DU 9 AU 29 JUIN
Mort de Bombolina, — Paroles mémorables de cette héroïne. — Colocotroni dans les défilés de Léondari. — Départ de l’auteur pour rejoindre ce général. — Sages conseils de Colocotroni au gouverneur de Tripolitza. — Réponse qu’il reçoit. — Maladie de l’auteur ; il reçoit l’hospitalité d’une famille grecque. — Ibrahim force le défilé de Léondari. — Défense héroïque du fils de Colocotroni. — Scène affreuse. — Incendie de Tripolitza. — Retraite sur Argos. — Retour de l’auteur à Napoli. — L’armée d’ibrahim dans la plaine d’ Argos. — Bataille des Moulins. — Le courage et le sangfroid d’Ipsylanti. — Destruction d’ Argos. — Escarmou- , che avec la cavalerie arabe. — Ibrahim se retire sur Tripolitza.
L’illustre Laskarina Wouvlina (Bombolina) , cette héroïne de la Grèce , vient de périr victime d’un de ses compatriotes ; elle avait un fils qui brûlait d’amour pour une jeune fille de Speccia qui l’aimait beaucoup aussi. Lasharina la demanda à ses parents qui répondirent qu’elle était promise à un autre, el que
jamais elle n’appartiendrait au jeune Wouvli.
Wouvli était capitaine d’un bâtiment de guerre; son amante lui écrivit qu’elle était décidée à partir avec lui, pour se soustraire à la tyrannie de ses parens. L’amoureux capitaine ne prévoyant pas le malheur que sa présence devait causer, obéit à sa maîtresse, et se bâta de voler à Speccia. Il croyait que tous ses vœux étaient accomplis et que le bonheur l’attendait. Hélas ! combien il se trompait ! Le bonheur devait le fuir pour toujours. Il arrive.... Il parle secrètement â sa Pénélope , et le soir même il la conduit dans la maison de son illustre mère pour y attendre le moment du départ. Le vent était contraire ! .
Les frères de la jeune fille s’aperçurent bientôt de cette fuite inattendue. SoupçonnantWouvli, puisqu’ils avaient appris son arrivée^ ils réunirent leurs amis et se rendirent à la maison de Bombolina, en demandant leur sœur â grands cris.
Le jeune Wouvli parut â la croisée, et as-
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sura qu’ils se trompaient, qu’il n’avait point enlevé leur sœur< cc JSous voulons entrer , » s’écrient-ils tous à la fois, « nous voulons vi- » siter la maison, nous savons très bien qu’elle »i y est cachée. » La mère de Wouvli entendit ces cris j elle ouvrit la porte , et s’offrant à la fureur des parents de l’amie de son fils, « vous » voulez entrer , » dit-elle, cc je vous le défends : » ne vous inquiétez pas du sort de votre sœur: » elle aime mon fils ; elle en est aimée*, elle est » ici dans ma maison y et , en dépit de votre » tyrannie , elle deviendra son épouse. »
A peine eut-elle achevé ces mots, qu’un des frères lui tira un coup de pistolet , et la fit tomber morte à la porte de sa maison. Le capitaine Wouvli parut alors , et adressa les reproches les plus sanglants au meurtrier de sa mère. La sensible Pénélope , oubliant son propre danger , et croyant que son amant allait être assassiné , s’élança près de lui , et se précipita dans ses bras en présence même de ses frères. L’infortunée ! Elle reçut un coup de
poignard de celui qui venait de tuer la mère de son ami , et elle exhala son amour avec son dernier soupir ! ! !
Il fallut désarmer le fils de Bombolina ; on le conduisit à bord de son bâtiment, où il tomba dangereusement malade. Quand il fut rétabli , il jura une haine éternelle à tous les hommes dont il avait tant à se plaindre, et il résolut dé mourir en faisant le corsaire. Depuis ce moment il est la terreur des bâtimens turcs , et quelque fois aussi des autrichiens.
Laskarina Bombolina était l’épouse d’tui riche capitaine tué , avant l’insurrection , en combattant contre des Algériens.
Dès que le cri de liberté se fit entendre en Grèce , elle arma uîié petite escadre , et forma le blocus de Napoli. Son fils aîné fut tué à Argos dans le courant de mai 1821 , en combattant comme un héros contre les troupes de Kiakhaia de Morée. Elle annonça cette perte au conseil de Speccia par ces mots : <c Mon fils » est mort , mais Argos est à nous. » Parolès
mémorables qui rappellent celles des femmes Spartiates de l’antiquité. « rm Ü tVi t«v j4pec ou dessus. — Une de ses filles épousa le fils de Golocotroni qui fut tué par les Grecs à Tripolitza , lorsque ce général se révolta contre le gouvernement.
Bombolina avait abandonné les affaires pour se retirer à Speccia , sa patrie.
Golocotroni , malgré sa popularité , n’a pu réunir plus de 2000 hommes. Il s’est placé avec son fils Gennéos dans les défilés de Leondari qui sont entre Galamata et Tripolitza.
J’ai fait connaissance avec un général grec qui a été officier dans l’armée française , et je me suis décidé à partir avec lui pour rejoindre l’armée de Golocotroni. J’en ai fait la demande au ministre de la guerre , qui m^a donné un ordre de départ. Il a joint à cet ordre une lettre dans laquelle il me félicite sur mes sentimens patriotiques et m’assure que, plus tard , je serai récompensé de mon enthousiasme et de mes sacrifices.
Je ne demande aucune récompense , je trouve dans mon cœur le prix de mon dévouement.
L’idée que je vais combattre contre le despotisme le plus aflfreux, échauffe mon imagination et enflamme mon courage à un tel point que je ne craindrais pas de m’élancer seul au milieu de l’armée turque. Ah ! si mon bras pouvait être utile à la Grèce!... Eh! pourquoi ne nourrirais -je point une si douce espérance? Je marche à l’ennemi j nous verrons !
LE i 1 JUIN , A TrIPOLITZA.
Je viens d’arriver à Tripolitza. Le prince D. Ipsylanti doit partir dans trois ou quatre jours pour rejoindre aussi Colocotroni. Il nous a proposé de l’attendre et nous le lui avons promis.
Le gouverneur a reçu à l’instant même des dépêches qui lui annoncent que les vivres manquent à l’armée et que les soldats de Colocotroni désertent en grand nombre.
Ce général conseille de détruire la muraille
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qui entoure la ville de Tripolitza. « Cette mu- » rajlle , » écrit-il , « inutile à nous-mêmes , » serait d’un grand avantage aux Arabes qui » sauraient la défendre et qui s’établiraient » ainsi dans le centre dil Péloponèse. Déjno- » lissez donc ces fortifications dangereuses j » que les enfants , les femmes et les vieillards » se retirent sur les montagnes de Caritène, » et qu’il ne reste que les hommes en état de » porter les armes. »
Le gouverneur a répondu que loin de détruire les remparts existants , il faudrait au contraire en élever de nouveaux.
Je relève d’une maladie affreuse ; et sans doute je n’existerais plus si une famille grecque de Calamata ne m’eut recueilli chez elle, et ne m’eut prodigué les soins les plus touchants. Elle était composée du père, de la mère et de deux filles. La cadette âgée de quatorze
FAIT EN GRÈCE. 3g
ans me pi’ésentait les remèdes que ses parents préparaient , et adressait à la Panaia (Sainte- Vierge) , des prières pour mon rétablissement.
Je n’oublierai jamais ses beaux yeux bleus ombragés par de longs cils noirs , se fixant aveo inquiétude , tantôt sur moi , et tantôt vers le oiel qu’elle implorait; cette bouche, ces bras, toute cette figure ènchanteresse qui comme un
ange m’apparut à Tri politza , . Dieu sait si
jamais au milieu des mallieurs de la Grèce, je retrouverai cette famille. Oh! quel serait mon bonheur si je pouvais lui prouver toute ma reconnaissance !
Nous partirons demain. Colocotroni a expédié un courrier pour demander des secours. Il est vivement pressé par les Arabes. '
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