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^février. — Le curé de Saint-Etienne du Mont, avant que d'administrer M. le duc d'Orléans, qui est à la mort, l'a interrogé sur la constitution, et a exigé qu'il embrassât ses petits-enfants. Mais le public murmure de ce qu'un prince aussi saint éprouve de telles difficultés à la mort pour recevoir les sacrements.
5 février. — M. le duc d'Orléans mourut hier à dix heures du matin. Sitôt après, M. le duc de Chartres, son fils, alla à Versailles faire part au roi du testament qu'il laisse, et que l'on dit chargé de legs pour les pauvres.
Le Journal de Trévoux de ce mois tonne sur le nouveau tome de ce Dictionnaire e?icyclopédique qui parait, où il relève plusieurs choses opposées à notre religion surnaturelle. Effectivement il y a à la tète de cet ouvrage un M. Diderot qui a beaucoup d'esprit, mais qui affecte trop d'irréligion.
i2 février. — Madame Henriette est morte avanthier jeudi à midi. Sur-le-champ on envoya ordre de fermer tous les spectacles de Paris, ce qui a rompu bien des plaisirs d'après-midi à gens qui entraient peu dans cette affliction. Mais l'affliction du roi est extrême et tout ce que nous allons voir annonce la dévotion du roi.
En même temps, de nouveaux ordres ont été donnés à tous confesseurs du diocèse ayant des pouvoirs, de questionner leurs pénitents sur la constitution Unigenitus : grands ou petits, femmes ou hommes, tout est questionné au tribunal de la pénitence et renvoyé s'il ne dit pas qu'il reçoit la bulle comme règle de foi. On a fait jurer chaque confesseur (car ou multiplie les jurons à tous propos), et, de peur de perdre leur métier, ils ne manquent pas à interroger les plus ignorants, et ceux qui sont de bonne foi ne peuvent répondre sur une matière qu'ils ignorent. Cependant on peut aller aux moines, qui, pour enlever la pratique des prêtres habitués , n'observent pas de même Tinstruction de l'archevêque.
Le roi a été fort touché de la mort de Madame Henriette, et même en est malade, à quoi s'est joint un gros rhume. L'on attribue cette mort ii une gale habituelle qui, ayant paru au front, a été répercutée dans le sang par des remèdes topiques. Bouillac, médecin de Mesdames, est toujours l'auteur de ces fautes par inipéritie et étourderie.
13 février. — De ce matin parait un arrêt du Conseil qu'on n'avait pas prévu ; il supprime le Dictionnaire encyclopédique, avec des ({ualifica-
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lions épouvantables, comme de révolte à Dieu et à l'autorité royale, de corruption des mœurs, le tout débité sous des termes obscurs et enveloppés, etc. L'on dit sur cela que les auteurs de ce dictionnaire, dont il ne paraît encore que deux volumes, doivent donc être incessamment suppliciés, qu'on ne peut s'empêcher de les rechercher et de faire informer contre eux. 11 s'ensuivra la perte de cjuantité de gens de lettres très précieux à la France, et dont profiteront nos voisins curieux; mais ce qui s'ensuit encore davantage, c'est l'établissement d'une véritable inquisition en France, inquisition dont les Jésuites se chargent avec joie, qu'ils recherchent depuis longtemps et qu'ils exerceront avec dureté.
14 février. — Un de mes curés me mande qu'étant le plus vieux de la province de Touraine, il a vu bien des choses et d'excessives chertés de blés, mais qu'il ne se souvient pas d'une si grande misère (même en 1709) que cette année-ci ; il en attribue la raison à la ruine de toute fortune, et l'enlèvement de tout argent hors de sa province par la règle de prendre solidaires pour la taille les plus aisés d'une paroisse.
23 février. — Le roi maigrit, mais a bon visage.
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L'on prétend que les iinalres de la marquise ont repris leur train ordinaire, et que le partage de crédit auquel on a cru entre elle et la famille royale n'a aucun lieu. Quelque inquiétude subsiste encore cependant chez cette favorite. C'est elle, dit-on, qui a obtenu pour ]M'"^ Adélaïde l'appartement qui a fait tant de bruit, on l'avait refusé à feu M""' Henriette. M"'° de Pompadour, dans ces moments d'affliction, s'est mise aux genoux du roi pour le demander et l'obtenir. Quel bruit fait dans le monde un appartement donné ou refusé à une femme! car il peut se faire qu'il dépende de cela plusieurs événements considérables dans l'Etat; voilà les inconvénients de la monarchie : la conduite des peuples y dépend trop des misères de l'humanité. En attendant, cet objet fait une occupation vive pour le roi à qui ces petites passions sont si nécessaires. On accommode cet appartement pour Madame ; des ouvriers y sont, le roi les conduit et les pique; il y va continuellement.
25 février. — Le sieur Diderot est celui des auteurs de V Encyclopédie qu'on accusait le plus de travailler contre la religion, l'autorité royale et les mœurs : il vient de prendre la fuite, sachant qu'on allait l'arrêter, et l'on a mis la main sur ses papiers.
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'1^ février. — J'apprends chaque jour de nouvelles extrémités à la finance; les plus petites caisses sont épuisées ; M. ^lachault l'ait la revue fréquente de leurs bordereaux et y laisse h peine mille écus. Cependant l'on ne paye pas les parties les plus capitales; des ordonnances pour subsistance des troupes eu Ecosse n'ont pu être encore pavées ; on ne paye point les académies ; les pauvres savants qui n'ont pour vivre que chaires de professeurs, pensions ou jetons d'académie, on ne parle point de les paver. Chacun se regarde à Paris et à la cour, et ne sait comment exprimer la peine qui le contraint aux retranchements les plus nécessaires.
2 mars. — On a calculé que, depuis 1726, où le cardinal de Fleury a commencé son ministère, jusqu'à présent, les bâtiments ont monté en dépense à 350 millions, le tout pour ne faire que des nids à rats, à faire et à défaire. C'est le château de Choisv qui est le plus grand théâtre de ces variations; il n'y a point d'année où l'on ne détruise pour rebâtir ce que l'on change encore l'année suivante.
3 mars. — Il passe pour constant que M. le duc d'Orléans est mort sans les sacrements de l'Eglise,
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ce qui se réduit à rextrèine-onction, car il se confessait souvent à son confesseur particulier et inconnu, et il allait recevoir la communion clans l'église. Etant au lit la veille et l'avant-veille de sa mort, M. l'archevêque de Paris y vint avec le curé,' et quelques autres personnes; M. le duc de Chartres présent, on l'exhorta h reconnaître son petitfils et sa petite-fille et à leur donner sa bénédiction ; il assura qu'il ne les reconnaîtrait jamais et qu'il ne pouvait parler contre sa conscience. On lui a refusé les sacrements jusqu'à la fin pour cette cause; le mourant a répondu que, les ministres de l'Eglise lui enlevant cette consolation. Dieu lui en tiendrait compte en autre chose. Il est mort sur ces sentiments ; les assistants ont promis de n'en jamais parler, mais peu à peu ces grands secrets transpirent.
Je sais que, lors de la naissance de M. le duc de Montpensier, une méchante pauvresse lui avait présenté un placet pour lui demander aumône et récompense, exposant que M"^ la duchesse de Chartres lui avait acheté son enfant pour le supposer à la Maison. Depuis cela, il avait cru avec une foi de martyr que ce fait horrible était véritable, comme si un ange était descendu pour le lui dire, à quoi ajoutant de la mésestime pour sa belle-fille et peu d'estime pour son fils, il avait cru tous ses petits-enfants
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supposés, ce qui faisait un grand scandale, et était d'un grand danger pour l'honneur et la sûreté de la Maison royale.
22 mars. — j\Ion gendre, le comte de Maillebois, passait pour un favori, et voici qu'il est tout à coup disgracié : il vint hier au soir me dire adieu, venant de recevoir ordre d'aller à Piaillebois, jusqu'à nouvel ordre. Je crains que le rappel ne soit long à venir, du moins que cette disgrâce ne dure autant que le règne de M™® de Pompadour ; et qui sait combien il durera? car voici que l'éclat de son autorité reprend sur nouveaux frais et tout de plus belle. Au fond M. de Maillebois se moquait d'elle et ne lui avait jamais été attaché d'amitié; même en ayant reçu des avances d'elle, il les avait tournées en mépris, et en parlait avec grande indiscrétion.
24 mars. — Un officier dont la troupe est en garnison h Mézières m'a dit que le peuple était si misérable dans cette ville que, dès qu'on avait servi le dîner des officiers dans les auberges, le peuple se jetait dessus et le pillait.
Hier, il y eut assemblée des chambres du Parlement touchant un nouveau refus de sacrements fait par le curé de Saint-Etienne du !Mont, celui-là
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même qui a été déjà repris de justice cet hiver, ayant été mis en prison pour semblable cas avec irrévérence au Parlement. Ce refus de sacrements est fait h un ecclésiastique nommé l'abbé Lemère, soupçonné de jansénisme. On l'interroge, on lui demande s'il croit M. Paris damné, et, sur sa réponse négative, l'on remporte les sacrements. Le moribond a sommé le curé de lui donner les sacrements. Le Parlement a ses pièces et a nommé un rapporteur.
On a décrété le curé d'ajournement personnel pour comparaître et pour subir interrogatoire hier à 5 heures de relevée, et le Parlement a invité M. l'archevêque de Paris à venir prendre sa place de pair au Parlement pour assister au même jugement.
L'on change le district des intendants des menus, les premiers gentilshommes de la chambre les avant tracassés; on va leur donner un inspecteur qui sera pour le moins aussi fripon qu'eux. Ceux qui en sortent se sont très enrichis en donnant des fêtes chères et de mauvais goût.
25 mars. — xVvant-hier le Parlement fut assemblé jusqu'à minuit et demi. On interrogea M. Bouettin curé de Saint-Etienne du Mont; il répondit qu'il n'avait refusé les sacrements à l'abbé Lemère que