trois ou (juativ personnes.

On m'a dit que Voltaire avoit encore donné en Ani^leterre une édition nouvelle, corrii^ée et augmentée, de son poiMne de la Ligue. Son liratus va être joué, et il y aura de beaux vers. On a gravé le portrait de la Le Couvreur et on y mettra un (|uatrain françois au bas assez mauvais; on a aussi gravé un tableau de l'Amour précepd'ur y qui est de Coypel et qui est dans le cabinet de M. de Morville; l'Amour, qui est accoutumé d'être nu, est fort embarrassé dans ses babits, il a le visage beau ; ses élèves ont plus les yeux sur lui que sur le livre quoique ce soit VArl d aimer. Cela n'a pas Tari anti(]ue, il n'appartenoit qu'aux modernes d'habiller l'Amour et de couvrir sa nudilé.

On a habillé Jésus-Christ en jésuite sur une apparition espagnole, sur quoi on a fait ce quatrain :

Admirez r.irlifice cxtrènu»

De ces moines industrieux,

Ils vous ont habille comme eux,

-Mon Dieu, de peur qu'on ne vous aime.

.M. Bernard père a eu un brevet de conseiller d'État pour les services cpiil a rendus, et pour son grand désintéressement'; ce sont les termes du brevet. Le môme jour, M. de Montmartel a été rétabli dans sa charge de garde du Trésor royal.

J'ai entendu aujourd hui la premiéif! juidicnce de la cause de madame de Sainte-Maure. M. (^ochin a très-bien plaidé.

Lettre Lir.

A P.irii, rr 20 «l<^cembrr I7.%n.

L'i Uefjurle des avocats du liai est imprimée avec les noms (b; 202 (jui rr)ijt souscrite, et dont le nombre a été réduit dans l'arrêt du 25 novembre au bâtonnier, qui a

LETTFIE Lir. 180

signé pour tout Tordre. La proposition des lois qui sont des conventions est expliquée dans l'arrêt en disant que le Roi est le seul souverain législateur dans son royaume, ce qui ne se Irouvoit pas dans la profession de foi de la requête : et pour ce qui est de l'autre proposition , qu'il n'y a aucune personne pour juger au-dessus des arrêts de la cour, elle paroit bien expliquée en disant que les Parlements ne tiennent que du Hoi l'autorité qu'ils exercent. Mais il y a un mot en parenthèses dans une des \oU' velles ecclésiastiques qui explique mieux ce sens, quiln\j a personne (dans V Église) pour juger au-dessus des arrêts de la cour. Tant y a que l'on est content à la cour, et on y est si content que les avocats ayant fait une députation de huit d'entre eux au cardinal ministre, il les a reçus à merveille et leur a dit de la part du Roi que S. M. les assure de sa protection royale , et que s'il pouvoit, lui, ajouter quelque mot à cette autorité, il les assuroit tous d'une parfaite considération, et il a dit en sortant à son audience : Voilà des hommes! Il lesauroit même retenus à dîner, mais ils étoienthuit etsa table n'est que de neuf. Dites après cela que nous ne sommes pas bien à la cour; il est vrai que nous ne sommes pas si bien avec lesévèques, qui nous disent hérétiques, mais nous nous défendrons bien. MM. les cardinaux de Rohan , de Bissy, ont remis M. le Cardinal dans leur parti sur cette accusation qu'ils ont portée au Roi, et le Roi a répondu que cela s'élant [)assé dans le diocèse de Paris, il falloiten conférer avec M. l'archevêque, de sorte qu'il doit venir en cour pour cela, et on dit ([u'jl tient déjà tout prêt un mandement terrible, je ne sais contre qui; du moins l'auteur de la calotte doit être bien foudroyé. Le Parlement, de son côté, n'est pas moins vigilant : à l'occasion d'une assemblée des chambres on a parlé des évocations si fréquentes des appels comme d'abus et autres affaires, et il a été arrêté (juil en seroit fait remontrance au Roi, et sur ce que les remontrances conti'e la déclaration du lit de jus-

190 (:ori\ksi'()M)am:l iMa)rn:.

lice ont été dôfoiulues : il a été aussi (jin^stion th' la prupositii)!! tlt' M. de Mmos, qui a dit que le règne du Hoi est fondé sur la catholicité. Il y a eu l)ien des voix pour les remontrances. M. le P. Ixolland a ouvert l'avis que cette proposition étant dans une harangue faite au Uoi,à cpii on savoit qu'elle n'avoit pas plu et qui s'en étoit plaint, il n'y avoit (ju'à en parler au Koi par forme d'audience et de conférence et par une espèce d'adhésion, et lui faire entendre que la lettre d'explication de M. de Nimes à ce sujet au cardinal ne paraissoit pas suflisante parce qu'elle n'étoit déposée dans aucun lieu public. Cet avis qui est sensé et même poli Ta emporté, et on verra quel en sera le fruit. 11 y en a qui prétendent que la harangue étant faite à la tétc du Clergé doit être expliquée par le Clergé. Nous voilà au temps des explications et des éclaircissements : la Sorbonne s'est alarmée dans ses supplications, le Clergé Ta fait dans sa lettre au Hoi, les avocats dans leur déclaration; M. de Mines en vient de faire autant et on veut qu'il en fasse davantîige. Si on s'explicpioit bien et nettement, il ne faudroit point tant s'éclaircir, et il semble que l'Académie françoise devoit intervenir dans ces contestations pour juger toute cette tracasserie p()liti(jue, comme dit Montaigne ( par ex(împle, le Hèune n'est pas le royaume, c'est le gouvernement, et on m'a dit que M. de Mmes se justiiioit ainsi par sa lettre (jue je n'ai pas encore vue. C'est donc une difficulté de (irammaire), mais il ne faut pasoul>lier que dans cette assemblée de chambres, il a été rapporté un bréviaire imprimé à Lyon et où est insérée la légende de Grégoire Vil, il a été remis entre les mains des gens du lioi pour faire exécuter l'arrôt qui Ta déjà condamné et conclure contre l'imprinieur.

Au milieu de toutes ces grandes opér.itions, voilà une nouvelle (onsultntion du 10 juin 1730 (hjunée à la iin du Méinoirt des cent docteurs de Sorbonne exclus, qui devoit être distribué pour la défense de leur cause lorsqu'elle éloil au Parlement et avant l'arrêt d'évocation du

LETTRE LIIF. 191

13 juin; il nVa donc rien de nouveau que l'impression de cette deuxième partie du Mémoire, car la première avoit déjà paru signée de M. de Blaru. On auroit pu se tenir à cette signature, mais le torrent Ta emporté. Ce Mémoire mérite d'être lu, il est écrit avec beaucoup de modération et de force et ne sera pas indigne de réponse. Je ne veux pas vous laisser ignorer une chanson sur le duché que poursuit M. d'Agénois.

Sur Pair des Pendus.

Un paysan dit à son fils :

On se fait duc par les Contis (I) ; Une aveugle et vieille grand'mère (2) Nous reste encor, cherche ;i lui plaire Tu le seras, mon fils Pierrot (3), Comme le Blanc et f-'ignerot (4).

( Saint-Évremont. )

M. de Marimberg n'est pas rayé, ni xM. Daumart non plus; mais on ne veut plaider ni consulter avec ce dernier, et on le veut forcer à quitter.

Lettre LIIP.

A Paris, re'SO décembre 1730.

La lettre de M. de Nîmes est assez bien faite, il a trouvé dans d'autres écrits de quoi justifier ses expressions, et avec cela on peut tout dire et tout écrire, sauf les occasions d'éclat où on doit s'attacher à une expression claire et non équivoque. La calotte de cet évèque est abominable; je suis bien aise de vous entendre dire que celle du

(1) C'est-à-flire les princesses de Conli. ( iSote de Marais. )

(2) C'esl la lille de M. le prince IIt*nri-Jules, qui n'a poinl enrore procure de duché à per.>oiine. ( V. df M.)

(3) C'est M. de la Vallière. (A. ih M.)

(4) C'esl M.d'ARénois. (iV. de V.

\9i ro]\n\svo\\)\sc\: iNrniïr..

chef de h» Justice mùiiteroit une punition exemplaire, mais ce sont à présent les jeux des poêles. J'ainierois hicn mieux leur voir irAler la scène par des Brutus tirés de ('/(•//(' ou de (alUitia qu'on nous promet en 7 actes, que non pas exercer leur style furieux dans des satires qui ne peuvent causer que l'indignation.

Le fait du Bréviaire de Lyon est très-croyable, i)nisque le Bréviaire même a été mis entre les mains de iMM. les gens du Uoi. Tout est possible en ce temps-ci. On voit uneestami>e de la destruction de Sainte-Barbe où le (Cardinal et TArchevèque ont à leur tète un héraut qui exécute leurs ordres; le cadre est orné de devises sacrées et vu bas est une inscription latine en ces termes ;

Fracta pietatis iiuiinabula Seliola verilatis eversa

noimisliostibiis tr.'ulil.'i.

Ml ..([(.b. MDCCWX.

Vous pouvez croire que le nom de Tinventeur et du graveur n'y sont pas, mais le tableau est juli, et il ne faut pas oublier qu'on voit en haut les portraits de MM. (iillot et deBieux (jui font les deux coins (bicarré, et un«; petite devise de VJ'^xil (pii représente Notrc-Seigneur fuyant en (ialilée, avec ces mots : Prinrepa exulum.

Avec cela, qui ne courroit après l'exil. Les connoisscurs trouvent cette estampe un chef-d'œuvre.

11 V a un écrit intitulé ; Avis aux Fidèles de Paria, dont le style est éloquent, élégant et même lumineux, où après avoir examiné les différents caractères des confesseurs molinistes, acceptants, par système, [)ar ignorance, par faiblesse, par politi(pie, par indifférence, etc., etavoir montré les périls prétendus de ces directions, raut(!ur conclut tout doucement à communier du tout. Je ne sais qui est ce dévot autour, dont le style bien criti(pié pourroit être facilement reconnu, et ce se roi I matière académique.

LKTTRL UW. 193

A propos de rAcadéniie, M. de. Ramsay, qui en a élé exclu, s'est jeté dun autre cùté, et il vient d'être nommé gouverneurdu petit duc de Château-Thierry, fils de M. de Bouillon, avec 3,000 livres de pension. Ainsi quand nous voudrons élever nos jeunes seigneurs franrois, TÉcosse est tout ouverte et nous y retrouverons un séminaire de gouverneurs et de précepteurs, ce que M. RoUin a bien oublié dans son livre. Je ne connois point le nouveau recueil de Saint-Evremont, je le crois dès à présent supposé, puisque M. de Saint-Evremont avoit travaillé lui-même à la collection dernière de ses ouvrages, qui a été donnée par M. Desmaizeaux en Angleterre (voyez la Préface de M. Sylvestre sur le Saint-Evremont de Londres, auquel il a travaillé avec Desmaizeaux), personne ne peut mieux vous instruire que lui du mérite de ce nouveau recueil ; il y en avoit autrefois un ancien où on avoit mis une longue pièce de la Consultation à OhjmpCy et c'étoit une pièce d'Hénaut, poète, et qui est imprimée dans ses ouvrages. Je né crois pas impossible que Saint-Evremont ait rejeté quelques pièces indignes du public, mais dès qu'il les a rejetées le public ne les doit plus avoir.

J'ai entendu dire du bien de la Lettre sur Baron el la Lecouvreur; quand cela ne serviroit qu'à conserver la mémoire des grands comédiens qui ont excellé dans leur art, il l'audroit toujours l'avoir.

On vient de me dire que la 2' partie est très-bonne et contient un jugement non-seulement de Baron et la Lecouvreur, mais de tous les comédiens vivants ( brochure, 12').

Je ne sais ce que c'est qu'un roman nommé liosalinde, traduit de l'anglois, imprimé au Louvre, dont on n'a tiré que quel([ues exemplaires, qui a été supprimé sur-lechamp, et qui est oiné de vignettes, cadres, figures et autres ornements fort chers.

Vous verrez que c'est l'ouvrage de qnehpie Ramsay, où sera couvert cabalisliquemcnt l'art d'élever les jeunes

194 COUUKSPONUANCE INÉDlTK.

seigneui^s franrois à rani;loise. Je n^en ai entendu parler qu'à une seule personne. J'enverrai chez M. Tahbé d'Olivet et vous en dirai des nouvelles. En attiMulant, Monsieur, je vous dis bonjour et bon an, et vous prie d'accepter mes tendres et respectueux sentiments. M. rabl)é d'Olivet estdt'logé, et demeure auprès de Saint-Uocii, j'y ai envoyé, on ne l'a pas trouvé.

Le Colombat de 1731 est auiztnenlé d'une liste des cardinaux, où on trouve M. le cardinal de Fleury, néle:23août 1035; les almanachs d'Italie mettent une autre date; il y a faute d'impression dans l'un ou l'autre. L'abbé Baudrv se pourvoit en cassation contre l'arréi qui le prive de tous ses bénéfices, et le Clergé se joint à lui. Le Clergé a raison de prévenir ce cas où il peut tomber.

M. de Goussainville est mort àAuteuil. C'est une vraie perte pour la magistrature, et pour sa l'amille, et pour ses amis. Je le pleure véritablement. Le colonel quittera les dragons, re[)rendra la charge qui depuis si longtemps est dans sa maison, et le régiment ira au chevalier; voilà l'arrangement public.

La vingt-unième lettre du .Voia'e///.s/c continue à berner les Notes de L. Lenglet sur Marol. La fable de l'abbé de Grécourl est assez mal placée dans le Parnasse; elle vise à rol>scène, et ne convient pas à celui qui vient d'entreprendre h's licences du Leiujlel. Cela a grand cours et on est bien aise de rire à si bon marché. Avez-vous reçu les Mémoires dWiyuillon !

ANNEE nSi.

Lettre /'^

A Paris, le 12 janvier 4731.

Je n'ai point vu, Monsieur, la Calotte contre les avocats ni Farrèt dont vous me parlez; je sais seulement par notre potHe de Chartres, qui m'envoie de temps en temps de ses ouvrages, qu'un père Dolu, jésuite, qui est à Chartres, y a lu cette Calotte, dont il est Fauteur, et qu'elle n'y a pas été approuvée : c'est cela qui aura passé à Paris ; je la chercherai avec l'arrôt pour réparer les fautes de votre copie.

Favier étoit l'avocat de M. Tencin depuis le concile, et il y a 7 ou 8 lettres de lui à ce sujet contre iM. Aubry; elles ont été imprimées et regardent l'affaire de la simonie, dont l'arrêt a été inséré dans les Actes du concile d'Emljrun .

Maunoury est un autre avocat qui a plaidé pour les jésuites dans l'affaire des tableaux, qu'ils ont perdue.

L'estampe est fort courue ; on a arrêté quelques graveurs, mais on ne tient pas le véritable.

Je n'ai pas encore vu la comédie de la Femme docteur; on me la doit apporter aujourd'hui, et je suis bien aise de savoir les particularités que vous m'apprenez, cela est réjouissant pour les spectateurs. Il y a une autre pièce de près de GOO vers, (jui est un Complimcnl r/cs habitants de Sarcelles à M. l'archevècpie, sur ce qu'il leur aôlé leur curé qui étoit janséniste et leur en a donné un bien plus commode, qui n'est pas un brûleur de cire, qui dit de courtes messes, qui laisse donser les filles, etc.; elle com-

196 (.ORniSPONDANCE IM^^DITK.

mence : /?o/ijoi<r, monsciiincur Venlrcmille.... il y a mille choses plaisantes en langage de paysan , cl cela linit par une lonsue histoire de Miuhime (onstitnlion-iMenilaSy ])leine de traits, et de son Compère le Formulaire y où on reconnoit le compatriote de maître François et le tour d'esprit de son Philolanus; il faut mettre cette pièce dans le Trésor poétique des Jansénistes, et je vous assure que vous y rirez de bon cœur, disant toujours avec le bon Horace : Hidiculum «/en, etc.

On tient sur les fonts notre confrère Marinberg : huit des iO examinateurs examinent son procédé, que l'on tient avoir été très-mauvais; il a pensé brouiller tout notre ordre et peut-être tout le royaume, il pourra bien non pas être rayé du tableau , mais n'être pas compris dans le tableau que Ton fait actuellement. H est certain que les VO n'avoient signé d'abord que la ConmUahon de 1718 et même sur un exemplaire de cette Consultation, mais sous prétexte d'un duplicata on a fait la surpiise qui a fait tant de bruit.

Ce que vous me dites du Uamsay est singulier; il est de tous les partis, pour le roi et pour la ligue, et il pourra ))ien à la lin venir à l'Académie.

On parle d'une nouvelle consultation de 15 avocats sur la juridiction ecclésiastique intérieure et extérieure, où à roccasion d'une question d'interdit on a ex[)li(|ué tous les principes de cette matière, et on dit (ju'ellea été mise entre les mains du cardinal (jui la doit montrer aux évèfjues.

M. révêcjue de Luron nous a déclaré hérétiques dans un mandement (jui se débite ici et que je n'ai pas vu. .M. d'Fjnbrun en a fait autant , il n'est pas de nos amis. Iniinici fatile menlianlur.

Il y a un po^me épique sur la Calotte qui se débile aux gpectacles, je ne sais si on y trouvera rinstilulion de ce régiment.

1^ Ktl dit 11» iiM» r*«in;Jit ■« As mon . \<>il.i l'i«ij (l«;.>. i ,i-

LILTTRK V'. 197

lottes, n'aurai-je pas aussi la mienne? et il lui répondit : Sire, nous vous guettons. Cette réponse a été trouvée l)onne, aussi bien que celle de M. le garde -des-sceaux à un ministre étranger, qui lui parloitde l'Age du cardinal et de celui du garde-des-sceaux, qu'il dit être dans un âge florissant propre à tout espérer et à tout avoir ; il lui répondit : Monsieur, j'ai l'âge de M. le Cardinal. Il y a de beaux commentaires à faire sur un texte si court.

Je verrai les OFAivres posthumes de Saint-Évremont pour vous faire plaisir; j'ai vu la Lettre sur Baron et la LecoU' vreur,o\i il y al)ien des faits singuliers sur les comédiens et quelques bonnes pièces de vers, cela est bon à garder; il n'y est point parlé des comédiens vivants; il faut que cela ait été retranché. La comédie du Triomphe de l'intérêt a été imprimée sans permission , avec les scènes retranchées. Le Tapinois est iM. Gaudion, qui a voulu être garde du trésor royal ; la banqueroute est mise sur le compte de B. Le mariage qu'on veut rompre est celui de la Duclos. On assure que rab])é Desfontaines est caché sous le nom du petit auteur flamand.

Avez- vous la traduction des Lettres de Cicéron à Brutus et de Brutus à Cicéron [liber singularis)? il est dédié à M. le Dauphin : il y a bien de la science, et de la critique, et de la politique, mais le style est dur, et il reprend sans façon Bayle sans lui faire la moindre petite excuse; ce qu'il dit sur Cléoi);\tre est curieux, mais Bayle dans l'article Tullius en dit bien d'autres.

On dit que le.nouvel archevêque de Sens ne l'est que par convention, qu'il ne fera rien sur la Constitution et qu'aucun évèquc ne l'a voulu avoir à ce prix (jui étoit la loi de l'enchère.

M. le prince Charles s'est fait une petite brûlure au pied ; aussitôt sont accourus les Chirac, les La Péronie; ils l'ont déjà fait saigner trois fois et mis au riz et à

198 (:01UU.Sl»()M)\M I imduk.

l'eau, ils ont craint (|iu'l(iiie tiinuuir inlt riomo , mais il est bien, et cela me console beaucoup.

Je viens d'apprendre que M. Tévi^que de Senez est mort à la Chaise-Dieu; voilà une nouvelle l'ace des choses.

On vend un roman d'JnsfcV cl Pvinsie , dédié au nmrquis de Nesle, et l'on 4.1it dans ryi;)//r(' qu'il est familier avec toutes les vertus. M. de Souvré, (]ui avoit loué ce livre comme on en loue pour lire, l'a rendu au libraire et a cet endroit on a trouvé écrit de sa main : La familiarilé engendre le mépris.

Lettre W.

A Paris, le 2."» janvier 17.'l.

Depuis ma dernière lettre. Monsieur, on a été dans de grandes alarmes sur la santé de M. le ])rince Charles, et on ne parloitque de grandes opérations; mais tout d'un coup la nature a changé; nous sommes revenus de la mort à la vie et le ciel n'a pas voulu nous ùler un prince si bon, si vertueux, si vrai, si sim[)le et (jui fait l'honueur de la Cour. La douleur et la joie ont été extrêmes, et vous pouvez juger ce que j'ai senti dans ces deux états; il me demanda hier si je recevois toujours de vos nouvelles, et je lui lus un petit coin de votre dernière lettre qui le lit rire, et il me fit pour vous, Monsieur, toutes sortes d'honnêtetés. J'ai l'honneur de le voir tousles soirs, de souper dans sa chambre avec compagnie choisie, et là nous disons de boiuies choses et de gaies pour le réjouir ; il est tout à fait liors de danger, et il sera del)out dans 15 jours à ce qu'ont promis M. d»- CliirM- «1 M. de la Peyronie.

M. de Senez n'est pas mort et n'est pas encore dans le Mécrologc de Porl-Uoyal , où on lui garde une belle place, que je crois qu'il ne se pressera pas de remplir si tôt.

Je ne vous ai pas dit que le poëte de Chartres fit des Calottes; il ne se mêle point de cela du tout; il m'a seulement parlé de celle du P. Dolu, qui avoit fait bruit à Chartres; ce qu'il m'envoie sont des lettres en vers qu'il écrit à M. de Lasséré au Temple et à M. le grand prieur; il est d'ailleurs toujours aussi hargneux qu'il étoit, et vous l'avez bien nommé.

Je n'ai point vu la calotte ni la conire-calotte des avocats; cela échappe aisément au milieu de tant d'écrits dont on est accablé.

Vos remontrances ont été mal reçues; le Roi a été surpris qu'on parlât encore de la déclaration du lit de justice et a imposé un nouveau silence sur la harangue de M. deNimes; on a dit qu'ayant été faite au Roi qui en a été satisfait, personne n'ypouvoit trouver à redire. Sur les évocations, il a été répondu qu'elles étoient devenues nécessaires à cause d'un certain esprit de parti qui s'étoit glissé dans les jugements des matières ecclésiastiques et sur les appels comme d'abus; le roi s'est réservé de renvoyer au Parlement celles qui seront jugées convenables : je n'ai point vu les remontrances ; elles ont été tenues secrètes; on n'en parloit pas comme d'un bon ouvrage, et je ne puis en aider M. Fleutelot, que je plains d'être chargé d'une pareille commission dans l'état où sont les choses. Il y a un écrit de M. deSenez, fait il y a un an ou deux, au sujet des évocations, où il y a d'assez bonnes citations tirées des ordonnances et autres actes publics.

Le mandement de M. de Luçon est bien écrit; cela sent le Bussy, le Pellisson , le Fénelon; il s'explique bien sur la légende et sur la matière de l'Église, et comme cela est très-poli et même tendre, on en a été assez touché; sauf le contredit théologi(jue. Il n'en a pas été de même du mandement de M. d'Embrun contre, les avocats; on ne le voit ici qu'en manuscrit, parce que tous les exemplaires imprimés ont été supprimés et portés à la Bas-

MO (:onï\h:siH).MUN(:K lM^l)lTl .

tilIc. CVst l'ouvrage d'un dôchunalcur luricux (jui ne voit plus rien, et il en doit i^tre bien honteux à présent , qu'il voit Tarrét du ^5 novembre, dont il n'a point ])arlé dans son mandement, qui est du Ki déeembre. S'il ne \o. connoissoit pas, il devoit attendre la lin de ralïaire; s'il le connoissoit, c'est une imposture; mais il a toujours frappé sou coup, (jui ne lui sera pas inutile A Home, et pour moi, comme 11 prend la cpialification d'assistant au trône pontilical. Je voudrois (pi'on lui donnAt l'archevêché de lîénévent , ([u'on vient d'Ater au cardinal Coscia par une petite procédure monitoriale assez abn''gëe. Cela vaudroit bien celui d'Embrun et il tiendroit là des conciles tant qu'il voudroit; il pouvoit épuiser toutes les qualifications des practiciens des oliicialités, mais de dire que les consultations sont de honteux suffrages et une ressource méprisable, il n'a trouvé cela que dans le style des harengéres dauphinoises. (Juand je lui conseillai, la veille de son jugement de simonie, de ne point se désister, de crainte d'encourir la perte de ses bénéfices, il ne trouva pas ce conseil si honteux et si méprisable, et il s'en trouva bien.

I>e mandement de M. l'archevêque do Paris tient compagnie à la Bastille à celui d'Kmbrun; il n'a point été puhlié et on ne l'a point vu.

Vous aurez du plaisir à lire la traduction des lettres de Cicéron et de Brutus, et les remarques qui sont savantes, mais je ne sais que vous dire; j'entends mieux le latin de Cicéron que ce franeois-là, où toutes les grAces du latin sont Atécs. Je ne connois point les lettres d«' lirutus dont vous parlez, et qui ont été données paill. Ktienne; je n** les trouve point dans la lîihJiothêrjue latine dtî l'obricius ; je trouve bien cinfj hîttrcs dont trois de Cieé*ron et deux de Brutus dans le Cicéron de (iodefroy, et cpi'il dit avoir été imj>riméesen Allemagne, et ces cin(| lettres n'ont point été traduites par notre nouveau traducteur, qui apparemment les a crues supposées ; toutes ses remar-

LKTTHK IIF. 201

qiics tendent fort au pyrrhonisme historique sur JDien des faits.

L'histoire du Jésuite provençal fera du bruit, je la savois, mais je ne la croyois pas en justice ; je vous exhorte à avoir ces lettres et à mêles communiquer. Les \ouvelles Ecclésiastiques n'en ont pas encore parlé; il yen a déj;\ deux de 1731 (1).

La première donne un extrait d'un mandement de M. d'Arles, qui est d'une folie parfaite; la 2* donne l'abrégé de l'Avis aux fidèles, mais par malheur il a été brûlé par arrêté, et voil;\ le 2'^ tome de iM. d'Eml)run.

Le mariage de madame de la Vrillière est non-seulement accroché mais rompu tout à fait; elle cherche un autre duc et lui une autre femme qui veuille être duchesse.

Lettre IIP,

A Paris, ce 2 février 1751.

L'Afrique n'a jamais tant porté de nouvelles, Monsieur, que nous en avons ici depuis huit jours. Arrêt du 29 janvier avec un beau plaidoyer de M. Gilbert qui supprime llnslruclion pastorale de AL d'Embrun et son Mandement contre les avocats, et ce même arrêt condamne au feu une lettre de Tancien évêque d'A[)t à M. de Montpellier, où il a reparlé de son appel du Roi mineur au Koi majeur (qui était du V^ juillet 1718 et qui fut brûlé

(I) <« A-l-on parlé, rciil Boiiliier le :>0 janvier IT.U, dans les Noivei.les ecci.KSiASTiQiKs, de ce jésuite de Toulon à qui on fait actut'llenu'nt le procès pour avoir, dit-on, alujsé de sa p«'nilentp,jenne demoiselle de dix-linit ans fort jolie. On int^ mande de Provence que la chose e>t fort sérieuse, jpi'il y a dfja quarante témoins dVntendus et plusieurs lettres du bon père de produites qui sont très plaisantes. On me [>rom»'t de nie les envo\rr. La pplit«' fille a été mi^e dans un couvent par ordre du Koi, a ce qu'on dit. .\ulre evem-ment, (pii a bien fait du bruit, à moins qu'il ne vienne quelque ordre supérieur pour l'assoupir. »

202 COURKSPONDANCE INKniTK

par aiTùt d'Ai\ du 20 ilôcenibre 171S). Jo vous mets ces dates aliu que vous soyez plus au lait. Ce même évùque nvoit fait uu mandement du 20 décembre 1717, contenant [)lusieurs déclarations sur la constitution, entre lesquelles il y en a une contre tous les arrêts passés et futurs, où il dit aux tidèles : qu'ils ne seront pas jugés sur les arrêtés du Parlement, mais sur les décisions de rÉiilise, du Pape et de leur évèque; cela est à lire et sert de requête circulaire , ou protestation, ou moyen dahuser contre l'arrêt qui vient d'être rendu. C'est lui (pli avoit trouvé de si belles choses dans Marie d'Agréda, et M. Gaufridi le lui reprocha bien lors de l'arrêt, qui brûla son appel, où il parla noblement sur la minorité et la majorité, qui ne sont jamais dans Tenlance ni dans la caducité; revenons à M. d'Em])run.

M. (iili)ert n'est pas plus l'ami de Monsieur de Montpellier que le sien ; il leur reproche à tous deux des extrémités. Cependant il nous apprend chemin faisant (pie la Constitution n'est point rt^gle de foi ((p.ioique la déclaration du lit de justice dise le contraire); ainsi en voilà pour tout le monde, et chacun peut prendre pour soi ce qu'il lui plaira. Pour nous autres avocats, nous sommes bien vengés. L'arrêt du conseil du 25 novembre n'y est pas daté; mais il est l)ien rap[)elé par la date du 1 6 décembre, (jui est celle du mandement; enfin voilà un archev(*'que assez déshonoré et son formulaire d'injures bien contredit. 11 y a encore de lui une lettre au Hoi , et une autn; à M. d'Angcrvilliers , où il déclare qu'il va se séparer de communion avec M. de Montp(;llier, et ces lettres pourroient bien être brûlé(;s si elles devenoient publicpies, à la différence du mandement, qui n'est pas sujet à cette peine par les juges laïques, à cause du caractère. 51. Gilbert le dit, pag«; 12, et laisse les voies de droit à ceux qui sont établis |K)ur les efiqiloyer de plus près. Que veut-il dire? faut-il un concile comme contre rinslrucli'on de M. de Senez? Quelle voie de droit y a-t-il

autre qu'un concile contre un évèque? Le parlement n'en tint pas contre Tévéque de Sentis au temps de la ligue ; autre brûlure d'une lettre d'un magistrat à un évêque, où on se plaint de Farchevôque de Paris qui continue d'avoir communication avec ses curés, quoique tous jansénistes et suspects , et où on parle aussi de se séparer d'avec lui parce qu'il est trop tolérant : ainsi tout est schismatique, et on veut se séparer du moliniste comme du janséniste; à qui tiendrons-nous donc? Je n'ai vu pi cette lettre, ni l'instruction d'Embrun , ni la lettre de l'évéque d'Apt.

Le duc de Parme est mort : voilà bien une autre face d'affaires et un autre schisme; la reine d'Espagne , seule héritière, ne va pas manquer de faire valoir ses droits, et adieu tous les traités de quadruple alliance de Vienne, Séville et autres. On parloit d'un autre traité fait entre l'Angleterre, l'Empire et l'Espagne; mais cette mort va tout changer, et les politiques n'ont qu'à brûler leurs livres et leurs matériaux, pendant qu'on est dans le temps de brûler.

On vient de m'assurer que l'abbé de Sesmaisons, nommé à l'évôché de Soissons, a raté l'évèché; la nomination est révoquée à cause de certaines notes qui lui sont restées des Jésuites, où il a été régent et qui ne sont point encore effacées : il y a des gens qui ont des registres de satire immortels , et même il y on a encore des vivants qui pourroient les certifier.

L'imprimeur Valfray, de Lyon, s'est très-bien défendu dans ses interrogatoires sur l'ajournement personnel, et il a montré clairement que le volume du bréviaire, qui est au greffe et qui est de l'édition de 1731, où se trouve la h'fjendejii été falsifié et qu'on y a inséré grossièrement la légende d'une autre édition qu'il a suppi-imée depuis l'arrcl; que cela se voit par les manpies de 1 impression et les caractères et les trous de la feuille insérée et que c'est une vraie supercherie, commise par quelque en-

:04 i:()URKSl>ONI)A>CK 1M:I)I1K.

nrnii ' qui sera bien honteux s'il est docouvert ). Le greffi<'r l>al)eau,qui a t'cril l'inlerrogatoirc , n\a pu s'enip»^cluT tren convenir; cette alïaire ne peut que })\on tourner pour Valfray et mal pour les trompeurs.

On jugea hier ;\ la Tournelle le diflôreml de M. de Hroglie et de M. de Mézièreslils. Le premier se plaignoit (juc le jeune officier l'avoit été insulter chez hii. Plainte, information , décret d'assigné pour être ouï , appel par M. de Kroglie comme de déni de justice, appel par M. de Mézirres n'y ayant corps de délit. L'arrêt met sur les ap[)cllations respectives hors de cour; le jeune homme condamné aux dépens pour dommages et intérêts, défense de récidives, c'est-à-dire de plus faire peur à M. de lîroglie. M. Cochin a fait un très-joli mémoire pour M. de M«'ziéres, où le Broglie est bien turlupiné sur sa crainte et sa poltronnerie ; il ne se croyoit en sûreté qu'avec un décret de prise de corps, cela vaut mieux qu'une calotte.

Le mémoire et l'arrêt même en peuvent servir de preuve.

Il y a des changements à la compagnie des Indes; les commissaires du conseil sont <*>tés et ses directeurs; mais on dit que le roi crée une cinquième charge d'intendant du commerce pour M. de Moras, qui aura le département de cette compagnie, et c'est un chemin pour le mener plus haut au C. G.

M. (le la Jonchêrc est jugé; il a tout gagné ; il est rétabli dans son honneur et renommée; il n'y a plus qu'à lui rendre ses charges. Les Paris doivent être bien honteux de leur dénonciation, mais ils ont l'argent et ffirentur dits iratis .

M. le prince Charles est toujours de mieux en mieux; il \<)\is riMid grâces de votre eonqiliment, et m'a dit rpi'il faudroil être bien parfait pour mêrit<;r vos louanges.

La (inzelie de Hollande annonce une traduction de M. de Thou, en françois, qui s'imprime actuellement

à La Haye et dont on donnera un volume tous les six mois in-quarto. Que vont dire vos Anglois?

J'ai remarqué sur les évocations que le roi Louis XIV ayant évoqué à sa propre personne l'affaire des trois curés, par arrêt du 20 juillet 1715, il y eut un autre arrêt du 28 décembre 1715 qui renvoya l'affaire au Parlenient pour y procéder sur les appellations comme d'abus, etc. Je sais que c'est sous le temps de la régence; mais c'est toujours un exemple sur les appellations comme d'al)us; ces arrêts sont dans le Mémoire des trois curés, 171 G.

M. le Normant, avocat, est malade; cela a interrompu les plaidoiries de xM"" de S'Mlaure; son mari a publié un Mémoire de 80 pages en grand in-folio dont il est l'auteur; ce mémoire n'est ni le langage de la Cour ni de la ville, ni du Palais, et est plein de phrases de roman très-ridicules; le beau-père y est fort maltraité.

Lettre IV\

A Paris, le M ftSricr 1731.

Depuis les arrêts dont je vous ai parlé, il y en a encore eu un du 9 février qui a condamné au feu les cinq AouvellesKccléstasliquesde celte année, et cela est venu de ce qu'ils ont critiqué le plaidoyer de M. (iilbert sur l'^tis aux Fidèles. M. Gilbert a pris le parli du public en soutenant sa cause personnelle, et a fait un terrible portrait de ces Nouvelles; on a même renouvelé les peines d'une déclaration du 10 mai 1728, registrée au Parlement, et voilà les auteurs plus alarmés que des poursuites de M. Héraut; il y est parlé du récit des assemblées du Parlement, qui manjue qu'il y a des gens qui trahissent le secret de la cour , et il y a quehiues gens qui ont sur les doigts et qui ne s'en vanteront pas. J'ai encore vu des dernières Nouvelles depuis cet arrêt où le

30G COHRKSPONDANCK INfJMTR.

iiuiiulemenl de M. de Luçon n'est pas bien accommodé.

Notre archevêque vient de donner son Onlounance et Instruction pastorale contre la Consultation des VO avocats. Cette ordonnance est du 10 janvier 1731; elle est longue et contient GG pages in-quaito; elle est trùs-sage, trt's-modérée , savante, instructive, et développe bien la matière de la juridiction ecclésiastique. A peine les avocats sont-ils nommés; ils ne le sont pas seulement dans le titre , et il paroit qu'on n'écrit que contre Tauleur d'un Mémoire, lequel mémoire est condamné comme contenant des principes faux, pernicieux, destructifs de la puissance et de la hiérarchie ecclésiastique, erronés et même hérétiques. Il y a un passage de saint Augustin dont on parait un peu embarrassé à la fin; mais on l'explique bien, et il y a de la bonne foi dont on pourroit faire une objection. Je crois que nous allons encore voir bien des écrits et peut-être cela éclairerat-il cette matière si disputée.

Je n'ai pas encore à moi le Mémoire de M. de Sainte- Maure; quand j'en aurai un , je vous l'enverrai. On n'y fera point de réponses qu'en faisant imprimer l'enquête de la dame. Il y a plus des trois quarts de ce mémoire (pii ne servent de rien à l'affaire ; mais Paris s'en amuse. M. Normant a été malade, et cela a empêché la fin des plaidoyers. M. de la Neuville est là en mauvaise posture, mais c'est un pur loman qu'on fait de son dessein de marier sa fille pour lui donner un nom et finir par n'avoir point de mari et ne point payer de dot.

ï/abbé de Sesmaisons n'est pas encore devenu d'évê- (jue meunier, mais cela y tend, et les satires prennent cours et crédit. L'affaire de Valfray s'obscurcit; on dit qu'il a envoyé toute son édition en Kspagne, avec la légende insérée, et que ceci est un tour (jui rend)arrassera.

Ce n'est point le Duryer qu'on imprime , c'est une traduction nouvelle, avec des notes curieuses et histori-

ques j et je ne sais comment nos Anglios vont se tirer là. J'ai donné votre lettre pour M. Desmaizeaux à de jolies Angloises qui étoient ici et qui sont parties d'hier; elles sont jeunes et savent plus qu'on ne sait ici à 40 ans, sans compter la figure aimable et les noms les plus galants du monde. On dit Zutzy pour dire Suzanne, Betzy pour dire Elisabeth , et il y a des abrégés très-commodes pour se faire entendre en amour.

Nous attendons quelque grand événement dans les matières politiques. La harangue du roi d'Angleterre au l^arlement nous y prépare. On ne sait si ce sera paix ou guerre, et on nous tient dans cetleattente cruelle comme si c'étoit chose indifférente.

On distribue ici un bel in-folio de VOO pages bien relié, qui contient l'examen de la régie des vivres faite par M. de Fargis depuis 1719 jusqu'à 1723; on ne fait pas là son éloge; il est à peu près traité comme un Tallouet; il demanda 12 millions pour le public et lui, et c'est lui au contraire qui les doit, ou en restitutions et billets rapportés après le décret, ou en autres natures, et le roi ne doit rien. Ce travail est immense, et est l'ouvrage de M. Hocquart et de M. Berthelot de Duchy, qui ont été nommés pour soutenir les intérêts du roi dans cette affaire. M. Fargis a trois mois pour répondre, et va bien déranger tous ces calculs ; il s'y est engagé d'honneur à bien des amis.

La compagnie des Indes ne cherche qu'à diminuer ses dépenses; elle subsistera toujours. On a retranché un abbé Raguet, qui avait 12,000 livres par an comme aumônier et vicaire apostolique. N'étoit-ce pas là un bon bénéfice?

Vous savez avant nous la mort de rarchevè(]ue de Lyon; voilà deux bons morceaux, Lyon et Fécamp. Le maréchal Dubourgestmal, autre bon morceau; à qui les donneronsnous?

Un prince de Géorgie, voisin de la montagne d'Arrarath, a promis à la czarine une relique de l'arche de

»% COURKSPONDAISCK IM:I)1TK.

Noé;sicela pouvoit nous rajeunir ou proloni;er notre vie , j'y aurois grande foi.

Lettre V.

A Paris ce 19 février I7âl .

11 y a ici, Monsieur, hicn des assemblées de mes confrères au sujet de l'ordonnance de M. Tarchevèque de Paris. Les uns veulent appeler comme d'abus, les autres veulent sommer le prélat de déclarer quelles propositions sont liéréliciues. Les autres veulent que Tappel soit fait par M. le ])rocureur i^énéral ; d'autres enfin ne veulent jioint qu'on fasse rien du tout, parce qu'en ne faisant rien la menace de l'excommunication deviendra vaine, sauf à faire quelque bon ouvrage anonyme contre l'ordonnance qui la détruira, et alors l'excommunication ne pourra tondjer sur un inconnu; il n'y a encore rien de décidé sur tous ces partis. Les livres sont amassés, les matériaux prêts, foudre contre foudre, et voilà une belle dispute. Opendant Home nous regarde faire et se prépare aussi de .sou côté à (juelque éclat que nous ne craigDons pas beaucoup.

Malgré l'incendie judiciaire des Aouvelles Ecclésiastiques ^ il en parolt une sixième où est toute l'Histoire de la demoiselle Cadière et du père Girard de Toulon. L'Intendant, les juges ecclésiastiques, les séculiers, le Parlement, tout a connu de celte affaire, dont on ne connolt pas le fond , mais (lu'on devine bien, et la devise du révérend IVre : Oub/iez-vous cl laissez faire scï a \>\(iii remarquée parmi les bons compagnons. Le nouvelliste, peu scrupuleux d'ailleurs, l'a pourtant été as.sez pour ne pas vouloir donner la copie de deux lettres qu'il a; ainsi , en cas qu'elles vous viennent, f:ar(b'z-les moi.

M. I«r duc de Chàtillon épouse M""* Houcliu , (jui lui donne la jouiss<ince de cent mille écus et le fonds à

M. le duc d'Olonne, son fils , sans compter 2'i.,000 livres de rentes pour la dépense de la maison, etc., moyennant quoi elle sera assise. Le marquis de Tessé n'a pas cru pouvoir se venger autrement de sa belle -mère qu'en lui faisant des chansons Ti faro canzone en voici un couplet.

Elle a donné cent mille écus Pour asseoir le plus vilain cul Qu'a la cour jamais ou verra.

Alk'luia.

J'ai fait une courte réponse au long' Mémoire de M. de Sainle-Maure; je vous en enverrai une copie manuscrite, car on ne l'imprime pas encore à présent.

On vient de me parler de Lettres d'une fiUe turque à Paris , à sa sœur au sérail. Ce sera quelque second tome des Lettres Persanes, qui fera peut-être chasser de TAcadémie celui qui les a désavouées. Les Mémoires de la vie de d'Auhigné sont imprimés; je les ai vus autrefois en manuscrit; il y a bien des traits contre Henri IV, et je ne sais si on les a tous laissés; cela vient de Hollande; on vient de donner aussi des OEuvres mêlées de prose et de vers du comte d'Hamilton ; il faut bien délasser un peu le monde des écrits de la Constitution.

Le P. Porée a fait un bel éloge de M. de Fontenelle dans un Discours sur les critiques. H dit qu'il est harmonieux avec les dieux, éloquent avec les orateurs, subtil avec les philosophes, profond avec les géomètres , pénétrant avec les anatomisles, tout en tous, presque unique dans chaque espèce , et qu'on ne peut demander dans un critiquetoutes ces parties que la nature n'a jamais données qu'c\ un seul homme. C'est bien dommage qnW n'ait pas parlé de sa théologie.

Je vous éci'is ceci en courant et vous embrasse de tout mon cœur.

M. le prince Charles est tout à fait bien, et il est sorti hier.

JlO (.OKRKSPONDVNCK IM^LDITi:.

Lettre Vf.

A Paris, le 24 février 17S«.

Voici, Monsioui', une nouvelle toile ourdie, et en vérité il fait beau être à Paris pour voir toutes ces besognes. M. l'évoque de Laon a fait un mandement où il s'est avisé de citer un concile de Home qui n'est point reçu en France, et de parler de la juridiction ecclésiastique d'une manière peu convenable. Aussitôt M. Gilbert a préparé son éloquence, et par arrêt du -20 lévrier, le procureur général a été reçu appelant comme d'abus de ce mandement, et défense comme d'abus de le distribuer. Vous verrez ce plaidoyer, qui est très-solide et plein d'une lumière où il semble manquer un peu de splendeur et d'urbanité, et il y a dans le style des défauts qui rendent souvent le sens obscur, mais avec un peu d'attention on en vient à bout. 11 est beau d'avoir voulu défricber cette matière dans le temps qu'elle commence à faire Ijruit. Janus i\ Costa, cité dans le Mandement ( [)iiges 33 et 3i) de M. Tarcbevèque, dit fort bien que c'est une dispute de mots, et qu'importe que ce soit juridiction ou autorité etpuissance; mais dans l'exactitude grammaticabî des mots, ce n'est point juridiction ; la citation de l'abbé Fleury m'a fait plaisir, et elle m'a même servi A corriger une faute d'im[)ression dans ré(UrH)n de 1G87, où il y a une ligne d'oubliée.

M. do Montpellier a fait une lettre pastorale de M) pages contre la barangue du clergé ; cela est fort vif et fort clair. Il y a un grand passage d'une barangue du cardinal (hi Perron sur l'article du Tiers-État, qui est bien appbcjué, et s'il y avoit un concile à Narbonne, cela ne se passeroit pas comme à Kmbrun.

{jts avocats se sont assemblés sui* l'ordonnance de notre arcbevèque; les voil;\ devenus maifrcs en divinité,

LtTTRE VP. 211

comme on appeloit les jurisconsultes du Concile de Constance, il a passé de 18 contre 15 qu'ils passeront à Tappel comme d'abus. L'autre parti étoit de ne rien faire; à présent que la porte est ouverte à l'appel , par le dernier arrêt, il n'y a plus qu'à entrer, mais qui est-ce qui plaidera pour l'archevêque et M. de Laon, si tout l'ordre appelle? Qui est-ce qui plaidera même dans les autres causes comme d'abus^ puisqu'ils seront les parties des évêques? Que pensez-vous de tout ceci, et ne vaudroit-il pas mieux rester dans l'inaction? Mais on veut parler, écrire et employer les matériaux ramassés. Pour moi, je n'ai point signé et ne signerai rien ; je vous dis tous les secrets.

Je vous fais compliment sur ce que votre Parlement a supprimé la légende; elle est imprimée partout; et M. de Montpellier dit que dans son diocèse les religieux de Saint-François en ont malgré lui dit l'oraison à la messe.

Malgré aussi l'arrêt qui a brûlé les Nouvelles ecclésiastiques, elles continuent. Les dernières, du 12 février, contiennent toute l'histoire des remontrances; la réponse de la Cour y est tout entière, et un discours de M. l'abbé Pucelle (sur cette réponse), qui est d'une générosité immortelle. Cela est à voir et à garder pour l'histoire du temps. On a obligation à ceux qui veulent le secours de la compagnie, et apparemment on a certains principes mitigés sur les serments.

On vient d'arrêter un prêtre distributeur des Nouvelles ecclésiastiques; il a été mis à la Bastille d'abord, puis remis à la Conciergerie pour être jugé au ParL-ment , en exécution du dernier arrêt et de la déclaralion du 10 mai 1728, où il y a des peines de carcan et de galères. Voilà le petit tribunal souverain du Chàlelet dépouillé de sa juridiction ecclésiastique eu partie. Ce [)rèlre a déjà dit qu'il connaissoit l'auteur, mais qu'il ne lenommeroit jamais.

M'"*" de Tournon, autrefois M""" du Brossay, vient de quitter son mari, et M"' la princesse de Conty l'a retirée ;

•jfj r.ORUr.SPO.NDAMlK I^É^ITE.

elle a emporlé ([indiques lianles cl vaisselle (rargcnt, et cela a fait un procès criminel qui a été renvoyé au civil : en quittiint la maison, elle a écrit à son mari une belle lettre, (jui est un libelle de divorce : ils vont plaider si cela ne s'accommode. Je prêche la paix, mais les esprits sont bien animés, et si la dame fai:>oit un mémoire, avec la langue dorée qu'elle a, il seroit meilleur que celui de M"* de Saint -Maure. On vient de me donner un épii;ramme qui seroit meilleure si elle n'étoit pas adressée à M. de la Motte.

EPIGllAMME.

Du lu'aii larcin qu'au ciel lit Proméihée, Clh'Hiue mortel en naissant a sa part; De fctte llaniine, aux iunnaiiis a|)[)orlée, Los lots sont faits inégaux, au hasard. Au mieux loti, si (aut-il encor l'art.

Si lui faut-il, étayant la nature, l'ar longs travaux veiller a sa culture. Puis pour guerdon, qu'aura-t-il ? Un vain lot. Tandis que ceux que le destin fit sols Kn nonchaloir fnt'tlant labeur, étude, \ivcnt contents; loisir el quiétude Sont de leur sort attributs précieux :

Près de ces biens que vaut la renommée ? Dis-moi, La Molle, est-ce donc (pie les Dieux En n'accordant aux talents (jue fumée Vcugeut encore ce vol audacieux ?

l.cUir Vil .

A Parlfi. ce 2 man I7.'tl.

Voilà, Monsieur, les coups qui commciicentàse donner. M. le cardinal de Poli^'uac a été insulté à Kome ; on a coupé lesrênesde sescbevaux ; son coclnrrou.son suisse, je ne sais le(|uel, a été tué, el son Kminence a eu peine de .se sauver de la populace. Voyez quelle alïaire arrivée en la per-

LETTRi: Vir. 213

sonne d'un cardinal chargé des affaires de France et qui représente le roi ; voilà matière à de belles pyramides. Si nous avions du sang aux ongles, comme nous en avions du temps de M. de Créquy et de M. de Lavardin, M. de Saint-Aignan pourroit bien rester en France à faire son ambassade à Paris; le cardinal avoit découvert qu'on ouvroit ses paquets de France et y avait trouvé une enveloppe de papier d'Italie ; il s'en est plaint, cela a fait du bruit : le directeur des postes de France a été arrêté; et il y a peut-être là-dessous quelque vengeance italienne , je n'en sais rien?

Tantœne aniniis cxlestibus irœ ?

D'unc6té, l'évêque de Laon a fait un mandement nouveau contre l'arrêt de l'appel comme d'abus; il y dit qu'il en aura justice; il déclare que la consultation qu'il a condamnée est celle des 40 avocats qui a été déjà condamnée par l'arrêt du 30 octobre et par l'ordonnance de l'archevêque de Paris; il excommunie ceux qui liront la consultation et l'arrêt. En attendant, il ordonne qu'on récite, à la messe, la collecte pour l'Église et contre ses persécuteurs, jusqu'à ce qu'il ait obtenu la justice qui lui est due, et qu'il espère de la protection de Dieu, qui a promis d'être avec son Église jusqu'à la fin. J'ai lu ce matin au Palais ce mandement en courant, et vous pouvez penser ({uelle est l'indignation publi(|ue contre un si furieux mandement. C'est un tocsin pour le schismJe.

L'archevêque d'Embrun a aussi fait un nouveau mandement contre l'arrêt qui sup[)rime le premier, et ou dit qu'il condamne le livre des Lois ecclésiastiques d'Ihricourt, qu'il regarde comme le fondement de toutes les erreurs des avocats.

On vient de me dire qu'on a brûlé à Rome la Consultation des avocats, et VAnêl du 25 novembre ({ui les réconcilie. Je ne sais si cela est bien vrai.

Le prince de Monaco est mort; c'est M"" de Valentinois

314 C.OI\RESl»0^l)A^CK INKDIÏK

qui sera souveraine; son mari sera \c ni;ui do la souveraine, connue eu Angleterre.

Ou piaille la cause de M"'' de Saint-Maure; vous aurez son eiuiuète; elle m'en a donné un exemplaire pour vous; je voudrois bien y joindre le 31émoirc du mari : on plaidera après PAques la cause du duché d'Aiguillon.

M*"' Bouchu est duchesse de CluMillon ; M'"'' Gruyn n'a pas voulu être duchesse de Mazarin.

Lettre VIU\

\ l'an>. ce .") mars 1731.

La nouvelle du cardinal de Polignac ne se coniirme pas comme je vous l'ai mandée ; il y a bien quelque chose, mais on ne sait pas encore le détail. Nous verrons si notre nonce doit faire son entrée bientôt; il seroitbeau de lalui laisser faire et lui rendre offenses pour offenses, s'il V en a eu de faites.

Mes confrères ne suivront point votre avis, huir travail est fait; ils ont M. (iilbert pour eux et l'autorité de I/oyseau, «lui a bien traité cette matière. La (juestion est encore si on appj'llera comme d'abus, ou si on s'en tiendra à un Mémoire anonyme. Dans tout cela il n'y avoit qu'à s'entendre, mais on ne veut pas. M. Pierre Pilou a donné dans son testament un conseil qui scroit un ))el exemple à suivre; ce que l'on ne fera point.

.M. de Laon a été si fAché de l'appel comme d'abus du procureur général, qu'il a f.iitun mandement contre l'arrêt; il ne veut pas qu'on le li.se, ni la (ousnllaflon des VO, A peine d'excoujmunication ])ar le seul fait, et juscpi'jl ce rpi'il ait eu justice de cette entnqirise , il se met sous la protection de Dieu et ordonne qu'on dira la collecte contre les persécuteurs de l'Kfflise A toutes les messes. Je vous ai peut-être mandé c^la; il n'importe, voici le fait : il va eu un second arrêt qui sup[>rime ce deuxième man-

LKTTRE VIIK. 215

dément comme séditieux et contraire h. Tautorité des parlements. Il y a eu des voix pour le décréter; d'autres pour saisir le temporel, mais sa qualité de duc et pair a arrèté; parce qu'on n'étoit pas en pairie : on lui a envoyé un huissier exprès à Laon pour lui signifier l'arrôt.

11 faut voir comment il sera reçu.

J'ai vu son premier mandement, qui est long et hardiment écrit : il pose tout le système de Jansénius, et dit que les cinq propositions s'en ensuivent nécessairement et qu'elles font tout le livre ; il parle du concile universel. Pour moi je me souviens, et cela est dans mon Journal de 1725, que le pape le déclara simple concile provincial, malgré ses flatteurs, qai le faisoient œcuménique, parce que le pape y avoit présidé ; il parle trèscavalièrement de nos libertés et n'en fait pas plus de cas que d'une politique. Il a trouvé dans le Mars Gallicus de Jansénius, et je ne sais ce que les jansénistes y répondront, que Jansénius soutenoit qu'on pouvoit déposer un roi hérétique et délier ses sujets de leur serment : ce qu'il dit à propos du traité de mariage d'Isabelle avec l'archiduc Albert, de mai 1588, oii il y avoit clause qu'en cas que les descendants de ce mariage ne fussent point catholi(|ues , ils perdroient la propriété de leurs États et les sujets ne leur obéiroient plus. Cherchez cela dans votre 3îars Gallicus, livre H, ch. 27. Vous voyez que les disciples de Jansénius ont bien changé , mais ils sont fâchés qu'on ait trouvé cela dans leur maitre. Le reste du mandement est sur la juridiction ecclésiastique et est fort outré; il acceptée la lin la Constitution, condamne les 101 propositions et le livre du V. Quesnel, et aussi tous livres, libelles , consultations, etc., et comme il ne s'étoit point expliqué spécialement sur les consultations, il a déclaré, dans son petit mandement dernier, qu'il entend celle des VO, condamnée par l'arrêt du 30 octobre 1730.

Je suis au fait sur le jésuite de Toulon; s'il est jeune et la fille jolie, je crains bien que cela ne passe la my.sti-

5IC (.OUnFsPONDANCR INf:DITK.

cité. J'attends les deux lettres pour en juuer mieux, el je vous assure que je suis siuis préventions; je pense même comme vous, sauf le cas des deux points que j'ai dit d'abord.

Los 3ît'moir€S ile d'Aubi(jiic m'ont été prêtés par M. de la Monneye , manuscrits ; ceux (jui ont sa bibliothèque l'en ont peut-être tiré.

11 y a une pièce de vers qui est la Chimère embrunnoise j pièce diaboli(jue ; la Chimère est composée de la Motte, Fontenelle et Astruc, qui sont les conseils de M d'Kmbrun. Les avocats et M. Gilbert sont les Bellérophons. Je vous enverrai cette pièce qui vous fera frémir, c'est un beau pendant pour l'éloge du P. Porée ; ce qu'il y a de plaisant, c'est qu'un ami de Fontenelle ne l'a jamais reconnu dans cet éloge en le lisant avec Fontenelle lui-même. Je ne sais rien sur le (comte) de Charny.

Lettre IX\

A Paris, ce 9 mars 1751.

Je commence, Monsieur, par vous remercier des deux lettres du V. Girard, où je vois bien du mystique, mais je ne sais s'il n'y a point du molinosisme et de l'adamite dans ces mots de la premi«'re. « J'ai une grande faim de vous revoir et de tout voir; vous savez que je ne demande que mon bien et (jn'il y a longtemps que je n'ai rien vu qu'à demi. »

Je ne sais, en vérité, ce que le bon père vouloit voir, et cela ressemble i^eaucoup à ce jésuite delUieims (du temps de .M. Letellier) sur lequel on fit le petit livret de VAdamitef où sont rapportés des fragments de lettres pareilles à celles-ci. Ce Père vouloit tout voir l'un après l'autre, el la grande perfection étoil de montrer tout ensend)le pour apaiser la grande faim du directeur. J'en reviens toujours à la question : est-il jeune? li fille est-elle jolie

LKTTRE IX^ 217

Voici bien d'autres affaires, et vous allez en entendre de belles sur les deux puissances. Le second mandement, ou plutôt lettre de M. de Laon, a été supprimé par arrêt du 2 mars comme séditieux, attentatoire à l'autorité royale et à l'arrêt de la Cour, sauf au procureur général du Roi à prendre au surplus telles conclusions qu'il jugera à propos, en procédant au jugement de l'appel comme d'abus.

Et comme cet évêque s'étoit appuyé de l'ordonnance de rarchevèque de Paris, M. le procureur général a pris le parti d'appeler comme d'abus de cette ordonnance, et cet appel, auquel personne ne s'attendoit, a été reçu par arrêt du 5 mars sur un court plaidoyer de M. Gilbert, qui montre qu'il ne peut y avoir dhérésie ni peine d'excommunication dansées matières limitrophes, c'est son mot, et que l'Église n'a d'elle-même ni pouvoir vraiment coactif, ni juridiction extérieure et proprement dite. L'arrêt, au surplus, fait défense de débiter ou distribuer aucun exemplaire de ladite ordonnance, jusqu'à ce qu'autrement par la cour en ait été ordonné, et il arrive singulièrement que l'imprimeur du Parlement est celui de l'archevêque, en sorte qu'il vend l'arrêt qui lui défend de vendre l'ordonnance. Vous ne sauriez croire l'effet que cet arrêt a fait dans Paris; on ne doute pas qu'il n'ait été concerté avec le ministre; il n'est pas du tout cpiestion d'évocation jusqu'à présent, et voilà mes confrères les avocats bien soulagés, car ils n'appelleront point, et c'est au Parlement à démêler l'affaire; on leur a défendu défaire imprimer leur Mémoire i[m étoit tout prêt; mais attendez-vous à le voir im|)rimé au premier jour malgré la défense.

Ce que vous dites sur la question au fond , et principalement sur la dissolution du mariage , i[\n est une matière journalière, me frappe beaucoup; je ne sais comment l'archevêque de Pai'is l'a oul)lié. Loyseau n'en parle point aussi, et à bien lire Loyseau, il dénie le pou-

2! (oiuiksfondam:!-: im:i)iti:.

voir coactif et la juridictiotî proprement dite. Mais pour j'iLTer eelte dissolution, ne i'aut-il pas un tribunal, et ee tribunal ne vient-il pas de la concession du prince (1)?

Je ne connois le livre du P. Martin que par les Nouvelles ecclésiastiques^ qui en ont fait un i^rand article et qui ont répondu à ce qui les regarde. Ce livre est devenu rare ; je le chercherai ; on n'a pas oublié l'endroit de la cuisse qui est si proche d'un autre.

Il y a des Mouvelles du 2'f février où Tauteur répond à l'arrêt cpii en a fait brûler cinq et au ré(juisitoire de M. (lilbert. Gela a été composé avec grand soin et même l)ien du respect pour le Parlement ; il prie M. Gilbert de le faire avertir des faussetés, s'il y en a dans ses \ouvelles. Nous prenons la liberté de Fassurer de notre prompte déférence pour des avis quil lui serait aisé, commk il sait, de faire passer jusqu'à )ious. Que dites-vous du soupçon qu'il jette , que M. Gilbert ne peut le connoltre ou ses correspondants. Il y a dans cette nouvelle plusieurs traits contre M. de Laon.

Il court une pièce affreuse en vers, intitulée la Chimère emhrunoise contre M.M. Tencin, I^amotte , Fontenellc et Asiruc. C'est le diable (pli en est aut(;ur ; faites des signes de croix comme le diable de Papefifjuiére , qui fcc signa, et jetez de l'eau bénite; dans votre cabinet.

M. l'évéque d'Kvreux vient de donner une longue Instruction pastorale contre la consultation des 50 sur le concile d'Kmbrun. Il y a bien de la science, et la pièce est à garder; mais cela vient trop tard au milieu de tant d'autres affaires, et on ne sait d'où vient ce réveil.

M. Iicrnard père marie sa lille, qui a 9 ans et demi, à M. .Mole, nouveau président X mortier, et par là s'allie A toute la robe et donne un [jrotecteur ;\ sa famillr; il a Mg^ment et dignement [M-nsé.

(f * iT.ne faiilil p'is un 4|>|».iril«'ur, d li'coiilrùlr cl le |ia|>ier marqué,

u'è'> pai tu k* t olain'« apostolique» tlifltig»'"* ?

Lettre X",

A. Paris, ce 15 mars 1751.

Vous voulez donc, Monsieur, un remède prompt à tous nos maux; eh bien î le voici : il vient de paroitre un arrêt du conseil d'État du Roi du 10 de ce mois, par lequel, après une énumération exacte des deux puissances, de laquelle cependant les évéques ne se contenteront pas, le Roi qui a cru en cette occasion suivre l'exemple de ses prédécesseurs, pour arrêter le cours des disputes naisscùites sur cette matière, a ordonné que toutes lesdites disputes et contestations, et celles qui y ont rapport, demeurent suspendues et les suspend, et impose 'par provision un silence général et aljsolu, sur ce qui fait la matière des contestations; défenses aux Universités, facultés de théologie, droit civil et canonique, de permettre aucune dispute dans les écoles sur cette matière, et d'enseigner rien de contraire aux principes ci-dessus marqués ; défend aussi à tons ses sujets de quelque état , qualités et conditions qu'ils soient, de faire aucunes assemblées, déclarations, actes, délibérations, requêtes, poursuites ou procédures à Toccasion des disputes, et d'écrire, composer, vendre, débiter ou distribuer directement et indirectement aucuns écrits, livres, libelles, mémoires ou autres ouvrages sur le même sujet, sous quelque prétexte ou sous quelque titre ou nom que ce puisse être, à peine contre les contrevenants d'être traités comme rebelles et désobéissants aux ordres du Roi, séditieux et perturbateurs du repos public; Sa Majesté se réserve à elle seule, sur l'avis de ceux qu'elle jugera à propos de choisir incessamment dans son conseil et môme dans l'ordre épiscopul , de prendre les mesures les plus convenables pour conserver de plus en plus le droit inviolable des deux puissances et maintenir entre elles l'union qui doit y régner pour

'2-20 coRKr.sro.NOANCK iM*:i)rrK.

le hitMî coininuii de TÊglise et de l'Ktal; exhorte et onjoiiit aux archevêques et évoques de veiller à ce que la traiu|uillité (|u'elle veut y iiKiintenir pai* hi cessation do toutes disputes soit charitaljleinent et inévitablement observée. Enjoint à tous juges, chacun en droit soi, notamment au sieur Hérault, lieutenant général de i)olice et aux lieutenants généraux dos autres villes, de tenir la main à l'exécution du présent arrêt, sur lequel toutes lettres patent» s seront expédiées.

Je remarque sur cet arrêt : 1" le détail des droits des deux puissances, (|ui en donne une idée meilleure que .M. Fleury ; on eût pu cependant s'en passer à ce qu'il semble, parce que c'est supposer ce qui est en question, mais on a voulu mettre cela hors de question.

•2° L'exemple des prédécesseurs est ap[)aremment certain, et il ne sera pas dilticile d'en trouver dans les Preuves des Libertés.

3" La suspension tombe aussi sur les disputes qui vont avoir rapport à ces contestations. Or, cela est bien en général, et peut-on étendre ce rapport à la Constitution ou à la Légende? Je ne le crois pas et ce n'est pas le dessein.

V II est défendu aux universités, etc., de permettre aucune dispute sur cette matière ; on ne disputera donc point, mais il est défendu de rien enseigner de contraire aux principes ri-dessus marfpiés. On a donc voulu établir des principrs, et si on les enseigne comment n'y dis[)utera-t-on pas? Le silence absolu nedevoit-il pas compn'Udre l'enseignement? Non, on n'a voulu suspendre que les questions téméraires.

5' La défense des assendjlées, délibérations, etc., regarde les avocat.-» «pii s'assemblent et (jui alloient publier leurs mémoire et déclarations et peut-ètn; doniuîr cpielque requête. Cela regarde aussi les évoques qui faisoienl des îissond)lées et cpii auroient peut-être fait (pielques procédures, car il y avoit des intimations sur les ap[>els comme d'abus du procureur général , < t l'arche-

LF/ITRR X'. 221

vèque de Paris étoit intimé; il eût donc pu se défendre.

6^ Sous quelque prétexte et sous quelque titre et nom que ce puisse être, exclut les mandements des évéques comme tous autres écrits, et il faudra bien qu'ils se taisent.

7°La peine d'èlretraitéscomme rebelles, désobéissants, séditieux, perturbateurs doit faire peur atout le monde, et aux évéques même, dans une matière où le Roi a intérêt et qui est limitrophe, comme dit M. Gilbert; chacun n'a qu'à rester comme il étoit et ne sera point sujet à la peine.

8** Sa iMajesté se réserve à elle seule de choisir dans son conseil et Tordre épiï^copal ceux qui donneront des avis les plus convenables sur cette matière. Voilà une évocation majeure plus autorisée que celle dont on parloit, et cependant les deux appels comme d'abus subsistent et ne ^ont (pie suspend us jusqu'à la décision de ce tribunal qui ne viendra peut-être jamais. Cet expédient pourra conserver Tunion qui doit régner entre les deux puissances pour le bien commun de l'Église et de TÉtat, et dont il est parlé dans l'article 82 des Libertés où M. Dupuy rapporte cet ancien dicton, venu par tradition dans la maison de France :

Mariage de Bon Denis , De l'Église et des Fleurs de Lys.

Quand l'un de l'autre partira, Cliucun d'eux si s'en sentira.

Nous allons voir si quelqu'un voudra être désobéissant et rebelle, et si dans une question qui n'est proprement que de nom, on hasardera, du coté des évè(|ues, de faire quelcjuc mandement contraire à la volonté du roi. Pour les avocats, les en voilà dehors avec lionneur et une double bataille gagnée. On nous avoit bien dit (|ue M. le Chancelier alloit faire paioilre son ouvrage Sur les donations; il vient d'être publié en forme dUrdonnmire de

232 (:c)Uiu:si'uM)anc;l inkdite.

Louis AT, roi de france et de Navarre, ilonnée à Versailles au mois de février 1731, el regislrée le 9 mars. Au milieu de la ^Hierre ecclt'siastique, voili\ un l)eau traité de paix temporelle, puisqu'il va finir bien des procès; le préambule est éloquent et maunilique, et les parlements y sont bien loués, l'ordre des actions bien distribué, les décision claires, les dispositions, quoique un peu composées, nettes et bien réduites; enlin on ne peut trop admirer un dessein si grand, auquel tant de savants el ilhistres magistrats ont éclioué. Cela va immortaliser le règne du roi et sa législation et son cliancelier; la suite paroltra liientut.

J'ai connu madame de Mucy et l'ai vue à Saint-Maur fort aimée et fort aimable; quel rapport peut avoir ce mauvais conte avec d'Aubigné? Je verrai cela. Vous avez à présent la Chimère et pouvez la garder, je garderai pour moi le secret du Journal de II. (1) et de tout hi reste, comme vous me le garderez aussi ; j'ai griffonné tout ceci à la hilte.

Lettre XI'.

A Paris, ce 18 mars 17.%i.

Vous serez bien aise d'apprendre, Monsieur, (]ue M"" la comtesse de S.unte-Maure , gagna bier son procès à l'audience de la Grand 'cband>re, contre son mari. L'appellation est au néant, émendanl, évo(|uant le princi[)al et y faisant droit, ordonne (prdle sera séparée de corps et de iiiens d'avec son mari : dès à présent, elle entrera en [>ossession du surplus de la dot (|ui est entre les mains de M. de la Neuville el qui est de 2r>,()00 livres de rentes au

(I) Pif M U'ttre Hu 10 man 1780, Doulilor lui ronliail l** siT.rj.'t (riiiie in'fjoctatioD Iffxlant a \"ttn\tte^f>'utn et a la piiblicatiuii dt* la partir encore in(''dite, dool il avait cliarKé Tabb»: d'Olifct.

LETTRE Xr. 223

moins, et pour la dot de 3*20,000 livres reçue, les parties contesteront plus amplement (parce qu'il y a eu une partie employée en actions); le mari condamné aux dépens. M. Gilbert a parlé quatre heures et avoit été de cet avis. Il a principalement insisté sur les trois lettres du mari, qui avoit abdiqué sa femme, et ne vouloit plus vivre avec elle; tout Paris vouloit que nous perdissions notre cause, mais tout Paris a perdu la sienne, et voilà un grand triomphe pour les femmes, pour M. Cochin et pour moi. Le jeudi auparavant, M. Cochin avoit plaidé pendant deux heures. Comme Démosthènes il avoit tonné, foudroyé et arraché les entrailles de tout le monde; c'est une des plus grandes actions que j'aie jamais entendues. Vous aurez les Mémoires des deux parties imprimés par la voie ordinaire, et une copie d'un petit qui est de moi; enQn M. de la Neuville doit être bien aise d'être délivré d'un pareil gendre, qui a fait tout ce qu'il a pu pour le déshonorer.

L'affaire de la sœur Cadière est finie , j'en ai une relation depuis le 10 février jusqu'au 28 ; la plaignante a été elle-même décrétée d'ajournement personnel, enfin elle s'estrétractéeets'est désistée de la procédure; maison prétend qu'elle est devenue hébétée avant cela et qu'une certaine potion n'y a pas nui, dit la relation, dont je vous ferai faire copie si vous ne l'avez pas. Voilà un beau dénoûment de tragédie.

M. Bernard, mailre des requêtes, a vendu Grosbois à M. le garde des sceaux V00,000 livres avec les meubles; c'est un grand marché, mais cela n'a pas été tout à fiit volontaire, car ces MM. Bernard fils ont fait des emprunts de millions, et le père veut qu'ils soient payés; le nouveau gendre est reçu président à mortier, il y a de la joie d'un côté et de la gloire de l'autre : c'est à présent la belle-mêre qui est chargée de l'administration de la maison.

Bonjour, Monsieur, et bonne fête.

«4 COURI-SPONDANCI-: IM.DITK.

A Paris, ce 22 mars «731.

Je VOUS envoie, Monsieur, pur la voie de M. Marlin, les deu\ Mémoires imprimés, et les miens manuscrits; mais il fairt s'il vous plait me renvoyer ces manuscrits, parce que je n'en ai point trautres; j'ai écrit le dis[)ositirde l'arrêt sur un des Mcnwircs , et des observations î\ côté pour renlendre : cet arrêt fait grand bruit dans Paris, les hommes crient, les femmes rient; mais enfin le voilà rendu. On ne parle du côté de M. Sainte-Maure que de cassation, même des donations portées au contrat de mariage, faites par l'oncle au neveu. J'y trouve un bon expédient, c'est que l'oncle se marie; qu'il fasse un enfant et il révorpiera les donations. Vous trouverez à la fin les LcUres qui ont fondé l'avis de M. (lilbert.

J'ai enlin vu Vlnslruclion de M. d Kmbrun sur la consultation des iO; elle est datée du -20 janvie.r 1731 , et ainsi antérieure ù l'arrêt du -20 janvier qui supprime son premier mandement. Cela contient 70 pages : vous voyez bien qu'il a mis telle date (pi'il a voulu. C'est la matière des deux puissances traitée avec beaucoup d'autorités et de citations et dans un style fort vif.

M< Icliior Pastor n'y est pas oublié. Il y a bien des articles d'ordonnances qui sont plus l'ouvrage d'un avocat que d'un évêque, et comme les avocats ont fait les évêques, voilà un évêque qui devient avocat; il a voulu mettre une 2* partie sur l'atteinte (jiie les ^0 avocats donnent ;\ l'autorité rovale, et cela étoit bien inutile depuis l'arrêt du 25 novembre, où le roi les reconnolt pour SCS fidèles sujet.s, et dont le prélat parle p:ige 47; mais par un tour d'une éloquence .singulière, il veut montrer que les principes de cet ouvrage des avocats sont les mêmes que ceux du calvinisme, et bur cela le voilà ù

faire Thistoife des guerres civiles. Il n'a pas pensé que M. Arnauld, dans V Apologie des callioliques , a traité ce môme argument contre les calvinistes , et en a bien déchargé les catholiques; toutes ces récriminationssont donc bien déplacées et encore plus contre des gens qui ont tant écrit contre la légende; il veut aussi tirer avantage d'une lettre dedom Thierry, qui n'est avouée de personne; il la tourne de cent façons, et elle ne peut venir que d'un esprit tourné, ou bien près de l'être. Il faut voir encore comme il accommode M. de Montpellier, qui n'est pas homme à demeurer sans réponse; enfin, l'imposition du silence serait bonne pour tout, car voilà un scandale plus sophistique qu'hérétique et où on n'entend plus rien.

Je n'ai point ouï parler de V Arlequin jésuite, il n'y a peut-être encore que le titre de fait. Il faudroit un Pascal ou un auteur du Calholicon pour donner à une telle pièce la force qu'il faudroit.

Les Nouvelles ecclésiastiques n'ont encore rien dit sur M. de Laon et M. l'archevêque Paris; ce dernier est malade. On vouloit faire tonsurer le petit Espagnol, qui n'a (jue dix ans ; il a été interrogé, et a très-bien répondu en latin sur les trois propositions et s'est déclaré moliniste ; il aura dispense d'tlge. Ceci entre nous, comme tout le reste.

Le juif qui vouloit faire assassiner Francœur et balafrer la Pellissier a voulu se venger par une satire , et a payé un por'te (jui a fait la fable de la Perruche cl du Pélican; elle s'est trouvée dans les papiers du valet arrêté. Je vous en enverrai une copie : voilà des voies de fait de toutes les tarons. Ti faro una canzone d'une main, et le poignard de l'autre. H y a une calotte contre le curé de Saint-Sulpice , sur une fêle où il y avoit des petites tilles : vous l'aurez aussi.

Le lieutenant de police de Grenoble a saisi le premier mandement de M. d'Embrun chez le libraire, en conséquence do l'arrêt du parlement de Paris(|uiena ordonné

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