T. IN
1J6 (:ori\kspom)an(:k im^ditk.
la suppression ; il en a été répriinaiulc par M. le Chan-
Lettre Mil
•2i mars 17:U.
Vous m'avez envoyé , Monsieur, des pièces du procès de la Cadière. Je vous en envoie une du procès du juif Dulis et de ses adhérents et assassins. Joinville (valet]y interroiré sur cette pièce, qui s'est trouvée dans sa malle , a dit l'auteur à qui il Ta payée ; il s'appelle Castera, il est de Bayonne, et vient de faire Le Théâtre dea Passions et de la fortune , qu'il a dédié ;\ M*"^ le comte de Clermont. C'est une chose curieuse que cette Épltre dédicatoire. M. Hérault a envoyé quérir ce M. de (^astera, et lui a lavé la tète, cl cela en est demeuré là; mais la fahle, qui ne doit pas être si secrète que l'instruction criminelle, a passé dans lepuhlic; vous jugerez si la perruche est plus décriée qu'auparavant, par celte belle satyre, (jui est en même tem[>sall«'*L'^orique et personnelle. On aarrèté un deuxième soldat aux (iardes pour cette affaire : c'est le Hoi qui en est cause. 11 dit au chevalier de Cuntades, qui a une compagnie aux gardes : « Il y a un des soldats de votre compagnie qui a voulu assassiner un de mes petits violons, et ce soldat a eu un congé. » Le chevalier avoua au lioi que ce soldat lui avoit dit qu'il avoit été au cabaret avec un de ses camarades boire un écu qui avoit été donné au camarade, qu'en buvant il lui avoit proposé ime mauvaise action, (jue lui n'avoit point voulu accepter, et (pic voyant l'autre arrêté il avoit prié son capitaine de lui donner un congé de trois semaines; qu'il lui avoit donné, et qu'il savoit où il éloit ; on l'a donc arrêté aussi. Tout Paris croit (jue ce n'est rien que cette affaire ; mais c^est qu'on ne sait pas la peine de la machination (;ii France, et on a oublié M'"" Tiquet, (|ui fut décapitée sur ce
LKTTRE XUI». 227
seul crime, et avant elle M™* de Lizore. La question est si l'on peut faire le procès au juif, qui est en pays étranger; et pourquoi non, puisque le crime prémédité et machiné devoit s'exécuter en France? Si le juif étoit ici on lui feroit son procès en personne; puisqu'il n'y est pas, il faut le faire par contumace. Je crois même que les Hollandais devroient le livrer si on le leur demandoit, car ce crime peut aller au plus loin ; il a de plus 50,000 fr. de rentes sur la Ville, et cela est bon à confisquer. Le procès civil pour les pierreries n'a point eu de suites ; il a été jugé sur le Théâtre-Italien. Mais voilà un étrange homme de poursuivre sa vengeance contre une telle créature, jusqu'à la vouloir faire assassiner et son amant, et encore la calotiner.
Je viens de remarquer, dans votre lettre du 20 mars, que l'arrêt du curé de Saint-Barthélémy levoit l'interdiction ; il ne la levoit pas, ce n'étoit qu'un arrêt de défenses, et c'est le curé qui a cru que ces défenses levoicnt l'interdiction. Le Parlement n'avoit donc rien fait contre la loi divine, si elle a lieu dans ces cas.
On a fait une calotte courte contre M. le premier présisident :
De par le Dieu porte-marotte;, Point (le tète, point de calotte.
Kt quelqu'un a répondu :
Calotin, tu n'es qu'une bète, Qui porte cornes a mie tête.
Tout cela est bien charitable ; l'arrêt du silence ne fera point taire les poètes, qu'il faudroit pendre.
Vous trouverez ci-joint la copie d'une lettre qui contient une relation de raffaire de la Cadiêre jusqu'à son désistement. J'ai appris (pic depuis la mère a donné une requête au parlement d'Ai.v, où elle demande que sa lille lui soit remise entre les mains, et cpi'il lui sera permis
558 œi\I\KSPONDANCE INÉDITK.
dinformer du hrcavai;e (jni lui a été donné, qui lui a tourné la tèle. Le dominicain et le carme ont aussi donné lours requtMes pour être déchargés des décrets.
Ledre A7P.
A Paris, ce 1" a\iil \7M.
Je ne sais plus rien de la Cadière, sinon que dans les iS'ouvelleii ecclésiastiques on a mis trois placels qu'elle a donnés au commencement de Talfaire i\ M. le cardinal Fleury, à M. le Chancelier et à M. de Saint-Florentin, qui sont assez bien faits et qui représentent l'alTaire comme capitale et poussée aux derniers désordres. Le pyrrhonisme historique, qui a bien sa place dans les choses publiques, le doit avoir encore plus dans celles (jui sont sous le secret de la justice. Ce seroit une belle curiosité d'avoir la premi«'*re plainte, mais on ne l'aura pas, et |MMil-ètrc même n'est-elle plus dans le greffe. Oo y parloil de coups de lance qui n'étoient pas trop mystiques ' lancea carnis).
l/affaire du juif va son train et les délais courent; pour la lable, elle ne peut être jugée qu'au tribunal de la Calotte. On dit (ju'on en a fait une sur l'cirrèldc M""'d<' Sainte-Maure, où M. lepremier [)résident etM. Cilbertsorjt attaqués. Voilà le comble de la folie. Le mari avoit dans son conseil un M. Hosc du IJouchet, qui s'est ruiné, cpji est devenu poOte, et qui peut fort bien on être l'auteur, car il vient de nous donner un poëme calolin en 7 chants, intitulé le Conseil de Momus el la Uevue de sou rr(jimeul. 11 y a une pn'face en vers poiii' la date et 1< lieu de l'impression, et qui tinit ainsi :
Mais 014 se vend ce livre enfin! Sous le manteau.
On dit que M. Ikjsc u fait la plus grande partir* tlu Mêmoivf queji; vous ai envoyé; il n'en sera guère niieu\ que le 1'. l'oi^son de son mandement de Laon.
LETTRE XlV^ 220
Xous sommes menacés d'un grand ouvrage de la part desévéques, et cela fera paroitre celui des avocats. Nous aurons là un beau silence ; cependant il y a déjà des commissaires ecclésiastiques et laïques nommés, M. le cardinal de Bissy, iM. le cardinal de Rohan , l'archevêque de Uouen, le chancelier, le garde des sceaux, MiM. d'Ormesson , d'Argenson et de Fortia. Je ne sais pas bien quelle autorité aura ce tribunal et s'il fera des canons, des décrets, des ordonnances, des arrêts avec infaillibilité.
Il y a une autre affaire ecclésiastique qui va faire du J)ruit partout; le pape a donné un bref, le 2ï août 1730 qui établit le cardinal de Bissy et l'archevêque de Rouen commissaires apostoliques pour le gouvernement et la réformation de l'ordre de Cluny; ce bref, qui a été trèssecret, est tombé entre les mains des moines de l'ancienne observance, le 17 mars 1731, et le 26 de mars (sans perdre de temps) ils ont répandu dans Paris des Observations imprimées sur ce bref, qui est imprimé en latin et en françois (contre l'usage du royaume ), et ils prétendent prouver que ce hveî est pernicieux à l'État, préjudiciable à rordre de Cluny, contraire aux règles de ta hiérarchie , de la charité et de la bienséance. Les commissaires y sont malmenés, et le frère du cardinal, par qui la réforme auroit dû commencer; cela est écrit très-vivement et à la lu\te, mais il y a du l)on. M. l'archevêque de Vienne doit être bien picpié; il est traité dans ce bref comme un petit al)bé à qui on va faire le procès, et j'entends dire qu'il a appelé comme d'abus de ce bref au Grand-Conseil. Vous aurez aisément ces observations.
Je ne vous ai point parlé de Diane ou plutôt Corisaudrf (lAndouins, mais d'une Louise de Kocpielaure, femme d'Antonin de Gramont, qui fut conseiller d'Etat d'épée le 28 août IGOO, qui la lit condamner à mort en 1010 [»ar son parlement de Bidaclie, qui la lit décapiter en vertu de cet arrêt, malgré les sollicitations de la Reine-
230 COIIRK^PO.MUISCE IM^DITI..
Iu''i:eiitc , sur (juoi intervint TarriH célMire du conseil il'Ktat ilu 10 janvier Kîl 1 dont jo vous ai parlé dans une lettre (jui doit être de février 1730, si vous les gardez. Ce fait est très-eertain, et n'appartient point à la belle Corisandre.
M. d'Oresmieux, cpii a autrefois tant [)laidé au (irand- C^onseil , et a été conseil des plus grandes maisons, se meurt; il a pris une pleurésie et une tluxion de poitrine à une campagne où il vouloit me mener ces fûtes : sa femme, qui est ma parente et qui n'est point avec lui, ne sera pas fAcliée d'être veuve.
JAllre \V\
A l'aris ce 8 avril l?."!.
La querelle des ducs et duchesses contre les femmes et hommes de conditiona été réglée en faveur des premiers, qui précéderont les autres dans toutes les cérémonies : la noblesse se plaint, et a été au Cardinal, qui a dit (ju'il n'avoil vaque les ducs; M. de Pons (Berryj lui a dit qu'il avoitdéfendu à la noblesse de s'assembler, et qu'apparemment il n'y avoit plus en France que les ducs et les avocats qui pussent faire des assemblées. Cependant voih\ le rt'^glement fait, et bien des dames en colère, qui peutr\vo quitteront la cour.
.M. le cardinal de Bissy, qui est un des commissaires de la chandire mi-partie, est malade, et cela va en retarder les opérations; on les appelle les arpenteurs s[)irituels.
pendant qu'on est en train de régler les limites, on a fait une commission, par arrêt des 11 et 17 mars, pour régler celles des trois professions des médecins, cliirurgiensetapothicaires,et les brevets des remèdes spécilirjues, [K)ur être continués s'ils guérissent et révocpiés s'ils ne le font pas. Vous voyez que l'on songe au corjis comme à l'àrne; et après cela peul-onseplaindrcdu gouvernement?
Voici trois couplets schisinatiques qui sont venus de la Cour, et où les noms ne sont pas épargnés :
Psos évêqiies se partagent, Tout est en combustion ; Ces grands et saints personnages Diffèrent d'opinion
Sur les mirlitons , etc.
Suivant les derniers usages, Strasbourg, Saint-Brieux, Luçon, Rieux, Du Puy, tous gens sages, Donnent bénédiction A tout mirliton , etc.
L'archevêque de Vienne , De Rouen, Nîmes et Soissons, Le petit Chiepois de Rennes , Excommunication A tout mirliton, etc.
Voilà une belle addition à faire au Gallia chrisliana , et de quoi bien commenter si on vouloit. iM. rarchevôque de Vienne a bien une autre affaire pour Tordre de Cluny. Sans doute vous avez à présent les Observations sur le bref.
M. d'Oresmieux est mort d'une fluxion de poitrine en sept jours ; il passoit quatre-vingts ans, et ne les paraissoit; il vouloit plaider contre la mort, mais il a perdu sa cause ; il a dicté son épitaphe aux notaires qui ont reçu son testament, et il y a mis toutes les charges qu'il a eues chez M"'*" la Dauphinc et chez M"" la duchesse de Berry, et à
la fin il a dicté : « Mort le , » afin que le sculpteur
ne Toublie point. llanomm«';pourson légataire universel un petit d'Oresmieux, fils d'un conseiller d'Abbeville, (jui ne jouira de ses biens qu'à vingt-cinq ans, et jusque-là la jouissance appartiendra à M. et M'"" de Nyert de Gambaix; et si Tentant meurt avant vingt-cinq ans, ils auront la propriété. Tout cela est orné de grandes substitutions. Sa veuve, qui étoit jeune et qui étoit séparée de lui, ne
5SJ roRRF.siH):\DAM:r. iM.hn r
inan(|iiora pas de faire mettre le jour de la mort à ré[)ilaphe. M. I^inssonneau est exécuteur du teslanieiit.
Je suis bien aise cjuenies.l/cmo/nvset Observations dans l'atTaire de Siiinte-Maure vous aieui plu. M. IJosc doit renoncer î\ présent aux procès et s^en tenir aux calottes. Son poème est imj)riiné, et se vend sous le manteau ; on le trouve aisément à la Comédie. Le traité volontaire a été l)ien discuté lorsque la preuve a été admise; ce n'étoit pas une paix, c'étoit une trêve guerrière. Vous en trouverez la preuve dans la première des trois lettres imj>rimées après Tenquète, laquelle lettre contient les motifs du traité, et a servi lors des deux arrêts de principe à M. (iilbert, pour la preuve et pour la séparation. Les dépositions supprimées étaient des faits de la plus fine i^alanterie ; le B. est Breteuil, maison dit qu'on avoit pris une sœur pour l'autre, et tout cela étoit dans la bouche de misérables, qu'on auroit pu faire pendre si on avoit voulu. N'est-il pas plaisant (ju'on ait apporté du papier l)lanc à des juges, et qu'on ait voulu leur donner une énigme à deviner comme dans le Mercure f
Je n'ai point l'arrêt contre la comtesse de (jiamont ni celui du 16 janvier KHI, qui est du conseil d'État, avec les dispositifs entiers; mais j'ai l'histoire de tout cela très-exacte, et je vous la ferai co[)ier. M. de Gourgues, maître des requêtes, alla de la part de la Kégente à IJidache, et il yen a(«c)du 5 octobre KilO; ce fut depuis ce temps-là que la comtesse fut jugée et exécutée, et ensuite fut rendu Tarrêt du Conseil du Hi j.iuvirr Kill, qui esl rappelé presque tout entier dans cette histoire. Le procureur général de l\'iu, (jui contestoit la souveraineté de liidaclie, se .servoit de cet arrêt du (>onseil, elony répondit. Je fis un premier mémoire irénéral, qui est romme un inventaire des titn.-s, et M. Vezin lit le contredit de la production du P. Ci. C'est dans ce contredit iiupiiru*'- (jue se trouve celte liistoire, rpii est des j)lu»^ singulières et des plus tristes.
LETTHE XVr. 233
En ce moment iM. le Nonce, qui a apporté les langes pour le Dauphin, vient de faire une entrée magnifique, et M. Bernard lui a prêté trois attelages des plus beaux chevaux que l'on ait jamais vus et qui ont fort paré cette entrée.
Lettre \VJ\
A Paris, ce 18 avril I""!.
On plaide la cause de M. d'Agénois sur le duché d'Aiguillon, qu'il veut faire revivre. Messieurs les ducs (22 opposants) viennent de publier un Mémoire faitpar M. Aubry où cette prétention est traitée presque de ridicule, et on y fait entendre que si elle avoit lieu^ que ce duché passeroit par la sul^stitution du testament de M""' de Combalet aux enfants de M. Quélin-Duplessis, qu'on a vu au Palais substitut de M. le procureur général, et à M""-' d'Alesm'e, femme d'un conseiller au parlement de Bordeaux, qui descendent de la troisième petite-nièce de la testatrice. Il semble que l'édit de 1711 a réglé tout cela et qu'il faudroit faire revivre le cardinal de Richelieu et son autorité pour faire revivre ce duché. Je remarque qu'il roi)tint en janvier 1G38. C'est le temps du commencement de la grossesse de la Reine. H venoit alors de renvoyer le P. Caussin et se défaire de M'" de La Fayette; il étoit plus que jamais en état de tout avoir après de si grandes victoires, mais ces temps sont oubliés, et il y a des règles. M. le duc de Richelieu ne sera pas bien aise de toute cette parenté qui entre dans sa généalogie ; et d'un autre c6té on dit que c'est ce qui fera gagner la cause à M. d'Agénois contre les ducs, qu'on voudra humilier : c'est un trait malin de la cour que je vous contie.
Vous trouverez ci-joint un mémoire singulier et bien dressé d'une affaire qui vient d'être jugée en Provence, au parlement d'Aix, et qui mérite l)ien d'être mis dans
334 CORIIKSPO.NDWCK IiNROlTR.
nos recueils comme celui du lieutenant civil Unzô, (jue vous avez tiré de ceux de MM. Diipin . ('/est un rare pays que cette Provence pour les aventures.
Celle de la Cadièro prend un tour qui doit l'aire grand bruit. J'entends bien comment on })eut connoitre de (ouïes façons, mais je ne sais pas comment on s'ensorcelle. J'apprends (ju'il y a appel comme d'abus do Tolticialitc de Toulon et cinq avocats chargés. J'attends de beaux imprimés, et que vous en aurez pour vous et pour moi.
J'apprends que le livre latin de M. Bossuet sur les propositions de 108*2 se traduit à présent en Angleterre par le P. Courrayer ; il écrit bien en français, et il n'y a pas là matière à glisser ses erreurs^ pourvu qu'il ne s'avise pas d'y mettre des notes.
Avez-vous lu V Histoire de Charles XI f, roi de Suède, par Voltaire? Il est supprimé.
Savez-vous ce que c'est que les Spiulri^r (]ue Caligula abolit? De quoi se mùloient ces femmes?
Lettre WIl.
A P;iii>. ce 27avriM7.'l.
.Nous n'avons encore rien dit, Monsieur, d'un petit journ.'il rpii se fait ici toutes les semaines sous le titre de IS'ohvelliste du Parnasse, parrjuatre personnesd'esprit, ;\(jni on adonné le droit de dire et de penser tout ce (qu'ils veulent sur les nouveaux livres et les nouvelles pièces de théAtro. Cela est si bien ménagé que mie Journal des Savants ni le Mercure ne peuvent se plaindre qu'on prenne leur p.ut; mais les mauvais auteurs v sont mal accommodés, et celte liln-rlé, qui plaît tant au public, leur déplaît fort; il y a déjA 1 % lettres : on se souvient avec plaisir des Nouvelles de la liijiuhliqneih' Basile en les lisant ; le sel y est;\ [>leines mains. .M. de La .Mottr; le prosat«'ur n'y est pas oublié, non plus que lesautres novateurs du l'arnasse; enfin, cet ou-
LETTRR XVllP. 235
vrage est si vrai qu'il ne peut pas durer. Les journalistes des pays étrangers y ont leur fait comme ils méritent. Le Gayotde Pitaval a voulu écrire contre le NouveUiste; Dieu sait les plaisanteries qui lui ont été rendues, et je ne crois pas qu'il y retourne. On ne peut plus rire que Ton rit là pour ses cinq sous. Dans la dernière Leltre ils disent qu'ils sont une petite société inconnue, humble [et pacifique, mais ils vont faire une guerre parmi les auteurs : si vous ne l'avez pas lu, vous aurez l)ien du plaisir, et si vousPavez lu, vous avez dû en avoir. 11 se vend à Paris, chez Chaubert, avec privilège et approbation, et cela fait bien de l'honneur à M. Chauvelin, qui a la direction de la littérature.
Les youvcUes ecclésiastiques deviennent plus rares; la chasse qu'on leur donne les diminue, et voilà le Nouvelliste qui prend leur place. Je n'entends rien dire du bureau spirituel; on est assez tranquille, hors le procès de quelques curés qui se plaignent de leurs évéques, et il y en a un à la grande chambre contre l'évéque de Chartres. En voici un qui est né d'hier : le chevalier de Janson est mort à l'archevêché , Morant l'a taillé de la nouvelle taille anglaise, qui a mal réussi ; il a été assisté pendant sa maladie par le clergé de rarchev«''que. Le curé de Sainte- Marine se plaint, et dit qu'il a dû être appelé, comme propre curé, et qu'on n'a pu faire donner les sacrements par un autre; et le pauvre mort se trouve maltraité au temporel et au spirituel.
On voit à Paris des RcquèUs et Mémoires pour l'affaire de la Cadière; je ne les ai pas encore vus; il y aura là de belles choses, et si on dit tout, comme notre iYout*e//t.s/e.
Lettre X VIH\
A Paris, ce h mai IT'I.
Vos réflexions sur le Nouvelliste du Parnasse sont excellentes, mais en attendant on rira pour ses cinq sols.
Î2fi CORUKSPONDANCK. IM'HITI
Il est vrai (lue (juolcjiics bons auteurs pourront se (léiioùler, quoique ceci touibe clairement sur les mauvais, d'aulres ne s'en soucieront gut're, et, par exemple, je ne crois pus que M. lie la Motte et autres gens de son parti en écrivent moins dans leur style néologique : à la iin, cela se dissil)era de soi-même, et je vois déjà que cette petite société Ixidine donne des systèmes sur la religion païenne, parles tiancs de laquelle on pourroit dire que la religion chrétienne est percée, comme dit Bayle dans l'article de Despkrikrs au sujet du Cjmhaïum mundi. Vous verrez cela dans la iy Lettre, qui est une espèce de 0///»/;^lum, et M. de la Monnoye, qui trouva de l'impiété dans cet écrit ^sur lequel il a fait des notes ajoutées dans l'édition des Contes de Des Pcriers"*, ne manqueroit pas d'en trouver dans cette lettre, où il y a plusieurs traits sur la religion en général; ainsi la liberté passe bientôt à la licence, et on revient à la modération malgré soi. Il n'appartenoit qu'à Bayle de mettre dans sa critique un sel qui nY'toit pas mordant : mais ce iVoure///.s/c mord et cherche toujoui^ à reprendre quelque défaut dans ce (pi'il approuve. Je n'aime pas (|u il ait loué la lettre de M'" de I^mliert sur les femmes, comme «n petit clief-dauvre de morale, l'ne dame de beaucoup d'esprit me disoit le dernier jour que ce petit clief-d'd'uvre ne pouvoit faire des femmes que des p. et des précieuses. Ce (pi'ils ont dit de llabelais n'est pas aussi un discours de gens de lettres: en condamnant ses nururs ils pouvoient élever sa langue; cl son génie : tiKji'uiosissimum ojms; il faut (pi'il y ait dans celle petite société-ci quelque scrupuleux et quehpic libertin, unlmnetun mauvais soldat, etchacun nous donne sa besogne tour à tour. Il faut la prendre comnu; vWv. vient; elle a déjàservi àempécher un homme de condilion de donner un mauvais mélange aucpiel il travaille depuis lon::temps et que sa famille crai^'^iiolt cpi'il ne doniiAt en pidilic. Klle lui a envriyé le iSouvcUlstc, et il a renoncé à son dc^'Sein par la crainte de las/ilire, (ormidine pœnœ.
M. de Lage est un président de la chaml)re des comptes, qui a été un grand négociant de mer et que l'argent retenu en Espagne ruine ; il y a eu lettre de cachet pour l'arrêter et une autre pour le faire sortir. La commission des fils de M. B. ne paroit pas encore, maison sait que MM. de la Malmaison , de Montliulé, de Courleil et Cliaillou, conseillers au Parlement^ sont les commissaires, avec deux avocats, qu'on ne m'a pas nommés. Jen'aurois point certainement accepté cette commission. On dit qu'elle ne doit durer que deux mois ; il faudroit ouvrir le coffre-fort et renvoyer tous ces créanciers, mais on n'en fera rien et le monde criera. Je ne sais s'il a des spinlriœ , il vit comme s'il en avoit, et les Caprées de Passy en sauroient bien que dire.
Je ne passerai point à M. d'Évreux sa récusation impossible d'une chambre des requêtes du Palais ou du Chàtelet, et vous y avez très-bien pourvu, et la remarque de Godefroy, conseiller au Parlement, m'a bien fait rire. Voilà une étrange bévue ; je n'y avois pris garde et je n'ai pas manqué de la noter à la marge.
On a publié la mort de M. de Brillac, mon parent, et son gouvernement a été demandé au Roi; il n'est pas mort. J'ai vu une lettre de lui du 27 avril à M. le prince Charles, où il raconte son mal et sa guérison ; les demandeurs n'avoient parlé que du premier et oublié le dernier. On lui a fait de grands éloges, le croyant mort, et il a eu le plaisir d'y survivre. On voit une parodie trèsbien riniée du sénat de Brutus; c'est le sénat acadèmicjue où parlent Houdart et Fontenelle, et où on fait entrer Thiriot, député d'Arouet, qui est honteusement renvoyé.
Lellie \IV.
A Taris, le 9 de mai 1731.
On plaide la cause de M. d'Agénois avec grand a[)pareil ; M. Normant s'y est fort distingué, et par sa plai-
238 (.ORKKSI'OnANCR LNKDITK.
iloirieel par un iiu'iuoire qu'il tidoniu', nuiosl iioblt», plein de sens, de raison et de recherches curieuses, mais utiles i\ sa cause. Après avoir coni[)aré ce mémoire avec celui des ducs, on voit qu'ils n'ont de bon que leurépigramme, et que leur affaire est mauvaise, et mal entreprise, et que M. d'Agénois. contre qui on crioit tant, ne pou voit pas mancpier d'ùtre duc. Cela sera décidé jeudi. M. Gilbert parlera, adhucsuhjudicc li.^cst. VoilA, Monsieur, la grande nouvelle du Palais.
11 y en aune autre. LaTournelle n'entend point raillerie; le député du juif Dulys n'avoitété condamné au (^hàtelet qu'à être pendu, et le juif aussi en effigie; mais sur un appel a t/ii/i/ma, ils ont été condamnés à être roués, ce que le juif ne sentira guère. On a raison de s'élever contre ces sortes de machinations par lesquelles un homme du bout du monde vous fait assassiner qui il lui plaît. Cela fera une vilaine légende ou commémoration pour M"*" Ticquet, qui vit dans le monde comme s'il n'étoit rien arrivé à sa mère : on va bien courir après la confiscation de juif ; si on faisoit bien, on la donneroità la IVlissier, afin de mettre ensemble tous les trésors de rini(piité.
On a plaidé à la Grand'chambrc une cause d'un curé de Chartres, qui a voulu se servir de son vicaire pour assister un homme à la mort. L'évèque a fait et nommé un autre vicaire. Appel comme d'abus. Là cause plaidée, M. Gilbert a été pour le curé, et on a appointé. Ce qui est plaisant, c'est que, par je ne sais quelle méprise, M . le cardinal sollicitoit pour le curé, (;t on ne s'en est aperçu qu'à la fin de l'affaire.
.J'ai vules J/emo/rcsdedAubi^n*', (jui m'ont fait plaisir, et que j'ai trouvés mieux écrits que ses autres livres. 11 se bat un peu trop souvent, don Quichotte n'a pas tant d'aventures; mais ce qu'il dit de son maître ('st cui'itîux el Tilc un [)eu de grandeur à la gloire de Henri IV ; cela c«t sur le ton de VApohyic de iM"" de Uohaii. — L'his-
LKTTRE XIX''. 239
toire de madame de Mucy est ridicule et grossière; il n'y a que le fait de Stanhope qui intéresse^ et on dit qu'il est vrai. Quelle idée d'avoir joint cela avec les 3it'moires d'Aubigné ! Les libraires sont bien des misérables, qui abusent de leur métier, et on en devroit bien punir quelques-uns judaiquement.
Le Nouvelliste du Parnasse continue toujours, et on lui laisse dire et faire tout ce qu'il veut. La IG^ Lettre termine le 1*^' tome, qui nous annonce de Nouvelles réflexions de M. de la Rochefoucault. Pour moi, je ne suis pas si grand admirateur de ces réflexions , où il y a beaucoup de malignité et de subtilité métaphysique ; le goût, Vair les manières^ tout cela est trop fin, et étoit bon à l'hôtel de Rambouillet ou avec M. de Cléraml)ault et le chevalier deMéré, et est à peine souffert chez M'"* de Lambert; où tout est néologue en pensées et en paroles. Les hommes sont des hommes, et il faut leur parler humainement. Il y a dans celte IG^ lettre un bon caractère de Mahomet, que j'ai mis à la tète de sa Vie de B., et un trait contre le i\ Pétau, qui ne s'y attendoit pas.
L'arrct qui porte la commission de MM. Bernard est imprimé, et a été signifié aux créanciers; il est singulièrement composé; il n'y a point de raison, sinon la crainte des frais de saisie-réelle, et il n'y a pas un débiteur qui ne soit dans ce cas : on y met les biens de chacun des deux frères. Il paroit que les charges de maître des requêtes et de président des enquêtes sont vendues, on ne dit pas à qui, et cependant ils exercent; les commissaires sont MM. de la Malmaison, Monthulé , Courleil, Pellonet, Chaillou et MM. delà Vigne et Oacon, avocats. Le dispositif défend de faire aucune poursuite ailleurs et nommer un séquestre , Tixier notaire , pour recevoir les fruits et revenus, et le prix des biens vendus et de ceux qui se vendront par les commissaires, (irosbois y est pour 380,000 liv.; les créanciers doivent faire viser leurs titres dans deux mois , ])our être procédé à la li(|ui-
540 œKR^.spoM)A^c^: lnkditk.
dation vi à Tonlrc et état de distribution. On a mis dans le dis[)ositif un cerlain mot iVabatiilonneVy qui est bien fatal.
Lettre W.
Jcutli 10 mai IT.'I.
C'est aujourd'hui un prand jour pour M. d'Agénois, Monsieur; M. (iilhert a conclu contre lui, mais l'arrêt a été pour lui, et il a été ordonné que sans avoir égard à l'autorité des Ducs il sera reçu en la qualité de duc et pair, sans néanmoins qu'il puisse prendre rang et séance, que du jour de sa récei)tion en la Cour. Voilà une belle question jugée; je la tenois certaine pour M. d'Agénois, qui à la vérité ne remonte pas à son érection de 1638, mais le voilà toujours duc et pair et M™*^ d'Agénois duchesse, et le l^arlement vient de l'aire ce que le Roi n'a pas voulu faire. Je crois .M. (iilbert un peu fâché de voir ses conclusions rejetées dans une affaire publique, et qu'ayant proprement parlé- pour le Koi on ait jugé qu'il l'ai mal défendu. Je vous ferai donner un mémoire de 31. d'Agénois, si vous voulez , je n'en ai point des ducs.
Il y eut hier un triste spectacle. Le nommé Joinville, machinateur contre Francœur de l'Opéra, fut roué vif et Dulys en effigie. L'arrêt rst du 8 mai 1731, qui reçoit le ])rocureur appelant a mininui de la sentence qui condamnoit à être pendu, etc. Dulys est déclaré dûment ntleinl et convaincu (Savoir à prix d'argent emjaffé ei loué François .Mine (dit Joinville) pour excéder François Francœur, et le dit François .Mine de s'être loué et engagé û ])rix d'argent, et d'avoir voulu louer et cngagei* \ prix d'argent des soldats au régiment des Cardes françaises j)onr excéder ledit Françoi*; Francœur. Ix* titre de l'arrêt est Arrêt de la cour de Parlement portant condamnation à la roue, vif, pour machinations d'excès et coups
de hâtons : je ne sais pas trop si Dulys est juif , l'arrêt ne ledit point, et il s'appelle François aussi.
Il y a eu de grandes assemblées d'avocats au sujet du sieur de Mariniberg, pour savoir s'il étoit rayé du tableau; il l'a emporté de liO voix sur 50; il avoit gagné sa cause avec les iO devant le Roi, il ne pouvoit plus la perdre.
Le fameux Aymon est mort ; il s'est fort fâché contre les médecins, et auroit fait une calotte contre eux s'il avoit eu le temps, comme Scarron, qui vouloit faire une satire contre le hoquet, mais le hoquet l'étouffa. Voilà apparemment le régiment réformé et même cassé; Aymon en a tiré tout ce qu'il a pu pendant sa vie.
L'évoque d'Agen (Saléon) a défendu sous peine d'excommunication d'aller à la messe des appelants ni de se confesser et communier par eux. Le parleaiient de Bordeaux a donné un arrêt qui reçoit le procureur général appelant comme d'abus, et cela fait grand bruit.
M. de Vernicourt, qui estde mes amis et, je crois, aussi des vôtres, vient de se marier et a épousé M'"' de la Garde, que vous devez connoitre. C'est une ancienne amitié; elle est riche et a de l'esprit, et ils vivront bien ensemble.
La comtesse de Hautefort vient de donner un nouveau Mémoire contre M. d'Iiautefort, sur l'appel de la sentence du Chàtelet. Je ne trouve pas encore cela de la force dont je voudrois, et il me semble qu'on laisse trop à faire aux juges. C'est toujours M. Aubry qui est pour elle , M. Cochin répondra bien.
Lettre XXt.
A Paris, ce 25 mai 1731
M. le vicomte de Tavannes ne vous a pas bien dit l'affaire de M. d'Agénois, vous la verrez dans le mémoire que je vous ai retenu, et il y en aura aussi un poni* notre
T. I\ . Ml
un (:()Ul\KSPO^DA^(:^: i.nkditk.
ami M.Flouttolot ; M^'d'Airénois a ]>i'is son tabouret aiiss'\iM aprt's l'arrêt, mais extrema (jaudii Inclus occupât. Tous ces niouveuienls lui ont donné la petite vérole, et je ne sais si elle n'aimeroit pas mieux être belle que duobesse. Voilà un triste événement après une joie si marquée : on dit effectivement qu'après l'arrêt elle parut comme la déesse de la joie, et mit tout le monde en admiration.
L'affaire de Dulys a produit deux couplets de cbanson (pie je vous envoie; on y renouvelle les coups de bâton de Voltaire, et il n'avoit pas trop à faire de ce rafraîchissement. Voici ces deux couplets :
Pelissier, Marseille a des chaînes, Bien moins funestes que les tiennes.
Sous tes fers on est accablé, Sans que jamais rien tranquillise; Quand on les porte, on est volé, On est roué quand on les brise .
Admirez combien l'on estime Le coup d'archet plus que la rime.
Que Voltaire soit assonuné, Tlu-mis se tait, la cour se joue, Que Francœur ne soit qu'alarmé, Ce complot seul mène à la roue.
M. de Vernicourt ji'a point du tout été attiré par le douaire qu'on lui fait, il est bien plus Agé que la dame, puisqu'il lui donne tout son bien après sa mortel qu'elle ne lui donne que V,()0() livr. de rentes viagères s'il lui survit. C'est une ancienne amitié qui les a menés lu. J'ai vu par des lettres qu'elle a beaucoup d'esprit, et ce doit être une bonne société.
Vous allez encore rire à la 17' lettre; mais moi je n'ai [K)int ri de c<; (jui y est rapporté «outre 'mon ami Hayhî, (pii n'avoit point de probité , à ce (jue dit le P. Porée. Le j\itutelUste laisse cela à réfuter à d'autres, et je ne sais jKiurquoi il préMjnte les armes san.s s'en servir. L'abbé
LETTRE XXir. 243
Leclerca déjà dit cela dans ses Mémoires, l'abbé d'Olivet a continué dans ÏHisloire de V Académie , et le P. Porée est le troisième. Tous les trois ont tort;, et j'aime mieux ce qu'en a dit M. Leibnitz, p. 547 de ses Essais de Tliéodicée, que ces trois Messieurs n'ont je crois ni lu ni entendu, non plus que les quatre grandes apologies de Bayle, qui répondent à tout. Vous verrez dans le Nouvelliste, le bel éloge de M. de Fontenelle et un petit coup de patte qui le rabat un peu.
Je vous ferai copier la Parodie du sénat de Brutus, puisque vous en êtes curieux.
La mortd'Aymon n'a encore rien produit; le Saint-Martin, qui devoit succéder, a abdiqué, depuis la prison qu'il s'attira par sa belle lettre au parlement de Douay, et il n'y aura plus que des m pelto dans le régiment.
Je vous remercie de ce que vous m'apprenez de M""" de [Mucie). On dit que Stanhope ne se sauva pas et qu'il fut pris avec son arrière-garde.
La Heine est grosse, cela n'empêchera pas le voyage de Fontainebleau.
Les Xonvelles ecclésiastiques sont à l'agonie. On a arrêté une fdle qui en avoit GOO; elle dit s'appeler Marie et n'avoir point d'autre nom, et qu'elle prend cela dans les rues et le rend dans les rues, qu'elle ne demeure nulle part et que sa dernière demeure est au Fort-1'Évêque.
Lettre XXIt.
A Pans, ce 29 mai 173<.
Un poëte provençal a fait une très-jolie fable de la C-olombe et du Corbeau, qui est l'allégorie de Taffiiire du P. Girard et de la Cadière; les vers en sont tendres et doux, dans ratïaire du monde qui paroissoit le moins susceptible de ce style, et cependant ils vous paroitrontde bonne main. Le P. Girard estùAix,oii il tient
244 (•o^^^spo^D.\^(:K im^.ditk.
bonne contenance : on a Jù plaider ra|)pel tle la procédure et l'appel comme d'abus le lundi *21 mai, ;\ buis clos. M. (ieoflVoy doit parler dans Tatraire. Toute la ville est en ruQieur, et on m'a assuré que dans la cour des Jésuites d'Aix 011 a élevé la nuit une potence avec un écriteau qui désigne le W Girard. Nous saurons bientôt ce qui aura été jugé.
On a voulu remettre au tliéàlre Vlindymion de M. de Fontenelle, avec de la musique du petit Colin; tout cela est tombé, et n'a fait que produire de nouveaux couplets contre le poète, qu'on appelle octogénaire Céladon y vieux hetleau de Cylhère, etc. Vous aurez les couplets, et l'air a été fait exprés, et il faudroit le noter.
M. le marquis de Nesle a distribué une Requête au Roi, pour l'empècber d'acquérir la principauté d'Orange de M. le prince de Conti ; il dit que cette principauté est à lui, il ne veut pas que le Hoi fasse une mauvaise acquisition ; et comme le Roi a nommé des commissaires pour signer le contrat avec le prince de Conti, il s'est opposé à l'arrêt de nomination : il demande au Koi qu'il juge ou qu'il fasse juger leur procès, et ce pour accélérer l'acquisition que le Hoi doit faire, de celui qui sera jugé le propriétaire d'Orange. Cette requête est écrite dans un style inconnu et fort singulier; il y a de la force, de la baidies*ie, de la dureté, et je ne comprends pas d'où cela peut venir; on y met pour principe qu'on ne peut pas aapiérir une terre qui est en contestation. Mais le droit dit (juon peut vendre rem alienam et ne peut-on pas .se charger du procès? Cette opposition à un arrêt où le Koi nomme un commissaire pour signer un contrat est d'un style nouveau; le prix (jue le Koi donne est de 1,000,000 liv., et le marché est bon, <ar la terre est de 80,000 liv. de rentes.
Notre Mourellisle du Parnasse continue toujours; vous verrez dans la 18' letUe c<* qu'il dit de la traduction de ï Histoire dt H. deïhou en français. Ce traducteur ne fera
letïrp: xxiir. 245
rien (iiii vaille, et réditioii latine n'en souffrira point. On parle tout doucement des additions qui se feront à cette édition; mais on ne devoit pas dire que M. de Thon se trompe souvent sur l'étranger^ cela lui peut être arrivé quelquefois. Je crois qu'il falloit aussi relever l'ouvrage de du Ryer, qui a fait un usage assez bon ; mais la nouvelle n'a songé qu'à la malice.
J'ai reçu une lettre de M. Desmaizeaux qui me marque que le V tome de Bayle paroit ; il y a plus de mille pages ; leslettresy sontjily ena55nouvelles; il me dit aussi qu'on va imprimer en Hollande, in- 12, la Vie de Bayle, et qu'il y fera quelques corrections ; il me demande la date de la mort de M. Bertier, évéque de Kieux, que je ne sais point; nos libraires vont réimprimer les Lettres de Bayle; on y ajoutera les 56 et encore d'autres. Tout cela va bien fâcher le P. Porée ; mais il faut qu'il prenne patience, et quelqu'un pourra peut-être bien le relever sur le refus qu'il fait de la probité à un homme qui par sa critique a détruit plusieurs mensonges et qui dans le fond étoit un bon homme.
Il ya un écrit de 68 pages in-V intitulé : La Cause de CÈtat abandonnée par le clergé de France; c'est une critique suivie de la harangue de M. de Nimes et de la lettre du clergé au Roi. Il n'y a pas un mot qui ne soit attaqué, et ce sont d'étranges gens que ces infatigables écrivains.
On parle d'un Livre des six JourSy de l'abbé Duguet ou de l'abbé d'Asfeld; c'est une Genèse nouvelle et quelque nouveau Moïse ([ui nous vaapprendrela création anecdote.
Lettre XXIIt.
A Paris, le r» juin I7."l.
Le \ouveUiste du Parnasse vient de donner une lettre contre VolUiire, qui s'est avisé, en parlant deCampistron,
240 U)lUlhSlH)^DA.\CK l^fOlIK.
de l'appeler ce pauvre Cutnpistroti^ (jue l'on prétend (!^tre un terme méprisant; ce que je ne crois pas en général, ciiv nous disons tous les jours ; Le pauvre Monsieur un tel se meurt, ouest mort, et encore en d'autres occasions. La vérité est que Campistron avoit son mérite; mais il étoit bien relevé par Baron, et l'auteur du Tf/ridateeui bien i)Csoin du comédien, qui en lit une pièce merveilleuse. Après tout, il est bon d'apprendre à parler à ce petit Monsieur de Voltaire : quand M. Néricault-Destouches succédai Campistron, le 25 août 1723, il en parla dignement, et M. de Fontenelle lui donna aussi un grain de cet encens rare qu'il distille si précieusenient. Au reste, je ne doute pas de l'ironie que vous avez remarquée sur ce dernier, c'est à lui que le youvellisle en veut en plusieurs endroits, et quand il a dit qu'il méritoit en vcrilé une éloge du P. Porée, c'est en vcrilé retond)er plaisamment sur tous les deux.
Quant à ce que vous disiez que mon ami Bayle est bien vengé de l'impertinence du P. Porée, (jui lui dénie la probité, vous avez bien raison ; il pouvoit l'attaquer sur la religion et le faire déiste, ou même alliée, s'il lui plaisoit, mais il n'en eût pas été moins liomme d'bonneur à l'égard du monde, et Baylo a plaidé lui-même cette cause expressément dans sa Cunlinuation des pensées sur les comètes, section 1V2, W,i, IVV, où il y a plusieurs citations curieuses sur ... sur Pline, sur i*anetius, cet excellent moraliste dont l'ouvrage est le modèle des Offres de Cicéron (|u'on appelle \ EvamjHe de la lui naturelle, et je crois que Bayle auroit bien pu être un des apôtres de cet Évangile. Belisez ces sections et la V5*, où il est parlé de ('onfucius. Je ne conviens pas pour cela que Bayle fut ni alliée ni déiste, et son apologie pour Patliéisme se justifie assez; mais sa probité, s(?s mœurs chastes el même .sa simplicité .sont notoires, et même je vous dirai qu'ayant lu après sa mort toutes les lettres qui lui ont /'té écrites . je n'en ai trouvé (ju'une seule de
M. du Rondel qui lui parloit un peu voluptueusement de la génération et en termes latins très-vifs. Je ne sais qui est cet Allemand qui prépare un grand ouvrage pour Faccuser de pyrrhonisme ; c'est l'accuser d'un crime trop public, c'étoit sa secte; il n'y a qu'à ouvrir ses livres pour s'épargner la peine d'en faire un contre lui à ce sujet et pour ce qui regarde la religion; il a tant écrit contre Le Clerc, Bernard et Jacquelot sur cette matière que ses défenses sont toutes faites, et il va arriver à ce nouvel auteur ce qui arrive souvent quand on écrit contre les grands hommes, qu'en relevant le livre censuré on quitte là le censeur et l'erreur gagne plus qu'auparavant; il vaudroit mieux non vellere harham mortuo leoni. Le pauvre iM. Leclerc vient d'en être puni, il ne fera plus rien en ce genre ni en aucun autre : il est tombé en enfance, et court les boutiques des libraires d'Amsterdam, qu'il prend tous pour des Huguelans : c'est une vraie pitié. Punition, dit Homerus, et vengeance divine.
Le prieur des Carmes d'Aix a donné une requête pour avoir communication de certaines pièces, et où il dit qu'il ne sait presque (dans la juste surprise du décret donné contre lui) s'il doit croire qu'on ait confondu dans la procédure un confesseur avec l'autre, ou qu'on se soit imaginé qu'un religieux qui n'a d'autre appui que son innocence étoit propre à remplacer un jésuite accusé ; il parle de rapt, d'inceste^pirituel, d'avortements et d'autres crimes commis avec la pénitente du P. G.
Vous aurez la fable au premier jour; c'est une [)araphrase du vers Dal vcniam corvisy vexât censura rolumbas.
Lettre X\7P.
A Paris , ce ' do juin 1731.
Vous avez bien prévu, .Monsieur, que la place de général de la Calotte ne seroit pas longtemps vacante : elle vient
'.>4s (:oiu\kspi)M)am:k inkditk.
d*èlrc remplio par M. do Saint-Martin, qui en étoit le lieutenant. La cérémonie s'est faite à Livry depuis deux jours. Plusieurs calotins étoient assemblées à un p:rand repas; ils étoient du secret, et non le S' de Saint-Martin , (jui fut étonné (pi'au milieu du festin M. de Livry lallAt embrasser tendrement i\ plusieurs fois, dont ayant voulu savoir la cause, il lui dit qu'il l'embrassoit comme général du réuiment; il dit (ju'il ne l'acceptoit pas, et s'obstina l)eaucoup dans son refus. Tous les conviés l'invitèrent i\ accepter, il refusa toujours; enfin, M. de Livry lui dit que c'étoit un ordre du Koi, à cjui il devoit obéir, et il lui en montra pour preuve une petite calotte d'argent que le Roi avoit fait faire, et qu'il lui donna. Cet ordre le surprit , il fallut céder ; il étoit trop glorieux pour lui d'avoir la nomination du Koi : mais il dit qu'il ne souffriroit pas qu'on fit aucun brevet calomnieux et satiri(iue. L'abbé de Grécourt, qui étoit de ce repas, iit «ur-le-cbamp une cbanson et ronde de table qui fut cent fois répétée, et on but autant à la santé du général, et même on entendit un bruit de plusieurs tambours, de tronq)cttes et d'une mousquetterie si bien servie qu'on ne savoit plus où on étoit ; et tout cela annonçoit l'arrivée de plusieui*s officiers de Momus rpii portoient de belles et grandes marottes, dont on régala l'assemblée ; un principal calotin portoit une couronne, cpi'on mit sui' la tête du général, un autre lui présenta ses provisions en vers, scellées du sceau de ebancelier; on les lut, on les applaudit, on jeta des médailles pour le nouveau gouvernement; on recommença à cbanteret à boire, et on s'enivra. Le général, ivre, fut porté sur une, espèce de catafalque de Momus, orné de tous les attributs de ce dieu ; tous les sujets tournoient autour de lui, et buvoient encore; cl le bruit de l'artillerie, (jui ne cessoit point, l'ayant réveillé, il voulut se couc^lier. On le n;porta avec grande cérémonie sur un lit, on le (b'sliabilla, et même tout nu ( ii ce que Ion dit), pour vérili<r son .sexe,
LKTTRK XXV. 249
et là il dormit tranquillement jusqu'au lendemain , qu'il se réveilla général du régiment et successeur d'Aymon Premier. Il s'est fait un procès-verbal de toutes les cérémonies de celte réception qui a été envoyé au Roi et dont il a été très-content. On ne se seroit pas attendu à une pareille fête et à une telle nomination. Si le procèsverbal me vient, vous l'aurez des premiers. J'ai su tout ce détail par un ami de l'abbé de Grécourt, à qui il l'a conté, et j'aurai la chanson. Voilà le Roi qui sent le ridicule et qui veut qu'on le poursuive dans sa Cour, et qui n'a pas dédaigné de conserver la mémoire de ce plaisant établissement. Il ne manque plus que l'oraison funèbre d'Aymon; mais il l'auroit dû faire lui-même. Le \ouvellisle du Parnasse ne manquera pas d'annoncer et la mort du général et la réception du successeur, cela entre naturellement dans son dessein. Je me prépare déjà à bien rire pour mes quatre sous, car l'abondance en a fait diminuer le prix. Vous n'aurez, Monsieur. Aucune autre nouvelle pour cette fois; elle est assez importante pour aller toute seule s'offrir à votre curiosité.
Lettre X\P.
A Paris, le 7 juin '"."l.
La querelle des avocats renaît de ses cendres, et on ne sait plus. Monsieur, de quel côté tourner. Le Marind)erg avoit gagné sa cause pour rester dans le lal)leau ; mais quand ce tableau a été mis au greffe son nom ne s'y est pas trouvé , et sur cela le grand noml)re (|ui avoit <'t«'' pour lui s'est écrié contre le procédé du bâtonnier, M. larlarin , qui n'a pas suivi la pluralité des sulïrages; ils ont fait plus, ils ont pris le parti de ne point aller aux audience mardi dernier, en sorte (ju'il n'y eut point (Taudiences à sept heuresàla Grand'(lliambre;on ne plaida point à la Cour des Aides, il n'y eut (pie des procureurs aux re-
SSO CORKKSPOÎNDANCE LM^.DUK.
qiit'les du Palais. Au ChAtolet tout de mùmo, et au Grand Conseil; et si M. Nonnant no fût pas venu plaider à la (•rand'Chambre la cause du rcMc, la cour seroit demeurée vacante. On n'entend rien i\ cette résolution, car (juand le luMonnier auroit tort, ils ne dévoient pas manquer à leur devoir et i\ leur profession, et d'une cause particulière l'aire un scandale public. Cela s'est apaisé le lendemain, tous ont retourné plaider ; mais il se fait des assemblées des plaignants , qui prétendent qu'on leur fasse raison de la délibération méprisée, nonseulement pour celui qui est exclu, mais pour prévenir d'autres désordres dans d'autres occupations. Ils ont mis au greffe un désavœu du tableau , dont la publication a été arrêtée. C'est une division du corps clans le i)arli même cpii a tant écrit et qui a lait de si belles apologies, et cela ne jnontre ipie trop qu'il y a eu de la surprise dans l'origine del'atïaire. Nous verrons ce qui arrivera deccscbisme. M. Normantetceuxcpiiont été à la cour sont fort échauffés, parce qu'ils avoient quelque engagement secret; il dit môme (ju'il fera (pielque pljiinle personnelle contre le .M... si la radiation du tableau ne subsiste pas. Voilà où ont mené toutes ces belles consultations. Cependant on n'est pas guéri de ce mal , car il parolt une consultation nouvelle de neuf avocats dans l'affaire du S"" Kougemont, prêtre, maître d'école de Siâint-Andrénlcs-Arts, qui a «Hé arrêté pris(»nni<'r et scellé mis chez lui, comme coupable d'avoir débité des Mouvellei ecclésiastiques. Les consultants sont d'avis, à ce (jue Ton m'a dit, car je ne l'ai pas encore vue, que tout(; la procédure ctie scellé faits sans autorité de justice sont nuls de toute nullité, (juele Parlement ne peut juger une telle pro- C4'dure qu'en l'annulant, (ju'il n'y a point même de corps de délit à un homme cpii n'est point colporteur d'avoir distribué àciiH] de sesiiiiïisdv.H. \ouveUesecflési<isli(]ucs ; quecc seroit blesser l'amitié d'empêcherce petit devoir curieux; qu'enfin ce prêtre étant un très-honnêle homme et de
bonnes mœurs, et destiné à l'éducation de la jeunesse, on ne peut le regarder comme coupable dans un fait pareil, et que son crime ( à ce qu'on ma dit) est celui d'être homme de bien, qui est le plus grand aujourd'hui. Je vous dis tout ceci à l'oreille ; c'est Lolin qui a imprimé la fameuse Consultation qui a encore imprimé celle-ci. Lisons toutes les histoires, nous ne trouverons point d'exemple de ce que nous voyons sous nos yeux.
Puisque Faffan^e de la Cadière est ici, il va y avoir de beaux écrits. Je ne comprends pas l'évocation au Conseil qui vient du féiitdes parties, à moins que ce ne soit quelque règlement de juges. Vous trouverez ci-joint la fable delà Colombe et du Corbeau, qu'on ne vous enverra peutêtre pas. Les poètes provençaux se sentent de leur origine.
Il y a quelque démêlé personnel du i\ouveUiste du Parnasse avec le traducteur de M. de Thou. iMais vous en allez voirbien d'autres dans la lO*" Lettre. L'abbé Lenglet, qui est le vrai nom du chevalier Gordon, y est traité selon son mérite sur sa Préface de Marot ; que de sottises il y a dans cette préface ! si les notes sont de même, ce gros commentaire n'aura pas beaucoup de débit, et je m'en tiendrai à mon Marot de l'édition de Niort et à l'article de Marol dans Bayle, dont le \ouvelUste auroit bien pu dire un mot , quand ce ne seroit que pour réformer la citation de Jérémie , de Pours sur les Psaumes, qui n'est point de Pours. On imprime les Lettres de Bayle actuellement à Paris, avec des augmentations. M. Desmaizeaux ne me parle point de votre lettre ni du Pervif/ilium Veneris; il y a un livre (ï Anecdotes sur la confession plein de faits sur M. le cardinal de Xoailles.
M. le duc d'Alincourt vient de perdre son second lils, après avoir perdu le [)remier. La douleur est grande dans cette famille sur cette perte. M""" Mancini vient d(; perdre un lils qui n'avoit que dix mois. On vient de me donner une autre fable de r Hirondelle et du Moineau sur la Cadière, mais cela n'est que (jépéral ; vous l'aurez.
3Ô5 (:oi\i\KsroM)AiM:R iWK.nnK.
Lettre XXVI'.
A Paris, ce <3 juin I7r)i.
11 no vous ftiiit pas laisser iiinorer, Monsieur, une plaisante ou pas tant plaisante histoire qui s'est passée ici ilepuis peu à la réception d'une fille de l'Opéra. M. Gruère, le directeur de ce spectacle, voulut donner un repas pour célébrer cette réception : actrices et nymphes de la danse, tout en fut; on hut , on s'échauffa, on chanta ; on proposa de danser après le ch:uit et après boire ; la danse ne fut pas trop sage ; on se mit en chemise, d'abord chemise de f»inme, puis chemise d'homme , puis point de chemises du tout.
Kn tel habit que vraisenibloblonient, N'avoieiit pas fait les tailleurs du couvent.
Tne des nymphes (c'est celle qu'on appelle la Constitution) iii un fau.\ pas, tomba sur ses mains, et présenta son derrière à l'assemblée, qui trouva plaisant d'en liurc un ballet et d'aller baiser ce derrière en cérémonie. M. (iruère commença, les autres suivirent ;
Une passa, puis autre srrur, puis une,
leculdu bouc fut bien baisé; la INllissier entra aussi dans eett*' danse; on lui en lit autant qu'à l'autre ; une vieilh; lailleuse voulut y trouver à n'dire, il lui conclu qu'on la baiseroit aussi.
Toute cette joyeuse bande ne pensoit pas que les voisins qui étoientaux fenêtres voyoient la scène, comme si on avait été à ranqihithèàtrc de l'Opéra. La |)r)li('e m a éU'i informée : le lendemain personne ne se souveiioit plus de ce qui s'étoit passé; M. (iruère a été cité par devant M. Héraidt, et toutes les filles l'une après l'autre ; on croit (pie le directeur va être mis sous (piehpie direc-
tion, et les Jansénistes, qui sont toujours à quelque fenêtre, ont fait un quatrain dont on ne m'a dit que le sens, qui est qu'on est surpris que M. Héraut fasse tant de bruit de ce qu'on a haisé le cul à la ConslUution , lui qui ne fait autre chose depuis quinze ou seize ans. Y a-t-il rien de plus fou et de plus extravagant que tout cela ? Voilà de l'ouvrage pour le nouveau général de la Calotte.
Vous serez bien aise de voir, dans la 20* lettre du Xouvelltste, qu'il y a des Mémoires de la cour de France de M""= de la Fayette pour 1688 et 1689. Ceux qui ont le reste devraient bien le donner.
J'ai pleuré comme vous à Tliiridate, et j'y ai vu pleurer M"Mloland^ qui a été depuis M^^deSaint-Geniez^Na vailles); je suis aussi de votre avis sur le vers :
Il est comme à la vie uu terme à la vertu.
Il n'y a que quelque pédant sur les bancs de théologie qui puisse critiquer cela. La vertu finit comme la vie finit : cela s'entend très-bien.
J'ai entendu dire de Saint-Évremond le mot que vous me dites sur Bayle. J'aime bien mieux Leclerc depuis ce que vous m'en écrivez ; mais voyez, je vous prie, la lettre de La Fontaine à M. Simon de Troyes, tome II, p. 86, où il fait un bel éloge des deux journalistes et en juge à merveille. L'ouvrage de Leclerc sur V Écriture sainte est fini et il peut dire : iS'uncdimitds.
Lettre XXVIP.
A Paris, ce 19 juin 1731 .
Je ne vous ai'point mandé le nom de l'auteur de la traduction de M. de Thou. Je sais que c'est doin Prévôt, ex-bénédictin, et qui s'appelle en Hollande d'Exilés.
Le grand facium de la Cadirre est ici entre les mains de tout le monde : on se l'arrache, il étoit hier au Palais-
•j.M rORRI SI»OM)ANCE IM^'.OITE.
KovaK cliezS. A. U., et il faut (ju'il soit déji\ impriinr, car on m'a dit qu'il étiiit in-V. Toutes les conversations ne roulent plus ipie sur ces sottises monasticiues. Le conte historique est plaisant, et paroit une ])arotlie de (pielcpie morceau d'opéra. Quanta la procédure , vos reinanjues sont bien vraies, et je ne comprends pas Tignorance des commissaires ; on dit que l'évocation a manqué, mais on évitera le séquestre, qui étoit le prétexte de révocation. Je n'ai pas encore le faclum.
Vous avez bien nonmié le sahbal de Gru^re, c'en étoit un véritable. Je me souviens d'avoir lu celui de l'impératrice Théodora dans le fragment de Procope , qui fut retranché du Ménngiana de notre ami et qui lit de la peine îV M. Durette le censeur.
Le tableau des avocats est imprimé, et M. de MarimberiT n'v est pas. On continue toujours les assemblées; le bâtonnier nouveau s'étoit opposé à l'impression du tableau , mais son opposition n'a rien fait, et il faut bien que tout cela se dissipe. M. Cochin s'est retiré de ses asseud)lées.
M"*'" delà Vrillière a tant tourné qu'cnlin elle est assise. Son mariage s'est renoué avec M. le duc de Mazarin : * elle est allée à Fontainebleau prendre le tabouret, ne l'avant pu prendre à Versailles chez la Keine avant d'avoir été présentée au Koi comme duchesse. Le mari demeure à l'Institution, et la dame chez elle ; quand elle vient manger avec lui , il lui dit toutes sortes de sottises et n'en fait point.
J'ai vu les Anccdolea ou Mémoires secrels de la Constitution : cela est très-bien écrit et est plein de pièces originales et de faits très-curieux, rpii ne plairont point i\ bien des gens. Il y a des j)orlraits bien travaillés et dignes des meilleun* historiens; on ne nomme point l'auteur, mais c'est une l>onne main «jui a su peindre le cardinal d'Ks- Iréeset le cardinal de Polignac. Cevohime, (pii est en deux sections, finit à lauiurt du \U>i : on en pr(jmet un second.
LETTRE XXVlir. 255
Le cardinal de Noailles faisoit faire cet ouvrage sous ses yeux, et sa modestie en devoit être blessée , car il y est bien flatté et loué par les paroles et par les faits. L'Avertissement rabat de ces louanges.
Lettre XXVIII',
A Paris, ce 27 juin 4731.
Le grand factum de la Cadière avec les dépositions scandalise tout Paris, même ceux qui n'aiment pas la Société; et une personne du monde me dit hier qu'on en pourroit faire graver des figures, comme celles de l'Arétin. Il en est parlé au long dans les Nouvelles ecclésiastiques du 29 mai, car elles vont toujours, et on y a mis une lettre des la Cadière mère et fille à xM. le chancelier [sur les nullités et irrégularités de la procédure, qui sont trèsbien remarquées : on ne feroit pas mal de jeter tout ce procès au feu, de mettre la iille dans un couvent avec sa virginité stigmatisée et le bon Père dans quelque mission étrangère.
Le sabbat de Gruère a produit deux bonnes pièces de vers, Pune intitulée les Orgies, allégorie. C'est une sorte de poëme dont Rousseau est inventeur; celui-ci est fort bien rimé, et la fable joliment trouvée de Pliœbus qui se plaint à P Amour de ce que
Pour célébrer ses nocturnes orgies,
Amour attend qu'il ait fini son cours,
Et ses bons tours ne se font qu'aux bougies.
Le petit dieu malin dit qu'il le veut mener en un endroit où il verra de belles choses, et justement il le mène au sabbat, dont la description est merveilleuse :
Réduit impur de la luxure impie.
Vieux temple où gît la débauche accroupie.
Je vous donne ce crayon en attendant la pièce. L'autre
3^6 CORRESPONDANCK INI<.niTi:.
est un arrtH de Monuis sur cette même scène, et le premier tlepuis
Que dans le salon de Livry, Où se lit la (vrénionie, Ou nous eût mis après maint eri Sur le trône de la lolie.
Cet arrêt est de cent vers juste, et ce n'est pas sans raison. L'arrêt renvoie le fond de l'affaire au conseil du réi^iment, et en attendant il ordonne qu'on en fasse des tabatières , dont la disposition est toute arrangée et trèsplaisamment. Il y a une apostrophe ridicule aux prélats sur la Constitution,
On entend celle de l'Kgiise.
elle bon père Girard y a aussi son fait à part.
Tel dans Toulon, père Girard, A qui l'on prépare la liart.
Attendant houillanle chaudière, Haisoit le v .. d»» \m Cadiere.
Cela tinit par les cris du voisinage, qui dit en voyant la Pellissier nue, tandis
Qu'elle a l'épaule découverte, Qu'on lui donne la fleur de lis.
Mais on la rassure contre le public complaignantj par ce vers :
N'as-lu pas pour toi Carif^nan ?
Le règne du Saint-Martin commence a.sscz l>ien, et je ne sais s'il durera. Je vous annonce une belle calotte contre Ramsay dans la 22* lettre : après cela il faut se noyer dans la Tamise.
LKTTRF XXIX*. 3ô:
Lellre XXIX'.
A Paris, ce 2 juillet 1731.
Voilà, Monsieur, les pièces entières que je vous envoie, et vous verrez jusqu'où nos poètes portent leur licence, les Orgies sont d'un jeune homme nommé Bernard, qui est de Lyon et a assez bien allégorisé l'aventure du magasin de Cypris. L'arrêt me paroitdu style de l'auteur du Poëme de ta Calotte , homme qui a de l'esprit, qui en a toujours abusé comme de son bien , qui est réduit à présent à la misère et qui ose tout.
Je n'ai pas vu le factum de la Cadière, mais j'en ai vu l'interrogatoire de l'official, qui court manuscrit dans Paris et qui m'a fait horreur.
En comparaison de cela les Orgies sont une cérémonie sainte. On ne comprend pas l'imbécillité ou l'impudence de cette fille, qui récite toutes ces ordures de sang-froid, et la patience de l'official, qui les laisse dire ; cela se lit ici comme r.4/oî/.s/a, et c'est un des plus grands scandales que j'aie encore vus. La procédure est misérable, il n'y a qu'à tout déclarer nul et assoupir, si l'on peut, une affaire si i[idigne, qui va causer une affreuse corruption dans le monde et dans le cloître , quoiqu'il y en ait déjà assez. Je n'y vois point de quoi placer le cas privilégié, s'il n'y a que la déclaration de la lille; mais il peut résulter des confrontations quelque fait comme celui de la discipline donnée par le directeur lui-même, qui excède le délit commun et (jui empiète beaucoup sur le privilégié. Le bon père Girard ne descendroit-il pas de ce père Girard dont La Fontaine parle dans les Cordiliers de Catalogne et qui faisoit payer la dlme aux femmes? 11 ne fut pas brûlé comme les autres, et le conte dit qu'il avait eu son fait à part. Il est plaisant que ce nom se rencontre dans une histoire à p«*u près pareille et pour- T. IN . I ;
:ià8 (;oRl\^:sPo^DA^ct im^iditk.
tant plus friande, puisque cVsl une ilime de [)réniices.
L'aventure du curé de Toulon et du secrétaire dt Tévùque niériteroil un La Fontaine pour la raconter. Je la crois inventée , mais l'invention est jolie, ei}iW de Toulon ne devroit pas se réserver un cas si commun.
J'ai ouï parler de Hosalinde dès cet hiver, et je crois vous avoir écrit cju'il avoit été imprimé au Louvre, et qu'il ne se vendoil point. On rira peut-être de ce héros si modeste et qui a des larmes si fraîches. Dans la première édition qui s'en fera, ce héros aura fait un cours en i^alanterie comme le héros de M. de Uamsay a fait un cours de tactique, et notre nouvelliste du Parnasse nous en va dire de belles. Nous venons d'avoir de petites vacances, qui m'ont donné du repos. Je vous renouvelle toujours ma tendre amitié.
On crie dans les rues pour un liard 1 affaire de l'homme assassiné (|ui est revenu.
Lettre À XX'.
A Pins, ce «3 juillet <73t.
J'ai été passer trois jours à la campagne pour me reposer, et cela m'a empêché, Monsieur, de vous écrire. Je n'ai entendu pnrler ni de Constitution ni de la Cadière, ni des miraclesdu bienheureux PAris. Mais (piand je suis rentré à I*aris j'ai trouvé tout cela en feu plus (pie jamais. L'arrêt contre l'évêque d'Orléans est cassé en ce (ju'il a enjoint sur les siàcrements à la mort, celui de l'abbé Uaudry est aussi cassé en ce qu'il a déclaré tous les bénéfices vacants, au surplus l'arrêt exécuté.
I>e factum de la Cadière est entre les mains de tout le monde. Je l'ai lu d'un bout à l'autre, et la distribution m'en a paru meilleure que l'exécution. La plainte est curieuse aussi bien que les extraits des interrogatoires el inform.'itiorus, el je trouv»- le I* tjirard trop bon d\ivoir fait
LKTTRi: XXX'. 2.J9
la dimension du stigmate du côté, quatre doigts au-dessous du teton gauche et auprès des côtes intérieures, et d'être convenu (ju'il étoit conformé par les côtes à peu près comme la fille et de certaines circonstances qui concernent l'avortement. Tout cela est vilain et scandaleux. On attend la réponse du P. Girard, que les Provençaux appellent une défense volumineuse parce qu'elle contiendra un volume. On plaide actuellement à Aix, et s'il ne faisoit pas si chaud, il eût été curieux d'en faire le voyage pour entendre ces beaux plaidoyers.
Le bienheureux Paris continue ses miracles : il en a fait un surun petit Espagnol, filsdu directeur des postes de .Madrid, (jui a été adressé à M. (rOns-cn-Bray; il avoit un mal à un œil que les oculistes et Gendron surtout disoient incurable. Il a fait une neuvaine, et dans le, cours de cette neuvaineson œil s'est trouvé guéri. Ce miracle a bien aisément couru la poste en France eten Espagne, elM""* la princesse de Conti, qui est affligée, a bientôt couru au tombeau du bienheureux. On vendoit son portrait avec une oraison; mais M. Hérault fit samedi au soir arrêter les imagiers, et il s'y est pris sur le tard, de peur de quelque émotion. Un capucin a voulu parler dans l'église de Saint-Médard contre ce bienheureux non béatitié, et on lui a arraché la barbe outre (juelques coups, ce dont Sa Kévérence a été blessée. Tant y a que ni le ministre, ni la police, ni Tarchevéque ne peuvent empêcher le cours de cette dévotion ou superstition populaire, et il faut attendre (jue le peuple se dissipe de lui-même comme il s'est assemblé.
Il y a un arrêt du iV juillet qui condamne au feu un libelle contre le Parlement, M. Gilbert et l'abbé Pucelle. On l'adressoit cacheté par la [>oste aux avocats. C<'la coi^toil3livr. 10 s. déport: ils l'ont dénoncé au Parl<'ment;rela a fait une réconciliation du schisme du Palais, et sur leur dénonciation, ce libelle a éié condamné et brûlé. Il y a aussi un arrêt du Conseil qui supprime des Hé flexion a faites contre la lettre du parlement de Bordeaux au Koi.
260 COURKSPONnANCK INKOITK.
Jo connais les FhujcUuntfi do Vixhhé Boileau : j«mi ai hien ri autrefois, el je Iroiive vos Cadièrcshicn plus prudents tjue la Provençale d'avoir passé sous silence la fouelleiie du curé de CluMillon. H s'en passe bien d'autres que Ton ne sait point entre tous ces Messirr Jean.
M. Fleuttclol m'a autrefois écrit surriioinme assassiné qui est revenu ; mais les juges ne sont point garants de la faussi'lé ou supposition des témoins. Dieu a dit : In ore
duorum vel trium, elc VA voilà la décharge des juges
écrite en bon lieii. Apri^s tout, comme vous dites fort bien, il est bien dangereux de juger les procès criminels obscurs. Le dernier dont vous me parlez en est encore un exemple.
Le Ramsay avec son Ct/rw.s, ni l'abbé Terrasson avec son Sélhoa, roi d'Egypte, n'atteindront jamaisau Télémaque de M. de Ciinbray; ils devroi-nt baisjT ses pas el travailler X d'autres ouvrages, ou pour mieux dire se reposer.
Vous venez de perdre votre confrère M. delà Paye; les millions (p/il laisse seront bons pour son héritier et non pour la harangue de son successeur, qui n'o.sera parler des Lettres fioHii(jiies écrites dans le temps du Système. .M"' de Saint Aulaire vient de mourir aussi, et voilA les imaginations poétiques bien tendues de deuil et d'élégies. 1^ jeune duc de Peccjuigny laisse une belh; veuve, qui ne le pleurera pas beauroup. On meurt de chaud à Paris, mais je crois ce temps bon pour les vins de Bourgogne, elcela nous console un peu. Je vous euïbrasse toujours de tout mon cœur.
Vous vous réjouissez bien avec Ir T. (iranara italien et le \()uveltiste cjui le traduit.
\Ai libelle brûlé venoit de Mous et de Louvain. Il est inlilulé : Seconde lettre n M. (îilUerl, avocat (jénéral : c'est une criti(|ue de son plaidoyer contn; le maiid«;m«'nt de M. de Laon sur la |>uissance ecclésiasiicpu*. Il y est traité cornrne le dernier dfs homm''s, sans loi, sans honneur,
LETTRR XXXr. 261
sans bon sens ni esprit et sans capacité. On y fait une description du lit de justice, où d'un côté les princes du sanç, les pairs de France, les présidents à mortier demandent l'exécution de la volonté du Roi ; et de l'autre, un Piicelle, un Kobert, un Titon, etc., s'y opposoientet se montroientles successeurs d'Anne Duhourg et méritoient son supplice. Voilà un abré^é de ce libelle furieux que je sais d'un bomme qui l'a lu. On dit qu'il n>st pas mal écrit, et M. de Laon avoit bien promis qu'il feroit quelque cbose de sa tète.
J'ai appris au Palais que l'affaire de laCadière est jugée et que toute la procédure a été déclarée nulle : ainsi voilà à recommencer.
Lettre XXXl',
A Paris, ce 29 juillet <75l.
J'ai lu avec grand plaisir, Monsieur, le gros Mémoire du P. Girard, que je n'ai point trouvé trop gros. Je n'entcndois rien à toutes ces magies, encbantements, sortilèges, avortemenls, lettres mystiques, et à présent je suis au fait, et que je vois la petite fille et ses frères ont tendu de ces pièges au bon père, dans lesquels il est étonnant qu'un grand prédicateur, directeur et confesseur, ait pu donner; il semble qu'un enfant n'y auroit pas été trompé, mais elle le flatta d'abord par la vision de VEcce Homo (pii devoit la conduire dans les voies intérieures, puis par l'autre vision de son nom écrit dans le Livre de vie à ciMé du sien, et le Père, qui a cru que la sainte Trinité s'entretenoit de lui dcins le ciel , n'a pu résister à une tentation si séduisante. La relation du carême est une pièce bien visionnaire et bien folle. Le jacobin n'entend pas mal ce langage, et il a été bien bardi d'écrire cela de sa main et toutes les lettres qui paroissoienf mu bon père des lettres angéliques comme venant de son petit ange. Je ne
5f,; ( ()UKKSP(>M).\M;K im.ditk.
|>arlf point tlu [util coininorc»' (jifil y a [ni avuir (Mitiv le directeur et la pénitente, filin erat pulchra ; et notre poelc chartrain in'éerivoit le dernier jour (jue istk confkssjoh lui tàtoil /es côtes. La grille du chœur, que l'on dittHre trop petite pour y passer la tète, m'a fait souvenir de Tépiirrannne de Marot <le frère Thibault, et je ne sais comment cette idée m'est renue, dont je demande pardon au P. Girard ; il n'est guère possible de manier des ordures sans se siilir. Renvoyons tout ct'la au secret du procès, où il en a bien d'autres, et attendons l'arrêt. H y a une vvponse au mémoire du R. P. par l'avocat M. Chaudon , que je blAme d'avoir écrit contre son confesseur , (jui lui reproche plaisamment d'avoir dirii^é sa femme. Tout cela est bien édifiant. On dit que le carme a fait faire ici un écrit par M. Aubry pour sa défense, et il aura tiouvé dans quehpie casuiste la permission de révéler les confessions.
I^ Miindemeut de M. l'archevêque contre les miracles du bienheureux PAris est lâché, mais ce n'est que de la pouflreen l'air : on y court plus que jamais, et les miracles ne cessent point. 11 y en a un tout nouveau d'hier sur une petite fille rpii n'avoit marché devinât ans (toujours des petites tilles que le bienheureux fait trotterV On trouve uïauvaiscpie l'archcvètpie ait joint à son mandement deux rapports de médecins et de chirurqiens où la physique des menstrues est expliquée tout au plus clair; les femmes disent qu'on ne doit pas révéler ces secrets, qu'on leur .1 manqué de respect et de bienséanse au public, et <pie cela ne devoil point être à la suite (rune lettre épiscopale ; et en effet ils n'avoienl c[u'à vendre ces deux feuilles sé[)arémenl pour éviter la jonction que l'on dit être obscène : je l'ai entendue nommer aipsi par une femme d'esprit.
M. le comte de Gramont se présente pour reiiqilir la place de M. de la Kaye. M"' de Gontaut, M" (h; i;u[)elmonde et d'autres dames veulent avoir un résident à l'Académie, et il en servira. Il joue bien au piquet et dé-
LRTTRE XXXn*. 268
cidera s'il faut dire en jouant une levée ou un lever. Les harangues nous apprendront quel est son mérite d'ailleurs.
Les Mémoires de M"* de La Fayette sont excellents ; ils répondent parfaitement à sa réputation et au style que nous lui connoissons, qui est vif, courtisan et passablement malin. C'est dommage que nous n'ayons que ce morceau, qui ne plaira pas pourtant à bien des grands. Le livre est rare.
Je n'ai point vu Séllios , j'en entends dire assez de mal. Le Nouvelliste ne l'épargnera pas. La lettre de Voltaire est assez bien écrite en prose; il y a quelques insolences, et il les a suivies de près, car il étoit ces jours-ci à ropéra, où il aime toujours quelque actrice, quoiqu'il ne sache que leur faire.
M. Bargeton vient de m'envoyer un Mémoire qu'il a fait pour la souveraineté d'Enrichemont. Je le lui demande pour vous. On ne défendroit pas la plus grande monarchie avec plus de capacité et de sérieux , cela vous fera plaisir ; je n'ai pas les Mémoires contraires, mais vous les aurez facilement.
Lettre XXXIP.
A Paris, ce 6 août 4751.
L'affairedu P. Girard fait ici, Monsieur, le phisbeau scandale que l'on ait jamais vu dans la religion et dans les mœurs. On a permis d'imprimer les deux Mémoires de La Cadière et du père, on les vend dans les rues, on les lit à la Cour, à la ville, dans les cloîtres, dans les familles, et vous vous imaginez bien quel effet cela peut produire. L'avocat général a parlé le 19 et le 20 ; les conclusions du. parquet sont publiques, et voici ce que j'en ai vu, que je n'entends pas trop. Les décrets cassés^ toutes les parties passeront le guichet, on requiert le récolement et la confronta-
5M (.(>llR^i>po^^A^(:K îNv'niTF..
tlon de cinq témoins fort fjravea de lu Cadière qui ont été omis, les quatre filles stigmatisées du V. (iirard décrétées de prise de rorps^ la fadiére défxmtée dp sa demande en cassation de la procédure.
Si ces conclusions sont suivies, en voilà pour longtemps. Les stisrmatisées ne peuvent point être sur le compte (lu P. Girard seul. Comme j'ai examiné l'affaire en criminaliste, j'ai remarqué qu'il est convenu dans son interrop-aloire d'avoir non pas vu, mais touché les côtes : etle chemin de cet attouchement est bien suspect et périlleux; qu'il a vu le pot plein de sang dans la chambre de la fille, (ju'il sVnfermoit pour voir les plaies, qu'il a empêché la mère d'envoyer quérir un médecin ( fait dont il est convenu à la confrontation avec le petit abbé Cadière), qu'il dénie dans son Mémoire avoir demandé aux religieuses si elle avoit perdu du sang, et il y a deux dépositions conformes du contraire par Tabbesse et la maîtresse des novices, (pii paraissent de saintes filles, et à (jui il a fait cette demande: qu'il est convenu des écuelles d'eau par lui données et de s'être enfermés huit ou neuf fois, et qu'il y a bien du rpiiétisme dans ses lettres, ce qui mène loin avec une jeune fille, et avec toutes ces autres filles qui, si e]les sont décrétées, vont apprendre bien des faits nouveaux. Joignez ;\ cela qu'un si grand directeur auroit dû découvrir la fourberie de cette sœur Alibech tout d'abord et se défier de trrand appétit d'être sainte. Je n'ai point vu la chanson: Ouhliez-vouSj el laissez faire: vous me ferez plaisir de nie l'envoyer.
On dit bien (ju'il y a un apprl comme d'abus d'Anne Lefranc, mais je ne l'ai point encore vu,elje ne comprends pas cpiels moyens il y en auroit et qui en auroit consulté la requêt»'; on la feroit bien signer par cent mille hommes si on la portoit au t(jmbeau du bienheureux V^ris : il est plus frécpienlé que jamais, et ce sera un grand miracle s'il n'y arrive pas quelcpie émotion, car les bourgeois du quartier font la garde la nuit, de crainte qu'on
LtTTRE XXXIP. 2(vS
n'enlève le corps, et on dit qu'ils ont dépavé leurs cours pour se servir des pavés en cas de qiiel(|ue descente; on ne peut pas empêcher de vendre son portrait dans les rues; enfin, il n'y a jamais eu une fureur pareille.
Les dames sont toujours bien lâchées des certificats historiques joints au mandement , et de ce que le P. Girard, pour se justifier de l'avortement, produit le calendrier des règles de sa pénitente, justifié par ses lettres. Vous verrez qu'il faudra communiquer le procès à la Faculté de médecine. Tout cela est bien singulier.
Voltaire ne songe point à l'Académie, et l'Académie ne songe pointa lui; il est bien caractérisé par V orgueilleuse modestie. Despréaux disoit de Racine que quand il disputoit il avoit orgueilleusement raison. Nous attendons toujours que le comte de Gramont aura la place, puisque la Cour le veut. (11 est sûr que le comte de Gramont s'est désisté. )
On dit qu'il y a un arrêt du Conseil qui ordonne que le Mandement de l'Archevêque sur laj uridiction ecclésiastique sera vendu et publié, nonobstant les défenses portées par l'arrêt du Parlement, et qui évoque au conseil l'appel comme d'abus du procureur général; cet arrêt n'est pas encore public, mais on le tient certain et l'ouvrage du bureau mi-parti , clerc et lai.
Je n'ai pu encore avoir la lettre circulaire du Hoi aux évêques , où la Constitution n'est [)oinl règle de toi. On donne d'un côté et on ôte de l'autre, et dans les matières délicates il faut s'accommoder un pénaux faiblesses humaines, puisque la rebgion est dans l'Klat.
Ce que vous dites des avocats est bien vrai; vous verrez que M. Bargeton n'est pas dans le cas ; son Mhnoirc est à votre adresse. M. Bourret et .M""" sa lille se portent trèsbien, et il n'y a que deux jours que nous parlions de vous ensemble.
11 est arrivé, le samedi 'i août , un tait singulier au tombeau du Bienheureux : une femme nbinmé<«de Lormes'est
366 (.OIUlKSl»O.M) ANCl. IM.DIll
présentée pour ùtre i;'uérie d'un oslropioinent (|u ellr IVignoit ; elle a crié inirarle, mais elle est tombée sur lechanip en paralysie tout d'un côté du corps, il a fallu IVniporler sur une civière chez elle. Le peuple l'a suivie; on l'a portée à THcMel-Dieu ; on a envoyé quérir son confesseur, qu'elle a nommé, qui est un prêtre (moliniste ) de S«iinl-Jac(iues-de-la-Boucherie nommé Clieurin ; elle lui a déclaré sa dérision et sa punition subite : il l'a dit de sa part à trois princi[)ales religieuses de l'HAtel-Dieu, à deux ofticiers et à un prêtre ; elle a été confessée et a reçu ses sacrements, et elle est très-malade. Tout Paris court à cet anti-miracle, qui paroit assez bien vérifié par gens de grande considération et des magistrats. Tant y a qu'il ne faut point se jouer à ce M. PÀris, qui se venge et qui est en société du mi ht viudicta. La femme marchoit très- bien le matin et auparavant; elle demeure surlePont-au-Change, à Tens-'igne des Quatre Fils Atjmon, est veuve, et son met ici* est de faire des paniers pour les femmes. Voilà ce que j'entends dire à tout le monde qui va et qui revient A l'HiMcl- Dieu. On dit (jue les administrateurs en ont fait dresser un procès-verbal.
Plein de beautés et de défauts , T.e vieil Homère n mou estime; Il est eonime tous ses héros, Babillard outré, mais sublime.
Virgile orne mieux . sa raison Kst plus tendre, a plus d'harmonie ; .Mais il s épuise avec Didon, Kt rate a la fin Laviiiie.
I)«'S f.iux brillants, trop de manie Ont mis le Tasse un cran plus l)as.
Mais que ne tolerc-lon pas Pour Arniide et pour llerminie?
Milton, plus sublime qu'eux tous.
A <les beaiitJ'S moins aj^reables ; Il ne ehanle que pour les fous.
Pour k'5 anges ou pour les diables.
LETTKt: XXXIIl^ 267
Après Miltou , après le Tasse.
Parler de moi serait trop fort, Et j'attendrai que je sois mort Pour apprendre quelle est ma place.
Lellre XXXIIP.
Voltaire,
A Paris , ce 13 août 1731 .
On ne parle plus ici que de l'affaire du P. Girard. On vend publiquement, et à la porte des Tuileries, à toutes les dames, la dernière réponse de la Cadière , où il y a de si beaux commentaires surla lettre du 22 juillet, et ce chaste extrait de l'interrogatoire de rofficial ( qui court ici en manuscrit tout entier et qu'on auroit pu mettre parmi les manuscrits de la Fillon j. Les filles de notre siècle ne voudront plus aller à confesse , ou plutôt voudront y aller. Vous ne me dites rien des autres dépositions de l'arrêt du 30 juillet , qui sont : 1° Quil y a [abus dans la procédure de l'officialité ; 2° Que la Cadière est déboutée de ses lettres royaux en restitution contre sa rétractation , où elle a persisté depuis le 27 février jusqu'au 10 mars , et qu'elle estdéboutée de son appel a //i/n/ma du décret du P. Girard. A l'égard des filles stigmatisées contre lesquelles il y avoil un décret de prise de corps , il est dit qu'il y sera fait droit en voyant le procès. Le l*. Girard et Cadière se sont remis volontairement prisonniers , et le P. Nicolas, carme, n'est pas remis encore. La Cadière demeure dans le couvent de la Visitation, où elle est par lettre de cachet ; mais le Parlement, pour faire acte d'autorité , a envoyé un archer pour garder son parloir. On ne parle point du tout aux prisonniers. 11 y a encore à juger les reproches qu'ils a[)pellent les objets y et il y a des mémoires pour cela. Il faut aussi faire des récolements et confrontations des t«'*moiiis graves qui n'ont été récolés ni confrontés, et je I lie doute bien (ju'on a pris ses mesures pour la rétractation
2f« COUllKSPO^iDANCI': LNF.DITK.
lors du récoleniont. Si on a décrète^ arnisateurs et aiciisrs, o\st iiifil iiu' soiuMe qu'il n'y a plusdarcnsatcur depuis la rétractation de la Cadiôre jui^ée, qu'il n'y a plus, ;• proprtMnent parler de partie civile, et (jue le tout est entre les mains de la partie publique. Enlin, suh judicc lis esl, et je ne voudrois pas être à la place du père qui se trouve là dans une forteresse bien assiégée, et dont on ne sort pas par capitulation. Son ancien métier de .so/^/aMie lui servira guère. Lors de l'arrêt il y a eu 12 voix contre 10 : voilà tout ce (pie je sais sur ce procès et que j'ai vérifié sur plusieurs lettres de Provence qui viennent de bonne n)ain. Je vous remercie de la chanson, (jui n'est point de Voltaire, et qui est aussi venue de Provence; mais on n'en sait pas lair, et c'est un défaut à une chanson. Nos musiciens y en feront bientôt un.
1^ fait de la nommée de Lorme est vérifié autant qu'il peut être : elle en a fait une déclaration par-devant deita; notaires j dans son litàrHôtel-Dieu, en présence de vingt-six personnes, {\\\\ ont aussi signé, et il y a trois conseillers au Parlement, deux chanoines de Notre Dame et autres avec le confesseur moliniste, à la récjuisition (bnpiel cet acte a été passé et cpii dit en avoir fut nipport à iM. l'archevêque, qui l'a écouté avec attention et Ijonté. Ot acte a été imprimé, et se vend dans Paris 3 sous. La malade se IKirte mieux, et commtmce à remuer sa main. Mn urand vicaire de l'archevèrpje et archidiacre a f.iit un Intel rogatoire, où on prétend qti'il y a variation. Mais on dit (pie cet acte est nul, faute de territoire et fait à une laïcpie, et même dans les sallesderil6lel-Dieu, cpii a despri\iléges. Voyez que d'incidents! Heureux si cela ne va point à la M-dition : il ne faut (ju'un tour de broche à des esprits aussi ardents.
J'ai vu la lettre circulaire, (jui devroil être renvoyée; à lAcadémie, pour savoir la différence des expressions de régie (te foi ou de jugement dogmati(jue de i' lùjlise. univeraile. Mais si l'une est offensive des oreilles et que l'autre
LETTRE XXXIir. 209
ne le soit pas, il faut s'en tenir à ce qui n'oflense point la délicatesse de ce sens. J'ai aussi vu la lettre du Roi au parlement de Bordeaux, qui est du style de M. le Chancelier, et qui donne des bornes au pouvoir des magistrats en fait de religion. On y trouve une fine explication des modifications faites par les parlem.ents dans Tenregistrement de la bulle, et c'est une pièce bonne pour le temps.
L'écrit où est la citation de Bellarmin ne m'a pas encore passé par les mains, mais j'en ai ouï parler, et je l'aurai. 11 faut marcher droit devant certaines gens.
Crébillon fait ses sollicitations pour la place de l'Acafl^mie, et s'est rendu à la forme du staïut, qu'il ne croyoit pas fait pour un homme de son mérite et qui a tué tant de héros. On parle de iM. RoUin; et comme il a reçu une lettre de iM. le cardinal de Fleury très-gracieuse sur son dernier tome, si S. E. veut dire un mot, Crébillon sera renvoyé à une autre fois. Je lui préférerois encore M. Du pré de Saint-Maur, qui a si bien traduit Milton.
M. Joly, fermier général, est mort, et sa place a été donnée sur-le-champ à M. de Beaumont, parent du P. de Lignières, qui étoit directeur à Amiens
Je vous fais mon compliment, Monsieur, sur les bulles et l'enregistrement des lettres patentes de l'évèché de Dijon en faveur de M. l'abbé Bouhier, votre parent; votre nom n'avoit pas besoin de cette illustration, mais il est toujours beau d'être le premier évôtjue de la capitale de Bourgogne, et ce premier est bien fl.ilteur.
Lisez-vous la Biblîollièque raisoîméc qui se fait à Amsterdam tous les trois mois? Ce journaliste me parolt un grand raisonneur fort Iroid et sans aucun sel. Il aime bien les Anul.iis, mais tous leurs livres sur la religion naturelle sont bien fous et bien impies. Ce que j'y ai trouvé dans les trois derniers mois de 1730 et dans les trois premiers d<' 1731, c'est une longur lettre à M. Desmaizeaux
170 C()RRKSPO^I)A^(:K INKDITK
(qui est du I*. lioiiLrerel, de Ti^iMloire ;, »'l (jui contient une apoloy^ie de M. dWndilly contre une note sur une lettre de Bayle. Cela est curieux. M. Desniaizeaux a l'ait là une belle action de donner au public ce (|ui étoit contre lui, et le P. Bouirerel, qui m'a dit avoir l'iionneur d\>tre connu de vous, a bien fait de réfuter cette calomnie ; il m'a appris que les lettres écrites à Bayle sous le nom delà reine Cbrisline étoient delà façon dun nommé Brémont , Provençal , dont la vie ne ressemble à rien dans le monde, qui a beaucoup écrit, beaucoup voyagé, et est un second don Ouichotte pour les aventureset qui auroit luen pu faire un coup de main sur le pauvre Bayle.
Arrêt du IV août 1731 dans l'affaire de M'"^ Kerbabu ou M"' d'Hautefort, qui renvoie les parties j\ la Tournelle criminelb' (deuxième arrêt sanulant contre M. d'Hautefurt;. Il y a eu appel a minima.
ï^ comte de Saulx , père de M. vicomte de Inv/mnes, est mort.
Lettre XXX ir.
A P.iris, ce -22 aoftt \7M
Je commence. Monsieur, par vous pailer de lalïaire de M"' d'IIautefort.rpii est à la Tournelle par un événement de« plus rares; il y avoit di\jà vin.iit-deux opinions rpii tendoient à la décliar^'-e ou à l'hors de cour, un vin^ltroisièine (qui est M. (iodeheu, conseiller de 17*25 ) a appelé a viluima, faisant fonction de procureur jiénéral , el sur-le-chanq) la Chambre s'est trouvée dépouillée «t hoi-s d'état déjuger. Sur cela on demande : 1° si ce conseiller a pu apiieler, et on ne doute pas qu'il n'en ait le droit: c'est une tradition dont je ne trouve pas l'origine. Tout juge est procureur général cjuand le procureur général a négligé s^)n oflice. Mais où cela va-t-il, si c(; juge, ayant cnti-ndu les opinions des autres, (pii n'ont
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point trouvé matière à appel, a pu par sa voix seule changer l'état de l'affaire , et de civile la rendre criminelle. La chambre l'a jugé ainsi , puisqu'elle n'a point jugé. Quoi qu'il en soit , on est en Tournelle , on prépare des récusations contre M. de Blancmesnil^ qui a fait le premier arrêt , il y aura des interrogatoires au moins derrière le barreau, M. de Hautefort pourra demander l'assemblée des deux chambres , et Paris, qui n'entend rien à ce style, le tient comme crinjinel et déjà condamné.
On dit aujourd'hui le P. Girard mort, et c'est une assez bonne façon de sortir d'une mauvaise affaire. M. Le Bret est malade, et on dit que ce procès le tuera; ils ont travaillé aux objets ou reproches , et cela n'est pas encore fini. Après cela ils seront vingt jours à préparer les conclusions et le jugement. La Cadière a donné une requête pour voir sa mère et son frère l'abbé. Elle a été remise à la prudence de M. le premier président. Le carme et le dominicain ne voient que leurs procureurs. On a mis à la fenêtre de la Cadière des grilles de fer, quoiqu'à un quatrième étage, et un cadenas à sa porte, qui est encore gardée par un archer. Le P. Girard, s'il n'est mort, est dans sa prison, que je ne crois pas si volontaire qu'on l'a dit. Il y a un dicton à Paris :
Dit'u garde nos rois d'iiii père Guignard, Et nos (illes d'un père (iirard.
On distribue toujours les mémoires imprimés, et nous venons de voir celui de l'abbé Cadière, qui est d'un style très-faible, où il traite la question : 1° 5'// est des sorcier ? et il prouve qu'il y en a, par Bayle; mais il n'a pas vu ses chapitres du V tome des QueslIoiDi d'uu provincial ^ (\m sont très-curieux sur cette matière , ni la grande consultation qui fut faite en Sorbonne en 1025, :\ la réquisition du lieutenant criminel d'Orléans, et qui se trouve dans le recueil des pièces de V H isioire de Louis Xfll de
J75 CORRKSPONDANCE INF.niTK.
M. Oupin tome IV ) ; elle est signée de Gainache, Isaniherl el Du val, et résout des docteurs non récusables par la société. "1" 11 y a dans ce mémoire une partie sur les notes des lettres du P. (iirard , et une autre pour montrer qu'il n'y a point eu ni pu avoir de complot contre ledit P. Girard. Vous V trouverez d'autres citations de Bavle où il nVst point nomme, et il ne croyoit pas que son autorité dût servir en pareilleoccasion. Nous attendons l'œuvre du fatal M. P.jscal. et le Cliaudon en a encore fait un nouveau, qui ne contient (jue les preuves des faits tirés des dépositions et des interrogatoires, et on dit qu'il est bon. Ce Cliaudon est plaisant quand il dit que quand on patine les côtes, on tombe inévitablement dans le fond de l abime.
Disuns quelque cliose du bienheureux PAris. Le procésverbal de la de Lorme a déjà deux éditions, et on en couvre le tombeau. M. le duc de (^liAlillon a écrit une lettre à une M"" d'Auvergne, carmélite, où il lui parle d'un miracle opéré chez luisumii petit Savoyard paralytique, et le fait parolt bien certain. M'"' la princesse de Conti l'aveugle a commencé une neuvaine; si elle voit clair, voilà bien des gens aveuglés. J'ai vu l'écrit sur Bellarmin, qui m'a fort plu, et on en peut croire les citations; mais à r.\rchevéché on ne ht pas tout cela. Vingt-(jualre curés ont donné une recpiét»' à l'archevêque pour demander la continuation des informations commencées par le cardinal de .Noaillessur les mil actes du bierdieureux Paris; et [)our qu'il ne doute pas du commencement, on lui en a donné une copie, dont l'oricinal a été déposé par le P. Fouquet chez un notaire depuis rpirlcpies jours. Cependant on étale le portrait du Bienheureux sur le pont Notre-Dame; .\udran le grave. Oux (|ui vont à son tombeau disent que c'e>»t le toud>eau de la Constitution , et il y va plus de malades qu(; dans un hôpital.
I^fs remontrances n'ont pas eu un bon succ«'*s, le Boi a répondu : « Je suis encore plus mécontent de ces der-
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nières remontrances que des premières ; je défends qu'on fasse sur cela aucune délibération^ et je veux être obéi, w
A propos de M. Joly qui est mort, il y a ici un M. Joly président de votre Chambre des comptes, dont on vante beaucoup le génie et le caractère , et je ne serois pas fâché de savoir ce qui en est au vrai et entre nous. Je n'en abuserai pas.
Je ne lis point la Bibl olhèque germanique. Tous ces gens-là sont de lourds critiques, sansgoùl, sans sel, et notre petit Aouvellisle vaut mieux que tout cela.
J'ai trouvé dans lai^. raisonnée un article sur la dernière lettre de Buckley sur la nouvelle édition sur M. de Thou, *où on ne manque pas d'annoncer les additions, telles que la continuation jusqu'à la mort de Henri IV par Rigault, en 3 livres, dont deux n'ont jamais été imprimés, toutes les différentes lettres écrites par 1 historien ou à lui, celles sur la conversion de Henri IV , les sommaires tirés du la Bibliothèque du lioi , une Vie de M. de Thou plus ample, tirée du même endroit; enfin, tous les secrets sont découverts ; mais la lettre est anglaise, et ce journal n'est yuère connu. Il y a une liste des souscripteurs, dont 39 pour la France, et je ne sais s'ils vous y ont mis.
Je suis pour Crébillon , puisqu'il est Dijonnais et qu'il maintiendra le nombre de trois. On ne dit point où en est son élection.
M"'*" de Mazarin est dame d'atours de la Reine , M™'" de Mailly sa mère s'en est démis. Voilà bien du chemin en peu de temps, et il est vrai (qu'elle mérite tout cela; son mari seroit avec elle si on l'avoit pu transporter, mais il est dans sou lit pendant que sa femme est assise et dans les premières charges de la Cour.
M. de Saiute-Maur poursuit sa cassation, qui n'est pas admise encore et qui court fort au néant. Elle avoit été distribuée à M. de la Brilfe-Damilly, qui la reinibc, ne pouvant tenir contre les imporluuilés du mari : et elle est à présent à M. de Machault le iils; cette requête est iin-