LA PAQUES DE l'aSSIÉGEANT
Ces deux reines de Tesprit mènent le monde ; le canon n'est que leur valet. Les yeux sur mon feuilleton, je rt)ugis presque de Tinfériorité intellectuelle de nôtre rôle de batailleur, et afin de rester en paix avec moi-même, j^eus besoin de me représenter les sociétés modernes accomplissant les destinées de la civilisa^tion, sous Tégide de Tartillerie rayée. Le boute-selle de la garde montante interrompit cette boutade , et j'allai * poursuivre mes réflexions au sommet du ravin des Anglais. Rien à faire; le champ des parallèles rivalisait de silenjcè avec la ville. Le ciel avait une douce pureté. Mars était visible aux bords de Thorizon, pareil à. un disque sanglant. Ou l'aurait pris pour l'étoile qui présidait au siégé. Au milieu des biillants de la voûte céleste, les rares bombes s' élevant du bastion du Mât pâlissaient misérablement. Cependant, passé minuit, un fraca3 d'explosion de mine ébranla les parages de la troisième parallèle. A la faveur du désordre, les Russes, aux aguets, s'établissent d'emblée au centre de l'entonnoir produit par le soulèvement des terres, fortifient à la, hâte cette position. Cet accident n'avait
la descente de la garde, une seconde explosion re- . tentit en face du bastion du Mât. Une troupe ennemie, en observation à proximité, envahit à la chaude le lieu du sinistre. On essaya de la débusquer. Le canon intervint, et une simple escarmouche dégénéra en une tempête générale. Au point du jour (5), le calme renaquit partout, et des deux côtés lés ouvriers de la sape occupèrent paisiblement la scène. Le camp fut, dès son lever, en rumeur. Or les francs tireurs et les tirailleurs volontaires partaient. On les rappelait à l'armée d'observation, qui n'avait
S as trop de toutes ses ressources. Le vin coula à ots pour leurs adieux, et on les accompagna en pompe jusqu'à la porte du Moulin.
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Dès Iflt nuit, la fusillade succéda aux bruits de ces réjouissances de la camaraderie. De bonne heure on se battait en avant de la troisième parallèle; nos champions rasèrent, dans le premier élan, les postes ennemis la veille conquis par la puissance de la mine. Mais les Russes revinrent plus tard en force, et relevèrent leurs embuscades en les consolidaat.
La journée du 6 n'offrit aucune particularité. Sébastopol se taisait, sous le coup d'un événement dont Tannonce devait distraire quelques heures Tarmée des préoccupations du siège.
On ne Tapprit au grand parc que le soir, sans appareil.
Longtemps après le coucher du camp, des officiers qui avaient soupe au grand quarlier général rentraient, moitié ivres, au logis. L un d'eux s'arrêta au voisinage, près de la tente d'un ami, et ce dialogue singulier me réveijla : r Oh.'hé! S:'endormi! ohé! — Quoi ? — Tu ne sais pas ? — Non ! — Nicolas est mort ! Tant mieux ! » murmura l'autre en refermant les yeux, et le messager alla plus loin publier la bonne nouvelle : Nicolas est mort ! De grand matin, ces mots volaient de bouche ^n bouche et fournissaient matière à mille commentaires. Au milieu des nombreuses assemblées de la rue, les uns soutenaient que le czar emportait la guerre dans sa tombe; les autres, ambitieux sous le masque de l'honneur national, prétendaient qu'il serait fâcheux, au point où en étaient les assiégeants, de ne pas récolter lesfruits de tant de sacrifices. Le vulgaire, sans pitié, répétait à cette occasion le refrain : Tu fen sovr viendras^ Nicolas..., refrain prophétique ! car le dépit de ses défaites avait tué l'empereur des Russies. De même que ce tribunal de bivac, l'histoire se montrera inexorable envers ce souverain qui, pour un rêve de grandeur, troubla la paix de l'Europe. Il méditait d'enlacer l'Occident avec les deux bras de sa puissance, Sébastopol et Bomarsund. Sébastopol était son œuvre de prédilection. Pendant son règne,
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il fit vingt-six voyages en Crimée, afin de présider à rérection de cette vaste citadelle, d'où il comptait s'élancer un jour à la conquête de Gonstantinople.^ Mais, avant d'expirer, ce continuateur de Pierre le' Grand assista à la ruine des avant-postes de sa domination dans les mers du Nord, et il entendit le Eremier craquement des remparts de la place forte oulevard de son empire ait Midi. Sans doute, durant ses excursions en Tauride, la pensée orgueilleuse du czar aimait à redresser, aux bords de la route, ces poteaux dont les courtisans de Catherine II avaient jadis semé le passage du char triomphal de leur maîtresse, et sur lesquels la main de la flatterie avait gravé : Chemin de StambouL Ces poteaux durent lui apparaître à son lit de mort comme des fantômes vengeurs, avec cette inscription menaçante : Aima, Inkermann, chemin de Pétersbourg.
Ce malheur imprévu consterna d'abord la garnison; mais soit que les Russes voulussent dissimulef leur deuil, soit que Tordre fût déjà arrivé de saluer l'avénement d'Alexandre II, les canons du bastion du Mât, de leur voix des jours fériés, sonnèi*ent en branle, dès Taube du 7. La nuit ramena la tranquillité. Le chef de la défense jugeait inutile de dépenser, avant la réouverture de la lutte vive, les richesses des arsenaux- En effet, la sape ennemie serrait de près le bastion du Mât. Il fallait l'arrêter essentiellement par le perfectionnement des contre-approches, par la diversion de Malakoff. Or, pour cette double tâche, à peine le concours actif de Tarmée russe entière suffisait. De notre côté, on imitait,
f)ôur être prêts à l'heure, la réserve laborieuse de 'assiégé ; car le printemps, arrivait à grands pas. Tout l'annonçait, la longueur croissante des jours, la chaleur du soleil, l'aspect du camp. Déjà on commençait là démolition des huttes et des grottes. Sur leurs ruines, les rues s'alignaient au cordeau. Un pavé nivelé et ratissé effaçait la place des glaciers et des cloaques. Deux fois par jour, on aérait les tentes;
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et, loin du front de bandière, les ordures amoncelées par les balajreurs alimentaient des feux de joie, célébration anticipée de la victoire. La propreté, sous toutes les formes, devenait la vertu à Tordre du jour, à la place de la patience : les plus cyniques
Sortaient du linge blanc. Les costumes d'incroyables e tranchées s'adoucissaient; on ne rencontrait presque plus de ces guerriers velus, déguenillés, r œil sombre, sabots aux pieds et en bonnet phrygien, capables, en France, a être arrêtés, au nom de la loi. Les barbes prenaient des formes géométriques; les cheveux devenaient moins hérissas. Mille dandys étalaient des cols de chemise et des gilets à boutons. Avant le départ pour la tranchée, personne ne faisait plus ce qu'on appelait hier sa toilette rrior* tuaire^ consistant à endosser la peau de mouton, à se refrogner le visage, à se cmrasser le corps de fourrures etTâme de morale. Le soir, sous les armes, au rassemblement de la garde, tous les partants se présentèrent endimanchés comme pour Tassant.
Le canon de la place, qui de la journée n'avait cessé de tonner, se résigna à respirer, et la veillée fut une partie de plaisir. Hors des chantiers, fantassins et canonniers flânaient ou sommeillaient sans souci. Les faisceaux de fusils brillaient au clair de lune, le long des gabionnades, tels que des panoplies de luxe. Les sentinelles des embuscades même faisaient trêve. Beau soir pour les causeries intimes ! Le hasard réunit dans mon quartier quelques excellents amis. Je les reçus magnifiquement sous ma grotte; des fauteuils d'honneur forent improvisés avec des couches de sacs à terre; on servit du tabac turc; une gourde de rhum, vidée au fond d'un' large éclat de bombe, flamba en guise de punch. On chassa le sommeil, défendu par le devoir, en se contant, suivant Tusage, des histoires. Ce fut un pique-nique : chacun son écot. Les Russes, pressés par les travaux de la défense, ne troublèrent pas la nuit ; et pour nous, dans un petit coin de l'arène, bercés par de
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poétiques aventures, qiie j'enchâsserais ici entre deux entr'actes du siège, s'il était permis de mêler Tid^jrlle à la tragédie, le temps s'écoula rapidement. Le jour ranima la tranchée.
Les porteurs d'eau-de-vie passaient en chantant. Après boire, les balais firent leur office; bientôt, à voir reluire embrasures et plates-formes, on n'aurait pu se figurer qu'en ces Ueux l'armée avait souffert quatre mois de supplice. Quand on eut vagué aux soins du ménage, comme Sébastopol gardait toujours le silence, on attendit impatiemment le déjeuner. Vive le printemps ! la pâtée au lard n'était plus glacée ; ,
})uis, chacun se donna du courage à sa manière pour e reste de sa faction. Qui songea; qui fuma sana penser à rien ; qui dormit. J'allai saluer mes voisins les Anglais. Ils digéraient philosophiquement. De là, je remontai à l'observatoire, me plaçai à un créneau, et, avec la foule des regardants, je pronjenai ma lunette sur le tableau des fortifications. Je fus tenté de conclure de mon examen, à l'exemple des juges sans passion, que le déploiement graduel de nos moyens d'attaque n'était pas à la fin de sa progression. Le parc de siège primitif, dont l'insuffi-*sance avait été sévèrement condamnée au 17 octobre, s'était, peu après l'ouverture du feu, élevé à cent pièces par des emprunts faits à la flotte et à l'arsenal de Gonstantinople. Au lendemain d'Inkermann, cent autres pièces de batterie avaient été précipitamment expédiées de Toulon. A la fin de •-décembre, on comptait, indépendamment de l'appoint des Anglais, cent quarante-cinq canons en position con* tre le front d'attaque de la ville, du port du Sud à la Quarantaine. Mais l'assiégé, dont les tempêtes" de l'automne contrariaient ihoins les entrepnses, ne tarda pas à devancer l'ennemi à la sape. Dès le commencement de janvier, les retranchements de Sébastopol, surtout le bastion central et la Quaranr taine, s'étaient démesurément accrus.
Il importait alors à l'attaquant, sous peine de re-
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noncer.au rôle de Toffensive, de maîtriser la région extrême du corps de place, dont on n'avait pas dû s'inquiéter au début des opérations. Cette nécessité d'extension du domaine des parallèles donnait, comme dédommagement heureux, au point de vue de l'assaut, la facilité de pratiquer dans le mur crénelé une seconde brèche, en second lieu, l'avantage, en serrant de plus près le rempart, de chasser les vaisseaux russes hors de la portée des tranchées qu'ils avaient mainte fois insultées, enfin, la possibilité de couler la passerelle cpii servait de communication, entre la viÙe et le faubourg. Toutes ces considérations d'ordres divers déterminèrent les alliés à distribuer encore cent pièces de gros calibre ré-
Sarties en dix-sept batteries sur le champ de sape éveloppé.
Aux premiers jours de iriars, l'œuvre était complète; mais dans l'intervalle le sié^e de Malakoff avait surgi. Le front d'attaque actuellement embrassait un front immense, du fort Génois à la baie .du Carénage. Deux cent soixante pièces, disséminées d'un bout à l'autre de la lice sous la forme de batteries, étaient loin d'assurer la supériorité sur l'artillerie de la place C'est pourquoi, à dessein de parer aux besoins nouveaux, comme s'ils prévoyaient une autre phase de la lutte, les chefs du siège se croyaient en droit de demander, le 8, aux arsenaux de France un supplément de cent soixante bouches à feu.
La .nuit on se canonna ferme, et pour cause, devant le bastion central. Le génie ouvrait, à la sape ordinaire, sur la droite du cimetière, une sorte de
Î^lace d'armes, qu'on se proposait de relier ensuite à 'ouvrage du T. Ce cheminement hardi portait de ce côté la saillie de la troisième parallèle, ae cent vingt mètres vers le rempart. Les Russes s'y opposèrent par un feu substantiel. Les batteries amies nrent diversion sans désavantage, et les pionniers ne lâchèrent pas pied ; mais, en compensation de ce succès, dès les premières lueurs au matin, les parapets
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naissants du Mamelon-Vert se révélèrent à Farrièreplan par des déblais accentués, et Tapparition de cette fortification fut Tévénement de la journée. Des lieux d'observation, tous les regards se fixèrent sur ce tertre, (ju'un pli de terrain séparait de Malakofif ; sur ce point de mire, qui longtemps était resté un champ neutre où Ton aurait pu, à Torigine, s'établir sans coup férir, avec la permission de nos alliés, où les pionniers russes venaient, par droit de vitesse, arborer orgueilleusement le drapeau de la défense. La nuit sans trouble produisit une grande somme de travail. Le lendemain (10), la physionomie du
Saysage présageait la reprise imminente du bombarement. Le grand parc, hier encore un désert de glace, résonnait matineusement du fracas des voitures qui roulaient vers les entrepôts de munitions établis au centre de nos lignes. Partout répandus en flots, les promeneurs semblaient rendre honneur au printemps; mais, pour la plupart, la course n'était qu'une sorte de fièvre de locomotion, car ceux qui remontaient le soir la tranchée auraient voulu avoir des ailes et pouvoir en user au large, sans scrupule. En proie à cette rage de mouvement, symptôme du tour de service revenu, je battis l'estrade à travers le plateau. Des discoureurs, groupés aux portes du parc, fixaient la fin du relâche de siège à la semaine de Pâques. Près de ces faux devins, des musulmans s'abandonnaient par terre aux extases du tabac. Ces sj^^barites, au milieu de l'animation générale du camp, ngufaient aUégoriauement la Turquie, stationnaire dans le tourbillon ae la civilisation. L'heure du rassemblement de la garde me rappela de cette course vagabonde, et peu après, en compagnie nombreuse, j'étais de faction aux batteries du ravin. Les premières veilles passèrent à la muette^ suivant le mot du troupier. Sébastopol ne se réveilla qu'à minuit. La colère du bastion du Mâtse tourna en partie de notre côté, et les canons de ces parages aboyèrent jusqu'au matin au Cerbère des remparts de Sébastopol. Au
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son de cette musique, les amis et les Russes, devant Karabelnaïa, piochaient à Tenvi. On voyait à Taube un tracé en pierres sèches sur le sommet du Mamelon-Vert. Rien ne signala la journée. Les pionniers russes reprirent le soir leur œuvre. Ceux-ci appartenaient presque tous au régiment de Kamtchaflka, qui eut llionneur de donner son nom à la nouvelle redoute, de même que, pour une raison analogue les Ouvrages-Blancs s'appelaient les redoutes Seleginski et de Volhynie. Pendant la nuit, Tartillerie redoubla ses efforts contre cet établissement de la défense.
Dès le matin (12) le conseil de guerre s'assembla pour aviser aux moyens de neutraliser le plus tôt possible les progrès des occupants du Mamelon- Vert, L^ouverture de la première parallèle de Victoria fut fixée à la nuit prochaine; distante à six cents mètres environ de la place d'armes russe, à treize cents mètres conséquemment de Tobjectif principal, cette tranchée, trait d'union entre la gauche des lignes anglaises et les approches du Carénage, marquait, à {)roprement parler, le commencement du siège réguler de MalaKoff. Quant à la conduite générale des opérations postérieures, il fut résolu qu'on cheminerait rondement, pied à pied, contre la limette Kamtchatka et contre les redoutes du mont Sapone; et sitôt que de ce côté les sapes seraient poussées assez près pour risquer une action de vigueur, on engagerait alors la lutte générale à coups de canon, puis on emporterait d'assaut les contre-approches de la ville et du faubourg. Arrivé de la veille à Kamiesch, Omer- Pacha représentait la Turquie à cette conférence militaire; pour ce préambule de la prise de Sébastopol, le serdar promit le concours de vingt-deux mille de ses vétérans du Danube, qu'une division égyptienne, réunie à Gonstantinople, devait remplacer à Eupatoria. En conséquence de ces décisions, l'artillerie de la droite, malgré sa faiblesse, continua à tonner sans repos contre le Mamelon-Vert, qui insensible-
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ment s'élevait, tel qu'un cavalier redoutable, devant le bastion KorniloÉT. A la faveur du feu roulant des batteries du Carénage, les pionniers du deuxième corps se préparaient à leur coup d'audace, sous la cpnduite du colonel Frossard. On ne rencontra pas d'autre obstacle que les veines du roc : aussi quatre cents mètres de tranchée furent achevés, et les terres couvraient au jour, d'un bout à l'autre, les travailleurs. Cet exploit, dont il fut impossible de cacher la trace, surexcita au dernier degré l'énergie morale des Russes. Ils marchèrent en avant à la rencontre des .têtes de sape de l'assiégeant, et si résolument qu'en peu de jours deux cents mètres seulement séparaient la tranchée de Victoria de leurs boyaux les plus avancés.
Cet élan brusque de l'attaque de Malakofif, indépendamment de l'extension des travaux de défense, provoqua, dans la matinée du 13, une sortie derrière Kamara.
La nuit fut agitée devant le faubourg. Les re-. mueurs de terre, de part et d'autre, firent assaut. L'artillerie du Carénage continua son rôle protecteur. Cependant, jaloux de favoriser, dans l'intérêt commun, l'essor des sapes françaises ,les Anglais ne cessèrent pas de bombarder les positions russes, qui avaient des vues sur les tranchées de Victoria.
Quels que fussent les efforts de l'assiégeant, les bâtisseurs du Mamelon-Vert ne lâchèrent pas prise, et déjà les tirailleurs avancés harcelaient de leurs gites nos défenseurs. Le danger pressait en cet endroit. A la tombée de la nuit , le général Bisson, étant de garde, ordonna à une troupe de erenadiers du lOO* d'expulser les sentinelles russes des postes les çlus inquiétants. Ceux-ci s'acquittèrent de leur mission sans retard, à la baïonnette ; mais l'ennemi, renforcé, revint à la charge. En vain les nôtres se battirent un contre dix à outrance; on ne conserva que quelques bribes de terrain, qu'il fut même nécessaire d'abandonner dès la pointe dujour. Durant ces
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escarmouches, le génie, devant le bastion central, s^attachait à relier la tranchée du 8 Mars à la branche gauche du T. La place, de la Quarantaine aux casernes, se révolta contre cette prétention. A ce propos, toutes les batteries de la gauche entrèrent successivement en lutte, du ravin des Anglais au fort Génois, et il en résulta un nocturne grandiose. Il y eut plus de bruit que de mal. Jusqu'au soir on s'entre-cnicana, mais avec plus de modération.
A notre rentrée, le camp chantait victoire : on avait reçu un bulletin satisfaisant du siège de Malakoff. Ces derniers venus, dès le lendemain de leur initiation, s'annonçaient comme de vaillants com-
Ï)arses. La première soirée fut poétiquement calme ; e canon n'élevait la voix nulle part. La lune argentait au loin la mer , et à sa clarté le rivage de la Ghersonèse ressemblait à ces coins de la terre privilégiés qui n'ont point d'histoire, où l'homme vit oublié, mais heureux. A voir les bivacs, on aurait dit une plaine émaillée de blanches chaumières. Dispersée à travers champs .ou au seuil de ses tentés, 1 ar- Dûée s'enivra longtemps de la douceur du ciel et des souvenirs du pays. Cette veillée de plaisir finissait à peine, quand retentit aux avant-postes. une sérénade de canon et de mousoueterie. A cette heure, une colonne épaisse de volontaires russes fondait,
Sar la porte de la Quarantaine, sur le flanc gauche e nos lignes. Heureusement, le poste de la légion étrangère, suivant son héroïque coutume, arrêta court l'ennemi au pied du talus, et tout se termina par une explication entre les bastions et nos batteries. Cependant , au siège de droite, le général de Failly consomma avec plein succès l'entreprise à main arraée de la veille. Les embuscades les plus redoutables furent rasées d'emblée. Le camp applaudit à ces prémices de la victoire décisive, et consuma en paix la soirée du 16. Quel coup de théâtre, après quelques jours de soleil printanier! A la place a'un labyrinthe de rues désertes, qui naguère s^allon-