‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 5)Chapitre 40 sur 53 · T. IN · texte numérisé non relu

T. IN

S&4 COUnt-SPONDANŒ INKDITK.

le tout nul, condamne un M. de Villetjagnon qui avoit acheté les meubles en (),000 liv. de dommages et intérêts solidairement avec le mari, et, en outre, le mari est condauiné pei'sonnellement en '20,000 livr. de dommages et intérêts pour toutes ses vexations. Voil;\ comme nous servons bien les femmes, et c'est une leçon pour M. de Sainte- Maure, qui auroit peut-être suivi cet exemple; l'arrêt est sur les conclusions de M. Chauvelin. Les Mouvclles ecclésiasdques du 15 mars ont répondu à la lettre de Tabbé l)uguet sans le nommer, et l'auteur fait quelques excuses et aussi des justifications. On y trouve aussi tous les actes et procédures de M. Paris sur Texhumationde son frère qu'il craignoit, et les opi)Ositions et les réponses. Cela est curieux. M™"" de Mesgrigny, religieuse à Troyes, à qui on prétend qu'il s'est opéré un miracle, a été enlevée par ordre du Roi et menéeà Compiègne. L'intendant de Champagne y a été. Je ne sais pas positivement ce que M. l'évêque de Troyes a fait : on dit qu'il a fait un mandement. Vous IKîUsez bien tout ce qu'on dit sur une pareille affaire, et que voilà une petite guerre de Troie qui ne mantjuera \ms d'Homère et d'Iliade, si ce n'est (]ue la religieuse n'est pas si l>elle qu'Hélène et qu'on ne s'est pas écrié en la voyant passer, comme les vieillards de Troie.

La dernière tille de la Heine est m.alade. M. Chicoineau est premier médecin, .M. Du Fay (fils du capitaine aux gardes) a le Jardin-Uoyal en vertu de son crédit. iM. le duc d'Antin a les eaux minérales ; chacun a eu sa part, et il ne faut pas (ju'un seul ait tout.

Ce (ju'on vous mande sur M. d llaulefort de la voix à la (juestion contre lui n'est pas vrai , mais il y en a eu aux galères contre le valet de chand)ie Main«iex ; la (juittance est vraie des 15,000 liv., mais c'est en exécution du contrat de mariage, et il ne s'en trouve point.

Uuand vous aurez vu le Mémoire du I*. Tournemine, vous verrez qu'il a l'air naturel; ce seroit là un beau chemin pour les faussaires.

LETTRE XIF. 35',

M. de Vaihubert m'est venu voir ; je ne le connoissois pas^ il est très-vieux et va pourtant très-bien. Je songerai aux lettres de Saumaise.

Je vous ai dit ce que je sais sur le factum de Nogent. Lisez Bayle à Bautru.

Le sieur Michon Tourterel a fait assigner M. le duc de Noailles au Chî\telet pour certains dédommagements, et le duc y a mis procureur. Les Nouvelles ecclésiastiques parlent du Mémoire.

Lettre XIF.

A Paris, ce l'avril 1732.

Nous avons vu une Lettre apologétique pour les miracles de M. Paris , qui est longue, et où on est toujours sur la comparaison hardie de ces miracles avec ceux de N.-S., qui a été reprise par M . l'ajjbé Dugue t^ auquel Fauteur des Nouvelles Ecclésiastiques a répondu sans le nommer, et où il a avoué de certaines fautes. 11 est parlé des convulsions qui se passoient au tombeau de saint Jean-Iiaptisle. Saint Jérôme en parle dans une de ses lettres : il y avoit des mugissements, des hurlements, des frémissements, des rugissements, des sifflements, des aboiements et on y voyoit des choses indécentes, suspensisque pede fcminis vestes defluere in facicm. Nous n'avons pas vu ici de ces suspensions, mais on dit que dans les provinces il se passe des choses étonnantes, et les partisans du bienheureux ne savent plus qu'y dire, sinon que cela est lait pour la guérison de l'ilme et non pour celle du corps, parce que le corps en souffre beaucoup, et un pauvre goutteux d'Abbeville redemande sa goutte qui s'est changée en convulsions.

On vient encore de nous donner une Relation de la manière dont la veuve De Lorme a été IV.qipée de paralysie, avec un détail des circonstances recueillies par

S56 ( OlunSPONOANTE INI'.DITF..

1«P. Chauvolin, confesseur de la malacU'. CAst une pièce nouvelle de 3i paires in-V; elle est siiiiiée François Chauvelin, de la main de ce prêtre même, et nous allons avoir une hihliotlièque sur ces miracles et contre-miracles ijui instruira hien la postérité de tous ces événements. Je n'ai pas encore vu la relation du miracle de Troyes, et du ravissement de sœur Hélène, paralyticjue, mais il est certain qu'il y en a une.

M. de Saint-Hyacinthe, qui a été malade, m'est venu voir; il a aui^nienté son Mathanasius d'un volume, cela est imprimé en Hollande et n'est pas encore ici; il m'a fait entendre que cette augmentation est une fiction d'un songe sur le l*arnasse, où il a vu Apollon , où il s'est fait «ne élection de députés par les savants de toutes les nations, où le sort est tombé sur lui [jour la France, et où Hayle l'a chargé de plusieurs commissions et entre autres pour moi. Je ne fus jamais plus surpris que je l'ai été de me trouver dans ce songe, dont je me serois fait (Mer s'il y a voit moyen ; mai** cela est une chose faite et nous verrons qu« 1 pays habite lîayle et A quoi il pense.

M. de Saint-Hyacinthe me parla d'un autre livre bien plus sérieux (jui est fort avancé, et où il fait des lii'llexioni^ j)hilo!ioplu(juc!i et métaphysifjucs sur les devoirs des hommes. Il y a aussi de la n)atli<''mati(pie , car cela est disposé par propositions, et il y en a plus de 150 dans le premier volume ; il ne m'a parlé que de démonstrations évidentes ; mais comme il y a fait entrer les devoirs de la religion, je crains bien que tout cela ne soit bon qu'à Londres. Il m'a paru avoir beaucoup d'esprit, maisjr^ n'aurois jamais soupçonné le Matlinnasius d'être un autre Kuclide , vi de nous meiM-r au discours [)ar un Ut\ chemin «pii est assurément le chemin étroit.

\Ai ï* \oUime (las Ol'Juvres diverses d(; Bayle m'est enfin venu; il est bien imprimé, les linlreiiens de MaTÎiuv el de Tlieminle y sont d'abord, puis qur-hpies pelits opuscules, ensuite le Cour» entier de philosojdiir, qu(î l'on ;i pris la

LtlTRE Xlir. 357

peine de traduire en François et qui ne sera lu que par quelques régents, puis les Lettres que nous avons augmentées d'une 40% qui sont peu de choses, et cela finit par le fragment de la Vie du Grand Gustave et par une Table pour les quatre volumes qui est assez bien faite. Voilà donc enfin le Bayle complet en 8 bons volumes in-folio. ¥A quelles merveilles n'y a-t-il point en tout cela, pour l'esprit et pour la lumière, pour la critique et pour la netteté, pour l'expression et pour bien des talents presque au-dessus de Thumanité. 4e jette encore ces tleurs sur son tombeau puisque l'occasion s'en présente.

Lettre XIFI .

A Paris, ce 2* avril ll'l.

J'ai revu M. de Valhubert qui m'a dit vous avoir envoyé les lettres de Saumaise à Ménage, et qui est disposé à vous rendre les services qu'il pourra ; il sait beaucoup de petites choses et suit une orthographe nouvelle qui est jusque dans son Almanacli. Il faudra qu'il se dépècLe s'il veut faire la Vie de Ménaye, car il n'est pas jeune; il fait réimprimer à Paris la Vie de Bayle par Desmaizeaux, et nous ajoutera encore quelques lettres.

Je saurai de l'auteur du Matlianasius où il a pris sa chanson, Câlin, Lato; la continuation étant de lui pourra être meilleure que celle des continuateurs d'autrui. Don Qui (ho lie a mWnué par Michel Cervantes est bon, et ne vaut rien continué pnr Le Sage, mais ceci n'est pas proprement continuation et ce sera une critique augmentée, où je crains que l'amour du moderne ne rem[)orte sur l'ancien. Je pense comme vous sur ses Offices réduits à la façon des géomètres, et sur cela. Monsieur, je prends avec vous mon Cicéron et laisse Euclide. Le dessein m'en a effrayé, mais il trouve cela très-naturel; à moi il ma paru plutôt l'oftice des i\mcs, pour ne pas dire rofiicc des

SS8 CORKh:SPOM)AM:K IISKUI'I K.

morts, que Toffice dos vivants; mais il no faut rondamlUT personne sans Ton tendre.

J'ai consulté le V. Lelont;' sur ral)l)aye de Saintc-lU'nigne, et j'ai été bien aise d'y trouver que cela n'est pas 1;\ le premier enlèvement. Car le roi Pépin donna en 7511 à une Angloise qu'il aimoit cette belle abbaye, non pour la .v:arder mais pour la piller (dit le chroniqueur), et je crois que la dame en fit bien sa charge et que si elle trouva quelque moine k son plaisir elle ne le renvoya pas; il est plaisant que le bon P. Lelong ait remarqué celte circonstance sur un trait de criticjue, tant il est vrai que la galanterie se fourre partout. 4e ne doute pas que M. l'évéque de Dijon n'obtienne tous les honneurs qu'il voudra et qu'il mérite. J'ai vu ici iM. l'archevêque de Hesimçon qui a été mal , mais qui se porte beaucoup mieux; il va faire son serment de lidélilé, quoique ses bulles ne soient pas arrivées; il ira après l\ Sautour en Bourgogne , puis à Bourbonne prendre les eaux.

Je ne sais pas la raison du silence du Nouvelliste ; il fait aussi bien de se taire que d'attaquer M. UoUin. Les Nouvelles ecclésiasliqucs sont pleines de miracles et de sermons de miracles. Le curé de Saint-Médard a pris un Suiss^ipour les fonctions de son église et le précéder. Les marguilliers lui ont contesté le Suisse^: on a plaidé au Oand Conseil , arrêt qui a renvoyé le Suisse et condamné le curé aux dépens; quelques jours après, lettre de cachet, qui, sans parler de l'arrêt, permet au curé de se servir du Suisse pourvu (ju'il ait la livrée du Uoi ; il .i donc gardé le Suisse, et comme on ne peut porter cette livrée sans la permission du grand-écuyer de France, M. le prince Charles, sur une lettre de M. de Maurepas, a accordé celle permission. A cela les marguilliers (pii ne s<.* rendent pas encoro, disent (pie le curé, ayant prêté le Suisse à la cpièteuse, excède ses fonctions et qu'il a C4^dé ce qui n'est pas cessible. Voilî\ une nouvel h; (piestinn de droit, lîn procureur du Crand Conseil i prétendu

LKTTRE XIV*. 359

qu'on ne pouvoit plaider depuis la lettre de cachet, et a fait une remontrance; un avocat a soutenu au contraire, et comme il avoit remis son bonnet, M. le premier Président lui a dit que répondant à une remontrance il ne devoit pas être couvert et que le procureur n'avoit peur que de son bonnet; cela a plu à l'assemblée et la cause a été remise au 1" jour; apparemment elle sera évoquée.

M. le président d'Aligre a été ces fêtes à une terre auprès de Chartres; il a péché ou fait pêcher dans une rivière que l'évêque dit être à lui : les juges de l'évêque ont décrété le président, je crois, d'ajournement personnel ; grand bruit au Parlement, il en a été parlé le jour des Mercuriales; on n'avoit pas encore la procédure, et vous pensez bien ce qui en arrivera à ces juges. On a, ce même jour, rapporté une requête de M. de Benoise, conseiller d'honneur, qui a fait plainte de la spoliation de l'hérédité de M. de Plenœufson beau-père, dans laquelle M. de Monchêne se trouve compris; la requête est admise et il y a un peu de faux aussi contre l'inventaire. Voilà bien des cris pour rien, car M. de Bcnoisen'a point d'intérêt. On aencore parlé ce jour-là d'un recelléet diverlisse-

menlsde plusieurseffets du prince C morten aubaine;

on a suivi les effets recelés, et ils se sont trouvés chez Pévêque d'Orléans. Et de deux évêques que Ton tient.

Les vanq)ires m'ont bien fait rire et encore plus la règle de M. Arnault (jue vous y avez ap[)li(piée. Ce sont là de véritables convulsions et un remède singulier de couper la tète au mort pour g-uérir le vivant. Je crois à tout cela jusqu'à due vérification.

Lellre A7P.

A Paris, ce I mai fT.'^i.

On se réveille ici plus que jamais sur les affaires de l'Kglibe;il y a arrêt du Conseil du 2'mvril qui condamne au

160 CORHF.SrONOAM.K INKniTK.

feu tUnixli'ttrosattrihiu'os à M. «le Lisle) sur lesiniraclosdo .M. Paris; il a été oxécuto. Ces lettres étoient très-mal iuiies contiY M. l'archevêque, et c'est dommage (ju'oii ait hrùlc le i)eau passage de Saint-Jérùme sur les convulsions qui lenoient les femmes pede suspensiK M. l'archevôque, do son côté, vient de donner un mandement (-27 avril) contre les youvelles ecclésiastiques, dont il fait un portrait affreux el très-éloquent ; elles sont défendues, sous bien des qualilications, sous peine crexcommunicalion. On y fait entrer le l*ape, le Uoi, les évùques comme parties intéressées, outre le scandale de la religion. Il y a un certain trait à la page i qui pourroit bien nous regarder, nous autres avocats, et il pourroit bien entrer un peu de passion dans ce zèle. Je n'aime pas trop que ce prélat demande que son zèle soit secondé, soit dans les chaires, soit dans les tribu' natuc de pénitence. Si on laisse faire les prédicateurs, voilà les Bouchers de la Ligue qui vont paroitre et les suites en peuvent être fâcheuses. Les confessionaux paroissoient suffire. Je ne sais si tous les curés de Paris publieront ce mandement, (juoiqu'il leur soit enjoint ; nous verrons. Au mom<*nt que je vous écris, cela sera fait ou non (1). J'ai appris de Lyon cpie le Four et s'imprime et ne sera fait (pie dans six mois; mais pour la dissertation sur l'impuissance, le libraire n'espère pas de la joindre, parce (pi'il craint n'avoir pas le privilège. Or si vous voulez l'avoir, je sais bien «pielcpiun (pii vous le fera avoir sans difficulté et cela sera .secret.

Je crains que VEuclide i\v, .M. de Saint-Hyacinthe ne soit pas chrétien, ou s'il l'est, vous dites fort bien «jue ce n'est pas le chemin de velours. Je crois (pie la plupart de ces démonstrateurs ne démontrent rien que leur science. Pour la Spinoza (ht M. (!•• bonlairivinicrs, je l'ai vu manus-

(1) Le riiri* de Saint-R<M-Ii n'a pan puhlié; je ne nain pan i\v.<> antres. C'ckI «• dei 72. 1^ curé d»* Saint Kii^larln; n'a |»a* puhlip, <pioi'|iril tr soit pin étu 27. — Sainl'iUi€liO(-<lu->loiit a puhlitr. MVnt pas des Tl.

LETTRE Xl\^ 361

crit et c'est une étrange idée d'avoir voulu éclaircir ce que cet athée avoit tenu obscur. Le titre de la Réfulalion ne trompera personne, dès que cela sera répandu.

Le Suisse de Saint-Médard n'a été habillé de la livrée du Roi que pour faire honorer le curé qu'on insultoit dans l'église. Les marguilliers ne s'y sont opposés que parce qu'ils ne vouloient pas le payer. Ce Suisse a eu bien de la besogne, le 1^' mai, anniversaire de la mort de M. PAris ; un monde infini y a été. Le curé faisoitjeter de l'eau dans l'église du côté du cimetière, afin qu'on ne priAt pas h genoux. On arrêta le cocher de M. Robert, conseiller au Parlement ; M"""" Robert fut insultée, la réparation se fit sur-le-champ; enfin voilà une fête que le peuple institue an 1" mai, et on démolit Saint-Jacques et Saint-Piiilii)pe.

L'évèquede Rennes est mort; il laisse un bénéfice simple de 28,000 liv.de rentes. Le nominateur, prieur de la Charité, est mort aussi auparavant. Les moines disent que la collation leur appartient $c(le vacante. L'évèque de Meaux dit que c'est à lui comme ordinaire, et qu'il peut même conférer en commande comme cardinal. La grande main peut bien venir à tout cela, car le morceau est bon. Il y a encore d'autres bénéfices et la charge de la chapelle du Roi.

Le Pape a dérogea laRulle Pretiosus. qui exemptoit les Jacobins de certains droits à la daleric ou chambre apostolique; ils paieront comme les autres, et ils sont bien fâchés, on craint même que cette dérogation ne s'étende sur l'article (jui avoit fait gnVce à la grAce : on dit (pie cela méritoit bien specialem nolam.

Le cardinal de Polignac, qui revcnoit par m r avec les galères, est tombé malade, et on Ta descendu à Sienne, d'où il ne reviendra que par terre et A longs jours. Son voyage n'est plus si pressé; cette maladie pourroit bien être politicjue et, comme vous dites, chacun ici joue la comédie, en santé comme en maladie.

M"° de Beaujolois est très-mal de la rougeole; on lui

3«S CORUKSPON'DANCK INEDITK.

donne les fviercinents en ee momcnL Tout le monde est en larmes et moi aussi. C'est une princesse charmante.

Lettre XV'.

m A Paris, ce «G mai 17.12.

Le Mandement de l'Excommunication seroit à bon droit appela Hxcommunii' lui-nn^me, puisqu'il porte avec lui tant de maux. Kn voici, Monsieur, une petite Iliade. Le iVulement sV'tant assemblé au sujet de ce mandement, dont il vouloit appeler comme d'abus ou autrement y pourvoir, M. le premier Président a reçu ordre d'aller à Compiègne, où il a été avec Messieurs les gens duKoi, et liX il a reçu un ordre de ne point délibérer dans leurs as- .semblées sur aucune matière ni de religion ni d'État, et de ne rien résoudre sans en donner avis au Hoi, et enregistrer cet ordre. Il y avoit déjà un arrêt du Conseil du 3 mai qui préparoit cette voie et qui faisoit défenses à toutes cours et juges de faire aucune poursuite ni prendre connoissance de ces matières. Le lundi 12, M. le premier Président ayant rapporté en rasseml)lée des chambres l'ordre de (^)mpiégne, et [)roposé l'enregistrement, il a été très-mal traité ; on lui a dit bien des choses dures et en môme temps vigoureuses. M. l'abbé Pucelle ne s'y est pas épargné, ni M. Titon, ni quelques autres; toutes audiences ont cessé et on est tombé d'accord de demeurer assemblé pour demain mardi, pendant lerjuel temps on ne feroit aucune autre affaire. L(^ mardi 1.T, il est arrivé de grand matin ime lettre de cachet (pii a ordoruK'i au Parlement de Sfi rendre par députés à Conqiiègne. M. le premier Président n'a point donné de prtites audiences, mais il s'est assemblée avec dix juges, où il s'est rapporté deux appointés A mettre, et les gens du Hoi ont apporté la lettre de cachet (]ui a été ouverte. A huit heures, les chambres étant venues, ont été surprises de voir cette pe-

tite assemblée et ce travail : oaa crié que les arrêts étoient faux et qu'il étoit fait défense au greffier de les délivrer. M. le premier Président a parlé de la lettre de cachet qui étoit ouverte; on a fait une plainte nouvelle, tant et si bien que les gens du Roi ont été obligés de revenir apporter la lettre qui leur avoit été renvoyée; elle a été lue, et sur cela les suffrages se sont réunis après bien des contestations à dire au Koi que :

La Compagnie ne tient point à désobéissance ce qu'elle a fait pour le bieu de son État, de la religion et le maintien des maximes fondamentales de son royaume, et des libertés de l'Église gallicane; qu'elle n'a point craint d'encourir en pareilles occasions l'indignation de ses seigneurs rois ses prédécesseurs, qui, ayant toujours connu les justes motifs de son Parlement, lui ont donné des éloges. Que si le Roi persiste à vouloir dépouiller la compagnie de la portion la plus essentielle de ses devoirs, la plus utile au bien de son service et dont sa conscience est le plus chargée, le Parlement supplie le Roi de lui permettre de discontinuer ses fonctions, dont il ne pourroit plus s'acquitter d'une manière utile pour le bien de l'État et sans charger sa conscience.

Voilà à peu près les termes de l'arrêté, qui a été fait sur un exemple semblable du temps de Louis Xill, où M. le premier Président de Verdun parla ainsi au Roi en 1G*2G, à l'occasion d'un livre que le clergé soutenoit et que le Parlement condamnoit. Cet exemple, tiré des registres, fut lu par M. Titon, et chacun yap[)laudit. Ilyavoitencoreune particulière instruction à M. le premier Président de parler toujours, cpiand même on lui imposeroit silence , si ce n'étoit le Roi lui-même qui le fit taire, et au cas (jue ce fût le Roi, de lui [)résenter où mettre à ses pieds l'arrêté écrit.

On est donc parti pour Conq)iègne avec cette grande résolution : on a été coucher à Senlis, le premier Président, les présidents à mortier, deux de la Grand'Cham-

3r.4 COUKKSPOiNDAISCK l>KI>HK

l)re . raM)ô l*iicellt' ot M-jCanayo, un de L'haqiu* Cliaiiihre (les Knciuètes ot lUujuùtes, et les gens du Iloi. Le mercredi 14 ou a tté de bonne heure à Compit'mie; le Uoi leur a parlé lui-niènie, et a dit ; u il y a lonj^tenips que je suis mécontent de vous; je le suis encore, et vous voulez encourir mon indii;nalion ; je veux être obéi. Allez, retournez à vos fonctions. » — Le premier Président a vordu i)arler et ne Ta pu. M. Tabbé Pucelle a dit au premier Président : « Ce n'est pas deceladont la compagnie vous acharnés, » et il a voulu parler, (^t le Uoi lui a dit : u Taisez- vous » ; alors il a mis le papier où était l'arrêté aux [)ieds(lu Koi. Le Uoi a dit : a Maurepas, prenez ce papier et le 'lêchircz, » et il a été déchiré. L'abbé Pucelle a dit ; u. Mais....,)) et le Uoi ad it : «Uetirez-vous.» Sur cette dernière parole on s'est retiré et on est retourné à Sentis. A Senlis, .M . Tabbé l*ucelle a trouvé un ordre qui l'exile à son abbaye, et le soir,entre minuit et une heure, M. Titon a été enlevé parles mousquetaires à Paris, par ordre du Uoi, et mené à Vincennes. Je vous ai promis une Iliade, je vous la tiens, et le dernier chant sera que les avocats ont de nouveau pris le parti de cesser toutes fonctions, soit au i\ilais, soit <lans les cabinets, conseils et consultation. Depuis lundi loulejustice a cessé. Messieurs des Uetjuétes derh<Mel sont entn'shieren bon nombre, mais ilnes'y est trouvé aucun avocat ni pas même aucun procureur, et on crioit dans la la place Dauphine : Ce^l un maître dos Itcquètea ! \o\\'\ notre état présent. La consternatien est fort grande. Au moment que je vous écris (vendredi matin 10), les chambres sont assemblées pour entendre le rapport de (]oujpiéirne, et on attend ce résultat avec grande in)pati(înc(;. Il faudra (^onimencer par redcîmander h; prisonnier et Texil»'-, eoiumc; il est d'usage. Il y en a im exemi>le dans hs Mémoires (!<• M. Talon, tome l",p. 50, mais la réponse au Uoi est {\ la page 58, et dans ces sortes de- mémoires chacun truuve son con)ptc, et A la fin le Uoi est toujours Ic| mallre. On va savoir si le Parlement continuera les

LETTRE XVF. 305

fonctions où le Roi Va renvoyé, on s'il cessera. C'est une grande affaire, mais où sont les Démosthènes et les Cicérons?

En ce moment, j'apprends que ce matin M. le premier Président ayant voulu faire la relation de Compiègne, et commencé par dire que deux de Messieurs sont arrêtés ou exilés^ sans les nommer, et qu'il falloit savoir ce qu'il falloit faire en pareille occasion, tous Messieurs se sont levés et ont laissé M. le premier Président tout seul.

M. l'abbé Pucelle a avec lui un brigadier des gardes du corps et deux gardes du corps, qui le conduisent à son abbaye de Corbigny, au diocèse d'Autun : on croit qu'il en restera quelqu'un avec lui ; il va être votre voisin.

On devoit plaider à l'officialité l'affaire des curés; elle ne l'a point été; il y avoit des avocats chargés. — Les Mouvelles ecclésiafiliqucs continuent toujours, et l'abbé De Lisle ne craint point le feu. 11 y a encore une V'ietire.

Lellre XVr.

A Paris, ce 23 mai 1722.

Pour répondre à votre lettre et {\ vos impatiences, Monsieur, j'aurai l'honneur de vous^ dire que ce matin le Parlement est rentré, qu'actuelliMuent les Chambres sont assemblées dans la Crand'Chambre, que toute la nuit les mousquetaires ont porté des ordres de rentrer à tous Messieurs du Parlement, que les gens du Hoi étant revenus hier de Compiègne sur les deux heures aprèsmidi, on a travaillé toute l'après-dlnée chez M. le [)remier Président et (pie le dessous des caries est que M. l'archevè(|ue retire son mandement pour trois mois, ou du moins surseoit contre les cuvés pour un tem[)S. ()p, vous savez ce (pie c'est (|ue ces surséanci's. (lu ne doute pas (]uc demniîi les avocats ne rentient, et pour ukù je rouvre

COUIUSPONDANCE IM'.nri K.

mon cabinet en ce moment, et c'est de \'\ d'où je vous écris cette nouvelle.

Messieure du l*arlement, de retour de Compio^^ne, se sont assemi)lés lundi 12 mai. L'assemblée a duré trois heures. Il a été fait lecture d'un ordre du Uoi, qui porte en termes ex prés que S. M. fait défense, sous peine de désol)éissance , de se mêler directement des matières ecclésiastiques à moins d'un ordre précis du Roi, qui oitlonne en outre que le présent ordre du Koi sera enregistré sur les registres du Parlement.

La réclamation de toutes les Chambres a été universelle contre Tenregistrement de cet ordre, et, par une voix unanime, Messieurs ont fait défense au greffier, sous peine d'être poursuivi extraordinairement, de faire aucun enregistrement.

L'assemblée continuée à demain et qui durera tous les jours sans faire de remontrance, jusques à ce qu'il ait révoqué ledit ordre; au moyen de quoi le Parlement cesse, et il n'y aura plus d'audience. Dans cette assemblée M. le premier Président a été traité de terrible manière.

Hier 22 mai , ont arrêté Messieurs du Parlement que, comme il s'agit de la sûreté de la personne et de l'État de S. M., elle ne doit point réputer ;\ désobéissance si quelque évocation ou interdiction qui puissent int(*rvenir à son Parlement, il continue de connaître des causes ecclésiastiqu&s, ce que M. le chancelier de voit faire trouver lion à S. .M., à l'exemple de ses prédécesseurs, qui n'avoient pas craint d'encourir l'indignation de S. M., dont ils avoient été dans la suite grandement loués. Que si le Koi persistoit à vouloir dépouiller la compagnie de la partie la plus essentielle de ses droits, la plus utile au bien de .son s^irvice, et dont sa conscience est le plus chargée, le Parlement suppliera hund)lement le Uoi de le disiKîniier de contiiuier ses fonctions, dont il ne pourroit plus h'acquittiîr d'une manière utile pour le bien de l'État et |>our rae(|uit de* sa conscience.

LKTTRE XVF. 367

L'après-midi, Messieurs sont partis pour Compiègne, pour faire savoir à S. M. le résultat de leur assemblée.

Les avocats et procureurs aussi bien que les parties n'ont plus rien à faire à Paris qu'à se promener, et le Palais vaque absolument.

11 y a eu plusieurs conférences chez M. le premier Président avec les présidents à mortier. La dernière se tint hier, où les présidents se trouvèrent; il n'y eut que deux avis pour que la Grand'Chambre s'assemblât. Mais les autres furent du parti contraire, et dirent qu'il ne falloit point se séparer des autres chambres.

Les gens du Koi sont partis ce matin pour Compiègne sans commission, ni sans être mandés.

On s'attend aujourd'hui à quelque chose de violent de la part de la Cour. Dieu nous préserve d'un plus grand mal; mais tout Paris est consterné.

On a fait défenses aux huissiers de roi'ficialité défaire aucune sommations aux curés pour la publication du mandement jusques k nouveau.

Capie de la lettre de }L Ir Chancelier à 31. le premier

Président.

l)iH9 mai 1732.

«Le Koi n'a pu apprendre sans une extrême surprise, Monsieur, (jue tous les officiers des Chambres des Kncpiètes et des Ke(|uètes du Palais eussent entièrement abandonné l'exercice de leurs fonctions depuis vendredi dernier, et S. M. ne peut comprendre que la Grand'Chambre même, qui dans les temps précédents s'étoit toujours distinguée par son exactitude à remplirses devoirs, diffère de s'assembler pour tenir ses séances ordinaires. Je ne saurois même vous dissimuler. Monsieur, que S. M. attend de votre zèle pour son service (jue vous entriez ce matin X la(iran(rChain!)re, et S. M., (jui connoit la lidélité et l'attachement de tous MM. les pn-sidentsetd'un grand nombre

3^8 COI\KKSPOM)ANCK INKhlTE.

de Messieurs de lu Grand(lhainl)re, estpeisuadée qu'ils ne vous auroieiit pas al)andonnésdans cette occasion. LeKoi ne peut souffrir la durée d'un état également contraire au respect (jui luiestdù, au devoir le plus essentiel des niagis- Iralsel à l'intérêt de ses sujets. Ainsi, S. M. nie charge de vous écrire (pi'elle veut que tous les officiers de son Parlement rentrent sans aucun délai dans l'exercice ordinaire de leiii-s fonctions. Le Koi vous ordonne de leur faire savoir ses intentions aussitôt que vous aurezreçu cette lettre, alin qu'ils s'y conforment avec la soumission (ju'ils doivent à ses ordres. S. M. vous charge i)ersonnellement d'y tenir la main, ne doutant pas que vous aussi bien que MM. les présidents ne soyez les premiers î\ donner l'exemple au reste de la compagnie.

« Ce nV'st qu'en exécutant fidèlement les ordres du Hoi (pie le Parlen.enl peut éviter les résolutions rigoureuses que S. M. ne peut s'empêcher de prendre à l'égard de cette compagnie. l*révenez-les, Monsieni', en rendantincessamment au Koi le compte cpi'il attend de la manière dont ses ordres seront suivis, et soyez toujours persuadé de tous les sentimenis avec lesquels je suis, Mijusicur, parfaitement à vous. »

hllrcWII .

A rnris, ce 27 mai il' 2.

Voici, Monsieur, l'arrêté (jue le Parlement lit hiei'. Lundi li'iy toutes les chandires assemblées, en enregistrant les lettres patentes (pii lui avoient ét<* (envoyées pour lui enjoindrede reprendre ses fonctions ordinaires, a arrêté:

Que la Cour, continuant ses fonctionsor(//«a/rr5, donnera fil toutes occasions des marques du même zèle (pi'elle a toujours eu pour le service du Koi et du public,

Pour le mainlien des droils sacrés de la couronne.

Pour [irévenir el réprimer toutes les entreprises ca-

LETTRE XVIF. 369

pables d'exciter ou d'entretenir le trouble dans TKglise et dans l'État.

Et pour remplir toutes les obligations qui lui sont imposées par les ordonnances dudit seigneur Roi et par celles des rois ses orédécesseurs.

Les lettres patentes ont été enregistrées tout d'une voix. L'arrêté a passé de 88 contre 67.

Après cet ouvrage fini, les gens du Koiont été mandés pour prendre des conclusions sur le mandement de ^L rArehevécjue du 27 avril, ils ont dit cpie l'affaire étoit trop importante pour prendre des conclusions sur-lechamp, et qu'il falloit du temps pour le conseil, et se sont retirés. Le Parlement a résolu de leur donner jusqu'à demain, qui est aujourd'hui, et cependant demeure assemblé. Ils sont revenus, et ont dit que le temps étoit trop court : on n'a pas pour cela changé la délibération au sujet de ce mandement. Nous verrons ce qui sera ordonné. Je ne vous ai point mandé toutes les différentes assemblées chez M. le premier Président, dans les Chambres des Enquêtes, à la Chambre de Saiilt-Louis, et qui se sont enfin terminées par celles d'hier, où on a fait ce grand ouvrage de l'enregistrement et de l'arrêté.

On n'est point entré pour l'administration de la justice depuis le lundi 12 de ce mois, et tous les avocats sont encore dans le silence ; ils reprendront la |)arole au moment que le Parlement rentrera. Il n'y eiU point d'audience hier après-dlner, quoique l'enregistrement eût ét<; f,»it \o matin, parce (pie la Cour est demeurée assemblée. Voilà, Monsieur, jusqu'à présent les succès de l'affaire, et je crois que vous trouverez l'arrêté généreux. Vous souvenez-v(ms de celui qui fut fait à l^onloise?

Les Nouvelles ecclési<isli(jues continuent, et il y en a du \ mai qui contiennent l'apologie du nouvelliste contre le m.mdement ; il y jilaide sa cause avec toute sa force et parle du rararlère de politesse cl île douceur ualurel oit jnèhil , qui sans doulr n'«'\('<)mmuniera pas 1rs irens pour cela.

l;0 (:0I\RK^P0^DA^CE IMDlTi:.

Il y il un iiraïul inariai;e de Sélhos avoc Marie Alacoque ; c'est que M. de Sens reeoit Tahbé Terrasson i\ IWcadémie et a briirué celte faveur.

On voit ici des lettres de la noblesse de Bourgogne contre M. de Sens, qui, dans une lettre i\ ses curés sur les conférences où il les engage, leur ditiju'ils n'y trouveront pas cette noblesse liautainCy qui les méprise. Ce mot a été bien relevé, et la populace, (ju'il appelle brutale s'est plainte aussi dans son patois.

Leilre Wlir.

A Paris, ce 4 de juin <732.

Vous m'avez fait l)ien du plaisir, Monsieur, en m'envovant le détail de renlèvement de M'"" Brun ; je suis fort attaclié à M. de Tavannes et je connois fort des personnes qui le sont à la famille de la ravie. Voilà une affaire véritablement tragique, et la fin, quellequ'elle puisse être, ne peut être que triste. Bussy disoit : // n'est rien de tel que d'enlever y car premièrement on a la flic ; les parents font les diables, mais à la fin on les apaise, et quand ils meurent, on a encore leur bien. Je crois qu'ici on n'a que la iille, que le jM're fera le diable , qu'on ne l'apaisera jamais et qu'il tuera tout avant (jue de mourir. Je crois la mère et la iille en fort grand emliarras et le ravisseur encore plus. Nos ordonnances font [leur. Cela n'est-il pas de votre ressort, où <»n n^-ntend pas raillerie en matière criminelle?

J'ai parlé à M. de Saint-Hyacinthe de la chanson de M Matlianasius : i\ ne l'a prise nulle pirt que dans la Ixjuche d'une cuisinière hollaiidoise cpii la chantoit chez lui du matin au soir, et il l'apprit par force. De là est venu le joli ouvrage que nous avons; je n'ai pas encore vu la suite ; mi femme est à Paris (pii l'a enlevé lui, et non pas lui elle ; il y a bi«ii des sortes (h* rapis.

Le mariage de Sélhos avec Marie Alacoque a été tait le jeudi 29 mai à l'Académie ; le discours du prélat ressemble à ses autres œuvres, et il a loué l'assemblée de ce qu'elle ne fait point de Nouvelles ecclésiastiques ni de Calottes. Je viens le plus tard que je peux à notre état qui n'est pas encore fixe. Les gens du Roi ont été demander jour et lieu et heure pour le rappel des deux exilés; cela s'est fait à Versaillesla veille delà Pentecôte ; la réponse, dit-on, n'a pas été bonne , et le lundi, lendemain de la Trinité, il y aura assemblée des Chambres pour entendre la relation des gens du Roi. Il y a une autre assemblée indiquée pour le 13 au sujet du mandement; dans cet intervalle, il viendra peut-être quelque accord qui nous rendra la paix parfaite. Amen, Ainsi-soit-il. Pareil induit en France feroit fort bien. Il y a treize couplets satiriques sur toutes les affaires de ce temps, qui sont assez bien faits; si vous ne les avez pas je vous les enverrai.

Lettre XIX'.

A Paris, ce iO de juin IT.'^.

Je vous envoie, Monsieur, par la voie du sieur Martin, les deux requètesque j'ai faites dans l'affaire delà Tournelle, avec le dispositif de l'arrêt j vous y verrez encore quelque reste de l'ancienne éloquence , et comme je me suis tiré de la question d'église où on vouloit me jeter.

Les circonstances du rapt m'ont fait plaisir, et je vous prie de continuer à me les apprendre. J'avais déjà ouï parler des lettres montrées à Chantilly. Cependant je sais et on dit d'ailleurs qu'elle ne l'aimoit point et qu'elle craignoit toujours ces voyages de La Marche où sa mère l'exposoit. Je vois tous les jours une dame de Bourgogne à qui elle Ta dit elle-même; mais il y a bien du secret dans les cœurs féminins, et on dit aussi que le père est furieux contre sa fille.

S7Î COUKKSPONDAKCK IM-niTi:.

M.iis ^:i l'ainant qui Ta conquise Sait bien la rose cultiver, Klle chante en face d'église (JiTil n'est rien tel (|ue d'enlever.

1^ eharinaiit Voiture fit aussi une belle ÈpUre sur ce mt^uie enlèvement qui a tait la halhule de Sarrazin, et vous vous souvenez bien de ces vers, que Balzac bli\ma comme indrcents et peu convenables A TAge de Voilure, et dont il est parlé dans VUhtoire de i Académie (de Tabbé d'Olivet, art. de Balzac, in-12), p. 72, où on a mis lue au lieu de lue, soit par un mauvais scrupule, soit par ignorance du fait, ce qui serviini do petite critique en passant.

Hier lundi, î) juin, les Cbambres s'assemblèrent, la relation fut faite de Sentis et de Versailles; il fut dit que le Roi avoit répondu aux gens du Boi : // nesl pan encore tewjjSy féaniterai mon Parlcmcnl lorsqu il me donnera dea preuves de son aUenlion à mes ordres, il fut délibéré de renvoyer encore les gens du Uoi à Compiègne, qui diront que le Parlement ne s'estjamais écarté de l'attention aux ordres du Bui et du zèle pour son service et la conservation de sa personne, etc. ils sont partis, il s'jigit de la liberté des deux exilés. Tout cela n'empècbe pas rassemblée du vendredi 13 au sujet du mandement. On dit qu'il y aura des lettres patentes pour en ùter la connoissance , mais 1 enregistrement ne sera pas si aisé que Tautre, selon l'état où sont les esprits.

J'ai rernanpié bier que l'arrêté du 27 mai étoit dans la fJazetle de llollnndc du 0 juin, et comme cette gazette ne se distribue point à Paris sans être examinée, Turrétc ne dépl'iU donc pas.

Vous trouverez ci-joint les treize couplets, voire (]uatorz^, vous verrez cpie je les devois moi-n\ème écrire.

Je dirai au Mmhunnsius ce (jue vous voulez sur la note de la chanson. Si femme n'est point du lout une aventurière franroise, mais nu»- bcll»* lb)ll.'ind<)isc ri ricbe,

qui Ta pris pour son esprit, car la figure n'est pas ravissante.

Je viens de lire les deux discours de l'abbé et de Tarchevéque : Tabbé est plus court et a je ne sais quoi d'obscur : le prélat est long, diffus et n'est pas fort de choses; p. 17, il a voulu définir le grand ministre et il a offensé toutes les nations et leurs ambassadeurs en leur imputant à tout moment de la hauteur et de l'atnbition. Jo ne crois pas qu'aucun le fasse exécuteur de son testament, et le ministre doit être fâché de ce trait, qui n'est point vrai. C'est le 2'" tome de la noblesse de Bourgogne. Je ne sais ce qu'il veut dire avec la fortune, p. 18, à qui il fait faire tant de choses. Ce n'est pas là la langue d'un prélat, et je m'étonne qu'il n'ail pas trouvé un petit mot à (lire sur M. d'Armenon ville, contre lequel ce discours devient une satire dès qu'il n'en est point parlé. 11 n'a point parlé aussi de l'ordre de la Toison de M. de Morville, ce qui fait chercher la cause de ce silence, et rend cette renonciation faite de lui-même à Tempire de la Fortune (p. 18) très-suspecte, même fausse, comme le public le sait. Cette corde étoit difficile à manier, et je ne sais aussi s'il sera approuvé sur l'objetdu congrès de Cambray sans conclusion et sans rupture. C'est bien à un prélat qu'il appartient de parler de telles choses. Je lui passiî plutôt Alacoque que toute cette politi(|ue, (ju il n'enltnd point et dont ne doit pas dire s'il rentend. Kt que ditesvous de la page 20, où il parle contre les fondateurs de rAcadémie et son confrère?

Lettre X.V

A Pari!*, vv U» juin 17".».

Vous voulez quehiue chose de uouNcau, Munsirui-, et il y a de quoi vouscont(,'nter. Le 12 juin il y a eu jurèl, toutes les Chambres assemblées, qui reçoit le procureurgénéial

S74 a)lUlKM'OM)A>CL LM DITK.

appelant lomnie d'al)ns du inandenuMil du 27 avril 1732; permis d'instruire, et cependant fait défenses de le mettre àexéeation et d'en débiter et distribueraucun exemplaire, sur telle peine jju'il a[)[)artiendra, jusqu'à ee qu'autrement par la eour en ait été ordonné. Cet arrêt a été signifié surle-champ à M. l'archevêque et imprimé^ et il est entre les mains de tout le monde. Les gens du Koi n'ont point pris de conclusions et sont revenus jusqu'à quatre fois. Ils ont d'abord dit qu'il falloit laisser la chose dans l'indécision; puis une autre fois ils ont demandé du temps, une autre fois ils ont dit qu'il y avoit une instance entre d'autres parties sur ce mandement à l'olTicialité, et d'ailleurs que l'appel comme d'abus n'appartenoit qu'à la Grand' Chambre et non aux chambres assemblées. Tout cela n'a point frappé, on leur a fait rapporter le mandement et l'arrêt a été rendu. Il y a eu plusieurs avis pour enjoindre seulement à M. le procureur général de tenir la main à ce qu'il ne fût fait aucun mauvais usage de ce mandement, mais il n'a point été suivi et la pluralité l'a emporté pour l'appel.

En ce moment on vient de me dire que M. le président Ogier, qui aouvert l'avis pourl'appel, est arrêté et mené à Vincennes de cette nuit; que M. de Vrevin est exilé à Poitiers, M. de la Fantriêre à Salins et M. Kobert à Belle-Isle, et que MM. du Parlement ont ordre de se trouver demain à Compiègne, quatre de chaque chambre. Ils sont partis, et voilà encore de nouvelles mortifications.

Les lettres patentes du 25 mai sont imprimées avec l'arrêté du 27 : on les vend dans les rues, on ne les crie pas. Je ne doute pas qu'on ne vous les ait envoyées avec Tarrêl, qui est bien court, et où on ne voit [)as les moyens d'al.us qui ont été épars dans les opinions.

Je reçois votre lettre du l 'i juin. Je ne croyois pas que TablM* I>echTC fit imprimer tout ccî fatras. Je n'ai eu garde de lui répondre; il m'auroit mis dans quelrpii* coin, et m'y voila dans la préface à ce que vous me dites. Je ne .sais

LKTTRK XXl^ 375

s'il m'a nommé. Je chercherai son ouvrage, car i! ne me l'enverra pas, puisqu'il est fâché. Se vend-il publiquement?

Je vous remercie des nouvelles de M"'" de Brun. iM*"*" de Brun est à Paris et la famille est bien dispersée. Le père dit que sa fille n'a point été enlevée, la mère qu'elle l'a été sans son consentement, et cependant tertius gaudet. Je savois déjà que la dame n'est pas si ravissante.

Réponse du Roi aux députés du Parlement à Compiègne le M juin 1732.

« Je suis de plus en plus indigné de votre conduite. Je vous ordonne de retourner aux fonctions de vos charges, de biffer sur votre registre l'arrêt que vous avez rendu contre le mandement de M. l'archevêque de Paris, de m'en certifier par le procès- verbal que vous m'enverrez dans les 2i heures. Je remets à ce temps-là à vous faire sentir le poids de mon autorité et de mon indignation. »

On dit qu'il y a un arrêt du Conseil qui ordonne la radiation et que M. de Maurepas en doit être le porteur. Il y a apparence que le Parlement refusera d'obéir; voyez où cela mène.

Lettre XXI'.

A l'aris, k2l juin 17.12.

J'ai reçu, Monsieur, votre lettre du 12 juin qui est écrite de votre main et qui m'a donné une grande joie. J'avois déjà su par le sieur Martin que vous étiez mieux, et il dit vous avoir envoyé les Lettres sur le (juiétisme. Je vous remercie de la relation de Pézénas, (|ui est bien circonslanciée. Nous l'avons ici im[)rimée, avec les certificats et les noms de ceux (jui ont comparu lors de la déclaration

376 COHHKSrONDANCF: INKDUK.

faite par-devant le notaire Froissiae, dont on a tiré l'extrait que vous m'envoyez. Cet événement et eelui de la relii:ieuse du (]alvaire(|ui s'appelle /j/ liillarderievionucnl tout le monde : on ne sait plus à qui les attribuer, à Dieu ou au diable. Il parolt trois lettres savantes et bien écrites, faites i)ar le prieur des IJlancs-Manteaux, à ce que l'on dit, (jui adjuge tout cela au diable, miracles et convulsions; il prouve par plusieurs autorités (jue le diable peut faire des miracles et guérir des maladies, et on ne va pas mantjuer de dire que les constitutionnaires sont plussavants (pie d'autres sur le pouvoir des démons, dont ils eonnoissent bien les archives. La religieuse a été interrogéepar M. Hérault, qui a fait sortir la sœur convulsionnaire qui étoit dans le couvent. On dit qu'on leur va ôter toutes leurs autres pensionnaires : on vient de me dire que le chevalier Follard étant parti de Saint-Eustache, où il s'étoit confessé, et voulant communier X la Ville-Lévèque, a été arrêté en chemin par une convulsionnaire auprès des Capucins, qui lui a dit qu'il ne passeroitpas outre, et qu'en effet ni lui ni le liacre n'ont pu avancer, et qu'il a été obligé de s'en retourner faire ses dévolions à Saint-Euslache. C'est un conte de tout Paris. Les réflexions que vous faites sur le change que l'on a iipprisdes miracles d'un appelant sont très-sensibles, lorsqu'il est soumis lui-même à un évoque appelant, et j'admire qu'en vingt lignes vous ayez décidé ce que d'autres m- feroi<?nl pasen vingt feuilles. Nous ne voyons tous les jours (ju'écrits nouveaux; il y a des /{cmotUrances des curés du diocèse de Sens à leui* arclievèjpic sur son catéchisme; j'en voudrois retrancher h; mot de if^speclueuseSy car il n'y a rien de mr)ins respectueux (pie de v«)ir l'archevêque sur la sellette remontré par les ( urés sur son caté( hisme, et c'est bien là l'espèce de figurature de CroH-Jean.

hu reste, cet écrit est très-savant eld'une grande clarté-, quoi(pie la matière en soit abstraite; ils drsent phiisam-

LE'ITRK XXI^ 377

ment que dès qu'on ne met point les curés avec le Pape et les évèques pour composer FÉglise, ils n'iront pas euxmôme enseigtier leur propre dégrwlaùon. On nous avoit fait espérer la lettre des évèques au Roi, mais elle est arrêtée et le Concile national aussi, à ce que l'on prétend.

M. Tévéque de Troyes vient d'obtenir un arrêt (jui lui permet d'assigner l'auteur et l'imprimeur dn Journal de Trévoux, pour lui faire réparation, sur ce (|ue ce Journal dit que les derniers ouvrages attribués à M. Bossuet n'étoient point de lui, et il est ordonné que le manuscrit, écrit de la main de M. de Meaux, sera para plié et demeurera au greffe, ce qui a été fait : on vouloit insérer la requête dans l'arrêt, mais M. le procureur général l'a empêché, ce qui n'empêchera pas que nous ne l'ayons. Si cette cause est plaidée, nous verrons de beaux plaidoyers. Mais croyez-vous qu'on aille jusque-là? et où sont les Arnaud et les Pasquier?

Lassallepêre a été commissaire, mais il y a longtemps qu'il nel'est plus: il a été depuis greffier des infirmations; encore depuis agent des Malouins, et il est célêljre par un miracle prétendu opéré en sa personne et dont il a dressé le procès-verbal en homme du métier. M. l'abbé de la Croix auroit pu s'en sentir au jugement, et je ne crois pas qu'il ait meilleur marché du métropolitain. M. d'Alby le condamne fort; et à propos de M. d'Alby, il n'a point signé la lettre, mais M. de Hicux Ta signée en disant qu'il ne vouloit pas se brouiller avec ses confrères en ne signant point une paperasse qui noscrviroit de rien.

M. de Bassompierre, (ju'on appelait l'homme blanc il y a quatre ou cinq ans, a épousé M"''Ogle-Turse, sirur de M*"*" de Mézière qui l'a été déterrer au milieu de sa Blanchirie. Il est frère de M""" de Stainsille et de .M""" dr Ligny, (pii vontêtrebien fâchées ; mais cette .M""' de Mézière n'en fail point d'autres, et c'est dommage (ju'elle ne soit pas convulsionnaire. On a imprimé l'arrêt des Descorailiesoù est

378 (:OI\lUi>POxNDAiNCb: IMIDIIK.

riiitervention dtuflui do Boiiri;op:no, sur laqucllo la Cour a renvoyr à se pourvoir ainsi (ju'il apparlionilra, et ils se sont pourvus à coups crêpée.

Lettre A'AV/^

A Paris, co 2." juin 17.">2.

Nos maux, loin de diminuer, s'augmentent, et je ne sais plus, Monsieur, en (piollc langue les écrire. A peine Tarrét du 13, qui reçoit Tappel comme (Vahus, fut-il rendu, que les exils arrivèrent de MM. Vrévin, Kohert. P. Osier et La Fautrière. M. de Vrévin est arrêté à Artenay près d'F.lampes, n'ayant pu aller plus loin. Le Parlement fut mandé à Compiègne pour le 17, et là le Roi fil lire par M. de Maurepas un arrêt du conseil rendu le 16, qui casse et met au néant Tarrètdu 13, comme rendu contre la volonté connue du Roi, qui supprime les exemplaires imprimés, et qui ordonne que celui du conseil sera transcrit dans les registres du parlement au bas de la minute de celui du 13. Enjoint au premier Président personnellement en son propre jnivr nom d'y tenir la main et d'envoyer une expédition î\ S. M. Défrnd X tous et chacun les officiersdu Pai'lementde rien proposer cpii puisse être contraire au présent arrêt, à peine de désobéissance, d'encourir l'indignation de S. M. et de privation de charge contre ceux qui y contreviendront, et que l'arrêt seroit lu, publié et affirlu'. Voilà le dispositif de l'arrêt. Les motifs sont tirés • de la désobéissance à deux ordres «lu Uoi du 10 et 1 '» mai, qui ne tendoient qu'à obliger cette rompaf/nie de ren«ire compte au Koi de ce qui regarda toutes les affaires présentes de l'Église, avant que d'y prendre aucuntr résolution ; et il est dit cjue ces ordrrs ne dérogeoient en aucune maniên* aux règles élablies par les ordonnances et les ma.\im<;s du royaume sur h's appels comme abus et Fans en ùtcr la connais.sance audit i'ar-

LKTTRK XXIK. 37!)

lement ( voilà une belle reconnoissance dont on prendra acte à la postérité). Les autres motifs sont tirés de l'arrêt rendu malgré le refus formel et réitéré des gens du Koi, et on appelle cela une désobéissance consommée. L'arrêt est imprimé et on l'enverrai ; en attendant, vous aurez cet extrait. Après la lecture de l'arrêt, le Roi renouvela ses ordres à M. le premier Président de faire transcrire l'arrêt, et tout le Parlement s'en alla chacun où il put.

Le vendredi 20, les chambres se rassemblèrent, l'arrêt fut lu, personne ne dit mot, et on s'en retourna chacun dans sa chambre ; on s'enferma bien. Là, il fut pris une grande résolution, ou peut-être elle avoit été déjà prise, qui fut de se démettre tous de leurs chargesentre les mains du Uoi. Les cinq chambres des Enquêtes et les deux chambres des Requêtes du Palais prirent ce parti chacune dans leur chambre, et en signèrent sept actes, puis sortirent deux à deux précédés de leurs présidents, et allèrent porter ces actes chez M. le premier Président, qui ne voulut point s'en charger, ce qui fit qu'ils en firent un paquet et qui fut porté par les sept premiers présidents des chambres chez M. le Cliancelier pour lui être envoyé àCompiègne. Cette résolution, dont il n'y a point d'exemple, a beaucoup surpris.

La Grand'Chambre voulut entrer l'après-dinée, mais le peuple fit une grande huée et empêcha l'audience : toute la Grand'Chambre a reçu chacun en particulier une lettre de cachet pour aller à Compiègne. Il y avoit ordre de ne se point communiquer; elle y a été, il y a eu (luchjues conférences avec les ministres. M. le garde des sceaux leur a donné à souper, le samedi 21 et le dimanche 22. Le Roi leur a dit : « Je suis informé de ccqui se passa vendredi ; vous n'avez pas suivi le mauvais exemple, et je vous ai appelé pour vous dire de rendre lajustice avec le même zèh'. » .M. le premier Président a parlé et a demandé quelque tcmi)s pour les démettants. Le Roi adit : «Je veux bien donner, à votre prière,

380 ( ()KKKSI»0.M)A>(:K LNKDiTK.

(|iu*Kjius jours à rcu\ Jont j ai les dôniissions, pour ri'Utivr ilaiis ItMir devoir, sinon nulle espérance de pardon ; ils sentiront toute leur vie les effets de mon indignation. )»

Aujourd'hui '23, c'est le lundi, on n'entre pas.

Lettre XXIH.

A Paris, ce .'0 juin ITM.

.Nous avons toujours été dans Tora^e et nous y sommes encore. Je n'ai eu, Monsieur, ni corps ni {\me pour vous écrire notre état; aujourd'hui on a quelque espérance d'accommodement, et il transpire que jeudi et vendredi on reprendra les charges et on rentrera sans qu'il y ait rien d'écrit et comme s'il n'étoit rien avenu, le mandement n'ayant aucune suite. Dieu en soit loué ! Pendant cet orage, on en a cherché hien des exemples, et entre autres celui du temps de Louis XI et du premier Président de la Vaquerie , qui est rapporté par Bouchel dans la Bibliothèque du droit françttisy au mot Lois; il ne nomme point l'auteur de ce fragment historicpie, et je serois bien curieux de le connoitre, car ce n'est point Bouchel, qui n'écrit point de ce style naïf et fort. Il rapporte tout de suite le même fait, qui n'est pourtant pas le même, tiré des Herherrhes de Pasquier, livre 0, chap. 21 ; il ne parle point de la démission des charges, mais de la mort que la Cour vint d(Mnander, parce que le Hoi avoit menacé de les faire tous mourir. Lequel fait (ist le vrai des dcu.x'' Bodin, dans sa Hvinililique, les met tous deux, mais non pas ensi'udile ; la démission est dans la version fiaiicoise .seulemerjt, mais la mort est aussi dans la traduc lion latine, et P»ayle n'a pas manqué de l'ohserverdans l'article de la Vaquerie. Il y a d'autres exemples dans ce chapiln; dePas(juler, et un entre autres de I.jKO, dr la < hamhri'des comptes, qu'il récite fort au long et an(pnl il « ul p.n t

LKTÏRK XXIir. 38 i

comme avocat général , lequel fait est mal rapporté au Journal d'Henri III, au^ojuin 158G,puisqu'ildit quePasquier ne se releva point et que l'édit fut registre, ce qui est tout le contraire. En ce même Jot/r/m/, au 15 juillet 158G, on trouve un autre exemple du grand conseil qui est fort ferme ; il n'y eut pas jusqu'aux procureurs du Parlement et du Cliàtelet qui quittèrent leurs fonctions. La cour des Aides y eut aussi sa part; ainsi voilà toutes les cours dans le cas. Pasquier, au chapitre 20 du livre 3 et au chapitre ï du livre 2, parle encore de ces matières et principalement dans le chapitre 't- du livre 2, où il y a une certaine réflexion dont Bayle a l'ait usage en l'article du chancelier de l'IIo^^pital, et sur lequel il a fait une dissertation , et encore à l'article de la Vaqueriez où il l'a relevée ou relue. Ce que dit Legrain, en ses Dérades, livre 8, cité à la note L. de Bayle en l'article de VHospilal, est très-remar([uable; et c'est une paraphrase bien vigoureuse. Enfin, Monsieur, j'ai tâché de mettre notre mal à quelque bien en faisant cette critique et en attendant toujours les temps meilleurs ; il n'a été fait aucun écrit de

nulle part, et nous n'aurons point besoin de

pour les recueillir ou pour en juger.

Les Nouvelles ecclésiastiques vont toujours, sans parler des nouvelles publiques, et il est singulier qu'elles ne cessent point en quelque temps que ce soit.

Je vous remercie des nouvelles de M'" de Brun. On a bien attendu à faire la plainte ; la mère est venue ici, qui, pour prélinjinaire, a demandé sa fille et a dit (piV-lle la vouloit mettrj à la Salpétrière ; elle s'en retourne sans avoir rien lait, et je ne sais pas si la procédure criminelle avancera beaucoup cette affaire. On dit qu'ils sont mariés à Saarbruck en Lorraine, non [)ar un curé mais en.présence du curé, qui n'a pas voulu les marier, et du peuple, au milieu d'une messe, il y a bien de la folie à tout cela. La mère est toujours tenue pour suspecte. Cela va être en procédure et n'aura plus lirn de curieux (pie le jugement.

Mî CORHKSPONDAiNCK IMDITK

J«» n'y crois pas ilVnlrvomont, mais une snhoriialion (jiii n'est piHil-tMre pas la première, de la manière dont on parle ici , et si le lait est vrai , le rapt ne serait pins rapt.

J'ai écrit à l'abbé Lcclerc par une belle (pli va î\ Lyon, et qui par ses yeux mettra le l'eu dans tout le séminaire. C'est tout ce cpie j'ai pu faire pour me venger de lui. Je serois bien aise d'avoir son livre, qu'on ne connoit point ici. Je vous embrasse toujours. Monsieur, en attendant que les bonnes nouvelles viennent.

i.Hirr A Y/ P.

A Paris, ce 2 juillet 1752

Nous sommes toujours, Monsieur, dans le môme trouble ; on dit môme aujourd'hui qu'il augmente, et on ne voit point de remède à ce mal. La (irand'Cliambre entre toujours, mais on n'y plaide pas et on n'y fait que rapporter cjuehiues procès.

L'extrait de Houchel sous Louis XI a été imprimé ; on y a mis trois lignes à la tin, qui ne sont point de là, mais de lîodin, sans le dire; je ne sais pourquoi je n'ai pas encore trouvé où Bouchel a pris cela, (pii n'est point de lui : vous le trouverez sans doute.

.Nous faisions le même mariage quand vous me l'avez mandé.

Nos vieu.\ romans, en leur style plaisant, nomment cela paroles de présents.

1^1 mère s'en retourne et va se joindre à la piocédure jHnir justifier fpi'elle n'est [)oint du procès; jecroiscpi'elle aura de la peine. J'ai trouvé M. de Montai, son frère aux Tuileries; nous en avons parlé ensemble. M. le Duc lui a dit rpie la mère étoit très-suspecte , mais il prétend bien juslijirrsa s/j'ur, <;l il ne m'a j»oint du tout paru approuver In prr)rèflnr<Tfiirunelle,fpii n<' mènera fin'aii déslion-

LKTTRK XXV. 38:i

neur des deux familles. On charge un premier président d'avoir donné ce conseil violent. Nous en verrons les siuites ; ils disent que le père a son bien en pays de droit écrit et qu'il en disposera aisément.

Je connois fort la lettre de l'abbé Trublet et je ne vous en avois point parlé, parce qu'elle m'avoit paru néologique, énigmatique et du nouveau style. Les discours dont il parle à la fin ne sont pas ceux de l'abbé Terrasson et de l'archevêque de Sens, mais de Fontenelle et du successeur de M. de la Motte.

La lettre de Trublet est du mois de janvier 1732 ; il est vrai qu'on n'entend plus rien ni au langage ni aux actions, et le monde est renversé.

Je n'ai rien vu de la part de l'abbé Leclerc. Il gagne à l'absence du Nouvelliste du Parnasse, qui, dans la 29* lettre, l'appelle un barbouilleur de papier, et le fait sauter d'aise d'avoir fait des années de vingt-quatre mois pour les femmes : relisez cet endroit qui vous fera rire. Le Nouvelliste est curé en Normandie et n'écrit plus que des prônes.

Lettre XV P.

A Paris, ce 7 juillel 4732.

Du samedi 7, les sept Charnières des Enquêtes et des Requêtes furent assemblées chacune chez leurs Présidents^ matin et soir, jusqu'à huit heures, pour délibérer définitivement sur le parti qu'elles avoient à prendre : Entre les grands inconvénients résultant de la cessation totale de la justice et les extrémités où la Cour est résolue pour contraindre à l'obéissance, d'une part;

Et la désagréable nécessité de se désister de leur premier projet formé, selon elle, pour arrêter les entreprises deUonieetdu clergé et [)arer aux événements dont je vous ni informé en partie.

384 COKKKSI'O.NDANCK INtlDlTK.

Les Chambres n'ayant [)u se concilier le samedi, y ayant eu trois d'avis de reprendre leurs fonctions sans allendre de nouveaux tndresde la Cour, deux d'avis d'attendre ces ordres avec le rapport des démissions, et les deux autres Chambres s'étant trouvées parta.î^ées entre «Iles, hi même séance l'ut continuée hier jusqu'A sept heures du soir, à la lin de laquelle toutes se réunirent à l'avis de rentrer demain 8 ou mercredi 9.

M. le [)remier Président, (|ui, de deux jours l'un, est allé à Versailles et revenu (comn'ie par négociation) avec M. le

président I*elletier et M , conseiller de (irand'-Cham-

))re, repartit hiersur les sept heures pour informer le ministre du dernier état. H en est arrivé ce matin à dix heures. On compte (ju'il rapporte toutes les démissions de toutes les Chinubres et qu'avec des espérances données mais nullement précises le Palais se rouvrira demain ou après.

Il faut pour cela que lesse[)tChand)resse réunissent cette après-midi , pour conférerentieellesetsedéterminerabso' Jument. Klles ont demandé au premier Président une assemblée de Chandjres pour le lendemain (pi'elles seront rentrées, ce qui sera accordé apparemment, à condition de ne point remctire sur le tapis les sujets de division, mais pour délibérer, du moins entre autres, de solliciter le retour des exilés.

l)ispensez-moi. Monsieur, de vousdétaillerles arrani^ernenls de la Cour et les peines qui dévoient suivre au cas que lesdiles Chand)res eussent persisté, ainsi (juc hs avocals, qui sont blAmés d'une grande partie du pidilic dt; s'être mis de la (juerelle.

Cependant on a recommencé à [)idiliri' sur nouveaux frais dans les rues le mandement de* M. lArchevècpie, (pii n donné licuù cette tracasserie.

Page 1