Mh.MUlUl^ lit MMIllKll MARAIS
couvert qiril y avoit iiiio ruluiciiiL' cl même un traité secret pour faire le cardinal Olivieri pape, et qu'il ilevoit y avoir îles chapeaux ilonnés eu France. Ce secret a été su par le cardinal de llohan, qui a trop parlé. Le duc de Savoie, à (pii il n'avoit rien voulu dire, la l'ait tenter |Kir la jeune duchesse de Modène, liUedu duc d'Orléans, ù (pii il a tout dit. On s'est pensé battre dans le conclave, où le Pape se l'ait à coups de poini; Le cardinal de Bissy a presque eu un sonftlet. Les Alhaiii, qui vouloieut faire ce pape, n'y réussiront pas, et le parti contraire a crié à la siuïonie. A la tin, le Saint-Esprit l'emporta sur le démon.
2 et \ mai. — Lhttrks patentks sur ^ assassinats. — Lettres patente, du 1 mai, registrées lo i, qui attribuent au Parlement de Paris la connoissance de quatre assassinats:
r Celui du sieur Gazan de la Combe, trouvé étranglé, en 1718, dans la maison de la Barre, lieutenant de la connétablie;
2° Celui du sieur Sandrier, receveur général des iinances de Flandre, dont le corps a été trouvé dans la rivière de Seine, le 17 avril 1722;
3* Le meurtre d'un charretier fait en octobre 1723 à la Maluiaison, prcs Bueil ;
V L'assassinat du sieur de laGuillaumiére, ofliciiU', parent des PAris, commis en février dernier.
Les lettres disent que les auteurs ont été décM.uverts ainsi (|ue les preuves, et (pi'il ne reste plus qu'A nommer d.-s juL'cs. C'est toute l'affaire de la Bastille. M. de Lezonnet a été nommé rapporteur de tous ces procès. AussitiM on a informé du meurtre du charretier. Les trois soldats qui éloienl à la Btslille ont été décrétés et transférés A la Conciergerie. L'un de ces trois a été concierge de la mai-
son de campagne de la Jonchère pendant quatre ans. Tous les amis et parents des prisonniers tremblent sur cette procédure. On avoit nommé des commissaires qui n'ont pas voulu accepter. Voilà le Parlement nommé et la justice sera faite.
Cuoisia'L. Arrêt. — On a commencé, le 2 mai, à plaider à la Grande-Chambre, en pairie, la cause de Choiseul. Elle a été continuée pendant plusieurs audiences. Les avocats Julien de Prunay et Normant ont très-bien plaidé. Il y a eu des Mémoires imprimés de part et d'autre. Enfin, M. Gilbert, avocat général, a parlé ; il a conclu à la nullité de la procédure, et, le 19 mai, il a été rendu arrêt qui a déclaré toutes les plaintes et informations nulles, sauf à la demoiselle à se pourvoir aux requêtes du Palais et à y faire entendre les mêmes témoins, s'il est ainsi permis, par les juges qui en devront connoître. La partie de Normant (qui est la demoiselle) condamnée aux dépens pour dommages et intérêts. Ainsi, il a été jugé qu'il n'y avoit point de crime et que cette procédure hasardée pour se donner une preuve, étoit mauvaise. 11 y a eu i6 voix pour la convertir en enquête; mais il y en a eu 98 contre , et on a bien senti le danger de cotte pratique du Palais, 'et de ce détour inventé pour éluder l'ordonnance. Cette affaire fera encore beaucoup de bruit, car on va plaider au civil aux Requêtes du Palais , et on n'épargnera rien pour rendre légitime cette enfant que tout le monde sait ne l'être pas. Les gens du Roi ont dit que la preuve pouvoit être admise de la naissance en certains cas, par témoins, quand même il n'y auroit pas de commencement de preuve par écrit. J'ai vu blâmer, à la cour, lesdeux parties: M'"'' de Hautefort, qui agit contre la confidence qui lui a été faite, etleducdelaVallière, qui a eu aussi la confidence, et qui étoit aussi, dit on, Tamant de sa sœur.
TousAC. Calotte. — On a débité publiquement dans Paris, une brochure en ôV pagres in-4" i\u\ a pour titre :
106 MKMOIUKS I)K MVIHIKU MARAIS.
Picimère séance des hâtais calotlins , contenant l'oraison funôluv de Philippe Knnnanuel de ïorsac, généralissime du régiment de laC;dotte. (/est nne pièce trés-ingénieuse, connK)St^ de plusieurs discours de rAcadéniie, et princiivilenient de ceux de Fontenellc et de Lamotte, où on a en vue de critiquer leur style affecté et précieux, et de veniîer la langue francoise, que ces messieurs ne cherchent qu'à gAter et à corrompre. Celte satire a pluïi tout le monde et a fort affligé les auteurs critiqués. Ils ont voulu Ja faire supi)rimer, mais ils n'en ont pu venir îV bout, et le Régiment les menaçoit déjà d'une translation de l'Académie à Montmartre. Le Koi et la Cour sont entrés dans cette plaisanterie. Le feu Roi en avoit approuvé l'institution et elle continue sous le sieur Aymon, portemanteaudu Roi, qui parle bien, qui saitbeaucoup, etqui est le fléau des ridicules et des ignorants. Le Roi lui deniandoit, ces jours passés : « Que serai-je dans le régiment? » Il lui répondit : u Votre Majesté n'a qu'à faire « des actions et elle ne n)an(|uera pas de places,» ce qui A été trouvé hardi et courageux, parce que les actions du Roi ne sont que des enfances.
M\iiiA<iE Di DIX d'Orlkans. Ciianson. — Le mariage du duc d'Orléans avec la princesse de Bade fait beaucoup parler. On en a fait un pont neuf sur l'air du 3//.siiisipi.
D'OrNnns la diichosse A dit a son enfant :
•• J'envoie avec vitesse
• Au pays alleniand
■ Clurrhcr une lilletle « Dunl tu seras mari • D'elle fort chéri. >»
• Manière, rctte fille
• F.st petit*', dit -on ;
• M belle ni gentille
• Et u'a pas de tétoo.
« De plus, elle ainio uu homme (J) « Qui me feroit cocu « S'il en étoit cru. »
« INIon fils, elle est pucelle; « Au moins, l'assure t-ou, «t De plus, bien damoiselle « Et faite de façon «« Que nombreuse lignée « Naîtra de cet enfant « Très-facilement. »
Avec cette assurance, On part incessamment Pour amener en France Ce bijou si charmant.
Dieu bénisse l'ouvrage Que fera peu souvent Monsieur d'Orléans !
11 y en a un couplet pour Imbert, qui a négocié ce mariage (fils de l'apothicaire du feu Régent).
IMon fils, d'apothicaire, A bien changé d'état , Car il est secrétaire Envoyé à Rastadt Pour chercher la monture D'un prince qui n'osit Prendre femme ici
Le duc de Richelieu est nommé ambassadeur à Vienne. Ils Font appelé à la Cour raml)assadeur Fanfarinel, qui est un nom des Contes de Fée, parce qu'il est plus propre à l'amour qu'à la politique. Il a eu^ depuis peu, les bonnes grâces d'une dame que Ton ne tient pas bien saine (M'"*" de Gontaut, gâtée par son mari) et il a été aussi chanté.
Richelieu, la Peyronie A formé notre lien.
Pour le prouver ta folie ,
(1) Le prince de Ta\is, Alleinaiid. (Mo(e de Marais,)
lits MIMOIIUS 1>I MAIHIKI' WAKAIS.
Ui V esl tout mon bien ;
Je ti' la iloiiiu' Kl moue... dont tu la lions
Fnit tn couronne.
g») „,tj,- — Oksi.m tai'K ^Benoit Xlll). — Ce jour, le cardinal t)i-sini, dv la mai.son des Ursins, et dominicain, a été élu pane. H a soixante-seize ans. C'est un saint homme. Il a pris d'abord le nom de Benoit XIV, et a été ainionei" sons ce nom en France. Ils n'avoient pas pris carde à Home que le dernier Benoit Xlll étoit ce fameux anti-pape déposé au concile de Constance. Us ont réformé leur calendrier et le pape est redevenu Benoit Xlll. Voilà une plaisante erreur. I.es Jacobins ont fait dire un Te Deufiiy à Paris, en musique, où le cardinal de Noailles a oflicié. Les Jansénistes ont bien auguré pour eux de voir un Jacobin pape, parce qu'il doit être tbomiste; mais on a trouvé dans le mandement du cardinal de Bissy, quia fait tant de bruit, deux lettres de ce cardinal Orsini, arclicv«H|ue de Bénévent, où il dit (ju'il tient la Constitution L'uigeuilus pour dogmatique, aussi bien que tous les archevêques et évèques du royaume de Naples, et qu'elle auroit été publiée s'il y avoit eu un concile provincial. (I>. 131 du Mandement, -2' partie).
Ces deux lettres sont curieuses, et parce qu'il dit de la Constitution et par le titre d'exactcar (ju'il donne au Pape, qui prenoit un droit de dépouille à l<i mort des évéques de Naples, lequel droit a été supprimé dans un concile provincial (pi'il [irésidoit. il étoit tenu, pour cela, trésimjfapahle, niais les Albani l'ayant j)i()[)osé sans croire 4|u d pût être nommé, le parti contraire le nonnua aussi, «•l ainsi, il esl devenu Pape, sans doute par l'inspiration du Saint- Ksprit. Il a refusé longtemps, mais on croit (ju il a accrpté et on croit déjà (jue les dispenses seront dillicile» à obtenir. Le duc de Bouillon n'épouseroil pas aujourd hui la veuve de son frère.
PMi?icii UK SoiBiSK Moiir. — La petite vérole a emporté,
en cinq ou six jours, le prince de Soubise et sa femme.* C'étoit le plus bel bomme de la cour, fils du prince de Rohan, et qui éloit fort aimé. Sa femme, qui l'a gardé, est morte quelques jours après lui. Ils laissent plusieurs enfants. Le cardinal de Roban, son oncle, a de quoi s'afiliger de la perte de ce neveu, et du Pape qui a été fait contre son traité.
Éclipse. — Le 22 mai, éclipse du soleil, depuis six beures du soir, jusqu'à huit. Elle a été totale pendant un assez long temps, et a fort effrayé. M. de Matignon a dit à M. de Cassini, de l'Observatoire, « qu'il l'iroit voir « le lendemain, parce qu'il y avait trop de monde ce jource là. )^
Cordon bleu. — Le 2 juin, j'ai été à Versailles, avec M. le prince Cbarles, pour voir la cérémonie des cbevaliers de l'Ordre, qui s'est faite le 3, dans la cbapelle, avec toute la magnificence possible. Il y en a une relation fort exacte. Je suis resté à Versailles jusqu'au dimanche de la Trinité, et pendant tout ce temps-là, il n'a rien échappé à ma curiosité. J'ai vu le Louvre, les appartements, les jardins, les statues, Trianon , la Ménagerie, Marly, et j'ai admiré la puissance et le génie de Louis XIV, qui a construit tous ces beaux ouvrages que l'on peut dire être au-dessus de l'humanité. J'ai toujours été dans la compagnie des plus grands seigneurs et j'ai vu la Cour de bien près. Le lendemain de la Pentecôte, on annonça le retour du maréchal de Villeroy, qui avoit demandé à voirie Hoi avant de mourir, et on lui a dit qu'il lui avoit été imposé pour Ci)Udition de ne se mêler de rien, et de ne parler jamais bas auUoi. Les cens sensés crovoient qu'il eût mieuv f«il de rester à Lyon, où il règne en quelque sorte.
Le Uoi. — Le Hoi est grand, fort, toujours à l.i chasse,
IIO MKMOIRtlS DE MATIlIin MARAIS.
•A la pluie, i\ la poussière, au soltil, et no se soucie i;uAre de fatiuuor ses t>riiciers ou ses eourtisans. Il aiiue à aller à KauiUuullet, chez le eouite de Toulouse, et mande sa Cbuudire et sa (iarde-rohe pendant la nuil. 11 s'arnMe en chemin, dans un cabaret, au lieu du Perray, où il se [)lall mieux qu'ailleurs. Les dames le suivent, mais il ne les aime ni ne les regarde. 11 ne dit jamais ce cju'il veut faire. Il s'amuse A faire des malices à toutes sortes de gens, ro\imnt les cravates, les chemises, les habits, arrachant les p«*rru(pu's et les cannes, et donnant (juel(|uefois de bons couj)s aux jeunes seigneurs cpii rapprocluMit. Il vient découper les sourcils i\ trois écuyers, à la Magdelaine, et aux deux fr«'"res Mémont et à deux autres personnes, la Pérouse et Dampierre, qui vont à la chasse avec lui. Le meilleur est d'être sérieux et de ne point souffrir ce badinage, car il n'y retourne pas. Un gueux lui demanda l'aumône, comme il descendnit son petit escalier; il lui refusa. Ce coquin jeta son chapeau dans son carrosse elle menaça de la main. Il fut arrêté sur le champ, et je trouvai (pie les rois, avec tous leurs gardes, sont bien mal gardés. Le roi est beau, a les yeux grands, a le plus beau regird du monde, et fait avec grâce tout ce qu'il veut faire bien. I>i cérémonie de l'Ordre dura, le samedi .3, plus de six ou sept heures. 11 la fit A merveille, sans embarras, elavec Tadmiration de tout lu monde, J'étois dans la chapelle, bien placé sur un échafaud , où j'avois sous mes [)i«'(ls la contrôleuse générale et les femmes des ministres, et d'où je ne perdis rien de tout ce (jui se pas.sa On remanpia que leprinre Charles avoit le plus grand air de tous les chevaliiTsel la meilh-ure mine. Il se trouva le parrain du duc de Noailles, son beau-pére. Le comte du Luc étoil si mal lialiillé que la chemise lui sortoit et que cela lit birn rire. Mais, comme il est Provençal et ph'in d'esprit, il n'en fil «jue rire aussi. Il y avoit bien dr beaux manteaux neufs ci riches, mais il y en avoit aussi de bien vieux. Le marérhnl t\f .Matignon, qui étoit nommé, a demandé le
cordon pour son fils; au lieu de lui^ et le Roi lui a donné. Je renvoie le reste à la Relation y où il n'est rien dit des repasqui se donnent à la Cour, mais on peut bien appeler ce pays : le pays où l'on mange, car on est dans les cuisines dèslesdeux heures de nuit, et il parolt qu'on n'y songe qu'à manger et à se crever.
Religionnaires. — Au commencement de ce mois, on a publié une déclaration du 14 mai, registrée le 31, concernant la religion. Elle contient dix-huit articles fort rigoureux contre les nouveaux convertis et sur l'éducation de leurs enfants. Les anciens catholiques y sont aussi mêlés. Ce règlement, qui porte à la délation, n'est point approuvé, et peut bien être une semence de troubles et de guerre civile, dont Dieu nous garde ! Le clergé feroit beaucoup mieux de payer ses rentes que de donner de pareils conseils.
Chantilly. — Le Roi a résolu d'aller à Chantilly chercher M. le Duc pour chasser à son aise; il vouloit partir le 28; on lui a remontré l'embarras du quartier des officiers, qui finit deux jours après. Il s'en est d'abord moqué, puis il a remis au 30. Il n'a pas dit combien il y seroit; il a dit en riant : quinze jours moins deux mois; puis, qu'il y seroit tant qu'il s'y Irouveroit bien. Enfin, il y sera le mois de juillet entier. Il a nommé neuf dames et trente seigneurs, pour être du voyage avec ses ofliciers, et il ne veut pas que personne lui fasse la cour que ceux qu'il a nommés, comme faisoit le Roi à Marly. Les ministres y seront. Entre les dames, M""^' de Prie et de Nesle , toutes deux rivales du maître de la maison , et M"^ de Grave, fille du maréchal de iMatignon, qui est la commode de M"*" de Prie.
M'"*^ DE Nesle. — On a fait un conte de M'"** de Nesle, qui a prié son mari de reconnoltre un fils (jucUe a d'un autre, et son mari l'a accepté, à condition (pi'elle en reconnoissc aussi un qu'il a d'une comédienne, et qui est aîné du sien.
112 MKM(MI\I.S m. MATIlIir M VRAIS.
Le |*ivsidonl ilAliiiiv rst toinlK' on apoplexie. Il n'est . guère plus mal que quaiul il est en santé. Son lils, qui est iK'gue, n'aura pas sa char:;e. (Il l'a eue depuis).
AvKNTi'RK DE I{.\srAi»i . — Le cluc cVOlonne , Finiarcon cl Boissieu, neveu du uianpiis de Villars, ont demandé au maréchal Du Bouri; congé pour aller à Hastadt voir in princesse de Bade. Il leur a refusé, parce (pie c'est hors du royaume. Ils ont proposé d'aller à Wissembouru-, qui est à nous, et où est le roi Stanislas de Pologne, délrùné. Il leur a permis; ils y ont été, ont passé outre, ont vu la princesse de Bade (pii les a bien reçus, et le lendemain, étant ivres de vin de Tokai, ils sont entrés dans une grotte où elle a dévotion, et ont mis un gros radis taillé en priape dans la main de la Vierge au lieu d'un bou(piet. La princesse demande justice. Tous les devoirs sont olfensés dans celte indigne action ; ils la désavouent et ont été forcés de dire qu'elle est fausse, (pioicprelle soit vraie. Le duc d'Orléans dit que c'est une insulte qu'on a voulu faire î\ sa femme. Le ministre de la guerre, Breteuil, ;i dit tout haut que le fait nétoit pas vrai. Ce ministre souffre qu'on dise à sa table toutes sortes d'ordures , et son frère, évoque de Bennes et maître de la Chapelle, De s'en contraint point du tout. Le Boi lui jette au visage du fromage mou, et le prélat bouffon prend rela[)Ourdu saint chrême.
L\TE.M),\NT i)H co.M.Mi iu:i:. — On a créé (juatre intendants de commerce, il en avoit été supprimé huit du temps de I-^'iw. Ces fpiatre sont : Messieurs Aultmii, de Lévignan, Anisson dellauteroche et Berthelotdc Monchesne ; ils sont tous amis du contrôleur général. Ouehjue temps après, le céjrbre M. .Vmelot de Gournay, chef de ce conseil de commerce, est mort, el c'est une des meilleures têtes (pi* il y eùl en France. Il a beaucoui) travaillé en Kspagne et n'y a guère gagné, car, au letour, le hu lioi uc lui dil mot, siins que l'on ail bien su la raison.
LriTfnii r.oMPOSKK. — La Crinq).'igni'' drs ind»N • pu-
JUIN i72>i. 113
blié une loterie qu'elle appelle composée, et est, en effet, une étrange composition. Il n'y aura plus de billets ijlancs; on aura au moins 55 livres de rente viagère pour cliaque billet. Il V a d'autres rentes viagères, et le net de tout cela est que la Compagnie, pour 9 millions qu'elle versera en argent et 9 millions en actions, vous donnera trois millions d'argent, elle reste en viager, en sorte que son vœu capital est de voir mourir tous ses actionnaires. Loterie inhumaine et trompeuse, et reste infort une du génie de Law.
25, 26, 27 ']u\n. — M. de V'illerov retourné. — Le maréchal de Villeroy est arrivé à Paris, le 25, sur les sept heures du soir, à l'hôtel de Lesdiguières. Tout le peuple a crié : « Vive le Roi et le maréchal de Villeroy ! » On vouloit faire des feux; les commissaires l'ont empêché. Le 26, toute sa famille et tous les seigneurs sont allés le voir. Le 27, il a été à la Cour. Le peuple de Versailles a fait comme celui de Paris. Le maréchal a été présenté au Roi, en particulier, par M. le Duc. Le Roi a été attendri et n'a pu lui parler. Le maréchal, fier et haut, est venu au diner : le Roi a parlé à bien des gens, et à lui, ne lui a pas dit un mot et ne l'a pas regardé : c'est un soleil qui a fait une éclipse totale. Il s'en est revenu, le soir, à Paris, et on ne croit pas qu'il tàte davantage le pavé de la Cour, qui est trop glissant pour un homme de quatrevingt-trois ans. Tout le monde dit qu'il n'a que ce qu'il mérite, et qu'il doit se reprocher d'avoir élevé le Roi comme il l'a fait. Paris avoit fondé l'espoir de bien des changements sur ce retour, et voilà tout allé à l'eau.
Un poëte de mes amis a fait cette épigramme ;
Villeroy revieut à la Cour ; Chaque bon citoyen, charmé de ce retour,
Voudroit qu'un si grand personnage, Qu'un seigneur qu'a tuarcjuc le ciel au meilleur coin, IMU vivre désormais le double de son âge, Kt que notre monarque en pdt être témoin.
Le poi'te n'est pas de la Cour, et n'a pas consulté le T. m. 8
IM MF.MOIHFij l>K MVlllIKl' M AUAIS.
^ùl du lU>i, iiiii ne vouilroit pas vivre si loiiij;temps pour voir toujours le niaréelial à cùté de lui.
Maukmoiskllk 1)K Plate.n. — Je n'ai point parlé de TAllemande. fille de M. de iMaten, (jui a épousé M. de Saint- Florentin, tils de M. de la Vrillière. Elle est venue avec sa mère, qui a paru plus belle que sa tille et un vrai morceau de Boi. Lii fille est bien faite et plaît fort à la Cour. La mère a toutes les grâces qu'on peut avoir et des beautés singulières. Ce roi d'Angleterre ne s'entend pas mal à aimer et à relouer.
L'abbkHagcenet. — L'abbé Raguenet, fjui est plein de l>énélices, de pensions et de grâces du Hoi, a pu encore se faire nommer directeur de la Compagnie des Indes au spirituel. Il fera des apôtres, des missionnaires et des séminaristes, et cela lui vaut 1-2,000 livres de rentes pour faire aller ses Indiens au ciel :
« Graeculus esurieus in cœluin jusseris : ibit. -
La Trémouille. — Le propre jour que le maréchal de Villeroye^t venu A Versailles, on a découvert (juc; le jeune ducde la Trémouille, premier gentilliomme de la Chambre du Hoi, lui servoit plus que de gentilhomme, et avoit fait de son maître son Ganymède. Ce secret amour est bientôt devenu public, et Ton a envoyé le duc à l'académie avec son gouverneur, pour ap[)rcndre à régler ses mœurs. I>e Roi a dit (juc c'étoit bien fait. Voilà donc le tour des mignons et l'usage de la cour de Henri IIL Le lendemain, on a proposé de marier ce jeune homme avec M"' d'Évreux, sa cousine germaine, fille du duc de Bouillon et de sa première femme, qui étoit la Tréniouille, ce qui a été agréé du Boi, (]ui a bientôt sacrilié ses amoui-s.
M. i*K ViLi-KRov. — Personne n'approuve la conduite de M. de Villeroy, qui a pa.ssé deux heures avec le duc du Maine. Il a dit à .M. le Duc qu'il ne pouvoit voir sans horreur l'endroit où il a été arrêté, et c'est justement l'ai»part^-meot de M. h; Duc aujourd'hui. Il a demandé à
M. de Breteuil si ses porteurs étoient aussi torts que ceux de M. le Blanc qui Tavoient enlevé dans leur chaise, il dit bien des choses qu'il devroit taire, et il part pour Villeroy où on le laissera.
29 juin. — MoREAU dk Séchelles. — M. Moreau de Séchelles, maître des requêtes, qui est môle dans l'affaire de M. le Blanc, avoit été mis hors de la Bastille, à condition de ne se montrer qu'à sa famille, il s'est montré partout; on l'a remis à Vincennes, le 29, et voilà le prix de son indiscrétion.
M. LE Blanc. — Ces jours passés, M. le Blanc a demandé à parler à M. Millain, secrétaire de iM. le Duc. Il a été quatre heures avec lui, lui a appris bien des secrets qu'il a même écrits, et cela servira peut-être à le perdre et bien d'autres gens. La prison est un étrange gîte. On cherche toutes les portes pour en sortir.
30 juin. — Chantilly. — Voyage. — Liste. — Le Boi est parti pour Ciiantilly où il sera un mois, plus ou moins, selon qu'il s'y plaira. Il y a bien des sortes de chasses préparées, sans celles que Ton n'attend point.
Lisfe fie Chantilly.
Dames de la maison ;
M""^ la Diichesso.
Maréchal de la Feuillade.
D'Ecquevilly.
M"" de Clermont.
Maréchal de Villars.
La Mark.
M'"« du Belloy.
Coigny père et fils.
Beaune.
M""= de Riherac.
D'Antin.
Lassé.
M'"*" de Tavamies.
D'Kperiiou.
Nangis.J
M"' de VilIcMieuve.
Tessé.
Grave.
Croissi.
Canillac.
Maréchale de Villars.
Nesle.
Comte de Saxe,-
lM'"c de la Vrillière.
Saint-Germain.
Louvigny. j
M'n*^ de Prie.
D'Entragues.
Comte d'Usez.
M'"« de Nesle.
Saillant.
Beuvron.
M™« de St-Gcrmain.
Verac.
Prince de Rolian.
M™^" de Uupel monde.
(iacé.
Duc de Chaulues
M"'*" de Grave.
Matignon.
De L'Aigle.
Duchesse de Villars.
Lionne.
Les ministres.
1 Juchasse d'ï'lperuon.
Tonnerre.
MU MKMOlllh-S 1)1. MvrilIK.r M\R\IS.
On est averti (]ue le Hoi veut i\non on use t\ Chantilly comme à Marh, et (pril n'y ait que les personnes nommées (jui lui puissent faire leur cour.
Chantilly. — Voyage du roi. — On est logé fort i\ rélruil, à Chantilly. Trois dans une chambre sans lils. Il a fallu en faire venir de Paris. Les daines ont fait une prodi^'ieuse dépense en habits. Le Roi leur a fait un tour : il s'est habillé de noir, parce que le deuil contiime toujours, et pas une n'a pu souper avec lui. H joue un jeu affreux et perd beaucoup.
Le jeune couple de Lorge renvoyé de la cour pour son libertinage. A tout cela, le roi dit : « C'est bien fait, » et ne se soucie pas d'eux le moment d'après. On dit que le jeune laïrémouille a été gagné par M"' de Charolois, qui devoil lui faire dire au Roi certaines choses que l'on ne veut pas que le Roi sache, (^ette princesse, qui est fort aimable, est très décriée. Klle a voulu épouser le prince de Dombes, qui n'en a point voulu, à cause de sa conduite, et on ne sait [dus qui en voudra. Klle est brouillée avec M. le Duc , son fr^re , depuis qu'elle avoit voulu «épouser le duc de Ricbelieu.
Saint-Cyr. — Lavai.likrk. — ('iioisiui.. — Le procès de M'** de Saint-Cyr contre le duc de la Vallière recommence. J'ai ouï dire à un grand seigneur : <( La d'H.iu- « leforl a tort de voidcjir faire légitimer une fille biMarde « e\ «iL'ir contre la conlidencc de son amie, et le duc de
m \n Vallière a tort aussi, et on sait qu'il étoit le maq
« el le f de sa wrur. w Tout cela ne fait (|ue renouveler de l'ordure. Le duc de la Vallière a été interrogé sur 100 faits et articles.
— I/affairc de la Bastille f»e remue. La veuve de S:indrier est décrélée. On veut savoir ponrjpioi elle n'a pas
JUILLKT 171i/i. 117
agi, après la mort de son mari , et lorsque son corps a été trouvé, ses papiers découverts chez un vitrier où se faisoient les assemblées avec M. le Blanc. Le prévôt de nie, arrêté. Tout ceci finira mal pour certaines gens.
ÉvÉQUE DE Montpellier. — L'évêque de Montpellier a fait ses remontrances au Roi sur les persécutions qui lui sont faites depuis deux ans dans son diocèse : Il dit au Roi : a La charge des évoques est d'autant plus K grande qu'ils doivent rendre compte des rois mêmes « au jugement de Dieu. Car vous savez qu'encore que « votre dignité vous élève au-dessus du genre humain, « vous baissez la tête devant les prélats ; vous recevez « d'eux les sacrements et leur êtes soumis dans l'ordre a de la religion. Vous suivez leurs jugements, et ils ne « se rendent pas à votre volonté. Que si les évêques « obéissent à vos lois, quant à l'ordre de la police et des « choses temporelles , avec quelle affection devez-vous (( être soumis à ceux qui sont établis pour distribuer les « sacrements, n — u Cependant » dit-il, « ce n'est plus a aujourd'hui aux évêques à qui les empereurs et les rois (( sont soumis dans les choses spirituelles, mais ce se- « ront les évoques qui le seront dans ces mêmes choses, (( non-seulement aux rois, mais à leurs conseils , aux « ennemis des évêques, à leurs inférieurs , à des délace teurs secrets, ù des personnes qui, parleurs intrigues, « trouvent le secret de faire ajouter foi à leurs délace lions, et de faire condamner, sans être entendus, (( leurs supérieurs, leurs évêques et leurs confrères c( dans le sacerdoce. »
Ces remontrances ont choqué le Conseil de conscience, qui a permis à l'abbé Vialar, frère do l'évêque de Chà- Ions, de jeter un dévolu sur un bon prieuré de l'évêcpic de Montpellier, qui est accusé de rél)cnion, de désobéissance et même d'hérésie. VoilA où on est de l,i Constitution et ce que l'on en attenduit.
118 MÉMOniKS l)F. MATHIKl' MARAIS.
Korii.i.oi \. — On a su, en inciiif toiiips , (ju'mi particulier s'est fait iHHirvoir en cour de Home, perohiluin , d'un iMMiétice de ral)l)é Fouilloux, (jui rtoit le compagnon ilu I'. «Juesnel, quoique Fouilloux, ne soit pas mort. I,e pauvre dépossëdé a appelé à Toulouse comme d'abus. ArnM qui déclare tout abusif. Le pourvu, lui, soutient qu'il est mort ou qu'il aura son bénétice, quo vis alio modo, et a obtenu un arrêt au Conseil de piano, |Kir la voi»' du manjuis de la Vrillière, ((ui a cassé l'arrêt de Toulouse. Fouilloux crie, comme un aigle, qu'il n'est pas mort. Le Conseil des dépècbes a évoqué l'affaire et a reçu Fouilloux opposant; mais il a retenu le fond et saura l)ien empocher un ami du P. Quesnel, un second lui-môme, d'avoir des bénéfices en l>ance. Ce bénéfice lui vient d'un abbé de Harlay et ce sont iM'"" do Vieilbourg et de Crèvecœur, grandes jansénistes, qui sont à la tête de cette affaire. QU'^i'^nte avocats du Parlement de Paris ont signé un avis pour faire sanctionner l'arrêt de Toulouse. On m'a voulu faire signer aussi. J'ai dit (jue je ne savois pas les matières bénéficiales , et n'ai pas voulu me mêler d'une affaire où l'Étal prend part.
M"** DK Grave. — Nouvelle calante ue Chantilly. — Le prince de Clerniont, rpii n'a cpie (piinze ans, frère de M. le Duc, en a conté à M""' de Grave, qui n'a pas fait la difficile, et qui n'a pas voulu refuser un prince du sang. Le mari, qui lésa pris sur le fait, s'est voulu fAcher, puis »'est pris à rire, et fait un mauvais personnage. C'est la plus laide de toute la liste. Elle est lillc du mart'chal de Matignon et cousine de M""" de Prie. Si les deux cousines onl les «leux frères, cela ne fait pas un inceste.
1 '♦ juillet — .Noi VELLE THISTE ET SLNGULIÈRE d'E^PAGNE.
— I^ jeune Heine a été arrêtée dans son appartement. On lui a donné des gardes. La raison en est encore secrète. Le» uns disent rpie la tète lui a tourné ; d'autres que c'cftl une représaille pour l'infante, qu'on parle de ren-
voyer de France. Affaire de politique espagnole, qui ne se découvrira qu'avec le temps, et qui nous donnera peut-être une guerre. Le mariage du roi d'Espagne est consommé; ils ne peuvent nous renvoyer cette Reine, qu'on dit même grosse. Le maréchal de Tessé a fait là une vilaine ambassade.
Cette nouvelle a troublé les noces du duc d'Orléans, qui est allé à Chàlons épouser la princesse de Bade.
iS juillet. — Reine d'Espagne. — Enfantillage. — La nouvelle d'Espagne s'éclaircit un peu. La jeune Reine est vive et aime le plaisir; elle se plait à aller pieds nus, ce qui est un grand crime à une Espagnole, qui doit cacher ses pieds comme la partie la plus secrète de son corps. Le roi Philippe l'a avertie, a voulu la corriger, et elle n'en a tenu compte. Pourquoi ordre a été donné à la camarera-mayor de l'arrêter dans sa chambre et de l'empêcher de sortir. Elle pleure , se désespère, et est toujours aux fenêtres à attendre uu contre-ordre qui ne vient point. Un certain M. de Magny, chassé de France, fils de M.Foucault, conseiller d'Étal, ne lui déplaisoil pas, et elle avoit fait là un mauvais choix, par enfantillage, comme ils disent à la Cour.
M™^ DE Grave. — L'aventure de M""' de Grave fait beaucoup rire le Roi. Le prince de Clermont a raconté le détail de sa bonne fortune ; il lui a vu plus que les pieds et a dit comme tout est fait. Le mari a battu la femme. Les Matignons se vouloient assembler, et on a dit qu'ils s'assembloient souvent. Cela est dit à cause de M™^ de Gacé, qui a quitté son mari . On appelle cette famille la Phalange }fatignonienne, par allusion à la Macédonienne, et quand une femme est soupçonnée de galanterie un peu forte, on dit qu'elle est grave. Cette histoire a fait rechercher l'origine des de Grave. On dit que le grand-père étoit intendant du duc d'Usez. Ainsi, voilà un homme bien à son aise : cocu, moqué et encore dégradé.
|.j,) MLMOIUKS hl MMim-.r MAKAIS.
Chansons suh Chakcilly.
Margot la ravaiideuse \ dit a son ami :
QuVst-c' que tiuites ces gueuses (ju'on mène a Chantilly?
Quoi ! pour un pucelage, Faut-il tiouc tout le train De dix-sept p ?
Chansons sub les princesses
De toutes nos princesses Hélas! que ferat-on ?
T.es faire clianoinesses?
Il faut trop de façon.
Rochesur-Yon seule Au chapitre entreroit Si elle vouloit.
De la belle et charmante
Princesse (.harolois Vax faut faire une amante V notre jeune Koi.
Klle est vive et fringante, Klle lui montrera A flirt' i-e];\
l.;i princcss»' de Sfiis 1 ,t celle de Clcrmont Kn grande diligence Kn Kspagne s'en vont ; ï,a reine, leur cousine Mari leur trouvera Kn ce pays- là.
I.a petite du Maine A les yeux si friands Qu'elle aura de la peine A f.'ire des amants Kt M.idame sa tante (Ij
(l; Cr»l U cuiiiU»*e lie ïoulou»i€, 'pii a r|K)U»é ce piiiue apiè» une longut pUairitr [.\ofe de Marait).
Voudra bien lui moutrer • A les épouser.
Arrêt des États de ta Calotte^ portant bannissement de certains particuliers délinquants contre la raison et la langue.
Nous, directeur de la Marotte, En vertu de Lautorité Que les États de la Calotte Nous dounent sede vacante.
Savoir faisons par la présente Que le collège des Quarante Qui sans nous professe à Paris L'art d'équarrir la période Et de torturer les esprits, Qui tient ouverts à juste prix Magasins de mots à la mode.
Glacières à rafraîchir Lode, Moules où chaque jour on fait Des harangueurs de doni Japhet^ Est, par jugement authentique.
Condamné de fermer boutique Pour s'être inmiiscé sottement Es affaires du régiment :
Ordonnons qu'il vide la ville; Voulons que les plus égarés A Montmartre soient transférés, D'où pourront, Lamotte, Houteville Et Fontenelle, leur patron, Venir sur ânes ou sur mules Endoctriner de leur jargon Les précieuses ridicules, A cinq sols par chaque leçon.
Auxquels trois, permettons de faire En iroquois une grammaire , Et de publier un traité D'inintelligibilité ;
Bref, réduire la langue en chiffres, Et sera le présent arrêt Par nos crieurs, tambours et (ifres, Lu, crié, mis où besoin est.
Signé : Av.mon et Saint-Martin.
Cetarrèt afort lâché nos nouveaux puristes, quiavoient
i:»j MKMOIKKS l>l. MaTIIIKO MARAIS.
voulu >up[»rinuT lo iorsac. \.cs ilirccleurs du régiment sont allés dïvv mi niarôchal de Villars que*, depuis Alexandre et César, il n'y avoit plus que lui dans cette hriirade, et c|u'ilsdenuindoientsa protection contre cette suppression. 11 leur a dit (ju'il étoit de TAcadémie et que cela reirardoit quehjues-unsdu corps, contre lesquels il ne parleroit pas. Ils lui ont dit : a Monseigneur, vous étiez à nous, devant que d'être à eux. » Il leur a répondu, en riant, quilsavoient raison : il s'est reconnu Caloldn eta si bien fait qu'il a fait rendre Touvrage supprimé, qui avoit été irn[)rimé par permission tacite.
— Busra , lieutenant des gardes du corps, ayant dit (ju Henri IV avoit très-bien fait à la bataille de Poitiers, a été nommé historiographe du régiment, et on lui a donné un brevet.
Bouillon. — Il en faudroit donner un à la maison de Kouillon, qui a fait mettre dans la Gazette de Hollande (18 juillets, au sujet du mariage du duc de la Trémouille et de .M"* d'Auvergne, sa cousine, que cette alliance est la sixième (jui se fait entre ces deux grandes maisons depuis r»ni; (pie (Georges de la Trémouille épousa Jeanne, deuxième du nom, comtesse d'Auvergne et de Boulogne, veuve du duc de Berry, fds du roi Jean.
Celte parenté avec les d'Auvergne d'aujourd'hui est aussi vraie que le fait d'Henri IV ;\ la bataille de Poitiers (Voyez .\melot).
Okaisox fu.nkrre du duc d Orlkans. — L'Université a lait fair»; une oraison funèbre du duc d'Orléans au collège de la .Maiclic, parce qu'il avoit procuré l'instruc^tion gratuite à ITuiversilé. Laval, professeur de rhétorique, l'a prononcée, et y a mis de bons traits.
Lk p.\i'k Benoit XIII. — On dit toujours des mervrilles du Pa|M;. Dans une lettre du Nonce du 29 mai, il y a : « Dieu st'w\ nous donne un Pape ; tous les cardinaux pré- « scnts ont couru le porter sur la chaire de saint Pierre. ■ C'est un saint et un ^^rand saint; religieux dominicain,
rUILLET 1724 123
« pénitent, priant et jeûnant sans cesse, tiiimhle, popu- « laire, prêchant par ses exemples et ses discours géné- « reiix;la charité même. «Quand on le revêtit de son aube, où il y avait une belle dentelle, il la fit ôter et dit : « Aux pauvres ! aux pauvres ! » Il porte une chemise de serge et ne mange ni viande, ni poissons. Il alloit à matines à minuit à son couvent. Il va aux hôpitaux administrer les sacrements aux malades. Il en exhorta un à ne pas craindre la mort, si pathétiquement, que la santé lui est revenue, et cela est regardé comme un miracle prématuré.
Voici tout son train : 1° Quatre chevau-légers.
S'' Le fourrier général et le surintendant de la garde, à cheval.
3° Les assesseurs de la chambre secrète en robe, à cheval.
h-° Le porte-croix, à cheval.
5'' Le capitaine des Suisses, 20 soldats, 2 officiers.
6° Le Pape, dans une chaise à porteur, suivi de douze palefreniers.
V Le maître de la chambre, à cheval, avec deux de ses adjudants.
8° Un courrier du cabinet avec la valise ordinaire.
9° 8 chevau-légers qui ferment la marche.
C'est l'ordre de la marche quand il va en public. Il a cassé la compagnie des gardes Lancepessades.
Dans le sixième tome de V Histoire du cas de conscience (p. 253) il y a une lettre du Pape , alors archevêque de Bénévent, au sujet des disputes sur la grâce et des constitutions que l'on voudroit faire sur cette matière, où il dit que la véritable théologie apprend à ne point mettre un parti dans le cas de secouer le joug de l'obéissance :
c( La vera theologia insegna non metter un parlito in nécessita de rompere il freno dell' obedienza, meglio c supportare le visse intellectuali. Ubert disputa nellc quale sia tacito. Adogni uno di abundarc in proprio senso. »
J34 MKMOll\Ki> i)K MATHIKU MAUAIS.
— H n V a extravagance qu'on ne dise sur la reine d'Esnagne. Les uns disent (jue son mari se plaint d'avoir du iiialet iju*il n"a jamais vu (jue sa femme; mais il lui peut venir tle son tempérament et du pays. D'autres disent que la Heine a été surprise en galanterie. D'autres, qu'elle a descendu dès trois heures du matin dans un jardin , avec le Roi et ses écuyers, et que le vent ayant soulevé sa rohe . on lui a vu les jambes nues. Sur quoi, le Roi avant crié : liarba di Christol a donné, sur-le-champ, ortire de lenfeiiner. Le maréchal de Tessé a envoyé un courrier, mais on ne sait ce qu'il porte.
DKBAL'CHiiis DK LA COI u. — Sur Ics débauchcs de la cour, un italien me disoit qu'un mari se servant de sa femme à ritalienne et étant surpris, dit : a lo voleva far un u mo!i(ro pcr (jiuulatjnar la vita. » C'étoit un pauvre homme qui cherchoit j\ faire un monstre pour gagner sa vie. Un autre qui n'usoit jamais de sa femme que de cette façon, fut surpris de la voir grosse et dit : « Adunquc la carta hahexiUo. » Il en i>arloit comme d'un papier qui hoit et qui auroit passé de Tun i\ Taulre.
FoLiLLOtx. — J'ai vu le factum de l'abhé Fouilloux, qui est Irès-hien fait. Son bénélice est le prieuré de l*runiers, diocèse de Mende en Languedoc, cjuil a eu de l'abbé de Harlay, par résignation en cour de Rome, du -i.") aoiU 1701. 11 va voir le P. Quesnel en Hollande en 170V ; en 170G, on saisit les revenus de ses bénéfices, comme sorti du royaume sans permission, en vertu de ledit de 1(361) et .les déclarations de 1082 et 1085. (Arrêt du lU janvier IGHô contre plusieurs gens de cabah» attachés à des nouveauté».. Ordonnance qu'ils reviendront dans deux mois cl ce|>endant leurs biens saisis.)
Verfiiale, Gascon hardi, s'est fait pourvoir itev ohihDit au mois de mai 1710. Fouilloux, qui n'étoit pas mort, nomme un procureur pour percevoir les fruits. Inloimation par .M de Bivilleen 171 '». Le Roi meurt en 1715. Ix's Jansénistes reprennent le dessus. Fouillou.x obtient
JUIM.KT 1724. 125
du Garde des sceaux d'Argenson la main levée de la saisie et un brevet du duc d'Orléans , Régent , du 28 juillet 1716^ qui veul que Fabsence de Fouilloux ne lui puisse nuire pour être réintégré dans son bénéfice. M. de Baville abolit sa procédure et renvoie les parties pardevant les juges qui en doivent connoitre. Pour couper court , Fouilloux appelle comme d'abus à Toulouse et obtient deux arrêts, du 6 septembre 1717 et 8 avril 1718, qui déclarent les provisions de Vermale abusives, et remet Fouilloux dans son prieuré. Fouilloux étoit toujours en Hollande et demande à revenir. Le Garde des sceaux lui écrit que , n'étant gêné par aucun ordre supérieur, il peut revenir quand il voudra et que le Régent le lui permet. Il revient ; il trouve les Vermale dans son bénéfice, dont ils jouissoient à main armée. Il les en chasse. Vermale obtient de nouvelles provisions en cour de Rome, par dévolu du 1^' août 1720, comme Fouilloux ayant commis un pacte simoniaque, lors de la première résignation, et étant hérétique. Il en prend possession le 5 décembre et en reste là. La chance tourne pour les jansénistes à la fin de la Régence. Fouilloux est exilé à Maçon, le 12 mai 1721. Vermale continue ses vexations sans parler du dévolu. Ordre du sieur de la Devre, commandant en Gévaudan, qui chasse Vermale de nouveau.
Vermale vient à la Cour, où il est bien servi, et obtient arrêt du conseil d'État (par le canal de M. de la Vrilliêre), le 12 septembre 1723, qui révoque le brevet de 171 G, casse les arrêts de Toulouse, sans les dater, maintient Vermale au plein possesseur du prieuré, condamne les fermiers, et par corps, à restituer les fruits, etc. Avec cet arrêt, Vermale emploie toutes sortes de violences contre les fermiers, qu'il chasse, qu'il emprisonne, scellés, garnison, etc. Fouilloux crie et s'oppose i\ l'arrêt, en disant qu'il est vivant; qu'il n'y a point de dévolu, puisque, dnns les trois mois, la caution n'a pas été donnée et la paitie civile en cause, et qu'il n'est ni
IM MKMOIRKS DK MATUlEll MARAIS.
siinoniaque . ni liérétiquc , ni accusé, ni jugé. Arr^t qui oi-ilonnequo sarequélesoraconiinuiiiquée, toutes choses, cejHîiulanl, deineurant en étiit.
Voilà le procès et ses ililïérentes situations, ([ui ont changé avec celles île la Régence. I/Knl'ant, avocat au Conseil, a fait ce l'actuin, qui est Irés-hien, d'un bel ordre et d'une grande netteté. Le jansénisme haut et bas fait la fortune différente de ce bénélice. Fouilloux a beaucoup écrit pour les Jansénistes. Il a fait la défense des nouveaux théologiens et autres livres. Le P. Quesnel fut poursuivi de la même manière par saisie sur ses biens en 170G et demanda main-levée, qu'il n'eul pas. — Voyez le G*" tome du Cas de Conscience, où on trouve l'arrêt de janvier 1705.
I*' aoùl. — Le voyage de Cha*ililly a mal fini. Le duc d«* Melun a été tué par un cerf à la chasse. Le cerf venoit à lui et il ne s'est pas rangé. C'est le lils de la princesse d Kpinoy, qui vient de perdre sa fille, la princesse de Soubise, de la petite vérole. 11 avoit épousé M"*" d'Albrei (de Bouillon), qui est morte sans enfants, et, lors de ce mariage, le marquis d'Angennes eut l'indiscrétion de montrerdes lettres qu'il avoit d'elle. Tout le monde l'en blâma, comme d'un procédé abominable. Par la mort du duc de Melun, le duché de Joyeuse vient au prince (Charles, à qui il est substitué, par la donation de M"" de Lillebonne, du 9 novembre 171V, et il lui vient aussi labaronnie de Viviers en Lorraine. L'usufruit de Joyeuse est à M"" de Hemiremont et celui de Viviers, à elle et à M"" d'Epinoy, la Mj'ur. M*' de Lillebonne a appelé ai)rès h; prince Charle» el»cH<;nfaids, .M'"*" de Soubise et ses enfants, et a préféré ainsi le nom tUt Lf»rraine, (ju'elle porte, à sa propre famille. J'ai appris cette nouvelle au prince Charles,
en lui disant que le bois du cerf avoit ouvert une substitution : il ne le croyoit pas, et se croyoit après les Soubise.
Le Duc avoit, il y a deux ans, fait un testament, où il avoit fait son légataire universel un petit Melun qui porte son nom, qu'il faisoit élever, et en qui il avoit mis son amitié. On lui a donné le régiment, et il aura tous les biens d'Épinoy qui ne seront pas propres.
l^n Melun, grand chambellan, épousa en 1323 une d'Épinoy d'Antoing , et depuis ce temps-là, ils se sont appelés d'Épinoy. Joyeuse avoit été érigé en duché en 1581 par Henri 111, pour son mignon Anne de Joyeuse d'Arqués, qui avoit épousé la sœur de la Reine, et on l'a érigé de nouveau en octobre 1714 pour le duc de Melun, qui a prêté serment le 18 décembre suivant.
Le Roi est revenu à Versailles, le 1" août. On vouloit le faire partir aussitôt après l'accident, mais cela auroit eu trop l'air d'un décampement, disent les courtisans. — Dans l'affaire dç laVallière, il y a discordance d'écritures. Le duc a été interrogé sur faits, et il a tout nié. Le chevalier , son frère , interrogé sur les mêmes faits, a tout avoué. M'°^ de Brossay, leur sœur, aussi interrogée, a tout nié. On demande, sur cela, où est la vérité. Et voilà le fruit de ces interrogations. J'étois d'avis qu'on ne les salit pas.
On n'a pas toujours chassé à Chantilly. Il nous est venu plusieurs édits et déclarations, une entre autres, du 18 juillet, concernant les mendiants et vagabonds, où les Paris, amateurs de bureaux et de registres, établissent un bureau de correspondance de l'Hôpital général de Paris avec les autres hôpitaux de France, et des registres qui seront tenus de tous les gueux qui seront dans ces hôpitaux, ce qui fera un jour un recensement bien curieux. Ces desseins sont i)eaux\, mais ils ne peuvent s'exécuter; les motifs sont bien écrits, mais on y répète les dispositions de l'édit, et le Roi, qui parle tro[> bien, dit
128 MKMOIRK.S \)V. MATHiFr MARAIS
tleuv fois lîi inôine chose. Tons oes ouvriers d'éilits ne savent point parler en rois. Il sera beau do voir des com- |Kignies où les irueux s'enrcMeront avec des sergents à la lète, et les voir travailler à des ouvrages publics qui ne sont point.
Tous les ofiit-es municipaux créés en août 1722, et qui nVtoient pas encore vendus, sont supprimés, par édit de juillet, registrt* le -26. On crie à l'inlidélilé. Le papier a été mis là , et l'opération n'est pas à demi. Mais on laisse crier. On promet un remboursement en rentes au denier 50, et tous les pauvres officiers, qui comptoient sur des gages et sur des exemptions, n'ont plus ni oftices, ni gages. Ces beaux gouverneurs qui avoient acheté des gouvernements en papier n'auront pas le crédit d'élre l>orliers de leurs villes.
Le contrôleur général (Dodun ■ avoit acheté cebii de Blois, dont il a pris possession solennelle. Ledit a passé contre son avis, et voili Blois sans gouverneur. 11 s'en passera bien.
I.es secrétaires du Hoi, qui étaient à 3'i0, sont fixés à 2'*0. On en supprime cent, A prendre par la (jueue , et les restants les remboursent <\ 80,000 livres pièce; on touche aussi aux secrétaires du roi des chancelleries. Cela est fait pour diminuer le nombre des nobles qui ne paient point les droits au Koi. Il y a bien des Mississipiensdans les cent supprimés, et il n'y a pas grand mal de les renvoyer à la rue Ouincampoix. L'édit a été registre le 2 août.
Le i août , on a enregistré une déclaration du 18 juillet qui règle les limites de la ville de Paris. Elle est bien dressée. Paris devenoit trop grand, les denrées trop chèrefi, les matériaux pour bAtii* si rares, cpi'on n'a pas de rpioi réparer et orner la ville, la police impossible dans un si grand corps, la. communication dillieile entre les cilojens. Lf»s faubourgs sontlixésA ce qui est bAti ; on n'y |>ourra bAtird«'s maison*; A porte rochère, ni de plus
hautes d'un étage. Défense de percer de nouvelles rues. Il doit y avoir des inscriptions en cuivre pour marquer les bornes.
L'exécution est attribuée aux Trésorier de France et Prévôt des marchands et écbevins. L'enceinte de la ville et des faubourgs sont distingués. Enfin, c'est un beau règlement de police, sauf les abus et la négligence.
Landerirette de Chantilly.
Mesdames , vous trouverez bon Qu'on vous écrive sur le ton
De Landerirette Ce qui se passe à Chantilly, Landeriri.
Pour mettre en goût le roi Louis, Quinze Mirlitons on a pris
Landerirette.
Qui tous le balai ont rôti.
Landeriri.
Le monarque en est si charme , De leur plaire il est si pressé,
Landerirette.
Qu'il se
Landeriri.
Le moineau (1), las d'avoir joué Les seconds rôles chez Condé,
Landerirette , Veut jouer le premier ici
landeriri.
(I) M"i<-(ie la VriiliiTe. {.\o(e de Marais.] T. ni.
ISO MflMOlRKS DK MMHIKH MVRAIS,
1^ Nesio en veut avoir sa part.
Qui croiroil qiu' iis doux \ iliars
KintU'rirelle St> met lent sur les r.uigs aussi ?
Lnnderiri.
1x1 lUipelmonde a, ce dit-on.
Assuré qu'elle l'avnit l)lond,
l.auderirette.
Mais le blond s'est trouvé hardi,
Landeriri.
La fille à Pleneuf (I) voudrait bien S'appliquer le roi très-chrétien,
Landerirette.
L'enfant en a peu de souci,
iMiuderiri.
Une fille de Matignon
A voulu dresser un Bourbon,
Landerirette.
L'aventure a peu réussi.
Landeriri.
La Fillon a représenté Que l'on alloit sur son marché , Ixinderirette.
On l'a renvoyée à Hilly, Landeriri.
On iM >()Upire en ce séjour
Oue |)oiir l'Iutus ou pour l'amour,
l.inderiretle.
I^ huivant«^ s'eu môle aussi
I^'inderiri.
(I) De fric.
Jusqu'à demain j'en écrirois, Mais à quelqu'un je déplairois,
Laudevirette.
Finissons donc par ces deux-ci ,
Landeriri.
11^ n'y manquoit que la Tessé Et tout complet auroit été,
Landerirelte ; Mieux qu'aucune elle eut réussi,
Landeriri.
La Tavanne a dit à d'Agout :
" -Monsieur, comment vous portez-vous ? »
Landerirelte Depuis six jours le c. me cuit
Landeriri.
Dans certain bosquet écarté .
Certain oracle a prononce,
Landerirette, La centurie que voici,
Landeriri.
Six mois après celui de juin Sera chassée une catin,
Landerirette, Par un général étourdi
Landeriri.
Autre chanson.
-Monsieur le roi de France»
A dit a son ami :
« J'ai fait une ordonnnne.
« Datée à Chantilly, « Afin que chacun vienne
« En diligence ici « Me
132 Mh'MOIRES DK MATllIl.l MARAIS.
ALTRt SI 11 M. l)K CiRWB.
Je suis cooii !
Disoit un mnrquis en colère ,
Je suis cocu !
Je le sais fort bien , car j'ai vu
Par une porte de derrière Sortir un prince sans lumière.
Je suis cocu !
Vendredi, 5 août. — La Tournellc travaille très-sérieusement ù raffairo des assassinats. Kllca décrété Fontenay, receveur général des linances de Flandre, beau-frère de Sandrier. Il est prisonnier. 11 a donné requête en liberté et en opinant. On a décrété la Jonchère, liier, V^ qui a été amené A la Conciergerie à cinq heures du matin, et a été interrogé sur-le champ pendant cinq ou six heures. On Ta mis, en montant, dans la chambre de la cpiestion, pour (ju'il ne vit pas d'autres prisonniers (]ui descendoient par l'escalier, et il a eu grand'peur.
Le roi sVnnuie à Versailles. Il ne parle que de Fontainebleau, où il voudroit être. L'aventure du due de Melun est passée et ne le touche point. Il n'est permis à personne de lui parler ni de sa santé, ni de son éducation. Le tout va comme il peut.
On a fait imprimer une brochure du Caractère cl mœursdu Pape, qui parolt traduite de l'italien. Il eu est parlé romme d'un grand saint et d'un grand auteur. On y a joint la lieladon (ju'il a faite lui môme, en KiSS, d'un miracle arrivé en sa faveur, lors d'un trend)l(un<;nt de terre à Bénévent, où, se trouvant accabh* sous des ruines, il fut sauvé par l'intercession de S, iMiilippc de Néri et par des images du saint qui l'entourèrent, et sortit d'une armoire dont il étoit aussi couvert. Cela parolt d'une piété très-sim[)le, pour ne pas dire [>is.
De iJiIly, gentilhomme du comte de Clermont, (pii gar- «loil la porte, cpiand il étoit avec M'"*" de Cravc, a été fait capitaine des gardes de la porte du réfjuneiil de la Calotte.
AOUT i7î>4. 133
9 aottl. — On a parlé d'une découverte faite dans l'affaire de Choiseul. Leduc, accoucheur, a tenu un registre des femmes qu'il a délivrées , et là, il a écrit qu'un tel jour, il a accouché M"'^ de Choiseul d'une fille, qu'il l'a faite baptiser à Saint- Etienne du Mont, sous le nom de Julie et sous de faux noms de père et de mère; qu'il l'a portée àMeudon, en nourrice; qu'il lui a fciit trois incisions sous le jarret, où il a mis de la poudre à canon, pour servir à la reconnaître , et qu'il a fait tout cela à la prière de M™^ de Choiseul. Ce registre s'est trouvé entre les mains de son neveu, qui l'a porté chez un notaire. On a été à Saint-Étienne du Mont; on a trouvé l'extrait de naissance de Julie. On a regardé sous le jarret : les incisions y sont. Sur cela, on crie miracle ; et moi, je dis que les registres doivent être brûlés , et qu'il n'est pas plus permis à un accoucheur d'écrire ses secrets, qu'à un confesseur la confession de son pénitent. La question est de savoir si ce registre peut être compulsé. Ce sera matière de plaidoirie. On en a cacheté les feuillets qui ne servent point à l'affaire. Il y a peut-être là deux cents filles accouchées, et autant de familles déshonorées. On excuse l'accoucheur sur ce qu'il a tenu ce registre comme un marchand pour écrire ce qu'il a reçu de ses pratiques et ce qui lui est dû, comme un marchand, ou autre ouvrier. Mais un pareil registre neseroit pas cru en justice, et on ne l'y doit jamais faire paroitre. On en veut pourtant faire un commencement de preuve par écrit. Que n'arrive-t-il point dans le monde? Il ne faut s'étonner de rien.
22 août. — Départ du roi pour Fontainebleau.
30 août. — L'abbé Margon, qui étoit à la Bastille, a été décrété et amené à la Conciergerie. Il a dit qu'après la mort de Sandrier, M. le Blanc lui avoit fait dresser un Mémoire pour mettre dans la Gazelle de Hollande ^ où on disoit que ses ennemis, qu'il désignoit par M. de Broglie et autres, lui attribuoient cette mort et à M. de Belle-