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Des cris affreux ni!ont éveillé,! on dit que; le§
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Arabes sont aux portes de la ville . Il n’est
que trop vrai ! Colocotroni a été battu et l’armée ennemie s’est fait jour à travers les défilés de Leondari. Son fils avec 800 hommes a fait une belle , mais vaine résistance à 4ooo Arabes durant plus de huit heures.
Le gouverneur de Tripolitza a fait ordonner aux femmes et aux enfants de sortir de la ville. Toutes les personnes en état de porter les armes doivent attendre jusqu’au lendemain.
Quelle scène déchirante ! Il est nuit..... Chacun en pleurant s’empresse de quitter sa maison en emportant ce qu’il a de plus précieux. On cherche à se soustraire à la mort et au déshonneur. Que de familles dans la désolation ! Que de belles femmes sans asile et sans protecteurs ! A combien de maux vont être exposées ces innocentes créatures ! Combien il me serait agréable de prodiguer mes soins à la famille C*** , cette famille si hospitalière ! Mais l’honneur m’ordonne de rester auprès du prince et malgré les sentiments qüi m’agitent, il faut re-
noncer à l’espoir d’être utile à ces malheureuses victimes de la guerre. O Dieu ! veille sur mes jeunes amies.... Ne permets pas que ces Grecques si belles , si sensibles , si dignes de faire le bonheur d’un époux, soient livrées à la passion brutale d’un Égyptien ! .
Nous avons passé la nuit dans la plus grande anxiété. A chaque instant , nous croyions voir arriver l’ennemi, et nous n’avions aucun moyen de défense.
Ce matin après avoir décidé que l’on mettait le feu à la ville , nous sommes partis pour Argos.
A chaque pas , nous rencontrions des familles qui nous faisaient pitié ; mais , qu’il est cruel ce sentiment quand il est inutile !
A midi , la chaleur était dévorante , nous nous arrêtâmes dans une cabane abandonnée. Nons n’avions que très peu de pain et tout le
monde s’adressait à nous pour avoir j nous donnâmes le nôtre à vine famille qui nous parût la plus intéressante, et nous dinâmes avec des OQufs seulement.
La nuit nous surprit dans les montagnes qui dominent la plaine de Tripolitza.
Cette ville brûlait. Les flammes , qui s’élevaient du milieu de ses murs , se détachaient sur les flancs obscurs du Ménale , et portaient au loin la tristesse et l’horreur.
Sa population et celle de plusieurs villages, répandues dans les forêts, contemplaient dans un morne silence, cet affreux spectacle.
Accablés de fatigues, de malheurs, ces infortunés ne parlaient plus. Des cris soui'ds s’échappaient , par fois , de leur sein ; les pleurs de l’innocent, déchirant la mamelle desséchée de sa mère, les hurlements des chiens répandaient au loin la terreur. i»,.
O vous, rois, ministres, que ne p6uyais-je VOUS' transporter au milieu de cette scèu!?,- de douleurs! vos cœurs, sans doute, se seraient
émus. (( Quel est donc le crinçie de ces malheu- » reux,» vous seriez- vous écriés, « pour mé- » ri ter un tel supplice?... Ils ont voulu avoir » un gouvernement comme celui dont jouissent, » nos sujets, et ils veulent être chrétien3...G(» Nous arrivâmes, avant le jour, aux Moulins ( Mily ) avec plus de 45000 personnes presque toutes femmes ou enfants. Nous établîmes notre bivouac dans un jardin. {
Le 28 je m’embarquai pour Napoli. J’y trouvai tout le monde dans la consternation.
On avait cru que le salut de la Grèce était entre les mains de Colocotroni, et l’armée de Colocotroni était dispersée. Les Arabes s’avancaient vers la capitale.
Le danger était imminent, on prit alors des mesures assez vigoureuses; on força les soldats à sortir delà ville, et D. Ipsylanti, ayant réuni cent cinquante hommes , résolut de mourir pour la patrie.
Les Moulins dont j’ai déjà parlé , sont un petit village situé sur les bords de la baie de
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Napoli et dominé par une haute montagne. Ils sont sur les ruines de Lerne. Les sources abondantes d’une excellente eau , en formaient un point fort intéressant pour les Grecs. Ipsylanti voulut donc le défendre à quelque prix que ce fut. Il se retrancha dans les jardins sur le bord de la mer.
Le 25 les Arabes se présentèrent mais leurs colonnes se dirigèrent sur Argos.
Ibrahim Pacha qui se trouvait à l’arrièregarde s’étant arrêté sur la montagne avec deux bataillons pour s’yreposer, quelques balles grecques l’avertirent qu’il n’était point en sûreté* Alors , il ordomia à ses troupes d’attaquer les Grecs et de les enlever à la baïonnette.
.T’étais à Napoli d’où l’on observait tous les mouvemens de l’ennemi. Je partis aussitôt pour rejoindre Ipsylanti, avec 6o soldats réguliers, M. Morri , Italien -, M. Maye , Grec , secrétaire des affaires étrangères et le jeune Garel.
Le père de ce brave jeune homme qui nous accompagna jusque sur les bords de la mer
lui dit en l’embrassant : « Adieu, mon ami,
» souviens-toi que tu es le fils du vieux commandant Garel. » Exhortation digne d’un soldat blanchi sous les drapeaux français !
Lorsque nous arrivâmes, l’afîaire était très chaude , les Arabes avaient déjà pris le premier retranchement , et les Grecs commençaient à désespérer de la victoire. Notre arrivée inattendue leur rendit la confiance. Nos braves soldats s’élancèrent sur l’ennemi , et en moins d’une demi heure, il fut chassé et obligé de se retirer en désordre.
Un capitaine Grec jeta son fusil et les poursuivit le sabre à la main. Une halle effleura ma cuisse droite et alla s’enfoncer dans celle d’un aide de camp d’Ipsylanti.
Ibrahim rejoignit le gros de son armée qu’il fit manœuvrer tout le soir.
Un bâtiment Hydriote , mouillé près de nos retranchemens , contribua au succès de cette affaire. Il eut pourtant fait beaucoup plus de mal aux Arabes, s’il n’eut pas craint de s’ap-
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procher du rivage pour mitrailler de plus près
le flanc de l’eiinemi.
Nous nous attendions à être attaqués de nouveau et avec des forces supérieures.
Il y avait trois retranchements. M. Morri; Themistocle Maye; le jeune Garel; Stanislas Sadoski, Polonais, et moi avec trente Grecs, nous occupions celui où les Arabes devaient porter les premiers coups.
A minuit j quelques cavaliers passèrent à très peu de distance de notre poste ; Udus crûmes que le combat allait commencer^ et nous tressaillîmes d’unC vive joie! «Vils esclaves, lâ- » ches Arabes!» s’écriait lejeuneGarel, «arrivez » donc !... » Peùt-êtré que cette apostrophe d’un brave défenseur de la liberté a frappé l’oreille d’un de ces misérables Chrétiens qui sont à la solde d’ibrahim. Les autres retrancbemehs étaient aussi sur le qui vive !
Ipsylanti fit sa ronde, il vint près de moi avec M. De Crosse, et m’ayant appelé à l’écart, il me dit ces propres paroles. « Je crois que
» nous serons attaqués cette nuit par toute » l’armée Arabe, faites votre devoir; et quand » vous serez obligé de céder au nombre, ne » vous laissez pas couper, repliez-vous sur le » second retranchement , nous nous réunirons » alors. Nous sommes ici une poignée de bra- » ves , pouvant compter les uns sur les au- » très; nous mourrons; mais nous vendrons » chèrement notre vie. »
Ce langage d’Ipsylanti me fit réfléchir sur notre position. Nous n’étions, en effet, qu’une poignée de soldats, et nous avions devant nous 6000 ennemis.
Séparés de Napoli par une baie très large, nous en apercevions les remparts, mais pas une barque pour notre salut, en cas de revers!
Je communiquai mes pensées à M. Morri, nous nous embrassâmes, et, nous attendîmes
avec impatience le moment de l’attaque .
Moment de gloire ou d'anéantissement ! . . . . Mais les Arabes marchèrent sur Napoli, incendiant les villages et les oliviers; et la mal-
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heureuse ville d’Argos que nous ne pouvions défendre, devint le théâtre de leur rage infernale. •
Le momeijt du danger étant passé pour les Moulins, je m’embarquai sur le champ pour la Capitale.
A peine arrivé, je me présentai au gouvernement avec plusieurs officiers étrangers , pour demander des chevaux. On nous en fit donner , et nous sortîmes de la ville au nombre de cinquante. Nous escarmouchâmes avec la cavalerie Arabe , et nous rentrâmes exténués de fatigue.
Le lendemain l’ennemi avait disparu ; nous fûmes à la découverte jusqu’à Argos , et nous revînmes avec la conviction qu’il s’était retiré sur Tripolitza. En effet , il avait pris cette route , et il y arriva deux jours après.