‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 5)Chapitre 8 sur 53 · MK.MC)11U> l)K MAlllll r MAIIAIS · texte numérisé non relu

MK.MC)11U> l)K MAlllll r MAIIAIS

GouflitM- lU» Uoaiinez oa KUH), ciui a eu I Ion ri (ioiillior, donlost veuuc Charlotte r.oulHer, mûre du maréchal «jui vient de mourir. Mais le testament met ordre à toutes ces jKirentês s'il se trouve hon. Voi<^i son épitaphe :

Passant, dessous l'o nu)iuiniont, Aubusson repose sans vie.

Il lut trop tôt au Parlement El irop tard chez la Peyronie.

Cette mort a donné lieu à un brevet de la Calotte où on a fait entrer le procureur général, que Ton fait seul procureur frénéral au régiment de la Calotte et où Monms se plaint de ce que le duc de la Feuillade n'ait pas été récompensé de son vivant de quehjue brevet. La pièce est l)ien tournée et mérite d'avoir ici sa place ; on y frappe aussi les nouveaux gens de lettres en leur style, et on leur enjoint de faire un éloge funèbre du défunt, en bons mots nouveaux. C'est bien fait de les poursuivre et de les chasser partout.

Extrait du Livre- Journat du lUgimeiU de la Calotte.

I/autre jour, du divin IMonins I^ résident en cour de France î.ui vint apprendre, selon lus, La triste et funeste occurrence De la mort du grand Feuilladin.

D'abord, le dieu, d'un air chagrin, Fit publier a son de trompe Que tout l'empire caloltin Se rassemblât en grande poiniie Aux champs de Mars dès le matin.

Aussitôt dit, la troupe vole D'un pas plus rapide (|u'f:ole, K.t se range contusément Sous l'étendard du régiment.

Bientôt, assis sur un nuage, I>p dieu !SIi»mus leur apparut.

(chacun, en lui rendant hommage, Lui fit UQ trcs-profond i>alut.

JAINVIER 172^5. 151

Quoi! dit-il, troupes immortelles, Ennemis de tous gens sensés, Vous perdez des sujets fidèles Sans les avoir récompensés.

Par une crainte trop servile Vous avez vu d'un œil tranquille D'Aubusson, dans le Parlement Suivi d'une escorte débile.

Esclave du gouvernement.

Servir une baine inutile Et s'en retirer lacbement, Sans avoir, par lettres patentes, Enrôlé solennellement Cette troupe si triomphante Dans votre divin régiment?

« Avec la même indifférence

« Vous avez vu dans ce procès

« Fleury conclure avec prudence

« A quatre équitables décrets,

« Mais dont le malheureux succès

« Vient de tromper son espérance,

« Sans lui donner pour récompense

« Brevet dans votre tribunal

« De seul procureur général ?

« Vous qui, par de rares caprices, « Voulez imiter vos aïeux, « Grands calottins, sous mes auspices, « Soyez donc plus judicieux.

« Je veux que pour ses tentatives, « Fleury jouisse en liberté « Des honneurs et prérogatives « De cette grande dignité.

« De plus, sous son bonnet carré, « Qu'il porte une double calotte ; « Que du sceptre de la marotte, « A l'audience il soit paré, « Afin que respect on. lui porte « Pour honorer les visions '< Qu'on voit dans ses conclusions.

« Plus, enjoignons à nos célèbres , « Académistes libéraux

ia MLMOlia:S Dh MAIlllhl MVllAlS.

- |)i» nous faire vi\ tous mots iiouvpnux

• \ n prtTis d'clofifs tiinclui's

r Pour niellrt* sur lo inonunicut

« Du nianrbnl de la hViiill.idc

• Qui, |Mr uu sonsc tcslaim'iil, . A l'ait uni' pantalonade

n En récompensant par les mains « iVtui courtisan parlementaire « Ses deux anciennes catins n De douze mille francs de salaire. »

V ces mots, chacun a|)piaudit Kt dans les airs le Dieu s'enfuit.

Février 1725.

Il vient de paraître une Apologie de M. de Lamotle, qui est une pièce toute ironique et di,i;ne de Socrate. L'auteur est un M. Bel, conseiller au parlement de Bordeaux, qui va mis beaucoup d'esprit et de feu. M. de Fontenelle est peint avec des traits délicats et ressemblants, et comme un bomme qui veut être Jjien avec tout le monde et se croit au-dessus de tout. Courage !

On a plaidt-, pendant plusieurs audiences, lu cause du duc de la Vallière contre la D"'' de Saint-Cyr, (]ui se dit Cboiscul, sur Tappel de la sentence (jui a ordonné qu'il seroit tiré copie du registre de l'accoucbeur, pour servir dans cette cause. Par l'arrêt, la sentence a été confirmée, contre l'autorité do tout le public, qui ne croyoit pas qu'un pareil registre pût jamais faire foi en justice. M. Gilliert, avocat général, avoit conclu à joindre cette requête au fond. Le parti de la 1)'''^ trionq)bc et regarde ce re;:istrc comme un commenceuïcnt de preuve [)ar écrit qui attirera celle par témoins. Ainsi, la bîUarde pourra à la fin devenir légitime, en prouvant (pielle est venue pendant le mariage.

L'archevêque de Cambray a pul)lié une réponse au Mémoire du prince Frédéric. Il convient de tous les principes, mais il dit que les deux puissances ayant concouru à lacoadjutorerie^ le Pape, d^uncôté, en accordant cette grâce qui est de droit positif, et le Roi, d'un autre, eu l'autorisant par ses lettres patentes, sans tirer à conséquence, et dérogeant aux lois du royaume pour cette fois, il est possesseur légitime du prieuré, et que l'abbé d'Auvergne, qui a consenti à cette bulle et aux titres, et qui en a même demandé l'entérinement, n'a pu donner une seconde fois ce bénéfice à son frère. Le Mémoire est trèssensé et judicieusement écrit. Il y a à la fin les lettres patentes, et l'arrêt, et le consentement de l'abbé d'Auvergne, dont on dit dans le monde que le procès est l)on et le procédé mauvais. Le prince Frédéric se prépare à répondre, et dit que le concours des puissances est justement ce qui fait l'abus.

20-21 février. — Maladie du Uoi. — H y a eu une grande alarme. Le Roi est tombé malade d'une grosse iièvre ; on l'a saigné du bras et du pied, le même jour; le lendemain 21, il s'est trouvé sans fièvre, et le troisième jour, tout à fait bien. C'étoit un effort qu'il s'étoit donné en rompant un arbre à la chasse. Pendant cette maladie, on a beaucoup raisonné sur le droit du duc d'Orléans et du roi d'Espagne. Le Palais-Royal n'étoit pas trop fâché, mais Dieu y a mis la main. Par les traités, le duc d'Orléans est héritier présomptif, et le roi d'Espagne et toute sa branche exclus. Cela n'étoit pas diflicile à décider, la renonciation étant matière toute différente de celle des autres renonciations, puisqu'elle est l'unique fondateur de la paix.

M'"'^ d'Orléans. — M. le Duc paroit ennemi déclaré de la maison d'Orléans. Il leur refuse tout. La Cour est fâchée du mariage avec la princesse de Bade, qui est déjà g rosse, tandis qu'on voit le Roi, avec l'Infante, hors d'èlal d'avoir longtemps des héritiers. M'"" d'Orléans est gracieuse, plaît

164 MKMOIUKS DK MMIIIKU ISIAIIAIS.

à tout le monde et a l)eauc(nii) d'esprit. Cela lait deux ixirtis ;\ la Cour et une division qui attirera des nialiieurs si on n'y remédie.

MONCIIKSNK, INTKMUM DKS FINANCES. — On a CVéé UH

sixième intendant deslinances, dont on a eomposé le déiKirtement des débris des autres , et cela, en faveur de M. Herthelot de Monchesne, frère de M'"*' de Prie, qui est, à présent, la souveraine dispensatrice de toutes les grâces. L'édit a été registre le 1" février.

6 février. — Les pensions que le Koi paye et que le duc d'Orléans a données pendant la Régence se montent si haut, qu'on y a voulu donner ordre. Les p , les espions, les fripons en ont attrapé. Par arrêt du 6 février, il est dit que tous ceux qui ont obtenu des pensions pendant la minorité, rapporteront leurs brevets et les motifs pour en obtenir confirmation, à l'exception des pensions de 1,000 livres et au-dessous, aux officiers et aux veuves.

Fargès. — Fargès, des Vivres, qui a gagné bien des millions pendant le ministère de M. le Blanc, dit que le Roi lui doit et ne veut pas lui payer ses billets. On lui a donné des commissaires pour examiner ses compte spra, arrêt du 17 février, qui ne le ménage guère, et qui porte qu'il prétexte des avances pour éluder le payement de ses créanciers. Il a marié ses filles à des gens de condition, qui ne sont pas bien aises de cette rechercbe. Mais pourquoi épousent- ils de ces filles? Fargès est un soldat de fortune, et de très-basse naissance, qui s'est enricbi par plusieurs pillages.

DoiiU.N. — I^î ContnMeur géîuéral a paru pendant le voyatrc de Marly , en babit galonné. Il a aclieté le marquisat d IleHiaut, il est lieutenant du roi de Poitiers, et il schl cm homme de cpialité. On la chante sur Pair de la Testard , et sa femme au.ssi.

FÉVRIER 172o. iô5

Dodun dit à son tailleur :

« îMarquis d'Herbaiit je me nomme, « Je prétends qu'en grand seigneur « On m'habille ; et voici comme :

« Galonnez, galonnez, galonnez-moi «« Car je suis bon gentilhomme ;

« Galonnez, galonnez, galonnez-moi, « Je suis lieutenant du Roi. »

La Dodun dit à Frison :

« Qu'on me coiffe avec adresse ;

« Je prétends avec raison

« Inspirer de la tendresse.

« Chignonnez, chiguonnez, chignonnez-moi ;

« Je vaux bien une duchesse, « Chignonnez, chignonnez, chignonnez-moi,

« Car je soupe avec le Roi. >>

Sur l'air de Confiteor,

Cela suffit, dit le tailleur, N'épargnons rien pour cette empiète.

Car je vois bien que Monseigneur Veut sa chamarure complète, A la Cour on l'admirera Kt par la ville on chantera.

Sur l'air de Dupont^ mon ami.

Dodun, mon ami.

Qui t'a fait si brave;

Tu n'as pas l'habit

D'un ministre grave.

Voudrois-tu briguer quelqu'emploi Dans les mousquetaires du lloi ?

A Dodjin dit Lévigiian.

Mon oncle, prenez ma brette, Kt qu'en échange, à présent Votre noir manteau je mette,

lou MIMOIUKS DK MVIHIKH MARAIS.

Fitpolez, fasotoz, fngotoz-inoi

K.n président des tMi(]uètes; Fagotez, fapotei, fagotez- moi.

Narfjue du soiq>er du Roi !

Toute -la ('oiir s'est exercée et a fait couplets sui* couplets. Mais le (A)ntnMeur général a laissé chanter, et sa femme, qui est fort laide (fille de Sacliot, avocat), est assez lx)nne femme pour une bourgeoise et reçoit bien du monde. Elle appelle M"' deClermont, princesse du sang, u Mi::nonne » , et on on rit.

5 mars. — Les (.hatre assassinats. — La Tournelle a travaillé aux quatre assassinats. Lempereur, soldat accusé d'avoir tué un charretier, que Ton soupçonne d'avoir vu le meurtre de Sandrier, a été condamné à être roué vif, par arrêt du 5 mars. Il a été appliqué à la question et n'a rien dit. 11 a été exécuté le G. On attcndoit de grands éclaircissements, mais le roué est mort infestai, et cela a renouvelé Tarrêt de M. le Hlanc.

TzAK MOKT. — On a appris une grande nouvelle ([lù intéresse toute iF^urope et l'Asie. C'est la mort du tzar, arrivée à l*étersbourg , le H lévrier, après une maladie de douze jours, rétention d'urine, gangrène et le reste. La tzarine, sa femme, est impératrice et souveraine en [)r()priété. Il avait réglé, par une dé(daration du 5 février 1722, cpio celui ou celle qu'il choisiroit succéderoit à ses Ktats. 11 avoit nommé sa femme lm[)ératrice, par un<', déclaration du 12 novembre 1723, et l'a fait couroniHM' en 172V. Ainsi, la voilà impératrice; elle a fait assembler \fs FX'its, qui l'ont reconnue sans trouble (;ten a lait publier une ordonnance. C'est un grand héros de moins dans l'univers, et qui, par les actions prodigieuses qu'il a faites pour policer et aguerrir ses peuples et étendre

MARS t72i5. 157

son empire, en doit passer pour le fondateur. Le Dictionnaire du Commerce fait^ dans sa Préface j un bol éloge du tzar et du commerce de Moscovie qu'il a fait fleurir. La Gazette de France du 9 mars contient sa Vie en abrégé et sa généalogie , ce qui fait un article curieux. La cbroniquedit que cette Impératrice, n'étant pas encore sa femme, l'a tiré d'un pas dangereux, dans une bataille contre les Turcs , où elle s'avisa de gagner le grand vizir par argent, par Tintermédiaire d'un pacha qui lui en donna les moyens. Le vizir fit sa retraite; elle revint triomphante avec le pacha , dont le Czar étant devenu jaloux, il le fit trancher en quatre quartiers quand il fut à Moscou , ce qu'on dit que sa femme ne lui a jamais pardonné ; et de là, le bruit court qu'il est mort de poison : mais il faut bien qu'il y ait toujours du poison dans la mort d'un grand.

Comte de Roye mort. — Le jeune comte de Roye, fils aîné du feu comte de Rouy , est mort le 25 février âgé de trente ans. Sa femme est une Huguet, fille d'un conseiller de Grand'-Chambre, à qui il étoit fort attaché ; et cependant on attribue sa mort à un épuisement de galanterie avec la duchesse de Retz, qui l'aimoit , et qui Ta gardé pendant deux jours, sans le laisser sortir. Il laisse deux petites filles, et sa femme grosse. Elle est inconsolable.

Mort de M°"^ de Coligny. — Le 28 février, est morte M'^'^deColigny, une des légataires du duc de La Feuillade. Elle lui a peu survécu. On dit qu'elle avoit un talisman d'amitié avec lui et qui avoit été autrefois d'amour, dont le pacte étoit qu'ils s'aimeroient toute leur vie, et que le premier qui mourroit entralneroit l'autre. M. de Boulainvilliers lui en avoit fait la prédiction. On conte que, travaillant à ce talisman, les ouvriers se trompèrent, et, par le changement d'une virole, le firent mauvais, d'heureux qu'il devoit être. Une cuisinière en ramassa les débris, avant qu'il fût réformé, et, le lendemain

I&S MKMOIRKS DK MATlilll MARAIS.

oUe mounil d\\ne cliarretlc qui lui passa sur le corps. Le premier talisiiiau d'amour fut redemandé à M"'*" de Colig-nv par le sorcier ou enchanteur, ([ui le jeta dans la plaine de Crénelle , et, sur le champ, le h)nnerre tomba.

Pures o\lrav.»irances ! Mais la cour ctdes femmes s'en amusent, et il faut bien que notre siècle ressemble luw autres.

TiioRN. — Au mois de décembre 1T2V, il y a eu une exéculion faite à Thorn , en Saxe, dequelques magistrats qui n'avoienl pas apaisé une sédition dans laquelle le colléire des Jésuites a été pillé. Cette affaire n'étoit rien d'abord, mais comme la religion y a part , elle devient importante. Le roi de Pologne, électeur de Saxe, a nommé des commissaires qui ont jugé plusieurs luthériens à mort. Les calholicpies appel lent cela une justice; les protestants, un martyre. J'ai une copie du jugement des commissaires, en latin , qui est très-curieux et où les jésuites ont affirmé, par un serment in jiuUcio^ que les accusés étoient coupables; cela est de style. Les puissances protestantes se liguent pour en avoir vengeance; elles demandent que les jésuites soient chassés de Thorn et tous les privilèges des évangéliqucs rétablis. Ils disent (pie cela est contraire au traité d'Oliva, dont la France «st garante, et la somment de sa garan(i<î. On ne voit cpie harangues , lettres et discours sur cette affaire, (pii pourra bien donner une bonne guerre dans le Nord , et peut-être plus près de nous, dont Dieu nous garde! Ccsl la guerre des jésuites , et cela leur manquoit pour illustrer leur Société.

Lundi 12, et jours suivants. — L'I.m antkuknvovkk. — IjB bruit s'est répandu partout (pie la n'^^olution étoit prise de renvoyer l'Infante en Espagne, et de marier le Roi à «ne autre princesse à peu [»r(''S de son iïge , afin qu'il puisse bi(:nt(*jt donner des successeurs à la couronne. \à' ( oiiseil s'est tenu hier, où étoit le lloi, le due d'Orléans, M. le Due, le maréehal (h; Villars, l'ancien évèque

de Fréjus et le comte de Morville , et où ce parti a été pris. Cela donne lieu à bien des discours bons et mauvais.

Le duc d'Orléans n'est pas content de voir détruire ious les ouvrages du Régent son père^ qui songeoit par ces mariages à bien marier ses filles, et à ménager la couronne de France pour lui, en éloignant les héritiers. Mais Dieu en a ordonné autrement, et a dérangé ses desseins. A présent qu'il n'y est plus, on a senti l'intérêt d'avoir des successeurs, et la dernière maladie du lloi a réveillé les François. On a fait part de ce dessein à l'ambassadeur d'Espagne [Don Palritio Laulesj, qui en a été outré, et qui a dit que tout le sang des Espagnols ne suffîroit pas pour laver la honte que la France faisoit à son maître en lui renvoyant sa fille. M. le Duc lui a répondu que toutes les larmes des François ne suffiroient pas pour effacer la douleur qu'ils avoient d'être contraints de la renvoyer. En effet, elle est trop jeune (7 ans le 31 mars) ; elle est petite, et ne croit pas d'une ligne en un an; elle est nouée dans les reins et n'est pas propre à avoir des enfants, et toutes ses petites grâces et son esprit ne servent de rien pour cet ouvrage-là. xM""^ de Ventadour est au désespoir. Une Espngnole qui est auprès d'elle et qui tiroit 10 ou 12,000 livres de pensions, table et gratifications, est inconsolable, et, après tout, on a bien du s'attendre à cet événement, qui est dans les règles.

Le public, qui veut deviner, marie le Roi à plusieurs princesses, et on croit que c'est une princesse d'Angleterre, qui se fera catholique pour être Reine de France, et aura Paris en ce monde et le Paradis en l'autre. D'autres disent à M"* de Vermandois ou de Sens , sœurs de M. le Duc, qui , en faisant sa sœur Reine, se vengera du duc d'Orléans qui ne l'a pas voulu épouser. Ou dit bien vrai que se venger est doux, dit La Fontaine. Enlin , le peuple a tant parlé qu'il a été défendu den plus parler, sous peine de prison , et défenses faites dans tous les cafés sur cela.

1(U> MEMOIRKS DE MATIIIKU MARAIS.

Le Hoi a écrit de sa main au roi d'Kspagne, et lui a remontré la nécessité tle ce mariai,-e pour son État et sa conscience. On a su que le roi irKspagne. qui sent dévotement cette nécessité , n'a pas été content du procédé i[uc Ton a tenu dans cette affaire, et qu'il a dit qu'il ne vouloit pas que sa fille resli\t trois jours en France après le retour du courrier. Le courrier est révenu ; on a tixé son déi)art au V avril. Lesainhiissadeurs ordinaire et extraordinaire se préparent à se retirer, et voilà une brouillerie nécessaire. L'Infante ne sait rien de son état; elle voit M""' de Ventadour triste, eten veut savoir la cause. Tantôt c'est la migraine, et un autre jour, la perte au jeu. .Mais elle ne se paie point de ces raisons et dit qu'il y a autre chose. Elle alla voir le Uoi depuis sa maladie; il ne la regarda point et elle dit en revenant : u Maman, il ne nous aimera jamais. » La duchesse lui dit : « Quand il sera votre m;iri , il vous aimera. » (Il ne s'agissoit jKis encore de son retour). Quelque temps après, elle reçut une lettre de don Carlos, son petit frère, qui lui disoit des nouvelles de la petite princesse de Beaujolois (soeur du duc d'Orléans), qui lui est destinée, et lui parloit de son amilié pour elle. — Sur quoi, elle dit : « iMaman, ils ne sont pas mariés et ils s'aiment. » On admire tous les jours son esprit, mais on aimcroit mieux un beau corps. J'ai su cette dernière particularité de bon lieu. A table, elle ne mange plus. In fou (jui la réjouit, lui dit qu'un plat avoit une i)onne mine et qu'il en mangeroit bien, u Oh! dit-elle, en montrant sa bouche; (juand on a en a jusques-là et par delà, on ne sauroit manger. »

Le Uoi a quitté Versailles et est allé à Marly, le 15 mars, pour n'avoir point occasion de voir l'Infante;.

J'ai vu M'"" la marquise de iNangis, nommée une des dames du palais de la jeune reine d'Kspagne, (jui m'a dit qu'elle s'en alloit jusqu'à Bordeaux et peut-être jusqu'à Bayonne au drvant d'elle; mais, huit jours après, j'ai appris fpr<lh* ii<- part plus , que !«' mi d'Kspagne ne

MARS 172;^. lei

veut pas nous renvoyer la jeune reine et qu'il a dit qu'ayant des démêlés avec la France, il ne seroit pas juste qu'il envoyât son argent en France pour l'entretien et le douaire de la reine , mais qu'il lui donneroit en Espagne tout ce qui lui conviendroit.

M. le Duc n'est point encore fâché de ce contre-temps, qui empêche le duc d'Orléans de voir, en France, sa sœur reine d'Espagne, et il a l'honneur et le plaisir de la vengeance.

Pour engager l'Infante à voyager, un Espagnol qu'elle connoît est allé à son diner et s'est mis à lire une lettre auprès d'une cheminée. Elle a demandé ce que c'étoit ; il a dit que c'étoit une nouvelle d'Espagne; elle l'a vouhi savoir, et il a lu que le roi et la reine d'Espagne visitoient leur royaume, qu'ils viendroient près de Rayonne et qu'ils auroient bien envie de voir l'Infante leur fille, venant si près delà France. L'Infante, aussi, a dit qu'elle seroit bien aise de les voir, et ainsi, on la prépare au voyage , ce qui est une vraie trahison de cour. La duchesse de Tallard la mènera : elle la connoit, et y est accoutumée. M""^ de Ventadour fait la malade et on dit que c'est d'une fièvre maligne, afin qu'elle ne la voie point. Quand l'Infante arriva, en 1722, on fit une belle lettre pour un Te Deum, le 6 février, où le cardinal Dubois fit mettre de belles phrases par Fontenelle, qui furent parodiées par une jolie chanson dont il y avoit un couplet :

Toute l'Europe m'applaudit; L'Kmpercur lui-même y souscrit.

Ne s'attend-il pas à la niche Que Ton fit à Margot d'Autriche?

Mais i'a-t-on fait venir ici, Pour la renvoyer sans mari?

Marguerite d'Autriche avoit été promise à Charles VIIL

Elle fut longtemps en France comme reine, mais il la

renvoya pour marier le lioi à Anne de Bretagne. Le roi

des Komains reprit sa lilh^, (pi'il maria au |)rinc'e de

T. m. Il

16S MKMOIRKS OF M ATIIIKU MARAIS.

Oîstille, et ensuite, le roi des Hoinains, cjui devoit épouser Anne de Hrelajrno. et qui l'avoit ép^^usée par procuration, ne l'eut |>oint. Pliili[)pe de Comniines dit (Cliai). IV du 7* livre, 1 V9^^ tjue le roi des Koniains étoit fort injurié et qu'on lui (Moit celle qu'il tenoit pour sa femme, et lui rendoit-iui sii lille qui , plusieurs années avoit été reine de France , et plus bas : — « Si lesdits niariaçes furent « ainsi chani^és selon l'ordonnance de TÉglise ou non , M je m'en rapporte à ce qui en est. Mais plusieurs doc- « teurs en théologie m'ont dit que non et plusieurs « m'ont dit (jue oui. Mais c^ueJque chose qu'il en soit, « toutes ces dames ont quelque malheur en leurs enfants. » c (Charles Vlll perdit trois garçons et mourut sans enfants a et après sa mort, vint la branche des Valois.)

Voilà bien des réflexions politi(iues et historiques. Le Kégent a fait toutes sortes de maux par son ambition; il n'en a pas profité , et l'Étal y remédie le mieux qu'il l>eut.

Mars 19. — Jour de Saint-Joseph. — Duc de Bouillon, MARIÉ. — Le duc de Bouillon s'est remarié pour la quatrième fois; il a épousé M'"" de Guise, de la maison de I^jrraine , fille du prince et de la princesse d'Harcourt. La goutte l'a pris par tout le corps, le jour de sa noce; on le portait à quatre et il a dit : « Ou qu'on me fasse mourir, ou qu'on me laisse marier. » Il s'est marié, a fort bien fait son devoir, et a envoyé dire à sa belle-mère qu'il n'avoit (jue vingt ans. Le prince de Conti a dit (|ue c'éloit un cerf à sa (juatrièmc tète. L'Allemande qu(; son lils a épou.sée et qui est une grande princesse, veut trop Télre, et, pour l humilier, on lui a donné une bellemère qui la fait la seconde de la maison.

I.'^FAMK. — On commence à s'apercevoir que le renvoi de rinfante est un effet de la haine de la maison de Coodé contre celle d'Orléans. Le Koi a été malade; on a craint de le p-rdre ; le duc d'Orléans eût été roi , et M. le Duc eiU mal pass<* son temps. Si le Hoi garde l'Infante,

MARS 1720. lf,3

il n'aura d'enfants de sept ou huit ans d'ici ; il peut mourir; la même crainte reviendra; la branche d'Orléans régnera et celle de Gondé sera disgraciée et rejetée bien loin. Il faut donc renvoyer l'infante, marier le Roi à quelque princesse de son âge, dont il aura des enfants, et les espérances des Orléans tombent. Voilà comme on a raisonné. Avec ces beaux dehors que la nation approuve, M. le Duc a pris son parti et l'a fait prendre au Roi, qui, de son côté, n'aime pas l'Infante et ne la peut souffrir. La duchesse d'Orléans, mère, avec ses hauteurs et ses froideurs, attire tout ce malheur k sa maison; elle a voulu marier son fils en Allemagne et prendre une Allemande féconde, sans rien dire à la Cour de son dessein qu'après l'affaire conclue.

Les gens du parti d'Espagne disent que l'Infante devoit être fiancée à sept ans, qu'elle doitavoir le31 mars; qu'il s'est fait une double alliance; que le roi d'Espagne a tenu sa parole; qu'il a marié son fils à la princesse d'Orléans; qu'il l'a faite reine par son abdication ; qu'il a eu le malheur de perdre son fils ; que, dans les conventions que l'on veut résoudre, lorsqu'elles sont réciproques , il faut que la résolution ait effet sur les deux parties; que c'est un principe du droit des gens. Qu'ici, la résolution réciproque étant impossible, il s'en faut tenir à ce qui a été convenu et que la parole est devenue nécessaire; que le Roi n'a que quinze ans; qu'en se mariant à vingt-deux ans, comme le roi Louis XIV, l'Infante aura quatorze ans; qu'il y a temps d'attendre; que le Roi ne manque point de successeurs, si on veut laisser les choses dans l'ordre des traités, et même en ne les y laissant point. Qu'il peut arriver que, se mariant sitôt, puisqu'on craint avec lui toutes sortes d'accidents, on retombera dans une minorité, et que le roi d'Espagne, oncle du Roi , si fidèle dans ses promesses et si glorieux par sesactions de grandeur et de piété, ne mérite pas une pareille injure. L'abljédf Livry, n'a pas, dit -on, l>ien conduit celte né-

ie4 MF.MOIRKS 1)K MATIlIir MARAIS.

gociation. Il a fail un iliscDius au roi crKspagne, avant de lui donner la lettre du Koi. Le roi d'Kspagne ne l'a pas voulu lire et a dit (]u il savoil ce qui étoit dedans. La lettre est revenue entit^re en France. Le roi d'Espagne, sachant les préparatifs faits pour lui renvoyer sa fille, a fait dire à son ambassadeur de la lui ramener avec une Es|viLrnole (Loysa) qui est auprès d'elle , et rien davantage. Mais la cour n'a pas voulu la lui livrer sur sa lettre de créance et la lui renverra avec cérémonie. La jeune reine douairière d'Espagne a le ciioix d'une ville d'Espagne, hoi*s Madrid, pour y rester, et les Espagnols gardent aussi la princesse de Beaujolais, pour exécuter le mariage avec don Carlos , pour montrer qu'ils tiennent leur parole. La jeune Reine ne s'attcndoit point à ce contre-temps, et la plus belle ville d'Espagne ne vaut pas pour elle un petit coin en France. Ainsi, les grands comme les petits ont leurs revers et le roi d'Espagne , si saint, si mortitié, éprouve là une terrible mortification. C'est une croix de Proviciencey comme disoit rarcbcvéque de Cambray fFénelon).

Imi'IUmh H. — Il s'est répandu dans le public un Mémoire imprimé, contenant les vexations faites par les imprimeurs au public , aux auteurs, et aux ouvriers el aux garçons imprimeurs. C'est une dénonciation contre tout ce corps, qui commet mille abus auxquels on ne remédie pas. Cela est écrit avec force et véhémence el dans un grand détail, et apparemment cela tourhcra les magistrats de j>()lice, ou plutôt le recteur de riniver^'ité, à qui cette correction appartient. On voit là que Ojlombat, avec un petit almanneh (ju'il vend huit sous, gagne 2V,000 livres par an , tous frais faits, et que Coignard, à charpie édition de Moreri, gagne ïiO(),()UO livras.

ï/»s libraires sont tous ignorants. Ce n*est plus le temps de CCS savants imprimeurs, (jui fiisoient honneur à la France, et i| rsl honlciiv de voir Colombat s'enrichir

MAf\S ITÎlo. 105

par lin Almanach, tandis que Vitré s'est ruiné à la magnifique Bible de Lejay.

Emery, l'un des plus fiers d'entre eux, a été valet d'un opérateur sur le Pont-Xeuf. Ils traitent les auteurs plus mal que les comédiens ne les traitent; car, à la Comédie, les auteurs ont part à la représentation et partagent le profit, au lieu que c'est le libraire qui a tout le profit d'un ouvrage dont il n'est que le copiste.

On a recherché les auteurs de ce Mémoire , et on a arrêté ceux qui le débiloient, comme si c'étoit un libelle. Les gens disent qu'il y a un dessous de cartes à tout cela, et que les privilèges payent des pensions à la Cour et aux ministres. 11 y auroit un remède bien prompt, qui seroit de taxer les livres, à tant la feuille, comme en Espagne. Mais trop de gens y perdroient.

Le prince Frédéric d'Auvergne et l'archevêque de Cambrav. — Le prince Frédéric d'Auvergne a fait une belle et éloquente réponse au Mémoire bourgeois de l'archevêque de Cambray. 11 a mis la cognée au pied de l'arbre et a prouvé que le Pape n'a pas le pouvoir par son siège d'accorder la dispense qu'il a accordée. Je ne sais ce que va dire la cour de Rome et si sa double Sviinteté (car ce l)ape-ci est saint « è mallo ma e santon disent-ils en Italie) s'accommodera de cett# dissertation qui discute et restreint ses pouvoirs. On prouve aussi, dans cette réponse, que dans les lettres patentes du Roi, portant la clause : « Pourvu qu'il n'y ait rien de contraire aux libertés de l'Église gallicane, » il n'y a point de concours de la puissance séculière, parce que la coadjutorerie étant contraire aux canons, elle est nécessairement contraire à nos libertés qui ne sont autre chose que la conservation des canons. C'est peut-être le seul point où la pureté des canons ait été conservée que celui des coadjutorcries, et il faut du moins la garder encore. Il y a à la (in deux Mémoires sur la naissance bâtarde de l'archevêque de Cambray, né le 5 avril 1G98, suivant le certificat d'une sage-

Ib6 MKMOIKKS l>K MATlllKH MARAIS.

femme, et de Ponoo-CDrlie, valet de chambre de M. le duc d'Orléans, et dcMario-Ainie Bédoré, sa femme, qui disent que la sage-femme a baptisé par nécessité un entant mî\le né le même jour et dont le père ^ui est inconnu. Voilà son premier état; puis, le 9 août ilOï, il a été présenté à M. ré\éque du Mans pour être baptisé sous condition, suivant un extrait baplistaire qui porte qu'il étoit incertain s^il avait reçu le baptême, et que, dans celte incertitude, on a cru qu'il falloit lui administrer un sacrement si nécessaire : ce qui a été fait. Que le nom de Charles lui a été donné en présence de plusieurs personnes de distinction , de deux jésuites et du curé de la paroisse du Crucifix. (Il paroit par là que l'enfant auroit été baptiké deux fois. )

Mais l'induction qu'on tire de ces pièces est, qu'étant enfant du diocèse du Mans et n'étant pas prouvé (ju'il soit né à Paris, il n'a pu se faire tonsurer par l'archevê(|ue de Paris, sans un démissoire de l'évêque du Mans, lequel n'ayant pas été obtenu, la tonsure ne peut produire la capacité pour posséder des bénéfices. Il y a encore une dispense de Rome du 18 novembre 170i , contenant dispense pour être promu aux ordres, et une seconde bulle du 5 octol)re 1721 pour le rendre capable des archevêchés et évêthés , et des lettres patentes du 10 mars 1722 sur ces deux bulles registrées le 2V avril suivant. Mais cela ne recouvre pas l'incapacité de la tonsure, parce cjueces bulles ne sont que pour l'avenir. L'arrêt qui évoque l'affaire mérite bien d'être placé ici.

Arr^ d'kv(»«.a tio.n. — « Vu par le Roi étant en son consed, l'arrêt rendu par icelui le 29 janvier dernier, i)our lequel S. M. avoit évoqué l'assignation donnée au grand conseil du sieur archevêque de Cambray , le H du dit mois, à la requête de M. le prinf:e Frédéric de la Tour d'Auvergne en complainte et restitution de fruits au prieur^ de Saint-Martin des Champs à l*aris : la recpiête

par lui présentée tendante à ce qu'il plût à S. M. pour les causes y contenues, renvoyer la contestation d'entre les parties au grand conseil ou au Parlement s'il plaisoit à S. M. pour y procéder comme avant ledit arrêt.

(( Ouï le rapport, le Roi étant en son conseil a ordonné et ordonne que l'arrêt du 29 janvier dernier sera exécuté. En conséquence , a renvoyé et renvoie l'assignation du 19 duditmois devant les sieurs de Chateauneuf, d'Ormesson, de Gaumont et de Fortia, conseillers d'État ,et le sieur Chopin, maitredes requêtes, que S. M. a commisà cet effet pour^au rapport dudit sieur Chopin, es mains duquel les parties seront tenues de remettre leurs titres, pièces et mémoires, examiner la dite contestation, dresser leur avis, et le tout vu et rapporté, être par S. M. fait droit ainsi qu'il appartiendra.

« Fait au conseil d'État du Roi tehu à Versailles le 12 février i72i. Signé : Phelipeaux. »

Ainsi, par cet arrêt, 1" les juges ordinaires ont été dépouillés; 2" le Roi veut, cependant, que la contestation soit examinée et que les commissaires ne fassent que dresser leur avis; 3° l'archevêque de Cambray n'est nommé que le saint archevêque de Cambray, au lieu que l'autre est nommé M. le prince Frédéric de la Tour d'Auvergne. C'est ainsi qu'à la cour où les d'Auvergne sont reconnus et ont les honneurs du Louvre, le Roi les traite de Monsieur et de Prince.

L'arrêt a été imprimé exprès parce que l'archevêque de Cambray intitule ses Mémoires : « Pour M. l'arche- « vêque de Cambray , contre M. l'abbé d'Auvergne, » ne voulant pas lui donner le nom de Prince.

Sur cette affaire, on peut consulter un petit Traité des dispenses qui est excellent, et qui vient de la main de Port-Royal, peut-être de M. Arnauld lui-même, imprimé sans nom d'année, il y a environ quarante ans. On examine bien le pouvoir du pnpe dans sa première partie,

16« MlM()IHh:S l)K MATlIIKr M \UA|S.

et dans lu tlou\it''inr, les principes sonlai)i>li4iu''s aux dispenses des niariat;«'s.

I.e I*. Simon, ilans les revenues ecch'HHist'Kjnes, traite dt^s coiuljnloreries et dit (pfà Jionie , on tient le Pape maître des canons et de tout le droit positif et que, (juand on veut avoir des grAces de lui , on le sait bien reconnolln .

li» Mars. — Kvtui K d'I'trkcht. — I/évèque deBabylone ^ III partibus ) a sacré un évêque d'I'trecht, sur rélection de sept chanoines restés du chapitre d'Utrecht. Le Pape a excommunié l'évéque, comme ayant permis l'élection des chanoines aussi excommuniés; mais les chanoines ont toujours protesté contre cette excommunication et prétendent que leur droit subsiste toujours en entier; c'est la querelle de rarchevé([ue de Sébaste, dont le P. Quesnel a pris le parti , et il a fait sur cette matière un trèsbon livie qui n'a paru qu'après sa mort, intitulé : Justification (lu droit (les chapitres de V Eglise catholique des l'rovinres-l'tiies dans le gouvernement de cette Église ^ 17-20, in-12, où les chapitres trouveront éternellement les titres de leur droit et de leur pouvoir d'élire, (jui ne Nauroil [)érir.

On m'a écrit d»' Dijon ^ le [)résident Bouhier, président î\ mortier au parlement de Bourgogne, homme très-savant i que ce nouvel évècjue d'Utrecht a fait un discours apolo^'^étique de son élection, où il a fait une des- ^Ti[»tion touchante de l'état des catlioli(]UCS aux Pays- Bas, depuis la mort de M. de Sébaste , et qu'il a écrit aux cv«>ques de France pour se faire reconnoltre. Le Pape, qui est un saint, fait comme ses prédécesseurs qui ne l'étoient pas.

LoRRAiNK. K\È{ji:e. — On vient d'ap[)rendre qu'il a nommé archevêque in partihus^ le prévit du chapitre de S;iiiil-hié en Lorraine, «pji a huit ou dix villages exenq>ts. Parla, il \eul établir un diocèse en I^orraim;, où il n'y en a point, et auquel la France s'est toujours opposée dans

MARS 172iî. 161

tous les temps, à cause des évéchés de Toul et de Metz qui s'étendent sur toute la Lorraine. Le cardinal dOssat a écrit, à ce sujet, une de ses plus belles dépêches au roi Henri IV, le 23 juin 1601. Le Parlement a rendu un arrêt

le 1719 sur la même matière, pour défendre aux

évêques de consentira cette érection et leur ordonne d'y avoir l'œil. C'est la première instruction que l'on donne à ceux qui font les affaires de France à Rome. Le cardinal de Polignac, si habile et si exact, y a bien veillé, et ce pendant, cet archevêché in parlibus , qui est de l'invention de la chancellerie romaine, a été expédié sans lui, et le pape a servi, en ce qu'il a pu , le duc de Lorraine, dont les sujets sont très-embarrassés, à l'occasion de la matière ecclésiastique, des ordres, des saintes huiles, des monitoires, des causes de mariage, etc., étant obligés de sortir de leur pays pour tout cela et pour demander justice.

D'un autre côté, unévêquein ;;arr/6u.s n'a pas un territoire et n'a juridiction ni volontaire, ni contentieuse. Le prévôt, qui a son petit territoire exempt, s'y étendra et attirera le reste, s'il peut, et Rome qui l'a fait, ne l'abandonnera pas. ( Tout cela n'a rien produit. )

Margon. Plantevit. — L'abbé Margon, qui est prisonnier à la Conciergerie pour l'affaire des quatre assassinats, est un esprit des plus dangereux et un génie étonnant. Il a feint que le pape Clément XI a donné une bulle pour suppriuier son nom, qui est Plantevit, d'une ancienne famille. Il a fait en vers françois un appel au concile de cette bulle pour se moquer de ces appels et les parodier. On voit dans cette pièce, qui est excellente et un chef-d'œuvre en son genre de malice et d'impiété , tout ce que l'on peut imaginer de libre ; et ce qu'il a pu tirer des écritures et des auteurs sur ce nom de Plantevit est déduit avec une éloquence nouvelle et des tours singuliers, et il y a fait entrer une critique de Sanchez, Escobar , Ilenriqiicz et de plusieurs autres jésuites.

i:o MKMOIKES l)K MATHIKU MAKAIS.

int^^me des exercices de saint liiiiaco, dont il a fait nn ahréiré excellent 1). ('tla est orné de notes en prose qui valent bien les vei*s et (]iii apprennent beaucoup de particularités. On ne sait qui a fait courir celte pièce (2), qui montre qu'il a beaucoup d'esprit, mais qu'il n'est bon qu'à enfermer. C'est lui qui est l'auteur de la Fagonade et il en est bien capable. M. le Blanc s'en servoit comme de son bibliotbécaire.

Il V a eu un évéque de Lodi've, très-habile dans les lantrues orientales, qui étoit de celle famille et qui est mort en 1G15. Il a beaucoup travaillé sur l'Kcriture. Voici comme le P. le Long en parle dans sa Bihllolheca Sacra : a Joannes Plantevit de la Pause, « Gallus, Abent< nensis, trium linguarum perilus, episcopus Lodoven- •< sis, obiit 1G51. » — Il parle ensuite de deux in-folios iiiqjrimés en IGVô. Il a fait V Histoire des évéques de Lodève. Bibliothèque historique de la France.) Bayle [Dietiotmaire j a fait aussi un arlicle de Plantevit.

M"" DK Poitiers. — A Marly, il est arrivé une aventure ^'ulante à une dame qui ne passoit point pour galante et qui éloit une des plus grandes prudes de la Cour. M""' de Poiliei-s, veuve de trenle-sept :\ trente-huit ans, dame du Palais de la duchesse d'Orléans douairière , a été aperçue à travers une cloison avec l'abbé de Vauréal, maître de l'Oratoire du Uoi , qui ne disoit point son bréviaire avec elle et qui faisoit l'office du défunt. La nouvelle a été aussitôt portée au Roi, qui en a bien ri, et à toute la cour; les prudes ont dit que c'étoit une calomnie. I^ prince de Conti affirme qu'il a vu et de ses yeux vu. Enfin, l'affaire a si birm tourné pour l'abbé, (pi'on lui adonné, à Marly, un logement (ju'on hii avojt refusé

(0 DlM CM exttrcue*, on «mM^igne une mt^dilation qui tend a rt^alisnr leR ob;M* H a lr<k einbra^^^r et baiser : Tftnrjeie, ullrectnre,(ifosculari per artum tniernum, etc. ( Ao/c de Maraii}.

{Il) On la IfCMiiri' ilani le* }ti^tangrn àe IV>l*joiir<laiii.

MARS 172o. 171

quelques jours auparavant, et cela pour conserver son honneur et celui de la dame (1).

Cette marquise de Poitiers est Bourbon-Malause. Son mari est mort jeune et étoit Poitiers, delà même famille que Diane de Poitiers qui se livra à François I" pour sauver la tête de son père ( Poitiers de Saint- Vallier ), et qui fut depuis maîtresse de ce Roi et de Henri, son second fils, sous le nom de duchesse de Valentinois. Bon chien chasse de race. La marquise a gagné, il y deux .ans, le grand procès de la substitution de Rye en Franche-Comté, contre le marquis de la Baume.

Le pape, toujours dominicain et en même temps moliniste, et qui, par la grâce de Dieu, sait accorder le pour et le contre, a donné un formulaire d'acceptation delà constitution qui peut convenir aux deux partis. Le voici :

Gazelle de Hollande , 27 mars 1725. — Article de PARIS. — « Nous soussignés, ayant reçu de Rome avis que le pape Benoit XIII a déclaré, après les papes Clément XI et Innocent XIII, ses prédécesseurs d'heureuse mémoire, que la bulle Unigenilus ne blesse en rien la grâce efficace ou la doctrine de saint Augustin ou de saint Thomas, et qu'il a même ajouté de vive voix que ladite bulle ne s'éloigne en rien des règles de la morale, de la discipline et du dogme que saint Charles a laissés aux fidèles, avec l'approbation du saint-siége, nous déclarons que nous recevons très-volontiers ladite bulle Unigenilus, avec l'obéissance convenable, en la manière et dans le sens que N. S. P. le pape Benoit XIII déclare, veut et ordonne qu'elle soit reçue. Tel est notre sentiment et ce que nous sommes prêts de signer. «

(0 Voir Barbier et les Mémoires de Maurepas.

171 MIMOIKIS m MVllllir MAirViS.

1", jour de I'Ckjucs. — Infanti:. — Tout a changé en Eï>pat;nc. Ils se sont vraiincul fAchés et ont renvoyé la reine douairière et la [)rincesse de Beaujolais, qui sont arrivées à Hayonne sans qu'on en ait rien su «1 (ju'on ait envoyé au devant. Klles attendent là des nouvelles de France dont elles ont grand besoin, car tout leur manque, et le gouverneur (d'Adoncourt), qui y fait de son mieux , est fort embarrassé. L'abbé de Livry, le comte Hobin , qui étoit allé là assez malgré lui, et qui étoit un commis du cardinal Dubois que l'Espagne a fait comte, et tous les consuls François sont aussi renvoyés. Le départ de rinfante se prépare. On lui fait beaucoup d'habits suivant le cérémonial, et on ne sait pas si l'Infante en prolitera. I^ princesse de Berghe, sœur du prince de Léon, .M™' de Conflans, gouvernante de M"* d'Orléans et .M""" de Nangis, vont au-devant de la reine d'Espagne et de l'autre i)rincosse. Elles vont en poste. Le Palais-Hoyal . qui ru aiiia les honneurs, en fait les frais.

Il s'est dit aujourd'hui que la princesse destinée au Koi est une Allemande, sœur de la princesse de Piémont, qui ^"^[ Hesse-Hhinfeld-Kotenbourg. Elle est à Annecy dans un couvent des filles de Sainte-Marie, toute des plus belles, blonde, assez grasse et qui a quatorze ans. Elh; étoit, Tannée passée, dans un couvent à Strasbourg el vil M°* d'Orléans (j'iand rlle y passa. Un olticier suisse, qui l'a vue, m'a dit (ju'clle étoitcharmante , mais qu'idle ne disuil pas un mol de francois.

5 arril. — Le .5, Tlnfante est enfin i)arlie avec la duchesse de Tallard, qui la mène, et la Loysa, Espagnole, n-mrne du S' Sicardo, (pii reçut trés-mal \o maréchal de Villars, lorsfju'il alla dire adieu à l'Infante, parce (ju'il avoil la Toison , rlrpi'il s'avisa de demander l'amitié du

AVRIL 172iî 173

roi d'Espagne. Cette amitié parut mal placée lorstpril ne devoit parler que de respect, et plutôt se taire.

Le maréchal de Tessé^ qui étoit en Espagne, ne savoit rien du renvoi de l'Infante quand il est parti. Le ï\o\ lui a donné la Toison et le collier du feu roi Louis I", qui vaut 50,000 écus, et aussi Tépéedu feu Roi, qui vaut 20,000 écus. Le maréchal Manceau a emporté tout cela avec lui, et la fusée à démêler à l'abbé de Livry , qui en a eu la honte et a été chassé de Madrid en vingt-quatre heures.

La fille du roi Stanislas. — Voici une autre Heine de France dont on parle : c'est la fille du roi Stanislas (de Pologne) qui a été détrôné et qui est à Wissembourg-. Cette princesse a vingt et un ans; elle est bien faite et bien élevée; son père est roi ou l'a été. Il fut élu après que le roi de Suède eut obligé le roi Auguste à renoncer; mais le roi de Suède ayant été obligé de fuir en Turquie , le roi Auguste est venu en Pologne reprendre sa place , a chassé Stanislas , et c'est sa fille qu'on destine au Roi. Il est de la famille des Leczinski , et il n'y a guère eu en France de Reine de cette sorte. Mais on ne veut point de l'infante de Portugal, parce que le père est un peu fou. On ne veut point de la princesse de Hesse-Rhinfeld, parce qu'on dit que sa mère accouchoit alternativement d'une fille ou d'un lièvre. On ne veut point des princesses de Lorraine parce que leur mère est Orléans et que les Condé, qui sont les maîtres, ne cherchent qu'à abattre la maison d'Orléans. On ne veut point des princesses d'Angleterre, à cause de la religion; des princesses autrichiennes, parce qu'elles sont ou trop vieilles ou trop jeunes. Il faudra donc prendre la Polonaise et avoir une Reine dont le nom est en 5^/.

Il y a quelques mois qu'on chantoit le duc d'Orléans parce qu'il avoit épousé une princesse de Bade, qu'on ne croyoit pas d'assez bonne maison, et nous prendrons pour Reine une qui ne vaut pas tant. Le duc de Bouillon a donné à son fils une princesse bien plus haute,

et qui a perdu sa fortune en se mariant sitôt, car elle eût pu <^tre notre Keine, à fort bon titre.

!a' l*ape a envoyé douze propositions pour expliquer la Constitution, l/évèqno de Fréjus les a trouvées trop jansénistes et les a renvoyées. Les cardinaux franoois les tr»)Uvoientl)onnes, mais le clergé, qui est tout jésuite, n'en veut point. 11 y a douze ans qu'on demande des explications au I\ipe. 11 en donne et on les refuse. Voilt\ les querelles de reliiiion !

9 avril. — Conckrt spiritukl. — J'ai été au Louvre entendre le concert spirituel qui s'est donné pendant la semaine sainte. Ce sont des motets et des psaumes chantés |)ar les plus habiles musiciens. On donne k livres par l>ersonne , invention nouvelle pour avoir des spectacles, quand les spectacles nuuuiuent. Il y avoit un violon nommé GuiL-^non, qui est au roi de Sardaigne, que tout le monde admira. La salle conlenoit plus de 800 personnes.

10 avril. — Mauia>ne dk Voltairk. — Nouvelle représentation de la Marianne de Voltaire, qu'il a refaite t^t <jui a très bien réussi. C'est le i)lus grand po^Ue que nous ayons. L'abbé Nadal a fait une autre Marianne qui a loml>é. Il a dit mille injures à Voltaire dans une préface qui a été supprimée, et attaqué aussi Thiriot, son ami, qui ainL'énieusement répondu. U^erelles d'auteurs!

Tkmi'LK dk C.mde, 82 pai:es. — Temple de Gnidv, petit livret à demi grec, où les allusions couvrcnl des obscénités à demi nues. Imprimé avec approbation et privilège. H a paru pendant la semaine sainte et il en a été scandalisé. On l'attribue au président de Montesquieu, de Bordeaux, auteur des Lettres Persanes. (Il a été depuis de l'Académie francoise.)

M»:siJiV MORT. — Le .comte de .Meslay, introdm leur des and>asA;ideurs, mort (\ vingt-huit ans avec 80,000 livres de rentes , fils unicpir d<r M. rKMiillé d<: .Mi'slay, conseiller d'Ltal,qiii lit un testament en 171V où il .ivoit

fait des legs à plusieurs personnes,, à condition de ne manger ni chair, ni poisson, et un legs à l'Académie des sciences de 5,000 livres de rentes sur la ville, pour distribuer à celui qui auroit le mieux écrit sur les longitudes, le niveau, etc. Ce testament fut contesté par son fils et confirmé par arrêt du 6 septembre 1718. Le lîls avoit une goutte héréditaire. Il Fa entretenue avec les femmes. Elle lui est remontée et il est mort, au grand regret de ses maltresses, et à la grande joie de leurs maris et de ses héritiers. Son père avoit fait un autre testament, qui ne devoit être ouvert qu'après le défaut de la ligne directe de son fils. Le cas est arrivé : on va savoir ce qu'il a fait et s'il l'a pu faire. Les héritières naturelles sont deux tantes , la duchesse de Richelieu et M""^ Boucha.

Lundi 16, 17. — Princesse de Conti. — La princesse de Conti, qui est séparée de son mari depuis Noël 1722 , est revenue avec lui. Elle avoit compté qu'elle pouvoit être surintendante de la maison de la Reine et n'a pas voulu manquer ce coup, mais elle l'a manqué. M. le Duc, son frère , qui n'aime point le prince de Conti ni sa sœur, a, dès le lendemain, nommé ou fait nommer par le Roi. la princesse de Clermont (fille) pour surintendante de la Reine. Elle est cadette de la princesse de Conti et de M"'' de Charolais, mais elle faisoit sa cour à M"" de Prie, et elle a emporté cette place , malgré toutes les autres. On ne lui reproche d'affaires que celles qu'elle a eues avec le jeune duc d'Aumont, qui vient de mourir, et il n'en faut plus parler. Le prince de Conti, au désespoir d'avoir repris sa femme et de la voir ainsi traitée à la cour, est parti pour l'Isle-Adam, le lendeuiain, et n'a point couché avec elle, et elle, très-fàchée d'être revenue avec son mari et d'avoir perdu toutes ses espérances.

La maréchale de Roufflers a été nommée dame d'honneur. C'est une femme d'une grande vertu, mais ce n'est pas une petite occupation qu'elle va [)rendre, et il faut

176 MF.MOIRKS DK MmillV MARAIS.

ivnoncorA soi-in»**mt' pour l>i«'ii faire celle charge. L'ainlùlioii fait tout supporter.

18. — M"* de Clerinoul , princesse du sang, ne chanirera pas de nom , pour être surintendante de la Heine. M"' de Maillv est dame d'atours. C'est une belle place et lucrative.

Damks de i.a Heink. — Douze dames du palais; six titrées :

1" La maréchale duchesse de Villars, 2* La duchesse de Béthune, 3° La duchesse d'Kpernon, i" L'\ duchesse de Tallard, 5* La princesse de Chalais, G** La comtesse d'Egmont.

Ces deux dernières sont grandes d'Kspagne. La cinquième est Mortemart, veuve du (ils de M. Chamillard, et a épousé le prince de Chalais. L'autre est Duras et a épousé l'héritier de la maison d'Egmont, parles femmes. Les non titrées sont :

M"" de Uupelmonde, deConlaut,

de Mérode, de Ncsle,

de Matignon, de Prie.

Ces deux dernières, maîtresses (h; M. !•' Duc, ne [)aroissoierit pas l)ien pr()i)res à èln; auprès de la Reine , et rinq ou six autres qui ne valent pas mieux.

\j» testament de M. Meslay , père, a été trouvé dans un couvent ;\ Chartres où il étoit caché. Il fait passer la Mihstitulion , après la défaillance de la ligne directe de son lils, au prince de Talmonl et à ses enfants. Ce prince aé^pousè une tille de M.""^ de tonnelles (Kouillé) , pn>i)re sœur du défunt père. Les autres sœurs, avares, se désespiTenl et vont plaider le codicille.

(Ktrf'i du (;rand-Conseil du... février 17-20) qui a confirmé le codicille.)

\0 avril. — LiiuuiRKs. — On a donné un arrèl au

AVRIL 172i5. 177

Conseil, au sujet des libraires, dont les abus ont excité les plaintes du public. Il contient quatre articles.

1' Il ne sera expédié aucun privilège qu'il n'y soit attaché une épreuve de l'impression et du papier dont le libraire se servira.

2" Les livres seront absolument corrects, autant que faire se pourra, à peine de confiscation des éditions visiblement négligées.

3° Les souscriptions ne seront que pour les livres considérables, et par la permission du Garde des sceaux, en cons'^quence de l'approbation de l'ouvrage en entier par les censeurs. Les souscriptions seront écrites sur le prospectus qui contiendra les conditions. Les peines de la contravention, restitution du double aux souscripteurs et amende.

4° Tous les privilèges, depuis le 1" janvier 1718, remis au Garde des sceaux pour les vérifier.

Cet arrêt n'a point été publié. On Ta même comme supprimé, et il n'en a point été vendu à l'Imprimerie Royale, tant on craint de féicher cette nation de libraires, si bien dépeinte dans le Mémoire du mois de mars 1725.

28 avril. — M™^ de Chelles(I). — Il s'est répandu une lettre de M'"' d'Orléans, abbesse de Chelles, où elle a fait une profession de foi très-janséniste, et on ne sait quel moine lui a mis cela dans la tète. Par arrêt du conseil du 28 avril, cet écrit a été supprimé. L'arrêt porte (jue ce ne peut être l'ouvrage de cette princesse, parce que l'auteur, peu instruit des titres qui appartiennent aux princesses de son rang , lui donne celui d'Altesse Royale au lieu d'Altesse Sérénissime, qui , seul, convient à sa naissance. On n'a pas été fâché de donner ce petit biais, en passant, à la maison d'Orléans. 11 est dit encore que

(l)La lellre imprimée a pour litre : Lettre de son Altesse Royale M^^fcT Orléans, abbesse de Chelles, à une deses amies. — Elle contient 3 pa^es in-4^. ( ^'ote de Marais. ) Od la trouve dan» \ei Mémoires de Maurepas. T. m. 12

178 MKMOn\KS DE MATHIKU MARAIS.

cel écrit esl rempli d erreurs, que rtglise a condamnées depuis lontrlemps , et d'expressions contraires à Tesprit de soumission , que l'état monastique qu'elle a embrassé TobliiTe à garder plus indispensablement ; et S. M. voulant arrêter la distribution d'un libelle aussi pernicieux qu'il est injurieux à Tbonneur et àla religion d'une princesse de son sang, etc.

Il est ordonné que les exemplaires en seront rapportés pour être lacérés. I La lettre et l'arrêt sont curieux. ) La princesse est mal conduite. Elle est amie de Tabbesse de Jouarre et est allée la voir à Jouarre, puis elles sont venues ensemble à Paris dans un couvent du faubourg Sainl-.Vntoine. Le cardinal de Bissy, qui est évùque de .Me aux, a été voir M™' de Jouarre, qui est de son diocèse. La princesse s est cachée, a entendu la conversation, où le cardinal reprochoit à son abbesse d'avoir des liaisons avec M"' de Chelles, qui étoit une folle. Sur cela, elle est sortie de sa cache, a eu (juerelle avec le cardinal, (p.ii a pris le parti de nier et s'est enfui. Depuis, il est venu un ordre d'en haut à la princesse de se retirer dans son ab- ))aye et de n'en point sortir (1).

Pales qui regardent le renvoi de l'Infante et VEspagne.

8 mars. — Le roi d'Espagne reçoit la nouvelle du renvoi de l'Infante.

15 mars. — La reine douairière d'Espagne part pour revenir en France. On lui donne 50,000 piastres pQur dot et douaire.

\C)\ — L'abl)é de Livry, ambassadeur en Espagne, fait |)arl au roi catholi(jue de la résolution prise en France de marier le Hoi à une princesse nubile et de renvoyer riiifanle, (pii n'a qu«î sept ans.

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