‹ Journal fait en GrèceChapitre 3 sur 32 · DU 1" AU 9 JUIN · texte numérisé non relu

DU 1" AU 9 JUIN

Marche d’ibrahim sur Calamata et Ârcadie. — Les PhilheUènes de Colegno et de Crosse. — Colocotroni est mis en liberté. — Cérémonie religieuse à son arrivée à Napoli. — Il jure de mourir ou de sauver la patrie. — Notice sur ce général. — Prise d’Ârcadie et de Calamata. — Mort du ministre Papa Flescia. — Argos. — Mycène. — Le tombeau d’Agamemnon. — La belle Grecque.

Énorgueilli par les avantages qu’il a obtenus à Navarin, Ibrahim s’imagine qu’il sou-

mettra tout le Péloponèse avec la même facilité. Il a divisé son armée en deux colonnes *, l’une marche sur la ville de Calamata , défendue par les Mainiotesj l’autre s’avance dans l’Arcadie, contre la position de Crémidi qui est occupée par Dikéos.

MM. DeColegno, ex-aide-de-camp du prince Carignan , et De Crosse, ex-officier français sont arrivés ici. Ces philliellènes étaient dans la forteresse de Navarin; ils joignent à la bravoure les qualités les plus aimables.

La voix de la patrie s’est fait entendre. Colocotroni est libre , et toutes les craintes s’évanouissent.

Ce matin , on s’est réuni dans le temple du Seigneur, et, après de longues prières, le ministre présentant l’Évangile à Colocotroni , lui a ordonné de jurer qu’il servirait la patrie avec fidélité. Celui-ci lui a répondu en élevant la voix avec force : « que tous les membres du

» gouvernement commencent par faire le » même serment, et, alors, je le ferai. »

Aussitôt Colletti s’est avancé et a juré. Ils ont tous suivi son exemple , et Colocotroni n’a plus balancé , il a juré de mourir ou de sauver la patrie ! Il a parlé au peuple. Je n’ai jamais vu un pareil enthousiasme.....

Avant de quitter le temple , tous les membres du gouvernement ont embrassé le général. Cette scène a été vraiment attendrissante.

Colocotroni fameux chef de kleftès (voleurs) peut avoir 68 ans, mais il jouit encore de toute la vigueur et de toute l’activité nécessaires au genre de vie qu’il a embrassé. Sa taille est de 5 pieds 6 pouces, son visage est maigre, il a le regard fixe et dur ; une énorme moustache noire , et des cheveux flottants; il porte toujours une ceinture garnie d’un poignard et de deux pistolets. Tout en lui annonce un homme de guerre.

Il était prisonnier , à Hydra pour avoir voulu

renverser le gouvernement , et il est probable qu’on lui eût fait son procès sans le danger imminent de la Morée.

Colocotroni connaît son pouvoir, il va marcher contre les Arabes ; l’avenir nous prouvera s’il a laissé , comme il l’a dit lui-même , toutes ses haines dans la mer ^ en venant d’Hydra à Napoli de Romanie.

Colocotroni a toujours été indépendant; retiré sur les plus hautes montagnes quand les Turcs étaient maîtres de sa patrie, souvent il descendait dans la plaine avec ses braves, et portait la terreur dans les villes.

Forcé de quitter le théâtre de ses exploits, il passa dans les îles Ioniennes , où il prit du service en attendant le jour de la vengeance. Ce jour ne tarda pas à briller et Colocotroni vola vers ses rochers tant regrettés. Son nom et sa réputation firent accourir près de lui des milliers de paysans qui étaient résolus de vaincre ou de mourir; et, bientôt, il eut une armée nombreuse.

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La victoire ne l’a jamais abandonné. La destruction de plusieurs armées , la prise de plusieurs villes , lui assurent une place dans l’histoire.

Colocotroni au faîte de la grandeur se laissa égarer par l’ambition; et, avec cette même armée qui avait détruit les phalanges turques , il voulut détruire le gouvernement.

On vit alors les Grecs s’entretuer avec un acharnement inoui. Les passions se déchaînèrent et la malheureuse Morée fut le théâtre d’une guerre civile qui ranima le courage de ses ennemis, et qui devait lui être bien fatale.

Dans cette lutte sanglante, Colocotroni perdit un de ses fils, et bientôt après, réduit à la plus grande extrémité , il se remit à la discrétion du gouvernement qui l’envoya prisonnier à Hydra.

Pendant ce temps , les Arabes bloquèrent la forteresse de Navarin et la forcèrent à capituler.

Le peuple demandait Colocotroni et le gou-

veraement rejetait les vœux du peuple. L’ennemi profitant de cette mésintelligence , faisait des progrès rapides.

Enfin , Colocotroni fut délivré. J’ai été témoin des transports du peuple , et ses transports annoncent la victoire , quoique les Arabes aient été vainqueurs jusqu’à ce jour.

deviens d’être présenté à cet homme extraordinaire qui m’a serré la main en me disant ; « qu’il voudrait me voir au camp et non pas » à la ville ; que ce n"’ était point sous les murs » de Napoli qu’on pouvait être utile à la Grèce, » mais en présence de l’ennemi. » Je lui ai répondu que j’étais prêt à me sacrifier pour sa patrie. Bravo l bravo! s’est-il écrié en me frappant sur V épaule.

Les Arabes se sont emparés de Calamata et d’Arcadie qu’ils ont réduites en cendres. Les Mainiotes ont lâchement abandonné la première de ces villes j et le malheureux Dikéos s’est fait tuer en défendant l’autre. '

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En allant de Napoli à Argos , on traverse une plaine très vaste et très fertile.

Cette ville est située au pied d’une montagne sur le sommet de laquelle est une espèce de forteresse bâtie sur les ruines du château de l’ancienne Argos. C’est là , qu’Ipsylanti se jeta avec une poignée de braves, pour arrêter toute une armée, lorsqu’en 1822 les Turcs pénétrèrent en Morée , au nombre de 3 0,000 combattants.

Argos a été deux fois la proie des flammes. Le fleuve Inachus arrose son territoire; à trois heures de la ville , sur la route de Corinthe f on trouve les ruines de Mycènes, et à peu de distance des ruines, le tombeau d’Agamemnon. Mon nom y est gravé sur le marbre auprès de celui d’un fameux écrivain français.

Un de mes amis m’a présenté dans une famille grecque , et je ne suis point encore revenu de mon étonnement et de mon admiration. Est-ce une divinité ou bien une mortelle

qui s’est ofFerte à ma vue ? . Dieux ! que de

beautés ! que de grâces ! que de candeur !..... Quel regard ! que de charmes ! On dirait que son sein est le berceau de l’amour et de la vo^

lupté . Argos énorgueillis-toi! Hélène n’était

point aussi belle ! combien je suis ému ! je la vois encore placer une de ses jolies mains, sur son coeur (usage grec) , et de l’autre me présenter du café. La modestie la fait rougir .

Ah ! ne rougis pas, fille de Tamour . mes yeux

ne peuvent t’offenser ; ils admirent un chefd’œuvre de la nature.

En 1819, un aga féroce, frappé de la beauté d’une sœur de cette jeune grecque , l’arracha , sans pitié , des bras de sa mère, et la lui rendit ensuite ........ déshonorée!

Souvent ces barbares dominateurs commettaient de semblables attentats , et l’on ose regarder encore les Grecs comme des révolutionnaires! . ô honte ! ô infâmie!

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