Ml.MUlKhS 1)1. MAlHIKl' MAKAIS
Isle. Uuc ce Mémoire nvoit M adressé à un noininr llugé, qui l'avoil fait tenir on Hollande, et, qu'en elïet , il a cti' uns, en ce teinps-Ià, dans la (Minette. M. le Procureur Oéuéral a rapporté cette gazelle À la Tournelle. On vcul approfondir tout ce fait. I/abhé Mari^on est d'ailleurs un fripon, (lui était espion de M. le Blanc et son bibliolhécaire. et qui a trompé autrefois le i*. Quesnel. Tout ceci est une intrigue affreuse qui se développera.
M. de Lezonnet, rapporteur de celte grande affaire, s'en eî»t défait. Elle est donnée à M. Pallu, conseiller à la fii-ande Chambre. Amiot, greffier, a voulu se retirer, parce que l'abbé .Margon lui a soutenu, à la Bastille, qu'il avoit mis le nom du duc d'Orléans au lieu de M. le Blanc, dans un article d'interrogatoire. Mais la chambre lui a ordonné de rester. On mêle dans cette affaire une sédition «ju'on prétend avoir été projetée par M. le Blanc, dans Paris, pour assassiner les frères Pî\ris. Ce n'est pas sans raison que l'affaire passe t\ un conseiller de la Grande (Chambre, parce qu'un maître des requêtes ne peut pas être rapporteur s'il se trouve quelque accusé noble et privilégié, et M. le Blanc, maître des recjuêtes honoraire, est du corps de la Cour.
30 août 172'* [suite). — Le vicomte de ïavannes a renvoyé sa femme, qui avoit perdu son peloton à Chantilly, où se trouva le portrait de M. d'Agout, son amant trèssecret. Il l'a rendu à M"^ du Breuil , sa mère et sequilar leriler filia matris iter... Le monde dit que M. de Tavaiines est injuste d'accuser sa femme, lui (jui couche avec M*' de Creil, (lui est la sœur de sa femme. Cela se dit tout haut, et voilà comme les maris ont toujours tort.
— On a plaidé pendant plusieurs audiences, au Palais, la rause du registre de l'accouc heur. Il a été ordonné, à la tin, que, sans préjudice du droit des parties, et sans tirer à ronséquence, Pécriture sera vérifiée par experts. Ce jugement a fort surpris, il préjudicie fort au.\ parties et au public, el il tire fort î\ conséquence , quoique la
sentence dise le contraire. Il est parlé de yV"^ de Choiseul en plusieurs endroits de ce registre. Dans Tun , il dit qu'un tel jour qui étoit tel de la lune, il a vu iM™^ de Choiseul qui avoit perdu ses règles. 11 parle encore de cette perte dans d'autres articles, et toujours de la lune. Enfin, au 8 octobre 1697 (encore jour de la lune, et qui est le jour de l'accouchement), il dit avoir trouvé la matrice peu dilatée, qu'il a accouché d'une fille, comme il est dit sur le 9 d'août et qu'on lui a donné 30 louis d'or, faisant 4-20 livres. On prétend reconnoitre et vérifler ces écritures. Les femmes sont bien embarrassées; elles veulent avoir des hommes pour les accoucher, et ces hommes sont des docteurs, des journalistes et teneurs de livres. Les sages-femmes sont des ignorantes qui les blessent et les font mourir. Il vaut mieux se tenir aux hommes, sauf le hasard des registres et des vérifications.
Le maréchal d'Estrées ne tiendra pas les États de Bretagne. Sa femme en a pleuré et on a vu ses larmes. Elle y perd bien des présents. On couche à Saint-Brieuc où se tiendront les États, cette année. Le maréchal d'Alègre y va avec sa femme, nouvelle mariée. M""" de Rupelmonde, M"^ de Maillebois, et Dieu sait la vie qu'y vont mener ces dames galantes. Il faut que chacun ait son tour. Le maréchal d'Estrées vouloit avoir le commandement de Bretagne, après les États finis; mais c'est un double emploi que le Roi ne veut plus souffrir. Il est bien fâché d'avoir voulu marchander.
Le marquis de Roncherolles, de Normandie, épouse M"*^ de Jassaud, fille dû président des Comptes, dont la femme est Coulard, et son père, Coutanl^ étoit marchand de drap, rue St-Honoré , Aux armes crAnfjleterre. On lui donne 800,000 livres. Il y a un frère Coutard, qui est conseiller aux requêtes du Palais, qui fit graver autrefois l'estampe de Despréaux, et ({ui, par \i\, a cru s'attirer le titre de bel esprit. Il est curieux en reliures de livres et en dorures. Il parle de tout, et ne sait rien.
136 MK.Mi)lBh:S 1)K MATllIKl' MABAIS.
Uoncherolleseslconseillor-iié et doyen du parlement de Normandie. Sa nii're est Bully-Leslendart et sœur du fameux marquis de Bully, agent de Law. Le manjuis de Saint-l^iui*ens n'a pas voulu donner sa lille à ce jeune mariiuis,à cause de ces relations de son oncle avec le dévastateur du royaume, quoiqu'il y eût des articles signés. Il a mieux aimé la donner au marcjuis d'Anlezi, de la maison de Hamas, qui en a eu le régiment de Nice.
t'pigrammc contre /'on(enel/ey qui va lire dans les maisons une
comédie du Fanlôme.
Le pliëuix de nos beaux esprits, Poëlo, oratoiir, nslrononie.
Va de Clarisse chez Chloris Lire sa pièce du Fantôme.
Or un fantôme, ami lecteur, Surprend et s'cxale en fumée.
Ainsi va de la renommée Kt des rentes de notre auteur.
Le roi d'Kspagne a la petite vérole, ainsi que la [)etite princesse, M'"" de Sens, tille de M""" la duchesse.
FIN DE i/année 1724.
ANNÉE n25.
Le prince Frédéric d'Auvergne. — On a vu, au coinniencement de cette année, le mémoire du prince Frédéric d'Auvergne, contre l'archevêque de Cambrai, cidevant Tabbé de Saint-Albin, et fils bâtard du duc d'Orléans et de la Florence, fille de l'Opéra, au sujet du prieuré de Saint-Martin, qui a été escroqué par une coadjutorerie consentie par l'abbé de Cluny, frère du prince Frédéric. Puis, l'abbé de Cluny, aujourd'hui archevêque de Vienne, après la mort de l'abbé de Lionne, prieur de Saint-Martin, s'est moqué de la coadjutorerie consentie, et a donné le prieuré à son frère. Le duc d'Orléans est mort en 1723, le 2 décembre. Le prince Frédéric a pris possession depuis sa mort, et, dans les trois ans, a intenté une plainte contre l'archevêque de Cambrai , au Grand-Conseil. Le Roi a évoqué l'affaire et a nommé des commissaires. C'est devant eux que s'est donné ce mémoire, où on soutient la coadjutorerie nulle, parce que le prieuré simple, et possédé en commande, n'en est point susceptible, et qu'elle est contraire aux droits du Koi, de sa couronne, des induUaires, des brevetaires, des gradués et de tous les expectants. On tâche de dépouiller ce fils bâtard, qui n'a point été reconnu, et qui est archevêque de Caml)rai. 11 y a un mémoire où on examine sa naissance et sa tonsure. Il est né le (1) 1698, suivant
le certificat d'une sage-femme et de Poncet-Coche, valet
(I) Les (1.1 les (lu mois manquent pour la naissance et le bapkMnc. (.Vo/e de l'Editeur.)
138 MKMOIKKS DK MATHiri' MAKAIS
ilethiiinluv du iluc (rOrU'ansclilc Marie l>ctlore,sa leininc
et a été Kiptisé le 170V, au iMans, par un curé,
en présence de deux jésuites, dont Tun étoit sous-préfet, et plusieuis autres personnes, sous le nom de Charles, et a été tonsuré à l*aris par le cardinal de Noailles, sous le nom de Charles do Saint-Albin , avec une dispense du pape Super defectu tiatalium. On prétend qu'il a dû avoir un diinissoire de Tévèque du Mans pour se faire tonsurer, ou que son extrait haptistaire lui est inutile. I.e liéirent, qui avoit attrapé ce bon prieuré, qui est de ÔO.OOO livres de rentes dans Paris, pour son fils, avoit proniis au prince Frédéric une bonne ahbaye, et lui dit même de dire à tout le monde qu'il avoit celle de Saint- Ouen ; mais il se moqua de lui, dans la promotion, comme de bien d'autres, et ne lui donna rien. Inde itWj et voilà le procès d'aujourd'hui. C'est un moine de Cluny qui, |>our se venger de l'abbé, contre qui il plaidoit depuis longtemps, donna au Kégent l'invention de cette coadjutorerie qui fit grand plaisir, et pour laquelle on a fait toutes sortes d'intrigues en France et à Rome, et il y en aura encore bien d'autres, jusqu'à la fin du procès. Coche ,
«plia mis l'enfant sous son nom, a toujours été le maq
du Kégent, et sa femme Hédoré, lille du fameux Bédoré, traiteur, rue Tirechappe, est du même métier, et aimée ptibliquement d'unDodun, receveur général des finances, depuis plus de vingt ans. Il n'y a rien que de gîUé à tous ces ménages.
Lk pai»e. — Ï.ES DOMINICAINS. — Lc Papc a écrit un l»ref au général des dominicains, pour le féliciter sur ce que Tordre a toujours conservé la doctrine de la grAce efficace par elle-même et la prédestination gratuite, aufe prj'cisa mérita, suivant FFcriture, les Pères, les conciles et la tradition de l'Kglise. On a pris cela pour un bon augure contre la Constitution. (Cependant h; P.ipc l'a acceptée, cl le cardinal de Noailles, ayant écrit (pi'il l'accepleroit dans le sens du Saint-Père, le Pape, le [)rcsse
JANVIKR 172 S (vg
d'accepter purement et simplement, et l'exhorte de finir cet ouvrage. Ainsi, le cardinal a toujours été et sera toujours la dupe dans cette affaire, et les jésuites, qu'il a interdits de prêcher, de confesser, ne sont pas interdits d'intriguer.
Je joindrai ici le bref aux dominicains, qui est toujours d'un grand poids pour la doctrine et une sorte d'explication de la Constitution, que le Pape regarde comme ayant voulu seulement condamner les propositions de Jansénius et celles qui en résultent.
On a exilé un bénédictin, le P , qui a prêché l'A-
vent à Saint-Séverin, et qui, dans ses sermons, a fait un portrait très-ressemblant de l'évêque de Fréjus, si bien qu'une lingère qui lui fournit ses rabats l'a reconnu. Ces exils, contre qui on crie, ne laissent pas d'avoir toujours quelque fondement.
Lundi, 8 janvier, 9, 10. — M. le Blanc. — Toutes les Chambres du Parlement se sont assemblées, pour examiner l'information faite sur les quatre assassinats qui lui sont renvoyés, dans laquelle on prétend que M. le Blanc, cidevant ministre de la guerre, et qui est toujours prisonnier à Vincennes, est compris. Il est privilégié, et du corps du Parlement, comme maître des requêtes honoraire, et a droit de faire assembler les Chambres. Le duc d'Orléans y est venu, le prince de Conti, le maréchal de La Feuillade, le duc de Richelieu et le duc do Villars-Brancas. Il y adeux rapporteurs : M. PaUu ci M. Dclpech de Merin ville. On a été étonné de voir là le duc d'Orléans, (]ui doit entendre bien des choses contre son père. Le maréchal de La Feuillade étoit ennemi du Régent, et ne vient pas à bon dessein, mais pour faire plaisir à iM. le Duc aussi bien que le duc de Richelieu. C'est une affaire des plus importantes qu'on ait vues depuis longtemps dans le royaume. Il ne s'agit pas de moins ([ue de décrier la maison d'Orléans, rendre la mémoire du Régent odieuse et faire mépriser son fils, qui n'avoit pas trop que faire
140 MF.MOIKKS PF M ATHIF.l' MARAIS.
à cette assoinhlét'. On a lu t]urlt|iu's dis[)()sili()ns au su je! il'un nonuné Gazaii de La Combe, qui l'ut arrêté en 1718 sur une lettre de M. le Blanc, qui dit, dans sa lettre, en avoir l'ordre du Héi^^ent. Il fut mené, sur cette lettre, chez la Biirre, lieutenant de la maréchaussée, en charire piivée, où aprt s quelque temps, il s'est trouvé pendu à la quenouille de son lit. On veut faire tomber cette mort sur M. le lUanc. qui adonné Tordre de l'arrêter. La veille de la mort, il est prouvé que Lacombe soupa avec joie, dansa et joua du violon chez la Barre. Cela fait croire sa mort involontaire. La Barre se défend par l'ordre qu'il a reçu d'arriMer, elle ministre, par l'ordre verbal qu'il a reçu du Régent et qui est exprimé dans sa lettre, et on prétend que cet homme s'est pendu lui-même. Selon le droit public, le Boi est juge et le nom de roi est un nom déjuge. Le Bégent le représente. Il peut faire arrêter et même tuer en crime d'Ktat. Le Boi peut juger sur-le-champ, î\ mort, sans formalité, comme on a vu le roi Henri 111 juger le duc et le cardinal de Guise à Blois, et Louis XllI le maréchal d'Ancre. Ainsi, on pouvoit avoir fait tuer cet homme en riiminel d'Ktat, mais cela est bien délicat chez un Bégent.
Le mardi 9 f on a recommencé à travailler à cette affaire depuis neuf heures jusqu'à midi, en présence des mêmes personnes.
Le mercredi 10, les ducs ne sont point venus, mais seulement les deux princes du sang. Plusieurs dépositions parlent du duc d'Orléans, Bégent. Le duc d'Orléans, son fils, a parlé, cl a dit qu'il entendoit impatiemment tout ce rapport, où on affectoit de mal parl(;r de son père, cl qu'il m; retireroit. Le Premier Président lui a ditcpi'on ne pouvoit s'empêcher de lire les dépositions destémoinsen matière criminelle, que la Compagnie savoit lo respect qu'elle devoil i\ la mémoire de son père et j\ lui, mais qu'il» étoient dans l'ordre, et (]u ils seroicnt fâchés qu'il se rctirAt, parce que ses lumières pourroient leur servir lors de la décision.
JANVIER 172d. 141
Vn des rapporteurs a remarqué que M. le Blanc n'étoit pas secrétaire d'État de la guerre, quand il a donné l'ordre d'arrêter Laconibe , mais seulement du conseil de la guerre . Le duc d'Orléans a dit que, comme conseiller de ce conseil, il avoit tout parcouru et qu'il avoit même le détail de la guerre alors. On est toujours étonné que le duc d'Orléans vienne là, mais d'autres disent que cela arrête bien des discours. M. Fallu entre dans de très-crands détails et, quand on l'a voulu empêcher, il a dit qu'il y étoit obligé pour l'acquit de sa conscience. Le duc de La- Feuillade dit, la veille, auprès de la cheminée, que cela étoit bien fatigant de venir là tous les jours pendant trois heures, pour être assis et entendre lire. Un conseiller de la Grand Chambre lui dit : « Cela n'est pas fatigant «( pour nous, parce que c'est notre métier, mais cela peut « l'être pour vous, parce que ce n'est pas le vôtre, et puis, « pourquoi y venez-vous? » — « J'y viens, dit-il, parce (( que M. le duc d'Orléans y vient. » Ce qui a paru une mauvaise raillerie, étant l'ennemi déclaré du feu duc d'Orléans.
Un officier, qui m'a paru bien informé, m'a dit le secret de cette animosité contre >k le Blanc. M""" de Prie, aimée de M. le Duc, l'étoit aussi du marquis d'Alincourt. Elle voulut ravoir ses lettres au marquis, et pria M. le Blanc de faire en sorte de les retirer. Il lui promit, et les relira effectivement, avec bien de la peine, puis les porta, avec d'autres papiers, dans son chapeau, chez M'"*^ de Pléneuf (mère de M""^ de Prie), avec qui il étoit très-bien. ^jmc jg Pléneuf, curieuse comme une femme, se jette sur les papiers. Le ministre, amoureux, les lâche. Elle voit les lettres de sa fille, avec qui elle étoit brouillée, s'en saisit, paye ce vol à son amant en femme galante, et, par une trahison abominable, elle porte les lettres à iM. le Duc, qui voit clairement l'infidélité de sa maltresse et la lui reproche. Lanialtresse, furieuse, jure de perdre le ministre. Le prince pardonne à sa maltresse, entre dans sa colère.
14S MK.MOIKKS DK MATIlIEl' MARAIS.
el tous deux, joiiils enseinl>U\ le Viuit faire périr, s'ils jH?uvcnt. iuniius teteniwa helll causa. H yal)ien de Finiprudenoe, de la légèreté, pour ne i)as dire de perlidie, dans la conduite de cet honnne, à qui on s'étoit confié d'abord, etquisacrilieAsamaitresse des lettres qui lui a voient éU^ données comnje un grand secret. Kt voih\oii conduisent les passions, et ce que c'est que riioniuie, (pii, d.nis les plus ::randes places, est toujours homme.
On a remarqué que, le 28 décembre, le commilliinus au grand sceau a été accordé au Parlement de Paris, avec de l>eau.\ éloges. Par l'ordonnance de lt»G9, ilsnePavoient qu'au j>etit sceau, et le roi Louis XIV leur avoit toujours refusé. C'est un présent qu'on leur a fait parce qu'on a affaire d'eux, el cela est bien proche du rapport commencé le 8 janvier. Cette proximité pouvoit être évitée, à cause des observateurs malins.
\Ais trois ducs qui se sont retirés font beaucoup parler. Ils n'avoient que faire d'y venir, pour se retirer sitôt. Le maréchal de Bezons, beau-frère de M. le Blanc, a dit à M. le prince de Conti qu'il avoil de quoi récuser M. de La Feuillade, qui étoit ennemi juré de M. le Blanc, et qu'il Tauroit déjà fait, sans le respect dû au prince de Conti. \Ai duc de La Feuillade en a été averti apparemnicnt , el sur cela, il n'est plus venu. In cordon bleu, homme de grande qualité et de beaucoup d'esprit, est venu me voir ce matin et m'a dit : « Que pensez-vous de ces trois misé- " râbles ducs qui ont (piitlé î Uue venoient-ils faire là ? Kl w ce .M. de \ji Feuillade, (jui se donne p'>ur le parangon et « le héros, n'a-t-il pas f.iitià une bi'lle b«.'.sogne? »
1a' jeudi M, on a continué l'alfaire. Les deux princes y sont venus el il n'y a plus de ducs. On a trouvé, dans la dé|M><>ilion d'un témoin, que la veuve de Lacombe n'éloil pas trop fAchée de la mort de son mari, et qu'elbî éloil enlretenu»! par l'évèque de Vabres, qui l'aimoil f Filleul de La«h«p«'lb' . Ainsi, tout se découvre. On a aussi trouvé parmi les papiers de la Barre un état delà dépense
JANVIER 172o. 143
qu'il faisoit pour ceux qu'on mettoit à sa garde^ et, entre autres, on y a trouvé la présidente Ferrand, qui fut arrêtée, menée chez la Barre, et là, interrogée par M. le Blanc, qui la ramena chez elle et qui lui demanda : c Promettezvous à Dieu et au Roi de dire vérité? » Forme de serment nouvelle. Elle répondit qu'elle faisoit cette promesse en se levant tous les matins. C'est la veuve du président Ferrand , des requêtes du Palais, dont leslettres au baron de Breteuil ont été imprimées, où il^ a plus d'esprit que d'amour.
Un grand seigneur m'a dit avoir appris du prince d'Auvergne, qui le savoit d'un des témoins, officier de dragons, que cet officier ayant été arrêté chez la Barre , par ordre de M. le Blanc, sans savoir pourquoi , il avoit mangé pendant quinze jours avec Lacombe ; qu'ils y étoient bien traités et bien couchés; qu'un matin, il entendit la femme de la Barre qui crioit, qu'il alla à elle, et elle le mena dans la chambre de Lacombe, où il le trouva au pied de son lit, couché et mort, avec une corde au tour du cou attachée au pied du lit ; qu'il ût remarquer l'impossibilité que cet homme se fut étranglé avec cette corde attachée si bas ; que la servante de la Barre dit la même chose, et que, dans ce moment, M. le Blanc entra avec la Barre ; qu'il fut étonné de voir là un officier, et lui dit : t( Que faites-vous là? » — « Hélas 1 lui dit-il, iMonseigneur, vous le savez mieux que moi; il y a quinze jours que je suis arrêté ici sans qu'on m'en ait dit le sujet. » Puis il se retourna vers la Barre et lui dit : « Ne vous avois-je pas dit de mettre Monsieur dehors avant-hier? » — a Cela est vrai, Monseigneur, mais vous me donnez tant d'ordres que j'ai oublié celui-là. »
1 1 janvier 1725 ( suite). — L'officier demanda au ministre ce qu'il avoit à faire; il lui répondit : « De vous en aller ; c'est une méprise. » Il ne se le lit pas dire deux fois et s'en alla, et laissa le ministre avec la Barre et le corps mort, qui étoit dans la haute chambre. On a retrouvé cet officier, qui est de Provence, on la fait venir,
M4 MKMOIKKS DK M VTIIIRU MARAIS
et il ailéposé ce fait. (|ui cnI l>it'n ttranuo. Il y a un autre témoin qui est une M""" de Sainl-Géran, niailresse de La-
couiIhî I car il y a des p partout ), qui dit qu'étant
allée à M. le duc d'Orléans demander sa liberté, quoiqu'il eût joué bien des tours, il lui dit : u On se défera bientôt de ton (iazan de Laconibe , et il ne te fera plus de mal. » Cette Saint-liéran est une Gasconne, mère de cette fille qui tua un ofticier d'un coup de pistolet, parce qu'il n'avoit pas voulu épouser sa souir, à (]ui il avait fait un enfant. Cela est arrivé à Montpellier.
Iriulredi i'2. — Cette nuit, du jeudi au vendredi , s'est mariée M'"* de Locinaria, veuve d'un homme de qualité de Bretagne, au nianpiis de Lambert (jui l'aimoit depuis longtemps. Elle lui donne une belle maison à Paris, et la jouissance de 25,000 livres de rente. Il est fils de M""' de F^and)ert, ce bel esprit qui protège les )>eaux esprits du nouveau style, et qui en tient académie riiez elle. Klle ne vouloit pas que son lils l'épousîXt , parce qu'elle veut avoir de sa race, qui n'est pas trop bonne. H lui a fait trois soumissions respectueuses, et voilà les lieaux esprits, avec leur imagination tendue de deuil, occupés à faire deç élégies. Ce qui doit fAcher la mère, c*esl qu'autrefois elle avoit «'puisé tout son esprit à lui donner de beaux conseils, qu'on a vu manuscrits dan^ le mondr, et il n'en a point prulité. C'étoit bien le précis de Iruit ce (jue notre langue peut avoir de plus affecté et de plus précieux. M""" de I^ocmaria a été une des plus aimables femmes de la Cour et a eu bien des amants, sans son mari , (\uï la prend pour femme parce (ju'il est las de l'aimer. On les croyoit mariés depuis cinq ou six ans ; mais tous ces mariages secrets ne sont que des prétextes pour coucher ensemble, et à la lin un vrai mariage vient, et on n'y couche plus.
— Ine M'"" de (Àijuvres-d'Kslrées, (pii avoit épousé, depuis trois mois, M. <lu Laurent de Dampus, est morte. Klle adonné à son mari tout ce qu'elle a pu lui doiin<'r et
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même son nom de d'Estrées. Il re fait appeler le marquis d'Estrées, mais ioute la maison d'Estrées s'y oppose et prétend qu'une femme ne peut pas donner par son contrat de mariage ^ à son mari , son nom , qui est un grand nom^ sans le consentement de la famille.
Il y a une autre M""" d'Estrées qui a aussi épousé un Dampus, cousin de l'aufre, et qui s'appelle M""^ de Dampus. C'est la sœur du feu duc d'Estrées.
M. le Premier Président a été reçu à l'Académie fran-
çoise le décembre dernier. On n'a pas encore vu la
harangue et la réponse de M. de Valincourt , deux mauvais ouvrages. L'un a harangué en avocat général et peutêtre en déclamateur, et non en académicien; l'autre a voulu instruire de la manière dont un Premier Président peut remplir ses travaux académiques, et il ne sait pas qu'un Premier Président a tout son temps employé, du matin au soir, sans pouvoir songer à l'Académie. Les uns ne dévoient pas le choisir, l'autre ne devoit pas accepter. Voilà le jugement du public. On parle bien différemment desdeuxrapporteurs du grand procès. M. Pallu est un homme lourd, rapportant bonnement et qui passe bien des choses. M. Delpech de Mérinville est un homme exact, attentif, qui pèse tout, qui sait tous les fails du procès dont il a fait un bon extrait de sa main, et c'est un des meilleurs juges de la Grand'-Chambre. On croit déjà s'apercevoir que M. Pallu sera pour M. le Blanc, et l'autre contre, mais sans un autre objet que la justice, et sans vouloir servir la Cour.
Le samedi 13. — Le jour de la Saint-Ililaire, le Premier Président est venu à l'Académie à cause de la fête du Palais, et a voulu montrer qu'il profitoit des préceptes de M. de Valincourt.
15 au 22. — Le Roi est parti pour Marly. il a paru une liste des seigneurs et dames , nommés par le lioi, outre les ol'ficiers de service et les honneurs, c'est-à-dire les dames d'honneur des princesses.
146 MKMOIRKS l>K MATIllKU MARAIS.
\a^ Parlement a continué de s'assembler tous les matins sur l'affaire de M. le Blanc. M. le duc d'Orléans et le prince de Conti y ont toujours été, et le maréchal de Bezons avec la famille, toujours à la porte de la (irandrJiamhrc.
Le vendredi, 19, le rapport a cessé et la Cour a remis au lundi pour opiner, laissant le samedi pour se recueillir dans une affaire de cette importance.
Luftdi '2'2. — t^n a opiné dans Taffaire de M. le Blanc. Il ne s'est pas trouvé matière au moindre décret. Toutes les voix ont été d'accord, et il y en avoit 170 : les deux raj)porteurs, du même avis. L'abbé Menguy a opiné fort ëloquemment et a repris tout le procès. La forme de rédiger l'arrêt a fait un peu de i)cine. Les uns vouloient mettre : « Sans s'arrêter aux conclusions du Procureurgénéral » ; les autres, « Vu les conclusions », et ce dernier avis a passé, comme plus doux, quoiqu'on ne s'arrête pas aux conclusions. Le procureur général est déjà assez blAmé par l'arrêt même, qui n'a rien trouvé à reprendre dans une matière où il avoit trouvé sujet de décret de prise de corps. 11 y a eu une voix pour décréter d'assigné pour être ouï, M. Arnaud de Boisse, maître de requêtes, qui a entendu des témoins chez lui , avec son secrétaire, sans qu'on sache de quelle autorité. Cet avis solitaire n'a point été suivi, et ne laisse pas de noter M. Arnaud. C'est celui qui, étant conseiller au Parlement, étoil le rapportiîur de tous les procès des Cartouchiens et cpii aimoil tant à aller ;\ la Grève, il est gendre de M. (iuéri de Chesne, avocat; il est présentement au goût de la (x)ur et a eu quelque commission extraordinaire avant les lettres patentes. Au sortir de la (irand'-Chambre, on a battu des mains , et le public a paru très-content de l'arrêt. I^ duc d'Orléans et le prince de (^onti ont passé avec acclamation dans la foule du peuple. (Cependant M. le Bl.'inc est toujours î\ Vincennes. Il est blanc sur les quatre assassinats, mais non p.is, apparennnent ,
sur les autres laits d'État. 11 est dans le même endroit où étoit l'abbé Servien qui, quand il en sortit, dit au Régent : « Vous pouvez disposer de mon appartement. » M. le Blanc voudroit bien pouvoir dire de même.
On a fait une chanson sur les trois ducs qui ont fait l'apparition au Palais et qui se sont éclipsés le 3 janvier. Je la mettrai ici : c'est une époque pour eux.
Le jour de l'arrêt, ont été reçus deux ducs et pairs ecclésiastiques: l'al^bé de la Fare, évéque de Laon, qui est tortu, l)ossu, et qui étoit encore plus vilain dans cet habit de cérémonie, et l'abbé d'Antin, évoque de Langres, fds du duc d'Antin, qui est beau.
Le 19, sont morts MiM. de Troyes, avocats, frères. L'un a soixante- onze ans ; l'autre soixante-sept ans. Ils sont morts le même jour, le cadet à midi , Tainé à minuit. Ils avoient toujours vécu ensemble et sont morts ensemble dans la même maison. L'ainé avoit épousé ma cousine germaine et laisse pour fille M"'^ d'Oresmieux, femme du célèbre avocat de ce nom, qui a été intendant de M™^ la duchesse de Bourgogne, et qui est encore conseil des plus grandes maisons. -
2'i. janvier. — M. du Cornet , le plus célèbre consultant de Paris, est mort à quatre-vingt-un ans. Il a travaillé toute sa vie; il écrivoit toutes ses consultations de sa main : tête pleine de sens, de science et de droiture, et d'une netteté incomparable. C'est une grande perte pour Paris. Il avoit beaucoup gagné de bien, l'avoit presque tout reperdu au iMississipi, et avoit recommencé à travailler pour en regagner. Voilà le sort des grands hommes.
Le Pape s'est fait apporter les registres de la Congrégation de l'Index et a rayé de sa nmin la censure des livres du père Alexandre, jacobin, qui a tant et si bien écrit. Cela rétablit sa mémoire. Le Pape a dit qu'il jugcoit en connoissance de cause et qu'il avoit bi<'n lu ^es ouvrages.