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L'an mil vc mj" et seize, le premyer dimenche de caresme, le Te Deurn fut chanté dans l'église de Notre Dame deceste ville, pour rendre grâce à Dieu que la ville de Merseille en Provence estoitmise en l'obéissance du Roy. Et cependant lejjRoy estoit tousjours devant La Ferela tenant siegée depuis son partement de ceste ville.
Environ le vnje jour d'avril 1 596, le Roy estant tousjours devant la ville de Laffere, la tenant fort eslroictement assiégée des passé mj à v mois, fut adverty que les Espaignols quy avoient une grosse et puissante armée, venoient au secours de ladite ville de Laffere pour la ravitaillier, manda la plus grande partye de ses forces en plusieurs lieux, et par especial ceuîx du pays de Boullenois et se meist et dressa en champs de bataille près ladite ville de Laffere pour attendre lesdits Espaignolz, où il fut trois à quatre jours tousjours prest à combattre, d'autant que les Espaignolz estoient fort proche deluy, mais faisant faincte avecq leur cavallerye de voulloir approcher, firent en grande diligence marcher leur enfanterye et leur canon vers le pays de Boullenois, estant adverty que les garnissons dudits pays estoit audis champs de Laffere, et firent faincte de leur vouloir attacquer à Monstreux (1) sy peu qu'il restoit de gendarmerye audit pays se jettirent dedens. Mais aiant aultres intelligences sur la ville de Calais, et dict on, par aucuns des habitans, se gettirent tout à coup devant et se seisirent des principal fort, comme
(1) Montreuil, chef-lieu d'arrondissement (Pas-de-Calais,)
de la chaussée de la tour de Riehebain et aultre fort près de ladite ville de Calais. Le gouverneur nommé monsieur de Yidosen, quy n'esloit poinet dedens, à grand peine poeut il entrer dedens avecq quelque peu de gens qu'il avoit. Monsieur le conte de St.-Paoul, gouverneur de ce pays de Picardye, quy estoit aux halles avecq la noblesse de ce pays vers Moreul, pourvoir quelle fin prendroitlesdits Espaignolz, en estant adverty, partit en grande diligence pour soy emberquer à St.-Walery avec ladite noblesse, ne poeut pour tout leur moien et effort entrer dans ladite ville, d'autant qu'il estoit mort yeaue et aussy qu'elle estoit fort estroiclement assiégée. Le Roy quy estoit au champ de Laffere en estant adverty comme sadite ville de Callais estoit en grand danger, . partit en grande dilligence avecq sa cavallerye, laissant seullement aux tranchy de Laffere son enfanterye, et arriva en ceste ville d'Amyens le mardy des festes de Pasques xvje d'avril, et en repartit le lendemain pensant secourir ladite ville, mais il y vint trop tart, par ce que les Espaignolz estant adverty que le Roy s'approchoit pour le secours de ladite ville, la battirent de telle furie le mecredy xvij d'avril, dernyere feste de pasques, commençant au poinct du jour, que à midy il y avoit grand bresche. Le gouverneur avecq sy peu de gens qu'il avoit pensant résister à l'assaut, s'apercheu qu'il y avoit trahison dans la ville par aucuns des habitans, demanda à parlementer, et luy fut octroyé qu'il auroit deulx heures luy et ses souldart pour pillier la ville et se retirer dans la citadelle. Les deulx heures estant expirées, estant retiré dans la citadelle, lesdit Espaignolz entrirent dedens la ville, et estant dans la ville donnirent
à ceulx quy estoient dans ladite citadelle jusque au mardy ensuivant pour leur aviser, pendant lequel temps le Roy quy estoit à Boullogne feit tout ses effort pour faire entrer quelque nombre de gens dans ladite citadelle, mais il ny peut entrer que environ six vingt Olandrois, d'autant qu'il estoit mort ieaue. Le mardy estant passé, les Espaignolz sachant que le Roy estoit près d'eulx, se battirent de battre fort furieusement ladite citadelle, d'autant qu'il ne se vouloient rendre, espérant d'avoir secours du Roy, et se battirent sy furieusement qu'il la prindre d'assaut, là où fut tué le gouverneur et tous ceux quy estoient dedens, excepté aucuns quy prindre prisonniers. Par ce moien la ville et citadelle de Caillais fut perdue.
Le Roy fort deplesant et marry qu'il n'avoit poinct esté adverty plus tost pour y mettre bon ordre, s'en retourna à Laffere et repassa par ceste ville le dimenche xxvnj6 dudit mois d'avril, et partit le lendemain, estant accompaigné de monsieur le duc du Maine quy s'estoit mys de son party depuis peu de temps et quicte les Espaignolz. Notre Dieu les assiste, s'il luy plaist, par sa grâce !
Durant ce temps c'estoit la plus grande pityé au pays de Picardye de voir tant de pauvre gens des champs et principalement de ceste ville d'Amiens, quy estoient retirez pour les guerres, et mouroient de fin contre les maisons par ce qu'il ne trouvoient pour eux mettre à couvert, par ce que la pestilence augmentoit de jour en jour en ceste ville depuis le commencement du caresme, et ne se passoit guerre de jour qu'il n'y eust quelque maison entamée de ladite malladye , tellement que l'on es-
toit affligé de guerre, fameine et pestilence, et encores davantaige le détriment vint la semeine saincte des double et n'en voulloit on prendre pour double ne pour denyer, tellement que les pauvre gens mouroient de fin par ce qu'il ne pouvoient avoir ung morsieau de pin sur les boullenger desdits double, d'autant qu'on ne leur donnoit autre chose, tellement que c'estoit grand pityé à voir.
Environ le xxe jour de may, le Roy estant devant la ville de La Fere avecq son armée, la tenant siegée des le mois de novembre dernier, les Espaignolz et François qui tenoit leur party quy estoit dedens ladite ville, voiant qu'il n'avoient poinct espérance de secours pour les fort que le Roy avoit faict faire aux environ de ladite ville, se rendirent par composition et sortirent le xxnje dudit mois de may, nuict de l'ascension de Nostre Seigneur.
Durant ce temps la ville d'Ardre estoit siegée par lesdits Espaignolz depuis la prise de Calliais, mais il y a dedens de brave capitaine quy la deffende vallamment. Dieu les assiste !
Le dimenche, xxvije jour de may, après vespres, fut chanté dans l'église de Nostre Dame de ceste ville le Te Deum laudamus, pour rendre grâce à Dieu qu'il luy avoit pieu de remettre en son obéissance la ville de Laffere.
Le mesme jour il vint nouvelle que la ville de Ardre estoit rendu par composition à l'Espaignol par monsieur le conte de Blain (1 ) quy commandoit dedens pour le Roy, et fut rendue sans avoir enduré ung seul coup de canon sur
(1) Jean François de Fodoas de Serillac, seigneur de Belin, que Davila appelle marquis de Belin.
la ville, dont le Roy en fut fort deplesant, et voiant la grande lachiveté dudit conte de Blain, d'avoir rendu ladite ville d'Ardre ausdits Espaignols sans endurer coup de canon, fut dégradé de toutes noblesse et honneur et rendu roturier, et deffence de ne plus porter espées ny aultres armes.
Le xxixe dudit mois de may, le Roy arriva en ceste ville et en partit le dernier jour dudit mois pour aller à Abeville, et son armée s'acheminoit au long des frontières, et estant Abeville fict entrer son armée dans le pais bas et ravagirent le pais pour les faire approcher, mais il ne voulurent combatre, d'autant qu'il rompirent leurs armées et se mirent en garnison par tous les villes dudit pais.
Le jour de la Trinité 1596 fut porté le S. Sacrement en l'église S. Sulpice par la procession de Notre Dame qu'il avoit esté desrobé par quelque sacrilège et dont le S. Sacrement passa ce jour là par dessus le pond qu'on appelloit le pond où Dieu ne passit oncques, à cause de la séparation de la paroisse de St. -Loup à celle de St. -Sulpice (1).
Le samedy xxije jour de juing mil vc mjxx seize, monsieur de Mommorensy, connestable de France, feit son entrée en ceste ville par la porte de Rieauvais, là où toute les compaignyes previliegées allirent au devant et une partye des portiers. Cependant le Roy estoit en la ville d'Abeville (2).
(1) De Court, i, 741.
(2) On lit dans les registres de Téchevinage que le mardi 13 juin : « Messieurs estans assemblés pour adviser ce qu'ils ont affaire à la
Le samedy vje de juillet, le Roy arriva en ceste ville aiant rompu son armée et renvoié en garnison par toutes les villes frontières, l'on ne scay pour quelle cause, et en partit le mardy ensuivant des trois heures dujnatin pour aller à Paris, et dict on qu'il alloit à Fontaineblieau avancher le légat de nostre saint pere le Pape quy estoit à Lion pour le venir trouver audit lieu pour trester de quelque paix. Dieu les assiste, s'il luy plaist !
L'an mil vc mj" quinze l'hostel de ville scitué près l'église de St.-Martin (1) fut abbatu par ce qu'il estoit fort vieil, et en fut edifyé ung aultre près les halles, comme il est pour le présent, duquel les fondement avoient esté faict pour ce faire des l'an mil vc et y fut commencé à y pledoier l'an mil vc mjxx seize environ la Pentescoute., estant sur le point d'estre parfaict.
Durant de ce temps fut commencé ung ravelin hors de ceste ville, allendroict de St.-Maurice, pour deffendre la porte de Monstrecu (2).
vefiue de mgr. le connestable quy arrivera demain en ceste ville, a esté conclus qu'il sera fet les armoiries du Roy et mgr. le connestable et de la ville et seront mises au portail de la ville et au logis de mgr. le connestable. — Que messieurs yront hors la ville pour lui faire la révérence. — Seront lâchez six pièces de canon à son arrivée. — Et iront les compagnies privilégiées avec quelques portiers en armes audevant de luy, lesquelles seront [commandez pour Philippe Matissart, eschevin, à son reffus par Toussains Baudelocque, aussy eschevin. De Court adopte aussi la date du 22. i, 741.
(1) Cet hôtel étoit connu sous le nom $ hôtel des cloquiers.
(2) Il est encore question de ce ravelin le 15 et le 21 novembre.
Reg, de l'Échevïnage.
Pages, iv, 122.
Environ le commenchement de juillet, la peste estant accoiée (1) recommençoit en plusieurs lieu de ceste ville. Dieu nous en garde , s'il luy plaist !
Environ la mi aoust, le grand conseil du Roy estant en ceste ville, fut contraint de leur départir hors pour la grande pestilence quy augmentoit de jour en jour en ceste ville et s'attachoit aussy bien sur les riches que sur les pauvres et en grand nombre de maison de jour en jour, à tout costé de ceste ville. Les hommes plus âgés de ceste ville disoient qu'il n'avoient jamais veu la ville sy affligée de ladite malladye qu'elle estoit pour lors.
Au commenchement du mois de septembre, le Roy envoya monsieur le maressal de Buiron (2) avecq une armée de douze à quinze mille hommes courre et ravager partout le pays bas et prindre plusieurs bourgades, comme St.-Paoul et aultres, et abbatirent plusieurs chatieau et forteresse partout ledit pays auquel il firent de grand ravage.
(1) Accoier, s'accoier, [même chose] que accoiser, d1 acquiescer e, apaiser.
(2) A l'échevinage du 19 sept, on lit : « Messieurs ont adjousté qu'il serafaict présent à M. le maressal de Biron estant du présent du costé d'Arthois, de 24 bouteilles de vin blancq et aultant de vin clairet, le meilleur quy se porra choisir, lequel vin sera conduit et présenté par Poyer Arthus, bourgeois d'Amyens, lequel sera assisté des lettres missives de Messieurs adressantes à mondit seigneur, et ce en considération ou recognoissance de la bonne volonté et affection qu'il apporte au bien et conservation de ceste ville, et pour choisir les vins mess, de Barest et Desgrez ont esté commis. »
Reg. de l'Échevùiage.
Audict temps, la peste augmentait de plus en plus en telle sorte ; de vingt maisons quy avoient fait leur temps en recommençoit quarante , tellement que c'estoit pityé à voir porler à toute heure corps mort, et fut on contrainct de les porter enterer en les cimetières des églises, par ce qu'on n'en pouvoit plus en mettre en l'hostel dieu.
Quant ce vinct au mois d'octobre, ladite malladye continuoit tousjours comme devant. Dieu nous assiste (1) î
Au commenchement du mois de novembre, la malladye s'acoya et n'y avoit plus grand nombre de maisons pestiférées, et continua jusque environ Nostre-Dame des adventz. Mais quant ce vint environ au my mois décembre, elle recommencha tellement que jusque à l'an ou environ, il y avoit plusieurs maisons de jour en jour nouvellement pestiférées, et principaliement ceulx quy l'avoientesté auparavant, tellement que c'estoit grand pityé à voir.
Durant ce temps, nous estions affligez des trois fléaux,
(3) L'état des choses était tel que le 26 oct. on lut à l'échevinage des lettres-patentes du Roi « par lesquelles Sa Majesté vœult et entend que les eschevins de la ville quy sont à présent en charge soient continuez en leur charge d'esche vins et que, pour le regard du maieur, Sa Majesté le remet en la liberté du pœuple de le continuer ou eslire un ». Des plaintes s'élevèrent contre ce fait, mais les échevins demeurèrent et l'on procéda seulement à l'élection d'un nouveau maire, qui fut Pierre de Famechon.
Reg. de l'Échevinage, 26 et 28 oct. 1596. — De Court, i, 742.
Le 7 décembre, les Consuls furent aussi continués dans leur charge, à cause de l'impossibilité de procéder aux élections.
de Dieu, assavoir de la guerre, de la fameine et de la pestilence. Car le maressal de Buiron estoit icy allentour avecq une armée de douze ou quinze mille hommes quy ne faisoient que manger et ruiner le pays, tantost d'un costé, tantost d'un autre, tellement que c'estoit grand pilyé à voir les pauvres paysans quy mouroient de fin, et s'il estoit encores au mois de novembre aiant tout perdu leur pauvre labeur du mois d'aoust.
Au mois de janvier 1597, la malladye ne fut plus sy véhémente que auparavant.
Durant ce temps, le Roy estoit tousjours à Rouen, là où il estoit il y avoit plus de deulx mois.
Quand ce vint au commencement du mois de mars, la malladye ne revenoit plus guaire, Dieu mercy, par ce qu'il n'y avoit plus guerres de maisons pestiférées avant la ville.
Prise de ceste ville d'Amiens par l'Espaignol (1).
Le mardy xje jour de mars mil v° mj"dix sept, et le mardy dedevant le m y caresme, sur les huict heures du matin, cependant qu'on faisoit la prédication et que chacun faisoit sa besongne ne pensant à rien, l'Espaignol surprinct la porte de Monstrecu à la forme qu'il ensuitz.
(1) Consultez: Pages, iv, 120 et stiiv. — De Court, i, 743. — Daire, i,347. — Les délibérations de l'échevinage sont à l'occasion du siège interrompues du 13 fév. au 27 sept. 1597.
Aucun capitaine de la garnison de Doulens estant venu plusieurs fois en ceste ville abillez en paisans pour congnoistre qu'elle garde on faisoit à la porte, et comme on s'y comportoit, firent entreprise sur ladite ville tellement que à l'aide d'aucuns habitans de ceste ville reffugiez dans Doullens par ce qu'on les avoit mys hors de la ville pour ce qu'il aderoient à l'Espaignolz plus qu'au Roy, se vindrent la nuict du jour dessus dit embusquer dans la Madeleine, dans l'église de St.-Montain et dans St. -Pierre. La porte estant ouverte, vint plusieurs capitaine et brave souldart habillez en paisans, bien armés, sans qu'on s'en peut percevoir, jusques au nombre de trente ou quarante l'un après l'autre. Estant entré depuis la première barrière jusques à la dernière, et aiant faict poser ung chariot au devant du gril, et l'un d'eulx aiant un sacq de noyés, les fesant tomber à terre pour amuser les portiers à les recueillir, tuirent lesdictz portiers et se saisirent de ladite porte, et toute en l'heure firent venir leurs gens embusquez et entrirent dedens à grand foulle, tellement qu'on fut tout esbays de les voir entrer en telle foule qu'on n'eust jamais le loisir de prendre ses armes pour se deffendre, ny de rien cacher. Estant dedens ladite ville, enfondrirent les portes et fenestres des maisons et prindrent ceulx quy trouvirent dedens, les frapans, et donnant plusieurs coups, et faisant semblant de les vouloir tuer, tellement qu'il y en eust plusieurs de tué et blessé pour leur faire congnoistre où estoit la bourse et les faire mettre à ranson, tellement que c'estoit grand pityé à voir tant de pœuple désoliez, tellement qu'il y en eust quy abandonnirent tout leurs biens pour
leur ranson, par ce que tel avoit affaire de dix escus pour paier sadite ranson, quy ne les pouvoît trouver,, par ce que tout le monde avoit affaire en son particullier, tellement qu'on quitoit tout par faute de trouver argent pour sa ranson.
Le mardy ensuivant xvnj8 dudit mois de mars, on feit ung aultre maieur et au lieu de monsieur Pierre de Fameson, qu'il l'estoit pour lors, furent esluz sire François Gaugier, ancien maieur, monsieur Charles Gorguette esluz et monsieur Pecoul (1), tellement que ledit Pecoul demoura maieur et le lendemain on feit des eschevains et ung prevost du Roy quy fut, au lieu d'un nommé monsieur de Suain, un nommé monsieur Delattre, esluz en l'élection, tellement que tout fut changez.
Le lundy xxinje dudit mois, on porta plusieurs billetains à plusieurs habitans, tant à ceulx quy estoient notiez de la relligion que à ceulx qu'on congnoissoit qu'y n'estoient poinct du party de l'Espaignolz. Dieu nous assiste de sa grâce, s'il lui plaist !
Le jour de l'annonciation de la vierge Marye, se feit la procession generalle, là où on portoit en premier lieu le chef de monsieur St.-Fremin le martir, secondement l'imaige de la vierge Marye, et après monsieur l'evesque portoit la vraye croix. Et au retour de la procession on chanta le Te Deum laudamus, pour rendre grâce à Dieu de ce qu'il s'estoit passé pour leur advantaige (2).
Le mesme jour il vint nouvelles que les François
(1) De Court, i, 743. — Daire, i, 351-359.
(2) De Court, i, 754.
avoient failly à escallader la ville de Doullens, et qu'il avoient esté contraintz de lesser leur eschelle dans le fossé.
Les Espaignolz estant en ceste ville firent sortir plusieurs bourgeois hors , niais du depuis il en sortit sy grand nombre qu'il y en demoura bien peu (I). Les uns par ce qu'il ne trouvoient poinct à travailler, et ne pouvoient gaignyer leurs vies, les aultres qu'il ne vouloient poinct endurer l'Espaignolz ; les uns pour ce qu'il estoient mal trestez de leur souldart et ne pouvoient fournir à ce qu'il demandoient ; les aultres avoient peu (peur) du siège par ce que les Francoys estoient icy alentour quy faisoient plusieurs tranchy à la porte de Monstrecu, prenant au bout de St.-Meurice en allant vers la Madelaine, tellement qu'on ne pouvoit venir en ceste ville qu'à grand peine et principallement de la porte Monstrecu. Et sortyt tant desditz bourgeois que la plus grande partye des maisons estoient vuides, et y avoit plusieurs rues en grand nombre où il y avoit point ung seul ménage demeuré, tellement que, aux environs de la feste du sainct Sacrement, il y avoit bien peu de resté.
Il firent aussy sortir plusieurs hommes d'église et n'en laisirent que quatre ou cincq chacune paroisse, par ce qu'il voioient qu'il estoient en grand nombre et avoient peu (peur) qu'il ne fisent quelque traison et ne laisirent que les plus anciens comme ceulx quy ne pouvoient porter les harmes.
Durant ce temps, on avoit plusieurs allarmes de jour en aultre, tant de nuict que de jour, et voiant qu'il n'estoient grand nombre dans la ville pour la deffendre sy au