OilKblSPOiNDA.NCK INKDITK
primée, cton y lit que les séparations viennent seulement du droit romain; ni le sevitia, ni Vodium capitale des papes Innocent 111 et Alexandre 111 n'ont trouvé grAce devant ce casseur d'arrùts, à qui je croyois cette jurisprudence plus connue.
M.Chicoineau, gendre de M. de Chirac, estnommé médecin des enfants de France. La l'acuité de Montpellier va s'établir ici , et nous leur allons envoyer celle de Paris. Je souhaite que M. d'Autun ait Besançon , et apparemment il n'en changera pas le Bréviaire.
Bonjour, Monsieur, je vous embrasse toujours de tout mon cœur et notre ami M. Fleuttelot.
Notre pauvre abbé Leclorc, (jui a t'ait la BibUothèqae de Uichelet, est en mauvaise posture dans le Nouvelliste, aussi bien que Tavocat Lyonnais et le Pitaval. Ce n'est pas trop mal fait.
Le P. Bougerel travaille toujours à sa Bibliothèiiue de Provence; il y a dix-huit ans qu'il est dessus.
Lettre XXXV.
A Pans, le dimanche 26 août 1731, à huit heures du soir.
Voici, Monsieur, une nouvelle besogne; les avocats ne sont point allés aux audiences jeudi dernier 23 de ce mois : ils étoient assemblés sur le bruit qui avoit couru d'un arrêt rendu au Conseil au sujet de celui du 5 mars, conlie l'ordonnance de rarchevêcjue et d'un mémoire par lui donné auHoi. On n'avoit pas la pièce, mais on en étoit presque sur. M. le premier [>résident, chez qui on alla, dit qu'il ne savoilcequec'éloit; ilsdin-nt qu'ils vouloieni adhérer à l'appel comme d'abus de M. le [irocureur général ; sur quoi il leur fut répondu qu'ils ne h; pouvoient [)as, etcpie s'ils le faisoient il seroit évoqué. Oi mot d'évocju»'; donna lieu à une dispute: ils dirent (ju'il falloit donc évoquer celui du procureur général et que le Koi ne pou voit évo-
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quer de lui-même et du procureur général du Roi ; on dit qu'il y en avoit des exemples : ils dirent que non, et qu'ils s'assembleroient pendant les trois fêtes, et le lundi matin ils en dirent autant à M. le procureur général. Le vendredi, sur les onze heures, jour de la Saint-Barthélémy, le doute sur l'arrêt lut levé , car on distribua par tout Paris le mémoire de l'archevêque contre l'arrêt du 5 mars qui reçoit l'appel du procureur général et qui défend de publier l'ordonnance, et à la suite de ce mémoire est un arrêt donné à Fontainebleau, le 30 juillet 1731, dans lequel la substance de ce mémoire est reprise. Par l'arrêt, le Roi évoque à sa personne l'appel comme d'abus reçu par l'arrêt du 5 mars, lève les défenses y portées et permet à l'archevêque de distribuer son ordonnance ; au surplus, il ordonne que l'arrêt du 10 mars sera exécuté; ce faisant, que toutes leurs contestations et disputes y menées et toutes poursuites et procédures pour raison de ce et de i exécution du présent arrêt demeurent suspendues; défend à toutes les cours et juges d'en prendre connoissance et à toutes parties d'y avoir recours, à peine de nullité, S. M. se réservant à elle seule d'y pourvoir, conformément à l'arrêt du 10 mars dernier.
Le mémoire paroît beaucoup travaillé et fort clair et plein d'autorités. La substance en a été aussi bien reprise dans l'arrêt, et il est dit que, par l'examen qui en a été fait dans le Conseil et de l'ordonnance, il a été reconnu ({u'elle ne blesse point la puissance temporelle, et que la censure tombe uniquement sur de faux principes, qui sont rejetés par tous /es catholiques : ce mot est fort et peut-être plus que l'ordonnance, et voilà nos confrères bien loin de l'arrêt du 25 novembre, qui reçoit la déclaration comme de bons et fidèles sujets. (Le bon billet qu'a L. C.)
Remarquez, s'il vous plait. Monsieur, d'un côté que les quarante ont fait la consultation le 7 septembre 1730 , qu'elle a été condamnée p.ir un arrêt du 30 octobre , que tout l'ordre adonné un mémoire juslilicatif, que l'arrêt
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cUi-i> novembre les ajustifit^. D'un autre C(^t(^ l'archevt^ijuca donru' sonordoimancodii 10janvior1731. I^e Parlement l'a l'ondamné par arrêt du ô uiars ; l'arclievrcjut' a donné son mémoire pour se justilier, et il l'a été par ai'rét du 30 juillet : il seud)le donc qu'on est but à but, et qu'il n'y a qu'à recommencer, car voilà jeu égal, si ce n'est que la provision donnée à Tordonnance, mais cependant suspendue dans son exécution, lroul)le un peu cette égalité.
Il semble que l'arrêt du 10 mars défendant d'écrire sur ces matières, le mémoire de Tarchevéque contrevient à cette défense d'autant plus que les avocats y obéissant n'ont point donné l'écrit (ju'ils ont fait contre l'ordonnance, et que l'archevéïiue s'est battu tout seul ; mais il dira que la défense n'est pas faite pour lesévê(jues, à quoi on pourroit opposer la lettre circulaire du 1 1 mars, où le Koi les exbortoit au silence. Vous voyez qu'il y a grande matière à rétlexions ; le Parlement ne sera pas content de l'évocation de l'appel comme d'abus, mais il est fondé sur l'arrêt du 10 mars. M. Gilbert ne doit pas êtrr content de ce que le mémoire est fait pour répondre à tousses moyens d'abus et pour les détruire, et lesavocals doivent aussi n'être pas contents de ce que leur déclaration reçue n'ait aucun effet , et que l'ordonnance qui les censure peut être distribuée publi(juement. Disons la vérité : tout ceci n'est qu'une question de norns, (|ui n'est bonne que pour les nominaux ; cepcîndant demain les avocats ne retourneront point au Palais, les audiences cesseront, et l'on ne sait point conjbien tout cela durera , et quel remède y mettre. On dit que M. de Laon vient de faire un mandement plus fort que tout ce qu'il a fait, parce qu'il œ sent autorisé.
Vingt-ijuatrecurésont donné un(îre(juêt«'à rarcJKîvrruic pour continuel" les inforriiations commencérs par le caidinal de .NoaillessurM. dePjïris, et ils n'y ont pas oublié hellarmin ni M.Nicolle, ni les procédures d«*s béatilicalions. Voilà le feu partout. En Provence, M. Le Brctest malade
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de l'affaire des Cadières : on a jugé les objets en faveur de la lille, le procès est distribué à M. de Vansoiiy, le peuple brûle le P. Girard au coin des rues^ et le père communie tous les jours dans la prison. Le procès de M. d'Hautefort, qui est retourné à la Tournelle, est distribué à M. Goislard.
M. Crébillon fera sa harangue en vers ; c'est un poëte qui veut parler sa langue, et qui en introduira peut-être l'usage. Du moins il ne trouvera pas les chemins usés.
Le prédicateur du Louvre à Paris, le jour de Saint-Louis, est resté tout court, et n'a dit ni prose ni vers à l'Académie assemblée. J'ai cru que M. l'abbé Bignon auroit réparé la faute sur-le-champ, mais cela n'eût pas convenu au doyen du conseil.
Lettre XXX VI.
A Paris, ce 29 août 1731.
La suite de l'affaire dont je vous ai parlé par ma dernière lettre, Monsieur, est que les avocats ne sont point venus au Palais lundi 27 et que toutes audiences ont cessé. Ils disent : Si nous somn)es hérétiques et que nous soutenions des principes rejetés par tous les catholiques, il nous estdéfendu de plaider, deconsulter et d'écrire, et il yen a une déclaration du Roi du 21 mai 1685. Ils demandent donc qu'on leur ôte ces notes, et ils y persistent si bien qu'hier mardi et aujourd'hui mercredi ils ne sont point venus aux audiences, en aucune juridiction , Grand Conseil , Chàtelet, etc. ; il en est de même dans les cabinets , où il ne se fait aucune consultation ni arbitrage, et nous voilà en vacances avant les vacances. On cherche à y mettre remède. iM.M. les gens du Koi ont été à la Gour; ils y ont été bien reçus, elle Koi a permis au l^arlement de lui faire des remontrances sur ce point. Le mal est grand pour le public; il y ap[)arence(iu'on le guérira bientôt ,
178 CORRKSPOM>ANCK INf.mTK.
car il pourra se communiquer, et on dit qu'il n'y aura jK)inl de chambre de vacations à Rouen. Kn HiO-i il ne s'agissoit de presque rien, et cela dura trois semaines, avec grande incommodité publique , procédant de la cessation de la justice, comme il est dit dans les registres du Parlement, dont Textrait est rapporté par Loysel; et ici il s'agit de religion, et encore d'une aiïaire qui a donné tant de peine et que Ton eroyoït finie : or, vous pensez bien quelle doit être l'agitation des esprits et la peine qu'il y aura à les apaiser. Loysel dit qu'il s'en fallut peu que ce trouble ne causât une sédition dans la ville. Lundi dernier, au Palais, il pensa en arriver une par un prêtre qui s'avisa de prêcher à la porte de la grande salle contre les avocats et pour rarchcvéque : on l'entendit quelque temps, puis il l'ut pelotté, bafoué, battu, chassé, et les laquais en firent justice dans la place Dauphine en lui faisant avouer que lesavocats étoient d'honnêtes gens, les jésuites des fripons, M. I^Arisun saint et qu'il appeloit et réappeloit de la Constitution. Vous pouvez croire qu'il dit tout ce qu'on voulut pour être hors de lA, et il fut bien heureux d'en être quitte pour cette amende honorable, car il eiU pu être assommé et en faire assommer bien d'autn's. 0»t honnête prêtre est , dit-on , précepteur des enfants de M'"*" du Trévoux. Il ne faut qu'un fou pour perdre foute une ville. Ce même jour, un vieux M. de La Barre, avocat, vint au I*alais A l'ordinaire pour se mettre au pilier, ne sachant point l'état des choses; il se trouva seul, il fut hué par les clercset reconduit à grand'hMe par les degrés, (pi'il sautoit deux i\ deux, quoi(ju'il ne soit plus d'Age de sauter, ayant [)rês de quatre-vingts ans. Pour moi, je fais comme les antres, je ne fais rien ; njais c'est faire beaucoup de vous écrire tout ceci.
Lettre XXXVI1\
A Paris, le 3 septembre 1731.
Nous sommes toujours, Monsieur, dans le chaos, la nuit avance, et nous ne voyons point paroitre le jour. Toutes les audiences sont cessées, il n'y a plus que quelques procureurs à qui on accorde un seul défaut, et puis c'est tout. Bien loin que Paris semble fi\ché de cette cessation de justice, il ne s'en plaint point. Le mal est grand quand on ne le sent point. Le ministère a commencé à y mettre un remède, qui n'a pas encore grand effet : on a exilé dix avocats, entre lesquels est le bâtonnier (1) et un ancien bâtonnier (2), etiM. La verdy, neveu de M. Cochin,etM. Prévôt, si connu dans ces affaires, et Soyer, qui a plaidé contre les jésuites dans l'affaire des tableaux, et Pageau, lils du célèbre M. Pageau dont il est parlé dans Bayle, et dans le père Bouhours, Gin, bonhomme ami de l'Oratoire, Comtesse, Lecomteet Paillet, peu connu. A l'occasion de ce Paillet, il y en a deux du même nom, et la lettre de cachet a été portée à Paillet du iMaignon, qui n'étoit point l'exilé, mais Paillet des Branières; le premier étoit déjà parti, il faut le faire revenir, et l'autre est parti d'hier, à qui on n'a pas donné un moment de temps pour s'aviser. Il disputoit à du Maignon l'honneur de la lettre, et il l'a emporté. Les avocats voient à présent qu'on leur peut toucher, mais il pourra en arriver comme en 1602, où 207 se désistèrent de leur profession. Les exilés ne sont pas les grands, il y a du personnel à chacun, le bâtonnier n'est pas là même comme chef, cependant il y en a qui disent que nous sommes tous exilés, parco que notre chef est ùté et qu'un exilé ne peut non plus plaider qu'un
(1) Roy.
{7} Rousselet.
5S0 CORIUM'ONDANCK l^^:l)^rK.
hérétique ou un excommunié. Lors du départ de mes confrères, on leur a apporté de l'argent de tous les c<Més; on donne aussi pour soulauer ceux (jui souffrent de la cessation; enfin, le désordre ne peut pas être plus ^rrand et les esprits plus animés : on ne voit (pie vers, satires, libelles, et il y a un n)andement de Momus qui passe ce qu'on peut imaginer en hardiesse sur tout, car rien n'est épargné, et en une force poétique (pi'on ne reconnolt en aucun de nos poî^tes. Voici une partie de la date :
Fait le jour tnènu' on dans les transes De tous les ordres de l'Ktat Louis de son premier sénat A rejeté les remontrances.
Le Parlement vient de faire plusieurs assemblées au sujet d'un mandement (Itifilruction pastorale) de M. l'évè(jue de Laon, qui est du 30 avril, et cju'il n'a montré que depuis quelquesjours. C'est une réponse, bien écrite mais trés-insolente, au réquisitoire de M. Gilbert, avocat général, inséré dans l'arrêt du 20 février dernier, (jui a reçu fappel comme d'abus, il y a cent indignes personnalités pour M.Gilbert; le l*arlementy estcomparéau parlement d'AuL'leterrc, et on cite un endroit des Variations de M. de 5!eaux. Je ne vous parle point delà dispute sur Messieurs des Knquêtes qu'on ne vouloit pas admettre dans ces assemblées, et qui y sont venus comme par force; M. Duprc'de la quatrième y a fait un discours adjuirable; M. Gilbert de même a plaidé la cause du Hoi en plaidant la sienne propre, et cela a été merveilleux; ses conclusions étoient Irès-retenues, à la suppression et défei«ses de ïa'wv de pareilles instructions, à peine de saisiedu temporel. Gela a été trouvé trop doux: supprimerne supprime point, brûler, cvt\ti fait des cardinaux. Il y a un délit «piil faut punir; maiscrimment punir un p.iirde France. Il faut assembler les pairs ««t les juger en jiairie, et c'est cecpii a été arrèir* le samedi l"de ce mois pour mardi 'i, où les pairs seront
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invités en la manière accoutumée. Il y avoit des voix pour dire que M. de Laon seroittenu d'avouer ou désavouer l'instruction ; mais la notoriété publique de l'écrit imprimé à Laon avecle privilège, et le bruit qu'il en fait lui-même à Paris, où il dit que si le Parlement le condamne, il excommuniera tous ceux qui obéiront à l'arrêt dans son diocèse, Ta emporté. iNous verrons si les pairs viendront mardi; le peuple, qui verra les princes du sang et tous cesseigneurs, va s'imaginer qu'il y a quelque brouillerie dans l'État plus grande encore. Déjà les évèques parlentde la déclaration de lG57(non enregistrée), qui dit qu'ils seront jugés par les évéques, même pour les crimes d'État; mais il y a bien de quoi leur répondre, et on leur montrera un beau recueil d'arrêts contre eux. Cette affaire ne paroit pas sujette à l'évocation, parce qu'il ne s'agit pas de la juridiction, et que M. de Laon dit lui-même avoir donné sur cela mémoire au Roi. Ce n'est donc que le corps du délit qu'il faut juger.
D'un autre côté, il y a des remontrances dressées sur l'arrêt du 30juillet, et elles doivent être faites aujourd'hui lundi; on y a travaillé avec attention : on y glissera quelque chose sur l'exil des avocats. Vous devez avoir vu cet arrêt à présent et le mémoire y joint. L'appel comme d'abus est évoqué; mais l'ordonnance subsiste par provision, et les principes faux rejelcs par tous les calliolicjues est une tache pour les avocats, (|ui a causé In (juerelle.
J'ai vu les interrogatoires des Girard et Cadière et du carme, et ai remarqué comme vous le faux de la rétractalion, quel'on voit forcée dans l'interrogatoire même du carme, qui ne parle [)lus avec cet air de vérité qu'il a eu d'abord, et il est bien changé d'un jour à l'autre. Cette pièce est très-curieuse.
Nous avons les deux requêtes de la Cadière et du jacobin pour avoir un conseil, ([u'ils ont obtenu; elles sont vives et hardies. Il y a des réllcxionssur le procès par un
»J CORRKSPO.NDANCK IM-DlTi:.
ami (les jésuites ; ceque j'aime mieux, c'est le dispositif do l'anvl du 30 juillet (jour des grauds arrêts) qui est A la lin. Les IVoveneaux, qui chantent tout, ont fait un opéracomique de ce procès tout trairi(iue, sous le titre du .Voiiveau Turquin; Lucrèce est la Cadière, le P. Girard est Tarquin, Brutusestle juge; les avocats y plaident en vers, en prose, en chansons; et quand le jugea tout entendu, il dit qu'il a envie de mettre les parties hors de cour et de procès, dépenscompensés, si mieux n'aiment tirer au sort à qui sera hrùlé. N'avons-nous pas grande obligation ;\ ceux qui nous font rire dans un état si triste? J'ai cent autres choses X vous dire; mais l'heure me presse, et il faut que celle lettre parte.
[Joint à la Lettre.)