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Les fcles de Thelis

84 I.A inAXCE AU MILIEV DU XVlll' SlÈCI.E [iTôO]

sonnées, mais nulle opiniâtreté p©ur ou contre, et une indinerence complète. Il m'a avoué que depuis la paix le roi a pavé toutes les dettes qu'il avait contractées à son service, en sorte qu'il ne doit plus rien au monde. j^Elles s'élevaient à 800 000 livres.) La famille royale augmente en crédit auprès du roi par le cœur et l'amitié. Madame Henriette, qui est le chef du conseil, n'en prend de personne qui puisse en donner d'éclairés. Ainsi cela n'ira jamais aux affiiires. Elles ont peu d'esprit, surtout l'aînée. Cela ne servira qu'à leur avantage personnel, et au plus ii celui de quelques personnes de leur maison.]

Le cardinal deTencin n'est occupé qu'à de basses intrigues de valets et de femmes; ses plus hautes sont d'aller voir les secrétaires d'I'ltat, pour pomper leurs secrets autant qu'il peut, et en augmenter sa petite considération sous lair de mystère.

[Mon gendre, M. de Maillebois, m'a confié une vue qu'il a eue et qui vient à bien. S'il n'a pas un diplôme de grandesse, il court risque, à la mort de son père, de n'oser plus paraître à la cour, ni lui ni ma fille, n'étant point titrés^ après avoir du l'être par son père. Ainsi il cherche ce qui peut le rendre agréable à l'Espagne. Il est sur le point d'obtenir la charge de son père de lieutenant général au gouvernement de Languedoc, et moven-

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naut quoi, commandant en l'absence du maréchal de Richelieu, il ferait les honneurs de la France à l'infante Marie-Antoinette, qui va y passer pour se rendre en Savoie. Il avait chargé M""'* de Pompadour et d'Estrades de parler de cette affaire au roi. Elles entendirent et les rendirent de travers, demandant qu'il allât faire compliment à l'Infante et lui porter les présents du roi, ce h quoi il fallait un homme titré. Il a fallu qu'il redressât cette demande en parlant au roi lui-même, ce qui lui a été accordé.

J'ai appris que M. le Dauphin et la France l'ont manqué belle en épousant la princesse Joséphine de Saxe, et non son aînée, qui est mariée à l'électeur de Bavière. Celle-ci eût été naturellement h M. le Dauphin si elle n eût pas déjà été accordée au duc de Bavière, et le mariaoe déclaré le jour même où mourut notre Dauphine d'Espagne. Cette Saxonne réussit au plus mal à Munich. Elle est rousse comme une vache, un grand visage long et avalé. Le fond des intérêts de Saxe est aujourd'hui de marier la quantité de pi'incesses qu'elle a. Tout y est sacrifié et aucun intérêt solide ne peut occuper cette cour ignorante et ruinée.]

30 janvier. — Le contrôleur général travaille toujours avec soin et dureté l'impôt du vingtième;

il vient d'envoyer à Bordeaux un homme que je connais pour fort alerte, et avant grande envie de faire sa fortune, pour régler la déclaration et les rôles du vingtième, de façon que cela soit porté à la plus haute valeur, car on espère à la cour que le vingtième ira plus haut que le dixième, mais on n'y parviendra pas sans de hauts cris, et gare quelques révoltes gasconnes.

[Le républicanisme gagne chaque jour les esprits philosophiques. On prend en horreur le monarchisme par démonstration. En effet des esclaves seuls, des eunuques, aident de leur fausse sagesse le monarchisme. Mais quelle sagesse chez les républiques qui gouvernent économiquement au dedans, et n'intimident jamais leurs voisins, qui les considèrent cependant! Heureuses les monarchies gouvernées comme des républiques ! Mais où sont-elles? Je ne vois que le règne d'Henri lY et le ministère de M. de Sully. J

6 février. — M. de Montmartel a acheté l'hôtel d'Antin 576 000 francs, 10 000 francs de pot-devin, ce qui ira à GOOOOO francs, et se paye comptant; tout cela insulte à la misère publique.

On écrit des provinces que tout y est dans la plus grande misère, et qu'on y manque de tout ; en Auvergne, le pain vaut quatre sousla livre et est

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fort noir; la mortalité des bestiaux y a commencé, et l'on prétend (jue nous manquerons de viande à Paris après Pâques.

9 février. — [Le roi n'aime point le cardinal de Tencin et encore moins ses sœurs. Il détestait feu M°"^ de Tencin, et il lui vient peau de poule quand on parle d'elle. La comtesse de Grosley, autre sœur du cardinal, est bête et bavarde. Les étranoers cherchent à savoir par elle les secrets du ministère. Le roi apprend tout cela par les lettres décachetées.

M. de ^lacliaulta de grandes douleurs d'entrailles, c'est-à-dire des indigestions qui lui font rendre du sang. Cela fait dire : « Quoi donc, il a des entrailles ! »

Il y a de grands mouvements dans les provinces pour le vingtième. L'évêque de Metz a excommunié l'intendant du Creil pour avoir exigé des déclarations de son clergé.]

14 février. — On croit que la place (Louis XY) ne sera plus dans le carrefour Bussy, où il y aurait plus de quatre cents maisons h abattre.

[Il y a eu déjà des particuliers ruinés pour avoir vendu et loué à vil prix leurs maisons dans le quartier de ce dessin [sic). L'on trouve une

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compagnie d'architectes qui achètent l'hùtel Je Conti pour y bâtir de nouvelles maisons, et le payent plus cher que n'en donnait l'Hôtel de ville.]

Tout le monde en revient au projet que j'ai donné, et dont j'ai donné un dessin de ma façon h mon cousin le prévôt des marchands. C'est de faire la place vis-à-vis le pont tournant, où elle sera d'une grande magnificence. Mais le courtisan, plat railleur, prétend que ce sera mettre le roi hors de Paris, et cette mauvaise bouffonnerie suffit pour faire écarter un projet si sage et si beau, tant il est vrai que la cour devient de plus en plus le sénat de la nation.

16 février. — C'est M. le Dauphin qui a été cause que mon frère a renvoyé le sieur Garnier, intendant dans sa maison. Le prince lui dit un matin : « Ne connaissez-vous pas un nommé Garnier, qui est si riche qu'il a acheté la maison du cardinal de Richelieu à Paieil? Il y dépense tant qu'il est à son second million » ; et sur cela, mon frère congédia cet intendant le lendemain.

M. le prince de Conti a affermé très cher les revenus du grand prieuré de France au sieur Fontaine, frère de M""" Darty, sa maîtresse. Celuici a résolu d'augmenter de beaucoup les loyers des

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maisons du Temple, doù il arrive quêtons les locataires en sont sortis et que le Temple est vide, au moven de quoi il ne se fait plus de réparations ni de propriétaire, ni locatives, au grand mécontentement de l'ordre de Malte, qui ne tirera jamais raison de ce prince du sang.

17 février. — On se plaint de mon frère sur la grande richesse dont sont tous ceux de sa maison : j'ai rapporté ci-devant ce qu'avait dit M. le Dauphin au sujet de Garnier son intendant, qu'il a été obligé de congédier. Il est mort depuis une femme de chambre de ma belle-sœur qui laisse plus de 200 000 livres de bien, qu'elle avait gagné à je ne sais quelles affaires. Ma belle-sœur a mangé plus de deux millions depuis que mon frère est en place ! mon neveu s'est fait un cabinet de plus [de] 200 000 livres sans les autres dépenses ; et le roi sait tout cela !

21 février. — On parle d'un soulèvement inouï du régiment de la Fère, qui est en garnison à Rocroy : on a voulu casser la tète h un soldat de ce régiment dont un cas était douteux; au conseil de guerre les suffrages ont été partagés, et alors cela devait aller in mitiorem à pardonner; mais on s'est au contraire port»'- a la rigueur par sévérité,

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et cela par ordre de la cour. On a mis le régiment sous les armes pour l'exécution; il s'est soulevé, les soldats ont tiré sur leurs officiers, dont il y a eu cinq tués et quelques blessés, et, de dix-sept compagnies, dix ont passé la Meuse et ont été se rendre à Namur avec plusieurs de leurs officiers. Quel exemple peut-on faire de ceci?

24 février. — On vient d'arrêter quantité de convulsionnaires, et l'on dit qu'il yen a plus de deux mille de la même folie. Ils se donnent des coups d'épée et de couteau, dont quelques-uns sont morts. Un curé des leurs a épousé une jeune personne; on voit des livres extravagants de cette secte, ils appellent secouristes ceux qui leur donnent des coups d'épée; ils ont fait tourner la tête à un père de Gènes, génovéfain, à force de le faire jeiàner. Les jansénistes raisonnables disent que c'est la persécution qui fait ainsi cxtravaguer quelques-uns d'eux.

17 mars. — Le comte de ***, qui arrive de la cour, m'a dit hier qu'on a trouvé des billets écrits contre le roi sur la cheminée et sur les parquets il Versailles; que dans un il y avait : « Tu vas à Choisy et à Crécy, que ne vas-tu à Saint- Denis? )) On a depuis peu interrogé les convul-

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sionnaires npj)ck'S secouristes : il y en a plusieurs qui ont avoué en vouloir à la vie du roi, ce qui fait trembler. A Paris, on parle si haut contre le gouvernement, et avec telle injure, clans les promenades et les cafés publics, que la police se contente de les observer et espionner par des mouches, mais se garde bien de les arrêter, parce qu'il faudrait arrêter tout le monde.

18 mars. — On ne saurait aller en aucune maison qu'on n'entende médire du roi et de son gouvernement : le vingtième et la façon de l'exiger irritent tout le monde, et les prêtres en sont les prêcheurs continuels. Il court une réponse fameuse de M. l'abbé de Nicolaï, aoent du clergé, à INI. de Machault; celui-ci lui a dit touchant le mémoire du clergé : « ^Monsieur, voilà un tocsin. » L'abbé lui a répondu : « C'est que vous mettez le feu partout. •>■>

Je n'ai jamais vu d'homme si indifférent que M Machault sur les malheurs publics, et la misère du peuple; je l'ai remarqué dans quelques conversations avec lui et l'on voit que toute sa conduite n'est qu'une déférence continuelle aux principes des finances qui excluent et détruisent toute liberté à la commune de gouverner démocratiquement. J'ai fait un livre en 1737 contre ces détestables principes.

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19 mars. — On embellit la salle de l'Opéra, on la met tout en vert et or, on change des loges, on en rebâtit de nouvelles, on les meuble différemment ^ et à neuf, on anticipe sur le cul-de-sac de l'Opéra.

M™* de Verneuil, femme de l'introducteur des ambassadeurs et secrétaire du cabinet, a été présentée au roi dans son appartement, mais elle n'a p;is été saluée (ou baisée), ce qui est une espèce daffront qui dénote que vous n'êtes pas femme de qualité, comme il est vrai sur Verneuil (en son nom Cliassepoux). On ne le lui avait pas annoncé, elle a présenté son bec et le roi a reculé le sien en rougissant. On a beaucoup parlé de cette présentation comme dune chose ridicule.

26 mars. — On continue dans les campiignes à arrêter avec beaucoup de succès les pauvres mendiants et vagabonds, de sorte que Ion en voit beaucoup moins; on pardonne à ceux qui sont domiciliés et on leur permet par des passeports de demander l'aumône pour o-aoner leurs villao-es. Si 1 on continue h suivre ce projet, on parviendra à bannir la mendicité du royaume, sans cependant diminuer la pauvreté, qui est extrême, mais les pauvres mourront de faim patiemment.

5 avril. — Quantité de femmes cherchent

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aujourd'hui à se mettre en pension au couvent de rAssomption, à cause qu'on y va mettre M""Alexandrine, fille de la marquise de Pompadour; on bâtit un bel appartement pour cette enfant, et une femme de qualité doit être sa gouvernante.

li avril. — M. Tévèque de jMirepoix, ayant chez lui une grande audience jeudi dernier, déclara à tout ce qu'il y avait là d'évêques, que, quand même ils offriraient à Sa INIajesté trente millions en don gratuit ou pour abonnement, cela ne serait pas accepté, puisqu'il fallait absolument des déclarations de bien remises aux gens du roi et contrôlées par l'intendant. Cependant un Provençal m'a assuré l'afiaire de Provence accommodée à sa satisfaction, puisque Ton suivrait le cadastre pour la levée du vingtième.

23 avril. — La Gazette de France a été ôtée au président x\unillon, dont on était mécontent et qui, dit-on, la faisait mal; elle a été donnée à M. de la Chapelle qui est fort de ma connaissance; c'est un homme savant dans le droit germanique, dont il vient de donner un livre : Remarques sur les capitulations des empereuis d'Allemagne. Il voulait être employé aux affaires étrangères; ainsi voilà l'homme quil fallait; mais écrit-il bien, a-t-il

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grand sens, a-t-il de l'esprit? c'est de quoi je ne jurerais pas.

Enfin on est venu hier m'annoncer une décision à laquelle j'ai été fort sensible, c'est que la place publique pour la statue de Louis XV est déterminée pour être à la grande esplanade, entre les Champs-Elysées et le Pont tournant des Tuileries; j'en avais donné le plan, même un dessin d'élévation en 1748, avec mémoire de moi à M. le prévôt des marchands, qui m'a dit l'avoir montré au roi. Le monument ne coûtera uniquement que la bâtisse : un seul côté de palais du côté du rempart, le reste en colonnades ou balustrades de marbre chargées de trophées et de statues, un quai en port, et un pont sur la Seine, vis-à-vis la rue de Bourgogne. Ce sera certainement une des plus belles places (ju'il y ait en Europe, et le terrain n'en coûte rien, au lieu que, suivant les autres projets acceptés, il fallait dépenser quarante millions pour acheter des maisons, faire tort îi quantité de particuliers et chasser beaucoup de citoyens à qui les maisons manquent dans Paris. J'ai quelque honneur ii cette détermination, et c'est un acte de sagesse dont tout le public est réjoui.

3 jnai. — Le temps s'est remis au chaud et puis à la pluie, ce qui fait grand bien aux fruits. Je

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vois clans les campagnes qu'il n'y aura de mal cette année là où je suis que la crainte (lu'on y a des commis aux tailles : chacun se laisse faire des frais par politique, de peur d'être augmenté l'année suivante.

14 mai. — L'Opéra va être rebâti, mais dans le même lieu, M. le duc de Chartres s'y donnant de grands mouvements pour son palais, et pour jouir d'un si orand as^rément et commodité.

Pour cet efifet, on a acheté les maisons d'autour du cul-dc-sae; l'on prend une petite cour du Palais- Royal, on fait un cintre et des arcades, et autre chose dont on verra le devis et plan incessamment. Pendant l'exécution, l'on prêtera pour l'Opéra la salle des machines des Tuileries.

15 mai. — - ***, qui arrive de Choisy, m'a dit que la marquise de Pompadour devient de plus en plus maîtresse des affaires, qu'elle en a fait décider depuis peu quatre à cinq autrement que mon frère ne les avait réglées, ce qui s'appelait quatre à cinq camouflets, et qu'on cherchait à lui en donner d'autres.

22 7nai. — Un homme instruit des finances m a dit qu'il était sorti cette année plus de deux

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cents r;unillcs de Nonnandie, craignant la collecte dans leur village, laquelle est fort ruineuse. Le contrôleur général est, dit-on, tout d'une pièce, est trop décidé, ne prend conseil de personne, et va son train comme un sanglier blessé, quelque chose qu'on lui dise.

25 tnai. — Il paraît à Paris trois mémoires en forme de livres suggérés, avoués, par M. le contrôleur général, pour prouver que le roi a tout droit et police sur les biens du clergé, qu'il ne dépend que du chef de 1 Etat, cpie ses immunités sont des usurpations, quelque longue possession qu'il en ait. Ces brochures, écrites avec soin, déplaisent au public; leur cause, leur objet étant l'argent, le besoin d'argent, le fisc déjà si comblé d'argent, le ministère qui paraît songer si peu au soulagement du public, la cour si dépensière, et non une sage réformation du clergé. Voilà de quoi mettre le public contre les principes les plus sains.

26 ?}iai. — On mande de Paris que, depuis mon départ, il y a eu de fréquentes révoltes et surtout le 23 de ce mois, où il y en a eu jusqu'à quatre dans le même jour, et cela pour des enfants qu'on arrête; on n'y comprend rien.

Les archers de Paris préposés aux pauvres, et

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qu'on nomme archers de récuelle, ont arrêté des petits gueux, puis, se méprenant à la mine ou affectant de s'y méprendre, ils ont arrêté des enfants de bourgeois, ce qui a commencé les premières révoltes ; il y en a eu le 19 et le 20 de oe mois, mais le 23 il y en a eu de considérables. Tout le peuple s'amassant dans les quartiers où se sont faites ces captures, on a tué dans cette journée quatre h huit de ces archers.

27 mai. — Le peuple s imagine toujours que les exempts enlèvent des enfants, et il se monte des séditions aux quatre coins et au milieu "de Paris à la fois. On a poursuivi un exempt chez un commissaire; on l'a jeté par les fenêtres, on l'a repris et assommé à coups de pieds et de bâtons ; on a mené le cadavre chez M. Berryer, lieutenant de police; on a cassé les vitres; il s'en est peu fallu qu'on n'ait enfoncé la maison; le guet a résisté comme il a pu; on fait armer les régiments des gardes françaises et suisses. On me mande qu'il est certain qu'on n'arrête point d'enfants, mais qu'on le fait accroire h la populace, et que l'on craint (juelque chose de fâcheux.

28 mai. — On a entendu, parmi les cris de la populace, tenir des discours de grand mépris

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contre la personne même du roi. J'ai vu des lettres de dimanche 24, qui disent que, ce jour-là, les rues de Paris étaient si pleines de monde que celui qui écrit a été obligé de se réfugier dans un café, où il a été renfermé trois heures. Certes ceci est excité et paraît venir de plus loin que la capture de ces mendiants. On est heureux de se trouver hors d'une ville révoltée.

29 mai. — Nous venons d'apprendre que tout est accommodé dans la populace de Paris, par le parti qu'a pris le Parlement de rendre un arrêt qu'on a placardé à tous les coins de rues, par lequel la cour déclare qu'on n'a point donné d'ordre de police d'arrêter des enfants, que, s'il y en a eu d'arrêtés, les père et mère n'ont qu'à présenter requête pour obtenir l'élargissement.

M. Berryer, lieutenant de police, s'est déshonoré du côté du cœur et de l'esprit dans tout ceci ; il s'est trouvé fort haï du peuple, qu'il a toujours brutalisé. Les discours de la populace ne tendaient qu'à aller le massacrer, à lui manger le cœur; on ne l'appelait que ce vilain M. Beurrier. Il s'est sauvé de chez lui par la porte de derrière et s'est caché chez les Jacobins. M. le premier président l'a mandé en vain pour venir rendre compte au Parlement de tout ceci ; il a dit

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qu'il ne pouvait traverser Paris, qu'il craignait pour sa personne. Dans quelque temps d'ici il pourra être dépossédé de sa place, la cour s'en prenant à lui du mauvais succès de cette police, et voyant qu'il est si haï dans le peuj^le de Paris; et, de cette affaire-là, il sera fait conseiller d'État plutôt qu'il ne l'aurait été.

7 juin. — La procédure va grand train contre les archers qui arrêtaient les enfants. Un nommé Leblanc en est convaincu; on découvre qu'ils en arrêtaient sans ordre, et que c'était pour en tirer ensuite une rançon des père et mère, qui étaient de bons bourgeois; que cela allait quelquefois à des 20, 30 et 50 écus. M. Berryer est totalement décrédité de cette affaire-là, et l'on parle déjà de lui donner un successeur,

d Juin. — Il est déclaré qu'on va faire revenir de Fontevrault les deux dames de France qui y restent, et en même temps on leur fera une maison et grande dépense : cela va augmenter environ de deux millions les dépenses de la cour. J'ai vu le roi Stanislas vivre en roi à Chambord avec cent mille écus et pas davantage, et encore avoir de quoi faire des libéralités au bout. On compte que ces quatre dames de France, qui ne seront jamais

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bonnes à rien, coûteront au roi tous les ans six à sept millions, ayant deux maisons séparées en ofiiciers, en dames, bouche, écurie, etc. Une seule a été mariée; elle nous a coûté une guerre, et le tout pour en faire une pauvre duchesse de Parme.

iO juin. — - La sédition est apaisée; mais j'ai entendu liier des gens qui venaient de Paris, et qui m'ont conté des choses de ç>isu et qu'on n'ose pas écrire. Tout est plein d'espions, les lettres interceptées, en un mot l'inquisition plus terrible que jamais...

Le peuple voulait aller à Versailles brûler le château, qui a été, disait-il, élevé à ses dépens. On fut obligé de mettre sur le chemin des troupes pour garder le pont de Sèvres et le défilé de Meudon. Le beau de ceci est le conseil qui se tenait à Versailles, le vendredi 22 mai, pendant le plus foit de la bagarre à Paris. C'était chez mon frère, où étaient la marquise de Pompadour, la comtesse d'Estrades, le duc de Gesvres et le duc de Biron : voilà tout le conseil. Il y arrivait à tout moment des courriers de Paris, qui n'apportaient que de très fâcheuses nouvelles.

Le plus fâcheux de tout est le mauvais parti que ces femmelettes ont fait prendre au roi pour le voyage de Compiègne; on a annoncé qu'il était

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retardé de huit jours pour les prières de Madame la Dauphine et pour des maladies dans ce pays-là (à quoi il n'y avait pas un mot de vrai); mais c'était pour tromper le peuple de Paris. Au lieu que Sa Majesté devait partir le 5, elle est partie secrètement de Versailles la nuit du 6 au 7 pour Compiègne, où on l'attendait peu, et, pour punition, dit-on, au peuple révolté, le monarque n'a point passé par Paris. On a ouvert un chemin nouveau dans la plaine Saint-Denis ' à travers les champs dont la moisson s'avançait, et encore craint-on qu'il ne s'embourbe par les pluies continuelles qu'il fait aujourd'hui. Tout cela a un air de fuite qui désole les bons Français; voilà la haine inspirée au roi contre les Parisiens plus grande qu'elle n'était chez Louis XIV.

On a assuré qu'on avait embarqué à La Rochelle plus de six cents enfants pour les colonies. Il n'y a point eu de cavalcade le jour de la Trinité, à l'ordinaire, pour les magistrats de police, le peuple voulant déchirer toute robe de magistrats. Les boutiques ont été fermées trois jours.

i8 Juin. — Je viens de lire les remontrances du parlement de Paris dont le roi a entendu la lec-

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