‹ Journal historique de Jehan Patte ... d'AmiensChapitre 4 sur 5 · PAGÈS, IV · texte numérisé non relu

PAGÈS, IV

niers et mys dans la Bastille à Paris pour estre accusé d'avoir délibéré de faire mourir le Roy, la Raine et monseigneur le Dofïin avecq plusieurs aultres du sang royal et de livrer la France entre les mains du Roy d'Espaigne et du duc deSavoye, sur l'espérance, dict on, d'espouserla fille dudit duc de Savoye et estre faict lieutenant gênerai dudit Roy d'Espaigne, et estant convincu du faict par ses propres lettres, ledit mareschal de Buiron eust la teste tranchée dans la Bastille, à Paris, le mercredy dernier jour de juillet, sur les inj heures d'après midy, et ledit conte d'Auvergne, à cause qu'il estoit du sang roial et fils bastard du Roy Charles ix, fut mys prisonnier dans le chasteau de Loche.

Au mesme temps la guerre des Pays Bas estoit comme devant. Ledit archeduc estoit tousjours devant la ville d'Ostcnde allencontre des huguenosts.

Les huguenosts de ceste ville pensoyent avoir Hen près deceste ville pour aller à leur diabolicque prêche, d'autant qu'il disoient et fesoyent entendre au Roy qu'il y avoit jusque à Avrena quatre lieues, et que c'estoit trop loing. Mais on leur dict qu'il ne falloit plus en conter que deulx, et que par ce moien le chemin ne seroit plus sy long (1).

(1) Il est fait allusion ici à l'arrêt du Conseil d'Etat du 26 février 1602 qui permettait aux protestants d'établir un prêche au faubourg de Hem, au fief de la mairie appartenant au sieur de Heucourt. Mais le Corps de ville, l'évêque et le gouverneur se pourvurent coDtre cet arrêt, comme on le voit par les délibérations de l'échevinage des 24, 26 et 28 mars, et le temple ne fut point établi.

Echev. des 24, 26, 28 mars 1602.

Daire, i, 399. — Rossier, Histoire des protestants de Picardie, 130.

Le nje dimanche de juillet audit an, l'église de St.- Jacques fut desdiée par monsieur l'evesque (1).

L'an mil six cens et trois, au mois de mars, Elisabeth, raine d'Angleterre, trespassa. Dont le Roy d'Escosse fut Roy, comme plus prochain successeur, et fet son entrée audit roiaume au moys de may ensuivant.

L'an mil vj trois, peu après Pasques, le ministre des luthériens quy cstoient réfugiez en ceste ville fut converty et feit profession de vivre et mourir en l'obéissance de la sainte église catholicque., apostolicque et romaine, à la grande confusion desdits luthériens, et peu après se convertit aussy l'un de leur surveillant.

Au mesme temps ilz commencirent à faire leur prêche à Guilmicourt (2) près Clairy (3).

Environ le mois de mars 1604, il fut publié au son de trompe que deffenses estoient faictes de par le Roy à tous

(1) Le 6 du même mois, le curé de S. Jacques, Nicolas Du Mont, et les marguilliers avaient invité le maieur et les eschevins à la bénédiction d'une cloche qui devait avoir lieu le lendemain, pourquoi il leur avait été faitprés:nt de deux livres.

Echev. du G juillet 1602.

(2) Guignemicourt, canton de Molliens-Vidame , arrond. d'Amiens, Somme.

(3) Rossier, Hist. des Protestants de Picardie, 132.

françois de faire aucun traficqueaveeceulx de l'obéissance du Roy d'Espaigne, jusque et à tant qu'il auroit desmis son impost qu'il avoit mys sur la marchandise quy venoit en son pays de France, quy estoit de trente pour cent, et le jœudy, ije décembre audit an, la liberté de traficque deffendu cy dessus fut publyée partout en grande joye (1).

Le dimanche xvje de may 1604, jour de monsieur St.- Honnoré, monsieur l'evesque chanta la premyere messe dans l'église des capuchins (2), et le dimanche ensuivant, xxnje dudit mois, elle fut dedyée par luy à la rejouissance des gens de biens et crevecœur des hereticques et de leurs mutineries.

Le mardy dernier jour d'avril 1604 (3), ainsy que l'on commencent matines en l'église Nostre Dame, il y eust ung jeune homme que l'on disoit estre huguenost, et aucunement troublé, du village de Morcourt, quy entra dans le cœur de ladite église, l'espée nue au poinct, montant dans les formes des chanoines, jurant que le premyer quy chanteroit messe qu'il le tueroit, tellement que les chanoines commencirent à fouir, et le pceuple quy estoit avant l'église ayant ouy le bruict quy fut fort grand, ne sachant que vouloit dire cela, ne congnoissant ledit jeune homme, l'on se rua sur luy avec torses et bastons, tellement qu'il fut mené, ayant esté bien battu, toutes fois sans sang res-

(1) Palma-Gayet. Chronol. nov. 1604.

(2) De Court, h, 369. — Daire, u, 306.

(3) Pagès, iv, 281. — De Court,i, 802. — .Pages dit à tort un jeune homme de Moyencourt.

pandu, prisonnier à la barge (1), et le lundy vijemai trespassa. Tellement que le lendemain mardy, vnje dudit mois de may, quy estoit feste de la Pentecouste, monsieur l'evesque rebenit l'église, quy fut cause qu'on ne chantit poinct matines ce jour là, car il estoit près de dix heures quand mondit sieur evesque eustfaict, des v heures du matin qu'il commença.

Sur la fin du mois d'aoust, les huguenosts prindrentla ville de l'Ecluze au Pays Bas par fameine ; et, sur la fin du mois de septembre ensuivant, lesdits huguenostz rendirent par composition à l'archeduc la ville d'Ostende que ledit archeduc tenoit siegée il y avoit trois ans et demy, auquel siège il est mort tant dans ladite ville que hors, d'une part et d'autre, jusque au nombre de six vingt mil personnes. Les libertins ne se sont poinct sy fort resjouy de ceste réduction que de la prise de l'Ecluze. Patience à tous gens de biens, et espérance en Dieu !

Monsieur le vidame (2) avoit deulx fils, l'un âgé de quatre ans et l'autre de six ans, lesquels moururent tous deulx environ le my mois de febvrier 1605 , au grand dœul des Picards. Celluy de six ans estoit fiancé à la fille de monsieur de Ronny, quy est intendant des affaires du

(1) Cette prison du Chapitre était située à l'entrée de la rue du Cloitre de la Barge.

(2) Philibert-Emmanuel d'Ailly, qui avait épousé Louise d'Ognies, sœur et héritière de Louis, comte de Chaulues.

Roy, mais toutesfois huguenost. Dieu a voullu faire faire ses funérailles devant d'aehever ledit mariage. Grand secret de notre Dieu !

Le jœudy xe mars 1605, madame la contesse de St.- Pol accoucha d'un fils (1), à la grande joye des habitans de ceste ville d'Amiens, lequel fut baptizé ledit jour dans la chappelle des trois cailleux par monsieur l'evesque, et son parin ung pauvre viel homme mendian et une pauvre vielle femme aussy mendiante de ceste ville, le tout faict par monsieur le conte et madame sa femme par humilité, lesquels luy donnirent le non Leonnor. Dieu le vœulle bien assister et faire la grâce à ses père et mère d'en faire ung vaillant prince en la craincte de Dieu !

Au commenchement de mars mil vjc et six, l'on sonnoit le tambour par tout la France pour assembler soldartz, dont le bruict couroit que c'estoit pour aller assiéger la ville de Sedan, pour ce que monsieur de Boullon, gouverneur d'icelle, ne vouloit obéir au Roy, pour quelque différend. Et au commencement du mois d'avril, l'accord fut faict entre eulx, dont le Te Deum en fut chanté dans la grande église de Nostre Dame le vendredy vij dudit mois d'avril ensuivant (2). A Dieu en soit la gloire !

(1) Léonor d'Orléans, duc de Fronsac, fils de François d'Orléans, comte de St.-Pol et de Anne de Caumont, marquise de Fronsac, fat tué devant Montpellier le 3 septembre 1622.

De Court, \, 803.

(2) Mémoires de Pierre de TEstoile, 1606, mars et avril.

Cedit jour il nous fut tué ung porcq de notre court par ung amy auquel j'avoys donné charge d'achepter et faire tout ainsy que sy j'y eusse esté en personne. Lequel estant tué, fut trouvé par gens congnoissant que au lieu de unze livres qu'il nous en fit paier, qu'il ne valloit que neuf livres, dont ma femme en estoit fort fâchée, et me vouloit persuader de luy faire rendre, d'aultant qu'il m'avoit dict que celluy qu'il nous envoiroit, s'il ne nous estoit aggreahle, qu'il le reprendroit pour luy mesme, par ce qu'il estoit de Testât (1).

Le lundy xxvij jour de mars mil six cens et six, lendemain jour de Pasques, sur les huict heures du matin (2), il commença à faire sy grande tempeste de vent qu'il dura jusques sur les deulxà trois heures d'après midy, et prineipallement depuis nœuf jusques à une heure que dura la plus grande tempeste, qu'il fict tomher par tout plusieurs clochers d'églises, maisons, cheminées et fort gros arbres, et presque tous les églises et grandes partyes des maisons descouvertes, tellement et avecq telle petuosité que Ton pensoit périr, et surpassoit celluy du xxvje mars mil cinq cens mjxx et ung, contenu au premyer feuillet de ce livre (3). Entr'aultres clochers abbatus, celuy de St. -Martin aux Jumeaulx le fut. Mais Dieu mercy qu'il n'y eust personne de blessez en ladite église !

Le lundy xve jour de may vjc et six avecq mil, les filles

(J) Un des enfants de Pages a écrit en marge : Notable mémoire. Luimême avait écrit déjà : // ne se faut fier que en soy mesme.

(2) De Court, i, 803.

(3) Ce premier feuillet manque, cpmme je l'ai dit dans la notice.

religieuses Garmelines commencirent à estre establyes en ceste ville, car ce dict jour il en fut vestues quatre. Et furent mises dans la maison des sœurs blanches (1) avecq quelques aultres quy y estoient, quy estoient venues de la ville de Paris pour l'establissement de ladite religion, et mises en ladite maison des sœurs blanches en attendant que l'on travalloit à leur en establir une au bout de la rue St. -Jacques, devant les Marconnelles (2). A Dieu en soit la gloire ! Peu après il en fut encores vestues d'autres que les quatre cy dessus.

Le jœudy xinje jour de septembre mil six cens six, furent baptizez monseigneur le Dofïin et ses deulx sœurs

(1) Sur ce qu'il a esté dit que Mme la comtesse de St.-Paoul a mandé tous Messieurs et les a prié de prester la maison des filles pénitentes de ceste ville pour y loger des religieuses carmélites et ce pour un an, attendant que la maison quy a esté acheptée pour bastir un couvent desdites Carmélites soit fête, et que pour loger trois ou quatre filles pénitentes qu'il reste en ladite maison, on les pourvoira de maison aux despens desdites Carmélites, a esté ordonné que ladite maison sera prestée auxdites Carmélites, en logeant lesdites pénitentes ailleurs, et sera faict inventaire tant des meubles qu'elles délaisseront en ladite maison, que de ceulx qu'elles emporteront, et sera prins promesse de rendre ladite maison des filles pénitentes dans un an. — 13 avril 1606.

Ces sœurs blanches, de l'Ordre de St.-Dominique , qui faisaient profession de garder les malades, habitaient rue St.-Leu, entre les rues des Poirées et des Tanneurs, vers le milieu.

Reg. de VEchevinage.

De Court, ii, 414. — Pages, iv, 396.

(2) L'église et les lieux réguliers s'élevèrent sur l'emplacement de la maison de François Castelet, sieur de Thérouanne, maieur en 1591 ; c'est sur ce terrain qu'a été percée la rue Caumartin,

a Fontainebliaud, encores qu'on êust faict dès longtemps grand apparel de manificenee dans la ville de Paris. Mais à cause de la grande malladye de pestillence quy estoit survenue dans ladite ville de Paris, l'on fut contrainct à tout faire audit Fontainebliaud 1 . Mondict seigneur le Doffin fut nommé Loys par monsieur le cardinal de Joieuse pour et au nom de nostre St. -Pore le Pappe Paoul Ve. L'aine de ses sœurs fut nommée

Le lundy xvj avril ensuivant 1607, la Raine de France accoucha d'un second fils, à la grande joye de la France, lequel fut appelle monsieur le duc d'Orléans; et, le dimenche ensuivant, le Te Deum en fut chanté dansl'egli^e de Xostre Dame de ceste ville, avecq feux de joye et au son des tambours des compaignyes previlliegées.

Durant ce temps il y avoit au Pays Bas cession d'armes entre l'archeduc d'Àutrice et les huguenosts. Ledict archeduc a recouvert sur lesdicts huguenosts l'esté passé tout ce qu'il avoient gaigné de long temps.

Le lundy xxvnj d'avril 1608,1e Te Deum fut chanté dans l'église de Nostre Dame de ceste ville, pour la res-

(!) La contagion de Paris inspirait de telle crainte que l'entrée de la ville fat interdite à ceux qui en arrivaient.

Èchev. du 15 sept, et du 11 oct. 1606.

jouissance de la uativilé de monsieur le duc d'Anjou, troizième fils de France (\).

Le dimanche xve jour de juing, audit an vc et huit, l'église des filles carmelistes fut desdiée par monsieur l'evesque d'Amiens, et le mercredy ensuivant, xvuj dudit mois, elles y furent conduites sur les nœuf heures du matin en la manière qu'il sensuit (2). C'est que la procession gcneralle partit de l'église de Nostre Dame assistée des religieux mendians, là où fut porté le chef de monsieur St. -Jehan-Baptiste. Laquelle procession descendit par devant l'église de monsieur St.-Firmin le confez et allirent passer par la rue des Huchers et retourner par devers la maison des sœurs blanches où estoientlesdictes filles religieuses, lesquelles sortirent hors de ladite maison pour leur acheminer avecq ladicte procession, là où fut aussy porté le St.-Sacrement de l'autel quy estoit en l'église desdictes sœurs blanches, soubz la palme de l'église de Nostre Dame. Et ainsy furent ainsy conduictes en leur dicte maison, le

(1) Veu les lettres du Roy en date du 25 de ce mois portans advis de la naissance de Mgr le troisiesme fils de France, a esté ordonné qu'après le Te Deum qui sera chanté dans la grande église Notre-Dame de cette ville, il sera fait un feu de joye devant l'hostel de ville et que Mgr le comte de St.-Pol, gouverneur et lieutenant gênerai du Roy en la province de Picardie, sera supplyé y mettre le feu, et s'il a des empescliemens il sera supplyé d'y envoyer Mgr le duc de Fronsac son fils, et ou cas que l'un ou l'autre s'y trouve, il lui sera préparé uue collation de confitures dans l'hostel de ville le plus lionnestement que faire se pourra, et après ledit feu Messieurs soupperont en public avec les officiers de la ville. Echev. du 28 avril 1608.

(2) De Court, ji^ 414.

tout en bel hordre, estant deulx à deulx, jusque? au nombre de dix buiet, tenant tous ung cierge de cire vierge en la main, et estoient couverte cbacuned'eulx d'un creppe tellement que l'on ne les pouvoit congnoistre. Et ainsy furent conduictes assistées d'un grand nombre de pœupîe louans Dieu, les ungs pleurans de joye, les aultres d'admiration, de veoir ces bonnes jeunes filles tous de bcuDes maisons, quy quictoient le monde volontairement pour leur obliger au vœu d'obédience, de pauvreté et de chasteté. A Dieu en soit la gloire à la consolation de tous gens de biens, et à la confusion des bostinez hereticques, quy ne dignirent tendre devant leur maison pour faire honneur au St. -Sacrement et à la face de monsieur St.- Jeban Baptiste.

L'an mil yjc buict, les pères du non de Jésus furent establis en ceste ville [l. A Dieu en soît la gloire !

(1) De Court, u. 371. — Baire, n, 298 et 431.

Beg. de VÊchevinage. 1607-160$.

Le 7 novembre 1583, Févêque Geoffroy de la Martonie avait demandé au Chapitre d'admettre quelques membres de la Société de Jésus dans l'intérêt de l'éducation de la jeunesse, sans préjudice de ses droits. Le Chapitre, après en avoir délibéré, avait adopté la proposition de Féveque à laquelle s'était également rangé l'écolatre , toute reserve faite des droicts de sa dignité.

Des lettres patentes du Roy données à Rouen au mois de septembre 1603 permirent à la Société et compagnie des Jésuites d'établir un collège à Amiens, à la suppliante requête du comte et de la comtesse de St.-Pol et des nobles bourgeois, manans et habitans de la ville, et de le composer du nombre de personnes qu'ils croiroient y être nécessaire pour le service divin, etrinstroctîoD de lajeocesss aux bonnes lettres,

Sur la fin de l'an mil six censneeuf, monsieur le prince de Condé se relira de la court estant pour quelque subjeet mal content du Roy, et s'en alla à Bruxelle.

L'an mil six cens et dix, au mois de mars, on bastoit le tambour par toute la France pour assembler souldarîz pour le Roy. Et ne savoit on pour où c'estoit aller (1).

Au mois d'apvril, après Pasques, Ton cœulloit aussy des pionniers partout pour mesme subject.

Gomme aussy l'on fest commandement à tous les capitaines de chacun quartier de la ville de faire recbercer par tous les habitans, chacun en sa cappitainerye, pour savoir sy tous les habitans de la ville estoient bien armez, comme il appartenoit, chacun selon sa qualité, etfaisoit l'on commandement à ceulx quy ne Festoient, de leur armer, en peine de trente livres d'amende.

Au mois d'apvril mil vjc dix, le Roy feist publier partant d'humanité, philosophie que théologie. Une assemblée eut lieu, le 1er octobre 1607, au Palais épiscopal; le Père Machault y fit au nom de la Société ses propositions qui furent agréées, et l'établissement du collège fut définitivement arrêté.

Les lettres patentes du Roy furent enregistrées au bailliage d'Amiens le 20 octobre 1608, temps où les classes furent ouvertes pour la première fois.

(1) Journal de P. de I'EsToile. Mars 1610.

— loD —

tout son roiaulme que le couronnement de la raine sa femme se debvoit faire à certain jour du mois de may ensuivant, en la ville de St. -Denis, et quelque jour ensuivant son entrée dans celle de Paris. Dont fust faict plusieurs appareilz et grand magnificences tant en la ville de Sl-Denys et de Paris que sur les chemains desdictes deulx villes. Il y avoit telle magnificence, tant de teatres que de piramides , que homme vivant n'avoit veu telles et sy belles choses. Et de faict la Raine fut couronnée dans ladicte ville de St.-Denys, le jœudy xnj jour de may, espérant faire son entrée de bref dans la ville de Paris. Mais, o hault secret divin ! la chance tourna bien. Le lendemain quy estoit vendredy, xmj dudit mois de may, environ l'heure de cincq à six heures du soir, le Roy estant dans son carroche luy deulx ou troizieme, tournant le coing de la rue de la Feronnerye, la caroche estant arrestée pour l'enbarast d'une charette, s'advancant quelque peu hors de son dict carroche pour regarder la grande beauté et magnificence de quelque statue quy estoit sur l'un desdits teatre, ung grand méchant malheureux rousseau nommé François Ravillart (1 ) , natif de la ville d'Angouleme, escrivain et maistre d'escolle, n'aiant la craincte de Dieu, poussé de l'ennemy d'enfer, osa tretreusement tirer de desoubz son manteau ung grand cousteau et en frapper le Roy d'un tel coup au dessoubz des cottes, aiant failly le premyer coup dans l'espaulle, qu'il en mourut une demye heure après, au grand regret et estonnemcnt de toute la France. Il y eust telle tulmulte dans Paris qu'on ne

(1) François Ravaillac.

scavoit à quoy l'on en estoit.'Mais Dieu y mist sy bien la main que cella ne dura gueres , car sy tost que le Roy fut mort, dont Dieu en ait l'anïe, s'il Itiy plaist, que le conseil s'assembla et esleura monseigneur le Doffin son fils aagé de huict ans dix mois moins treize jours Boy de France, à celle fin que personne n'eust le loisir de faire aucunes choses à son préjudice. Tellement qu'en moins d'une bonne heure l'on dict le Roy est blessé, le Roy est mort, et tout à l'instant vive le Roy, vive le Roy de monsieur le Doffin. Et le lendemain, sur les dix heures du matin, il fut couronné dans les Augustins. Dieu luy donne bonne, longue et heureuse vye, à l'honneur de Dieu et au repos de tous ses subjects ! Monsieur le conte de Soissons fut faict son lieutenant gênerai, et monsieur le duc du Maine pour le premier de son conseil.

Helas et deux fois helas des misères du monde, de tel changement tout à coup advenu au millieu des plus grandes joies du Roy de veoir la Raine couronnée, tous les préparatifs fet pour son entrée, de telle chose advenir, tellement que la Raine fut couronnée le jœudy, le vendredy le Roy tué, au bout d'une heure monsieur le Doffin esleu roy son successeur, et le samedy couronné. 0 quel changement !

Durant ce temps l'armée que le deffunet Roy avoit fet enlever comme il est dict cy devant, es toit en Chanpaigne. Ladicte armée fut mise en garnison dans les villes frontières, et les pionniers renvoiés en leurs maisons.

Le meschant paricide fut exécuté dans la ville de Paris le jœudy xxvij du dit mois de may, n'aiant confessé de quy il avoit esté poussé etinduict à ce faire, sinon que de

soy mesme, ayant failly plusieurs fois à ce faire d'après deux ans.

Les dimencke, lundy et mardyxx6, xxje et xxije juing, il fut chanté trois services dans l'église Nostre Dame (1),

(1) On lit à la suite de la séance du 18 juin 1610 :

Le service du Roy deffunct Henry ime de ce nom a esté faict en la grande église de N. D. d"Aroyens en la forme quy ensuit. — Le dimanche xxe jour de juyn furent dictes les vigilles. Le lendemain le service, pendant lequel fut faict l'oreson funèbre par Me Blaye (Blayrie), chanoine doctoral et curé de S. Michel. — Le dict jour de lundy après midy furent dictes encores les vigilles. Le lendemain un service et encore le mardy après midy les vigilles et le lendemain le service. Assistèrent à ses services Mgr. le comte de S. Pol. gouverneur et lieutenant-general pour le Roy en la province de Picardye, messieurs du Presidial, messieurs les Eschevins, lesdits sieurs du Presidial ayant pris place près de monsieur l'Evesque d'Amyens et lesdits sieurs Eschevins immédiatement après Mg. le comte de 5. Pol. — La ville a fourny la tenture du chœur tout de serge et de velours, avec les armoiries en nombre de xxinj. Messieurs du Clergé ont fourni la chapelle ardente, mesme la tenture de velours à l'entour d'icelle et le luminaire. — Le dimanche ensuivant les services dudict funt ont esté commencez et a esté chanté les vigilles par toutes les paroisses , le lendemain le service , ce qui a esté continué par trois jours, ainsy qu'il avoit esté fait à l'église de N. D., ayans les paroisses faict tendre de noir leurs églises et y mis annoyries. Reg. de l'Echevinage, 18 juin 1610.

Au Chapitre tenu le 18 juin 1610 fut arresté que lundy, 21 juin, monsieur l'Evesque ou monsieur le Doyen diroient la messe de service, et messieurs les archidiacres feroient diacre et sous diacre, ce qui fut exécuté. Monsieur le Doyen dit la messe à cause de l'indisposition de monsieur fEvesque, le tout aux dépens de monsieur l'Evesque et du Chapitre, où assista monsieur le comte de St. -Paul et toute la noblesse du pays. Ifs. n° 517 de la Bibliothèque d'Amiens, p. 6.

tant pour le deffunct Roy que pour son predessesseur, le corps duquel estoit enccres à Compiegne, lequel fut porté dans la ville de Paris pour estre enterré ensemble à St- Denys. Et la semeine suivante lesdils services furent aussy chanté par les paroisses de la ville et par tous les villaiges.

Le dimenche xvj° de may, à cause de la mort du feu Roy advenue, les habitans de la ville commencirent à aller à la porte en parade, à la façon des gens de guerre, se trouvans tous en personnes devant l'hostel de la ville sur les six heures du soir, et alloyentàla belle croix pour là recepvoir la parolle et estre envoyés en garde pour la nuict et le jour du lendemain, l'espace de xxmj heures, à la fachon de la guerre.

Environ le m y mois de juillet, le prince de Condé quy s'estoit retiré de la court auparavant la mort du Roy, y retourna, là où il fut fort bien receu. Durant ce temps, les Parisiens faisoient meilleure garde que jamais, à cause de quelque malcontent entre les princes et la court. Dieu les vœulle bien accorder, s'il luy plaist, à son honneur et gloire !

Le dimanche xxmje jour d'octobre 1610, à l'issue des vespres, fat chanté le Te Deum laadamus pour rendre grâce à Dieu que le Roy avoit esté sacré dans la ville et l'église de Nostre Dame de Rains la sepmaine précédente. Je prie mon Dieu qu'il le conserve et luy donne bonne, longue et heureuse vye, et que de son vivant la France puisse estre nettoiée de toute la secte religion prétendue reformée, de tout blasphème, paillardise et libertinaige.

Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini luo da gloriam. Amen.

Environ le my mois de juing, monsieur de Trignil, gouverneur de ceste ville, trespassa en l'une de ses maisons près Cleremont (1). Dieu en ait l'ame (2) !

Le dimenche xmje jour d'aoust mil vjc et unze, sur les v heures après midy, monsieur de Cossinne, italien, et depuis peu de temps marquis d'Encre, fit son entrée en ceste ville comme lieutenant pour le Roy en Picardie et gouverneur de ceste dicte ville, là où il fut fort bien reçeu (3). Les compaignyes previlliegées et une grande par-

(1) Au Chapitre tenu le 5 septembre 1611, on présenta une requête de la part de la veuve et des héritiers de M. de Trigny afin d'obtenir que le corps fût inhumé dans l'église cathédrale et qu'on lui élevât un mausolée. Le Doyen et le Chapitre consentirent à ce qu'il fût inhumé, mais, vu le décret du concile provincial de Reims, ils ne permirent point l'érection d'un mausolée, mais une simple lame de cuivre sur le sol ou contre la muraille. Ms. 517, de la Bibl. d'Amiens, p. 17.

(2J A la mort de ce gouverneur, il avait été question de démolir la citadelle d'Amiens. Tel était l'avis de M. le comte de St-Pol, gouverneur de la province, qui en avait écrit à la Reine ; aussi le Corps de ville dépêcha-t-il un échevin, Jehan de Mons, pour faire sur ce sujet des remontrances à Sa Majesté. Echev. du lSjuin 1611.

(3) Pagès fixe cette entrée au dimanche 9 août et fait observer que LaMorlière marque le 14. Pagès est dans l'erreur. C'est bien le 14 qu'eut lieu cet événement, ainsi qu'on le voit au procès-verbal qui en fat fait au registre de l'échevinage de ce jour.

Pages, iv, 282. — De Court, 1, 804. — Regist. de l'Echevùiage, 9, 13, 14, 16 aow* 1611.

tye des portiers allirent au devant jusque au nombre de six cens hommes ou environ. Il alla droict en l'église de Nostre Dame, estant accompaigné de la plus grande partye de la noblesse de Picardye, là où il fut reçeu par monsieur l'evesque et, après le Te Deum chanté solennellement, s'en alla descendre et loger en la maison de monsieur de Seneschal, premier eschevin de ceste ville (1), là où il recongneut le faux donné à entendre que l'on avoit fet à la Raine des habitans d'Àmyens (2). Et le jœudy xxve dudit mois s'en alla faire son entrée à Encre comme marquis, et de là à Peronne, Mondidier et Roye, comme en estant aussy gouverneur. Dieu luy face la grâce qu'il nous puisse gouverner paisiblement et que nous puissions jouir de la bonne espérance que nous espérons de luy!

(']) François le Sénéchal, avocat.

(2J Au chapitre tenu le 12 août 1611 : Moniti domini quod egregius doniinus de Conchine, electus et nominatus a dno nostro Rege et excellentissiina sua matre pro locumtenente in hac provincia et in hac urbe, loco defuncti dni de Tragny, adventurus est proxima die dominica, concluserunt ad portale majusire, et, si tempus et occasio postulent, remittere matutinas ad horam quartam diei sequentis de mane, et postea offerre panem et vinum, more solito, cum precibus ecclesie.

Ms. 517, de laBibl. d'Amiens, p. 251.

Dans le chapitre du 16 mars, il avait été arrêté que l'on suivrait les précédents observés au temps de M. de Crévecœur, après toutefois avoir pris l'avis du comte de St.-Pol auprès duquel avait été envoyé à cet effet Raimond de la Martonie, chanoine et chantre. — Ibid.

Le 13 août, le Chapitre sachant que Concini donnait son dîner de réception, lui fit offrir 6 pains et 5 queimes de vin. — Ibid. 255.

Depuis ladicte entrée, le tout se passa assez paisiblement jusques au mois d'aoust de l'an vjc treize que l'on feist abattre toutes les maisons quy estoient autour de la citadelle et des Celestins jusque au grand pond, là où on y a faict un pond levy qui ferme la citadelle allencontre de la ville (1).

Environ la Chandelleur mil six cens quatorze, monsieur le marquis d'Encre, gouverneur de ceste ville, et pour le présent nommé monsieur le maressal, partit de la court pour se retirer à la citadelle de ceste ville, pour donner ordre à ce quy seroit nécessaire pour la seuretté d'icelle, d'autant qu'il y avoit ung grand mécontentement de tous les princes quy avoient quitté la court et s'estoient retiré à Soissons (2). Tellement que sy tost son arrivée il fit renforcer les gardes, faire nouvelles rechercbes par la ville pour le faict des harmes. Et estoit on tous les jours en craincte de grandes allarmes. Mais ce fut encoire pis quand on vint la sepmaine d'après pasques, pour ce que l'on estoit en craincte que les princes vindrent siéger la ville, pour autant que c'estoit à monsieur le maraissal, nostre gouverneur, qu'ilz en vouloient le plus. Les causes pourquoy les princes avoient quicté la court estoient qu'il

(1) Pages, iv, 282. — De Court, 1, 804.

(2) De Court, 1, 805..

vouloient retarder le mariage du Roy à la fille d'Espaigne jusques et à tant qu'il seroit en aage de discrétion, et vouloient que ledit sieur maressal sortit de la France pour ce que la Raine l'avançoit trop à leur gray, et aultre formalité pour quoy ils demandoient à tenir les Estats. Et pour cest effaict furent depputez les sieurs cardinal de Joieuse et du Perron avecq le président Jannin et le président de Tours.

Le samedy xije apvril, il vint ung bruict que l'on avoit accordé aux princes ce qu'ils demandoient, sçavoir que le mariage du Roy seroit retardé, et que les Estatz seroient tenus.

Pour cest effaict fut faicte la procession generalle le dimenche xnj du dit mois, là où fut porté le vénérable cbef de monsieur St.-Jehan-Baptiste, pour prier à Dieu qu'il luy plaise regarder la France en pitié, quy estoit sur le poinct et en grand danger de grand desordre, de guerre civille, et particulièrement sur ceste ville d'Amiens, à cause de monsieur le gouverneur quy estoit mal venu des princes.

Durant ce temps c'estoit pityé en la ville, d'autant que les marchans n'acheptoient aucune marchandise, sinon bien peu, au pris qu'il offroient au saieteurs avecq grand perte. Je vous donne à penser, quand la saieterye est déballée (1), que c'est du reste. Nostre Dieu y pourvoira, s'il luy plaist.

Durant le temps que mondict sieur le gouverneur estoit

(i) Expression picarde pour dire tombée, désorganisée ; d'où dé~ baîlation, désorganisation, crise.

en ceste ville, plusieurs marchans tant de ceste ville que aultres forins faisoient sortir par la rivière du cay grand nombre de bled, et encores que ledit bled ne vendit que xxxnj sous ou environ le septier et du meilleur, aucuns mutains, et la plus grande partye d'iceux des gens cœur faillis et cabartiers, se mutinirent en telle sorte qu'ilz s?en allirent plaindre à monsieur le mareschal quy estoit en la citadelle, tellement que, au retour d'icelle, iîz entrirent dans aucun desdits bastieaux et commencirent à piller le bled (1). Le bruit en estant en la ville, l'un y portoit des sacqs, aultres des mesures et cbauderons, aultres en emporte i (Mil dans leurs eh appeaux et manteaux, dont il y survint ung tel desordre qu'il y eust allarme à bon escient, et voulurent pillier et enfondrer les portes d'aucuns desdits marchans de ceste dicte ville quy avoient fet sortir partie dudit bled, dont l'on fut contraint de fermer les bouticques, et en grande dilligence chacun aller armé en son cartier. Mesme ledict sieur le gouverneur vint sur ledict cay pour pensant faire retirer le pœuple, mais il n'en seut venir à bout. Et après que le tout fut appaisé, messieurs estant informez des principaulx haulteurs du desordre, les envoiirent prendre prisonniers et furent punis corporellement du foit en réparation, d'aultres quy sortirent de la ville furent pendus en effigies.

Le bled qui fut pillé estoit appartenant à des marchans forins, dont messieurs de la \ ille leur rendirent leur argent.

(1) Ce mouvement, dit une note écrite en marge, eut Heu le mardi, 29 avril 1614, vers 9 heures du matin. — Pagès, iv, 296. — De Court, l, 805. Reg. de l'Èchev., 29 avril 1614.

Mondict sieur mareschal fut en ceste ville jusque au mois de may, lequel s'en retourna à la court où estoient les princes quy estoient sur le poinct de leur accorder.

Le samedy, veille de monsieur St. Laurent, audict an vic xmj, monseigneur le duc de Longueville, gouverneur, vint en ceste ville prendre possession de son gouvernement de ceste province de Picardie ( 1 ) , lequel entra par la porte de Beauvais accompaigné de grand nombre de noblesse, et le lendemain dimenche après-midy monseigneur le conte de St. Paoul, son oncle, entra par la porte de Noion, accompaigné de mondict sieur de Longueville, quy estoit allé au devant.

Le jour de. monsieur St. Firmin le martyr, patron de ceste ville, monseigneur le duc de Longueville dina à l'hostel de ville avecq messieurs du Roy et messieurs les eschevains (2), là où fut faicte grande resjouissance et démonstration de grande joye, toutes les enseignes des 'compaignyes estans desploiées aux fenestres dudict boslel de ville et aux lieux plus proches aux environs, le pœuple louant Dieu de voir ung prince encores sy jeune, sy courtois et débonnaire, demonstrant tant de courtoisye et d'amityé aux bourgeois. Mais ladicte joye fut bien tournée en crincte le lendemain au matin. C'est assavoir que mondict sieur de Longueville allant à la messe aux Celestins, passant par dessus le pond nœuf qui ferme la citadelle contre la ville, voulut faire rompre les ceignes (3)

(1) Henri d'Orléans, duc de Longueville, né à Amiens le 28 avril 1595, venait d'atteindre sa majorité. Pagès, iv, 207.— De Court, i, 806.

(2) Ibid. Mémoires de Fontesay-Mareuil, 1615.

(3) Chaînes.

dudict pond, ce quy fut empesché faire par les gardes, tellement qu'il y en eust qui tinrent leurs espées et presentirent leurs armes tant sur mondict seigneur de Longueville que sur ceulx quy estoient à sa suitte, et en toute dilligence envoia quelques uns des siens par tout la ville crier : Harmes ! Harmes ! Harmes î Le pœuple tout estonné, ne pensant que c'estoit, demandoient les uns aux aultres que c'estoit. Les uns disoient mondict sieur est tué, les aultres disoient il est enfermé dans la citadelle, et sans songer davantage chacun alla en son cartier avecq ses harmes, et furent toutes les maisons fermées dilligemment, dont mondict seigneur remercia fort les habitans d'avoir esté sy dilligens pour son service.

Environ le mois de febvrier mil vjc quinze, les eaux furent desbordées au cay tellement que l'on ne pouvoit passer en plusieurs endroicts, comme en la possonnerye de doulce eaue, au moulin aux harmures (!) et aultres lieux aux environs. Les pères et mères faisoient laver les mains à leurs enfants sur le cay à ladite eaue quy estoit débordée, et proche des maisons, pour souvenance ausdits enffans d'avoir veu telles choses non accoustumées, et entre aultres je fis laver celles de Jehan Patte, notre fils, tout proche de la maison de Alexandre le Vielle, brasseur, le te-

(1 ) Ce moulin aux harmures était établi sur l'eau du béguinage, près la poissonnerie d'eau douce ; il ne le faut point confondre avec le Moulin Taiilefer. près de l'Hôtel-Dieu.

nant parderrière avecq ses habillemens ( 1 ) . Mais, en recompense, Testé de ladite année se passa sans pleuvoir, sinon fort peu, tellement qu'il fut peu de grain de mars, estant toutesfois assez honnestement de blé.

Mémoire que Fan 1635, au mesme mois de febvrier, que les eaus furent encores plus desbordées jusques dans les maisons, jusque à my jambes et jusque aux genoulz en certain endroict, et ne pouvant aller aux rues d'environ les rivières que avecq des bateaux. Ladite eaue surpassoit plusieurs des ponts, quy dura buictou dix jours. Je y feist laver les mains à Marie B acquêt, à Cirille, à André et à Adrien Lequien et leur donnay du pin d'espice et un pain blanc chacun (2).

La nuict d'entre le jœudy et vendredy quy estoit la sepmeine de la passion, ij etnje jour d'apvril 1615, environ sur les deux heures de la nuict, il vint quelque soldarts frapper à la porte de M. Pingré, premier eschevin de ceste ville (3). La servante estant esvillée vint à la porte demander quy c'estoit. A laquelle fut faict response : « Je veux parler à monsieur de la part de madame la ducesse de Longueville. » Et incontinent que ledit sieur Pingré en fut adverty, print sa robbe et vint à ladite porte pour parler à celluy quy se renommoit de la part d'icelle dame (4).

(1) Cette maison, qui existe encore, forme le coin de la rue Sainte- Yéronique, sur le quai. Pages, m, 222. Note de M. L. Douchet.

(2) Pagès, ni, 223, parle avec grands détails de cette, inondation qui fut telle que les eaux montèrent jusqu'au grand autel de l'église des Minimes et que le service divin en fut interrompu.

(3) Pagès, iv, 296. — De Court, i, 807. — Échev. du 3 avril 1615.

(4) Antoine Pingré, avocat, habitait rue des Orfèvres.

Mais ladicte servante aiant ouvert deux veret, y en aiant ung troiziesme quy ne fut sy tost ouvert, et aiant la clef dans la seruze, quy estoit à double ressort, ladite clef n'aiant fet encore qu'un tour, il fut entendu par ledit sieur Pingré une voix qui dict : « Ouvre ». Et pensant que ladite porte fut ouverte, pousirent icelle avecq rudesse. Mais ladite servante estant advertie par son mettre ne bougea, et aussy aiant ouy ledit bruict ne tourna poinct ladite clef davantage, tellement que miraculeusement ladite porte ne fut poinct ouverte. Et voiant par ceulx quy estoient attendant l'ouverture de ladite porte qu'ilz estoient frustrez de leur entreprise, ne se seurent contenir de tirer trois coup de pistollez aux environs de ladite porte. Mondict sieur le premier quy ne pensoit à telle chose ny à sy grande compagnye à sadicte porte, fut bien estonné et esmer ville au bruict desditz trois coupz de pistollez. Plusieurs des voisins furent esvillez, lesquelz aiant regardé aux fenestres, descouvrirent dix ou douze hommes armez quy s'en retournoient \ers le marché. Et pour cest effect en furent fulminez et déclarez excommuniez par toutes les paroisses de ceste ville tous ceulx qui avoient congnoissance de ceulx quy avoient empris ung tel assassinat à faulte de l'avoir déclaré suivant les admonisions quy en avoient esté fêtes par plusieurs dimenches.

La vérité est que plusieurs avoient oppinion que c'estoient soldartz de la citadelle, pour autant que durant les jours gras monseigneur le duc de Longueville avoit couru avecq plusieurs de sa suitte la bague au long du mur proche des Augustins, et après fut tiré à ung facquin. Quelque jaseur alla reporter à la citadelle que aulcuns des

habitans avoient dict que ledit facquin n'estoit point ung cloutier, mais ung mareschal , par mocquerie, à cause de la personne de monsieur le mareschal gouverneur de ceste ville ; et, pour ce subject, monsieur de Haulteclocque, lieutenant d'icelle citadelle, envoia quérir mondit sieur le premier, luy disant que l'on se déporta de telles mocqueries que l'on faisoit de la personne de monsieur le gouverneur. Auquel fut respondu par M. Pingré que luy ny personne des messieurs du corps de ville n'avoient congnoissance detelzrapportz,ets'ilz pouvoient nommer aucune quy eust tenu telz propos, que l'on en fairoit telle justice que de raison, et aultre discours qu'il fut tenu entre eux, dont il y eust quelque mécontentement quy estoit la cause que l'on avoit telle oppinion. Quant à moy, je m'en rapporte à chicho. A ce quy en est. Ledit vendredy estoit le sermon de la résurrection de Lazare. Partant ledit sieur Pingré doibt pour le présent estre nommé Lazare, pour avoir eschappé miraculeusement ledit jour d'un tel naufrage.

Le dimenche jour des Ramieaulx devant pasques flouries, des deulx à trois heures du matin, furent descouvert dix ou douze soldartz tout harmez au cler, quy avoient une mèche allumée attachée au bout d'une picque pour mettre le feu dans un gros petart quy estoit attaché au bout d'une eschelle au bout de la vue des Jardins, contre la paroic du derrière de la maison de l'Escu de Brestingne (1). Ledit petart estoit attaché justement à l'endroict de la couche de Mr Bonnivet, quy estoit logé en la-

(1) L'Hôtel de YÉcu de Bretague était situé à l'angle de la rue des Jardins, aujourd'hui des Capucins, et de la rue de Beauvais.

dite maison de l'Escu de Bresteigne (1). Lesquels soldartz voiant qu'ils estoient descouvert, furent contrainetz leurs en fuir laissant tous leurs esquipages, craindant d'estre congneuz. Dont en furent fulminez et jesté sentence d'excommunication par les paroisses, avecq celle de M. Pingré, premier eschevin , contre ceux quy en scavoient à parler ou congnoissoient d'ieeulx.

Environ le commenchement du mois de juillet, fut exécuté au marché au blé ung soldart italien de la garnisson de la citadelle pour estre, contrairement à l'ordonnance, d'avoir tiré les harmes et fort blessé de plusieurs coupz de poignart ung jeune garson serviteur de monsieur Charles Le Bel, appoticquaire (2), demeurant en la rue des Yergeaux, laquelle mort fut fort amere à ses camarades (3).

Le jour de la Magdalene, sur les unze heures de midy, M. de Proville, sergent major de ceste ville (4), retournant de la citadelle, estant passé le pond quy ferme ladite citadelle contre la ville, ledit sieur rendant la salutation à ung soldart italien nommé Alfonce, quy le saluoit, ledit

(1) Pages iv, 297. — De Court i, 808.

(2) M. Janvier, (Le meurtre de Prouville, Mém. de la Soc. des Antiq. de Pic., t. xvin, p. 29,) l'appelle Nicolas. Cet apoticaire, qui fut maître du Puy en 1599, est-il le même que Charles. Pages, De Court, Daire, l'appellent simplement le Bel.

(3) Pages iv, 298. — De Court i, 813.

(4) Pierre de Prouville, chevalier, seigneur de Hangart, avait épousé Marie Bochart de Champagny, veuve de Guillaume de Gomer, seigneur de Cuignières.

Alfonce tout soudain de traiyson frappa ledit sieur de Prouville de deulx grandzcoupz depoignart tout à travers du corps, dont soudain qu'il fut descendu de son cheval à l'aide de ceulx quy y estoient, mourut. Et ledit italien s'enfuit dans la citadelle, au quel lieu il fut tenu prisonnier par M. de Haulteclocque, lieutenant en icelle.

Sytost que les nouvelles furent entendues en la ville, messieurs de la justice se transportirent audit lieu pour enlever le corps et demandirent à mondit sieur de Haulteclocque ledit assasinateur pour luy faire son procès. Mais il leur fut fet response qu'il le representeroit lorsque monsieur le mareschal gouverneur en fut adverty, et qu'il l'eut aincy ordonné. Et, trois jours après, ledit sieur de Haulteclocque sortit de nuict de ladicte citadelle par la porte de derrière , quy emmena ledit Alfonce avecq trois ou quatre solda rtz. Je vous donne à penser quel droict de justice.

Ledit Alfonce et Haulteclocque furent pendus par effigie sur ledit pond, par arrest de la Court de Parlement, sur la poursuite de la veuve dudit sieur de Prouville (1 ).

Durant ledit temps c'estoit grand pityé par tout la France à cause que les princes de Condé, les duc de Longueville, deSt-Pol, deMaienne et de Boullon vouloient différer le mariage du Roy à la fille d'Espeigne et demandoient à asseurer l'Estat auparavant de partir audit voiage, ce que ne vouloit faire la Raine ny le Conseil, tellement qu'à

(H Pages iv, 299. — De Court i, 813. — Janvier, le meurtre de Prouville. Mém. de la Soc. des Antiq. de Pic. xvni. — Mém. de Fontenay- Mareuil, 1615.

ceste occasion l'on craindoit fort la guerre et particulièrement l'on estoit en ceste ville en plus grande angoisse et doulleurs que ailleurs, à raison de la division qu'il y avoit entre monseigneur le duc de Longueville, gouverneur de la province, et mondit sieur le mareschal, gouverneur de la ville et citadelle, quy menassoient tous les jours de tirer l'un sur l'autre.

Le dimenche ije jour d'aoust mil six cent quinze, M. Pingré, premier eschevin, estant au sermon à Nostre Dame, il luy fut apporté une lettre de la part de monsieur Nareslant (1), lieutenant delà citadelle (2), par laquelle il luy estoit commandé à luy et aux eschevins, sy tost la présente receue, ne faire faulte d'aller en la citadelle trouver ledit sieur Narestant, quy avoit esté envoié pour commander en icelle depuis la sortye de monsieur de Haulteclocque, à cause de l'asasinat fet à monsieur de Prouville, comme il est dict cy devant. Mondict sieur le premier aiant sy tost communiqué ladite lettre ausdits eschevins, se transportirent à la mesme heure en ladicte citadelle, en laquelle ils trouvirent tous les soldartz harmez tout au cler et quy estoient en grand nombre. Là où estans, ledit sieur Narestant leur monstra lettres tant du Roy que du Conseil par laquelle il leur estoit commandé ne donner aucune entrée en la ville au prince de Condé, au duc de

(1) Jean Claude , marquis de Nerestan, mort au siège de Turin en 1G39, avait épousé en 1615 Eimemonde-Joaehime de Harlay, qui se remaria en 1G42 avec Charles des Essarts, marquis de Meigneux.

(2) PAGÉS iv, 395. — Daire l, 403.

Registre de i'Eckevinage, 2 août ICI 5.

Longueville, conte de St-Pol, au duc de Maienne et au duc de Boullon, et leur estoit fet deffencesur peine d'estre déclaré rebelle et de la vie, de ne prendre les bar mes en la ville que par le commandement de monsieur de Longueval. Messieurs ce voiant furent bien estonnez et apportirent lesdites lettres dans l'hostel de la ville, là où ils tindre conseil sans en rien communiquer à monseigneur le duc de Longueville, d'aultant que la pluspart des babitans estoient affectionnez à son service, et craindoient que l'aiant adverty que le peuple ne Fencouragast et que l'on eust fet des baricades avant la ville pour tenir fort allencontre de ladicte citadelle, comme de fet il en fut fet quelques uns aux environs de la belle croix, aiant eu quelque bruict de l'affaire.

Quant ce vint sur les unze heures, que le pceuple retournoit des messes paroissiales, la plus part n'aiant ouy parler de rien ouirent le bruict que messieurs du Roy et de la ville estoient au conseil en l'hostel de la ville, lesquels avoient envoié advertir les cappitaines des quartiers de prendre xxv ou xxx hommes de chacune compaignie et aller en leur quartier, et que l'on ne feit rien sans leur commandement, Ton demandoit les uns aux aultres que c'estoit, Ton ne savoit que respondre. Enfin le conseil estant tenu, il fut publié audit hostel de ville et aussy tost aux carfours ordinaires par monsieur le greffier de la ville lesdites lettres et commandement du Roy et du Conseil par lesquelles, entre aultres choses, estoit dict : attendu le refus qu'avoient fet lesditz prince de Condé, duc de Longueville et aultres cy devant nommés d'aller assister le Roy en son voiage de Guienne

pour aller rencontrer la fille d'Espaigne qu'il pretendoit espouser, que l'on faisoit deffences de par le Roy ne leur donner aucunes entrées aux villes à peine d'estre déclaré rebelle et ne poinct prendre les harmes en la ville que par le commandement de monsieur de Longueval sur peine de la vie. Tellement que le poeuple une heure auparavant ladite publication quy eust voulu mourir sur le pavé pour deffendre mondict seigneur de Longueville, n'osa plus aucunement se remuer, et chacun s'en retourna tout quoy en la maison.

Mondict seigneur le duc de Longueville, quy avoit assisté à la procession generalle quy s'estoit fete à cause de la confrairye de monsieur St. -Sebastien, et après icelle ouy la grande messe en l'église Nostre Dame, quy n'avoit esté adverty, comme il est dict cy devant, et aiant enfin quelque advertissement, partit de son logis des trois cailleux pour venir à l'hostel de ville sçavoir que c'estoit (1). Mais il fut rencontré par aucuns de ses amis quy luy dirent :

« Monseigneur, la plus part des habitans de la ville mourront pour vous ; mais, s'il vous plaist, vous feres mieux de sortir, attendu que ce seroit une ville perdue et en danger de tout mettre au feu et au sang. » A quoy l'on dict qu'il feit responce qu'il ne vouloit poinct qu'à son subject que la ville fut en danger. Lequel s'en retourna en sy grande haste qu'il s'en alla droict à pied jusque hors la porte de Noion, là où luy fut mené son cheval, et s'en alla droict à Corbye, à cause queMr de Riberpré, quy en estoit gouverneur, estoit en sa compaignye. Et par ce moien la

(1) Pages iv, 307.

ville "eschappa ce jour là d'un grand danger de ruinne, attendu que ceulx de la citadelle estoient près de sortir et de lâcher le canon sur la ville et de donner ail arme sur les habitans. Dont les bourgeois remercirent Dieu de nous avoir préservé, sauf que le poeuple estoit fort triste que mondict seigneur de Longueville n'avoit estéadvcrty plus tost, à telle fin qu'il s'en fut allé plus honnorablement. Incontinent après, la saieterye fut desballée, quy fut cause que plusieurs ouvriers et aultres cœur faillis se retirent pour leur faire enrouller à Corbye.

Le mercredy ve audit mois d'aoust, il fut fet commandement à xxv hommes de chacune compaignyes previliegées d'aller assister quelque nombre de souldart quy estoient partis peu auparavant pour leur rendre maistre du chasteau de Piquigny, craindant qu'on leur feist audit lieu quelque résistance, dont les pauvres femmes desdicts previlliegés pleuroient à larmes à bon escient. Mais elles furent bientost appaisées, attendu que estans à my chemain on leur envoia dire dudit lieu de Piquigny que l'on n'avoit plus que faire d'eulx, et que l'on leur avoit fet ouverture dudit chasteau, quy fut cause que lesdites pleurs furent tournées en joye, voiant de retour sy tost leurs ditz mary.

Le lendemain joeudy vje dudit mois, M. le mareschal d'Encre, gouverneur de ceste ville, arriva par la porte de Beau vais des cincq heures du matin. Dieu luy donne bon conseil de nous bien gouverner sans moleste, et aussy à nous de nous bien maintenir en nostre debvoir et espérer plus en Dieu qu'aux hommes !

Le dimenche xvj d'aoust 1615, attendu que plusieurs

n'avoient point à travailler, l'on sonnit le tambour quiconque vouldroit aller le lendemain travailler à la citadelle, que l'on paieroit argent contant.

Et le lendemain Ton feit aussy sçavoir que tous ceuîx quy se vouldroient faire enrouller pour porteries harmes, qu'on leur donneroit huict sols par jour.

Durant ce temps M. le prince de Condé estoit à Coussy, avecq lequel se retiroit ung grand nombre de la noblesse ; et M. de Longueville à Corbye, avecq lequel il y avoit aussy beaucoup de noblesse du pais, et attendoient l'issue de la volonté du Roy et de la Raine, sçavoir s'ilz partiroient pour leur acheminer en leur voiage pour le mariage du Roy, contre la volonté desdictz princes quy demande) ient à asseurer Testât et de donner hordre aux abus quy se commettoient, paravant que partir audit voiage. Pendant lequel temps la France estoit en branne (1) et particulièrement la Pycardie et plus que tout ceste ville d'Amyens, à cause de la jalousie qu'avoient les princes contre M. le gouverneur de ceste ville. Et disoit on que sy tost ledit partement faict, que lesdits princes declareroient la guerre ; et, le pis qu'il y avoit, le tout sefaisoit soubz le nom et pour le service du Roy, tant d'une part que d'aultre.

Le lundy xvij jour d'aoust, le Roy et la Roine partirent de Paris pour aller en Guienne recepvoir la fille d'Espaigne. Le tout soit à la gloire de Dieu et au bien et repos de la France !

Cedict jour il fut publyé à son de trompe deffence de

(1) Branle, agitation, rnouvcmeiil

faire sortir aucun vin delà ville sans permission. Cequy se faisoit aussy de toutes aultres marchandises. Laquelle permission l'on ne pouvoit avoir qu'avecq grand peine, quy estoit cause qu'il ne venoit guerre de marchand pour achepter.

Le dimenche xxnj d'aoust, il entra en ceste ville grand nombre de cavallerie qui furent logez sur les hostelleries dont il y en avoit partout grande quantité, lesquels ne vouloyent rien paier que suivant la taxe du Roy. Mais messieurs de la ville paioient le reste, quy fut levé sur le plat pais (1).

Le samedy xxixe d'aoust, jour de la feste de la decolation de monsieur St.-Jehan-Baptiste, monsieur le prevost des maressaulx fut en grand danger de subitement estre garanty du mal des fieuvres (2) . Ce fet est que monsieur le maressal gouverneur l'avoit avecq ses gens envoyé le matin quérir et pour amener prisonniers non pour meurdre ni larchins, mais pour quelqu'opinion ou mécontentement à cause du malheur du temps, monsieur de Fermenbrun. Mondict sieur le prevost estant arrivé audit lieu , ne peut prendre ledit seigneur, lequel se meist en deffence et enfin trouva moien de se sauver. Mondict seigneur le gouverneur en estant adverty, sur l'opinion qu'il avoit que ledit prevost des maressaulx n'avoit fet son debvoir, envoia quérir l'exécuteur de la justice, en attendant que ledit sieur prevost reviendroit luy faire son rapport de ce quy s'estoit passé. Mais sy tost quy se presenlist devant luy,

(1) Échevinage des 18, 19 et 26 août.

(2) Pages, iy, 310. — De Court, i, 816, dit Prevost des marchands.

jura qu'il seroit pendu à la mesme heure, et aiant fet apporter par ledit exécuteur une eschelle à une pontence qu'il avoit faict planter peu auparavant tiu devant de la citadelle, commenda audit exécuteur de l'exécuter. Et ledit sieur prevost demandant miséricorde , ne luy voulut octroier. Et enfin demandant confession, l'on dict qu'il luy respondit : « confesse toy toy mesme. » Enfin n'aiant plus d'espérance sinon que de mourir, sur la grande instance et prière que firent plusieurs gentilzhommes audit sieur le maressal, il se modéra et le renvoia. Je vous donne à penser en quel estât de craincte et de saisissement.

Le vendredy mje septembre, il fut publié de par le Roy et de monsieur le mareschal d'Encre, gouverneur, commandement fet aux femmes et enffans de ceulx quy sont sortys de ceste ville pour aller à Corbyeleur faire enrouller sous charge de capitaines quy n'ont nulles charges du Roy, qu'ilz aient à sortir hors la ville en dedans trois jours, sur peine de cincq cens livres d'amende, la moityé à l'acusateur, et de punition corporelle.

Le samedy xxvje septembre 1615, il fut publyé au son de la trompe ung esdict toutes les chambres assemblées par lequel l'on declaroit le prince de Condé et aultrcs princes quy estoient avecq luy, sy dans ung mois ilz ne se retiroient avecq le Roy et ne rendoient les villes qu'ilz tenoient, criminel de leze Majesté.

Le vendredy ije doctobre, il sortit de ceste ville grand nombre de gendarmerye quy alla à Dours (1). Lequel lieu fut fortiffié par le moien des paisans de tous les villaiges

(]) Daours, canton de Corbie (Somme).

d'icy aux environs, quy y alloient travailler à corvée. Auquel Dours il ont tenu fort allencontre de Corbye jusque à la paix publiée. Et fut envoyé aussy par monsieur le mareschal d'Encre plusieurs regimensàVillers ( i ) , àSally (2), à H cil y (3) et à Querieu (4), pour tenir court ceulx de Corbye, lesquels y ont tous esté durant l'iver avecq grande pauvreté, et ruine total le de tout le pais. Ceulx de Villers furent ung jour de Nostre-Dame des ad vents surpris du grand matin par ceux de Corbye, auquel lieu il y en eust grand nombre de tué, entre aultres trois ou quatre braves capitaines.

Peu auparavant, ce fut le xvje d'octobre, l'on emporta tous les eschelles de ceste ville que l'on peut trouver par tous les églises, pour une entreprise sur le Chastcllet, mais elle y demeu rirent dans les fossez (5).

Environ huit jours devant la Toussaint, l'on feist commandement aux compaignyes previllegiées de ceste ville de conduire le cannon pour aller à Clai remont (6). Mais

(1) Villers-Bretonneux, canton de Corbie (Somme).

(2) Sailly-Lorette ou Grand-Sailly, canton de Bray (Somme).

(3) Heilly, canton de Corbie (Somme).

(4) Querrieux, canton de Villers-Bocage (Somme).

(5) Pages, iv, 314. — De Court, i, 818.

(G) Pages, iv, 314. — Le registre de l'écliev. 12 nov. 1615, contient une requeste du sieur Marchand, sieur de TEspine, capitaine des arbalétriers, demandant condamnation à l'amende contre les arbalétriers qui n'avaient point obéi à cet ordre. Le conseil accorde, et il les condamne à une amende dont moitié est adjugée à la compagnie, moitié en aumônes aux couvens de la ville. Suivent les noms des défaillants. Le

vous pouvez croire que ce fut avecq grande lamentation et effugion de larmes des pauvres femmes. S'il se fut trouvé des marchans pour achepter lesdites places , l'on en eust eu à bon marché. Mais on les renvoia le lendemain, quy fat cause d'aultant de joye que de tristesse. (Ladite ville se rendit à composition après avoir enduré le camion, mais il y en eust bien de tué ( ! ) .

Durant ce temps c'estoit grand pityé pour la grande ruine du pais et mes me de ceste ville. L'on ne pouvoit gaigner sa vye, et sy l'on estoit sy fort molesté des gens de guerre, qu'il n'y eust maison quy en fut exempte ou peu s'en fauit,de ceux quy estoient des favoris, qay estoit cause qu'il y avoit sy grand nombre de pauvres qu'on ne sauroit croire, et ainsy se passa l'iver. (D'aultant que les soldartz vouloient qu'on les nourrit , il fut publyé le xxc d'octobre que l'on ne leur livreroit que le couvert et furniture de lict et mœuble.) Mais s'il y avoit de la pauvretté en ces cartiers, il y en avoit bien d'autre en Gascongne, à cause des grandes armées quy y estoient, tant de la part du Roy quy estoit à son mariage, que de la part des princes quy le poursui voient tousjours de près pour reformer Testât et faire la paix. Tellement que la France estoit fort troublée durant que le Roy espousa la Roine à quy Dieu donne bonne vye à son honneur et a a repos de la France.

Le Te Deum fut chanté à Notre-Dame, le dimenche

capitaine des arquebusiers n'est pas moins sévère, et. sur sa reqpiète le Conseil condamne aussi les récalcitrants le 22 novembre.

Reg. de l'Échevinage.

(1) Note marginale.

xx décembre 1615, pour la consommation du mariage du Roy. Mais, c'estoit tristesse, à cause du malheur du temps (1).

La malladye fut grande en Gascogne, tant en l'armée du Roy que en celle des princes, et mourut sy grand nombre d'une part et d'autre, qu'ilz furent contraintz de faire publier une cessation d'armes, laquelle fut publiée par toute la France à commencer au premier jour de febvrier jusque au dernier jour dudit mois, espérant durant ledit temps de faire la paix. Mais il se trouva tant de difficulté a ce faire, que ladite cessation d'armes fut prolongée jusque au xve mars, encore jusque au xxve dudit mois, et après jusque à la veille de pasques, et mesme encore à plusieurs fois jusque au mois de may. Tellement que sy ce n'eust esté par grande nécessité de la ruine totalle de la France, l'on ne se fut poinct accordé. Mais en fin la paix fut publiée en ceste ville le deuziesme dimenche de may à l'heure que l'on chantoit vespres à Nostre Dame.

De faire icy note de tous ce quy s'est passé depuis le mois d'octobre en cruauté et meschansté, il fauldroit ung plus gros livre que cestuycy.

Les soldartz tant d'une part que d'autre ruinoient tous les villages où ils logeoient, d'aultant qu'ilz se faisoient traicter à gogo et couchoient à la roialle, tant les uns que les aultres, ensemble en ung mesme villaige, à cause de ladite cessation d'armes.

(1) Pages, iv, 315.

Mais depuis la paix publiée, l'on n'estoit encores en ceste ville qu'en tristesse, à cause que l'affaire de M. de Loiigueville pour la Pycardie n'estoit poinct encore raiglée. L'on luy avoit baillé par le traicté de la paix le chois de la Picardie ou de la Normandie. Mais pour tout cella, le Roy et la Raine mère luy faisoient grandes offres pour luy faire quicter le gouvernement de la Picardye et de prendre la Normandie. Mais il n'y voulut jamais entendre, quy estoit cause que l'on estoit de jour en aultre en ceste ville en danger de se couper la gorge, les gens de guerre de la citadelle allencontre des habitans, attendu que ladite citadelle tenoit pour monsieur le mareschal d'Encre, et que plusieurs, et la plupart desdits habitans desiroient le retour de M . le duc de Longueville pour estre hors de servitude d'estrangers. Car l'on estoit en telle servitude que sy tost que quelque bourgeois disoit quelque parolle quy n'estoit à leur gray, quy leur estoit aussy tost rapportée, ilz ne faisoient quemenasser de tuer, de tirer le cannon, et d'envoier des soldarts, et de faict il en fut envoié en plusieurs maisons des bourgeois pour eux faire trester à discrétion, jusques au nombre de huict en aucune maison, six en d'aultre, quatre en aultre, selon la qualité et commodité desdicts bourgeois. Quy fut cause que plusieurs de ceulx quy estoient affectionné pour le service du Roy et de la patrie, désirant le retour de M. de Longueville estoient sur le poinct de sortir de la ville pour aller demeurer en aultre lieu, et fut attaché quelque escript h aucune maison, portant ces mots : « à vendre suis présentement. » Chose quy donnoit occasion de plus grande tristesse à plusieurs.

Le mercredy, xxixe juing 1616, jour de S. Pierre et de S. Pol, sur les six heures du soir (1), trois ou quatre ivrongnes desoldarts estant au grand marché, l'un d'eux donna ung soufflet à ung simple homme quy ne pensoit

(1) Pages, iv, 321. — De Court, i, 820.

On lit au registre de l'échevinage, le 29 juin 1616 :

« A raison de l'émotion arrivée en cette ville ce jourd'huy au soir par l'insolence et outraige commis par aucuns soldats de cette garnison et laquelle émotion est par la grâce de Dieu appaisée,de crainte que le cappitaine des soldats quy s'est comporté fort mal en ceste affaire, a esté ordonné que le plus diligemment que faire se pourra M. le prevost fera un voiage en court pour faire entendre au Roy, à la Rayne sa mere et à nos seigneurs de son Conseil le fait de ladite émotion, et requerra que la justice en soit faite. — Sy a esté ordonné que M. le lieutenant criminel sera prié d'informer de ladite émotion des demain au matin le plus diligemment que faire se pourra. — Le lendemain M. Hanicque, conseiller et avocat du Roy au bailliage d'Amiens, était commis pour cet effet avec le prevost royal; ils devaient s'adresser d'abord au maréchal d'Encre, et aviser ensemble ce qu'ils auraient à faire. — Le 2 juillet on reçut une lettre du duc de Longueville qui avait entendu parler de la rumeur et mandait qu'il s'acheminait en la province pour empêcher ce qui pourrait arriver; et demandait qu'on lui envoyât les détails à Abbeville où il se rendait. Le Conseil, qui craingnait de nouveaux conflits, ordonna « qu'il seroit escrit à Mgr. pour le remercier très humblement de la bonne volonté et affection qu'il porte à la ville et luy manda succinctement le faict, et pour luy porter ladite lettre M. le lieutenant criminel a esté député, lequel poeult plus particulièrement donner à entendre à Mgr. le faict de ladite émotion, parce qu'il y a informé. » — Ce voyage produisit peu d'effet, mais, le 5 juillet, il fut décidé que l'on pairait à Laurent et Robert Warin, père et fils, charpentiers, qui avaient été blessés, deux sestiers de blé et 32 sous, et à Jean de Béthune, chirurgien, qui les avait soignés, ce que lui devaient les blessés.

poinctàeux. Ung aultre soldart quy n'estoit de leur caballe, print la parolle leur disant pourquoy il avoit frappé ce pauvre homme quy ne leur demandoit rien, leur en allant jusques au petit marché tousjours disputant. Enfin les quatre soldartz arrachirent l'espée de cestuy quy n'estoit des leurs. Enfin l'on feit tant que son espée luy fut rendue. Mais plusieurs murmurant de ceste affaire, plusieurs gardions estans sur le cay commencirent à leur huer et ruer des pierres. Mais lesdits soldartz estans dans la citadelle donnirent à entendre à M. de Haulteclocque, quy y estoit de retour, depuis qu'il avoit emmené Alfonce, assasinateur de M. de Prouviile, ce que bon leur sembla à leur advantaige, quy fut cause que ledit sieur de Haultecloque feit tirer sur la ville ung canon chargé à balle, et envoya nombre de soldartz avecq leurs harmes, et estans sur le cay et au petit marché frapirent et blechirrent plusieurs habitans quy n'avoient aucunes harmes. Quy fut occasion que plusieurs habitans prendre les leurs pour résister ausditz soldatrz. Mais le tout se passa ainsy tellement tellement, et en furent faictes le lendemain les informations par lesquelles fut trouvé que le tout retournoit à la confusion desditz soldartz.

Durant ce temps, M. de Longueville estoit à Trye, quy estoit tousjours près de quiter la Picardie, comme dict estcy devant. Mais, pour faire croire qu'il ne la vouloit quicter, se délibéra de s'acheminer en la ville d'Abbeviîle, auquel lieu il y arriva le samedy au soir, deuziesme jour de juillet, au grand contentement des Abbevillois (1 ). Quy fut cause qu'ilz estoient plus glorieux que devant.

(1) LoUANDRE. Histoire d'Abbevillc, II, 97.

Le samedy xvie juillet 1016, les articles accordez par le traicté de la paix furent publiées au marché au bled et au grand marché La chandelle fut allumée pour parfaire ladicte publication, à cause qu'il estoit fort tart et que les articles estoient fort longues. Et le lendemain dimenche, à midi, au coin de St. -Martin, et aussy au balliage, le mercredy suivant. A Dieu en soit la gloire et au repos du poeuple !

Au commencement du mois d'aoust, audit an, en exécution de l'arrest de la court de parlement, Haulteclocque, commandant en la citadelle de ceste ville d'Amiens, fut adjourné à son de trompe par les carfour de ceste ville à comparoir à trois briefs jours, faulte d'avoir peu estre appréhendé au corps, pour avoir par ledit Hautecîoque sauvé et conduit es Pais Bas un italien nommé Alphonse quy a assasiné, dès le jour de la madeleine 1615, le sieur de Prouvilîe, sergent major de ceste ville, lequel Alfonse auroit commis ledit assasinat près du pond Dollent, proche delà citadelle, et s'estant sauvé dans ladite citadelle, auroit esté emmené nuitament esdits Pais Bas par ledit Haullecloque ; et, à cause des troubles quy auroient duré jusque à présent, la vefve dudit sieur Prouvilîe n'avoit peu en faire poursuitte à cause que le marquis d'Encre l'empeschoit, et lequel adjournement à trois brief jours auroit esté fet par un sergent de St. Ricquer assisté du trompette de monseigneur le duc de Longueville, envoyé esprès de la ville d'Abbeville par mondit sieur le duc, pour le refus des sergens et du trompette de ceste ville, quy craingnoyent encores les gens dudit marquis.

(Depuis sentences d'excommunication furent fulminées par les églises de ceste ville au son de la cloche et extinction de la chandelle allencontre de ceulx quy en sçavoient à parler, et sur le commenchement da mois d'apvril 1617 ledit Haultecloque et Alphonce furent, par arrest de la court de parlement, pendu en effegie à une pontence quy fut dresée sur ledit pont Dollent, à l'endroict que ledit assassinat avoit esté commis).

Le jœudy unzieme jour d'aoust, monsieur le duc de Monbason [i) gouverneur de la ville et citadelle d'Amiens au lieu dudit marquis d'Encre, est entré en ceste ville en poste [2], et le lendemain, sur les dix heures du matin, s'est emparé de ladite citadelle, y aiant fet entrer ses gens et faict sortir ceux dudit marquis d'Encre, au grand contentement de la pluspart des habitans d'Amiens quy s'estimoient bien heureux d'estre libérés desdits estrangers desquels ilz avoient receu milz îndignitez.

Au mesme temps monseigneur le duc de Longueville quy estoit à Abbeville, fut mandé par les habitans de Peronne pour les secourir allencontre des gens du marquis d'Encre quy estoient dans le chasteau de ladite ville, lesquels les vouloient gourmander . La où estant il feit

(1) Hercule de Rohan. duc de Montbazon, grand veneur de France, eut le gouvernement de la ville et de la citadelle d'Amiens avec la lieutenance générale de la Picardie, le 2 août 1616 ; il conserva ces deux emplois jusqu'au mois d'octobre 1619, qu'il devint gouverneur de Paris et de nie de France. De Court, h, 701-715.

(2) De Court, i, 820. — Rey. de l'Echeu. 23.25, 31 août 1616.

(3) De Court, i, 821.

rendre ledit chasteau et feit sortir ladite garnison, au grand contentement de tout la Picardie, saouf aucuns affectionnez du party dudit marquis d'Encre.

Le premier jour de septembre 1616, monsieur le prince de Gondé fut prins prisonnier de part le Roy et la Roine à Paris, desquelles nouvelles tous les mestiers en furent en debalation (1).

Le ije novembre fut publyé ung edict de par le Roy par lequel que tout ce que avoit fet monsieur le duc de Longueville àPeronne, sa majesté le tenoit fet pour son service (2).

Le dimanche xnje novembre vj° xvj, monsieur de Longueville entra par la porte de Noion au grand contente ment et joye des habitans, là où l'on luy feit tel honneur, saouf la palme quy se porte à l'entrée du gouverneur, l'on eust sceu mieux faire, d'autant que tout le pceuple alla au devant tant avecq ses harmes que sans harmes (3). Et le mercredy suivant s'en alla Abbeville et au pais de

(1) Le 3 septembre ou lut à l'échevinage deux lettres du Roy, l'une en datte du premier, l'autre du second, par la première desquelles sa Majesté mande les causes quy l'ont meu arrester Mg. le prince de Condé, et par la seconde il deffend de laisser entrer dans ceste ville le duc de Longueville. Reg. de VEchev.

Après cette lecture, il est ordonné que la garde de la ville se fera le plus exactement que l'on pourra, et sera augmentée tant de jour que de nuict, et que les chefs des portes seront mandés pour leur faire entendre la volonté du Roy.

(2) De Court, i, 821.

(S) Eche vinage des 1, 5, 12, 13 novembre 1616.

Boullenois, jusque au xixe décembre qu'il retourna en ceste ville.

Le lundy xxiij6 janvier mil vjc xvij, fut publyé un edict de par le Roy allencontre de monsieur de Nevers, M. du Meine, M. de Yendosme et de Boullion, par lequel s'ilz n'alloient à la court d'où ils estoient eschappé à la prise ' de M. le prince de Condé, ilz estoient déclarés rebelles, criminelz de leze majesté, et ce en dedans xv jours, et encores republyé le xvnj6 febvrier et aussy depuis, pour la troisième fois, déclarez criminelz de leze majesté eux et tous ceulx qui les suivoient et aderoient (1).

Enfin lesdits princes se tindrent fort dans les villes de La Ferre, Lan , Soisons , Cousy, Cbaulny, Noion , Pierrefon et aultres places.

Le Roy y envola des trouppes tant de France que du pais de Liège, lesquels prindre le fort de Pierre fon, lequel se rendit par composition le dimenche de quasimodo ou bien le lendemain que l'on faisoit la feste de l'annonciation de Noslre Dame.

Depuis lesdites trouppes allirent siéger la ville de Soissons, là où M. du Maine estoit dedans. Durant ce temps tout le pais estoit ruiné et sy l'on ne gaignoit poinct sa vye à cause des guerres.

Le lundy xxmj6 d'apvril 1617 (2), sur les nœuf heures

(1) Les lettres du Roy sont lues et rapportées à l'échevinage du 24 janvier 1617.

(2) Pagès dit le 27. iy, 323. Cette nouvelle intéressait trop Amiens pour qu'elle n'y arrivât qu'au bout de trois jours.

du soir, il arriva img courrier qui apporta nouvelle à Mr de Longueville que le marquis d'Encre avoit esté tué par M. de Vitry, par le commandement du Roy, et dont il y eust le lendemain, quy estoit jour de la feste de M. St.- Marc, grande resjouissance par toute la ville et le pais, à cause de la grande servitute que Ton avoit soufferte par luy et que à son occasion les princes de France estoient renduz esclaves et déclarez criminels de leze majesté. Dont plusieurs de ceste ville portirent des foeulles de loriel toutes vertes pour en faire le doeul.

Et sur les nœuf heures, monsieur de Longueville partit pour aller trouver le Roy.

Quand je ne serois qu'à escripre toute mavye touchant la mort du marquis d'Encre pour la grande joye et resjouissance quy s'en est ensuivy, je n'auroys point de temps assez, d'autant que tout le pceuple estoit comme en estase et en admiration d'entendre et de voir ce que l'on esperoit poinct, de voir dy je tout à l'instant les armées licenciées, les princes quy avoient esté déclarez criminels de leze majesté par les menées dudit marquis, les voir aller embrasser la cuisse du Roy pour faire court. Nous avons veu en la personne dudit marquis représenter l'histoire de Mardosée et de Aman, attendu que le marquis a esté le premier pendu au gibet qu'il avoit fet dresser sur le pond nef pour y faire pendre, disoit-il, tous ceulx quy parleroient mal de luy. Je toucheray la forme comme il fut pendu audit gibet. Aiant esté tué la veille St.-Marcq sur les dix heures du matin, fut enterré ledit jour dans l'église de St.-Germain d'Auxairrois. Et le lendemain, quy estoit le jour St.-Marcq, fut par les enffans de Paris desterré,

trinc avant la ville, pendu par les pieds, despendu, et tout le corps couppé par pièces et morceaux , et enfin bruslé, saouf aucuns morceaux que l'on a gardé pour souvenances de relicques de tiran quy soubz le non du Roy vouloit et croioit faire exterminer tous les princes, la noblesse et le pœuple de la France les uns contre les aultres, pour en après se rendre le maistre et de commander au Roy. Miracle des miracles, par toute la France et entre aultre sur la ville de Soissons quy es toit siegée et battue à coup de cannons et bien deffendue par Mr le duc du Maienne, dont il est aujourd'huy en grande réputation et honneur pour la bonne fidélité qu'il a porté au Roy et à tout la France, jusques au grand danger de sa vye. Pour faire fin l'on dist que Saul en a tué mil et David dix mil. sMai à la mort dudiî marquis quy se faisoit nommer maressal, toute la France quy tiroit à la mort a esté tout à l'instant resussitée et de servitude mise en liberté.

Ce faict, le Roy print la charge des affaires de son roiaulme et en remercia la mère Roine , sa mere , quy avoit advancé en telle sorte ledit mareschal d'Encre au danger de la perte et totalle ruine de Testât , laquelle fut envoiée faire sa résidence dans la ville de Blois, et le conseil quy avoit esté desmis par ladicte Roine et ledict mareschal, fut restably.

Le dimanche suivant quy estoitle dernier jour d'apvril, l'on feit au soir des feuz de joye à cause du mariage de M. de Longueville à madame de Soissons, quy avoit esté fet ledit jour dans la ville de Paris. Dieu les bénisse ! Car nous debvons beaucoup d'obligations audit sieur de Lon-

gue ville d'avoir tousjours résisté a Rencontre dudit marquis d'Encre (1).

Le samedy xx may, il fut de par le Roy publié ung edict comme il recognoit l'esdict quy avoit esté fet soubz son nom par les menées dudit ydolle le marquis d'Encre allencontre des princes, comme le Roy cassoit ledit edict et recongnoissoit que ce qu'ilz avoient fet estoit pour son service et pour résister aux menées dudit marquis quy abusoit de son hauctorité durant sa minorité par le moien de la roinne mere quy s'estoit joiée à faire perdre Testât, et que, quand le Roy eust voulu commander, il y eust esté bien empesché, car ledit marquis disoit ordinairement qu'il n'y avoit homme de France quy luy peust empescher de faire ce qu'il luy plairoit, car il croioitque les sorcelleries de sa femme deussent tousjours ebleuir les ieux de la roine mere, et pensoit aussy faire tenir le Roy tousjours en tutelle. Mais Dieu a voulu illuminer le Roy lorsqu'il en estoit temps.

Le samedy vnje de juillet 1617, la femme du marquis d'Encre eust la teste tranchée en grève à Paris, et puis son corps bruslé et réduit en cendre, après avoir esté desclarée criminelle de leze majesté divaine et humaine par le moien de ses solceleryes.

Ici se termine le manuscrit de Jehan Patte. Ce qui suit a été ajouté par quelqu'un de ses descendants. Nous le publions sans commentaire et sans changer l'orthographe.

Page 1