AVOCATS EXILÉS I>B 30 AOUT
A Vîerzon , le bâtonnier, M. Le Roy, 40.
A Mayenne , Prévôt.
A Arnay-le-Duc , de Laverdy, 40.
A Bourg en Bresse , Soyer, 40.
En Nivernais (Decise) , Gin , 40.
A Romorantin , Comtesse , 40.
A La Ferté-Bemard , Pageau , 40.
Au Lude^ Louis-Charles Le Comte.
A Bellesme, Rousselet, ancien bâtoniûer.
A Paiilet du Maignon.
A Château-Chinon ^ Paiilet des Branières.
Factumpour M. Charles-Gaspard-Guillaume de Vintimille du Luc y comte de Marseille ^ archevêque de Paris, appelant et demandeur contre François Paris, ci-devant diacre du diocèse de Paris, absent, intimé et défendeur , et contre Anne Lefranc , demanderesse en requête dHntervenlion, avec une Dissertation sur les maladies des femmes, leurs causes, progrès et déclinaison , revue , corrigée , aug^ mentée par le père Girard, jésuite, confesseur de la demoiselle Cadière.
CouET, avocat.
LETTRE XXXVin*. 183
LeUreXXXVIir.
A Paris, ce 5 septembre 1751.
Nous sommes toujours dans la cessation , Monsieur, et il xï\ a pas encore d'apparenees d'accommodement.
Avant-hier lundi au soir, on envoya de Versailles mander M. le premier présidenL C'étoît pour lui montrer un arrêt rendu au conseil le dimanche 2 dans l'affaire de M. Tévéque de Laon, qui ordonne que son instruction pastorale demeurera supprimée commecontraireà F autorité du Roi et à la justice, tendcmt à émouvoir les esprits et troubler la tranquillité publique y défenses audit évèque d'en publier et distribuer de pareils écrits, à peine d'être procédé contre lui par saisie de son temporel et autres voies de droit, et attendu Vabus fait par ledit S^ évêque de Laon du privilège général à lui accordé par S. M., le 11 avril 1724, pour l'impression de tous mandements, etc., ordonne que ledit privilège demeurera révoqué comme S. M, le révoque, sauf à être par elle pourvu ainsi qu'il appartiendra dans le cas ou, ledit S^ évêque de Laon pourroit avoir besoin de permissions particulières. Voilà donc le [Hrocès jugé par le Roi pendant que le Parlement alloit assembler les pairs pour le juger. Il n'y a pas d'apparence qu'ils y viennent après que le Roi, chef des pairs, aparlé ; mais le Parlement dira qu'il ne peut être jugé que dans la cour des pairs, et principalement dans une affaire criminelle. Vous vous souvenez de tout ce qui fut dit et fait dans le procès du duc de la Force. D'un autre côté, non bis in idem, le jugera-t-on deux fois? le Parlement oonnaltra-t-il l'arrêt du conseil? L'évêque disoit déjà qu'on ne le pourroit juger que par les voies canoniques, et alléguoit la déclaration de 1 657 ; mais il ne songeoit pas qu'il étoit pair^ et comme pair il disoit qu'il falloit bien des formalités pour la convocation, pour rinstruction et pour la pleine forme
584 CORRESPOÎSDANCE INÉDITE.
depairie^etil aiiroit fallu renouveler les anciennes questions que le Roi s'est réservées en 1716 et qu'il n'a point terminées depuis. Après tout l'évoque est assez bien tapé par l'arrêt, et la révocation de son privilège n'eût pu être ordonnée au Parlement.
Pendant ce voyage de Versailles les remontrances ont été faites , mais an moment que je vous écris on n'en sait pas encore le succès, parce que les Chambres sont assemblées sur cela; elles roulent sur l'arrêt du 30 juillet [qui a paru le jour de Saint-Barthélémy), qui évoque l'appel comme d'abus reçu par l'arrêt du Parlement du 5 mars et permet la distribution de l'ordonnance de l'archevêque : c'est ce qui fait la querelle des avocats» qui y sont notés dansle vu, et on auroit pu épargner cette note. Dans l'arrêt rendu le 3 juillet 1728 sur la consultation d'Embrun et sur l'avis doctrinal du Louvre, on nous fit beaucoup de compliments, et on ne mit pas les qualifications qui étoient dansl'avis, de fausses tendances au schisme, suspectes d'hérésie et même d'hérétiques. Voilà pourquoi on ne s'irrita pas alors; mais ici on n*a rien ménagé, et le feu s'est mis, qui est difficile à éteindre. J'ai relu ce queditLoysel sur l'affaire de 1602, et en instruisant la postérité si exactement il n'a peut-être pas tant fait de bien qu'il croyoit ; l'ouvrage que fit alors un jeune avocat sur la quittance des honoraires, et qui est dans Bouchel, e.st excellent, et on auroit bien dû conserver le nom de l'auteur.
Pendant que la justice cesse , M. de Paris ne cesse point de faire des miracles et d'assembler tout Paris à son tombeau, où on est prosterné , recueilli et presque en adoration. Une fille muette et sourde de naissance, âgée de vingt-deux ans, y vieni de recouvrer la parole et l'ouïe.
Et le sourd répond à la voix Du muet, qui se fait enteudre.
Vous aurez vu dans la 32' lettre du Nouvelliste du Parnasse que Crébillon haranguera en vers. Vous voyez.
dit le Nouvelliste, que malgré Topinion de M. de la Motte, la versification fait des conquêtes, et que la prose, loin de prendre sa place, lui cède la sienne. Vous reconnoltrezbien à la page 265 le portrait de Ramsay et à la 266 l'histoire de Tabbé Desfontaines. Je crois que la puissance impru^ dente étoit H. d'Argenson, garde des sceaux.
L'affaire de la Cadière avance ; elle est au parquet pour donner des conclusions, et je crois que les gens qui ont passéle guichet tremblent. La fille dit qu^on veutrenlever, le père Girard qu'on veutTempoisonner, et ils ne songent pas au mal que leur fera Tarrèt. Je viens de voir un acte fait par la Cadière proteslatifei interpellatif à la supérieure de la Visitation , à qui elle demande d'avoir la clef de la chambre et le verrou en dedans : la supérieure a fait une longue réponse, la fille une longue réplique , et il est curieux de voir tous les faits qui sont là-dedans et la hardiesse du conseil de la fille, à qui la supérieure dit à la fin qu'elle souffre toutes les peines de sa fourberie ^ mot qu'elle ne devoit pas lâcher. Il n'y a plus guère à attendre pour avoir le dénoûment de cette grande tragédie. On dit que quatre jésuites des principaux sont partis pour être au jugement ; et que vont-ils faire là?
Lettre XXXW.
A Paris, 7 septembre 1731.
Voici, Monsieur, le 7 septembre, et on ne pense point à revenir au Palais. Ce fut à pareil jour l'an passé que fut signée la fameuse Consultation des quarante, dont nous avons senti et dont nous sentons encore les tristes effets. Hier, il se répandit un bruit presque certain que l'affaire étoit finie et que l'appel comme d'abus étoit jugé contre M. l'archevêque; c'étoit un bon expédient , non pas bon pour le prélat, mais pour les avocats et pour la réintégration de la justice. On parloit même d'un arrêt qui
386 œRRESPONDANCE INÉDITE.
étoit à l'Imprimerie royale; et il y étoit, mais on ne le délivra point, et j'ai appris ce matin qu'il avoitété retiré. Le Parlement n'est pas content de voir juger au Conseil les pair^, les évoques et les appels comme d'abus. Les pairs ni les évoques ne sont pas aussi contents; mais comment contenter tout le monde ISalus populi suprema lex» Nous ne savons pas encore la réponse aux remontrances y on ne Ta été chercher que d'hier à Versailles, et apparemment cela sera dit ce matin à l'assemblée des chambres, et il y sera parlé de l'absence des avocats et de leur exil. On n'exila point en 1602, et combien de grands hommes se retirèrent du palais. Il n'y a qu'à lire la listede 1599 dans Loysel. •
On dit qu'il y a des conclusions dans l'affaire du P. Girard, lui condamné d'être pendu, puis brûlé, la fille rasée et enfermée , etc.... ; mais cela n'est point sûr : on dit aussi qu'il y a ordre de suspendre l'exécution , quelque chose qui arrive, et que des jésuites sont partis pour solliciter.
Il y a encore une comédie pitoysJ^le qui a pour titre : La Critique de la Femme docteur y et cette critique est une approbation: la scène est entre des comédiens qui veulent jouer la pièce, et qui en sont empêchés par quelques jansénistes. Le dénoûment est que la pièce n'est point jouée, par un cri qui sort d'une statue. M. Phlegias, avocat janséniste, dit qu'il faut faire courir le bruit que cela vient du ciel, et que c'est un miracle ; qu'il en faut faire honneur à saint Paris, à qui on en a fait faire d'autres. Arlequin, qui est du côté des jansénistes, dit qu'il le publiera à condition qu'après sa mort on lui fera faire aussi quelque prodige, et qu'il seroit plaisant si quelques torticolis faisoient graver un jour le portrait d'Arlequin à côté de ceux des Quesnel et si les dévotes venoient faire des vœux pour son tombeau.
M. Tintamarre, autre avocat, veut qu'on attribue ce miracle à ceux des cinquante qui sont morts; et là*dessus il
y a des plaisanteries sur les miracles du saint Paris. Voilà donc le Bienheureux en comédie^ mais mauvaise comédie^ qui ne manquera pas de faire rire aux dépens de saint Médard.
Voici une autre comédie. C'est un dialogue intitulé : Apologie de Cartouche y ou le Scélérat sans reproche par la grâce du P. Quesnel. On a déjà dit cent fois ce qui est dansée dialogue et peut-être mille fois contre la grâce invincible et les autres propositions; mais ce tour est nouveau, vif, et dans un vrai style comique. Et je ne sais à qui attribuer cela^ si ce n^est à Tabbé Uargon ou peut-être à l'abbé de Grécourt , et il y a un petit mot sur ce que le père Quesnel canonise les plus grands scélérats , et vous pourriez hardiment mettre Cartouche dans notre calendrier à côté de saint Paris. Le janséniste se récrie : Oh! quel blasphème y Cartouche à côté de saint Paris; Vun nwrt dansVodeur d'un saint appel et Vautre exécuté publiquement par lamain du bourreau. Le docteur moliniste veut poursuivre, le janséniste se fâche» et lui dit qu'il va de ce pas au tombeau de saint Paris lui demander pour lui un miracle; enfin, ils conviennent qu'il n'en sera plus parlée et le dialogue» très*bien dialogué, continue sur Cartouche. Hais lout cela est bien éloigné des Lettres provinciales.
Vous avez raison de vous fâcher contre le Nouvelliste, qui ne trouve rien de bon^ et qui veut persuader qu'on doit trouver bon, tout ce qu'il dit. Il attaque le Virgile du P. de la Rue, comme si cela n'avoit pas été fait pour les classes, ainsi que tous les autres scoliastes dauphins. Il est vrai que le prince avoit femme et enfants, comme dit Bayle; mais le dessein n'en étoit pas moins utile, et il l'est, et ce M. le Nouvelliste devroit bien être sujet à la révocation de son privilège comme M. de Laon.
Lellre XL'.
Da 7iq)tembrel7SI.
a La courj toutes les Chambres assemblées^ désirant prévenir Jes abus qui suivroient infailliblement des principes répandus dans un grand nombre d'écrits, qui tendent à ébranler les plus solides fondements de Fautorité royale; et voulant de plus en plus affermir les sujets du roi dans les vrais principes sur l'autorité de nos rois, a arrêté les articles qui suivent, contenant les maximes établies dans les ordonnances du royaume :
« Que la puissance temporelle, établie directement de Dieu, est absolument indépendante de toute autre puissance, et que nul pouvoir ne peut, en aucun cas, ni directement ni indirectement, donner atteinte à son autorité; « Qu'il n'appartient point aux ministres de l'Église, sous prétexte d'enseignement, ni sous aucun prétexte, de fixer les bornes que Dieu a placées entre les deux puissances, et que les canons et les règlements que l'Église a droit de faire ne deviennent lois de l'État qu'autant qu'ils sont revêtus de l'autorité respectable du souverain;
c( Qu'à la puissance temporelle seule appartient la juridiction qui a droit d'employer la force visible et extérieure pour contraindre les sujets du Roi;
c( Que les ministres de l'Église sont comptables au Roi, et en cas d'abus à la Cour, pour son autorité, de l'exercice de la juridiction qu'ils tiennent du Roi, même de tout ce qui pourroit, dans l'exercice du pouvoir qu'ils tiennent directement de Dieu, blesser la tranquillité publique, les lois et les maximes du royaume;
tf Ordonne que les ordonnances, édits, déclarations, arrêts et règlemenls contenant lesdites maximes, et aussi sur l'autorité de nos rois, seront exécutés selon
LEITRE XL1«. 289
leur forme et teneur. Fait défenses à toute personne, de quelque état, qualité et condition qu'elle soit , d'avancer, écrire^ ni enseigner aucunes propositions directement ou indirectement contraires auxdites maximes^ sous telles peines qu'il appartiendra. Et sera le présent arrêt lu^ publié et affiché partout où besoin sera. Enjoint au procureur général du Roi de tenir la main à l'exécution dudit arrêt. Ordonne que copies collatiou'nées seront envoyées aux bailliages et sénéchaussées du ressort. Enjoint à ses substituts d'y tenir la main et d'en certifier la cour dans le mois. »
La réponse aux remontrances n'est pas ici jointe parce que les copies en sont toutes différentes, et que même dans la première partie il n'est point parlé des faux principes désavoués par les catholiques, comme il est dit dans ma lettre.
U est presque sûr que l'arrêt que l'on dit avoir été retiré est Tarrêt du 5 septembre, qui n'a été publié que le 8^ et que l'on vouloit publier plus tôt. On en a débité en même temps deux éditions. Ainsi tous les discours sur cet arrêt retiré sont imaginaires.
Letlre XLV.
À Pârisi le ^ sepieinbre 1731,
ie ne sais paâ trop par où commencer ce que j'ai à vous dire, car il n'y a ni commencement ni fin à tout ce qui se fait. Le mercredi 6^ ou plutôt le 6, il se répandit un bruit d'un arrêt qui jugeoit au conseil l'appel comme d'abus de l'ordonnance de l'archevêque. On courut à l'Imprimerie royale; il y avoit été, mais il n'y étoit plus. Le cardinal de Bissy et l'archevêque menacèrent de schisme, à ce que Ton dit, et cette menace fit retirer l'airrêt, qu'on n'a pas vu depuis. Le 6 au soir, le Parlement reçut la réponse aux remontrances, et elle fut
lue le vendredi 7^ et comme il s'y trouva à la lin quelque bienveillance pour le Parlement, à qui on dit que S. H. est bien éloignée d'empêcher eon Parlement duser de Pautorilé^^ elle lui a conférée pour r exécution dei lois, et d'opposer remède aux différents çbus qui pourraient arriver et troubler te bien et la tranquillité publi^e^ on a pris ce compliment pour un ordre, on a fait usage de l'autorité sur-le-champ, on a cherché le remède aux abus, et les chambres n'ont plus été en dispute que de savoir si on feroit un^ arrêté ou un arrêt. 11 a passé à 72 voix contre 62 que ce seroit un arrêt, et !• arrêt en forme de règlement, contenant b articles, a été dressé depuis 10 heures du matin jusqu'à 5 heures et demie du soir sans désemparer. Vous trouv^^ ei*joint eei aP'* rêt, qui peut donner grande matière à discussion, et qui établit Tautorité du Roi le mieux que Ton a pu, car il n'appartient à personne de placer des bornes si justes qu'on n'empiète sur l'un ou sur l'autre» Tout Paris s'attendoit à voir cet arrêt imprimé le 8 au matin, mais il est venu quelque contre-ordre qui en a empêché la publication et l'impression, et jusqu'à présent il n'est que dans les registres de la cour, sans que nous en puissions savoir le sort; il en a pourtant échappé quelques copies. On ne sait si cette démarche sera bien reçue, et on ne croyoit peut-être pas que le Parlement prendroit la chose au pied levé*
Le soir du 8 , on crioii et oi) débitait dans les rues un arrêt que Ton crut êtrecekiiàu Parlement, et chacun Tachetoit; mais point du tout, il Vest trouvé que c'étoit un arrêt du conseil du 5 septembre poup- faire cesser toutes disputes et contestations au sujet de la constitution Unigenitus. Cette affaire étant regardée comm« finie, le Roi donne un arrêt comme Louis XIV en donna un en 1668, pour la paix de l'Église ; mais si l'un n'a pas plus d'effet que Vautre, c'est une guerre au lieu d'une paix qui nous est ici annoncéev
L'intention est toujours très-bonne, et si l'on poursuit les contrevenants comme désobéissants, rebelles et séditieux, on pourroit obtenir une bonne fin, Il.faudroit pour cela ne faire quartier à aucune des deux partie^, exécuter Tarrét à la rigueur, et qui Vexécutera?
Il n'y a point eu de retour des avocats. Le Parlement a fini le 7 septembre sans qu'on ks ait vus. Il y a un petit mot adouci dans les réponses .^ux remontrancei;, où il est dit que la censure de Tarchevéque tombe sur de fajiix principes désavoués par les çalholiques. L'arrêt du 30 juillet disoit : rejelés par tous Us catholiques ; mais cette correction légère n'est pas contentement) et d'autant plus que cela va être registre dans les registres de la cour, au lieu que cela n'étoit que dans le vu de l'arrêt. Le corps est donc plus que jamais attaobéà^ résolution. Les négociations n'ont jusqu'ici rien avancé; il faut pourtant qu'il y ait une Chambre de vacations, et nous allons voir quel parti prendra le ministre. Je ne sais quel bruit vient de se répandre de lettres de cachet, sans dire contre qui. L'orage gronde; savoir sur qui il tombera; on le dira bientôt. i .
Les pairs, au nombre de 32^ ont fait une protestation contre l'arrêt de H. de Laon ; mais c'étoit une matière antérieurement évoquée et qui ne peut blesser la pairie. Quelqu'un a dit que l'archevêque de Paris , étant duc et pair aussi, on avoit retiré à. cause de ce titre l'arrêt rendu contre lui ; mais vous entendez bien que le prétexte seroit mauvais, son affaire étant purement civile.
Nous venons de voir la requête d'appel comme d'abus d'Anne Lefranc répondue d'un : soit communiqué au procureur général par ordonnance du 3 septembre; elle ^t imprimée chez le fameux Lottbin, avec la consultation, signée Duhamel, Guérin de Richeville^ Blaru et Aubry.
Les moyens sont : 1** qu'Anne Lefranc n'a point été entendue dans l'instruction qui a précédé le mandement; 2^ qu'on a affecté de n'entendre qu'une partie dç
ceux dont elle a déposé les certificats; 3** ia diffamation de sa personne, étant accusée d'avoir supposé un miracle pour séduire le peuple^ ce qui est un trouble dans TÉtat qu'il appartient au Parlement de réprimer.
Je ne vous dis rien d'un conte de près de 200 vers intitulé Lucifer dédommagé^ qui contient toute Thistoire du B. Paris et celle du P. Girard. Harot^ l'élégant Harot^ n'auroit pu mieux faire; Tauteur ne sera pas difficile à découvrir; mais que nous importe qui^ pourvu qu'il nous plaise et qu'il nous fasse rire ? H. le duc de Hazarin est mort; ainsi voilà une dame devenue duchesse et veuve en bien peu de temps^ et elle mérite tout cela.
Uure XLW.
A Paru, ce U septembre mi.
Je VOUS ai envoyé le fameux arrêt du 7 septembre, qui fait des règlements dans la matière des deux puissances; il est devenu bien plus fameux depuis l'arrêt du conseil du 8 qui Va cQssé, révoqué, mis au néant et déclaré nul et de nul effet, comme rendu contre la volonté connue du Roi et par entreprise sur le pouvoir qui appartient à 5. M. seule de donner des lois et les régies générales à ses sujets, et qui ordonne que la minute sera rayée et l'arrêt du Conseil transcrit à la marge d'icelui ; à ce faire, le greffier du Parlement tenu, à peine de désobéissance : ce qui a été exécuté le lendemain 9, jour de dimanche, à une heure et demie du matin, par un huissier de la chaîne, qui s'est fait représenter le registre par le greffier de la Cour et a biffé l'arrêt.
Le Parlement s'étoit cru autorisé, par la réponse aux remontrances, de donner cet arrêt du 7, qui contien des maximes tirées des ordonnances, et le fond en paroissoit bon; mais le Conseil n'a pas trouvé la forme bonne,et on n'a pas laissé le temps de rendre l'arrêt public, le Roi
ayant usé de toute son autorité pour le casser et le biffer pendant les fêtes mêmes. Vous avez dû en quelque sorte être préparé à cet événement. La voie de l'arrêté auroit été plus régulière que celle de Farrêt, puisqu'on vouloit user de la permission indirecte de la réponse aux remontrances qui avoient été faites à ce seul sujet. On a voulu rendre un arrêt, et voilà ce qui en est arrivé. N'eût-on pas mieux fait de ne rien faire du tout? Ce n'est pas à moi à contrôler mes maîtres. Le Parlement désassemblé n'a pu recevoir d'ordre ni de jussion pour rayer; l'huissier du Conseil a rayé lui-même l'arrêt» et sur cela, on demande si le greffier eût pu se soumettre à la peine de désobéissance : question bastillable et peut-être plus quç bastillable. Quoi qu'il en soit, l'arrêt est biffé; mais il n'en est pas moins sur les registres. Vous vous souvenez à ce propos de ce qui arriva en 1563 sur cet arrêt de partage que Charles IX se fit rapporter, et qu'il fit biffer. Le Parr lement vouloit le mettre hors du registre, comme chose non avenue, et disoit qu'il faisoit iquipollement ou plus quil n'avoit été ordonné, parce qu'en ordonnant que le partage sera bifféj encore qu'il soit bifféy Usera et demeur rera au greffe el sera vu. Le conseil voulut qu'il fût biffé, le Parlement Tordonna, et le greffier du Tillet le porta au Roi. Qu'en est-il arrivé? Ce fait a passé à la postérité, le partage est dans les historiens. H. Dupuy, dans le traité de la Majorité de nos rois, en a recueilli toutes les pièces, et nous avons jusqu'aux noms des opinants. Il en arrivera de même de l'arrêt d'aujourd'hui, qui, encore qu'il soit biffé, sera et demeurera au greffe etsera vu, et il n'y a personne qui n'en ait des copies, comme de celui du conseil, quoiqu'ils n'aient été imprimés ni l'un ni l'autre. De tout cela, la chambre des vacations n'en est pas mieux; il n'y va aucun avocat et très-peu de procureurs. On y donne quelques défauts, et rien de plus; les procédures même ne sont point contradictoires. Il vaudroit autant et mieux de pleines vacations.
994 œRRESPONDANCE INÉDITE.
Vous remarquerez que Tarrét qui casse celui du Parle* ment est dans les mêmes termes que celui de Charles IX.
Nous n'entendons rien dire du P. Girard; le factum du earme ne nous Tient point . Je ne sais comment il sauvera cette nuit blanche qu'il a passée avec la fille auprès de la chambre de son cousin ^ qui dormoity et qui ne vint point les voir ni les entendre .'Jl y eut là de belles tentationsf et de quoi y succomber pour un carme; nous avions déjàrépigrammey qui est très-jolie, mais je ne vous en remercie pas moins.
M. le duc de Hazarin est mort et laisse sa femme veuve, duchesse, dame d'atours, et la plus jolie femme de la cour en grand habit de veuve, qui est charmant.
Le 3* tome du Nouvelliste du Parnasse est commencé. Je soupçonne que cette lettre, qui est la trente-troisième, est de Voltaire, car les Anglois y sont bien loués, et on dit qu'il a part à ce journal; il parle d'un livre qui est le Journaliste amusant; Tauteurest un homme du monde, frère de H. de Chevilly, capitaine aux Gardes. Il est dans une campagne avec une dame de ses amies , et pour se désennuyer tous deux, il a fait ce livre, que je n'ai pas encore lu et dont il n'est pas dit trop de mal. Vous verrez que la Vie de d'Aubigné avoit été retouchée ; celle qui est à la tète du Baron de Fœneste est plus originale, mais je suis l)ien fâché que les passages gascons, italiens et espagnols du Baron soient pleins de fautes; cela me détournera d'avoir cette édition. M. le président de Maisons se meurt de la petite vérole; il étoit de l'arrêt du 7 septembre.
Lettre XLUI\
A Paris, ce 17 septembre 1731.
Le vers qui vous manque, Monsieur, est : Sous la tombe est prêt à descendre. Tout ce que vous me dites sur le fond
LKTTRE XLIU*. 295
de Tarrèt du 7 septembre va plus loia qu'on n'a pensé. On ne convient pas que les bornes entre les deux puissances soient placées, de concert entre elles. Si celaétoit^ )e Kpi n'auroit paa évoqué l'^faire pour la juger : il est vrai que Tarrèt du 10 mars met dans le préambule des règles pour ces bo^mes , mais est-ce là où elles doivent étr^ et qu'auroient donc à juger les commissaires limitrophes?
L'art. 3 ne peut, comprendre Te^communication^ qui n'est point contestée. On n'en est que sur le mot de visirbk et extèriewre^ qui n'est pas propre ppur une peine spirituelle et intérieure, et où la force n'est pas proprement dUe.
Sur* l'art, k, H. Dupuy. ne.convitot pas que nos rois puissent être excommuniés pour crime d'hérésie manifeste, parce que les sujets ne leur obéissant plus- alors^ -cela fait lin trouble dans l'État. Vous savez ce qui a été fi^it sous Henri IV. Iralum fulmen.
Mais enfin^soit pour le fond» soit pour la forme, l'arrôt est biffé, et sans beaucoup de cérémonie.
Les 32 ducs ont protesté, parce que le «rime du pair accusé n'a pas été jugé en pairie. On m'a envoyé le Mandement de Laon avec les vignettes qui couvrent le Far" mulaire de Louvmn^ latin et françois..
Voilà M. de S*'-Maure qui cachette son enquête et qui la tronque ; mauvais exemple.
On vend publiquement la requête d'Anne Lefranc ; les nouvelles de Rome disent qu'on y a brûlé par la main du bourreau la Vie de M. Paris; mais il n'en est pas moins couru ici, et un piètre liodimé JSesc^ran fait déjà sa deuxième neuvaine pour guérir un pied boiteux; depuis loùèteiâps 11 sbUttre de grands maux sur le lombeau, et tout Paris s'y assemble tous les jours, malgré la pluie et les crottes qui ne refroidissent point la dévotion. Je n'ai point ouX dire que les chirurgiens d'Anne Lefranc se soient rétractés.
La Girardiére ne vaut rien ; si l'Enfer dédommagé vous manque, je vous en ferai faire une copie.
On attend des nouvelles du P. Girard : on dit que les conclusions sont fort contre lui. 11 est un bruit d'une autre affaire de Bordeaux qui est Tenvers de celle-là^ et ainsi ontiendroit les pères de tous côtés, mais je n'en crois rien.
H. le P.de Maisons est mort de la petite vérole; il laisse un fils qui n'a que cinq ou six mois. On dit sa charge donnée à H. Talon, et celle de H. Talon au fils de M. le procureur général, et on me Fa assuré. Cependant on prétend que M. de Blancmesnil, dont le bail finit, s'offre de prendre un autre bail du petit de Maisons : cela va être décidé à Petit-Bourg, où on joue un jeu effroyable. (L'affaire est décidée pour M. Talon et pour M. Joly de Fleury.)
La reine est certainement grosse, et non point comme la duchesse de Parme, dont la grossesse est à néant. Pendant cette petite fiction, elle a fait ses affaires, et je ne crois pas qu'on lui en refuse l'absolution. Voilà donc l'embarquement de Don Carlos qui se prépare ; ce n'est pas au moins faute de traités.
Vous avez raison, le tabouret est un bon douaire pour M"^ de Mazarin, et la cour le juge ainsi.
M. de Maisons laisse des dettes immenses : il jouoit, il bàtissoit, il donnoit dans toutes les curiosités.
Sa veuve ne prendra point la garde-robe, la famille n'a pas cru devoir garder la charge.
Lettre XLW.
A Paris ce 21 septembre ITSf .
Nous sommes. Monsieur, dans un très-beau silence; il ne se dit ni ne se passe rien, sinon que je viens d'apprendre que M. d'Embrun vient de publier un mandement encore plus fort que celui de M. de Laon , et il pourra
bien être condamné par arrêt du conseil sans qu*à celui-là les pairs s'y opposent.
Le cas de consience que vous proposez sur la réparation du tort fait aux plaideurs vaut bien celui des quarante docteurs^ mais qui consultera-ion sur ce cas?
Une dame de la cour et de beaucoup de sens me disoit hier qu'elle n'avoit jamais entendu parler de deux puissances en France, et cela seul fait sentir que cette dénomination n'est pas bonne^ car il ne faut pas offenser la langue de PÉtat; il y a donc ici quelque chose qui ne va pas bien^ malgré toute Tautorité divine des ecclésiastiques : il semble quMl y ait deux puissances collalérales de la manière dont on parle^ ce qui n'est certainement point. Ainsi tonte cette querelle a je ne sais quoi de séditieux qui n'est bon qu'à assoupir^ et le parlement n'a peut-être pas tant tort.
Le parquet de Provence a donné des conclusions le 11; les deux procureurs généraux et M. Deguédan, avocat général, ont été pour mettre le P. Girard hors de cour et pour pendre la Cadière après être préalablement appliquée à la question; sursis au jugement des autres. Les deux autres avocats généraux, à brûler le P. Girard, mettre la fille dans le couvent pour trois ans, les autres accusés hors de cour.
Une même preuve peut-elle produire des opinions si diverses ? Le Nouveau Tarquin n'a peut-être pas trop mal rencontré, quand il a dit ] hors de cour dépens compensés, si mieux n^aimeni tirer au sort à qui sera brûlé. Cela me fait souvenir de votre arrêt de Taboûé et de celui de Spifame, qui nous a tant fait rire dans le temps. Le rapport a commencé le 12; le P. Girard a encore donné un 2* tome, auquel Chaudon répond, et il a encore fait un Précis de la procédure. M. Tévêque de Toulon a aussi donné un Mémoire de sa part qu'il a distribué à chaque juge avec une lettre; mais j'oubliois bien le meilleur : dans les conclusions du P. Girard, l'sKrocat Chaudon et Aubin le procu-
S98 œRRESPOISDANCE INÉDITE.
reur sont décrites de prise de corps. Voilà les avocats maltraités partout^ et ils pourroient bien quitter en Provence comme ici.
J'ai vu le Mémoire du carme> qui est bien fait; il y a beaucoup ict trop. d^esprit; ils en veulent toujours aux jésuitesjetnon àPaccusé seulement^ et il y a en ce pays*là une grande Hberté d'écrire contre eux. Il traite bien la question de la révélation- de la confession^ et rapporte plusieufsautpritésqui sont curieuses» et même celle de Suarez : et pour la nuit blancke, il s'en défend très-bien en montrant que le témoin qui en parle n'a déposé que ce qu'il en a oui dire par le carme lui-même à H. de Toulon ; le témoin est son aumônier. Madeleine Pauquet, autre témoin, parle de la même nuit comme si elle avoit été passée dan^ un jardin, mus um ireille; mais cela n'est point, et on quitta la treille & dix heures. Quatre religieuses rapportent des discours de Madeleine Pauquet, laquelle n'en parle point; elles font danser le carme, à qui on fait bien dapser à présent une autre danse. La Baturel, dans son recolement, dépose des libertés que ie carme prenoit avec la Cadière, qui badinoit avec elle et la chatouilloit, ce qu^elle u vu; et a oiii dire à la Cadière qu'il couchoit dans la mêipe chambre séparée par un seul rideau d'alcôve, et ques'étant trouvée mal, le Père vint à son secours en chemise qu'elle lui avoit prêtée. A la. confrontation avec la Cadière, elle a dit avoir vu le carme la baiser au visage dofis l obscurité ^ et qui dans un coin la pinçoit au ventre, et qu'elle lui avoit dit que le Père l'avait si fort chatouillée qu'elle tomba du lit en bas. Réponses : 1"* C'est une fille enfermée au refuge. — 2® Sur le recolement, unique témoin. — 3^ Ce qui a été ajouté à la confrontation, nul suivant l'ordonnance. — &^ Il y avoit une chambre séparée où le carme couchoit avec ses frères et avec Taumônier lui-même. — 5® Fait étranger à la plainte, partant nul. Voilà sa défense, qui est bonne et qui dépend du.secret. Ainsi je ne vois point
de preuves eontre lai sur c^ fait; le complot dont on Taccuse esttrèspbien développé^ el il le faut suivre avec attention. Ma £oii un plus amplement informé tireroit tout d'affaire et je crois que Tarnét seroit l)on.
Nous en sommes au 3*" volume du NouvelUsie; la 3V^ lettre est bonne. Le P. Gbarlevoix en doit être content et les avxMsats aussi. Je n'ai pas vu le Journaliste amusant ; le recueil de Chambert est dans la le*" lettre du Nouvelliste : c'est là où sont les nouvelles ité/Ieânom de H. de la Rochefoucauld. Les médecins tuent tout le monde ici.
Lettre XLV.
A Paris, ce 28 septembre 1731.
J'ai été hier à rAcadémie, Monsieur^ et j'ai vu dans une assemblée des plus belles la réception de M. Crébillon/ votre compatriote. Il n'a point trahi la patrie^ il a fait son discours en vers nc^les/ magnifiques et^ pour tout dire, si merveilleux, qu'on y a frappé des mains plusieurs fois, ce que l'on n'avoit point encore vu à l'Académie, à ce que l'on m'a assuré. Apparemment la nouveauté d'un discours poétique a fait ce grand éclat; i}, avoit promis quelques périodes en prose, mais il n'a point t^u sa parole ^ et il a bien fait. M. Hardion , qui lui a répondu en peu de mots et fort bien, ne lui a rien dit sur cette iaçpn de haranguer^ qui ne passera point .pour règle. Tous ceux qui ont été loués doivent être bien . contents, car il n'y a jamais eu de louanges si fortes et si justes. M. l'abbé d'Olivet lut une ode venue de TAcadémie de Marseille pour tribut à la v6tre, et je crois que l'autçur auroit souhaité un autre lecteur. Il ne manquoit là que vous. Monsieur, pour admirer votre nouveau confrère, et je vous aurois bien embrassé; mais vous êtes dans d'autres enchantements dont la description que vous faitesm'abien touché. Je ne saisisi celte terre d'Esbarresap-
partient &M. le coin te d'Esbarres qui a épousé M"' de St-Chamandy sœur de madame Bernard; sic^est elle, elle se souviendra bien de moi et comment fai eu part à son mariage, et je crois qu'elle voudra bien recevoir mes respects et M. son mari aussi.
Le Factum du carme vous a bien amusé. Vous avez remarqué les endroits périlleux, et j'y avois déjà fait quelques petites notes. Il nous pleut ici des pièces de tous les côtés sur cette étrange affaire. Un abbé de Boismorand, qui se mêle de tout et qui avoit fait la requête en cassation de M^^* Gardel, a pris sous sa protection le Père Girard et a fait un ouvrage intitulé : Résultai des Mémoires de la D"* Cadièrey qui est d'une véhémence la plus outrée; il va jusqu'à atlaquer les avocats : c'est une des belles extravagances qu'un esprit furieux puisse produire, et l'affaire le comporte. On dit qu'il en a eu cent louis, qu'il a perdus le même jour à l'hôtel de Soissons. Ainsi, dit le proverbe, ce qui vient de la flûte retourne au tambour. Il y a un second Mémoire pour le Père Girard qui est sérieux et bien travaillé, et où il se défend le mieux qu'il peut; mais à la fin , il fait entendre qu'il voudroitêtre mort et brûlé, pour être délivré des misères de cette DÎe, et gu'tl attendroit désormais sans peine ce grand jour où Varbitre souverain réformera les jugements du monde et rendra justice à ses élus à la face de tout r Univers.
Son avocat assure que ce sont ses propres sentiments, mais que par obéissance à ses supérieurs il a travaillé à sa défense et à sa justification. Voilà une péroraison bien singulière et un appel au jugement universel qui est d'un goût bien nouveau. H. l'Évêque de Toulon a fait aussi une déclaration ou mémoire de ce qui s'est passé avec lui, et le carme n'y trouve pas son compte.
Quand tels ribauds seroient pendus, Ce ne seroit jà grand dommage.
Mais pourquoi pendre cette pauvre Gadière^ qui a été séduite par l'un ou l'autre des deux directeurs^ et peut' être par tous les deux? C'est une folle qui avoit lu les Vies des sœurs du tiers^rdre et qui s'en étoit entêtée; il y a un parallèle assez juste dans, le dernier Mémoire du P. Girard^ de ces Vies tirées d'un volume imprimé en 1625 avec ce beau Carême, qui est un vrai Carême prenant de dévotion et qui a bien manqué à Rabelais pour mettre dans sa bibliothèque. Avez- vous vu le précis des charges contre le jésuite? J'y vois bien des preuves, et s'il en a de son côté contre les autres, je suis de votre avis, il n'y a qu'à mettre tout cela à la même broche. J'entends à présent les conclusions; mais qu'a fait l'avocat Chaudon ? on lui reproche d'avoir fait imprimer les interrogatoires : n'est-ce pas une pièce qui passe pour publique? du reste, il est avoué par sa partie et s'il a parlé contre la société , le P. Girard dit lui-même qu'il ne se justifie que pour obéir à ses supérieurs. Ils sont donc partie en [quelque sorte. Tout l'univers sait à présent tout ce procès et en toutes les langues, et s'il y a une sixième partie dans le monde , on tâchera de la découvrir pour l'y porter. Peut-être même dans le céleste Paragay, dont il est parlé dans la trente-quatrième lettre de notre Nouvelliste.
Je ne doute point des noms des énigmes de la trente-deuxième que vous avez devinés, hors l'abbé Gédoin que l'on ne peut pas prendre pour un traducteur sans grec et sans latin, lui qui les entend si bien. C'est aussi de lui-même ( abbé D. ) qu'il parle à la p. 266; et pourquoi aller se mettre encore dans cette galère ? Pour les écoles d'ignorance et de bon goût, il en veut au Pittaval qui parle toujours de goût, et qui n'est qu'un ignorant. Vous verrez dans la trente-sixième lettre un portrait' de M. de Pointis qui ne fera pas plaisir à ses parents et amis, et le nouvelliste auroit bien pu se passer de renouv 1er les amours de la Sœur Poulinière, qui a encore
302 G0RRESP0NDAI9CE INÉDITE.
son frère et qui est un rude jouteur sur le Parnasse (1). Est-ce là une nouvelle à mettre dans un pareil journal ? il y aura quelque catastrophe ; il nous promet de parler du Séthos de Tabbé Terrasson, qu^U a eu le coturage de lire, et qu'il y employera le ridiculum acri. Voilà une belle annonce, elle veut dire : «Monsieur, je vous promets de vous tourna en ridicule dans huit jours ; B mais ne risque-lKm pas d'avoir son fait dans l'oc*^ tave?
M. d'Embrun avec son beau mandement du.... août 1731, a eu un arrêt du 24> septembre pareil à celui de M. de L^on ; il est supprimé et son privilège révoqué ; l'arrêt est du 24 septembre. Je n'ai pas vu cet écrit, où ilparoit qu'il avoit traité les gens du Roi d'hérétiques et même parlé des censures contre eux. Quelle folie I Je crois que vous remarquerez que le terme d'hiriUque m s^applique aux personnes qu'après une conviction légitime. Il y a quelque rapport à ce' qui se passe.
Les Nouvelles eeclésiMtiques dernières ne parlent que du Bienheureux Paris; il y aune histoire abrégée des dixneuf miracles, avec les noms , les surnoms et le genre de mal guéri. Cela finit par dire qu'à>Âix les Jésuites ont un confrère que la voix publique condamne au feu et dont ils prennent le parti : et leurs, adversaires ont à Paris un saint qui lait des miracles et qu'ils persécutent.
Il parolt une deuxième lettre d'un ecclésiastique sur le mandement des miracles; il y a de belles citations, mais c'est une déclamation furieuse contre rarchevéque et Tabbé Couet.
(1) La graDge*Cbancel| auteur des faneuses PMlifpiqueSé
LETTRE XLVP. 808
LeHre XLVF.
h Parb, ce SO septembre 4731.
Depuis ma lettre écrite^ Monsieur^ il a été rendu nn arrêt le 28 septembre y à la chambre des vacations, où Monsieur le Procureur Général est entrée et a lait ua réquisitoire contre deux décrets de la Cour de Rome^ Tun qui condamne une ordonnance de M. de Montpellier contre son chapitre , Tauke qui condamne la Vie de M. Paris. Cet arrêt supprime les deux décrets et re* nouvelle les défenses de rien recevoir de la Cour de Rome qu'avec lettres patentes enregistrées. Voilà encore de la besogne nouvelle. Le cardinal de Bissy,* qui a e« part à ce qui s^est passé à Rome, a ordre de rester à son diocèse où il est. On ne sait j^as bien le dessous de toutes ces cartes, mais le peuple qui voit le B. Paris brùlé-à Rome et le bref de Rome condamné à Paris croit «que leB. est béatifié par le Parlement et y va plus que. jamaiisi. Allez-lui dire que ce n^est qu'une formalité^ il n'«p croira rien et les prédicateurs n'en oseront rien dire^ Le miracle actuel et continu de M. Bécheran, prêtre^ ap» porte| une attention infinie : il a jusqu'à 22 convulsions sur le tombeau à chaque séance. On est en peine si cela est illusoire ou vrai ; ce prêtre passe pour un homme très-vénérable. Il y a, dit-on, un livre du cardinal Bona qui traite de ces sortes de contvulsions en âtit demiracles, et on doit le tirer delà Bibliothèque du R^, où il est, pour justifia le récipiendaire eiles médeoins et chintrr giens qui l'assistent. Car il y en a beaucoup qui sont même ordonnés pour cela; il faut entendre toute la ville parler d'une matière qu'elle n'entend point. Ce sont des jhits à vérifier et la vérification ne se £aiit point. En attendant, le B. va son chemin sananda amnes, et on dira de loi : Virtus exibal et eanàbat, comme il est dit dans Saint-Luc.
J'ai reçu une lettre de H. Desmaizeaux qui me marque qu'il a reçu la vôtre en son temps et qu'il y va répondre. Il donnera des notes sur les Nouvelles lettres de Bayle qu'il sasse et ressasse, et il m'a envoyé le Calendrier du Caria où il y a des fautes que je lui ai corrigées. Je n'ai point encore eu le quatrième tome des OEuvres diverses, quoique j'aie une lettre de change pour le recevoir. Le fragment de la Vie de Gustave est ce qu'il y a de nouveau.
H. de Laverdy m'a écrit d'Arnay-le-Duc, où il est logé chez le Lieutenant civii^ qui a^ dit-il, une belle bibliothèque et qu'en ce pays les femmes y sont belles et on y fait de beaux enfants. Je veux lui enseigner la Callipédie de l'abbé Quiilet et son histoire qui est dans le Diclion" noire de Bayle de la deuxième édition. Le sujet ne sera pas mal placé ; il y faudroit joindre les vers retranchés de l'édition de 1655 que les Anglois ont rétablis dans leur belle édition de 1708, et qui montrent l'esprit souple du Mazarin et de l'abbé. Â dire la vérité Je n'attends pas en ce temps-ci de pareilles épitres dédicatoires ; aussi y auroit-il trop d'abbayes à donner.
Lettre XLYlt.
A Paris, ce l^ octobre iTàU
C'est bien cette fois-ci. Monsieur, qu'on peut dire : Par^turiunt montes, nasdtur ridiculus mus. Le procès d'Aix a été jugé le 10 de ce mois, et toutes les parties ont été mises hors de cour. La Cadière, le P. Girard, le Carme, le Jacobin, l'ecclésiastique n'ont tous qu'à s'embrasser, et oublier tout. On dit qu'il y a eu douze voix pour brûler le jésuite et douze pour le mettre hors de cour, ce qui a fait an partage qui a passé à l'avis le plus doux; voilà une compensation des conclusions qui pendoient la fille,
LETTRK XLVll^ 305
et Pauteur du Tarquin n avoil pas mal trouvé en disant : a Hors de Cour , si n'aiment mieux tirer au sort à qui sera brûlé. » L'arrêt renvoie le jésuite à M' Tévèquede Toulon pour être admonesté^ et Ton ne doute pas que F admonition ne soit des plus tendres; si l'évèque faisoit bien^ il Tadmonesteroit d'aller ailleurs exercer ses talents. Sur ce beau procès il vous souviendra de celui de M^^dela Force qui fut jugé de même, et sur lequel notre ami La Fontaine a dit :
Dos à dos, la cour les renvoie Après que la chose a longtemps Été tout d'un contraire sens.
DMntérét pour Tétat de fille Violé dans cette famille^ Un seul denier ne se paiera :
Qui plus y mit plus y perdra.
C'est tout ce qu'on peut dire à toute la bande joyeuse provençale, qui va peut-être en faire quelque danse ou quelque chanson. Dieu merci, nous voilà quiltesde tousies mémoires scaudaleuxqui serépandoient partout, et^ n^en déplaise à M' Chaudon, il eu a fait un dernier où il a appris une pratique de pédérastie qu'on n'eût pas pu exposer plus haut dansune école de Sodome. H. Paris fait toujours des miracles, l'abbé Bécheran fait toujours sa représentation convulsive sur le tombeau, d'autres en font de même ; on parle d'y mettre ordre , mais cela ne fera que multiplier les miracles par tout Paris par le moyen des reliques qu'on dira avoir et la pépinière ne manque* ra point.
Je n'ai encore pu voir le mandement de M' d'Embrun ni vérifier le fait de Dumoulin, qui est considérable. Il y a aussi une instruction pastorale de lui (jedis de l'archevêque) qui a été condamnée par un arrêt du conseil du 2 d'octobre. Tout cela ne lui donne point de chapeau, car le Pape vient de faire cinq cardinaux où il n'est point, ni M. de Sens, ni les autres prétendants. On parle de
30»: CORRESPOiNDANCIi INÉDITK.
trois nouveaux brefs qui seront iraités copime les autres. Il a bien fallu prendre le parti de M. de Montpellier et empêcher que le Pape ne le juge immédiatement.
La remarque des belles femmes d'Arnay-le-IMlc et de Bourg m'a appris cette note topographique qu'il ne faut pas oublier pour les voyageurs ou exilés. J'écrirai à M» de Laverdy toute vos honnêtetés. M.Soyer doit être à Bourg présentement, et on ne dit pas.quand ils reviendront.
Les vers de H. Crébillon n'ont pas foit fortune sûr le papier. La 37^ lettre du Nouvelliste nous apprend qu'ils ont été critiqués.
On parle d'un manifeste dû roi de Sardâigne^ qui a fait arrêter son père. Voilà pn fait.bien nouveau et qui apprend bien à ne se dépouiller si têt et encore moins d'une couronne.
Lettre XLVIIP.
A Paris, ce 31 octobre J73I . .
J'ai bien d^ gr&ces à vous rendre, Honsieui^, de tous Ids faits curieux, observations et instructions que vousnie donnez sur l'arrêt du P. Girsird : il est à ppéseni im* primé, du moins le prononcé; on le vend par tout Paris . et il n'en a pas plus grande approbation. Cet atrêt est vraiment de ceux dont on ^it ffuos liberalnotat. Âyrauli, dans sa Pratique criminelle^ dit en son vieux langage : Qui a obtenu êe trouve plus scandalisé^ et tous les jug^y que la partie qui a perdu ; tel est absous par sentence qui de^ meure néanmoins couché entre beaux draps et quelque jugegement qu'il intervienne^ il est très-difficite que ies parties ne soient toujours connûtes pour tels qu^ils sonlet nonpourteh qu'on les prononce. Voilà ce que je trouve dans Ayrault et qui s'applique bien à cet arrêt, qui n'est que sur le papier et non dans les cœurs ; il me semble ^ue le renvoi au juge ecclésiastique pour le délit commun laisse une queue qui
LETTRE XLVIir. 307
peut donner lieu à quelque appel comme d'abus. La condamnation des dépens faits à Toulon montre que Ton a eu égard à la rétractation^ et que les dépens ont été adjugés jusqu^à ce jour : cependant , les charges étant contraires^ comment y a-t-on pu avoir égard y et le fait des menaces et de la retraite du greffier ne méritoit-il pas d'être approfondi? Le hors de cour à l'égard de la Cadière et autres accusés ne me paroit pas tomber sur la calomnie^ mais sur le complot, la fausse possession , Fabus de Texorcisme et autres cas imposés par le Procureur général. La calomnie entroit dans la défense de Faccusé principal; qui perd sa cause sur ce points en ce qu'on ne lui adjuge point de dommages et intérêts^ et que l'arrêt dit expressément qu'il n'en aura point. On pouvoit n'en point adjuger et ne pas le dire ^ et dès qu'on le dit voilà la note^ notai quem libérât. 11 est encore bien singulier que l'arrêt prononce la décharge et le hors de cour en même temps pour le P. Girard : on lui donne trop et on ne lui donne pas assez. Je dis comme Célius : Poslquam factum estobstupuit. On est encore stupéfait sur le conseiller clerc^ qui aime mieux encourir l'irrégularité que de se retirer, et qui apparemment est bien sûr de sa dispense et de quelque chose au delà. Qui ne seroit aussi étonné du silence des deux commissaires sur les reproches personnels? Ils ont mieux aimé le faire que de perdre leur voix et de s'engager à une récusation. Mais ce qui est surprenant, c'est la force de cette fille à la confrontation et la faiblesse du jésuite. 11 est bien sûr que c'étoit le cas de laquestion.Pourle jfuotiiftie; il me semble qu'Ayrault ne l'admet que dans les cas où il n'y a point de partie civile^ et ce quousqtie n'est pas bien défini; l'ordonnance même qui veut que l'on prononce sur la condamnation ou sur la décharge y paroit contraire. Qu'entend- on parce quo^ mque? Je vous prie, Monsieur^ de me l'apprendre. Enfin nous nous donnons bien de la peine pour débrouiller un chaos et une obscurité que l'on a affectée. Vous ne me
308 CORRESPONDAKCE INÉDITE.
parlez que de certains mots qui doivent être rayés dans les requêtes et mémoires ; cependant Tarrèt ordonne que plusieurs requêtes et mémoires de la Cadière^qui sont désignés, seront retenus et lacérés, ce qui est une espèce de réparation delà calomnie, ou au moins une peine contre les termes obscènes et licencieux. Il y a deux éditions du prononcé, Tune commence par : Il sera dit ; l'autre par : Dit a été; on a eu peur que le premier ne passât pour un projet. Cela n'est pas trop permis et a un air de faux. Nous allons voir de belles réflexions. Les 21 couplets sur la lettre du 22 juillet sont très-jolis et doivent entrer dans les pièces du procès. Que dites-vous de notre Aristographe La Fontaine avec son dos à dos ? Je ne sais rien du tout de l'affaire des deux rois de Sardaigne, sinon que le marquis de Rivarol a eu le cou coupé, et le médecin et son fils pendus, et le roi Victor bien enfermé et bien grillé. Si vous avez quelque relation de cette singulière aventure, je vous prie de me la communiquer. Tous ces Charles-Quint qui abdiquent sont sujets au repentir. Coulangesen a fait autrefois une jolie chanson, mais tout ceci est trop sérieux pour le chanter; on peut se repentir mais non pas conjurer.
Lellre XLIX.
A Paris, ce 26 octobre 1751.
Les remarques des lettres refaites et de la clef en dedans étoieut. Monsieur, des présomptions juris et de jure avec les autres indices, et celaalloit bien près de la mort, mais l'en voilà quitte. On ne sait ce que le juge ecclésiastique va faire : il n'est point de la règle que quand le juge séculier a connu par lettres patentes et commission extraordinaire du procès d'un clerc et qu'il Ta jugé sans le juge d'église, ce dernier vienne encore en connaître ; le roi, par la plénitude de sa puissance, a consommé ce
droit. Delà on croit qu'il pourroity avoir moyen de cassation contre Farrèt, ou appel comme d'abus de la procédure de l'officialité, s'il s'y en fait : et voilà une branche de la querelle des deux, puissances, mais je crois que personne ne s'y accrochera. Il y a eu une grande émotion à Toulon, un P. Girard de paille brûlé dans tous les coinS; le feu mis aux Jésuites, le collège abandonné, le peuple criant dans les rues: Plus de confession! plus de Jésuites! et préparé à recevoir la Cadière en triomphe. On dit qu'elle n'en jouira point, et que ne voulant point être un sujet de sédition , elle a tout doucement gagné les c6tes et passé à Nice dans les États du roi deSardaigne, et le P. Girard est allé à Dôle, sa patrie, montrer aux incrédules qu'il n'est point brûlé. On ne voit ici que chansons et mauvais vers contre l'arrêt. On m'a assuré que l'abbé de Charleval n'a point opiné et s'est retiré à la première voix du sang ; ainsi il est quitte de son irrégularité, et même d'Héricourt prétend qu'il ne l'auroit pas encourue dès que l'arrêt n'a point jugé à mort.
Il y a un bel hymne pour M. Paris que l'on a fait graver en latin et en françois avec ses armes au haut et une couronne de marquis; cela ne ressemble guère à l'humilité du défunt, mais on lui rend après sa mort ce qu'il a méprisé pendant sa vie et il pourra devenir le patron des Chapitres nobles. Les miracles augmentent tous les jours ; il y en a eu un subit en la personne d'un M. de la Salle, autrefois commissaire au Chàtelet j qui étoit estropié et qui est revenu tout droit, et il en a dressé lui-mèmeun bon procès-verbal sur le lieu, n'ayant point oublié son premier métier. Il alloit demander sa conversion et la guérison de sa femme et chemin faisant il a été guéri ; l'abbé Bécheran continue toujours ses neuvaines avec les mêmes convulsions et un M. de Légal s'y montre tous les jours et commence à entendre. Les Nouvelles ecclésiastiques du 17 septembre disent plaisamment que le bref de Rome qui a déclaré les miracles faux, déclare
en même temps que ceux qui sont guéris ne le sont pas, que les aveugles qui voient ne voient point, etc. Lisezvous ces Nouvelles? elles sont bonnes depuis peu et ne déplaisent point à la Cour, puisqu'elles prennent son parti contre les évéques qui veulent que la constitution soit règle de foi. L^aventure de Tévèque de Nantes, qui a mieux aimé consentir la liberté d'un prêtre prisonnier que de payer sa pension au château de Saumur, y est bien racontée, aussi bien que celle du P. Hillet> jésuite, qui a été délivré sur la foi de la révélation d'une carmélite, parce qu^il devoit faire pleuvoir, mais comme il n'a point plu, on a serré la relique pour un autre temps.
M. d'Embrun a bien fait de retourner à son diocèse par le plus court chemin. La Cour n'a pas été contente de ce voyage et M. le cardinal de Rohan s'en est justifié. Savez-vous ce que c'est qu'un livre qui a pour titre : Les Amazones révoltées y roman moderne en forme de parodie sur Phistoire universelle et la fable avec des notes politiques sur les travaux d'Hercule , la chevalerie militaire et la découverte du Nouveau-Monde^ par dom Louis le JUaingre de Boucicaut , colonel de dragons au service des nations catholiques? La Gazette de Hollande qui l'annonce, sans dire où il est imprimé, dit que ce livre est si recherché, surtout pour le discours sur la chevalerie militaire, que chaque exemplaire se vend deux louis d'or. Avez-vous jamais ouï parler d'un titre de livre aussi fou? si le livre y répond cela doit être bien original. Ce Boucicaut descend-il du maréchal de France? Il faut ajouter ce titre bizarre à la liste de M. Baillet; voilà un bon plat pour notre Nouvelliste.
Lettre i^
313 CORRESPONDAiXCE INÉDITE.
Comme al disait que ce Père Girard Dès qu'il était avec aile à l'écart, Après avoir bien verrouillé sa porte, La visitoit comme une béte morte^ Qu'il la tâtoit et la lantiponoit, Tant qu'un biau jour ce vilain maladroit L'avait rendue, à ce qu'aile disait, mère. Et puis encor, le plus mal de l'afîfaire, Cest que ce drôle avait su bian et biau Envoyer caton d'un coup à vau liau.
Voilà un échantillon^ vous aurez la pièce entière quand il vous plaira; je vous avoue que la béte morU^qm repré* sente Textase, m'a bien fait rire.
L'ami Bouret est délogé, et est allé demeurer dans une maison de son gendre , au haut de la rue Montmartre , où demeuroit M"* de Noce; ils sont là en bel air ; la bibliothèque est bien placée. Nous avons bien parlé de vous aujourd'hui à dîner, et il y avoit un M. Anfossy qui étoit ami de l'abbé Fraguier , qui m'a bien chargé de vous faire ses compliments, aussi bien que toute sa famille.
Je ne sais quel bruit se répand contre Tabbé Alary d'un dépôt de 50 actions qu'il avoit à M"* de Sainte-Aulairo et qui ne se retrouve plus. La savante marquise en fait de grandes plaintes et il en pourroit bientôt paroltre quel^ que Lamentabile Carmen; mais non, c'est à la manière des anciens , il en sortira plutôt quelques couplets à la moderne. Raillerie à part, ce fait est vilain, s'il est vrai. Ninon n'en usa pas ainsi, et l'abbé deThou qui vient de mourir, et qui vient de rendre 50,000 écus à M"** d'Isenghien et un legs universel à H. de Mesgrigny, après avoir gardé le serment dont formule a été faite pour lui, apprend sur cela une pratique de morale qui ne sera que rarement suivie. A propos de couplets, M"* de Gontaut en afait faire deux contre la maréchale de Villars avec qui elle s'est brouillée après avoir été fort amie. On dit qu'ils sont affreux.
M"** de MoDtauban a gagné la petite vérole de M"* de Ligne sa sœur^ qui s'en est sauvée.
On me disoit tout à Theure que Clément XI avoit donné un bref de virginité à la fille de Carie Maratte, peintre^ qui Tavoit perdue plusieurs fois^ et que ce bref servit à la marier. La Cadière auroit besoin de cette indulgence.
Lettre LP.
A Paris, ce|SI octobre t75l .
Je ne vous dirai, Monsieur, qu'un mot du P. Girard : il est auprès de Dôle à un prieuré des Jésuites qu'on appelle Honte ou Houte. La Cadière, qu'on disoit à Nice, est retour* née à Toulon ; apparemment cette affaire est à présent abandonnée aux poètes qui en feront leur jouet. L'affaire de Tabbé Âlary est un peu plus claire ; il n'a point retourné chez les dames où il étoit tous les jours plus de cinq semaines après la mort de M*^ de Sainte- Aulaire, eacore y a-t-il été mené par M. d'Ârgenson du Palais-Royal. Grandes douleurs et larmes sur la perte du corps, puis on est venu sur la perte des biens et d'une cassette où il y avoit 50 actions et un contrat de 100,000 francs sur la ville. L'abbé a dit fermement qu'il n'en avoit jamais ouï parler. On lui a lâché quelques soupçons ; ces soupçons sont passés dans Paris. L'abbé a été trouver M. le cardinal pour avoir satisfaction comme étant au Roi; M*"^ la duchesse du Maine s'en est mêlée et a dicté elle-même une lettre satisfactoire , tant bien que mal ; cette lettre a été vue. Mais depuis il y a eu quelques indices : l"" Un agioteur de la Banque a dit y avoir vu plusieurs fois M°^ de Sainte-Aulaireavec un abbé. 2** Un homme d'affaires qui est en Limousin a dit qu'il n'avoit point eu de connoissance des actions , et que c'étoit l'abbé Alary qui s'en mêloit. 3"" M. Pin, vicaire de Saint-Eustache, qui a administré les derniers sacrements à la défunte, dit qu'après sa confes-
sion elle Touhit lui dire quelque chose sur ses affaires temporelles^ mais qu'il voulut lui donner N. Seigneur auparavant et qu'elle mourut sans en pouvoir parler. 4* Ce eontrat qu'on peut lever chez le notaire et qu'on ne rapporte pas donne encore des soupçons que tout étoit dans la icassette. Les dames crient et s'élèvent contre l'abbé^ qui de sa part crie et se défend. Cependant on dit que l'on en veut venir à un procès criminel, et voilà un nouveau Girard. A tout cela il peut y avoir quelque secret qu'on ne sait point, dépôt, fidéicommis, donation ou ce qu'il vous plaira. Quoi qu'il en soit, cela est fâcheux pour Fabbé^ perce que ces daines ont bien des amis qui prendront leur parti et qui convertiront leurs soupçons et leurs indices en réalités et en preuves.
On cherche la naissance de l'abbé qui n'est pas bien loin et que La Bruyère a caractérisée. Et on dit déjà qu^ilest plus cher que son père. Comme il est de vos confrères et que les dames sont de vos amies^ vous ne serez pas fâché de savoir le fait tel qu'on le dit à Paris. . L'histoire de la chanson contre M"^ la maréchale de Villars est aussi éclaircie ; elle a écrit une lettre très-dure à un ministre qui l'a portée chez M*"® de Gontaut. Là, en s'amusant, on a fait deux couplets de chanson contre la maréchale, et on dit que le ministre y a mis quelques mots de sa main. Je ne saurois vous dire par quel sort il est arrivé que l'original de la chanson est venu entre les mains de la maréchale^ qui avoit voulu avoir un éclaircissement avec M^ de Gontaut ; et cela fait une des belles tracasseries qu'on ait encore vues.
Il y a eu hier un grand conseil à Versailles, qui a duré quatre heures, et c'est apparemment sur l'affaire des Avocats, car M. Gilbert, avocat général, y étoit. On n'en sait point encore l'événement. Tous les vendeurs d'images et estampes de M. Paris ont été chassés. C'est peut-être pour aller plus loin. — M. de Saint-Contest, avocat du Roi au Chàtelet, en faisant sa harangue à la rentrée, a
LETTRE LIF. 815
eommenoé par dire : a Avocats^ etc. », il n'y en avoit pas un . Nous allons voir de belles choses à la Saint*Hartin , car il n^a point encore été c[iiestion de rari*èt du 7 septembre qui a été biffé.
Lettre LIF.
A Paris, ce 6 novembre 1 731 .
Vousaureas^ Monsiear,la 5ar€e/a(ff puisque vousla voulez avoir, et jeerois que vous serez content; il seroit plaisant que notre poésie s'enrichit de cette sorte de poôme à la place des chants royaux , virelais , glose^ etc. qu'elle a perdus. Marot en a laissé quelques traces dans les vers du Biau fils de Pazzi. Le p. Girard est donc dans sa patrie ou dans quelque solitude voisine^ ipse suum cor edensy hominum vestigia vifanSy comme Cicéron Ta dit d'après Homère, à qui il appartenoit de faire cette belle peinture d'un homme qui mange son propre cœur et qui fuit la piste des autres hommes.
C'est ce qu'il a dit de Bellérophon et que Balzac s'est appliqué dans une de ses lettres à Chapelain, d'où nous pourrions bien encore le faire passer à ce souverain enfermé à qui on n'a rendu que sa montre et qui pourroit bien s'occuper à dévorer son cœur. Je suis bien aise d'avoir Homère à opposer aux nouveaux Parnassiens, qui en parlent toujours mal et dont vous touverez une critique dans la M"" lettre de notre Nouvelliste. Je ne sais de qui est ce Traité' du Goût, fait par un mathématicien , que notre censeur censure sans pitié. Ce pourroit bien être l'abbé TerrassoU; à qui il a passé son SéthoSy et il l'a repris par un autre endroit.
Le fait du bref de virginité est très-certain et m'a été assuré par un de mes amis qui a été deux fois à Rome. Ce bref servit à bien marier la fille du peintre à un avocat nommé Sapi, qui n'eut garde de contredire rinfaillibililé
du Pape. Mais je ne crois pas que la Cadière pût gagner cette indulgence.
Les Nouvelles ecclésiastiques du 2 octobre contiennent toute Faffaire des avocats et tout ce qui s* est passé au Palais jusqu'au 8 septembre; cela est très-curieux quand il n'y auroit que les simples faits ; on travaille très-secrètement à une négociation qui sans doute sera finie à la Saint-Martin. Nos confrères sont revenus aujourd'hui, les magistrats arrivent demain et nous aurons le plaisir d'une rentrée agréable. Je le crois et le souhaite ainsi. Le Harimbergqui est l'Hélène de cette guerre-là, est parti pour Utrecht, ainsi il n'y a plus personne qui opine à le retenir et le vouloir mettre sur le tableau d'où il s'est effacé lui-môme.
Ce que vous pensez sur les convulsions de Tabbé est merveilleux, mais il faudra bientôt un autre miracle pour l'en guérir, car elles lui prennent hors du tombeau et danssa maison, et son corps s'est si bien accoutumé à ce tremblement qu'il ne s'en peut plus passer. Le commissaire dit que le ciel ne lui a pas tant connu de courage et qu'il Ta guéri tout d'abord. On croit qu'il va paroltre sur cela quelque déclaration ou arrêt, et qu'on est las de ce spectacle.
J'entends fort bien ce que vous dites sur l'arrêt du 28 septembre, mais il falloit bien empêcher l'entrée de ces brefs, et on s'accroche où on peut.
M. Ânfossy n'est pas un abbé, c'est un laïque qui avoit même épousé la marquise de Vence; il est veuf et frère de celui qui est à M. le cardinal.
L'affaire du dépôt des actions étonne tout Paris. On a bien pensé à quelque amitié secrète, mais on trouye que c'est trop donner, et que l'abbé n'a pas tant gagné ni pu gagner. Les chansons sur la Maréchale font aussi du bruit et qui pourra bien retomber sur le dos du poëte, parla fatalité du 5iec/e de bois, dont les poètes sont menacés, et qui est un autre que celui de fer ou d'acier dont
Balzac fait la pronoslication à Juversac^ son ennemi.
(Jn de mes amis de TÂcadémie m'a mandé que le remerciement de Crébillon étoit admiré et critiqué à Paris et qu'on auroit quelque chose là-dessus.
U y a de faux plaisants qui ont parodié le vers :
Qui gouverne la foudre et ne tonne jamais. Qui gouverne la bourse et ne donne jamais.
Vous savez sans doute l'histoire du valet de chambre du prince Charles^ qui^ à Harly^ s'étoit fait un outil femelle d'un col d'une grosse carafe à mettre de l'eau. Le récipient s'est cassé dans la partie utérine et a blessé le piston, de façon que Thomme est en danger. Vous jugez facilement des plaisanteries. Les dames voient maintenant à regret leur rivale lorsqu'on leur sert de l'eau. Il y a une calote sur les juges d'Aix.
Lettre Lllt.
A Paris, le 14 novembre 1731.
Je crois, Monsieur, que si le P. Girard s'avise de prêcher, on le prêchera à son tour, et il devroit bien rester où il en est. Je lisois ces jours ci le Théâtre des Grecs du P. Brunoy , et j'ai trouvé dans VIphigénie en Tauride ( acte k ) un récit d'Oreste qui fut absous dans l'Aréopage du meurtre de Clytemnestre parla faveur de Minerve qui se rendit maitresse des voix en les rendant égaleSydontles Furies furent bien fâchées et s'emparèrent de l'accusé; à la fin du. 6* acte. Minerve recommande à Oreste de se souvenir du grand service qu'elle lui a rendu par cette égalité de voix. Mais tout cela est bien plus étendu dans la tragédie des Euménides ( par Eschyle ), au même tome, dont le siget entier roule sur ce jugement, où on trouve les plaidoyers des avocats, la fourberie de Minerve, qui donna sa voix pour rendre les suffrages égaux ^ei qui en donne pour
raison, que comme elle n'a point de mère elle ne se soucie guère du meurtre d^une mère; ensuite elle veut apaiser les Furies et leur dit que leur honneur est à couvert, puisque c'est une grâce qui est venue par Tégalité. Le meilleur de tout cela sont les réflexions du P. Brunoy, jésuite, qui dit que c'est une leçon pour les juges et que Minerve jouoit là un vilain r6le. Il seroit beau de lire cela dans Eschyle, car il n'y a que le plan dans l'ouvrage du jésuite. Voilà donc le procès jugé il y a deux mille ans, et j'ai cru que cette observation littéraire vous feroit plaisir.
J'eus hier une apparition de M. de Saint-Hyacinthe, auteur du MalhancuiuSf que M. Des Maizeaux m'a adressé. Je ne sus qu'après Savoir quitté que c'étoit lui, et ne parlai point de son livre, qu'il a augmenté depuis peu. Il me donna de la part de M. Des Maizeaux tm prospectus d'un Horace gravé avec des figures, des lettres et des culs de lampes et autres ornements si lïiagnifiques, que cela passe tout ce qu'on a vu en ce genre, et il faut avoir les guinées des Anglois pour y atteindre : ce simple prospectus est une vraie curiosité. Il y a dix figures et six lettres, et la gravure est merveilleuse. H. Des Maizeaux die demande : 1" Si la mémoire de François de Thou, décapité en 16^2, a été réhabilitée, et s'il y a eu des lettres de réhabilitation il en demande copie. S"" Si le fils de M. de- Thou, dont il est parlé dans la préface du CalalogusBibl. Thuanœ, est le même que l'abbé de Thou, qu'il suppose vivant et qui vient de mourir. 3' Quels sont les titres de cet abbé et le nom de son abbaye ? — Je vous prie. Monsieur, de me dire ce que vous savez sur cela le plus tôt que vous pourrez. 11 me parle de nouvelles lettres de Bayle qu'il a fait ajouter dans la Bibliothèque raiêùnnie, et qui viennent de M. Dupuy que M. Valhubert fera réimprimer à Paris avec les autres qui ont déjà paru. Cette marchandise sera bien ressassée.
Vous aurez les deux couplets de la Maréchale : pour
LETTRE LllP. 819
entendre le premier, il faut savoir qu^il a été fait chez la maréchale d^Estrées.où étoientM"*^deGontautsa nièce, le ministre et l'abbé qui après une partie de quadrille
Le Nouvelliste a compris qu'une lettre doit avoir une date^ la ki est du jour de Saint-Martin. 11 nov. 1731.
Voici des morts. Le vieux M. de Sainte-Maure est mort et son neveu aîné se trouve riche avec la charge , des terres et Tespérance de sa cassation. Le cadet est légataire universel. M"* de Brilhac^ première présidente de Bretagne, est aussi morte en trois jours delà petite vérole et du pourpre; elle arrivoit de Rennes, et son mari perd sa femme et son frère en bien peu de temps.
Je n^entends rien au valet de chambre sur qui on a fait Thistoire chimique. Je les vois tous, tous les jours, il n'y en a pas un de malade : où avez- vous été vous souvenir des fnUti diverro? Nous êtes merveilleux en tout.
A la messe rouge, le 12 nov., il ne s'est trouvé aucun avocat ; les choses sont au même résultat qu'elles étaient à cet égard. Le mezzo n'est pas encore trouvé.
Si Villars avait les attraits
De cette taute aimable (1).
Je dirois : ne quittez jamais
Sa cbatoe est adorable.
Mais pour un vieux visage usé
Uo esprit plein de rabâchage (2) ,
Quel radotage (3) !
L*abbé, en vérité,
Vous avez bien de la bonté.
Nul esprit, pas même un bon cœur, Sans beauté , ni jeunesse, Jalouse jusqu'à la fureur, Et fausse sans finesse.
(1) La maréchale <l*Eslréi'S.
(2) M. d'Angervilliers.
(3) Abbé de Vaiiréal.
Souple et basse avec vanité Envieuse, avare et volage Quel assemblage !
Grands dieux ! en vérité De Faimer serait-on tenté ?
Impromptu cTun Gascon en parlant du Père Girard.
On n'a point vu le pbénix nattre Et donc — chaque chose a son temps.
On le verra bientôt paraître Puisqu'on a vu le merle blanc.
Lellre LIV\
A Paris, ce 5 décembre 1731.
Depuis notre rentrée^ le Parlement, qui avoit à cœur la radiation de Tarrèl du 7 septembre^ ayant reçu deux lettres de cachet à ce sujet, a tout d'un coup pris le parti par acclamation d'aller trouver le Roi à Marly, pour lui faire ses remontrances de vive voix. Peu s en est fallu qu'ils n'ayent parlé; mais les choses ont tourné autrement : ils ont été renvoyés, et en sortant de Harly ils ont trouvé H. le Cardinal qui rentroit et il y a eu une con* versa tion Irès-vive avec H. Tabbé Pucelle qui a dit de grandes vérités. Il n'est rien venu depuis, de la part de la cour, pas même de défenses de s'assembler : on s'est doncassembléavant-hieretilaétéarrètéqueH. le premier président iroit demander au Roi son jour pour écouter la compagnie de vive voix. Dans cette assemblée où a été rapporté le retour et le voyage de Marly, il s'est dit bien de bonnes choses. L'abbé Pucelle a fait remarquer qu'ils étoient accusés d'avoir fait les législateurs dans l'arrêt du 7 septembre, et d'avoir attenté à Tautorité du Roi, que si cela étoit ils avoient mérité de grandes peines; mais que cela n'étoit pas et il le prouva; d'où il suivoit que leurs accusateurs étoient bien coupables. Il a parlé
32à CORRESPONDANCE INÉDITE.
de H. le Cardinal , il Ta nommé et a dit qu'il étoit son ami depuis longtemps ; qu'il étoit fort honnête homme et avoit de bonnes intentions , et que ce n'étoit t>as comme politique et courtisan qu'il parloit ainsi y que le cardinal n'entouroit pas le Roi, mais que le Cardinal étoit lui-même entouré d'autres et que c'étoit de ceux dont il falloit se plaindre. Il a cliierché dans le procès-verbal de l'ordonnance de 1667, article l**^ du titre P% qu'on y vouloit mettre Tribunaux ecclésiastiques, et que H. de Lamoignon, premier président, fit ôter ces mots et mettre à la place Officialités, et fit sur cela un beau discours contre H. Pussort.U n'oublia pas de dire qu'en ce tempslà on consulf oit les premiers présidents sur la rédaction des ordonnances et qu'ils soutenoient les droits du Roi contre les ecclésiastiques. Enfin on doit aller au Roi lui demander jour. Mais la question est si on l'obtiendra. En tout cas, voilà bien de quoi honorer les registres, et TacclamaHon passera à la postérité <
Nous avons déjà une partie de ce qu'on nous a promis : c'est un arrêt du !•' décembre, postérieur à notre rentrée, où vous verrez que nous devons être contents, puisque le Roi dit : Que les faux principes censurés par l'archevêque ne sont point soutenus par les avocats, et que ces principes sont fort éloignés de ceux quHls professent. Après quoi le Roi impose silence à tout le monde et veut que les arrêts du 25 novembre 1730 ( qui est le nôtre ) et celui du 30 juillet ( qui est celui de l'archevêque ) soient exécutés. Hais cela veut dire qu'ils ne sont pas contraires à celui-ci. Nous attendons le retour des exilés. M. de Nyert a déjà permission de venir achever son quartier. On plaide, on écrit et on consulte comme à l'ordinaire. L'affaire du P. Girard n'est pas finie, il y a une Anatomie de son arrêt faite par un magistrat de Provence qui est une pièce excellente, et pour le procès et pour la matière criminelle en général; il faut l'avoir. L'abbé Gastaut est exilé : on grave le procès, et il y a déjà
quatre grandes figures in-folio très-impudentes et qui vont continuer le scandale.
Je vous remercie de ce que vous m'avez dit sur M. de Thou. L'abbé, que les nouvelles à la main avaient dit mort et dont ils avoient rapporté le testament^ n'est point mort. L'abbé Nouet est son ami, et j'ai su tout ce que je voulois savoir.
Le rabâchage que vous n'aimez point est un mot fait à la Cour et dont on y use souvent. Il y a deux couplets de vengeance ^contre H*"^ de G. qui sont affreux et bien mal rendus. Je ne vois point du tout votre historien ^ mais n'a-t-il point le journal et ne vous en rend-il pas compte?
Il y a deux lettres contre les sauts de l'abbé Bescheran qui valent la peine d'être lues, et principalement la dernière^ où est rapporté un passage du Fanatiime de Brueys.
Je ne lirai point le Sithos] et je ne veux ni de sa galanterie, ni de son dévouement quand il quitte ses États et sa maltresse. Cela est bien loin de Mentor
Tout meurt ici delà petite vérole : M. de Rochechouart^ fils de M. de Hortemart, en est mort hier, et M"*^ la Duchesse la jeune, qui en étoit échappée, l'a actuellement. M"* de Brilhac, ma parente^ vient d'arriver, qui pleure et son mari et sa belle-sœur. Et voilà bien des larmes. Encore un petit mot du P. Girard :
Sabatier, avant le départ,
A dit au père Girard :
Allez à Lyon, le peuple y est bon
Et les femmes peu fières.
Pelletier même et Perrichon
Ont chacun leur Cadière, lan ]a«
Ont chacun leurs Cadières.
324 CORRESPONDANCE INEDITE.
Lettre IP.
A Paris, ce II décembre 1751 .
Voici, Monsieur, la réponse du Roi que vous voulez savoir et ce qui a suivi.
Le Roi a dit à H. le premier président : «Je persiste dans les ordres que j'ai donnés, je veux êfreobéi, et c'est le seul moyen qu'ait le Parlement pour mériter mes bontés. » Ensuite, il y a eu des raisonnements entre M. le premier président, le cardinal, M. le chancelier et le garde des sceaux en présence du Roi ; après quoi le Roi a dit : « Ce qui vient de vous être dit est mon intention, et c'est dans cet esprit que je défends toute assemblée, délibération et députatiçn. a Lundi 10 décembre, le Parlement assemblé a chargé M. le premier président de représenter au Roi l'impossibilité où il est de rester dans l'état où il est, et de concilier le plus essentiel de ses devoirs avec Vobéissance que S. M. exige.
Je viens de copier cela sur un mémoire qui vient de très-bonne main.
Personne ne peut dire précisément ce qui a été dit à Marly dans la conférence , car peu de gens l'ont entendue et chacun y| a ajouté ou diminué selon le parti où l'on est. Quelqu'un qui y étoit bien près m'a dit que le cardinal avoit avoué qu'il y avoit quelque chose à dire en la forme à ce qui s'étoit fait, et que M. l'abbé Pucelle avoit dit : «Et aussi dans le fon^. » Ce que l'on ajoute sur Taigreur personnelle ne s'accorde point avec Téloge qu'a fait l'abbé publiquement et que toute la compagnie a entendu. Si nous ne savons pas le fait à présent, que sauront nos neveux? Bonne conclusion pour le pyrrhonisme historique.
On prend de l'arrêt du 1" décembre ce qui en accommode : Prenez les bonnes et laissez les gâtées. Cependant on ne voit pas encore revenir les exilés et nous les at-
tendons impatiemment^ comme un gage de notre retour volontaire. Il n'est pas vrai que le greffier Isabeau ait été emprisonné ni même décrété; il ne voit la Con* ciergerie que par la fenôtre et il n'a point été question de rien contre lui.
En ce moment on m'apporte deux arrêts de l'Imprimerie royale du 9 décembre : Tun qui supprime les imprimés de deux lettres de l'archevêque d'Embrun au cardinal de Aohan, le 9 juillet^ et d'une autre sans date au sujet de la lettre circulaire du Roi aux évêques, du mois d'août 1731. L'autre arrêt est plus important, il supprime un écrit latin de l'évêque de Laon : Stephanus Josephusde La Farcy etc., où après une formule ordinaire de l'approbation des confesseurs on a ajouté une explication détaillée des cas réservés au Pape ou à l'évêque avec des avis adressés aux confesseurs. Cela a été imprimé^ nonobstant la révocation du privilège porté par l'arrêt du â septembre, et on voit bien que H. de Laon voudroit allumer le flambeau du schisme, s'il pou voit. Les mains lui démangent; si on avoit laissé faire le Parlement, il ne seroit peut-être pas si hardi.
L'Anatomie de l'arrêt du P. Girard est débitée secrètement et a été imprimée à Paris : il n'est pas difficile de l'avoir.
Le mariage de M. le prince de Conti avec M "Me Chartres estdéclaré. H^^'^ de Beau jolaisétoit destinée à H. le comte de Charolois , mais il a déclaré qu'il ne veut point se marier, et cela fait passer la cadette avant l'ainée, qui attend peut-être un autre sort dans les événements. M'"'' la Duchesse la jeune est aussi bien qu'elle peut de sa petite vérole ; heureuse si elle conserve et sa vie et ses charmes !
La Vie du roi de St^de^ par Voltaire, est bien écrite à ce qu'on dit^ mais bien partiale contre la France. Voilà un Français traître à sa patrie et bien fou ; il est tantôt pour tantôt contre, selon que sa plume le mène , et il ne tient à rien qu'il ne renverse ciel et terre.
L'abbé Bescheran va toujours son train et ne guérit point. Le chevalier FoUard^ commentateur de Polybe, a voulu tenter la guérison d'une surdité ancienne^ et il a attrapé des convulsions qui prennent tous les jours règlement sur les quatre heures après midi^ chez lui^ où on le va voir; mais ces visites commencent à le lasser. Au tombeau, tout est en convulsions en tremblements^ en hurlements, depuis Tenfance jusqu'à la vieillesse , et on vient de m'assurer qu'un garçon chapelier de la rue de la Harpe^ ayant dit le jour de la Vierge qu'il alloit voir les danseurs de corde et voltigeurs de Saint-Hédard^ il voulut au retour contrefaire ce qu'il avoit vu, et fut saisi de contorsions si violentes, que six hommes ne le pouvoient tenir, et cela lui dure encore avec un mal de tête très-furieux. Que penser de tout cela? Les Lettres vous
feront plaisir. Le style est bon. Le comte de a voulu
parier contre M. Hérault qu'il n'oseroit pas aller mettre la main sur le tombeau.
Lettre LVr.
A Paris, ce 22 décembre 1731.
Il n'y a rien de plus curieux. Monsieur^ que la lettre de Genève et le supplice de ce quiétiste genevois qui est enfermé le reste de ses jours pour avoir commis des indécences avec des petites filles. Ce magistrat est un peu rude, et je ne crois pas que le F* Girard aille prêcher sa doctrine en ce pays-là. Il sera bien mieux à Viviers, où il trouvera des amis qui le feront connoltre parmi les mahométans, que l'on regarde comme les premiers ascétiques, et qui en peuvent exercer la science tout à leur aise dans leurs sérails. Je ne sais ce que H. le Chancelier veut faire du procès et des avis des juges. Veut-on le revoir et en faire de nouveaux volumes?
J'avois déjàremarqué que V Histoire de la Mère et du Fils
est du cardinal de Richelieu ; cela est clair comme le jour, et le P. Lelong et l'éditeur qui Ts^ttribuent à Hézeray ne Tont apparemment pas lue. Il est vrai que le style est négligé^ et le Cardinal ne pensoit pas en ce temps^là à fonder T Académie ; mais, comme vous dites fort bien y on y voit tout son esprit et sa politique
Je suis à présent Inen savant sur la Yie du roi de Suède, par Voltaire. Je l'ai lue avec étonnement ; elle est pleine de laits rares^ surprenants, qui passent le vraisemblable et même le merveilleuXi et le style est accommodé à tous ces grands événements, par une diction plus poétique qu'historique et par des traits de feu et de hardiesse qui ne peuvent partir que d'un très-beau génie. — On y est souvent ému de terreur, de pitié , d'indignation, et les larmes vous coulent des yeux malgré vous; du moins c'est ce que j'ai ressenti. L'historien n'est pas ami des rois, c'est un anti-monarque, et il ne parolt pas respecter beaucoup leû puissances de la terre, ni tout ce qui peut dominer. Si le poème dont on vous a parlé est vrai, les puissances célestes ne l'embarrassent guère, et voilà sans doute un homme aussi singulier et aussi unique que son héros, à qui il donne ce nom d'unique , et qui n'est pourtant point son héros. Au reste^ je n'ai rien trouvé contre la France , sinon que dans un petit discours qui est à la fin, où il méprise l'histoire en général, il donne au feu Roi la magnificencey pour toute vertu et tout talent; ce qui est bien fou et bien hardi à ce petit homme qui juge les rois et les dieux et qui distribue ses gr&ces comme il lui plall. Je prévois une mauvaise fin à tout cela. L'Empereur d! Allemagne ne sera pas content non plus que les autres princes, et quelque Italien vengera Rome. Au reste, il lui a bien manqué d'avoir le poème qu'avoit fait Laisné pour le roi de Suède; je l'ai entendu réciter plusieurs fois, et ne sais comment il ^^té perdu.
C'étoit un'ouvrage de trois cents vers^ digne du conquérant pour qui il étoit fait.
M""' la Duchesse la jeune est guérie et ne sera point marquée : voilà une belle conquête sur la petite vérole.
Les convulsions du chevalier FoUard lui prennent chez lui tous les jours à quatre heures après midi; elles durent une heure. C'est un fait certain et dont tout le monde est témoin tous les jours; cependant il ne guérit point de sa surdité. Il est parlé de lui en bonne part dans la Vie du roi de Suède ^ et le voilà à la postérité dans bien des états. M. de Laon a publié un mandement manuscrit contre les miracles du bienheureux Paris; le prédicateur qui l'a voit publié faisant sa collation, mit le feu à une cheminée qui gagna le palais de l'évêque ; point de secours, le palais brûle avecje mandement, le feu gagne l'église, le secours vient et onla'sauve. Voilà ce que l'on vient de me conter ; cette vengeance vaut bien celle du chapelier. Un malade a prié le saint de le guérir sans convulsions, et il a obtenu ce double miracle.
Lettre LVII\
k Paris, ce 31 décembre 1731.
J'ai un compliment à vous faire sur la mort de M. de la Motte, votre confrère. M"** de Tencin a eu la précaution de retirer tous les papiers et mandements qu'il faisoil pour l'archevêque d'Embrun; il emporte avec lui la réputation du Lucain et du Sénèque français, et nous laisse en possession d'admirer Homère et Virgile , de penser qu'il y a un langage poétique différent de la prose, d'estimer Malherbe et La Fontaine et de ne point goûter les odes mesurées et les fables métaphysiques; il n'a pas tenu à lui que nous ne perdions notre langue, notre goût et
LETTRE LVIF. 839
notre poésie , ùiais nous en voilà délivrés; on lui désigne pour successeur H. de Honcrif, qui a fait les Chais. Taimerois bien mieux notre Voltaire , poôte , historien , orateur, critique et tout ce qu'il lui plaît d'être. Je pense de son Histoire tout comme vous; il a vraiment Tair mâle et original et traite cavalièrement les souverains. Ce qu'il dit de la reine de Suède ne regarde que son amour pour les belles-lettres et les sciences, qu'il appelle Philosophie^ et ite nom en cet endroit n*est point pris au criminel à ce qu'il me semble. Je ne crois pas qu'on retrouve jamais le poème de Laisné, qu'il remit ici à H. Kramstran et qui ne put passer à Bender.
Je sais qu'on travaille à l'édition de H. de Tbou en Angleterre et ce que je vous ai demandé sur sa famille étoit de la part de l'éditeur. Je crois vous avoir mandé que l'abbé de Tbou est vivant et qu il a donné aux Anglois tous les manuscrits y lettres et mémoires qu'il avoit.
J'aurai les décisions de DôIe. Grivel est un bon auteur et d'usage, le censeur est plaisant d'en avoir retranché trois; la note eût pu réparer le défaut, s'il y en avoit. H. de la Hotte laisse une place de censeur vacante et une pension. Il y a cinq lieutenants générayx et deux maréchaux de camp, et Dieu sait les cris des passe-droits. Périgueux et Tréguier sont donnés : on ne sait encore rien de Hàcon et Besançon qu'on donne à M. de Brissac et à M. d'Autun. Je m'intéresse à H. d'Autun.
Un homme de Hambourg qui est luthérien s'est marié à Paris à une catholique; on dit le mariage non valablement contracté, à cause de l'édit de 1680 qui fait défense aux catholiques d'épouser ceux de la R. P. R.
ANNEE n52.
Lettre r\
A Paris, le 19 janvier 1732.
M. Tabbé d'Olivet m'a envoyé le factum de Pasquier, Monsieur^ mais il n'y a pas joint les Tusculanes, qui ne sont pas apparemment encore en vente^ et dont je vous remercie d'avance. J'ai lu le factum^ qui est bien fait; il y a beaucoup de latin, et il seroit à souhaiter qu'il y en eût davantage, car il y a bien deschoses qu'on ne diroitpas aujourd'hui en françois; nous verrons si on nous donnera provision. Je vais le i^mettre à M. RouUlé. Peut-être cela aboutira-t-il à une permission tacite. J'aurai soin que le factum nous revienne après l'impression, si elle se fait.
Tout est déchaîné contre Bayle. Il n'y a pas jusqu'au P. Toumemine qui a prêché contre lui le jour de Saint- Sulpice. Il y aura à la fin quelque censure de Rome et quelque Constitution. Vous aurez peut-être vu, à la tête de la dernière édition du Dictionnairey les Actes du Synode de Rotterdam, qui ont commencé à le juger. Je ne puis démêler d'où vient ce mouvement de colère contre un ouvrage qui a été tant tourné et retourné, et je soupçonne que certaines gens ont été f&chés du fragment de V Histoire de Gmtave.
La Zaïre est imprimée sans Épitre ni Préface. Cela est poussé au delà de la passion et des sentiments humains; c'est uu esprit qui se joue de tout^ et qui, après s'être joué des rois et de l'histoire, se joue aujourd'hui des hommes et de leur condition en les transportant hors de leur état et de leurs pensées communes. Pour moi, je
mettroisla scène aux Petites-Maisons^ au lieu de la mettre au sérail du Soudan de Jérusalem. Il y a de TathéismCi même du jansénisme, de la dévotion, de Timpiété, enfin il y a de tout. On dit que Rousseau écrit contre lui et que Tauteur écrit contre Rousseau. Ce sera un beau couple d'auteurs bâton nés et une belle scène sur le Parnasse.
On m'a parlé d'un discours que vous avez fait sur le Pontifical des empereurs j et qui a été lu à l'Académie des Inscriptions. Je voudrais bien savoir ce que c'est plus exactement.
Lettre U\
A Paris 26 janvier 1732.
La mort de H. de la Motte produit une infinité d'ouvrages contre sa mémoire. Je viens, Monsieur, d'en recevoir un de notre poôte de Chartres, qui est une sorte de pompe funèbre satirique, en prose et en vers, d'où j'ai détaché cette épitaphe.
Il est donc mort le grand Houdart, Avec ses discours si plein d'art, Avec tous ses paralogisnies.
Avec ses brillants syllogismes, Ses phrases de petit collet.
Jeunes gens de bonne nature,
Fuyez loin de sa sépulture.
Et pour raccommoder Tépitaphe de Voltaire (1), il dit en un autre endroit :
Houdart, connu pour rharmonie.
S'il eut de l'esprit , c'est selon ;
(I) Crispin ooDDalt-il rharmonie?
A-t-il da l>on sens? C*est selon Qo*il est poussé par sa manie, etc..
Le sien visait à la maoie.
Froid en vers, faux en oraison, Il résulte d'un tel génie, Qu'il n'eut ni rime ni raison.
Ces deux échantillons vous font juger de la pièce. J'ap* prends par une autre lettre du même homme que quoique les occupations des Chartrains soient en la plupart Quid facial Imtas sejetes, cependant, un de leurs chanoines va donner en trois volumes la traduction des ouvagesde Barclay. Apparemment ce sont ceux du père, et nous allons voir les traités de Potestale papes etdeRegno et regali potestaie, en bon François, car il y a eu en 1611 une assez mauvaise traduction du premier traité imprimée à Ponl'à'Mousson, dont Bayle n'a point parlé. Comme il fut mis à l'index dès qu'il parut en 1609, je ne sais pas ce qu'il arrivera à la traduction ; mais comme on va nous donner les Libertés de F Eglise gallicane avec les preuves anciennes et d^ autres nouvelles ^ voilà un bon passe-port pour tous les livres contre la cour de Rome. Hais revenons à La Hotte. Il parolt une lettre en vers de cinq pieds intitulée C/tO| qui est faite contre le dessein de mettre le théâtre en pure prose et de détruire la poésie. Ce serait dommage qu*elle le fût et que cet auteur noDs eût privé de ce petit poème où il y a des choses excellentes. 11 fait à la fin l'éloge de trop de gens, et on en pourroit retrancher quelques uns. Ce qui est fâcheux, c'est que son combat allégorique, où le chef des prosateurs est vaincu et mené autour du camp comme Hector, a tourné en réalité par la mort véritable du chef, et le poëte n'avoit pas dessein de le tuer : ce poëme n'a pourtant paru que depuis sa mort et en cela il tient de Tenthousiasme prophétique. Notre Nouvelliste du ParnassesLÛni son S""* tome par la 48® lettre à laquelle il a joint une Table satirique en nommant plusieurs auteurs non nommés dans ses Lettres, en sorte qu'il fait des satires indirectement personnelles, en renvoyant les noms à la table. Et si Despréaux en eût usé
ainsi^oD n'auroit pas tant crié contre sa licence de nommer.
Mais que direz- vous de la Lettre V, où il met : Vers de M. Coffin pour M. Samuel Bernard ou Bénard ? Voilà une grande exactitude pour la vérité des noms. H. Holé^ qui croit avoir épousé une Bernard^ sera bien étonné de n'avoir qu'une Bénard, et n'est-ce pas là une erreur dans la personne propre à empêcher le mariage? Il est vrai que le père^ qui étoit un peintre illustre en miniature, s'appeloit Bénard y et on ne sait trop comment son fils est devenu Bernard par une tradition de toute l'Europe. Mais on ne s'attendoit pas que le Parnasse vint se mêler de ce pseudonyme du commerce^ si ce n'est qu'il n'y ait quelque vengeance de vers peut-être mal payés.
J'ai vu rÉpltre de Plombières ; il y a deux leçons sur un endroit...
Avec des c... de Lorraine Que nous remporterons d'ici.
Ou bien
Avec des nymphes de Lorraine Que nous remmènerons d'ici.
La première leçon est disputée, quoique ce soit la vraie. Et à ce propos Rabelais ne parle*t-il pas du noble Valen* tin Viardière qu'il trouva à Nancy, quiy pour plus gorgias
être, décrottait sesc étenduessur une table.,..
et qu'il n^en fallait
que trois de cette sorte pour en emplir un muid?La Satire Ménippée ne les a pas aussi oubliées, et vous voyez bien que notre poète de la Ligue a dû s'en souvenir. La pièce est très-jolie, mais il néglige Texactitude de la rime. Pour son Histoire de Suide, elle court toujours, mais je ne sais si c'est à Timmortalité. C'est aujourd'hui la folie de le mettre à la tète de tout. — Le contempteur que je lui ai donné est une galanterie que j'ai faite à une dame retournée à Bordeaux qui est très-aimable (M"® de Pontac),
LETTRE IIP. 886
et je lui ai renvoyé ce mot que Montaigne nous a envoyé de Bordeaux. Je n'ai point songé au Coniemplor divum, qui vient là à merveille.
Lettre IIP.
A Paris, ce 31 janvier 1752.
Enfin, Monsieur^ on s'est lassé du spectacle des convulsions de Saint-Médard^ et le Roi, par ordonnance du 27 janvier, qui n'a paru que le 29, a ordonné que la porte dupetitcimetière seroit toujours fermée, qu'on n'y entrera que pour inhumations, et défenses de s'assembler autour et ailleurs, dans les rues , maisons et places, à peine de désobéissance, de punition exemplaire.
Le motif de cette ordonnance est Tillusion découverte dans plusieurs particuliers qui se donnoient volontairement ces convulsions, ce qui a été certifié par les médecins et chirurgiens qui les ont visités.
On avoit arrêté plusieurs personnes à la Bastille qui sont convenues de cette fiction ; les médecins ont fait le reste, et voilà une grande affaire finie, si ce n'est qu'il arrive quelque révolution céleste que bien des gens attendent. On ne laisse pas d'aller toujours dans l'église de Saint-Hédard , et les malades se tournent du côté du cimetière fermé. L'expédition s'est faite à petit bruit , on a fermé la porte le matin du 29, on a posté des gardes à l'entour et dans le quartier, Tordonnance a été affichée partout et il ne s'est passé que quelques murmures intérieurs. A cela M*^ l'archevêque a gagné la confirmation de cette ordonnance du 15 juillet et la puissance temporelle a emporté cette confirmation sur la puissance ecclésiastique. Nous verrons si les convulsions reprendront dans l'église ; cela pourroit bien arriver , et en ce cas fermera-t-on l'église paroissiale de tout un grand faubourg? Je remarque dans l'ordonnance que l'on donne à
entendre que tous les mouvements n^avoient rien de corwulsif ni de surnaturel^ ce qui parolt s'étendre à toutes personnes; cependant on pourroit en excepter quelquesunes qui sont dans la bonne foi et en qui ces mouvements sont involontaires; il semble qu^on eiU pu aussi se servir d'un autre terme que de convuhifj car que ce mouvement soit involontaire ou non , il est toujours convulsif. Quoi qu^il en soit^ M. Hérault est venu à bout d'une grande œuvre do police, et aussi Dieu sait comme il est chanté par les partisans des miracles. Voici deux triolets qui courent :
Certes, c'est jouer trop gros jeu, Petit lieutenant de police , Mal prend à qui s*eo prend à Dieu.
Certes, c'est jouer trop gros jeu, La honte ici, là bas le feu^ De tes pareils sont le supplice.
Certes, c'est jouer trop gros jeu, Petit lieutenant de police.
Crottes, lanternes et catins Ne seront plus ton seul office.
Tu quittes pour vexer les saints.
Crottes , lanternes et catins.
Lucifer et les Girardins Te feront chef de leur justice.
Crottes , lanternes cl catins Ne seront plus ton seul office.
Cela avoit paru avant Tordonnance du Roi, mais depuis les poêles se sont tus, et dans ce parti-là on di^.qu'ils n'écrivoient que pour le roi et qu'ils sont soumis à ses ordres. Je ne sais ce que va devenir l'abbé Bescheran ; M. FoUard avoit déjà fermé sa porte, et la foire Saint- Germain qui va commencer nous donnera d'autres spectacles qui feront reparler tout le monde. Il eût été à souhaiter que la foire n'eût pas été si proche.
Je vous ai envoyé des vers de notre poëte de Chartres ; il ne cesse point de poursuivre l'ombre même du pauvre
H. de la Molte^ et voici encore une [nouvelle épitaphe qu'il m'envoie :
Ici dessous gisent les mânes
D'un auteur de prose et de vers
Dont les écrits peu diaphanes
Ont ennuyé tout l'Univers.
Contre Virgile et contre Homère
Il exhala sa bile amère,
Et fut vivement relancé.
Depuis longtemps ses froids ouvrages,
Honnis, chargés de mille outrages,
Au tombeau Tavoient devancé.
11 dit qu'il ne croit pas violer la franchise du lombeau par ces épitapbes et qu'on lui a écrit de Paris tin nouveau délire de ce capilan du Parnasse qui vouloit donner au public un opéra turc sans machines, sans divinités, sans enfer, sans décoration , et que les paroles étoient faites et la musique étoit presque finie. Et il ajoute qu'en attendant que quelque àme charitable verse des^leurs et des fleurs sur son tombeau qui en a grand besoin, il a composé toute cette pompe et ces chants de deuil. Voilà nn original bien propre à être aussi épitaphié satiriquement. Les Nouvelles ecclésiastiques ont recommencé l'année 1732 avec une Préface éloquente et une figure de récapitulation, qui renferme plus d'objets qu'il n'en tiendroit dans un gros volume. Nous en verrons de belles quand on parlera de l'ordonnance de Saint-Hédard. On est à présent à la dernière affaire du Parlement^ et ce recueil sera quelque jour d'un grand usage pour des faits ordinairement inconnus.
Lettre 1V\
A Paris, ce? février 1752.
J'ai devant mes yeux, Monsieur, vos deux lettres du 22 janvier et 2 février et j'y vais répondre. Je suis l)ien aise
que vous ayez le Thaumaturge^ du temps de fticher^ et vous avez bien remarqué la part qu'eut à tout cela Jacques Gouttière, avocat de ce temps-là, qui croyoit aux miracles comme ceux d'aujourd^hui. Mais voici la foi un peu décréditée par les procèsrvierbaux de la Bastille et l'ordonnance du Roi qui a fermé sans bruit le petit cimetière de Saint-Médard. Vous ne irodirerez dans ces procèsverbaux ni Belvélinsni encore moins Bolduc, apothicaire, dont l'art n'avoit que faire là et qui n'y avoit point été appelé, et je crois que M. Winslow n'a pas trouvé des gens si peu savants dans le nombre des experts nommés. Au reste, il peut bien y avoir quelque illusion dans les convulsionnaires , mais il y en a qui de bonne foi ont appris à Tètre pour hàler leur guérison , et tout cela ne fait pas la preuve d'une imposture générale. Le cimetière est donc fermé, mais l'église ne l'est point, et on y court en foule. Le chevalier Follard est banni; il lui est permis d'aller à Avignon, qui est son pays ; on lui a interdit la Hollande et l'Angleterre à peine de perte de ses pensions, et je soupçonne qu'on lui en veut d'ailleurs pour son Polybe , où il a parlé bien hardiment de bien des gens vivants à qui il devoit respect. On ne dit point encore ce que devient l'abbé Bescheran, ni M. de Laigle, et voilà une église bien dispersée.
Vous avez bien raison de blâmer tous ces rimailleurs contre le pauvre M. de la Motte. Je viens d'entendre un impertinent quatrain où les Muses se plaignent que Caron leur a pris La Motte, et j'aime votre indignation contre notre poôte chartrain qui n'a ni rime ni raison; mais lui qui croit avoir l'une et l'autre au suprême degré, continue toujours à n'en point avoir et à écrire.
M. de Morville, qui vient de mourir, laisse encore une place vacante à votre Académie, et c'est certainement une grande perte que cet ex-ministre qui avoit tant de bonnes qualités dans le cœur, dans l'esprit, dans les manières, et qui étoit aimé du François et de Tétranger ; il est mort de
LEITBE IV^ 880
lu même maladie que son pèrô; le chagrin les a pénétrés qui a amené la mort avec lui. On parle de M. de Nesle pour son successeur^ et c'est pour le if^oire qu'il a, dit^ on^ fait lui-même sur son droit à la principauté d'Orangé. Je n'y vois pas le style académique, certes.
L'auteur de VÉpUre à Clio eôt vraiment M. de La Chaussée, neveu d'un fermier géoéral, et qui sera plutôt sur une liste des 40 qu^ sur l'autre.
Vous n'auriez donc pas lu la table satirique du Ntmoelliste sans moi? Notre pauvre abbé Le Clerc, qui est traité de harbouilleur de papier et du dernier impertinent dans le corps du livre ^ est dénoncé par son nom propre au titre de la Bibliothèque de Richelet^ où on l'appelle, Cabbé Le Clerc, sulpieian* Je crois qu'il est dans une belle fureur : et comme on vient de me dire-qoe le Nou9el* liste ^ dont il a paru une 49* LeltireàvL 15 janvier, est supprimé pour toujours y l'abbé et d'autres joints à lui auroient bien pu causer cette suppre^ion. On y donne une autre cause; Tabbé Desfontaines, en s' amusant, avoit fait les Mémoires de,M"^ Bamevell. Le 2Mome n'étant pas assez gros pour égaler le premier, il s'est avisé de faire certains portraits épisodiques de gens très-connus ; lelivre a été bientôt supprimé/ et de là on est tombé sur le Nouvellistey qui annonçoit un jugement de ce livre à la fin de cette lettre 49*. Je nesais encore cela qu'en gros, abyssus abyssum vocal. Après tout, on ne manquera pas d'y perdre certains traits qui faisoient. plaisir. Je trouve qu'il a oublié dans la dernière lettre la^ date de Tinoendie de la bibliothèque Cottonienney dont la nouvelle est curieuse. (L'incendie est arrivé l$S de novembre 1731, suivant le Mercure dudit mois, p. 264. )
Je connois fort la Vie de Boileau par Desmaizeaux; c'est une assez mauvaise enfilade des Préfaces . anciennea de Boileau qu'il a ajustée à une suite de faits. J'en ai deux exemplaires, dont il y en a un augmenté et corrigé de la propre main de Tauteur, et que je chercherai pour
340 CORRESPONDANCE INÉDITK.
vous renvoyer. Il a si bien fait dans cette Vie qu^on n'y trouve point la date de la mort de Boileau. Il y a longtemps qu'il ne m'a écrit, c^est une grande négligence de n'avoir pas répondu à voire lettre. Il a été ébloui de vos louanges et il ne sait plus où il en est. L'hiver trop rude m'a empêché d'aller dans l'Ile chercher M. de Saint-Hyacinthe, son ami, qui est encore en France et que je verrai au premier rayon de soleil.
Nous sommes pleins de libelles, de titres de comédies, de chansons, et les auteurs libellatiqueSy comme disoit Bayle, sont étrangement déchaînés; mais cela a été de tout temps. Le Roi est à Marly, on prétend qu'il y aura des changements; H. le duc d'Épernon est déjà rappelé, M. le duc de Gêvres ne l'est pas. 11 parolt un Mémoire d'un garde du corps qui est en prison contre H. le duc de Noailles, où on dit qu'il y a bien des faits. Je ne l'ai pas encore vu.
M. le duc de la Vallière épouse M"* d'Usez et la fait duchesse de Vaujours. Le mariage avec M"* de Vilaines de Champagne est rompu; d'où viennent ces Champagne?
Lettre V.
A Paris, le 19 février 1732.
Puisque VOUS me parlez, Monsieur, des procès- verbaux, je crois que vous y trouverez peu de chose, mais il y en aeu assez pour défendre le concours du peuple. Le parti du bienheureux aaussitôt distribué de sa part desimprimés desinformationsfaitesparlecardinal de Noailles sur quatre miracles, et depuis on y a joint une préface et un projet de réponse de M. de Paris à l'interrogatoire quelui de voit faire M. Baudryet qui ne lui futpoint fait : ce projet s'est trouvé fait de sa main et où il se déclare oppelant, réappelant, très-contraire à la Bulle, etc. Ces imprimés ont été donnés en temps opportun pour diminuer la preuve des procès*
verbaux. C'est une guerre qui a ses ruses. Nous allons voir la 2' partie des Anecdotes au premier jour. Je ne sais ce qu'est devenu Tabbé Becheran^ on ne parle plus de lui ni des autres trembleurs.
Vous aviez bien prédit la chute du Nouvelliste : mais Tauteur est consolé par une bonne cure de 3 à 4',000 liv. de rentes que lui a donnée Tarchevéque de Besançon en Normandie; il se fera là d'autres 'affaires, car il faut qu'il en ait de toute nature. Ses Mémoires de M^ Bamevell sont pleins de portraits de bien des gens de notre temps. L'abbé Alary y a été reconnu et quantité d'autres; mais, ce qu'il y a de très-condamnable, c'est qu'il fait prendre M"* Barnevelt par lïn vaisseau et elle prend son parti, ou de faire le corsaire chrétien, ou de se faire mahométane si on l'instruit de cette religion : aussitôt vient un iman qui lui apprend sa loi; elle ne lui paroit point mauvaise, il n'yapoinidemystèresquifont quel'homme craintif n'ose approfondir l'absurdité de tout ce qui pourroit blesser la raison naturelle, ses préceptes sont clairs, purs, pleins de force et de vérité. — Pointde miracles, Mahomet n'en a point fait, il a annoncé la vérité et l'a fait suivre; voilà la preuve de sa mission. Voilà ce qui constitue le vrai prophète plutôt qu'une foule de prédictions qui ne peuvent toucher dans le présent et qui causent toujours des doutes et des disputes dans l'avenir. Je vops fais ce petit extrait (très-véritable) d'un livre imprimé avec privilège dans Paris. Ce sera là un bon curé pour M. de Bonne val.
Je n'ai point vu les Recherches nouvelles et curieuses^ je les chercherai, et je serai bien aise de voir la vie de M. de Cosnac,évéque de Valence, qui est apparemment celui qui a été depuis archevêque d'Aix et cordon bleu, et qui actuellementaunneveugrandvicairedeM.l'archevèquede Paris. Je l'ai fort connu, il a été mon client, et nous verrons si ou dit du bien ou du mal de lui ; il y en avoit de l'un et de l'autre. J'ai vu quelque part le factum de Guy Patin pour
son fils; il y en a un article dansBayle, à la fin de celui du père : on y voit sa querelle avec M. de Sallo sur le Journal des savants^ et son histoire sur les livres défendus qui lui attirèrent son procès : cela est bon à joindre au factum. La France perdit là, pour je ne sais quoi, un trèssavant homme et qui a illustré les pays étrangers.
Tous les changements dont les prophètes ont parlé sont réduits à rien. Ce quMl y a de nouveau, c'est que M. le marquis de Roye» lieutenant général des galères, a été fait duc d'Anville par brevet, et il épouse la fille atnée de M' de la Rochefoucault que devoit épouser l'oncle qui est mort. C'est toujours la même famille, mais il ne faudra point de dispense.
Je ne sais pas encore au net l'affaire du garde du corps avec H. le duc de Noailles. Je sais seulement que le gardé Ta perdue, qu'il reste en prison, que son avocat au conseil, nommé Lefèvre, est interdit pour un temps, et que ce garde a d'abord été jésuite, puis avocat à Besançon d'où il a été chassé, puis ingénieur, puis garde du corps, et qu'il a été mêlé dans la Constitution, ayant fait la lettre écrite par le cardinal de Noailles au Pape. Le Mémoire ne m'est pas encore tombé entre les mains; on .le dit bien écrit. Quel personnage!
Vous m'avez parlé du Remercimenl de Momus; cela ressemble à la Milliade qui fut faite contre Richelieu et tous les gens de son temps. La poésie en étoit bien plus forte. Le P. Lelong en parle, n° 1394'6, et nous n'en savons pas vraiment l'auteur. Je crois que l'assemblée des évoques est au sujet de l'affaire des deux puissances. Nous verrons. Les Mémoires de M' Omer Talon paroissent en 8 vol. et voilà un trésor pour ce temps, en attendant les Libertés de VÈglise gallicane, en 4 vol. in-folio, que nous allons avoir. Nous avons obligation à ceux qui veulent bien nous communiquer ces curiosités et les augmenter. Hais que dites-vous de permettre sans approuver, d'être pour et contre, de fournir des autorités pour
. LETTRE VP, 843
soutenir ce que Voù condamne? Ohime ehe il monda sin^ f>ecchiando s'imhrofflia!
Le 8* ayertissemeni de M. de Soissons me parolt bien long ; s'il s^attaguead hominem il trouvera bien des gens qui lui répondront de même. Il est certain que son style est beau; ce qu'il dit sur Alacoque ne le justifiera pas, et je crois qu'il prend le bon parti de n'en rien dire davantage.
Les NauvelUê à la main sont supprimées J'en suis bien aise, car ils m'avoient tué l'abbé de Thou qui se porte bien •
Lettre VP.
22 février «752.
Depuis ma lettre écrite, j'ai appris que M. l'archevêque a fait venir chez lui, en un même jour et à part, le vicairegénéral, le promoteur, qui ont fait les informations sur les quatre miracles, et le P. Fouquet qui les a déposées au notaire. Ils ont fait chacun leur déclaration de ce qu'ils savoientsur cela, et ils l'ont signée. H. Hérault étoit présent, qui vouloit interroger, et il a montré un arrêt du Conseil qui le commet pour examiner ces informations et tout ce qui s'est fait à cet égard et pour en instruire le Conseil. Ainsi voilà une procédure nouvelle qui va commencer et pourra bien opérer la nullité de ces miracles. On netrouvepointl'ordonnance du cardinal de Noaillesqui a commis le vicaire général, ni la requête du promoteur, et on dit que tout cela a été rendu au cardinal de Noailles; le P. Fouquet n'a pas voulu dire qui lui avoit remis la minute des informations, et quand on lui a demandé pourquoi il n'avoitpas parlé à l'archevêque, avant d'en faire le dépôt, il a répondu qu'il avoit eu peur d'embarrasser l'archevêque et de s'embarrasser lui-même.
M. le premier président a envoyé chercher H. de Montitrny , conseiller de Grand'chambre, pour lui dire que le Roi
844 CORRëSPOMOàKCË IJNÉDITË.
trouvoit mauvais qa'il menât tous les jours à Saint-Médard Tabbé Bescheran depuis la fermeture du cimetière ; il a ré* pondu que c^éioit Tabbé Bescberan qui le menoit^ qu'il y alloit entendre la messe par dévotion et qu'il falloit bien plutôt donner ordre au scandale des archers quilevoient les coiffes des femmes et les regardoient au nez. M. Pàris^ frère du bienheureux^ a fait signifier six oppositions à Texhumation de son frère, à M. le procureur général, le procureur du Roi, le lieutenant civil et aux curé et mar* guilliers de Saint-Médard. H. premier président Ta envoyé chercher et lui a dit que M. le chancelier avoit écrit par ordre du Roi pour marquer que S. H. étoit étonnée qu'il eât osé faire ces significations; il a répondu qu'il l'avoit fait pour conserver le corps d'un frère qui lui étoit cher par ses vertus et parles merveilles que Dieu avoit opérées par lui. On lui a demandé ce qu'il prétendoit faire par là, et il a dit qu'il pousseroit les choses aussi loin qu'elles pourroient aller « et que même il demanderoit, s'il le falloit, une assemblée des chambres pour y faire venir M. Hérault rendre compte de ses commissions. Ce M. Paris est conseil* 1er au Pai*lement. Dans le recueil de M. Talon on voit de pareilles assemblées. Nous verrons ce qui arrivera, et ce sera bon à grossir les recueils futurs.
Les assemblées des évèques sont pour prendre des me* sures contre les informations et contre les curés dont on cherche à rendre les cures amovibles, ce qui n'est pas si aisé qu'on pense.
On plaide au grand conseil une cause pour les mar* guilliersde Saint-Médard, contrôle desservant, pour savoir si la fonction de maiguillier se peut continuer. Cela a donné lieu à un plaidoyer de M. Aubry, qui a fait un parallèle de l'ancien et du nouveau curé fort désagréable à ce dernier, qui sortit de l'audience tout confus quand on lui eut dit qu'il avoit choisi pour prêtre de sa paroisse un homme flétri par deux arrêts qui furent lus. Tout Paris court à ces plaidoyers.
LETTRE Vil». 845
LeUre V1I\
A Parb, ce 29 féTiier 1732.
La grande nouvelle de Paris^ Monsieur, c'est que l'abbé Bescheran a été arrêté dans la rue de Bourgogne en sortant de Saint-Médard où il alloit toujours ; il étoit dans le carrosse de M"* de Montsaintpère avec une M"* de Tierceville qui s'évanouit à la vue de l'exempt; pendant qu'on la secouroit , Fabbé fut enlevé et mené je ne sais où en chartre privée où il a été deux ou trois jours , puis conduit àlaBastiile^ où il est à présent^ et où je crois qu'il a grand regret à ses sauts qu'il ne croyoit pas bastillables. La portière du carrosse où il étoit étoit fermée à secret; l'exempt ne pouvoit l'ouvrir, le laquais qui étoit derrière descendit bonnement et dit le secret à l'exempt qui exécuta son ordre. Ce laquais étoit peut-être las d'aller à Saint-Médard au lieu de faire son carnaval; il avoit paru auparavant une Nouvelle (du 30 janvier) fort offensante contre M. Hérault où l'on lui faisoit donner un démenti par l'abbéy qui est à présent en état de le faire en personne.
M. Tarchevèque de Paris vient de donner un mandement qui paroit daté du 30 janvier, où il condamne sous plusieurs qualifications, même d'hérétiques, les trois éditions de la Vie de M. Paris dont on a tiré plusieurs extraits très-bien placés dans ce mandement, et en remettant les défenses de celui du 15 juillet, il déclare le culte rendu au S. Paris illégitime et illicite. Ainsi voilà les deux puissances réunies contre ce culte. Le Roi a commencé le 37 janvier et l'archevêque a suivi le 30, mais il a été un mois sans montrer sa pièce, qui a été apparemment bien venue; aussi est-elle bien faite et il ]f a des recherches de convulsions du temps de Saint-Agobard, au neuvième siècle, et de son successeur pour un concours qui se faisoit à Sainte-Bénigne de Dijon. Je suis bien aise que^cela
se trouve en votre pays, vous serez plus en état de vérifier le fait : on appeloit ces convulsions quasdam percussiones. Nous allons devenir savants dans ces sortes d'agitations et de mouvements inconnus, dont Dieu nous garde !
J'ai les Mémoires de M. Talon, qui sont mal imprimés et où il y a beaucoup de fautes et même des lignes oubliées; cela est très-sec pour le discours qui est très-bref. Il y a beaucoup de pièces tirées des registres et un amas de querelles des enquêtes qui vous fatiguent et vous rebutent. C'est de quoi instruire un président des enquêtes et les jeunes conseillers, mais après tout il faut les avoir. On a fait ce vol à H. Talon qui en a 5 vol. manuscrits et on n'en a imprimé que quatre; il feroit bien de donner le cinquième pour rendre le vol complet.
Les Libertés de V Église gallicane avec les Preuves paroissent en k vol. in-folio : on les saisit d'un côté, on les rend de l'autre, et enfin le public en jouit; il va y avoir de belles querelles comme il y en eut dans le temps de leur première publication, et déjà les évoques font leur complainte qui n'empêchera pas que le livre jue demeure. On y a ajouté le Songe du Vergier en françois qui étoit rare et dont on ne sait pas l'auteur, notre ami M. de la Monnoye ne l'ayant pu découvrir à ce qu'il parolt dans un fragment de lettre de lui que l'on a mis à la tète et qui est suivi d'une critique où on trouve des morceaux curieux du Songe du Pèlerin, qui est un autre songeur que celui du Vergier; il y a aussi ï Apologie de M. Dupuy qui étoit restée manuscrite jusqu'à présent et où on dit qu'il y abien des choses dures et un grand ouvrage latin. Je ne sais encore ce que c'est^ le livre dont on m'a fait présent n'étant pas relié. On prétend y joindre l'ouvrage de M. de Heaux en latin et en françois, et on vous a bien dit que la traduction en étoit faite , qui assurément sera plutôt lue que son latin scolastique.
La Pasquinade de SaintrMédard est des plus plaisantes et on ne Ta pas oubliée ici.
LtTTRE Vlll^ 847
Je n'ai pu encore voir le Mémoire du garde du corps qui est ce Protée dont vous m'avez montré toutes les figures. L'avoeat du conseil qui Ta signé est interdit ; on parle d'un autre Mémoire contre M. de Nogent. En ce moment je viens de voir le second tome des Anecdotes imprimé et quej'on m'assure être de la même main que le premier. Je ne puis finir par une meilleure nouvelle. Voilà bien de quoi lire et comment plaider avec tout cela? mais il faut bien tout faire.
Lettre Vllt.
A Paris, le :S5 mars 1752.
Le Nouvelliste du Parnasse a recommencé ; on a déjà deux lettres depuis sa cessation et la première contre M. Rollin qu'on accuse ne savoir pas le grec, lui^qui n'a jamais lu le grec qu'en grec, et même le françois, qu'il dictoit en grec encore, en sorte que c'étoit une espèce de folie; cependant on dit qu'il n'a lu Hérodote que dans du Ryer. Notre critique est toujours sur le même ton de dire du bien et du mal, et après avoir bien loué VEpitreàClio il la honnit le moment suivant.
Mais à propos de cette épltre, le pauvre H. de la Motle n'a pas rencontré de bons panégyristes le dernier jour, à l'Académie. M. de Luçon a parlé noblement en de certains endroits; mais à quoi a songé M. de Fontenelle avec son longet ennuyeux et obscur discours, qui est justement fait pour faire mépriser son ami et pour donner une idée fausse de l'esprit et de la science? Je n'aimois guère les ouvrages du défunt, mais je les aime encore moins depuis leur éloge : cela me fait souvenir de Simonide qui loua mal l'athlète ; bien des gens en eurent les jambes cassées et notre ami La Fontaine en a fait une fable divine ; heureusement l'Académie est en bon lieu , et il n'est point arrivé malheur au bâtiment. Ce qui est de sûr c'est que la louange, qui chatouille ordinairement et qui gagne les
348 CORRESPONDANCB INEDITE.
esprits^ a ici chatouillé bien peu de gens, et Tlliade n'en a pas été déshonorée. Mais voici bien de quoi remplir ce déshonneur : H. Tabbé Terrasson, critique et censeur outré d'Homère, auteur du Selhos et panégyriste du Système, est nommé pour succéder à H. de Morville, et une science si étrange l'emporte sur le génie et la littérature de Tabbé Banier. Je n'en dis pas davantage, non plus que de l'association et fraternité de TAcadémie avec la Comédie, que le C. de Richelieu n'auroit peut-être pas désapprouvée, mais qui aujourd'hui paroit hors de saison et ne sert qu'à des chansons et & des épigrammes assez désagréables.
Vous avez raison , le Songe du Vergier ne méritoit pas trop d'être réimprimé. Je ne crois pas trop que le fragment de la lettre soit de H. de laMonnoye puisqu'il a pensé autrement sur Baillet. Ce songeur a fait un autre songe qui est aux Célestins, et on y a trouvé le nom de Vertus ; voilà pourquoi on a donné ce nom au premier; on trouve une analyse du second dans la préface de celui 'qu'on vient de donner, et il y a des choses singulières sur les confesseurs des rois.
Les Anecdotes paroissent, non pas trop anecdotes, car il y a une grande partie tirée de discours d'avocats généraux qui sont publics. On y trouve certaine bonne dépêche du Régent et le Mémoire du P. Tournemine, qui fera bien quelque guerre domestique. Il en étoit déjà parlé dans la dernière partie de l' Histoire de la Constitution; le style de ce 2* tome ne plaît pas tant que l'autre. Je vous remercie de m'avoir enseigné le premier auteur des N. E. Nous avons ici le jugement du P. Girard à l'officialité de Toulon : c'est un procès criminel sans procédure et un procès sansàme, Ayrault n'auroit pas aimé cela. Et puis peut-on dire que l'arrêt a mal renvoyé au délit commun ? il est donc frustratoire. En voilà assez. M. de Bandol étoit venu ici, on Ta renvoyé en Provence, et c'est M. Hérault qui Ta fait venir et lui en a donné l'ordre.
Lettre IX\
A Paris, le 51 man 17S2.
Je sais le jugement de Tofficialité de Toulon au profit du P. Girard, et nous l'avons vu imprimé ; c'est une procédure bien singulière, car le procès criminel du délit commun est jugé sans avoir vu les charges qui sont toujours en Provence, et le promoteur ne fait point de façon de dire que Tarrèt n'avoit que faire de renvoyer cette affaire, ne pouvant y avoir de délit commun en ce cas, après la décharge de l'accusation capitale. 11 faut être Provençal pour entendre toute cette pratique, et on en devroit bien faire un code.
Le P. Tournemine a fait imprimer un désaveu public du Mémoire qu'on lui a attribué dans le 2* tome des Anecdotes; il défie qu'on lui en rapporte l'original, et il a raison, car les autres disent qu'il lui a été renvoyé fidèlement, comme il l'avoit demandé à la fin de ce Mimoire; mais il peut répondre qu'on en a donc infidèlement gardé une copie, et bien plus qu'il seroit fort aisé d'attribuer à qui l'on voudroit de ces sortes de mémoires délateurs et dénonciateursen y redemandant l'original, de sorte qu'avec des copies simples, on va accuser tout le genre humain. Nous verrons ce qui arrivera de tout ceci.
11 est très-vrai que M.deBandolest venu ici et s'en est retourné promptement et à son grand regret; Tordre lui a été donné par M. Hérault.
Je crois vous avoir mandé qu'il y a un néant sur la requête de M. de Sainte-Maure.
La fille de Montmorin a perdu le procès de substitution de Mongon, qui a été plaidée avec grand appareil et qui se réduisoit à une question des plus simples, il n'y avoit qu'à lire l'acte. Cela a été jugé tout d'une voix et presque sans opiner au profit de M"**" de Ghampigny (d'auprès de
Sens), fille du donateur qui venoit après rextinction de tous les mâles.
M. de Valhubert vient de sortir de mon cabinet; il travaille à une nouvelle édition des Lettres deBayle, où il y en aura à M. Ménage et à M. Tabbé Bignon^ et des réponses decetabbé. Il m'a parlé devous, monsieur^ et je Crois qu'il voudroit vous vendre Hisloriam meretricum gr^carum; c'est un bon petit homme qui a fait un Almanach où il a mis les (alents des comédiennes et des filles de TOpéra qui veulent le battre.
Il nous vient d'arriver de Troyes un miracle opéré sur une M"* de Mesgrigny^ par l'intercession de M. Paris; cela fait grand bruit, la clôture du cimetière n'y fait rien.
Lettre X^
A Paris, ce 3 avril 1732.
La grande nouvelle^ Monsieur, est de Monsieur le garde des sceaux, qui est coadjuteur ou adjoint de M. le cardinal nommé par le Roi. Il travaille avec le Roi, même en l'absence du cardinal, mais les secrétaires d'État ne travailleront pas avec lui seul, ils iront chez le cardinal à l'ordinaire et le garde des sceaux s'y trouvera. Voilà un arrangement qui durera tant qu'il plaira au cardinal, qui apparemment quittera bientôt, et le coadjuteur deviendra chef. M. le duc d'Orléans, à qui cela n'a pas plu, s'est retiré dès le lendemain des Conseils du Roi. M.Chauvelin a de l'esprit et sait la Cour ; il se soutiendra bien dansce grand poste, où il a toujours aspiré; iln'aplusqu'à être chancelier, mais je ne crois pas que M. le chancelier lui cède sitôt sa place. Il y a peu d'exemples d'une aussi grande fortune dans un homme si peu âgé : mais il y a des étoiles heureuses, et son mot est que l'on est ioul eequ'onveutétre.
Je vous ai mandé la nouvelle de la déroute de M"*^ Kerba-
bu, c*est 3,000 liv. et non pas 2,000 liv. de dommages et intérêts. MM.Cochin et Aubry ont donné des mémoires, je tàcherflftdeles avoir pourvous;iln'yavoitpointde preuves et voilà comment les procès criminelsse perdent, J'aivule Mémoire contre M. de Nogent qui est ironique; tout ce qui est sur la famille de Bautru est tiré de Bayle, qui en a fait quatre articles dans son Dictionnaire; Fauteur est un avocat de Chartres qui avoit écrit un Uémotre pour M. de Marchain ville contre sa femme (fille de M. de l'Aigle), qui étoit des plus jolies : la femme perdit son procès à Chartres et à Paris, et c'est comme si elle Tavoit gagné, car elle n'est point retournée avec son mari, et est ici avec ses amis qui se moque de l'arrêt. Pour l'affaire de M. de Nogent, les parties ont été mises hors de cour, et l'officier en demeure presque déshonoré avec son ironie, et n'est pas plusheureux que la dame. Lisez Bayle, qui a écrit d'après leMénagiana; le ffau^rouestplaisantaussibienquelemot de Langeli qui disoit chezla reine . Baulru, couvrons-nous^ cela ne fait point de conséquence pour nous autres.
L'avocat de Chartres n'a pas osé faire dire ce mot par l'officier, qui auroit bien pu dire qu'il Tavoit lu dans un livre que tout le monde lit.
Le Nouvelliste n'a pas mal parlé des pratiques superstitieuses du P. Lebrun, et cela vient assez à temps. Les Nouvelles ecclésiastiques ne cessent point, mais on dit qu'il y a une lettre de M, Duguet qui contriste fort les jansénistes; il y parle mal de ces Nouvelles, de ce qu'on a dit que M. Varchevêque de Paris étoit Vavocat du diable, qu'on a comparé les miracles de Paris à ceux de J.-C. et que La Cadière y est appelée ange et colombe. Je verrai cetle lettre, elle est longue et ne court qu'en manuscrit. M'** Hardouin, couturière, a faitune Relalionde son miracle qu'elle a fait imprimer et envoyé aux prélats. MM. de Montpellier, d'Auxerre et de Senez lui ont fait réponse, et elle a fait imprimer leur réponse. Nous allons voir quel ordre le nouveau ministère mettra à tout cela. Mais il faut bien
avoir quelque amusement^ et si cela manquoit nous en au« rions peut-êfre qui vaudroient moins.
Vous avez dit en trois lignes tout ce qu'on peutdire du discours sur M. de la Motte. Mais il ne faut pas oublier le fortdes cAosesquiest admiré des dames, et qui soutiennent que le berger y a pensé malice. Cela est bien fou, aussi bien que V Iliade , dont le nom seul porte malheur à un ouvrage; il l'a toujours pensé dès sa jeunesse et le ratifie en sa jeunesse majeure.
Pour l'association à la Comédie, je suis bien aise que vous m'en appreniez le fait qu'on disoit ici tout bas. J'ai vu la Requête de Polichinelle qui n'est pas trop bonne , et que je vous enverrai pourtant ; il faut tout voir, et que cette pièce regarde le corps. On a bien fait de refuser la fraternité ridicule, et M. de Richelieu a dû venger le cardinal fondateur des attentats et des insolences des comédiens. Je ne comprends pas bien comment ils sont venus offrir l'entrée franche, il faut bien qu'il y en ait eu quelque raison, et je crains que M. Crébillon, qui passe sa vie avec eux et qui les fait vivre, n'y ait eu quelque part. Voilà ce qui arrive de certaines élections.
Ce que je vous ai dit du 2" Songe n'est pas dans la préface générale des Libertés , mais dans la préface particulière qui est à la tôte du Songe du Vergier,
Je vous ai parlé de la lettre du P. Tournemine : il a raiso i de défier qu'on lui montre l'original du Mémoire^ car il lui a été renvoyé ; cette raison-là n'est pas bonne , mais on ne se soucie pas de raisons, et les choses sont toujours dites et imprimées.
L'officialilé de Toulon a jugé sans pièces et sur le fondement que l'arrêt avoit tout jugé. C'est une vraie critique de l'arrêt, et l'official va dire : Non bis in idem.
On a fait graver de belles planches du Sacre du roi; ce sont MM. les premiers gentilshommes de la chambre qui ont fait la dépense, et c'est M. le duc de Gèvres qui les distribue.
LETTUE XI'. â63
M. le duc de Sdint-Aigoan est enfin arrivé à Rome; son retardement a été politique, à ce que Ton prétend, et a influé sur ce qui vient d'arriver ici : cela n'est pas difficile à entendre^ la place est prise.
J'irai à la campagne ces fêtes et profiterai de votre avis. Je ne suis plus qu'enrhumé. Je vous envoie aussi la Confédération, qui est satirique et de bonne main.
LeUre XF.
5 avril 1752.
L'état présent est que M. le duc d'Orléans, qui s'éfoit retiré des conseils, y est rentré par ordre du Roi. Il a eu une grande conférence à Issy avec M. le Cardinal. Le nouveau ministre a travaillé avec le Roi seul, et MM. les secrétaires d'État ont travaillé aussi avec M. le Ministre seul. Toute la Cour a été lui faire compliment. M. de Nesie a écrit à quelqu'un que H. Chauvelin éloit associé à l'empire; on ne met plus sur le contre-seing des lettres : Garde des sceaux, mais Chauvelin.
Lejouroùil fut nommé, il y eut une grande discussion avant cette nomination ; on y jugea l'affaire de M. Fargis, qui fut déclaré débiteur du Roi de 5,500,000 liv., au lieu qu'il se prétendoit son créancier de plus de 6 millions : voilà une belle erreur. Pendant qu'on travailloit à cette affaire, le Roi envoya chercher M. le Cardinal, qui de* manda une demi-heure pour finir : ou finit, et il alla chez le Roi, qui lui dit ce qu'il faisoit pour M. Chauvelin, ce quç sans doute S. E. n'ignoroit pas.
Il y eut un arrêt samedi à la 6" chambre dans l'affaire de M. de Montandre contre sa femme; elle avoit été séparée, par arrêt célèbre; mais pour empêcher l'effet de cette séparation, le mari avoit fait toutes sortes de ventes de meubles, de transports^ de saisies, de résolutions de baux des terres et autres actes collusoires. L'arrêt déclare
le tout nul, condami^e ,u]i H. de Villegagûon qui avoit acheté les meubles eu 6^000 liv. de dommages et intérêts solidairement avec le mari, et, en outre, le mari est condamné personnellement en 20,000 livr. de dommages et intérêts pour toutes ses vexations. Voilà comme nous servons bien les femmes^ et c'est une leçon pour H. de Sainte- Maure, qui auroit peut-être suivi. cet exemple; Tarrêt est sur les conclusions de M. Chauvelin. Les Nouvelles ecclésiastiques du 15 mars ont répondu à la lettre de Tahbé Duguet sans le nommer, et Fauteur fait quelques excuses et aussi des justifications. On y trouve aussi tous les actes et procédures de M. Paris sur Texhumation de son frère qu'il craignoit, et les oppositions et les réponses . Cela est curieux . M"* de Mesgrigny, religieuse à Troyes, à qui on prétend qu'il s'est opéré un miracle , a été enlevée par ordre du Roi et menée à Compiègne. L'intendant de Champagne y a été. Je ne sais pas positivement ce que M. Tévèque de Troyes a fait : on dit qu'il a fait un mandement. Vous pensez biep tout ce qu'on dit sur une pareille affaire, et que voilà une petite guerre de Troie qui ne manquera pas d'Homère et d'Iliade, si ce n'est que la religieuse n'est pas si belle qu'Hélène et qu'on ne s'est pas écrié en la voyant passer, comme les vieillards de Troie.
La dernière fille de la Reine est malade. H. Chicoineau est premier médecin, H. Du Fay (fils du capitaine aux gardes) a le Jardin-Royal en vertu de son crédit. M. le duc d'Antin a les eau3( miné)[*ale3 ; chacun a eu sa part, et il ne faut pas qu'un seul ait tout.
Ce qu'on vous mande sur H. d'Hautefort de la voix à la question contre lui n'est pas vrai , mais il y en a eu aux galères contre.le valet d^ chambre Haindex ; la quittance est vraie des 15,000 liv., mais c'est en exécution du contrat de mariage, et il ne s'en trouve point.
Quand vous aurez vu le Mémoire du P. Tournemine, vous verrez qu'il a l'air naturel; ce seroit là un beau chemin pour les faussaires.
le P. Chauvelin, confesseur de la malade. C'est une pièce nouvelle de 34 pages in-k"*; elle est signée François Chauvelin^ de la main de ce prêtre même, et nous allons avoir une bibliothèque sur ces miracles et contre-miracles qui instruira bien la postérité de tous ces événements. Je n'ai pas encore vu la relation du miracle de Troyes^ et du ravissement de sœur Hélène, paralytique, mais it est certain qu'il y en a une.
M. de Saint-Hyacinthe, qui a été malade^ m'est venu voir; il a augmenté son Mathanasîus d'un volume, cela est imprimé en Hollande et n'est pas encore ici ; il m'a fait entendre que cette augmentation est une fiction d'un songe sur le Parnasse , où il a vu Apollon , où il s'est fait une élection de députés par les savants de toutes les nations, où le sort est tombé sur lui pour la France, et où Bayle l'a chargé de plusieurs commissions et entre autres pour moi. Je ne fus jamais plus surpris que je l'ai été de me trouver dans ce songe, dont je me serois fait ùter s'il y avoit moyen; mais cela est une chose faite et nous verrons quel pays habite Bayle et à quoi il pense.
M. de Saint-Hyacinthe me parla d'un autre livre bien plus sérieux qui est fort avancé, et où il fait des Béflexions philosophiques et métaphysiques sur les devoirs des hommes. Il y a aussi de la mathématique , car cela est disposé par propositions, et il y en a plus de 150 dans le premier volume ; il ne m'a parlé que de démonstrations évidentes ; mais comme il y a fait entrer les devoirs de la religion, je crains bien que tout cela ne soit bon qu'à Londres. Il m'a paru avoir beaucoup d'esprit, mais je n'aurois jamais soupçonné le Mathanasius d'être un autre Euclide , et de nous mener au discours par un tel chemin qui est assuré* ment le chemin étroit.
Le 4* volume des OEuvres diverses de Bayle m'est enfin venu ; il est bien imprimé, les Entretiens de Maxime et de Thémiste y sont d'abord, puis quelques petits opuscules , ensuite le Cours entier de philosophie, que l'on a pris la
LETTRE Xlll*. 857
peine de traduire en françois et qui ne sera lu que par quelques régents^ puis les Lettres que nous avons augmentées d'une 40% qui sont peu de choses, et cela finit par le fragment de la Vie du Grand Gustave et par une Tdble pour les quatre volumes qui est assez bien faite. Voilà donc enfin le Bayle complet en 8 bons volumes in->folio. Et quelles merveilles n*y a-t-il point en tout cela, pour l'esprit et pour la lumière, pour la critique et pour la netteté, pour Texpression et pour bien des talents presque au-dessus de Thumanité. Je jette encore ces fleurs sur son tombeau puisque Foccasion s^en présente.
Lettre XIIF.
A Paris» ce 24 avril 1752.
J'ai revu M. de Valhubert qui m'a dit vous avoir envoyé les lettres de Saumaise à Ménage, et qui est disposé à vous rendre les service^ qu'il pourra ; il sait beaucoup de petites choses et suit une orthographe nouvelle qui est jusque dans son Almanach, Il faudra qu^il se dépêche s'il veut faire la Vie de Ménage, car il n'est pas jeune; il fait réimprimer à Paris la Vie de Bayle par Desmaizeaux, et nous ajoutera encore quelques lettres.
Je saurai de Fauteur du JUathanasius où il a pris sa chanson, Câlin, Cato; la continuation étant de lui pourra être meilleure que celle des continuateurs d'autrui. Don Quicholte coniinué par Michel Cervantes est bon, et ne vaut rien continué par Le Sage, mais ceci n'est pas proprement continuation et ce sera une critique augmentée, où je crains que l'amour du moderne ne l'emporte sur l'ancien. Je pense comme vous sur ses Offices réduits à la façon des géomètres, et sur cela. Monsieur, je prends avec vous mon Cicéron et laisse Euclide. Le dessein m'en a effrayé, mais il trouve cela très-naturel; à moi il m'a paru plutôt l'office des âmes, pour ne pas dire l'office des
358 CORRESFOIfDANCE II4ÉDITË.
in(H*t9 j que Foffîce des vivants; mais il rie faut condamr ner personne sans l'entenâre.
J'ai consulté le P. Lelong sur Tabbaye de Sainte-Bénigne^ et j'ai été bien aise d'y trouver que cela n'est pas là le premier enlèvement. Car le roi Pépin donna en 754 à une Angloise qu'il aimoit celte belle abbaye, non pour la garder mais pour la piller (dit le chroniqueur), et je crois que la dame en fit bien sa charge et que si elle trouva quelque moine à son plaisir elle ne le renvoya pas; il est plaisant que le boti P. Lelong ait remarqué cette circonstance sur un trait dé critique, tant il est vrai que la galanterie se fourre partout. Je ne doute pas que M. l'évêque de Dijon n'obtienne tous les honneurs qu'il voudra et qu'il mérite. J'ai vu ici M. l'archevêque de Besançon qui a été mal , mais qui se porte beaucoup mieux ; il va faire son serment de fidélité^ quoique ses bulles ne soient pas arrivées ; il ira après & Sautour en Bourgogne , puis à Bourbonne prendre les eaux.
Je ne sais pas la raison du silence du Nouoelliste ; il fait aussi bien de se taire que d'attaquer M. RoUin. Les Nouvelles ecclésiastiques sont pleines de miracles et de sermons de miracles. Le curé de Saint-Médard a pris un Suisse pour les fonctions de son église et le précéder. Les marguilliers lui ont contesté lé Suisse : on a plaidé au Grand Conseil , arrêt qui a renvoyé le Suisse et condamné le curé aux dépens; quelques jours après, lettre de cachet, qui, sans parler de l'arrêt, permet au curé de se servir du Suisse pourvu qu'il ait la livrée du Roi ; il a donc gardé le Suisse, et comme on ne peut porter cette livrée sans la permission du grand-écuyer de France, M. le prince Charles, sur une lettre de M. de Maurepas^ a accordé cette permission. A cela les marguilliers qui ne se rendent pas encore, disent que le curé, ayant prêté le Suisse à la quêteuse, excède ses fonctions et qu'il a cédé ce qui n'est pas cessible. Voilà une nouvelle question de droit. Un procureur du Grand Conseil a prétendu
qu'on ne pouvoit plaider deputis la lettre de cachety et a fait une remontrance; un avocat a soutenu au contraire^ et comme il avoit remis son bonnet^ M. le premier Président lui a dii que répondant à une remontrance il ne devoit pas ôtre couvert et que le procureur tfavoit peur que de çon bonnet; cela a plu à l'assemblée et la cause a été remise au l**' jour; apparemment elle sera évoquée.
H. le président d'Aligre a été ces fêtes à une terre auprès de Chartres; il a péché ou fait pécher dans une rivière que Tévéque dit être à lui : les îuges de Tévêque ont décrété le président, je crois, d'ajournement personnel ; grand bruit au Parlement, il en a été parlé le jour des Mercuriales ; on n'avoit pas encore la procédure, et vous pensez bien ce qui en arrivera à ces juges. On a, ce même jour, rapporté une requête de H. de Benoise, conseiller d'honneur, qui a fait plainte de la spoliation de l'hérédité de H. de Plenoeuf son beau-père, dans laquelle H. de Monchêne se trouve compris ; la requête est admise et il y a un peu de faux aussi contre l'inventaire. Voilà bien des cris pour rien, car M. de Benoise n'a point d'intérêt. On aencore parlé ce jour-là d'un recelléet divertissements de plusieurs effets du prince C mort en aubaine ;
on a suivi les effets recelés, et ils se sont trouvés chez Tévêque d'Orléans. Et de deux évêqnes que l'on tient.
Les vampires m'ont bien fait rire et encore plus la règle de H. Arnault que vous y avez appliquée. Ce sont là de véritables convulsions et un remède singulier de couper la tête au mort pour guérir le vivant. Je crois à tout cela jusqu'à due vérification.
LeUre X/P.
A Paris, ce 4 mai 1732.
On se réveille ici plus que jamais sur les affaires de l'Église; il y a arrêt du Conseil da 24 avril qui condamne au
feu deuxlettres (attribuées à M. de Lisle) sur les miracles de M. Paris; il a été exécuté. Ces lettres étoient très*malignes contre M. l'archevêque, et c'est dommage qu'on ait brûlé le beau passage de Saint-Jérôme sur les convulsions qui tenoient les femmes pede suspenso, M. rarchevéque, de son côté; vient de donner un mandement (27 avril) contre les Nouvelles ecclésiastiques^ dont il fait un portrait affreux et très-éloquent ; elles sont défendues^ sous bien des qualifications, sous peine (T excommunication. On y fait entrer le Pape^ le Roi, les évoques comme parties intéressées ^ outre le scandale de la religion. Il y a un certain trait à la page k qui pourroit bien nous regarder, nous autres avocats^ et il pourroit bien entrer un peu de passion dans ce zèle. Je n^aime pas trop que ce prélat demande que son zèle soit secondé, soit dans les chaires, soit dans les tribu-* naujc de pénitence. Si on laisse faire les prédicateurs, voilà les Bouchers de la Ligue qui vont paroitre et les suites en peuvent être fâcheuses. Les confessionaux paroissoient suffire. Je ne sais si tous les curés de Paris publieront ce mandement, quoiqu'il leur soit enjoint ; nous verrons. Au moment que je vous écris, cela sera fait ou non (1) . J'ai appris de Lyon que le Fouret s'imprime et ne sera fait que dans six mois ; mais pour la dissertation sur l'impuissance, le libraire n'espère pas de la joindre, parce qu'il craint n'avoir pas le privilège. Or si vous voulez l'avoir, je sais bien quelqu'un qui vous le fera avoir sans difficulté et cela sera secret.
Je crains que VEuclideàe M. de Saint-Hyacinthe ne soit pas chrétien, ou s'il Test, vous dites fort bien que ce n'est pas le chemin de velours. Je crois que la plupart de ces démonstrateurs ne démontrent rien que leur science. Pour le Spinoza de M. de Boulainvilliers, je l'ai vu manus-
(1) Le curé de Saint-Roch n'a pas publié; je ne sais pas des autres. C'est un des 22. Le curé de Saint-Eustache n'a (tas publié, quoiqu'il ne soit pas des 22, — Saint-Étiennedn-Mont a publié. M*est pas des 22.
crit et c'esl une étrange idée d'avoir voulu éclaircir ce que cet athée avoit tenu obscur. Le titre de la Réfutation ne trompera personne^ dès que cela sera répandu.
Le Suisse de Saint-Médard n'a été habillé de la livrée du Roi que pour faire honorer le curé qu'on insultoit dans l'église. Les raarguilliers ne s'y sont opposés que parce qu'ils ne vouloient pas le payer. Ce Suisse a eu bien de la besogne^ le 1" mai, anniversaire de la mort de M, Paris ; un monde infini y a été. Le curé faisoitjeter de l'eau dans l'église du côté du cimetière, afin qu'on ne priât pas à genoux. On arrêta le cocher de M. Robert, conseiller au Parlement ; H*"^ Robert fut insultée, la réparation se fit sur-le-champ ; enfin voilà une fête que le peuple institue au l*"^ mai, et on démolit Saint-Jacques et Saint-Philippe.
L'évéquede Rennes est mort; il laisse unljénéficesim* pie de 28,000 liv. de rentes. Le nominateur, prieur delà Charité, est mort aussi auparavant. Les moines disent que la collation leur appartient sede vacante. L'évéque de Meaux dit que c'est à lui comme ordinaire, et qu'il peut même conférer en commande comme cardinal. La grande main peut bien venir à tout cela, car le morceau est bon. 11 y a encore d'autres bénéfices et la charge de la chapelle du Roi.
Le Pape a dérogé à la Bulle Pretiosus. qui exemptoit les Jacobins de certains droits à la daterie ou chambre apostolique; ils paieront comme les autres, et ils sont bien f&chés, on craint même que cette dérogation ne s'étende sur l'article qui avoit fait grâce à la gr&ce : on dit que cela méritoit bien speciahm notam.
Le cardinal de Polignac, qui revenoil par mer avec les galères, est tombé malade, et on l'a descendu à Sienne, d'où il ne reviendra que par terre et à longs jours. Son voyage n'est plus si pressé ; cette maladie pourroit bien être politique et, comme vous dites, chacun ici joue la comédie, en santé comme en maladie.
M"* de Beaujolois est très-mal de la rougeole ; on lui
donne les sacrements en ce itnoment. tout le monde est en larmes et moi aussi. C'est une princesse charmante.
Lettre XV',
A Parifli ce 16 mai 1732.
Le Mandement de l'Excommunication seroit à bon droit appelé Excommunié lui-même ^ puisqu'il porte avec lui tant de maux. En voici, Monsieur^ une petite Iliade. Le Parlement s'étant assemblé au sujet de ce mandement, dont il vouloit appeler comme d'abus ou autrement y pourvoir, M. le premier Président a reçu ordre d'aller à Compiègne^.où il a été avec Messieurs les gens du Roi, et là il a reçu un ordre de ne point délibérer dans leurs assemblées sur aucune matière ni de religion ni d'État, et de ne rien résoudre sans en donner avis au Roi, et enregistrer cet ordre. Il y avoit déjà un arrêt du Conseil du 3 mai qui préparoit cette voie et qui faisoit défenses à toutes cours et juges de faire aucune poursuite ni prendre connoissance de ces matières. Le lundi 12, H. 1q premier Président ayant rapporté en l'assemblée des chambres l'ordre de Compiègne, et proposé l'enregistrement, il a été très-mal traité ; on lui a dit bien des choses dures et en même temps vigoureuses. M. l'abbé Pucelle ne s'y est pas épargné, ni M. Titon, ni quelques autres; toutes audiences ont cessé et on est tombé d'accord de demeurer assemblé pour demain mardi, pendant lequel temps on ne feroit aucune autre affaire. Le mardi 13, il est arrivé de grand matin une lettre de cachet qui a ordonné au Parlement de se rendre par députés à Compiègne. M. le premier Président n'a point donné de petites audiences, mais il s'est assemblé avec dix juges, où il s'est rapporté deux appointés à mettre, et les gens du Roi ont apporté la lettre de cachet qui a été ouverte. A huit heures, les chambres étant venues, ont été surprises de voir celte pe-
bre^ l'abbé Pucelle et M. Canaye, un de chaque Chain^ bre des Enquêtes et Requêtes, et les gens du Roi. Le mercredi 14 on a été de bonne heure & Compiègne; le Roi leur a parlé lui-même^ et a dit : « 11 y a longtemps que je suis mécontent de vous; je le suis encore^ et vous voulez encourir mon indignation ; je veux être obéi. Allez, retournez à vos fonctions. » — Le premier Président a voulu parler et ne Ta pu. M, Tabbé Pucelle a dit au premier Président: «Ce n'est pas de cela dontla compagnie vous a chargés, » et il a voulu parler, et le Roi lui a dit : «Taisez- vous » ; alors il a mis le papier où était Tarrêtéaux pieds du Roi. Le Roi a dit : « Maurepas, prenez ce papier et le déchirez, » et il a été déchiré. L^abbé Pucelle a dit : «Mais. . . .,» elle Roiadit : aRetirez-vous.» Surcettedernière parole on s^est retiré et on est retourné à Senlis. A Senlis, H. Tabbé Pucelle a trouvé un ordre qui l'exile à son abbaye, et le soir, entre minuit et une heure, M. Titon a été enlevé parles mousquetaires à Paris, par ordre du Roi, et mené à Vincennes. ie vous ai promis une Iliade, je vous la tiens, et le dernier chant sera que les avocats ont de nouveau pris le parti de cesser toutes fonctions, soit au Palais, soit dans les cabinets, conseils et consultation. Depuis lundi toutejustice a cessé. Messieurs des Requêtes deThôtelsont entrés hier en bon nombre, mais il ne s'y est trouvé aucun avocat ni pas même aucun procureur, et on crioit dans la la place Dauphine : Cest un maître des Requêtes ! Voilà notre état présent. La consternatien est fort grande. Au moment que je vous écris (vendredi matin 16), les chambres sont assemblées pour entendre le rapport de Compiègne, et on attend ce résultat avec grande impatience. Il faudra commencer par redemander le prisonnier et Texilé, comme il est d'usage. Il y en a un exemple dans les Mémoires de M. Talon, tome I", p. 56, mais la réponse au Roi est ft la page 58, et dans ces sortes de mémoires chacun trouve son compte, et à la fin le Roi est toujours le' maître. On va savoir si le Parlement continuera les
LETTRE XVR t^
foDctious où le Roi Fa renvoyé^ oa s'il cessera. Cest une. grande affaire, mais où sont les Démosthènes et les Cicérons ?
En ce moment^ j'apprends que ce matin M. le premier Président ayant voulu faire la relation de Compiègne, et commencé par dire que deux de Messieurs sont arrêtés ou exilés^ sans les nommer, et quMl falloit savoir ce qu'il falloit faire en pareille occasion, tous Messieurs se sont levés et ont laissé H. le premier Président tout seul.
M. Fabbé Pucelle a avec lui un brigadier des gardes du corps et deux gardes du corps, qui le conduisent à son abbaye de Corbigny, au diocèse d'Autun : on croit qu'il en restera quelqu'un avec lui ; il va être voire voisin.
On devoit plaider à Tofficialité l'affaire des curés ; elle ne l'a point été ; il y avoit des avocats chargés. — Les Nouvelles ecclésiastiques continuent toujours^ et l'abbé De Lisle ne craint point le feu. Il y a encore une illettré.
Lellre XVI'.
A Paris, ce 23 mal 17^.
Pour répondre à votre lettre et à vos impatiences, Mon^ sieur, j'aurai l'honneur de vous dire que ce matin le Parlement est rentré, qu'actuellement les Chambres sont assemblées dans la Grand'Chambre, que toute la nuit les mousquetaires ont porté des ordres de rentrer à tous Messieurs du Parlement, que les gens du Roi étant revenus hier de Compiègne sur les deux heures aprèsmidi, on a travaillé toute l'après-dinée chez M. le pre-* mier Président et que le dessous des cartes est que M. l'ar^ chevèque retire son mandement pour trois mois, ou du moins surseoit contre les curés pour un temps. Or, vous savez ce que c'est que ces surséances. On ne doute pas que demain les avocats ne rentrent, et pour moi je rouvre
Dngitized by
moD cabinet en ce moment, et c est de là d'où îe vous écris cette nouvelle.
Messieurs du Parlement^ de retour de Compiègne^ se sont assemblés lundi 12 mai. L'assemblée a duré trois heures. U a été fait lecture d'un ordre du Roi, qui porte en termes exprès que S. H. fait défense, sous peine de désobéissance^ de se mêler directement des matières ecclésiastiques à moins d'un ordre précis du Roi, qui ordonne en outre que le présent ordre du Roi sera enregistré sur les registres du Parlement.
La réclamation de toutes les Chambres a été universelle contre l'enregistrement de cet ordre, et, par une voix unanime. Messieurs ont fait défense au greffier, sous peine d*ètre poursuivi extraordinairement, de Taire aucun enregistrement.
L'assemblée continuée à demain et qui durera tous les jours sans faire de remontrance, jusques à ce qu'il ait révoqué ledit ordre ; au moyen de quoi le Parlement cesse, et il n'y aura plus d'audience. Dans cette assemblée M. le premier Président a été traité de terrible manière.
Hier 22 mai , ont arrêté Messieurs du Parlement que, comme il s'agit de la sûreté de la personne et de l'État de S. M., elle ne doit point réputer à désobéissance si quelque évocation ou interdiction qui puissent intervenir à son Parlement, il continue de connaître des causes ecclésiastiques, ce que M. le chancelier devoit faire trouver bon àS. M., àl'exemple de ses prédécesseurs, qui n'avoient pas craint d'encourir l'indignation de S. M., dont ils avoient été dans la suite grandement loués. Que si le Roi persistoit à vouloir dépouiller la compagnie de la partie la plus essentielle de ses droits, la plus utile au bien de son service, et dont sa conscience est le plus chargée, le Parlement suppliera humblement le Roi de le dispenser de continuer ses fonctions, dont il ne pourroit plus s'acquitter d'une manière utile pour le bien de l'État et pour l'acquit de sa conscience.
LETTRE XVF. 867
L'après-midi, Messié^irs sontparlis[ pour Compiègne, pour faire savoir à S. H. le résultat de leur assemblée.
Les avocats et procureurs aussi bien que les parties n^ont plus rien à faire à Paris qu'à se promener, et le Palais vaque absolument.
11 y a eu plusieurs conférences chez M. le premier Président avec les présidentiâ à mortier. La dernière se tint hier, où les présidents se trouvèrent; il n'y eut que deux avis pour que la Grand'Chambre s'assemblât. Hais les autres furent du parti contraire, et dirent qu'il ne falloit point se séparer des autres chambres.
Les gens du Roi sont partis ce matin pour Ck>mpiègne sans commission, ni sans être mandés.
Oq s'attend aujourd'hui à quelque chpse de violent de la part de la Cour. Dieu nous préserve d'un plus grand mal; mais tout Paris est consterné.
On a fait défenses aux huissiers de l'officialité de faire aucune sommations aux curés pour la publication du mandement jusques à nouveau.
Copie de la lettre de if. le Chancelier à St. le premier Président.
Da 19 mai 1732.
«Le Roi n'a pu apprendre sans une extrême surprise. Monsieur, que tous les officiers des Chambres des Enquêtes et des Requêtes du Palais eussent entièrement abandonné l'exercice de leurs fonctions depuis vendredi dernier^ et S. H. ne peut comprendre que la Grand'Chambre même, qui dans les temps précédents s'étoit toujours distinguée par son exactitude à remplir ses devoirs, diffère de s'assembler pour tenir ses séances ordinaires. Je ne saurois même vous dissimuler. Monsieur, que S. M. attend de votre zèle pour son service que vous entriez ce matin à laGrand'Chambre, et S. M., qui connolt la fidélité et l'attachement de tous MM. les présidents etd'un grand nombre
de Messieurs de la Grand'Chambre, est persuadée quMIs de vous auroient pas abandonnés dans cette occasion. Le Roi ne peut souffrir la durée d'un état également contraire au respect qui lui est dû, au devoir le plus essentiel des magistrats et à l'intérêt de ses sujets. Ainsi^ S. H. me charge de vous écrire qu'elle veut que tous les officiers de son Parlement rentrentsans aucun délaidansTexercice ordinaire de leurs fonctions. Le Roi vous ordonne de leur faire savoir ses intentions aussitôt que vous aurez reçu cette lettre^ afin qu'ils s'y conforment avec la soumission qu'ils doivent à ses ordres. S. M. vous charge personnellement d'y tenir la main^ ne doutant pas que vous aussi bien que MM. les présidents ne soyez les premiers à donner l'exemple au reste de la compagnie.
« Ce n'est qu'en exécutant fidèlement les ordres du Roi que le Parlement peut éviter les résolutions rigoureuses que S. M. ne peut s'empêcher de prendre à Tégard de cette compagnie. Prévenez-les, Monsieur, enrendantincessam^ ment au Roi le compte qu'il attend de la manière dont ses ordres seront suivis, et soyez toujours persuadé de tous les sentiments avec lesquels je suis, Monsieur, parfaitement à vous. »
Lettre XVII',
A Paris, ce 27 naM752.
Voici, Monsieur, l'arrêté que le Parlement fit hier. Lundi 26, toutes les chambres assemblées, en enregistrant les lettres patentes qui lui avoient été envoyées pour lui enjoindre de reprendre ses fonctions ordinaires, a arrêté :
Que laCour,continuantsesfonctionsordtnafres, donnera en toutes occasions des marques du même zèle qu'elle a toujours eu pour le service du Roi et du public,
Pour le maintien des droits sacrés de la couronne,
Pour prévenir et réprimer toutes les entreprises ca-
LETTRE XVll*'. 369
pables d'exciter ou d'entretenir le trouble dans TÉglise et dans TÉtat.
Et pour remplir toutes les obligations qui lui sont imposées par les ordonnances dudit seigneur Roi et par celles des rois ses prédécesseurs.
Les lettres patentes ont été enregistrées tout d'une voix. L'arrêté a passé de 88 contre 67.
Après cet ouvrage fini, les gens du Roi ont été mandés pour prendre des conclusions sur le mandement de M. l'Archevêque du 27 avril. Ils ont dit que l'affaire étoit trop importante pour prendre des conclusions sur-lechamp, et qu'il falloit du temps pour le conseil, et se sont retirés. Le Parlement a résolu de leur donner jusqu'à demain, qui est aujourd'hui, et cependant demeure assemblé. Us sont revenus, et ont dit que le temps étoit trop court : on n'a pas pour cela changé la délibération au sujet dé ce mandement. Nous verrons ce qui sera ordonné. Je ne vous ai point mandé toutes les différentes assemblées chez M. le premier Président, dans les Chambres des Enquêtes^ à la Chambre de Saint-Louis, et qui se sont enfin terminées par celles d'hier, où on a fait ce grand ouvrage de l'enregistrement et de l'arrêté.
On n'est point entré pour l'administration de la justice depuis le lundi 12 de ce mois, et tous les avocats sont encore dans le silence ; ils reprendront la parole au moment que le Parlement rentrera. Il n'y eût point d'audience hier après-dlner, quoique l'enregistrement eût été fait le matin, parce que la Cour est demeurée assemblée. VoilA, Monsieur,jusqu'à présent les succès de l'affaire, et je crois que vous trouverez l'arrêté généreux. Vous souvenez-vous de celui qui fut fait à Pontoise?
Les Nouvelles ecclésiastiques conXinneni, et il y en a du k mai qui contiennent l'apologie du nouvelliste contre le mandement ; il y plaide sa cause avec toute sa force et parle du caractère de politesse et de douceur naturel au prélat^ qui sans doute n'excommuniera pas les gens pour cela.
Il y a un grand mariage de Séthos avec Marie Alacoque ; c'est que M. de Sens reçoit Tabbé Terrasson à l'Académie et a brigué cette faveur.
On voit ici des lettres de la noblesse de Bourgogne contre M. de Sens^ qui, dans une lettre à ses curés sur les conférences où il les engage, leur dit qu'ils n'y trouveront pas cette noblesse hautaine^ qui les méprise. Ce mot a été bien relevé y et la populace, qu'il appelle brutale s'est plainte aussi dans son patois.
Lettre XVm.
A Paris, ce 4 de Juin 1732.
Vous m'avez fait bien du plaisir, Monsieur, en m'envoyant le détail de l'enlèvement de M"* Brun ; je suis fort attaché à H. de Tavannes et je connois fort des personnes qui le sont à la famille de la ravie. Voilà une affaire véritablement tragique, et la fin, quelle qu'elle puisse être, ne peut être que triste. Bussy disoit : // n'est rien de tel que d'enlever y car premièrement on a la fille ; les parents font les diables , tncUs à la fin on les apaise, et quand ils meurent, on a encore leur bien. Je crois qu'ici on n'a que la fille , que le père fera le diable , qu'on ne l'apaisera jamais et qu'il tuera tout avant que de mourir. Je crois la mère et la fille en fort grand embarras et le ravisseur encore plus. Nos ordonnances font peur. Cela n'est-il pas de votre ressort, où on n'entend pas raillerie en matière criminelle?
J'ai parlé à H. de Saint-Hyacinthe de la chanson de M. Mathanasius : i\ ne l'a prise nulle part que dans la bouche d'une cuisinière hollandoise qui la chantoit chez lui du matin au soir, et il l'apprit par force. De là est venu le joli ouvrage que nous avons; je n'ai pas encore vu la suite ; sa femme est à Paris qui l'a enlevé lui, et non pas lui «lie ; il y a bien des sortes de rapts.
Le mariage de Sélhos avec Marie Alacoque a été fait le jeudi 29 mai à TAcadémie ; le discours du prélat res-
oaitiKIa à fiAfi nnfpAfi mnvPAc a! î1 n 1nni& PflceAnnVkli&A #1a /»a
372 CORRESPONDANCE INÉDÏTE.
Mais si Famant qui Ta conquise Sait bien la rose cultiver, Elle chante en face d'église QuMI n*est rien tel que d'enlever.
Le charmant Voiture fit aussi une belle Èpîlre sur ce même enlèvement qui a fait la ballade de Sarrazin, et vous vous souv.enez bien de ces vers, que Balzac blâma comme indécents et peu convenables à Tâge de Voiture, el dont il est parlé dans VBistoire de F Académie (de Tabbé d'Olivet, art. de Balzac, in-12), p. 72, où on a mis lue au lieu de lue, soit par un mauvais .scrupule, soit par ignorance du fait, ce qui servira de petite critique en passant.
Hier lundi, 9 juin, les Chambres s'assemblèrent, la relation fut faite de Senlis et de Versailles; il fut dit que le Roi avoil répondu aux gens du Roi : // n'est pas encore lempSyf écouterai mon Parlement lorsqu'il me donnera des preuves de son attention à mes ordres. Il fut délibéré de renvoyer encore les gens du Roi à Compiègne, qui diront que le Parlement ne s'est jamais écarté de l'attention aux ordres du Roi et du zèle pour son service et la conservation de sa personne, etc. Us sont partis, il s'agit de la liberté des deux exilés. Tout cela n'empôche pas rassemblée du vendredi 13 au sujet du mandement. On dit qu'il y aura des lettres patentes pour en ôter la connoissance , mais l'enregistrement ne sera pas si aisé que l'autre, selon l'état où sont les esprits.
J'ai remarqué hier que l'arrêté du 27 mai étoit dans la Gazette de Hollande du 6 juin, et comme cette gazette ne se distribue point à Paris sans être examinée, l'arrêté ne déplaît donc pas.
Vous trouverez ci-joint les treize couplets, voire quatorze, vous verrez que je les devois moi-même écrire.
Je dirai au Malhanasius ce que vous voulez sur la note de la chanson. Sa femme n'est point du tout une aventurière françoise, mais une belle Hollandoise et riche.
qui Ta pris pour son esprit, car la figure n'est pas ravissante.
Je viens de lire les deux discours de Fabbé et de Tarchevéque : Tabbé est plus court et a je ne sais quoi d'obscur : le prélat est long, diffus et n'est pas fort de choses; p. 17, il a voulu définir le grand ministre et il a offensé toutes les nations et leurs ambassadeurs en leur imputant à tout moment de la hauteur et de Tambition. Je ne crois pas qu'aucun le fasse exécuteur de soii testament, et le ministre doit être fâché de ce trait, qui n'est point vrai. C'est le 2* tome de la noblesse de Bourgogne. Je ne sais ce qu'il veut dire avec la fortune, p. 18, à qui il fait faire tant de choses. Ce n'est pas là la langue d'un prélat, et je m'étonne qu'il n'ait pas trouvé un petit mot à dire sur M. d'Armenonville, contre lequel ce discours devient une satire dès qu'il n*en est point parlé. 11 n'a point parlé aussi de l'ordre de la Toison de M. de Horville, ce qui fait chercher la cause de ce silence, et rend cette renonciation faite de lui-même à l'empire de la Fortune (p. 18) très- suspecte , même fausse, comme le public le sait. Cette corde étoit difficile à manier, et je ne sais aussi s'il sera approuvé sur Tobjetdu congrès de Cambray sans conclusion et sans rupture. C'est bien à un prélat qu'il appartient de parler de telles choses. Je lui pusse plutôt Âlacoque que toute cette politique, qu'il n'entend point et dont ne doit pas dire s'il l'entend. Et que ditesvous de la page 2(), où il parle contre les fondateurs de l'Académie et son confrère?
Letfre XX',
A Paris, ce 16 juin 1732.
Vous voulez quelque chose de nouveau, Monsieur, et il y a dequoi vous contenter. Le 12 juin il y a eu arrêt, toutes les Chambres assemblées, qui reçoit le procureur général
appelant comme d^abus du mandement du 27 avril 1732; permis d'instruire, et cependant fait défenses de le mettre àexécution et d'en débiter et distribuer aucun exemplaire, sur telle peine qu'il appartiendra, jusqu'à ce qu'autrement par la cour en ait été ordonné. Cet arrêt a été signifié surle-champ à H. l'archevêque et imprimé, et il est entre les mains de tout le monde. Les gens du Roi n'ont point pris de conclusions et sont revenus jusqu'à quatre fois. Ils ont d'abord dit qu'il falloit laisser la chose dans l'indécision ; puis une autre fois ils ont demandé du temps y une autre fois ils ont dit qu'il y avoit une instance entre d'autres parties sur ce mandement à l'officialité, et d'ailleurs que l'appel comme d'abus n'appartenoit qu'à la Grand' Chanîbre et non aux chambres assemblées. Tout cela n'a point frappé, on leur a fait rapporter le mandement et l'arrêta été rendu. Il y a eu plusieurs avis pour enjoindre seulement à H. le procureur général de tenir la main à ce qu'il ne fût fait aucun mauvais usage de ce mandement, mais il n'a point été suivi et la pluralité l'a emporté pour l'appel.
En ce moment on vient de me dire que H. le président Ogier, qui a ouvert l'avis pour l'appel, est arrêté et mené à Vincennes de cette nuit; que M. de Vrevin est exilé à Poitiers, M. de la Fautrière à Salins et M. Robert à Belle-Isle, et que HH. du Parlement ont ordre de se trouver demain à Compiègne, quatre de chaque chambre. Us sont partis, et voilà encore de nouvelles mortifications.
Les lettres patentes du 25 mai sont imprimées avec l'arrêté du 27 : on les vend dans les rues, on ne les crie pas. Je ne doute pas qu'on ne vous les ait envoyées avec l'arrêt, qui est bien court, et où on ne voit pas les moyens d'nbus qui ont été épars dans les opinions.
Je reçois votre lettre du 14 juin. Je ne croyois pas que l'abbé Leclerc fit imprimer tout ce fatras. Je n'ai eu garde de lui répondre; il m'auroit mis dans quelque coin, et m'y voilà dans la préface à ce que vous me dites. Je ne sais
s'il m'a nommé. Je chercherai son ouvrage, car il ne me renverra pas, puîsquMl est fâché. Se vend-il publiquement?
Je vous remercie des nouvelles de M"'' de Brun. M"*" de Brun çst à Paris et la famille est bien dispetrsée. Le père dit que sa fille n'a point été enlevée, la mère qu'elle Ta été sans son consentement, et cependant tertius gaudet. Je savois déjà que la dame n'est pas si ravissante.
Réponse du Roi aux députés du Parlement à Compiégne /e 17 juin 1732.
« Je suis de plus en plus indigné de votre conduite. Je vous ordonne de retourner aux fonctions de vos charges, de biffer sur votre registre Tarrèt que vous avez rendu contre le mandement de M. l'archevêque de Paris, de m'en certifier par le procès- verbal que vous m'enverrez dans les 24 heures. Je remets à ce temps-là à vous faire sentir le poids de mon autorité et de mon indignation. »
On dit qu'il y a un arrêt du Conseil qui ordonne la radiation et que H. de Maurepas en doit être le porteur. Il y a apparence que le Parlement refusera d'obéir ; voyez où cela mène.
Lettre XXP.
AParis, te21 jain 1732.
J'ai reçu. Monsieur, votre lettre du 12 juin^qui est écrite de votre main et qui m'a donné une grande joie. J'avois déjà su par le sieur Martin que vous étiez mieux, et il dit vous avoir envoyé les Lettres sur le quiétisme. Je vous remercie de la relation de Pézénas, qui est bien circonstanciée. Nous l'avons ici imprimée, avec les certificats et les noms de ceux qui ont comparu lors de la déclaration
376 CORRESPONDANCE INÉDITr.
faite par-devant le notaire Froissiac, dont on a tiré Tex* trait que vous m'envoyez. Cet événement et celui de la religieuse du Calvaire qui s'appelle La Billarderie étonnent tout le monde : on ne sait plus à qui les attribuer^ à Dieu ou au diable. Il parolt trois lettres savantes et bien écrites, faites par le prieur des Blancs-Manteaux^ à ce que Ton dit, qui adjuge tout cela au diable , miracles et convulsions ; il prouve par plusieurs autorités que le diable peut faire des miracles et guérir des maladies, et on ne va pas manquer de dire que les constitutionnaires sont pi us savants que d'autres sur le pouvoir des démons, dont ils connoissentbien les archives. La religieuse a été interrogée par H. Hérault, qui afait sortir la sœur convulsionnaire qui étoit dans le couvent. On dit qu'on leur va ôter toutes leurs autres pensionnaires : on vient de me dire que le chevalier FoUard étant parti de Saint-Eustache, où il s'étoit confessé, et voulant communier à la Villc-Lévêque, a été arrêté en chemin par une convulsionnaire auprès des Capucins/ qui lui a dit qu'il ne passeroitpas outre, et qu'en effet ni lui ni le fiacre n'ont pu avancer, et qu'il a été obligé de s'en retourner faire ses dévotions à Saint-Eustache. C'est un conte de tout Paris. Les réflexions que vous faites sur le change que l'on a appris des miracles d'un appelant sont très- sensibles, lorsqu'il est soumis lui-même à un évèque appelant, et j'admire qu'en vingt lignes vous ayez décidé ce que d'autres ne feroient pas en vingt feuilles. Nous ne voyons tous les jours qu'écrits nouveaux ; il y a des Remontrances des curés du diocèse de Sens à leur archevêque sur son' catéchisme; j'en voudrois retrancher le mot de respectuetisesy car il n'y a rien de moins respectueux que de voir l'archevêque sur la sellette remontré par les curés sur son catéchisme, et c'est bien là l'espèce de figurature de Gros- Jean.
Du reste, cet écrit est très-savant étd'une grande clarté, quoique la matière en soit abstraite ; ils disent plaisam-
ment que dès qu'on ne met point les curés avec le Pape et les évèques pour composer TÉglise^ ils n'iront pas euxmême enseigner leur propre dégradation. On nous avoit fait espérer la lettre des évèques au Roi, mais elle est arrêtée et le Concile national aussi, A ce que Ton prétend.
M. l'évèque deTroyes vient d'obtenir un arrêt qui lui permet d'assigner l'auteur et l'imprimeur dix Journal de Trévoux, pour lui faire réparation, sur ce que ce Journal dit que les derniers ouvrages attribués à M. Bossuet n'étoient point de lui, et il est ordonné que le manuscrit, écritde la main de M. de Meaux, sera paraphé et demeurera au greffe, ce qui a été fait : on vouloit insérer la requête dans l'arrêt, mais M. le procureur général Ta empêché, ce qui n'empêchera pas que nous ne l'ayons. Si cette cause est plaidée , nous verrons de beaux plai* doyers. Mais croyez- vous qu'on aillejusque-là?etoùsont les Arnaud et les Pasquier?
Lassallepère a été commissaire, mais il y a longtemps qu'il ne l'est plus : il a été depuis greffier des infirmations ; encore depuis agent des Malouins, et il est célèbre par un miracle prétendu opéré en sa personne et dont il a dressé le procès- verbal en homme du métier. M. l'abbé de la Croix auroit pu s'en sentir au jugement, et je ne crois pas qu'il ait meilleur marché du métropolitain. M. d'Alby le condamne fort; et à propos de M. d'Alby, il n'a point signé la lettre, mais M. de Bieux l'a signée en disant qu'il ne vouloit pas se brouiller avec ses confrères en ne signant point une paperasse qui ne serviroit de rien.
H. de Bassompierre, qu'on appelait l'homme blanc il y a quatre ou cinq ans, a épousé M"'Ogle-Torse, sœur de M"* de Hézière qui l'a été déterrer au milieu desaBlanchirie. 11 est frère de M'"*' de Stainville el de M^'^dfe Ligny, qui vontêtre bien fâchées ; mais cette M*"* de Mézière n'en fait point d'autres, et c'est dommage qu'elle ne soit pas convulsionnaire. On a imprimé l'arrêt des Descoraillesoù est
378 œRRESPONDANCE INÉDITE.
Finiervention de celui de Bourgogne, sur laquelle la Cour a renvoyé à se pourvoir ainsi qu41 appartiendra, et ils se sont pourvus à coups d^épée.
Lettre XXIP.
A Paris, ce 23 juin 1752.
Nosmaux^ loin de diminuer, s'augmentent, et^enesais plus, Monsieur, en quelle langue les écrire. A peine l'arrêt du 13, qui reçoit Pappel comme d'abus, fut-il rendu, que les exils arrivèrent de MM. Vrévin, Robert. P. OgieretLa Fautrière. M. de Vrévin est arrêté à Artenay près d'Etampes, n'ayant pu aller plus loin. Le Parlement fut mandé à Conipiègne pour le 17, et là le Roi fit lire par H. de Maurepas un arrêt du conseil rendu le 16, qui casse etmet au néant l'arrêt du 1 3, comme rendu contre )a yolonté connue du Roi, qui supprime les exemplaires imprimés, et qui ordonne que celui du conseil sera transcrit dans les registres du parlement au bas de la minute de celui du 13. Enjoint au premier Président personnellement en son propre privé nomd'y tenirla main et d'envoyer une expédition à S. M. Défend à tous et chacun les officiers du Parlement de rien proposer qui puisse être contraire au présent arrêt, à peine de désobéissance, d'encourir l'indignation de S. M. et de privation de chargé contre ceux qui y contreviendront, et que l'arrêt seroit lu, publié et affiché. Voilà le dispositif de l'arrêt. Les motifs sont tirés de la désobéissance à deux ordres du Roi du 10 et li^mai, qui ne tendoient qu'à obliger cette compagnie de rendre compte au Roi de ce qui regarde toutes les af* faires présentes de l'Église, avant que d'y prendre aucune résolufion ; et il est dit que ces ordres ne dérogeoient en aucune manière aux règles établies par les ordonnances et les maximes du royaume sur les appels comme abus et sans en ôter la connaissance audit Par-
LETTRE XXir. 370
lement ( voilà une belle reconnoissance dont on prendra acte à la postérité). Les autres motifs sont tirés de Tarrèt rendu malgré le refus formel et réitéré des gens du Roi, et on appelle cela une désobéissance consommée. L'an*ôt est imprimé et on l'enverra; en attendant, vous aurez cet extrait. Après la lecture derarrét,.le Roi renouvela ses ordres à M. le premier Président de feire transcrire Tarrêt, et tout le Parlement s'en alla chacun où il put.
Le vendredi 20, les chambres se rassemblèrent, Tarrét fut lu, personne ne dit mot, et on s'en retourna chacun dans sa chambre; on s'enferma bien. Là, il fut pris une grande résolution, ou peut-être elle avoit été déjà prise, qui fut de se démettre tous de leurs charges entre les mains du Roi. Les cinq chambres des Enquêtes et les deux chambres des Requêtes du Palais prirent ce parti chacune dans leur chambre, et en signèrent sept actes, puis sortirent deux à deux précédés de leurs présidents, et allèrent porter ces actes chez M. le premier Président, qui ne voulut point s'en charger, ce qui fit qu'ils en firent un paquet et qui fut porté par les sept premiers présidents des chambres chez M. le Chancelier pour lufêtre envoyé à Compiègne. Cette résolution, dont il n'y a point d'exemple, a beaucoup surpris.
La Grand'Chambre voulut entrer l'après-dlnée, mais le peuple fit une grande huée et empêcha l'audience : toute la Grand'Chambre a reçu chacun en particulier une lettre de cachet pour aller à Compiègne. 11 y avoit ordre de ne se point communiquer; elle y a été, il y a eu quelques conférences avec les ministres. H. le garde des sceaux leur a donné à souper, le samedi 21 et le dimanche 22. Le Roi leur a dit : o Je suis informé de cequi se passa vendredi ; vous n'avez pas suivi le mauvais exemple, et je vous ai appelé pour vous dire de rendre la justice avec le même zèle. » M. le premier Président a parlé et a demandé quelque temps pour les démettants. Le Roi adit : «Je veux bien donner, à votre prière.
quelques jours à ceux dont j'ai les démissions^ pour rentrer dans leur devoir, sinon nulle espérance de pardon ; ils sentiront toute leur vie les effets de mon indigna* tion. »
Aujourd'hui 23, c'est le lundi, on n'entre pas.
Lettre XXIir.
A Paris, ceSOJoin 1732.
Nous avons toujours été dans Torage et nous y sommes encore. Je n'ai eu, Monsieur, ni corps ni âme pour vous écrire notre état; aujourd'hui on a quelque espérance d'accommodement, et il transpire que jeudi et vendredi on reprendra les charges et on rentrera sans qu'il y ait rien d'écrit et comme s'il n'étoit rien avenu, le mandement n'ayant aucune suite. Dieu en soit loué ! Pendant cet orage, on en a cherché bien des exemples, et entre autres celui du temps de Louis XI et du premier Président de la Vaquerie , qui est rapporté par Bouchel dans la Bibliothèque du droit françois, au mot Lois; il ne nomme point l'auteur de ce fragment historique, et je serois bien curieux de le connoltre, car ce n'est point Bouchel, qui n'écrit point de ce style naïf et fort. Il rapporte tout de suite le même fait, qui n'est pourtant pas le môme, tiré des Recherches de Pasquier, livre 6, chap. 21 ; il ne parle point de la démission des charges^ mais de la mort que la Coiir vint demander, parce que le Roi avoil menacé de les faire tous mourir. Lequel fait est le vrai des deux? Bodin, dans sa Républiquey les met tous deux, mais non pas ensemble ; la démission est dans la version françoise seulement, mais la mort est aussi dans la traduction latine, et Bayle n'a pas manqué de l'observer dans l'article de la Vaquerie, Il y a d'autres exemples dans ce chapitre de Pasquier, et un entre autres de 1586, de la chambredes comptes, qu'il récite fort au long et auquel il eut part
LÊTTRK XXïlI*. 381
comme avocat général, lequel fait est mal rapporté au Journal d'HenrilIIj aii'ibjuin 1586^puisqu'jldit quePasquier ne se releva point et que Tédit fut registre, ce qui est tout le contraire. En ce même Journa/, au 15 juillet 1586, on trouve un aulre exemple du grand conseil qui est fortferme; il n'y eut pas jusqu'aux procureurs du Parlement et du Ch&telet .qui quittèrent leurs fonctions. La cour des Aides y eut aussi sa part; ainsi voilà toutes les cours dans le cas. Pasquier, au chapitre 20 du livre 3 et nu chapitre 4 du livre 2, parle encore de ces matières et principalement dans le chapitre 4 du livre 2, où il y a une certaine réflexion dont Bayle a fait usage en Tarlicle du chancelier de VHospiial, et sur lequel il a fait une dissertation , et encore à Tarlicle de la Vaquerie^ où il Fa relevée ou relue. Ce que dît Legrain, en ses Décades, livre 8, cité à la note L. de Bayle en rarticle de VHospital, est très-remarquable, et c'est une paraphrase bien vigoureuse. Enfin, Monsieur, j'ai tâché de mettre notre mal à quelque bien en faisant cette critique et en attendant toujours les teolps meilleurs ; il n'a été fait aucun écrit de
nulle part, et nous n'aurons point besoin de
pour les recueillir ou pour en juger.
Les Nouvelles ecclésiastiques vont toujours, sans parler des nouvelles publiques, et il est singulier qu'elles ne cessent point en quelque temps que ce soit.
Je vous remercie des nouvelles de M"' de Brun. On a bien attendu à faire la plainte ; la mère est venue ici, qui, pour préliminaire, a demandé sa fille et a dit qu'elle la vouloit mettre à la Salpétrière ; elle s'en retourne sans avoir rien fait, et je ne sais pas si la procédure criminelle avancera beaucoup cette affaire. On dit qu'ils sont maries à Saarbruck en Lorraine, non par un curé mais en présence du curé, qui n'a pas voulu les marier, et du peuple, au milieu d'une messe. Il y a bien de la folie à tout cela. La mère est toujours tenue pour suspecte. Cela va être en procédure et n'aura plus rien de curieux que le jugement.
Je n'y crois pas d'enlèvement, mais une subornation qui n'est peut-être pas la première, de la manière dont on parle ici y et si le fait est vrai , le rapt ne serait plus rapt.
J'ai écrit à Vabbé Leclerc par une belle qui va à Lyon, et qui par ses yeux mettra le feu dans tout le séminaire. C'est tout ce que j'ai pu faire pour me venger de lui. Je serois bien aise d'avoir son livre, qu'on ne connolt point ici. Je vous embrasse toujours. Monsieur, en attendant que les bonnes nouvelles viennent.
Lettre XX1V\
A Paris, ce 2 JoUlet 1733-
Nous sommes toujours, Monsieur, dans le même trouble ; on dit même aujourd'hui qu'il augmente, et on ne voit point de remède à ce mal. La Grand'Chambre entre toujours, mais on n'y plaide pas et on n'y fait que rapporter quelques procès.
L'extrait de Bouchel sous Louis XI a été imprimé; on y a mis trois lignes à la fin, qui ne sont point de là, mais de Bodin, sans le dire; je ne sais pourquoi je n'ai pas encore trouvé où Bouchel a pris cela, qui n'est point de lui : vous le trouverez sans doute.
Nous faisions le même mariage quand vous me l'avez mandé.
Nos vieux romans, en leur style plaisant, nomment cela paroles de présents.
La mère s'en retourne et va se joindre à la procédure pourjustifier qu'elle n'est point du procès; je crois qu'elle aura de la peine. J'ai trouvé M. de Montai, son frère aux Tuileries; nous en avons parlé ensemble. M. le Duc lui a dit que la mère éloit très-suspecte , mais il prétend bien justifier sa sœur, et il ne m'a point du tout paru approu-. ver la procédure criminelle, qui ne mènera qu'au déshon-
neur df^s Afiux familles. On chAFfire un Dremier nrésident
Les Chambres D^ayant pu se concilier le samedi j y ayant eu trois d*avis de reprendre leurs fonctions sans attendre de nouveaux ordres de la Cour, deux d'avis d'attendre ces ordres avec le rapport des démissions, et les deux autres Chambres s'étant trouvées partagées entre elles,la même séance futcontinuée hier jusqu'à sept heures du soir, à la fin de laquelle toutes se réunirent à l'avis de rentrer demain 8 ou mercredi 9.
M. le premier Président, qui, de deux jours l'un, est allé à Versailles et revenu (comme par négociation) avec M. le
président Pelletier et M , conseiller de Grand'-Cham-
bre, repartit hier sur les sept heures pour informer le ministre du dernier état. 11 en est arrivé ce matin à dix heures. On compte qu'il rapporte toutes les démissions de toutes les Chambres et qu'avec des espérances données mais nullement précises le Palais se rouvrira demain ou après.
Il faut pourcelaquelesseptChambresse réunissent cette après-midi^ pour conférer entre elles et se déterminer absolument. Elles ont demandé au premier Président une assemblée de Chambres pour le lendemain qu'elles seront rentrées, ce qui sera accordé apparemment, à condition de ne point remettre sur le tapis les sujets de division, mais pour délibérer, du moins entre autres, de solliciter le retour des exilés.
Dispensez-moi, Monsieur, de vous détailler les arrangements de la Cour et les peines qui dévoient suivre au cas quelesdiles Chambres eussent persisté, ainsi que les avocats, qui sont blâmés d'une grande partie du public de s'être mis de la querelle.
Cependant on a recommencé à publier sur nouveau^ frais dans les rues le mandement de M. TArchevôque, qui a donné lieu à celte tracasserie.
LETTRE XXVr. 88S
Lettre XXVr.
A Paris, ce 8 Juillet 1732.
Vous attendiez révénement^ Monsieur, et il est arrivé, aussi heureux qu^on lepouvoit souhaiter. Après bien des voyages en Cour, des assemblées chez M. le premier Président et d'autres assemblées de chaque chambre dans la maison de leurs présidents^ sans compter les négociations particulières et inconnues, il y eut enfin hier, le lundi 7 juillet, une députationau Roi deM. le premier Président, de quelques présidents à mortier et de quelques-uns de Messieursdela Grand 'Chambre. Les démissions furent remises. Le Roi dit qu'il aimoit mieux pardonner que punir, mais qu'on n'en abusât pas ; et sur cela la cause est finie, causa finila est , et après la restitution qui doit être faite des démissions à chaque démis, la justice va reprendre son cours, et il n en sera plus parlé que dans les Mémoires futurs, anecdotes ou autres. Les Pasquier, les Bouchel, les Mathieu ont bien de quoi s'exercer.
Il seroit inutile présentement d'approfondir le fait de Louis XI, si ce n'est parcuriosité; il ya plusieurs endroits dans Philippe de Commines, où il parle du Parlement, et . au livre 6, qui est sur la fin de la vie de ce roi, il est dit guHl vint brider celle cour du Parlement, non point diminuanl leur nombre ni leur autorité, mais il avoit contre cœur plusieurs choses dont il la laxoit. Il est vrai que M. delà Vaquerie ne futpremier Président qu'en 1481; mais vous trouverez qu'en 14'82 il y avoit quelque* différend entre le Roi et le Parlement, et qu'il leur écrivit deux lettres de cachet du 11 et H avril 1482, Tune pour faire enregistrer les serments de son sacre, l'autre pour avoir le double des ordonnances de Charles V touchant le Parlement , lesquelles lettres sont dans le traité de Dupuy, De la majorité des rois, page 232, in-4", et dont Mornac parle sur la loi 4,
386 CORRESPOiNDÀNCK INÉDITE.
C, De legib. Mais ces lettres sont datées à Tours et Belleville, et le Parlement a-t-il été là pour se démettre, el d'autre côlépuisquHl vinl brider celte cour, il y a donc eu des contestations? Je crois comme vous que Bodin est le premier qui a parlé de la démission offerte (et non réalisée). Ce Bodin étoit un grand homme dans son temps, et qui, ayant étédéputé aux États de Blois , avoit bien étudié des questionset des faits sur les démêlés des rois et des peuples. Voyez l'article qu'en a fait Bayle, qui est des plus travaillés et où il y a des curiosités infinies. Vous y trouverez qu'il est l'auteur lui-même de sa traduction latine, et puisqu'il y a varié le fait, on doit présumer qu'il avoit été mieux instruit. Pour Bouchel, il n'a ni cité Bodin, ni autre, el je crois qu'il a pris cela d'ailleurs : je n'y reconnois point son style; il y a toujours grande négligence de n'avoir dit ni le sujet del'édit ni le temps, et le silence des registres est d'ailleurs bien embarrassant^ si ce n'est que le Roi ait empêché qu'on en fasse mention, et, par exemple, ce fait d'aujourd'hui pourroit bien n'y être pas mis. Pasquier explique bien le faitde 1586, et on est bien aise d'être instruit de cette façon ; mais je suis bien f&ché de trouver notre L'Estoile en mensonge ; à propos de quoi j'apprends qu'il y en a huit années de la lacune imprimées^ et pourquoi non pas les douze? Je crains qu'on ne vous ait trompé. Je viens à Mathieu, qui s'est servi d'une comparaison ingénieuse et qui lui a été volée par Laroche-Flavin. La critique est une mer dont on ne voit pas le fond, et où il y a- toujours à pêcher, et où votre art merveilleux s'exerce en toutes matières; j'aime bien vos réflexions sur la différence des faits et des offres verbales ou réelles, et ce que vous me dites de 1627, où il y eut peu de fruit pour les peuples : c'est un fait très-curieux. Enfin, Monsieur, si nous avons été dansla douleur, au moins elle a été soulagée par votre agréable commerce. Je regrette bien les Nouvelles du Parnasse. L'ecclésiastique n'est point étonné de l'orage, ii écrit toujours.
LETTRE XXVIl*. SS7
On a saisi hier des mandements de H. de Marseille^ contre les miracles; un autre de M. de Rhodez; il s'y est trouvé quelques mandements de Tarchevèque^ et on a arrêté les colporteurs qui les publioient.
UtlreXXVIF.
A Paris, le i8 Juillet ITsa.
Je reçus hier^ Monsieur^ le paquet .où est la lettre de l'abbé Leclerc contre le Dictionnaire de Bayle; je le remercierai de me l'avoir envoyée; mais je pèserai mes paroles^ car si im mot que j'ai dit en passant : QuHl n'est pas facile de surprendre Bayle en faute, lui a fait faire un livre de 500 pages, quelque autre mot non circonspect loi feroit faire des in-folio, et aussi si on le laisse faire, il nous en va donner de beaux par alphabet en suivant celui de Bayle , et il n'y en aura pas pour un en suivant sa méthode, qui n'est pas courte; j'y ai trouvé de bonnes choses, mais il les faut tirer de Tabime. Son style est leste, comme il le dit lui-même ; il fait faire des culbutes à Bayle, des friponneries, des bêtises, et je ne le crois pas si bon que vous pensez , car ce ne peut être que méchamment qu'il me dit qu'il ne m'écrit pas ordinairement de nouvelles littéraires, mais qu'il en a une qui vient à propos, et cette nouvelle est un portrait affreux de Bayle, qui est dans les Lettres des Anglais et des François. Enfin M. l'abbé dira tout ce qu'il voudra , il n ôlera pas à Bayle sa réputation, et je pense que, loin delà lui ôter, ses livres et ses lettres ne serviront qu'à la confirmer davantage, parce qu'on connoltra dans l'un la vraie manière de traiter la critique, vive, pleine de sel et d'esprit, au lieuquel'autre vous ennuie, et vous n'avez point de plaisir à apprendre ce qui seroit peut-être à apprendre. Que ne répond-il à celui qui Tappelle barbouilleur de papier^ el de quoi s'avise-t-il d'imprimer, après sept ans, une longue letti'e
qui o^étoit faite que pour des amis particuliers? Il se plaint que je ne lui ai pas répondu ; mais il peut s^attendre qu'en Hollande et en Angleterre Bayle aura encore des amis qui lui répondront, car pour moi je lui promets un beau silence. Je suis fâché que le NouvelUsle du Parnasse ait cessé, il auroit là une bonne pratique ; il convient quMl n'a pas lu la moitié de Bayle, et peut-être Taulre moitié lui auroit-elle pju. N'est-ce pas là un plaisant juge? Je ne crois pas que sa lettre ait autant d'éditions que le gros dictionnaire^ car c'est ainsi qu'il l'appelle, et il ne prend pas garde que les Réflexions qu'il cite de Bayle sont sur sa première édition, qui est bien augmentée dans la deuxième. Mais, enfin ^ s'il corrige les fautes, j'en aimerai mieux Bayle, et ma maîtresse n'en sera que plus belle.
On travaille aux remontrances que le Parlement va faire au Roi. î-es chambres sont rentrées, on plaide, mais cela ne va que d'une aile. Le temps nous ramènera à la paix parfaite.
La place de capitaine des Gardes de M. le Duc est donnée à M. d'Anlezi, qui vient d'épouser M"* de Gassion ; le ravissement a fait là un beau coup d'épée; il y a deux mariages ; l'on dit la demoiselle à Metz.
Nous avons enfin les deux tomes du Journal de Henri IV, dont je vous rends mille grâces pour mon particulier. Je les ai déjà lus, et j'en suis enchanté, mais donnez-nous encore les quatre années qui nous manquent.
Lettre XXVIll\
A Paris, ce 24 Juillet 4732.
Vous faites, Monsieur, un portrait excellent de notre abbé. Je lui ai écrit et lui ai dit qu'il n'y avoit que Bayle qui lui pourroit répondre ; qu'il dit, p. 49, qu'il va pousser Bayle de bonne guerre^ mais qu'il n*y a point de bonne
LEITRK XXV IIP. 889
guerre contre un mort^ et que s'il étoit vivant, il lui répoudroit bien, du moins sur ses intentions, qu'il dit mauvaises; qu'il ne peut pas lui opposer ses Réflexions y qui est un trait de sa modestie; qu'il les a faites sur la première édition de son Diciionnaire, qu'il a augmenté de moitié dans la deuxième, et entre autres de tous ces savants articles des philosophes anciens; je lui parle de l'article de Beda,({\xï fut condamné à une amende honorable et au mont Saint-Michel, ce que Bayle a été chercher dans une petite lettre de à Érasme, sans quoi
nous n'en saurions rien. Mais je ne lui dis pas, 1*" que les jansénistes peuvent tirer avantage de cette condamnation et du secours que la Sorbonne lui donna pour son exil, et des oraisons funèbres qui lui furent faites après sa mort, même par un évéque; S*" que cet article n'est qu'un portrait secret de Jurieu, à qui Bayle en vouloit et qu'il fourroil partout. Je le fais se souvenir du distique de notre ami M. de Monnoye, et je lui dis qu'il me va faire aimer davantage mon ami Bayle, puis qu'il le rend plus beau en lui ôtant ses taches. Je Texhorte à faire son alphabet. Moreri a fait Bayle, Bayle fera M. Leclerc. Voilà bonne provision de Dictionnaires, mais Foblectation restera toujours à Bayle, et on ne me persuadera point qu'il ait voulu faire de gros livres, chaque article de son Dictionnaire étant séparé et comme un article de la République des lettres. Je ne lui ai pas dit qu'à la page 160 il dit qu'il y a des cas où il y a du mal à observer un serment lâche et téméraire; tous ceux qui rétractent la signature du formulaire le prendront pour leur casuiste.
L'affairedu Parlement est replâtrée, comme vous dites. Le mémoire que vous avez vu ne vient point de lui , il y a des propositions dangereuses et des comparaisons déplacées. Le Nouvelliste ecclésiastique coniinne toujours, et il y en a une du 6 juillet où il veut mettre le Parlement dans son parti et dit que ses nouvelles sont le factum des
890 CORRESPONDANCE )NËD1T£.
appelants : un homme autorisé et écrivant avec fonction publique n'écriroit pas autrement. G'^t une véritable magie et un miracle subsistant sous nos yeux.
C^est M. d'Anleziy colonel du régiment de Nice, cousin du gendre de H. de Gassion^ qui a la place de capitaine des Gardes de M. le Duc, au lieu de M. de Nirebel ; je ne le croyois pas décrété de prise de corps. On dit qu'il n^y a rien dans les informations, mais il y a une preuve littérale dans une lettre quUl a écrite à son beau*père. La belle esta Helz ; elle y a une tante qui est abbesse. H. d'Audiffret aura fait la dernière action de son caractère eu demandant qu'on lui livre cette brebis égarée, car il a été rappelé de Lorraine, et Ton dit que la raison est que le Roi n'est point obligé d'entretenir un envoyé auprès d'un souverain qui ne réside pas dans ses Étals. Je ne sais si cela est dans YicquefortoU dans quelque autre traité De legalo. JA^^ la duchesse de Lorraine a de son côté rappelé M. de Stain ville, qui se réjouissoit fort ici. Je vous remercie par avance du Journal d'Henri IV, Je me déferois du mien aisément^ car tout le monde court après; le public en est enchanté, on le vend aux spectacles; il y a pourtant des choses qui ne doivent pas plaire à bien des gens, entre autres le pillage de la Bibliothèque des Jésuites et comment les gens du Roi même s'en accommodèrent, ce qui, ilmesemble, aété condamné, et le plaidoyerdeM. Arnaud, et le lit de justice de Henri IV, qui dit aux Enquêtes : a Vous êtes bien jeunes pour être de mes conseillers; aussi n'étes-vous pas sages comme ce vieux-là. » Et les bons mots sur le parlement de Tours , etc. ? J'espère toujours que nous verrons le reste de la lacune , qui viendra se rejoindre à tout le corps. Je croyois que vous l'aviez. On a retranché dans celui-ci quelques vers trop satiriques, mais cela en devoit être, La Table suppléera aux notes qui ne seroient pas bien longues, car les précédentes peuvent servir pour beaucoup d'articles. Enfin voilà M. de L'Estoile immortalisé, et il le méritoit
LfclTRE XXVIII'. S9I
bien pour sa constance d'un journal de quarante ans et d'un si beau journal. J'ai ouï parler delà Relation du sacre avec les estampes, mais je ne l'ai pas encore vue ; cela doit être dans votre bibliothèque. Une dépense si royale montre bien qu'on pense au grand. L'aJ)bé de Clteaux plaide au Grand Conseil ; il vouloit avoir le fauteuil et le rochet à l'audience. Les autres le vouloient aussi ; pour les mettre d'accord, ils neTauront ni les uns ni les autres : on dit qu'ils l'oUt aux États de Bourgogne.
Ilyadeuxrelationsque j'ai vues hier de Grenoble ; Tune sur les contrebandiers qui ont fait le procès du premier président et de Tintendant et les ont condamnés à mort par contumace par un jugement qu'ils ont fait afficher à leurs portes et dans la .ville : on y a couru avec des dragons; l'autre sur la cérémonie de l'entrée de M. de Sassenage au Parlement, où il a séance avant le premier président, et sur la visite qu'on lui a faite sur le seuil de sa porte. J'ai vu M. de Quinsonnas, député de ce Parlement, homme d'esprit, qui a fait juger à Compiègne que le Parlement ne donneroit point de monseigneur à M. de Sassenage en lui écrivant, qu'il lui donneroit Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
H. le Nonce donne ici des permissions de lire toutes espèces de livres, hérétiques ou Siutves, prohibitos et damnatos; il permet aussi de lire ceux qui sont in judicio romano. Il y a des gens qui en prennent pour Ijre les Nouvelles ecclésiastiques. Je lisois tout à l'heure dans le Journal de Henri IV que le Légat donnoit des provisions d'avocat, et que le Parlement les condamna. Je ne sais ce qui arrivera de ces permissions du Nonce, qui sont contre le droit d^ évèques et contre le droit public.
On débitoit ici des Mémoires historiques et critiques de Mézeray, par permission tacite; ils sont supprimés. 11 y avoit, dit-on, des traits avantageux à l'autorité du Parlement. Je ne les ai pas vus.
302 CORRESPONDANCE INÉDIIE.
Il y a un poème de 700 vers^ qui est une Nouvelle de Vautre monde, où les damnés demandent la révision de leurs procès sur des livres qui leur sont tombés par un tremblement de terre.
Lettre XXIX'.
A Paris, ce S août 1732.
Je ne dirai plusrien^ Monsieur, sur Tabbé Leclerc, sinon ce que disoit le cardinal de Granvelle : Que le papier se laisseécrire, mais quece sont des coups depoignard. Le plus intrépidelecteur ne tient pas contre un pareil écrivain, qui fouille dans les intentions des autres et y place lessiennes.
J'ai vu par hasard ce matin l'abbé d'Olivet au Palais- Royal, qui m'a dit que le retardement du Journal de Henri IV à votre égard ne vient que de votre correspondant, qui ne vous envoie les paquets que lorsqu'ils sont gros ; mais vous aurez le Journal par un courrier. On est persuadé à Paris que le manuscrit a été tronqué ; il est vrai qu'il y en a pour les deux partis, mais il y en a plus pour l'un que pour l'autre, et le pillage de la Bibliothèque, dont MM. lesgens du Roi s'accommodèrent, peut bien avoir été tiré du P. Jouvency : la fidélité devroit être entière sur ces pièces.
Le Grand Conseil a changé d'avis, et donne le fauteuil à l'abbé de Clteaux, et non à ses tilles. Pour lerochet, point du tout. La cause va être incessamment plaidée, et j'ai vu le mémoire de Tabbé de Clairvaux. Qui est-ce qui va se charger la tète de toutes ces moineries, & moins d'en être juge ou défenseur?
Le député de Grenoble, qui s'appelle M. de Quinsonas, est retourné en son pays pour faire exécuter la décision du Conseil et la réception de M. de Sassenage, ce qui a été fait. Celte décision n'a été que verbale ; je lui ferai écrire [)Our qu'il veuille bien me la donner, et je ne crois
LKTTRE XXIX^. 393
paa qa'il me refuse. M. de Sassenage a assez d'affaires en ce pays-là^ et je crois que H. le premier président aime mieux le voira la tète des dragons contre les contrebandiers que de les commander lui-même.
M. le Nonce fait aujourd'hui son entrée : on dit que les sifflets sont préparés^ mais je crois qu'on en fera peu d'usage : je voudrois qu'en signe de joie il distribuât au peuple des permissions pour lire les Nouvelles ecclésiastiqtAes : je vous enverrois une copie de ces permissions, que quelques-uns disent n'être pas nouvelles. Le Parlement le sait, et on laisse faire (out à son aise. Je ne sais pas trop pourquoi l\4donis du cavalier Marin est excepté de la permission et associé à Du Moulin et à Machiavel.
Hier^ les remontrances furentlues, les chambres assemblées^ et trouvées bonnes ; il y est parlé légèrement des démissions. M. les gens du Roi doivent aller prendre le jour et le lieu. En parcourant les livres au sujet de nos mouvements, j'ai trouvé que les fameuses remontrances de 1615 parlent du fait de la Vacquerie, sans dire ni les offres de charges, ni celles de la tète ; et comme on étoit plus proche du temps^ on devoit mieux le savoir.
Le livre attribué à Mézeray est en deux petits volumes, qui paraissent imprimés à Amsterdam^ chez Bernard. Il est précédé d'un grand discours préliminaire assez vivement écrit, où on 6te avec raison à Mézeray l'A»/otrec{e la mère et du fils; mais on lui veut donner ce livre-ci, qui n'est qu'une mauvaise rapsodie alphabétique et pillée partout. Par exemple, ce qui est dit des avocats est tout pris dans le Dialogue de Loysel, et on n'y a pas oublié notre ami Spifame avec sa robe rouge. 11 y a beaucoup d'articles de droit canon, sur lequel je crois que Mézeray n'était pas bien savant, et on a inséré, à la lettre P, un article du Parlement de Paris, où on a fourré un Mémoire touchant l^ origine et Vautorité du Parlement de France appelé Judicium Francorum, que l'on convient n'être pas de Mézeray ; mais à l'occasion de nos derniers troubles on a
394 CORRESPONDAJNCE INÉDITE.
fait imprimer ce Mémoire à part, en 8 pages in-4% et cela pourroitbien avoir fait supprimer les Mémoires prétendus deMézeray, qui sevendoientpubliquementavecle/otirwa/ de Henri IV. Or ce Judicium Francorum est pillé en partie des Remontrances de 1615 et autres lieux connus, et les appelants l'ont fait désavouer dans la dernière Nouvelle ecclésiasttque du 12 juillet. Car cette Gazette est plus vive que jamais^ et l'histoire dernière du Parlement y est au long, et sera bien curieuse pour la postérité.
J'ai vu la longue lettre pastorale de M. d'Auxerre, et j'y ai remarqué la bévue de M. de Sens, qui n'a pas su que Tévêque de Digne, qu'il regarde comme un petit évéque inpartibtiSj a depuis été le fameux cardinal de Janson. Pour le fond de l'affaire, il me semble qu'on plaide plus pour le catéchisme changé que sur Tamour de Dieu applicable formellement à chaque action, et même virtuellement; mais toucher à un catéchisme ancien, c'est remuer les pénates et attirer sur soi le courroux du ciel.
M. Rollin vient de donner son 4" volume sur V Histoire ancienne; c'est toiyours la même façon d'écrire, la même grâce, les mêmes réflexions, un peu trop longues; mais elles sont faites pour les petits garçons et pour les petites filles, qu'il veut instruire, car dans sa préface il joint les deux sexes; il y a une dissertation sur Socrate, qui est très-aimable à lire, et la réflexion de la page 428, qui va jusqu'à instruire les valets du bourreau de ce qu'ils doivent faire quand il leur tombe des getis de bien entre les mains, à l'exemple de celui qui donna la ciguë à Socrate, ne vous échappera pas. Voilà un bon homme, cela !
Je vous félicite d'avoir le beau livre des estampes et de la gravure du Sacre. Si l'on avoit mis pour les graveurs l'argent qu'il en a coûté pour les figuristes des allégories, on serait plus content. Je l'ai bien examiné de de près, et les ressemblances manquent; mais voilà un beau et grand monument. J'espère que la goutte, qui
396 CORRKSPOJNDA^CE INÉDITE.
Taurai la décision de M. de Sassenage, de Grenoble^ si on la peut avoir.
Le Mézeraysi été condamné par le Parlement de Rouen à être brûlé, à cause du Judicium Francorum, qui y est inséré ; tout cela est mauvais. C'est peut-être quelque recueil de Hézeray où il faisoit des notes en composant. J*en ai vu un pareil de Bayle, qu'il appeloitson Indice^ et il seroit ridicule de l'imprimer.
A propos de Bayle, j'ai écrit à Tabbé Leclerc ; il m'a répondu et paroit confirmé dans son dessein de critique alphabétique sans penser qu'il va faire lire un livre qu'il veut condamner, puisqu'il faudra conférer la censure, et alors adieu le censeur ! Le Journal de Trévoux parle de sa Lettre critique, et est étonné qu'il Tait datée de La Haye ; ce que j'aime mieux de ce dernier journal, c'est qu'il parle des pintades (dont on mange à présent en France ) , et qui ont le goût un peu au-dessus du faisan quand elles sont un peu fortes, et au-dessus du perdreau quand elles sont toutes jeunes. Je ne suis pas en peine si ce sont les anciennes poules numidiques ; en tous cas les missionnaires de l'Amérique ont bien fait d'en faire la découverte. Vous ne vous attendiez pas à cette remarque gourmande.
On s'arrache le *• tome de M. RoUin ; ce qu'il a dit sur Socrate plait beaucoup. Avez- vous lu \e Banquet de Platon traduit? M. Racine savoit plus de grecque M"* deFontevrault, etilavoit, ce semble, plus de galanterie.
J'ai vu le Prospectus de VExpositio juris canonici per regulaSy par M. Gilbert. Cela m'a paru merveilleux, et j'ai été bien aise de voir à la fin que ce livre vous sera dédié, ne pouvant paroltre sous un plus beau nom. Le dessein de H. d'Héricourt est autre chose, et ne nuira point à celui-ci. Voilà un esprit bien net, bien réglé, bien ami de l'ordre, bien savant que ce M. Gilbert, et on dit avec cela qu'il est très-simple.
M. de Fresne, deuxième fils de M. le Chancelier, épouse
M"* dAligre. Il y a là des chanceliers et des gardes des sceaux.
M"*' de Brun est toujours ici ; M"* sa fille est en lieu triste et n^est plus en la possession de M. deTavannes. Il y aura apparemment quelque appel à votre Parlement de la procédure extraordinaire. Je trouve que cette dépossession fait beaucoup, et d'autant plus qu'elle s'est faite en l'absence. M*"* de Brun devroit bien s'apaiser. Je quitte ma lettre pour la poste, qui me presse, et vous renouvelle toujours mes respects et tendre amitié.
Lettre XXXI'.
A Paris, le 15 août 1732.
Nous n'avons pas encore, Monsieur, la réponse aux remontrances. Il y a eu des-assemblées au Parlement, et le tout est remis au mardi 19, où on s'assemblera encore. Dans ces assemblées il a été question d'une thèse soutenue en Sorbonne, où il a été parlé de la Constitution sans les modifications de l'arrêt du 15 février 1714. Le syndic de la Faculté est venu au parquet ; il a été mandé en la cour, et a fait sa déclaration qu'il adhéroit à ces modifications, qu'il n'a pas appelées ainsi, mais de sages précautions et que la Faculté regardoU comme injustes et notoirement nulles les sentences dont Vautorité ecclésiastique voudroit se servir pour donner atteinte à V obéissance des sujets à leur souverain. Il a dit aussi que la Faculté étoit attachée inviolablement aux maximes du royaume et aux libertés de ï Eglise gallicane, etc. Sur cela il y a eu un arrêté : qu'il lui sera donné acte de sa déclaration , et qu'il sera chargé de veiller plus que jamais à ce quHl ne soit soutenu pareille thèse à l* avenir dans la faculté de théologie ( ce qui n'étoit pas dans les conclusions de M. Gilbert), et à ce qu'il ne s'y passe rien qui puisse donner atteinte, directement ni indirectement, aux maximes et usages du
398 CORRESPONDANCK INÉDITE.
royaume et notamment aux dispositions de Tarrét du 15 février 1714. Tout aussitôt le syndic et les gens du Roi mandés, l'arrêté a été fait entendre au syndic en présence des gens du Roi. Voilà ce qui s'est fait à cet égard ; l'arrêté est imprimé ; on trouve qu'il est trop doux et qu'il eût fallu supprimer la thèse ^ mais elle étoit soutenue. Messieurs des requêtes se plaignent aussi de ce que cet arrêté s'est fait sans eux, quoique la dénonciation eût été faite avec eux et dans une assemblée des chambres : on se sauve par les exemples de la légende et autres; mais après ce qui s'est passé dans la division des démissions^ il y auroit^ dit-on^ dû avoir plus d'union.
11 s'est fait encore une autre opération : Le Mémoire sur l'autorilé et origine du Parlement de France appelé Judicîum Francorum a été condamné au feu ; Tarrêt a été exécuté sur-le-champ. 11 se trouve inséré dans les Mémoires de Mézeray^y t. II, p. Hk, et on Tavoit imprimé à part. C'est un mauvais ouvrage, composé de fragments pris dans le petit Traité du Parlement de Paris qui est à la fin De la majorité des rois de Dupuy, les remontrances de 161 5 et lesMémoires de Joly, auxquels Fauteur a ajouté tout ce qui lui a passé par l'esprit pour le Parlement et contre le Conseil. Le Parlement de Rouen l'avoit déjà condamné au feu par un arrêt précédent : il y a des gens qui disent que ce mémoire a déjà paru en 1652^ ce qui n'est pas vrai ; car il y est parlé du testament de Louis XIV et des renonciations des princes à la couronne d'Espagne enregistrées au Parlement. Ne sont-ce pas là d'habiles critiques?
M. le premier Président est malade , il a une grosse fièvre ; il a été saigné du bras et du pied : dans l'embarras où il est toujours entre la Cour et sa compagnie, son sang s'est échauffé , et il le seroit à moins. Henri IV disoit en pareil cas : « On lui a tiré du sang^ lui a-t-on tiré sa gloire? » mais ce mot- là ne seroit pas de ce temps-ci.
Le Roi va à Marly pour quelque temps. H. le cardinal de Polignac est du voyage.
LETTRE XXXl«. 899
11 y a eu grand démêlé entre M. le Garde des sceaux et l'abbé de Pomponne, dont on rapporte les termes différemment. Cela ne se nf^ut écrirp. p.i s^ra hientAt Anai.<;é
400 œRRESPONDANCE INÉDITE.
Lettre XXXir.
A Paris, cef8août47S2.
J'ai reçu et je vous remercie, Monsieur, de Texemplaire du Journal d'Henri /F, que je lis tous les jours. C'est un double présent que vous m'avez fait. J'ai envoyé l'autre exemplaire au bon M. de Valhubert, qui ne travaille point à l'édition des Lettres de Bayle qu'il avoit promise. Pour M. Desmaizeaux, il seroit difficile de lui en faire tenir un, et en vérité, de la manière dont il en use avec vous, il ne le mérite pas. S'il 3e trouve quelque occasion pour l'Angleterre, je vous en donnerai avis.
Il faut avoir le Banquet de Platon, la traduction de Racine est excellente. L'abbé D.. est un homme singulier : il se pare bien de vos remarques, qui font vendre ses livres. Il a traduit quelques oraisons de Démosthène, mais sait-il le grec? Un de mes amis, grand grec, vient de me faire remarquer que M. Rollin (p. 74 de son tome IV} n'a pas bien traduit le mot de Socrate, qui fut dit dans une grande occasion et qui marquoit qu'il ne falloit pas être sage avec un peuple insensé. Du reste, il est très-content de ce livre ; et comme il est grand socratique, il trouve que M. Rollin a très-bien représenté les sentiments de ce philosophe.
Ce M. Brunet que vous ne connoissez pas est un homme dont le mérite s'est découvert depuis peu, et qui a donné quelques dissertations dans la nouvelle édition des Libertés de VÈglise gallicane^ une sur le Libellas Bertrandi cardinaliSy adversus magislrum de Cugneriis, qui est un traité tout à fait restitué ad fidem duorum Mss CoU berlinorum : il a bien dit des choses de Cugnières, mais il n'a pas cité les opuscules de Loysel, p. 650, qui lui en auroit bien appris d'autres, et il n'a pas osé citer aussi Rabelais ni les Jeux de Du Bellay. Il y a une autre disser-
LETTRE XXXIR 401
talion sur le songe du Vergier^ où il y a des choses curieuses. Hais ce mousieur^là est bien difficile de ne vouloir point ajouter la vôtre sur le congrès : il la faut retirer, ils n'en sont pas dignes, et nos» ijuu& iimis les libraires de Genève secont bien aises de Favoir. Croit-il donc que le Parlement veuille étendre ses règlements aux autres cours? Ce seroit cette fois-là qu'ils ne seroient que ^&^ substituts y comme dit le Judicium Francorum^ que Ton vient aussi de brûler ici par arrêt du 13 août, sur les conclusions de M. Gilbert, qui commence par dire : « Nous avons vu avec douleur la licence de quelques écrits porter depuis peu ses atteintes jusqu'à l'autorité royale, mais aucun jusqu'à présent, etc. » Je ne sais de quels écrits il veut parler : il y a là quelque malice.
Je ferai encore dire à M. Gilbert, par un de ses amis qui le voit tous les jours, la plainte de son imprimeur. Si la copie est peu correcte cela fera grand tort à son ouvrage, qui proprement n'est qu'une correction.
Je n'ai point l'arrêt de Rouen sur le Judicium^ il nous viendra peut être : ce sont eux qui ont commencé; mais avez- vous recules remontrances de 1615, où il y a à peu près les mêmes principes, et le traité de Loudun qui l'évoqua l'arrêt du Conseil rendu contre celui du Parlemenl?
M. le premier Président est fort mal ; il a été saigné une fois du bras et trois fois du pied, parce que sa fièvre montoit à la tête ; elle le prit en sortant de l'assemblée où ou lui reprocha l'arrêté fait par la Grand'Chambre sur la thèse : il est mieux. On verra après- demain s'il y a une ré* ponseaux remontrances. Cette maladie pourra servir de prétexte à l'éloigner. Les gens du Roi ont été mandés ces fêtes à la Cour, et ont parlé à M. le Cardinal : on ne sait pourquoi. C'est H. Pelletier qui siège à la place de H. le premier Président.
H. l'abbé Leclerc a en vérité bien de la bonté d'être content de ce que je lui ai écrit; je l'aime de cette hu-
mear, mais je crains qu^ilne à\se dlans quelque préface que je l'ai exhorté à ces in-folio qu'il va faire. * Il est vrai que le Journal de Trévoux est pitoyable et écrit par quelque mauvais rhétoricien ; une pintade en plume vaut mieux que tout ce papier. Je ne éonnois point d'arrêt sur les dix ans à l'égard de l'Église; mais pourquoi cela n'auroit-il pas lieu? L'ordonnance sur ces dix ans est bien générale et comprend tous les États. Je vous en dirai davantage au premier jour.
Lettre XXXJIf.
AParif, pe22aoAtf78a.
Les remontrances^ Monsieur, ont attiré une réponse à laquelle on ne s'attendoit pas. Le Roi a dit^ par la boèche de H. le chancelier, sur le retour des exilés, qu'une suite de faits personnels et des considérations importantes empècboient S. M. d'accorder ce retour, et, sur le surplus, qu'il étoit de sa sagesse de prévenir certains maux ; pourquoi le Roi avoit donné une déclaration qu'il entendoit être registrée purement et simplement, et que par là on connoltroit la fidélité du Parlement.- Voilà, comme vous voyez, une sorte d'interlocution.
Cette déclaration a été apportée par les gens do Roi le mercredi âO août, toutes les Chambres assemblées; et après l'avoir lue, il a été arrêté presque tout d'une voix qu'il sera fait d'itératives remontrances sur le retour des exilés, dans lesquelles on suppliera le Roi de retirer sa déclaration, et que jusqu'à k réponse du roi leschambres demeureront assemblées.
Cette déclaration contient six articles.
1* Les édits, ordonnances, déclarations, lettres patentes enregistrés en présence du Roi seront exécutés sans pouvoir faire de remontrances.
2** Dans le cas de remontrances, le Roi fera savoir sa vo-
LEtTRE XXXnP. 403
lontéy et après la réponse défenses d'en faire d'itératives sans sa permission.
temps des croisades, où lesMahoniétans sont galants^ doux, ne veulent qu'une femme, où les chrétiens sont acteurs^ où la vraie croix est sur le thé&tre; enfin , on dit que pour éviter le reproche de ne s'arrêter qu'aux vers dans ses pièces, il a voulu une fois en sa vie travailler à la conduite; mais qu'il a raté la conduite et que les vers ne valent rien. Tous les grands seigneurs de France qui sont nommés dans cette pièce et qui en sont les comédiens sont admirés par ceux qui s'en croient les descendants.
Lettre XXJ[tV\
A Paris, ce 28 août 1732.
Le principal objet qui nous occupe à présent est celui des remontrances et de la déclaration du Roi. Vous avez dit des premiers ce qu'on en doit justement penser. Ce n'est pas là l'ancien sénat : il faut y diviser les faits; on dit que ce n'est pas l'usage de les expliquer plus au long et que cela est plus respectueux ; mais blesse-t-on le respect quand on dit clairement et avec précision ce que Ton demande^ et quand on distingue les différents chefs sur lesquels on veut remontrer par articles et par dates? Vous trouverez ci-joint le discours de H. le chancelier, qui est clair. On a déjà retourné deux ou trois fois sans rien obtenir, et enfin je viens d'apprendre que les gens du Roi ayant encore retourné à Marly ce matin 28, ils ont trouvé à moitié chemin un exempt des Gardes du corps qui leur adonné un paquet dont ils doivent parler demain. Je crains bien que tout cela ne retombe dans les obseqaentiores opéras des soldats de César, et j'admire toujours que sur toutes les matières vous ayez des autorités si justes et sipromptes ; car qui auroit jamais dit que César eût parlé des remontrances du Parlement, ni Ferdinand le Catholique des permissions du Nonce et de ses poulences? Mais tout cela est arrangé dans voire tête, et
les événements de tous les siècles vous sont aussi présents que ceux du nôtre.
Le Te Deum de la Sainte-Chapelle n'a été chanté que par le zèle des gens de M. premier Président. Cependant la Cour des comptes s'en plaint^ et dit qu'on n'y en doit jamais chanter que pour le Roi . Est-il possible qu'on ignore de tels usages?
Je n'entends rien à la mutinerie de vos avocats, qui prétendent changer un ordre anciennement établi. Apparemmentle temps lesfera revenir à une pensée meilleure. Il est vrai, comme on vous l'a mandé, que l'affaire de M. de Clteanx a cessé au Grand-Conseil^ par l'absence de nos confrères. L'abbé de Clairvaux s'en est même retourné, et je viens d'apprendre que ce matin, au Grand- Conseil, un abbé Le Roy (frère de MM. Le Roy, avocats) s*est présenté pour plaider lui-même une cause où il a intérêt, et qu'il a demandé défaut ; mais le Conseil ne lui a pas voulu accorder, et la cause a été remise à huitaine. Puis, comme il s'en alloit, M. le premier Président l'a rappelé, et lui a dit : Vous n*avez qu'à vous en prendre à voire familley voulant ainsi désigner ses frères, à qui il a attribué Tabsence du barreau. Mais cette plaisanterie a été suivie, un moment après, d'une défaillance de H. le premier Président, qui s'est trouvé mal et qui a été obligé de quitter sa place : on l'a saigné chez lui. Il a pris de l'éraétique, et il est bien mieux. Ce n'étoit qu'une indigestion de melon.
Quelle moisson abondante ne m'avez-vous point donnée sur M. RoUin? Il aimeroit bien à être critiqué par ceux qui finiroient leur censure en disant quHl veut rendre tous les honnêtes gens savants et tous les savants honnêtes gens. Voilà le plus grand éloge qu'il puisse jamais recevoir. Je suis persuadé que le mot n'a d'autre sens que celui que vous lui donnez, et il ne se peut sauver qu'en disant qu'il n'est point traducteur; mais pourquoi a-t-il cité le grec au bas de la page? Ce qui m'étonne, c'est qu'étant ami du jeune M. Boivin et
prenant des cahiers de théologie ensemble en Sorbonne, ils écri voient la dictée en grec au lieu du latin, et ne parloient que cette langne entre eux. Ce fait est certain parmi ses amis. Mais croyez- vous bien que Socrate n'eût point opiné dans l'affaire en question? Il est vrai qu'il n'a point donné sa voix dans l'assemblée du peuple 9 mais il Tavoit donnée dans l'assemblée des Cinq-Cents, à ce qu'il me semble. Quoi qu'il en soit, M. Rollin a toujours tort, dans sa propre idée, de n'avoir pas appliqué le mot de Socrate à la personne du juge^ puisqu'il s'agissoit de jugement, et c'est une faute contre le sens et non contre la traduction. Le pauvre de Serres ne croyait passe trouver là; mais votre critique ne laisse rien, et j'en reviens toujours à cette fin gracieuse qui fait que l'auteur seroit fâché de n'avoir pas manqué, pour être repris si tendrement et de si bonne amitié.
Le Banquet servi par votre ami n'aura pas manqué de vous plaire ; mais Socrate n'a pas si bien parlé dans la bouche de Tabbesse, et l'ironie parolt ici en quelque défaut, qui est même un peu sophistique. Je saurai de M. Anfossy s'il sait quelque chose de ce larcin, que vous nommez si honorablement le vol de Prométhée, et à qui vous accordez avec miséricorde une absolution lacédémonienne; je vous trouve en vérité un peu trop débonnaire sur ce chapitre. Le fait du Banquet pillé est public, et qu'avoità faire là M. de Grave, qui est bien étonné de se voir dans une épltre dédicatoire?
Voltaire a retouché sa pièce, et on s'y étouffe : on pleure et on rit aux mêmes endroits ; il croit avoir trouvé la purgation d'Aristole ; il manie la religion chrétienne et la mahométane à son gré, lui qui n'en connoit aucune ; et dans le temps qu'il veut passer pour auteur d'une pièce sainte, pour opposer à ilf/iaiie, on voit de lui une épltre à madame de Fontaine-Martel, où il lui dit :
Vous avez, au lieu de vigiles,
Des soupers loDgs, gais et tranquilles;
LETTafi XXXV. 407
De& vers aimables et facîlesv Au lieu des fatras inutiles .
408 CORRESPOiNDANCË INÉDITE.
ture écrite et mise sur le champ par le greffier de la Cour. On y a aussi publié une déclaration pour la prorogation des quatre sous pour livre et autres droits (mentionnés aux lettres patentes et arrêt du Conseil du 12 juillet 1726 et enregistrées (1) le 17 du mois de juillet au Parlement), si ce n*est qu'on a diminué quelques droits sur la justice; sur quoi M^Gilbert n'a pas manqué d'observer que si S. M, avoit voulu écouter leurs remontrances dans les temps, il n'auroit pas été besoin de proroger ces droits, et que Vétat des affaires seroit meilleur. M. le Chancelier a pris les avis, tout s'est passé fort décemment. Quand tout a été fini , le Roi a dit du haut de son trône : Je votAS ordonne d'exécuter tout ce qui vient d^étre faitj et surtout de rendre la justice à mes sujets, dont mon honneur et ma conscience sont chargés ; je vous l'ordonne de ma propre bouche. Après quoi la séance s'est levée, et chacun est revenu fort triste : voilà. Monsieur, un grand événement ; le Parlement étoil là comme au palais : il y a eu des députés pour aller au-devant du Roi. C'étoit M. Pelletier qui ordonnoit d'ouvrir et fermer les portes, et il y avoit jusqu'à la buvette du Palais et des chaises de commodité. M. le Cardinal étoit dans une petite loge un peu élevée avec l'abbé de Cosnac, qui est à présent maître de l'Oratoire.
Il y a une petite feuille in-i*® imprimée et qui a pour titre : Observations sur la déclaration du iS août 1732 envoyée au Parlement pour y être enregistrée. Cela mérite d'être gardé. On ne croyoit pas qu'un lit de justice pût être tenu ailleurs qu'au parlement de Paris et dans le Palais, m loco majorum; mais cela n'a point été relevé, et on a parlé d'un lit de justice tenu à Vendôme en 1^58 pour le procès du duc d'Alençon : j'oi cherché cela dans Du Tillet ( p. 67 des Grands officiers de France)^ où
(1) La clause étoit : « El sera ledit seigoeur Roi très liumblement supplié de Toiiloir bien soulager ses peu|»les desdits droits lorsque l'état de ses afTaires pourra le permettre. »
est l'assietteda Parlement, et puis dans Dupuy ( p. &>15 des
410 œRR£8P0SDÂlfG£ INÉDITE.
n^arrïve qu'aqx 'grandes eatise^tla rMe; cKsinfi lés autres cameS; Tusagé n'est pas de s'asseoir.
* J'ai pMrlé à M. Anfossi^ qai mf^a chargé de vous faire ses compliments etqoi soupçonne tjurlel^métliée est celui que vous avez dit. Il ne sait Men de particulier sur ce que les traductions sont devenues; il est de votre avis sur M. RoUin^ il a pourtant de la peine à se rendre sur le mot; et pour Socrate. M. Rollin fait assez entendre qu'il opina dans une autoe assemblée que celle du peuple ; mais cela n'est pas dans le dialogue ^ qui n'est pas même de Platon. Du reste^ c'est un homme qu'on ne peut trop louer sur sa vertu y pour ses desseins sur la jeunesse et pour son style npt et gracieux;
Il y a eu un comblât à P$ris pour la pièce de V/oliaîre^ qui par là est devenue tragique y comme vous dites fort bien. Vous m'en parlez comme s'il étoit arrivé en Bourgogne. Nous ne verrons pas si tôt cette Hélène sur le papier, cela est réservé pour cet hiver, et d'ici là elle sera bien fardée. Le direcieur me fait souvenir du Directeur de Sarrazin, qui dit à sa belle, contre son rival.
Et, dites G ! trois fois avec dévotioD, Pour De pas succomber à la teutation.
Il parle aussi d^acte de foi et d'oraison jaculatoire : cela étoit bon in illo tempore , et pouvoit se pardonner à un Sarrazin si savant et si galant, mais non pas au Sarrazin de Zaïre, qui ne sait pas même être Turc.
La dot de M""" Bernard est de 800,000 liv. c<»nptant, 200,000 liv. d'ass\irés et an présent de ^0,000 éeus pour le gendre, sans compter 10,000 écus pour le linge et habits, et de beaux diamants que la mère donne. Àuri sacra famés l
P. S. Je viens d'apprendre que le Parlement a, fait ce matin qiiiatre choses : l*" Une pi^otestation contre le lit de justice, transcrite sur; les registre^; — 2° Qu'il sera fait au Roi des remontrances sur les quatre sous pour U-
vre. etc.: — 3** Oue les sens du Roi iront doup demander
41 s CORRESPONDANCE INÉDITI::.
Lettre XXXVf.
A Paris, ce 9 septembre 1732.
Je vous ai écrite Monsieur, le lit de justice où la déclaration a été enregistrée ; le lendemain^ k septembre, le Parlement a fait un arrêté contre ce qui s'y est passé et est demeuré assemblé suivant Farrèté du 20 août. Le 5 et le 6 les choses ont resté en cet état. La nuit du 6 au 7 les Présidents et Conseillers des enquêtes et requêtes ont été exilés en différentes ville du royaume, toutes hors de leur ressort, n'y ayant point dans aucune ville d'autres parlements. Ils sont au nombre de 139, qui sont tombés dans le iilet de l'autorité royale, comme disoit le cardinal de Retz. Il a fallu sortir de Paris dans le jour; ils vont jusqu'à nouvel ordre; et le motif de la lettre de cachet est : Monsieur, «étant mal satisfait de votre conduite». Voilà vos prédictions accomplies; il n'y a personne de la Grand'- (Ihambre exilé; au contraire, il leur a été adressé une commission pour tenir la Chambre des vacations, et hier ils Pont acceptée. Elle doit y avoir été ouverte ce matin : on y plaidera à huis clos deux fois la semaine, comme en 1720, et le reste sera pour le criminel; ils acceptent cela, comme commissaires apparemment. L'adresse est au premier président, aux présidents et conseillers de la Grand'- Chambre. Ainsi M. Mole n'est point à la fête ; M. de Lamoignon se trouvant au nombre des exiléscom me conseiller des enquêtes, le mariagedeM^*^ Bernard est suspendu. Il devoit se faire le jour de la Vierge; mais le futur est parti pour Soissons avec M. de Nicolal; M. le président Rolland y est aussi et beaucoup d'autres, car ils sont plusieurs ensemble dans chaque ville. Mon ami M. de Ressye est à Issoudun avec H. le président de Rieux, M. Nouêt, M. le président Crozat, M. le Mée et autres; ils sont partis avec fermeté pendant que toutes leurs familles sont affligées. Il faut
LETTRE XXXVIIS 41»
espérer que cette fièvre d^État ne durera pas; déjà les anciens exilés ont reçu du soulagement et ont la ville pour exil. On vous aura envoyé Farrèté du k : je ne fais point de réflexions et ne vous dis que les faits, qui sont assez forts d'eux-mêmes. Je ne sais encore si quelques avocats ont été à la Grand'Chambre des vacations ce matin. Comme un malheur ne vient jamais seul : H. le comte de Blanzac^ qui étoit fort mon ami depuis plus de vingt ans et qui avoit la bonté des Roucy^ est mort^ et j'en suis fort fâché. Je ne quitte point Paris^ Monsieur^ au milieu de cet orage, et je me console. Monsieur, en par^tageant mes douleurs avec vous.
On dit que H^^* de Charolais dit à M. le Garde des sceaux qu'il falloit casser tout le Parlement s'il avoii tort, et^ sur ce qu'il répondit qu'on ne cassoit pas ainsi une compagnie entière, elle répliqua : Je votis aiderai à le remplacer dans un instant; et comme vous n aimez point les gens éclairés, il y a aux Quinze-Vingts trois cents aveugles; ils sont même tous en robes et portent la fleur de lis.
On ajoute que deux conseillers de la Grand'Chambre se sont opposés à Tenregistrement de la commission de la chambre de vacations, et l'on craint qu'ils ne soient en^ voyésàla Bastille.
Beaucoup de dames ont suivi leurs maris dans leur exih
Lettre XXXVir.
A Paris, ce 12 septembre I732«
Je VOUS annonce aujourd'hui, Monsieur, non plus des exils, il y en a assez, mais une Chambre de vacations attri* buée par commission, au premier président, et autres présidents et conseillers de la Grand'Chambre du Parlement de Paris. Les lettres patentes sont du 8 septembre, elles ont été acceptées et enregistrées lé 9, la chambre a
414 CORRESPCMIIXANCE INÉDITE.
ouvert le 10 y et a travaillé à quelques afiEaires criminelles, assez inauspicaie^ car un des prisonniers, après son procès rapporté, se trouva mort depuis trois semaines, et un autre mourut en montant Tescalier, entre les mains des guichetiers. M. le premier Président, qui se porte mieux, doit venir aujourd'hui ouvrir l'audience civile, qui se tiendra à huis clos, et où les causes seront plaidées par procureurs, sans ministère d'avocats, si ce n'est qu'il n'en ait été autrement ordonné. Ce sont les termes des lettres. Ainsi on se passe des avocats; honesta missiOy mais on voit bien que l'on ne s'en peut pas passer. Cette acceptation des lettres par la Grand'Chambre est interprétée suivant les sentiments différents qui régnent à présent, et eeux qui ne les veulent pas séparer du Parlement dispersé disent qu'ils ne font ainsi que fonctions de commissaires, sans cesser de tenir au corps toujours par les mêmes liens ; ce qui est certain, c'est que voilà une petite portion de justice qui parolt, et, d'un autre côté, Hessieurs les gens du Roi vont à Fontainebleau intercéder pour tous ces absents, dont toutes les provinces sont remplies et doatles familles souffrent. Il viendra, comme vous dites, quelque dieu de la machine qui finira toutes ces grandes scènes, qu'on aimeroit bien mieux lire dans L'Estoile et dans de Retz. Quand on est si proche on ne voit rien.
Il y a eu un lit de justice tenu par le feu Roi au Louvre, le 22 octobre 1652, où on enregistra l'amnistie et d'autres édits : c'est encore un exemple, mais on ne pouvoit faire auti*ement, car le Parlement étoit divisé, partie à Paris, partie à Pontoise. M. Talon en parle dans ses Mémoires, à la fin du VIII' tome. Le cardinal de Retz en parle aussi, et les pièces publiées sont dans le W tome du Journal d'Alliot de 1652, hors qu'on y a oublié la déclaration sur la Chambre des vacations, qui ne dura que huit jours ; mais c'étoit toujours une marque d'amour pour la justice. Quoi qu'il en soit, j'aimerois bien à voir publier une amnistie ou quelque autre cognomination double, quand ce
seroit encore à Versailles, sans préjudice des droits du Parlement en autre occasion. La paix, la paix est bonne, de quelque part qu'elle vienne.
Ct mot plairait toujours, n'auroit-il que le son. J'ai relu l'article de Louis XIII dans Bayle, que vousm'avezindiqué j et quelles curiosités n'y a-t-il pas dans toutes ces recherches et dans ces réflexions ! Il n'étoit point parlementaire ; cela parolt dans cet article , dans celui de la Vacquerie et d'autres. Au milieu d'une république il parloit pour les souverains. Je ne crois pas que l'abbé Leclerc lui en fasse une querelle. Pour le fait de l'arrêt déchiré par Louis XIII, il est bien certain, par les historiens cités ; et Jolly, dans son Recueil de Maximes et au chapitre Du Parlement^ parlant du cardinal de Richelieu, dit qu'il fit venir au Louvre cette illustre compagnie en corps de cour lui faire des amendes honorables et voir déchirer ses arrêts avec paroles injurieuses. Le registre secret n'en dit pas tant que l'histoire publique. Au reste, l'humiliation est encore d'usage, et dans les procès- verbaux de 1718 et de 1725, le Parlement s'agenouille , et le chancelier ou garde des sceaux le faitrelever par ordre du Roi. Je n'ai pas encore vu le Mercure françois sur le discours dont vous me parlez: il doit être curieux; je chercherai aussi dans Girard l'affaire de M. de Gourgues. A la fin de tout cela le Roi est toujours le maître , et le nom l'emporte.
Le mariage de M"' Bernard est arrêté. M. de Lamoignon est à Soissons avec plusieurs autres ; on n'est pas bien sûr qu'il se fasse; et voilà ce qui apprend à ne jamais retarder ces sortes d'engagements, car que n'arrive-t-il pas? La ponctualité de M. Bernard a ici bien manqué. 11 vou* loit une signature du Roi au contrat de mariage , et le Roi en a fait une autre, qui a exilé le futur; ce sera un article personnel dans le traité de paix générale.
Au milieu de toute cette guerre, le pacifique auteur des Nouvelles ecclésiastiques continue toujours son ouvrage tous les six jours. Il a cessé le Journal de l'affaire du Par-
lement, qui intéressoit plus que tous les miracles de province qu'il nous raconte et les oraisons funèbres de tous les vicaires de village. Avez-vous vu une Nouvelle en vers des nouveaux appelants? il y a de la poésie et du tour. Us ont encore fait une troisième Lettre en vers des habitants de Sar celles y oiile langage paysan est assez bien traité. Le Philotanus est réimprimé avec des notes : on chantoit aussi une chanson sur le Pont-Neuf, dont on avoit abusé, et l'une et l'autre sont condamnées comme la Vache à Colas dont parle L'Estoile. Vous avez dit le mot sur le mariage du prince de Roban. Il y a d'ailleurs bien des anecdotes qui seroient bonnes dans un Journal , mais je n'en fais plus, quoiqu'il y ait belle matière, et je ne sais plus, Monsieur, que vous écrire et me consoler avec vous du malheur des temps.
Lettre XXXV t 11'.
A Paris, ce M septembre 1732.
11 y a bien des choses de part et d'autre, Monsieur, dans les auteurs sur la matière présente. Pasquier lui-même, que vous citez, parle autrementdans ses Recherches y livrell, chap. h. J'ai consulté le Mercure françois de 1631 , où est le discours de M. de Châteauneuf, garde des sceaux, et j'ai vu aussi l'article de Louis XIII de Bayle, qui cite deux livres, l'un du Ministère du cardinal de Richelieu, l'autre de sa Vie^arÀubery, mais ce livre du ministère fut brûlé par arrêt du Parlement du 11 mai 1605 (le P. Lelong en parle , n° 8918) , et peut-être fut-on fâché de ce qu'il avoit rapporté si ouvertement le fait de 1631 , qui n'est pas moins dans Aubery, car ils parlent tous deux de déchirer, et Joly se sert de ce même mot. Quoi qu'il en soit, je vous remercie , Monsieur, de tous vos éclaircissements et de l'endroit dePolybe, qui dcvroit être un principe du droit des gens.
fais^ ni bien d'autres. Je vous embrassade tout mon cœur. Le mariage de M"* Bernard est renoué, et cela me donne opinion de Taffaire publique.
Letlre XXXJX\
A Parii, ce ^ leptembre 473a.
C'est bien nommer H Chambre de vacations atigru^tc, vu les personnes dont elle est composée : et vous ètes^ Monsieur^ très-bon nomenclateur en icela comme au jWtcare vivos et mortuos qui a été dit ici tout d'abord et même, dit-on^ af« fiché. Les avocats n'ont point plaidé; ils sont exclus par les lettres patentes^ et s'étoient déjà^ exclus ; les procureurs plaident^ on juge les criminels et on vide les prisons; cependant on sollicite à la cour pour le retour des exilés. Les six anciens peuvent approcher de Paris sans y entrer; d'autres ont obtenu des translations et des commodités, et il ne parbit pas que la colère soit extrême. Ce que vous dites sur Bayle est excellent; il a pensé et critiqué; mais seriez-vous de son avis sur ce qu'il dit dans l'article du chancelier de THospital, que le refus de registrer Tédit du 6 janvier 1563 a causé la grande guerre et la Ligue, qui a duré jusqu'en 159(^7 Cela est poussé tout au plus loin; j'ai vu un ouvragé dé lui où il vouldit prouver que la première prise d'armes venoit des catholiques, ce qui est bien contesté. C'est dommage que cet ouvrage soit ' entre les mains d'un homme qui est scrupuleux et ne le veut donner.
Le mariage de M. de Lamoignqn se fait anjourd'hui à
Coubert; il a eu permission de venir. On n'y sera qu'un
jour du deux, puis il s'en retournera à Soissons, et laissera
' la présidente ché? M: 4e Blancmesnil| mais pour moi, je
crois que la femme d'un exilé doit suivre son mari.
J'ai toutà fait abandonné le dessein du journal :on ne sait rien au juste de tout ce qui se passe. Les Nouvelles
LIÇTTRBXL^. 419
0€o{éâM»(îj|iie» disent asseac bien ce qui est du Parlement^ et il y en ai une dernière feuille, du 30 août, qui est fort cofieuse et où on apj^end toutes les opinions.
On parle d'un miandemant de M« Tarchevôque d^ Arles qui est despluaeKtravagants; il aobtenu personnellement un jubilé dupi^ ; il le donne^ison diocèse, et en le donnant il attaque tout oe qu'il y a de plus grand, les ministres, le Ck)nseil, les lettres, du Roi , Paris et le Parlement, toute>la France; enfin, tout est marqué à un point du plus n(Hiveau , et pour preuve de son dire il cite des vers d'un poûte de Provence, qui sont bien étonnés de se trouver dans un mandement d'évèque; puis pour gagner ce jubilé il défend aux femmes de porter ces vilains, paniers que les tvoubadours auroient appelés des cercles d'enfer, et que lui il appelle deseommodes d'iniquités, et que saint Paul a appelés offmiicula* Que dites^vous, que pensez-vous, quelle estia loi qui punit un tel crime? Cela est-il dans les canons, dans la déclaration de 1667, et où sommesnous 7 Je ferme ma lettre ; midi sonne, et je vous embrasse bien étonnée
Lettre XL\
' Vdilà> Ifanufteur^^ttne' nouvelle de oonpéqueoce de ce qui s'est passéi en iTotv e* Parlement ; U fwt attendre ce qui en arrivera z on dit qu'à Jlpuep il se fera la inôm;^ cbosci mais on n'en a peint encore de nouvelleSt
Les procureurs ne plaident point à la Çhany3re des vacations, car on n'y a poiiit encadre plaùdé;: on y juge les criminels pour vider lea priàiom ,«où est letsçorbut. Hier, de dix juges il y avoit cinq présidents à mortier. C'est, comme vous disiez, une Chambre de vacations bien auguste • U est certain que tf . l'abbé Pucelle est revenu ; il est à Ghambon. Pour les derniers, exilés, il en est revenu plu*
>ieurs; on n'a qu'à écrire une lettre sur le moindre prétexte. M. Le Rebours est à Paris. M. le président
PoncetetM y qui étoientà Soissons^ sont à présent
à la terre Des Forts. M. le président de Massigny esta Auteuil, et ainsi de quelques autres; M. deRessyeestà Issoudun/qui se porte bien; je ne lui ai point écrit, mais M. Nouet, qui y est aussi, est malade, et sa femme, grosse de huit mois à Paris, est désespérée.
Vous n'avez rien vu si vous n'avez point vu le mande* ment de M. d'Arles. Vous soti venez- vous de celui qu'il fit en 1720, dans le temps de la peste, et qui fut supprimé par un arrêt du Conseil du 31 décembre 1720? On fait mille contes sur son compte, et il auroit bien fait de rester à la Trappe. Il a toutes les femmes après lui, à cause des paniers, qu'il a appelés en provençal une couverture de malice. Je ne sais pas si les Angloises sont de son parti; mais on dit qu'il n'y a pas à présent un panier dans toute la ville de Londres, d'où ils nous viennent.
Le prince Sapieha, Polonais, est venu voyager en France ; il a amené un jésuite de son pays; ils ont été par curiosité voir le Palais ; le pauvre père a été insulté par la populace, qui Ta appelé le père Girard ^ et sans de bonnes gens qui se sont trouvées là, auxquelles il a parlé en latin, il auroit eu de la peine à s'en tirer.
Je lisais le dernier jour dans M. Patru la dernière LtUre
' à Olinde, où il lui dit : « Quelle bonne fortune pour vous 1
vous êtes née dans un siècle où il pleut des barbouilleurs
' de papier. C'est donc de là que ce terme nous vient, et
cela me fait souvenir de notre anti-Bayle, qui, je crois,
' en va barbouiller beaucoup s'il continue sa critique.
Il pleut ici des chansons de tous les côtés, et des vers qui ne sont pas des troubadours et qui n'enireroient pas dans un mandement.
Le gouvernement de Bapaume, vacant par la mort de H. de Blanzac, a été donné à M. le comte de Roucy, son fils ; c'est une petite consolation. La mère n'a encore rien. Bon-
LETTRE XLl». 4U
joar^ Monsieur ; je vons embrasse. Vous êtes à la ville et moi aussi. Vous voyez vos livres et moi les miens^ et je vais voir dans le cardinal de Betz comment il fit pour son
faut attendre d'autres jubilés que Ton puisse gagner dans les règles.
On a supprimé^ par arrêt du Conseil, la Gmi$e avec un commentaire littéral en deux volumes, parce qu'on y a ajouté, depuis l'approbation du censeur, quelques cartons, et cela a fait un règlement pour Favenir : on dit que cette Genèse est de M. Lègros, de Reims. Il y en a une autre en 6 vol. de MM. Fabbé Duguet et d'Asfed, à laquelle on ne touche point, et où il y a beaucoup de piété et d'esprit; certaines gens n'y approuvent pas les réflexions sur Joseph et la femme de Putiphar, qui paroissent un peu bien vives sur une matière si délicate.
Je vous prie de me dire précisément le lïiois du Jùur^ nal de Genève où est la vie de M. de Cosnac, évéque de Valence, et si Fon pourroit avoir ce volume à Paris ; cela me feroit grand plaisir.
M. Titon, en revenant à sa terre, a reçu un contr'ordre pour rester en certain lieu.' M** Titon, qui ëtoit déjà arrivée, en a été surprise et est accouchée avant terme d'un enfant qui est mort. H. Pucelle est à Chambon; plusieurs de Messieurs sont revenus autour de Paris. Quelque ange viendra enfin nous apporter la pais^. Amen.
LeUfeXUt.
. , A P;u^c^...p octobre 1732.
Fuftts^itûfh|)af(fono5?p«rel»ietni?ri« fcôB^'ftts, el nihilpor gabitis. Voilà, Monsieur, ce que dîsoit Janotus (1) de son temps et ce que Fon pourroit bien faire dire à bien d'autres de ce temps-ci. Plût à Dieu qu'e je susse, est-il dit au même endroit, en quelle officine sont forgés tels schismes et mono^ pôles; mais c'en est trop contre le métropolitain qui est ici si bien figuré, que Fon vient dVxiler, et dont le man-
(1) Rabelais, Gargantua ^ cli. six. '
dément de pardons a été., dit-on, lacéré par arrêt du Parlement d'Aix et arraché des lieux où il étoit affiché. Il est vrai que c^est une pièce originale en son genre ; nos da-
434 œHRESPONDAI^CE INEDITE.
avoit été résigné à M. Routau^ qui étoit peu chatouilleux de la gorge, et qui^ comme les bénéficiers, tenoit la fausseté pour un délit très-commun ; au demeurant le meilleur fils du monde.
On m'a donné le mémoire ci-joint pour trouver un édit du dernier duc de Bourgogne j je m'imagine que vous trouverez cela tout de suite.
J'apprends qu'en Bretagne la déclaration des quatre sous pour livre a été enregistrée purement et simplement; il y avoit eu d'abord quelque difficulté, et il est venu des lettres de jussion , mais depuis l'enregistrement fait on tient les états en ce pays-là y et dans les repas on chante les chansons du temps tout ouvertement. Où est M"® de Sévigné pour en faire des relations? A propos, on dit que nous en allons avoir encore deux volumes. Quelle joie!
On ne plaide point à la Chambre des vacations, mais on y juge toujours les criminels.
Je reçois votre lettre du20 septembre, et je vous remercie bien de vos nouvelles. Voilà une allure que l'on va tenir pour les autres, et l'exécution appliquée de la déclaration du 18 août. Personne ne demande justice à l'audience delà Chambre des vacations, car les plaideurs font leurs vins. Je souhaite le retour des exilés avec grande impatience; il n'y en a encore que peu en comparaison du grand nombre. Notre anti-Bayle fait bien de se faire payer à la feuille, puisqu'il en remplit tant. Je n'ai pas encore vu le nouveau Patru, il faut qu'il soit augmenté, puisqu'il est en deux volumes in-i**. Pour le Traité des matières criminelles , il est de M. de Merville, qui est un très-méchant auteur, et je n'ai pas daigné l'acheter.
VAvis aux réfugiés ayant toujours été désavoué par Bayle, c'est comme un enfant perdu qui ne rapporte pas ses sentiments. De plus il n'accuse les protestants que de deux accessoires de la ligue, 1** des libelles, 2* des maximes antimonarchiques, et il ne s'agit point là du fond de l'affaire.
LETTRE XLlll». 435
Lettre XLIIP.
A Parif, ce octobre «733.
Je ne crois pas^ Monsieur, que ni vous ni moi entreprenions le procès contre les femmes pour la suppression des paniers; il en coûta bonne à Panurge pour avoir voulu plaider contre ces cacheculs qui n'étaient point ouverts pardevant, etnous n'augmenterons pas le recueil contre les vastines et vertngades, qui sont les aïeules de nos paniers, et dont nous ne nous souvenons que par quel* ques anciens tableaux> Les neiges éPantan sont bien placées là, mais l'ami Rabelais, qui prenoit partout, les avoit prises dans Villon, qui est encore un autre de nos amis, et qui parloit si bien notre langue que Patru le donne pour un de nos meilleurs grammairiens.
Nous n'avons pas encore vu l'arrêt contre le Mandement de M. d'Arles ; vos amis de Provence devraient vous l'avoir envoyé et le mandement aussi. Le traité de M. de Mornac sur Y annexe doit être curieux ; il y en a des arrêts très-anciens dans les Preuves des libertés; mais M. d'Arles ne connolt apparemment liberté aucune.
Ce que je cberchois dans le cardinal de Retz me devient inutile, puisqu'il n'y a point de vacance du règne ; cela m'a toujours appris cette belle lettre latine que je ne connoissois pas et ce curieux manuscrit que vous possédez et auquel on pourra avoir recours en temps et lieu. Le trouble où nous sommes pourra bien en fournir l'occasion.
On avoit arrêté pendant quelque temps la délivrance des arrêts et expéditions, mais depuis deux jours il a été ordonné (par la Chambre, à ce qu'on dit) qu'ils seroient délivrés sans payer les quatre sous pour livre, et on les a délivrés. D'un autre c6té, les procureurs payent les trois quarts du droit sur la taxe des dépens; ainsi on agit pro et contra. Accommodez tout cela si vous pouvez.
4n GORRESPOMDANCE INÉDITE.
On ne plaide point à la Chambre des vacations. Les procès criminels vont toujours^ et on se prépare à juger le procès de ce gendarme qui a été recommencé au Parlement en vertu de Tarrèt que je .vous ai envoyé^ Il sera jugé par bien des présidents qui ont été à la Tournelle, et nous verrons comment le P. Morel s'en tirera^ car il y a je ne sais quelle subornation qui est dit-on assez bien prouvée. Du reste^ le chap. XI du liv. 2 de maître François nous apprend bien la manière de plaider sotM woeats, et le titre du chapitre en fait la remarque.
Je vous rend grâces de ce que vous me dites sur le Journal de Genii>e. C'est H. Tabbé de Cosnac qui a cette curiosité. Si le livre ne se trouve point à Paris, il faudra bien le faire revenir d u pays.
M. Titon est bien bon de faire cette dépense pour les Muses françaises^ J'ai vu autrefois le beau groppe cheas lui en bronze ; il Ta fait graver» Le poète Lalné en avoit fait les inscriptions latines et il y avoit pria sa place hardiment.
Vœlà une indigne action qu'a faite Vabbé L. ; il en est bien capable^ il n'a fait que des trahisons en sa vie ; celleci est d'un nouveau génie^ et mérite^ comme vous le dites fort bien^ une punition exemplaire. Pour le Régnier les notes sont si peu de chose qu'elles ne méritoient pas sa réimpression ; celles sur Marot ont été assez bien bl&mées par le Nouvelliste du Parnasse.
[Je ne sais quelle dispute ils peuvent avoir eue à Vienne, mais M. Brosselte lui-même n'est p^ intact sur le plagiat, et si j'y étois, j'en saurois bien que dire.]
La Genèse imprimée n'est point de M. le Gros, mais d'un M. Poissard, qui s'est enfui. Le filsd'Émery, qui l'a imprimée, en a été à la Bastille deux ou trois mois; mais il n'a pu retrou^ver l'auteur, qui avoit ajouté des cartpQs depuis l'approbation du censeur M. le Royge. Ce^tte supercherie a été découverte et vérifiée, et a donné lieu à l'arrêt du Conseil qui fait règlement.
LETTRE XUIl». 427.
423 CORRESPOriDANCE INÉDITE.
il le mérite^ Ta obligé de lui remettre Texemplaire, qu'il a dit être le seul de ce discours^ et d'écrire une lettre de pardon à M. Brossette, laquelle il doit aussi lui remettre entre les mains , afin qu'on soit sûr qu'elle aura été envoyée. L'abbé doit aussi veiller à ce qu'en Hollande cela ne soit point imprimé ni ajouté au Régnier^ sinon il en répondra : je sais tout cela de M. le duc d'Aremberg et de H. de Lasséré eux-mêmes.
Les Cartouches^ les dames en l'air feraient-ils pis^ et n'y a-t-il point de peines de telles actions?
Je décacïiéte ma lettre pour vous faire ce petit récit^ que j'ai appris hier au soir.
Lettre XLW.
A Paris, ce ..^. octobre I7S2.
Le siècle du papier et le siècle des mandements est trèsbien trouvé j Monsieur, mais il faudrait un visa pour le dernier comme pour le premier, et y faire de grands retranchements. On dit que M. d'Arles n'a point voulu obéir à son exil, qu'il a dit qu'il ne reconnoissoit que Dieu et le pape^ et que des moines chez qui on l'a voulu mettre en ont dit autant. J'ai vu le recueil de H. de Mornac sur Yannexe, mais il me semble que le Roi y a aussi sa part et donne des ordres pour délivrer ou pour refuser Vannexe : le Parlement n'a donc pas cela de son chef. L'excommunication faite par Léon X de ce même Parlement étoit bien rigoureuse, mais l'ambassadeur fut bien adroit de faire signer des articles au pape et de les avoir déposés à l'officialité en gardant l'original, qui devoit lui rester sous peine d'excommunication. Voilà un tour que Vicquefort ne devoit pas oublier. Je serai bien aise d'avoir votre dissertation sur l'impuissance ; vous pourrez me la faire remettre à Paris sans qu'elle fasse le voyage d'aller et revenir. Mais il me semble que vous y traitez la ques-
tion du règlement faitsans les enquêtes, et cela nous jetleroit dajQS la querelle présente si on la faisoit imprimer.
4t0 CORRESPONDAKCE INÉDITE.
Le mandement d'Arles egt réimprimé avec uû (lellt (svertissement mr la Bulle. Gela se vend quatre sous et on en auroit donné quaire pistoles il y a deux jours*
La fin du procès du Grand-Conseil n'a point été la fin. Outre Tarrèt contumax pendu, il y a un autre contumaz notaire qui est aussi condamné à être pendu, et il y a encore un autre notaire qui s'est remis prisonnier ; c'est celui qui avoit obtenu le plus amplement informé. L'arrêt n'étant point encore signée les deux contumax ont dit-: Pourquoi ne séroit-il pas pendu ? Sur cela le conseil manceau a fait écrire une lettre par l'abbé au premier notaire^ où il dit que l'autre est bien heureux d'en être quitte pour un plus amplement informé^ puisqu'il est aussi criminel qu'eux, et que la preuve en est dans le registre falsifié où il a mis un paraphe et chiffré de sa main quatre pages. On a mis cette lettre dans un paquet à la porte du rap* porteur, qui ne Ta pas dénoncée, car ce n'étoit pas son office ; mais le procureur général, ou son substitut, en ayant eu connaissance, a donné sa requête pour informer de ces paraphes et chiffres; ce qui lui a été accordé : l'arrêt qui n'étoit qu'arrêté est devenu à néant ; et le pauvre prisonnier a bien l'air d'être plus amplement pendu et en présence, pendant que les autres ne le seront qu'en effigie; il n'y a qu'un diable manceau qui ait pli suggérer un tour si démoniaque.
' : UUrtXLV.
A Parig> ce u.;. octobre 1731 -
Quand on a un aussi bon guide que vous, Monsieur, on ne peut manquer d'être dans la bonne voie et de la suivre. J'ai donc lu avec plaisir le traité de V annexe et les preuves, mais j'nurois voulu que H. de Mornac eût mis les dates d'année aux pièces à qui elles manquent, et c'est un avis d'ami à lui donner pour l'histoire de son Parlement s'il
articles^ il aura entrepris un grand ouvrage : je ne sais s'il est janséniste ou moliniste. S'il est janséniste, voilà les armées ennemies qui se réunissent, et l'abbé de Lyon sera homme à en abandonner son dessein.
Les Nouvelles ecclésiastiques nous oqt appris une anecdote de littérature, c'est que leJudicium Francorum, qu'on vient de condamner, a été imprimé dès Tannée 1652 chez la veuve Guillemot, sous le titre : Les véritables maximes du gouvernement de la France justifiées par ordre des temps depuis l'établissement de lamonarchiejusqu'àprésenl, etc.. Le père Lelong en parle au n"* 9i>7, et dit même qu'i eut une suite. Voilà donc le Parlement d'aujourd déchargé de l'accusation d'avoir fait composer cet écrit et il est étonnant qu'on ne l'ait su qu'après les condam nations des Parlements. On ne croiroit pas que la critiqi Te fût nécessaire à la politique y et cependant vous vo>^ez qu'elle Test. L
Quant à l'état présent des choses, on n'y comprenwrien encore : le nuage se développera peu à peu; quelqwes-uns des exilés sont revenus auprès de Paris, mais <ten petit nombre. Les autres sont dans les provinces, oùt ils attendent leur sort, et ceux qui ont eu la ChampagiJhe pour exil voient faire des vendanges de ce bon vin et em boivent. Il n'y a point au reste d'audience à la Chambro des vacations, et j'ai beau chauffer leslunettes, je n'yWois pas plus que vous.
Quoi donc, on nous prépare encore une nouvelle Cons* titution ? Les Mémoires de Trévoux de juin contiennent cent propositions condamnables dans M. Nicole. Cela va toujours par centaines, et en voilà pour des siècles à discuter. Le cardinal de Gusa n'a pas précité tout cela dans ses prophéties; mais M. le curé de Notre-Dame de D^on, qui a travaillé sur l'Apocalypse, n'en sauroit-il point quelque chose?
Lalné n'est sur le Parnasse que parce qu'il s'y est mis lui-même. Le P. Bougerel m'a dit qu'il l'avoit connu pré-
'il y y
'hui / srit,/
LETTRE XLVl*. 4S3
cepteurà Aix en 1688. Ses poésies sont dispersées en beaucoup d'endroits, mais sa belle épilre au Roi de Suéde ne se trouve nulle part et est peut-être demeurée en Turquie.
J'aime votre indignation contre Lenglet et le falsificateur du Mans. S'il y avoit des juges contre le premier, il auroit mérité la même peine que le Hanceau cruel et perfide. Il y a de grands-mouvements aux états de Bretagne. On demande un compte de certaines dépenses pour les casernes que l'on croit avoir été excédées : les uns veulent ce compte à présent^ les autres le veulent remettre à la fin des états; il y a une députation à la cour qui a été empêchée et les courriers arrêtés. Les états vouloient se séparer, mais on croit que cela s'accommodera. Ainsi-soit- il.
Savez-vous des nouvelles du Paraguay î II se répand ici que les jésuites en ont été chassés et qu'ils ne font plus ce commerce, ce qui nuit beaucoup aux affaires d'Espagne. On dit que toutes les lettres de Cadix et de Bayonne le disent.
H. le duc de Chartres a la petite vérole à Saint-Cloud^ je l'apprends en ce moment. La nouvelle de H. Bernard et des Paris se publie et n'est point vraie.
Je n'ai pas encore vérifié le Patru, mais dans VHisloire de r Académie il est parlé des pièces qui n'étoient pas dans les anciennes éditions et qu'on aura ajoutées dans celle^i.
Lettre XLVP
A Paris, ce 2l.octobre 1732.
Dans le Journal des Savants d'octobre vous trouverez qu'il est parlé de l'annexe dans l'extrait du 25' tome de VHistoire Ecclésiastique de M. Fleury continuée, où il est bien dit que le parlement de Provence reçut l'absolution du pape et se soumit; mais il n'est parlé des articles que comme promis et on ne les dit pas accordés par le
Pape, cequiest une omission importante, laquelle ne vient pas du journaliste ^ mais de Thistorien ecclésiastique, qui ayant entre ses mains le livre de H. de Moissac (qu'on appelle Haussac), n^en a pas usé comme il devoit, et a mal expliqué ce droit à l'année 1513, N* 128. M. l'abbé Fleury auroit traité cela avec simplicité et vérité et auroit fait honneur à la muse innocente -de l'ambassadeur qui a conservé cette gloire 4 sa patrie.
Mais si le journaliste n'a i>as tort en ce point, croyezvous qu'il ait bien fait de mettre dans ce même journal, àTarticledes Mémoiresde lUtérature{ Tome XI, p. 2), une des lettres de Busbecdu k octobe^ 158^, de la traduction de Tabbé Beschet, et où Busbec parle très-mal du Parlement que le roi Henri III voulait réformer?^ Voyez cet. endroit, p. 589 du Journçly et vous serez bien étonné, je crois, que dans les conjonctures où nous sommes, on ait employé cette lettre dans un ouvrage savant et public, et qu'on ait été choisir celle-là exprès quand il y en avoit tant d'autres à prendre. Que ce soit ou distraction, ou un autre motif, cela ne parolt pas excusable vu l'état présent de Texil. Il est dû des bienséances aux afflictions , et vous souvenezvous que le bon M. Ménage eut bien de la peine à se tirer avec toutes ses protestations d'une certaine élégie qu'il adressa au cardinal Hazarin en 1660, et où il y avoit des traits contre le Parlement? Du reste, ces lettres de Busbec sont bonnes à ajouter au Journal de Henri III, et contiennent des faits très-curieux. Bayle n*a pas oublié d'en faire un bon article, et je ne sais pas comment M. Godefroy, dans ses Noies sur l'Étoile, n'en a pas parlé aux articles qui rapportent les faits à peu près pareils : on devroit mettre tout cela en un même volume. C'est le P. Souciet, jésuite qui a écrit contre Bayle pour venger saint Augustin. Nous verrons bientôt quelque janséniste critiquer le jésuite, et dire que la cause de saint Augustin n'étoit pas entre les mains d'un bon avocat; et que va devenir Bayle enfermé entre ces deux feux?
Vous pouvez encore boire et manger pendant quelque temps jusqu'à la venue des Lettres de M"* de Sévigné ; il y en aura 6 volumes au lieu de deux ; on y refondra les deux premiers en les rangeant dans l'ordre des temps et il y aura bien des corrections. L'éditeur, qui est un M. Perririy Provençal, est détourné de son travail par une bonne succession qui lujii e$t venue et qa'il est allé re* cueillir en son pays. De quoi aussi ce défunt s'est-il avisé de mourir intestat, ou 4'institui*^béritiQr un hommequi a de pareils trésors dans ses ms^ins ? |^€in suis tout à fait fâché, car si la succession fait un prpcès, iroûs-nôus intervenir pjour l'intérêt public? ;. , ,; >
Si vous voulez savoir quelques faitsrourieux sur Lalné, voyez les Notes faites. par DesmaizeaiiicsjQtrla /eifra.â62de Bayle. Vous verrez bien que «la t".,de leés JVal^ èstde moi , et j'en ai parlé comme témoin (on y a fourré le, livre de Chambau, médecin, que je ne connois point du4out, et je n'avois garde de parler en 1710, temps de Laine, d'un livre imprimé en 1714 ). Je ne sais ce qu'est devenu le Pétrone, qui étoit en mauvais étati et mangèdes vers dès ce temps-là.
On nous avoit promis une édition de Rabelais bien augmentée, mais ce ne sont que les notes anciepnes de Le Duchat en 6 volumes in-12 ; il devoit y avoir un inquarto avec des figures de le Picard , mais cette crème philosophique est évanouie.
Lettre XLVIP.
A Paris, ce 24 octobre 1752.
Le père Bougerel sera bien aise, Monsieur, d'avoir le manuscrit que vous lui promettez. Je ne l'ai pas encore vu, j'en réponds par avance, et il attendra l'occasion ; il m'a parlé avec impatience d'un autre manuscrit qui est fort gros, où sont les plaidoyers de Cabrière et de Mérindol :
je ne sais si vous l'avez. Notre ami H. Bouret m'a dit qu'il en avoit un, mais il n'est pas communicatif et ne vous ressemble pas.
L'arrêt d'Aix sur le mandement vous aura été donné deux fois. Avez-vous celui du Jadicium Francorum, du même Parlement? Il seroit curieux de savoir les raisons de H. de Piolent^ qui assurément ne vouloit pas prendre le parti des panniers. Je n'ai point lu le P. Souciet et ne le lirai point sitôt. J'aimerois mieux son Astronomie de la Chine que toute celte controverse théologique , où notre philosophe n'étoit pas bien savant ; je n'entends point confirmer la nouvelle du Paraguay; c'est un bruit qui se renouvelle de temps en temps et toujours faux.
Nous ne savons rien de ce qui s'est passé avec H. le premier président : cela est tenu secret et ne doit pas être bon pour le Parlement. Le Roi a une sorte de catarrhe qui s'est déterminé en orillons, et cela lui a fait une si grande douleur, qu'il a fallu le saigner du pied le mardi 21, à7 heures du soir, mais il a bien dormi et n'a point de fièvre. Fontainebleau est un séjour malsain quand il pleut.
Le petit enfant qui restoit seul de M. le président de Maison^ et de toute sa famille est mort. Sa nourrice l'a laissé tomber, il y a quelque temps, et cette chute lui a donné un abcès qui Ta emporté. Ainsi voilà toute la race finie, et la succession passe à une vieille M"** de Belle-Forrière, qui exclura M"* la duchesse de Gêvres et M. de la Chesnelaye son frère, qui avoient pour mère la sœur de cette vieille dame. Il n'y a qu'à vivre pour hériter de tout le monde. M*"*^ la présidente de Maisons la jeune en aura une bonne part pour le mobilier. Maisons va passer à d'autres générations, et toute la superbe du surintendant va s'éteindre.
J'ai appris une plaisante chose qui entre pourtant dans la littérature. M"* de Lavigne de Malcrais qui se dit Bretonne du Croisic et qui parolt nous donner de temps
LETTRE XLVIIP. 437
en temps d'assez jolis vers, et à qui Voltaire vient de faire une déclaration d'amour^ n'est point une fille. C'est un bon Breton qui s'est avisé de prendre ce masque et qui s'appelle M. Laficbard, nom assez vilain qu'il a cru pouvoir changer en ce pseudonyme d'un genre nouveau.
sur lettresde cachet et rapprochés, etentre autres M. Nouet, conseiller de la 3', fils de notre bâtonnier, et qui est homme de mérite aussi bien que son père.
Le Roi est tout à fait rétabli de son indisposition. Voltaire a fait jouer sa Marianne à Fontainebleau. M. le duc de Hortemart ne le vouloit pas , mais Fauteur, qui ose tout, en a obtenu un ordre de la Reine par le moyen de M"'^ d^Alincourt. M. de Mortemart, pour se venger, a ordonné aux comédiens italiens déjouer une certaine pièce et la critique de Marianne pour petite pièce. Voltaire, qui Fa su, a encore obtenu de la Reine une promesse que cette critique ne sevoit point jouée; mais la Reine ayant oublié d'en donner Tordre, les comédiens italiens ont joué la grande pièce en présence de toute la cour et de la Reine même et étoient prêts déjouer la critique, quand la Reine s'est levée, a quitté le spectacle , et a laissé toute la cour bien surprise et point de critique, et Voltaire triomphant. Il a écrit une épltre en vers à M"* d'Alincourt; d'un autre côté, les princesses ont bien lavé la tète au poëte, et M. de Mortemart a ordonné qu'il n'auroit plus d'entrée à la comédie, mais on ne croit pas que cela subsiste ; il n'y a guère d'insolence pareille, il vient encore de faire jouer sa Marianne à Paris. La critique de son Roi de Suède ne Ta point humilié. Tourterel est jugé, débouté de toutes ses demandes; défenses à lui d'écrire, et par ordre du Roi on le mène à Bourg-en-Bresse, sa patrie, d'où il lui est défendu de sortir; il avoit fait encore un dernier mémoire contre M. le duc de Noailles, plus impertinent que les autres.
La folie de nos gens de cour est de jouer des comédies; un inconnu a écrit à M. de Sade qu'il vouloit donner une fête à M"' de Charolois, et lui a fait demander si elle vouloit faire un rôle, et qu'il répondit oui ou non ; il a répondu non. Pareil billet à M. de Sassenage, grand acteur, qui a aussi répondu non. Ces deux Messieurs ont été faire leur cour à la princesse, qui leur a dit tout d'a-
LETl'RE XLVIIl«. 439 •
bord qu'elle avoit reçu une lettre d'un homme qui lui vouloit donner une fête sans lui dire Tendroit^ jnais qu'elle n'avoit qu'à venir par la porte Saint-Honoré et qu'elle y trouveroit un* homme monté sur un cheval blanc qui les mèneroit au lieu de la fête et qu'elle pouvoit amener qui elle voudroit^ seigneurs et dames. On délibère si on ira. Beaucoup de gens qui ne cherchent que le plaisir dirent qu'il falloit y aller^ et qu'il n'eu pourroit arriver aucun mal à la princesse qui seroit bien accompagnée. La Princesse dit : mais si je ne trouve point le cheval blanc on se moquera de moi; sur cette réflexion la partie fut rompue et on est encore à savoir d'où cela vient.
Il y a du trouble à l'Opéra : on en a fait sortir Rebel qui est un excellent violon. Francœur^ son Pylade^ en a voulu sortir aussi^ et une actrice nommée Évremans^ à qui on n'avoit donné qu'un second r6le dans un opéra nouveau de Byblis et Canut qu'on va jouer, s'en est aussi retirée ; et moyennant toutes ces belles aventures Paris oublie qu'il n'a point de Parlement^ et moi-même je tâche à l'oublier en vous les mandant.
On a arrêté comme faux-monnayeur un particulier^ qui a dit qu'il ne cherchoit que la pierre philosophale, et qu'il avoit^ chemin faisant ^ trouvé un élixir qui rajeunit les hommes, en sorte qu'il avoit remis un homme de cent ans à trente ans : on l'a mis à la Bastille; mais il trouvera U des gens qui aimeroient mieux vieillir que rajeunir.
Si vous avez les derniers Mémoires de littérature, vous y trouverez la dissertation sur le goût, où Homère est des plus maltraités. Je la croyois de H. de la Hotte^ mais elle est de H. de Villefort> auteur des Anecdotes si célèbres^ qui a trouvé moyen de se quereller avec les anciens et les modernes.
Il est aussi auteur du petit Traité du sacre des rois de France, qui est dans le même volume. Plus je lis Busbec en latin, plus je l'admire, et moins j'estime la traduction
440 CORRESPONDANCE IJNÉDITK.
de M. Beschet. N'y a-t-il pas quelque autre traduction française de Busbec?
Le Pape a donné les deux chapeaux vacants à HH. Aquaviva et Mosca. Ainsi tous vos attendants sont frustrés et s'en tiennent à la survivance du cardinal Coscia, qui est jugé, et dont le procès sera envoyé à toutes les cours pour justifier le droit du Pape sur les fiefs de Piémont, que ce ministre' a vendus au roi de Sardaigne. Hais le Roi prétend les avoir bien achetés, bien payés, et qu'étant réunis à la couronne ils n'en peuvent plus être aliénés; cela produira bien quelque interdit, mais ils ne font pas grand peur, et il seroit bien aisé de faire le procès aux ministres des princes pour annuler les traités qui seroient faits avec eux.
Que dites-vous. Monsieur, deces grandes matières, jointes à toutes les billevesées que je vous ai contées? Notre ami La Fontaine disoit : Il faut de tout aux entretiens, et les lettres, ne sont-ce pas des conversations? Je finirai par l'aventure de l'abbé de Clteaux et de M. de Fulvy, à qui on dit qu'on va couper la jambe.
H. Restaud, qui afait cette grammaire françoise dont on vient de donner une 2"* édition fort augmentée, est un hommede mérite. Il est auprès du fils de M. le P. de Rieux, mais ce fils étoit bien malade ; et si vous voulez savoir des nouvelles du mariage de M"* Bernard, le gendre a quitté Haiesherbes, où il a laissé sa petite femme, et est venu à Basville où il est seul. Messieurs de Lamoignon avoient cru qu'on iroitlui tenir la compagnie, mais le grandpère a dit qu'on n'avoit qu'à envoyer la femme avec son mari, et l'intelligence n'est pas trop dans cette maison. On ne dit rien des affaires politiques, comme si tout étoit en paix. — On a imprimé une liste des exilés qui est plus exacte que celle que je vous ai envoyée.
Ou vient de me dire un secret, mais il ne peut pas l'être pour vous, Monsieur : que Ton va imprimer la lacune entière des douze années du Journal de Henri IV , qui s'est
trouvée dans l'abbaye de Saint Acheul près Amiens^ et
rfiiA 1p. nriAniicprîè nn^ vniic avAT n'Acf. nii'im nrAiriiAr ac.
ses droits et dans ses fonctions ordinaires comme avant les contestations. Les uns disent que le Roi retire sa déclaration, d'au très qu'elle seracomme non avenue, et quel'arrété du k septembre reste. Quoi qu'il en soit du secret de cette opération qui n'est pas encore dévoilé, l'accommodement est fait. On rentrera le 2 décembre parce que 1^ l*"" décembre est fête; il y a aura une messe rouge célébrée par M. Févéque de Soissons.
Les rôles sont faits et arrêtés ; enfin tout parolt disposé à la paix. On dit que H. le cardinal de Polignac y a eu grande part, et d'autres qu'on ne nomme point : Deus ex machina.
Le Roi se porte bien mieux ; la cour va prendre le deuil pour la mort du duc de Savoie : on lui fera un grand service à Notre-Dame et une oraison funèbre qui ne sera pas un ouvrage facile.
M. le cardinal de Rohan et l'évèque de Metz sont bien mal; voilà les deux places de grand et de premier aumônier qui vont faire vacance.
Lettre Ll\
A Paris, ce 21 novembre 1752.
Nos absents reviennent tous les jours, Monsieur , et on les voit arriver à Paris avec grand plaisir. 11 ne peut plus . y avoir de chambres restant assemblées^ puisque l'objet de rester éloitl'exil des six premiers qui, ne subsistant plus à cause du rappel général, la rentrée est de plein droit et les remontrances, arrêtées le 20 d'août, cessent aussi parce qu'elles n'avoient aussi d'autre objet. Vous me demandez ce que devient la déclaration du 18 août, je n'en sais rien, mais apparemment on dira dans quelque temps : In desuetudinem abiit.
Il est mort hier un de nos Crésus, M. de Moras , qui laisse 8 à 900,000 livres de rentes^ des palais, des chà-
teaux, de grandes terres et tout cela acquis en très-peu de tenîps. Iln*avoit pas cinquante ans; sa veuve, fille de M. de Fargis, va bien se faire faire la cour comme les autres; elle a pourtant cinq enfants et même un gouverneur qui est homme de lettres. Ce beau palais^ élevé auprès de celui de M""* la Duchesse et presque son rival, n'a guère duré. M. le curé de Saint-Sulpice n'y a guère gagné pour son église et n'a pas trouvé son affaire, car il a été exclu de la maison, et quand on a envoyé quérir le P. Boursault, théatin, il n'y avoit plus personne.
11 y a quelqu'un dans le monde qui sera bien affligé de cette mort et qui porte malheur à tous ceux qui s'y attachent.
L'Opéra ne joua point hier; il fallut renvoyer tout le monde et rendre l'argent, parce qu'une actrice se trouva malade, et celle qui devait la doubler étoit partie le matin pour aller en Angleterre, où elle court après mylord Veymouth qui en est fou, et elle folle de lui et de ses sterlings. C'est la demoiselle Petitpas qui a fait ce beau coup-là. M"® la Duchesse a^té des renvoyées et n'étoit pas bien triste de la mort de son intendant.
Dulys le juif vouloit établir un Opéra en Hollande ; mais la consternation où on est en ce pays-là, sur la crainte de perdre les digues dont de certains vers rongeurs mangent les bois, a fait changer d'avis, et on ne songe plus qu'à jeûner, qu'à prier, et à détourner ce maudit fléau contre qui Texcommunication seroit bonne, si elle avoit lieu in Batavia, Bonjour, Monsieur. Je ne vous dis que ce mot aujourd'hui.
Lettre HP.
A Paris, ce 23 novembre 1732.
On ne doute pas, Monsieur, que les lettres de cachet ne soient parties pour le retour des exilés le 7 de ce mois de
novembre, ce gui nous prépare à une heureuse Saint-Mar« tin ; car ilseroitbien triste à Paris de voir une Saint-Martin sans parlement^ sans messe rouge, sans repas, enfin sans justice et sans arrêts. Nous prions tous pour cet heureux retour, qui sera sans doute accompagné de quelque accommodement.
Il y a bien des malades à Fontainebleau. M. le duc d'Anjou a la petite vérole à Versailles; M. Je duc d'Orléans Ta eue à Saint-Cloud et en est guéri sans médecin et sans saignée; mais M. le duc d'Orléans son père, qui Fa voulu garder, Ta gagnée de lui, et comme elle s'est déclarée dans sa retraite à Sainte-Geneviève, il y est resté. S. A. R. l'y va voir tous les jours, et la reine d'Espagne aussi; il y est traité sans médecins ; il n'y en a qu'un pour la forme, qui soutient que ce n'est point la petite vérole, et ces bons religieux ont belle compagnie de princesses pendant que le Palais-Royal est abandonné aux nouvellistes. La maladie a son cours ordinaire et on n'en craint rien. On ne sait où le Roi ira à son retour de Fontainebleau, la petite-vérole étant à Versailles, et où même il manque d'eau et où tous les canaux sont crevés. Voilà toutes ces grandes magnificences de b&timents qui dépérissent.
Je suis bien de votre avis sur la traduction de Busbec, qui n'entend point le latin et qui prend admiralio pour admiraliouy et gralia pour grâce;) il est de ceux qui disent que collegium veut àiré collège. Cela ne méritoit pas la place dans le recueil du Père Desmolets, qui y met bien de la bourre.
On débite secrètement ri?j?p2tcàaon de VÈpîireaux Ro^ mains par feu M. Paris, le saint diacre; il n'y a encore que le premier chapitre qui fait un volume. Ce sont des conférences qu'il faisoit aux ecclésiastiques de Saint-Cosme : M. son frère, conseiller, a prêté ces manuscrits à quelqu'un qui fidèlement les fait imprimer, et dit qu'il les rendra après l'impression. Le style est net et dit clairement ce qu'il veut dire.
dre de lui dire que oui, et il dit : Mon fils est perdu. Apparemment que cela éloit arrêté dans sa tète politique et peut-être prophétique , car les grands politiques sont prophètes , dit-on , mais tous les prophètes ne sont pas politiques y témoin nos prophétesses [parisiennes.
On débite un écrit en 12 pageis in-12 intitulé : Lettre (Tun officier à V auteur de la Gazette ecclésiastique, qui est une pièce misérable et diffamatoire; cela vient de Marseille; tout le monde y est nommé et même des dames de condition et les magistrats. Ce sont, dit-on, de vraies nouvelles qu^on envoie au Gazetier ecclésiastique pour mettre à la tête des fausses, et Fauteur promet de continuer. La Provence doit être bien fâchée de Fesprit de ce galérien ; il y parle de Farrêt contre le mandement d'Arles, mais c'est pour diffamer MM. les avocats généraux. La Cadière, le Père Nicolas y ont aussi leur place, et Dieu sait les ordures de ce bel orateur, qui dit que ce P. Faide en une nuit à changer deux fois de situation dans son lit, et qu'un jour il la prit par le menton pour ne pas manquer son coup.
Le Nouvelliste ecclésiastique a donné une Gazette du 24 octobre qui est une relation (raisonnée) du lit de justice, où il est parlé de M. le comte de Charolois et du discours que Fon dit qu'il devoity faire dont la substance est rapportée. Cela est curieux si cela est vrai.
On a fait des notes ridicules et ignorantes sur le mandement de M. d'Arles, et on ne reconnolt pas là les bous faiseurs. La pièce toute seule portoit sa note. Il y a aussi un grand poëme de- Sarcelles pour remontrances au sujet du Parlement , Je connois la lettre
de François Auvray, qui est très hardie, et qui finit mal par un appel au jugement dernier. M. Févèque de Metz est assez mal et sera bien regretté s'il meurt ; il y a déjà une ode pour lui dans le dernier Mercure d'octobre, qui lui pourroit servir d^épitaphe, et vous y trouverez aussi le
LETTRE Uy\ 441
travestissement de H"^ de La Vigne en homme : onFaime mieux Muse qu'Apollon,
Enfin cet heureux événement de la mort du roi abdiqué a mené la compagnie à la Cour, où elle n'auroit pu paroltre, et ainsi dans la vie il arrive des choses inespérées, et les plus grandes affaires ne tiennent qu'à un fil. Je ne sais pas trop ce que je dis. La joie me transporte, et je croîs que vous me pardonnerez bien ce désordre en faveur de la cause qui le produit.
Je rouvre mon cabinet avec la succession de M. Tévèque de Metz qui en laisse une fort grande et bien des héritiers. Il a fait un testament olographe en 1731^ à Metz, et un codicille à Paris le jour de sa mort, le 28 novembre dernier; les legs particuliers montent à plus de 600^000 liv.^ ou en legs pieux, ou à dfes domestiques. Je suis pour M*"* de Blanzac, qui est son héritière la plus proche, et pour M. le prince Charles, héritier des propres paternels en Bretagne, et à qui M. le prince de Lambesc, comme fils de l'alné et le représentant en Bretagne, où la représentation est infinie, dispute cette succession et aux autres princes lorrains, parce qu'en collatérale il prétend avoir la totalité en vertu de l'article 243. Le duché est éteint, mais les terres qui le composent subsistent : il a donné ses manuscrits qui sont ceux du chancelier Séguier, à qui il vous plaira. Voici les termes du legs : Je donne mes manmcriU qui sont en dépôt à Vabbaye de Saint-Germain^ des- Pris de Paris, étant persuadé qu*ils en fer ont bon usage pour VÈgliseetpour F État, et qu'ils prieront Dieupour moi. Son testament finit par ces mots : Je donne le surplus de mes biens meubles et immeubles à ceux à qui ils appartiens nent suivant la disposition des lois, et il y a un legs pour son successeur, en ces termes : Je donne ma terre de Frescati à mon successeur avec ses dépendances , maisons meubles et autres choses, etc.
DiscoursdeU, le Chancelier au Parlement, k décembre 1732.
S. M. a été mécontente de son Parlement , mais elle se Caisse toucher aux assurances, reçoit de sa fidélité et de sa
LRTTRIi; LV^ 449
soumission^ elle compte que les effets y répoudront par une conduite qui puisse plaire à S. M. Elle veut donc bien aiie la dérJaration du 18 août dernier demeure en
450 œRRESPONDANCE INÉDITE.
1677. Je crois qu'en ri m primant il faudra joindre l'extrait du Journal du Palais et surtout le factum de Pasquier. M. de Ressye, qui a été des ï7 députés à la Cour, et qui m'a fait un long récit de cette grande et auguste négociation, m'a chargé de vous faire bien des remerclments de cet ouvrage que vous avez bien voulu nous communiquer, et sans doute son avocat en profitera. Ce seroit justement le cas du congrès, s'il avoit lieu ici, car le mari dit qu'il a éloigné la consommation à cause de la jeunesse de sa femme et à sa prière. Mais là femme a répondu qu'il est impuissant et trés-impuissant.
On est rentré au Palais ; les harangues, les Mercuriales se sont faites à l'ordinaire, et on a commencé à plaider aujourd'hui jeudi, 12 décembre; il faut espérer qu'il n Y aura point de nuage dans un si beau jour ; les esprits paroissent très-bien disposés et fort contents. Les actions de la compagnie des Indes , qui étoientàl875 , sont montéesà 1980, et rien ne marque plus la confiance publique. On parle du mandement de M. le cardinal de Bissy, que Tondit plein d'abus, et de propositions absolument contraires aux libertés les plus fortes ; mais on le supprime autant qu'on peut, et il parolt que les évèques ont eux-mêmes h&té l'accommodement et fait des manifestes pour la justification du Parlement, dont les accusations se trouvent vraies par leurs propres mandements. M. l'évèque deTroyes est à Paris; il se trouvoit comme exilé dans son diocèse; il en a écrit à M. le cardinal, qui lui a fait une belle réponse et des plus polies, où il dit ignorer cet exil prétendu, et que sur sa lettre, qui lui servira de garantie , il peut partir, ce qu'il a fait. Il n'en est pas de même de M. d'Auxerre, qui est toujours à son diocèse à écrire contre M. de Sens. On devroit leur donner des juges pour finir ce scandale; mais ce ne peut être qu'un concile provincial, ou quelque assemblée particulière, et comment en venir à bout?
Avez-vous entendu parler des Anecdotes du Quiétisme?
On en dit beaucoup de bien. L'ouvrage est d'un M. Phélîpeaux, docteur en Sorbonne, ami de M. de Meaux, qui a ordonné que son livre seroit imprimé vingt ans après sa mort, et on Ta donné au public pour venger les insultes faites à la mémoire de M. Bossuet dans l'histoire de l'église de Meaux d'un certain bénédictin. La pauvre M"* Guyon est là en fort mauvais état, à ce que Ton dit, et M"* la duchesse de Sully, sa fille, en est désespérée.
J'ai une copie du Virelay des HoUandois que je tiens de vous-même, et dont je ferai faire une copie, si vous ne retrouvez pas l'original.
On travaille sérieusement aux digues ; mais cela sera cher. Si toutes les imprimeries alloient tomber à la mer, ce seroit une belle matière pour un deuxième chant du poëme des appelants.
Le livre de Crouzas contre le Pyrrhonisme est à Paris chez Mariette et se vend 24 ou 25 liv. ; s'il étoit pour le pyrrhonisme ce ne seroit pas trop cher, mais contre, c'est excessif. Le livre du P. Souciet sur saint Augustin a été mal vendu; il n'y en a eu que 1,000 exemplaires d'édités. Il dit quelque part que Bayle devoit dire : Moi, Pierre Bayle, je soutiens que saint Augustin n^est qu'un fat, et que par ce moyen il n'auroit dit qu'une sottise, au lieu qu'il en a dit plusieurs. J'en reviens toujours à dire aux critiques : Messieurs, serrez votre plume et voire papier, car vous ne ferez qu'augmenter le nombre des lecteurs du livre que vous critiquez et diminuer ceux du vôtre.
Nous n'avons pas vu l'arrêt du P. de Toulouse contre le mandement de M. d'Arles; il faut bien aimer ce mandement qui est le précurseur de la paix, et on devroit le couronner au lieu de le brûler.
Il est plaisant qu'il y ait une demoiselle de Malcrais après qu'il a été dit qu'il n'y en avoit point, mais vous verrez que ce sera un hermaphrodite.
La mort de M. de Metz donne lieu à beaucoup de questions. Son testament et son codicille sont immenses. M'"*'de
452 CORRESPONDAKCE INÉDITE.
Blanzac a donné par donation entre- vifs à M. de Nangis et au comte de Roucy, ses deux fils, le lendemain de la mort du prélat, tout ce qui lui revientde cette succession et de celle de M. le duc de Sully, avec réserve d'usufruit. C'est une grande donation. Vous me permettrez, Monsieur, de vous consulter sur quelques questions de représentation à l'infini en Bretagne^ et de partage des meubles en deux lignes à Metz, et du domicile ; s'il est à Metz ou à Paris.
M. de Moncrif sollicite la place de l'Académie; si M. de Nangis la demandoit, il représenteroit le chancelier Séguier ; trois Séguier l'ont eue de suite, depuis 1 652 ; c'est là quatre-vingts ans de possession.
LeUre LVf.
A Paris, ce 15 décembre, 1732.
Vous devez à présent, Monsieur, être hors d'inquiétude sur votre dissertation. J'ai eu l'honneur de vous en écrire par ma dernière, et j'en aurai tout le soin possible. C'est un ouvrage vraiment rare, et qui est plein de sens et de religion.
La paix du Parlement parolt bien confirmée ; il est à souhaiter qu'elle dure , et elle durera si la guerre des mandements ne recommence point. Je n'ai point encore vu celui de M. le cardinal de Bissy, que l'on dit très-fort pour le Pape et que l'on supprime autant que l'on peut. On dit que le temporel est rendu à H. de Montpellier ; on attend M. Petitpied, à qui il est permis de revenir. J'entends dire que dom Louvard est sorti de la Bastille. Voilà une étoile nouvelle qui a paru sur notre horizon, et tout cela loue le Parlement.
La place de l'Académie est briguée par M. de Moncrif, l'abbé Banier et M. de l'Isle-Marivaux ; mais cette place est plutôt de succession que d'élection, et je crois que vous
LETTRE LV11«. lôS
donneriez bien votre voix à M. le marquis de Nangis^ qui est petit-fils du chancelier Séguier et même héritier de M. de Metz par la donation que vient de lui faire et à M. le comte de Rouci, son frère, de cette succession^ M"* la comtesse de Blanzac leur mère ; ce n^est pas là le cas de la rigueur des statuts^ et dans les discours de 1710 à la réception de M. de Hetz^ on en parla ainsi. Vous savez d^ailleurs le mérite de M. de Nangis à la guerre et à la Cour; tout le monde l'aime , il est chevalier d'honneur de la Reine, et ce sera faire sa cour à S. M. que de le choisir.
Il court une nouveQe d'une action très-chaude au siège d'Oran : les Espagnols ont fait une grande sortie et ont forcé les Maures dans leurs retranchements, mais les Espagnols y ont perdu plus de 1,500 hommes tués ou blessés, et surtoutM. de Santa-Cruz, leur général et commandant, ' qui y a été tué, et qu'on regarde comme une perte irréparable. Cette place coûte bien plus à garder qu'à prendre.
Lettre LYIf.
A Paris, ce 17 déoerolnre 1732,
J'ai entre les mains le livre qui a pour titre : Relation de l'origine des progris et de la condamnation du quiétisme répandu en France, avec plusieurs anecdotes curieuses, sans nom de ville ni d'imprimeur. C'est un in-12 de 328 pages imprimées fort menu, et il y a à la fin : Finde lapremiire partie, ce qui en fait attendre une seconde. On apprend dans la Préface et dans V Avertissement que l'auteur est un M. Phélipeaux, docteur attaché à M. de Meaux (Bossuet), qui a été à Rome avec M. de Troyes d'aujourd'hui et qui étoit employé dans l'affaire, dont il a su tout le secret qu'il nous révèle. J'en ai déjà lu quelques pages; cela est fort curieux, bien écrit, orné de plusieurs lettres, anecdotes, et n'est point du tout favorable à la mémoire de M"* Guyon, qui parolt une quiétiste du grand ordre et une
grande coureuse, j'entends de pats : M"' la duchesse de Sully est fort fâchée y mais la réputation de sa mère est faite et elle doit y être accoutumée. M. l'archevêque de Gambray trouvera là aussi son fait, malgré son acquiescement à la condamnation de Rome^ ce qui n'est pas trop charitable ; et on ne va pas manquer de remettre aussi peu charitablement sur le tapis le livre de Jurieu sur cette matière, intitulé le Jugement dPun protestant , et que sans doute vous connoissez, ce peut être, vu la corruption du monde. Tout cela donnera une dose à nouvelle du quiétisme, à quoi il faudra remédier quoi qu'il en soit. On peut appeler ce M. Phélipeauxun nouveau Fra Paolo, qui nous donne une sorte d'histoire ecclésiastique quiétiste du dix-septième siècle.
J'apprends que M. de Saint-Hyacinthe veut se mettre sur les rangs pour l'Académie; mais je ne le crois pas catholique ; il est même comme étranger [et réfugié. M"'' de Lambert ne réussira pas à ce récipiendaire, qui n'est pas bien propre à succéder à un évêque.
Lettre LVIIP.
A Paris, ce 31 décembre 1732.
xMonsieur Terrasson a rempli sa fonction. Monsieur, et la commission qui luiavoit été donnée étant d'approuver les deux livres ensemble, il ne la peut plus faire séparée, et il seroit bon que vous écrivissiez que vous n'entendez pas faire imprimer votre dissertation à Lyon à la fin du Frerety et que vous m'en rendez le maître et m'en laissez la disposition. Nous devons voir, M. de Ressye et moi, M. Rouilé qui aie bureau des livres, et nous avons déjà été le voir deux fois sans le trouver. Je le connois, il a été mon client, et j'aurai, à ce que je pense bien, des facilités pour l'approbation et le privilège. Un imprimeur qui est très-bon, nommé de Sain, ami de M. de Ressye, a
LETTRE LVlll^ 465
▼a le manuscrit; il a bien Thonneur de vousconnoltre^ et entre nous, il nous a dit de lui-même que Tabbé D. gagnoitbien avec vos ouvrages; qu'il a eu cent pistolesde la lacune d'Henri IV, et qu'on étoit surpris de votre liaison si intime avec lui. C'est ce de Sain qui a imprimé en compagnie la Biblia Sacra de Vatable avec les deux traductions de la Vulgate et de l'hébreu ; il n'y a encore que le premier volume, et c'est assurément un chefd*œuvre d'impression. Il y a des notes, outre celles de Vatable, qui sont très-bonnes et bien arrangées, une table préface où il est bien parlé de Robert Estienne, et un appendice où sont tous les éloges de Vatable et Pagnin extraits des livres qui en parlent, et encore les chronologies etaccompagnements de la Bible de Vitré. M. de Ressye, qui a de grands fonds dans l'édition de cette Bible, m'a dit qu'il vouloit vous envoyer un exemplaire de ce premier volume pour mettre dans votre bibliothèque, et vous en serez bien content. C'est ce de Sain, qui est un autre Estienne , qui imprimera votre dissertation, et il n'est pas embarrassé des citations; il n'est point éloigné de nous donner leCoutumier général. 11 faudroit m'envoyer le factumou plaidoyer de Pasquier, qu'on y joindroit avec un petit avertissement de notre façon, pour l'addition decefactum etdel'extraitdu/oumaiduPalats. Voilà, Monsieur,oùnous en sommes de cette affaire dont je vous rends un compte exact. Il y a deux volumes sur le quiétisme, mais on ne débite encore que le premier. Le deuxième est pourtant imprimé, et de Sain m'a dit l'avoir vu. J'ai trouvé le Virelay aux HoUandois, dont il vous fait faire une copie ; cela n'est point du style de M. de La Fontaine, mais plutôt de Chapelle ou peut-être de l'abbé Régnier. Je vous enverrai aussi le Temple de t Amitié reconstruit; il y a encore un Temple du Goût; et il faudra un jour quelque Pausanias pour en conserver la description.
Zaïre a un succès étonnant ; l'auteur a fait une épltre dédicatoire à un marchand de Londres, que j'ai vue et qui
456 CORatbPOWDAKCK INEDITE.
est originale, mais on ne veut pas la laisser imprimer.
Messieurs derAcadémie ont fait faire des honnêtetés à H. de Nangis sur la place de H. de Metz. Il y a répondu par deux fois avec toutes les grâces dont il étoit capable ; il n'a point accepté, et on se tourne du côté de M. Pévéque de Yence ( le P. Surian ), qui est un autre orateur que H. de Moncrif des Chats.
M. Hérault s'est remarié et a épousé H"^ de Séchelles. M. le Chancelier a dit : La mariée est trop belle. On voudroit remarier aussi M. le duc de Villeroy, parce que M. d'Alincpurt est mort et ne laisse qu'un enfant de huit mois, et que cette grande maison ne tient plus qu'à un fil.
Je ne sais ce que c'est que les Lettres imprimées de Monsieur de Fénelon ; je n'en connois point depuis sa rétractation.
Je finirai ma lettre, Monsieur, en vous souhaitant une bonne année, en vous renouvelant mes respects, et vous priant de me conserver vos bontés et votre amitié.
Le Pyrrhonisme de M. Crouzas se vend publiquement ici chez Mariette ; M. l'abbé Dubos a donné son approbation pour le débit en France.