‹ Journal fait en GrèceChapitre 17 sur 32 · DU 24 SEPTEMBRE AU 3 OCTOBRE · texte numérisé non relu

DU 24 SEPTEMBRE AU 3 OCTOBRE

Deux bricks autrichiens capturés par les Grecs. — Le prince Metternich. — Apostrophe aux ennemis de la Grèce. — Bataille de Tricorpha. — Le docteur Galogéropulo. — Une flotte américaine à Napoli. — Elle arbore le pavillon des Hellènes. — Grandes réjouissances. — L’auteur est obligé de partir. — Ses regrets.

Deux bricts de guerre grecs viennent d’amener ici huit bâtiments autrichiens qu’ils ont capturés. Ces bâtiments étaient chargés

de vivres et de munitions pour les Turcs .

Depuis trois mois plus de 6o navires de la même nation, à la solde du Pacha d’Egypte, ont été arrêtés par les marins Grecs.

Ne serait-on pas tenté de croire, d’après tout ce que fait le pavillon de Metternich , que cet illustre prince tire son origine d’un descendant de Mahomet, ou qu’il médite au fond de son cœur magnanime, d’abjurer, plus tard, le Christianisme dont il feint de se montrer

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aujourd’hui le zélé protecteur, pour embrasser la religion sublime des Vrais Croyans! .

Les Grecs s’emparent des bâtiments en hostilité contre eux , et des journaux attachés aux principes du diplomate Autrichien publient que les Grecs sont des pirates , et qu’ils méritent la corde

Lâches imposteurs , vendus à l’ignorance et au despotisme, gardez au moins le silence, si vous ne voulez pas rendre hommage aux vertus des héros de la Grèce moderne ! ... mais , non , continuez vos infamies .

Bientôt xine main vengeresse, une main protectrice des peuples que vous outragez , la main de la liberté , cette main terrible qui s’est appesantie sur les tyrans, au-delà de mers, s’appesantira sur vous , et vous punira de vos forfaits ! .

Colocotroni a remporté un grand avantage sur les Arabes à Tricorpha.

Instruit que le pacha Ibrahim se disposait à

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traverser le golfe de Lépante pour marcher sur Missolonghi, le général Grec se rendit dans la province de Caritène.

Londos , Zaimis , et Nicetas y arrivèrent aussitôt. -J

<( Chers frères , leur dit Colocotroni , la ville » de Missolonghi nous demande des secours » dans un moment où nous ne pouvons pas » nous suffire à nous mêmes. La patrie est en » danger, si le farouche Ibrahim parvient à » joindre Kuitachy •, réunissons donc à la hâte » chacun autant de soldats que nous le pour- » rons et attaquons notre ennemi si fier de ses » succès précédents. »

Les capitaines approuvèrent une entreprise dont ils sentaient le prix.

Colocotroni se trouva bientôt à la tête de 7000 hommes et il parvint à Libovossi , ville située sur des hauteurs escarpées, à 4 lieues deTripolitza , et à l’entrée de la vallée que forment les collines du mont Tricorpha.

Celui'ci tire son nom de ses trois sommités

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parallèles qui aboutissent à la plaine de Tripolitza où elles se resserrent en étroit défilé j les collines escarpées qui s’élèvent de chaque côté en se prolongeant jusqu’à Libovossi , forment des gorges plus ou moins rétrécies.

Ibrahim apprenant l’approche des Grecs franchit le défilé et s’avança à la rencontre de Colocotroni qui, ayant une connaissance exacte des lieux, partagea sa troupe en plusieurs corps.

Les premiers se placèrent en embuscade sur les collines *, un autre fit un détour pour s’emparer du défilé qui mène à Tripolitza et couper la retraite à l’ennemi ; enfin pour attirer sur un seul point l’attention d’Ihraliim, Colocotroni chargea son fils de se retrancher dans une petite plaine située aux pieds de Libovossi et de s’y tenir sur la défensive jusqu’à ce que lui -même descendant, avec deux mille hommes, des hauteurs , donne le signal de l’attaque générale.

Ibrahim attaqua la position du fils de Colocotroni avec impétuosité, et peut-être ce jeune

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homme allait succomber, si son père en descendant de Libovossi ne lui eut crié : « Cou- » rage , Gennéos, la victoire est à nous. »

Au signal donné , les Grecs embusqués sur les collines commencèrent une vive fusillade; l’ennemi reconnut sa faute et il se bâta de battre en retraite.

Malheureusement le capitaine grec qui avait été envoyé pour s’emparer du défilé, fut retardé dans sa marche ; s’il en avait été maître , Ibrahim succombait avec toute son armée. Il perdit néanmoins deux ou trois cents hommes dans sa retraite.

La fièvre fait toujours de grands ravages. Un jeune Allemand vient d’y succomber; presque tous les étrangers qui tombent malades sont perdus , parce qu’il n’y a ni remèdes , ni médecins. Quelques charlatans exercent seuls cette profession. Je dois pourtant excepter de leur nombre le docteur Calogéropulo qui a fait ses études en Italie , on le regarde comme un dieu. Je suis fort lié avec

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lui ; il m’a raconté que depuis qu’il est en Morée douze médecins sont sortis de sa maison.

« Mes domestiques, m’a-t-il dit, après m’a- » voir vu pratiquer pendant quelque temps la » médecine , se répandent dans les provinces » et y font fortune. »

Je me rappelle, en effet, un docteur de Salamine chez lequel je logeai ; il avait été domestique de M. Calogéropalo , et aujourd’hui plus grande abondance règne dans sa famille.

J’espère que le comité philhellénique de Paris composé des amis de l’humanité, instruit par le général Roche des choses qui manquent aux malheureux Grecs, se hâtera d’envoyer des médicamens , des médecins et des chirurgiens.

M. Renaud de Saint -Jean d’Angeli donne tous ses soins à former un escadron de cavalerie . On organise aussi une compagnie d’ar¬

tilleurs.

La flotte Américaine est arrivée à Napoli. Elle a arboré lé pavillon de la Grèce régénérée. Elle a salué la ville par trois fois cinquante coups de canons. La forteresse a répondu à son salut et tous les bâtimens grecs qui se trouvaient dans la rade ont lâché plusieurs bordées.

Le président du corps exécutif, Maurocordato , et tous les autres membres du sénat , ont été dîner à bord de bAmiral.

Le chant patriotique des Hydriotes s’est mêlé aux fanfares guerrières des vieux soldats de Wasinghton et de La Fayette ...

Quel sujet d’allégresse pour les cœurs vraiment amis de la liberté ! Les Américains , séparés de nous par l’immensité de l’océan , les Américains, à peine sortis de l’esclavage,, mais jouissant déjà de tout le bonheur d’une vertueuse indépendance , traversent toute l’étendue des mers ; ils viennent offrir des armes et des conseils à un peuple de chrétiens com-

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battant pour la croix, et que les rois chrétiens de l’Europe abandonnent !

(c Suivez notre exemple, » disent ces républicains aux enfants de Sparte et d’Athènes. « Ne vous laissez rebuter ni par les privations » ni par les périls affreux qui vous entou- » rent.... Comme vous, sans armes, sans ap- » pui , nous nous sommes levés en masse y> contre un tyran barbare; et sa chute a » prouvé à l’univers ce que peut un peuple » qui combat pour les droits les plus saints » et les plus sacrés.... L’Anglais , après avoir » enrichi de son sang nos plaines et nos fleuves, » honteux de sa faiblesse , s’est enfui dans la » triste Albion; et la déesse à laquelle vous » avez dressé des autels s’est fixée parmi » nous. y>

Je partirai incessament pour Syra , tout est préparé pour mon voyage .

Je dois fuir l’injustice d’un Français. ... Je ferai des adieux à la Grèce qui peut-être seront éternels : éteinels! L’intrigue me fera-t-elle donc renoncer à voir s’accomplir un des rêves les plus séduisants de mon imagination !

Quand les Grecs prirent les armes contre la tyrannie , à cette noble et courageuse résolution mon esprit s’enflamma ; j’abandonnai bientôt ma famille pour me joindre à leurs phalanges guerrières , heureux de partager leurs travaux et leurs peines , dont l’amitié de plusieurs personnages distingués me dédommageaient assez. J’étais heureux, mais, ô moment de bonheur, bientôt je ne vous éprouverai plus....

Je vais errer sur l’onde perfide sans savoir où trouver une terre hospitalière....

O ma patrie ! ô ma famille ! ô ma mère et mes sœurs chéries! où êtes-vous? Hélas pour moi vous êtes perdues. Jamais mes yeux ne reverront les lieux de ma naissance.

Ah ! qu’ils sont corrompus les gens qui

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cherchent à éteindre l’amour de la patrie!.... sous le doux ciel de la Grèce mes pensées ont toujours été tournées vers la France; et, à chaque minute , je pensais à Sainte S*** ; aux jeux innocents de mon enfance , aux caresses de mes soeurs et mes larmes coulaient...

Actuellement encore que je me rappelle ces iustans si précieux , mes yeux se grossissent et mon coeur est suffoqué....

Je suis fatigué de tout. Je ne sais plus ce que je veux. .. Je me livre au hasard ; il me guidera dans le chenain difficile qui me reste à parcourir!

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