‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 5)Chapitre 41 sur 53 · I.KTTRE XWI · texte numérisé non relu

I.KTTRE XWI

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A Paris, ce 8 juillet «7.-2.

Vous attendiez l'événement, Monsieur, et il est arrivé, aussi heureux qu'on le pouvoit souhaiter. Après hien des voyages en Cour, des assemblées chez M. le premier Président et d'autres assemblées de chaque chambre dans la maison de leurs présidents, sans compter les négociations particulières et inconnues, il y eut enfin hier, le lundi 7 juillet, une députation au Roi de M. le premier Président, de quelques présidents à mortier et de quelques-uns de Messleursde la Grand Cliambre. Les démissions furent remises. Le Roi dit qu'il aimoil mieux pardonner que punir, mais qu'on n'en abusât pas ;et sur cela la cause est finie, causa finila est , et après la restitution qui doit être faite des démissions à chaque démis, la justice va reprendre son cours, et il n'en sera plus parlé que danslesMémoires futurs, anecdotes ou autres. Les Pasquier, les Bouchel, les Mathieu ont bien de quoi s'exercer.

Il seroit inutile présentement d'approfondir le fait de Louis XI, si ce n'est par curiosité; il y a plusieurs endroits dans Philippe de Commines, où il parle du Parlement, et au livre ti, qui est sur la fin de la vie de ce roi, il est dit qu'il vint brider celle cour du Parlement, non point diminuant leur nombre ni leur autorité, mais il avoit contre cœur plusieurs choses dont il la laxoit. il est vrai (pu* M. de la Vaquerie ne fut premier Président qu'en 1V81; mais vous trouverez qu'en 1V82 il y avoit quelque dilTéreiid entre le Roi et le Parlement, et (ju'il leur écrivit deux leth'es de cachet du 11 et H avril 1 V8i, l'une pour faire enregistrer les seiments de son sacre, l'autre pour avoir le double des ordonnances de Charles V touihant le IVirlfuient , les- (|uelles lettres sont dans le traité de Dupuy, De la majorité des rois, pa.::e 2!P2, in-V", et dont Mornac parle sur la loi V,

3Sr. (.ORKKSPONDANCK IISKDITK.

( . i)t Uyib. Mais ces lettres sont datées à Tours el Belleville, et le Parlement a-t-il été \X pour se démettre, et d'autre côté puisquil vinl brider cette cour, '\\ y a donc eu des contestations? Je crois comme vous que Bodin est le premier qui a parlé de la démission offerte (et non réalisée). Ce Bodin étoitungrand homme dans son temps, el qui, ayant étédéputé aux États de Blois , avoit bien étudié des questionset des faits sur les démêlés des rois et des peuples. Voyez Tarticle qu'en a fait Bayle, qui est des plus travaillés et où il y a des curiosités infinies. Vous y trouverez qu'il est l'auteur lui-même de sa traduction latine, et puisqu'il y a varié le fait, on doit présumer qu'il avoit été mieux instruit. Pour Bouchel, il n'a ni cité Bodin, ni autre, el je crois qu'il a pris cela d'ailleurs : je n'y reconnois point son style ; il y a toujours grande négligence de n'avoir dit ni le sujet deTédil ni le temps, et le silence des registresest d'ailleurs bien embarrassant, si ce n'est que le Roi ait empêché qu'on en fasse mention, et, par exemple, ce fait d'aujourd'hui pourroit bien n'y être pas mis. Pasquier explique bien le fait de 1380, et on est bien aise d'être instruit de cette façon ; mais je suis bien fâché de trouver notre L'Estoile en mensonge ; î\ propos de quoi j'apprends qu'il y en a huit années de la lacune imprimées, et pourcpioi non pas les douze? Je crains qu'on ne vous ait trompé. Je viens à Mathieu, (iui s'est servi d'une comparaison ingénieuse el qui lui a été volée par l^roche-Flavin. La critique est une merdontonne voitpas le fond, et où il y a toujours i\ pêcher, et où votre artmerveilleux s'exerce en toutes matières; j'aime bien vos réflexions sur la différence des faits et des offres verbales ou réelles, et cequ** vous me dites de irr27, où il y eut peu de fruit pour les peuples : c'e.'^t un fait très-curieux. Knlin, Monsieur, si nous avonsété dans la douleur, au moins elle a M soulagée par votre agréalde commerce. Je regrette bien les \ouveNes du Parnasse. I^'ecclésiasti(jue n'est point éloiiné de l'orai^p^ il écrit toujours.

LRTTRE XXM!^ 3S7

On a saisi hier des mandements de M. de Marseille, contre les miracles; un autre de M. de Rhodez; il s'y est trouvé quelques mandements de l'archevêque, et on a arrêté les colporteurs qui les publioient.

Lettre XXVIP.

A Paris, le 18 jHillet <752.

Je reçus hier, Monsieur, le paquet où est la lettre de l'abbé Leclerc contre le Dictionnaire de Bayle; je le remercierai de me l'avoir envoyée; mais je pèserai mes paroles, car si un mot que j'ai dit en passant : Qu'il n'est pas facile de surprendre Bayle en faute, lui a fait faire un livre de 500 pages, quelque autre mot non circonspect lui feroit faire des in-folio, et aussi si on le laisse faire, il nous en va donner de beaux par alphabet en suivant celui de Bayle , et il n'y en aura pas pour un en suivant sa méthode, qui n'est pas courte; j'y ai trouvé de bonnes choses, mais il les faut tirer de l'abime. Son style est leste, comme il le dit lui-même; il fait faire des culbutes à Bayle, des friponneries, des bêtises, et je ne le crois pas si bon que vous pensez , car ce ne peut être que méchamment qu'il me dit qu'il ne m'écrit pas ordinairement de nouvelles littéraires, mais qu'il en a une qui vient à propos, et cette nouvelle est un portrait affreux de Bayle, qui est dans les Lettres des Anglais et des François, Knfin M. l'abbé dira tout ce qu'il voudra , il notera pas à Bayle sa réputation, et je pense que, loin delà lui ùter, ses livres et ses lettres ne serviront (ju'à la confirmer davantage, parce qu'on connoUra dans l'un la vraie manière de traiter lacritique, vive, pleine de sel et d'esprit, au lieu que l'autre vous ennuie, et vous n'avez point de plaisir à apprendre ce qui seroit peut-être à apprendre. U^e ne répond-il i\ celui qui l'appelle barbouilleur de papier^ ei de quoi s'avise-t-il d'imprimer, après sept ans, une longue lettre

38S COURFSPONnANCI. l^f.l)lTK.

(jui n*étoit faite (jue pour dos amis particuliers ? Il se plaint (pie je ne lui ai pas rt^pondu ; mais il peut s'attendre qu'en Hollande et en Anirleterre Bayle aura encore des amis qui lui répondront, car pour moi je lui promets un heau silence. Je suis l'Aché que le Xouvellisle du Varnai^i^e ait cessé, il auroit là une bonne praticpu* ; il convient qu'il n'a pas lu la moitié de Bayle, et peut-être l'autre moitié lui auroit-elle plu. N'est-ce pas 1î\ un plaisant juge? Je ne crois pas que sa lettre ait autant d'éditions (pie le gros liictionnaire^ car c'est ainsi qui! ra[)pelle, et il ne prend pas i^arde que les Rc/lcxions (ju'il cite de Bayle sont sur sa première édition^ qui est bien augmentée dans la deuxième. Mais, entin, s'il corrige les tantes, j'en aimerai mieux Bayle, et ma maîtresse n'en sera ipie plus belle.

On travaille aux reniontrances (jue le Parlement va faire au Roi. Les chambres sont rentrées, on plaide, mais cela ne va que d'une aile. Le temps nous ramènera à la paix parfaite.

La place de capitaine des Gardes de M. le Duc est donnée à .M. d'.Vnlezi, qui vient d'épouser M"* de Gassion ; le ravissement a fait h\ un beau coup d'épée; il y a deux mariages; l'on dit la demoiselle à Metz.

iNous avons enfin les deux tomes du Journal de Henri IV, dont je vous rends mille grAces pour mon particulier. Je les ai ùi'ih. lus, et j'en suis enchanté, mais donnez-nous encore les quatre années «pii nous manquent.

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