I.ellrp VAL
A Pari*, c« 24 Juillet ITVi.
Vous faites, Monsieur, un portrait excellent de notre abbé. Je bii ai écrit et lui ai dit (pi'il n'y avoit que Ba\le qui lui pourroit répondre : (piil dit, p. ï\), (pi'il va pousser li'iyje fie hntine guerre^ mais qu'il n'y a point de Ixtnue
LKITHK XXMir. 380
guerre contre un morl^ et que s'il étoil vivant , il lui répondroit bien, du moins sur ses intentions, qu'il dit mauvaises; qu'il ne peut pas lui opposer ses Hélkxions, qui est un trait de sa modeslie; qu'il les a faites sur la première édition de son Dictionnaire, qu'il a aui:menté de moitié dans la deuxième, et entre autres de tous ces savants articles des philosophes anciens; je lui parle de l'article de ^e(/a, qui fut condamné à une amende honorable et au mont Saint-Michel, ce que Bayle a été chercher dans une petite lettre de à Érasme, sans quoi
nous n'en saurions rien. Mais je ne lui dis pas, 1" qun les jansénistes peuvent tirer avantage de celte condamnation et du secours que la Sorbonne lui donna pour son exil, et des oraisons funèbres qui lui furent faites après sa mort, même par un évèque; ^'^ que cet article n'est qu'un portrait secret de Jurieu, à qui Bayle en vouloit et qu'il fourroit partout. Je le fais se souvenir du distitjue de notre ami M. de Monnoye, et je lui dis qu'il me va faire aimer davantage mon ami Bayle, puis qu'il le rend plus beau en lui ôtant ses taches. Je l'exhorte à faire son alphaijet. Moreri a fait Bayle, Bayle fera M. Leclerc. Voilà bonne provision de Dictionnaires , mais l'oblectation restera toujours à Bayle, et on ne me persuadera point qu'il ait voulu faire de gros livres, chaque article de son Dictionnaire étant séparé et comme un article de la République des lettres. Je ne lui ai pas dit (ja'à la page 1(>0 il dit qu'il y a des cas où il y a du in.il à observer un serment lâche et téméraire; tou> ceux qui rétractent la signature du formulaire le prendront pour leur casuiste.
L'affairedu l*arlemeut estreplàtrée, comme vous diti^. Le mémoire que vous avez vu ne vient point de lui , il y a des propositions dangereuses et des comparaisons déplacées. Le youcelliste ecclésiastique coni'iuua toujours, et il y en a uneduGjuillet où il veut mettre lel*arleinenldans son parti et dit que ses nouvelles sont le factuin des
390 COKKKSPONDAMIK LNKDITK.
apiH^lants : un homme autorisé et écrivant avec fonction publique n'écriroit pas autrement. C'est une véritable magie et un miracle subsistant sous nos yeux.
C'est M. d'Anlezi, colonel du régiment de Nice, cousin du gendre de M. de (iassion, qui a la place de capitaine des Gardes de M. le Duc, au lieu de M. de Mirebel ; je ne le croyois pas décrété de prise de corps. On dit qu'il n'y a rien dans les informations, mais il y a une preuve littérale dans une lettre qu'il a écrite à son beau-pére. La belle esta Metz ; elle y a une tante qui est abbesse. M. d'Audiffret aura fait la dernière action de son caractère en demandant qu'on lui livre cette brebis égarée, car il a été rappelé de Lorraine, et l'on dit que la raison est que le Koi n'est point obligé d'entretenir un envoyé auprès d'un souverain qui ne réside pas dans ses Etats. Je ne sais si cela est dans Vicquefortou dans quelque autre traité De îeyato. M'"'" la duchesse de Lorraine a de son côté rappelé M. deStainville, qui se réjouissoit fort ici. Je vous remercie par avance du Jounial d Henri IV. Je me déferois du mien aisément, car tout le monde court après; le public en est enchanté, on le vend aux spectacles; il y a pourtant des choses qui ne doivent pas plaire à bien des gens, entre autres le pillage de la Hibli(jthè(jae des Jésuites et comment les gens du Koi même s'en accommodèrent, ce qui, il me semble, aété condamné, elle plaidoyerdeM. Arnaud, et le lit de justice de llenii IV, qui dit aux ErKjuètes : a Vous êtes bien jeunes pour être de mes conseillers; aussi n'ôtes-vous pas sages comme ce vieux-là. » Et les )>ons mots sur le parlement de Tours , etc. ? J'espère toujours que nous verrons le reste de la lacune , cpii viendra .se rejoindre à tout le cori)s. Je croyois que vous l'aviez. On a retranché dans (clui ci queUpics vc rs trop satiriques, mais cela en devoil être. La Table suppléera aux notes rpii ne seroient pas bien longues, car hs précéd«'ntes peuvent ••ervir pour beaucoup d'articles. Enlirj vnil;« M. (h- L^Mnih- immortalisée-, rt il h- méritoil
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bien pour sa constance d'un journal de quarante ans et d'un si beau journal. J'ai ouï parler de la Relation du sacre avec les estampes, mais je ne l'ai pas encore vue ; cela doit être dans votre bibliothèque. Une dépense si royale montre bien qu'on pense au grand. L'abbé de Citeaux plaide au Grand Conseil ; il vouloit avoir le fauteuil et le rochet à Taudience. Les autres le vouloient aussi ; pour les mettre d'accord, ils ne l'auront ni les uns ni les autres : on dit qu'ils l'ont aux États de Bourgogne.
Ilya deux relations que j'ai vues hier de Grenoble; Tune sur les contrebandiers qui ont fait le procès du premier président et de l'intendant et les ont condamnés à mort par contumacfe par un jugement qu'ils ont fait afficher à leurs portes et dans la ville : on y a couru avec des dragons; l'autre sur la cérémonie de l'entrée de M. de Sassenage au Parlement, où il a séance avant le premier président, et sur la visite qu'on lui a faite sur le seuil de sa porte. J'ai vu M. de Quinsonnas, député de ce Parlement, homme d'esprit, qui a fait jugera Compiègne que le Parlement ne donneroit point de monseigneur à M. de Sassenage en lui écrivant, qu'il lui donneroit Votre très-humble et très-ohéissanl serviteur.
M. le Nonce donne ici des permissions de lire toutes espèces de livres, hérétiques ou i\u[ves,prohibitos et damnatos; il permet aussi de lire ceux qui sont /// judicio romano. Il y a des gens qui en prennent pour lire les Nouvelles ecclésiastiques. Je lisois tout à l'heure dans le Journal de Henri IV que le Légat donnoit des provisions d'avocat, et que le Parlement les condamna. Je ne sais ce qui arrivera de ces permissions du Nonce, qui sont contre le droit des évoques et contre le droit public.
On débitoit ici des Mémoires historiques et critiques de Mézeraijy par permission tacite; ils sont supprimés. Il y avoit, dit-on, des traits avantageux à l'autorité du Parlement. Je ne les ai pas vus.
3;Ȕ (OIUUM'O.NDAX I. IMDIIK.
II y a un poî^ine de 700 vers, qui est UDe Mouvelle de ranire monde , où les damnés demandent la révision de leurs procès sur «les livres (pii leur sont tombés par un tremblement de terre.
Lettre XXIX.
\ I'ari5, vo ."> aoftt <7.'2.
Je ne dirai plus rien, Monsieur, sur l'abbé I^eclerc, sinon ce (jue disoit le cardinal de Granvelle : Que le papier se laiiise écrire, mais que ce sonl des coups de poignard. Le plus intr»'*pidelecteur ne tient pas contre un pareil écrivain, qui fouille d.ins les intentions des autres et y place lessiennes.
J'ai NU par basard ce matin l'abbé d'Olivet au Palais- Uoyal, (pii m'a dit que le retardement du Journal de Henri IV à votre égard ne vient que de votre correspondant, cpii ne vous envoie les paquets que lorsqu'ils sonl gros; mais vous aurez le Journal par un courrier. On est persuadé à Paris que le manuscrit a été tronqué ; il est vrai qu'il y «m a pour les deux partis, mais il y en a plus pour l'un cpie poui* l'.iutre, et le pillage de la Bibliotbèque, dont MM. les gens du Roi s'accommodèrent, peut bien avoir éli tiré du l*. Jouvcncy : la fidélité devroit èlre entière sur ces pièces.
Le (irand (^)nseil a clianf;é d'avis, et donne le fauteuil à l'abbé de Clteaux, et non à ses lilles. Pour le rocliel, |)oinl du tout. I^a cause va être incessamment plaidée, et j*ai vu le mémoire de l'abbè de CJairvaux. Qui est-ce qui va se charger la tôle de toutes ces moineries, à moins d*en ^Ire juge ou défenseur?
\Ai déjnité de Grenoble, (pii s'appelle M. d(; Uuiiisonas, est retourné en son pays pour faire exécuter la décision du 0)nsj;il et la réc«;ption de M. de SasMmnge, ce (pii a été fait. Celte décision n'a été que verbale; je lui ferai èrrir*' |K)ur rpi'il vi-nille bien me la donner, et je ne crois
LKTTRK XXIX'. 393
pas qu'il me refuse. M. de Sassenage a assez d'affaires en ce pays-là, et je crois que M. le prcMiiier président aime mieux le voira la tète des dragons contre les contrebandiers que de les commander lui-même.
M. le Nonce fait aujourd'hui son entrée : on dit que les sifflets sont préparés, mais je crois qu'on en fera peu d'usage : je voudrois qu'en signe de joie il distril)Ui\t au peuple des permissions pour lire les Nouvelles ecclésiastiques : je vous enverrois une copie de ces permissions, que quelques-uns disent n'être pas nouvelles. Le Parlement le sait, et on laisse faire tout à son aise. Je ne sais pas trop pourquoi FAdonis du cavalier Marin est e.vcepté de la permission et associé à Du Moulin et à Machiavel.
Hier, les remontrances furent lues, les chambres assemblées, et trouvées bonnes; il y est parlé légèrement des démissions. M. les gens du Uoi doivent aller prendre le jour et le lieu. En parcourant les livres au sujet de nos mouvements, j'ai trouvé que les fameuses remontraiices de lGt5 parlent du fait de la Vacquerie, sans dire ni les offres de charges, ni celles de la tèle ; et comme on étoit plus proche du temps, on devoit mieux le savoir.
Le livre attribué à Méztray est en deux petits vohnnes, qui paraissent inq)rimés à Amsterdam, chez Bernard. II est précédé d'un grand discours préliminaire assez vivement écrit, où on ôte avec raison à Mézeray Vllisloirede la mère el du fils; mais on lui veut donner ce livrc-ci, (|ui n'est qu'une mauvaise rapsodie al[)hai)étiqutî et [)illée partout. Par exemple, ce qui est dit des avocats esl ((nil pris dans le Dialofjue de Loysel, et on n'y a pas oublié notre ami S[)ifame avec sa robe rouge. 11 y a bcaucouj» d'articles de droit canon, sur lequel je crois (pic .Mézeray n'était [)as bien s;ivant, et on a inséré, à la letlrr I*, un article du Pailemenlde P.iris, où on a fourré un Mnnoirv touchani rorifjineet l'aulnrilc du Parlement de France appelé Judicium IWanvorum, que l'on convient n'être pas de .Mézeray ; mais à l'occasion de nos dei nicrs troubles on a
394 COKKKSPONDAXIK INKDllE.
fait imprimer ce Mémoire àpart, en 8 pages in-V**, et cela poiiiToitbien avoir fait supprimer lesMcmoIres prétendus deMézeray,qui se vendoientpubli(]uenientavecle Jour/m/ (le Henri IV. OvccJudiciumFrancoruin est pillé en partie des Remnntranrfs de 1(>15 et autres lieux connus, et les appelants l'ont fait désavouer dans la dernière Nouvelle ecrléi^iastique du 12 juillet. Car cette (îazelfr est plus vive que jamais, et Thistoire dernière du Parlement y est au long, et sera bien curieuse pour la postérité.
J'ai vu la longue lettre pastorale de M. d'Auxerre, et j'y ai remarqué la bévue de M. de Sens, qui n'a pas su que Tévèque de Digne, qu'il regarde comme un petit évéque in partibuSy a depuis été le fameux cardinal de Janson. Pour le fond de l'affaire, il me semble qu'on plaide plus pour le catéchisme changé que sur l'amour de Dieu applicable formellement à chaque action, et même virtuellement ; mais toucher à un catéchisme ancien , c'est remuer les pénates et attirer sur soi le courroux du ciel.
M. F^ollin vient de donner son V volume sur V Histoire ancienne ; c'est toujours la même façon d'écrire, la mémegrAce, les mêmes réflexions, un peu trop longues; mais elles sont faites pour les petits garçons et pour les |>etites filles, qu'il veut instruire, car dans sa /^/vfare il joint les deux sexes; il y a une dissertation sur Socrate, qui est très-aimable à lire, et la réflexion de la page V28, qui va jusqu';\ instruire les valets du bourreau de ce qu'ils doivent faire quand il leur tombe des fjenxfle bien enira les mains, à l'exemple de celui qui donna la ciLrur* ;\ Socrate. ne vous échappera pas. Voilà un Ixm homme, cela !
Je vous félicite d'avoir le beau livre des estampes et de la gravure du Sarre. Si Ton avoit mis pour les graveurs Pargent qu'il en a coiUé pour les liguristes des allégories, on serait plus content. J«* l'ai bim ♦•vaminé de de près, et le» ressemblances mantpu'ut; mais voilà un l>ean et grand monum<'nt. J'espèn* que la Lroiitt<", <jui
VOUS laisse dicter de si belles lettres , vous les laissera bientôt écrire, et je vous embrasse, toujours, Monsieur, très-tendrement.
Lettre XXX'.
A Paris, ce II août 1732.
Je suis si aise , Monsieur, de revoir votre main, que je vous réponds sur-le-champ et sur le premier papier qui tombe sous la mienne. Je retiendrai bien ce que vous me dites sur le Journal ; le titre est faux. L'Estoile découvert depuis quatre-vingts ans , c'est comme si les voyageurs qui vont aux Indes en faisoient une nouvelle découverte. L'ami D. n'a pas ici grande réputation sur les manuscrits, et celui du Banquet de Platon ^ qu'il a tiré de M. Racine, puis négocié, ne lui fait point honneur. Ceci entre nous.
Le Nonce a fait son entrée le dimanche 3 août : il n'y a rien eu de magnifique ; mais le lundi i, à sept heuresdu matin, il y a eu un arrêt du Parlement qui a supprimé ses permissions et fait défenses d'en obtenir, comme contraires aux droits des ordinaires et aux maximes et usages du royaume. Il est vrai qu'il ne permettoit pas spécialement la lecture des \ouvelles ecclésiastiques; mais comme il permettoit de lire tous les livres quoquo modo damnalits, à l'exception de trois seulement, sa permission renlVrmoit nécessairement les Nouvelles. Au, reste ce Nonce est entreprenant; il a demandé s'il n'y avoit pas de poutences pour le Parlement; il ressemble fort au Nonce Scoti, qui eut cette conférence avec M. de Chavigny qui est rapportée au chap. 7 Des libertés^ n" SV, et ce n'est point là notre M. Passionei, qui est à Vienne et que nous aimions tant.
Je ne sais pouicpioi ils ont accord*' le fauteuil à l'abbe de Citeaux au (irand-(V>iis<'il ; ils \r donnant à l'ablK' dr (iraminont.
396 i:oiUU.SI'U.M)A>C.K IM.DIIK
J\iurai la dc^cision do M. de Sussenage, de liienoble, t»i on la peut avoir.
Le Mézeray li élé eoiulaiiiiR' par le Parlement de Uoueii à ùive hrùlé, à cauj^e du Judicium fVa/iro/Mm, qui y est instîré ; tout eela est mauvais. C'est peut-ôlre quelque reeueil de Mézeray où il faisoil des notes en composant. J'en ai vu un pareil de Bayle, qu'il appeloit son Indice^ et il seroil ridieule de Timprimer.
A propos de Bayle, j'ai écrit à 1 abl)é Leclere ; il m'a répondu et paroit coniirmé dans son dessein de critique alphahélicpie sans penser qu'il va faire lire un livre (pi'il veut condamner, [)uisqu'il faudra conférer la censure, et alors adieu le censeur 1 Le Journal de Trévoux parle de sa L^'Z/rern/i^t/c, et est étonné (ju'il l'ait datée de La Haye ; ce que j'aime mieux de ce dernier journal, c'est qu'il parle (\es jjinlafles dont on mangea présent en France), et qui ont le goût un peu au-dessus du faisan cjuand elles sont un peu fortes, et au-dessus du perdreau quand elles sont toutes jeunes. Je ne suis pas en peine si ce sont les anciennes poules numidicjues ; en tous castes missionnaires de l'Amérique ont bien fait d'en faire la découverte. V«nis ne vous attendiez pas à celte reiiianjue ^oui'mande.
On s'airaciie le V tome de M. Kollin ; ce (pril a dit sur Sfjcrale plaît beaucoup. Avez- vous lu \ç. Uanqucl de Platon traduit! M. Kacine sa voit plus de grec que M"" de Fontevrault, et ilavoit,ce semble, plus de galanterie.
J'ai MI le Prospectus i\v. V lixpositio juris cunonici per retjulan^ par M. (iilbeit. (>i*la m'a paiii merveilleux, et j'ai élé bien aiî»e de voir à la lin (jue ce livre vous .sera dédié, ne pouvant paroltre sous un plus beau nom. Le dessein de M. d'Hérieourt est autre cliosc? , et ne nuira point ii celui ci. Voilà un esprit bien net, bien ré^lé , bien ami de l'ordre, bi(;n savant que ce M. r.ilberl, et on dit avec cela qu'il est lrès-sim[de.
M. de Fresne, deuxième lils de M. le Cbancelier, épouse
LETTRK XXXr. 397
M"' dAli^re. Il y a là des chanceliers et des sardes des sceaux.
M"" de Brun est toujours ici ; M"* sa fille est en lieu triste et n'est plus en la possession de M. de Ta vannes. Il y auia apparemment quelque appel à votre Parlement de la procédure extraordinaire. Je Irouve que cette dépossession fait beaucoup, et d'autant plus qu'elle s'est faite en l'absence. Af^e Brun devroit bien s'apaiser. Je quitte ma lettre pour la poste, qui me presse, et vous renouvelle toujours mes respects et tendre amitié.
Lptire XWI".
A Paris, le 15 aoAt <7."Î2.
Nous n'avons pas encore, Monsieur, la réponse aux remontrances. Il y a eu des assemblées au Parlement, et le tout est remis au mardi 19, où on s'assemblera encore. Dansées assemblées il a été question d'une thèse soutenue en Sorbonne, où il a été parlé de la Constitution sans les modifications de l'arrêt du 15 lévrier 17li. Le syndic de la Faculté est venu au parquet; il a été mandé en la cour, et a fait sa déclaration qu'il adhéroit à ces modifications, qu'il n'a pas appelées ainsi, mais de sages précautions et que la Faculté regardoit comme injusics cl notoirement nulles les sentences dont l'autorité ecclésiastiijuc voudroit se servir pour donner atteinte à l'obéissance des sujets à leur souverain. Il a dit aussi que la faculté était attachée inviotablemenl aux maximes du roijaume et aux libertés de l'/jjlise (j(dlicane, etc. Sur cela il y a eu un arrêté : qu'il lui sera donné acte de sa déclaration, et «ju'il sera chargé de veiller plus que jamais à ce quil ne soit soutenu pareille thèse à ravenir dans la faculté de théologie (ce qui n'étoil pas dans les conclusions de .M. (iilbcrli, et î\ ce qu'il ne s'y passe rien qui puisse donner atteinte, directement ni indirectement, .iu\ uiaximes et usages du
3y8 COUKISPONDVNCK LNKniTK.
royaume et notainmeiil aux dispositions de rarrèl du lô février 171 i. Tout aussitôt le syndic et les gens du Roi mandés, l'arrêté a été fait entendre au syndic en présence des gens du Roi. Voilà ce qui s'est fait à cet égard; l'arrêté est imprimé ; on trouve qu'il est trop doux et qu'il eût fallu supprimer la thèse, mais elle étoit soutenue. Messieurs des requêtes se plaignent aussi de ce que cet arrêté s'est fait sans eux, quoique la dénonciation eut été faite avec eux et dans une assemblée des chambres : on se sauve par les exemples de la légende et autres; mais après ce qui s'est passé dans la division des démissions, il y auroit, dit-on, dû avoir plus d'union.
11 s'est fait encore une autre opération : Le Mémoire sur l'autorité et origine du Parlement de France appelé Judicium Francorum a été condamné au feu ; l'arrêta été exécuté sur-le-champ. Il se trouve inséré dans les Mémoires de Mézeray^^ t. Il, p. 11 V, et on l'avoit imprimé à part. C'est un mauvais ouvrai:e, composé de fragments pris dans le petit Traité du Parlement de Paris qui est à la fin De la majorité des rois de Dupuy, les remontrances de IGlôet les3/emoiVe.sdcJoly, auxquels l'auteur a ajouté tout ce qui lui a passé par l'esprit pour le Parlement et contre le Conseil. Le Parlement de Rouen l'avoit déjà condamné au feu par un arrêt précédent : il y a des gens qui disent que ce mémoire a déjà paru en 1652, ce qui n'est pas vrai ; car il y est parlé du testament de Louis \IV et des renonciations des princes à la couronne d'Kspagne enregistrées au Parlement. Ne sunl-ce pas là d'habiles critiques?
M. le premier Président est malade, il a une grosse lièvre ; il a été saigné du bras et du pied : dans l'embarras où il est toujours entre la Cour et sa compagnie, son sang s'est échauffé, et il le seroit î'u moins. Henri IV disoit en pareil cas : « On lui a tiré du .sang, lui a-t-on tiré sa gloire? )» mais ce mot- là ne seroit pas de c<; temps-ci.
Lft Roi va à Marly pour quelque temps. M. le cardinal de Polignar esbdu voyage.
Il y a eu grand démêlé entre M. le Garde des sceaux et Tabbé de Pomponne, dont on rapporte les termes différemment. Cela ne se peut écrire, et sera bientôt apaisé apparemment.
On voit une Lettre du cardinal de Richelieu, écrite à son neveu le duc de Richelieu, qui est une mauvaise satire, comme on en voit dans les temps de trouble. Je ne crois pas que Fauteur se nomme, non plus que celui de la MUHade, qui se fit contre ce cardinal. Ceux qui se servent de son nom devroient bien se souvenir de ce qui a été l'ait contre lui.
On attribue à Tabbé de Grécourt une chanson de 57 couplets, qui est une prédiction d'une bohémienne à une lille de trois ans. Il y en a de fort jolis, et cela est d'un petit libertinage que je trouve trop fin pour l'abbé. Il a été ici : il a fait des fables pour qui en a voulu, et s'en est retourné au pays de Rabelais; il est bien là.
On a commencé de plaider hier au Grand-Conseil l'affaire de Citeaux. M. l'abbé y étoit en fauteuil et en rocket. Les mémoires de l'abbé de Cl air vaux sont assez bien faits. Je n'ai pas vu ceux de Citeaux.
Les Nouvelles ecclésiastiques marchent toujours. On dit qu'il y en a une du 18 juillet, qui est l)ien faite, sur les démissions, et qui touche beaucoup. J'en ai perdu la route et ne sais ce qu'est devenu mon homme.
Avez-vous ouï parler d'une letlre que le V. Daubenton écrivitde Rome à Avignon, aumoisdeseplem])rel713,au moment que la Constitution venoit d'être rendue? J'en ai une copie. Je ne vois pas que Y Histoire de la Constitution ni les Anecdotes en parlent. Ce ne peut être une fiction.
400 CORRESPONDA^'CR INh'.DITr.
Lettre XWII'.
A Paris, cciftaoûl 4752.
J'ai rorii et je vous remercie, Monsieur, de rexemplairc (lu Journal d' Henri /F, (lue je lis tous les jours. C'est un double présent que vous m'avez fait. J'ai envoyé l'autre exemplaire au bon M. de Valbubert, (jui ne travaille point à Fédilion des Lettres de Baijle (ju'il a voit promise. l*our AI. l^esmaizeaux, il seroit difliciledc lui en faire tenir un, et en vérité, de la manière dont il en use avec vous, il ne le mérite pas. S'il se trouve (piel(jue occasion pour l'Ani:leterre, je vous en donnerai avis.
H faut avoir le Banquet de Platon, la traduction de Racine est excellente. L'abbé D. est un bomme singulier : il se pare bien de vos remanpies, qui font vendre ses livres. Il a traduit quebpies oraisons de Démostbène, mais sait-il le grec? Un de mes amis, grand grec, vient de me faire remanpier que M. K(»llin 'p. TV de son tome IV) n'a pas bien traduit le mot de Socrate, (jui fut dit dans une grande occasion et qui marcjuoit qu'il ne falloit pas être sage avec un peuple insensé. Du reste, il est très-conlent de ce livrr; et comme il «'st iirand socrati(jue, il trouve; que M. Kollin a très-bien représenté les scntiinculs de ce philosophe.
Ce M. lîi'unet que vous ne coimoissez pas est un homme dont le mérite s'est décoiix ei I depuis [)eu, et (pii u donné tpH'bpies dissjMlations dans la noiixcllr •'•(lilicin des Libertés de l'Kfjlise (jaUieane^ une; sur le Libellas liertrandi cardinalisy adrersus mafjistrani de i^utjneriis, (pii est un traité tout à fait lestitué ad fidein duorum Mss Colherlinorum : il a bien dit des clioses de (^luriièies, mais il n'a pas cité les opUMules de Loysel, p. tî')!), (pu lui <ii auroil bien appris d'auties, et il n'a pas osé citer aussi Habilais m les Jeux de Du Dellav. Il v a une autre disser-
LEITRK XXXir. 40i
tatiôQ sur le songe du Vergier, où il y a des clioses curieuses.'Mais ce monsieur-là est ])ien clilticile de ne vouloir point ajouter la vôtre sur le congrès: il la faut retirer, ils n'en sont pas dignes, et no^ uuusainis les libraires de Genève seront bien aises de l'avoir. Croit-il donc fjue le Parlement veuille étendre ses règlements aux autres cours? Ce seroit cette lois-là qu'ils ne seroient que seasabsliUils, comme dit le Judicium Fnnicorumj que Ton vient aussi de brûler ici par arrêt du i'-) août, sur les conclusions de M. Gilbert, (]ui commence par dire : (( Nous avons vu avec douleur la licence de quelques écrits porter depuis peu ses atteintes jusqu'à l'autorité royale, mais aucun jusqu'à présent, etc. » Je ne sais de quels écrils il veut parler : il y a là (juebpie malice.
Je ferai encore dire à M. Gilbert, par un de fes amis qui le voit tous les jours, la plainte de son imprimeur. Si la copie est peu correcte cela fera grand tort à son ouvrage, qui proprement n'e!^t (pi'une correction.
Je n'ai point Tarrèt de Uouen sur le JudiciuiHy il nous viendra peut être : ce sont eux qui ont commencé; mais avez-vous recules remontrances de 1615, où il y a à peu près les mêmes principes, et le traité de Loudun qui révoqua l'arrêt du Conseil rendu contre celui du I*arlement?
M. le premier Président est fort mal ; il a été saigné une fois du bras et trois fois du pied, parce que sa fièvre montoit à la tête ; elle le prit en sortant de l'asseudilée où o.i lui reprocha l'arrêté fait [)ar la Grand'Cliambre sui* la thèse : il est mieux. On verra après-demain s'il y a une réponse aux remontrances. Cette maladie pourra servir de prétexte à l'éloigner. Les gens du Koi ont été mandés ces fêtes à la (^our, et ont parlé à M. h- Cardinal : on n«' s;nt pourquoi. C'est iM. Pelletier cpii siège a la place de M. le premier Président.
M. l'abbé Leclerc a en vvrilé bien de la banlé (Têtre content de (•<• (pic j<.' lui ;ii écrit; j<* l'aim»' de celte hur. IV. 20
402 r.OKKKSPONDANCK IMî:niTI\
inoiir, mais je crains tju il ne diso lîaiis (jiiel(|iu' [)rérace <|iH'je Tai twliork^ ;\ ces in-folio (ju'il \a faire.
Il est \rai (jue \e Journal de Trévoux e^l pitoyable et écrit par quelque mauvais rhétoricieii ; une pintade en plume vaut mieux (pie tout ee pjipier. Je ne connois point d'arrêt sur les dix ans à l'éiiard de l'Église; mais pourquoi cela n'auroit-il |)as lieu? I^'ordonnance sur ces dix ans est bien générale et comprend tous les Ktats. Je vous en dirai davantage an premier jour.
Lettre XWIir.
A Paris, ce 22 aofll MM.
Les remontrances, Monsieur, ont attiré une réponse à lacpielleon ne s'altendoit pas. Le Koi adit, par la bouche de M. le chancelier, sur le retour des exilés, qu'une suite de faits personnels et des considérations importantes empêchoient S. M. d'accorder ce retour, et, sur le surplus, (pi'il étoit de sa sagesse de prévenir certains maux ; pounpioi le Koi avoit donné une déclaration ([u'il entendoit être registrée purement et simplement, et que par li\ on connoltroit la iid«''lilé du l*arlement. Voil;\, comme vous voyez, une sorte d'interlocution.
Cette déclaration a été apportée par les gens du Hoi le mercredi 20 août, toutes les Chambres assemblées; et après l'avoir lue, il a été arrêté presque tout d'une voix qu'il sera fait d'itératives remontrances sur le retour des exilés, dans lestpielles on supplicia le Hoi de retirei* sa déclaration, et cjue juscpiïi la réponse du roi leseharnbres demeureront asMMnblées.
Celle déclaration contient six articles.
1* l^esédils, ordonnances, déclarations, lettres pal<'ntes enregistrés en présence du Hoi seront exécutés sans pouvoir faire de remontrances.
'2" Dans le ras de remontrances, le Hoi fera savoir sa vo-
LETTRE XXXIII'. 40n
lonté, et après la réponse défenses d'en faire d'itératives sans sa permission.
3° Les réquisitoires des gens du Roi, ou verbaux ou par écrit, soit pour être reçus appelants comme d'abus, soit pour réprimer les entreprises contre l'autorité royale et les libertés de l'Église gallicane, ne seront portés qu'à la Grand'Chambre.
k" Nulle délibération ne sera faite au sujet des matières contenuesau précédent article qu'après la réquisition des gens du roi, sauf aux officiers du parlement, s'ils ont quelque chose à proposer, d'en informer préalablement le premier président, qui en rendra compte à la compagnie.
5" Défenses aux conseillers des enquêtes et requêtes de s'assembler pour délibérer ailleurs que dans la Grand'- Chambre, à peine, contre ceux qui seront nommés députés, de désobéissance et d'encourir l'indignation du Roi.
6° Enjoint aux Chambres de ne pas cesser le service sans permission, et en quelque cas que ce soit, sous peine de désobéissance, d'indignation et perte d'office.
C'est cette déclaration que le Roi est supplié de retirer, et la Grand'Chambre, quoique avantagée par ces articles, a été de même avis que les enquêtes et requêtes. M. le premier Président, (jui est malade, n'étoit pas h\ pour réclamer son préciput. Il est beaucoup mieux : on a chante'' hier un Te IJeuni à la Sainte-Chapelle pour sa convalescence, et on a tiré beaucoup de boites.
On attend la réponse sur les itératives remontrances; cependant les affaires sont cessées, et ce sont toujours de nouveaux maux.
Il se répand un certain écrit sur les pavots rouges, (jui endorment grands et petits, et sur la manière d'y renïédier; mais toutes ces allégoric-s ne sont bonnes quW grossir les recueils satiriques, et encore nous les (Me-t-on (juand, après des siècles, les recueils paioissent.
Voltaire fait jouer une tragédie qu'il a placée dans le
•Jf,.
•104 CORRKSPONnANCK INKDITK.
lempstles croisades, où lesMalioinétans sont i^alants, iloiix, ne veulent (ju'une leinine, où les clirt'lionssoiil acteurs, où la vraie croix est sur le théâtre; entiu , ou dit (jue pour éviter le rej)rorhe de ne s'arrêter qu'aux vers dans ses pièces, il a voulu une t'ois en sa vie t ras ailler j\ la conduite; mais qu'il a rate la conduite et (|ne les vers ne valent rien. Tous les grands seigneurs de France qui sont no'.nmés dans cette pièce et qui en sont les comédiens sont admir/'s par ceux (|ui s'en croient les descendants.
relire \\XIV\
A Pari», ce 28 aonl 1732.
ï.e principal objet qui nous occupe à présent est celui des remontrances «'t de la déclaration du Koi. Vous avez dit des premiers ce qu'on en doit justement penser. Ce n'est pas 1;\ l'ancien sénat : il faut y diviser les faits; on dit (|ue ce n'est pas l'usage de les expliquer plus au long et que cela est plus respectueux ; mais hlesse-t-on le respect (piand on dit clairement et avec précision ce ((ue l'on demande, et quand on distingue les différents chefs sur lestjuels on veut remontrer par articles et par dates? Vous trouverez ci-joint le discours de M. le chancelier, qui est clair. On a déj{\ retourné deux ou trois fois sans rien obtenir, et enfin je viens d'ap|)rendre que les gens du Koi ayant encore retourné j\ Marly ce matin 28, ils ont trouvé à moitié chemin un exempt des Gardes du corps qui leur adonné un pacpiet dont ils doivent parler drMM lin. Je crains bien i\\\(t tout cela ne retombe dans les ohsctiueiih'ores npvrns des soldats de César, et j'admire toujours que sur toutes les matières vous ayez des autorités .si justes et sipromples ; car qui auroit jamais dit (pie O.sar eût parlé des remontrances du Parlement, ni Ferdinand le Catholique des permissions du Nonce et de ses poulenrenf Mais tout cela est arrangé dans votre tète, et
LETTRt XX\l\'. 40Ô
les événements de tous les siècles vous sont aussi présents que ceu\ du nôtre.
Le Te Deum de la Siinte-Chapelle n'a été chanté (jue par le zèle des gens de M. premier Président. Cependant la Cour des comptes s'en plaint, et dit qu'on n'y en doit jamaischanterquepourle Roi. Est-il possible qu'on ignore de tels usages?
Je n'entends rien à la mutinerie de vos avocats, qui prétendent changer un ordre anciennement établi. Apparemment le temps les fera revenir à une pensée meilleure. Il est vrai, comme on vous l'a mandé, que l'affaire de M. de Clteaux a cessé au Grand-Conseil, par l'absence de nos confrères. L'aljbé de Clairvaux s'en est même retourné, et je viens d'apprendre que ce matin, au (irand-Conseil, un abbé Le Roy (frère de MM. Le Roy, avocats) s'est présenté pour plaider lui-même une cause où il a intérêt, et qu'il a demandé défaut ; mais le Conseil ne lui a pas voulu accorder, et la cause a été remise à huitaine Puis, comme il s'en alloit, M. le premier Président l'a rappelé, et lui a dit : Vous n'avez qu'à vous en prendre à voire famille, voulant ainsi désigner ses frères, à rjui il a attribué l'absence du barreau. Mais cette plaisanterie a été suivie, un moment a[)rès, d'une défaillance de M. le premiei' Président, qui s'est trouv<'î mal et qui a été obligé de quitter sa place : on l'a saigné chez lui. 11 a pris de l'émétique, et il est bien mieux. Ce n'éloit qu'une indigestion de melon.
Quelle moisson abondante ne m'avez-vous point donnée sur M. Rollin? Il aimeroit bien à être critupu' p;ir ceux qui finiroient leur censui'e en disant tjtCU veut rendre tous les honnêtes gens savants et tons les savants luninétes gens. Voilà le plus grand éloge (pi' il puisse jamais recevoir. Je suis persuadé que le mot Fi'a d'autre sens que celui que vous lui d()nn<'Z, et il ne se. peut sauver qu'en (lisant qu'il n'est point traducteur; mais pounpioi a-t-il cité 1<î grec au b.is de la page? i>. cpii m'étonne, c'est (ju'étant ami du jeune M. Boivin el
40S (.0!\F\KSP0-M)AM:K INFlDITK.
nreiianl des cahiei\< de théoloj;ie enseml)le tn Sorhoniiê, ils écrivoient la dictée en grec au Heu du lalm, et ne imrloient que cette lau-ne entre eux. Ce lait est certain parmi ses amis. Mais croyez-vous hien (jue Socrale n'eût point opiné dans l'aifaire eu question? Il ost vrai qu'il n'a point donné sa voix dans l'assemblée du peuple, mais il Tavoit donnée dans i\issemblée des Cinq-Cents, à ce qu^il me semble. Quoi qu^ilen soit, M. Ii..lliu a toujours tort, dans sa propre idée, dt n'avoir pas appliqué le mot de Socrale à la personne du juge, puiscjuil s'agissoit de jugement, et c'est une faute contre le sens et non contre la traduction. Le pauvre de Serres ne crovait passe trouver là ; mais votre critique ne laisse rien, et jVmi reviens toujours à celte lin gracieuse qui fait qneVauteur seroit fàcbé de n'avoir pas manqué, pour être repris si tendrement et de si bonne amitié.
Le Banquet servi par votre ami n'aura pas manqué de vous plaire ; mais Socrate n'a pas si bien parlé dans la boucbede labbesse, et l'ironie paroit ici en quelcpie defaut, qui est même un peu sopbisti(iue. Je saurai de M \niossv s'il sait quehiue chose de ce larcin, que vous nommez si honorablement le vol de Prométhée, et à qui vous accordez avec miséricorde une al)Solution lacédémonienne; je vous trouve en vérité un peu trop débonnaire sur ce chapitre. Le fait du Bmiqurt pillé est pul)lic, et qu'avoità faire là M. de (;rave, qui est bien étonné de se voir dans une épllre dédicatoire?
Voltaire a relouché sa pièce, et on s'y étouffe : on pleure et on rit aux mt-mes endroits; il croit avoir trouvé la purgation d'.Vristote ; il manie la religion chrétienne et la niahométanc à son gré, hii (pii n'en connolt aucune; et dan.s le temps qu'il veut passer pourauteur d uikî pièce Hainic, pour opposer à Mhalii', on voit de bn une epitic a madame de Kontaine-.Martel, où il bii <lit ; Vous .i\e/. .111 lifMi df vijjiU***,
LKlTKi: \X\V'. 107
Des vers aimables et faciles,
Au lieu des fatras inutiles
De Quesnelet deLetourneur ;
Voltaire au lieu de directeur:
Et, pour mieux chasser une angoisse,
Oui jamais ne retournera.
Vous avez loge à l'Opéra,
Au lieu de banc a la paroisse.
Je vous garde pour la bonne bouche le mariage qui va se faire de M. deLamoignon le jeune, président à mortier, avecM"^ Bernard, fille du maîtredes requêtes et petite-fille de M. Bernard ; Tentrevue est faite, les conditions accordées, et voilà le deuxième président à mortier dans cette famille.
Lettre XXXV .
A Taris, ce 4 septembre 17"2,
L'affaire a fini. Monsieur, par un lit de justice tenu à Versailles, le mercredi 3 septembre, à dix heures du matin, où tout le Parlement s'est rendu en corps et en robes rouges. La veille il yavoit un arrêté par lequel M. Le l*elletier en Tabsence du premier président; éloit chargé dedemandercoinmunication des matières préparées pour le lit de justice, comme l'ont fait et permis les Bois prédécesseurs de S. M., et où il étoit (jueslion de la déclaration du 18 août. M. Le I*elletier représenteroit qu'il étoit impossible de la recevoir, parce qu'elle étoit contraire aux maximes du royaume et à l'autorité du Boi , et que cependant la compagnie resteruit assemblée même aprrs le lit de justice, suivant l'arrêté du 20 août. M. le Président n'a pas manqué de faire ces représentations, qui nont de rien servi au lit de justice ; il y a eu de beaux discours, et principalement ceux de M. Gilbert, «|ui ont été fort louchants. La tin de tout cela a été (jue la déclaration contre le l'arlement a été publiée et enregistrée, et la Icc-
4rh (:(^i\i\FSP()NnA%(:i: im diti.
tiire écrite et mise sur le ehainp pai- le iireHier de la (loiir. On y a aussi publié une iléchiruùou pour la proroiiatioii (les (piatre sous pour livre et autres droits (mentionnés aux lettres patentes et arrêt du Conseil du 12 juillet 172(i et enreiristrées V le 17 du mois de juillet au Parlement), si ce n'est qu'on a diminué quelques droits sur la justice; sur quoi M. Cilheit n'a pas manqué d'observer que si S. M. avoit vtuilu écouter leurs remontrances dans les temps, il nauroit pas été besoin de proroger ces droits, et que l'état des affaires seroit meilleur. M. le Chancelier a pris les avis, tout s'est passé fort décemment. Quand tout a été jini , le Uoi a dit du haut de son trône : Je voi/s ordonne (l'cjréculer tou( ce qui vient (rèlre fait^ et surtout de rendre la justice à mes sujets, dont mon honneur et ma conscience s(mt chargés ; je vous l'ordonne de ma propre bouche. Après (pioi la séance s'est levée, et chacun est revenu fort tiiste : voilà; Monsieur, un irrand événement; lelVirlement étoil 1;\ comme au palais : il y a eu des députés pour aller au-devant du Koi. C'étoit M. lN»lletier (pii ordonnoit d'ouvrir et fermer les portes, et il y avoit jusfpi'à la buvette du Palais et des chaises de commodité. M. le Cardinal étoit dans une petite loge un peu élevée avec l'abbé de Cosnac, qui est c\ présent maître de l'Oratoire.
11 y a une petite feuille in-V" imprimée et qui a pour titre : Observations sur la déclaration du 18 août IT.'Pi envoyée au Parlement pour y ètn^ enregistrée. Cela mérite d'être g-ardé. On ne croyoit pas qu'un lit de justice piUétre tenu ailleurs (pi'au parlement de Paris et dans le Palai*i, //* ItKo majorum : \nii\s v(t\',i n'a point iH<; relevé, et on a parlé d un lit de justice tenu à Vrndôrne en 1 Vr»H pour le procès du duc d'Alencon : j'ai cherché cela dans hu Tillet ' p. 07 lUtsdrands ojjirivrs de France , où
(I) L» cUiiM» (rtoil : •• h( MTa ledit Heigneur H<>i Irrsliiimlilrinrnt supplir dr Vouloir hi<-n ViuXagrx mmi fH>ii|i|f» (Jeftditd droits lorM|iii' IVlat tic hov nlTairc* pourra Ir |»^rmHlrf *
LKTJRE XXXV. 400
est l'assiette du Parlement, et puis dans Dupuy [ p. VI 5 des traités eoncernant Tliistoire de France^ KiôV, où est le procès de ce prince), où on voit qu'il y avoit eu une translation d'abord du Parlement à Montargis, puis une autre translation à Vendôme, à cause de la peste, et le lit de justice ne fut tenu qu'après le jugement et pour la publication de l'arrêt. Ce n'est point là un exemple à eiler; cependant cela a passé pour bon parmi plusieurs, qui ne se donnent pas la peine de lire. Ce qui l'ut fait à Kouen en 1503 fut bien contesté alors, mais encore ou n'y lit pas venir le Parlement de l-aris. Le feu roi disoit toujours j'/ra/, et il y venoit. Le lit de justice du Louvre en 1718 a été tenu en minorité, mais c'étoit dans la capitale, où le Parlement réside. Quoi qu'il en soit, ce dernier exemple de Versailles est bien grand, et sera opposé en tout temps et en pareilles occasions.
Au moment que je vous écris, les Chambres sont assemblées en conséquence de l'arrêté du *2() août et de celui du 2 septembre, qui n'a point élé annulé an lit de Justice; avant la tin de ma lettre je vous en dirai le succès.
Les Anglais, dans un de leurs papiers publics (r/ï//y.smfl/<) du 22 juillet, ont fait un grand éloge du Parb'rneut de Paris, où il y a une histoire ahrvgêedc la (oustiludon qui est assez bien faite, et de toutes les oppositions du IMrlement jusqu'à ce jour; et dans ce même papier se trouxcut les titres de plusieurs livres entre les(iuels est une histoire complète des intrigues des prêtres et des nonnes, où il est pailc du P. (iirard, de l'abbé Desrues, (jui dirigeoil i'Mi petites tilles, et cela est dans le litre du livre.
L'usage des avocats du Parlement de l*aris est que celui (jui ne plaide |)oiut (*st assis, et ils sont assis tous deux pendant les concliisionsdes gens du Uoi. Celui cpii ne plaide point éciit ordinairement ce (jue l'autre dit, et il n(.' le peut faire sans être assis. Il se lève de temps en temps pour mieuxécouter, et il se rasseoit quand il lui plaît Cela
410 (.C)KKKSPOM)A>( I. IM DlIK.
n'ariivf qu'aux srraiules causes du rùle ; dans les autres causes, Tusiitre n'est pas de s'asseoir.
J'ai parlé i\ M. Anfossi, (jui m'a chari;é de vous laue ses conipliuients etijui soupçonne i]ue le Prométhée est celui (pie vous avez dit. Il ne .sait rien de particulier sur ce que les traductions sont devenues; il est de votre avis sur M. I^ollin ; il a pourtant de la peine à se rendre sur le mot, et pour Socrate. M. [\ollin l'ait assez entendre qu'il opina dans une îiutre assemblée que celle du peuple; mais cela n'est pas dans le dialogue, (jui n'est pas même de Platon. Ihi reste, c'est un homme qu'on ne peut trop louer sur sa vertu , pour ses desseins sur la jeunesse et pour son style net et gracieux.
Il y a eu un combat à Paris pour la pièce de Voltaire, (pii par là est devenue tragi(pie , comme vous dites fort bien. Vous m'en parlez comme s'il étoit arrivé en Bourgogne. Nous ne verrons pas si tôt celte Hélène sur le l>apier, cela est réservé pour cet hiver, et d'ici là elle sera bien fardée. Le directeur me fait souvenir du Directeur de Sarrazin, qui dit à sa belle, contre son rival.
Kt dites fi ! trois fois (ivcc dévotion, Pour no pns snrcoinber à hi tentation.
Il parh* ;iunm «Ir/r/r //c foi et d oraison jarulaloirv : cela étoit bon in illo teniporr ^ et [)Ouvoit se pardonnera un Sarrazin si savant et si galant, mais non pas au Sarrttzin de Zaïre, (jui ne sait pas même être Turc.
Li dot de .M'"" Bernard est de 800, OOO hv. comptant, 200,000 liv. d'assurés et un présent de V0,000 écus pour Je gendre, sans compter 10,000 écus pour le linge et habits, et de beaux diamants (pu; la nn^^re donne. Auri sacra famés !
I*. 8. Je viens d'appreiidn*, rpie le Parlement a lait ce mntin quatre choses : 1 rue protestation contre h' lit de jnstir«', transcrite sur les re;.'istres ; — 2" U'> 'l •^'^ît'a fait au f'.<»i drs remontrances sur les (juatre sous pour li-
vre, etc.; — T Que les gens du Koi iront pour demander le rappel des exilés; — V Que les Chambres ce pendant demeureront assemblées. Mais vous pouvez savoir encore plus, car je ne fermerai ma lettre que demain. ( Aujourd'hui 5 septembre je ne sais rien de plus. )
Le mariage de M. le prince de Rohan n'est pas trop approuvé, mais pour lui il est content de posséder celte belle dame; il lui a déjà donné sa maison de Saint-Ouert toute meublée pour supplément de douaire ; ils y sont ensemble assez seuls, mais ils se suffisent l'un à l'autre, et bientôt Paris les reverra.
La Cour, en délibérant sur ce qui s'est passé au lit de justice tenu le jour d'hier à Versailles, a arrêté qu'il sera dressé procès-verbal de tout ce qui a été dit et fait, au bas duquel il sera mis : qu'attendu le lieu où ledit lit de justice a été tenu, et le défaut de communication d'aucunes des matières qui dévoient y être traitées, elle n'a pu , ni dû ; ni entendu donner son avis, et en conséquence sur la déclaration pour prorogation des quatre sous pour livre et autres droits arrêtés, que h; Koi seroit de nouveau très-humblement supplié de la remettre à la compagnie pour en délibérer en la manière accoutumée ; et en ce qui concerne la déclar.ition du 18 août 1732, a arrêté (jue la compagnie ne cessera de représenter au Koi rim[)ossibilité dans lacjut'lle elle est d'exécuter ladite déclaration , et que cependant elle; continuera toujours de se conformer aux anciens usages, maximes et disciplines qui lui s<jnt propres et qu'elle a toujours observés dei)uis son institution, usages dont l'observation a été si ni'iU', pour le bien public et pour la conservation des droits du Koi dans les temps les plus dilliciles; et au sur[>lus l'arrêté du H) aoiU exécuté en ce qui concerne les itératives remontrances sur le retour de ceux de Messieurs (jui sont absents, les Chand)res demeurant assemblées juscju'à ce qu'il ait [)lu au Koi de ré[)ondre auxdiles remontrances.
413 (;ouKKSiH).\DA>CK i.nkdhi:.
Leltn XWVr.
A Paris, ce 9 seplcmbrc I7.V2
Je voustii écrit, Monsieur, le lit de justice où la déclaration a été enrecristrée ; le lendemain, k septembre, le Parlement a fait un arrêté contre ce qui s'y est passé et est demeuré assemblé suivant l'arrêté du 20 août. I.e 5 et le 6 les choses ont resté en cet état. I^a nuit du (i au 7 les Présidenfs et Conseillers des enquêtes el requêtes ont été exilés en différentes ville du royaume, toutes hors de leur ressort, n'y ayant point dans aucune ville d'autres parlements. Ils sont au nombre de 139, (jui sont tombés dans le filet de l'autorité royale, comme disoit le cardinal de Helz. Il a fallu sortir de Paris dans le jour; ils vont jusqu'à nouvel ordre; et le mofif de la lettre de cachet est : Monsieur, «étant mal satisfait de votre conduite». Voilà vos pr/dictions accomplies; il n'y a personne de la (irand'- Chambre exilé; au contraire, il leur a été adressé une commission |)our tenir la Chambre des vacations, et hier ils Tout îicee[)tée. VA\o doit y avoir été ouverte ce matin : on y plaidera à huis clos deux fois la semaine, comme en 1720, et le reste sera pour le criminel; ils acceptent cela, comme commissaires apparemment. L'adresse est au premier président, aux présidents el conseillers de la (irand'- Chaudire. ,\insi M. MoIê n'<*st [)ointà la fête ; M. de I^amoigfion se trouvant au nombre des exiléscom me conseiller des enquAtes, le mariai;ede.M"' H«'rnardestsuspen(lu. Il devoit »«» faire le jour de la Vier^'^e; mais le futur est p.irti pour Soissons avec .M. de Nicolaï; M. h; président hollaud y «'st nni?si et beaucoup d'antres, e.ir ils sont j)lu:>i«Mirs (îuscudihî dans rhaipie villr. Mou ami M. de Kessye est à Issoudnn avec M. le président de Uieux, M. No\iêt , M. le président (>oz;i!, M le Mée et autres; ils sont partis ave(! Irrmiîté |K;ndant que toutes leurs familles sont aflli^;^ées. Il faut
LKTTRE XXXVir. 413
espérer que celte fièvre d'État ne durera pas; déjà les anciens exilés ont reçu du soulagement et ont la ville pour exil. On vous aura envoyé Tarrèté du V : je ne fais point de réllexions et ne vous dis que les faits, qui sont assez forts d'eux-mêmes. Je ne sais encore si quehjues avocats ont été à la (irandXhambre des vacations ce matin. Comme un malheur ne vient jainais seul : M. le comte de Blanzac, qui étoit fort mon ami depuis plus de vinpt ans et qui avoit la bonté des Houcy, est mort, et j'en suis fort fâché. Je ne quitte point Paris, Monsieur, au milieu de cet orage, et je me console, Monsieur, en partageant mes douleurs avec vous.
On dit que M"' de Charolais dit à M. le Garde des sceaux qu'il falloit casser tout le Parlement s'il avoit (ort, et, sur ce (ju'il répondit qu'on ne cassoit pas ainsi une compagnie entière, elle répliqua : Je vous aiderai à le remplacer dans un instant ; et comme vous n aimez point les gens éclairés, il y aaux Quinze-Vingts trois cents aveugles; ilssonlmème tous en robes et portent la ileur de lis.
On ajoute que deux conseillers de la (irand'Chambre se sont opposés àrenregistrement de la commission de la chambre de vacations, et l'on craint qu'ils ne soient envoyés <\ la Bastille.
Beaucoup de dames ont suivi leurs maris dans leur exil.
Lettre \\\ VU .
A l'ari"!. te 12 srpttinljrr 1732.
J(; vous aiiiiouce aujoui'd hui, Monsieur, nun plus îles exils, il y en a assez, mais une Chambre de vacations attribuée par commission, au premier président, et autres présidents et conseillers de la (irand*(^han)bre du |»arloment de Paris. Les lettres patentes sont du 8 septembre, elles ont «lé acceptées et enregistrées le î>, la ehambie a
414 (.ORKKSPOrSDANCK IMi:i)ITF,
ouv»M*t It* 10, t't a travailK' à cjnelquos alïaires ciiniilU'Iles, assez Inauspicatey car un des prisonniers, après son procès rapporté, se trouva mort depuis trois semaines, et un autre mourut en montant l'escalier, entre les mains des guiclietiers. M. le premier Président, ipii se porte mieux, doit venir aujourd'hui ouvrir Taudienee civile, (jui se tiendra à huis clos, et où les causes seront plaidées par procureurs, sans ministère d'avocats, si ce n'est qu'il nV'u.ait été autrement ordonné. Ce sont les termes des lettres. Ainsi on se passe des avocats; lioncsta missioy mais on voit bien que l'on ne s'en peut pas passer. Cette acceptation des lettres par la Grand'Chandjre est interprétée suivant les sentiments ditïérents qui régnent à présent, et ceux qui ne les veulent pas séparer du Parlement dispei-sé disent qu'ils ne font ainsi que fonctions de commissaires, sans cesser de tenir ;m corps toujours par les mêmes liens; ce qui est certain, c'est que voilà une petite portion de justice qui paroit, et, d'un autre côté, Messieurs les gens du lloi vont à Fontainebleau intercéder pour tous ces absents, dont toutes les provinces sont remplies et dont les familles souffrent. Il viendra, comme vous dites, quelque dieu de la machine qui finira toutes ces grandes .scènes, qu'on aimeroit bien mieux lire dans L'Kstoile et dans de Uetz. Uuand on est si proche on ne voit rien.
Il y a eu un lit de justice tenu par le feu Koi au Louvre, le 22 octobre 1652, où on enregistra l'amnistie et d'autres édits : c'est encore un exemple, mais on ne pouvoit faire atitrement, car le Parlement étoit divisé, partie à Paris, partie à Pontoise. M. Talon en parle dans ses Mémoires, à la tin du VIN" tome. \j'. caidinal d(; H(;tzen parle aussi, et les pièces publiées sont dans le IV' tome du Journal dWIliol de 1052, hors (ju'on y a oublié la déclaration sur la Chandire des vacations, (jui ne dura (jur huit jours ; mais c'éloit toujours une marque d'amour pour la justice. Uuoi(p]'il en soit, j'ainierois bien i\ voir publier une amnistie ou quehpK' autre cognomination double, (piandce
seroit encore à Versailles, sans préjudice des droits du Parlement en autre occasion. La paix, la paix est bonne, de quelque part qu'elle vienne. .
Ce mot plairait toujours, )Cauroit-H que le son. J'ai relu l'article de Louis Xll I dans Ba\ le, que vous m'aveziudiqué ; et quelles curiosités n'y a-t-il pas dans toutes ces recherches et dans ces réllexions î 11 n'étoit point parlementaire ; cela paroit dans cet article , dans celui de la Vacquerie et d'autres. Au milieu d'une république il parloit pour les souverains. Je ne crois pas que l'abbé Leclerc lui en fasse une querelle. Pour le faitdelarrèt déchiré par Louis XIII, il est bien certain, par les historiens cités; et Jolly, dans son Recueil de Maximes et au chapitre JJu Parlement, |)arlant du cardinal de lîichelieu, dit qu'il lit venir au Louvre cette illustre compagnie en corps de cour lui faire des amendes honorables et voir déchirer ses arrêts avec paroles injurieuses. Le registre secret n'en dit pas tant que l'histoire publicpie. Au reste, l'humiliation est encore d'usage, et dans les procès-verbaux de 1718 et de 1725, le Parlement s'agenouille , et le chancelier ou garde des sceaux le fait relever par ordre du Uoi. Je n'ai pas encore vule Mercure françois sur le discours dont vous me parlez : il doit être curieux; je chercherai aussi dans (jirard l'affaire de M. de Gourgues. A la fin de tout cela le Koi est toujours le maître , et le nom reuq)orle.
Le mariagede M"'Bernard est arrêté. M. de Lamoignon est à Soissons avec plusieurs autres ; on n'est pas bien sûr qu'il se fasse; et voilà ce qui apprend à ne jamais retarder ces sortes d'engagements, car que n'arrive- t-il [)as? La ponctualité de M. Bernard a ici bien mancpié. Il vouloit une signature du Uoi au contrat de mariage, et le Roi en a fait une autre, (pii a exilé le futur; ce sera un article [)ersonnel dans le traité de paix générale.
Au milieu de toute cette guerre, le j)acifi(jue auteur des Aouvelles ecclésiastiques continue toujours son ouNrai:e tous les six jours. Il a cessé le Journal de l'affaire du Vav-
loiuent , (jiii intAÎressoit plus que tous les miracles de province qu'il nous raconlo ot les oraisons t'unèbres île tous les vicaires tic Nillam*. A\ez-vous vu une Mouvelle en vers des nouveaux appelants? il y a de la poésie et du tour. Ils oui encore fait une troisième Lettre en vers des habitants de Sarcelles, où le lanj^age paysan est assez bien traité. Le Pliilotanus est réimprimé avec des notes : on chantoit aussi une chanson sur le Pont-Neuf, dont on avoit abusé, et Tune et Tautre sont condamnées comme la Vache à Colas dont parle L'Estoile. Vous avez dit le mot sur le mariage du prince de Koban. Il y a d'ailleurs bien des anecdotes qui seroient bonnes dans un Journal , mais je n'en fais plus, (pioiqu'il y ait belle matière, et je ne sais plus, Monsieur^, que vous écrire et me consoler avec vous du malheur des temps.
Lettre AAA^7/y^
Il y a bien des choses de part et d'autre, Monsieur, dans les auteurs sur la matière présente. Pasquier lui-même, que vouscilez,parleautrementdansscsArc/i^T(7/f'.s, livre II, chap. k. J'ai consulté le Mercure (rançois de 1631 ,où est le di.scoui-s de M. de Chàteauneuf, .i:arde des sceaux, et j'ai vu aussi l'article de Louis XIII de lîayle, (pii cite deux livres, Tun du Ministère du cardinal dr Iliehelieu, l'autre de sa Vi('\ydV Aubvry, mais ce livre du ministère fut brûlé par arrêt du Parlement du 11 mai 1G05 (le P. Leion;.; en parle, n'8918) , et peut-être fut-on fiché de ce (pi'il avoit rapporté si ouvertement le fait de ICJ.'H , <pii u'<'st |)as moins dans Aubery, car ils parlent tous deux de déchirer, et Joly hc sert de ce même mot. Quoi qu'il en soit, je vous remercie, Monsieur, de tous vos éclaircissements et de l'cndroil de Polybe, qui devroit être un principe du droit des gens.
LIXiRE XXXVIir. 417
Nous avons à présent Je Procès-Verbal du lit de justice, avec tous les discours et les deux déclarations ; cela a été imprimé à l'Imprimerie royale, qui a encore donné les deux déclarations séparément. Toute la France va être bien instruite de celte division et les pays étrangers aussi, et plaise à Dieu qu'elle cesse bientôt, car ce n'est pas vivre que de mener une telle vie.
Je vous envoie une liste des lieux où sont les exilés et leurs noms; il y en manque quelques-uns, mais peut-être vous verrez bien que toutes les Chambres n'y sont pas : ceux qui n'ont point été aux dernières assemblées ont été exceptés, et principalement ceux qui ne sont point de l'arrêté du V septembre, où on n'a pas plus ménagé ceux
d'un avis que ceux de l'autre : l'abbé dont vous
me parlez est des exceptés , comme vous pouvez bien croire. J'ai vu son nom dans le lit de justice.
Je n'ai point encore eu de nouvelles de l'arrivée de M. de Ressye à Issoudun ; je ne manquerai pas de lui dire la part que vous prenez à ce qui le regarde, et cela adoucira son exil. La proximité dos parents est peu de chose pour des gens qui ne doivent pas quitter le lieu où ils sont : on apprend qu'il y a du relâche pour les six premiers exilés, qui ont permission de venir à quatre lieues de Paris; il faut espérer que cela gagnera les autres. M""" de Ressye n'a point suivi son mari, parce qu'elle déménage à la Saint-Remy pour aller occuper une maison avec son père dans la rue du Gros-Chênet, et elle m'a dit que si son mari étoit exilé à Dijon , elle iroit volontiers pour vous y voir.
Le discours prétendu de M. Le Pelletier est faux, et il y a bien de la bourre dans tout ce qu'on voit en temps de trouble; pourquoi il fautlroit avoir un bon Naudé.
Mes confrères n'ont point repris les i)laidoiries à la Chambre des vacations : ils en sont exclus parles patentes mêmes; les audiences n'ont point été ouvertes encore.
Je ne sais en vérité trop ni ce que je dis ni ce que je
4I« CORRKSPONnANCE INÉDITF.
fais, ni bien (îautres. Je vous enil)rasse de tout mon cœur. Le mariage fie M"' Bernard est renoué, et cela me donne opinion de raffaire publique.
Lettre AAA7\ .
A Paris, vo 12 sept'^inhr»' l'.Vi.
C'est bien nommer la Cbambre de vacations auguste y vu les personnes don tel le est composée: et vous êtes, Monsieur, très-bon nomenclateur en cela comme i\u judicare vivos et mortuos qui 3i été dit ici toutd'abord et môme, dit-on, afliché. Les avocats n'ont point plaidé; ils sont exclus par les lettres patentes, et s'étoient déjà exclus; les procureurs plaident, on juge lescriminels et on vide les prisons; cependant on sollicite à la cour pour le retour des exilés. Les six anciens peuvent approcber de Paris sans y entrer; d'autres ont obtenu des translations et des commodités, et il ne paroU pas que la colère soit extrême. Ce que vous dites sur Bayle est excellent ; il a pensé et critiqué; mais seriez-vous de son avis sur ce qu'il dit dans l'article du chancelier de l'IIospital, que le refus de registrer l'édit du 0 janvier 1563 a causé la grande guerre et la Ligue , qui a duré jusqu'en 159V? Cela est poussé tout au plus loin; j'ai vu un ouvrage de lui où il vouloit prouver que la première prise d'armes venoit des calliolicjues, ce qui est bien contesté. C'est dommage que cet ouvrage soit entre les mains d'un homme qui est scrupuleux et ne le veut donner.
Le mariage de M. de Lamoignon se fait auj«)ur(rhui à CoulK-rt; il a eu permission de venir. On n'y sera qu'un jour ou deux, puis il s'en retournera à Soissons, et laissera la présidente chez .M. de Hlancmesnil ; mais pour moi, Je crois que la femme d'un exilé doit suivre son maii
J'ai loulà fait abandonné le dessein du jOMr/<a/ .'un jil sait rien au juste de tout ce qui se passe. Les Nouvelles
LETTRK XI/. 419
ecclésiastiques disent assez l)ien ce qui est du Parlement, et il y en a une dernière feuille, du 30 août, qui est fort curieuse et où on apprend toutes les opinions.
On parle d'un mandement de M. rarebevéque d'Arles qui est des plus extravagants ; il a obtenu personnellement un jubilé du pape ; il le donne à son diocèse, et en le donnant il attaque tout ce qu'il y a de plus grand, les ministres, le Conseil, les lettres du Roi, Paris et le Parlement, toute la France; enfin, tout est marqué à un point du plus nouveau , et pour preuve de son dire il cite des vers d'un poOte de Provence, qui sont bien étonnés de se trouver dansun mandement d'évèque; puis pourgagner ce jubilé ildéfend aux femmes de porter ces vilains paniers que les troubadours auroient appelés des cercles d'enfer, et que lui il appelle descommo(/e.s d'iniquités, et que saint Paul a appelés offendicula. Que dites-vous, que pensez-vous, quelle est la loi qui punit un tel crime? Cela est-il dans les canons, dans la déclaration de 1G57, et où sommesnous? Je ferme ma lettre; midi sonne, et je vous embrasse bien étonné.
Lettre XfJ.
\ Paris, ce 26 septembre 1732.
Voilà, Monsieur, une nouvelle de conséquence de ce qui s'est passé en votre Parlement ; il faut attendre ce qui en arrivera : on dit qu'à Rouen il se fera la môme chose, mais on n'en a point encore de nouvelles.
Les procureurs ne plaident point à la (Chambre des vacations, car on n'y a point encore plaidé : on y juge les criminels pour vider les prisons , où est le scorbut. Hier, de dix juges il y avoit cin(] présidents à mortier. C'est, comme vous disiez, une Cli.imbr*.' de vacations bien auguste.
Il est certain que M. l'abbé Pucclle est revenu ; il est à Chambon. Pour les derniers exilés, il on est revenu plu-
42a (:oi;ur.si'()M)AM:K im.ditk.
sieurs; on n'a (|n\\ écrire une loUrc sur le moindre préloxle. M. Le licbours est ;\ Paris. M. le pn'siilenl
Poucet et M qui étoieut à Soissous , sont à [)réseut
î\ la terre Des Forts. M. le présitleut de Massigny esta Auteuil, et ainsi de quelques autres ; M. deUessycestà Issoudun, qui se porte bien; je ne lui ai point écrit, mais M. Nouet, qui y est aussi, est malade, et sa femme, grosse de huit mois c\ Paris, est désespérée.
Vous n'avez rien vu si vous n'avez point vu le mandement de M. d'Arles. Vous souvenez-vous de celui qu'il fit en 1720, dans le tenips de la peste, et qui fut supprimé par un arrêt du Conseil du 31 décembre 17i20 .^ On fait mille contes sur son compte, et il auroit bien fait de rester î\ la Trappe. 11 a toutes les femmes après lui, à cause des paniers, qu'il a appelés en provençal une couverture de malice. Je ne sais pas si les Angloises sont de son parti; maison dit qu'il n'y a pas à présent un panier dans toute la ville de Londres, d'oii ils nous viennent.
Le princeSapieha, Polonais, est venu voyager en France; il a amené un jésuite de son pays; ils ont été par curiosité voir le Palais; le pauvre pure a été insulté par la populace, qui l'a appelé le prre (tirard, et sans de bonnes gens qui se sont trouvées 1;\, au\(]uelles il a pailé en latin, il auroit eu de la peine à s'en tirer.
Je lisais le dernier jour dans M. Patru la dernière Lcllre à Oiinde, où il lui dit : « Quelle bonne fortune pour vous! vous êtes née dans un siècle où il pleut des barbouilleurs (le papier. C'est donc de h\ que ce terme nous vient, et cela me fait souvenir de notre anti-Bayle, qui , je crois, en va barbouiller beaucoup s'il continue sa criti(|ue.
Il pleut ici dos chansons de tous les côtés, et des vers (jui ne sont pas des troubadours et qui n'cMitrcroient pas dans un mandement.
\a; gouvernement de iJapauine, vacant j)ar la niurl de M.de lllanzac,aélédonné à.M.le comte dr. Uoucy,son iils; c'est une petite consolation. La mère n'a encore rien. Bon-
LKITRK XLF. 421
jour. Monsieur; je vous embrasse. Vous êtes à la ville et moi aussi. Vous voyez vos livres et moi les miens, et je vais voir dans le cardinal de Uetz comment il fit pour son archevêché quand il fut arrêté.
Lettre XLV.
A Paris, ce .... octobre 1732.
On vient de me dire, Monsieur, que M. l'archevêque d'Arles est exilé à une de ses abbayes en ricardie(l)etque le Parlement d'Aix procède contre son mandement; il est bien heureux d'en être quitte pour cela. Le droit d'annexe est ancien en Provence, et dans les Preuves des libertés, il y a une réponse du P. G. de Provence, en 1517, qui en parle comme d'un usage étalili de lo.igtemps. A l'égard des autres faits personnels, il pouvoity avoir des peines dont il n'est plus question : on étudioit déjà le droit des grands vicaires ou du chapitre, en cas d'absence ou de vacance; le i" arrêt contre le cardinal de Chàtillon (qui est dans les mêmes Preuves) reconnut le chapitre. Et vous n'ignorez pas, sur cette matière, la belle lettre qu'écrivit de Rome le cardinal de Retz au chapitre de Paris pour justifier le droit de ses grands vicaires, ek hKjuelle lettre le cardinal fait entrer dans ses Mémoires^ à la fin du dernier tome. Il y traite la (pieslion en canoniste et en politique; quoi (ju'il en soit, voilà M. d'Arles hors d'état d'insulter davantage les paniers, et les dames n'en sont point fâchées, à moins que, de .son exil, il ne fasse quelque nouvel écart. M. le vice-légat archevê(jue d'Avignon avoit voulu aussi faire passer un jul)iléoù il n'étoit point question de paniers, àcause que c'est terre papale; mais il a été renvoyé à l'official et [Kir l'avis d<' .M. lo chancelier. Le Parlement d'Aix a refusé Vanuexe; ainsi il
(I) .Saint-Valery.
422 COKnKSPONOANCK 1NKDHK..
faut atloiulre (rautres juhilt's que l'on puisse iiacnerdans les règles.
On a supprimé, par arriH du Conseil, la Genèse avec un commentaire littéral en deux volumes, parce qu'on y a ajouté, depuis rappro])ation du censeur, quelques cartons, et cela a fait un règlement pour Ta venir : on dit que cette Genèse est de M. Legros, de Ueims. Il y en a une autre en H vol. de MM. l'abbé Duguet et d'Asfed, î\ laquelle on ne touche point, et où il y a beaucoup de piété et d'esprit; certaines gens n'y approuvent pas les réflexions sur Joseph et la femme de IHitiphar, qui paroissent un peu bien vives sur une matière si délicate.
Je vous prie de me dire précisément le mois du Journal de Genève où est la vie de M. de Cosnac, évèque de Valence, et si Ton pourroit avoir ce volume à Paris ; cela me feroit grand plaisir.
M. Titon, en revenant à sa terre, a reçu un contr'ordre pour rester en certain lieu. M'"" Titon, qui étoit déj!\ arrivée, en a été surprise et est accouchée avant terme d'un enfant qui est mort. M. IHicelle est à Chambon; plusieurs de Messieurs sont revenus autour de Paris. Quehpie auL'c viendra enfin nous apporter la paix. Amen.
jMlrv \LII .
A l'.ii iH, «T .... octubrc IT'i.
Vullis elimn pardoiios f prr fhpmvos hdhchlliSy el niliil pafjahitis. Voilà, Moii^irur, ce (pu; disent janolus (1^ de son temps et ce que l'on pourroit bien faire dire à bien d'autres de ce temps-ci. Plût à Dieu que je susse, est-il dit au même endroit, en </«ie//c officine sont forcés tels srhiswes et moiio- /^o/e.s; mais c'en est troj) contn; \v iii<'lropolitaiii (jui est ici si bien figuré, (pie l'on vient d'exiler, «t dont le in.ni-
dément de pardonsa été. dit-on, lacéré par arrêt du Parlement d'Aix et arraché des lieux où il étoit affiché. Il est vrai que c'est une pièce originale en son genre ; nos dames ne seront pas fâchées d'être maintenues par arrêt dans la possession de leurs paniers, qui ne seront plus regardés comme des engins d'enfer ou des couvertures du diable. Ce qui ne peut que faire souvenir du Diable en enfer de notre ami La Fontaine.
La nouvelle que je vous avois mandée de M. Titon n'est pas vraie : il est à sa terre avec madame Titon ; on avoit réchauffé cela, et il y a hien des faits de cette sorte; j'y suis pourtant très-difficile.
Nous avons besoin de votre dissertation d'impuissance sur l'appel comme d'abus dans le procès de notre Poitevine, qui va faire grand bruit au Parlement prochain Quellenec et les Gèvres n'y feront œuvre, et le grand Hegon nous manque bien. Qu'est devenue cette dissertation à la fin ?
Le Grand-Conseil juge un procès criminel où il va fausseté en matière bénéficiale : le faussaire, grand vicaire et officiai du Mans, ne s'étant point représenté, est condamné par contumace à être pendu en effigie en la place publique de la ville du Mans. Il s'appelle B. Koutau, et a autrefois professé la philosophie à Angers; le bénéfice est de 2,000 écus de rente et est requis par un abbé de Vendermeulen, indultaire, qui ne l'aura pas sans peine ; il y a encore quelques accusés à juger, et le Grand-Conseil a pour cela un conlinualeur, qui finira dans trois jours; un notaire du Mans s'est venu représenter sur la lin, et a été bien hardi. La fausseté n'est pas de moins que de deux feuilles arrachées •dans un registre dont le grand vicaire étoit maître, remplacées par d'autres pour faire cadrer à de certaines dates. L'induit vient de M. dArgenson, du Palais- Uoyal, (iui soutient son indultaire, fils du fameux Vendermeuh'U, dont le m«'rile n'a jamais été reconnu en France. L(^ Ix'nélice
4U a)lUlKSPOM)A>c:K IM DlTi:.
avoit élé résignée M. lloiilau, qui (Moit jx'iirliatouillcux de la trorge, et qui, comme les hi'iu'lieiers, tenoit la fausselt^ pour «n délit trO's-commun ; au demeurant le meilleur fils du monde.
On m'a donné le mémoire ci-joint pour trouver un édit du dernier duc de Bourgogne; je m'imagine que vous trouverez cela tout de suite.
J'apprends qu'en Bretagne la déclaration des quatre sous pour livre a été enregistrée purement et simplement; il y avoit eu dahord quelque difliculté. et il est venu des lettres de jussion, mais depuis l'enregistrement fait on tient les états en ce pays-h\ , et dans les repas on chante les chansons du temps tout ouvertement. Où est M'"" de Sévigné pour en faire des relations? A propos, on dit que nous en allons avoir encore deux volumes. Quelle joie! On ne plaide pointa la Chambre des vacations, mais on y juge toujours les criminels.
Jerecois votre lettre du 20 septembre^ et je vous remercie bien de vos nouvelles. VoihV une allure que l'on va tenir pour les autres, et l'exécution applicpn'e de la déclaration du 18 août. Personne ne demande justice à l'audience delà Chambre des vacations, car les plaideurs font leurs vins. Je souhaite le retour des exilés avec grande impatience; il n'y en a encore que peu en comparaison du grand nombre. Notre anti-Bayle fait bien de se faire payer à la feuilh*, puisqu'il en remplit tan(. Je n'ai pas encore vu le nouveau Patru, il faut (pi'il soit augmenté, puisqu'il est en deux vohimes in-V". Pour le Trnilé dea matières rriiiunellrs, il est de M. de Merville, qui (st un trcs-méchant auteur, et Je n'ai pas dîiigné l'acheter.
L'Avis aux refnniés ayant toujours été désavoué par Bayle, c'est comme un enfant perdu qui ne rapporte; pas ses sentiments. De plus il n'accuse les protestants que de deux accessoires de la ligue, 1° des libelles, 2" des maximes antimonarchiques, et il ne s'agit point là du fond de raffaire.
LKITRE XLIll^ 425
Lettre XLIll
A Paris, ce octobre 1732.
Je ne crois pas^ Monsieur, que ni vous ni moi entreprenions le procès contre les femmes pour la suppression des paniers; il en coûta bonne à Panurge pour avoir voulu plaider contre ces caclieculs qui n'étaient point ouverts pardevant, etnous n'augmenterons pas le recueil contre les vastines et vertugades, qui sont les aïeules de nos paniers, et dont nous ne nous souvenons que par quelques anciens tableaux. Les neigea d'antan sont bien placées là, mais l'ami Kabelais, qui prenoit partout, les avoit prises dans Villon, qui est encore un autre de nos amis, et qui parloit si bien notre langue quePatru le donne pour un de nos meilleurs grammairiens.
Nous n'avons pas encore vu l'arrêt contre le Mandement de M. d'Arles ; vos amis de Provence devraient vous l'avoir envoyé et le mandement aussi. Le traité de M. de Mornac sur Y annexe doit être curieux ; il y en a des arrêts très anciens dans les Preuves des libertés; mais M. d'Arles ne connoit apparemment liberté aucune.
Ce que jecbercliois dans le cardinal de Retz me devient inutile, puisqu'il n'y a point de vacance du règne ; cela m'a toujours appris cette belle lettre latine que je ne connoissois pas et ce curieux manuscrit que vous possédez et aucjuel on pourra avoir recours en temps et lieu. Le trouble où nousf-ommes pourra l)ien en fournir l'occasion.
Onavoit arrêté pendant «juelque tenq)s la délivrance des arrêts et expéditions, mais depuis deux jours il a été ordonné (par la Chambre, ;\ ce (ju'on dit tpi'ils seraient délivrés sans payer les (juatre sous pour livre, et on les a délivrés. D'un autre côté, les procureurs payent les trois quartsdu droit sur la taxe des dépens; ainsi on agit/)roet contra. Accommodez tout cela si vous pouvez.
126 CORRKSPONDANCE hM:nHi:.
Oïl no plaide point à la (Ihanibre des vacations. Los procôs criminels vont toujours, et on se prôpare à juger le pmcès de ce trendarmo qui a été recomnioncé au l*arlomonton vertu de l'arrùt que je vous ai envoyé. Il sera juiré par bien des présidents qui ont été à la Tournello, et nous verrons oomniont le V. Morcl s'en tirera, car il y a je ne sais quelle subornation (jui est dit-on assez bien prouvée. Du rosto, lo chap. \1 du liv. -2 de niaitro François nous apprend bien la manière de plaider sans avocats, et le litre du chapitre en fait la remarque.
Je vous rend griVces de ce que vous me dites sur le Journal de Genève. C'est M. l'abbé de Cosnac qui a cette curiosité. Si le livre ne se trouve pointa Paris, il faudra bien le faire revenir du pays.
.M. Titon est bien bon de faire cette dépense pour les Muses françoises. J'ai vu autrefois le beau groupe chez lui en bronze ; il Ta fait graver. Le po«'te Lalné en avoit fait les inscriptions latines et il y avoit pris sa place hardiment.
Voilà une indigne action qu'a faite l'abbé L. ; il en est liien capable, il n'a fait que des trahisons en sa vie ; celleci est d'un nouveau génie, et mérite, comme vous le dites fort bien, une punition exemplaire. Pour le Hégnier les noies sont si peu de chose qu'elles ne méritoient pas sa réimpression; celles sur Marot ont été assez bien blâmées par le \«mrellislr du Parnasse.
[Je ne sais quelle dispute ils peuvent avoir ou(î à Vienne, mais .M. iJrossetle lui-même n'est pas intact sur le plagiat, cl si j'y élois, j'en saurois bien qu( dire.j
La ^/Vne.se imprimée n'est point de M. lo (iros, mais d'un .M. Foissard, qui sV*sl enfui. Le lilsd'Kmery, qui l'a imprimée, en aétéàla Bastilh; deux ou trois mois; mais il n'a pu retrouver Fauteur, qui avoit ajouté des cartons drpuis l'approbation du censeur M. le Kouge. Cette supercherie a été découverte et vériiiée, et a donné lieu à Farrèl du (Conseil tpii fait règlement.
LKTTRt: XLIIl^ 41>7
Il paroit une requête au /?o/poiir les officiers des Gardes du corps, qui prennent le fait et cause de M. le duc de Noailles dans l'affaire de Tourterel; elle est fort nette, et prouve bien que le garde est un visionnaire et un insolent ; on ne lui dit rien de particulier sur ses mœurs, quoiqu'on dise en avoir reçu des mémoires de Bourgogne. L'arrêt du Conseil qui supprime ses premières requêtes et qui interdit Tavocat au Conseil y est tout au long. Cet homme travaille encore à une réponse : abifssus ahyssufn invocaf.
Il court une requête imprimée sous le nom des créanciers de M. de Carignan, qui est une satire très-mordante.
P. S. Je sais d'original l'affaire de Tabhé L. : il a fait imprimer une espèce de préface ou discours sur M. Rousseau pour mettre à la tète du Régnier de M. Brossette, comme si M. Brossette étoit l'auteur de ce discours. L'abbé est à Paris, qui a porté un exemplaire de ce discours, qu'il a dit être le seul, chez M. le duc d'Aremberg, qui demeure au Temple, même maison que M. de Lasséré. Le duc, qui a du goût et de l'esprit, après en avoir lu une page dit : « Cela est bien grossier ; » M. de Lasséré acheva le reste, et dit à l'abbé, qu'il ne connoissoit point du tout :Je connois M. Brossette, qui est un lionne te homme cl ami (le Rousseau, el n'a point fait cela assurément. L'abbé commença à chanceler, et dit qu'il y avoit des gens qui vouloient du mal h liousseau et qui avoient trouvé celte occasion de lui dire ses vérités. Cela parut abominable, et l'abbé se retira assez peu content. M. île Lasséré ne sut que l'ajjlx' étoit lui-même l'auteur de ce discours satirique que quand il fut sorti, il rap[)rit par M. le duc d'Aremberg, (pii le savoit; aussitôt on a pris des mesures pour empêcher cette impression en Hollande. Ce seigneur, (jui aime Uousseau, s'y est employé utilement. De son C(Mé, M. de Lasséré en a écrit à M. Brossette, et il est allé trouver M. Hérault, à qui, ayant conté l'histoire, le magistrat a envoyé chercher l'abb»', lui M bien lavé la tête, comme
42 i (:oi\iiksi'()M)am:k lmidiik.
il le mérite, Ta obligé do lui leineUre rexemplairt-, (juil a dit être le seul de ce discours, et d'écrire une lettre de pardon à M. Brosselte, laquelle il doit aussi lui remettre entre les mains, afin qu'on soit sûr qu'elle aura été envoyée. L'abhé doit aussi veiller à ce qu'en Hollande cela ne soit point imprimé ni ajouté au Kegnier, sinon il en répondra : je sais tout cela de M. le duc d*Arendjerg et de M. de Lasséré eux-mêmes.
Les Cartouches, les dames en l'air feraient-ils pis, et n'y a-l-il point de peines de telles actions?
Je décacheté ma lettre pour vous faire ce petit récit, que j'ai appris hier au soir.
Lettre AI/P.
A Paris, ce octobre 1732.
Le siècle du papier et le siècle des mandements est trèsbien trouvé, Monsieur, mais il faudrait un visa pour le dernier comme })our le premier, et y faire de grands retranchements. On dit que M. d'Arles n'a point voulu obéir à son exil, qu'il a dit qu'il ne reconnoissoit que Dieu et le pape, et que des moines chez qui on l'a voulu mettre en ont dit autant. J ai vu le recueil de M. de Mornac sur Vannexe, mais il me semble que le Roi y a aussi sa part et donne des ordres pour délivrer ou pour refuser Vannexe : le Parlement n'a donc pas cela de son chef. L'excommunication faite par Léon X de ce même Parlement étoit bien rigoureuse, mais l'andjassadeur fut bien adroit de faire signer des articles au pape et de les avoir déposés à l'rifficialité en gardant l'original, qui devoit lui rester sous peine d'excommunication. Voilà un tour (jue Vicquefort ne devoit pas oublier. Je serai bien aise d'avoir votn* di%$erlat\on sur l'impuiasance ; vous pourrez me la faire reinellrc à Paris sans qu'elle fasse le voyage d'aller cl revenir. Mais il me semble que vous y traitez la ques-
LETTRF XLIV^ 429
tion du règlement fait sans les enquêtes, et cela nous jetteroit dans la querelle présente si on la faisoit imprimer. Nous ferons de notre mieux. H ne faut pas que le public soit privé d'un si excellent ouvrage. M. Terrasson estbon connoisseur, et n'a pu qu'en bien parler.
La fin du procès du Grand-Conseil a été qu'on a ordonné un plus amplement informé contre le notaire complice. Le synonyme de .Manceau et de faussaire est cbarmant. La Fontaine disoit d'eux :
Pays de snpience ,
Gens pesant l'air, fine fleur de Normand.
On ne vous a pas envoyé les bons couplets des Allures, si vous n'y avez pas trouvé un grain de sel, car il y en a deux sur le lit de justice et un sur M. le Duc qui ne sont pas mauvais.
Vous serez sans boire et sans manger; car vous aurez deux volumes de M'"*" deSévigné avant la fin de Tannée, et c'est M. Tévèque de Luron lui-même qui l'a dit à un de mes amis, à qui il a montré le vol u [ne tout prêt à remettre à l'imprimeur.
Je n'ai pas encore vu la Critique de Zaïre : on en dit du bien; la pièce n'a pu être jouée à Fontainebleau. L'auteur pour dérouter la criticjue n'a qu'à y cbanger, comme c'est son talent, et l'impression fera voir une autre pièce.
Oli ! que je voudrois bien être avec vous à boire de ce bon vin, (jui me donncroitdu bons senset (jui meferoit ouljlier tous les tristes objets qui nous afiligcnll Je vous félicite de vos bonnes vendanges. J'.q)prends la mort d'un M. le comte d'IIénain! (jui est moi t de la petite vérole à Sainl- Phal; quel(|ues traits de ce vin l'auroient pu réchapper.
Les convulsions recommencent i\ Paris : on dit qu'il y a à présent plus de trois cents convulsionnaires, cl on pourroitbien les ajouter aux autres; une lettre de cachet seroit un bon brevet contre ces enchantements. Mais d'où cela vient-il".'
430 COR II KSPON n V ^ CI. IN I niTK..
Le mniulenu'iit crArlcs est rôiin primé avec un petit avertissement sur la Huile. Cela se vend ijuatre sous et on eu auroit donné (jualiv pistoles il y a doux jours.
La lin du procès du Grand-Conseil n'a point été la lin. Ontre l'arrêt contnniax pendu, il y a un autre contumax notaire qui estaussi condamné à être pendu, et il y a encore un autre notaire qui s'est remis prisonnier ; c'est celui qui avoit obtenu le plus amplement informé. L'arrêt n'étant point encore signé, les deux contumax ont dit : Pourquoi ne seroit-il pas pendu? Sur cela le conseil manceau a l'ait écrire une lettre par l'abbé au premier notaire, où il dit que l'autre est bien heureux d'e^i étrequitte pour un plus amplement informé, puisqu'il est aussi criminel (ju'eux, et que la preuve en est dans le registre falsifié où il a mis un paraphe et chiffré de sa main quatre pages. On a mis cette lettre dans un paquet à la porte du rapporteur, (jui ne l'a pas dénoncée, car ce n'étoit pas son office; mais le procureur général, ou son substitut, en ayant eu connaissance, a donné sa requête pour informer de ces paraphes et chiffres; ce qui lui a été accordé : l'arrêt qui n'étoit qu'arrêté est devenu à néant ; et le pauvre prisonnier a bien l'air d'être plus amplement pendu et en présence, pendant (]ue les autres ne le seront qu'en effigie; il n'y a (ju'un diable manceau qui ait pu suggérer un tour si démon iacjue.
Lettre XI.V' .
A raris, ce ort()l)rc l7.Vi.
Quand on a un aussi bon guide que vous, Monsieur, on ne peut manquer d'êln; dans la bonne voie et de la suivre. J'ai donc lu avec plaisir le traité de Vamiexe et les preuves, mais j'aurois voulu que M. de Mornac eût mis les dates d'année aux pièces ù (pii elles maufpient, et c'est un avis d'ami à lui donner pour l'histoire de son Parlement s'il
LKTTRE XLV^ 431
y met des preuves. A propos de cela le P. Bougerel croil que vous ne lui refuserez pas le manuscrit de la Vie d'Alphonse cVOrnano, dont il a besoin pour son Histoire des hommes illustres de Provence; il ne Ta pu avoir de la Bibliothèque du Roi, et il a recours à vous pour cette communication ; je me suis chargé de cette demande et de grands respects pour vous de sa part.
On dit aujourd'hui que M. d'Arles a pris le parti d'obéir au Roi et d'aller à son abbaye • il y aura bien quelque protestation à part. Son mandement est imprimé ici en cachette, et on va encore le réimprimer avec des notes; et je crois qu'il y en aura de belles, car la matière est ample, sans compter la cause des dames et des paniers, qui y feront bien mettre quelque section conservatoire de cette parure et à l'honneur de M""' de . . . ., qui en est la fondatrice.
Je vous demanderai votre dissertation quand vous l'aurez, et qu'elle sera vérifiée par les citations que vous avez ajoutées depuis à l'égard des offendicula. J'aurai peu de besogne à faire, et dès que vous avez adouci ce qui regarde Bayle et retranché la voix des Chambres, il n'y auroit plus qu'à admirer votre travail et cette érudition recherchée et curieuse que personne n'a que vous.
Notre pauvre ami Bayle est encore actuellement poursuivi par de nouveaux ennemis, qui se plaignent de ce qu'il a mal parlé de saint Augustin, et il y en a un livre que je n'ai pas encore vu et intitulé : Réfutation des criti(/ues de M. lim/lc sur saint Augustin en trois Irai tés ^ etc., à Paris, in-'f", chez Rollin lils (1). Il paroit, par le titre du deuxième traité, qu'on n'attaque que certains endroits du dictionnaire. Mais l'auteur en auroit bien vu d'autres dans le Commentaire phihtsophique , où ce père n'est point assurément bien traité. J ai déjà consulté le dictionnaire au mot Augustin, et si Fauteur répond à tuus ces
(I) Joinnnl ihs sarnuls ilr Paris, srpleml»re. N" ilH.
4SS c:oiuu:siH)M)A>ct: im.dih;.
articles, il aura entrepris un graiuloiivraue : je ne sais s il est janséniste ou nioliniste. S'il est janséniste, voilà les armées ennemies qui se réunissent, et l'abbé de Lyon sera homme ;\ en abantlonner son dessein.
Les .VoMif/Zes ecclésiasliques nous ont appris une anecdote de littérature, c'est que laJiuUcium Francorum, qu'on vient de condamner, a été imprimé dès l'année 1()5*2 chez la veuve (iuillemot, sous le titre : Les véritables maximes du gouvernement (le la France justifiées par ordre des temps depuis l'établissement de la monarchie jusquàprésent, etc.... Le père Lelong en parle au n° 9V7, et dit même qu'il y eut une suite. Voilà donc le Parlement d'aujourd'hui dccharifé de l'accusation d'avoir l'ait composer cet écrit , et il est étonnant qu'on ne l'ait su qu'après les condamnations des Parlements. On ne croiroitpas que la critique fût nécessaire à la politique , et cependant vous voyez qu'elle l'est.
Uuant à l'état présent des choses, on n'y comprend rien encore : le nuage se développera peu à peu; quelques-uns des exilés sont revenus auprès de Paris, mais en petit nombre. Les autres sont dans les provinces, où ils attendent leur sort, et ceuv qui ont eu la Champagne pour exil voient faire des vendantes de ce bon vin et en boivent. 11 n'y a point au reste d'audience à la Chambre des vacations, et j'ai beau chauffer les lunettes, je n'y vois pas plus que vous.
Uuoi donc, on nous préparc encore une nouvelle Constitution f Les Mémoires de Trévoux de juin contiennent cent jiropositions condamnables dans M. Nicole. Cela Va toujours par centaines, et en voilà pour des siècles à discuter. ÏAi cardinal de Cusa n'a pas précité tout cela dans ses prophéties; mais M le curé de Notre-Dame de Dijon, qui a travaillé sur l'Apocalypse, n'en sauroit-il point quelque chose?
Lalné n'est sur le Parnasse que parce qu'il s'y est mis lui-même. IjaV. Bougerel m'a dit qu'il l'avoit connu pré-
LETTRE XLVl^ 433
cepteiirà Aix en 1G88. Ses poésies sont dispersées en beaucoup d'endroits, mais sa belle épîtrc au 7^/ de Succle ne se trouve nulle part et est peut-être demeurée en Turquie.
J'aime votre indignation contre Lenglet et le falsificateur du Mans. S'il y avoit des juges contre le premier, il auroit mérité la même peine que le Manceau cruel et perfide. Il y a de grands mouvements aux états de Bretagne. On demande un compte de certaines dépenses pour les casernes que Ton croit avoir été excédées : les uns veulent ce compte à présent, les autres le veulent remettre à la fin des états; il y' a une députation à la cour qui a été empècbée et les courriers arrêtés. Les étals vouloient se séparer, mais on croit que cela s'accommodera. Ainsi-soit-il.
Savez-vous des nouvelles du Paraguay ? Il se répand ici que les jésuites en ont été chassés et qu'ils ne font plus ce commerce, ce qui nuit beaucoup aux affaires d'Espagne. On dit que toutes les lettres de Cadix et de Bayonne le disent.
M. le duc de Chartres a la petite vérole à Saint-Cloud, je l'apprends en ce moment. La nouvelle de M. Bernard et des Paris se publie et n'est point vraie.
Je n'ai pas encore vérifié le Patru, mais dans YJlisloire de r Académie il est parlé des pièces qui n'étoient pas dans les anciennes éditions et qu'on aura ajoutées dans celle-ci.
Lettre XLVI'.
A Pars, ce 21 octobre 1732.
Dans le Journal des Savants d'octobre vous trouverez qu'il est parlé de Vannexe dans l'extrait du '25' tome de \ Histoire Ecclésiastique de M. Fleury continuée, où il est bien dit que le parlement de Provence reçut labsolution du pape et se soumit; mais il n'est parlé des articles que comme i)romis et on ne les dit pas accordés par le
434 COlUlKSPO.NUANCt: liNKDlTK.
Pane, ce(iiiiost une omission importante, laquelle ne vient nas du journaliste , mais de l'historien ecclésiastique, (jui avant entre ses mains le livre de M. de Moissac (qu'on appelle Maussac^, n'en a pas usé comme il devoit, et a mal expliqué ce droit à l'année 1513, N" 128. M. l'abbé Fleury auroit traité cela avec simplicité et vérité et auroit t'ait honneur à la muse innocente de l'ambassadeur qui a conservé cette gloire à sa patrie.
Mais si le journaliste n'a pas tort en ce point , croyezvous qu'il ait bien fait de mettre dans ce même journal, àlarticledes Mémoire:icIe Huérature(Ton\e XI, p. 2), une des lettres de Busbec du V octobre I 58^, de la traduction de Tabbé Beschet, et où Busbec parle très-mal du Parlement que le roi Henri III vouloil réformer? Voyez cet endroit, p. Ô89 du Journal j et vous serez bien étonné, je crois, que dans les conjonctures où nous sommes, on ait employé cette lettre dans un ouvrage savant et i)ublic, et (ju'on ait été choisir celle-là exprès quand il y en avoit tant d'autres à prendre. Que ce soit ou distraction, ou un autre motif, cela ne parolt pas excusable vu l'état présent de l'exil. Il est dû des bienséances aux afflictions , et vous souvenezvous que le bon M. Ménage eut bien de la peine X se tirer avec toutes ses protestations d'une certaine élégie qu'il adressa au cardinal Mazarin en 16G0, et où il y avoit des traits contre le l\'irlemeni? Du reste, ces lettres de Busbec sont bonnes à ajouter au Journal de Henri III, et contiennent des faits très-curieux. Bayle n'a pas oublié d'en faire un bon article, et je ne sais pas comment M. Godefroy, dans ses Noies sur l'Ktoile, n'en a pas parlé aux articles qui rapportent les faits î\ peu près pareils : on devroit mettre tout cela en un même volume. C'est le V. Souciet, jésuite qui a écrit contre Bayle pour veni:cr saint Augustin. Nous verrons bicnlAt (juehpie janséniste; critiquer le jésuite, et dire *jue la cause, de; saint Augustin n'éloit pas entre les mains d'un bon avocat; et que va devenir B.ivlc enfermé entre ces deux feux?
LETTRK XLVir, 43Ô
Vous pouvez encore boire et manger pendant quelque temps jusqu'à la venue des Lettres de iM""' de Sévlirné; ily en aura 6 volumes au lieu de deux ; on y refondra les deux premiers en les rangeant dans Tordre des temps et il y aura bien des corrections. L'éditeur, qui est un M. Perrin, Provençal, est détourné de son travail par une bonne succession qui lui est venue et qu'il est allé recueillir en son pays. De quoi aussi ce défunt s'est-il avisé de mourir intestat, ou d'instituer héritier un hommequi a de pareils trésors dans ses mains? J'en suis tout à fait fâché, car si la succession fait un procès, irons-nous intervenir pour l'intérêt public?
Si vous voulez savoir quelques faits curieux sur Lalné, voyez les Notes faites par Desmaizeaux sur la lettre -ICrlde Bayle. Vous verrez Ijien que la 1" de ces Notes est de moi, et j'en ai parlé comme témoin (on y a fourré le Hvre de Chambau, médecin, que je ne connois point du tout, et je n'avois garde de parler en 1710, temps de Laine, d'un livre imprimé en 1714. ). Je ne sais ce qu'est devenu le Pétrone, qui étoit en mauvais état et mangé des vers dès ce temps-là.
On nous avoit promis une édition de Rabelais bien augmentée, mais ce ne sont que les notes anciennes de Le Duchat en 6 volumes in-12 ; il devoit y avoir un inquarto avec des figures de le Picard , mais cette crème philosophique est évanouie.
Lettre XLVIP.
A Paris, ce 24 octobre 1732.
Le père Bougerel sera bien aise. Monsieur, d'avoir le manuscrit ipie vous lui promettez. Je ne Tai pas encore vu, j'en réponds par avance, et il attendra l'occasion ; il m'a parlé avec imi)alience d'un autre manuscrit (jui est fort gros, où sont les plaidoyers de Cabrière et de Mérindol :
4S6 COaUKSPONOANCK lNr:i)ITK.
je ne sais si vous l'avez. Notre ami M. IWmrcl m'a dit (ju'il en avoit un, mais il n'ost pas communicatif et ne vous ressemble pas.
L'arrùt d'Aix sur le mandement vous aura été donné deux fois. Avcz-vous celui du Jutlicium Francoruuij du mùme Parlement? 11 seroit curieux de savoir les raisons de .M. de i^iolent, qui assurément ne vouloit pas prendre le parti des panniers. Je n'ai point lu le P. Souciet et ne le lirai point sitôt. J'aimerois mieux son Astronomie de la Chine que toute cette controverse théoloi,M(jue , où notre philosophe n'étoit pas bien savant; je n'entends [)oint conlirmer la nouvelle du Parai^uay ; c'est un bruit qui se renouvelle de temps en temps et toujours faux.
Nous ne savons rien de ce qui s'est passé avec M. le premier président : cela est tenu secret et ne doit pas être bon pour le Parlement. Le Koi a une sorte de catarrhe qui s'est déterminé en orillons, et cela lui a fuit une si grande douleur, qu'il a fallu le saigner du pied le mardi 21, à7 heures du soir, mais il a bien dormi et n'a point de fièvre. Fontainebleau est un st'jour malsain quand il pleut.
Le petit enfant qui restoit seul de M. le [)résident de Maisons et de toute sa famille est mort. Sa nourrice Ta laissé toml>er, il y a quehjue temps, et cette chute lui a donné un abcès qui l'a emporté. Ainsi voilà toute la race finie, cl la succession passe à une vieille M""' de Belle Korrière, qui exclura M"" la duchesse de Gùvres et M. de la Chesnelaye son frère, qui avoient pour mère la sœur de celle vieille dame. Il n'y a qu'à vivre pour hériter de tout le monde. M"" la présidente de Maisons la jeune en auia une bonne part pour le mobilier. .Maisons va passer à d'autres générations, et toute la superbe du surintendant va s'éteindre.
J'ai appris une plaisante chose qui entre pourtant dans la lilléralurc. M"' de Lavigne de Malcrai» qui se dit Bretonne du Croisic et (jui paroil nous donner de lenq>s
en temps d'assez jolis vers, et à qui Voltaire vient de faire une déclaration d'amour, n'est point une lille. C'est un bon Breton qui s'est avisé de prendre ce masque et qui s'appelle M. Lafichard, nom assez vilain qu'il a cru pouvoir changer en ce pseudonyme d'un genre nouveau. Il ne croyoit peut-être pas faire d'amant, mais sa poésie lui en a donné un poëte, et je crains bien que ce poète, fâché d'avoir été trompé, ne change aussi ses éloges en satire, comme fit La Fontaine contre la femme de Colletet, qui ne fit plus de vers après la mort de son mari parce que son mari lesfaisoit. L'aventure est singulière, et Voltaire mérite assez d'avoir été pris dans ce panneau. La traduction de l'abbé Beschet des Lettres de Busbec n'est pas bien exacte, et surtout celle du l\irlement. Le journaliste devroit bien plutôt faire cette critique, qui est de son ressort, que de donner crûment cette lettre à lire à tout le monde, dans le temps qui court; il devroit aussi remarquer que celle qui concerne l'affront fait à la reine de Navarre en 1583 n'a point été traduite, et je ne sais comment Bayle qui a tant approfondi ce fait n'a pas parlé de cette lettre, vu que Busbec lui étoit si connu.
Lettre XLVIir.
A Paris, ce 28 octobre 1732.
Nous voilà, iMonsieur, au 27 octobre ; la chambre des vacations est linie; elle n'a point été tenir la séance au Chtitelet comme il est d'usage, parce que cela n'étoit point dans sa commission, mais il y a eu une visite de prisonniers. La Grand'Chambre a dit (ju'elle ne rentreroit point • jusqu'à ce que les exilés lussent rappelés. On vient de me dire que l'arrêt du (^on>eil qui cas^e l'arrêté du V septembre et qui n'avoit point paru a été signifié au greffe de la cour. 11 n'y a rien d'arrangé pour la messe rouge. Voilà le dernier élut. Quelques conseillers sont revenus
4SS COIlRt:SPOiM)Ai%CU: LNtDlTK.
sur lettrosile cachot et rapprocht^s, et entre autres M. Nouet, conseiller de la 3*, lils de notre bAtonnier, et qui est homme do mérite aussi bien (tue son pt'ro.
Le Roi est tout ii l'ait rétabli de son indisposition. Voltaire a fait jouer sa Marianne X Fontainebleau. M. le duc de Mortemart ne le vouloit pas , mais l'auteur, (jui ose tout, en a obtenu un ordre de la Reine par le moyen de M"' d'Alincourl. iM. de Mortemart, pour se venger, a ordonné aux comédiens italiens déjouer une certaine pièce et la critique de iMarianne pour petite pièce. Voltaire, qui Ta su, a encore obtenu de la Reine une promesse que celte critique ne revoit point jouée; mais la Ueinc ayant oul)lié den donner Tordre, les comédiens italiens ont joué la grande pièce en présence de toute la cour et de la Reine même et étoient prêts déjouer la critique, quand la Reine s'est levée, a (juitté le spectacle , et a laissé toute la cour bien surprise et point de critique, et Voltaire triomphant. 11 a écrit une épltre en vers à M"'*' d'Alincourt; d'un autre côté, les princesses ont bien lavé la tète au poëte, et M. de Mortemart a ordonné qu'il n'auroit plus d'entrée à la comédie, mais on ne croit pas(jue cela subsiste; il n'y a guère rrinsolence pareille, il vient encore de faire jouei* sa Marianne à Paris. La critique de son Roi d(; Suède nr- Ta point humilié. Tourtend est jugé, déjjoulé de toutes ses demandes; défenses à lui d'écrire, et par ordredu Roi on le mène ;\ Rourg-en-Rresse,sa patrie, d'où il lui est défendu de sortir; il avoit fait encore un dernier mémoire contre M. le duc de Noailles, plus impertinent que les autres.
I^ folie de nos gens de cour est de jouer des comédies ; im inconnu a écrit îi M. de Sade qu'il vouloit donner une fêle à .M"' de Charolois, et lui a fait demander si elle vouloit faire un rôle, et (pi'il répondit oui ou non ; il a lépondu non. i\'ireil billet à M. de Sassenage, grand acteur, qui a aussi répondu non. Ces deux Messieurs ont j^té faire leur cour à la princesse, cpii leur a dit tout d'à-
LETTRE XIATIl^ 439
bord qu'elle avoit reçu une lettre d'un homme qui lui vouloit donner une fête sans lui dire l'endroit, mais qu'elle n'avoit qu'à venir par la porte Saint Honoré et qu'elle y trouveroit un homme monté sur un cheval blanc qui les mèneroit au lieu de la fête et qu'elle pouvoit amener qui elle voudroit, seigneurs et dames. On délibère si on ira. Beaucoup de gens qui ne cherchent que le plaisir dirent qu'il fcdloit y aller, et qu'il n'en pourroit arriver aucun mal à la princesse qui seroit bien accompagnée. La Princesse dit : mais si je ne trouve point le cheval blanc on se moquera de moi; sur cette réflexion la partie fut rompue et on est encore à savoir d'où cela vient.
Il y a du trouble à l'Opéra : on en a fait sortir Rebel qui est un excellent violon. Francœur, son Pyhide, en a voulu sortir aussi, et une actrice nommée Évremans, à qui on n'avoit donné qu'un second rôle dans un opéra nouveau de Byblis et Canut qu'on va jouer, s'en est aussi retirée; et moyennant toutes ces belles aventures Paris oublie qu'il n'a point de Parlement, et moi-même je tâche à l'oublier en vous les mandant.
On a arrêté comme faux-monnayeur un particulier, qui a dit qu'il ne cherchoit que la pierre philosophale, et qu'il avoit, chemin faisant, trouvé un élixir qui rajeunit les hommes., en sorte qu'il avoit remis un homme de cent ans à trente ans : on l'a mis à la B:istille; mais il trouvera là des gens qui aimeroient mieux vieiUir (pi«' rajeunir.
Si vous avez les derniers Mémoire.^ de Htléralure, vous y trouverez la dissertation sur le f/o?W, où Homère est des plus maltraités. Je la croyois de M. de la Motte, niais elle est de M. de Villefort> auteur des Anecdotes si célèbres, (jui a trouvé moyeu de se quereller avec les anciens et les modernes.
Il est aussi auteur du petit Traité du sacre des rois de France, qui est dans le môme volume. Plus je lis Busbec en latin, plus je l'admire, et moins j'estime la traduction
4M) COlUiFM .NDAKCI-: LNKDllK.
de M. Beschet. N'y a-t-il pas queUiiu» autre tradurtion française de Busboc?
Le Pape a donné les deux chapeaux vacants î\ MM. Aquaviva et Mosca. Ainsi tous vos attendants sont frustrés et s'en tiennent à la survivance du cardinal Coscia, qui est jugé, et dont le procès sera envoyé à toutes les cours pour justifier le droit du l*ape sur les fiefs de Piémont, que ce ministre a vendus au roi de Sardaigne. Mais le Hoi prétend les avoir bien achetés, bien payés, et qu'étant réunis à la couronne ils n'en peuvtMit plus cire aliénés; cela produira bien quelque interdit, mais ils ne font pas grand peur, et il seroit bien aisé de faire le procès aux ministres des princes pour annuler les traités qui seroient faits avec eux.
Que dites-vous, Monsieur, deces grandes matières, jointes à toutes les billevesées que je vous ai contées? Notre ami La Fontaine disoit : Il faut de tout aux entretiens, et les lettres, ne sont-ce pas des conversations? Je finirai par l'aventure de l'abbé de Clteaux et de M. de Fulvy, ù qui on dit rpi'on va couper la jambe.
M. iW'staud, qui afait cette grammaire irançoise dont on vient de donner une 2" édition fort augmentée, est un hommede mérite. H est auprès du fils de M. le P. de F^ieux, mais ce fils étoit bien malade ; et si vous voulez savoir des nouvelles du mariage de M"'" Bernard, le gendre acpiitté Malesherbes, où il a laissé sa petite femme, et est venu A Basville où il est seul. Messieurs de Lamoignon a voient cru qu*on iroit lui tenir la compagnie, mais le grandpère a dit qu'on n'avoit qu'à envoyer la femme avec son mari, et^intelligence n'est ])as trop dans cette maison. On ne dit rien des affaires politi^pK-s, comme si tout étoit en paix. — On a imi)rimé une liste des exilés qui est plus exacte que celle que je vous ai envoyée.
On vient de me dire un secret, mais il ne peut pas l'être pour vous, Monsieur : cpie l'on va im[)rimer la lacune entière des douze années du Journal dr lloni IV j qui s'est
LETTRK L'. 44 r
trouvée dans Tabbaye de Saint- Acheiil près Amiens, et que le manuscrit que vous avez n'est qu'un premier essai qui a été corrigé par Tauteur, comme Ton voit même dc^jà parce que nous avons depuis 1606 dans l'j'dition de 1719 de ces Mémoires. Nous verrons si tout cela se trouvera vrai et si ce n'est point qucUjue fraude d'éditeur; en tout cas, il sera bien difiicile dimiter le style de TÉloile. Avez-vous jamais entendu dire que Despréaux ait fait dans sa jeunesse une tragédie dWjaxf Pour moi, je tiens cela pour fable, et n'en ai vu nul vestige ni dans ses conversations, ni dans ses commentateurs; cependant c'est à l'Académie que cela a été dit, et M. Crébillon m'a cité comme sachant le fait^ qu'on vérité je ne sais point; cela entre nous.
Leltre XLIX".
A Paris, ce 12 novembre 1732.
Il n'y a point eu, Monsieur, de messe rouge ce matin, ni de rentrée au Palais, et il y a longtemps que cela ne s'est vu en France. La cour des Aides seule a rentré; on y a fait les liaran,?jues à l'ordinaire, et cela a attiré beaucoup de monde qui a rempli la irrande salle en sortant, sans cjuoi il n'y auroit eu personne.
On assure pour cette fois-ci que les lettres de rappel sont parties d'hier, et qu'au 1" décembre tout sera en place et en paix. Dieu le veuille, car en vérité celle fièvre dure trop, et le bon saint Martin doit être bien étonné.
Lettre L\
A Pari», ce 13 iioverubre l"3i.
Le bruit est tout pui)lic et la nouvelle vraie que tous les exilés sont rappelés, et que le Parlement rentre avec tous
142 CORHKSPONDANCK KNKDITK.
ses ilmits et dans ses fonctions ortlinairos comme avant les contestations. Les uns disent que le Hoi retire sa déclaration, d'autresqu'elle sera comme non avenue, et queTarrùtédu 4 septembre resto. Ouoi qu'il en soit du secret de cette opération qui n'est pas encore dévoilé, raccommodement est l'ait. On rentrera le '2 décembre parce que le 1"" décembre est fête; il y a aura une messe rouge célébrée par M. l'évéque de Soissons.
Les rôles sont laits et arrêtés ; eniin tout parolt disposé à la paix. On dit que M. le cardinal de Polignac y a eu grande part, et d'autres qu'on ne nomme point : Deus ex machina.
Le Pioi se porte bien mieux ; la cour va prendre le deuil pour la mort du duc de Savoie : on lui fera un grand service à Notre-Dame et une oraison funèbre qui ne sera pas un ouvrage facile.
M. le cardinal de Kohan et Tévèque de Metz sont bien mal; voilà les deux places de grand et de premier aumônier qui vont faire viicance.
Lettre Ll\
A Paris, ce 21 iinvctnlii*- I7!»2.
Nos absents reviennent tous les jours, Monsieur , et on les voit arriver à Paris avec grand plaisir. Il ne peut plus y avoir de chambres restant asseml)lées, ])uis{jiie l'objet de rester étoit l'exil df's six premieTs qui, ne subsistant plusà cause du rappel général, la rentrée est de plein droit et les remontrances, arrêtées le 20 d'août, cessent aussi [)arce qu'elles n\'ivoient aussi d'autre objet. Vous me demandez ce que devient la déclaration du 1K août, je n'en sais rien, mais apparemment on dira dans quehpie tenq)s : In flexuetuflinem ahiit.
Il est rnort liier un de nos Crésus, M. de Moras , qui WiMfi 8 à ÎKK), 000 livres de n^ntes, des palais, des clià-
LEÏTRK L1I^ -143
teaux, de grandes terres et tout cela acquis en très-peu de temps. Iln'avoit pas cinquante ans ; sa veuve, fille de M. de Fargis, va bien se faire faire la cour comme les autres; elle a pourtant cinq enfants et même un gouverneur qui est homme de lettres. Ce beau palais, élevé auprès de celui de M""' la Duchesse et presque son rival, n'a guère duré. M. le curé de Saint-Sulpice n'y a guère gagné pour son église et n'a pas trouvé son affaire, car il a été exclu de la maison, et quand on a envoyé quérir le P. Boursault, théatin, il n'y avoit plus personne.
Il y a quelqu'un dans le monde qui sera bien affligé de cette mort et qui porte malheur à tous ceux qui s'y attachent.
L'Opéra ne joua point hier ; il fallut renvoyer tout le monde et rendre l'argent, parce qu'une actrice se trouva malade, et celle qui devait la doubler étoit partie le matin pour aller en Angleterre, où elle court après mylord Veymoulh qui en est fou, et elle folle de lui et de ses sterlings. C'est la demoiselle Petitpas qui a fait ce beau coup-là. M"*^ la Duchesse a été des renvoyées et n'étoit pas bien triste de la mort de son intendant.
Dulys le juif vouloit établir un Opéra en Hollande ; mais la consternation où on est en ce pays-là, sur la crainte de perdre les digues dont de certains vers rongeurs mangent les bois, a fait changer d'avis, et on ne songe plus qu'à jeûner, qu'à prier, et à détourner ce maudit tléau contre qui rexcommunication seroit bonne, si elle avoit lieu in Balavia. Bonjour, Monsieur. Je ne vous dis que ce mot aujourd'hui.
Lettre LU'.
A l'.irix, ce 22 novcmhn; I7.T2,
On ne doute pas, Monsieur, (pie les lettres de cachet ne soient parties pour le retour des exilés le 7 de ce mois de
444 i:i)[uu:spom)am:k inkoitk.
novembre, ce qui ikhis prépare à une lieurcuse Saint-Martin ; car ilseroilhieu triste à Paris de voir une Saint-Martin sans parlement, sans messe rouge, sans repas, enlin «ms justice et sansarnHs. Nous prions tous pour cet heureux retour, qui sera sans doute accompagné de quelque accommodement.
11 y a bien des malades i\ Fontainel)leau. M. le duc d'Anjou a la petite vérole à Versailles; M. Je duc d'Orléans l'a eue à Saint-Cloud et en est guéri sans médecin et sans saignée; mais M. le duc d'Orléans son père, qui Fa voulu garder, l'.i gagnée de lui, et comme elle s'est déclarée dans sa retraite à Sainte-Geneviève, il y est resté. S. A. R. l'y va voir tous les jours, et la reine d'Espagne aussi; il y est traité sans médecins; il n'y en a qu'un pour la forme, qui soutient que ce n'est point la petite vérole, et ces bons religieux ont belle compagnie de princesses pendant que le Palais-Koyal est abandonné aux nouvellistes. La maladie a son cours ordinaire et on n'en craint rien. On ne sait où le Hoi ira à son retour de Fontainebleau, la petite-vérole étant à Versailles, et où même il man(iue d'eau et où tous les canaux sont crevés. Voilà toutes ces grandes magnilicences de bâtiments qui dépérissent.
Je suis bien de votre avis sur la traduction de Busbec, qui n'entend j)oint le latin et qui prend admiralio pour admiration^ et (jralia pour grâce ',\ il est de ceux qui disent que collefjium veut dire collège. Cela ne méritoit pas la place dans le recueil du Père Desmolets, qui y met bien de la bourre.
On débite secrètement rA>/W/raf/o/< de rf^pîlreaux Romains par feu M. Paris, le saint diacre; il n'y a encore que le premier chapitre qui fait un volume. Ce .sont des conférences qu'il Idisoit aux ecclésiastiques de Saint-Cosme : M. son frère, conseiller, a prêté ces manuscrits à (juelqu'un qui lidèlement les fait imprimer, et dit (ju'il les rendra après l'impression. Le style est net et dit clairement ce qu'il veut dire.
Lettre UIF
A Paris, ce 28 novembre 1732.
Toutle Parlement rentre lundi, Monsieur, en vertu d'un avertissement bien singulier, dont je vous envoi** copie et qui fait bien raisonner. On demande d'où et comment cet office n été interposé^ et quelques-uns prétendent y apercevoir une exécution de la déclaration du 18 août. Tout cela n'est pas encore fini.
Le Roi se porle bien ; il a été à la chasse mardi et a pris un cerf; il a encore monté quatre chevaux hier ; il en montera encore demain; ainsi sa santé est confirmée, et il marque des bontés particulières à tous les gens de sa cour.
M"'' de Vernicourt est accouchée d\in garçon, par M. Péra; le Roi l'a su, y a pris part, en a dit la nouvelle et beaucoup de bien du père, qui voudroit déjà que son lils fût en état de servir.
On a proposé à M"'*^ de Moras d'épouser Don Carlos ; mais on lui fait dire qu'elle ne veut pas se marier en province. C'est un mot de l*aris.
Le Roi a une incommodité qui l'empêche de monter à cheval. Il n'y a plus de chasse à Fontainebleau et même ni spectacle, ni jeu, ce qui met bien des gens en repos. Le Roi arrivera le '21 à Petit-Rourg, et verra la chasseen calèche. M. le ducd'Orléans se porte bien mieux, et a été i\ la messe; c'est un [»rince d'un grand exemple. La mort du roi de Sardaigne met toute la cour en deuil pour (juatre mois et demi.
Voilà une triste et cruelle mort i)our un si grand héros; il n'a été «jssisté de pers )nnc dans son malheur. On dit (ju'il a voulu voir le roi son lils, qui ne l'a point voulu voir; il demandoit à lout monient si don Carlos étoit en Italie, on ne le lui disoit point; à la lin on eut or-