‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 5)Chapitre 39 sur 53 · ANOCATS EXILÉS LE 30 AGIT 17SI · texte numérisé non relu

ANOCATS EXILÉS LE 30 AGIT 17SI

A Vicrzon ,

A Mayenne,

A Arnay-le-I)uc ,

A Boiirj; en Bresse ,

Kn M\i'rn.iis (Deeise - , Ci in , U).

A Romorantin , Comtesse, 40

A 1-1 Ferlé- Bernard ,

Au Lude,

A Bellesnje,

le biltonnier, M le Coy, tO.

Prévôt.

do I^verdy, 40.

Sover, 40.

A Cliàleau-Chinon ,

P.isean , 40.

L()nis-(;h.'irles Le (lonite.

Housselet, ancien l»;Uonnier. Paillet du Maignon.

I*aillet des Branières.

Farlum pour M. Clmrles-fîaspnrd-GuIllaume de Vintimilledu Luc, comte fh' Marseille yarclievêque de Paris , «/;pelant et demandeur contre François Paris, ci-devanl diacre du diocèse de Paris^ absent, intimé cl défendeur, ri contre Anne Lefranc ^ demanderesse en requête d'intervention, avec une Dissertation sur les maladies des femmes ^ leurs causes, prof/rés et déclinaison , revue , corrif/ée . ^/j/r/meutép par le père Girard, jésuite, confesseur de la demoiselle Cadière.

CouET, avocat.

LETTRE XXX VHP. 283

Lettre XXXVIIP.

A Paris, ce 5 septembre 1731.

Nous sommes toujours dans la cessation , Monsieur, et il n'y a pas encore d'apparences d'accommodement.

Avant-hier lundi au soir, on envoya de Versailles mander M. le premier président. C'étoit pour lui montrer un arrêt rendu au conseil le dimanche 2 dans Faffaire de M. Tévêque de Laon, qui ordonne que son instruction pastorale demeurera supprimée comme co/Hra/re à r autorité du Roi et à la justice, tendant à émouvoir les esprits et troubler la tranquillité publique y défenses audit évêque d'en publier et distribuer de pareils écrits, à peine d'être procédé contre lui par saisie de son temporel et autres voies de droit, et attendu Vabus fait par ledit S'' évêque de Laon du privilège général à lui accordé par S. 3/., /e 11 avril 172V, pour l'impression de tous mandements, etc., ordonne que ledit privilège demeurera révoqué comme S. M. le révoque, sauf à être par elle pourvu (dnsi quil appartiendra dans le cas où ledit S'' évêque de Laon pourrait avoir besoin de perynissions particulières. Voilà donc le procès jugé par le Koi pendant que le Parlement alloit assembler les pairs pour le juger. 11 n'y a pas d'apparence qu'ils y viennent après que le Roi, chef des pairs, aparlé; mais le Parlement dira qu'il ne peut être jugé que dans la cour des pairs, et principalement dans une affaire criminelle. Vous vous souvenez de tout ce qui fut dit et fait dans le procès du duc de la Force. D'un autre côté, non bis in idem, le jugera-t-on deux fois? le Parlement connaltra-t-il l'arrêt du conseil? L'évêque disoit déjà qu'on ne le pourroit juger que par les voies canoniques, et alléguoit la déclaration de 1 657 ; mais il ne songeoit pas qu'il étoit pair, et comme pair il disoit qu'il falloit bien des formalités pour la convocation, pour l'instruction et pour la pleineforme

5A4 c:ORKFiîPOM)ANCK IM niTI.

dei)airie,el il auroit fallu rfiiouveler les anciennes «jucstions (]ue le Roi s'est réservées en 171Get qu'il n'a point terminées ile[)uis. Après tout Tévèque est assez hien l.ipé parTariét, et la révoeation de son privilège n'eût pu élie ordonnée au Parlement.

Pendant ce voyai^e de Versailles les remontrances ont été laites, mais au moment que je vous écris on n'en sait pas encore le succès, parce que les Chambres sont assemblées sur cela ; elles roulent sur l'arrêt du 30 juillet ( qui a paru le jour de Saint-Barthélémy), qui évoque l'appel comme d abus reçu par l'arrêt du Parlement du 5 mars et permet la distribution de l'ordonnance de rarchevé(]ue: c'est ce qui fait la querelle des avocats, qui y sont notés dansle vu, v[ on auroit pu épargner cette noie. Dans Tarrèt rendu le 3 juillet 1728 sur la consultation d'Embrun et sur l'avis doctrinal du Louvre, on nous fit beaucoup de compliments, et on ne mit pas les (jualifications qui étoient dans l'avis, de fausses tendances au schisme, suspectes d'hérésie et même d'hérétiques. Voilà pourquoi on ne s'irrita pas alors; mais ici on n\'i rien ménagé, et le feu s'est mis, qui estdiflicihi à éteindre. J'ai relu ce que dit Loysel sur l'alTaire de H)0-2, et en instruisant la postérité si exactement il n'a peut-être; pas tant fait de bien (pi'il croyoit ; l'ouvrap^e (jue lit alors un jeune avocat sur la (|uittance des honoraires, et «pii est dans Bouchel, est excellent, et on auroit bien d\\ conserver le nom de l'auteur.

Pendant que la justice cesse , M. de Paris ne cesse point de faire des miracles et d'assembler tout Paris à son tombeau, où on est prosterné, recueilli et presque en adoralion, ['ne fille muette et sourde de naissance, %ée de vingt-deux ans, y vient de recouvrer la parole et l'ouïe,

Et le sourd répond à la voix Du muet, qui se fuit entendre.

Vous aurez vu dans la 32' lettre du ISOurrllisle du Parnasse (\ue Crébillon haranguera en vers. Vous voyez,

dit le Nouvelliste, que malgré l'opinion de iM. de la Motte, la versification fait des conquêtes^ et que la prose, loin de prendre sa place, lui cède la sienne. Vous reconnoîtrezbien à la page 265 le portrait de Ramsay et à la 266 l'histoire de l'abbé Desfontaines. Je crois que la puissance imprudente étoit M. d'Argenson, garde des sceaux.

E'affaire de la Cadière avance ; elle est au parquet pour donner des conclusions, et je crois que les gens qui ont passé le guichet tremblent. La fille dit qu'on veut l'enlever, le père Girard qu'on veut l'empoisonner, et ils ne songent pas au mal que leur fera l'arrêt. Je viens de voir un acte lait par la Cadière pro/es/aay et interpellatifii lasupérieure de la Visitation, à qui elle demande d'avoir la clef de la chambre et le verrou en dedans : la supérieure a fait une longue réponse, la fille une longue réplique , et il est curieux de voir tous les faits qui sont là-dedans et la hardiesse du conseil de la fille, i\ qui la supérieure dit à la fin quelle souffre toutes les peines de sa fourberie , mot qu'elle ne devoit pas lâcher. Il n'y a plus guère à attendre pour avoir le dénoiiment de cette grande tragédie. On dit que quatre jésuites des principaux sont partis pour être au jugement ; et que vont-ils faire là?

Lettre AXA/A*.

A Paris, 7 septembre <73l.

Voici, Monsieur, le 7 septembre, et on ne pense point à revenir au Palais. Ce fut à pareil jour l'an passé que fut signée la fameuse Consultation des quarante, dont nous avons senti et dont nous sentons encore les tristes effets. Hier, il se répandit un bruit j^resque certain que l'affaire éloit finie et que l'appel comme d'abus étoit jugé conire M. l'archevêque; c'étoit un bon expédient, non pas bon pour le [)rélat, mais pour les avocats et pour la réintégration (Je la justice. On parloit même d'un arrêt qui

S86 COI\KK.SPOiM)ANCK liNKDlïK.

tUoil à riinprinierio royale; et il y cloit, mais on ne le délivra point, et j'ai appris ce malin qu'il avoit été retiré. Le Parlement n'est pas content de voir juger au Conseil les paii's, les évéques et les appels comme d'abus. Les pairs ni les évéques ne sont pas aussi contents; mais comment contenter tout le monde? Salus populi suprema lex. Nous ne savons pas encore la réponse aux remontrances, on ne l'a été chercher que d'hier à Versailles, et* appareumient cela sera dit ce matin à l'assemblée des chambres, et il y sera parlé de l'absence des avocats et de leur exil. On n'exila point en 1602, et combien de grands hommes se retirèrent du palais. 11 n'y a qu'à lire la liste de 151M> dans Loysel.

On dit (ju'il y a des conclusions dans rai'i'aire du P. Girard, lui condamné d'être pendu, puis brûlé, la fille

rasée et enfermée, etc ; mais cela n'est point sûr : on

dit aussi qu'il y a ordre de suspendre l'exécution , (juelque chose qui arrive, et que des jésuites sont partis pour solliciter.

Il y a encore une comédie pitoyable qui a pour titre : La Critique de la Femme docleur, et cette critique est une approbation : la scène est entre des comédiens (jui veulent jouer la pièce, et qui en sont empêchés j)ar (jucl(|ues jansénistes. Le dénoùment est que hi pièce n'est point jouée, par un cricjui sort d'une statue. M. Phlegias, avocat jansénisie, dit ({u'il faut faire courir le bruit que cela vient du ciel, et que c'est un miracle; qu'il en faut faire honneur à siiint Paris, à qui on en a fait faire d'autres. Arlecjuin, qui est du c6té des jansénistes, dit (ju'il h' puljliera à condition qu'après .sa mort on lui fera faire aussi quehjue prodige, et qu'il seroit plaisant si quelques torticolis fai- .soient graver un jour le portrait d'Arle(juin acuité de ceux des (Juesnel et si lesdévotes venoienl faire des vujux jiour Mm tomJHiau.

M. Tintamarre, autn* avocat, veut (ju'on attribua ce miracle à ceux des cinquante qui sont morts; et là-dessus il

y a des plaisanteries sur les miracles du saint Paris. Voilà doncle Bienheureux en comédie, mais mauvaise comédie, qui ne manquera pas de faire rire aux dépens de saint Médard.

Voici une autre comédie. C'est un dialogue intitulé : Apologie de Cartouche^ ou le Scélérat sans reproche par la grâce du P. Quesnel. On a déjà dit cent fois ce qui est 'dans ce dialogue et peut-être mille fois contre la grâce invincible et les autres propositions; mais c§ tour est nouveau, vif, et dans un vrai style comique. Et je ne sais à qui attribuer cela, si ce n'est à Tabbé iMargon ou peut-être à l'abbé de Grécourt, et il y a un petit mot sur ce que le père Quesnel canonise les plus grands scélérats , et vous pourriez hardiment mettre Cartouche dans notre calendrier à côté de saint Paris. Le janséniste se récrie : Ohî quel blasphèmey Cartouche à côté de saint Paris; l'un mort dansV odeur d' un saint appel et l'autre exécuté publiquement par lamain du bourreau. Le docteur moliniste veut poursuivre, le janséniste se fâche, et lui dit qu'il va de ce pas au tombeau de saint Paris lui demander pour lui un miracle; enfin, ils conviennent qu'il n'en sera plus parlé, et le dialogue, très-l)ien dialogué, continue sur Cartouche. Mais tout cela est bien éloigné des Lettres provinciales.

Vous avez raison de vous fâcher contre le Nouvelliste, qui ne trouve rien de bon, et qui veut persuader qu'on doit trouver bon, tout ce qu'il dit. Il attaque le Virgile du P. de la Rue, comme si cela n'avoit pas été fait pour les classes , ainsi que tous les autres scoliastes dauphins. Il est vrai que le prince avoit femme et enfants, comme dit Bayle; mais le dessein n'en étoit pas moins utile, et il l'est, et ce M. le Nouvelliste dcvroit bien être sujet à la révocation de son privilège comme M. de Laon.

S88 r.ORRKSPONDANCF INKOITF.

Lellre XL.

Pu 7 septembre 1731.

« La cour, toutes les Chambres assemblées, désiiant prévenir les abiis(|ui suivroient inrailliblement des principes ivpandus clans un yrand nombre d'écrits, (jui tendent à él)ranU'r les plus solides fondements de l'autorité royale; et voulant de plus en plus al'fermir les sujets du roi dans les vrais principes sur l'autorité de nos rois, a arrêté les articles cpii suivent, contenant les maximes établies dans les ordonnances du royaume :

a Que la puissance temporelle, établie directement de Dieu, est absolument indépendante de toute autre puissance, et que nul pouvoir ne peut, en aucun cas, ni directement ni indirectement, donner atteinte à son autorité; c Uu'il n'ap|)arti('nt [>oint aux ministres de l'Église, sous prétexte d'enseignement , ni sous aucun prétexte, de fixer les bornes (pie Dieu a placées entre les deux puissances, et que les canons et les règlements que l'h^glise a droit de l'aire ne deviennent lois de ÏVAixi qu'autant qu'ils sont revêtus de l'autorité respectable du souverain;

<( Qu'à la puissance tem[>orelle seule appartient la juridiction (pii a droit d'employer la force visible et extérieure pour contraindre lessujats du Uoi;

« Que les ministres de l'Kglise sont comptables au Hoi, et en cas d'abus à la Cour, pour son autorité, de l'exercice de la juridiction qu'ils tiennent du Hoi, même de tout ce qui puurroit, dans l'exercice du pouvoir qu'ils tiennent directement de Dieu, blesser la tranquillité [)Ublitpic, les loi^ et bs maximes du royaume;

u Ordonne que les ordonnances, édils, déclarations, arrêts et règlements contenant lesdites maximes, et aussi sur l'autorité de nos rois, seront exécutés selon

leur forme et teneur. Fait défenses à toute personne, de quelque état, qualité et condition qu'elle soit , d'avancer, écrire, ni enseigner aucunes propositions directement ou indirectement contraires auxdites maximes, sous telles peines qu'il appartiendra. Et sera le présent arrêt lu, pulilié et affiché partout où besoin sera. Enjoint au procureur général du Roi de tenir la main à l'exécution dudit arrêt. Ordonne que copies collationnées seront envoyées aux bailliages et sénéchaussées du ressort. Enjoint à ses substituts d'y tenir la main et d'en certifier la cour dans le* mois. »

La réponse aux remontrances n'est pas ici jointe parce que les copies en sont toutes différentes, et que même dans la première partie il n'est point parlé des faux principes désavoués par les catholiques, comme il est dit dans ma lettre.

Il est presque sûr que l'arrêt que l'on dit avoir été retiré est l'arrêt du 5 septembre, qui n'a été publié que le 8, et que l'on vouloit publier plus tôt. On en a débité en même temps deux éditions. Ainsi tous les discours sur cet arrêt retiré sont imaginaires.

Lettre XLt.

A Paris, le 8 septembre 17.11.

Je ne sais pas trop par où commencer ce que J'ai à vous dire, car il n'y a ni commencement ni fin à tout ce qui se fait. Le mercredi 5; ou plutôt le 6, il se répandit un bruit d'un arrêt qui jugeoit au conseil l'appel comme d'abus de l'ordonnance de l'archevêque. On courut à l'Imprimerie royale; il y avoit été, mais il n'y étoit plus. Le cardinal de Bissy et l'archevêque menacèrent de schisme, à ce que l'on dit, et cette menace fit retirer l'arrêt, qu'on n'a pas vu depuis. Le 6 au soir, le Parlement reçut la réponse aux remontrances, et elle fat

^90 (:ORRKSK)M>ANCK IM-:i)|TK.

lue le vendredi 7, et comme il s'y trouva à la lin quoique bienveillance pour le Parlement, à qui on dit que S. M. est bien élo'ujnce d'empêcher son Parlement d'user de Fautoriléquelle lui a conférée pour l exécution des loiSj et d'opposer remède aux différents abus qui pourroient arriver et troubler le bien et la tranquillité publique y on a pris ce compliment pour un ordre, on a fait usage de l'autorité sur-le-champ, on a cherché le remède aux abus, et les chambres n'ont plus été en dispute que de savoir si on feroit un arrêté ou un arrêt. Il a passé à 72 voix contre 62 que ce seroit un arrêt, et l'arrùt en forme de règlement, contenant 5 articles, a été dressé depuis 10 heures du matin jusqu'à 5 heures et demie du soir sans désemparer. Vous trouverez ci-joint cet arrêt, qui peut donner grande matière à discussion, et qui établit l'autorité du Koi le mieux que Ton a pu, car il n'appartient à personne de placer des bornes si justes qu'on n'empiète sur l'un ou sur l'autre. Tout Paris s'altendoit à voir cet arrêt imprimé le 8 au matin, mais il est venu quelcpie contre-ordre qui en a empêché la publication et l'impression, et jusqu'à présent il n'est que dans les registres de la cour, sans que nous en puissions savoir le sort; il en a pourtant échappé quelques copies. On ne sait si cette démarche sera bien reçue, et on ne croyoit peut-être pas que le I^irlement prendroit la chose au pied levé.

Le soir du 8, on crioit et on débitoit dans les rues un arrêt ([ue l'on crut être celui du Parlement, et chacun l'acheloit; mais point du tout, il s'est trouvé que c'étoit un arrêt du conseil du 5 septembre pour faire cesser toutes disputes et contestations au sujet de la constitution Unifjenitus. Cette affaire étant regardée comme finie, le Koi donne un arrêt comme Louis XIV en donna un en 1 008, pour la paix de l'Église ; maiH si l'un n'a pas plus d'effet que l'autre, c'est une guerre au lieu d'une [)aix (jui nous est ici annoncée.

L'intention est toujours très-bonne, et si l'on poursuit les contrevenants comme désobéissants, rebelles et séditieux, on pourroit obtenir une bonne fin. Il faudroit pour cela ne faire quartier à aucune des deux parties, exécuter l'arrêt à la rigueur, et qui Texécutera?

Il n'y a point eu de retour des avocats. Le Parlement a fini le 7 septembre sans qu'on les ait vus. Il y a un petit mot adouci dans les réponses aux remontrances, où il est dit que la censure de l'archevùque tombe sur de faux principes désavoues par les catholiques. L'arrêt du 30 juillet disoit : rejelés par tous les catholiques ; mais cette correction légère n'est pas contentement, et d'autant plus que cela va être registre dans les registres de la cour, au lieu que cela n'étoit que dans le vu de l'arrêt. Le corps est donc plus que jamais attaché à sa résolution. Les négociations n'ont jusqu'ici rien avancé; il faut pourtant qu'il y ait une Chambre de vacations, et nous allons voir quel parti prendra le ministre. Je ne sais quel l)ruit vient de se répandre de lettres de cachet, sans dire contre qui. L'orage gronde; savoir sur qui il tombera; on le dira bientôt.

Les pairs, au nombre de 32, ont fait une protestation contre l'arrêt de M. de Laon ; mais c'étoit une matière antérieurement évoquée et qui ne peut blesser la pairie. Quelqu'un a dit que l'arclievêquc de Paris, étant duc et pair aussi, on avoit retiré à cause de ce titre l'arrêt rendu contre lui ; mais vous entendez bien que le prétexte scroit mauvais, son affaire étant purement civile.

Nous venons de voir la requête d'appel comme d'abus d'Anne Lefranc répondue d'un : soit communique au procureur général par ordonnance du 3 septembre; elle est imprimée chez le fameux Lolthin, avec la consultation, signée Duhamel, Guérin do Uicheville, Blaru et Aubry.

Les moyens sont : V qu'Anne Lefranc n'a point été entendue dans l'instruction qui a précédé le mandement; 2^ qu'on a affecté de n'entendre qu'une partie de

Î95 COHRKSPONDANCK IM^iDlTH.

ceux dont elle a dépose les cerlilicals; 3° la diffamation de sa personne, étant accusée d'avoir supposé un miracle pour séduire le peuple, ce qui est un trouble dans l'État (ju'il appartient au Parlement de réprimer.

Je ne vous dis rien d'un conte de prés de 200 vers intitulé Lucifer dédommagvy qui contient toute l'histoire du H. PAris et celle du V. Girard. Marot, l'élégant Marot, n'auroit pu mieux faire; Fauteur ne sera pas difficile à découvrir; mais que nous importe qui, pourvu qu'il nous plaise et qu'il nous fasse rire ? M. le duc de Mazarin est mort; ainsi voilà une dame devenue duchesse et veuve en bien peu de temps, et elle mérite tout cela.

Letlre XIJF.

A Paris, C€ h sci>lcnibre 1731,

Je vous ai envoyé le fameux arrêt du 7 septembre, qui fait des règlements dans hi matière des deux puissances; il est devenu bien plus fameux depuis l'arrêt du conseil du 8 qui ia cassé, révoqué, mis au néanl cl déclaré nul et de nul effet, comme rendu contre la volonté connue du Koi et par entreprise sur le pouvoir gui appartient à S. M. seule de donner des lois et les règles (jénérales à ses sujets, et qui ordonne que la minute sera rayée et l'arrêt du Conseil transcrit à la marge d'icelui ; à ce faire, le greffier du Parlement tenu, h. peine de désobéissance : ce qui a été exécuté le lendemain 0, jour de dimanche, à une heure et demie du matin, par un huissier de la chaîne, «lui s'est fait représenter le registre par le greffier de la Cour et a biffé l'arrêt.

ÏAi Parlement s'étoit cru autorisé, par la réponse aux remontrances, de donner cet arrêt du 7, qui contien des maximes tirées des ordonnances, et le fond en paroissoit bon; mais leOjnseil n'a pîis trouvé la forme bonne, et on n'a pas laissé le tenq)s de rendre l'arrêt public, le Koi

LETTRE XLll'. 293

ayant usé de toute son autorité pour le casser et le biffer pendant les fêtes mômes. Vous avez dû en quelque sorte être préparé à cet événement. La voie de l'arrêté auroit été plus régulière que celle de l'arrêt, puisqu'on vouloit user de la permission indirecte de la réponse aux remontrances qui avoient été faites à ce seul sujet. On a voulu rendre un arrêt, et voilà ce qui en est arrivé. N'eût-on pas mieux fait de ne rien faire du tout? Ce n'est pas à moi à contrôler mes maîtres. Le Parlement désassemblé n'a pu recevoir d'ordre ni de jussion pour rayer; l'huissier du Conseil a rayé lui-même l'arrêt, et sur cela, on demande si le greffier eût pu se soumettre à la peine de désobéissance : question bastillable et peut-être plus que bastillable. Quoi qu'il en soit, l'arrêt est biffé; mais il n'en est pas moins sur les registres. Vous vous souvenez à ce propos de ce qui arriva en 1563 sur cet arrêt de partage que Charles IX se fit rapporter, et qu'il fit biffer. Le Parlement vouloit le metlre hors du registre, comme chose non avenue, et disoit qu'il faisoit équipollemenl ou plus quil n'avait été ordonné, parce qu'en ordonnant que le partage sera biffé, encore qu'il soit biffé. Usera et demeurera au greffe et sera vu. Le conseil voulut qu'il fût biffé, le Parlement l'ordonna, et le greffier du Tillet le porta au Roi. Qu'en est-il arrivé? Ce fait a passé à la postérité, le partage est dans les historiens. M. Dupuy, dans le traité de la Majorité de nos rois, en a recueilli toutes les pièces, et nous avons jusqu'aux noms des opinants. Il en arrivera de même de l'arrêt d'aujourd'hui, qui, encore qu'il soit biffé, sera et demeurera au greffe et sera vu, et il n'y a personne qui n'en ait des copies, comme de celui du conseil, quoiqu'ils n'aient été imprimés ni l'un ni l'autre. De tout cela, la chambre des vacations n'en est pas mieux; il n'y va aucun avocat et très-peu de procureurs. On y donne quelques défauts, et rien de plus; les procédures même ne sont point contradictoires. Il vaudroit autant et mieux de pleines vacations.

394 œRKKSPOrSDANCK lISKDITi:.

Vous remarquerez que l'arriM qui casse celui du Parlement est dans les mêmes termes que celui de Charles 1\.

Nous n'entendons rien dire du P. Girard; le factum du carme ne nous vient point . Je ne sais comment il sauvera cette nuit blanche qu'il a passée avec la iille auprès de la chambre de son cousin, qui dormoit, et qui ne vint point les voir ni les entendre. 11 y eut là de belles tentations et de quoi y succond^er pour un carme; nous avions déjà l'épi irram me, qui est très-jolie, mais je ne vous en remercie pas moins.

M. le duc de Mazarin est mort et laisse sa femme veuve, duchesse, dame d'atours, et la plus jolie femme de la cour en grand habit de veuve, qui est charmant.

Le 3*^ tome du NouvcUisle du Parnasse est commencé. Je soupçonne que cette lettre, qui est la trente-troisième, est de Voltaire, car les Anglois y sont bien loués, et on dit qu'il a part à ce journal; il parle d'un livre qui est \e Journaliste amusant; l'auleurest un homme du monde, frère de M. deChevilly, capitaine aux Gardes. Il est dans une campagne avec une dame de ses amies, et pour se désennuyer tous deux, il a fait ce livre, que je n'ai pas encore luet dont il n'est pas dit trop de mal. Vous verrez que la Vie de d'Aubigné avoitété retouchée; celle qui est à la lète du Baron de Funeste est plus originale, mais je suis l>ien fâché que les passages gascons, italiens et es[)agnols du Haron soient pleins de fautes; cela me détournera d'avoir celte édition, M. le président de Maisons se meurt de la petite vérole; il étoit de l'arrêt du 7 sept<'mbrc.

Lettre XLÏll .

A Tarit, ce 17 M'|itriiil*rc MM.

I>c vcrsqui vous manque, Monsieur, est : .Sou* la tombe est prêt à descendre. Tout te que vous me dites sur le fond

LKTTRE XLIir. 295

de l'arrôt du 7 septembre va plus loin qu'on n'a pensé. On ne convient pas que les bornes entre les deux puissances soient placées de concert entre elles. Si celaétoit, le Roi n'auroit pas évoqué l'affaire pour la juger : il est vrai que Tarrôt du 10 mars met dans le préambule des règles pour ces bornes , mais est-ce là où elles doivent être, et qu'auroient donc à juger les commissaires limitrophes?

L'art. 3 ne peul comprendre l'excommunication, qui n'est point contestée. On n'en est que sur le mot de visible et extérieure, qui n'est pas propre pour une peine spirituelle et intérieure, et où la force n'est pas proprement dite.

Sur l'art. 4, M. Dupuy ne convient pas que nos rois puissent être excommuniés pour crime d'hérésie manifeste, parce que les sujets ne leur obéissant plus alors, cela fait un trouille dans l'État. Vous savez ce qui a été fait sous Henri IV. Iratum fulmen.

Mais enfin, soit pour le fond, soit pour la forme, l'arrêt est biffé, et sans beaucoup de cérémonie.

Les 32 ducs ont protesté, parce que le crime du pair accusé n'a pas été jugé en pairie. On m'a envoyé le Mandement de Laon avec les vignettes qui couvrent le Formulaire de Louvain, latin et françois.

Voilà M. de S*'^-Maure qui cachette son enquête et qui la tronque : mauvais exeniple.

On vend publiquement la requête d'Anne Lefranc ; les nouvelles de Rome disent qu'on y a brûlé par la main du bourreau la Vie de M. Paris; mais il n'en est pas moins couru ici, et un prêtre nommé Bescheran fait déjà sa deuxième neuvaine pour guérir un pied boiteux; depuis longtemps il souffre de grands maux sur le tombeau, et tout Paris s'y assemble tous les jours, malgré la pluie et les crottes qui ne refroidissent point la dévotion. Je n'ai point ouï dire que les chirurgiens d'Anne Lefranc se soient rétractés.

196 (OnBKSrODANCK IM^.DlTi:.

La (lirardière no vaut rien; si V Enfer dédommagé vous manque, je vous en ferai faire une copie.

On attend des nouvelles du P. Girard : on dit que les conclusions sont fort contre lui. 11 est un bruit d'une autre affaire de Bordeaux qui est l'envers de celle-là, et ainsi ontiendroit lespèresdetouscôtës, mais je n'en crois rien.

M. le P. do Maisons est mort de la petite vùrole; il laisse untils qui n'a que cinq ou six mois. On dit sa charge donnée i\ M. Talon, et celle de M. Talon au fils de M. le procureur général, et on me l'a assuré. Cependant on prétend que M. de Blancmesnil, dont le bail linit, s'offre de prendre un autre bail du petit de Maisons : cela va être décidé à Petit-Bourg, où on joue un jeu effroyable. (L'affaire est décidée pour M. Talon et pour M. Joly de Fleur y.)

La reine est certainement grosse, et non point comme la duchesse de Parme, dont la grossesse est ù néanl. Pendant cette petite fiction, elle a fait ses affaires, et je ne crois pas qu'on lui en refuse l'absolution. Voilà donc l'embarquement de Don Carlos qui se prépare; ce n'est pas au moins faute de traités.

Vous avez raison, le tabouret est un bon douaire pour M"* de Mazarin, et la cour le juge ainsi.

M. de Maisons laisse des dettes immenses : il jouoit, il bMissoit, il donnoit dans toutes les curiosités.

Sa veuve ne prendra point la garde-robe, la famille n'a pas cru devoir garder la charge.

Lettre XUV\

A Pirit ce 2* «eptcmbrc 1731.

Nous sommes, Monsieur, dans un très-beau silence; il ne se dit ni ne se passe rien, sinon que je viens d'apprendre que M. d'Kmbrun vient de publier un mandement encore plus fort que celui de M. de Laon , et il pourra

LETTRE XUV^ 297

bien être condamné par arrêt du conseil sans qu'à celui-là les pairs s'y opposent.

Le cas de consience que vous proposez sur la réparation du tort fait aux plaideurs vaut bien celui des quarante docteurs, mais qui consultera-t-on sur ce cas?

Une dame de la cour et de beaucoup de sens me disoit hier qu'elle n'avoit jamais entendu parler de deux puissances en France, et cela seul fait sentir que cette dénomination n'est pas bonne, car il ne faut pas offenser la langue de l'État; il y a donc ici quelque chose qui ne va pas bien, malgré toute l'autorité divine des ecclésiastiques : il semble qu'il y ait deux puissances coUalérales de la manière dont on parle, ce qui n'est certainement point. Ainsi toute cette querelle a je ne sais quoi de séditieux qui n'est bon qu'à assoupir, et le parlement n'a peut-être pas tant tort.

Le parquet de Provence a. donné des conclusions le 11; les deux procureurs généraux et M. Deguédan, avocat général, ont été pour mettre le P. Girard hors de cour et pour pendre la Cadière après être préalablement appliquée à la question; sursis au jugement des autres. Les deux autres avocats généraux, à brûler le P. Girard, mettre la fille dans le couvent pour trois ans, les autres accusés hors de cour.

Une môme preuve peut-elle produire des opinions si diverses ? Le Nouveau Tarquin n'a peut-être pas trop mal rencontré, quand il a dit : hors de cour dépens compensés, si mieux n^ aiment tirer au sort à qui sera brûlé. Cela me fait souvenir de votre arrêt de Tabotié et de celui de Spifame, qui nous a tant fait rire dans le temps. Le rapport a commencé le 12; le P. Girard a encore donné un 2' tome, auquel Chaudon répond, et il a encore fait un Précis de la procédure. M. l'évêque de Toulon a aussi donné un Mémoire de sa part qu'il a distribué à chacpie juge avec une lettre; mais j'oubliois bien le meilleur :dans les conclusions du P. Girard, l'aVocat Chaudon et Aubin le procu-

CORRKSPOISDANCE INl^niTK.

reur sont décrtHt's de prise de corps. Voilà les avocats nialtraités partout, et ils pourroient bien quitter eu Provence comme ici.

J\ai vu le Mémoire du carme, qui est bien fait; il y a beaucoup et trop d'esprit; ils en veulent toujours aux jésuites et non :\ raccusé seulement, et il y a en ce pays-l;\ une îjrrande liberté d'écrire contre eux. 11 traite bien la ijuestion de la révélation de la confession, et rapporte plusieui*sautoritésqui sont curieuses, et munie celle de Suarez : et pour la nuit blanche, il s'en défend très-bien en montrant que le témoin qui en parle n'a déposé que ce qu'il en a ouï dire par le carme lui-même à M. de Toulon ; le témoin est son aumônier. Madeleine Pauquet, autre témoin, parle de la même nuit comme si elle avoit été passée (/a; j. s un jardin sous une ircille; mais cela n'est point, et on (juitta la treille à dix lieures. Quatre religieuses rapportent des discours de Madeleine Pauquet, laquelle n'en parle point; elles font danser le carme, A qui on fait bien danser à présent une autre danse. La Baturel, dans son recolement , dépose des libertés que le carme prenoit avec la Cadière, qui badinoit avec elle et la cbatouilloit , ce qu'elle a vu; et a ouï dire à la C'idière qu'il couchoit dans la même chambre séparée par un seul rideau d'alcôve, et que s'étant trouvée mal, le Père vint i\ son secours en chemise (ju'elle lui avoit prêtée. \ hi confrontation avec la Cadière, elle a dit avoir vu le carme la baiser au visage dans ï obscurité^ cl qui dans un coin la pinçoit au ventre, et qu'elle lui avoit dit que le Père l'avait si fort chatouillée quelle tomba du lit en bas. Réponses : 1" C'est une lille enfermée au refuge. — 2'' Sur le recolement, unique témoin. — 3'' Ce qui a été ajouté à la confront'ition, nul suivant l'ordonnance. — k" Il y avoit une chambre séparée où le carme couchoit avec ses frères et avec l'aumônier lui-même. — 5^ Fait étranger à la plnintf, partant nul. VoihV sa défense, qui est bonne et qui dépend du secret, .\insi je ne vois point

LKTTRE XLV^ 299

de preuves contre lui sur ce fait; le complot dontonTaccuse est très-bien développé, et il le faut suivre avec attention. Ma foi! un plus amplement informé tireroit tout d'affaire, et je crois que l'arrêt seroit bon.

Nous en sommes au 3^ volume du JSouvelliste; la 3i^ lettre est bonne. Le P. Charlevoix en doit être content et les avocats aussi. Je n'ai pas vu le Journaliste amusant; le recueil de Chambert est dans la 16*" lettre du Nouvelliste : c'est là où sont les nonwelles Réflexions de M. de la Rochefoucauld. Les médecins tuent tout le monde ici.

Lettre XLV,

A Paris, ce 28 septembre 173!.

J'ai été hier à l'Académie, Monsieur, et j'ai vu dans une assemblée des plus belles la réception de M. Crébillon, votre compatriote. Il n'a point trahi la patrie, il a fait son discours en vers nobles, magnifiques et, pour tout dire, si merveilleux, qu'on y a frappé des mains plusieurs fois, ce que l'on n'avoit point encore vu à l'Académie, à ce que l'on m'a assuré. Apparemment la nouveauté d'un discours poétique a fait ce grand éclat; il avoit promis quelques périodes en prose, mais il n'a point tenu sa parole, et il a bien fait. M. Hardion , qui lui a répondu en peu de mots et fort bien, ne lui a rien dit sur cette façon de haranguer, qui ne passera point pour règle. Tous ceux qui ont été loués doivent être bien contents, car il n'y a jamais eu de louanges si fortes et si justes. M. l'dbbé d'Olivet lut une ode venue de l'Académie de Marseille pour tril)ut à la vôtre, et je crois que l'auteur auroit souhaité un autre lecteur. Il ne manquoitlàque vous, Monsieur, pour admirer voire nouveau confrère, et je vous aurois bien embrassé; mais vous êtes dans d'autres enchantements dont la description que vous faitesm'abien touché. Je ne sais 31 cette terre d'Ksbarresap-

80<) CORRKSPONDANCK IM-.DITr.

partienti\M.lecomtecVEsharresquiaépouséM"MeSt-Chainand, sœur de madame Bernard; si c'est elle, elle se souviendra bien de moi et comment j'ai eu part à son mariage, et je crois qu'elle voudra bien recevoir mes respects et M. son mari aussi.

Le Factiwi du carme vous a bien amusé. Vous avez remarqué les endroits périlleux, et j'y avois déjà fait quelques petites notes. 11 nous pleut ici des pièces de tous les c6tés sur cette étrange affaire. Un abbé de Boisraorand, qui se môle de tout et qui avoit fait la requête en cassation de M"" Gardel, a pris sous sa protection le Père Girard et a fait un ouvrage intitulé : Résultat des Mémoires de la W" Cadière , qui est d'une véhémence la plus outrée; il va jusqu'à attaquer les avocats : c'est une des belles extravagances qu'un esprit furieux puisse produire, et l'affaire le comporte. On dit qu'il en a eu cent louis, qu'il a perdus le mèmejour <\ l'hôtel de Soissons. Ainsi, dit le proverbe, ce qui vient de la flûte retourne au tambour. Il y a un second Mémoire pour le Père Girard qui est sérieux et bien travaillé, et où il se défend le mieux qu'il peut; mais à la fin, il fait entendre qu'il voudroitètre mort et brûlé, pour être délivré des misères de celle rie, et qu'il attendroit désormais sans peine ce grand jour où l'arbitre souverain réformera les jugements du monde et rendra justice à ses élus à la face de tout l'Univers.

Son avocat assure que ce sont ses propres sentiments, mais que par obéissance à ses supérieurs il a travaillé à sa défense et à sa justification. VoiLl une péroraison bien singulière et un appel au jugement universel qui est d'un goût bien nouveau. M. l'Évèque de Tou« Ion a fait aussi une déclaration ou mémoire de ce qui s'est passé avec lui, et le carme n'y trouve pas son compte.

Quond tels ribnuds seroieiit pendus, O ne seroit j.'i pr.ind dommage.

Mais pourquoi pendre celte pauvre Cadière, qui a été séduite par l'un ou l'autre des deux directeurs^ et peutêtre par tous les deux? C'est une folle qui avoit lu les Vies des sœurs du tiers-ordre et qui s'en étoit entêtée ; il y a un parallèle assez juste dans le dernier Mémoire du P. Girard, de ces Vies tirées d'un volume imprimé en 1625 avec ce beau Carême, qui est un vrai Carême prenant de dévotion et qui a bien manqué à Rabelais pour mettre dans sa bibliothèque. Avez- vous vu \e précis des charges contre le jésuite? J'y vois bien des preuves, et s'il en a de son côté contre les autres, je suis de voire avis, il n'y a qu'à mettre tout cela à la même broche. J'entends à présent les conclusions; mais qu'a fait l'avocat Chaudon ? on lui reproche d'avoir fait imprimer les interrogatoires : n'est-ce pas une pièce qui passe pour publique? du reste, il est avoué par sa partie et s'il a parlé contre la société , le P. Girard dit lui-même qu'il ne se justifie que pour obéir à ses supérieurs. Ils sont donc partie en quelque sorte. Tout l'univers sait à présent tout ce procès et en toutes les langues , et s'il y a une sixième partie dans le monde , on tâchera de la découvrir pour l'y porter. Peut-être même dans le céleste Paragay, dont il est parlé dans la trente-quatrième lettre de notre Nouvelliste.

Je ne doute point des noms des énigmes de la trente-deuxième que vous avez devinés, hors l'abbé Gédoin que l'on ne peut pas prendre pour un traducteur sans grec et sans latin, lui qui les entend si bien. C'est aussi de lui-même ( abbé D. ) qu'il parle à la p. 266; et pourquoi aller se mettre encore dans cette galère ? Pour les écoles d'ignorance et de bon goût, il en veut au Pittaval qui parle toujours de goût, et qui n'est qu'un ignorant. Vous verrez dans la trente-sixième lettre un portrait de M. de Pointis qui ne fera pas plaisir à ses parents et amis, et le nouvelliste auroit bien pu se passer de renouv 1er les amours de la Sœur Poulinière, qui a encore

103 COUUKSPONDAWCK INKDITi:.

son fnM'e et qui est un riulc jouteur sur le l\irnasse (1). Est-ce h\ une nouvelle i\ mettre dans un pareil journal ? il y aura quehjue catastrophe ; il nous promet de parler du Sêlhos de l'abbé Terrasson , qu'il a eu le courage de lire, et qu'il y employera le ridicuhim acri. Voilà une belle annonce, elle veut dire : «Monsieur, je vous promets de vous tourner en ridicule dans huit jours; D mais ne risque-t-on pas d'avoir son fait dans l'octave?

M. d'Embrun avec son beau mandement du.... août 1731, a eu un arrêt du 2V septembre pareil à celui de M. deLaon; il est supprimé et son privilège révoqué; l'arrêt est du 24 septembre. Je n'ai pas vu cet écrit, où il paroit qu'il avoit traité les gens du Hoi d'hérétiques et même parlé des censures contre eux. Quelle folie î Je crois que vous remarquerez que le terme d'hêrélique ne s'applique aux personnes qu'après une conviclion légitime. Il y a quelque rapport à ce qui se passe.

Les Souvelles ecclésiastiques dernières ne parlent que du Bienheureux Paris; il y aune histoire abrégée des dixneuf miracles, avec les noms , les surnoms et le genre de mal guéri. Cela finit par dire qu'à Aix les Jésuites ont un confrère que la voix publique condamne au feu et dont ils prennent le parti : et leurs adversaires ont à Paris un saint (jui fait des miracles et qu'ils persécutent.

Il paroit une deuxième lettre d'un ecclésiastique sur le mandement des miracles; il y a de belles citations, mais c'est une déclamation furieuse contre l'archevêque el l'ablié Couet.

(I> La ufui;^. -CiniK.ol, auteur dc5 fameu>cs I'hilipj>iques»

LKTTRE XLVr. 303

Lettre XLVP,

A Paris, ce 50 septembre nsi.

Depuis ma lettre écrite, Monsieur, il a été rendu un arrêt le 28 septembre , à la chambre des vacations, où Monsieur le Procureur Général est entré, et a fait un réquisitoire contre deux décrets de la Cour de Rome, Tun qui condamne une ordonnance de M. de Montpellier contre son chapitre , l'autre qui condamne la Vie de M. Paris. Cet arrêt supprime les deux décrets et renouvelle les défenses de rien recevoir de la Cour de Rome qu'avec lettres patentes enregistrées. Voilà encore de la besogne nouvelle. Le cardinal de Bissy, qui a eu part à ce qui s'est passé à Rome, a ordre de rester à son diocèse où il est. On ne sait pas bien le dessous de toutes ces cartes, mais le peuple qui voit le B. Paris brûlé à Rome et le bref de Rome condamné à Paris croit que leB. est béatifié par le Parlement et y va plus que jamais. Allez lui dire que ce n'est qu'une formalité, il n'en croira rien et les prédicateurs n'en oseront rien dire. Le miracle actuel et continu de M. Bécheran, prêtre, apporte| une attention infinie : il a jusqu'à 22 convulsions sur le tombeau à chaque séance. On est en peine si cela est illusoire ou vrai ; ce prêtre passe pour un homme très-vénérable. Il y a, dit-on, un livre du cardinal Bona qui traite de ces sortes de convulsions en fait de miracles, et on doit le tirer de la Bibliothèque du Roi, où il est, pour justifier le récipiendaire et les médecins et chirurgiens qui l'assistent. Car il y en a beaucoup qui sont même ordonnés pour cela; il faut entendre toute la ville parler d'une matière qu'elle n'entend point. Ce sont des faits à vérifier et la vérification ne se fait point. En attendant, le B. va son chemin sanando omnes , et on dira de lui : Virlus vxibat et sanabat, comme il est dit dans Saint-Luc.

MM CORRESPONDANCE INl^DlTE.

J'ai reçu une lettre de M. Desmaizeciux qui me marque qu'il a reçu la vôtre en son temps et qu'il y va répondre. 11 donnera des notes sur les Nouvelles lettres de Bayle qu'il sasse et ressasse, et il m*a envoyé le Calendrier du Caria où il y a des fautes que je lui ai corrigées. Je n'ai point encore eu le quatrième tome des OEuvres diverses, quoique j'aie une lettre de change pour le recevoir. Le fragment de la Vie de Gustave est ce qu'il y a de nouveau.

M. de Laverdy m'a écrit d'Arnay-le-Duc, où il est logé chez le Lieutenant civil, qui a, dit-il, une belle bibliothèque et qu'en ce pays les femmes y sont belles et on y fait de beaux enfants. Je veux lui enseigner la Callipédie de l'abbé Quillet et son histoire qui est dans le Diction^ uaire de Bayle de la deuxième édition. Le sujet ne sera pas mal placé ; il y faudroit joindre les vers retranchés de l'édition de 1655 que les Anglois ont rétablis dans leur l>elle édition de 1708, et qui montrent l'esprit souple du Mazarin et de l'abbé. A dire la vérité, je n'attends pas en ce temps-ci de pareilles épitres dédicatoires ; aussi y auroit-il trop d'abbayes à donner.

Lettre XLVll .

A Paris, ce 17 octobre I73lé

C'est bien cette fois-ci. Monsieur, qu'on peut dire : Parluriunt montes, nascitur rtdiculus mus. Le procès d'Aix a été jugé le 10 de ce mois, et toutes les parties entêté mises hors de cour. I>a Cadière, le P. Girard, le Carme, le Jacobin, l'ecclésiasticjue n'ont tous qu'<V s'embrasser, et oublier tout. On dit ({n'il y a eu douze voix pour brûler le jésuite et douze pour le mettre hors de cour, ce qui a fait un partage qui a passé A l'avis le plus doux; voihl une coinjiensation des conclusions qui pendaient la lille,

LETTRK XLVir. 305

et l'auteur du Tarqnin nd\o\i pas mal trouvé en disant : (( Hors de Cour, si n'aiment mieux tirer au sort à qui sera brûlé. » L'arrêt renvoie le jésuite à M' Tévèquede Toulon pour être admonesté, et l'on ne doute pas que l'admonition ne soit des plus tendres; si l'évêque faisoit bien, il l'admonesteroit d'aller ailleurs exercer ses talents. Sur ce beau procès il vous souviendra de celui de iM"'^dela Force qui fut jugé de même, et sur lequel notre ami La Fontaine a dit :

Dos à dos, la cour les renvoie Après que la chose a longtemps Kté tout d'un contraire sens.

D'intérêt pour l'état de fille Violé dans cette famille^, Un seul denier ne se paiera : • Qui plus y mit plus y perdra.

C'est tout ce qu'on peut dire à toute la bande joyeuse provençale, qui va peut-être en faire quelque danse ou quelque chanson. Dieu merci, nous voilà quittes de tous les mémoires scandaleuxqui se répandoient partout, et, n'en déplaise à >r Chaudon, il en a fait un dernier où il a appris une pratique de pédérastie qu'on n'eût pas pu exposer plus haut dans une ('cole de Sodome. M. PAris fait toujours des miracles, l'abbé Bécheran fait toujours sa représentation convulsive sur le tombeau, d'autres en font de même ; on parle d'y mettre ordre , mais cela ne fera que multiplier les miracles par tout Paris par le moyen des reliques qu'on dira avoir et la pépinière ne manquera point.

Je n'ai encore pu voir le mandement de M' d'Embrun ni vérifier le fait de Dumoulin, qui est considéral)le. Il y aaussiune instruction pastorale de lui (je dis de l'archevêque ; qui a été condamnée par un arrêt du conseil du 2 d'octobre. Tout cela ne lui donne point de chapeau, car le Pape vient de faire cinq cardinaux où il n'est point, ni M. de Sens, ni les autres prétendants. On parle de

aofj (a)kuksih)M)am:i: imditk.

trois nouveaux ln'ofs qui seront traités commet les autres. 11 a bien fallu prendre le parti de M. de Montpellier et empêcher (pie le Pape ne le juge immédiatement.

La remarque des belles femmes d'Arnay-le-Duc et de Boui'i,' m'a appris cette note topograpliiijue qu'il ne faut pas oublier pour les voyageurs ou exilés. JY'crirai i\ M. de Laverdy toute vos honnêtetés. M.Soyer doit être à Bourg présentement, et on ne dit pas (juand ils reviendront.

Les vers de M. Crébillon n'ont pas fait fortune sur le papier. La 37*^ lettre du youvclliste nous apprend qu'ils ont été critiijués.

On parle d'un manifeste du roi de Sardaigne, qui a fait arrêter son père. Voilà un fait bien nouveau et qui apprend bien à ne se dépouiller si tôt et encore moins d'une couronne.

retire XLVIir.

A Paris, ce 21 oclobrc I7:{|.

J ai bien des grâces à vous rendre, Monsieur, de tous les faits curieux, observations et instructions que vous me donnez sur l'arrêt du P. Girard : il est à présent imprimé, du moins le prononcé; on le vend par tout Paris et il n'en a pas plus grande approbation. Cet arrêt est vraiment de ceux dont on dit r/Mos libéral notai. Ayrault, dans sa l*rali(jae crimineUcy dit cji son vieux langage ; Qui a obtenu se trouve plus scandalisé , et tous les juges, que lu partie qui a perdu ; tel est absous par sentence qui demeure uranmoins couche entre beau.r draps et quelque juf/etjement qu'il interrifunCy il est très-diflicile que les parties lie soient toujoursconnuespour tels qu ilssont et non pour tels qu'on les prononce. Voilà ce que je trouve dans Ayrault et qui s'applicjue bien à cet arrêt, qui n'est que sur le papier et non dans les cœurs; il mesendile que le renvoi au juge ecclésiastique pour le délit commun laisse unetpieue qui

LETTRE XLMIK. 307

peut donner lieu à quelque appel comme d'abus. La condamnation des dépens faits à Toulon montre que l'on a eu égard à la rétractation, et que les dépens ont été adjugés jusqu'à ce jour : cependant, les charges étant contraires, comment y a-t-on pu avoir égard , et le fait des menaces et de la retraite du greffier ne méritoit-il pas d'être approfondi? Le liors de cour à l'égard de la Cadière et autres accusés ne me parolt pas tomber sur la calomnie, mais sur le complot, la fausse possession , l'abus de l'exorcisme et autres cas imposés par le Procureur général. La calomnie entroit dans la défense de l'accusé principal, qui perd sa cause sur ce point, en ce qu'on ne lui adjuge point de dommages et intérêts, et que l'arrêt dit expressément qu'il n'en aura point. On pouvoit n'en point adjuger et ne pas le dire , et dès qu'on le dit voilà la note, notât quem libérât. 11 est encore bien singulier que Tarrêt prononce la décharge et le hors de cour en même temps pour le P. Girard : on lui donne trop et on ne lui donne pas assez. Je dis comme Célius : Poi>t(pxani factum estohstupuit. On est encore stupéfait sur le conseiller clerc, qui aime mieux encourir l'irrégularité que de se retirer, et qui apparemment est bien sûr de sa dispense et de quelque chose au delà. Qui ne seroit aussi étonné du silence des deux commissaires sur les reproches personnels? Us ont mieux aimé le faire que de perdre leur voix et de s'engager à une récusation. Mais ce qui est surprenant, c'est la force de cette fille à la confrontation et la faiblesse du jésuite. 11 est bien sûr que c'éloit le cas de la question. Pour le quousque, il me semble (ju'Ayrault ne l'admet que dans les cas où il n'y a point de partie civile, et ce quousque n'est pas bien défini; l'ordonnance même ([ui veut que l'on prononce sur la condamnation ou sci la décharge y parolt contraire. Qu'entendon parce quomque? Je vous prie, Monsieur, de me l'apprendre. Enfin nous nous donnons bien de la peine pour débrouiller un chaos et une obscurilé que Ton a alïcclée. Vous ne me

8o« (:ouu»:sroM)A.\ci: lnkdhi:.

jxuloz(|iie lie certains mots qui doivent ùtre rayés dans h'S re(]ii«Mes et mémoires ; eependant l'arrél ordonne (jn«i plusieurs reijuèteset mémoires de la (]adiére,(iui sont désignés, seront retenus et lacérés, ce qui est une espèce de réparation delà calomnie, ou au moins une peine contre les termes obscènes et licencieux. Il y a deux éditions du prononcé, l'une commence par : Il sera dit; l'autre par : Dit a été; on a eu peur que le premier ne passtVtpour un projet. Ola n'est pas trop permis et a un air de faux. Nous allons voir de belles réflexions. Les 21 couplets sur la lettre du '12 juillet sont très-jolis et doivent entrer dans les pièces du procès. Que dites-vous de notre Aristoi:raplie La Fontaine avec son dos à dos! Je ne sais rien du tout de railaire des deux rois de Sardaigne, sinon que le marquis de Kivarol a eu le cou coupé, et le médecin et son fils pendus, et le roi Victor bien enfermé et bien grillé. Si vous avez que^juc relation de cette singulière aventure, je vous prie de me la communiquer. Tous ces Charles-Uuint qui abdiquent sont sujets au repentir, (boulanges en a fait autrefois une jolie chanson, mais tout ceci est trop sérieux pour le chanter; on peut se repentir mais non pas conjurer.

Lellre XIJX\

A Paris, cv 20 oclobrr* I7'l.

I>es rcmanfues des lettres refaites et de la clef en dedans éloient, Monsieur, des présomptions juWs et de jure avec les autres indices, etcelaalloit bien près de la mort, mais Ten voilà quitte;. On ne sait ce que le juge ecclésiasti(|ue va faire : il n'est point de la règle que (juand le juge- séculier a connu par lettres patentes et commission extraordinaire du procès d'un clerc et cpfil l'a jugé sans le juge d'église, ce dernier vienne encore en eouiudtre ; le roi, p'tr In pléniturh- d<" sa puissance, a consommé ce

LETTRI-: XLIX^ 309

droit. De là on croit quMl pourroit y avoir moyen de cas^ sation contre Tarrèt, ou appel comme d'abus de la procédure de l'officialité, s'il s'y en fait : et voilà une branche de la querelle des deux puissances, mais je crois que personne ne s'y accrochera. Il y a eu une grande émotion à Toulon, un P. Girard de paille brûlé dans lous les coins, le feu mis aux Jésuites, le collège abandonné, le peuple criant dans les rues: Plus de confession! plus de Jésuites! et préparé à recevoir la Cadière en triomphe. On dit qu'elle n'en jouira point, et que ne voulant point être un sujet de sédition , elle a tout doucement gagné les côtes et passé à Nice dans les États du roi deSardaigne, et le P. Girard est allé àDôle,sapatrie, n:ontrer aux incrédules qu'il n'est point brûlé. On ne voit ici que chansons et mauvais vers contre l'arrêt. On m'a assuré que l'abbé de Charleval n'a point opiné et s'est retiré à la première voix du sang; ainsi il est quitte de son irrégularité, et même d'Iléricourt prétend qu'il ne l'auroit pas encourue dès que l'arrêt n'a point jugé à mort.

Il y a un bel hymne pour M. Paris que l'on a fait graver en latin et en franrois avec ses armes au haut et une couronne de marquis; cela ne ressemble guère à l'humilité du défunt, mais on lui rend après sa mort ce qu'il a méprisé pendant sa vie et il pourra devenir le patron des Chapitres nobles. Les miracles augmentent tous les jours ; il y en a eu un subit en la personne d'un M. de la Salle, autrefois commissaire au Chàtelet , qui étoit estropié et qui est revenu tout droit, et il en a dressé lui-même un bon procès-verbal sur le lieu, n'ayant point oublié son premier métier. Il alloit demander sa conversion et la guérison de sa femme et chemin faisant il a été guéri ; l'abbé Bécheran continue toujours ses neuvaines avec les mêmes convulsions et un .M. de Légal s'y montre tous les jours et commence à entendre. Les IS'ouvelles ecclésiasl'ujues du 17 septembre disent plaisamment que le bref de Home qui a déclaré les miracles faux, déclare

810 i:ohiu:spom)v>(:k iM-.niri.

en intime temps que ceux (jui sont guéris ne le sont pas, que les a veuilles qui voient ne voient point, etc. Lisezvous ces. Vot4r<'//<*s/ elles sont bonnes depuis peuet ne déplaisent point i\ la Cour, puisqu'elles prennent son parti contre les évèques qui veulent que la constitution soit règle de foi. L'aventure de Tév^que de Nantes, qui a mieux aimé consentir la liberté d'un prêtre prisonnier que de payer sa pension au chAteau de Saumur, y est bien racontée, aussi bien que celle du P. Millet, jésuite, qui a été délivré sur la foi de la révélation d'une carmélite, parce qu'il devoit faire pleuvoir, mais comme il n'a point plu, on a serré la relique pour un autre temps.

M. d'Embrun a bien fait de retourner à son diocèse par le plus court cbemin. La Cour n'a pas été contente de ce voyacre et M. le cardinal de Uolian s'en est justifié. Savez-vous ce que c'est qu'un livre qui a pour titre : Les Amazones révolti'ea , roman moderne en forme de parodie sur rhistoire universelle et la fable avec des noies pollliques sur les travaux d'Hercule , la rhrvalerie militaire et la découverte du \ouveau-}l(mde, par dom Louis le Maingre de lioucicaut y rolonel de dratrons au service des nations catholi(pies? La (lazcttc de Hollande qui l'annonce, sans dire où il est imprimé, dit ijue ce livre est si rechercli('*, surtout pour le discours sur la chevalerie militaire, que chaque exemplaire se vend deux louis d'or. Avez-vous jamais ouï parler d'un titre de livre aussi fou? si le livre y répond cela rloit être bien original. Ce Boucicaut descend-il du maréchal de France? il faut ajouter ce titi-e bizarre à la liste de M. IJaillet; voilà un bon [>lat [)()ur notre JSouvelliste.

LETTRK L^ 311

Lettre L".

A Paris, ce 28 octobre 1731 .

Depuis ma lettre écrite, Monsieur, j'ai reçu votre paquet où étoit la relation curieuse de l'affaire de Turin dont je vous rends mille grâces. On n'entend rien à tout cela, le père qui auroit dû couronner sa maîtresse, quitte sa couronne pour l'épouser; le fils qui auroit dû adorer son père après lui avoir remis ses États, l'arrête et l'emprisonne. La femme conspire contre son beau-fils par un dess&in ambitieux et veut l'empoisonner, et on dit aujourd'hui à Paris qu'elle s'est empoisonnée elle-même. C'est là une douce société d'Italie. Je croyois le Rivarol décapité et les médecins pendus, mais on ne le dit plus; il ne passe plus rien de ce pays-là ici et ils ne font pas mal de ne point communiquer avec les autres nations, puisqu'ils ne leur pourroient donner que de mauvais exemples.

Je vous remercie aussi, Monsieur, de vos instructions sur le qnou^ffue; ils en usent ainsi en Bretagne, et cette crainte qui poursuit le coupable jusqu'à la mort est une peine plus dure que la mort. C étoit le cas cTe l'appliquer si le Parlement d'Aix en faisoit usage. Le P. Girard est certainement à Lyon et la Cadière à Nice ; il y a une calotte très-mauvaise contre le Parlement et une autre pièce intitulée Sarcelachy qui est en langage paysan, comme les pièces des habitants de Sarcelles contre l'archevêque, et c'est de là qu'est venue ce mot nouveau dont notre langue s'est enrichie et qui pourra bien y rester comme celui de Ballade. Voici le commencement :

Sais-tu, Colin, ce qu'on dit à Pnris, Pa la morguennc y sont bian cbobis !

Te souvient-il de cette la Cadière, Dont ils lisions les factotons naguère,

312 1 OIWUvsro.NDA.NCi: I.M.nill

Comme ni disait qjio ce Prro Girnrd Dès qu'il clail avec aile à l'écart, Après avoir bien verrouillé sa porle, 1^1 visitoit comme une bvte inorte^ Qu'il la tàloit tt la lantiponoit, Tant (pTun Mau jour ce vilain maladroit L'avait rendue, à ce qu'aile disait, mère. Kt puis encor, le plus mal de l'affaire, (l'est que ce drôle avait su bian et biau ?'.nvoyer caton d'un coup à vau liau.

Voilà un échantillon, vous aurez la pièce entière quand il vous plaira ; je vous avoue que la bêle morte^(\\\\ représente l'extase, m'a bien fait rire.

L'ami Bourel est délogé, et est all(' demeurer dans une maison de son gendre , au haut de la rue Montmartre , où demeuroit M™*' de Noce; ils sont là en bel air; la bibliothèque est bien i)lacée. Nous avons bien parlé do vous aujourd'hui à dîner, et il y avoit un M. Anfossy qui étoit ami de l'abbé Fraguier, qui m'a bien chargé de vous faire ses compliments, aussi bien que toute sa famille.

Je ne sais quel hruit se répand contre l'abbé Alary d'un dép(*it de 50 actions rpi'il avoit à M'"*" do Sainte-Aulaiiu» et qui ne se retrouve plus. La savante marquise en fait de grandes [)laintes et il en pourroit bientôt paroitre quelque Lamentabile Carmen; mais non, c'est à la manière des anciens , il en sortira plutôt quehjues couplets à la moderne. Haillerie à part, ce fait est vilain, s'il est vrai. Ninon n'en usa pas ainsi, et l'abbé deThou qui vient de mourir, et qui vient de rendre 50,000 écus à M'"* d'Isenghien et un legs universel à M. de Mesgrigny, aj)rès avoir gardé le serment dont formule a été faite pour lui, apprend sur cela une j)ratique de nK»rale qui ne sera <|u<î rarement suivie. A propos de rou[)lets. M'"*" de (iontaut en a fait faire deux contre la maréchale de Villars avec (jui elle s'est brouillée après avoir été fort amie. On dit (pt'ils sont affreux.

LETTRK I.l^ 313

M"™* de Montauban a gagné la petite vérole d».* M°* de Ligne sa sœur, qui s'en est sauvée.

On me disoit tout à l'heure que Clément XI avoit donné un bref de virginité à la fille de Carie Maratte, peintre, qui l'avoit perdue plusieurs fois, et que ce bref servit à la marier. LaCadière auroit besoin de cette indulgence.

Lellre LV.

A Paris, celôl octobre 1731.

Je ne vous dirai. Monsieur, qu'un mot du P. Girard : il est auprès de Dôle à un prieuré des Jésuites qu'on appelle iMonte ou Monte. LaCadière, qu'on disoit à >'ice, est retournée à Toulon; apparemment cette affaire est à présent abandonnée aux poëtes qui en feront leur jouet. L'affaire de l'abbé Alary est un peu plus claire; il n'a point retourné chez les dames où il étoit tous les jours plus de cinq semaines après la mort de M'"'^ de Sainte- Aulaire, encore y a-t-il été mené par M. d'Argenson du Palais-Royal. Grandes douleurs et larmes sur la perte du corps, puis on est ^'enu sur la perte des biens et d'une cassette où il y avoit 50 actions et un contrat de 100,000 francs sur la ville. L'abbé a dit fermement qu'il n'en avoit jamais ouï parler. On lui a lîVché quelques soupçons; ces soupçons sont passés dans Paris. L'abbé a été trouver M. le cardinal pour avoir satisfaction comme étant au Uoi; M'"^ la duchesse du Maine s'en est mêlée et a dicté elle-même une lettre satisfactoire , tant bien que mal ; cette lettre a été vue. Mais depuis il y a eu (pielques indices : 1° l'n agioteur de la Banque a dit y avoir vu plusieurs fois- M ""^ de Sainte-Aulaireavec un abbé. 2° Un homme d'affaires qui esten Limousin a dit qu'il n'avoit point eu de connoissance des actions, et que c'étoit l'abbé Alary qui s'en mèloit. 3° M. Pin, vicaire de Sainl-Kustache, (pii a administré les dorniers sacrements à la défunlf, dit (ju'.iprès sa confes-

3N (:OI\Ri:SP()M)\NCK IMDITK.

sion elle voulut lui divc (judijuc rhosc sur ses nflaires temporelles, inais(ju'il voulut lui donner N. Seigneur auparavant et qu'elle mourut sans en pouvoir parler. '»" Co contrat qu'on peut lever chez le notaire et qu'on ne rapjx)rle pas donne encore des soupçons que tout étoit dans la cassette. Les dames crient et s élèvent contre l'abbé, tjui de sii part crie et se défend. Cependant on dit que l'on en veut venir à un proct'-s criminelj et voih\ un nouveau Girard. A tout cela il peut y avoir quebjue secret qu'on ne sait point, dépôt, lidéicommis, donation ou ce qu'il vous plaira. Quoi (ju'il en soit, cela est lï\cheux pour l'abbé, parce que ces dames ont bien des amis qui prendront leur parti et qui convertiront leurs soupçons et leurs indices en réalités et en preuves.

On cherche la naissance de l'abbé qui n'est pas bien loin et que La Bruyère a caractérisée. Et on dit déjà qu'il est plus cher (|ue son père. Comme il est de vos confrères et que les dames sont de vos amies, vous ne serez pas fAché de savoir le fait tel qu'on le dit à Paris.

L'histoire de la chanson contre M""' la maréchale de Villars est aussi éclaircie ; elle a écrit une lettn^ très- dure à un ministre (pii l'a portée chez M""" de (iontiiut. Là, en s'arnusant, on a l'ait d(Hix couplets de chanson contre la maréchale, et on dit que le ministre y a miscjuelques mots de sa main. Je ne saurois vous dire [)ar quel sort il est arrivé que l'oriirinal de la chanson est venu entre les mains de la maréchale, qui avoit voulu avoir un éclaircissement avec M'"' de Contant; et cela fait une des belles tracasseries qu'on ait encore vues.

Il y a eu hier un ^'rand conseil à Versailles, (jui a duré quatre heures, et c'<'st apparemment sur l'affaire (l(*s Avocats, car .M. (iilbert, avocat général, y étoit. On n'en sait point encore l'événement. Tous les vendeurs d'images et esUinipes de M. Paris ont été chassés. (^\ist peut-être j»our aller jdus loin. — .M. de Saint-CiOntest, avocat du hoi au (^hâtelct, en faisant sa harangue à la rentrée, a

LETTRK LW. 315

commencé par dire : « Avocats, etc. », il n'y en avoit pas un. Nous allons voir de belles choses à la Saint- Marti n , car il n'a point encore été question de Tarrèt du 7 septembre qui a été biffé.

Lettre LIP.

A Paris, ce 6 novembre 1731 .

VousaureZjMonsieur,la5a/Te/«r/^/^puisque vous la voulez avoir, et je crois que vous serez content; il seroit plaisant que notre poésie s'enrichit de cette sorte de poëme à la place des chants royaux, virelais, glose, etc. qu'elle a perdus. Marot en a laissé quelques traces dans les vers du Biau fils de Pazzi. Le P. Girard est donc dans sa patrie ou dans quelque solitude voisine, ipse suum cor edenSy hominum vestigia vilans, comme Cicéron l'a dit d'après Homère, à qui il appartenoit de faire cette belle peinture d'un homme qui mange son propre cœur et qui fuit la piste des autres hommes.

C'est ce qu'il a dit de Bellérophon et que Balzac s'est appliqué dans une de ses lettres à Chapelain, d'où nous pourrions bien encore le faire passer ;\ ce souverain enfermé à qui on n'a rendu que sa montre et qui pourroit bien s'occupera dévorer son cœur. Je suis bien aise d'avoir Homère à opposer aux nouveaux Parnassiens, qui en parlent toujours mal et dont vous touverez une critique dans la VO" lettre de notre \ouvi'llistr. Je ne sais de qui est ce Traité du Goût, fait par un in;ithématicien , que notre censeur censure sans pitié. Ce pourroit bien être l'abbé TerrassoU; à (jui il a passé son Sétlios, et il l'a repris par un autre endroit.

Le fait du bref de virginité est très-certain et m'a été .issuré par un de mes amis qui a été deux fois à Home. Ce bref servit à bien marier la fille du j^eintre X un avocat nommé Sapi, qui n'eut garde de contrrdircrinraillibililé

sir. (OIIKKSPONDANCK i.MDm:.

HuPapo. Mais je ne crois pas (|uc' la Cadi^re put j^Mgner celte imhilironco.

Les youvelles ecclésiaiitique:^ du 2 octobre contiennent toute l'affaire des avocats et tout ce qui s'est passé au Palais jusqu'au 8 septembre; cela est trùs-curieux quand il n'y auroit que les simples faits ; on travaille irt^'s-secrètement î\ une négociation qui sans doute sera finie à la Saint-Martin. Nos confrères sont revenus aujourd'hui, les magistrats arrivent demain et nous aurons le plaisir d'une rentrée agréable. Je le crois et le souhaite ainsi. Le Marimberc qui est l'Hélène de cette guerre-là, est parti pour l'trecht, ainsi il n'y a plus personne qui opine à le retenir et le vouloir mettre sur le tal)leau d'où il s'est effacé lui-même.

Ce que vous pensez sur les convulsions de l'abbé est merveilleux, mais il faudra bientôt un autre miracle pour l'en guérir, car elles lui prennent hors du tombeau et dans sa maison , et son corps s'est si bien accoutumé à co tremblement qu'il ne s'en peut plus passer. Le commissaire dit que le ciel ne lui a pas tant connu de courage et qu'il l'a guéri tout d'abord. On croit qu'il va paroltre sur cela quelque déclaration ou arrêt, et qu'on est las de ce spectacle.

J'entends fort bien ce que vous dites sur l'arrêt du 2K septembre, mais il falloit bien empêcher l'entrée do ces brefs, et on s'accroche où on peut.

M. Anfossy n'est pas un abbé, c'est un laïque qui avoit mêmeépousé lamarcjuise de Vence; il est veuf et frère de celui qui est à M. h' cardinal.

L'affaire du dépôt des actions étonne tout Paris. On a bien pensé à quflqu<î amitié s(;crète, mais on trouve que c'est trop donner, et que ral)bé n'a pas tant gagné ni pu fagner. Les chansons sur la Maréchale font aussi du bruit «'l qui pourra bim retomber sur le dos du po«'t(;, (kir la fatalité du Siècle de hoisy dont les j)o/'tes sont menace, et rjui est un autre que celui de fer ou d'acier dont

LETTRE Llll^ 317

Balzac fait la pronoslicalion à Juversac, son ennemi.

L'n de mes amis de rAcadémie m'a mandé que le remerciement de Crébillon étoit admiré et critiqué à Paris et qu'on auroit quelque chose là-dessus.

Il y ade faux plaisants qui ont parodié le vers :

Qui gouverne la foudre et ne tonne jamais. Qui gouverne la bourse et ne donne jamais.

Vous savez sans doute l'histoire du valet de chambre du prince Charles^ qui, àMarly, s'étoit fait un outil femelle d'un col d'une grosse carafe à mettre de l'eau. Le récipient s'est cassé dans la partie utérine et a blessé le piston, de façon que l'homme est en danger. Vous jugez facilement des plaisanteries. Les dames voient maintenant à regret leur rivale lorsqu'on leur sert de l'eau. Il y a une calote sur les juges d'Aix.

Lettre LUV.

A Paris, le 14 novembre 1731.

Je crois, Monsieur, que si le P. Girard s'avise de prêcher, on le prêchera à son tour, et il devroit bien rester où il en est. Je lisois ces jours ci le Théâtre des Grecsdu P. Brunoij , et j'ai trouvé dans nplùgénie en Tauride (acte 4 ) un récit d'Oreste qui fut absous dans l'Aréopage du meurtre de Clylemneslre parla faveur de Minerve qui se rendit maitresse des voixen les rendant égales, dontles Furies furent bien fâchées et s'emparèrent de l'accusé; à la fin du 5' acte. Minerve recommande à Oreste de se souvenir du grand service qu'elle lui a rendu par cette égalité de voix. Mais tout cela est bien plus étendu dans la tragédie des Euménides (par Eschyle), au même tome, dont le sujet entier roule sur ce jugement, où on trouve les plaidoyers des avocats, la fourberie de Minerve, (jui donna sa voix pour rendre les suffrages égaux ^ei qui en donne pour

SIS i:oRRh:si'o>DAN(:R imduk.

raisiUi, i|m' ooiniiu' file n'a point de in^roelle no se soucie f;uère du niourtiv d'une nièro; ensuite elle veut apaiser les Furies et leur dit que leur honneur est à couvert, puisque c'est une grAce qui est venue par Tégalitë. Le meilleur de tout cela sont les réflexions du P. Hrunoy, jésuite, qui dit que c'est une leçon pour les juges et que Minerve jouoit là un vilain rôle. Il seroit beau de lire cela dans Kschyle, car il n'y a que le plan dans l'ouvrage du jésuite. Voilà donc le procès jugé il y a deux mille ans, et j'ai cru (jue cette observation littéraire vous feroit plaisir.

J'eus hier une apparition de M. de Saint-Hyacinthe, auteur du MalhanasiuSj (jue M. Des Maizeaux m'a adressé. Je ne sus qu'après l'avoir quitté que c'étoit lui, et ne parlai point de son livre, qu'il a augmenté depuis peu. Il me donna de la part de .M. Des Maizeaux un prospectus d'un Horace gravé avec des figures, des lettres et des culs de lanqieset autres ornements si magnifiques, que cela passe tout ce qu'on a vu en ce genre;, et il faut avoir les guinées de> .\nglois pour y atteindre : ce simple prospectus est une vraie curiosité. Il y a dix figures et six lettres, et la gravure est merveilleuse. M. Des Maizeaux me demande : !• Si la mémoire de François de Thou, décapité en 16'»2, a été réhabilitée, et s'il y a eu des lettres de réhabilitation il en demande copie. 2" Si le fils de M. de Thou, dont il est parlé dans la préface du Calalogus Bibl. Thuatup, est le même que l'abbé de Thou, qu'il suppose vivant et qui vient de mourir. 3" Quels sont les titres de cet abbé et le nom de son abbaye? — Je vous prie, Monsieur, de me dire ce que vous savez sur cela le plus tôt que vous pourrez. Il me parle de nouvelles lettres de Baylc rju'il a l'ait ajouter dans la /{ihli(t(ln''(/ue raisontiée, et qui viennent de M. Dupuy que M. Vaihubert fera réimprimer à Paris avec les autres qui ont déjà paru. Celte marchandise sera bien ressas.sée.

Vous aurez les deux couplets de la Maréchale : pour

LETTRi!: Llll^ 310

entendre le premier, il faut savoir qu'il a été l'ait chez la maréchale d'Estrées, où étoient M'"*^ de Gonlaut sa nièce, le ministre et Tabbé qui après une partie de quadrille voulut aller souper chez la M"*^ de V. : on l'en voulut détourner, il persista et en dit du bien tant, qu'on lui répondit : V abbé y en vérité, vous avez bien de la boulé, ce qui donna occasion défaire ce couplet;, et en le mettant dans le monde on a eu la malice de marquer deux vers comme faits par le ministre lui-même. Le second couplet a été fait chez M""*^ de Gontaut, qui l'avoue et en décharge Roy que Ton accusoit d'en être auteur; mais gare quelque calamité du siècle de bois! Il v a encore deux autres cou- ])lets plus anciens qu'on doit me donner. Voilà tout ce que je sais de cette tracasserie qui a peu duré au dehors, car depuis elles ont mangé ensemble, mais rancune tenant , comme on dit.

On dit qu'il ne se passera rien sur le dépôt de l'abbé et que tout s'est réduit à engager M. de Fontenelle, la Motte et autres à ne le plus voir; cette exclusion n'est pas si forte que celle de l'abbé Granier, que j'ai trouvée à la page 20G (et non 177 du 1" tome de V Académie ). M. d'Olivet, qui y a fait une note tirée de Richelet, devoit bien nous marquer la lettre ; il est singulier que la faute de Granier fût sur un dépôt dont il s'acquitta mal. Et le dernier historien, qui trouve mauvais que Bayle ait donné trop d'éclaircissements sur Desmarets sur lequel il ne devoit faire que de tristes réflcxionsl Belle occupation pour un critique! N'a-t-il pas lui-même tombé dans l'inhumanité dont parle M. Pellisson, en recherchant le genre de crime qui causa l'exclusion de l'abbé Granier?

Nous avons la W lettre du youvellistCj où il est parlé du Séthos tant bien quiî mal. L'abbé T. nous apprend que Télémaque a fait la paix entre les princes chrétiens. Si cela est, je dois être sur l'état des pacificateurs, car sans moi Télémaque eût été perdu, et j'empêchai qu'il ne fût renvoyé à M. de Cambray qui l'auroil jeté au feu.

320 (:okuksi»om)aNc:k i.mditk.

l^ \ouveUistc a compris (ju uiu» lettre doit avoir une date, la il est tlu jour de Sainl-Maitin. 11 nov. ITiU.

Voici des morU. Le vieux M. de Saiiito-Maiire est mort et son neveu aine se trouve riche avec la charge, des terres cl respérance de sa cassation. Le cadet est légal.iire universel. M""" de Brilhac, première })résidente de Bretai;ne, est aussi morte en trois jours delà petite vérole et du pourpre; elle arrivoit de Kennes, et son mari perd sa femme et son frère en bien peu de temps.

Je n'entends rien au valet de chambre sur qui on a fait l'histoire chimicjue. Je les vois tous, tous les jours, il n'y en a pas un de malade : où avez- vous été vous souvenir des frutli di verro f \ous êtes merveilleux en tout.

A la messe rouge, le 12 nov., il ne s'est trouvé aucun avocat ; les choses sont au même résultat qu'elles étaient à cet égard. Le mezzo n'est pas encore trouvé.

.Si Villars avait les attraits

De cette tante aimable (1).

Je dirois : ne quittez jamais

Sa chaîne est :i(l()rjl)le.

Mais pour lin vieux \isa.i;e usé

Un esprit plein de r.il)jcliage Ci) ,

Quel radotage (3) !

L'abbe, en vérité,

\oiis a\('Z bien de la bonté.

Nul esprit, pas même un bon cœur, Sans beauté , ni jeunesse, Jalouse jusqu'à la fureur, ht fausse wns (inesse.

(7) M. •rAn«<r»illfT>».

(3) Abbé lie Vaiirt^al.

LEITRE L1V^ 821

Souple et basse avec vanité Envieuse, avare et volage Quel assemblage !

Grands dieux ! en vérité De l'aimer serait-on tenté ?

Impromptu d'un Gascon en parlant du Père Girard.

On n'a point vu le phénix naître Et donc — chaque chose a son ten)ps.

On le verra bientôt paraître Puisqu'on a vu le merle blanc.

Lettre LTV\

A Paris, fc ."> décembre M' t.

Depuis notre rentrée, le Parlement, qui avoit à cœur la radiation de Tarrèt du 7 septembre, ayant reçu deux lettres de cachet à ce sujet, a tout d'un coup pris le parti par acclamation d'aller trouver le Roi à Marly, pour lui faire ses remontrances de vive voix. Peu s'en est fallu qu'ils n'ayent parlé; mais les choses ont tourné autrement : ils ont été renvoyés, et en sortant de Marly ils ont trouvé iM. le Cardinal qui rentroit et il y a eu une conversation très-vive avec M. l'ahbé Pucelle qui a dit de grandes vérités. 11 n'est rien venu depuis, de la part de la cour, pas même de défenses de s'assembler : on s'est donc assemblé avant-hier et il a été arrêté que M. le premier président iroit demander au Koi son jour pour écouter la compagnie* de rive voix. Dans cette assemblée où a été rapporté le retour et le voyage de Marly, il s'est dit bien de bonnes choses. L'abbé Pucelle a fait remarquer qu'ils éloient accusés d'avoir f.iit les législateurs dans Tarrét du 7 septembre, et d'avoir attenté à l'autorité du Koi, que si cela étoit ils avoient mérité de grandes peines; mais que cela n'étoit pas et il le prouva; d'où il suivoit (|ue leurs accusateurs éloient bien coupables. 11 a [)urlé

T. IV. l'I

332 œURKSPONDANCK LNKlMTK.

i\c M. lo Cardinal , il la noiiiiné et a dit iju'il étoil son ami depuis loiiiiteinps, qu'il étoit IdiI liomuMc lioinme et avoit de bonnes intentions, et que ee n'étoit pas comme politique et courtisan qu'il j)arIoit ainsi, que le cardinal n'entouroit pas le Roi, mais que le Cardinal étoit lui-même entouré d'autres et que c'étoit de ceux dont il falloit se plaindre. 11 a cherché dans le procès-verbal de l'ordonnance de ItiGT, article 1" du titre 1", qu'on y vouloit mettre Tribunaux ecclésiastiifues, et que M. de Lamoignon, premier président, lit ùter ces mots et mettre à la place OffxcialitvSy et fit sur cela un beau discours contre M. Pussort. 11 n'oublia pas de dire qu'en ce tempslà on consultoit les premiers présidents sur la rédaction des ordonnances et qu'ils soutenoient les droits du Uoi contre les ecclésiastiques. Enfin on doit aller au Hoi lui demander jour. Mais la question est si on l'obtiendra. En tout cas, voilà bien de quoi honorer les registres, et l'acclamation passera à la postérité.

Nous avons déjà une partie de ce qu'on nous a promis : c'est un arrêt du 1*' décembre, postérieur à notre rentrée, où vous verrez que nous devons être contents, puisque le Uoi dit : Que les faux principes censurés jtttr l'nrchevê(juc ne sonl point soutenus par les avocats^ et ijue ces principes sont fort éloignés de ceux qu'ils professent. Après quoi le Koi impose silence à tout le monde et veut que les arrêts du 25 novembre 1730 ( (]ui est le nôtre j et celui du 30 juillet ( qui est celui de l'archevêque ) soient exécutés. iMais cela veut dire qu'ils ne sont pas contraires à celui-ci. Nous attendons le retour des exilés. .M. de Nyert a déjà permission de venir achever son quartier. On plaide, on écrit et on consulte conïmc à l'ordinaire. L'affaire du I*. Girard n'est pas finie, il y a une Anatomiedn son arrêt faite par un ma^^'^istrat de Provence qui est une pièce excellente, et pour le procès et pour la matière criminelle en général; il faut l'avoir. L'abbé (instant est exilé : on grave le procès, et il y a déjà

quatre grandes figures in-folio très-impudentes et qui vont continuer le scandale.

Je vous remercie de ce que vous nVavez dit sur M. de Tlîou. L'abbé, que les nouvelles à la main avaient dit mort et dont ils avoient rapporté le testament, n'est point mort. L'abbé Nouet est son ami, et j'ai su tout ce que je voulois savoir.

Le rabâchage que vous n'aimez point est un mot fait à la Cour et dont on y use souvent. Il y a deux couplets de vengeance contre M"'*^ de G. qui sont affreux et bien mal rendus. Je ne vois point du tout votre historien , mais n'a-t-il point le journal et ne vous en rend-il pas compte?

Il y a deux lettres contre les sauts de l'abbé Bescheran qui valent la peine d'être lues, et principalement la dernière, où est rapporté un passage du Fanatisme de Brueys.

Je ne lirai point le Séthos et je ne veux ni de sa galanterie, ni de son dévouement quand il quitte ses États et sa maîtresse. Cela est bien loin de Mentor

Toutmeurtici delà petite vérole : M. de Kochechouart, fils de M. de Mortemart, en est mort hier, et M"'"^ la Duchesse la jeune, qui en étoit échappée, l'a actuellement. M"*" de Brilhac, ma parente, vient d'arriver, qui pleure et son mari et sa belle-sœur. Et voilà bien des larmes. Encore un petit mot du P. Girard :

SabaticT, avant le départ,

A dit au père Girard .

Allez à Lyon, le peuple y est bon

Et les femmes peu fières.

Pelletier même et Perriehon

Out cliacun leur Cadière, lau la,

Ont chacun leurs Cadières.

334 COURKSPONOANCE INKnilK.

Lettre LV .

A l'.iri>, ce II iUS'«'iul)ro IT'I .

Voici, Monsieur, hi réponse du Uoi ([ue vous voulez savoir et ee ijui u suivi.

LeKoia dit à M. le premier président : «Je persiste dans les ordres que j'ai donnés, je veux être obéi, et c'est le seul moyen (juait le Parlement pour mériter mes bontés. » Ensuite, il y a eu des raisonnements entre M. le premier président, le cardinal, M. le cbancelier et IcjJiarde des sceaux en présence du Hoi ; après quoi le Koi a dit : « Ce (jui vient de vous être dit est mon intention, et c'est dans cetespritqueje défends toute assemblée, délibération et dvputation. u Lundi 10 décembre, le Parlement assemblé a chargé M. le premier président de représenter au Roi rimi)ossibilité où il est de rester dans l'état où il est, et de conciber le plus essentiel de ses devoirs avec l'obéissance que S. M. exige.

Je viens de copier cela sur un mémoire qui vient de très-bonne main.

Personne ne peut dire précisément ce (pii a été dit ;\ Marly dans la conférence, car peu de gens l'ont entendue et chacun y a ajouté ou diminu»' selon le parti où l'on est. Ouebpruii qui y étoit bien près m'a dit que le cardinal avoit avoué qu'il y avoil (piel(]uechos(? à dircen la f(jrme ;\ ce qui s'étoit fait, et que. M. l'abbé l*ucelle avoit dit : <' Kt aussi dans le fond. » Ce (jue l'on a jntil(î sur l'aigreur pei'sonnelle ne s'accorde point avec l'éloge qu'a fait l'abbé [)ubliquement et que toute la compagnie a entendu. Si nous ne savons pas le fait •\ présent, que sauront nos neveu.x? Bonne conclusion pour le pyrrhonisme historique.

On prend de l'arrêt du T*" décembre ce <pii en accommcxle : Prenez les hoimes et lahucz les (jàlées. Cependant on ne voit pas encore revenir les exilés et nous les al-

tendons impatiemment, comme un gage de notre retour volontaire. 11 n'est pas vrai que le greffier Isabeau ait été emprisonné ni même décrété; il ne voit la Conciergerie que par la fenêtre et il n'a point été question de rien contre lui.

En ce moment on m'apporte deux arrêts de l'Imprimerie royale du i) décembre : l'un qui supprime les imprimés de deux lettres de rarclievèque d'Eml)run au cardinal de Uohan, le 9 juillet, et d'une autre sans date au sujet de la lettre circulaire du Roi aux évèques, du mois d'août 1731. L'autre arrêt est plus important, il supprime un écrit latin de Tévêque de Laon : Stcplianua Josephus (h La Fare, etc., où après une formule ordinaire de l'approbation des confesseurs on a ajouté une explication détaillée des cas réservés au Pape ou à Tévêque avec des avis adressés aux confesseurs. Cela a été imprimé, nonobstant la révocation du privilège porté par l'arrêt du 2 septembre, et on voit bien que M. de Laon voudroit allumer le flambeau du schisme, s'il pou voit. Les mains lui démangent; si on avoit laissé faire le Parlement, il ne seroit peut-être pas si hardi.

VAnalomie de l'arrêt du P. Girard est débitée secrètement et a été imprimée à Paris : il n'est pas difficile de l'avoir.

Le mariage de M. le prince de Conti avec M "''de Chartres estdéclaré. M''*" de Heaujolaisétoit destinée à M. le comte de Charolois , mais il a déclaré qu'il ne veut point se marier, et cela fait passer la cadette avant l'alnêe, (jui attend peut-être un autre sort dans les événements. M'"^ la Duchesse la jeune est aussi bien qu'elle peut de sa petite vérole ; heureuse si elle conserve et sa vie et ses charmes'.

La Vie du roi de Suède, par Voltaire, est bien écrite {\ce qu'on dit, mais bien partiale contre la France. Voil;\ nu Français traître à sa patrie et bien fou; il est tantôt pour tantôt contre, selon que sa plume le mène , et il ne tient :\ rien (ju'il ne renverse ciel et tern*.

3î6 COIIRI S1'()M)\M:K I.MniTK

L'ahhô Hescheran v.i toujours sou (r.iiu et ne guérit point. Le chevalier Follard, eonimentateur de Polyl)e, a voulu tenter la i;'uérison cVune surdité ancienne, et il a attrapé des convulsions qui prennent tous les jours rég;lément sur les quatre heures après midi, chez lui, oïl on le va voir; mais ces visites commencent à le lasser. Au toml>eau, tout est en convulsions en tremblements, en hurlements, depuis renl'ance jusqu'à la vieillesse, et on vient de m'assurer qu'un garçon chapelier de la rue de la Harpe, ayant dit le jour de la Vierge qu'il alloit voir les danseurs de corde et voltigeurs de Saint-Médard, il voulut au retour contrefaire ce qu'il avoit vu, et fut saisi de contoi-sions si violentes, que six: hommes ne le pouvoient tenir, et cela lui dure encore avec un mal de tête très-furieux. Que penser de tout cela? Les Lettres vous

feront plaisir. Le style est bon. Le comte de a voulu

parier contre M. Hérault qu'il n'oseroit pas aller mettre la main sur le tombeau.

Lettre LVr.

. A Taris, ce 22 décembre 1731.

Il n'y a rien de plus curieux, Monsieur, que la lettre de (Jenève et le supplice de ce quiétiste genevois qui est enfermé le reste de ses jours pour avoir commis des indécences avec des petites filles. Ce magistrat est un peu rude, et je ne crois pas que le I*. (iirard aille prêcher sa doctrine en ce pays-là. Il sera bien mieux à Viviers, où il trouvera des amis qui le feront connoltre parmi les mahométans, «jue Ton regarde comme les premiers ascétiques, et qui en peuvent exercer la science tout à leur aise dans leurs sérnils. Je ne sais ce que M. le (^hanceber veut faire du jirocès et des avis des juges. VrMit-on hî revoir et en faire de nouveaux vobimes?

J'avois déjà rernarrf fié quf V Histoire dr In Mère et du luis

LETTRR T.VI'". 327

est du cardinal de Richelieu; cela est clair comme le jour, et le P. Lelong et l'éditeur qui l'attribuent à Mézeray ne l'ont apparemment pas lue. 11 est vrai que le style est négligé, et le Cardinal ne pensoit pas en ce temps-là à fonder l'Académie ; mais, comme vous dites fort bien, on y voit tout son esprit et sa politique

Je suis à présent Ijien savant sur la Vie du roi de Suède, par Voltaire. Je l'ai lue avec étonnement; elle est pleine de faits rares, surprenants, qui passent le vraisemblable et même le merveilleux, et le style est accommodé à tous ces grands événements, par une diction plus poétique qu'historique et par des traits de feu et de hardiesse qui ne peuvent partir que d'un très-beau génie. — On y est souvent ému de terreur, de pitié, d'indignation, et les larmes vous coulent des yeux malgré vous; du moins c'est ce que j'ai ressenti. L'historien n'est pas ami des rois, c'est un anti-monarque, et il ne paroit pas respecter beaucoup les puissances de la terre, ni tout ce qui peut dominer. Si le poëme dont on vous a parlé est vrai, les puissances célestes ne l'embarrassent guère, et voilà sans doute un homme aussi singulier et aussi unique que son héros, à qui il donne ce nom d'unique, et qui n'est pourtant point son héros. Au reste, je n'ai rien trouvé contre la France , sinon que dans un petit discours qui est à la fin, où il méprise l'histoire en général, il donne au feu Roi la magnificence j pour toute vertu et tout talent; ce qui est bien fou et bien hardi à ce petit homme qui juge les rois et les dieux et (jui distribue ses grâces comme il lui plail. Je prévois une mauvaise fin à tout cela. L'Empereur d\iUema(jne ne sera pas content non plus que les autres princes, et quelque Italien vengera liome. Au reste, il lui a bien manqué d'avoir le poOme qu'civoit fait Laisné pour le roi de Suède; je l'ai entendu réciter plusieurs fois, et ne sais comment il a été perdu.

35"J U)KUhSrONUA>(:K HShOITi:.

CVfoit un oiivracrc do trois cents vors, dipnc du conquérant pour qui il ôtoit fa il.

.M '■ la Duchesse la jeune est guérie et ne sera point marquée : voilA une belle conquête sur la petite vérole.

Les convulsions du chevalier Follard lui prennent chez lui tous les jours ;\ quatre heures après midi ; elles durent une heure. C'est un fait certain otdont tout le monde est témoin tous les jours; cependant il ne guérit point de sa surdité. Il est parlé de lui en bonne part dans la Vie du roi (le Suède, et le voilii à la postérité dans bien des états. M. de Laon a publié un mandement manuscrit contre les miracles du bienheureux PAris; le prédicateur cpii l'avoit publié faisîuit sa collation, mit le feu A une cheminée qui gagna le palais de l'évéque ; point de secours, le palais brûle avec.le mandement, le feu gagne l'église, le secours vient et on la sauve. Voilà ce que l'on vient de me conter ; cette vengeance vaut bien celle du chapelier. Tn malade a prié le saint de le guérir sans convulsions, et il a obtenu ce double miracle.

Lellre LVIt.

A l'aris, ce 31 dëcenibrc 1731.

J'ai nncompliment à vousfaire sur la mort de M. de la .Motte, votre confrère. M"** de Tencin a eu la précaution de retirer tous les papiers et mandements qu'il faisoil pour l'archevêque d'Kmbrun ; il cm[)orte avec lui la réjiutalion du iMcnin et du Svnvque fratirais, et nous laisse en possession fl'admirer Homère et Virgile, de penser cju'il y a un langage poétirpie différent dv la prose, dVstimer Malherbe et La Font.iiix' et de ne poiiït goûter les odes mesurées et les fables métaphysiques; il n'a pas tenu !i lui que nous ne perdions notre langue, notre goùl et

LETTRE LVir. 329

notre poésie, mais nous en voilà délivrés; on lui désigne pour successeur M. de Moncrif, qui a fait les Chais. J'aimerois bien mieux notre Voltaire , poëte , historien , orateur, critique et tout ce qu'il lui plait d^'tre. Je pense de son Histoire tout comme vous; il a vraiment l'air mâle et original et traite cavalièrement les souverains. Ce qu'il dit de la reine de Suède ne regarde que son amour pour les belles-lettres et les sciences, qu'il appelle Philosophie, et ce nom en cet endroit n'est point pris au criminel à ce qu'il me semble. Je ne crois pas qu'on retrouve jamais le poëme de Laisné, qu'il remit ici à M. Kramstranet qui ne put passer à Bender.

Je sais qu'on travaille à l'édition de M. de Thou en Angleterre et ce que je vous ai demandé sur sa famille étoit de la part de l'éditeur. Je crois vous avoir mandé que rabl)é de Thou est vivant et qu'il a donné aux Anglois tous les manuscrits, lettres et mémoires qu'il avoit.

J'aurai les décisions de Dole. Grivel est un bon auteur et d'usage, le censeur est plaisant d'en avoir retranché trois; la note eût pu réparer le défaut, s'il y en avoit. M. de la Motte laisse une place de censeur vacante et une pension. 11 y a cinq lieutenants généraux et deux maréchaux de camp, et Dieu sait les cris des passe-droits. Périgueux et Tréguier sont donnés : on ne sait encore rien de Màcon et Besançon qu'on donne à M. de Brissac et à M. d'Autun, Je m'intéresse à M. d'Autun.

Vn homme de Hambourg qui est luthérien s'est marié à Paris à une catholique; on dit le mariage non valablement contracté, à cause de ledit de 1()80 cpii lait défense aux catholiques d'épouser ceux de la K. P. H.

ANNÉE n32.

Lettre r\

A Paris, le 19 janvier 1752.

M. l'abbé d'Olivet m'a envoyé le factum de Pasquier, Monsieur, mais il n'y a pas joint les Tusculanes, qui ne sont pas apparemment encore en vente, et dont je vous remercie d'avance. J'ai lu le factum y qui est bien fait; il y a beaucoup de latin, et il seroit à souhaiter qu'il y en eût davantage, carily a l)ien deschoses qu'on ne diroitpas aujourd'hui en françois; nous verrons si on nous donnera provision. Je vais le remettre à M. Rouillé. Peut-être cela aboLitira-t-il à une permission tacite. J'aurai soin que le factum nous revienne après l'impression, si elle se fait.

Tout est déchaîné contre Bayle. Il n'y a pas jusqu'au P. Tournemine qui a prêché contre lui le jour de Saint- Sulpice. Il y aura à la fin quelque censure de Rome et quelque Constitution. Vous aurez peut-être vu, à la tête de la dernière édition du Dictionnaire, les Actes du Sipiode de Rotterdam, qui ont commencé à le juger. Je ne puis démêler d'où vient ce mouvement de colère contre un ouvrage qui a été tant tourné et retourné, et je soupçonne que certaines gens ont été fiichés du fragment de V Histoire de Gustave.

La Zaïre est imprimée sans Èpître ni Prrfare. Cela est poussé au delà de la passion et dos sentiments lui mains; c'est un esprit qui se joue de tout, et qui, après s'être joué des rois et de l'histoire, se joue aujourd'hui des hommesetde leur condition en les transportant hors de leur état et de leurs pensées communes. Pour moi, je

332 COUUKSPOxMUxNCK INI^IHTI..

nietlroisla sci^'iie aux Petites-Maisons, au lieu do la nietlre au sérail du soudan de Jérusalem. 11 y a de rathéisiue, mùmedu jansénisme, de la dévotion, de l'impiété, enlin il y a de tout. On dit ijue Rousseau éerit contre lui et que l'auteur écrit contre Rousseau. Ce sera un heau couple d\uiteurs bàtonnés et une belle scène sur le Parnasse.

On m'a parlé d'un discours que vous avez fait sur le Pontifical des empcreurSy et qui a été lu à l'Académie des Inscriptions. Je voudrais bien savoir ce que c'est plus exactement.

Lettre //'".

A Paris 26 janvier <732.

La mort de M. de la Motte produit une infinité d'ouvrapes contre sa mémoire. Je viens, Monsieur, d'en recevoir un de notre pot4e de Chartres, qui est une sorte de pompe funèbre satirique, en prose et en vers, d'où j'ai détaché cette épitaphe.

Il est donc mort le prand lloiulart, Avec ses discours si plein d'art, Avec tous SOS parnlopismcs, Avec ses briiianls syllo};ismes, Ses phrases de petit collet.

Jeunes gens de bonne nature,

Fuyez loin de sa scpultnrc.

Et pour raccommoder l'épitaphe de Voltaire (1), il dit en un autre endroit :

Houdart, connu pour l'harmonie.

S'il eut de l'esprit , c'est selon ;

Cl) CrUpin connail-U rtiarrnotile?

\ t-il (Ju Ixto »eni? CVkI M-lon (^'11 nt p(MU*é par »a m mir de

LETTRE ir. 333

Le sien visait à la manie.

Froid en vers, faux en oraison, Il resulle d'un tel génie, Qu'il n\ut ni rime ni raison.

Ces deux échantillons vous font juger de la pièce. J'apprends par une autre lettre du même homme que quoique les occupjitions des Charlrains soient en la plupart (Juid facial kctas sejctes , cependant un de leurs chanoines va donner en trois volumes la traduction des ouvagesde Barclay. Apparemment ce sont ceux du père, et nous allons voiries traités de Potestate papcVeideRegno et regall potestate, en bon françois, car il y a eu en 1611 une assez mauvaise traduction du premier traité imprimée à Pont-à-Mousson, doni Bayle n'a point parlé. Comme il fut mis àl'index dès qu'il parut en 1609, je ne sais pas ce qu'il arriveraà la traduction ; mais comme on va nous donnerles Libertés de V Eglise gallicane avec les preuves anciennes et d'autres nouvelles y voilà un bon passe-port pour tous les livres contre la cour de Kome. iMais revenons à La Motte. Il parolt une lettre en vers de cinq pieds intitulée CliOy qui est faite contre le dessein de mettre le tiiéùtre en pure prose et de détruire la poésie. Ce serait dommage qu'elle le fût et que cet auteur nous eut privé de ce petit poème où il y a des choses excellentes. Il fait à la fin l'éloge de trop de gens, et on en pourroit retrancher quelques uns. Ce qui est fâcheux, c'est que son combat allégorique, où le chef des prosateurs est vaincu et mené autour du camp comme Hector, a tourné en réalité par la mort véritable du chef, et le po«jte n'avoit pas dessein de le tuer : ce poOme n'a pourtant paru que de[)uis sa mort et en cela il tient de Tenthousiasme prophéli(jue. Notre IS'cwelliste du Parnasseaiinï son S'"*-" tome par la ïH"" lettre à laquelle ila joint une Table satiricjuecn nommant plusieurs auteurs non nommés dans ses Lettres, en sorte qu'il fait des satires indirectement personnelles, en renvoyant les noms à la table. ¥A si Despréaux on eût usé

SS4 (:(>iuiksi>om)anc:k inkditk.

aiiKsi.Dii n'aiiroil [)as laiit cv'ir coiilro sa Hcoikh' ili' iituiiiin'1'.

Mais t|uo (liroz-vous de la Lrllro V, où il met : Vers liv M. (offiu pour M. Siwmel licrnard ou liénard ? Voil;\ une irrande exactiliide pour la vérité des noms. M. Mole, qui croit avoir épousé une hernardj sera bien étonné de n'avoir (fu'uno lirnaniy et n'est-ce pas là une erreur dans la pei^sonne propre à empêcher le mariage? Il est vrai (}Aie le pèiv, qui étoit un peintre illustre en miniature, s'appeloit /iênanl, et on ne sait trop comment son iils est devenu Bernard par une tradition de toute l'Europe. Mais on ne s'atlendoit pas cpie le Parnasse vint se mêler de ce pseudonyme du commerce, si ce n'est qu'il n'y ait quelque ven^'^eance de vers peut-être mal payés.

J'ai vu l'Epitre de Plombières ; il y a deux leçons sur un endroit...

Anci" des c... de Lorraine Que nous remporterons d'ici.

Ou bien

Avec des nympiies do Lorraine Que nous remmènerons d'iei.

La première leron est disputée, (]uoi(]ue ce soit la vraie. Et :\ ce propos liabelais ne parl(>t-il pas du noble V(dentin Viardiére qu'il trouva à Nancy, (juij pour plus yoryias

être, dérrottait srsc étenduea sur ww table

cl (ju'il fi'en falloit

f/ue troi% de cette sorte pour en emplir un muidf La Satire M huppée ne les «a pas aussi oubliiîes, et vous voyez bien que notre poC*le de la Ligue a dû s'en .souvenir. La pièce est très-jolie, mais il néglige l'exactitude de la rime. Pour %on Histoire de Suède, elle court toujours, mais je ne sais si c'eslà l'immortalité. C'est anjouidliui laloliede le mettre ;\ la tiJsle d<; tout. — I>c contempteur (]ue je lui ai donné est une galanterie que j'ai faite j\ une dame retournée ;\ Bordeaux qui est très-aimalile ^M'"' de Pontac),

et je lui ai renvoyé ce mot que Montaigne nous a envoyé de Bordeaux. Je n'ai point songé au Contemplor divum, qui vient là à merveille.

Lettre HP.

A Paris, ce ô\ janvier 1702.

Enfin, Monsieur, on s'est lassé du spectacle des convulsions de Saint-Médard, et le Roi, par ordonnance du 27 janvier, qui n'a paru que le 29, a ordonné que la porte du petit cimetière seroit toujours fermée, qu'on n'y entrera que pour inhumations, et défenses de s'assembler autour et ailleurs, dans les rues , maisons et places, à peine de désobéissance, de punition exemplaire.

Le motif de cette ordonnance est l'illusion découverte dans plusieurs particuliers qui se donnoient volontairement ces convulsions, ce qui a été certifié par les médecins et chirurgiens qui les ont visités.

On avoit arrêté plusieurs personnes à la Bastille qui sont convenues de cette fiction; les médecins ont fait le reste, et voilà une grande affaire finie, si ce n'est qu'il arrive quelque révolution céleste que bien des gens attendent. On ne laisse pas d'aller toujours dans l'église de Saint-Médard , et les malades se tournent du coté du cimetière fermé. L'expédition s'est faite à petit bruit , on a fermé la porte le matin du 29, on a posté des gardes à l'entour et dans le quartier, l'ordonnance a été affichée partout et il ne s'est passé que quelques murmures intérieurs. A cela M*^"" Tarchevéque a gagné la confirmation de cette ordonnance du 15 juillet et la puissance temporelle a emporté cette confirmation sur la puissance ecclésiastique. Nous verrons si les convulsions reprendront dans l'église; cela pourroit bien arriver, et en ce cas fermera-t-on l'église paroissiale de tout un grand faul)ourg? Je remarque dans l'ordonnance (jue l'on donne à

iS6 CORHKSFONDAWCE INÉDITE.

entendiv que tous les inouvemeuts n'avoient licu de convuhif ni de surnatureL ce (jui paroU s'clendrc i\ toutes personnes; cependant on pourroit en excepter quelquesunes qui sont dans la bonne foi et en qui ces mouvements sont involontaires; il semble qu'on eût pu aussi se servir d'un autre terme que de cotu'uhifj car que ce mouvement ^oit involontaire (Ui non, il est toujours convulsif. Quoi qu'il en soit, M. Hérault est venu à bout d'une grande œuvre de police, et aussi Dieu sait comme il est clianté par les partisans des miracles. Voiei deux triolets (jui courent :

Certes, c'est jouer trop gros jeu, Polit lieulonant ilf police , Mal prend à qui s'en priiul à Dieu.

Certes, c'est jouer trop gros jeu, La honte ici, là bas le feu, De tes pareils sont lo supplice.

Certes, c'est jouer trop i;ros jeu.

Petit lieutenont de police.

Crottes , lanternes cl câlins Ne seront plus ton seul office.

Tu <juiltes pour vexer les saints.

Crottes , lanternes et câlins.

Lucifer cl les CuarUins Te feront chef de leur justice.

Crottes, lanternes et câlins Ne seront plus ton seul oflice.

Cela avoil paru avant Tordonnance du Uoi , mais depuis les poC'tes se. sont tus, et dans ce parti-là on dit qu'ils n'écrivoient que pour le roi et qu'ils sont soumis à .ses ordres. Je n(.* sais ce (]ue va devenir l'abbé IJeschcrau ; .M. Follard avoit déjà fermé sa porte, et la foire Saint- Cerm.iin (jui va commenc(!r nous donnera d'autres spectacles (pii feront reparler tout le monde. 11 eût été ;\ souhaiter que la foire n'eût pas été si proche.

Je vous ai envoyé des vers de notre poOte de Chartres; il necess<.* point de poursuivre l'ombre même du pauvre

LETTRK IV^ 337

M. de la Motte^ et voici encore une nouvelle épitaphe qu'il m'envoie :

Ici dessous gisent les mânes

D'un auteur de prose et de vers

Dont les écrits peu diaphanes

Ont ennuyé tout l'Univers.

Contre Virgile et contre Homère

Il exhala sa bile amère,

Et fut vivement relancé.

Depuis longtemps ses froids ouvrages,

Honnis, cliargés de mille outrages,

Au tombeau Tavoient devancé.

Il dit qu'il ne croit pus violer In franchise du tombeau par ces épitaphes et qu'on lui a écrit de Paris un nouveau délire de ce capilan du Parnasse qui vouloit donner au public un opéra turc sans machines, sans divinités, sans enfer, sans décoration , et que les paroles étoient faites et la musique étoit presque finie. Et il ajoute qu'en attendant que quelque àme charitable verse des pleurs et des fleurs sur son tombeau qui en a grand besoin, il a composé toute cette pompe et ces chants de deuil. Voilà un original l)ien propre à être aussi épitaphié satiriquement. Les youcellcs ecclésiastKjues ont recommencé l'année 17:52 avec une Préface éloquente et une figure de récapitulation, qui renferme plus d'objets qu'il n'en tiendroit dans un gros volume. Nous en verrons de belles quand on parlera de l'ordonnance de Saint-Médard. On est à présent à la dernière affaire du Parlement, et ce recueil sera quelque jour d'un grand usage pour des faits ordinaiiement inconnus.

Lellre IV'.

A Paris, ce 7 février i","^.

J'ai devant mes yeux, Monsieur, vos deux lettres du '21 janvier et 2 février et j'y vais répondre. Je suis bien ai>c T. IV. 2U

:i8S (.(mi\KSl»ONl)A\c;i IMDilK.

(]iie vous ayez K' Thaumaiiuije du Icmps tic Kiclier, et vous avez bieu remarqué la part (|u\nit i\ tout cela Jacques lioutlitre, avocat de ce temps-là, cpii croyoit aux uiiracles comuie ceux «raujourtriuii. Mais voici la foi un peu dicréditée par les procès-verbaux de la Bastille et l'ordonnance du Hoi qui a fermé sans bruit le petit cimetière de Saint-.Médard. Vous ne trouverez dans ces procèsverbaux ni Uvlritinsni encore moins Boldnc, apolliicaire, dont l'art n'avoit (jue faire là et qui n'y a voit point été appelé, et je crois (pie M. NVinslow n\« pas trouvé des gens si peu savants dans le nombre des experts nommés. Au reste, il peut bien y avoir quelque illusion dans les convulsionnaires, mais il y en a (pii de bonne foi ont appris à l être pour li;\ter leur guérison , et tout cela ne fait pas la preuve dune imposture générale. Le cimetière est donc fermé, mais Téglise ne Test point, et on y court en foule. Le chevalier Follard est banni; il lui est permis d'albr à Avignon, qui est son pays; on lui a interdit la Hollande et l'Angleterre à peine de perte de ses pensions, et je soupçonne (pion lui en veut d^iilleurs pour son Polybe , où il a parlé bien hardiment de bien des gens vivants à qui il devoit respect. On ne dit point encore ce que devient l'abbé lîescheran , ni M. deLaigle, et voilà une église bien dispersée.

Vous avez bien raison de blâmer tous c(îs rimailleurs contre le pauvre M. de la .Motte. Je viens d'entendre un impertinent (pialrain oii les Muses se plaignent que Caron leur a pris La .Motte, et j'aime votre indignation contre noln; po^te chartrain (|ui n'a ni rime ni raison; mais lui cjui croit avoir l'une (;t l'autre au su[)rème degré, continue toujours à n'en point avoir et à écrire.

M rie Morville, (pii vient de mourir, laisse encore une place vacante à votre Académie, et c'est cerlairKîrmmt une grande |)erte cpie cet cx-ministr«î (pii avoit tant de bonnes qualités dans hr cd'ur, <lans l'esprit, dans les manières, et qui t'-tMil ;iiiiiérbi rriinnis if de r«''traîiL'(M' : il e<t inorf de

Î.KÏTRE IV^ WO

la même maladie que son père; le chagrin les a pénétrés (jui a amené la mort avec lui. On parle de M. de Nesle pour son successeur, et c'est pour le Mémoire qu'il a, diton, fait lui-même sur son droit à la principauté d'Orange. Je n'y vois pas le style académique, certes.

L'auteur de ÏÉpiire à Clio est vraiment M. de La Chaussée, neveu d'un fermier général, et qui sera plutôt sur une liste des iO que sur l'autre.

Vous n'auriez donc pas lu la table satirique du Nouvelliste sans moi? Notre pauvre abbé Le Clerc, qui est traité de barbouilleur de papier et du dernier impertinent dans le corps du livre, est dénoncé par son nom propre au titre de la Bibliothèque de Richelet, où on l'appelle, rabbè Le Clerc, sulpicien. Je crois qu'il est dans une belle fureur : et comme on vient de me dire que le Nouvelliste, dont il a paru une 4-9' Lettre du 15 janvier, est supprimé pour toujours , l'abbé et d'autres joints à lui auroient bien pu causer cette suppression. On y donne une autre cause; l'abbé Desfontaines, en s'amusant, avoit fait les Mémoires de M""' Barnevelt. Le 2* tome n'étant pas assez gros pour égaler le premier, il s'est avisé de faire certains portraits épisodiques de gens très-connus ; le livre a été bientôt sup[)rimé, et de là on est tombé sur le Nouvelliste, qui annonroit un jugement de ce livre à la lin de cette lettre V9\ Je ne sais encore cela qu'en gros, abyssus abi/ssum vocat. Après tout , on ne manquera pas d'y perdre certains traits qui faisoient plaisir. Je trouve qu'il a oublié dans la dernière lettre la date de l'incendie de la bibliothèque Cottonienne , dont la nouvelle est curieuse. { Lincendie est arrivé le 3 de novembre 1731, suivant le Mercure dudit mois, p. 26V. }

Je connois fort la Vie de Boileau par Desmaizeaux; c'est une assez mauvaise enfilade des Préfaces anciennes de Boileau qu'il a ajustée à une suite de faits. J'en ai deux exemj)laires, dont il y en a un augmenté et corrigé de la propre main de l'auteur, et que je chercherai pour

340 CORnKSrONnANCR INf^.DlTK.

VOUS renvoyer. Il a si bien fait dans celte Vie qu'on Il V trouve point la date de la mort de Hoileau. Il y a loDLTtempsqu il ne m'a écrit, c'est une grande néi::liî^ence de n'avoir pas répondu à votre lettre, il a été ébloui de vos louaniies et il ne sait plus où il en est. L'hiver trop rude m'a empêché d'aller dans l'ile chercher M. de Saint-Hyacinthe, son ami, qui est encore en France et cpjc je verrai au premier rayon de soleil.

Nous sommes pleins de libelles, de litres de comédies, de chansons, et les auteurs libcUatiques^ comme disoit Bayle, sont élranirement déchaînés; mais cela a été de tout temps. Le Roi est à Marly, on prétend qu'il y aura des changements; M. le duc d'Épernon est déjà rappelé, M. le duc de Gèvres ne Test pas. il parolt un Mémoire d'un garde du corps qui est en prison contre M. le duc de Noailles, où on dit rpiil y a bien des faits. Je ne l'ai pas «Micore vu.

.M. le duc de la Valliére épouse M""' d'Usez et la fait durhesse de Vaujours. Le mariage avec M"* de Vilaines de Champagne est rompu; d'où viennent ces Chanq^agne?

Lvllvr V

A Paris, le 19 février MM

Iniisque vous me parlez, Monsieur, des procês-verbauv, je crois que vous y trouverfz peu de chose, mais il y ♦»n a eu assez pour défendre le concours du peuple. Le parti du bi»'nheureu\aaussit(M distribué de sa partdesim[)rimés des informations faites par lecardinaUh; Noailles sur quatre miracles, et depuis on y a joint une préface et un i)rojetde réponse de M. de Paris à l'interrogatoire (pie lui de voit faire M, Baudryet qui ne lui fut point fait : ce projet s'est trouvé fait de sa main et où il se déclare appelant, réappelant, très-contraire à la Bulle, etc. Os imprimés ont été donnés en temps opportun pour diniiniH-r la j»reuve des procès-

LKTTRE V^ 3-11

verbaux. C'est une guerre qui a ses ruses. Nous allons voir la 2" partie des Anecdotes au premier jour. Je ne sais ce qu'est devenu Tabbé Becheran, on ne parle plus de lui ni des autres trembleurs.

Vous aviez bien prédit la chute du \ouveliisle : mais Fauteur est consolé par une bonne cure de 3 à 4,000 liv. de rentes que lui a donnée l'archevêque de Besançon en Normandie; il se fera là d'autres affaires, car il faut qu'il en ait de toute nature. Ses i\Jémoires de 31"'^' Barnevell sont pleins de portraits de bien des gens de notre temps. L'abbé Alary y a été reconnu et quantité d'autres; mais, ce qu'il y a de très-condamnable, c'est qu'il fait prendre M™' Barnevelt par un vaisseau et elle prend son parti, ou de faire le corsaire chrétien, ou de se faire mahométane si on l'instruit de cette religion : aussitôt vient un iman qui lui apprend sa loi; elle ne lui paroit point mauvaise, il n'yapointde mystères qui font quel'homme craintif n'ose approfondir l'absurdité de tout ce qui pourroit blesser la raison naturelle, ses préceptes sont clairs, purs, pleins de force et de vérité. — Point de miracles, Mahomet n'en a point fait, il a annoncé la vérité et l'a fait suivre; voilà la preuve de sa mission. Voilà ce qui constitue le vrai prophète plutôt qu'une foule de prédictions (jui ne peuvent toucher dans le présent et qui causent toujours des doutes et des disputes dans l'avenir. Je vous fais ce petit extrait (très-véritable) d'un livre imprimé avec privilège dans Paris. Ce sera là un bon curé pour M. de Bonneval.

Je n'ai [)oint vu les lierlierrlies nouvelles el curieuses, je les chercherai, et je serai bien aise de voir la vie de M. de Cosnac,évèque de Valence, qui est apparemment celui (pii a été depuis archevêque d'Aixet cordon bleu, (,'t cpiiactuellementaunneveugrand vicaire de M. l'archevêque de Paris. Je l'ai fort connu, il a été mon client, et nous verrons si on dit du bien ou du mal de lui ; il y en avoit de l'un et de l'autre. J'ai vu quelque part le factum de (iuy Patin pour

Î43 r()KKKSiH>>OAM:fc: I^Kl)H^:.

son fils; il y eu a un article diuisBayle, ;\ la fin de celui tlu pî*re : on y voit sa querelle avec M. de Sallo sur le Journal de.^ savants^ et son histoire sur les livres défendus qui lui attirèrent son procès: cela est bon à joindre au tactum. La France perdit là, pour je ne sais quoi, un trèssavant homme et (|ui a illustré les pays étrani^ers.

Tous les changements dont les prophètes ont parlé sont réduits à rien. Ce (ju'il y a de nouveau, c'est que M. le marquis de Uoye, lieutenant général des galères, a été fait duc d'Anville par brevet, et il épouse la fille aînée de M' de la Kochefoucault que devoit épouser Toncle qui est mort. C'est toujours la même famille, mais il ne faudra point de dispense.

Je ne sais pas encore au net l'affaire du garde du corps avec M. le duc de Noailles. Je sais seulement que le garde Ta perdue, qu'il reste en prison, (jue son avocat au conseil, nommé Lefèvre, est interdit pour un temps, et (jue ce garde a d'abord été jésuite, puis avocat à Besancon d'où il a été chassé, puis ingénieur, puis g<irde du corps, et qu'il a été mêlé dans la Constitution, ayant fait la lettre écrite par le cardinal de Noailles au Pape. Le Mhnoire ne m'est pas encore tombé entre les m lins; on le dit bien écrit. Quel personnage!

Vous m'avez parlé du liemerciment de Momus: cela ressemble à la HilUade qui l'ut faite contre Uichelieu et tous les gens de son temps. La poésie en étoit bien plus forte. Le I*. Lelong en parle, n" 13Î)VG, et nous n'en savons pas vraiment l'auteur. Je crois (jue l'asscmblt'e des évèques est au sujet de l'affaire des deux puissances. .Nous verrons. \a'.s Mhntnres de M' Orner Talon parois^enl en 8 vol. et voila un tn'*sor pour ce temps, en attendant les Liberlpg de rfÀflise (jalllcane, en '» vol. in-folio, (jue nous allons avoir. Nous avons obligation ;\ ceux (jui veulent bien nous communiquer œs curiosités et les augmenter. Mais que dites-vous de permettre sans approuver, d'être pour et contre, de fournir dev autorit«''s pour

LKTTRE VI'-. 343

soutenir ce que l'on condamne? (Jhïine clie il mondo sinvecchiando slmhroglia l

Le 8^ avertissement de M. de Soissons me paroit bien long ; s'il s'attaque ad homincm il trouvera bien des gens qui lui répondront de même. Il est certain que son style est beau; ce qu'il dit sur Alacoque ne le justitiera pas, et je crois qu'il prend le bon parti de n'en rien dire davantage.

Les Moiivelles à la main sont supprimées, j'en suis bien aise, car ils m'avoien t tué l'abbé de Thou qui se porte bien .

Lettre VP.

22 février 1732.

Depuis ma lettre écrite, j'ai appris que M. l'archevêque a fait venir chez lui, en un même jour et à part, le vicairegénéral, le promoteur, qui ont fait les informations sur les quatre miracles, et le P. Fouquet qui les a déposées au notaire. Ils ont fait chacun leur déclaration de ce qu'ils savoientsur cela, et ils l'ont signée. M. Hérault étoit présent, qui vouloit interroger, et il a montré un arrêt du Conseil qui le commet pour examiner ces informations et tout ce qui s'est fait à cet égard et pour en instruire le Conseil. Ainsi voilà une procédure nouvelle (jui va commencer et pourra bien opérer la nullité de ces miracles. On netrouve pointl'ordonnance du cardinal de Noaillescpii a commis le vicaire général, ni la requêlf^ du promoteur, et on dit que tout cela a été rendu au cardinal de Noailles; le P. Fou(piet n'a i)as voulu diie cpii lui avoit remis la minute des intormations, et quand on lui a demandé pourquoi il n'avoitpas parlé à l'arclievêque, avant d'en faire le dépôt, il a répondu qu'il avoit eu peur d'embarrasser l'archevêque et de s'embarrasser lui-même.

M. le premier président a envoyé chercher M. de Montigny, conseiller de Grand'chambre, pour lui dire que le floi

314 (:oKHKSPOM)A^c^: iisf:i)iTK.

trouvoit mauvais qu'il menAt tous les jours jïSaint-Mcilard l'ahln' Hescherau depuis la fermeture du cimetière ; il a répondu que cVtoit Tabbé Ikscheran qui le menoit, qu'il yalloit entendre la messe par dévotion et qu'il falloit bien plutAt donner ordre au scandale des archers qui levoient lescoilïesdes femmes et les re^ardoient au nez. M. l\\ris, frère du bienheureux, a fait sifinilier six oppositions à l'exhumation de son frère, à M. le procureur général, le procureur du Hoi, le lieutenant civil et aux curé et marguilliers de Saint-Médard. M. premier président l'a envoyé chercher et lui a dit que M. le chancelier avoit écrit par ordre du Hoi pour marquer que S. M. étoit étonnée qu'il eût osé faire ces significations; il a repondu qu'il l'avoit fait pour conserver le corps d'un frère qui lui étoit cher par ses vertuset parles merveilles que Dieu avoitopérées par lui. On lui a demandé ce cpi'il prélendoit faire par là, et il a dit (ju'il pousseroit les choses aussi loin (lu'elles pourroienl aller. et (pie même il dcmanderoit, s'ille falloit, une assemblée des chambres pour y faire venir M. Hérault rendre compte de ses commissions, (^e M. Paris est conseiller au Parlement. Dans le recueil de M. Talon on voit de pareilles assemblées. Nous verrons ce qui arrivera, et ce sera bon à grossir les recueils futurs.

I>es assemblées des évêques sont pour prendre des me* sures contre les informations et contre les curés dont on cherche à rendre les cures amovibles, ce qui n'est pas si aisé qu'on pense.

On plc'iide au Lrrand conseil une cause; pour les marguilliersde Saint-Médard, contrele desservant, pour savoir si la fonction de maiguillier se peut continuer. Cela a donné lieu d un plaidoyer de M. Aubry, qui a fait un parallèle de l'ancien ii du nouveau curé fort désagréable à ce dernier, qui .sortit de l'audience tout confus quand on lui eut dit qu'il avoit choisi pour prêtre de sa j>aroisse un homme flétri \mv deux arrêts (pii furent lus. lout Paris court à ces plaidoyers.

Lettre V1I\

A Paris, ce 29 février i732,

La grande nouvelle de Paris, Monsieur, c'est que Tabbé Bescheran a été arrêté dans la rue de Boursocne en sortant de Saint-Médard où il alloit toujours ; il étoit dans le carrosse de M"'^ de xMontsaintpère avec une M"^ de Tierceville qui s'évanouit à la vue de l'exempt; pendant qu'on la secouroit, l'abljé fut enlevé et mené je ne sais où en chartre privée où il a été deux uu trois jours, puis conduit à la Bastille, où il est à présent, et où je crois qu'il a grand regret à ses sauts qu'il ne croyoit pas bastillables. La portière du carrosse où il étoit étoit fermée à secret; l'exempt ne pou voit l'ouvrir, le laquais qui étoit derrière descendit bonnement et dit le secret à l'exempt qui exécuta son ordre. Ce laquais étoit peut-être las d'aller à Saint-Médard au lieu de ïahe son carnaval; il avoit paru auparavant une youvelle (du 30 janvier) fort offensante contre M. Hérault où l'on lui faisoit donner un démenti par l'abbé, qui est à présent en état de le faire en personne.

M. l'archevêque de Paris vient de donner un mandement qui paroit daté du 30 janvier, où il condamne sous plusieurs qualifications, même d'hérétiques, les trois éditions de la \'ie de M. Paris dont on a tiré plusieursextrails très-bien placés dans ce mandement, et en remeltant les défenses de celui du 15 juillet, il déclare le culte rendu au S. Paris illégitime et illicite. Ainsi voilà les deux puissances réunies contre ce culte. Le Uoi a commencé le 27 janvier et l'archevêque a suivi le 30, mais il a été un mois sans montrer sa pièce, qui a été appareuHuenl l)ien venue; aussi est-elle bien faite et il y a des recherches de convulsions du temps de Saint- Agobard, au neuvième siècle, et de son successeur [lour un concours qui se faisoit à Sainte-Bénigne de Dijon. Je suis bien aise que cela

UO (:OUUKSK)M>ANCi: INKDITK.

se trouve on votre pays, vous serez plus eu état ilo vérifier le fait : on appeloit ees convulsions (fn,v(tam perniasiones. Nous allons devenir savants dans ces sortes d'agitations et de mouvements inconnus, dont Dieu nous Liarde!

J'ai les Mémoires de M. Tuloiiy qui sont mal imprimrset où il y a beaucoup de lautes et m(>me des liiiuesouhliécs; cela est très-sec pour le discours qui est très-bref. H y a l)eaucoup de pièces tirées des registres et un amas de (pierelles des enquêtes qui vous fatiguent et vous rebutent. C'est de quoi instruire un président des enquêtes et les jeunes conseillers, mais après tout il faut les avoir. On a fait ce vol à M. Talon qui en a 5 vol. manuscrits et on n'en a imprimé que quatre; il feroit bien de donner le cinquième pour rendre le vol complet.

Les Libertés de l\Hy/ise(jaUicaneii\ec les Preuves paroissent en V vol. in-folio : on les saisit d'un côté, on les rend de l'autre, et enlin le pid)lic eu jouit; il va y avoir de belles querelles comme il y en eut dans le temps de leur première publication, et déjà les évéques font leur complainte qui n'empêchera pas que le livre ne demeure. ( Ui y a ajouté le Sonye du Vergier en françois qui étoit rare et dont on ne sait pas l'auteur, notre ami M. de la Monnoye ne l'ayant pu découvrir à ce (|u'il parolt dans un fragment de lettre de lui que l'on a mis à la tête et qui <'st suivi d'une critique où on trouve des morceaux curieux du Sonye du J^rlerin, qui est un autre songeur (jue celui du Veryier; il y a aussi VApoloyie de M. i)iq)uy (jui éloil restée manuscrite; jusqu'à présent et où on dit(ju'il y a bien des choses dures et un grand ouvrage latin. Je ne sais encore ce que c'est, \r livn; dont on m'a fait présent n'étant pas relié. On prétend y joindre l'ouvrage de M. de Meaux en latin et en françois, et on vous a bien dit i\iui la traduction en étoit faite, (jui assurément sera plutôt lue (jue son latin scolastirpie.

1^ Pasfjuinade de Saint- .Médard est d«s i)lus |)laisaiilcs et on ne 1 a pas oubliée i* i.

LKTTKK ^IU^ 317

Je n'ai pu encore voir le Mémoire du garde du corps qui est ce Protée dont vous m'avez montré toutes les figures. L'avocat du conseil qui Ta signé est interdit ; on parle d'un autre Mémoire contre M. de Nogent. En ce moment je viens de voir le second tome des Anecdotes imprimé et que Ton m'assure être de la même main que le premier. Je ne puis finir par une meilleure nouvelle. Voilà bien de quoi lire et comment plaider avec tout cela? mais il faut bien tout faire.

Lettre VIW.

A Parb, le 2? mars f752.

Le Aouvelliufe du Parnasse a recommencé ; on a déjà deux lettres depuis sa cessation et la première contre M. Rollin qu'on accuse ne savoir pas le grec, lui qui n'a jamais lu le grec qu'en grec, et même le françois, qu'il dictoit en grec encore, en sorte que c'étoit une espèce de folie; cependant on dit qu'il n"a lu Hérodote que dans du Ryer. Notre critique est toujours sur le même ton de dire du bien et du mal, et après avoir bien loué VEpitreàClio il la honnit le moment suivant.

Mais à propos de cette épltre, le pauvre M. de la Molle n'a pas rencontré de bons panégyristes le dernier jour, à l'Académie. M. de Luçon a parlé noblement en de certains endroits; mais à quoi a songé M. de Fontenelle avec son long et ennuyeux et obscur discours, qui est justement fait pour faire mépriser son ami et pour donner une idée fausse de resj)rit et de la science? Je n'aiuKMs guère les ouvrages du défunt, mais je les aime encore moins depuis leur éloge : cela me fait souvenir de Simonide qui loua mal Tathlète ; bien des gens en eurent les jambes cassées et notre ami La Fontaine en a fait une fable divine ; heureusement l'Académie est en bon lieu , et il n'est point arrivé malheur an bâtiment. Ce qui est de sûr c'est (jue la louange, qui chatouille ordinairement et qui gagne les

318 œhKKSPUrSDANCK INKDIIK.

e^p^ils, a ici chatoiiilK' bien peu de gens, et l'Iliaile n'en a pas été déshonorée. Mais voici bien de quoi remplir ce déshonneur : M. ral)bé ïerrasson, critique et censeur outré d'Hoinere, auteur du Selhos et panégyriste du Système, est nommé pour succédera M. de Morville, et une science si étrange l'emporte sur le génie et la litlératunî de Tabbé Banier. Je n'eu dis pas davantage, non plus que de l'association et fraternité de l'Académie avec la Comédie , que le C. de Kichelieu n'auroit peut-être pas désapprouvée , mais qui aujourd'hui paroit hors de saison et ne sert qu'à des chansons et à des épigrammes assez désagréables.

Vous avez raison, le S(ni(je (h( Vergier ne méritoit pas trop d'être réimjïrimé. Je ne crois pas trop que le fragment de la lettre soi» de M. de la Monnoye puisqu'il a pensé autrement sur Baillet. Ce songeur a fait un autre songe qui est aux Célestins, et on y a trouvé le nom de Vertus; voilà pourcpioi on a donné ce nom au premier; on trouve une analyse du secund dans la préface de celui 'qu'on vient de donner, et il y a des clioses singulières sur les confesseurs des rois.

I.es Anecdotes paroissent, non pas trop anecdotes, car il V a une grande partie tirée de discours d'avocats généraux qui sont pubbcs. On y trouve certaine bonne dépèche du Régent et le Mémoire du V. Tournemine, (jui feia l)ien quebjuc guerre domesticju*;. Il en étoitch'ja p.irh' dans la dernière partie de 1' Uistoiro de la Constitution ; le slyhî de ce 2* tome ne plaît pas tant que l'autre. Je vous remercie de m'avoir enseigné 1<; premier auteur des N. K. Nous avons ici le jugement du P. (iirard à r(»flicialité de Toulon : c'est un procès criminel sans procédure et un procès sans âme, Ayrault n'auroit pas aimé cela. VA puis peut-on dire que Tarrèt a mal renvoyé au délit commun? il est donc frustratoire. Kn vodà assez. M. de Handol étnit venu ici, on l'a renvoyé en Provence, et c'est M. Hérault ((ui Ta fait venir et lui en a donné l'ordre.

Lettre IX'.

A Paris, le .'l mars I7.'2.

Je saisie jugement de rofficialité de Toulon au profit du P. Girard, et nous l'avons vu imprimé ; c'est une procédure bien singulière, car le procès criminel du délit commun est jugé sans avoir vu les charges qui sont toujours en Provence, et le promoteur ne fait point de façon de dire que l'arrêt n'avoit que faire de renvoyer cette affaire, ne pouvant y avoir de délit commun en ce cas, après la décharge de l'accusation capitale. Il faut être Provençal pour entendre toute cette pratique, et on en devroit bien faire un code.

Le I*. Tournemine a fait imprimer un désaveu public du Mémoire qu'on lui a attribué dans le 2* tome des Anecdotes; il défie qu'on hii en rapporte l'original, et il a raison, car les autres disent qu'il lui a été renvoyé lidèlement, comme il l'avoit demandé à la fin de ce Mémoire: mais il peut n'pondre qu'on en a donc infidèlement gardé une copie, et bien plus qu'il seroit fort aisé d'attribuer à qui Ton voudroitde ces sortes de mémoires délateurs et dénonciateursen y redemandant l'original, de sorte qu'avec des copies simples, on va accuser tout le genre humain. Nous verrons ce qui arrivera de tout ceci.

Il est très-vrai (jue M. d<' Bandol est venu ici et s'en est retourné promptement et à son grand regret; l'ordre lui a été donné par M. Hérault.

Je crois vous avoir mandé qu il y a un n«''anl sur la requête de M. de Sainte-Maure.

La lillede Montmoriu a perdu le procès de substitution de Mongon, (jui a été plaidée avec grand appareil et qui se réduisoit aune question des plus simples, il n'y avoit qu'à lire l'acte. Cela a été jugé tout d'une voix et presque sans opiner an profit de M""" d»» (:lia;iq)igny (d'auprès de

SiO ( OKRKSPO.NDANŒ LNtDITK.

Seosj, lille du iloiialeur qui vcnoit apivs rextinctioii lU' tous les inAles.

M. de Valhubert vient de sortir de mon cahinet; il travaille à une nouvelle édition des Lettres de Bayle , où il y en aura à M. Ménage et à M. Tahbé Bignon, et des réponses decelabbé. H m'a parlé devons, monsieur, et je crois qu'il voudroil vous vendre Ilisloriam meretricum grœcarum; c'est un hou petit homme qui a fait un Almanach où il a mis les talents des comédiennes et des filles de l'Opéra qui veulent le battre.

11 nous vient d'arriver de Troyes un miracle opéré sur une M'^' de Mesij^rigny, par l'intercession de M, Paris; cela t'ait grand bruit, la clôture du cimetière n'y fait rien.

Lettre X'.

A Paris, ce 3 avril 1732.

La grande nouvelle, Monsieur, est de Monsieur le garde des sceaux, qui est coadjuteur ou adjoint de M. le cardinal nommé par le Koi. 11 travaille avec le Roi, môme en l'absence du cardinal, mais les secrétaires d'État ne travailleront pas avec lui seul, ils iront chez le cardinal à l'ordinaire et le garde des sceaux s'y trouvera. Voilà un arrauL^ement qui durera tant (ju'il plaira au cardinal, rpiia[)[)aremment(juiltera bientôt, et lecoadjuteurdeviendra chef. .M. le duc d'Orléans, à (jui cela n'a pas plu, s'est retiré dès le lendemain des Conseilsdu Koi. M. Chauvelin a de l'esprit et sait la Cour ; il se soutiendra bien dansce grand poste, où il a toujours aspiré; il n'a plus (pi'à être chancelier, mais je ne crois pas c|uc M. le chancelier lui cède sitôt sa place. Il y a peu d'exemples d'une aussi grande fortune dans un homme si peu Agé : mais il y a dfs étoiles heureuses, et son mot est (jue Von est tout ce f/u'onveut être.

Je vous ai mandé la nouvelle de la déroule de M"' Kerba-

bu, c'est 3,000 liv. et non pas 2,000 liv. de dommages et intérêts. MM.Cochin et Aubry ont donné des mémoires, je tàcheraide les avoir pour vous; il n'y avoit point de preuves et voilà comment les procès criminelsse perdent. J'ai vule Mémoire contre M. de Nogent qui est ironique; tout ce qui est sur la famille de Bautru est tiré de Bayle, qui en a fait quatre articles dans son Dictionnaire; l'auteur est un avocat de Chartres qui avoit écrit un Mémoire pour M. de iMarcham ville contre sa femme (fille de M. de l'Aigle), qui étoit des plus jolies : la femme perdit son procès à Chartres et à Paris, et c'est comme si elle Tavoit gagné, car elle n'est point retournée avec son mari, et est ici avec ses amis qui se moque de l'arrêt. Pour l'affaire de M. de Nogent, les parties ont été mises hors de cour, et FolTicier en demeure presque déshonoré avec son ironie, et n'est pas plus heureux que la dame. Lisez Bayle, qui a écrit d'après \e3îénagiana; le ^au/row est plaisant aussi bien que le mot de Langeli qui disoitchezla reine . Bautru, couvrons-nouSy cela ne fait point de conséquence pour nous autres.

L'avocat de Chartres n'a pas osé faire dire ce mot par l'officier, qui auroit bien pu dire qu'il l'avoitlu dans uu livre que tout le monde lit.

Le Nouvelliste n'a pas mal parlé des pratiques superstitieuses du P. Lebrun, et cela vient assez à temps. Les Nouvelles ecclésiastiques ne cessent point, mais on dit (ju'il y a une lettre de M. Dufjuet ({ui contriste fort les jansénistes; il y parle mal de ces Nouvelles, de ce qu'on a dit que M. l'archevêque de Paris étoit Vavocat du diable, ([u'on a comparé les miracles de PAris à ceux de J.-C. et (pie La Cadiêre y est ap[)elée afifje et colombe. Je verrai celle lettre, elle est longue et ne court (ju'en manuscrit. M"Miardouin, couturière, a faitune /^/^ao/nle son miracle qu'elle a fait imprimer etenvoyé aux prélats. MM. de M<jntpellier, d'Auxerre et de Senez lui ont fait réponse, et «lie a fait imprimer leur réponse. Nous allons voir quel ordre le nouveau ministère mettra à tout cela. Mais il faut bien

SÔ5 CORRESPONDANCE INh":DlTK.

avoir <jiieî({ue amusement, et si cela manquoitnoiiscn aurions peut-t'tre qui vaudroieiit moins.

Vous avez dit en trois lignes tout ce qu'on peut dire du discours sur M. de la Motte. Mais il ne faut pas oublier le fort des r/*osr.squi est admiré des dames, et qui soutiennent «jue le hersrer y a pensé malice. Cela est bien fou, aussi bien (jue Vlliade , dont le nom seul porte malbeur ;\ un ouvraire; il Ta toujours pensé dès sa jeunesse et le ratifie en sa jeunesse majeure.

Pour l'association i\ la Comédie, je suis bien aise que vous m'en appreniez le fait qu'on disoit ici tout bas. J'ai vu la Requête de Polichinelle qui n'est pas trop bonne, et que je vous enverrai pourtant ; il faut tout voir, et que cette pirce recrarde le corps. On a bien fait de refuser la fraternité ridicule, et M. de Richelieu a dû venger le cardinal fondîiteur des attentats et des insolences des comédiens. Je ne comprends pas bien comment ils sont venus offrir l'entrée franche, il faut bien qu'il y en ait eu quelque raison, et je crains que M. Crébillon, qui passe sa vie avec eux et qui les fait vivre, n'y ait eu quelque part. Voilà ce qui arrive de certaines élections.

Ce que je vous ai dit du 2* Sonr/e n'est pas dans la préface générale des Libertés ^ mais dans la préface particulière qui est à la tète du Sonfje du Vergier.

Je vous ai parlé de la lettre du P. Tournemine : il a raison de défier qu'on lui montre l'original du Mémoire, car il lui a été renvoyé; cette raison-là n'est pas bonne, mais on ne se soucie pas de raisons, et les choses sont toujours dites et imprimées.

I/officialilé de Toulon a jugé sans pit^ces et sur le fondement que l'arrêt avoit tout jugé. C'est une vraie critique de l'arrêt, et l'official va dire : Ao;/ bis in idem.

On a fait graver de belles plancbes du Sacre dn roi; (;c sont MM. les premiers gentilshommes de la chambre qui (*n{ fait la dépense, et c'c-f M !«' duc de (iùvres qui les di>lnbue.

LETTKt: Xr. 353

M. le duc de Saint-Aignan est enfin arrivé à Rome; son retardement a été politique, à ce que Ton prétend, et a influé sur ce qui vient d'arriver ici : cela n'est pas difficile à entendre^ la place est prise.

J'irai à la campagne ces fêtes et profiterai de votre avis. Je ne suis plus qu'enrhumé. Je vous envoie aussi la Confédération, qui est satirique et de bonne main.

Le lire XP.

3 avi il 1732.

L'état présent est que M. le duc d'Orléans, qui s'étoit retiré des conseils, y est rentré par ordre du Roi. Il a eu une grande conférence à Issy avec M. le Cardinal. Le nouveau minisire a travaillé avec le Roi seul, et MM. les secrétaires d'État ont travaillé aussi avec M. le Ministre seul. Toute la Cour a été lui faire compliment. M. de Nesle a écrit à quelqu'un que M. Chauvelin étoit associé à V empire; on ne met plus sur le contre-seing des lettres : Garde des sceaux, mais Chauvelin.

Lejouroùil fut nommé, il y eut une grande discussion avant cette nomination ; on y jugea l'affaire de M. Fargis, qui fut déclaré débiteur du Roi de 5,500,000 liv., au lieu qu'il se prétendoit son créancier de plus de G millions : voilci une belle erreur. Pendant qu'on travailloit à cette affaire, le Roi envoya chercher M. le Cardinal, qui demanda une demi-heure pour finir : on linit, et il all.i chez le Roi, (pii lui dit ce qu'il faisoit pour M. Chauvelin, ce que sans duute S. E. n'ignoroit pas.

Il y eut un arrêt samedi à la G*-' chambre dans l'affaire de M. de Montandre contre sa femme; elle avoit été séparée, par arrêt célèbre ; mais pour empêcher l'effet de cette séparation, le mari avoit fait toutes sortes de ventes de meubles, de transports, de saisies, de résolutions de baux des terres et autres actes collusoires. L'arrêt déchire

Page 1