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DU 5 AU 16 NOVEMBRE

Les ruines d’Alexandrie en Troade. — Lai ville de Tëné-

dos. — Les Dardanelles. — Le tombeau de Protésilas.

— Navigation dans le canal.

Entre l’île de Téne'dos et les raines de Troye.

Notre navire est ancré à trois milles de Ténédos et à deux milles et demi du rivage Troyen.

Malgré l’agitation de la mer et la fureur du

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•vent du nord , je me suis embarqué avec le capitaine pour aller aux ruines de Troye.

J’éprouvais une grande émotion en pensant que mon pied allait fouler une terre autrefois

si célèbre et si malheureuse. Nous arrivâmes .

mais nous battîmes vainement la campagne sans découvrir l’objet de nos recherches. Nous vîmes pourtant un pont qui offre encore 3 ou 4 pièces de marbre, qui paraissait avoir été au-dessus de quelque édifice.

Nous avons été à la chasse. Un Turc nous offrit de nous conduire aux ruines.

Mes compagnons ne voulurent pas traverser les forêts qui nous en séparaient.

Quant à moi , je montai sur l’âne de mon Cicérone, et m’abandonnant à ma bonne étoile, nous nous avançâmes dans les bois après avoir côtoyé les bords de la mer. Le seul croassement des corbeaux en troublait la solitude.

Bientôt nous arrivâmes sur les bords d’un fleuve qui coule entre deux montagnes.

Sur ses bords , à droite , on admire encore deux bains d’eau minérale. Le premier est tout en marbre , et l’eau est d’une chaleur excessive ; dans la cour on voit une colonne en marbre. Le second est plus petit et l’eau est moins chaude.

Sur la même rive , en descendant un peu, on trouve les ruines d’un édifice, deux petites maisons entièrement conservées, et trois colonnes en marbre renversées.

Sur les bords opposés du fleuve , il y a vme fontaine en marbre dont l’eau est très fraiche.

Après avoir passé les trois colonnes, nous prîmes un sentier à droite , nous marchâmes sur des ruines pendant plus d’une heure , puis, nous arrivâmes près de deux tourelles qui ont résisté au temps. Nous nous dirigeâmes alors du côté de la mer, et â un quart d’heure des tourelles , je vis et j’admirai les restes d’un

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palais immense. Les murs étaient construits en pierres d’une largeur étonnante.

A voir seulement les ruines de ce superbe édifice, on croit voir les ruines d’une ville. Je pénétrai dans l’enceinte. Je me fis illusion, quoique je susse très-bien que ce ne pouvait être l’emplacement de Troye. Les récits d’Homère vinrent se présenter à mon imagination; je chercbai à reconnaître la chapelle qui fut inondée du sang de la famille royale...

J’étais fatigué, je me reposai dans un lieu qui me paru avoir été une des parties les plus majestueuses du palais. « C’est peut- » être ici, me disais-je, dans cette salle » même, que Priam reçut les hommages de » son peuple. » — puis, passant à Pâris. » Ce pourrait bien être là, que ce jeune » prince savoura les caresses de la belle » Hélène. »

Je réfléchissais à tous les malheurs qui proviennent de l’amour, mais la beauté de l’épouse

de Ménélas venait toujours s’offrir à mon esprit qui s’échauffait de plus en plus.

Le vent souffla à travers les arbres qui s’élèvent sur les ruines. Je crus entendre les soupirs du voluptueux Troyen; je crus entendre la belle Hélène qui lui répondait par des baisers ardents et dans mon délire, je crus les voir au comble du bonheur.

Paris! Pâris! m’écriai-je,.... mon conducteur croyant que je l’appelais, s’élança vers moi et me demanda ce que je désirais ; va-t-en au diable , lui dis-je; en effet j’eusse voulu que le diable V emportât, car j’étais dans le pays de l’imagination; les rêves les plus agréables voltigeaient autour de moi; je me croyais au ciel, et sa voix maudite me fit retomber sur la terre !....

Les murailles d’Alexandrie en Troade ( car tel était le nom de cette ville bâtie par Alexandre le Grand), sont presqu’entièrement conservées. Le mont Ida les domine.

La nuit n’étant point éloignée, j’abandonnai

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ces lieux intéressants pour me rendre sur le rivage où je croyais trouver mon capitaine. Il était retourné à bord!...

Je montai sur un tumulus d’où j’apercevais le bâtiment, je déchargeai trois ou quatre fois mon fusil, et j’agitai dans les airs un mouchoir blanc. Un matelot découvrit mes signaux et le capitaine fit hisser son pavillon pour me rassurer. On mit aussitôt la petite chaloupe en mer et deux heures après, je fus à bord.

TÉNÉDOS, le 12 NOVEMBRE.

La ville de Ténédos est bâtie entre deux rochers, et Centrée de son port est défendue par une forteresse en bon état. Nous avons été accostés par une vieille Grecque qui nous a suppliés de l’embarquer avec sa jeune fille qui était esclave .

L’agent français me dit attendre de jour en jour une frégate sur laquelle s’était embarquée M« la comtesse Guillemmot pour venir rejoin-

dre son époux à Constantinople .

Nous avons pris avec nous les deux malheureuses Grecques....

LE l4 NOVEMBRE.

Le vent est devenu favorable , et nous sommes entrés dans le canal des Dardanelles.

A la bouche même du canal, il y a deux forteresses, l’une en Europe près de laquelle on voit encore le tombeau de Protesilas, et l’autre en Asie. De l’une et de l’autre de ces forteresses on peut couler à fond les bâtiments qui entrent dans le canal.

Avant d’arriver aux forteresses on passe sous les murs d’une petite ville située en Asie, sur une hauteur qui domine la mer. On l’appelle Jeni Cheher.

A partir de cette petite ville pour arriver dans le canal des Dardanelles, on, voit un grand nombre de tumulus qui s’élèvent en forme de pyramides sur les bords de la mer.

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On dit qu’ils ont renfermé les cendres des héros d’Homère!.... Tombes de tant d’illustres guerriers, recevez donc mes justes hommages! Hélas! combien je regrette de n’avoir point eu l’ouvrage de Le Chevalier ! Il m’aurait conduit où reposent tes cendres, courageux Achille!.... J’aurais aussi reconnu le Pergame, le Simoïs et le Scamandre !....

J’ai vainement parcouru le rivage Phrygien! Je me suis vainement adressé aux Turcs, aux Grecs qui l’habitent!.... Ils ignorent les noms d’Hector, d’Ajax et d’Agammemnon !... Le nom de Troye n’a jamais frappé leurs oreilles!....

O malheureux pays que tu nous prouves bien les bouleversements de la nature!....

Notre navigation est charmante ; nous sommes une soixantaine de bâtiments tous les uns à côté des autres.

A chaque instant des villes, des villages et des ruines s’offrent à nos yeux étonnés.... On reconnaît les sites enchanteurs qui ravirent

le jeune Anacharsis .dans son voyage de Byzance aux îles de l’Archipel.

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